Séminaire : Quaternions et autres nombres hypercomplexes

Documents pareils
Exo7. Matrice d une application linéaire. Corrections d Arnaud Bodin.

Structures algébriques

Premiers exercices d Algèbre. Anne-Marie Simon

Groupe symétrique. Chapitre II. 1 Définitions et généralités

I. Polynômes de Tchebychev

Le produit semi-direct

Analyse fonctionnelle Théorie des représentations du groupe quantique compact libre O(n) Teodor Banica Résumé - On trouve, pour chaque n 2, la classe

Cours d analyse numérique SMI-S4

Calcul matriciel. Définition 1 Une matrice de format (m,n) est un tableau rectangulaire de mn éléments, rangés en m lignes et n colonnes.

Quelques tests de primalité

Un K-espace vectoriel est un ensemble non vide E muni : d une loi de composition interne, c est-à-dire d une application de E E dans E : E E E

Représentation géométrique d un nombre complexe

Introduction à l étude des Corps Finis

Théorème du point fixe - Théorème de l inversion locale

Fonctions de plusieurs variables : dérivés partielles, diérentielle. Fonctions composées. Fonctions de classe C 1. Exemples

Chapitre 2. Matrices

NOMBRES COMPLEXES. Exercice 1 :

Mathématiques Algèbre et géométrie

Problème 1 : applications du plan affine

Cours arithmétique et groupes. Licence première année, premier semestre

Capes Première épreuve

Exercices - Fonctions de plusieurs variables : corrigé. Pour commencer

Déterminants. Marc SAGE 9 août Inverses et polynômes 3

Calcul fonctionnel holomorphe dans les algèbres de Banach

Exercices - Polynômes : corrigé. Opérations sur les polynômes

FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES (Outils Mathématiques 4)

Journées Télécom-UPS «Le numérique pour tous» David A. Madore. 29 mai 2015

La Licence Mathématiques et Economie-MASS Université de Sciences Sociales de Toulouse 1

Approximations variationelles des EDP Notes du Cours de M2

I - PUISSANCE D UN POINT PAR RAPPORT A UN CERCLE CERCLES ORTHOGONAUX POLES ET POLAIRES

UNIVERSITE IBN ZOHR Faculté des sciences Agadir. Filière SMA & SMI. Semestre 1. Module : Algèbre 1

De même, le périmètre P d un cercle de rayon 1 vaut P = 2π (par définition de π). Mais, on peut démontrer (difficilement!) que

Résolution de systèmes linéaires par des méthodes directes

Développement décimal d un réel

Probabilités sur un univers fini

Formes quadratiques. 1 Formes quadratiques et formes polaires associées. Imen BHOURI. 1.1 Définitions

Axiomatique de N, construction de Z

Enoncé et corrigé du brevet des collèges dans les académies d Aix- Marseille, Montpellier, Nice Corse et Toulouse en Énoncé.

* très facile ** facile *** difficulté moyenne **** difficile ***** très difficile I : Incontournable T : pour travailler et mémoriser le cours

Exercices - Nombres complexes : corrigé. Formes algébriques et trigonométriques, module et argument

1 radian. De même, la longueur d un arc de cercle de rayon R et dont l angle au centre a pour mesure α radians est α R. R AB =R.

ENSAE - DAKAR BROCHURE D'INFORMATION SUR LE CONCOURS DE RECRUTEMENT D ÉLÈVES INGÉNIEURS STATISTICIENS ÉCONOMISTES (I S E) Option Mathématiques CAPESA

Licence de Mathématiques 3

Corps des nombres complexes, J Paul Tsasa

NOTATIONS PRÉLIMINAIRES

Calcul différentiel sur R n Première partie

Exemple 4.4. Continuons l exemple précédent. Maintenant on travaille sur les quaternions et on a alors les décompositions

Proposition. Si G est un groupe simple d ordre 60 alors G est isomorphe à A 5.

Différentiabilité ; Fonctions de plusieurs variables réelles

Optimisation non linéaire Irène Charon, Olivier Hudry École nationale supérieure des télécommunications

C algèbre d un certain groupe de Lie nilpotent.

LE PRODUIT SCALAIRE ( En première S )

Programmation linéaire

Baccalauréat ES Pondichéry 7 avril 2014 Corrigé

Programmes des classes préparatoires aux Grandes Ecoles

Nombres premiers. Comment reconnaître un nombre premier? Mais...

Résolution d équations non linéaires

VARIÉTÉS CR POLARISÉES ET G-POLARISÉES, PARTIE I LAURENT MEERSSEMAN. À la mémoire de Marco Brunella

Dérivées d ordres supérieurs. Application à l étude d extrema.

