Le réchauffement climatique vu à travers la presse : genèse d un problème public

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1 Le réchauffement climatique vu à travers la presse : genèse d un problème public Milan Bouchet-Valat Mémoire de sociologie, Master 1 ENS Cachan Université Paris IV-Sorbonne Sous la direction de Patrice Duran

2 2 Sommaire Introduction... 3 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, L écologie et les médias L évolution en longue période : Le développement : Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement Principe et technique de l analyse lexicale Entre nature et politique : les axes de lecture du corpus La politisation du réchauffement climatique...54 Chapitre 3 : Le schéma dramatique du réchauffement Scientifiques et écologistes : des rôles bien fixés Identification de classes d articles , la victoire des Cassandre?...91 Conclusion Chronologie Bibliographie Code des figures

3 Introduction 3 Introduction Go to Heaven for climate, Hell for society. Mark Twain, Speech to the Acorn Society, 1901 Apparu de manière à la fois récente et massive dans le débat public, le réchauffement climatique constitue un objet de choix pour l étude sociologique. Cette question, complètement absente du débat public il y a un quart de siècle en dehors des voix isolées de quelques scientifiques et écologistes, s est aujourd hui imposée comme relevant de la responsabilité des autorités publiques (et, incidemment, de l action privée). Elle offre à ce titre un cas d école de construction de problèmes sociaux, dans lequel s enchevêtrent avec une acuité particulière les sphères scientifique, politique et médiatique. L hypothèse d un réchauffement planétaire est en effet brusquement apparue comme une contrainte majeure pour les sociétés développées, et ce sans que des représentations déjà établies soient disponibles pour son appréhension sans non plus qu un groupe existant ait un intérêt direct à son traitement. Un objet largement extérieur aux relations sociales déjà en place a ainsi fait irruption sur la scène politique, s opposant en cela aux questions environnementales plus traditionnelles, dont la justification reposait en grande partie sur une amélioration de la qualité de vie, à court ou moyen terme, ou sur la protection de la nature sous des formes plus concrètes : le WWF (World Wide Fund for Nature) n est entré qu en 1988 dans la bataille contre le changement climatique, soit en même temps que les institutions internationales et les médias 1. Contrairement à de nombreux problèmes publics dont on peut observer la constitution à travers une évolution des représentations sociales portant sur un sujet déjà existant, le réchauffement climatique est dans son essence même un problème 1 Spencer R. Weart, The Discovery of Global Warming, Cambridge, MA, Harvard University Press, L ouvrage porte essentiellement sur les aspects scientifiques de la découverte, avec un rapide aperçu des évolutions politiques. L auteur revient plus longuement sur le processus politique et médiatique dans un article disponible sur son site : Spencer Weart, «The Public and Climate», 2009, Adresse :

4 Introduction 4 public, de l instant condition non acquise où sa réalité est avérée. La genèse de cet objet est donc celle du développement largement simultané d une découverte scientifique à échafauder, des controverses disciplinaires qui l ont accompagnée, ainsi que de leur appréhension par la sphère politique. Dans l étude classique consacrée par Joseph Gusfield au traitement du problème public de l alcool au volant2, on observe la construction par des acteurs publics et privés, scientifiques et politiques, d une nouvelle façon d appréhender un problème. La mise à l agenda de ce sujet se justifie notamment, dans le discours des couches qui en sont porteuses, par la question quantitative de la croissance du nombre de morts sur les routes, lié dans cette rhétorique au phénomène supposé massif de l alcoolisme. Dans le cas du réchauffement climatique, le processus est accéléré puisque les groupes organisés qui font entrer, le plus souvent avec le soutien des élus, ce sujet dans le débat public, n existent pas à l origine. Ainsi il apparaît clairement, à l étude des articles datant du début des années 1990, que le réchauffement climatique a été à l origine construit «silencieusement» par les seuls acteurs (inter)gouvernementaux, alors que l intérêt des médias était relativement faible, et celui du public nul, ou du moins non exprimé par un groupe organisé. Des quatre types idéaux de problème public proposés par Philippe Garraud en , le réchauffement climatique relèverait donc du modèle de l anticipation, dans lequel les autorités politiques initient des changements sans (ou avant) que le public ne l exige ; il s oppose en tout cas clairement à celui de la de la mobilisation, dans lequel le pouvoir suit une demande forte de groupe sociaux constitués, souvent dans le contexte d un rapport de force. Il ne semble pas non plus que le réchauffement climatique ait suivi le modèle de la médiatisation, dans lequel les médias sont le principal moteur de la mise à l agenda : ainsi que nous entendons le montrer par la suite, la presse a longtemps suivi le rythme des conférences internationales, et n a commencé à couvrir massivement le sujet qu au moment où celui-ci est entré dans le jeu politique au niveau national. Pour reprendre le cadre d analyse construit par Stephen Hilgartner et Charles Bosk 4, les problèmes 2 Joseph R. Gusfield, The Culture of Public Problems: Drinking-Driving and the Symbolic Order, Chicago, The University of Chicago Press, Philippe Garraud, «Politiques nationales : élaboration de l'agenda», L'Année sociologique, vol. 40, 1990, p Les autres modèles de mise à l agenda sont : la mobilisation, qui nous semble clairement à l opposé de notre cas ; et l offre politique, qu il nous semble devoir exclure étant donné la faiblesse de l «exploitation partisane» à l œuvre (du moins jusqu à très récemment). 4 Stephen Hilgartner et Charles L. Bosk, «The Rise and Fall of Social Problems: A Public Arenas Model», The American Journal of Sociology, vol. 94 (1), 1988, p

5 Introduction 5 climatiques ont d abord été traités dans les «arènes» de la diplomatie et des organisations internationales, ainsi que dans les «arènes» scientifiques. L absence d un déroulement dramatique suivant un rythme soutenu a limité leur couverture à l intention grand public, jusqu à ce que des événements assez marquants, dans les années 2000, justifient que d autres problèmes soient évincés de l actualité à leur profit. Cependant, le réchauffement climatique n est pas un problème comme un autre, au sens où il a pu se faire largement par connexion avec d autres questions écologiques en vogue, et pas seulement par éviction de problèmes concurrents hors de l attention du public. Autre aspect essentiel de l étude de J. Gusfield, la construction à chaud d une vérité scientifique à haute teneur politique est ici bien visible. C est bien la formulation de premières craintes dans des publications scientifiques à audience restreinte qui a mené très rapidement à la création d institutions internationales chargées de ce problème. Dès l origine, le pouvoir politique s empare d une vérité scientifique encore balbutiante, et jusqu à aujourd hui l état des connaissances sur le réchauffement climatique est officiellement publié dans les rapport du Groupe d experts intergouvernemental sur l évolution du climat (GIEC), organe du Plan des Nations Unies pour l Environnement (PNUE) créé en 1987, dans lequel des scientifiques désignés par chaque État débattent de ce que sera la vérité scientifique des cinq années suivantes, et quelle est l ampleur des incertitudes admises. L apparition de la science au premier plan de la scène politique, avec un pouvoir majeur, est un fait nouveau par rapport aux jeux feutrés que décrit J. Gusfield. Il est vrai que dans le cas de l alcool au volant, les disciplines en jeu sont les sciences sociales et la statistique, faiblement prestigieuses. Avec les questions climatiques, les sciences naturelles pèsent de toute leur aura dans le débat, leur caractère construit n étant admis que dans les réserves exprimées (temporairement) par les climatologues consciencieux. Nous sommes donc dans une situation typique de l écologie politique ainsi que la (re)définit Bruno Latour5, dans laquelle «la Science» perd sa capacité à couper court aux débats politiques, au profit de la construction visible par «les sciences» réelles d une réalité dont elles ne sont jamais que le porte-parole imparfait. Et pour cause : la science ne dispose pas de vérités déjà disponibles pour le réchauffement climatique, car le climat 5 Bruno Latour, Politiques de la nature, Paris, La Découverte, Dans cet ouvrage sous-titré Comment faire entrer les sciences en démocratie, l auteur propose la notion d «objet chevelu» qui ont pour caractéristique de ne pas admettre de limites nettes («objet chauve»), et qui découle en fait directement du type de regard promu par l écologie politique. Le réchauffement climatique nous semble «naturellement» en être un des plus grands spécimens encore identifiés.

6 Introduction 6 n attend pas que les modèles le décrivent avec précision pour évoluer ; l action politique est ici exigée avant que la connaissance théorique n ait eu le temps de présenter une face unifiée au monde politique, qui se charge donc de réguler son élaboration. Sans exagérer la nouveauté de ce phénomène, qui s observe à plus petite échelle dans de nombreux cas, nous nous efforcerons d analyser comment la presse a réussi à couvrir ces interactions permanentes entre scientifique et politique, qui pousse les journalistes scientifiques à s émanciper des limites de leur rubrique dédiée, et réciproquement les journalistes généralistes à s immiscer en profanes dans le terrain de leurs collègues plus spécialisés. Ces conflits de prérogatives s accompagnent inévitablement de difficultés à définir les rôles de chacun et la manière adéquate de traiter l information, en lien direct avec les réorganisations des services au sein des rédactions. Notons cependant que si les journalistes ont souvent détaché leurs articles des sujets scientifiques, à partir notamment des années 2000, le respect pour la science et la prudence face aux incertitudes admises par les chercheurs n ont que rarement été sacrifiés au nom du spectaculaire. Par ailleurs, le climato-scepticisme a reçu très peu de couverture du moins jusqu à la fin de l année 2009 et le «Climate-gate», qui est hors de notre période, celle-ci étant le plus souvent négative lorsqu elle a existé. Si la presse semble ainsi, au moins en partie, s être emparée relativement tôt du sujet, à travers ses rubriques scientifiques, un autre de nos points d intérêt tiendra à l identification des facteurs de la formidable extension qu il a connu. À la fin des années 1980, paraissent presque exclusivement des articles scientifiques développant avec force détails les inquiétudes de chercheurs concernant l avenir du monde, à un moment où le problème est presque totalement ignoré, notamment par les acteurs politiques ce qui leur confère un caractère tout à fait détonant. Comment s est déroulé le passage de ce traitement scientifique faussement distant, réservé à d arides mais riches comptes rendus de colloques, à une question brûlante de l agenda politique? La mise en place de sommets internationaux a été pour une part importante dans cette explosion, quasi mécanique, du nombre d articles traitant de la question. Le sujet s est progressivement politisé et banalisé, intégrant peu à peu les divers aspects de l actualité, à partir de Mais la véritable diffusion des questions climatiques dans la presse s est effectuée à l occasion d une rupture très claire, à la fin de l année 2006, grâce à la succession d événements plus ou moins marquants, consacrant son intégration aux questions économiques, notamment, et à l agenda politique national, au cours de

7 Introduction 7 l élection présidentielle de Le réchauffement connaît ainsi une explosion de sa couverture médiatique au moment où il est repris par des acteurs politiques divers et qu il échappe en partie à l écologie politique proprement dite. À cette occasion et nous verrons selon quels enchaînements et quelle chronologie les menaces portées par les changements climatiques sont amplement traitées dans la presse, de sorte qu une prise de conscience semble se réaliser, permettant le passage à un autre stade. Ainsi, partant de l apparition d un objet scientifique nouveau dans le courant des années 1980, notre démarche a consisté à retracer, à travers une sélection de titres de la presse nationale française, la construction du problème du réchauffement climatique. L enquête a porté, par souci de restriction du champ d étude et de facilité de traitement, sur quatre grands quotidiens nationaux de la presse dite «de qualité», dont les archives complètes sont disponible au moins depuis 1996 : Le Monde (depuis 1987), Le Figaro (1996), Libération (1995) ainsi que Les Échos (1997). Par ailleurs, le mensuel Le Monde diplomatique (1980) au statut et au rythme de parution différents, fournit à l analyse qualitative un éclairage complémentaire ; le mensuel Courrier international, clairement à part puisqu il reprend des articles de la presse étrangère, n a pas été utilisé pour le commentaire, mais ses articles ont été intégrés, et ils ont participé à l analyse lexicale, ce qui offre un enrichissement des dimensions étudiées plus qu une perturbation. Le corpus ainsi retenu se compose de près de 7000 articles répartis d octobre 1987 à septembre Nous avons recouru pour son étude à une analyse à la fois quantitative et qualitative des articles traitant du sujet, ainsi qu à des entretiens avec des journalistes-clés de son développement qu ils soient remerciés pour leurs éclairages, sans doute insuffisamment rendus visibles dans ce texte. Nous mobilisons dans un premier chapitre une mesure du volume d articles publiés, avant de mettre en œuvre une analyse lexicale permettant de traiter le corpus retenu, au volume assez important (chapitre 2) ; enfin, nous tentons d expliquer la rupture constatée en 2006 à l aide des outils et résultats déjà abordés, tentant de relier acteurs et registres dans un schéma général (chapitre 3). À chaque étape, nous mettons en relation des articles avec les résultats statistiques obtenus, à travers de larges extraits auxquels nous entendons accorder une place plus qu illustrative. L objectif poursuivi ici est double : nous espérons que la méthode d étude élaborée pour l étude de notre objet, le réchauffement climatique comme problème public, soit plus généralement valide pour l étude de corpus de textes, en particulier lorsque l aspect chronologique est essentiel à son appréhension. Pour cela, des encadrés développent à

8 Introduction 8 chaque étape les détails techniques ayant permis la réalisation des analyses statistiques. Nous nous sommes efforcés de rendre le corps de l analyse aussi peu technique que possible : les modèles statistiques utilisés, pour complexes qu ils soient, sont aisément interprétables de manière graphique. Le lecteur est donc invité à ne pas passer les rapides explications méthodologiques incluses dans le corps du texte, sachant qu il s épargnera les étapes techniques les plus ardues en ne lisant pas les encadrés.

