Perspectives économiques en Afrique 2014
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- Laurence Agnès Gagnon
- il y a 10 ans
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1 ÉDITION RÉGIONALE Perspectives économiques en Afrique 2014 Afrique centrale Cameroun Congo, Rép. Congo, Rép. dém. Gabon Guinée équatoriale Rép. centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad GROUPE DE LA BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT
2 Édition régionale Perspectives économiques en Afrique 2014 Édition régionale Afrique centrale GROUPE DE LA BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT CENTRE DE DÉVELOPPEMENT DE L ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DÉVELOPPEMENT
3 Afrique centrale Les opinions et les interprétations exprimées dans cette publication sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de la Banque africaine de développement, de son Conseil d administration ou des pays qu il représente ; de l OCDE, de son Centre de développement ou des gouvernements de leurs pays membres ; ou du Programme des Nations Unies pour le développement. Ce document et toute carte incluse ci-contre sont sans préjudice de tout statut ou souveraineté sur quelque territoire que ce soit, de toute délimitation de frontières internationales et du nom de tout territoire, ville ou région. Crédits photo : conception par le Centre de développement. Les corrigenda des Perspectives économiques en Afrique sont disponibles sur : Banque africaine de développement, Organisation de coopération et de développement économiques, Programme des Nations Unies pour le développement (2014) Vous êtes autorisés à copier, télécharger ou imprimer le contenu de ce rapport pour votre utilisation personnelle. Vous pouvez en inclure des extraits dans vos documents, présentations, blogs, sites Internet et matériel d enseignement, sous réserve de faire mention de la source BAfD, OCDE et PNUD et du copyright. Les demandes pour usage public ou commercial ou de traduction devront être adressées à [email protected]. Les demandes d autorisation de photocopier partie de ce contenu à des fins publiques ou commerciales peuvent être obtenues auprès du Copyright Clearance Center (CCC) [email protected] ou du Centre français d exploitation du droit de copie (CFC) [email protected]. 2 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
4 Afrique centrale Table des matières Remerciements... 4 Vue d ensemble... 5 Cameroun... 7 Congo, Rép Congo, Rép. dém Gabon Guinée équatoriale République centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad Cette édition régionale «Afrique centrale» est un supplément gratuit aux Perspectives économiques en Afrique Autres éditions régionales disponibles : Afrique australe Afrique de l Est Afrique de l Ouest Afrique du Nord Membres africains de la CPLP - Communauté des pays de langue portugaise BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 3
5 Afrique centrale Remerciements La Vue d ensemble de cette édition régionale des Perspectives économiques en Afrique 2014 a été rédigée par l équipe régionale pour l Afrique centrale de la Banque Africaine de développement (BAfD) sous la direction de Marlene Kanga et sous la coordination d Anthony Simpasa. Les noms des auteurs des notes pays et leurs contacts figurent respectivement sur la première page de chaque note. Le rapport Perspectives économiques en Afrique 2014 a été préparé par un consortium de trois équipes de la BAfD, du Centre de développement de l OCDE et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Le travail a été supervisé par Mthuli Ncube (économiste en chef et vice-président, BAfD), Mario Pezzini (directeur, Centre de développement de l OCDE) et Pedro Conceição (économiste en chef et responsable de l unité d appui stratégique, bureau régional pour l Afrique, PNUD). Willi Leibfritz a coordonné le projet. L équipe de la BAfD était dirigée par Steve Kayizzi-Mugerwa, Charles Lufumpa, Abebe Shimeles et Beejaye Kokil. Le gestionnaire du projet était Anthony Simpasa. L équipe comprenait notamment Ahmed Moummi, Adeleke Salami, Anna von Wachenfelt et Lauréline Pla. L équipe du Centre de développement de l OCDE était dirigée par Henri-Bernard Solignac-Lecomte et l équipe du PNUD par Angela Lusigi. 4 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
6 Vue d ensemble En Afrique centrale, après un fléchissement en 2013, la croissance devrait atteindre 6.2 % en 2014 et 5.7 % en 2015 (voir tableau ci-dessous). L accélération du rythme de la croissance serait soutenue par les perspectives favorables pour le Tchad, avec l entrée en production de nouveaux champs pétrolifères, le dynamisme des secteurs non pétroliers au Cameroun, au Congo et au Gabon, et le rôle important des mines, de l agriculture et de l investissement dans les infrastructures en République démocratique du Congo (RDC). En revanche, la situation politique et sécuritaire en République centrafricaine continuerait à avoir des conséquences négatives sur l économie du pays dont les perspectives sont incertaines ; alors qu en Guinée équatoriale la croissance du PIB a été négative en 2013, plombée par une baisse de la production de pétrole, qui devrait se poursuivre. Afrique centrale Les pressions inflationnistes se sont relâchées en 2013 dans de nombreux pays sous l effet de la stabilité relative des prix de l énergie et du recul des prix alimentaires, mais cet assouplissement a été inégal sur le continent. L inflation a été particulièrement faible dans les deux unions monétaires de l Afrique, la Communauté économique et monétaire d Afrique centrale et l Union économique et monétaire ouest-africaine, grâce à l ancrage de leurs taux de change fixes à l euro. Face au reflux de l inflation, les banques centrales des deux zones monétaires ont abaissé les taux d intérêt. Cependant, dans les pays manquant de discipline budgétaire et dont les monnaies se sont dépréciées, un durcissement de la politique monétaire a été nécessaire pour endiguer la poussée de l inflation. Face aux risques de surendettement et de détérioration de la viabilité budgétaire, plusieurs pays africains se sont engagés sur la voie de l assainissement budgétaire en limitant la progression des dépenses et en augmentant les recettes de l État. Mais face aux besoins d investissements dans les infrastructures et d autres dépenses pro-pauvres et à la baisse des revenus tirés des matières premières, l assainissement budgétaire s est révélé difficile pour certains pays. En particulier, le Cameroun, le Congo et la RDC ont vu leur position se dégrader à cause d une orientation budgétaire expansionniste. Les apports financiers extérieurs au profit de l Afrique ont quadruplé depuis 2001 et devraient dépasser la barre des 200 milliards de dollars (USD) en Leur composition a progressivement évolué, les investissements directs étrangers (IDE) et les transferts de migrants en provenance des pays non membres de l OCDE sous-tendant cette tendance positive. Les pays riches en ressources naturelles, notamment ceux d Afrique centrale, continuent d être la destination privilégiée des IDE en Afrique. La vigueur de la demande de matières premières émanant des économies émergentes et le niveau élevé des cours de ces produits sous-tendent les flux d investissement vers l Afrique centrale. Les perspectives économiques à moyen terme pour l Afrique centrale sont positives mais les risques sont réels. Les projections pour la région tablent sur une amélioration graduelle des conditions économiques mondiales, une stabilité renforcée des conditions macroéconomiques domestiques ainsi que sur la stabilisation de la situation politique et sociale. Par contre, le cours des matières premières, le volume des échanges et les apports d IDE font partie des grands vecteurs de transmission des aléas de l économie mondiale. En plus des incertitudes extérieures, la détérioration de l environnement politique et sécuritaire constitue un risque intérieur important. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 5
7 Afrique centrale Indicateurs macroéconomiques de l Afrique centrale Taux de croissance du PIB, en volume (%) (e) 2014(p) 2015(p) Afrique centrale Cameroun Congo, Rép Congo, Rép. Dém Gabon Guinée équatoriale Rép. centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad AFRIQUE Prix à la consommation (inflation en %) (e) 2014(p) 2015(p) Afrique centrale Cameroun Congo, Rép Congo, Rép. Dém Gabon Guinée équatoriale Rép. centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad AFRIQUE Solde budgétaire total, dons compris (% PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Afrique centrale Cameroun Congo, Rép Congo, Rép. Dém Gabon Guinée équatoriale Rép. centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad AFRIQUE Solde de la balance extérieure courante, dons compris (% PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Afrique centrale Cameroun Congo, Rép Congo, Rép. Dém Gabon Guinée équatoriale Rép. centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad AFRIQUE Solde de la balance commerciale (% PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Afrique centrale Cameroun Congo, Rép Congo, Rép. Dém Gabon Guinée équatoriale Rép. centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad AFRIQUE Note : (e) estimations; (p) prévisions. * Année fiscale juillet (n-1)/juin (n). ** Année fiscale avril (n)/mars (n+1). Source : Calculs des auteurs. 6 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
8 CAMEROUN 2014 Richard-Antonin Doffonsou / [email protected] Lisa Simrique Singh / [email protected]
9 Cameroun Cameroun La croissance du PIB en 2013 était de 4.9 % et devrait rester au tour de ce niveau en 2014 et Le pays est resté stable dans une région marquée par des crises politique et sécuritaire, mais doit utiliser sa croissance économique pour soulager la pauvreté. Le Cameroun a un rôle limité dans les chaînes de valeurs mondiales, mais il développe les filières comme l agriculture, le bois, la pêche, les mines et hydrocarbures. Vue d ensemble Malgré un contexte international difficile marqué notamment par la baisse des cours des matières premières et la dégradation des termes de l échange, l activité économique nationale est restée soutenue. La demande intérieure s est maintenue en hausse, induite par la poursuite des grands projets d infrastructures d une part, et par des actions de relance de la production dans plusieurs branches marchandes d autre part. La croissance observée en 2012 s est consolidée en 2013 malgré une baisse par rapport aux prévisions. Cette croissance est principalement soutenue par la contribution du secteur tertiaire qui représente 47.8 % du PIB (produit intérieur brut) en hausse d un point par rapport à 2012, en lien avec la bonne tenue des activités dans les branches des transports, des télécommunications, du commerce et de l hôtellerie. La croissance bénéficie également du regain de certaines branches du secteur secondaire, avec le dynamisme du soussecteur des bâtiments et travaux publics, soutenu par les investissements en infrastructures structurantes, et les activités extractives (pétrole et gaz). Cette tendance devrait se poursuivre en 2014 et Le Cameroun s est doté en 2013 d un cadre budgétaire à moyen terme conforme à la directive de la Communauté économique et monétaire d Afrique centrale (CEMAC) sur les budgets programmes. Ce cadre budgétaire qui est aligné sur le document de stratégie pour la croissance et l emploi (DSCE ) met l accent sur la croissance et l emploi et oriente les actions vers le développement des infrastructures à travers la mise en œuvre de grands projets structurants dans les domaines de l énergie, du transport et des télécommunications. Outre ces actions qui concourent à réduire les coûts des facteurs de production, des mesures visant à promouvoir la modernisation de l appareil de production, notamment dans le secteur agricole (usine de montage des tracteurs d Ebolowa) et le développement des industries manufacturières (crédit-bail) ont été mises en œuvre. L objectif visé est d organiser l exploitation judicieuse des ressources naturelles, notamment dans les domaines agro-sylvo-pastoraux et halieutiques, par un accroissement de la chaîne de valeur des filières porteuses (coton-textile-confection, bois, cacao, caoutchouc, etc.) à travers la promotion de l agro-business. Cette stratégie contribue à la soutenabilité fiscale, par la réduction de la forte dépendance des recettes d exportation aux cours du pétrole. Par ailleurs, elle vise au renforcement de la compétitivité en vue d engranger des parts supplémentaires de marché dans le commerce intra-régional. Le désenclavement externe, par la densification du réseau routier vers les grands centres de consommation sous-régionaux, en zone CEMAC et vers le Nigeria, devrait y contribuer. Au plan politique, la bonne tenue des élections couplées (municipales et législatives) conforte la stabilité socio-politique dans un contexte de crise régionale, politique et sécuritaire. Ces scrutins consacrent une nouvelle redistribution des rôles entre l opposition et le camp présidentiel qui détient toutefois, la majorité confortable au Parlement et pourrait légiférer sans risque. 8 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
10 % 12 Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique centrale (%) Afrique (%) Cameroun (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD. Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives L offre énergétique s est accrue en 2013 mais demeure encore en deçà de la demande. Cette situation devrait s améliorer avec la mise en exploitation de la centrale à gaz de Kribi qui entraînera dès 2014, une hausse graduelle et plus régulière de la fourniture d énergie électrique, limitant ainsi le phénomène de délestage. On note également au cours de l année, la consolidation de la reprise dans les industries extractives, notamment du fait de la mise en exploitation de nouveaux puits pétroliers et gaziers. Par ailleurs, le secteur agricole a enregistré à nouveau un regain d activité dans la partie septentrionale du pays, après les inondations survenues en 2012 qui avaient fortement perturbé les cycles de production agricole. Toutefois, l activité économique a quelque peu pâti de la faible valorisation des filières agricoles et sylvicoles (coton, cacao, bois) et leur exposition à la volatilité des cours des matières premières. L environnement des affaires peu attractif, les coûts des facteurs encore élevés, continuent d obérer la compétitivité des industries locales. En conséquence, le taux de croissance du PIB réel a été moins élevé que prévu atteignant 4.9 %, en deçà de l objectif de 5.5 % visé par le DSCE sur la période La structure de l offre du PIB demeure caractérisée par la prépondérance du secteur tertiaire (47.8 % du PIB). Les secteurs primaire et secondaire, en baisse relative, n ont représenté respectivement que 22.5 % et 29.7 % du PIB. Les sous-secteurs les plus dynamiques (tableau 2) sont le commerce, l hôtellerie et la restauration (19.9 % du PIB), l agriculture (16.9 % du PIB), les activités BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 9
11 Cameroun de fabrication agricoles et manufacturières (14.5 % du PIB) ainsi que les activités extractives (8.2 % du PIB). Ces cinq sous-secteurs représentent environ 60 % du PIB. Après le ralentissement observé en 2011 et 2012 du fait de la contre-performance de l agriculture industrielle d exportation (-3.7 % en 2012), le secteur primaire enregistre une croissance de 3.6 % en Cette évolution est soutenue par le regain d activité dans l agriculture industrielle d exportation et le dynamisme de l agriculture vivrière. En effet, ces sous-secteurs ont bénéficié spécifiquement de : i) l octroi de 3 milliards XAF (Franc CFA BEAC) destinés à l acquisition des équipements agricoles au profit des deux principales entreprises de l agro-industrie rizicole (SEMRY et UNVDA); ii) la mise à la disposition des producteurs des engrais, des pesticides et de plusieurs variétés de semences à hauts rendements (riz, maïs, manioc, banane plantain, pomme de terre, igname, sorgho, etc.) ; iii) l obtention par l agro-industrie cotonnière (SODECOTON) de deux prêts, de 6.5 et 10 milliards XAF respectivement en février 2011 et en mars 2012, auprès des banques locales pour la gestion des campagnes 2011/12 et 2012/13 ; iv) l entrée en production des nouvelles exploitations de café et de cacao. Toutefois, le ralentissement de l activité économique mondiale notamment dans la zone euro ainsi qu en Chine engendre une contraction de la demande de certains produits primaires exportés par le Cameroun, notamment ceux issus de la sylviculture et de l exploitation forestière. Après une croissance de 4.9 % en 2012, le secteur secondaire a enregistré une progression de 5.7 % en Cette évolution est imputable notamment au regain de la production pétrolière (4.5 %), de la hausse des activités dans le secteur du BTP (10.5 %), ainsi que la relance de la production d électricité (6.5 %) liée à l entrée en service de la centrale à gaz de Kribi et ses effets d entraînement sur les autres industries manufacturières qui enregistrent une croissance réelle de 5.2 %. Le secteur tertiaire a connu une progression réelle de 5.9 % en 2013 contre 5.5 % en 2012, soutenue par le regain d activité des deux secteurs en amont (primaire et secondaire). Par ailleurs, l augmentation des capacités d offre dans le secteur du transport notamment routier et ferroviaire, ainsi que la poursuite de l extension 1, 2 de la fibre optique ont contribué au dynamisme des sous-secteurs transports et communications (8 %). Du côté de la demande, la croissance du PIB est soutenue par la demande intérieure qui enregistre une croissance de 5.9 %. Par ailleurs, bien qu en nette amélioration, la contribution à la croissance de la demande extérieure nette demeure négative en 2013 avec un déficit estimé à 8.3 % du PIB. Cette situation résulte surtout d un accroissement des importations, notamment des denrées alimentaires (riz, poisson, etc.), les matériaux de construction (ciment, etc.) et des biens d équipement nécessaires à la mise en œuvre des grands projets. La consommation privée a connu une croissance de 5.2 % en 2013, en liaison avec l amélioration des revenus des ménages du fait du paiement des salaires et indemnités des jeunes diplômés dans la fonction publique et des recrutements dans les grands projets. Toutefois, la consommation publique a connu un ralentissement en 2013 (1.7 % contre 6.6 % en 2012) du fait des retards en matière de consommation de crédits mis à la disposition des administrations, qui ont eu besoin d un délai d adaptation suite à l introduction du budget programme. Globalement, la consommation représente 88.3 % du PIB en Après avoir légèrement ralenti en 2012, le taux d investissement a enregistré une hausse de 0.8 point en 2013 pour se situer à 20 %. Cette évolution résulte principalement d une hausse de 0.5 point de l investissement public du fait de la mise en œuvre des grands projets. De plus, les facilités d investissements accordées par l État, l accroissement du volume des crédits bancaires accordés au secteur privé (12.3 %), l accroissement de l offre d énergie ainsi que les effets induits des grands projets ont favorisé la hausse de l investissement privé (0.3 point). Par ailleurs, les investissements dans l exploration minière et pétrolière devraient s accélérer suite à l admission du Cameroun au statut de pays conforme à l Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). 10 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
12 Les perspectives pour les années 2014 et 2015 sont favorables. En effet, les industries extractives (principalement le pétrole et le gaz) devraient maintenir la tendance haussière des activités amorcée en Ces perspectives résulteraient de l amélioration escomptée des rendements des puits existants (champ de Rio Del Rey), de l entrée en activité de nouveaux gisements (M via, Dissoni), de la production du gaz (Sanaga Sud) principalement destinée à la centrale à gaz de Kribi ainsi que l intensification de l exploitation du champ gazier de Logbaba. Cameroun Dans le secteur primaire, les perspectives de croissance demeurent favorables en liaison avec l entrée en production de nouvelles exploitations (cacao, café, coton, caoutchouc, huile de palme, maïs et riz), la poursuite de la modernisation des techniques agricoles avec notamment la promotion de la mécanisation, la distribution des engrais, des plants et des semences à hauts rendements pour plusieurs spéculations. En outre, les activités de pêche devraient s accroître. La croissance du secteur primaire pourrait atteindre 5.7 % en 2014 et 9.0 % en Contrairement à l année 2013 où la centrale à gaz de Kribi n a été opérationnelle qu au cours du second semestre, les industries vont pleinement bénéficier au cours de l année 2014 des capacités d offre d énergie supplémentaires (+216 mégawatts). Par ailleurs, on observe une diversification des sources d énergie industrielle avec une introduction progressive du gaz industriel moins onéreux et plus régulier à travers la construction d un pipeline (dont le coût d investissement est estimé à 45 milliards XAF) dans la zone industrielle de Douala par l entreprise Rodeo Development Limited. Ces avancées en matière d offre d énergie ainsi que les facilités d investissement (loi sur les incitations de 2013) augurent un regain de l activité industrielle en 2014 et en Par ailleurs, la poursuite en 2014 et 2015 de la construction des barrages de Lom Pangar, de Memve ele et de Mekin ainsi que le démarrage de la construction du second pont sur le Wouri et les infrastructures dans le domaine routier permettront de maintenir une intense activité dans le secteur du BTP. Enfin, l exploitation à une grande échelle semi-industrielle et industrielle des ressources minières (fer, diamant, bauxite, cobalt, etc.) dont regorge le pays devrait contribuer à rendre la croissance plus vigoureuse. Dans cette perspective le gouvernement œuvre à la refonte du code minier existant en un nouveau code plus attractif. Les prévisions d activité du secteur secondaire tablent ainsi sur une croissance de 5 % en 2014 et de 5.6 % en moyenne sur la période Bénéficiant du dynamisme anticipé des secteurs en amont, l activité dans le secteur tertiaire devrait être soutenue également par le renforcement des capacités d offre de service dans les domaines de transport, des télécommunications, de l hôtellerie et de la restauration. Ainsi, le secteur tertiaire enregistrerait une croissance de 5.4 %, en 2014 et de 5.5 % en Ainsi, au total, la croissance économique du PIB réel devrait se situer sur une tendance de 5 % à partir de 2014, malgré l atonie de la croissance mondiale. Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche dont pêche Mines dont pétrôle Manufactures Electricité, gaz et eau Construction Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants dont hôtels et restaurants Transports, entreposage et communications Finance, immobilier et services aux entreprises Services des administrations publiques Autres services Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs Source : Données des administrations nationales. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 11
13 Cameroun Politique macroéconomique Politique budgétaire La politique budgétaire en 2013 tout comme les deux années précédentes a été modérément expansionniste, en raison des dépenses d investissements dans les grands projets structurants. La hausse des dépenses est financée par les emprunts extérieurs et les recettes pétrolières. La politique budgétaire a visé au respect des critères de convergence à savoir: i) un solde budgétaire de base rapporté au PIB nominal positif ; ii) une inflation inférieure ou égale à 3 % ; iii) un encours de la dette intérieure et extérieure rapporté au PIB nominal inférieure ou égale à 70 %, et iv) la non-accumulation d arriérés intérieur et extérieur. L exercce 2013 s est caractérisé par la mise en œuvre d une réforme majeure découlant du nouveau régime financier adopté en Il s agit de la mise en place du premier budget programme, conformément à la directive CEMAC N 01/11-UEAC-190-CM-22 relative aux lois de finances et qui traduit le passage d un budget de moyens à un budget programme. Selon les estimations à fin décembre 2013, la performance budgétaire s est détériorée en 2013 à cause d une contre-performance des recettes et un dérapage de certaines dépenses. Les recettes et dons devraient se situer autour de 17.8 % du PIB (après annulation croisée de la subvention à la société nationale de raffinage [SONARA] et des impôts dus par cette dernière), environ 1 point de pourcentage du PIB en deçà des prévisions. Cette contre-performance est essentiellement le fait de la baisse des taxes sur les biens et services. En raison des coûts d exploitation élevés des opérations pétrolières, les recettes pétrolières, qui ne font pas l objet d une affectation spéciale à des dépenses spécifiques selon le principe de l unicité de caisse, ont affiché une baisse relative en pourcentage du PIB (4.8 % en 2013 contre 5.4 % en 2012 et 5.3 % en 2011), malgré une hausse de la production au-delà des prévisions. Les dépenses courantes se sont accrues atteignant 14.8 % du PIB contre 14.2 % en 2012, notamment en raison des subventions à la consommation des carburants. Celles-ci, qui représentent 19.5 % des dépenses courantes et 3.3 % du PIB, constituent un risque pour la soutenabilité fiscale. Quant aux dépenses d investissement, elles ont connu une hausse d environ 0.8 point de PIB en 2013 par rapport à 2012, en lien avec les projets structurants en infrastructures. Cette hausse reste toutefois limitée par les effets contraires de la réforme des marchés publics et de la difficile mise en œuvre de la première année du budget programme. Cela a conduit le gouvernement à allonger la période complémentaire d exécution budgétaire. Ces défis budgétaires, concernant aussi bien les dépenses avec le maintien de la subvention sur le carburant que les recettes avec une faible mobilisation de financements intérieurs et extérieurs inférieurs à ceux prévus dans le budget, ont occasionné des reports de paiement de l ordre de 3.9 % du PIB sur l exercice budgétaire Sous réserve des évolutions pendant la période complémentaire retenue, le déficit budgétaire global (tableau 3) atteindrait 3.7 % du PIB en 2013 contre 1.9 % et 3.6 % respectivement en 2012 et Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Recettes pétrolières Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). 12 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
14 Politique monétaire Le Cameroun est membre de la CEMAC et à ce titre, la politique monétaire est exclusivement le fait du Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque des États de l Afrique centrale (BEAC). À l échelon national, les prérogatives du CPM sont exercées par le Comité monétaire et financier. La politique monétaire de la banque centrale a visé à stabiliser les prix et le taux de change effectif réel et à éviter tout effet d éviction de l investissement privé par les dépenses publiques. Après une politique monétaire plutôt restrictive sur la période malgré un niveau d inflation conforme au critère de convergence de la CEMAC, la Banque centrale a mis en œuvre une politique monétaire expansionniste à travers ses deux instruments que sont le refinancement et les réserves obligatoires. S agissant du refinancement, le CPM a baissé le 31 octobre 2013 le taux des avances (taux directeur) de 25 points de base (de 3.50 % à 3.25 %) appliqué aux banques et à l État. Le coefficient des réserves obligatoires appliqué aux banques camerounaises est de % pour les dépôts à vue et de 9.25 % pour les dépôts à terme. Il en a résulté une hausse de la masse monétaire de 7.7 % en 2013 passant de milliards XAF en 2012 à en 2013, contre une hausse légère de 1.4 % en On note également une hausse des crédits à l économie (crédit intérieur) de 30.3 % entre 2011 et 2013, qui bénéficient au secteur privé (14.6 %) en lien avec le financement des grands projets structurants. Cameroun Du fait de la nature des biens échangés avec les pays de la zone euro (essentiellement pétrole et minerais) dont les cours se maintiennent à la hausse, et du faible lien entre les opérations des banques locales et celles de leur maison mère en Europe, il n y a pas eu d effet de contagion de la crise de la zone euro. L environnement interne n a pas connu de choc malgré les scrutins électoraux (législatif et municipal). Aussi, dans ce contexte de politiques fiscale et monétaire expansionnistes, l inflation en moyenne annuelle, fortement corrélée avec le prix des denrées alimentaires, est restée quasiment inchangée, atteignant 2.5 % en 2013, en dessous du seuil de convergence communautaire de 3 %, contre 2.4 % en 2012, notamment en raison d un rétablissement des cycles des activités agro-pastorales qui avaient été perturbés par les inondations de Coopération économique, intégration régionale et commerce Le Cameroun est membre de la quasi-totalité des institutions sous-régionales, dont il a ratifié les accords et traités. Le pays participe activement à la mise en œuvre du processus d intégration régionale de la CEMAC et de la Communauté économique des États d Afrique centrale (CEEAC). Il met en œuvre le Plan d action à court terme du Nouveau partenariat pour le développement de l Afrique (NEPAD) en Afrique centrale (PACT/NEPAD-AC). Dans le cadre des échanges commerciaux, un tarif extérieur commun (TEC) a été institué au sein de la CEMAC, dont le Cameroun est membre. Le pays n a pas fait de progrès significatif dans l indicateur Doing Business relatif au commerce dans l édition 2013 du rapport de la Banque mondiale, mais aucune mesure discriminatoire n a été prise pour restreindre le commerce, dont il reste le premier bénéficiaire dans la zone CEMAC. Cependant des difficultés de transposition des textes communautaires dans le cadre juridique interne et des problèmes liés à l origine des produits et aux mécanismes de compensation continuent à susciter de l inertie au plan régional. Le Cameroun occupe une place centrale dans l espace régionale en Afrique centrale aussi bien en termes de PIB que de masse monétaire et d exportations. Pendant les années 2000, le pays représentait en moyenne environ 40 % du PIB régional, 44 % de la masse monétaire communautaire et 39 % des exportations. Sa position géographique en fait un véritable pays de transit vers les pays de l hinterland ; et son tissu économique plus diversifié le prédispose aux échanges intrarégionaux avec les pays de la CEMAC et par-delà avec le Nigeria. Ses principaux partenaires en zone CEMAC sont la Guinée équatoriale qui représente 30 % de ses échanges, suivi du Tchad (27 %), de la République du Congo (25 %), du Gabon (11 %) et de la République centrafricaine (7 %). La balance commerciale est excédentaire 3 avec les autres pays de la CEMAC à l exception de la Guinée équatoriale. En dehors de la zone CEMAC, le Nigeria, qui partage une longue frontière avec le Cameroun de plus de km, reste le premier partenaire commercial devant les principaux pays européens. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 13
15 Cameroun En 2013, malgré la persistance du déficit du solde des transactions courantes, entretenu par ceux des balances des biens, des services et des revenus, le solde global resterait positif. En 2012, la balance des paiements a affiché un solde global excédentaire de 47.6 milliards XAF, en amélioration de milliards par rapport au déficit de milliards enregistré en Cette performance résulterait notamment du regain de la production pétrolière et des exportations des autres principaux produits. En outre, la réduction progressive des importations des biens d équipement et des produits agricoles (riz, maïs, etc.) ainsi que l accroissement des financements extérieurs en 2014 et 2015, devraient également consolider cette tendance haussière et positive de la balance des paiements. Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale Exportations de biens (f.o.b.) Importations de biens (f.o.b.) Services Revenu des facteurs Transferts courants Solde des comptes courants Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique de la dette Au 31 décembre 2012, l encours de la dette publique et à garantie publique du Cameroun était estimé à milliards XAF (18.5 % du PIB), contre une estimation au 31 décembre 2011 de milliards XAF (17.8 % du PIB), soit une augmentation en valeur nominale de 9.8 % ; mais une diminution en valeur relative par rapport au PIB d environ un point. L encours est composé de 88.7 % de dette publique, et 11.3 % de garantie publique. Le montant total du financement engagé en 2012, aussi bien à l intérieur qu à l extérieur, s est ainsi élevé à milliards XAF, soit une baisse de 18 % par rapport aux engagements pris en Ces engagements financent prioritairement les infrastructures : les routes (45 %), l énergie (19 %) et les télécommunications (10 %). Au cours de l année 2013, le gouvernement a poursuivi sa recherche de financement par endettement pour soutenir son vaste programme de grands projets structurants, visant à maintenir l économie sur un trend de croissance. La stratégie d endettement a consisté à mobiliser les emprunts extérieurs et intérieurs dans les proportions respectives de 50.7 % et 49.3 % du besoin d endettement. L objectif à horizon 2017 est de porter à 55 % la part des nouveaux emprunts extérieurs et à 45 % celle des emprunts intérieurs. La cible étant d atteindre une composition du portefeuille (encours) de la dette publique de 63 % de dette extérieure et 37 % de dette intérieure en 2017 contre une composition de 64.5 % de dette extérieure et 35.5 % de dette intérieure à fin Depuis l annulation de la dette dans le cadre de l Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) en 2006, le risque de surendettement du Cameroun est resté faible. Selon l analyse de viabilité de la dette (AVD), effectuée conjointement par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), tous les ratios d endettement extérieur resteraient en deçà de leurs seuils respectifs. Cependant, la prédominance des emprunts non concessionnels, observée ces dernières années, doit être contenue et les ressources empruntées doivent être utilisées pour financer des projets suffisamment rentables pour stimuler la croissance. Avec un ratio de la dette publique (y compris nouveaux emprunts) sur PIB de 20.1 % en 2013, l endettement du Cameroun (voir graphique ci-après) reste largement soutenable. À l horizon 2017, le stock de la dette pourrait représenter 12.8 % du PIB en raison en particulier d une croissance 14 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
