«Histoires de Chasse»

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HERNIE DISCALE LOMBAIRE

Transcription:

«Histoires de Chasse» J-F Kaux, JM Crielaard 19 mars 2007 1

Cas 1 2

Consultation 8 juin 2006 H 57 ans, employé de banque, non sportif. Plaintes : lombo-sciatalgie L5-S1 tronquée à bascule (droite > gauche) avec faiblesse musculaire et boiterie à la marche. Ex. clin. : hyperlordose, scoliose, boiterie, marche sur pointe droite impossible, D + L4-L5 et L5-S1, DDS 30cm, S 10-13,5cm, hyporéflexie rotulienne droite, diminution de force du triceps sural, quadriceps et moyen fessier droits, pas d hypoesthésie. IRM 11/ 2005 : sténose canalaire en L4-L5. 3

ENMG 22 juin 2006 Atteinte neurologique proximale en (L5)S1 plus marquée à droite d intensité modérée sans signe d évolutivité. Traitement : péridurale, Dafalgan, Motifene, Befact, kiné. 4

Consultation 1 septembre 2006 Plaintes : perte de force du MID et boiterie. Ex. clin. : amyotrophie mollet droit, impossibilité de se mettre sur la pointe du pied droit, perte de force du triceps sural droit. 5

IRM lombaire 13 octobre 2006 Discopathies dégénératives étagées de L1-L2 à L5-S1 Protrusions discales postéromédianes modérées en L1-L2, L2-L3, L5-S1 et plus importante en L4-L5. Une irritation de l émergence de la racine L5 n est pas exclue. 6

IRM jambes 16 octobre 2006 Infiltrat oedémateux marqué des muscles soléaire et jumeaux droits et plus discrètement des jumeaux gauches, vraisemblablement d origine neuropathique. Dégénérescence graisseuse associée du côté droit. 7

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Consultation 27 octobre 2006 Ex. clin. : idem 1/09/2006 + douleur à la palpation du mollet droit et amyotrophie du mollet droit de 1,7cm par rapport à gauche. Myosite des triceps suraux (D >>> G) sur atteinte radiculaire S1. Traitement : Medrol 16mg 3sem puis 8mg 3sem + Beviplex + Sopolamin + kiné de renforcement (+ proprioception + ionisations AINS). 11

Consultation 15 décembre 2006 Amélioration clinique : gain de force du triceps sural droit, diminution de la boiterie, sait se tenir sur un pied mais toujours pas se mettre sur la pointe du pied droit. Ex. clin. : atrophie de 1,9cm du triceps sural droit par rapport à la gauche. Traitement : Medrol 8mg + Beviplex + kiné. 12

IRM jambes 19 janvier 2007 Régression de l infiltrat musculaire des jumeaux à gauche et dans une moindre mesure du soléaire et des jumeaux à droite. Aspect stable de la dégénérescence graisseuse associée à l infiltrats des muscles jumeaux et soléaire droits. 13

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Consultation 2 février 2006 Nette amélioration clinique : gain de force, ébauche de marche sur la pointe du pied droit. Ex. clin. : atrophie du triceps sural droit de 1,7cm par rapport à la gauche. Traitement : exercices de renforcement (1x kiné + domicile) + arrêt progressif du Medrol. 16

Myosite focale sur radiculopathie S1 17

Revue de la littérature Lhermitte MJ, Rev Neurol, 1918. Lhermitte J, Rev Neurol, 1932. Lapresle J, Rev Neurol, 1973. Bernat JL, J Neurol Neurosurg Psychiatry, 1978. Mielke U, Musce Nerve, 1982. Montagna P, Arch Neurol, 1984. Ricker K, Arch Neurol, 1988. Gobbele R, J Neurol Sci, 1999. Stojkovic T, Rev Neurol, 2003. Steichenberger N, Muscle Nerve, 2004. 18

Remarques Tous les patients décrits dans ces articles ont une hypertrophie du mollet atteint or dans notre cas on observe une atrophie Cette hypertrophie est la conséquence d une «pseudotumeur inflammatoire au sein du muscle squelettique». 19

Pseudotumeur inflammatoire? Ressemble à un sarcome en imagerie biopsie parfois nécessaire pour l exclure. Masse bien circonscrite entraînant l hypertrophie du mollet. Bénin, guérit même parfois sans traitement. 20

Physiopathologie (1) Pas connue mais plusieurs hypothèses: Processus inflammatoire suite à la dénervation primaire due à la radiculopathie. Processus inflammatoire au sein du muscle dénervé susceptibe d être accentué par les «micro-traumatismes» de la marche entraînant un œdème et une fibrose. 21

Physiopathologie (2) Réaction auto-immune à éosinophiles contre les fibres musculaires dénervées. Processus de dénervation réinnervation entraînée par l inflammation comprimant les nerfs intramusculaires. Effet trophique de l activité musculaire spontanée anormale de type décharges répétitives complexes ou d une activité musculaire continue. 22

Anatomo-pathologie Association de fibres musculaires (de type 1 surtout) hypertrophiques (augmentation du diamètre) et atrophiques et augmentation du tissu conjonctif. Augmentation du nombre de noyaux intracellulaires. Infiltrat inflammatoire chronique (majorité d éosinophiles). Fibres musculaires nécrotiques. 23

Diagnostics différentiels Dénervation chronique sur radiculopathie S1 Polymyosite Dermatomyosite Vascularite PR Sarcoïdose Traumatisme neurologique périphérique Myosite ossifiante Post-radique Réaction auto-immune Forme chronique d atrophie spinale HBV Borrélia Pyomyosite Atteinte de la corne antérieure 24

EMG Conductions nerveuses normales. Activité de repos (fibrillations, ondes lentes, décharges répétitives complexes). PUMs de courte durée et polyphasiques avec diminution du recrutement. 25

IRM Hypersignal en T2 avec suppression de graisse. Lésion bien circonscrite isodense dans le muscle. Dégénérescence graisseuse. 26

IRM 27

Corticothérapie Radiothérapie Traitement Décompression chirugicale de S1 n entraîne pas d amélioration clinique. Chirurgie d excérèse de la «pseudotumeur». 28

Pronostic Très bon avec résolution complète dans la majorité des cas (même parfois sans traitement). 29

Cas 2 30

Cas 2 H 31 ans, avocat, football. Déchirure du tendon proximal du muscle droit antérieur droit lors d un match de foot. Bonne évolution clinique avec traitement classique. Reprise progressive de la course après 6sem. Petite gêne en fin de flexion de hanche droite. 31

Cas 2 Echo + Rx contrôle : grosses ossifications intratendineuses en cours d évolution. Traitement : Osteodidronel. Stabilisation des ossifications. 32

33

Merci pour votre attention. http://hdl.handle.net/2268/2022 34