9 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Quel traitement a été réservé au problème du réchauffement climatique dans les journaux que nous venons de citer? Une première manière de répondre, la plus élémentaire et, nous semble-t-il, la plus nécessaire, consiste à mesurer l ampleur de la couverture qui a été accordée au sujet depuis son émergence. Les premiers articles évoquant le réchauffement climatique apparaissent, par chance, à la fin des années 1980, date où les archives du Monde, on l a dit, deviennent disponibles. Les Nations unies viennent juste de créer les premiers organes chargés du problème d autres apparaîtront plus tard : 1987 apparaît comme la date idéale pour démarrer la période. Cependant, l écologie politique existait avant le réchauffement climatique, ayant déjà contribué à forger les pratiques des journalistes et l organisation des rédactions au traitement de telles questions. De quel type de couverture bénéficiait-elle à l époque? 1 L écologie et les médias Guillaume Sainteny a consacré en 1994 un article 6 au traitement médiatique de l écologie politique. Il note à partir de la fin des années 1970 un reflux à la fois quantitatif et qualitatif, alors que l accueil avait été plutôt favorable jusqu alors : sommairement mesuré par les revues de presse relevées par les partis écologistes euxmêmes, le nombre d articles consacrés à l écologie au sens large baisse substantiellement au cours des années 1980 ; la couverture des réussites électorales des Verts prend un ton nettement négatif, soulignant une supposée absence de perspectives qui contraste avec des scores toujours en progrès, et un nombre d élus en hausse constante. Ainsi, sur le début de notre période, l écologie politique apparaît généralement dans la presse comme à bout de souffle : en janvier 1987, Jean Daniel affirme dans Le Nouvel Observateur que «les Verts ont disparu», et dans Le Monde un article de Claude Régent 6 Guillaume Sainteny, «Les médias français face à l'écologisme», Réseaux, vol. 12 (65), 1994, p

10 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, s intitule «Le dernier carré des Verts» (août 1987). En mars 1989, Franz-Olivier Giesbert parle dans Le Point de «précarité du phénomène écologiste», supposé fluctuer suivant la désorientation de l électorat. G. Sainteny avance parmi les explications de ce reflux une modification du recrutement des journalistes à qui échoient les questions écologiques : traitées jusqu aux années 1980 par les responsables des rubriques environnement, elles passent alors aux mains des journalistes politiques. Selon l auteur, les premiers auraient eu tendance à promouvoir ces thématiques, parce que relevant de leur domaine privilégié, quitte à «s immiscer» largement dans le domaine purement politique. Au contraire, pour les seconds, l écologie politique ne serait qu un sujet parmi d autres, qui, de plus, ne respecte pas pleinement les schémas traditionnels du champ : elle apparaît dès lors comme subalterne et peu légitime. Notre étude doit ainsi être replacée dans le contexte de la transformation décrite par G. Sainteny. Vers la fin de la décennie 1980, l écologie effectue son retour dans les médias, avec une explosion du nombre d articles publiés, une (ré)apparition de rubriques consacrées au thème, et une plus forte présence des écologistes sur les plateaux de télévision. Il est intéressant de noter que ce retour en grâce est concomitant d une période de mouvement qui suit notamment la publication du rapport Brundtland (1987), qui introduit la notion de développement durable et fait de l écologie une question qui occupe les gouvernements. C est à cette même période que des publications scientifiques commencent à faire état d inquiétudes à propos du réchauffement climatique, craintes qui incitent l ONU à créer, sur demande du G7, le GIEC (1987). D autre part, les Verts travaillent désormais plus sur leur médiatisation, adoptent une visée électoraliste et passent des accords à gauche ; Génération écologie (créé en 1991) donne à l écologie politique un visage modéré. Ainsi, le réchauffement climatique apparaît a priori dans une phase plutôt favorable. Encore ne faut il pas confondre cet objet nouveau avec le mouvement politique, plus ancien, de l écologie politique. Pendant les années 1980, ce dernier souffre d une image assez négative, pas tant du fait des questions qu elle pose que de sa manière de les aborder : l écologie, lue comme strict environnementalisme, n est pas généralement considérée comme légitime à fonder une politique générale, elle est donc accusée de capter des franges instables de l électorat, qui formeraient un vote protestataire. Cette idée est très visible, selon G. Sainteny, dans Le Figaro, pour lequel «rien n est plus

11 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, dangereux que de faire de la politique avec une seule idée» (Charles Rebois, mai 1989). Apparaît la phrase-type de cette tendance, selon laquelle «l écologie est en fait une chose trop importante pour être laissée aux seuls écologistes» (F.-O. Giesbert, mars 1989). Affirmation à double tranchant, que nous retrouvons plusieurs fois au sein de notre corpus, et qui peut mener à un élargissement de l audience accordée aux questions écologiques autant qu à leur étouffement sous une prise en compte de façade par les partis «traditionnels». Ce débat nous intéresse dans la mesure où est en lien direct avec la nature des solutions proposées à la menace du réchauffement climatique, ainsi qu à la croyance même en la réalité du réchauffement. Le regard que porte la presse sur la capacité des gouvernements à agir contre le réchauffement et sur l action des contestataires dépend largement de l ampleur et de la radicalité des réformes qu ils jugent nécessaires à cette action, dans un domaine où les considérations juridiques, diplomatiques, et plus généralement politiques sont particulièrement complexes 7 : un sommet de chefs d État doit-il être lu comme une hypocrite déclaration de bonnes intentions ou comme un réel pas en avant? Est-il nécessaire de créer la peur dans le lectorat afin de provoquer une prise de conscience salutaire? Tous ces débats à toile de fond profondément politique se retrouvent dans la pratique des journalistes et dans leurs discours à propos de cette dernière. 2 L évolution en longue période : Pour étudier le traitement du réchauffement climatique dans les journaux retenus, nous avons choisi de travailler sur l ensemble des articles contenant les deux mots «réchauffement» et «climatique» de manière indépendante. Un avantage de la question étudiée est qu elle est relativement bien identifiée, si l on entend par là que tous les acteurs qui en parlent utilisent un vocabulaire commun, sans que l essentiel de la définition pose problème. Des écologistes aux (rares) acteurs clamant l absence de réalité du réchauffement climatique, l ancrage scientifique du problème, entre autres, fait que nul ne tente de déplacer le débat sur un objet différent, ou de modifier le cadre d analyse au point de rendre méconnaissable notre sujet ce qui est loin d être inhabituel en politique. 7 John Crowley, «Les enjeux politiques du changement climatique. Quels instruments pour quelle justice?», Critique internationale, vol. 9 (1), 2000, p L auteur montre bien la variété des mécanismes mis en jeu, comme dans tout sujet de géopolitique, mais que renforce dans notre cas l évolution des connaissances scientifiques et la nouveauté des problèmes à traiter. Le fait que tous les lecteurs soient théoriquement concernés par la question pose avec encore plus d acuité le problème de la mesure des progrès effectués et des avancées consenties par les parties.

12 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Si nous n avons cependant pas recherché l expression «réchauffement climatique» en entier, exigeant que les deux mots soient toujours accolés, c est qu à l apparition du problème, le vocabulaire n étant pas encore clairement établi, nous avons pu nous apercevoir que certains articles ne référaient jamais à notre objet sous cette dénomination, et alternaient des expressions comme «réchauffement de la planète» et «changement climatique», avec de multiples variations. Ainsi, considérant que le risque de voir une quantité importante d articles hors-sujet se glisser dans notre corpus était d autant plus faible que la grande majorité des articles sont parus après la «standardisation» du lexique, nous avons choisi cette solution. Il paraît difficile d aborder le sujet du réchauffement climatique sans utiliser ces deux mots, ce que confirme l étude des articles les plus anciens. Retracer les transformations dans le traitement du réchauffement climatique sur une longue période pose rapidement des problèmes d échelle, et il est difficile de prolonger dans notre cas l approche qualitative utilisée par G. Sainteny : la lecture de «carottes» d articles choisis dans le corpus, ne pouvant prétendre à l exhaustivité, porterait une trop importante part d arbitraire. Dans la masse du corpus, il est possible de trouver des articles recourant toute une palette de points de vue et de tons ; même si des régularités sont visibles, ainsi que nous le vérifierons, il est assez ardu de tenter des généralisations quand une seule année a produit à elle seule plusieurs centaines d articles. La solution retenue dans ce chapitre consiste à étudier les variations dans le volume d articles parus. Cet indicateur, qui peut paraître grossier, puisqu il ne tient pas compte de la taille des articles, ni surtout de leur contenu plus ou moins inédit ou approfondi, offre cependant l avantage de proposer une forme d objectivation du corpus, qui devient ainsi facile à appréhender. Cette mesure unidimensionnelle simple donne déjà accès à une information riche : les évolutions peuvent rapidement être mises en rapport avec la chronologie scientifique et politique du réchauffement climatique ; la lecture des articles en est facilitée, puisque chaque phénomène qui attire l attention du point de vue quantitatif appelle une étude plus précise des articles qui lui correspondent. Mais voyons ce que que ce premier aperçu révèle à propos de la construction du problème du réchauffement. L évolution en longue période est ici mesurée à travers le volume de publication du seul journal Le Monde : étant le seul à être disponible depuis les années 1980, il nous permet de comparer sans rupture dans la série les origines du réchauffement et les

13 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, années récentes. Gardons à l esprit que le décompte étudié ici ne représente, comme tout indicateur, que ce que sa construction lui permet de mesurer. Il n est pas question de considérer que le rythme de publication d articles constitue une mesure de la sensibilisation de l «opinion publique» à ce problème, du traitement politique reçu par le réchauffement climatique, de l effectivité des décisions prises pour la limiter, ou encore de la certitude scientifique à son égard. Nous mesurons à ce stade un volume brut, qui accorde la même valeur à un article de fond en pleine page, à une brève anecdotique de deux phrases, et à un article politique qui n a que peu de lien avec le réchauffement proprement dit. Mais cette limite de l indicateur est aussi un intérêt évident. Pris selon sa définition stricte, il rend compte de la quantité d articles contenant les mots «réchauffement» et «climatique» : il mesure donc directement la prégnance du sujet dans les journaux étudiés, intégrant notamment le «bruit de fond» que constituent les références rapides, en incise, au réchauffement climatique. La construction d un problème public ne consiste pas en effet à la publication d articles complets mettant chaque semaine à plat le débat pour en rappeler les moindres détails ; au contraire, un problème devient perçu comme tel et conserve sa vivacité grâce à la répétition d articles aux statuts différents qui font y référence, sans que tous apportent une nouveauté décisive au débat. Une fois un sujet identifié comme problématique, sa croissance va s effectuer par le rattachement de nombreux thèmes, préexistants ou nouveaux, de manière à transformer un ensemble de faits divers dépourvus de sens en un véritable problème. On peut donc étudier la réussite ou l échec de la construction d un problème public à travers l élaboration progressive de connexions avec l ensemble des thèmes qui composent l actualité à un moment donné. Les tendances générales Le Graphique 1 illustre le déroulement de ce processus à partir du recensement des articles du corpus pour le seul journal Le Monde, et nous permet de vérifier qu il n a rien de linéaire ; il confirme une première intuition selon laquelle nous assistons à l irruption de la question du réchauffement climatique dans la presse, avec un niveau particulièrement élevé depuis moins de 5 ans. On observe que la période étudiée est assez large pour démarrer avec une quasi-absence de couverture du sujet, et pour finir avec un niveau important, autour d un article et demi par jour en moyenne ce qui représente le maximum historique.