VI. COMPLÉMENTS SUR LES MODULES, THÉORÈME CHINOIS, FACTEURS INVARIANTS SÉANCES DU 15, 16 ET 22 OCTOBRE

Souad EL Bernoussi. Groupe d Analyse Numérique et Optimisation Rabat http ://

Fibonacci et les paquerettes

Cours 7 : Utilisation de modules sous python

Comment démontrer des formules sans effort? exposé de maîtrise

Rappels et compléments, première partie : Nombres complexes et applications à la géométrie

1 Complément sur la projection du nuage des individus

Algorithmes pour la planification de mouvements en robotique non-holonome

Continuité en un point

Intégration et probabilités TD1 Espaces mesurés Corrigé

Chapitre VI Fonctions de plusieurs variables

Université Paris-Dauphine DUMI2E 1ère année, Applications

Intégrales doubles et triples - M

Notes du cours MTH1101 Calcul I Partie II: fonctions de plusieurs variables

Corrigé du baccalauréat S Asie 21 juin 2010

Cours 02 : Problème général de la programmation linéaire

3. Conditionnement P (B)

La Longue Marche à travers la théorie de Galois, Part Ib, 26-37

3 Approximation de solutions d équations

Pour l épreuve d algèbre, les calculatrices sont interdites.

Programmation linéaire et Optimisation. Didier Smets

= 1 si n = m& où n et m sont souvent des indices entiers, par exemple, n, m = 0, 1, 2, 3, 4... En fait,! n m

Module 7: Chaînes de Markov à temps continu

Correction de l examen de la première session

Chapitre 3 : Repères et positionnement 3D

Continuité d une fonction de plusieurs variables

Extrait du poly de Stage de Grésillon 1, août 2010

Raisonnement par récurrence Suites numériques

Quelques contrôle de Première S

Limites finies en un point

Introduction. Mathématiques Quantiques Discrètes

[ édité le 30 avril 2015 Enoncés 1

Carl-Louis-Ferdinand von Lindemann ( )

Chapitre 1 : Évolution COURS

Première partie. Préliminaires : noyaux itérés. MPSI B 6 juin 2015

Chapitre VI - Méthodes de factorisation

Programme de la classe de première année MPSI

CCP PSI Mathématiques 1 : un corrigé

Probabilités sur un univers fini

Exercice : la frontière des portefeuilles optimaux sans actif certain

Polynômes à plusieurs variables. Résultant

Transcription:

Séminaire : Quaternions et autres nombres hypercomplexes Lacoste Cyril Pierron Théo ENS Ker Lann Mercredi 2 mai 2012

Sommaire Première approche Quaternions et rotations Applications

Première approche Première approche Découverte Premières propriétés Théorème de Frobénius Quaternions et rotations Applications

Découverte Ils ont été découverts en 1843 par William Hamilton, qui cherchait un équivalent des nombres complexes en dimension supérieure.

Découverte Ils ont été découverts en 1843 par William Hamilton, qui cherchait un équivalent des nombres complexes en dimension supérieure. Définition Il existe une algèbre H de dimension 4 sur R munie d une base (1, i, j, k) telle que : 1. 1 est élément neutre pour la multiplication 2. i 2 = j 2 = k 2 = 1, jk = kj = i, ki = ik = j, ij = ji = k On l appelle algèbre des quaternions. Ses éléments sont de la forme a + bi + cj + dk avec a, b, c, d R.

Il y a plusieurs moyens de construire H explicitement : 1. Prendre R 4 muni d une base (1, i, j, k) et définir les lois comme précédemment 2. Considérer l ensemble : {( ) } a b H =,(a, b) C 2 b a

Il y a plusieurs moyens de construire H explicitement : 1. Prendre R 4 muni d une base (1, i, j, k) et définir les lois comme précédemment 2. Considérer l ensemble : {( ) } a b H =,(a, b) C 2 b a Remarque ( La matrice associée ) au quaternion a + bi + cj + dk est a+ib c + id avec i l unité imaginaire habituelle. c + id a ib

Premières propriétés Propriété H n est pas commutatif et son centre est R.

Conjugaison Définition Comme dans C, on peut définir la conjugaison : a + bi + cj + dk a bi cj dk

Conjugaison Définition Comme dans C, on peut définir la conjugaison : a + bi + cj + dk a bi cj dk Propriétés de la conjugaison La conjugaison est involutive, R-linéaire et anti-multiplicative : q 1 q 2 = q 2 q 1. Comme dans C, q R q = q. On parle aussi de quaternions purs quand q = q.

Norme Définition On définit la norme d un quaternion q par N(q) = qq.