16 plus soutenue. Comparé au seuil critique de 70 % arrêté dans la sous-région CEMAC, le Cameroun dispose encore d une marge d endettement importante pour poursuivre son développement sans risque de non-respect de critère de convergence. Cameroun Un comité d endettement est chargé de coordonner et d assurer la cohérence de la politique d endettement avec les objectifs de développement du pays. Cependant, un renforcement des capacités serait nécessaire pour une meilleure gestion de la dette non concessionnelle, qui prend de l ampleur dans le cadre du financement des grands projets structurants. Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations % Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations Source : FMI (WEO & Article IV). Gouvernance économique et politique Secteur privé Le secteur privé camerounais est l un des plus diversifiés et dynamiques de la zone CEMAC. Selon les données du recensement général des entreprises de 2009, le secteur formel comprend environ entreprises et établissements, constitués majoritairement de petites et moyennes entreprises (PME). Le développement du secteur privé est freiné par un certain nombre d entraves, au rang desquelles figurent : i) l approvisionnement insuffisant et discontinue en électricité ; ii) la faiblesse de la gouvernance publique qui introduit de l incertitude dans le calcul économique des investisseurs ; iii) la faiblesse des institutions de promotion du secteur privé qui ne sont pas souvent dotées des moyens humains, techniques et financiers nécessaires pour accomplir leurs missions ; iv) l accessibilité et le coût du capital ; v) les surcoûts sur les facteurs techniques de production et ; vi) la faible qualité des infrastructures de base. Malgré les actions de réformes entreprises, le climat des affaires continue d être peu propice. Le pays a ainsi régressé de 7 places dans l édition 2014 du rapport de la Banque mondiale, Doing Business, par rapport à l édition 2013, passant de la 125 e à la 132 e place. Par ailleurs, l accumulation d arriérés intérieurs par l État fragilise la trésorerie des entreprises, ce qui a pour conséquence de renchérir la commande publique. Le manque de ressources longues ainsi que des taux d intérêt élevés sont un frein à l investissement privé. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 15
17 Cameroun Afin de valoriser les chaînes de valeur de son potentiel de ressources agro-sylvo-pastoral, le gouvernement envisage de stimuler le développement de l agro-business. Une loi sur les incitations à l investissement a été adoptée en avril Un code minier plus attractif est en préparation et sera présenté au Parlement en Par ailleurs, les engagements pris dans le cadre des concertations du Cameroon Business Forum seront appliqués en Ces mesures incluent notamment : i) l opérationnalisation de la loi sur les zones économiques promulguée en décembre 2013 ; ii) la mise en œuvre du projet de dématérialisation des procédures du commerce extérieur ; iii) le renforcement du guichet unique pour les transactions foncières mis en place en 2012 ; iv) l extension du réseau des centres de formalités de création d entreprises (CFCE) : cinq centres existent actuellement et cinq autres devraient être créées ; v) la réalisation du projet de plateforme de téléprocédures fiscales et parafiscales ; vi) l institution des délais de traitement dans les contentieux commerciaux traités au niveau des chambres commerciales spécialisées ; vii) la dématérialisation du guichet unique du commerce extérieur. Secteur financier Le système bancaire camerounais comporte une multitude de banques mais il est peu diversifié. Il est caractérisé par la prédominance de banques traditionnelles, de banques spécialisées et de banques d affaires. Cependant, les banques d investissement font défaut, limitant ainsi, substantiellement, la capacité de mobilisation des ressources longues. En outre, le coût de la mobilisation des ressources même en situation de surliquidité reste encore élevé. Malgré une meilleure capitalisation des banques, les taux d intérêt sont élevés, rendant le crédit peu attractif. Les activités de commerce de gros et détail, de restauration et d hôtellerie absorbent près de 25 % des crédits, suivies du BTP (17 %), des industries extractives (12.4 %), des services sociaux et personnels (12.4 %), de l agriculture, élevage, pêche et sylviculture (11.9 %), des transports et télécommunications (8.1 %). Le développement du secteur financier a toutefois été poursuivi en Les autorités ont axé leurs efforts sur la promotion et la vulgarisation de mécanisme de financement. Ainsi, les autorités ont soutenu la mise en place d un mécanisme de garantie doté d un financement de 5 milliards XAF. Les structures de gestion de ce fonds incluant le mécanisme de suivi sont en place et les critères d éligibilité connus. Par ailleurs, des progrès substantiels sont accomplis vers la mise en place d une banque de financement des PME ; la nomination des dirigeants est attendue. Le secteur financier camerounais est globalement sain et plusieurs banques présentent une relative solidité et respectent les normes prudentielles. Toutefois, selon le rapport produit par le FMI en novembre 2013, à l issue de sa mission de consultation, des risques semblaient cependant peser sur la stabilité du secteur financier et nécessitaient des actions urgentes, notamment à l endroit de cinq banques qui rencontrent des difficultés. Les principaux risques d instabilité du système financier sont liés à la concentration du crédit dans un petit nombre de secteurs et à un nombre restreint d entreprises. Ces risques tiennent également du niveau élevé des arriérés de l État vis-à-vis de la SONARA, qui induit une hausse préoccupante de son endettement auprès du système bancaire camerounais. Ces banques visées feront l objet d un suivi rapproché de la part de la Commission bancaire de l Afrique centrale (COBAC), l organe sous-régional de supervision bancaire. Les autorités se sont également engagées et s attèlent à prendre des mesures vigoureuses pour assainir la situation financière de ces banques et éviter tout risque systémique. Gestion du secteur public, institutions et réformes En ce qui concerne la gestion du secteur public, deux réformes majeures ont été menées en Dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau régime financier et du budget programme, un ministère des Marchés publics (MINMAP) rattaché à la présidence de la République a été créé. Le MINMAP est chargé entre autres, de l exécution de l ensemble des marchés publics des ministères et des structures bénéficiant de ressources de l État Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
18 Le secteur public reste encore caractérisé par un niveau de fragmentation élevé qui se traduit par un chevauchement des compétences dans différents ministères et parfois une déperdition des ressources et une efficacité limitée. Face à ce constat, des réformes sont en cours en vue d un renforcement de la coordination des administrations, sans nuire à l esprit de la décentralisation amorcée depuis plusieurs années et qui se traduit par une dévolution de certaines responsabilités aux collectivités décentralisées. Cameroun Dans le cadre du renforcement de la transparence et de la recevabilité, les lois de finances sont accessibles au public. Il existe des institutions de contrôle internes et externes des comptes publics : les inspections générales des ministères sectoriels, l inspection générale du ministère des Finances, le Chambre des comptes, le Contrôle supérieur de l État (CONSUPE) et la Commission nationale anti-corruption (CONAC). La Chambre des comptes assiste le Parlement et le gouvernement dans le contrôle de l exécution des lois de finances 5. Les rapports sur la dette publique sont également accessibles au public. En outre, s agissant des ressources des secteurs extractifs, le Cameroun a atteint courant octobre 2013, le statut de pays conforme à l ITIE. L atteinte de ce statut comporte implicitement l obligation de produire chaque année les rapports ITIE. À cet effet, le rapport 2012 devra être publié avant le 31 décembre 2014 et le rapport annuel 2013, au plus tard le 1 er juillet La société civile est statutairement représentée au sein de l ITIE. À ce titre, elle a accès aux informations sur l ensemble des flux physiques et financiers des secteurs extractifs. Gestion des ressources naturelles et environnement Le Cameroun abrite 10 % des forêts du Bassin du Congo qui couvrent 41.3 % du territoire national et ses activités économiques restent fortement dépendantes de l exploitation de ces ressources naturelles. À ce titre, le gouvernement est très sensible aux questions de préservation de l environnement et de conservation des forêts. Aussi, est-il signataire de la plupart des conventions environnementales internationales 6, parmi lesquelles la convention sur la Diversité biologique (1992), la convention des Nations Unies (ONU) sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification (1997), la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (2001) et la convention de l ONU sur le changement climatique (2004). Le gouvernement s est doté d un plan d action national de lutte contre la désertification qui souligne la vulnérabilité des zones semi-arides (sahéliennes) et côtières vis-à-vis du changement de climat. Le pays s est engagé dans le processus pour la réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation de la forêt (REDD +), et en particulier dans le développement de la Stratégie nationale REDD+. Dans ce cadre, le Comité des participants du Forest Carbon Partnership Facility a validé la proposition du Cameroun intitulée Readiness Preparation Proposal (RPP). Le franchissement de cette étape critique devrait permettre au pays un accès aux financements octroyés par le REDD+. Par ailleurs, depuis la signature en 2010 de l Accord de partenariat volontaire dans le cadre de l Initiative FLEGT (forest law enforcement, gouvernance and trade) de l Union européenne (UE), des efforts sont mis en œuvre pour accroître la gouvernance dans le secteur forestier. En vue de permettre une exploitation judicieuse de ces ressources naturelles d origine minière, dans le respect des normes et standards environnementaux, un nouveau code minier est en cours de préparation. Face au braconnage de la grande faune qui a augmenté, en l occurrence celui des éléphants, une stratégie de lutte anti-braconnage a été mise en place. Le pays a été déclaré fin 2013 conforme à l ITIE. Les secteurs couverts par cette déclaration de conformité concernaient le pétrole et le gaz jusqu en La décision de conformité comporte dorénavant pour le Cameroun, non seulement l obligation d un bilan et d une transparence rigoureuse, mais surtout l extension du champ couvert au secteur minier naissant, en plus des hydrocarbures. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 17
19 Cameroun En ce qui concerne l utilisation des revenus tirés des secteurs extractifs (mines et hydrocarbures), ainsi que ceux issus de l exploitation forestière, la législation camerounaise ne prévoit pas de comptes spéciaux d affectation. Ces revenus sont reversés au Trésor en vertu du principe d unicité de caisse. Cependant, on peut affirmer qu ils contribuent pour l essentiel dans le cadre du budget, au financement des grands projets structurants en infrastructures. Contexte politique L année 2013 a été marquée par l organisation du double scrutin législatif et municipal ainsi que la mise en place du Sénat, qui garantit la stabilité politique du pays. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) a remporté 148 des 180 sièges de l Assemblée nationale au terme des élections législatives du 30 septembre Le RDPC est suivi en termes de représentation par le Front social démocratique (SDF, 18 sièges), l Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP, 5 sièges), l Union démocratique du Cameroun (UDC, 4 sièges), l Union des populations du Cameroun (UPC, 3 sièges), le Mouvement pour la défense de la République (MDR, 1 siège) et le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, 1 siège). L introduction de la biométrie a permis d améliorer le fichier électoral et garantir la pertinence des résultats électoraux. Toutefois, le contexte politique est marqué par des crises politiques et sécuritaires régionales d une extrême gravité en République centrafricaine d une part et des enlèvements notamment dans la partie septentrionale du pays liés à des incursions de groupes extrémistes se réclamant de la secte Boko Haram du Nigeria. Cette situation pourrait induire un accroissement sensible des dépenses de sécurité et de défense, créant ainsi un effet d éviction de certaines dépenses sociales et fragilisant d avantage l équilibre budgétaire. Contexte social et développement humain Développement des ressources humaines Bien que positives, les performances macroéconomiques du pays se situent en deçà des ambitions du pays et l atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en 2015 devrait être différée malgré quelques progrès dans certains domaines. La politique du gouvernement dans le secteur de l éducation porte sur l atteinte des OMD 2 et 3 relatifs à l éducation primaire universelle et à la promotion de l égalité des genres. En termes de résultat, le pays a consolidé ses acquis dans le domaine de l enseignement de base. Le taux d accès au primaire est de 123 % et le taux brut de scolarité est de 111 %. Le taux net de scolarisation au primaire des 6-11 ans a progressé atteignant 78.8 % contre un objectif de 88 %. D une manière générale, le taux d alphabétisation des adultes est de 34.9 % (soit 41.7 % pour les hommes et 27.3 % pour les femmes). Dans le domaine de la santé, les principaux objectifs sont de réduire de deux tiers la mortalité infanto-juvénile (des moins de 5 ans), de trois quarts la mortalité maternelle, de moitié la prévalence du VIH/sida et de ramener le taux de décès associé au paludisme à moins de 10 %. Selon les statistiques les plus récentes, les progrès en matière de réduction du taux de mortalité infanto-juvénile méritent d être consolidés. Le taux de mortalité infanto-juvénile se situe à 122 pour mille en 2011 contre 142 pour mille en 2004 mais reste loin de la cible de l OMD 4. Les progrès réalisés résultent d un système de prévention sanitaire relativement efficace avec un taux de vaccination par antigène des enfants de mois respectivement de 87 % (BCG), 68 % (trois doses de DTCoq), 70 % (trois doses de polio) et 71 % (rougeole). Pour la rougeole, la feuille de route 2013 du ministère de la Santé publique indique un taux de couverture de %. Sur le plan de la lutte contre la pandémie du sida, des progrès ont été également réalisés. Les résultats préliminaires sur la prévalence du VIH de la quatrième enquête démographique et de santé (EDSC-IV) montrent qu au niveau national la prévalence globale (hommes et femmes de 18 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
20 15-49 ans) a été de 4.3 % en La baisse a concerné aussi bien les hommes (de 4.1 % en 2004 à 2.9 % en 2011) que les femmes (de 6.8 % à 5.6 %). La prévalence du VIH a donc connu une baisse sensible depuis 2004, date à laquelle elle était estimée à 5.5 %. Le taux de couverture des femmes enceintes bénéficiant des antirétroviraux (ARV) est de % au premier trimestre 2013 soit femmes sur Toutefois, la cible de l OMD 6 n est pas encore atteinte. Cameroun Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail L adoption du DSCE a été précédée par la réalisation en 2007 d une importante enquête nationale sur les «Conditions de vie des populations et le profil de pauvreté au Cameroun» (ECAM 3) dont le rapport a été rendu public en Il ressort de cette enquête que la proportion de la population en dessous du seuil de pauvreté était de 39.9 % en 2007 contre 40.2 % en Bien que la croissance économique se soit améliorée, elle n a pas été suffisamment forte pour influencer significativement l emploi et la pauvreté. Le PIB réel par habitant et la plupart des indicateurs sociaux ont stagné, en dépit de ressources naturelles abondantes et diversifiées dont dispose le Cameroun. Ainsi, les inégalités demeurent élevées : le coefficient de Gini pour l ensemble du pays est de Les politiques du passé n ont pas suffisamment privilégié la lutte contre la pauvreté. Selon un examen des dépenses publiques, effectué par la Banque mondiale, les crédits budgétaires aux secteurs sociaux ont perdu du terrain au profit des fonctions générales de l État depuis Les réformes du climat des affaires n ont pas encore produit d effet substantiel, du point de vue de la migration de certaines entreprises du secteur informel vers le secteur formel. Cette enquête a analysé la pauvreté sous différents angles. Des analyses sont également fournies sur la profondeur et la perception de la pauvreté. Les données recueillies par l Institut national de la statistique (INS) sont mises à jour sur la base de nouvelles enquêtes et extrapolées pour les publier sur le site de l INS et accessible à tous. Les analyses faites de l ECAM 3 ont permis d identifier les poches de pauvreté au plan régional et local. Un profil de pauvreté a ainsi été défini afin de mieux cibler les politiques sociales, dans le cadre de l exécution budgétaire au plan national et à travers les budgets des collectivités locales, ainsi que par les interventions des partenaires techniques et financiers. Les cartes sanitaire et d éducation (construction d écoles et de centres de santé) ainsi que le ciblage des programmes de vaccination à la petite enfance, la lutte contre le VIH/sida, le programme de filet sociaux en cours de préparation par la Banque mondiale pour les régions du nord en sont des résultantes. Il est prévu un renforcement des programmes ciblés à l endroit des groupes vulnérables dans le cadre de la mise en œuvre des budgets programmes. Égalité hommes-femmes Au plan juridique, la Constitution du Cameroun consacre l égalité entre la femme et l homme et prévoit les mêmes droits. En outre, le Cameroun a procédé à la ratification des principaux instruments juridiques régionaux et internationaux de promotion et de protection des droits de la femme. L internalisation progressive de divers instruments juridiques dans la législation nationale contribue au changement du statut de la femme et de l amélioration de ses conditions de vie. Contrairement à d autres pays, le pays n a pas adopté de loi sur les quotas de représentativité des femmes dans la sphère politique et décisionnelle de la haute administration. Cependant on observe que dans la sphère publique, la participation des femmes dans les instances décisionnelles que ce soit au gouvernement, au Parlement bicaméral et dans la haute administration, est en progression. Ainsi, elles représentent 13.5 % des effectifs du gouvernement en 2013 contre 13.1 % en Au Parlement, leur proportion est passée de 11.1 % sous la mandature à 13.9 % sur la période A contrario, dans la sphère privée peu d améliorations ont eu lieu. Sur le marché du travail, d une manière générale, les femmes sont davantage affectées par le chômage que les hommes. Le taux d activité des femmes connaît une tendance baissière depuis quelques années. Il se situe à 64.2 % contre 68.3 % et 79.5 % en 2005 et 2007 respectivement. Dans le secteur informel non agricole, les femmes salariées représentent 26.5 % en 2010 alors qu elles sont 84.1 % dans la catégorie des travailleurs indépendants ou des aides familiales. Le faible accès BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 19
21 Cameroun des femmes aux opportunités d emploi est dû à la non-maîtrise des circuits socio-professionnels et l asymétrie à l accès à l information économique. Cela demeure un obstacle important à leur accès aux ressources productives et partant à leur autonomisation. À cela s ajoutent les difficultés d accès au secteur financier et la microfinance. Le taux d accès au crédit de production pour les femmes est passé de 0.4 % en 2001 contre 0.5 % en 2007 mais reste faible comparé à celui des hommes qui a baissé à 0.9 % contre 1.2 % en Ce faible accès au crédit des femmes rend difficile l accès à la terre et par là même au titre foncier. Les femmes camerounaises subissent encore certaines pesanteurs socio-culturelles. Il s agit notamment : i) du poids de la culture qui induit des mariages forcés et précoces, des pratiques néfastes à la santé de la femme à l exemple de l excision, des rites de veuvage ; ii) des discriminations à l égard de la petite fille au niveau de la scolarisation en raison du taux de pauvreté encore élevé. Il en résulte que la proportion des femmes sans instruction ne cesse d augmenter. Elle est passée de 29.2 % en 2004 à 30 % en Dans le même temps, le taux des adolescentes de ans déjà mères est passé de 22.7 % en 2004 à 25.2 % en Les actions de sensibilisation engagées depuis plusieurs années commencent cependant à porter des résultats et le nombre de maternités précoces tend à se stabiliser. Analyse thématique : les chaînes de valeur mondiales et l industrialisation de l Afrique Participation du pays dans les CVM Les potentiels prouvés en matières premières (mines, bois, produits agricoles) ainsi qu en facteurs de production (énergie électrique, terres arables) ont conditionné la participation et le positionnement du Cameroun aux CVM. À cet effet, les secteurs de production des produits primaires (bois, agricoles et miniers) et les branches consommatrices d énergie électrique haute tension (métallurgie de base et cimenterie) apparaissent comme étant les plus engagés dans les CVM. De même, les activités de service dans les domaines de la réparation et de la maintenance navale, des technologies de l information et de la communication (TIC) et du transport sont également intégrées aux CVM. La participation du Cameroun aux CVM est limitée principalement aux activités de bouts de chaînes ou d extrémité des filières moins valorisantes, ayant très peu d effet d entraînement sur le reste de l économie. En amont, les acteurs locaux se limitent à la fourniture des matières premières ou dans le meilleur des cas à la première transformation. En aval, ils se positionnent comme des relais des industries étrangères à travers notamment les activités de conditionnement, d assemblage et de distribution sur le marché local ou dans la sous-région. Toutefois, dans certaines branches, l État a pris des mesures visant à encourager au niveau local une transformation accrue des matières premières. C est le cas de la filière bois où l on a assisté à une migration vers la première et la deuxième transformations. Par ailleurs, la forte demande sous-régionale au niveau des zones CEMAC et CEEAC et par-delà avec le grand voisin de l espace de la Communauté économique des États de l Afrique de l Ouest (CEDEAO) qu est le Nigeria, attire de plus en plus des agro-industries (transformation de l huile de palme, du cacao, etc.). En effet, l atonie de la demande mondiale de certaines matières premières oblige les industriels à se tourner vers les marchés intérieur et sous-régional. Ces changements devraient progressivement se traduire par un regain des activités de production des produits finis au détriment des exportations des produits bruts. Ainsi, le renforcement des capacités en matière de réparation navale (chantier naval) a permis au Cameroun de participer pleinement aux CVM dans ce domaine, du moins à l échelle de la sous-région du golfe de Guinée. On observe que les domaines caractérisés par une participation accrue aux CVM engrangent des retombées positives en matière de croissance économique, de création d emplois, de 20 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
22 développement des capacités et d amélioration des infrastructures. Cependant, le positionnement du pays dans les CVM (à l extrémité des filières) l expose aux fluctuations des cours des matières premières et aux cycles économiques mondiaux. La récente crise financière internationale a mis en relief cette fragilité notamment celle des branches d activité tournées vers l exportation, qui souffrent encore d un manque de structuration. Cameroun En effet, ces branches enregistrent une multitude de petits intervenants souvent mal équipés, et très peu organisés. Leur intégration dans les clusters permettra leur regroupement et une mise à niveau plus efficace. C est le cas du cluster bois en cours de mise en place à Yaoundé et dont l objectif est de regrouper les artisans, de structurer l approvisionnement et d équiper le site en séchoir et autres machines de finissage. Opportunités pour le renforcement du positionnement dans les CVM L analyse de la répartition spatiale met en exergue, dans la partie septentrionale, des opportunités de participation aux CVM liées à la concentration des activités d élevage et de culture du coton. La SODECOTON produit ainsi la fibre de coton et l huile raffinée à base des graines de coton. Quant à la valorisation des produits de l élevage notamment, la charcuterie et le travail du cuir, le déficit en infrastructure limite encore l émergence de ces branches. La partie sud du pays, qui bénéficie du climat tropical, est propice au développement des agro-industries (cacao, huile de palme, caoutchouc naturel, manioc, fruits et légumes, etc.). En outre, sur le littoral, le potentiel en hydroélectricité et électricité thermique à base du gaz (dont les réserves sont importantes) ainsi que l ouverture à la mer ouvrent des opportunités de participation aux CVM (réparation navale, transport maritime, métallurgie légère etc.). Par ailleurs, la position stratégique du Cameroun en tant que pays de transit vers plusieurs pays de la sous-région offre des possibilités de développement de CVM aux frontières en destination des marchés des pays limitrophes. Obstacles freinant la participation aux CVM Cette perspective d un meilleur arrimage à l économie mondiale à travers les CVM reste cependant soumise à certaines contraintes. Celles-ci tiennent du faible niveau des infrastructures d accompagnement à l instar des marchés de collecte et de gros, des infrastructures de conditionnement et de transit au niveau des ports et des aéroports, des infrastructures de normalisation et de standardisation. Par ailleurs, le déficit des capacités en ressources humaines, le niveau de désuétude des équipements productifs dans certaines branches d activités tout comme les difficultés d accès aux financements, limitent la participation aux CVM. Le manque d infrastructures résulte en particulier de la faiblesse des budgets d investissement et des retards accumulés sur deux décennies pendant la période des ajustements structurels depuis la moitié des années Politiques et stratégies du gouvernement pour la participation accrues aux CVM Pour pallier ces insuffisances, le gouvernement a mis en place le Bureau de mise à niveau des entreprises et le CFCE. La première structure renforce les capacités des entreprises aux plans immatériel et matériel, et la seconde assure l extension des clusters et des filières. Outre ces mesures qui concernent la structuration des filières et le renforcement des capacités des acteurs, le développement des infrastructures contribuant à la réduction des coûts des facteurs constitue un axe important d intervention de l État pour une meilleure participation du Cameroun aux CVM. Dans cette perspective, une rationalisation des choix budgétaires s impose. C est le cas par exemple des subventions sur le carburant, qui représentent 3.3 % du PIB et 19.5 % des dépenses courantes. Cela permettra de libérer les marges budgétaires d investissement en infrastructures sur les ressources internes, qui viendraient alors en appoint aux ressources extérieures qu une politique judicieuse d endettement pourrait procurer. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 21
23 Cameroun Notes : 1. Tronçon Garoua Boulaï Ngaoundéré reliant le sud à la partie nord. 2. Acquisition de six nouvelles locomotives et réhabilitation de 175 km. 3. Les principaux produits exportés dans la zone CEMAC sont les produits vivriers, l eau minérale, la viande, l huile de palme, le fer et l acier et les jus de fruits. Les principales importations concernent les huiles brutes de pétrole, les cigarettes et le butane liquéfié. Hors pétrole brut, la République du Congo est le premier partenaire du Cameroun dans la zone avec 41 % des échanges ; il est suivi du Gabon (20 %), de la Guinée équatoriale (16 %), du Tchad (15 %) et de la République centrafricaine (8 %). 4. Le sceau du MINMAP est nécessaire pour certifier la transparence, la conformité, la régularité du marché ainsi que tous paiements y afférents. Pour les grands projets d infrastructure, des commissions autonomes des marchés publics incluant le MINMAP sont mises en place. 5. Elle établit à l attention du Parlement un rapport sur l exécution des lois de finances et une déclaration générale de conformité entre le compte général de l administration et les comptes individuels des comptables supérieurs de l État. Elle juge, au bénéfice du gouvernement, les comptes des comptables publics et sanctionne les fautes de gestion. Les avis de la Chambre des comptes ont parfois été suivis d effet et ont conduit au maintien en détention de hauts fonctionnaires poursuivi pour cause de malversations. 6. En matière de conservation de la biodiversité, le Cameroun a augmenté la superficie de ses aires protégées de 7 % en 1996 à près de 15 % en Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
24 Congo, Rép Nouridine Kane Dia / [email protected] Ginette Mondongou Camara / [email protected]
25 Congo, Rép. Congo, Rép. La baisse de la production pétrolière, principal moteur de l économie, et un niveau de demande intérieure amoindrie par rapport à 2012 ont entraîné en 2013 un affaiblissement de la croissance économique, à 3.4 %. Les réformes structurelles et sociales ont connu des avancées, mais à un rythme pas assez rapide pour permettre au Congo d atteindre ses objectifs de transformation économique. Malgré d importantes dotations en ressources naturelles, qui lui fournissent des avantages comparatifs notables pour son insertion dans les chaînes de valeur mondiales, la participation du Congo aux réseaux de production internationaux reste principalement limitée à l exportation d intrants primaires en raison d importants obstacles structurels. Vue d ensemble Les performances et les perspectives économiques du Congo demeurent globalement favorables mais sa transformation structurelle reste un défi majeur. Le taux de croissance du PIB réel a baissé à 3.4 % en 2013, contre 3.8 % en 2012, en raison de la chute de la production pétrolière consécutive au vieillissement des puits pétroliers. La croissance du PIB devrait toutefois s établir à 6.1 % en 2014 et 6.5 % en Ces perspectives macroéconomiques sont soutenues par la poursuite du programme d investissements de l État, le démarrage de la production minière et le dynamisme du secteur non pétrolier. L inflation, estimée à 2.9 % en 2013, devrait rester en dessous du seuil de convergence régionale de 3 % à l horizon 2015 grâce à une politique monétaire et budgétaire prudente. Le solde budgétaire et celui de la balance courante demeurent excédentaires en 2013, respectivement à 12.1 % et 4.9 %, et devraient se consolider en Mais le plus grand défi du pays reste la transformation de son économie en vue d augmenter significativement l impact de la croissance sur les indicateurs sociaux. À une croissance insuffisante et trop peu inclusive pour réduire de manière significative la pauvreté s ajoute une absence de changements structurels profonds dans l économie. Bien qu elle ait baissé de 50.7 % en 2005 à 46.5 % en 2011, la pauvreté reste importante pour un pays à revenu intermédiaire, de même que le chômage, notamment celui des jeunes de 15 à 29 ans, à 25 %. Une accélération du programme de réformes, en particulier dans les domaines de l environnement de l investissement privé, du développement des compétences et des infrastructures et de gestion des finances publiques, est cruciale pour relever ces défis. Ces réformes sont par ailleurs nécessaires si le Congo veut accroître sa participation aux chaînes de valeur mondiales (CVM), participation limitée malgré d importants atouts. À l exception du pétrole et du sucre, la participation du Congo aux CVM a été modeste. Les principales actions menées au niveau national au sein des CVM se sont majoritairement limitées à l exportation d intrants primaires. Les produits finis, principalement constitués des produits pétroliers raffinés, ne représentent pas plus de 5 % des exportations totales. Au niveau de l industrie forestière, qui présente un avantage comparatif certain, la part de la production de bois sous une forme à forte valeur ajoutée ne représente que 3 %. La participation du Congo aux CVM est entravée par la double absence d infrastructure de transport de qualité et de fourniture adéquate en énergie ; par une pénurie en ressources humaines qualifiées ; enfin, par les faibles capacités technologiques et productives des PME et un climat des affaires défavorable. Pour lever ces obstacles, le gouvernement, à travers son Plan national de développement (PND) , met l accent sur : i) l augmentation des investissements en infrastructures et le développement des compétences ; ii) l amélioration du climat des affaires ; iii) celle de l accès des PME au financement ; iv) la création des zones économiques spéciales (ZES) ; et v) le renforcement de l intégration régionale. 24 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
26 % 12 Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique centrale (%) Afrique (%) Congo, Rép (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD, Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives La croissance économique du Congo s est légèrement infléchie en 2013 en raison de conditions internes défavorables. La croissance du PIB réel a ralenti de 3.8 % en 2012 à 3.4 % en Cette faible diminution s explique par les contre-performances du secteur pétrolier dues à la baisse de la production pétrolière induite par le vieillissement des champs pétroliers ; de même que par un niveau de demande intérieure amoindrie consécutivement à l explosion d un dépôt d armement des forces armées du 4 mars Ce mauvais résultat a été, en partie, compensée par les bonnes performances du secteur non pétrolier, tirées par le dynamisme des activités de Bâtiment et travaux publics (BTP), télécommunications, agriculture et pêche. Les performances économiques récentes du Congo ont été réalisées, quant à elles, dans un contexte d inflation maîtrisée. Grâce à la politique monétaire prudente menée au niveau régional par la Banque des États de l Afrique centrale (BEAC), le taux d inflation a été ramené de 4.7 % en 2012 à 2.9 % en Conscient de la nécessité de consolider les acquis en matière de stabilisation macroéconomique, le gouvernement a procédé à un resserrement de sa politique budgétaire en 2013, après la forte progression des dépenses publiques des deux dernières années. Cette réorientation a permis de réduire le déficit primaire de base non pétrolier de 62.9 % du PIB non pétrolier en 2012 à 43.5 % en Concernant la position extérieure du pays, le déficit du compte courant de la balance des paiements de 1.3 % du PIB en 2012 s est transformé en un surplus équivalent à 4.9 % en 2013 du fait de la baisse des importations qui avaient sensiblement augmenté en 2012 pour faire face aux BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 25