14 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Graphique 1: La longue période : le journal Le Monde, Champ : présence des mots «réchauffement» et «climatique» indépendamment au sein d un même article. On peut schématiquement identifier trois épisodes de flux et reflux, suivis d une véritable rupture qui aboutit au maintien de niveaux très élevés de publication. Le premier épisode d intensification atteint son sommet en septembre 1997, avec cependant un palier qui s étend jusqu en juin Les seconds, qui ne présentent pas ce phénomène de stabilisation, atteignent leurs pics respectivement au début de l année 2001 et en juin Selon une construction en escalier, chaque pic dépasse le précédent, si bien que le sommet de 2005 est plus de deux fois supérieur à celui de 1997 ; en outre, les étiages atteints entre les pics s élèvent eux-aussi clairement avec chaque épisode. C est au cours de ces périodes charnières que se joue l élargissement des connexions du problème du réchauffement climatique aux autres thèmes de l actualité.

15 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Mais l «emballement» soudain de , où quelque chose semble s être subitement enclenché, mérite toute notre attention. Le trait le plus saillant de ce graphique est sans doute l explosion de la fréquence des articles, à partir d un minimum de moins de 0,35 article par jour (en moyenne annuelle) aux alentours de janvier 2006, jusqu au maximum de 1,35 article par jour en juin de l année suivante, soit une multiplication par près de 4 de la fréquence en un an et demi ; cette croissance apparaît absolument continue au niveau d agrégation annuel, ce qui ne se retrouve à aucune autre période. Autre fait marquant, ce rythme de croisière a été maintenu depuis cette date, avec un nouveau record battu en 2009, à 1,45 article par jour en moyenne annuelle. Et si l on se réfère aux moyennes mensuelles, plus révélatrices des variations dues à l enchaînement des actualités, on peut relever que malgré l ampleur des écarts, les baisses de fréquence ne rejoignent jamais les niveaux moyens du début des années 2000 : ils retrouvent plutôt ceux des périodes «de pointe» d avant Le record de fréquence en moyenne mensuelle après 2006 est de 2,3 articles par jour, atteint en septembre 2009, mais aussi à peu de chose près en mai En comparaison, le sommet pour la période pré-2006 est seulement de 1,1, atteint au cours du mois de décembre Il est donc sans appel que la fin de l année 2006 constitue une rupture, que nous tenterons de préciser plus bas en nous fondant sur l ensemble des journaux. Le paradoxe de ce processus de diffusion tient à ce que les articles de notre corpus ont tendance à devenir comme nous le verrons plus bas de plus en plus proches du hors-sujet, de moins en moins approfondis, de plus en plus approximatifs sur les questions scientifiques. En quantités absolues, les articles du noyau dur, bien ancrés dans le sujet, et déjà présents dans les années 1980, progressent ; mais relativement à la masse des articles qui entrent dans le corpus à la faveur d une allusion rapide, ou de ceux qui l abordent sous un aspect assez anecdotique ou illustratif, ils semblent perdre du terrain. Les journalistes scientifiques considèrent avec réserve ce type de traitement qui se développe : les connaissances scientifiques sont rappelées, mais avec des simplifications majeures ; la relative incertitude des chercheurs est passée sous silence ; les thèmes choisis sont symboliques et pittoresques, assez éloignés des questions jugées fondamentales. Il est d ailleurs à noter que parmi les journalistes ayant écrit le plus d articles sur le réchauffement climatique, très peu couvraient le sujet avant 2000 : les journalistes scientifiques qui s étaient les premiers intéressés au sujet ont perdu la main au profit de leurs collègues des services politiques.

16 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Ainsi, même si ce mouvement lui semble naturel, Sylvestre Huet, journaliste scientifique entré à Libération en 1995 et venu de la presse scientifique grand public, critique-t-il8 le recours exagéré de ses collègues au symbole de l archipel des Vanuatu, menacé de submersion par la montée des eaux liée au réchauffement : «c est pas ça, l échelle du problème». Le passage à un registre plus politique amène à se libérer des exigences de rigueur. À l extrême, le journalisme recourt à l intervention politique, comme lors de la publication d un éditorial commun à 56 journaux à l occasion de la conférence de Copenhague (7 décembre 2009) : le texte contient des affirmations scientifiquement douteuses quant à la submersion de continents entiers. Mais le registre et les objectifs étant différents, S. Huet approuve en partie la démarche : «On se dit : C est raisonnable, c est de la bonne volonté, et c est bien de le faire. Après, dans les détails... bon.» 8 Entretien, décembre 2009.

17 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Les origines Mais avant de s attarder sur période récente, la plus active, il n est pas inutile de porter tout d abord notre attention sur les premières années du corpus, lors desquelles le réchauffement climatique est encore un sujet nouveau. Le Groupe Intergouvernemental d Experts sur l Évolution du Climat (GIEC) vient juste d être créé (en 1987), et sa désignation change même en fonction des articles, la traduction des initiales connaissant une période d incertitude qui signale la progressive familiarisation avec la question. À la fin des années 1980, les articles sur le réchauffement sont assez occasionnels dans Le Monde, et on observe plusieurs périodes de silence prolongé : en 1994 par exemple, où Graphique 2: Les origines : le journal Le Monde, Champ : présence des mots «réchauffement» et «climatique» indépendamment au sein d un même article. Le profil en paliers de la courbe s explique par le très faible nombre d articles publiés. Ainsi, les deux articles de l année 1987 sont repérés par deux marches s étalant sur un mois. Il importe de garder à l esprit que l on travaille ici plus sur la base de l unité que sur une véritable moyenne.

18 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, aucun article ne paraît pendant presque un an alors qu entre en vigueur en mars de cette année la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui met en route le processus diplomatique qui mène notamment à Kyoto. Des interruptions complètes pendant trois mois sont la règle plutôt que l exception jusqu en Le rythme de parution des articles dépend fortement de la tenue de conférences internationales, mais selon un crescendo assez sensible, dû principalement au rapprochement des événements dignes d attention ou jugés tels. Ainsi, peut observer que se détachent sur la courbe les événements suivants : deuxième conférence mondiale sur le climat de La Haye en novembre 1989 (1 article couvrant le sujet), deuxième réunion du GIEC à Genève en octobre 1990 (2 articles), le Sommet de la Terre de Rio en juin 1992 (4 articles), première Conférence des parties à Berlin en mars-avril 1995 (6 articles, dont un dossier spécial), deuxième rapport du GIEC en septembre (3 articles dans un court dossier) et réunion du GIEC à Rome en décembre de la même année (4 articles), deuxième Conférence des Nations unies sur le changement climatique à Genève en juillet 1996 (2 articles). Les colloques scientifiques expliquent aussi une bonne partie des articles isolés de la période, au rythme d un ou deux par an. En dehors de ces actualités, un dossier sur l éco-développement (3 articles) paraît en novembre Au cours de l année 1996, s opère un changement important : avec un rythme de parution qui devient plus régulier, on observe l apparition d articles qui ne tiennent ni à la science du climat ni aux réponses politiques à leur apporter. Sur les 15 articles de cette année, certains ne font que des références en incise au réchauffement climatique, contrastant fortement avec l homogénéité de ceux parus en 1995 (15 aussi). Ainsi, l éruption d un volcan islandais semble-t-elle exiger du journaliste une remarque selon laquelle le réchauffement n est pas en cause, puisqu il favoriserait au contraire les précipitations, ce qui favorise l obstruction due aux glaciers. Un autre, s inquiétant de «la fracture alimentaire» mondiale, avance que les «tendances lourdes» sont mauvaises, notamment à cause des phénomènes de sécheresse liés au réchauffement global. Enfin, un article sur le tourisme souligne l importance du climat dans le récent «succès estival» de la saison. L année 1996 représente ainsi en miniature les tendances qui se développent massivement par la suite : échappant à son périmètre restreint, le réchauffement climatique devient progressivement une référence obligée pour les articles qui traitent de certains sujets comme la météorologie, le développement, le tourisme ; tout phénomène naturel est susceptible de lui être rattaché, ce qui justifie des remarques,

19 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, serait-ce pour affirmer l absence de lien ou la prudence des chercheurs. Ce mécanisme de connexion du réchauffement climatique au reste de l actualité explique une part importante de l amplification de la couverture dont il bénéficie par la suite. Le renforcement des enjeux politiques, en particulier à travers les sommets internationaux, en constitue une autre part, ainsi que nous allons maintenant le vérifier concernant l ensemble des journaux du corpus. Le décompte des articles Une fois les choix méthodologiques effectués, une longue étape technique s est ensuivie (car l exhaustivité a un prix), dont nous n évoquerons ici que les plus typiques difficultés. La recherche sur la base d articles en ligne Europresse des termes choisis indique que 6978 articles correspondent à nos critères. Mais l infrastructure proposée ne permet d en obtenir que 200 à la fois, ce qui exige de découper la période de manière à ne pas excéder ce total : on obtient ainsi des «paquets» d articles couvrant des sous-périodes allant de deux ans à seulement un mois, en période d activité maximale en tout 153. Une étape supplémentaire permet de «nettoyer» les fichiers HTML ainsi obtenus de tout ce qui n est pas texte brut (sans mise en forme ni contenu technique polluant les articles) et de les agglomérer en un seul fichier. Finalement, un script écrit à cet effet repère dans le texte les séparations entre articles, élimine les lignes inutiles comme le copyright et les mentions légales ; il établit ainsi une liste des articles trouvés, et enregistre chaque article dans un fichier texte séparé, identifié par un numéro. Nous avons réussi à extraire toutes les méta-informations dignes d intérêt pour un article de presse : date de parution, journal, auteur(s), rubrique (le cas échéant). Après plusieurs tâtonnements qui ont occupé un temps parfois important, le décompte finale des articles s est établi à 6976, deux articles originaux s étant révélés des erreurs d archivage. Nous pouvons donc considérer que la liste obtenue correspond au corpus que nous nous proposions d étudier, ce qui garantit la validité des statistiques que cette étape préliminaire relativement laborieuse nous a permis de construire. À partir des données brutes que représente la liste des articles parus, nous effectuons un décompte pour chaque jour de la période, ce qui fournit la série temporelle la plus détaillée, et la plus complète, qu il soit possible d établir à partir d articles dont le jour de publication constitue l unité temporelle de référence. Mais notre travail ne s arrête pas là ; en effet, cette série est difficilement utilisable si l on tient par exemple à la représenter graphiquement. Les variations quotidiennes étant d une ampleur importante, une courbe représentant les quelque 8000 points obtenus ne constitue pas une information traitable «à l œil nu». Nous sommes donc confrontés au problème du lissage des séries temporelles, pour lequel de nombreuses solutions statistiques plus ou moins élaborées sont disponibles. Ne disposant évidemment d aucun modèle censé prédire l évolution des fréquences observées, nous nous sommes contentés de recourir à des moyennes glissantes, en accordant la période de lissage au type de courbe tracé : ainsi, dans la plupart des cas, une moyenne mensuelle donne une courbe assez irrégulière, permettant de saisir les évolutions hautement conjoncturelles ; nous l accompagnons pour le longues périodes d une moyenne annuelle, qui permet de se figurer l évolution à plus long terme des fréquences, ce qui s avère très souvent éclairant. Ces moyennes ont été

20 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, «alignées à droite», c est-à-dire que le valeur en un point donné reflète la moyenne de la période qui la précède : ainsi, un événement exceptionnel entraîne une augmentation des fréquences après sa date de survenue, et jamais avant, comme c est le cas avec un alignement centré, par exemple. Pour le traitement de sous-séries, comme les fréquences par auteur, une moyenne bimensuelle a été utilisée afin de limiter la répétition d oscillations d une unité, qui rendent rapidement la courbe illisible : en travaillant sur de petits effectifs, un article de plus ou de moins suffit souvent à affecter (trop) fortement la valeur de la moyenne mensuelle. library(tm) library(zoo) articles <- Corpus(DirSource("Articles"), readercontrol=list(reader=readplain, language="french", load=true)) liste <- read.csv("liste.csv", header=false) liste[[3]] <- as.date (liste[[3]], format="%d %B %Y") meta(articles, meta(articles, meta(articles, meta(articles, meta(articles, meta(articles, tag="id") <- liste[1] tag="journal") <- liste[2] tag="date") <- liste[3] tag="rubrique") <- liste[4] tag="auteur") <- liste[5] tag="occurrences") <- liste[6] dens_corpus <- function(corpus=articles) { dates <- meta(corpus, tag="date")[,1] start <- as.date(cut.date (min(dates), "month")) length <- max(dates) - start + 1 dates_ts <- array(0, dim=c(length, 7)) journaux <- as.character(unique (meta(corpus, tag="journal")[, 1])) colnames(dates_ts) <- c(journaux, "Total") for (i in 1:length(corpus)) { row <- dates[i] - start + 1 col <- as.character(meta(corpus, tag="journal")[i, 1]) dates_ts[row, col] <- dates_ts[row, col] + 1 dates_ts[row, "Total"] <- dates_ts[row, "Total"] + 1 } rm(row, col) zooreg(dates_ts, start=start, frequency=1) }

21 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Le développement : Après 1997 et la conférence de Kyoto, le réchauffement climatique, sans pour autant devenir un sujet de premier plan, est traité de manière moins épisodique. C est à partir de ce moment que le sujet occupe en permanence une place sur la scène médiatique, ne connaissant plus les périodes d éviction qui caractérisaient le début des années Si dès 1996 comme on vient de le voir la couverture devient relativement constante, décembre 1997 marque bien une rupture. À partir de l incroyable explosion du nombre d articles consacrés au sujet lors de la conférence de Kyoto, on assiste à une croissance relativement continue de l écho médiatique dont bénéficie le changement climatique. Ce développement ne se fait pas de manière régulière, mais connaît comme la période précédente une série de pics correspondant principalement aux conférences internationales. Cette période qui suit la conférence de Kyoto est particulièrement adaptée à notre étude pour une deuxième raison, qui tient à la disponibilité des archives. En effet, après 1997, Le Figaro, Libération ainsi que Les Échos apparaissent dans notre corpus, ce qui autorise une comparaison plus large que sur la période précédente, seulement accessible à travers les articles du Monde. Cette comparaison permet de tout d abord de vérifier que les profils sont globalement similaires d un quotidien à l autre, tout en mettant en évidence certaines différences d ordre secondaire. Il apparaît tout d abord à la lecture du Graphique 3 (page 23) qu il est possible de distinguer schématiquement trois phases dans l intensité de la couverture dont bénéficie notre sujet. Nous avons déjà souligné qu après 1997 le réchauffement climatique est mentionné de manière à peu près continue : une seule période creuse de plus d un mois (en juin 1999) est à relever entre 1997 et 2001, alors qu on observe ce type d interruption trois fois par an sur la période antérieure. En moyenne, de 1997 à 2001, le rythme moyen de parution est d un article tous les trois jours.