Norme Définition On définit la norme d un quaternion q par N(q) = qq. Propriétés 1. N est une forme quadratique définie positive. 2. On a de plus N(q 1 q 2 ) = N(q 1 )N(q 2 ). C est donc un morphisme de groupes de H R + surjectif. 3. Son noyau G peut être identifié à la sphère unité S 3. 4. H est un corps. L inverse de q 0 et q N(q).

Théorème de Frobénius Théorème Tout corps K contenant R dans son centre et de dimension finie sur R est isomorphe à R, C ou H.

Quaternions et rotations Première approche Quaternions et rotations SO 3 S 3 /{±1} SO 4 /{±1} SO 3 SO 3 SU 2 /{±1} SO 3 Applications

SO 3 S 3 /{±1} Définition On note P l ensemble des quaternions purs. On lui identifie R 3.

SO 3 S 3 /{±1} Définition On note P l ensemble des quaternions purs. On lui identifie R 3. Théorème L application : r : S 3 O 3 q r q : { P P u quq 1 est un morphisme d image SO 3 et de noyau {±1}.

SO 4 /{±1} SO 3 SO 3 Théorème L application ρ : S 3 S 3 SO 4 (R) { H H (p, q) ρ p,q : x pxq 1 est surjective de noyau {±(1, 1)}.

On a in fine le diagramme suivant : SO 4 S 3 S 3 /{±(1, 1)} π π SO 4 /{±1} S 3 S 3 /{(±1, ±1)} D où SO 4 /{±1} S 3 /{±1} S 3 /{±1} SO 3 SO 3.

SU 2 /{±1} SO 3 Toute matrice de SU 2 s écrit : ( ) λ µ µ λ avec (λ, µ) C 2 tel que λ 2 + µ 2 = 1.

SU 2 /{±1} SO 3 Toute matrice de SU 2 s écrit : ( ) λ µ µ λ avec (λ, µ) C 2 tel que λ 2 + µ 2 = 1. Réciproquement, on a vu que tout quaternion de norme 1 pouvait s écrire de la même manière. D où SU 2 G S 3 et SU 2 /{±1} SO 3.

Applications Première approche Quaternions et rotations Applications Théorème des 4 carrés Infographie Ensemble de Mandelbrot Octonions et sédénions

Théorème des 4 carrés Théorème Tout entier peut s écrire comme somme de 4 carrés.

Théorème des 4 carrés Théorème Tout entier peut s écrire comme somme de 4 carrés. Quel est le rapport avec les quaternions?

Réduction Si n et p sont somme de 4 carrés, np aussi En effet, être égal à une somme de 4 carrés revient à être égal à la norme d un quaternion de N 4. Donc si n = N(q n ) et p = N(q p ), on a np = N(q n )N(q p ) = N(q n q p ) Il suffit donc de prouver le théorème pour les nombres premiers.

Infographie Comment gère-t-on les rotations (et les orientations des objets) en infographie? Première solution On utilise les matrices orthogonales 3 3. Solution alternative On utilise les quaternions de norme 1.

Quaternions On a vu que l ensemble des quaternions de norme 1 quotienté par {±1} était isomorphe à SO 3. Concrètement, la rotation d angle α autour de Vect{u} avec u = (u x, u y, u z ) un vecteur de norme 1 est associée au quaternion de norme 1 : ( ) ( ) α α cos + sin (u x i + u y j + u z k) 2 2

Méthodes et efficacité 1. Composition de rotations : Quaternions : Multiplication dans H Matrices : Multiplication dans SO 3 2. Rotation d un vecteur : Quaternions : Composition par un quaternion Matrices : Multiplication du vecteur par une matrice

Méthodes et efficacité 1. Composition de rotations : Quaternions : Multiplication dans H Matrices : Multiplication dans SO 3 2. Rotation d un vecteur : Quaternions : Composition par un quaternion Matrices : Multiplication du vecteur par une matrice D où, en nombre d opérations : Quaternions Matrices Occupation mémoire 4 9 Composition 28 45 Rotation d un vecteur 39 15

Interpolation et stabilité numérique Stabilité Les quaternions sont plus stables numériquement que les matrices orthogonales : soit M orthogonale, q H et ε > 0. Alors q + ε reste un quaternion mais M + ε n est plus forcément orthogonale. De plus, il est coûteux de récupérer l orthogonalité.

Interpolation et stabilité numérique Stabilité Les quaternions sont plus stables numériquement que les matrices orthogonales : soit M orthogonale, q H et ε > 0. Alors q + ε reste un quaternion mais M + ε n est plus forcément orthogonale. De plus, il est coûteux de récupérer l orthogonalité. Interpolation Quaternions géodésique sur S 3. Matrices plus difficile, moins fluide.