27 Congo, Rép. dégâts entraînés par l explosion d un dépôt de munitions. Si l allègement de dette consenti dans le cadre de l Initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE) et de l Initiative d allègement de la dette multilatérale (IADM) a permis de réduire significativement la dette extérieure du pays, celle-ci a augmenté de façon relativement rapide au cours des dernières années, passant de 19 % du PIB en 2010, à 23 % en 2011 et 25 % en 2013, reflétant un recours plus important aux emprunts extérieurs. (La hausse de la dette extérieure reflète notamment d importants décaissements au titre d un accord de prêt bilatéral avec la Chine, contracté en Par ailleurs, le gouvernement a signé en 2013 un nouvel accord de coopération avec la Chine d un montant de 1 milliard de dollars.) Toutefois, l analyse de la viabilité de la dette, réalisée en 2013 par les services du FMI et de la Banque mondiale (BM), confirme que le risque de surendettement demeure faible. L environnement international a certes joué un rôle majeur dans les évolutions économiques récentes du Congo, mais la mise en œuvre d importantes réformes économiques et structurelles a eu également un rôle non négligeable. En particulier, le maintien des grands équilibres internes et externes s explique par une plus grande rigueur dans la conduite de la politique économique combinée à la poursuite des réformes structurelles engagées dans le cadre du programme économique et financier appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC) du FMI. Par ailleurs, les efforts réalisés par le Congo pour améliorer la gestion et la transparence des ressources extractives, notamment la mise en place d un processus fonctionnel de certification, de divulgation et de rapprochement annuels de tous les revenus du gouvernement issus des activités extractives, lui ont permis d accéder en février 2013 au statut de pays conforme à l Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE). Une gestion budgétaire prudente et l accumulation d importantes réserves extérieures ont permis au Congo d obtenir la notation «B+/B» assortie d une perspective stable et Ba3 accordée en octobre 2013 respectivement par les agences Standard & Poor et Moody s. Cependant, le rythme global des réformes, ralenti depuis la fin du programme soutenu par le FMI, doit être accéléré afin de promouvoir la transformation profonde de l économie dans le but d augmenter significativement l impact de la croissance sur les indicateurs sociaux du pays. En effet, la croissance réalisée au cours des dernières années n est pas inclusive et ne s est pas accompagnée de transformations structurelles notables. Bien qu elle ait baissé de 50.7 % en 2005 à 46.5 % en 2011, l incidence de la pauvreté monétaire demeure importante pour un pays avec un niveau de revenu par tête de plus de USD et plus élevée que dans les pays exportateurs de pétrole similaires. Le chômage, également, reste élevé, touchant 16 % de la population active et 25 % des jeunes de 15 à 29 ans, selon les résultats de l Enquête sur l emploi et le secteur informel menée en Le Congo est également en retard par rapport à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Le niveau des indicateurs sociaux met en lumière les défis que le pays doit relever s il veut tirer un meilleur parti de son potentiel et de ses bonnes perspectives économiques. Ces dernières demeurent favorables mais la transformation structurelle de l économie du pays reste pour le Congo son plus grand défi. Le taux de croissance du PIB réel devrait s établir à 6.1 % en 2014 et 6.5 % en Ces perspectives macroéconomiques sont soutenues par la poursuite du programme d investissements publics destiné à améliorer les infrastructures économiques du pays, par une forte activité dans la construction et les travaux publics, par les télécommunications et un démarrage timide de la production minière. L inflation devrait être ramenée en dessous du seuil de convergence régionale de 3 % à l horizon 2015 avec la dissipation des effets de la hausse des dépenses publiques de Grâce à la poursuite du resserrement de la politique budgétaire, le déficit primaire de base non pétrolier devrait être maintenu autour de 37 % du PIB non pétrolier sur la période Toutefois, la vulnérabilité de l économie aux cours du pétrole, le fléchissement de la demande mondiale, le ralentissement du rythme des réformes après la fin du programme appuyé par le FMI et la détérioration de la situation sociopolitique dans la sous-région constituent des risques. Mais le plus grand défi du pays reste la diversification de 26 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
28 l économie, condition, pour les autorités du pays, de l accession du Congo au statut d économie émergente à l horizon En effet, l économie est encore largement tributaire du pétrole, qui représente 65 % du PIB et 85 % des exportations, avec très peu de liens en amont et en aval avec les autres secteurs de l économie. La transformation structurelle du Congo exigera l accélération du rythme des réformes, en particulier dans des domaines essentiels comme l environnement des affaires, le développement des compétences, la mise à niveau des services d infrastructures et l amélioration significative de l efficience des investissements publics. Ces réformes sont également nécessaires si le Congo veut s insérer dans les chaînes de valeur mondiales (voir partie thématique). Congo, Rép. Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche dont pêche Mines dont pétrôle Manufactures Electricité, gaz et eau Construction Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants dont hôtels et restaurants Transports, entreposage et communications Finance, immobilier et services aux entreprises Services des administrations publiques Autres services Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs Source : Données des administrations nationales. Politiques macroéconomiques Politique budgétaire En cohérence avec le PND, la politique budgétaire de 2013 a été axée sur la poursuite de l exécution du programme d investissements publics visant à la transformation de l économie. Après avoir connu une hausse exceptionnelle de plus de 70 % dans la loi de finances rectificative 2012 liée à la reconstruction des infrastructures détruites par l explosion du 4 mars, les dépenses d investissement ont représenté 17 % du PIB en Cependant, à cause des faibles capacités des administrations, les dépenses exécutées ont été inférieures à celles budgétisées. Par ailleurs, la faible efficience des investissements publics limite l impact des dépenses publiques sur la croissance et la réduction de la pauvreté. En dépit de la forte augmentation des dépenses d infrastructure, les indicateurs de performance du Congo en ce domaine restent faibles, comme l illustrent les classements du pays selon l indice de performance logistique de la Banque mondiale et l Indice de gestion des investissements publics (Public Investment Management Index, PIMI) du FMI. Le Congo est classé 151 e sur 155 pays pour la dimension «Infrastructures» de l indice de performance logistique 2012 de la BM et 151 e sur 152 pays selon le PIMI du FMI, qui capture la qualité des processus d investissement public. Les décalages entre la qualité des infrastructures et les ressources engagées sont dus aux déficiences de gouvernance, à la corruption et aux faibles capacités techniques. C est pourquoi, l amélioration des capacités d évaluation et d exécution des projets et la lutte contre la corruption sont un défi persistant, à relever rapidement. Reflétant le resserrement de la politique budgétaire, le déficit primaire de base non pétrolier a été réduit de 63 % du PIB non pétrolier en 2012 à 43.5 % en La politique budgétaire devrait rester prudente en 2014 et L introduction en 2013 d une BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 27
29 Congo, Rép. règle d ancrage budgétaire qui prévoit l allocation de milliards XAF de recettes pétrolières aux dépenses publiques, le reste constituant une épargne, ainsi que les importantes réserves du pays, devraient contribuer à mieux ancrer la politique budgétaire. Le gouvernement a poursuivi les réformes du système fiscal pour améliorer la mobilisation des recettes, notamment non pétrolières. Les mesures ont porté sur l élargissement de l assiette fiscale, la réduction des exonérations et le renforcement de l administration fiscale. Une taxe spécifique sur les boissons alcoolisées et sur le tabac a été instaurée en La liste des contribuables a été mise à jour, entraînant une augmentation de 10 % du nombre de contribuables enregistrés au début de 2013 et les échanges de données sur les contribuables entre l administration fiscale et les services du Trésor et des douanes ont été renforcés. Ces mesures ont permis une légère augmentation du ratio des recettes non pétrolières par rapport au PIB, de 9.5 % en 2012 à 10.3 % en Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Recettes pétrolières Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique monétaire La politique monétaire et de change du Congo est déterminée par son appartenance à l union monétaire de la Communauté économique et monétaire de l Afrique centrale (CEMAC). Celle-ci, conduite au niveau régional par la BEAC, continue de viser la stabilité des prix dans le cadre du régime de change fixe du franc CFA (FCFA) par rapport à l euro, et de l objectif d inflation à moyen terme de la zone de 3 %. Les politiques de la demande sont globalement cohérentes avec le maintien des équilibres internes et externes. La masse monétaire a augmenté de 21 % en 2013 et la monnaie s est appréciée de 3.8 % sous l effet du renforcement de l euro par rapport au dollar et de la hausse des prix du pétrole. Grâce à une politique monétaire prudente, combinée à la dissipation des effets de la forte augmentation des dépenses publiques et de leur baisse en 2013 ainsi qu à l amélioration de l offre de produits vivriers en fin d année, l inflation a baissé de 4.7 % en 2012 à 2.9 % en 2013, selon la BAfD (Banque africaine de développement). En l absence de risques majeurs de résurgence de l inflation, et dans le but de relancer la croissance économique dans la zone CEMAC, la BEAC a successivement abaissé son principal taux directeur (taux d intérêt des appels d offres) de 4 % à 3.5 % en juillet 2013 et à 3.25 % en octobre Les politiques en matière de demande globale ne semblent pas avoir eu un effet d éviction du secteur privé. Les crédits au secteur privé ont augmenté de 27 % en 2013, alimentés par la poursuite de l accumulation des dépôts publics auprès du système bancaire. Toutefois, la part du crédit au secteur privé reste faible, à 10 % du PIB, à cause des limites des procédures juridiques relatives aux litiges dans le secteur financier et des dysfonctionnements dans la gestion des droits de propriété. Par conséquent, l investissement national reste majoritairement public (71 %). À moyen terme, le maintien de l orientation conservatrice de la politique monétaire de la Banque centrale, combinée à la politique budgétaire modérée de l État, contribuerait à contenir le taux d inflation à 2.5 % en 2014 et Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
30 Coopération économique, intégration régionale et commerce La politique commerciale du Congo, membre de la CEMA, est par conséquent largement déterminée par son appartenance à l union douanière régionale. Le Congo applique le Code douanier et les actes de la CEMAC en matière de Tarif extérieur commun (TEC) et de Tarif préférentiel généralisé (TPG), introduits en La nomenclature tarifaire de la CEMAC comporte quatre bandes, allant de 5 % à un maximum de 30 %, avec des niveaux intermédiaires de 10 % et de 20 %. Le Congo se conforme aux obligations de l article VIII du FMI sur les transactions internationales courantes. Le régime tarifaire est assez transparent et prévisible et il n existe pas de barrières non tarifaires formelles même si l exportation ou l importation de certains produits comme l eau minérale, le sucre, la farine et le riz est soumise à licence. Congo, Rép. Les échanges extérieurs du Congo sont dominés par le pétrole, qui représente près de 85 % des exportations. Du fait de cette dépendance pétrolière, le ralentissement de la production dû au vieillissement des puits pétroliers, de même que la chute des exportations de bois, ont entraîné une baisse de 4.5 % du PIB des exportations. Toutefois, la reprise économique mondiale et la mise en exploitation d importants gisements de minerais de fer dès 2014 et de potasse en 2015 devraient contribuer à l augmentation des exportations. L exploitation minière devrait également contribuer à une forte hausse des investissements directs étrangers. Environ 4 milliards USD d investissements sont prévus pour l exploration et le développement des gisements de potasse et de cuivre. Les importations ont augmenté légèrement de 0.2 % en 2013, reflétant le maintien du programme d investissements publics. Néanmoins, compte tenu de la bonne tenue des revenus pétroliers, le solde du compte courant de la balance des paiements est resté légèrement excédentaire. En termes de distribution géographique, le commerce extérieur du Congo est toujours dominé par l Europe et l Asie, le commerce sous-régional étant encore faible. Moins de 7 % des exportations hors pétrole du Congo sont destinés aux autres pays de la CEMAC. Les progrès limités en matière d intégration commerciale s expliquent par les retards dans l harmonisation des politiques des États et la faiblesse des services d infrastructures et de facilitation du commerce. Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale Exportations de biens (f.o.b.) Importations de biens (f.o.b.) Services Revenu des facteurs Transferts courants Solde des comptes courants Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique de la dette L allègement de la dette dans le cadre des initiatives PPTE et IADM a permis de réduire de manière significative la dette publique extérieure du pays même si l accélération récente de l endettement constitue un risque important. La dette extérieure a été réduite de 59.3 % du PIB en 2008 à 19 % en 2010 à l atteinte du point d achèvement. Mais elle a augmenté assez rapidement depuis, pour atteindre 25 % en Toutefois, l analyse de la viabilité de la dette réalisée en 2013 par les services du FMI et de la Banque mondiale confirme que le risque de surendettement reste faible. Elle montre aussi que les déterminants de la dette sont assez robustes pour résister à la plupart des chocs défavorables grâce à l accumulation importante d avoir liquides à la BEAC. Ces conclusions sont confirmées par la notation «B+/B» assortie d une perspective stable et Ba3 accordée en octobre 2013 respectivement par les agences Standard & Poor et Moody s au Congo pour sa dette long terme/court terme en devises internationales. Ces deux agences relèvent le niveau élevé de réserves de change ainsi que les perspectives de croissance solides du pays, BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 29
31 Congo, Rép. soutenues par l augmentation à moyen terme de la production minière ; mais elles soulignent les incertitudes liées aux élections de 2016 et à une baisse prolongée des produits de base. Grâce aux importants remboursements d arriérés vis-à-vis des fournisseurs opérés par le gouvernement, la dette publique intérieure, constituée de dette commerciale envers le secteur privé et des arriérés de salaires et de pensions des entreprises publiques restructurées, a légèrement baissé de 6.6 % du PIB en 2012 à 6.4 % en Le cadre légal pour l endettement public et la gestion de la dette est clairement défini. Il désigne le ministère de l Économie, des Finances, du Plan, du Portefeuille public et de l Intégration (MEFPI) comme la seule autorité habilitée à contracter de nouveaux prêts au nom de l État. La Caisse congolaise d amortissement (CCA) du MEFPI est responsable de la gestion de la dette publique. D importants progrès ont été réalisés pour renforcer l exhaustivité des statistiques sur la dette et sa gestion. La CCA dispose d un système informatisé de gestion de la dette (Debt Management Financial Accounting System, DEMFAS). Elle établit des données complètes sur l encours de la dette extérieure publique, y compris les arriérés et leur composition. Elle produit également des projections détaillées du service de la dette ainsi que des statistiques sur la dette publique intérieure. Les données relatives au stock de la dette extérieure et aux projections du service de la dette sont publiées trimestriellement sur le site Internet du ministère des Finances. Cependant, il n existe pas de base de données complète centralisée sur les opérations des entreprises publiques pour autoriser les réconciliations. Enfin, les capacités analytiques de la CCA doivent être renforcées. Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations % 120 Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations Source : FMI (WEO & Article IV). Gouvernance économique et politique Secteur privé Des progrès ont été réalisés pour améliorer le climat des affaires mais l environnement de l investissement privé reste complexe et peu incitatif. Après la restructuration en 2012 du Centre de formalités des entreprises (CFE), guichet unique pour l enregistrement des entreprises, et la réduction des coûts d établissement, les mesures suivantes ont été prises en 2013 : i) la réduction de l impôt sur les sociétés de 34 % en 2012 à 30 % à partir de 2014 ; ii) la création du guichet 30 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
32 unique pour le dédouanement des marchandises ; et iii) la création du Fonds national du cadastre. Nonobstant ces efforts, l étude sur l environnement de l investissement privé au Congo réalisée par la BAfD en 2012 a mis en exergue d importantes contraintes à la promotion d un secteur privé dynamique. Les domaines qui nécessitent d urgentes réformes comprennent la simplification de la création d entreprise, la mise en place d une fiscalité incitative et la simplification des procédures de paiement des taxes, le renforcement de l environnement juridique et la facilitation de l accès au crédit. Ces faiblesses expliquent le mauvais classement du Congo dans l édition 2014 du rapport de la Banque mondiale, Doing Business (185 e sur 189 pays). Le nombre de jours pour démarrer une activité économique est de 101 contre 29.7 pour l Afrique subsaharienne. Bien que le Congo ait gagné trois places dans le classement du Doing Business 2014 concernant le paiement des taxes, les coûts administratifs restent élevés pour les entreprises qui doivent consacrer en moyenne plus de 600 heures par an pour payer 49 impôts. En raison du fonctionnement inefficient du système judiciaire, l insécurité juridique constitue une entrave importante, le Congo se classant 157 e pour la dimension Protection des investissements du rapport Doing Business Même si le coût du travail ne figure pas parmi les contraintes les plus sévères pour le secteur privé, l inadéquation des compétences produites par le système éducatif aux besoins de l économie constitue une sérieuse entrave à l émergence des filières identifiées par le gouvernement pour porter la diversification. Le Congo a beaucoup investi dans les infrastructures au cours des six dernières années mais le déficit en ce domaine demeure important. Selon l indice de développement des infrastructures en Afrique, établi par la BAfD, le Congo occupe la 36 e position du classement. Le déficit infrastructurel est particulièrement marqué dans les secteurs de l énergie et des transports. Ce déficit constitue une entrave majeure à l accroissement de son avantage dans les CVM. Congo, Rép. La concurrence s est améliorée au niveau de certains secteurs productifs, notamment les télécommunications avec la présence de quatre opérateurs privés, et dans le secteur bancaire où le nombre de banques est progressivement passé de quatre en 2007 à dix en En revanche, la fourniture de l énergie électrique, de l eau et des services de transport ferroviaire reste le monopole d opérateurs publics. Secteur financier Le système financier est relativement sain et peu vulnérable aux chocs à moyen terme. Les seuils des indicateurs de solidité du secteur financier les plus importants sont remplis par les banques congolaises, à l exception de celui relatif à la concentration des risques, avec le montant des prêts à un emprunteur unique atteignant environ 20 % du portefeuille total de prêts des banques. Le ratio des prêts non productifs par rapport à l ensemble des crédits bancaires est de 2.8 % contre 9 % pour la CEMAC. La solidité du secteur financier s explique en partie par l amélioration de la surveillance prudentielle de la Commission bancaire auprès de l Afrique centrale (COBAC). Cependant, le renforcement significatif de la supervision du système financier est entravé par le faible niveau des ressources humaines et financières de la COBAC au regard du nombre d institutions financières dans le pays. La mise en application du plan de restructuration de la société publique Assurances et Réassurances du Congo (ARC) lui a permis de retrouver tous ses équilibres financiers et de redevenir bénéficiaire depuis l exercice L information sur les crédits octroyés, les coûts et les défauts de paiement a été améliorée avec le renforcement du rôle de la Centrale des bilans et du Bureau central du crédit. Néanmoins, l application du cadre institutionnel et réglementaire pour les services financiers, déterminé en grande partie par les institutions financières régionales et la supervision des institutions de microfinance doivent être renforcés. Malgré l augmentation continue du nombre de banques de quatre en 2007 à dix en 2013 et le potentiel de financement important de l économie, le secteur financier est sous-développé. Le total des actifs des banques congolaises représente 21 % du PIB et les marchés financiers sous-régionaux ont également des tailles très limitées. Avec un ratio de profondeur financière de 10 % en 2012, le Congo figure parmi les pays les plus en retard sur les principaux indicateurs de développement financier malgré une surliquidité importante des banques. Le secteur de la microfinance ne BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 31
33 Congo, Rép. connaît pas encore d essor important. Il est constitué de 30 établissements de microfinance (EMF) agréés, dominé par les Mutuelles congolaises d épargne et de crédit (MUCODEC), avec un volume de dépôts et de crédits de 160 et 46 milliards de FCFA respectivement, soit environ 84 % et 87 % du total des EMF. Le volume de crédits et dépôts du secteur représentent 9.1 % et 14.4 % du système financier, respectivement. Le faible développement du secteur financier se traduit par un accès limité aux services financiers, ce qui constitue un obstacle particulièrement sévère pour les PME, dont seules 13 % disposent de prêts ou d une ligne de crédit. Cette mauvaise performance explique pourquoi le Congo a perdu quatre places au classement Doing Business de la Banque mondiale pour l indicateur accès au crédit, passant du 105 e rang au 109 e rang entre 2012 et Gestion du secteur public, institutions et réformes Le gouvernement a entrepris des réformes importantes pour améliorer la gouvernance du secteur public mais les avancées sont lentes. Dans le domaine des infrastructures, des réformes institutionnelles et réglementaires majeures ont été mises en œuvre au cours des dernières années, notamment la création de l Agence de régulation du secteur de l électricité et l adoption du cadre légal et réglementaire du secteur des télécommunications. Néanmoins, la mise en œuvre satisfaisante de ces réformes est entravée par l insuffisance des ressources humaines et financières des structures nouvelles créées. En matière de gestion des ressources publiques, la gestion des ressources pétrolières a été renforcée permettant au Congo d être déclaré pays conforme à l Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) en février 2013, le seul en Afrique centrale. Enfin, les autorités ont également initié la préparation d une loi de responsabilité fiscale, qui devrait être présentée au Parlement au cours de l année 2014 ; de même que les travaux pour la mise en œuvre effective des directives de la CEMAC en matière de gestion des finances publiques. Cependant, l efficacité de la prestation de services publics reste limitée par les déficiences de gouvernance, la corruption et la faiblesse des capacités humaines et institutionnelles. En particulier, les capacités techniques en matière de gestion des investissements publics sont faibles et expliquent en partie l inefficacité des investissements réalisés. Aussi, le niveau élevé de la corruption, comme l illustre l indice de perception de la corruption de 2.2 sur 10 du Congo qui le classe 154 e sur 177 pays selon le rapport 2013 de Transparency International, entraîne-t-il des déperditions importantes dans l utilisation des ressources publiques, qui se traduisent par des décalages importants entre la dotation actuelle en infrastructures et le niveau des ressources engagées. Ainsi, l efficacité des dépenses publiques reste limitée par les taux d exécution budgétaire relativement faibles, qui reflètent également des problèmes de gouvernance et de capacité. Enfin, la gestion des entreprises parapubliques et les cadres réglementaires restent inopérants. Ces déficiences expliquent en partie que le Congo soit classé au 11 e percentile pour la dimension «efficacité du gouvernement» des indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale Gestion des ressources naturelles et environnement La législation nationale sur le secteur de l environnement de la forêt est assez exhaustive. Celle ci est constituée des textes sur la protection de l environnement, le Code forestier, la propriété foncière et la faune et les aires protégées. La loi sur la protection de l environnement est en cours de révision pour intégrer des dispositions qui garantissent la durabilité économique, écologique et sociale des ressources naturelles et prendre en compte l émergence de nouveaux problèmes environnementaux. Le gouvernement a préparé une nouvelle réglementation pour l Évaluation de l impact environnemental. Il met aussi en œuvre l Accord de partenariat volontaire (APV) avec l Union européenne dans le cadre du processus portant sur l application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux (Forest Law for Enforcement, Governance and Trade, FLEGT), qui garantit la légalité de toutes ses exportations de bois. Depuis juin 2012, le Congo est membre du Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés, traduisant les efforts du pays pour améliorer l efficacité de l énergie et la réduction des émissions associées 32 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
34 à la production du pétrole. Le Congo bénéficie d un appui du programme ONU-REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation mécanisme de réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts) afin de valoriser son potentiel REDD+ et les opportunités de financement pour ce service environnemental. Les ministères impliqués dans la gestion de l espace et des ressources naturelles (forêts, environnement, agriculture, réforme foncière, énergie, mines, aménagement du territoire, plan, tourisme, etc.), disposent de politiques sectorielles concourant à la gestion durable des écosystèmes forestiers mais la difficulté principale est le manque de mise en œuvre en raison de l insuffisance des ressources humaines et matérielles. Des efforts sont encore nécessaires pour renforcer l exécution des régulations et des lois. En particulier, l application de la réglementation est limitée par la faiblesse des capacités institutionnelles, notamment au niveau du ministère en charge de l Environnement et de l administration forestière. Congo, Rép. Contexte politique Les élections présidentielles et législatives se sont déroulées respectivement en 2009 et Les élections locales programmées en 2013 ont été reportées. Les modalités de leur organisation divisent la classe politique. En mars 2013, le pouvoir et l opposition modérée ont recherché le dialogue à travers les assises de Dolisie qui ont permis un consensus sur les recommandations suivantes : i) l organisation du recensement administratif spécial qui a démarré depuis août 2013 ; ii) la mise en place d un organe permanent, indépendant et autonome chargé de l organisation des élections ; iii) la promulgation de la loi sur le financement des campagnes ; iv) l application de la loi sur les partis politiques ; et v) l établissement des cartes d électeur biométriques avec photo. Un autre événement majeur a été la tenue du procès en août 2013 des coupables présumés de l explosion du dépôt de munitions en Le tribunal n a pas retenu les charges qui pesaient sur ces derniers qui ont pour la plupart été condamnés à des peines avec sursis. Par ailleurs, l arrestation musclée en décembre 2013 d un colonel impliqué dans ces événements a conduit à des échanges de tirs entre une centaine de ses partisans et les forces de l ordre, entraînant plusieurs morts et des blessés. Le contexte sociopolitique a été également marqué par les revendications salariales des enseignants, amenant le gouvernement à ouvrir des négociations avec les partenaires sociaux en avril 2013 et à s engager pour la révision du statut général de la fonction publique et pour l entrée en vigueur d une nouvelle valeur du point d indice salarial dès Enfin, la parution de dix journaux a été suspendue pour plusieurs mois en 2013, trois journaux ayant déjà connu ce même sort en Ces suspensions illustrent bien les progrès qui restent à accomplir pour renforcer la liberté de la presse. Contexte social et développement humain Développement des ressources humaines Des efforts importants ont été fournis pour améliorer les services d éducation et de santé mais leur impact est insuffisant. Les allocations budgétaires en faveur du secteur éducatif ont augmenté de plus de 17 % par an ces trois dernières années, permettant une hausse du taux net de solarisation de 86.5 % en 2005 à 89.5 % en 2011 et une progression du taux d achèvement du primaire de 67.6 % à 85 % sur la même période (troisième rapport de suivi des OMD 2013). Malgré l effort financier de l État, le système scolaire congolais est jugé peu performant. Une étude du ministère de l Éducation primaire et de l Alphabétisation indique que le taux de rétention des élèves a baissé de 86.7 % en 2005 à 72.5 % en 2011 à cause de l augmentation des redoublements et des abandons. La performance du secteur est également limitée par la faiblesse des capacités d accueil, l insuffisance et la répartition inéquitable du personnel enseignant. Pour ces raisons, le Congo n est pas en mesure d atteindre la cible de l OMD relative à l éducation primaire universelle. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 33
35 Congo, Rép. Les progrès sont lents également dans le domaine de la formation professionnelle qui constitue une sérieuse entrave au développement du secteur privé. Si seulement 25 % des entreprises enquêtées imputent les difficultés d embauche aux réglementations, elles sont 51 % à considérer que les compétences de la main d œuvre sont un obstacle majeur. Dans le domaine de la santé, à la différence de l éducation, le budget du secteur a stagné ces trois dernières années, mais reste important, à un niveau de 179 milliards XAF dans le budget Les programmes en cours fournissent des soins essentiels aux populations mais les résultats globaux du système de santé sont peu satisfaisants, reflétant un niveau insuffisant des ressources humaines, des infrastructures inadéquates, des soins de faible qualité et les coûts des services de santé. Néanmoins, la couverture vaccinale contre la rougeole a augmenté de 67 % à 78 % entre 2008 et 2011 alors que la prévalence du VIH/sida a baissé de 2.2 % en 2003 à 1.7 % en Grâce à l instauration de la gratuité du traitement du paludisme, le nombre de cas de paludisme déclarés a baissé de 57 % entre 2011 et Cependant, avec une mortalité maternelle de 426 décès pour naissances vivantes et une mortalité infanto-juvénile de 68 décès pour 1000 naissances vivantes, le Congo a les indicateurs de santé parmi les plus faibles au sein du groupe de pays comparables. La malnutrition chronique affecte près d un quart des enfants. Par conséquent, l atteinte des cibles des OMD, à l exception du VIH/sida et du paludisme, sera très difficile en raison de l insuffisance des ressources financières, matérielles et humaines, de la pauvreté élevée et de la faible coordination de la réponse nationale. Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail Reflétant les priorités de la stratégie de réduction de la pauvreté, le gouvernement a continué à allouer une part importante des ressources budgétaires aux dépenses publiques pro-pauvres, notamment aux secteurs de l eau, de l énergie et de l éducation. La part des dépenses pro-pauvres a progressivement augmenté de 6.4 % du PIB en 2008 à 8.5 % en Mais la progression des allocations des secteurs de la santé et de l agriculture a été plus faible. Les autorités mettent également en œuvre des interventions en faveur des groupes pauvres et vulnérables. Il s agit de la gratuité des césariennes, vaccins, traitements antirétroviraux ; de l abolition des frais scolaires ; de la gratuité des manuels et de la mise en place de cantines scolaires. Cependant, l efficacité des dépenses publiques reste limitée par des taux d exécution relativement faibles et des services publics de faible qualité, se traduisant par un niveau national de pauvreté élevé et des disparités importantes entre les zones urbaines et rurales. Le pourcentage de pauvres est de 74.8 % en milieu rural contre 32.3 % en milieu urbain. Le Congo pourrait bien avoir des difficultés pour atteindre l OMD1 en Le système national de protection sociale se limite aux prestations de la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF) et de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et ne couvre que 15 % de la population, en grande partie des salariés du secteur formel alors que les populations rurales et celles travaillant dans le secteur informel sont exclues. De plus, il faut souligner que le niveau et la qualité des prestations offertes restent faibles. Compte tenu du nombre de plus en plus élevé de personnes non couvertes par la sécurité sociale, l État a mis en place depuis quelques années des filets de sécurité au bénéfice des groupes vulnérables. Des travaux à haute intensité de main d œuvre et des programmes d auto-emploi, ainsi qu une initiative de développement de l emploi rural sont en cours d exécution. Près de personnes ont ainsi bénéficié de ces programmes à ce jour. Des projets de transferts monétaires (PTF) conditionnés pour les ménages pauvres et vulnérables sont également en cours d exécution et devraient être élargis avec l appui de certains PTF. Ces filets comprennent également la réduction ou l exonération des frais de scolarité et d hospitalisations dans les hôpitaux publics et un fonds de réinsertion sociale qui offre des possibilités pour les pauvres de créer leur propre activité économique, et facilite leur accès au microcrédit. Cependant, le champ et le niveau des ressources restent insuffisants pour fournir une protection adéquate aux groupes les plus vulnérables. Par exemple, le budget alloué au ministère des Affaires sociales, de l action humanitaire et de la solidarité ne dépasse pas 1.0 % 34 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