22 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence,

23 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Graphique 3: La couverture quantitative du réchauffement, Champ : présence des mots «réchauffement» et «climatique» indépendamment au sein d un même article. Les événements reportés sont ceux correspondant à un pic d activité. Les conférences internationales sont indiquées en noir, les événements d autres types en bleu. Les événements négatifs, n ayant pas connu de couverture médiatique importante alors que leur importance aurait semblé le justifier, ou coïncidant avec un vide médiatique, sont indiqués en gris. Se référer à la bibliographie en annexe pour la description des événements non développés dans le corps du texte.

24 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Un développement progressif ( ) La conférence de Kyoto, début décembre 1997, a eu un écho certain dans tous les journaux étudiés ; mais, à l exception notable du Monde, la couverture est restée très limitée : seulement 62 articles pour les deux derniers mois de l année 1997, dont plus de la moitié pour Le Monde! Libération (11 articles), Le Figaro (9) et Les Échos (4) n accordent qu une attention réduite à l événement, quand même le mensuel Le Monde diplomatique y consacre 3 articles. En 1998 et 1999, les conférences de Buenos Aires et de Bonn donnent lieu à une couverture légèrement supérieure à la moyenne, mais sans commune mesure avec Kyoto. Le Monde, suivi du Figaro, devance toujours les autres quotidiens du point de vue quantitatif. Avec la conférence de La Haye, en novembre 2000, un nouveau pas semble être franchi. Même si Le Monde reste l organe de presse qui consacre le plus d articles au réchauffement climatique, tous les quotidiens étudiés publient plus de 20 articles à ce sujet ; Le Monde et Le Figaro atteignent la quarantaine. Si ce net surgissement du réchauffement dans l actualité ne suffit pas à maintenir un niveau d activité élevé, qui retombe assez rapidement, il inaugure une seconde phase durant laquelle les brèves périodes de flux-reflux du sujet deviennent la norme. De 2001 à 2006, on dénombre pas moins de 7 périodes au cours desquelles la moyenne mensuelle du nombre d articles publiés dépasse 1,5 articles par jour, niveau dont seule la conférence de Kyoto avait bénéficié jusque-là. Le réchauffement climatique connaît alors un traitement par àcoups, constitué de pas moins de trente «bosses» correspondant à autant d actualités apparaissant par vagues. Pour autant, l intérêt porté aux Conférences des Parties n évolue guère. La tenue de trois de ces rencontres entre 2001 et 2003 n empêche pas la fréquence des articles de baisser tendantiellement jusqu en Les regains d attention que celles-ci provoquent ne sont pas différents en ampleur de ceux que génère l agenda ordinaire. La conférence de Bonn, seconde du nom, de juin 2001, donne certes lieu à une couverture élargie de la part du Figaro et de Libération, mais les autres journaux en rendent compte sans plus d attention. Celles de Marrakech (octobre 2001) et de New Dehli (octobre 2002) ne sont même pas visibles sur la courbe. Le Sommet de la Terre de Johannesbourg (aoûtseptembre 2002) ne donne lieu qu à un faible regain d intérêt pour le changement climatique, sans doute en partie en raison de la diversité des thèmes abordés lors de cette conférence, qui n apparaissent pas dans notre décompte. Il reste que la fièvre du tournant n a pas suffi à enclencher une croissance de l intérêt pour le sujet.

25 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Il apparaît, de manière assez triviale, que c est à l occasion de la canicule de l été 2003 que le sujet connaît un nouveau développement, assez différencié selon les journaux. Journal à réagir le plus fortement, Le Monde accorde un dossier le 2 septembre à la question des phénomènes météorologiques «hors normes», dossier intitulé de manière inquiétante «Réchauffement climatique : le coût de l'imprévoyance». Tout au long de ces 8 articles, météorologie et climatologie sont mises en relation avec une conclusion : s il est impossible d affirmer que le réchauffement d origine humaine a provoqué la canicule, il est certain que «ce qui s est passé cet été est une préfiguration de ce qui adviendra» (selon les mots d un économiste interrogé par Antoine Reverchon). Une interview de Roselyne Bachelot, alors ministre de l Écologie, est même titrée : «En 2100, je suis persuadée que l'été 2003 apparaîtra comme un été frais». À l automne, Philippe Courtier, directeur général adjoint de Météo France affirme dans une interview au Figaro (30 octobre, Cyrille Vanlerberghe) : «La canicule de cet été n'est pas exceptionnelle si on se place dans les 10 à 20 prochaines années». Deux traits caractéristiques peuvent être retenus de cet épisode et de sont traitement médiatique. D une part, les phénomènes météorologiques ont été, depuis le début de l apparition du sujet, une voie privilégiée pour «maintenir en vie» le thème du réchauffement climatique. En l absence d articles de fond et d actualités significatives sur le sujet, une séquence d inondations ou de sécheresse, par exemple, appelle de plus en plus une remarque incidente rappelant le contexte plus général du changement climatique. L impact de ce type de clin-d œil journalistique obligé, illustratif, plus largement, des mécanismes de construction de l information, n est pas à négliger. S il se reflète de façon mécanique, et, pourrait-on dire, artificielle, dans nos statistiques, il n en a pas moins un effet de banalisation qui peut tendre à transformer le réchauffement climatique en un sujet «traitable», correspondant aux attentes des journalistes. D autre part, l épisode de la canicule a contribué, en lien direct avec l effet de banalisation évoqué plus haut, à connecter le réchauffement climatique à des actualités plus concrètes, bénéficiant «naturellement» d un traitement par la presse. Il s agit tout d abord, nous l avons dit, des phénomènes naturels exceptionnels ; mais aussi de l existence de victimes directes, qui ne peuvent raisonnablement être passées sous silence. La menace abstraite d un réchauffement menaçant les générations futures, dans l optique du «développement soutenable» introduite par le rapport Brundtland de 1987, devient plus immédiate. Les conséquences très concrètes de l augmentation de la

26 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, fréquence des canicules sont désormais palpables, et donc crédibles. Les perspectives annoncées, avec des délais parfois assez courts, de l ordre des dizaines d années, font entrer la lutte contre le réchauffement climatique dans l échelle d un agenda politique de long terme, et plus dans celle de la science-fiction. Ainsi, avec une portée plus large et durable qu un simple «emballement» médiatique, le réchauffement entre dans le débat politique national et s incarne dans des questions plus précises, déjà identifiées dans les conflits antérieurs. Le Monde publie le 11 août une tribune de Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, soulignant la fragilité des centrales nucléaires face au réchauffement (suite à des interruptions liées au manque et à la température des eaux utilisées pour le refroidissement) ; le 15, une tribune de Corinne Lepage, présidente de l association écologiste CAP 21, se hisse en première page, et lie la question écologique à l actualité en ouvrant sur une métaphore aux accents chiraquiens : «la France brûle et nous la regardons brûler». Le gouvernement se voit ainsi pris à partie, sa gestion de l urgence sanitaire faisant plus ou moins légitimement écho à la menace, lointaine, du réchauffement. En octobre, c est la question du renouvellement du parc nucléaire français qui se trouve pour la première fois reliée aux problèmes climatiques : la décision de construire l EPR (réacteur nucléaire de troisième génération) offre ainsi une caisse de résonance au réchauffement climatique. Les positions sont d ailleurs assez partagées quant à la contribution du nucléaire à la lutte contre le réchauffement, et à sa résistance aux grandes chaleurs. Ce débat, qui a parfois été interprété comme un danger pour les écologistes, à cause de la possible contradiction entre les deux causes, a cependant contribué, de notre point de vue, à l insertion du réchauffement climatique dans les conflits politiques, puisqu il devient ici un argument brandi par chacun des camps. Les effets médiatiques de la canicule se ressentent d ailleurs au-delà de l été. La période de juillet-août n était pas favorable au traitement de l actualité : au moment où les températures commencent à devenir exceptionnelles, le gouvernement n est pas en état de mobilisation, certains ministres sont en vacances, et mettront du temps à paraître actifs ; les journalistes, de leur côté, prennent généralement leurs vacances sur cette période, de même que les scientifiques à interroger. Ceci se ressent particulièrement dans le cas de sujets spécialisés comme le climat, pour lesquels l absence du journaliste attitré, avec ses réseaux de chercheurs, amène fatalement des analyses plus faibles. Aussi, il est compréhensible que la canicule refasse son apparition à la rentrée, lorsque les

27 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, bilans démographiques ont été publiés, que l opposition est en état de critiquer l action du gouvernement, et que les journalistes scientifiques sont munis d analyses fournies par des chercheurs. Mais il apparaît aussi que la canicule a créé un terrain favorable, au sein des rédactions, à la couverture de sujets jusqu alors peu attrayants, devenus «traitables» du fait de leur lien avec ce phénomène exceptionnel. Par exemple, en novembre 2003, Les Échos connaissent un pic de traitement du réchauffement climatique, alors que l été s était passé sans que le réchauffement connaisse une couverture particulièrement élevée. Aucun sujet précis ne se détache au sein de ce pic, les thèmes traités allant des propositions de taxe du transport aérien à l extension de l invasion de l algue Caulerpa taxifolia en Méditerranée, en passant par des sujets plus scientifiques comme le financement des programmes de recherche en climatologie ou l acquisition par le Japon de supercalculateurs pour modéliser le climat. Deux cahiers spéciaux «Anti-alter mondialistes» et «Pétrole» contribuent chacun à l automne à ce traitement, bien que le réchauffement ne soit pas leur sujet central. Un terrain favorable semble ainsi en place, qui permet d aborder de manière périphérique le changement climatique sans que l actualité l exige réellement, comme lors d une conférence internationale. Ce constat vaut aussi pour les autres quotidiens, puisque Le Monde édite un dossier «Développement durable la Planète» en novembre 2003, et que, à titre d anecdote révélatrice, Le Figaro met en une un article sur le virus du Nil (13 octobre, Cyrille Louis), dont on observerait la diffusion vers le nord à la faveur du réchauffement. En fait, le lien entre «emballement» médiatique autour du réchauffement et phénomènes climatiques exceptionnels n est même pas une spécificité de la canicule française de Spencer Weart rapporte9 en effet que la survenue, durant l été 1988 aux États-Unis, d une sécheresse exceptionnelle ayant entraîné d importants problèmes d alimentation en eau a joué un rôle similaire. Le climatologue James Hansen avait alors profité de l attention nouvelle des médias pour réitérer une audition au Congrès qu il avait déjà tenue quelques mois plus tôt, mais qui était passée inaperçue. D après les décompte de l auteur dans un échantillon de magazines, le nombre d articles consacrés aux réchauffement climatique bondit à partir de cet épisode, passant de deux à une vingtaine d articles par an et par journal. Il note aussi que les articles traitant de la «controverse politique» prennent soudain le dessus sur les articles scientifiques qui 9 Spencer Weart, 2009, Op. cit.