Angles d Euler On peut décrire l orientation d un objet par rapport à un référentiel via 3 angles, appelés angles d Euler. Z Y X Figure: Angles d Euler

Angles d Euler On peut décrire l orientation d un objet par rapport à un référentiel via 3 angles, appelés angles d Euler. Z α Y Y X X Figure: Angles d Euler

Angles d Euler On peut décrire l orientation d un objet par rapport à un référentiel via 3 angles, appelés angles d Euler. Z Z αβ Y Y Y X X Figure: Angles d Euler

Angles d Euler On peut décrire l orientation d un objet par rapport à un référentiel via 3 angles, appelés angles d Euler. Z Z Y αβ Y Y γ Y X X X Figure: Angles d Euler

Stockage On stocke ces trois angles sous la forme d une matrice de rotation : R = R γ,z R β,x R α,z

Blocage de cardan Présentation Le blocage de cardan survient quand on perd un degré de liberté en effectuant certaines rotations.

Blocage de cardan Présentation Le blocage de cardan survient quand on perd un degré de liberté en effectuant certaines rotations. Figure: Blocage de cardan

Explication Avec les mains Ceci survient quand on utilise les angles d Euler, quand par exemple β = 0. On a alors : cos(α+γ) sin(α+γ) 0 R = sin(α+γ) cos(α+γ) 0 0 0 1 Donc, changer α ou γ revient au même et on ne peut plus tourner qu autour du même axe (Re 3 dans ce cas).

Plus rigoureusement L application qui à trois angles associe la rotation est différentiable. On constate que pour certaines valeurs des angles, la différentielle n est plus surjective, mais de rang 1 ou 2, ce qui correspond au blocage : on ne peut plus atteindre toutes les positions.

Plus rigoureusement L application qui à trois angles associe la rotation est différentiable. On constate que pour certaines valeurs des angles, la différentielle n est plus surjective, mais de rang 1 ou 2, ce qui correspond au blocage : on ne peut plus atteindre toutes les positions. Remarque On n a pas ce problème avec les quaternions car, ici, la différentielle sera toujours surjective.

Ensemble de Mandelbrot Définition L ensemble de Mandelbrot est : M = {c C, lim n + z n,c + } n, z n+1,c = zn,c 2 avec (z n,c ) n la suite définie par + c z 0,c = 0.

Ensemble de Mandelbrot Définition L ensemble de Mandelbrot est : M = {c C, lim n + z n,c + } n, z n+1,c = zn,c 2 avec (z n,c ) n la suite définie par + c z 0,c = 0. Théorème M est un connexe compact symétrique par rapport à R. La dimension de Hausdorff de sa frontière est 2.

Représentation via C++ Figure: Ensemble de Mandelbrot en 2D

En 4D! Vu qu on a une structure multiplicative sur H, on peut regarder M comme un ensemble de quaternions. On obtient alors un ensemble en 4D. En fixant la composante sur k et en faisant varier celle sur j, on obtient une animation de coupes planes de cet objet, ie un objet en 3D. On peut aussi utiliser la symétrie de révolution (cf animation).

Octonions et sédénions Définition On définit l algèbre des octonions notée O comme l ensemble H 2 (considéré comme R-ev). On ajoute la loi : (q 1, q 2 )(q 1, q 2 ) = (q 1q 1 q 2q 2, q 2 q 1 + q 2 q 1)

Octonions et sédénions Définition On définit l algèbre des octonions notée O comme l ensemble H 2 (considéré comme R-ev). On ajoute la loi : (q 1, q 2 )(q 1, q 2 ) = (q 1q 1 q 2q 2, q 2 q 1 + q 2 q 1) Théorème La multiplication n est ni associative ni commutative. En revanche, elle est alternative : pour tout a, b, a(bb) = (ab)b et (aa)b = a(ab)

Définition On peut encore définir (q 1, q 2 ) = (q 1, q 2 ) et N(q 1, q 2 ) = N(q 1 )+N(q 2 ).

Définition On peut encore définir (q 1, q 2 ) = (q 1, q 2 ) et N(q 1, q 2 ) = N(q 1 )+N(q 2 ). Propriétés La norme est multiplicative et vérifie encore N(r) = 0 r = 0. Donc tout octonion non nul est inversible.

Le théorème d Hurwitz Définition Une algèbre A unitaire est dite algèbre à division ssi a A, b 0 A,!x, y A, a = bx = yb Elle est dite algèbre de composition s il existe une forme quadratique N non dégénérée vérifiant N(xy) = N(x)N(y) pour tous (x, y). Théorème d Hurwitz Les seules R-algèbres à division de composition sont R, C, H et O à isomorphisme près.

Sédénions et autres On peut par ce même procédé construire des algèbres de dimension 2 n. On appelle algèbre des sédénions celle de dimension 16. Ici, on perd l alternativité et la multiplicativité de la norme. De plus, il y a des diviseurs de 0.