36 des dépenses publiques totales. S y ajoutent les retards dans l obtention des fonds budgétisés qui constitue un obstacle important à la bonne exécution des programmes. Le ciblage et l évaluation de l efficacité et de l impact des programmes sont faibles. Congo, Rép. Bien que la réglementation du marché du travail ne soit pas perçue comme une contrainte majeure par le secteur privé, les régulations du marché du travail établissent un équilibre relativement peu satisfaisant entre la protection sociale et la création d emplois, tandis que leur application reste limitée. Les opérateurs privés considèrent que le Code du travail offre une protection et une couverture assez avantageuses aux travailleurs mais une flexibilité plutôt réduite aux employeurs en termes d embauche, d organisation du travail et de licenciement. Néanmoins, il faut signaler que le champ de cette réglementation est assez limité dans la mesure où elle n affecte seulement que le quart de la population active qui travaille dans le secteur formel. Des programmes de formation continue pour les travailleurs existent mais leur couverture est limitée. Égalité hommes-femmes Malgré la ratification au niveau national de la plupart des instruments internationaux et régionaux consacrant l égalité et l équité entre hommes et femmes, de fortes différences subsistent dans leurs conditions de vie. Avec un indice d inégalité de genre de 0.610, le Congo se classe au 132 e rang sur 186 pays selon le rapport sur le développement humain 2013 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Grâce à la politique de gratuité de l enseignement primaire du gouvernement, l indice de parité filles/garçons au primaire a augmenté de 0.89 en 2008 à 0.97 en 2011 tandis qu il est passé de 0.69 à 0.78 sur la même période au niveau du cycle secondaire. Le fossé devient très important à l université, où l indice d égalité ne dépasse pas 0.4. D importantes différences s observent en matière de participation sur le marché du travail et d accès à la propriété commerciale. Près de 17 % des entreprises seulement sont dirigées par des femmes. Une plus grande proportion de femmes travaille encore dans des emplois qui sont faiblement ou non rémunérés, tels que l agriculture, le commerce, alors qu elles sont peu représentées dans l administration (8.91 %). Dans la sphère politique et les instances de prise de décision, les quotas d un tiers et d un cinquième proposés respectivement par l Union africaine et l ONU ne sont pas respectés. Au parlement, la proportion des femmes représente seulement 8.7 % en 2013 contre 7.3 % au cours de la législature On ne compte que quatre femmes sur 38 ministres dans l actuel gouvernement. Celui-ci a adopté la politique nationale du «genre» en 2008 et son plan d action en 2009 tandis qu était créé un observatoire destiné à enregistrer et lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants le grand défi restant la mise en application de ces textes. Analyse thématique : les chaînes de valeur mondiales et l industrialisation de l Afrique Malgré d importantes dotations en ressources naturelles qui lui fournissent des avantages comparatifs notables pour son insertion dans les CVM, la participation du Congo aux réseaux de production internationaux demeure modeste. Les secteurs les plus engagés sont l industrie pétrolière, l exploitation forestière et des grumes dans les CVM et l industrie sucrière pour les chaines de valeur régionales. La participation du pays aux CVM dans le secteur agricole ou des services a été très faible. À l exception du pétrole et du sucre, les principales actions menées au niveau national au sein des CVM n ont pas évolué durant la dernière décennie et ont été en grande partie limitées à l exportation d intrants primaires. Les produits finis, principalement constitués des produits pétroliers raffinés, ne représentent pas plus de 5 % des exportations totales. Au niveau du secteur pétrolier, outre l extraction et de l exportation de pétrole brut principalement vers l Europe et l Asie, les autres vecteurs de participation aux CVM sont à un degré marginal les BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 35
37 Congo, Rép. ventes et l expédition de pétrole raffiné. L industrie sucrière est aussi relativement bien intégrée aux chaînes de valeur régionales. Grâce à un avantage clé fourni par la production de canne à sucre, le Congo a pu s intégrer à la chaîne de valeur régionale. Environ 60 % de la production est destinée à l exportation dans les pays membres de la CEMAC et aux États-Unis dans le cadre de l AGOA (African Growth and Opportunity Act). S agissant de l industrie forestière, malgré les mesures de l État imposant un niveau de transformation locale d au moins 85 %, la part de la production de bois sous une forme à plus forte valeur ajoutée ne représente que 3 %. Les impacts de la participation du Congo aux CVM restent limités. Les exportations de pétrole ont certes constitué un facteur particulièrement favorable aux bonnes performances économiques du pays au cours de la dernière décennie et les recettes pétrolières qui représentent près de 80 % des recettes publiques totales ont permis de financer une grande partie des investissements publics et des dépenses sociales. Mais l impact global du secteur pétrolier sur le développement socio-économique a été limité. La dépendance de l économie du secteur pétrolier très capitalistique n a pas été bénéfique à l emploi. Par ailleurs, en raison des faibles liens entre les entreprises nationales et les firmes étrangères d exploitation des ressources, la participation du pays aux CVM n a pas eu d impact significatif sur le renforcement des capacités des PME locales. Les faibles impacts de la participation du Congo aux CVM contrastent avec les opportunités dont il dispose. Le Congo possède d énormes potentialités pour accroître son positionnement au sein des CVM. En dehors du pétrole et du bois, le pays est doté d importantes ressources minières, forestières et d un bon potentiel agricole. L amélioration des niveaux de transformation du pétrole et du bois offre, à moyen terme, un potentiel de créer de la valeur ajoutée supplémentaire et des emplois. Il existe aussi des possibilités de sous-traitance des PME locales dans des activités des entreprises pétrolières et minières (BTP, formation, chaudronnerie, maintenance). Le potentiel minier considérable du pays, qui devrait connaître un début d exploitation à partir de 2014, offre aussi des possibilités d accroître la participation du Congo aux CVM, ainsi que le traitement de la production agricole et l agro-industrie où le pays présente un avantage comparatif certain. Enfin, le positionnement géographique stratégique du pays, avec une façade maritime et un port en eau profonde, constitue un atout de taille pour l accès des PME congolaises aux marchés régionaux et internationaux. Nonobstant ces atouts, l insertion du Congo dans les CVM est freinée par d importants obstacles structurels. Les principales contraintes qui entravent une plus grande participation du Congo aux CVM sont l absence d une infrastructure de transport de qualité, celle d une fourniture inadéquate en énergie, le manque de main d œuvre qualifiée, les faibles capacités technologiques et un climat des affaires défavorable. Le déficit infrastructurel particulièrement marqué dans le secteur des transports, avec seulement 10 % des routes revêtues et un chemin de fer délabré, est un obstacle majeur à l accès aux marchés étrangers. Par ailleurs, en dépit de l augmentation de la capacité de production d énergie, la fourniture peu fiable d électricité est un des principaux facteurs grevant la compétitivité de l économie congolaise et limitant les investissements étrangers. Le déficit d infrastructures empêche également le Congo de bénéficier des avantages du commerce régional. La faible qualification de la main-d œuvre disponible et l inadéquation des compétences constituent elles aussi une sérieuse entrave à la progression du Congo vers des étapes de plus forte valeur ajoutée dans les CVM. En effet, le pays reste confronté à un défi de taille s agissant de l amélioration de la qualité de l enseignement technique et scientifique et du renforcement de ses capacités technologiques. L enseignement technique et professionnel attire moins de 10 % des élèves. La pénurie de compétences combinée à l absence d investissements dans les technologies limite les capacités des entreprises locales à améliorer leur compétitivité et à satisfaire aux normes de qualité des marchés internationaux. Les sérieuses déficiences dans le climat des affaires comme l illustre le mauvais rang du Congo dans le classement Doing Business 36 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
38 2014 constituent une entrave importante à l essor des investissements privés si indispensables à la transformation de l économie. Conscient des opportunités que les CVM peuvent offrir au Congo pour accélérer son développement industriel, le gouvernement envisage, à travers son PND , d intensifier ses efforts pour la mise en place des conditions propices à une participation significative du pays aux CVM. Pour ce faire, la stratégie identifie sept grappes qui doivent servir de principaux vecteurs de participation du Congo aux CVM. Il s agit en particulier de l agriculture et la chaîne agroalimentaire, de la forêt et des industries du bois, du pétrole et des hydrocarbures ainsi que des mines. Mais l exploitation optimale de ces grappes nécessite la mise en œuvre de certaines réformes et mesures spécifiques. À cet égard, le gouvernement accorde la priorité: i) à l augmentation des investissements pour la construction d infrastructure compétitive ; ii) à l accélération de la mise en œuvre du plan d actions pour l amélioration du climat des affaires ; iii) à la création d instituts spécialisés tournés vers les métiers et les besoins des secteurs à fort potentiel de création de valeur ajoutée. Le gouvernement a déjà mis en place des centres spécialisés pour la formation technique et professionnelle tenus par 120 formateurs dans 12 domaines clés 1 ; iv) à l augmentation des investissements dans les sciences et la technologie ; et v) à l amélioration de l accès au financement pour appuyer le développement des capacités productives des entreprises. Congo, Rép. Les autorités congolaises envisagent également le développement de quatre ZES, dont l objectif est de diversifier les activités économiques et les exportations et d appuyer l intégration dans l économie mondiale. Ces ZES, dont les études de faisabilité sont terminées, seront dédiées aux activités pétrochimiques, minières, forestières et agro-alimentaires ainsi qu à celles de transports et de services financiers et logistiques. Parallèlement, une Agence de promotion des investissements et un Fonds d impulsion, de garantie et d accompagnement des PME ont été créés et devraient bientôt être opérationnels. Enfin, reconnaissant que les marchés régionaux sont particulièrement importants pour le Congo en raison de la petite taille de son économie et qu ils peuvent permettre au pays de s insérer rapidement dans les CVM, le gouvernement entend augmenter ses investissements dans la construction d infrastructures régionales efficaces afin de réduire les goulots d étranglement qui entravent le renforcement de l intégration régionale et au commerce. Note : 1. Le gouvernement a déjà mis en place des centres spécialisés pour la formation technique et professionnelle tenus par 120 formateurs dans 12 domaines clés. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 37
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40 Congo, Rép. Dém Séraphine Wakana / [email protected] Ernest Bamou / [email protected]
41 Congo, Rép. dém. Congo, Rép. Dém. La croissance, de 8.1 % en 2013, devrait se consolider en 2014, tirée par les investissements dans le secteur minier, une meilleure productivité agricole et la reconstruction des infrastructures. La rationalisation des choix budgétaires et la souplesse de la politique monétaire devraient déboucher sur une consolidation des fondamentaux de l économie. Malgré ses richesses naturelles, la République démocratique du Congo (RDC) reste l un des pays les plus pauvres de la planète, et participe faiblement aux chaînes de valeur mondiales. Face à un contexte social fragile, l économie congolaise devrait se mettre au service du développement humain. Vue d ensemble L économie est restée vigoureuse en 2013 avec une croissance de 8.1 % (contre 7.2 % en 2012), grâce aux industries extractives, mais aussi au commerce, à la construction et l agriculture. La croissance a bénéficié de l amélioration de certains éléments du climat des affaires, de la reconstruction des infrastructures et d une demande soutenue. L exploitation minière a constitué le principal levier de croissance. Plusieurs sociétés minières sont passées de la phase d exploration à celle de l exploitation depuis La rationalisation des politiques macroéconomiques et la stabilité des cours des produits de base a permis de contenir l inflation, qui s est située à 1.1 %, contre 2.7 % en 2012 et une cible de 4 % en Le taux de change s est faiblement déprécié (0.3 %). La bonne coordination des politiques budgétaire et monétaire et le rebond des recettes d exportation ont par ailleurs accru les réserves de change de la Banque centrale du Congo (BCC). Ces dernières sont passées de à millions CDF (francs congolais) de 2012 à 2013, couvrant 9.4 semaines d importation. Les indicateurs macroéconomiques sont verts, mais la situation sociale demeure préoccupante. Le marché du travail reste très exigu et les salaires réels n augmentent pas. La malnutrition, qui sévit fortement, est l une des principales causes de mortalité. Beaucoup d enfants restent en dehors d un système éducatif dont la qualité pose par ailleurs problème. Le défi majeur du pays consiste à mettre l économie au service du développement humain. Au plan sécuritaire, la situation s est un peu améliorée mais certains groupes armés restent actifs à l Est du pays. Après de violents combats durant les dix premiers mois de l année, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) sont parvenues, en novembre 2013, à mettre un terme à la rébellion formée par le Mouvement du 23 mars (M23). Les zones autrefois contrôlées par ce groupe armé restent à sécuriser, et les infrastructures à reconstruire. La croissance devrait se maintenir à 8.5 % et 8.6 % en 2014 et Elle sera tirée par le secteur minier (cuivre, cobalt et or), la reconstruction des routes et des infrastructures énergétiques ainsi que les retombées de la campagne agricole lancée en Sous la pression de la demande globale, l inflation devrait augmenter, tout en restant inférieure à la cible de 4 %. Ces perspectives dépendent de l éventuelle résurgence des conflits à l Est du pays, avec leur incidence possible sur la viabilité des finances publiques et le climat des affaires. Le repli de la croissance dans les pays émergents pourrait se solder par une baisse des investissements directs étrangers et de la demande en minerais. 40 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
42 % 12 Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique centrale (%) Afrique (%) Congo, Rép. dém (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD, Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives Le PIB s est accru de 8.1 % en 2013, malgré un contexte politique et sécuritaire préoccupant. Cette croissance a été tirée par les industries extractives (à hauteur de 2.26 points de pourcentage contre 1.8 en 2012), le commerce de gros et de détail (1.8 contre 1.6 en 2012), la construction (1.53 contre 1.4 en 2012) et l agriculture (1.2 contre 1 en 2012). Les autres secteurs ont faiblement participé à la croissance : services marchands (0.5 point), transports et télécoms (0.41), industries manufacturières (0.2) et énergie (0.09). La performance du secteur minier a été soutenue par les investissements et la demande. La stabilité macroéconomique et la reconstruction des routes ont permis au commerce de garder sa vigueur. La construction reste l un des piliers de la croissance, notamment grâce à son effet d entraînement sur les autres secteurs. L agriculture a tiré parti des effets bénéfiques de la reconstruction de certaines routes et des actions menées par le gouvernement dans le cadre de sa campagne agricole. Malgré une évolution contrastée des cours de plusieurs produits alimentaires en 2013, la production agricole (36.1 % du PIB) a affiché une croissance de 4.1 %, grâce au café et au bois grume. Le commerce de ces deux produits a été stimulé par la remise en état de certaines routes de desserte agricole. Le désenclavement de certaines zones de production et les appuis accordés par l État aux petits exploitants (fertilisants et équipements) dans le cadre de la campagne agricole ont également permis d accroître la production vivrière. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale 41
43 Congo, Rép. dém. La contribution du secteur minier à la croissance s est consolidée de 2012 à 2013, passant de 25 % à 27.4 % de la hausse du PIB. La production de cuivre en 2013 s est chiffrée à tonnes, en hausse de 52.1 % par rapport à 2012 ( tonnes). La production aurifère a progressé de 30.1 %, grâce aux nouveaux investissements réalisés dans les provinces de l Est du pays, à la faveur des efforts de normalisation de la situation sécuritaire. En revanche, les productions de cobalt et de zinc accusent une baisse respective de % et -4.2 %. Ce repli résulte de la baisse de la demande mondiale en cobalt et du faible approvisionnement en oxyde de zinc. La production de diamant est elle aussi en recul (-20.7 %), en raison des difficultés de trésorerie traversées par la Minière de Bakwanga (Miba). Les périmètres exploitables ont par ailleurs été réduits, dans le nouveau régime des titres miniers délivrés aux producteurs artisanaux de diamant. Malgré l implantation en RDC de la firme britannique Soco International, qui explore les gisements de pétrole situés dans le parc national des Virunga, à proximité de Goma dans le Nord- Kivu, la production de pétrole brut a stagné entre 2012 et Elle est passée de 6.37 à 6.34 millions de barils (-0.5 %), à cause des travaux de reconditionnement des puits de la firme Perenco à Muanda (province du Bas-Congo) et de la poursuite des explorations de Soco International. Le secteur manufacturier a faiblement contribué à la croissance. D un côté, l offre de ciment, de farine de froment et d huiles a augmenté. De l autre, la production de boissons alcoolisées et non alcoolisées a baissé. Le secteur reste pénalisé par une faible desserte en énergie, l obsolescence de son outil de production et la forte concurrence étrangère. Avec une contribution presque nulle à la croissance, l énergie reste l un des secteurs les moins performants de l économie. La Société nationale d électricité (Snel) et la Régie de distribution des eaux (Régideso) éprouvent depuis plusieurs années des difficultés techniques et financières. Ces deux entreprises souffrent aussi du non paiement des arriérés des factures de l État. Le secteur de la construction est resté performant en 2013, avec 1.58 point de contribution à la croissance (contre 1.38 point en 2012). Il est soutenu par les travaux de reconstruction des infrastructures publiques et les projets immobiliers des investisseurs privés. Globalement, le secteur tertiaire est resté dynamique en À la faveur du renforcement de la stabilité macroéconomique et de la réfection des infrastructures routières, le commerce de gros et de détail a vu sa contribution à la croissance augmenter, passant de 1.64 à 1.8 point. La branche transports et télécommunications, en revanche, a fléchi (passant de 0.48 à 0.41 point de contribution à la croissance entre 2012 et 2013). Elle reste cependant dynamique, grâce à la création par l État de l entreprise Transco, aux travaux de dragage du fleuve Congo et à l entrée sur le marché, à la fin 2012, de deux nouveaux opérateurs de téléphonie cellulaire : Orange RDC, filiale du groupe français Orange, et Africell RDC, filiale du groupe libanais Lintel Holding. Le développement des activités financières, marqué par une hausse de 30 % du bilan total des banques commerciales, s est soldé par une plus forte part des services marchands dans la croissance (0.5 point contre 0.39 point en 2012). Les efforts entrepris pour améliorer l administration publique se traduisent par un signal positif : la part des services non marchands dans la croissance, négative en 2012 (-0.02 point), est en effet devenue positive en 2013 (0.04 point). La consommation privée, principal support de l agriculture vivrière et du commerce de gros et de détail, a contribué pour 7.1 points à la croissance, en raison de la stabilité des prix intérieurs et du taux de change. La consommation publique a contribué à concurrence de 1.1 point à la croissance. Le dynamisme des industries extractives et de la construction est soutenu par des investissements, dont la part dans la croissance est estimée à 2.4 points. L accroissement en volume des exportations a contribué à 1.7 point de la croissance. Les importations ont pour leur part entamé la croissance de 4.3 points. En 2014 et 2015, la croissance attendue s élève à 8.5 % et 8.6 %, grâce au dynamisme des industries extractives et à la politique de reconstruction et de modernisation des infrastructures. Les productions de cuivre, de cobalt et d or devraient augmenter, avec des entreprises qui sont 42 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
44 passées à la phase d exploitation en La fin du reconditionnement des puits de la Perenco prévue en 2014 devrait profiter à la production du pétrole brut. La vigueur des industries extractives devrait avoir des effets d entraînement sur les autres segments de l économie. Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche dont pêche Mines dont pétrôle Manufactures Electricité, gaz et eau Construction Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants dont hôtels et restaurants Transports, entreposage et communications Finance, immobilier et services aux entreprises Services des administrations publiques Autres services Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs Source : Données des administrations nationales. Congo, Rép. dém. Politique macroéconomique La meilleure stabilité macroéconomique a permis d aligner la politique budgétaire sur un objectif de déficit public de 1 % du PIB et la politique monétaire sur une cible d inflation de 4 %. Pour ce faire, le gouvernement s est efforcé de créer un espace fiscal additionnel afin de renforcer les amortisseurs budgétaires. La BCC a mené une politique monétaire assouplie, en vue de soutenir la croissance. Politique budgétaire La politique budgétaire vise à maîtriser les dépenses publiques tout en veillant à l efficacité de l action publique, compte tenu des impératifs de reconstruction du pays. Des mesures ont été prises pour accroître les recettes intérieures grâce à un élargissement de l assiette fiscale, particulièrement dans le secteur des ressources naturelles et minérales. Le gouvernement a par ailleurs supprimé les niches fiscales, les exonérations et les traitements préférentiels ainsi que les subventions sur les produits pétroliers. Pour assurer la viabilité des finances publiques, le gouvernement avait prévu une hausse des recettes intérieures d environ 3 % du PIB, ce qui a contrasté avec les faits. Les recettes publiques (dons compris) se sont chiffrées à milliards CDF, soit un recul de 6.5 % par rapport à 2012, en raison des mauvaises performances de la Direction générale des impôts (DGI) et de la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD). Leurs taux de mobilisation des recettes respectifs n ont pas dépassé 65.8 % et 89 %. Toutefois, la collecte de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) s est améliorée en 2013, même si son niveau est resté faible dans son volet intérieur. Les dépenses ont été sous contrôle en 2013, avec un taux de couverture de 99 % à partir des recettes intérieures. Malgré les efforts de réduction des dépenses, les finances publiques ont affiché un déficit de 3.7 % du PIB contre 1.7 % en Structurellement, les dépenses publiques ont été dominées par les rémunérations et frais de fonctionnement (39.2 % et % des dépenses totales). La part des dépenses urgentes a baissé de 3 % grâce à l amélioration de la programmation budgétaire et du suivi du plan de trésorerie. Les dépenses en capital ont représenté % des dépenses. Pour soutenir la croissance, le gouvernement a poursuivi son programme BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale 43
45 Congo, Rép. dém. d investissement. Ce dernier visait la mise en place progressive des zones industrielles, dont celle de Maluku dans la commune de Kinshasa (30.4 milliards CDF), le soutien à l électrification en milieu rural et aux projets de barrages (50.6 milliards CDF) et la construction et la modernisation des infrastructures routières et de transport (780.5 milliards CDF). Le projet de budget 2014 a été déposé au Parlement en novembre 2013 et adopté en janvier Arrêtée en équilibre à milliards CDF (34.9 % du PIB), l enveloppe budgétaire a augmenté de 4.9 %, comparée au budget Ce dernier n a été exécuté qu à hauteur de 55 %. Une meilleure exécution implique de gros efforts de mobilisation des recettes intérieures, pour compléter les recettes extérieures (25.9 % du budget). Les appuis attendus en 2014 s élèvent à milliards CDF et le financement extérieur des investissements est projeté à milliards CDF. Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Dons Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique monétaire Dans le cadre d une politique monétaire prudente, la BCC a poursuivi sa lutte contre les pressions inflationnistes et s est efforcée d accroître le crédit à l économie. Pour ce faire, elle a baissé deux fois son taux directeur, tombé de 4 à 2 % en novembre Afin d éponger la surliquidité résultant du remboursement de la TVA par les opérateurs miniers, deux instruments ont été mis en œuvre : les adjudications des billets de trésorerie et la hausse du coefficient de réserve, passé de 7 à 8 %. La stabilité des prix intérieurs s est consolidée en 2013 avec une inflation de 1.1 %, l un des plus bas niveaux du continent africain. Les légères tensions sur les prix observées à la fin du premier semestre s expliquent par trois facteurs : le renchérissement de certains produits alimentaires ; la spéculation sur le prix du ciment, à la suite de la réhabilitation de la Cimenterie de Lukala (Cilu) ; enfin, la hausse des produits pétroliers, qui s est répercutée sur les transports et les biens manufacturés. Pour éviter un dérapage des prix intérieurs, la BCC a gardé l accroissement de la base monétaire, durant les dix premiers mois de l année, en deçà de la programmation de référence. À fin octobre, elle s est établie à milliards CDF contre un niveau programmé de milliards, pour une marge de milliards. Afin de doter l économie d une quantité suffisante de moyens de paiement, la masse monétaire a augmenté de % entre 2012 et Une hausse à peu près similaire à celle du PIB nominal. Le marché de change est resté stable, grâce à des interventions ponctuelles de la BCC. Le taux de change s est stabilisé autour de 920 CDF contre 1 USD (dollar américain), malgré quelques tensions enregistrées en janvier et au second semestre 2013, en raison des remboursements en 2013 des arriérés de la TVA remboursable de Cette stabilité a été confortée par une appréciation des réserves internationales. Ces dernières sont passées de millions USD (8.8 semaines d importations) en 2012 à millions USD (9.4 semaines) en Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
46 L efficacité de la politique monétaire se heurte à la forte dollarisation de l économie et aux faiblesses administratives de la BCC. Le renforcement des capacités institutionnelles et analytiques de cette dernière devrait déboucher sur une meilleure surveillance du système financier. La «dédollarisation» de l économie devrait améliorer les mécanismes de transmission des effets de la politique monétaire à l économie réelle. Il faudrait cependant créer un cadre moderne et souple de conduite de la politique monétaire s inscrivant dans une démarche prospective et cohérente. Ainsi, les agrégats monétaires pourraient être analysés et mis en perspective avec d autres indicateurs économiques et financiers. Congo, Rép. dém. Coopération économique, intégration régionale et commerce En 2013, la RDC s est montrée active dans les forums régionaux. Elle a notamment participé en février 2013 à la troisième réunion du comité technique de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Il y était question de la mise en œuvre du projet d aménagement des axes transfrontaliers RDC-Burundi-Rwanda et de la route d accès au barrage et à la centrale hydroélectrique de Ruzizi III, située en RDC. Après avoir accueilli le sommet de la Francophonie en octobre 2012, Kinshasa, la capitale, a reçu l assemblée générale de l Union des conseils des chargeurs africains (UCCA) en octobre 2013, qui vise à mieux percevoir les droits liés au trafic fluvial et maritime. En novembre, le pays a accueilli le sommet du Marché commun de l Afrique orientale et australe (Common Market for Eastern and Southern Africa - COMESA). Ce dernier a été précédé en avril 2013, par la 17 e réunion du conseil des ministres de l organisation, qui traitait du renforcement des échanges entre pays membres, par le biais du développement des PME. Après 30 ans d interruption, deux lignes ferroviaires ont été remises en service en octobre 2013 : le Chemin de fer Dilolo-Lobito, entre la province du Katanga et l Angola, et le Chemin de fer de Benguela (CFB) ont été remis en service en octobre Ces deux lignes ferroviaires offrent un débouché maritime en Angola, avec le port de Lobito, et permettent aux exportateurs congolais de ne plus transiter par l Afrique du Sud ou la Tanzanie. En juin 2013, le gouvernement a signé des accords d assistance mutuelle avec six pays frontaliers pour lutter contre la fraude douanière. Il a par ailleurs baissé les frais d import-export de 500 à 125 USD pour les personnes morales et de 250 à 75 USD pour les personnes physiques ; la redevance administrative dans les opérations d importations est passée de 5 % à 2 %. Les soldes de la balance des services et de la balance des revenus se sont resserrés, mais le compte courant s est globalement détérioré en 2013 sous l effet d un creusement de la balance commerciale et d une baisse des transferts courants. En cause, la baisse des transferts publics, passés de 1.53 milliard USD à millions. Le contexte économique mondial a favorablement joué sur le volume des exportations, dominées par les produits miniers (85 % du total). Les importations étaient constituées essentiellement des biens d équipement et de consommation (respectivement 62.1 % et 22.3 %) en raison des besoins des secteurs productifs et du développement du commerce de gros et de détail. Le solde du compte des capitaux et des opérations financières est passé de 1.83 à 1.59 milliards USD à la suite d une baisse des investissements étrangers. Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale Exportations de biens (f.o.b.) Importations de biens (f.o.b.) Services Revenu des facteurs Transferts courants Solde des comptes courants Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale 45
47 Congo, Rép. dém. Politique de la dette En 2013, le stock de la dette publique de la RDC a été estimé à 6.46 milliards USD. Même si cet endettement paraît soutenable, le gouvernement s est engagé à mener une politique prudente, basée sur une analyse de la viabilité des projets à financer. Il recourt plus aux prêts concessionnels et privilégie les dons auprès de ses partenaires techniques et financiers. La dette extérieure s élevait fin 2012 à 4.93 milliards USD dont 7.18 % pour le Club de Paris, % pour le Club de Kinshasa, 1.64 % pour le Club de Londres et 55.1 % pour les institutions multilatérales. Quant à la dette intérieure, suite à son non-paiement et aux arriérés budgétaires accumulés durant plusieurs exercices, elle est évaluée à plus de 1.40 milliard USD. Afin d établir un plan progressif de son apurement, le gouvernement a commandité un audit des engagements en cours. Un montant de millions USD a été payé au titre du service de la dette en 2013, moins que les millions initialement programmés. Ce service a été ventilé comme suit : millions pour les institutions multilatérales, millions pour le Club de Paris et millions pour le Club de Kinshasa. Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations % 120 Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations Source : FMI (WEO & Article IV). Gouvernance économique et politique Secteur privé Pour mieux libérer son potentiel de croissance, la RDC devrait assainir son environnement des affaires et combler son manque d infrastructures et d accès à l énergie. C est dans ce cadre qu elle a adhéré à l Organisation pour l harmonisation du droit des affaires en Afrique (Ohada) en Toutefois, plusieurs entreprises congolaises peinent à s habituer à ce nouveau droit des affaires. Le gouvernement a été ainsi amené à prendre des mesures d accompagnement, telles que la simplification des formalités de création d entreprises et la mise en place d un registre du commerce et du crédit immobilier. Le gouvernement a par ailleurs créé un guichet unique pour la création des entreprises en avril Il s agit à la fois de réduire le nombre de procédures (passées de 13 à trois) et les 46 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