28 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, étaient jusque-là dominants. Au début des années 1990, plus de la moitié des articles adoptaient un point de vue moral ou s interrogeaient sur les solutions, alors que les causes scientifiques attiraient l attention jusqu alors. Il semble donc que les États-Unis aient connu plus tôt que la France une première vague d intérêt pour le réchauffement climatique, même si les niveaux sont bien inférieurs à ceux observés à l occasion, par exemple, de la conférence de Kyoto. Ce soudain intérêt a été l occasion pour le réchauffement climatique de se «mettre à la remorque» (piggyback) d un événement lié à la peur, comme l a souligné Sheldon Ungar 10 : le G7 de 1989 a consacré un tiers de sa déclaration finale aux questions climatiques, suite aux phénomènes naturels violents (inondations au Bangladesh et en Europe, ouragan aux États-Unis après la canicule de ). Le mouvement, qui ne semble pas avoir atteint la presse en Europe si on en juge par le cas de la France, est ensuite rapidement retombé. Sur le même schéma, l épisode caniculaire de 2003 n a pas suffi à donner lieu à une couverture durablement élevée du réchauffement climatique. Effets de seuil ( ) Même si la couverture du réchauffement continue de croître après 2003 de manière assez régulière, suivant la forme caractéristique en paliers décrite plus haut, et au gré des flux et reflux liés à l actualité, le tournant des années marque clairement une rupture. On a déjà mesuré plus haut, dans le cas du Monde, l ampleur des variations observées à cette période. Notons qu aucun journal n échappe à ce phénomène, bien les réactions varient. Ainsi, pour ce qui est de l ampleur du premier pic atteint par tous les journaux en février 2007, à l occasion de la réunion du GIEC à Paris et à la publication de son rapport, Le Figaro atteint le record absolu de 3 articles par jour en moyenne mensuelle, quand Libération et Les Échos s en tiennent à 1,5. Un second pic est atteint au printemps, à l occasion de l élection présidentielle, dans laquelle le pacte de Nicolas Hulot introduit les questions climatiques, avec une répartition similaire entre journaux, si ce n est que Le Monde connaît cette fois-ci son sommet absolu. La violence et la simultanéité entre journaux de cet épisode semblent indiquer que le phénomène ne tient pas au hasard des choix rédactionnels : s il est soudainement apparu nécessaire de traiter le sujet, c est que des changements sont apparus dans la valeur que les journalistes pensent devoir accorder aux actualités portant sur le réchauffement. On peut pour rendre compte de cette transformation utiliser l analyse proposée par Cyril 10 Sheldon Ungar, «The Rise and (Relative) Decline of Global Warming as a Social Problem», The Sociological Quarterly, vol. 33 (4), 1992, p

29 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Lemieux11 avec le concept de fait saillant : afin de rendre un sujet comme le réchauffement climatique «traitable» malgré les aspects relativement peu attrayants qu il comporte, il est nécessaire de l extraire de la continuité dans laquelle il s inscrit pour lui donner une plus grande valeur et un véritable intérêt. Il s agit de sortir une conférence internationale de la série de celles qui l ont précédé et de celles qui la suivront, chacune avec ses négociations laborieuses et ses résultats décevants, pour la présenter comme un enjeu en soi ; ou encore sélectionner un rapport du GIEC, ou une publication scientifique, et lui trouver un apport réellement nouveau, non soluble dans les articles déjà parus, alors que la démarche scientifique, avec ses lenteurs, est souvent assez peu exaltante pour le grand public. Quels sont donc les événements qui ont pu apparaître à la fin de l année 2006 comme des faits saillants? L originalité principale de cette période tient justement à ce qu ils ont été plusieurs à s enchaîner, provocant finalement un effet de seuil (cf. les extraits d articles infra). En septembre, le procès de l État de Californie contre des constructeurs automobiles jugés responsables de coûts liés à la pollution peut être interprété comme une première, et donne lieu à quelques articles qui marquent le début de l ascension fulgurante des fréquences de parution. En octobre est publié le rapport commandé par le gouvernement britannique à l économiste Nicholas Stern sur les coûts potentiels du réchauffement climatique, constituant une des premières prises en compte des arbitrages politiques à effectuer à moyen terme. Il n est pas possible pour un journaliste de passer sous silence ce type d événement : comme l affirme en ouverture d un article Jean-François Arnaud dans Le Figaro, «il y aura un avant et un après le rapport Stern». Le même mois sort en salles le documentaire de l ancien vice-président américain Al Gore, Une vérité qui dérange, bénéficiant d une projection à l Assemblée nationale. À cela s ajoute encore une polémique autour d une chronique de Claude Allègre dans L Express dans laquelle il affirme : «la cause de la modification climatique reste inconnue» ; la presse française réalise à cette occasion une des rares couvertures qu elle a accordées aux climato-sceptiques. En novembre, la conférence de Nairobi se charge de nourrir l actualité, même si aucune illusion n est entretenue sur le fait qu il s agit d une étape de «routine», comme le remarque un article. Un automne exceptionnellement chaud et des inquiétudes sur la saison de ski contribuent à nourrir par la suite l intérêt grandissant pour le réchauffement, qui se manifeste par des articles assez divers. 11 Cyril Lemieux, Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques, Paris, Métailié, Cet aspect est plus particulièrement développé au chapitre 10.

30 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, En janvier 2007 se tient à Paris la réunion du GIEC en vue de la publication du 4 e rapport sur l évolution du climat, suffisant à garantir une couverture importante, avant, pendant et après les discussions menant aux rendu des conclusions officielles. Libération consacre à cette occasion une semaine spéciale au réchauffement climatique. Le forum économique de Davos aborde les problèmes environnementaux, traduisant l approfondissement plus général du phénomène de banalisation du réchauffement, désormais intégré à nombre de questions économiques. En février, la conférence pour une gouvernance écologique mondiale voulue par Jacques Chirac s ouvre à Paris, et l Union européenne négocie la répartition entre États de son engagement à réduire ses émissions de 20 % d ici Arrêtons ici cette litanie pour conclure que c est bien l enchaînement rapide d événements digne de traitement, associé à un intérêt renforcé des journalistes pour le réchauffement climatique, qui semble avoir rendu possible cet effet de seuil menant à des niveaux de couverture inégalés. L effet a une double origine : d un côté, la survenue d événements d importance était nécessaire pour enclencher le mécanisme médiatique banal qui pousse les journalistes à rechercher des sujets en lien avec un thème prisé, jouant la concurrence entre rédactions ; de l autre, l intérêt des journalistes pour les problème climatiques, et, derrière, l idée que se font ceux-ci des préférences de leurs lecteurs, ainsi qu une certaine prise sur le monde politique, devait déjà être éveillé pour que ces événements attirent leur attention. Lors d un entretien12, Hervé Kempf, journaliste chargé de l environnement au Monde, parle ainsi d «un effet d actualité» lorsque nous lui présentons ce phénomène. À ses yeux, la conférence de Nairobi n était pas considérée comme un événement d importance à l époque ; il conçoit en revanche bien que le Grenelle de l environnement (automne 2007) ait donné lieu à beaucoup de traitement, du fait de la répétition des articles politiques couvrant le sommet mais cet événement arrive à un moment où les rythmes de parution sont déjà très élevés. La réunion du GIEC à Paris lui semble en tout cas avoir fait date, comme nous l avons déjà relevé dans les articles. C est donc l enchaînement rapide d événements considérés comme dignes de traitement, mais relativement mineurs, qui a initié l accroissement formidable des rythmes de publication à l automne Mais c est bien une réunion considérée comme exceptionnelle qui a donné lieu aux plus hauts niveaux de traitement, début 2007, sans lesquels nous pouvons avancer l hypothèse que l intérêt des médias serait plus rapidement retombé. 12 Réalisé en avril 2010.

31 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Nous pouvons ici transposer à notre domaine l analyse des mouvements sociaux proposée par Ralph Turner et Lewis Killian 13, dans laquelle un événement exceptionnel est susceptible de donner naissance à une mobilisation grâce à sa capacité à réunir les participants au même moment autour d une interprétation commune. Sans exagérer le parallèle entre un groupe social mobilisé et un ensemble de rédactions et de journalistes qui se connaissent et se rencontrent fréquemment, la notion d événement exceptionnel semble particulièrement adaptée à l explication du phénomène qui nous occupe. Seul ce type d événement permet de rompre le cercle par lequel un sujet ne mérite pas de traitement puisqu il n est pas (encore) suffisamment d actualité. Dans le vocabulaire de Cyril Lemieux, ce type d événement est un fait saillant qui s impose de lui-même, qui apparaît spontanément comme faisant date. Ces événements n ont pas été très nombreux dans l histoire du réchauffement, ou du moins ont-ils le plus souvent été isolés : la conférence de Kyoto a été suivie d un relatif calme, le rythme de la diplomatie n étant pas celui des médias. Il a fallu attendre 2006 pour que les agendas politique, scientifique et le débat public soient assez chargés pour que la survenue d un événement significatif puisse donner lieu à une couverture durablement renforcée. 13 Ralph H. Turner et Lewis M. Killian, Collective Behavior, Englewood Cliffs, N. J, Prentice Hall, 1993.

32 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Fin 2006 : la rupture L automobile, bouc émissaire électoral en Californie 5027, Le Figaro, 22 septembre 2006, Pierre-Yves Dugua : ÉCONOMIE JUSTICE Les constructeurs protestent contre la plainte déposée à l'encontre de six d'entre eux pour motif de pollution. Bill Lockyer aime faire parler de lui. Le secrétaire à la Justice de l'état de Californie, élu du peuple au suffrage universel direct, ne pouvant plus se représenter à ce poste, brigue celui de trésorier. A 48 jours d'un scrutin qui s annonce serré, ce démocrate innove en matière juridique : il attaque au civil les six plus grands constructeurs automobiles mondiaux. Faute de pouvoir leur reprocher de violer des lois en vigueur en matière de pollution, il accuse General Motors, Ford, DaimlerChrysler, Toyota, Honda et Nissan d être responsables d un tiers des émissions de gaz à effet de serre en Californie. Cette forme de pollution représentant à ses yeux «une nuisance publique», il demande à un tribunal fédéral de les obliger à payer «des dizaines ou des centaines de millions de dollars» afin de rembourser l État le plus riche de l Union des dépenses qu il réalise pour réparer les effets du réchauffement du climat californien. Autrement dit, Bill Lockyer compte faire financer par les constructeurs la restauration des canaux d irrigation californiens, la protection des neiges de la Sierra Nevada, la reconstitution de plages victimes d érosion, ou le repeuplement de bancs de poissons... [...] Ces contentieux sont antérieurs à l adoption récente, avec l appui du gouverneur républicain Arnold Schwarzenegger, lui aussi en campagne, d une loi innovante obligeant toutes les industries de l État à réduire de 25 % leurs émissions de gaz à effet de serre d ici à Réchauffement climatique : au nom de quoi peut-on contester un consensus scientifique? 5039, Le Figaro, 16 octobre 2006, Caroline de Malet : OPINIONS En s attaquant à une théorie consensuelle, Claude Allègre a lancé un véritable pavé dans la mare. Oser affirmer dans L Express que «la cause de la modification climatique reste inconnue» revient à rejeter le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d experts sur le climat, voté à l unanimité des signataires du protocole de Kyoto et à se ranger du côté des «sceptiques». Ultraminoritaires, ces derniers refusent de reconnaître le rôle des activités humaines dans le réchauffement de la planète. Certes, la majorité n a pas toujours raison, Galilée l a montré. Or Claude Allègre est salué par ses pairs comme un grand scientifique. C est lui, avec l Institut de physique du globe de Paris (IPGP), qui a joué un rôle crucial dans l émergence des sciences de la Terre en France. Mais ce n est pas un climatologue, comme en témoignent les multiples erreurs d interprétation des travaux scientifiques qu il cite. Alors, Claude Allègre est-il de mauvaise foi ou réellement convaincu? Ses déclarations tonitruantes ne semblent en tout cas guère innocentes. Il n est pas besoin de lire entre les lignes de sa chronique pour le comprendre : «L écologie de l impuissance protestataire est devenue un business très lucratif pour quelques-uns.» Il faut reconnaître que l intérêt croissant pour la question du changement climatique a fait s envoler les budgets consacrés à cette discipline, passés de 340 à 450 millions d euros par an en cinq ans. Logiquement, d autres disciplines, auxquelles elle vole la vedette, se sentent quelque peu lésées. Les sciences de la Terre, l astrophysique et la géophysique voient leurs investissements publics stagner. Peut-être le grand chercheur qu est Claude Allègre a-t-il le sentiment d avoir raté le coche en ne s étant pas approprié cette discipline? [...] Prévoir le climat à cent ans, alors que la météo n est pas fiable à dix jours, a de quoi dérouter le néophyte. Or les climatologues utilisent des modèles prenant en compte une plus large palette de facteurs que les météorologues, notamment les interactions entre l océan et l atmosphère. Certes, la modélisation a encore besoin d être améliorée. Mais il reste surtout à faire un énorme travail d éducation du grand public pour expliquer une science complexe. Le film d Al Gore, Une vérité qui dérange, devrait largement y contribuer... (Caroline de Malet est Grand reporter au service Sciences et médecine.)