48 délais (de 58 à trois jours). Pour faciliter les échanges, un guichet unique électronique intégral du commerce extérieur a été créé et sa mise en place confiée à la firme française Bivac. Ce guichet aura l avantage d interconnecter toutes les opérations de dédouanement pour plus de transparence. L objectif est de faire du commerce un levier de croissance et d augmenter les recettes douanières grâce à un plus fort volume de transactions. Congo, Rép. dém. Pas moins de 245 taxes ont été supprimées en 2013, et le gouvernement a décidé de fixer la nomenclature des impôts, droits, taxes et redevances des provinces et des entités territoriales décentralisées ainsi que leurs modalités de répartition. Il a également procédé à la suppression de la perception du précompte de l impôt sur les bénéfices et profits. Malgré ces réformes, le pays s est classé au 181 e rang du classement 2013 Doing Business de la Banque mondiale, perdant ainsi une place par rapport à Un recul a été observé sur ces quatre points : paiement des impôts, exécution des contrats, exercice du commerce transfrontalier et protection des investisseurs. L accès difficile à l énergie est aussi cité comme un obstacle par les investisseurs. Pour résorber son déficit énergétique et stimuler davantage la croissance, la RDC s est engagée dans la construction du barrage hydroélectrique Inga III (province du Bas-Congo), qui aura une capacité de production de mégawatts (MW), contre 351 MW et MW pour les barrages existants Inga I et Inga II. L ouvrage, dont le coût s élève à 12 milliards USD, devrait être achevé en 2020 grâce à un apport important du secteur privé, dans le cadre d un partenariat public-privé (PPP). La précarité de la situation sécuritaire à l Est du pays se fait ressentir sur le secteur privé. En effet, la persistance des poches d insécurité ne permet pas aux détenteurs de capitaux d investir comme ils l entendent dans les zones en conflit alors que ces dernières disposent d un grand potentiel de développement. Secteur financier Le système financier congolais reste l un des moins développés d Afrique subsaharienne, compte tenu de la démographie et de l économie du pays. Il est dominé par le secteur bancaire : 20 banques commerciales, une banque de développement (Sofide), un Fonds de promotion de l industrie (FPI), deux placeurs institutionnels (Sonas et INSS), 127 coopératives d épargne et 100 institutions de microfinance. Les opérateurs de télécoms qui proposent des produits de mobile banking sont les derniers arrivés dans le secteur. Entre 2011 et 2013, le secteur bancaire a connu une croissance rapide. Le taux d inclusion financière est passé de 2.2 % à 6 % sur la période, et le total du bilan a augmenté de 30 %, ce qui le situe à 3.6 milliards USD. Les banques ont assoupli les conditions d ouverture de nouveaux comptes, pour permettre la bancarisation de la paie des fonctionnaires et la solde des militaires. Afin d accroître le crédit à l économie, la BCC a revu deux fois à la baisse son taux directeur. Cependant, les taux débiteurs des banques n ont pas suivi ces ajustements à cause de la faible importance des opérations de refinancement, de la prépondérance des facteurs de risque et des coûts opérationnels dans la ratification bancaire. Les coûts élevés des banques limitent leurs marges bénéficiaires, même si l écart entre taux créditeurs et débiteurs est relativement élevé. Le rendement des actifs est estimé à 0.5 %, le niveau le plus bas d Afrique centrale. Les indicateurs de solidité financière signalent un système bancaire fortement capitalisé, mais la conformité aux autres indicateurs prudentiels reste mitigée. Il faudrait renforcer l analyse des risques pour la stabilité du secteur. Ces risques sont liés aux cours des matières premières et à la fluctuation du taux de change. Le financement du secteur minier est surtout extérieur et les engagements des banques dans ce secteur sont modestes. Du coup, les risques liés à l effondrement des cours des matières premières restent limités pour la stabilité financière de la RDC. En revanche, une forte diminution des dépôts, une détérioration de la qualité du crédit et une pénurie de devises représentent des risques importants. Un ajustement brutal du taux BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale 47
49 Congo, Rép. dém. de change pourrait avoir des conséquences sur les crédits non garantis, notamment dans les secteurs ayant des engagements en devises étrangères, mais obtenant des recettes en CDF. Pour rendre accessibles les services financiers aux personnes exclues du système bancaire classique, le gouvernement a mis en place, en collaboration avec les partenaires au développement, le processus Making Access Possible (MAP). Il a recapitalisé la Sofide, après plus de 20 ans d inactivité, pour stimuler le développement. Les secteurs des assurances et de pension qui relèvent de son autorité sont très peu performants, compte tenu de la faible qualité des services rendus. Gestion du secteur public, institutions et réformes La précarité des institutions explique en partie les difficultés de la RDC à mettre en valeur son potentiel économique. En effet, la fraude et la corruption qui gangrènent la société ne permettent pas à l État de maximiser ses recettes et de bien piloter l économie. Toutefois, des réformes sont en cours pour créer une administration publique efficace. La bancarisation de la paie des salaires des agents et fonctionnaires de l État s inscrit dans ce cadre. Elle va permettre de maîtriser, de manière progressive, les effectifs de la fonction publique, de la police et de l armée. Pour un meilleur pilotage de l action publique, le pays a adopté depuis 2006 un système de gestion décentralisée. Malgré la mise en œuvre du Plan stratégique de réforme des finances publiques (PSRF), les autorités provinciales éprouvent plusieurs difficultés dans la gestion de leurs finances, en raison des interférences du pouvoir central, aussi bien dans la collecte de certaines recettes que dans la mise en œuvre des budgets provinciaux d investissement. C est ce qui explique en partie le déficit d infrastructures dans les provinces. Il convient par ailleurs de noter que les organes de passation des marchés publics et de contrôle de gestion des finances publiques (Inspection générale des finances et Cour des comptes) ne sont pas encore installés dans toutes les provinces du pays. Gestion des ressources naturelles et environnement Malgré son potentiel et son rôle moteur dans la croissance, le secteur minier n a qu une faible incidence sur la création d emplois et le niveau de vie des populations. Les recettes fiscales qu il génère demeurent faibles, à peine 10.5 % des recettes publiques en 2012 (soit 2 % du PIB) alors que leur potentiel estimé est dix fois plus important. Le secteur reste caractérisé par l artisanat et l activité informelle, mais aussi par une importante fraude à l exportation. Afin d améliorer la gouvernance dans le secteur des ressources minérales, le gouvernement a envisagé une révision des codes minier et des hydrocarbures. Ces codes devront rendre transparent le cadre d exploitation et de vente des avoirs miniers et pétroliers du pays par le canal des appels d offres. Bref, les nouvelles dispositions aideront à prévenir la corruption, à garantir à l État l obtention du meilleur prix pour ses ressources naturelles, et à préserver l environnement. La gouvernement a ajouté en 2013 dans ses documents de politique des mesures visant à renforcer la protection de l environnement. La RDC s est engagée à réintégrer l Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) dès mars 2014, soit un an après sa suspension. Contexte politique La situation sécuritaire a été très instable à l Est du pays durant les dix premiers mois de Les combats se sont intensifiés entre les FARDC et les rebelles du M23. Pour mettre un terme aux pertes en vies humaines, aux exactions à l encontre des femmes et à la destruction des infrastructures, le gouvernement a joué sur deux tableaux : la diplomatie et de l action militaire sur le terrain. Un accord a été signé en février 2013 à Addis-Abeba (Éthiopie), sous les auspices de l Union africaine (UA), entre les dirigeants des pays de la CEPGL visant un retour de la paix dans la région. Ils se sont engagés à respecter l intégrité territoriale des pays voisins et à ne pas soutenir les groupes armés. Des pourparlers ont eu lieu entre le gouvernement et le M23 à Kampala (Ouganda) pendant plusieurs mois, sans succès. En novembre, les FARDC ont mis un terme à la rébellion par une victoire militaire sur le terrain. Les deux parties sont arrivées en 48 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
50 décembre à un compromis politique. Il convient de noter que la situation sécuritaire demeure volatile dans certains territoires car plusieurs autres groupes armés y restent actifs. Un projet de Loi autorisant la ratification de la Convention de l Afrique Centrale élaborée en 2010 pour «le contrôle des armes légères et de petit calibre, de leurs munitions et de toutes pièces et composantes pouvant servir à leur fabrication, réparation et assemblage» est en instance d adoption au niveau du gouvernement. Une opération de lutte contre la criminalité urbaine dénommée «Likofi» («coup de poing» en lingala) a été lancée fin Congo, Rép. dém. Au regard des irrégularités qui ont entaché les élections de 2011, la classe politique s est accordée sur la nécessité de changer le bureau de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et d organiser des concertations politiques nationales. Ainsi, le président de la Ceni depuis 2011, le pasteur Daniel Ngoyi Mulunda, a été remplacé en juin par l abbé Apollinaire Malu-Malu, président de l ancienne Commission électorale indépendante (CEI) de Le nouveau bureau compte 13 membres dont six de la majorité présidentielle, quatre de l opposition et trois de la société civile. Les concertations politiques de septembre et octobre 2013 à Kinshasa ont débouché, malgré le boycott de certains opposants, sur l annonce d un «gouvernement de cohésion nationale». Contexte social et développement humain Alors que les fondamentaux de l économie se sont raffermis en 2013, l indicateur de développement humain (IDH) défini par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) demeure l un des plus faibles au monde (0.304) en RDC. Les conditions de vie de la population contrastent avec les performances économiques, en raison de trois facteurs : le recul très important enregistré pendant la décennie 1990, la faible création d emplois et les problèmes de gouvernance. Le taux de pauvreté est estimé à 70 %. Le PIB par tête est actuellement inférieur à 200 USD alors qu il était de 374 USD en Le taux de chômage dépasse 50 % et le pays occupe en 2013 le 51 e rang, en avant-dernière position entre l Érythrée et la Somalie, dans l Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique. Développement des ressources humaines La pauvreté rend difficile l accès à l éducation et aux soins de santé. Plusieurs rentrées scolaires comme celle de septembre 2013 ont été timides en raison de l incapacité des parents à payer les frais de scolarité et les fournitures scolaires. Par ailleurs, de nombreux décès auraient pu être évités avec un accès plus facile aux soins de santé. La prise en charge de certains frais scolaires par l État pour les élèves des classes de la 1 re à la 5 e année de primaire couvre aujourd hui toutes les provinces du pays, à l exception de Kinshasa et du Katanga. Conformément aux engagements pris dans le cadre du Programme intérimaire pour l éducation (PIE), le gouvernement a lancé la construction de écoles dont 286 étaient prêtes pour la rentrée scolaire de Un plus grand nombre d élèves débute l école primaire mais le taux de déperdition scolaire demeure très élevé (plus de 4 millions d enfants). Pour plus d efficacité dans le système éducatif, le gouvernement compte réviser les programmes de cours à tous les niveaux. Aussi, il entend progressivement ramener le taux d encadrement à un enseignant pour 40 élèves (contre un enseignant pour plus de 60 élèves actuellement). Des politiques de recrutement, de formation, d évolution de carrière et de rémunération des enseignants restent à mettre en œuvre. Dans le secteur de la santé, le gouvernement a procédé, en septembre 2013, à la validation de la politique nationale de nutrition qui vise à garantir un capital humain productif. Sur un financement de 80 millions USD, la campagne de réduction de la mortalité de la mère et de l enfant a été lancée. Elle vise à sauver environ enfants et éviter décès maternels par an. Pour contrecarrer la rougeole et la poliomyélite, deux campagnes ont été lancées en septembre Elles ont respectivement touché 6.8 millions d enfants de 6 à 14 ans et 2 millions d enfants de moins de 5 ans. Environ 17 millions de moustiquaires imprégnées ont été distribuées pour lutter contre le paludisme. Malgré ces efforts, la situation sanitaire demeure préoccupante dans certaines provinces. Le nombre de décès dus à la fièvre typhoïde est en progression au Kasaï BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale 49
51 Congo, Rép. dém. Occidental avec 29 cas de perforation intestine et cas de malades notifiés. Pas moins de cas de choléra ont été enregistrés en 2013, dont 76 décès au Katanga. La qualité de l eau potable et l absence de bonnes installations hygiéniques sont à la base plusieurs cas de choléra identifiés au Sud Kivu et dans la Province Orientale. Les enquêtes nutritionnelles territoriales financées par l Unicef et réalisées par le Projet national de nutrition (Pronanut) à Malemba Nkulu (province du Katanga) en début 2013 ont révélé une prévalence de malnutrition aigüe globale de 19.3 % dont 6.5 % de malnutrition aigüe sévère. Afin de promouvoir les bonnes pratiques d hygiène par la communauté, un projet de déploiement de la brigade mixte hygiène-environnement est en gestation. La stratégie de sa mise en œuvre repose sur la création de structures communautaires (organes de consultation et structures opérationnelles) à tous les niveaux pour la prise en charge de l assainissement et de l hygiène. La prévalence du VIH/sida a été estimée à 1.1 % au niveau national et 3.5 % chez les femmes enceintes en Plus de 1.5 million de personnes vivent avec le virus. Les jeunes et les femmes sont les plus touchés et la transmission passe surtout par la voie sexuelle. Les violences sexuelles aggravent la séroprévalence et touchent aussi les nouveaux-nés. Avec seulement 15 % de séropositifs sous antirétroviraux (ARV), le pays a l une des couvertures les plus faibles au monde. Pour entrer dans l optique de la «génération sans sida», le gouvernement a procédé au lancement des directives de traitement aux ARV de l Organisation mondiale de la santé (OMS) et l initiative de traitement 2015 de l Organisation des Nations Unies pour le sida (Onusida) en RDC. Il devrait en résulter une réduction de 36 % des infections et de 39 % des décès liés au VIH/sida. Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail Le gouvernement s est efforcé d améliorer la situation sociale en 2013, en orientant près de 10 % des recettes intérieures, soit 400 millions USD, vers les secteurs porteurs de croissance pro-pauvre (transports, santé, éducation, et agriculture). Il a par ailleurs envisagé une légère majoration des salaires des fonctionnaires, policiers et militaires grâce une meilleure maîtrise des effectifs au sein de l administration publique. Le processus d affiliation des entreprises à l Institut national de sécurité sociale (INSS) et l Institut national de préparation professionnelle (INPP) lancé en 2012 afin d améliorer la sécurité sociale des travailleurs, s est poursuivi en Égalité hommes-femmes Elles représentent plus de 50 % de la force de travail, mais les femmes accèdent plus difficilement que les hommes au marché du travail. Nombreuses sont celles qui subissent des traitements injustes et n arrivent pas à mener des grandes carrières professionnelles. Elles continuent par ailleurs à être victimes de plusieurs formes de violence, surtout dans la partie Est du pays. Alors que plusieurs voix se sont élevées dans la société civile et la classe politique pour accroître la représentativité féminine dans les institutions, organisations et entreprises du pays, elles demeurent encore minoritaires : moins de 10 % aux postes de pouvoir pour l ensemble du pays et 5 % pour Kinshasa. Analyse thématique : les chaînes de valeur mondiales et l industrialisation de l Afrique La RDC reste l un des pays les moins développés au monde, en raison de sa faible capacité à mettre en valeur son énorme potentiel de production. Faiblesses structurelles, manque d infrastructures et problèmes de gouvernance depuis l indépendance en 1960 Autant de raisons qui expliquent l absence, aujourd hui, d un tissu industriel susceptible de faire de la RDC un pays émergent. L agriculture et les mines, les deux piliers de l économie, ne créent pas assez de richesses et d emplois. Depuis 1970, l agriculture emploie 70 % de la population active mais ne fournit que 40 % de la production, ce qui atteste de sa faible productivité et de son incapacité à nourrir 50 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
52 convenablement la population. Les ressources minières du pays, qui constituent un intérêt stratégique mondial, ont vu leur importance relative diminuer à cause de la chute brutale des cours à la fin des années La part du secteur secondaire dans le PIB a décliné entre les années 1970 et les années Cette désindustrialisation a été exacerbée dans les années 1990 par les pillages et conflits armés qui ont déchiré le pays. Congo, Rép. dém. Le secteur privé ne participe que marginalement aux réseaux internationaux de production, intervenant surtout au bas de la chaîne de valeurs. La participation du pays au commerce mondial est aussi limitée par la gamme de produits offerts et des biens demandés (biens d équipement et aliments). Les exportations sont concentrées sur des matières premières à faible valeur ajoutée. Le taux d investissement est faible et le capital peu productif. Le modèle de développement adopté (exportation de matières premières et substitution des importations) n a pas donné lieu à une diversification de la base productive. Le pays est depuis plusieurs décennies dans une situation de dépendance, aussi bien commerciale que technologique et financière. De 1960 à 2000, la part des produits primaires dans les exportations est restée la même (environ 80 %), tandis que leur poids dans le marché mondial a baissé. En outre, les secteurs productifs de l économie sont faiblement interconnectés. Plusieurs produits agricoles sont exportés à l état brut. Alors que dans les années 1970, le pays disposait d une dizaine d industries agroalimentaires, il n en compte plus que cinq aujourd hui. Les industries extractives ne transforment pas localement les matières premières. Elles sont connectées au secteur énergétique et à celui des transports dans le seul but d extraire les minerais et de les expédier à l étranger. L extraction, quand elle n est pas artisanale, repose sur un équipement désuet qui limite son rendement. Les manufactures, quant à elles, ne contribuent que faiblement à la croissance (pas plus de 2 points de pourcentage) en raison de la vétusté de leur outil de production, de leur capacité limitée à utiliser de nouvelles technologies, des effets de la concurrence étrangère ainsi que des coûts imposés par le double déficit d infrastructures et d accès à l énergie. Les usines textiles qui contribuaient autrefois au PIB à concurrence de 5 % se sont essoufflées face à la concurrence étrangère, faute de pouvoir maîtriser leurs coûts de production. Seules les brasseries sont restées relativement performantes, malgré un contexte difficile marqué par des coupures intempestives de courant. La croissance en RDC est assez volatile à court et à moyen terme en raison de la faible diversification de la base productive, d une forte dépendance vis-à-vis du marché mondial et d une faible capacité de riposte face aux chocs externes. En intégrant ses industries dans les chaînes de valeurs mondiales, le pays pourrait consolider sa croissance, réduire la pauvreté et améliorer sa position extérieure nette. Conscient de cette nécessité, le gouvernement a créé en 2012 une commission d études pour définir la nouvelle politique industrielle du pays. Deux grands objectifs sont poursuivis. D une part, il s agit de renforcer les PPP pour refondre le tissu industriel du pays et promouvoir une exploitation optimale des ressources naturelles. D autre part, les autorités visent la création progressive d une économie industrialisée, compétitive et pleinement intégrée aux dynamiques d échanges régionaux et mondiaux. Dans ce même cadre, un document stratégique a été élaboré sur le rôle de l agroalimentaire, des matériaux de construction, de l exploitation minière et de la métallurgie dans le redressement économique et la lutte contre la pauvreté. Un schéma directeur d industrialisation du pays est en préparation, qui sera axé sur six filières : bois, textiles, corps gras, bâtiments et matériaux de construction, transformation des métaux et produits de l élevage. Par ailleurs, pour encourager le traitement et le raffinement des minerais à l intérieur du pays, le gouvernement a interdit l exportation des concentrés de cuivre et cobalt. L industrialisation ne se fera pas sans un meilleur climat des affaires. L attrait exercé par les ressources naturelles n est pas suffisant pour attirer de nouveaux capitaux et élargir la chaîne de création des valeurs. Il faudrait mettre sur pied une architecture institutionnelle et infrastructurelle pour favoriser leur exploitation, mais aussi amener le secteur privé à jouer pleinement son rôle moteur dans la croissance. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique Centrale 51
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54 GABON 2014 Gérard Bizimana / [email protected] Bakary Dosso / [email protected]
55 Gabon Gabon Le Gabon affiche de bons indicateurs économiques avec un taux de croissance de 5.5 % en 2013 pour un taux d inflation de 0.4 %. Ces performances devraient encore s améliorer, avec une croissance de 6.7 % en 2014 et de 7.2 % en Le budget prévisionnel de 2014 reflète la volonté des autorités d accélérer la diversification de l économie du pays. Malgré le regain de croissance enregistrée depuis 2010, tiré par le secteur hors pétrole, le taux de chômage reste élevé et affecte particulièrement les jeunes. Vue d ensemble La croissance du produit intérieur brut (PIB) est estimée à 5.5 % en 2013, en légère baisse par rapport à 2012 (5.7 %). L économie du Gabon jouit d une stabilité macroéconomique avérée et d une bonne situation financière, favorisées par son appartenance à la «zone franc», par une évolution favorable des cours du pétrole, et par ses revenus forestiers et miniers, avec un soutien dynamique des investissements publics et privés. Au niveau régional, le Gabon respecte les quatre critères de convergence fixés par la Communauté économique et monétaire d Afrique centrale (CEMAC) dans le cadre de la surveillance multilatérale des économies de la zone, à savoir : le respect du ratio d endettement par rapport au PIB, le solde du déficit budgétaire, le paiement des arriérés de la dette, et l encadrement du taux d inflation. Les perspectives de croissance au cours des deux prochaines années seront déterminées par l évolution des cours internationaux du pétrole et par l évolution de la production de manganèse et de ses cours. La transformation du bois, dont la contribution au PIB est encore faible (4 % en 2013), devrait connaître une progression constante. Ce secteur pourra bénéficier à la fois de cours mondiaux en forte hausse mais aussi de la politique publique de transformation locale des matières premières dans le cadre des trois «zones économiques spéciales» (ZES) en création. Dans l ensemble, l économie gabonaise devrait connaître une croissance soutenue du PIB, avec un taux de 6.7 % en 2014 et de 7.2 % en 2015 (prévisions), et avec un taux d inflation annuel qui devrait se stabiliser autour de 2.5 %. Les investissements consentis par l État, les revenus issus de l exploitation des principales ressources minières et les activités de transformation du bois seront à la source de cette performance. Au niveau du secteur primaire, la production pétrolière devrait se tasser, du fait de la maturation de nombreux champs et faute de découvertes de nouveaux gisements économiquement exploitables. En élaborant son «Plan stratégique Gabon émergent» (PSGE), le gouvernement entend accélérer le rythme de la diversification de l économie nationale à travers une stratégie axée sur la transformation locale des matières premières et la facilitation des investissements directs étrangers (IDE). La stratégie d industrialisation du Gabon s appuie principalement sur la filière bois. Recouvrant près de 85 % du territoire national, la forêt offre au Gabon l opportunité de réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole, de lutter contre la pauvreté et d offrir de meilleures conditions de vie à la population. Le PSGE s accompagne d un vaste programme de réformes visant à diversifier l économie et accroître la compétitivité des secteurs industriels et des services tout en préservant les immenses richesses environnementales du pays. Sa mise en place s est traduite depuis 2011 par des programmes d investissements publics massifs ainsi que par l élaboration d une politique industrielle impliquant l aménagement des ZES pour attirer les IDE, le partenariat public-privé (PPP) et les prises de participation dans les filiales locales des grands groupes multinationaux. C est dans cette optique que le pays a émis, le 5 décembre 2013, un euro-bond de 1.5 milliard USD destiné à réduire ses coûts d emprunt et à financer une partie des infrastructures dans les secteurs portuaire, aéroportuaire, routier et énergétique. 54 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
56 Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Gabon % 12 Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique centrale (%) Afrique (%) (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD, Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives Le niveau de croissance du PIB de l économie gabonaise est estimé à 5.5 % en 2013, en léger tassement par rapport à 2012 (5.7 %). La croissance devrait s accélérer pour atteindre 6.7 % en 2014 et 7.2 % en Ces performances sont le fruit des investissements publics, des revenus issus de l exploitation des principales ressources minières et des activités de transformation du bois. La contribution du pétrole à l économie gabonaise reste prépondérante en 2013, mais avec une tendance à la baisse de 3.1 % par rapport à 2012 en raison de l épuisement des champs marginaux et en l absence de nouvelles découvertes de gisements économiquement exploitables. La part des activités extractives de pétrole brut et de gaz dans le PIB s est progressivement rétrécie, s établissant à 53 % en 2013 alors qu elle s élevait à 58.2 % en 2008, soit une contraction de 5.2 points de pourcentage en cinq ans. L un des objectifs du PSGE est de réduire progressivement la dépendance de l économie nationale envers les ressources pétrolières et, plus généralement, envers les matières premières qui représentent la quasi-totalité des exportations (plus de 90 %) et une part tout aussi significative du PIB (45 %). L industrie forestière conserve son statut de deuxième filière économique après les hydrocarbures. Ce secteur est considéré comme une voie de diversification et de potentialités économiques durables alternatives à la production pétrolière. Principal employeur, il ne représente que 9 % des exportations totales en valeur, mais il contribue pour 60 % au PIB hors pétrole. Son taux de croissance ne cesse de s améliorer, s établissant à 6.7 % en 2013 et, en prévisions, à 11.5 % en 2014 et à 13 % en 2015, grâce au renforcement des capacités de production et de transformation par les grands opérateurs de la filière du bois (Rougier Gabon, Olam Gabon, et la Société nationale du bois du Gabon - SNBG). BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 55
57 Gabon L exploitation des minerais, notamment le manganèse, constitue la troisième grande filière de production à fort impact sur le commerce extérieur. La part du secteur minier dans le PIB s est montée à 6.5 % en 2013, en légère hausse par rapport à 2012 (6.3 %). Ces bonnes performances s expliquent par la mise en exploitation du gisement de manganèse de Ndjolé et du gisement aurifère de Bakoudou. L embellie du secteur minier est également en rapport avec les bons résultats de la compagnie minière de l Ogooué (Comilog) après ses déboires de Au premier semestre 2013, la société a réalisé le chiffre d affaires prometteur de 510 milliards de francs CFA (XAF), soit 3 % de plus que sur la même période en 2012, avec une augmentation parallèle de 20 % de son résultat opérationnel. L activité agricole reste limitée aux cultures maraîchères péri-urbaines et aux cultures vivrières et de rente. Son taux de croissance a été de 4.8 % en 2013, contre 2.9 % en Le secteur secondaire a progressé au taux de 10.6 % en 2013 contre 4.8 % en Cette évolution devrait se poursuivre en 2014 et 2015 avec, respectivement, des taux de croissance de 13.1 % et 15.5 %. Le secteur de la construction est resté performant en 2013, contribuant au PIB à hauteur de 5.1 % du PIB, suite au volume des investissements, spécialement dans le secteur des infrastructures routières. Les bâtiments et travaux publics (BTP), qui avaient connu un fléchissement en 2012, enregistrent une remontée fulgurante en 2013 avec 15.5 % de croissance. On prévoit la poursuite de cette croissance favorable en 2014 (16.7 %) et en 2015 (22.5 %). La production et la distribution de l électricité et de l eau progressent tout aussi bien, avec une croissance de 7.2 % en 2013 contre 6.4 % en Enfin le secteur tertiaire soutient son rythme de croissance (10 % en 2013 ; prévision de 10.2 % en 2014 et de 10.6 % en 2015), en relation avec la remontée du secteur des transports, qui a crû de 11 % en 2013 contre 2.7 % en Vu du côté de la demande, la croissance est soutenue par la consommation des ménages et des administrations et, dans une moindre mesure, par les investissements. La contribution de l investissement public à la croissance du PIB connaît un léger recul, passant de 0.9 point de pourcentage en 2012 à 0.4 point en 2013, compte tenu de l augmentation de la part de la consommation privée dans le PIB. Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche dont pêche Mines dont pétrôle Manufactures Electricité, gaz et eau Construction Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants dont hôtels et restaurants Transports, entreposage et communications Finance, immobilier et services aux entreprises Services des administrations publiques Autres services Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs Source : Données des administrations nationales. La part de la consommation publique dans la croissance du PIB a augmenté de 1.2 point de pourcentage en 2013 par rapport à 2012, où elle avait augmenté de 0.9 point par rapport à Elle devrait encore s accroître sensiblement, pour représenter 3.8 points de pourcentage de la croissance en 2014 puis 3.1 points en 2015, sous l effet de la poursuite des recrutements triennaux d agents de forces de défense et de sécurité initiés en Par contre, la part de la consommation privée dans la croissance a reculé, passant à 2.4 % en 2013 contre 5.3 % en 2012, un exercice 56 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
58 marqué par l achèvement des chantiers engagés à l occasion de la coupe d Afrique des Nations (CAN) de football. Elle devrait néanmoins renouer avec la hausse en 2014 (5.3 %) sous l effet du paiement des rappels de salaires à tous les fonctionnaires de l État entamé fin 2013 et qui devrait se poursuivre en Gabon Politique macroéconomique Politique budgétaire La politique budgétaire a consisté en 2013 à traduire la volonté des autorités nationales d accélérer la réalisation du PSGE. Les mesures correspondantes ont porté le déficit du solde budgétaire primaire à 0.2 % du PIB en 2013 (0.1 % en 2012), au-delà de la prévision (0.1 %). Cette détérioration est liée aux fluctuations des cours des hydrocarbures, les recettes pétrolières ayant représenté en 2013 encore plus de 56.3 % des recettes totales de l État. Les recettes pétrolières se sont établies à 15.6 % du PIB en 2013 contre 16.1 % l année précédente. Les recettes hors pétrole ont connu une hausse de 10.8 % qu expliquent la bonne orientation de l activité économique hors pétrole et le bon rendement de l impôt sur les entreprises privées et des licences octroyées pour l exploitation des ressources naturelles. Dans l ensemble, les recettes de l État enregistrent cependant une baisse, passant de 28.1 % du PIB en 2012 à 27.4 % en On s attend à la poursuite de cette tendance, avec une baisse de 14.0 % des recettes en 2014 puis de 12.5 % en Les recettes publiques représenteront 25.9 % du PIB en 2014 et 24.7 % en 2015 (projections). La politique budgétaire est également caractérisée par une stabilité des dépenses totales de l État, au niveau de 29.1 % du PIB, en 2013 comme en Ces dépenses devraient être portées à 30.1 % du PIB en 2014 puis à 31.0 % en 2015 sous l effet de l accroissement des dépenses courantes de la masse salariale et des dépenses en capital. La baisse des recettes conjuguée avec la hausse des dépenses courantes est à l origine de la détérioration du solde global au Gabon, estimé à -1.8 % du PIB en 2013 contre -1.0 % en Cette détérioration devrait s accentuer, pour atteindre -4.2 % en 2014 et -6.3 % en Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Recettes pétrolières Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Le projet de loi de finances du Gabon pour 2014 est caractérisé par la volonté de poursuivre la transformation de l économie nationale à travers la réalisation des infrastructures de base et la création de pôles de développement économique, dans le but de consolider la croissance et d en diversifier les sources. La priorité est donnée au financement du Plan Directeur National d Infrastructures et d un vaste projet de construction de logements. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 57