33 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Réchauffement climatique : le combat d Al Gore 5044, Le Monde, 13 octobre 2006 : ENTRETIEN L ex-vice-président américain juge la civilisation menacée Ancien vice-président de Bill Clinton, Al Gore est actuellement en tournée européenne pour sensibiliser grand public et élus aux graves conséquences du réchauffement climatique. Après la Belgique, l Espagne et la Suisse, il a présenté, mercredi 11 octobre, à la Maison de la chimie à Paris, son film Une vérité qui dérange. Plusieurs dizaines de parlementaires ont assisté à cette séance organisée par le président de l Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, sur une suggestion du photographe et défenseur de l environnement Yann Arthus-Bertrand. Seuls deux candidats à l élection présidentielle, François Bayrou et Dominique Voynet, étaient présents. Dans un entretien au Monde, M. Gore rend hommage à Jacques Chirac, «héros du changement climatique» et acteur «discret» des négociations sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre imposée par le protocole de Kyoto. A l occasion de la projection et du débat qui a suivi, il a rappelé que l humanité avait «dix ans pour réagir» au danger mais que la volonté politique pour le faire manquait encore. [...] Climat : l effet Stern 5278, Les Échos, 3 novembre 2006, Anne Bauer : IDÉES Pourquoi faudrait-il aujourd hui davantage écouter sir Nicholas Stern que tous les autres experts qui depuis plus de vingt ans s inquiètent du réchauffement climatique? s'interroge Anne Bauer. Parce que pour la première fois l establishment s intéresse vraiment à ce qui constitue le grand défi du XXI e siècle et traduit en chiffres le coût de l inaction. Les écologistes se sentent un peu moins seuls. [...] Climat et politique 5211, Les Échos, 20 décembre 2006, Christian Schmidt, POINT DE VUE Les conséquences des changements climatiques sont brusquement devenues, au moins dans notre pays, une priorité politique. On s arrache Nicolas Hulot. Le Premier ministre multiplie les expertises en vue de formuler des propositions pour la réduction des émissions de CO 2. La dernière en date est le rapport d un groupe de travail présidé par Christian de Boissieu sur la division par 4 des émissions des gaz à effet de serre d ici à Les candidats déclarés à la présidentielle rivalisent d annonces sur le sujet. La prise de conscience des problèmes économiques et sociaux posés par les modifications climatiques annoncées n est pourtant pas nouvelle. Le protocole de Kyoto date de presque dix ans. Les travaux économiques sur la question n ont pas non plus attendu la publication du rapport de Richard Stern. Voilà plus de cinq ans déjà que Roger Guesnerie, notamment, et d autres Français, comme Christian de Perthuis, ont procédé à des analyses économiques des implications de l effet de serre et du réchauffement climatique. Il revient donc aux politicologues d expliquer cet engouement récent des politiques. La première réaction est de s en réjouir tant l enjeu de cette évolution climatique est important. Une réflexion plus poussée fait cependant apparaître certaines contradictions. Les lois qui gouvernent le système des climats sont certes loin d être parfaitement connues. Mais l existence de modèles climatiques et la comparaison entre leurs simulations et les données observées permettent d avancer quelques hypothèses solides. Un colloque, organisé au Collège de France l an dernier par Édouard Bard, en porte un convaincant témoignage. Deux certitudes sont, à coup sûr, acquises : les changements climatiques sont des processus de longue, voire de très longue durée, et leurs conséquences sont, pour l essentiel, irréversibles. [...] Christian Schmidt est professeur à l université Paris Dauphine.

34 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, Après le pic : l influence de l organisation des rédactions Le maintien au printemps 2007 de niveaux élevés de couverture tient principalement à la campagne électorale, en particulier au pacte écologique de Nicolas Hulot, qui a renoncé fin janvier à sa candidature. Mais l actualité reste chargée, à l image du G8 de Heiligendamm, durant lequel se tient une réunion des ministres de l écologie. Le second record historique du point de vue de la fréquence d articles publiés se trouve ainsi à la mi-juin 2007, à l intersection entre l élection présidentielle française et le G8. Il est remarquable que le mouvement enclenché neuf mois plus tôt s arrête brusquement avec l arrivée de l été, provoquant un effondrement des rythmes de publication menant, de manière synchrone pour tous les journaux, à un niveau quatre fois inférieur au sommet de juin (seul Libération subit une chute plus raisonnable, selon un profil plus lisse qu on retrouve sur toute la période). Mais, signe que les temps on changé, le désintérêt estival, lié probablement aux périodes de vacances déjà évoquées à propos de la canicule, et à la préférence pour certains sujets supposés plaire aux lecteurs, disparaît dès la rentrée. Le Grenelle de l environnement puis la conférence de Bali justifient le retour en force du réchauffement dans l actualité. Les journaux divergent ensuite assez fortement dans le prolongement de la faveur accordée un temps au réchauffement. Le Figaro amorce une décrue durable, qui l amène à des moyennes annuelles inférieures de moitié à celles du sommet de 2007, malgré des variations au gré de l actualité ; Libération suit le même modèle, mais de manière plus atténuée comme à son habitude. En revanche, Les Échos ne réduisent que très légèrement leur couverture, et Le Monde la garde au même niveau, voire l augmente à certaines périodes. Ces variations semblent principalement liées à des différences d organisation au sein des rédactions. Ainsi, Le Monde a créé en septembre 2008 un service Planète, disposant d une ou deux pages quotidiennes pour traiter de sujets associant science et société, liés à l environnement et aux «grands phénomènes globaux»14, et du personnel nécessaire (10 à 15 journalistes) : la couverture importante du réchauffement est «quelque chose qui est assumé dans la rédaction», du fait de la mise en place de ce service spécialisé, selon Hervé Kempf15. Par ailleurs, dès 2005, une page était déjà consacrée quotidiennement aux questions environnementales. Tous ces articles ne traitent évidemment pas du 14 Éditorial d Éric Fottorino du 24 septembre 2008, «Bienvenue sur notre Planète», dans lequel le directeur de publication du Monde annonce qu il s agit «expliquer le monde tel qu'il est et surtout tel qu'il vient, apporter des des débuts de réponse clairs à des phénomènes complexes» ; le réchauffement climatique est cité comme premier exemple de thème. 15 Entretien, avril 2010.

35 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, réchauffement climatique, mais l existence de ce service assure la présence de journalistes qualifiés et au courant, et supprime la nécessité de négocier avec d autres services pour la publication d un article : sauf événement exceptionnel, le service Planète dispose de son espace réservé. La situation est assez différente à Libération, où la rubrique Sciences a été supprimée en septembre 2009, pour être fondue dans la rubrique Économie-Terre ; cette dernière s était elle même formée en 2007 à partir de l intégration à la rubrique économique de la rubrique Terre, que le quotidien avait expérimentée dès octobre 2003, avant que Le Monde ne lance Planète16. Les sciences et les problèmes environnementaux doivent donc passer par la rédaction de la nouvelle rubrique assez généraliste, soit exiger de la rédaction en chef la suppression d une page quelconque pour la transformer en page scientifique. Le service Sciences, réduit à un poste et demi, peine à s imposer. Au contraire, aux Échos, c est le développement du service Environnement qui permet de maintenir des niveaux de couverture élevés après Au début des années 2000, les sujets environnementaux sont traités sous l angle des entreprises du secteur (Veolia, Suez...), dans la rubrique Entreprises (partie Microéconomie). En 2003, l environnement s émancipe en obtenant la reconnaissance de son caractère transversal, notamment lié à la politique et à l international : il n existe pas de service Environnement proprement dit, chaque journaliste étant susceptible de traiter ce thème à partir de ses domaines de prédilection. L approche est inverse de celle du Monde : mettre de l environnement partout, en fonction des sujets. Une journaliste reste chargée des questions environnementales, et une rubrique Croissance verte est créée ; un journaliste est désormais chargé des énergies renouvelables (et du pétrole!), un autre de l électricité, en remplacement d une seule personne auparavant. C est ainsi à travers une lecture souvent économique du réchauffement que Les Échos maintiennent une attention soutenue après l épisode de Nous voyons donc que des différences dans les réponses apportées par les rédactions à la montée en puissance des questions écologiques et climatiques ont pu largement influer sur l ampleur du traitement accordé au réchauffement, allant même jusqu à créer des écarts substantiels entre journaux après Néanmoins, notre approche 16 Cf. le site de Denis Delbecq, directeur du service Sciences, puis Terre-Sciences, de 2000 à Lors d un entretien (décembre 2009), Sylvestre Huet m a fait part de ses difficultés croissantes à publier des articles scientifiques dans Libération, suite notamment aux restructurations du personnel et de la maquette. 17 Entretien avec Julie Chauveau, journaliste chargée de l environnement aux Échos (février 2010).

36 Chapitre 1 : Chronologie de l émergence, quantitative ne nous a pas permis de distinguer des effets plus fins portant sur le contenu des articles. Il ne semble maintenant pas inutile de comparer qualitativement les journaux et les périodes pour mieux expliquer les évolutions déjà décrites.

37 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 37 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement Comment affiner l analyse d un corpus d articles sans lire chacun d entre eux, ce qui est clairement impossible dans notre cas, du fait des rythmes de parution très élevés atteints à partir des années 1990? Nous avons choisi de recourir à une analyse lexicale, afin de «rationaliser» l étude qualitative de notre corpus foisonnant. L utilisation d une telle méthode n implique pas à nos yeux de perdre le contact avec le contenu des articles à cause d une trop forte abstraction statistique. Au contraire, nous espérons démontrer que la technique statistique se conjugue parfaitement avec, d un côté, la mesure quantitative du volume d articles parus, et, de l autre, la lecture d articles sélectionnés et la compréhension du fonctionnement des rédactions, deux approches déjà mobilisées plus haut. L analyse lexicale permet de systématiser l interprétation, facilitant la montée en généralité, tout en s adossant à un commentaire détaillé des articles. 1 Principe et technique de l analyse lexicale Le principe : une analyse du vocabulaire et des registres La première technique d analyse lexicale mise en œuvre a pour objectif de situer les articles sur un certain nombre de dimensions, en fonction du vocabulaire qu ils utilisent. De multiples approches existent pour réaliser ce type d analyse. Celle que nous avons utilisée se fonde sur le contenu des articles en termes de «mots pleins», c est-à-dire une fois les déterminants supprimés et les radicaux de chaque mot extraits. La syntaxe n est pas prise en compte, un article étant assimilé à la fréquence à laquelle il utilise chacun des termes identifiés (voir l encadré plus bas pour le détail de la procédure). Il s agit ainsi d étudier des «mondes lexicaux»18, sanctionnant avant tout l utilisation de registres de langue. Cette technique somme toute assez sommaire même si elle atteint parfois les 18 Max Reinert, «Les «mondes lexicaux» et leur «logique» à travers l'analyse statistique d'un corpus de récits de cauchemars», Langage et société, vol. 66 (1), 1993, p

38 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 38 limites de l informatique de bureau, sur un corpus de cette échelle capture cependant une importante quantité d information, tant l utilisation d un vocabulaire est un acte social marqué. Notre démarche est ici proche de celle utilisée par nombre de logiciels d analyse lexicale. La spécificité des éléments de base de notre analyse des articles justifie en revanche une classification relativement originale, et finalement plus simple que d autres. À la différence, par exemple, du logiciel Alceste 19, qui découpe chaque «unité de contexte initiale» (UCI) en de nombreuses «unités de contexte élémentaires» (UCE) avant de procéder aux analyses, nous nous sommes contentés de classer les articles, pris comme unités fondamentales. Ce choix se justifie, voire s impose, par le fait que les articles de journaux constituent par nature des unités thématiques, relativement courtes ; l étude des «co-occurrences» de termes acquiert un sens privilégié à l échelle de l article. Seuls les interviews semblent déroger, en partie, à cette règle, en abordant parfois plusieurs sujets qui ont pour lien principal la personne interrogée. Mais même dans ce cas, le choix d une unité «indigène», utilisée comme référence à la fois par les journalistes et les lecteurs, fortement marquée par les processus de construction de l information, présente des avantages qui compensent largement les quelques approximations qui en découlent parfois. En effet, la taille des articles variant, elle devient une donnée de la classification : un article long n est pas équivalent, dans le monde social, à la somme de deux articles courts contenant le même type de vocabulaire. Nous n essayons pas de mesurer l utilisation de différents «mondes lexicaux» au sein d un corpus linéaire, mais de situer des unités distinctes dont la longueur est une propriété à prendre en compte. Ainsi est-il possible par la suite d analyser ces unités en fonction du contexte (journal, date, auteur...) qui lui est attaché, sans avoir à gérer de multiples catégorisations, dont chacune serait valable pour une sous-parties de l article. Le recours à un traitement statistique «de masse» sur des textes peut apparaître comme un risque : celui de perdre le contact avec le contenu des articles. Vocabulaire et «mondes lexicaux» ne suffisent évidemment pas à rendre compte d un phénomène social et politique ; l analyse de l émergence d un problème public, on le conçoit, se 19 Max Reinert, «ALCESTE : une méthodologie d'analyse des données textuelles et une application : Aurélia, de Gérard de Nerval», Bulletin de méthodologie sociologique, vol. 26 (1), 1990, p

39 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 39 limiterait difficilement à un modèle quantitatif mesurant l évolution de variables lexicales, et négligeant notamment la narration constituant la charpente des articles, et que le seul vocabulaire laisse échapper. Plusieurs raisons limitent néanmoins ce risque et le rendent négligeable au regard des bénéfices attendus. Le plus fondamentalement, opposer une analyse qualitative «artisanale» au traitement quantitatif «industriel» serait largement fallacieux : comme nous l avons souligné, si le nombre d articles publiés était raisonnablement faible dans les années 1980, il devient en revanche clairement impossible de se lancer, muni de ses seules compétences de lecteur, dans la masse du corpus des années 2000 et ce, même en se limitant à un quotidien. Bien loin de s opposer au traitement qualitatif, la statistique vient ici en nécessaire préalable afin de rendre maîtrisable un ensemble trop important pour l esprit le plus rigoureux. Mais elle est aussi un renfort tout au long de l analyse : les aspects qualitatif et quantitatif restent toujours profondément liés. L avantage de l analyse lexicale est en effet qu elle n exige pas de renoncer à l étude directe des textes et des notions au profit de variables abstraites. Dans ce qui suit, les résultats de cette méthode sont immédiatement soumis à interprétation, notamment à travers la lecture d articles : sans cela, ces résultats restent muets. Une conséquence non négligeable de cette démarche est qu il est possible de vérifier la validité de la méthode utilisée en fonction des résultats qu elle fournit : si les dimensions identifiées par la technique statistique sont impossibles à interpréter, si les rapprochements qu elle opère entre articles sont incompréhensibles, alors les modalités de la mise en œuvre doivent être revues. À aucun moment on ne se trouve face à une boîte noire puisque les articles qui justifient ces choix sont directement accessibles. Ces remarques prendront, nous l espérons, tout leur sens dans les paragraphes qui viennent. Réalisation de l analyse lexicale L analyse lexicale, mise en œuvre à l aide du paquet tm 20 de logiciel de statistiques R, n est que partiellement automatisée, laissant libres de nombreux choix quant aux méthodes à mettre en œuvre. Certaines étapes sont cependant des passages obligés avant d appliquer des techniques statistiques variées à un corpus. La première étape consiste à «nettoyer» le corpus afin d éliminer tous les éléments parasites et de standardiser au maximum le vocabulaire. 20 Ingo Feinerer, Kurt Hornik et David Meyer, «Text Mining Infrastructure in R», Journal of Statistical Software, vol. 25 (5), Voir aussi le site Web du projet :

40 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 40 Dans l ordre d apparition, nous avons ainsi procédé, de manière classique, à la transformation de l ensemble du corpus vers des minuscules ainsi qu à la suppression de toute ponctuation. Les mots trop courants pour être utiles (déterminants, verbes être et avoir, etc.), dénommés stopwords, ont ensuite été retirés, ainsi que trois mots («lire», «page» et «article»), liés à la lecture d un journal et non au contenu des articles, qui s étaient révélés perturber trop grandement l analyse factorielle à la fin du processus. Les nombres ont aussi été retirés, étant donné la très faible chance de les voir apparaître dans plusieurs articles autrement qu à cause du hasard ; le risque de voir des dates artificiellement se correspondre est ainsi évité. Enfin, l étape la plus importante de ce processus a consisté dans l extraction des radicaux de chaque mot, afin notamment que le singulier et le pluriel d un même mot soient considérés comme identiques, de même que différentes conjugaisons d un même verbe. library(tm) articles2 <articles2 <articles2 <articles2 <articles2 <articles2 <- tm_map(articles, tolower) tm_map(articles2, removepunctuation) tm_map(articles2, removewords, stopwords("french")) tm_map(articles2, removewords, c("lire", "page", "article")) tm_map(articles2, removenumbers) tm_map(articles2, function(x) stemdocument(x, language="french")) Il s est ensuite agi de générer à partir des «textes» ainsi obtenus (qui consistent désormais plus en des séries de mots qu en de véritables articles) une «matrice documents-termes», recensant le nombre d occurrences au sein d un article donné de chacun des termes rencontrés dans le corpus. À cette fin, les articles déjà traités sont découpés en unités, le caractère espace servant de délimitation entre les termes. Pour des raisons techniques dues principalement à la performance et à l utilisation de la mémoire vive, les termes les moins courants sont ensuite éliminés de la matrice, ce qui rend possible ses multiples traitements ultérieurs : les mots présents dans moins de 1 % de articles sont retirés, étant donné que leur rareté n aidera pas par la suite à constituer des classes (cf. chapitre 3). En effet, les mots les plus utiles au regroupement des articles en classes seront a priori présents dans une proportion des articles proche de la taille des classes en question, soit autour de 10 % pour une dizaine de classes. Conserver des termes extrêmement rares amènerait à s encombrer d un bruit de fond constitué de fautes de frappe ou de noms propres peu représentés. Inversement, les termes présents dans plus de 95 % des articles, et qui auraient échappé au nettoyage initial gagneraient à être éliminés pour des raisons de performance, mais cette possibilité n est pas prévue par le paquet tm actuellement. Pour l analyse des correspondances, nous utilisons une matrice encore plus épurée, au seuil de 5 %, encore une fois pour des raisons techniques, la quantité de mémoire vive nécessaire au traitement de la matrice complète étant démesurée. Ceci ne présente pas de véritable problème, non seulement pour les raisons évoquées plus haut, mais aussi parce que l AC est ici utilisée à des fins d interprétation des classes obtenues par traitement de la matrice plus complète (seuil de 1 %). Si la nouvelle matrice s était avérée trop allégée, l interprétation serait devenue impossible à cause d une trop grande proximité des classes, et les axes n auraient pas eu de sens. whitespace_tokenizer <- function(x) { con <- textconnection(x) tokens <- scan(con, what="character", encoding="utf-8") close(con) tokens }

41 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 41 dtm <- DocumentTermMatrix(articles2, control = list(tokenize=whitespace_tokenizer)) dtm99 <- removesparseterms(dtm, 0.99) dtm95 <- removesparseterms(dtm, 0.95) Interprétation des résultats : l analyse des correspondances Les résultats de l analyse lexicale sont fournis de manière brute, sans préjuger des multiples techniques qui peuvent ensuite être mises en œuvre pour l interpréter. Techniquement, il s agit d une matrice (en deux dimensions) faisant correspondre les articles avec leur vocabulaire (cf. encadré supra). Parmi les méthodes classiques qui sont utilisées, nous avons principalement recouru à l analyse des correspondances ; plus bas, nous présentons une autre démarche, complémentaire, consistant à regrouper les articles en classes. L analyse des correspondances se prête particulièrement bien au type d analyse lexicale que nous réalisons : ainsi qu elle a été conçue par Jean-Paul Benzécri, elle permet de rendre compte de données complexes sans préjuger des axes de lecture à privilégier. Notre analyse lexicale, à l instar de la méthode Alceste déjà décrite, ne préjuge pas non plus des mots pleins qui sont à retenir pour l analyse et de ceux qui seront à éliminer. Elle s oppose en cela à d autres approches fondées sur le choix d un vocabulaire prédéterminé qui sert de grille de lecture, et rejoint la démarche privilégiée par Benzécri, dont Max Reinert, auteur du logiciel Alceste, est un partisan. L analyse des données à la française trouve donc une application assez naturelle, voire idéale, dans la visualisation de résultats issus d une analyse lexicale. Il ne semble pas exister de cas où les données à projeter sont plus riches, où le nombre de dimensions est plus élevé, où il est plus difficile de préjuger des axes de lecture. En effet, avec près de 7000 articles et 1200 termes retenus, il est bien délicat de deviner à l avance quel axe peut prévaloir sur les autres. Alors que dans des analyses des correspondances plus simples, il est tentant de ramener de force les axes construits à des notions déjà connues, quitte à perdre une partie de leur sens, dans notre cas, ces axes constituent la seule porte d entrée dans le corpus. Il s agit alors de donner un sens aux axes, en essayant de rendre au mieux les oppositions qui semble se dégager sur chacun d entre eux ; le risque est plus souvent d échouer à trouver ce sens, que de le déformer, puisque les préjugés sur des groupes d articles et de termes sont faibles. La lecture des résultats de l analyse des correspondances, présentés dans les parties qui suivent, s est fondée sur les deux principes défendus par Benzécri. Tout d abord, pour chaque axe séparément, les articles et les mots qui ont le plus contribué à sa construction

42 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 42 sont lus, dans le but de dégager l opposition qui donne son sens à l axe. La difficulté est ici de trouver le niveau de généralité capable d englober tous les éléments qui se trouvent réunis à un même pôle de l axe. La lecture des articles donne souvent de plus riches indices que la seule comparaison des termes ; il est très visible ici que le sens des mots dépend de leur contexte : «glace» et «glacier» (en fait, leurs radicaux) peuvent l une avoir une connotation scientifique et diplomatique (à travers le GIEC et la mesure de la fonte des pôles) quand l autre décrit les inquiétudes plus immédiates de nos stations de ski. Ensuite, nous nous sommes efforcé d interpréter autant d axes que possible, ne nous arrêtant que lorsque le sens des dimensions devenait vraiment obscur, et les regroupements apparemment erratiques au regard de nos connaissances du sujet (articles hors-sujet déterminant un axe entier...). N utilisant à l origine que les trois premiers axes, qui sont les plus structurants pour le corpus, nous nous avons progressivement découvert qu une longue étude permettait de donner un sens tout à fait valable et intéressant à une vingtaine d axes! Ceux-ci seront présentés par la suite, mais notons simplement ici que ce résultat constitue une validation de la méthode, qui permet d extraire d un corpus certes imposant plus de grilles de lecture qu un individu averti ne pourrait en imaginer sur le sujet. L exercice, a priori technique, a en fait un intérêt analytique direct, en forçant à construire, à partir d un ensemble de mots relativement constant, une série de distinctions opposant à chaque fois deux catégories, mais avec des regroupements à chaque fois différents.

43 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 43 Réalisation et interprétation de l analyse des correspondances L analyse des correspondances a été effectuée à l aide du paquet ca 21 (pour correspondence analysis) du logiciel R, qui propose un ensemble de fonctions assez complet et flexible, fondé sur un calcul identique à celui théorisé par Benzécri. L utilisation de cette technique en conjonction avec l analyse lexicale du paquet tm est directe, étant donné que la matrice document-terme peut être utilisée sans transformation particulière pour l analyse des correspondances On limite le nombre de dimensions calculées à 50 pour économiser la mémoire vive, sans aucune incidence sur le calcul des premières dimensions. À la suite du code exposé plus haut : library(ca) ca <- ca(dtm95, nd=50) Une difficulté vient cependant de la nature des données utilisées. Même dans le cas d enquêtes de grande ampleur, le nombre de lignes (ici, articles) et de colonnes (ici, termes) reste très en-deçà des dimensions de notre matrice (6976 x 1128). Il a fallu expurger, nous l avons dit, les termes les moins significatifs, pour rendre le calcul possible sur un ordinateur de bureau. En outre, le paquet ca ne propose pas, lors de la représentation de deux axes, de cacher arbitrairement certaines lignes ou colonnes : ce choix n est disponible séparément que pour les variables actives et passives. Dans notre cas, afin de rendre la représentation lisible et donc utile, nous avons dû rajouter cette possibilité (qui sera d ailleurs proposée pour inclusion dans le programme). Ainsi, pour identifier les éléments les plus contributifs à chaque axe, nous devons donc classer les articles et les termes par ordre décroissant de contribution à un axe donné. Le code a été adapté à partir des calculs effectués par le paquet ca lui-même lors de l affichage des contributions, mais qui n était pas utilisé ailleurs : # Contributions des colonnes à une dimension d une AC col_ctr <- function(obj, dim) { J <- dim(obj$colcoord)[1] K <- obj$nd svg <- matrix(rep(obj$sv[1:k], J), J, K, byrow=true) cpc <- obj$colcoord[,1:k] * svg obj$colmass * cpc[,dim]^2 / obj$sv[dim]^2 } # Contributions des lignes à une dimension d'une AC row_ctr <- function(obj, dim) { I <- dim(obj$rowcoord)[1] K <- obj$nd svf <- matrix(rep(obj$sv[1:k], I), I, K, byrow=true) rpc <- obj$rowcoord[,1:k] * svf obj$rowmass * rpc[,dim]^2 / obj$sv[dim]^2 } 21 Oleg Nenadic et Michael Greenacre, «Correspondence Analysis in R, with Two- and Three-dimensional Graphics: The ca Package», Journal of Statistical Software, vol. 20 (3), 2007, p