59 Gabon Politique monétaire L inflation annuelle est structurellement faible de par les mécanismes de contrôle mis en place par la Banque des États de l Afrique centrale (BEAC). En moyenne, sur les dernières années, elle a été contenue dans les limites prescrites par le pacte de stabilité et de croissance de la Communauté Économique et Monétaire de l Afrique Centrale (CEMAC). Toutefois, en 2013, le taux d inflation s est ralenti à 0.4 % après une hausse de 2.8 % en Cette évolution s explique par la baisse, pendant le premier semestre 2013, des prix des boissons non alcoolisées, du poste «logement, eau, gaz et électricité» (-1.5 %), des transports (-3.1 %), des communications (-8.5 %), et du poste «loisirs et culture» (-3 %). Selon la Direction générale de la statistique (DGS), la baisse des prix a également concerné les postes «viandes», «soins» et «céréales». Elle reflète la suspension, fin 2012, des taxes sur certains produits de consommation de base, et du renforcement du contrôle des prix, mesures prises par les autorités pour réduire les tensions inflationnistes des produits alimentaires domestiques. La politique monétaire conduite au niveau régional par la BEAC est marquée par le maintien de l objectif de refinancement des banques, à hauteur de 2 milliards XAF, par une baisse des principaux taux directeurs (notamment le taux d intérêt sur les appels d offre, réduit en juillet 2013 à 3.25 % contre 3.50 %), et par le maintien de la politique de réserves obligatoires. De façon générale, l évolution des principaux agrégats monétaires est favorable et se traduit notamment par la reconstitution des réserves extérieures, l accroissement des crédits à l économie et le désendettement de l État vis-à-vis du système bancaire. Les avoirs extérieurs du Gabon se consolident à milliards XAF (+ 0.3 %), le crédit intérieur progresse de 21.7 % pour se situer à milliards XAF, la masse monétaire se raffermit de 12.7 % pour atteindre milliards XAF. Même le taux de couverture de la monnaie, c est à dire le rapport entre les avoirs extérieurs de la Banque centrale et ses engagements à vue, se retrouve à près de 90 %. De même la progression totale agrégée des bilans des banques s affiche à 15.7 % au 31 août 2013 par rapport à la même date en Mais le secteur bancaire a été marqué par une quasi-absence d échanges entre banques. Coopération économique, intégration régionale et commerce Le Gabon est membre des principales organisations de coopération économique telles que la Communauté économique des États de l Afrique centrale (CEEAC), la CEMAC, l Organisation pour l harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), le Nouveau partenariat pour le développement de l Afrique (Nepad), ou l Organisation mondiale du commerce (l OMC). Il est par ailleurs signataire de nombreux accords commerciaux bilatéraux avec les grandes économies. Le Gabon engage les réformes nécessaires à son insertion dans l économie mondiale à travers son Programme d appui au commerce (Progracom) financé par l Union européenne (UE) à hauteur de 3 millions d euros (EUR), préalable aux négociations en cours d un accord de partenariat économique (APE) avec l Europe. Ces négociations ont déjà abouti à un Accord de partenariat volontaire (APV) sur la légalité du bois exporté par le Gabon vers l UE. Les barrières non tarifaires à l importation sont progressivement levées, et le Gabon n applique plus de taxes à l exportation. Au niveau de l intégration régionale, les échanges avec les pays de la CEMAC sont limités à l importation des produits alimentaires, en provenance du Cameroun notamment. La libre circulation des personnes entre le Gabon et ses voisins est toutefois compromise. Sa mise en œuvre, prévue en janvier 2014, a été différée par les réticences de certains pays, telle la Guinée Équatoriale, au nom d arguments sécuritaires. De façon générale, le solde de la balance commerciale demeure en excédent structurel avec un taux de couverture des importations supérieur à 135 %. Il s est toutefois détérioré en 2013, où il a représenté 37.9 % du PIB contre 38.8 % en Cette détérioration s explique par le fléchissement des recettes d exportations lié à l épuisement des champs pétroliers marginaux et aux difficultés 58 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
60 techniques rencontrées par les opérateurs. Les importations ont légèrement reculé, elles aussi, en pourcentage du PIB. Elles sont estimées à 16.2 % du PIB en 2013, contre 17.1 % en Le Gabon conserve néanmoins une certaine autonomie, ses réserves en devises correspondant à 4.7 mois d importations en Gabon Le déficit de la balance des services s est accru pour équivaloir à 11.3 %du PIB en 2013 contre 10.9 % en Cette détérioration s explique, entre autres, par le poids des services non marchands (éducation et santé). Le solde global des transactions est prévu tendanciellement à la baisse en 2014 et 2015, en raison de la diminution graduelle de la production de pétrole. Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale Exportations de biens (f.o.b.) Importations de biens (f.o.b.) Services Revenu des facteurs Transferts courants Solde des comptes courants Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique de la dette Le Gabon suit une dynamique de faible endettement depuis une dizaine d années. Dans l ensemble, l exécution de la stratégie d endettement depuis 2012 a permis de maîtriser le niveau d endettement du pays. Le taux d endettement se maintient ainsi depuis 2011 aux alentours de 16 %. Le gouvernement a chargé une «Direction générale de la dette» de définir la politique d endettement du pays et de gérer la dette publique, dont les ratios ont été ramenés à des niveaux plus que soutenables. Des plafonds d endettement compatibles avec les équilibres des comptes publics ont été définis. La Direction de la dette a procédé depuis 2012 à la réconciliation des données de la dette avec les différents créanciers de l État, y compris le Groupe de la BAfD. Toutefois aucune analyse de la soutenabilité de la dette n a été conduite récemment. Le volume de l endettement de l État en 2013 se justifie essentiellement par sa participation au financement du Schéma Directeur National d Infrastructure (SDNI) , à travers un partenariat avec le secteur privé et d autres types de concessions tel que le lancement d un emprunt obligataire sur le marché financier de la CEMAC. Le Gabon a émis le 5 décembre 2013, avec succès, une euroobligation de 1.5 milliard USD d une maturité de dix ans. En 2007, le Gabon avait émis une première euro-obligation de 1 milliard USD arrivant à maturité en L opération de 2013 a permis de lever 890 millions USD et de convertir une partie des obligations émises en 2007 pour environ 610 millions USD. Les 280 millions restant apporteront à l économie nationale des ressources permettant d accélérer la mise en œuvre du plan stratégique Gabon émergent (PSGE). Selon les prévisions, le service de la dette publique extérieure va augmenter, et celui de la dette intérieure diminuer suite au remboursement anticipé de la dette intérieure initié en Le service de la dette intérieure s établit à 55.9 milliards XAF en Le service de la dette extérieure est en hausse en 2013 (1.5 %) par rapport à 2012, où il avait déjà augmenté de 1.0 % par rapport à 2011, suite au renforcement par l État du volume des intérêts de la dette pour en alléger le poids. Cette tendance devrait se stabiliser en 2014 (1.5 %) du fait d arriérés de remboursements de la dette intérieure générés par des lenteurs au niveau des procédures budgétaires et de la gestion financière en général. Le poids du service de la dette extérieure va ainsi se stabiliser par rapport au poids du service de la dette intérieure. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 59
61 Gabon Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations % Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations Source : FMI (WEO & Article IV). Gouvernance économique et politique Secteur privé L édition 2014 de l Indice mondial de la liberté économique, publié chaque année par le «Wall Street Journal» et «Heritage Foundation», classe le Gabon pour la quatrième année consécutive comme l économie la plus libérale de la CEMAC, à la 14 e place en Afrique subsaharienne, et à la 105 e place mondiale. L édition 2014 du rapport Doing Business de la Banque mondiale sur la facilité de réaliser des affaires place le Gabon au 163 e rang mondial sur 189 économies examinées. Le pays occupait le 170 e rang dans l édition 2013 et progresse donc de sept places. L évolution est particulièrement positive sur trois critères du rapport : la création d entreprise, l octroi de permis de construire et le paiement des impôts. Les efforts déployés par le Centre de développement des entreprises (CDE) pour progresser sur l indicateur de la facilité à créer une entreprise au Gabon ont contribué à ce bon résultat. La création d un guichet unique permet aujourd hui de créer une entreprise en 24 heures, contre 58 jours auparavant. Mais il reste à des efforts à fournir au regard des autres critères : raccordement à l électricité, transfert de propriétés, protection de l investissement, exécution des contrats, l obtention des prêts, règlement de l insolvabilité, et commerce transfrontalier dans une région considérée comme très peu intégrée. Le dynamisme de l économie gabonaise depuis 2010 peut s expliquer par des réformes administratives conjuguées à la stratégie de diversification de l économie à travers deux axes : l industrialisation et l ouverture sur le monde. La stratégie de développement du secteur hors pétrole s inscrit dans cette logique. Aussi l interdiction d exporter les grumes a-t-elle permis la création de 33 entreprises de transformation du bois entre 2010 et La vente du bois débité a plus que doublé, passant, en valeur, de 166 millions USD en 2009 à 340 millions USD en 2012, avec la création de emplois directs. 60 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
62 Un nouveau code pétrolier a été adopté au Gabon en 2013, avec pour objectif de porter à 30 % la part de l État sur les bénéfices du secteur, contre 20 % actuellement. Cela permettra de constituer une société de droit gabonais pour remplacer l actuelle Société gabonaise de raffinerie (Sogara). Gabon L Institut du pétrole et du gaz (IPG) a été inauguré le 14 janvier 2014 pour former sur place les techniciens qualifiés et «gabonniser» les emplois du secteur. Secteur financier Le système bancaire gabonais compte dix banques en activité dont deux banques de développement, sept banques commerciales et une banque d affaires. Le secteur est fortement concentré avec trois banques réalisant plus de 65 % de tous les prêts et dépôts. Les crédits au secteur privé constituaient en 2012 environ 71 % du total des crédits bruts, contre 21.1 % de crédits à l État. D après le rapport du Comité monétaire et financier national du Gabon, les avoirs extérieurs du pays se consolident à milliards XAF (+ 0.3 %), le crédit intérieur progresse de 21.7 % pour s élever à milliards XAF. La situation des banques est globalement satisfaisante au Gabon, du fait de la progression de 15.7 % en un an du total agrégé des bilans des banques, enregistrée au 31 août Le secteur bancaire est en situation de surliquidité avec un taux de couverture des crédits par les dépôts de % en Si l activité se déroule avec des rentabilités intéressantes (produit net bancaire de milliards XAF en 2012), les charges d exploitation ont néanmoins tendance à se dégrader. Le ratio de créances en souffrance s est légèrement détérioré en 2013 pour s élever à 10.3 % contre 10.1 % en Selon le tableau de bord 2013 de la Direction générale de l économie, le secteur de la microfinance comptait au début 2013 dix établissements en activité, mais deux d entre eux ont fait faillite en fin d année. Ce secteur, dont le développement constitue un vecteur de lutte contre la pauvreté, est relativement limité au Gabon et ne touche que 4.1 % de la population. La clientèle a toutefois augmenté de 45.2 % en 2012 pour se chiffrer à personnes. En ligne avec cette évolution, les ressources et les emplois des établissements se sont accrus respectivement de 18.2 % et 81.6 % en Cela s explique pour l essentiel par les fonds spéciaux affectés au démarrage ou au renforcement des activités dans le commerce et les services. Le secteur des assurances comprend huit compagnies dont les activités s articulent autour de deux produits principaux, l assurance vie et l assurance dommages. Le chiffre d affaires du secteur a enregistré une hausse de 9.8 % en 2012 pour se situer à 98.8 milliards XAF. Gestion du secteur public, institutions et réformes Le renforcement de la bonne gouvernance implique une accélération des réformes structurelles en vue d appuyer la diversification de l économie nationale. Il s agit d améliorer le climat des affaires et de renforcer les infrastructures, tout en poursuivant des actions à visée plus internationale, notamment pour valoriser et mettre en place les bonnes pratiques dans le secteur des ressources naturelles. La qualité du service public pâtit d insuffisances relevées dans l administration publique. Ces insuffisances ont été relevées dans l édition 2014 du rapport de Transparency International sur la perception de la corruption. Le Gabon a glissé de la 102 e place en 2012 à la 106 e en 2013 sur un total de 177 pays examinés, avec une note de 34 points sur 100. Le conseil d administration de l Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) a par ailleurs décidé en février 2013 d exclure le Gabon du processus pour non-respect du calendrier de reddition des comptes exigé par l organisation. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 61
63 Gabon Gestion des ressources naturelles et environnement D après le rapport de suivi des Nations Unies concernant les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), le Gabon est en voie d atteindre la cible en matière d environnement. Fort de son capital forestier (23 millions d hectares, soit 85 % de la superficie du pays), floristique (8 000 espèces végétales) et faunique (200 espèces de mammifères et 680 espèces aviaires), le Gabon a fait de la gestion durable des écosystèmes forestiers et de la valorisation de la biodiversité un pilier majeur de sa stratégie nationale de développement. La politique environnementale du Gabon s organise autour de deux axes : i) apporter un environnement de qualité au plus grand nombre en terme d amélioration du cadre de vie ; et ii) faire du Gabon un pays de référence dans le bassin du Congo à travers une gestion durable de ses ressources. Parmi les décisions institutionnelles et réglementaires en matière de protection de l environnement, on relève notamment la création de 13 parcs nationaux, l interdiction d importer et d utiliser les sachets plastiques non biodégradables, l interdiction, depuis 2009, d exporter les grumes de bois d œuvre afin de limiter le taux de coupes et d encourager la transformation locale, l institution de forêts communautaires en zone rurale afin que les populations puissent bénéficier de l exploitation des forêts, et la réalisation systématique d études d impact environnemental. La superficie forestière engagée dans le processus d aménagement a connu une progression de près d environ 30 % ces trois dernières années, passant de 10.5 millions d hectares en 2009 à 13.4 millions d hectares en Le Gabon a créé l Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) et l Agence d exécution des activités de la filière Forêt-Bois (AEAFB) pour la mise en œuvre effective des politiques et programmes de gestion durable de l environnement. Contexte politique La situation politique au Gabon se caractérise par une relative stabilité des institutions. Mais l année 2013 a connu une légère recomposition du paysage politique avec les élections des conseillers municipaux et départementaux organisées le 14 décembre. Le Parti Démocratique Gabonais (PDG) au pouvoir a obtenu sièges sur les sièges mis en compétition dans les 22 circonscriptions électorales. L opposition a gagné des sièges dans six chefs-lieux de province sur neuf où elle n avait pas de représentation jusqu alors. Mais le PDG l a très largement emporté dans l ensemble du pays, avec des scores de 63 % à Makokou, 57 % à Koulamoutou, et 71 % à Franceville, chefs-lieux des trois autres provinces. Contexte social et développement humain Développement des ressources humaines Le Gabon a l un des taux de scolarisation dans l enseignement primaire les plus élevés d Afrique. Ce taux s élevait à 96.4 % en 2012 (95.5 % chez les garçons et 97.2 % chez les filles) selon les données du rapport de suivi 2013 des progrès sur la voie des OMD. Le Gabon a donc quasiment atteint l objectif de scolarisation universelle (OMD 2). Cette performance est confortée par la loi n 21/2011 «portant orientation générale de l éducation, de la formation et de la recherche», qui stipule (article 2) que l éducation et la formation sont obligatoires au Gabon, et que leur accès est assuré à tout jeune, gabonais ou étranger résident au Gabon, âgé de 3 à 16 ans. Le système éducatif fait cependant face à des déficiences avec un taux de redoublement élevé et un taux d achèvement du primaire de seulement 37.2 %. La cinquième année, la dernière du cycle primaire, reste un goulot d étranglement du fait de l insuffisance des structures d accueil dans le secondaire où le ratio élèves/classe varie de 40 et à 65 selon la situation géographique de l établissement ou le milieu social de l élève. Le taux net de scolarisation est moyen dans le cycle secondaire (49.7 % des garçons et 57.9 % des filles en 2012) ; il est très faible dans le cycle supérieur (6.9 % des garçons et 5.1 % des filles). 62 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
64 Le pays a réalisé des progrès notables dans l amélioration de l offre sanitaire, mais insuffisants pour réaliser les objectifs liés à la mortalité des enfants de moins de 5 ans (OMD 4) et à la réduction de la mortalité maternelle (OMD 5). Selon l Enquête démographique et de santé 2012, la mortalité des enfants de moins de 5 ans est certes passée de 94.4 à 65 décès pour 1000 naissances vivantes entre 1990 et 2012, soit une baisse de 31 %, mais elle reste au-delà de la cible de 31.3 décès pour 1000 naissances vivantes en La mortalité maternelle a connu une baisse de 39 % depuis 1990, mais elle se situait à décès pour naissances vivantes en 2012, alors que la cible 2015 est de 67.5 décès. Gabon La propagation du VIH a été stoppée au Gabon et il existe maintenant une inversion de la tendance de l épidémie. La prévalence parmi les personnes âgées de 15 à 24 ans est estimée à 1.5 % (2012), contre 2.3 % en Parmi les personnes âgées de 15 à 49 ans, ce taux est passé de 8.1 % en 2000 à 4.1 % en Malgré ces résultats encourageants, le Gabon reste confronté à une épidémie de type généralisée qui constitue une menace réelle pour son développement démographique et socio-économique. Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail Malgré une croissance globale de l ordre de 6 % depuis 2010, et la forte croissance du secteur hors pétrole (un taux moyen 9.6 % entre 2010 et 2012), le taux de chômage moyen se monte à 20.4 %, et 35.7 % des jeunes ne trouvent pas de travail (Enquête nationale sur l emploi, Enec 2010). La durée moyenne du chômage est très élevée 76.2 mois, soit environ 6 ans et 66 % des chômeurs sont des primo-demandeurs. La proportion des Gabonais vivant en dessous du seuil national de pauvreté reste du même ordre qu en 2005, où elle a été estimée à 32.6 % (Enquête gabonaise d évaluation de la pauvreté). La pauvreté est plus concentrée dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Les difficultés structurelles de l économie gabonaise à créer suffisamment d emplois, le manque d infrastructures de communication, la perte de dynamisme de l agriculture, la faiblesse des infrastructures de base à l intérieur du pays sont autant de facteurs qui poussent constamment les jeunes à l exode rural. Des régions entières telles que la Nyanga et la Ngounié affichent un taux de pauvreté estimé à 57 %, et elles se sont progressivement vidées de leur population au profit des bassins économiques que sont Franceville, Port-Gentil, ou encore de la province de l Estuaire, qui abrite Libreville, la capitale administrative et politique. Selon le rapport 2013 de suivi des progrès des OMD, publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), les inégalités s accentuent. Le quintile le plus pauvre de la population se partageait 7.2 % du revenu national en Cette part s est encore rétrécie à 6.4 % en 2005 et à 5.7 % en Cette évolution traduit une dégradation du niveau de vie des franges les plus vulnérables de la population gabonaise. Cette tendance est confirmée par les données de l Enec qui montrent que les ménages faisant partie du premier quintile, soit les 20 % les plus pauvres, se trouvent, pour 47 % d entre eux, dans le groupe des ménages chômeurs, et, pour 48 %, dans le groupe des ménages menant des activités informelles. Les ménages dont le chef travaille dans le secteur privé formel ou dans le secteur public sont très marginaux dans ce quintile. Le Gabon a adopté des mesures de lutte contre la pauvreté ciblant les ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté, en créant notamment la Caisse nationale d assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). Les principales prestations de la Caisse sont, d une part, une couverture maladie universelle, et d autre part, des transferts monétaires trimestriels en faveur des familles les plus fragiles. Le pays a également pris des mesures pour favoriser l accès à l eau et à l énergie des ménages économiquement faibles, et l État prend à sa charge les factures d eau et d électricité des plus pauvres. Pour lutter contre l inflation qui rogne le pouvoir d achat des ménages, le gouvernement a suspendu la taxe à la valeur ajoutée (TVA) et les droits de douane sur les produits de première nécessité. En mai 2013 il a publié une grille de 166 produits alimentaires dont les prix ont été BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 63
65 Gabon revus à la baisse et sont contenus par voie réglementaire dans des fourchettes fixées de manière consensuelle avec les distributeurs. Grâce à ces mesures, le niveau d inflation a été contenu à 0.4 % en 2013, malgré une légère hausse des prix enregistrée lors du dernier trimestre. Égalité hommes-femmes Le principe d égalité en droit entre les hommes et les femmes, reconnu par la constitution gabonaise, est repris dans plusieurs textes juridiques tels que le code du travail et le statut général des fonctionnaires. Le Gabon a également souscrit aux orientations définies par les Nations Unies à travers la Convention sur l élimination de toutes les formes de discrimination à l égard des femmes (CEDAW, ratifiée en 1983) ou à travers le Programme d action de Beijing pour la promotion de la femme adopté lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes en 1995, et il a également souscrit à la Déclaration des chefs d État de l Union africaine sur l égalité en L indice de parité dans le système éducatif gabonais est quasiment de 100 % dans le cycle primaire, et il s élève à 110 % en faveur des filles dans le secondaire. Environ 34.5 % des femmes travaillaient en 2012 dans le secteur non agricole contre 29.8 % en Les femmes occupaient % des sièges à l Assemblée nationale en 2012 contre 5.8 % dans la législature précédente. Dans une déclaration au parlement, le président de la République s est engagé en 2013 à respecter une représentativité de 30 % des femmes et 30 % des jeunes dans les instances de prise des décisions. Cette mesure devrait permette aux femmes, notamment dans les zones rurales, de participer à la prise des décisions concernant leurs localités. Analyse thématique : les chaînes de valeurs mondiales et l industrialisation de l Afrique Le Gabon a lancé en 2010 un plan stratégique visant à hisser le pays au rang des économies émergentes à l horizon Ce plan est accompagné d un vaste programme de réformes visant à diversifier l économie et à accroître la compétitivité des secteurs industriels et des services tout en préservant les immenses richesses environnementales du pays. La mise en place de ce programme s est traduite depuis 2011 par des programmes d investissements publics massifs et par la mise en place d une politique industrielle impliquant l aménagement des zones économiques spéciales pour attirer les IDE, le partenariat public-privé et des prises de participations dans des filiales gabonaises de grands groupes multinationaux. C est dans cette optique que le pays a émis, le 5 décembre 2013, un euro-bond de 1.5 milliard USD destiné à réduire ses coûts d emprunt et à financer une partie des infrastructures dans les secteurs portuaires, aéroportuaires, routiers et énergétiques. Le gouvernement gabonais, compte tenu du blocage observé dans la mise en œuvre du projet d exploitation du fer de Bélinga, a entrepris de remettre à plat la convention d exploitation des mines qui le liait à la Compagnie des mines de Bélinga (COMIBEL), détenue à 75 % par la CEMEC (Société nationale de Chine des machines et des équipements d import-export). Ayant acquis actions de la holding chinoise, l État détient désormais la totalité du capital social de la COMIBEL. Toute la stratégie d industrialisation du Gabon repose sur la filière bois. Celle-ci est en plein essor et la forêt, qui recouvre près de 85 % du territoire national, offre des opportunités pour réduire la dépendance du pays envers le pétrole, lutter contre la pauvreté et offrir de meilleures conditions de vie aux populations. Avec plus de 400 essences d arbres, la richesse écologique du Gabon est inestimable. Au regard de ce potentiel, les autorités gabonaises ont décidé en 2010 d arrêter d exporter les grumes brutes pour favoriser leur transformation locale. Il faut dire que le Gabon a longtemps exporté le bois en grumes, en dépit du code forestier de 2001 qui prévoit que 75 % des grumes devaient être transformées au Gabon. Des études ont avéré en 2012 que 35 % seulement des grumes étaient réellement transformées dans le pays. L interdiction d exporter des grumes brutes vise à créer de nouveaux emplois et à valoriser les bénéfices en exportant 64 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
66 des produits semi finis prêts à être consommés sur le marché mondial. L État a créé un Bureau industrie bois, un organe administratif chargé d appuyer l industrialisation du secteur forestier mais aussi de dispenser des formations aux opérateurs industriels. Gabon Jusqu en 2008, la Chine était le premier client importateur de bois transformé en provenance du Gabon avec 1.1 million de mètres cube, devançant la France qui représentait alors 14.3 % des parts de marché. Avec l interdiction des exportations de grumes brutes, l Europe est devenue en 2012 la première importatrice des produits issus de la transformation du bois gabonais (42 % des ventes), devant l Asie (36 %), l Afrique et l Amérique (22 % l une et l autre). La création de la ZES multisectorielle de Nkok a facilité l installation à conditions favorables de nouvelles entreprises étrangères. Sur les 62 investisseurs de la ZES en 2013, 40 % travaillent dans la filière bois, et le nombre d usines est passé de 81 en 2009 à 114 en Au niveau des emplois, le nombre de salariés de la filière bois est passé de en 2009 à près de fin L essor de la filière a en outre favorisé la création de petites et moyennes entreprises de transport pour acheminer vers les ZES les grumes en provenance de l intérieur du pays, et d entreprises de services et de manutention pour l entretien du matériel roulant et des équipements mécaniques. Au plan réglementaire, le Gabon a mis en place, avec le concours de firmes étrangères, une norme internationale, le label FSC (Forest Stewardship Council), garantissant que le bois est issu d un environnement durablement géré. Les autorités ont par ailleurs instauré une «grille de légalité et de traçabilité» gérée par l AEAFB. L agence vérifie le fonctionnement des exploitations et certifie que leurs activités sont conformes à la réglementation. Le Gabon se conforme ainsi aux critères fixés par l UE, qui exige la traçabilité de tous bois importés en Europe afin de s assurer qu ils sont conformes à la réglementation et ne sont pas le fruit d une exploitation illégale. Par ailleurs, l État a revu les missions assignées à la Société nationale des bois du Gabon (SNBG). En ouvrant son capital aux investisseurs étrangers, l entreprise publique a pu se doter d un complexe industriel qui a attiré de nombreux investisseurs extérieurs. Son capital est ainsi passé de 4 à 10 milliards XAF. Le complexe peut désormais prendre en charge toutes les étapes de transformation, du tranchage au sciage en passant par la production de contre-plaqués. Cette acquisition offre au secteur de nouvelles opportunités et lui donne une longueur d avance sur les autres pays du bassin du Congo. Le Gabon est devenu le principal site de transformation du bois de la région, avec un marché potentiel élargi. L ouverture d un centre de formation spécialisé dans les métiers du bois est envisagée en 2014 à Booué, dans la province de l Ogooué Ivindo. Le centre formera des techniciens, des ingénieurs, des agents commerciaux et de maintenance qualifiés pour intervenir à chaque étape de la filière bois. Le nouvel Institut du Pétrole et du Gaz (IPG) formera par ailleurs les jeunes gabonais aux métiers d exploitation et de gestion des ressources pétrolières. Fruit d un partenariat publicprivé avec les différents opérateurs du secteur pétrolier au Gabon, l IPG ouvrira aux stagiaires l accès à des postes de responsabilité dans les entreprises pétrolières. Il accueillera des étudiants de niveau master (bac +5) pour une formation de 18 mois axée sur l apprentissage théorique et pratique, et dispensée en simulant les conditions réelles d exploitation. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 65
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68 Guinée Équatoriale 2014 Gérard Bizimana / [email protected] Glenda Gallardo / [email protected] Lauréline Pla / [email protected]
69 Guinée équatoriale Guinée Équatoriale La baisse de ses recettes pétrolières a fait entrer le pays dans une phase de récession. La croissance a été négative (-1.4 %) en 2013, et elle devrait le rester en 2014 (-1.8 % selon les prévisions). Les autorités ont maintenu un niveau élevé de dépenses d investissement (37.9 % du PIB), creusant un déficit budgétaire équivalant à 7.5 % du PIB en Les recettes du secteur des hydrocarbures ont permis ces dernières années un développement rapide des infrastructures de base, mais cette dynamique ne s est accompagnée ni d un processus de diversification de l économie, ni d une amélioration notable des conditions de vie de la population. Vue d ensemble L économie de la République de Guinée équatoriale (RGE) est entrée en 2013 dans une phase de récession, affichant un taux de croissance négatif du PIB estimé à -1.4 % en 2013, après une croissance de 5.3 % en Les performances économiques du pays devraient encore se dégrader en 2014 et 2015, avec des taux de croissance négatifs (-1.8 % et -8.5 % respectivement). Dans une économie largement dominée par le secteur des hydrocarbures, cette phase de récession résulte de la diminution de la production de gaz et de pétrole, et de la baisse des recettes pétrolières. La croissance de l économie hors-hydrocarbures a été largement tirée par les investissements publics réalisés par les autorités en faveur du développement et de l amélioration des infrastructures de base telles que les routes, les ports et les aéroports. Les dépenses publiques en capital ont connu une constante évolution à la hausse ces dernières années et cette tendance devrait se poursuivre en 2014 et 2015 en dépit de la baisse des recettes pétrolières amorcée en Le solde budgétaire se détériore donc. Il a enregistré un déficit équivalant à 7.5 % du PIB en 2013, contre 5.4 % en Le déficit devrait encore s aggraver pour représenter 11.4 % du PIB en 2014 puis 12.8 % en 2015, selon les prévisions. La découverte dans les années 90 d importants gisements de pétrole et de gaz et leur mise en exploitation avait impulsé une forte croissance économique qui a permis l élévation très rapide du revenu par habitant, estimé à USD en Si les recettes tirées de l exploitation des hydrocarbures ont permis le développement rapide des infrastructures de base au cours de la période récente, la dynamique de croissance ne s est pas encore accompagnée d un processus de diversification de l économie, et les conditions de vie de la population ne s améliorent que très lentement. L indice de développement humain s établit à en 2013, plaçant la Guinée équatoriale à la 136 e place mondiale sur un total de 187 pays, alors qu elle occupe le 59 e rang dans le monde en termes de PIB par tête. Le secteur des hydrocarbures représente actuellement près de 90 % du PIB et la quasi-totalité des exportations du pays tandis que l agriculture, principale source de revenus des Équato-guinéens, se limite à une agriculture de subsistance et ne couvre que 30 % des besoins du pays. Conscient de la nécessité de rendre la croissance plus inclusive et d élargir ses bases, les autorités ont élaboré un Plan national de développement économique et social (PNDES) visant à faire de la Guinée équatoriale une économie émergente en La première phase ( ) de ce plan était centrée sur le développement des infrastructures de transport, du réseau électrique et des bâtiments publics (hôpitaux, écoles) au prix d importantes dépenses en capital financées par les recettes tirées des hydrocarbures. La seconde phase du plan, amorcée en 2013, prévoit de maintenir le niveau élevé d investissement public dans le domaine des infrastructures tout en ciblant le développement de cinq secteurs prioritaires qui offrent au pays des avantages comparatifs inexploités et qui sont potentiellement créateurs de richesses et d emplois. Il s agit 68 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
70 de l agriculture et de l élevage, de la pêche, de la pétrochimie et des mines, du tourisme et des services financiers. Dans ces secteurs, les autorités souhaitent améliorer le climat des affaires en vue d attirer les investissements étrangers et monter en gamme dans les chaînes de valeur mondiales (CVM). Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Guinée équatoriale % 50 Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique centrale (%) Afrique (%) (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD, Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives La découverte dans les années 90 d importants gisements de pétrole et de gaz et leur exploitation a impulsé une forte croissance économique. Le pays s est positionné au rang de premier producteur au sein de la Communauté économique et monétaire de l Afrique centrale (CEMAC) et de troisième exportateur de pétrole en Afrique subsaharienne. Les recettes pétrolières ont contribué à améliorer les finances publiques et permis à l État d investir dans de grands projets d infrastructures de base. La croissance économique tirée par le secteur des hydrocarbures a en outre permis au pays d accéder au statut de «pays à revenu intermédiaire», affichant le revenu par habitant le plus élevé du continent ( USD) en L amélioration des conditions de vie de la population est néanmoins très lente, et le pays continue de figurer au bas de l échelle des indicateurs sociaux. La production de pétrole s est établie à 110 millions de barils en 2012 tandis que la production de gaz liquéfié et de méthanol a été d environ 7 millions de tonnes. L économie étant largement dominée par le secteur des hydrocarbures, qui représente actuellement près de 90 % du PIB et la quasi-totalité des exportations du pays, son taux de croissance est fortement vulnérable aux BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 69