44 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 44 Il nous «suffit» ensuite de supprimer de l objet constituant l analyse des correspondances les éléments non voulus, en passant leurs indices à deux fonctions écrites à cet effet : # AC restreinte aux mots choisis, pour représentation seulement words_ca <- function(indices, ca=ca) { ret <- ca for (i in 9:12) { ret[[i]] <- list() ret[[i]] <- ca[[i]][indices] } ret$colcoord <- matrix() ret$colcoord <- ca$colcoord[indices,] ret$colnames <- ca$colnames[indices] ret$colsup <- FALSE ret } # AC restreinte aux articles choisis, pour représentation seulement articles_ca <- function(indices, ca=ca) { ret <- ca for (i in 4:7) { ret[[i]] <- list() ret[[i]] <- ca[[i]][indices] } ret$rowcoord <- matrix() ret$rowcoord <- ca$rowcoord[indices,] ret$rownames <- ca$rownames[indices] ret$rowsup <- FALSE ret } Enfin, deux fonctions combinent ces méthodes pour automatiser le processus. Nous retenons les 50 éléments (articles ou mots) les plus contributifs pour un axe donné, nombre qui, à l usage, semble le maximum pour que le texte reste lisible. Nous le représentons ensuite de manière adéquate, c est-àdire seulement les articles ou les mots (mais pas les deux à la fois), et seulement leur étiquette (pas de point). Ces fonctions nous permettent ensuite, pour chaque axe, d obtenir les numéros et positions des articles les plus contributifs, qu on peut de ce fait retrouver et lire rapidement ; la projection des termes les plus contributifs permet une vue plus immédiate et synthétique mais moins précise des oppositions. plot_words_ca <- function(dim=1,...) { indices <- order(col_ctr(ca, dim), decreasing=true)[1:50] if(dim == 1) plot(words_ca(indices), what=c("none", "all"), labels=1, dim=c(1, 2),... ) else plot(words_ca(indices), what=c("none", "all"), labels=1, dim=c(1, dim),...) } plot_articles_ca <- function(dim=1,...) { indices <- order(row_ctr(ca, dim), decreasing=true)[1:50] if(dim == 1) plot(articles_ca(indices), what=c("all", "none"), labels=1, dim=c(1, 2),...) else plot(articles_ca(indices), what=c("all", "none"), labels=1, dim=c(1, dim),...) }

45 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 2 45 Entre nature et politique : les axes de lecture du corpus Lecture des axes de l analyse des correspondances Nous présentons ici en détail l interprétation des trois premières dimensions de l analyse des correspondances, qui sont les plus explicatives des variations statistiques observées au sein du corpus. Ces trois dimensions rendent compte respectivement de 2,2 %, 1,4 % et 1,2 % de la variance du nuage constitué par les articles et les termes. Cette proportion relativement faible doit être mise en regard avec la quantité de variables utilisées : étant donné la richesse des données à expliquer, de faibles taux sont tout à fait acceptables. Il est en effet impossible de rendre compte de la diversité des utilisations du vocabulaire dans des milliers d articles à travers une poignée de dimensions, fussent-elles une vingtaine. L essentiel est que ces trois dimensions ont clairement un sens, et qu elles représentent une proportion de la variance nettement supérieure à celle des autres axes : le quatrième axe en explique 0,9 %, et la décroissance est ensuite régulière (un millier d axes sont proposés) ; le vingtième axe rend encore compte de 0,4 % de la variance du nuage. Ces trois axes ont donc une importance particulière, et expliquent ensemble autant de variance que les dix axes suivants, et un tiers de la variance expliquée par les vingts axes que nous commentons par la suite. La Figure 1 (page 46) représente, selon la méthode développée dans la partie précédente, les termes ayant le plus contribué à la construction de chaque axe. Les axes 2 et 3 sont représentés en conjonction avec l axe 1, qui est le plus structurant ; l axe 1 est représenté avec l axe 2, pour ne pas le croiser avec lui-même. Ces choix ne doivent pas trop être pris en considération : la lecture des oppositions doit se faire sur l axe dont on mesure les contributions, le second axe ne pouvant qu éventuellement servir de renfort, en facilitant l interprétation des termes. Ainsi, dans le troisième graphique, la présence d un groupe isolé de termes scientifiques dans la partie supérieure de l axe vertical peutelle nous permettre d identifier plus facilement le registre auquel ils correspondent, bien que cette distinction provienne de l axe 1, et que l étude porte sur l axe 3. Les oppositions de vocabulaire sur l axe 1, de loin le plus structurant pour le corpus, suggèrent une forte opposition entre articles politiques et articles scientifiques, ou encore entre social et naturel. Il n est guère besoin de s attarder sur cette distinction qui saute aux yeux à la lecture des termes («Sarkozy» contre «glaci», radical de «glacier» et de «glaciation»).

46 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement européen union etat contr unis lutt accord pay engag négoci object Axe 2 : particulier 1.5 jeun homm diplomatie bush ratifi washington georg protocol diplomat kyoto onu négoci étatconférent russ sommet unis accord américain président serr etat pay glac océan températur climat réchauff Axe 1 : politique nature Axe 3 : énergie march écolog produit secteur vertcentral transport énerget investcoût entrepris euros product tax énerg pétrol nucléair prix consomm renouvel carbur voitur déchet électr véhicul nature Mots contributifs à l'axe chang climat développ engag pay consomm niveau énerg industrielrapport augment négoci électr product object conférent atmospher effet pollu giec réduir charbonserrton gaz réduct carbon protocol industrialis dioxyd kyoto quot émiss atmospher Mots contributifs à l'axe neig espec metr polair glac mermarin glaci région nord arctiqu plus anné terrzon eau météo nature Axe 1 : politique observ scienc chaud font phénomen scientif siecl chercheur étud surfacocéan températur président polit bush ministr nicol kyoto émiss protocol 0.5 gauch sarkozy candidat présidentiel nicol irak élect démocrat chirac campagn guerr social président polit franc sarkozy Axe 1 : politique 1.0 général 0.0 Axe 2 : particulier 1.0 général Mots contributifs à l'axe Figure 1: Les termes les plus contributifs aux trois premières dimensions Dans chaque espace ont été représentés les termes les plus contributifs à l axe en rouge. Lorsque les termes se recouvraient, ils ont été déplacés légèrement afin qu ils restent lisibles. La seconde dimension exige déjà plus d acrobaties analytiques. En bas de cet axe 2, les mots les plus contributifs se disposent relativement régulièrement sur l axe 1, signe d une indifférence à l opposition société-nature ; en revanche, en haut de l axe 2, l équilibre est clairement sur la gauche de l axe 1, c est-à-dire du côté politique. Associée à cet indice, l étude des termes fait apparaître une opposition entre des termes relevant précisément de notre sujet particulier («quota», «dioxyde», «GIEC») et des termes faisant référence à des contextes plus larges («Sarkozy», «gauche», «Irak»), termes utilisés dans des articles éloignés du cœur du sujet, et faisant allusion au réchauffement climatique de manière accessoire.

47 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 47 L axe 3 peut porter à confusion, réunissant «voiture», «nucléaire» et... «écologistes» à un même pôle. Mais l analyse lexicale est indifférente aux thèses défendues et aux oppositions idéologiques : elle porte sur la «co-occurrence» de termes, et réunit à ce pôle les articles qui traitent ensemble ces actants. Le point commun à ces termes est en fait la question énergétique. Le pôle opposé est difficile à identifier : il n existe pas, à première vue, de concept contraire de celui de sources d énergie. Cependant, les termes contributifs placés de l autre côté de l axe 3 appartiennent clairement au champ lexical de la diplomatie et des conférences internationales et ils sont pour la plupart, logiquement, du côté politique de l axe 1. Que faire alors des articles et des termes scientifiques, peu compatibles avec la diplomatie? En fait, les mots «climat» et «réchauffement», qui font le lien entre les deux pôles, donnent l explication : la diplomatie du climat est liée, dans les articles, à la question de l état des connaissances scientifiques, dont le GIEC est le symbole. Ainsi, les articles purement scientifiques qui ne traitent pas d énergie se trouvent plutôt dans la partie supérieure de l axe 3 ; leur lien avec les conférences internationales vient de leur interrogation sur la réalité et l avancée du réchauffement, par opposition à des problèmes technique de réduction des émissions, liés à l énergie. Ces trois axes identifiés avec assez de précision, nous disposons déjà d un espace en trois dimensions nous permettant de nous repérer dans le corpus, et de situer les articles dans le système d oppositions fondamentales ainsi obtenu. Nous n avons encore mobilisé que les termes extraits des articles, et néanmoins nous avons déjà un aperçu des lignes directrices du traitement du réchauffement climatique par les journalistes de presse. Comment les articles se répartissent-ils dans l espace ainsi décrit? Introduisons-les dans l analyse afin de la rendre plus précise et plus fidèle aux contenus. Un espace à quatre pôles La projection des articles du corpus dans l espace en trois dimensions constitué par les trois premiers axes de l analyse des correspondances présente une forme originale, offrant ainsi une vision des différents pôles entre lesquels s organise le traitement journalistique du réchauffement climatique. Il est intéressant de remarquer que les autres dimensions, dont le sens est généralement tout à fait explicite, ne présentent pas ces ruptures dans la répartition des articles : au contraire, ceux-ci ont tendance à

48 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 48 s amasser autour du centre sans véritable structure, de manière circulaire. Dans le cas des dimensions 1, 2 et 3, la présence d «angles», ou de points de rebroussement, est pour cela particulièrement remarquable. Afin de permettre l appréhension simultanée de ces trois axes sur le support en deux dimensions dont nous disposons, nous représentons (page de droite) les trois plans qu il est possible de produire à partir de la combinaisons des axes en question. À chaque «angle», un article typique, reproduit plus bas, a été sélectionné afin de servir de repère. Les angles communs à deux figures (et donc à deux plans) sont signalés par le même article, ce qui facilite leur identification. La répartition des articles dans l espace formé par les dimensions 1 et 2 dessine clairement un triangle, avec un angle du côté naturel et scientifique, et deux du côté social et politique. Il apparaît ainsi que les variations sur l axe 2 sont plus fortes pour les articles politiques que pour les articles scientifiques : autrement dit, les articles traitant du réchauffement sous son aspect scientifique sont toujours relativement ancrés dans le sujet ; à l inverse, le traitement politique peut être très spécifique au réchauffement (concernant les émissions de CO 2, notamment), mais aussi s ouvrir à des questions plus générales, touchant à la vie politique et à des choix aux enjeux forcément plus larges. La situation de l axe 3 est similaire, mais les rôles sont inversés : c est le côté diplomatique de cet axe qui apparaît bifide lorsque projeté sur l axe 1. En effet, il est visible que les articles abordant la question de l énergie, dans la partie négative de l axe 3, se situent dans la partie moyenne de l axe 1, légèrement du côté politique : ceci indique l extrême intrication des aspects naturels et sociaux dans le domaine énergétique. Lorsqu en revanche les thèmes traités s éloignent de ce domaine, vers le haut de l axe 3, deux directions possibles apparaissent sur l axe 1 : une approche purement diplomatique, et une lecture scientifique portant sur les effets du réchauffement, liée à la précédente du fait de l implication d instances internationales comme le GIEC.

49 Chapitre 2 : Politisation et banalisation du réchauffement 49 Figure 2: Projection simultanée des articles sur les trois premières dimensions L espace formé par les axes 2 et 3 présente des angles bien moins marqués que les deux précédents. On retrouve deux des sommets identifiés dans l espace ci-dessus, auxquels s ajoute cependant une pointe émoussée, correspondant à des articles généralistes (partie supérieure de l axe 2) et relativement éloignés des problèmes énergétiques (partie supérieure de l axe 3). Cette zone floue regroupe des articles parfois à la limite du hors sujet, traitant plutôt de politique intérieure : on y trouve aussi bien un compte rendu du discours de Nicolas Sarkozy fraîchement élu, qui n aborde qu incidemment les questions écologiques, que la candidature de Nicolas Hulot, bien ancrée dans le sujet ; ces deux thèmes ont en commun un vocabulaire de la politique intérieure et électorale.

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