71 Guinée équatoriale fluctuations des cours mondiaux du pétrole ainsi qu aux variations des volumes produits et exportés dans ce secteur. L année 2013 marque l entrée du pays dans une phase de récession économique causée par la diminution de la production de pétrole, de gaz et de méthanol, et par la baisse parallèle des recettes pétrolières. La diminution de la production de pétrole s explique notamment par l arrivée à maturité de six champs pétroliers (Zafiro, Okoumé, Alba, Ceiba, Jade et Serpentina). Les recettes pétrolières ont représenté 30.9 % du PIB en 2013 contre 31.6 % en 2012, et cette tendance baissière devrait se poursuivre en 2014 et Le rythme de la croissance du PIB s est par conséquent considérablement ralenti, enregistrant même un taux négatif (-1.4 % en 2013 contre + 5.3% en 2012). Cette dégradation des performances économiques du pays devrait s aggraver en 2014 et 2015, avec des taux de croissance projetés à -1.8 % et -8.5 % respectivement. Le secteur du bâtiment et travaux publics est la deuxième activité prépondérante du pays après l exploitation du gaz et du méthanol. La croissance de cette filière a été largement tirée par les investissements publics en faveur de la réhabilitation et de la construction d infrastructures de base telles que les routes, les ports, les aéroports, les logements sociaux et les bâtiments publics. Les investissement réalisés dans le cadre de la première phase du PNDES, dont l objectif est de faire de la Guinée équatoriale une économie émergente en 2020, ont permis d accroître l offre de logements dans les zones urbaines et de développer les infrastructures de transport (routes, ports et aéroports) ainsi que la distribution d électricité. Les dépenses publiques en capital sont financées par les revenus tirés des activités pétrolières. Leur évolution à la hausse en 2013, 2014 et 2015 vise à faciliter la mise en œuvre de la seconde phase du PNDES, dont l objectif est de diversifier de l économie au-delà du secteur des hydrocarbures. Le secteur privé hors hydrocarbures est embryonnaire en RGE, son développement étant entravé par une importante bureaucratie et par la faible qualité de la gouvernance. Suite à la quasi disparition des plantations de café, de cacao et d huile de palme dans les années 1970, peu de produits agricoles sont commercialisés. La production agricole en 2013 provient essentiellement de l agriculture de subsistance, qui demeure la principale source de revenu de la population mais ne couvre que 30 % des besoins locaux. Les deux principales cultures de rente sont le cacao et le café. L ancienneté des plantations et l exode rural massif des jeunes afin de chercher un travail mieux rémunéré en ville dans les secteurs du pétrole et de la construction ont causé le repli continu de la production de cacao depuis 2007 ainsi que la chute de la production du café. La faiblesse des infrastructures terrestres et l absence de filières de commercialisation sont des obstacles majeurs au développement du secteur agricole. Bien que la Guinée équatoriale possède une forêt très dense, notamment sur la partie continentale, la contribution de la sylviculture à la formation du PIB est restée négligeable en 2013 (moins de 0.5 %) à cause, d une part, de la conjoncture économique internationale qui a conduit à la réduction des commandes en provenance de l extérieur, et, d autre part, de la loi forestière de 2008 interdisant l exportation du bois en grumes brutes et exigeant la mise en place d unités de transformation du bois. Les exportations de bois représentent plus de tonnes de mètres cubes. L étendue des eaux territoriales et l abondance des espèces marines sont des atouts inexploités jusqu à présent du fait de la désorganisation de la pêche industrielle. Les autorités ont placé le développement des pêcheries au nombre des secteurs prioritaires en vue de réduire la dépendance de l économie aux hydrocarbures. Elles envisagent également, en vue de diversifier l économie, de mobiliser des ressources minérales non exploitées tels que les gisements d or, de diamants, de bauxite, d étain, de tungstène et de coltan. Du côté de la demande, l investissement en capital fixe et la consommation des ménages sont les deux principaux contributeurs au PIB, comptant chacun pour un peu plus d un tiers du PIB. Les dépenses d investissement public devraient continuer de s accroître en 2014 et De façon générale, la balance commerciale présente une position structurellement excédentaire, estimée à 44.2 % du PIB en 2013, en recul toutefois par rapport à 2012 (46.1 % du PIB) en liaison avec la diminution des exportations d hydrocarbures. Les exportations de biens et services enregistrent 70 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
72 un léger recul en 2013, représentant près de 70 % du PIB, tandis que les importations sont stables, estimées à près de 40 % du PIB. La tendance baissière du solde de la balance commerciale devrait se poursuivre en 2014 et 2015, au niveau, respectivement, de 40.6 % et 39.2 % du PIB. Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche. 1.3 dont pêche.. Mines dont pétrôle.. Manufactures. 0.1 Electricité, gaz et eau. 0.7 Construction. 5.7 Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants. 0.7 dont hôtels et restaurants.. Transports, entreposage et communications. 0.1 Finance, immobilier et services aux entreprises. 0.8 Services des administrations publiques. 0.9 Autres services. 0.3 Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs. 100 Source : Données des administrations nationales. Guinée équatoriale Politique macroéconomique Politique budgétaire Les dépenses publiques ont plus que doublé en termes réels depuis Dans le cadre de la première phase du plan national de développement ( ), le gouvernement a investi les recettes pétrolières en faveur du développement et de l amélioration des infrastructures de base telles que les routes, les ports et les aéroports, les logements sociaux et les bâtiments publics, en vue d accroître la compétitivité et de stimuler la croissance. Les dépenses exécutées ont été quasiment deux fois supérieures aux montants initialement prévus. Ce dépassement s explique d une part par les dépenses occasionnées par les travaux réalisés dans le cadre de l organisation de la Coupe d Afrique des nations (CAN) ou lors du sommet des chefs d État de l Union africaine, ainsi que, d autre part, par un dépassement par rapport aux prévisions des recettes tirées des hydrocarbures. La loi de finances 2013, fondée sur une projection de croissance de 1.8 % en 2013, se caractérisait par la volonté des autorités de mettre en place la deuxième phase du PNDES visant à diversifier l économie en vue de porter la Guinée équatoriale dans la catégorie des économies émergentes en Mais contrairement aux pronostics officiels, l économie est entrée dans une phase de récession en 2013, enregistrant un taux de croissance négatif de -1.4 % et creusant le déficit du solde primaire (6.8 % du PIB en 2013 contre 5 % en 2012). Ce creusement s explique par la hausse continue des dépenses en dépit de la baisse des recettes pétrolières depuis Les dépenses publiques contribuent pour plus de 35 % à la demande domestique. Elles sont largement dominées par les dépenses en capital : ces dernières ont représenté 37.9 % du PIB en 2013, contre 8.5 % pour les dépenses courantes. Ces dépenses d investissement ciblent principalement le développement des infrastructures de transport et du réseau électrique ainsi que la construction de grands édifices publics. La tendance à la hausse des dépenses en capital devrait se poursuivre en 2014 et Ces dépenses devraient représenter 41.1 % du PIB en 2014 et 42.7 % en Les dépenses courantes sont en légère baisse. Elles sont estimées à 8.5 % du PIB en 2013, contre 9.0 % en Cette tendance à la baisse devrait se poursuivre en 2014 et 2015 (8.4 % et 8.1 % du PIB respectivement). BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 71
73 Guinée équatoriale Les recettes tirées de l exploitation des hydrocarbures constituent la très large majorité des recettes publiques. Les recettes pétrolières enregistrent une légère baisse depuis Estimées à 30.9 % du PIB en 2013, elles sont projetées à 29.8 % en 2014 et à 29.6 % en Les recettes fiscales sont en légère hausse, s établissant à 2.6 % du PIB en 2013 contre 2.4 % du PIB en En revanche, lorsqu estimées relativement au PIB hors hydrocarbures, les recettes fiscales hors hydrocarbures montrent une tendance à la baisse sur la période récente. Une gestion plus optimale des recettes tirées des ressources en hydrocarbures est indispensable pour limiter l impact de la volatilité des recettes générées par ces ressources sur l équilibre budgétaire et les dépenses publiques. Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Recettes pétrolières Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique monétaire La Banque des États de l Afrique centrale (BEAC) définit et met en œuvre la politique monétaire des six États membres de la CEMAC. Les principaux critères de convergence portent sur la stabilité du taux d inflation (inférieur à 3 %), un solde budgétaire de base rapporté au PIB nominal positif ou équilibré, un endettement intérieur et extérieur inférieur à 70 % du PIB et un non cumul d arriérés sur le paiement de la dette intérieure et extérieure. La politique monétaire conduite par la BEAC en 2013 est marquée par le maintien de l objectif de refinancement des banques à 2 milliards XAF (Franc CFA BEAC) et le maintien de la politique des réserves obligatoires. Les principaux taux directeurs ont été réduits. Le taux d intérêt sur les appels d offre (TIAO) a été établi à 3.25 % en juillet La BEAC a annoncé en décembre 2013 une baisse de ses taux d intérêt sur placement de 0.1 à 0 % pour les placements à sept jours, de à % pour les placements à 28 jours et, enfin, de à % pour les placements à 84 jours. Le taux d intérêt sur placement public au titre du Fonds de réserve pour les générations futures a été réaménagé de 0.75 % à 0.5 % en juillet Le taux d intérêt sur placement public au titre du Mécanisme de stabilisation des recettes budgétaires a également été revu à la baisse, de 0.35 % à 0.1 %, ainsi que le taux d intérêt sur placement public au titre des dépôts spéciaux, qui a été ramené de 0.1 % à 0 %. En 2013, les autorités équato-guinéennes ont confirmé leur objectif de contrecarrer les effets de la hausse des liquidités dans l économie dans le but de stabiliser les prix. Cet objectif n a néanmoins pas été atteint, dans la mesure où la volatilité des prix est demeurée plus marquée en Guinée équatoriale que dans les autres pays de la CEMAC. La demande domestique tirée par le niveau élevé d investissement public a contribué à maintenir le taux d inflation à un niveau élevé. Le taux d inflation s est écarté du critère de convergence fixé par la CEMAC (3 %), s établissant à 5.0 % en 2013, en hausse par rapport au taux de 3.4 % enregistré en 2012 et largement supérieur aux prévisions (3.1 %). Le taux d inflation constamment supérieur aux autres pays de la région a érodé la compétitivité extérieure du pays et contribué à l appréciation du taux de change réel effectif. Cette tendance devrait se poursuivre en 2014 et 2015, le taux d inflation étant projeté à 5.8 % et 5.2 % respectivement. 72 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
74 Coopération économique, intégration régionale et commerce La position extérieure du pays repose sur les hydrocarbures, qui sont des produits fortement vulnérables aux chocs subis par les termes de l échange. L exploitation des hydrocarbures a permis au pays d accumuler d importantes réserves de change placées à la BEAC ainsi que sous forme de dépôts en devises dans des banques commerciales offshore. L excédent enregistré par la balance commerciale s est rétréci en 2013, passant à 44.2 % du PIB contre 46.1 % en Cette dégradation s explique par les effets conjugués de la stabilisation des importations d une part et, d autre part, de la baisse des exportations consécutive à celle de la production de pétrole et de gaz. Guinée équatoriale Le déficit de la balance des services s est contracté pour équivaloir à 15.3 % du PIB en 2013 contre 15.6 % en Cet allègement devrait se poursuivre, le solde de la balance des services étant projeté à % en 2014 et à % en 2015, en lien avec les investissements des entreprises de production de gaz ainsi que ceux des sous-traitants du secteur pétrolier. Le déficit de la balance des revenus a été ramené à 36.1 % du PIB en 2013 contre 42.4 % en 2012, sous l effet d une baisse du niveau des rémunérations des capitaux privés dans le secteur des hydrocarbures. En dépit du niveau élevé des exportations d hydrocarbures, le compte courant présente sur la période récente un déficit persistant, financé en large partie par les flux consistants d investissements directs étrangers (IDE) que reçoit le secteur des hydrocarbures du pays. Ce déficit a diminué en 2013, s établissant à 7.9 % du PIB contre 12.6 % en 2012, sous l effet du rétablissement du revenu des facteurs. Le déficit continu du compte courant s explique par le fait qu une large partie des revenus tirés des exportations d hydrocarbures est transférée vers des entreprises parentes basées à l étranger, ainsi que par l impact sur les importations des investissements massifs réalisés par le secteur public. Dans la mesure où la majeure partie des contrats, des matériels et du travail impliqués dans les dépenses publiques d investissement provient de l étranger, ces dépenses en capital ont induit des niveaux substantiels d importations de biens, de capital et de services. Le secteur extérieur risque de demeurer une source de vulnérabilité tant que les dépenses en capital du secteur public continueront de se traduire par d importantes importations. Selon les prévisions, les importations, estimées à 40.6 % du PIB en 2013, en représenteront 41.6 % en 2014 et 42.9 % en 2015, compte-tenu de l accroissement des achats de biens d équipements induit par la politique de construction des infrastructures. Membre de la CEMAC, la Guinée équatoriale applique le tarif extérieur commun de la zone qui comporte quatre taux pour quatre catégories de marchandises : un droit de 5 % prélevé sur les biens de première nécessité, de 10 % sur les biens d équipement et les intrants, de 20 % sur les biens intermédiaires, et de 30 % sur les biens de consommation. En revanche, lors du dernier sommet de l institution tenu à Libreville en juin 2013, le pays a rejeté le projet de mise en application de la libre circulation au sein de la CEMAC. Après avoir alors fermé les frontières pendant deux semaines, les autorités les ont réouvertes à l issue des négociations menées par la 5 e commission mixte permanente de sécurité transfrontalière. Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale Exportations de biens (f.o.b.) Importations de biens (f.o.b.) Services Revenu des facteurs Transferts courants Solde des comptes courants Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 73
75 Guinée équatoriale Politique de la dette L importance relative du volume d endettement en 2013 s explique essentiellement par la nécessité de participer au financement du Schéma directeur national d infrastructures (SDNI) à travers un partenariat avec le secteur privé et d autres types de concessions telles que le lancement d un emprunt obligataire sur le marché financier de la CEMAC. L endettement extérieur de la RGE a représenté 5.5 % du PIB en 2013 (estimation), nettement en deçà du taux enregistré en 2012 (7.9 %) et largement inférieur aux prévisions, qui tournaient autour de 11 %. Cet endettement devrait encore diminuer en 2014 pour se réduire à 3.3 % du PIB, selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI). Le niveau d endettement extérieur reste faible et la dette extérieure a été principalement contractée auprès de créanciers bilatéraux, pour 83 % du stock total de la dette. Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations % Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations Source : FMI (WEO & Article IV). Gouvernance économique et politique Secteur privé Les entreprises étrangères jouent un rôle prépondérant dans le secteur privé. Elles sont concentrées dans l exploitation des gisements de pétrole sous-marins, dominée par les sociétés américaines. Quelques entreprises européennes monopolisent la distribution au détail des carburants. Ces groupes internationaux opèrent généralement en partenariat financier avec des entreprises publiques équato-guinéennes. La bureaucratie, l opacité des réglementations, le sous-développement du marché du travail et la faible qualification de la main-d œuvre locale sont des obstacles au développement d un secteur privé compétitif en Guinée équatoriale. L édition 2014 de Doing Business, le rapport de la Banque mondiale sur le climat des affaires dans le monde, classe la RGE au bas de l échelle, qu il s agisse de la facilité à créer une entreprise, de la bonne gouvernance ou de la transparence. Le pays perd deux places dans le classement pour la facilité des affaires, se positionnant au 166 e rang sur 189 économies examinées. Deux indicateurs connaissent une évolution positive : le commerce transfrontalier (le pays est 137 e et gagne quatre places) et l exécution des contrats 74 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
76 (il est 50 e et gagne une place). La RGE conserve la même place pour trois critères : la protection des investisseurs (147 e ), le paiement des impôts (177 e ) et le règlement de l insolvabilité (189 e et dernier). Il recule au classement des quatre autres critères. Créer une entreprise en Guinée équatoriale prend en moyenne 135 jours et nécessite 18 démarches, pour un coût équivalent à 98.6 % du revenu par habitant. Les coûts de main d œuvre sont relativement élevés par rapport aux pays voisins, le système fiscal n est pas transparent et son application n est pas uniforme. Les taxes douanières sont élevées. Le pays figure, en outre, à la dernière place du classement pour les modalités de fermeture d une entreprise. Les actifs des sociétés en faillite ne sont pas redéployés rapidement et efficacement pour d autres usages. Guinée équatoriale L accès aux services financiers, y compris au micro-financement, demeure un obstacle à l éclosion d un secteur privé dynamique. Les banques sont peu enclines à financer les entreprises locales non impliquées dans les marchés publics. Le système bancaire ne joue pas encore un rôle d intermédiation suffisant pour le secteur privé et il s appuie beaucoup trop sur les prêts à court terme. Le pays recule de quatre places pour le critère d accès au crédit dans l édition 2014 de Doing Business, passant à la 109 e position. Secteur financier Le secteur financier de la Guinée équatoriale compte quatre banques. Trois sont des filiales de grands groupes bancaires internationaux tandis que le gouvernement détient une participation majoritaire dans la quatrième, Banco Nacional de Guinea Ecuatorial (BANGE), à capitaux allemands et philippins. Deux nouvelles banques, encore non opérationnelles, sont attendues sur le marché. Le portefeuille bancaire est relativement sain et respecte les ratios prudentiels de la CEMAC. La proportion des créances douteuses a été réduite à moins de 5 % et le rendement des actifs et des fonds propres évolue à la hausse. La libéralisation du secteur bancaire n a pas réussi à réduire le coût du financement qui reste élevé, traduisant la faiblesse de la concurrence. Malgré toutes les mesures prises ces dernières années par les autorités de la BEAC, visant notamment à favoriser l accès au crédit et à soutenir la croissance économique, le coût du financement bancaire reste élevé avec des frais considérables prélevés sur les prêts, ainsi que des taux d intérêt élevés appliqués aux entreprises privées. Le taux directeur a pourtant été revu une nouvelle fois à la baisse en moins de trois mois, passant de 3.5 % à 3.25 % en novembre L accès de la population aux services bancaires est limité et peu de ménages disposent d un compte. Les systèmes de paiement sont peu développés et sont concentrés dans les deux grandes villes du pays, Malabo et Bata. Les guichets automatiques de banque (GAB) sont peu nombreux et l utilisation des chèques très limitée. La présence de trois banques internationales, qui gèrent de grands flux de transferts internationaux pour le compte de l État et des compagnies pétrolières, pourrait cependant faciliter le développement rapide des paiements automatiques, à condition d ouvrir davantage le marché national à la concurrence et de favoriser l ouverture d agences bancaires sur le territoire. Gestion du secteur public, institutions et réformes Malgré quelques avancées, la transparence et la qualité de la gestion des finances publiques souffrent de lacunes dans les domaines du budget, de la passation des marchés et de l audit interne et externe. Le budget suit un système de double gestion qui sépare le budget courant et le budget d investissement. La planification et la programmation du budget souffrent du manque de coordination entre les ministères et d un système de classification économique qui ne permet pas une allocation efficace des ressources entre les secteurs et selon les objectifs stratégiques. La discipline budgétaire est mise à mal par des dépassements à répétition, et le recours limité aux nouvelles technologies réduit considérablement l efficacité du système d information financière. Le budget est exécuté manuellement sur la base d une comptabilité de caisse. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 75
77 Guinée équatoriale Le suivi et la programmation du plan d investissement public nécessitent des améliorations surtout au regard de la forte progression des dépenses en capital. Les ministères sont dépourvus de service de vérification en interne efficace. La création d une Cour des comptes en charge de la vérification externe, instituée par référendum en novembre 2011, constitue toutefois une avancée pour le renforcement du contrôle budgétaire et de la reddition des comptes. L efficience du processus de passation des marchés publics souffre de l inexistence d un cadre juridique et institutionnel, et l entente directe reste la norme pour les commandes publiques. La réduction de la corruption reste un défi majeur pour le pays. La RGE se trouve à la 163 e place sur 177 au classement mondial 2013 de Transparency International sur l indice de perception de la corruption. Selon le rapport, la corruption est endémique dans le secteur public, et le secteur pétrolier manque de transparence. Selon l édition 2012 du rapport Open Budget publié par International Budget Partnership, le score du pays en matière de transparence budgétaire était de zéro, comme en 2010, plaçant la Guinée équatoriale à la dernière place des cent économies comparées. Gestion des ressources naturelles et environnement Le retard dans l obtention de la validation de la candidature du pays comme membre de l Initiative pour la transparence dans les industries extractives (EITI) est dû à la lenteur dans l application des règles de transparence concernant la production, la commercialisation et l utilisation des recettes pétrolières. Les forêts couvrent environ 2.2 millions d hectares, soit la quasi-totalité de la superficie du pays. La création accélérée d infrastructures a précipité le déboisement qui vient s ajouter à la dégradation des terres et aux conséquences de la chasse pour la consommation humaine. La loi sur le secteur forestier de juillet 1997 a permis de classer les forêts en deux catégories, les forêts productives et les forêts de conservation. Le pays a adopté un cadre juridique moderne sur les aires protégées, l exploitation forestière, la pêche et la biodiversité, mais sa mise en application reste problématique. Les législations relatives à la gestion des ressources forestières sont en pleine restructuration. Ces législations visent à préserver la nature mais, en pratique, un flou considérable entoure l octroi des concessions aux opérateurs. Faute de personnels suffisants sur le terrain, l État est impuissant à contrôler convenablement les activités d exploitation forestière et à réaliser un inventaire des ressources sylvicoles. Bien qu il ait ratifié le protocole de Kyoto, la RGE ne veille pas assez au respect de ses engagements par tous les acteurs économiques, notamment par les exploitants des champs pétroliers sousmarins. En tant que membre de l initiative sur la réduction des gaz torchés (GGFR), la RGE a considérablement réduit ses émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment dans le champ de la mer d Alba, grâce à la mise en œuvre d un plan de gestion des gisements de gaz pour éliminer le torchage. Les émissions de GES du pays sont estimées à environ 5 millions de tonnes en Contexte politique Selon les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale pour l année 2012, la RGE obtient la note de sur 100 pour l indicateur «stabilité et non violence». Pour l indicateur «responsabilité et participation», la note est de 2.37 sur 100. Une réforme constitutionnelle a été approuvée par référendum par une large majorité de la population (97.7 % des votants) en novembre La réforme limite à deux le nombre de mandats présidentiels, crée un poste de vice-président, et elle institutionnalise cinq organismes : la Chambre des sénateurs, la Cour des comptes, le Conseil d État, le Conseil pour le développement économique et social, et le Défenseur du peuple. Le texte ne précise pas si le président actuel, Teodoro Obiang Nguema, devra quitter son poste en 2016 au terme de son mandat actuel, ou si le décompte des mandats ne s appliquera qu à partir de la date du référendum. 76 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
78 L année 2013 a été marquée par l entrée en fonction d un nouveau gouvernement. Les élections législatives organisées en mai 2013 ont été remportées par le parti au pouvoir, le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE). En dépit de la stabilité des institutions et des progrès accomplis dans le domaine politique, des améliorations restent nécessaires en matière de droits et de libertés civiles. Guinée équatoriale Contexte social et développement humain Développement des ressources humaines Les progrès réalisés dans le domaine du développement humain sont loin de refléter les potentialités économiques de la Guinée équatoriale. En 2013, l indice de développement humain (IDH) des Nations Unies a classé le pays à la 136 e place sur un total de 187 pays examinés, avec la note globale de 0.554, alors que le revenu national brut par habitant s élève à USD. Le pays a réalisé des progrès en matière de mortalité infantile, dont le taux s est établi à 51 pour mille naissances vivantes en 2011 contre 93 pour mille en S agissant de la mortalité maternelle, des progrès notables ont également été relevés, puisque le nombre des décès a été réduit à 308 pour naissances vivantes en 2011, contre 352 en En ce qui concerne le VIH/sida, le taux de prévalence moyen est de 6.2 % dans la tranche d âge allant de 15 à 49 ans. Il s élève à 8.3 % pour les femmes et à 3.7 % pour les hommes. Selon l Organisation mondiale de la santé, 85 % des consultations médicales sont liées à des maladies transmissibles, en particulier le paludisme, les infections respiratoires aiguës et la diarrhée. Ces maladies sont la principale cause de décès chez les enfants de moins de cinq ans, dont 19 % souffrent de malnutrition et 76 % seulement jouissent d une couverture vaccinale régulière. Pour améliorer la performance du secteur de la santé, le pays s est doté de services de base mais les résultats obtenus sont mitigés en raison notamment de la faiblesse des ressources humaines. Le système éducatif est particulièrement inefficace. Seul un élève sur deux termine l école primaire. La faiblesse relative du taux brut de scolarisation dans le primaire (80 %) ajoutée au taux de redoublement élevé (24 % des élèves) fait douter de la capacité du pays à réaliser en 2015 l objectif du Millénaire pour le développement (OMD) concernant l éducation primaire universelle. L amélioration de la qualité de l enseignement, notamment de l enseignement primaire, suppose des mesures telles que l attribution de bourses, l introduction de cantines scolaires, la construction d un plus grand nombre d écoles dans les zones rurales les plus éloignées, ne serait-ce que pour accueillir davantage d enfants de familles à faible revenu. Une profonde réforme de la formation professionnelle est en cours. Elle prévoit la construction de quatre nouveaux centres, et une révision des programmes en vue de les adapter aux besoins du marché du travail. Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail La réduction de la pauvreté constitue un défi majeur pour la Guinée équatoriale, qui dispose d importantes ressources financières. Selon les données de la 2 e Conférence économique nationale, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté (2 USD par jour) représentait 76.8 % du total en La pauvreté affectait 79 % de la population rurale tandis que dans les deux principaux centres urbains, Malabo et Bata, elle touchait respectivement 70 % et 62 % des habitants. Les allocations aux secteurs sociaux ont été fortement augmentées ces dernières années, notamment dans le domaine de la santé, et les autorités affichent la volonté d améliorer la prise en charge des populations défavorisées. Très peu de filets de sécurité existent pour protéger les groupes vulnérables. Le système de protection sociale se limite à la couverture des salariés du secteur public et exclut de ce fait la majorité des travailleurs, qui opèrent dans le secteur informel, étant entendu que les salariés du secteur privé et les salariés employés par les multinationales BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 77
79 Guinée équatoriale sont protégés par des assurances contractées par les employeurs. Quelques programmes de protection sociale ont commencé à être mis en place, mais leur financement et leur champ d application restent limités. De façon générale, l absorption des à jeunes qui entreront chaque année sur le marché du travail entre 2010 et 2020, constitue un des principaux défis que le pays doit relever. Environ 60 % de la population est âgée de moins de 25 ans. Les possibilités d emploi demeurent très limitées à cause, notamment, de la taille modeste du secteur non pétrolier, et du fait que le secteur pétrolier, prépondérant en RGE, n emploie que 4 % de la population active. De plus, la plupart des jeunes ne sont pas qualifiés, ils ne remplissent pas les critères d entrée sur le marché du travail et n ont pas accès à l information sur les possibilités d emploi. L enseignement technique et professionnel souffre de dysfonctionnements à plusieurs niveaux, notamment un manque de programmes de formation adéquats pour répondre aux besoins du marché du travail, et la pénurie d outils pédagogiques. En conséquence, l État autorise l arrivée de travailleurs étrangers dans le pays et encourage la création de centres d enseignement spécialisés au sein des grandes entreprises. Le gouvernement concentre également ses efforts sur la formation des cadres moyens et supérieurs pour compenser les insuffisances actuelles et accroître la capacité d insertion professionnelle des jeunes. Pour accompagner ces efforts, un programme de formation cofinancé par la Banque africaine de développement est en cours d exécution. Il a permis la création en 2012 de la Direction générale de la formation professionnelle. L accélération de ce programme dans le cadre du Document de stratégie pays en cours contribuera à la levée de l une des contraintes majeures à la transformation de l économie et à la réduction du chômage des jeunes. Égalité hommes-femmes Malgré la garantie de la parité des droits et des chances par le droit national, les femmes sont encore désavantagées par rapport aux hommes en termes d accès aux postes à responsabilités. La Constitution établit clairement l égalité entre les sexes, mais beaucoup reste à faire pour la réaliser, notamment dans les zones rurales. Le dernier gouvernement mis en place en 2012 compte à peine 11 % de femmes, même en comptant les vice-ministres et les secrétaires généraux des ministères. En 2013, une femme a été promue présidente du sénat nouvellement créé. Le pays a assuré la parité de l accès à l enseignement primaire, mais les garçons sont presque deux fois plus nombreux que les filles à s inscrire dans le secondaire. Il existe toujours des disparités entre les provinces : près de 20 % des femmes de la province centrale Centro Sur n ont jamais fréquenté l école, alors qu elles ne sont que 3 % dans ce cas dans la province de Bioko Norte. L activité économique est dominée par les hommes, et les femmes sont plus fortement touchées par la précarité. La pauvreté frappe 76.8 % des Équato-guinéens, mais les deux tiers de ces personnes vivant avec moins de 2 USD par jour sont des femmes. Il n existe aucune discrimination légale contre les femmes en matière de propriété foncière ou dans l accès au crédit bancaire, mais la situation de fait révèle clairement une forme de discrimination structurelle. Le pays a ratifié la Convention sur l élimination de toutes les formes de discrimination à l égard des femmes (CEDAW). Mais leur faible niveau d instruction et l analphabétisme largement répandu chez les femmes les privent du bénéfice de leurs droits. Analyse thématique : les chaînes de valeur mondiales et l industrialisation de l Afrique La découverte de gisements pétroliers et leur mise en exploitation dans les années 90 a fondamentalement transformé le pays. Jusqu alors pays à faibles revenus, principalement agricoles, la Guinée équatoriale est devenu un pays à revenu intermédiaire, le troisième 78 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
80 producteur de pétrole d Afrique subsaharienne et la deuxième destination des IDE en Afrique centrale. Ces flux d IDE proviennent de sociétés pétrolières étrangères. Les principaux partenaires commerciaux du pays sont, par ordre d importance, les États-Unis, la Chine, l Espagne, l Italie et la France, à destination desquels la Guinée équatoriale exporte du pétrole, du méthanol, du bois d œuvre et du cacao. Les principales importations concernent les équipements pétroliers, les denrées alimentaires et les boissons. La formidable croissance impulsée par le secteur des hydrocarbures a permis le développement et l amélioration des infrastructures de base, mais elle a parallèlement entraîné le déclin du secteur agricole, de la pêche et de la sylviculture, plaçant l économie dans une situation de très forte dépendance au secteur pétrolier. Guinée équatoriale Les réserves prouvées de pétrole sont estimées par les autorités à 1.2 milliard de barils, soit dix années de production au rythme actuel. Les autorités s attachent désormais à développer la chaîne de valeur pétrochimique en vue d accroître l intégration verticale de l industrie pétrolière domestique. Les principales opportunités pour les investisseurs étrangers identifiées et valorisées par le gouvernement dans le secteur de la pétrochimie sont l industrie gazière, le bioéthanol et le biodiesel, le raffinage et le recyclage des déchets industriels, la peinture, l asphalte, le rechapage des pneumatiques et le recyclage des plastiques. Le gaz naturel devrait représenter 50 % du total des ressources en hydrocarbures d ici 2016, et il est envisagé comme une alternative à la baisse de la production pétrolière amorcée depuis Le pays ambitionne de devenir le pivot régional de la production gazière. Le premier terminal de liquéfaction de gaz naturel a été construit en 2007, et l entrée en opérations d un second terminal est prévue pour L objectif des pouvoirs publics est de construire un système de collecte de gaz naturel dans les champs actuellement en exploitation (Zafiro, Alba et Alen) ainsi que dans les champs futurs, en prévoyant la transformation dans la zone portuaire de Punta Europa. Dans le domaine minéralier, le pays souhaite attirer les investissements étrangers afin d exploiter ses gisements d or, de diamants, de bauxite, d étain, de tungstène et de coltan. La présence de terres arables inexploitées, combinée à la forte demande de produits agricoles tant à l intérieur du pays que dans la région, fait du développement de l agriculture et de l élevage un vecteur clé de la stratégie de diversification économique. Le gouvernement cherche à attirer les investisseurs étrangers dans la transformation d aliments pour le bétail et d engrais ; la transformation du cacao et du café ; la fabrication du savon ; la transformation des jus et produits dérivés ; la transformation de l huile de palme et d huile de coco ; le conditionnement, la transformation et la conservation de produits halieutiques, et la mise en conserves. La principale société étrangère opérant actuellement dans ce secteur est SOEGUIBE, filiale du groupe français Castel, qui produit et distribue hectolitres par an de boissons (bières, boissons sucrées et eau minérale). En dépit des investissements publics massifs effectués pour moderniser les infrastructures, le niveau d industrialisation de la RGE est inférieur à la moyenne régionale. Pour prendre une part active dans la réalisation des chaînes de valeurs mondiales et impulser l industrialisation de l économie, les autorités entendent améliorer la compétitivité, notamment avec la création du guichet unique pour les investisseurs. Le Plan national de développement économique et social a pour objectif déclaré de diversifier l économie pour la sortir de sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures et pour transformer le pays en une économie émergente à l horizon À ce titre, le gouvernement équato-guinéen s est engagé à étayer les investissements étrangers en allouant à un Fonds de co-investissement (FCI) un montant de 500 milliards XAF. Ce FCI témoigne de la détermination du pays à jeter les bases d une diversification économique afin d atteindre une croissance durable et de créer plus d emplois. Le FCI devrait soutenir le développement du pays autour des secteurs économiques clés identifiés pour le développement industriel : l agriculture et l élevage, la pêche, la pétrochimie et l exploitation minière, le tourisme et les marchés financiers. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 79
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82 république centrafricaine 2014 Kalidou Diallo / [email protected]
83 République centrafricaine République centrafricaine Des attaques rebelles ont conduit en mars 2013 à un changement de régime en RCA et à la plus grave crise politique traversée par le pays depuis son indépendance. Cette crise a eu en 2013 des conséquences dramatiques sur le plan humanitaire, avec plusieurs milliers de morts et de blessés, le déplacement massif des populations et la dégradation de la situation alimentaire et sanitaire. La défaillance de l État centrafricain s est traduite par le délitement des institutions, l effondrement des forces de sécurités nationales et la généralisation de l insécurité dans tout le pays. L arrêt des activités économiques a été marqué par des destructions et pillages. Les perspectives pour 2014 et 2015 demeurent peu favorables, malgré le déploiement de forces africaines et françaises pour stabiliser le pays et l instauration d un cadre de transition politique soutenu par la communauté internationale. Vue d ensemble La République centrafricaine (RCA) connaît la plus grave crise de son histoire, depuis que le régime de François Bozizé (au pouvoir depuis 2003) a été renversé, le 24 mars 2013, par une rébellion formée de plusieurs groupes armés. Appelée Seleka («alliance» en langue sango), cette rébellion a été condamnée par la communauté internationale pour ses attaques, qui se sont traduites par un drame humanitaire sans précédent. Sous l égide de la Communauté économique des États de l Afrique centrale (CEEAC), un cadre de transition a été mis en place dès avril 2013, pour sortir de la crise. Au lieu d une transition de trois ans annoncée au départ, Michel Djotodia, président autoproclamé et chef de la rébellion, a accepté d organiser des élections au bout de 18 mois. Avec son Premier ministre Nicolas Tiangaye, issu des forces de l opposition traditionnelle, il n a pas réussi à stabiliser le pays. Les attaques de la Seleka se sont transformées en violences intercommunautaires à grande échelle avec la création des milices d auto-défense dénommées «anti-balaka». Le déploiement progressif, à partir du 1 er août 2013, d une force africaine de hommes, la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), sous l égide de l Union africaine (UA), n a pas réussi à changer la donne. Elle a été suivie le 5 décembre 2013 par l opération Sangaris, une intervention militaire française de hommes opérant sous mandat onusien. Toutes les institutions étatiques et publiques ont été endommagées par la crise, marquée par la faillite de l État centrafricain. La situation humanitaire s est encore dégradée avec l escalade des violences au début du mois de décembre Selon l Organisation des Nations Unies (Onu), la crise avait fait en janvier 2014 plus de personnes déplacées (dont près de à Bangui, la capitale). Plus de la moitié de la population (environ 4.6 millions d habitants) a eu besoin d une assistance immédiate tandis que personnes ont cherché refuge dans les pays voisins. La situation des finances publiques s est effondrée en raison de la désorganisation totale du système de gestion de la dépense publique et des régies financières. Le recours aux procédures extrabudgétaires est devenu systématique, tandis que les recettes publiques ont chuté de plus de 50 %. Malgré la démission du président Michel Djotodia et du Premier ministre Nicolas Tiangaye le 10 janvier 2014 et la mise en place de nouvelles autorités de transition, bien accueillies par la communauté internationale, les perspectives économiques pour 2014 ne sont guère favorables. L insécurité persiste, et l ampleur des dégâts économiques et financiers sera difficile à surmonter à court terme. La restauration de la sécurité reste le défi pour 2014 et 2015, de même que l accès des populations à l assistance humanitaire et l organisation des élections. La crise a compromis dans un avenir proche toute perspective d essor économique, de transformation structurelle de 82 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
84 l économie et de développement durable. Il convient toutefois de noter que, bien avant la crise, la RCA n avait pas réussi à transformer son économie, ni à promouvoir le développement d activités s insérant dans une chaîne de valeur régionale ou mondiale. % 20 Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique centrale (%) Afrique (%) République centrafricaine (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD, Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives Les développements récents en RCA ont été marqués par une grave crise politico-sécuritaire à la suite des attaques rebelles déclenchées en décembre Celles-ci ont abouti à la chute, le 24 mars 2013, du régime de François Bozizé. Cette crise, la plus grave que le pays ait connu depuis son indépendance, a eu des conséquences dramatiques sur le plan humanitaire (tueries et assassinats, violations graves et répétées des droits de l homme, déplacements massifs des populations, etc.). Le fonctionnement des institutions a été mis à mal, avec la dislocation des forces de sécurité ainsi que les pillages des biens privés et publics. Tous les secteurs ont été affectés. Une estimation partielle du Fonds monétaire international (FMI), faite fin novembre 2013, situe la baisse du PIB entre 20 % et 25 % pour Seul le soussecteur des nouvelles technologies d information et de communication (NTIC) semble avoir échappé au marasme. La destruction des infrastructures de base et des outils de production, la généralisation de l insécurité et le déplacement massif des populations ont affecté l activité. Le secteur agricole a vu sa production s effondrer. Cette chute a été aggravée par l arrêt des projets de développement agricoles financés par les partenaires au développement tels que la Banque BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 83
85 République centrafricaine africaine de développement (BAfD), la Banque mondiale et l Union européenne (UE). Les secteurs du bois et des mines ont subi de fortes baisses en 2013, à cause des incertitudes sur l avenir et les perspectives de révision des contrats et de l occupation des sites miniers. Le pays a été suspendu du processus de Kimberley pour les diamants bruts, et un moratoire a été adopté par les autorités nationales sur l exploitation et la vente des diamants. Les secteurs du bâtiment et travaux publics (BTP), de l industrie et de l électricité ont aussi été mis à mal, en raison des pillages et destructions. Toute évaluation de la répartition sectorielle du PIB pour 2013 reste difficile. Avant la crise, le secteur primaire dominait (environ 50 % du PIB), avant les secteurs tertiaire (30 %) et secondaire (20 %). Toutes les composantes de la demande globale (consommation, investissement et demande extérieure) ont chuté en La contraction de la consommation finale résulte surtout de la baisse de la consommation des ménages, liée à la détérioration de la situation du chômage dans le secteur privé et aux retards de paiement des salaires et pensions dans la fonction publique. L investissement, aussi bien public que privé, a souffert de la baisse des ressources publiques intérieures et de la suspension des financements extérieurs par les principaux partenaires techniques et financiers (PTF). Malgré l installation des nouvelles autorités de transition en janvier 2014, les perspectives économiques pour 2014 et 2015 ne sont guère favorables. En effet, l insécurité et les violences étaient encore répandues au moment de la rédaction de ce document, accentuant le «déchirement du tissu social et une perte de repères sans précédent», selon l expression du général Babacar Gaye, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en RCA. L instabilité et le manque de données économiques au moment de la rédaction de la présente note ne permettent pas de donner des perspectives de croissance précises pour 2014 et Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche dont pêche Mines dont pétrôle Manufactures Electricité, gaz et eau Construction Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants dont hôtels et restaurants Transports, entreposage et communications Finance, immobilier et services aux entreprises Services des administrations publiques Autres services Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs Source : Données des administrations nationales. Politiques macroéconomiques Politique budgétaire La politique budgétaire n a pas pu être exécutée, conformément à la Loi de finances de 2013, qui avait été adoptée par le régime renversé le 24 mars Une Loi de finances rectificative a été envisagée par les nouvelles autorités, sans pour autant être adoptée. La gestion budgétaire a été marquée par le recours systématique aux procédures d exception dans un environnement de chute des recettes publiques. Selon les estimations provisoires effectuées par le FMI, le 84 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
86 montant des recettes fiscales collectées en 2013 a chuté de plus de 50 % par rapport à 2012, pour ne représenter qu environ 4.8 % du PIB contre un niveau moyen d environ 9.1 % sur la période Cet effondrement n est pas seulement dû à la baisse de l activité. Il a été amplifié par la désorganisation totale des douanes et des administrations fiscales et l étroitesse de l assiette fiscale. Celle-ci, limitée au secteur formel, a été affectée par la crise. De son côté, le secteur informel a continué d échapper à l impôt. Du côté des dépenses publiques, seule la catégorie des dépenses courantes a fait l objet d une exécution en 2013 avec un recours quasiment systématique aux procédures extrabudgétaires. Selon les informations disponibles, le total des dépenses publiques a atteint seulement 13.4 % du PIB, contre un niveau moyen de 16.7 % sur la période L évolution des dépenses publiques a été marquée par la forte augmentation des frais de mission, des dépenses en carburant et des caisses d avance sans justification. Des ressources souvent mobilisées au détriment des salaires et des pensions ainsi que des investissements publics. Les données partielles disponibles ne permettent que l estimation du solde budgétaire primaire, en déficit d environ 5.7 % en La suspension des appuis budgétaires des principaux donneurs a conduit la RCA à solliciter l assistance financière de pays voisins, le Congo notamment. Malgré cette aide, la RCA enregistrait encore, fin 2013, trois mois d arriérés de salaires et quinze mois d arriérés de pensions dans la fonction publique. Les progrès encourageants des dernières années en matière de gestion des finances publiques ont été largement compromis voire perdus durant la crise. République centrafricaine Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Dons Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique monétaire Le suivi des indicateurs de prix en 2013 a aussi été affecté par les dysfonctionnements des services publics. Les estimations effectuées par le FMI en novembre 2013 n indiquaient pas une hausse marquée des prix, avec un taux d inflation annuel moyen d environ 12 % en 2013, tiré par la hausse des produits alimentaires et des combustibles. En cause, la faiblesse de l offre en produits de base, ainsi que les fortes contraintes d approvisionnement, dues à l insécurité et à l occupation des principaux axes routiers par des éléments armés. Les pressions inflationnistes auraient été encore plus fortes si la demande intérieure n avait pas autant baissé. L appartenance de la RCA à la Communauté économique et monétaire de l Afrique centrale (CEMAC) a aussi permis de contenir la hausse des prix. Les membres de la CEMAC partagent une politique monétaire menée par la Banque des États de l Afrique centrale (BEAC), qui donne la priorité à la maîtrise de l inflation et au maintien de la parité fixe entre le franc CFA BEAC (XAF) et l euro. Pour ce faire, la BEAC continuera de s appuyer sur les instruments indirects, tels que le refinancement et les exigences de réserves obligatoires, pour contrôler l expansion de l offre de monnaie. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 85
87 République centrafricaine Coopération économique, intégration régionale et commerce Le déficit de la balance commerciale, estimé à 6.8 % du PIB en 2013, s est creusé avec la baisse des exportations de diamant et de bois, qui assurent l essentiel des recettes d exportation. La suspension du pays du processus de Kimberley pour les diamants s est traduite par l arrêt des exportations. Les ventes de bois à l étranger ont aussi fortement baissé, pour trois raisons principales : la destruction des outils de production, la dégradation des infrastructures et l insécurité sur l axe routier qui relie Bangui au port de Douala (Cameroun), par où transite l essentiel du commerce extérieur. Les importations se sont elles aussi contractées en raison de la faiblesse de la demande intérieure et de l insécurité. Du coup, les réserves de change ont fondu, ne couvrant plus qu à peine un mois d importations. Le contexte est marqué par l arrêt des investissements directs étrangers (IDE) et la suspension des appuis budgétaires des principaux bailleurs de fonds. Les politiques et accords relatifs à l intégration et au commerce régional ont été difficiles à mettre en œuvre en Les nouvelles autorités de transition mises en place en janvier 2014 ont malgré tout réaffirmé la volonté d intégration de la RCA dans le cadre de la CEMAC et de la CEEAC. La forte implication politique de ces organes d intégration dans la résolution de la crise centrafricaine incite les autorités de transition à respecter leurs engagements en faveur de l intégration régionale. Ces autorités n ont par exemple ménagé aucun effort pour maintenir le siège de la CEMAC à Bangui. Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale Exportations de biens (f.o.b.) Importations de biens (f.o.b.) Services Revenu des facteurs Transferts courants Solde des comptes courants Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique de la dette La RCA avait ces dernières années réussi améliorer la situation de sa dette publique dans le cadre de l Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Le ratio dette publique/ PIB, autour de 40 %, était considéré par le FMI comme présentant un niveau de vulnérabilité d endettement assez faible. La crise a eu des conséquences négatives sur la situation de la dette publique. De nouveaux arriérés de paiement se sont accumulés, vis-à-vis des principaux fournisseurs de l État, du système bancaire local et de certains créanciers multilatéraux. De nouveaux emprunts ont été contractés, bien que concessionnels, notamment auprès de la République du Congo (25 milliards XAF) et d autres pays de la sous-région (9.7 milliards XAF), pour faire face aux arriérés de salaires dans la fonction publique. Il reste difficile d évaluer l impact de ces évolutions sur le stock de la dette publique en 2013 et son degré de soutenabilité. 86 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
88 % Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations République centrafricaine Source : FMI (WEO & Article IV). Gouvernance économique et politique Secteur privé Le développement du secteur privé centrafricain était déjà confronté, avant la crise, à des contraintes structurelles et à un environnement des affaires peu incitatif. Malgré les efforts déployés par le passé dans le domaine de la création d entreprises et de la fiscalité, la RCA a presque toujours été classée en dernière position, dans les rapports Doing Business de la Banque mondiale. La crise n a fait qu aggraver les obstacles au développement du secteur privé. Insécurité, défaillance de l État, pillages, baisse de plus de 50 % du chiffre d affaires des entreprises du secteur formel, coup d arrêt aux investissements À tous ces facteurs s ajoute le départ de la plupart des opérateurs économiques étrangers, qui dominaient le secteur informel et le petit commerce. Ces derniers ont fui dans les pays voisins les violences intercommunautaires. Secteur financier Le secteur financier, avec un niveau de développement superficiel et un nombre limité d institutions, reste concentré à Bangui. Les banques ont subi d importantes pertes matérielles. Dès le début de la crise, les principaux établissements ont limité leurs activités aussi bien dans la capitale qu à l intérieur du pays. En outre, le système bancaire a été victime du départ de certains clients, de la hausse du nombre de créances impossibles à recouvrer et de l accumulation d arriérés de paiement de l État, induisant ainsi la baisse de la liquidité du secteur bancaire. Gestion du secteur public, institutions et réformes Des efforts entrepris ces dernières années par les gouvernements successifs, soutenus par les partenaires au développement, avaient permis d obtenir des résultats encourageants en matière de gestion du secteur public. Ainsi, grâce à ces efforts, la RCA avait atteint en juin 2009 le point d achèvement de l Initiative en faveur des pauvres très endettés (PPTE), mené à terme son BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 87
89 République centrafricaine programme économique et financier avec le FMI et accédé en 2011 au statut de pays conforme à l Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE). Des accords de coopération entre la RCA et ses principaux partenaires au développement étaient en cours avant la crise pour appuyer les réformes dans le secteur public et la gestion des ressources. La RCA avait également réussi à conclure en juin 2012 un nouveau programme avec le FMI destiné à soutenir les réformes dans le secteur public et la gestion des ressources naturelles. Sa mise en œuvre ayant coïncidé avec les attaques rebelles, peu de réalisations ont été faites. La crise a entraîné l arrêt des réformes dans la gestion du secteur public et des ressources naturelles, en raison des bouleversements institutionnels et de la suspension des programmes de coopération entre la RCA et les bailleurs de fonds. La suspension de la RCA de l ITIE s est prolongée en 2013, malgré les efforts déployés en vue d une réintégration. Il est toutefois difficile d estimer dans quelle mesure les acquis obtenus dans ce domaine ont été perdus. Gestion des ressources naturelles et environnement Située dans le bassin du fleuve Congo, la RCA possède un fort potentiel d exploitation forestière. Les forêts centrafricaines couvrent environ 34 millions d hectares. Elles contribuent ainsi à la séquestration des carbones et à la réduction des gaz à effet de serre. L ensemble du territoire est caractérisé par un climat tropical humide avec une saison sèche et une saison des pluies. La pluviométrie varie généralement entre 300 et mm par an. Les informations disponibles indiquent aujourd hui une tendance à une sècheresse de plus en plus importante dans le nord de la RCA (avancée du désert), qui accentue la vulnérabilité des populations vivant dans la partie septentrionale du pays. Face à ces problèmes, la RCA a élaboré en 2008 un Programme d action national d adaptation (Pana) aux changements climatiques. Ce plan vise à identifier des actions et opérations prioritaires. Il constitue un levier important pour une mobilisation efficace des ressources nécessaires au financement des projets ciblés. La mobilisation des ressources pour cinq projets a démarré. La RCA est par ailleurs membre de la coalition qui a lancé le Mécanisme de réduction des émissions due à la déforestation et la dégradation des forêts (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation REDD). Contexte politique Les attaques de la rébellion Seleka, déclenchées en décembre 2012, ont plongé le pays dans l incertitude. Bangui est tombée le 24 mars 2013, contraignant à l exil le président au pouvoir depuis dix ans, François Bozizé. Un nouveau pouvoir autoproclamé a été mis en place par les rebelles, dirigés par Michel Djotodia. Ce coup de force a été condamné par la communauté régionale et internationale, avec des sanctions à l encontre des membres de la rébellion. Pour favoriser une transition politique apaisée, les chefs d État de la CEEAC ont pris l initiative dès le 3 avril 2013, faisant élaborer une feuille de route consensuelle pour la transition. Acceptée par le pouvoir autoproclamé et soutenue par la communauté internationale, cette feuille de route avait notamment donné lieu à la nomination de Nicolas Tiangaye, un Premier ministre issu de l opposition traditionnelle, à la tête d un gouvernement d union nationale. Un Conseil national de transition (CNT) chargé de légiférer a été mis en place et une Charte constitutionnelle pour la transition adoptée. Une transition de 18 mois avait donc commencé en avril, sous l égide de la CEEAC, avec impossibilité pour les principaux responsables de la transition (président, Premier ministre, membres du gouvernement et du CNT) de se présenter à l élection présidentielle. Malgré la mise en place de ces institutions et la reconnaissance du Premier ministre par la communauté internationale, le processus de transition a été confronté à bien des difficultés : incapacité à rétablir l ordre, dissensions au sein de la Seleka et divergences entre le président et le Premier ministre. Préoccupée par la gravité de la situation sécuritaire et ses conséquences sur le plan humanitaire, la communauté internationale s est mobilisée pour stabiliser le pays et assister 88 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
90 les populations en détresse. Ainsi, l UA a décidé en juillet 2013 l envoi d une force de soldats, la Misca, qui s est déployée progressivement. Le Conseil de sécurité de l ONU a adopté plusieurs résolutions autorisant notamment la Misca et les troupes françaises présentes (400 soldats pour sécuriser l aéroport, avant l arrivée des contingents de l opération Sangaris) à utiliser tous les moyens nécessaires pour sécuriser le pays et protéger les populations civiles. L insécurité s est aggravée début décembre 2013, malgré le déploiement des forces françaises de l opération Sangaris en RCA. À tel point que le président de transition et le Premier ministre ont démissionné le 10 janvier 2014, lors d un sommet extraordinaire de la CEEAC. Le CNT a aussitôt élu le 20 janvier 2014 la maire de Bangui, Catherine Samba-Panza, présidente de la transition. Un nouveau Premier ministre, André Nzapayéké, a été nommé le 25 janvier Trois jours plus tard, un nouveau gouvernement a été mis en place, pour poursuivre la feuille de route élaborée en avril République centrafricaine De nouvelles perspectives se sont ouvertes pour le processus de transition. La communauté internationale s accorde à reconnaître la légitimité des nouvelles autorités et à leur accorder son appui. Contexte social et développement humain Les conditions sociales et le développement humain en RCA étaient déjà fragiles avant la crise. Le pays occupait ces dernières années la 180 e position sur une liste de 187 pays, dans l Indice de développement humain (IDH). Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), pas moins de 30 % des ménages se trouvaient en situation d insécurité alimentaire en De même, la revue à mi-parcours, fin 2010, des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), montrait que la RCA pouvait difficilement atteindre les objectifs fixés, malgré des progrès encourageants. Enfin, l indice d inégalités de genre publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) classait la RCA à la 138 e position sur 146 pays en La crise a transformé ces conditions déjà précaires en catastrophe humanitaire. Selon le rapport des Nations Unies de janvier 2014, les violences intercommunautaires auraient causé pour le seul mois de décembre près décès et fait un million de personnes déplacées, dont la moitié à Bangui, tandis que plus de personnes se sont réfugiées dans les pays voisins. Le système national de santé s est effondré en raison des violences généralisées et des déplacements massifs de population. L eau potable se faisait rare en décembre 2013 dans la plupart des camps de déplacés en raison du mauvais état des postes de pompage. Presque tous les établissements scolaires, aussi bien à l intérieur du pays que dans la capitale, ont été fermés dès le déclenchement de la crise. Analyse thématique : les chaînes de valeur mondiales et l industrialisation de l Afrique Malgré ses ressources naturelles abondantes et l existence d un énorme potentiel agricole et minier, la RCA n a jamais connu un essor susceptible de transformer son économie. Le pays n a pas participé à des chaînes de valeur importantes, aussi bien régionales que mondiales. Le potentiel agricole, estimé à 15 millions d hectares de terres utiles pour une agriculture très variée, n est exploité que pour les cultures vivrières de subsistance. Les cultures de rente destinées à l exportation n occupent pas plus de hectares. L exploitation du bois reste sans rapport avec le potentiel du secteur forestier, malgré les réformes tentées. Les produits d exportation se limitent toujours aux grumes non transformés et la production de bois a fortement ralenti, passant de m 3 en 2008 à moins de m 3 ces dernières années. La demande mondiale ayant chuté, suite à la crise financière internationale, les entreprises forestières avaient déjà des activités réduites à la veille de la crise politique en RCA. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 89
91 République centrafricaine Le potentiel minier (diamant, or, uranium, fer, pétrole) aurait pu inscrire le pays dans des CVM, mais son exploitation reste artisanale et se limite au diamant et à l or. Les programmes d IDE à caractère industriel pour l exploitation des ressources minières, qui devaient se réaliser ces dernières années, ont accusé des retards. Le groupe canadien Axmin a obtenu un contrat pour exploiter de l or et la société française Areva un autre pour extraire de l uranium. Ces firmes n avaient pas encore atteint le stade de la production quand la crise politique a éclaté, en mars Trois autres sociétés internationales engagées dans l extraction de diamant et d or avaient déjà cessé leurs activités à la suite des crises politiques en RCA. Le pays a toujours été confronté à des problèmes structurels, pour mettre à profit ses ressources naturelles et s insérer dans les CVM. En cause, plusieurs décennies d instabilité politique et de conflits armés, ainsi qu une mauvaise gestion économique et politique. Le pays est pénalisé par sa situation géographique, avec un territoire à la fois étendu et enclavé, couvert par des infrastructures de transport, d énergie et de télécommunications déficientes. Cependant, des efforts non négligeables ont été déployés par les gouvernements successifs, avec l appui de la communauté internationale, en particulier depuis 2006, pour permettre à la RCA de retrouver le chemin de la croissance. Des programmes de normalisation politique et institutionnelle ont été soutenus par la communauté internationale. La RCA a aussi bénéficié de l appui des bailleurs de fonds pour promouvoir le développement de ses infrastructures de transport, avec notamment les corridors régionaux et des programmes multinationaux dans les secteurs de l énergie et des télécommunications. Des réformes sectorielles et institutionnelles étaient aussi en cours, pour promouvoir le secteur privé et les IDE. Ces réformes avaient permis à la RCA d accéder en 2011 au statut de pays conforme à l ITIE. Elles concernaient les codes miniers et forestiers, la fiscalité et la mise en place des structures d appui au développement du secteur privé. Autant d initiatives suspendues par une crise qui n a fait qu aggraver les difficultés du pays. Bien des défis restent à relever, avant que la RCA ne se serve de ses ressources naturelles pour s insérer dans les CVM. 90 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
92 SãO TOMé-ET-PRíNCIPE 2014 Flávio A. Soares Da Gama / [email protected]
93 São Tomé-et-Príncipe SãO TOMÉ-ET-PRíNCIPE À 4.3 % en 2013, la croissance du PIB réel a été plus faible que prévu. Pour 2014, les projections tablent sur une croissance économique de 4.8 % découlant d un accroissement modéré de l investissement direct étranger, en particulier en provenance des partenaires bilatéraux. Grâce à ses bonnes performances économiques, São Tomé-et-Príncipe a été classé pays à revenu intermédiaire par la Banque mondiale en En effet, le revenu national brut par habitant a dépassé le seuil de USD pour la troisième année consécutive. La compagnie pétrolière française Total a abandonné ses travaux d exploration dans le Bloc 1 de la zone de développement conjoint avec le Nigeria, ce qui a créé une incertitude quant à la production de pétrole à São Tomé-et-Príncipe. Les pouvoirs publics affirment néanmoins que d autres compagnies pétrolières continuent à manifester leur intérêt dans ce domaine. Vue d ensemble L économie de São Tomé-et-Príncipe a affiché une croissance de 4.3 % en 2013, contre 4 % en 2012, un niveau qui s est révélé inférieur aux prévisions initiales pour 2013 (5.2 %). À moyen terme, la situation économique devrait légèrement s améliorer, avec un taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) estimé à 4.8 % pour 2014 et à 5.6 % pour 2015, cette embellie reposant principalement sur une croissance modérée de l investissement direct étranger (IDE), particulièrement en provenance des partenaires bilatéraux. Le secteur des services est resté le principal moteur de l économie, avec environ 60 % du PIB en 2012, devant l agriculture (22.5 %). Les performances économiques du pays ont été jugées satisfaisantes dans le cadre de la deuxième revue au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) conclue avec le Fonds monétaire international (FMI), qui a été menée à bien en septembre Conformément à l engagement de l État à renforcer la transparence et la responsabilisation dans la gestion des fonds publics, le budget national a été mis en œuvre via le nouveau système électronique de gestion des finances publiques (SAFE) en Les infrastructures (transports et communications) ont représenté 21 % des dépenses totales, même si les pouvoirs publics ont continué à prêter une attention particulière aux dépenses dans le secteur social, notamment dans la santé (8.8 %) et l éducation (5.6 %). Au total, 93 % des dépenses d investissement ont été financées par l aide extérieure. Les performances budgétaires ont été affectées par une réduction des recettes fiscales, lesquelles ont baissé, de 14 % du PIB en 2012 à 13.1 % en Toutefois, les dépenses ont également diminué, passant de 17.4 % du PIB en 2012 à 16.6 % en 2013, ce qui a contribué à l amélioration des comptes publics. Le déficit public primaire est estimé à 6.3 % du PIB pour 2013, en recul par rapport aux 10.1 % enregistrés en En septembre, l État a lancé le système douanier informatisé Sydonia pour rationaliser les procédures de dédouanement et améliorer la perception des recettes douanières. L émergence de chaînes de valeur mondiales (CVM) constituerait une opportunité unique pour São Tomé-et-Príncipe, en permettant au pays d accroître la valeur de ses deux principales cultures d exportation, le cacao et le café. En raison du manque de main-d œuvre hautement qualifiée dans l industrie cacaoyère, ce sont des matières premières brutes qui sont exportées, principalement vers l Europe, ce qui prive São Tomé-et-Príncipe du maillon le plus rentable de la chaîne de valeur du marché de la confiserie : la transformation du cacao en chocolat. Ces dernières années, la construction d une chocolaterie à São Tomé-et-Príncipe a permis de débuter la transformation locale des fèves de cacao en chocolat. Cela n ajoute pas seulement de la valeur ajoutée aux exportations, mais génère également des emplois. 92 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
94 % Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique de l Ouest (%) Afrique (%) São Tomé-et-Príncipe (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD, Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives La faible croissance économique mondiale a des effets négatifs sur São Tomé-et-Príncipe, État insulaire fortement dépendant de l aide internationale au développement. Pour 2013, la croissance du PIB réel a été revue à la baisse, de 5.2 % à 4.3 %, et les prévisions pour 2014 ont également été ramenées de 5.8 % à 4.8 %. Cette révision à la baisse est liée aux retards dans la mise en œuvre des projets et aux mauvaises perspectives de financement pour les projets des secteurs public et privé. À cela s ajoute l annonce récente par la compagnie pétrolière française Total de l abandon des travaux d exploration pétrolière dans le Bloc 1 de la zone de développement conjoint (ZDC) avec le Nigeria. Dans les prochaines années, le secteur pétrolier devrait néanmoins jouer un rôle clé dans l économie, et les pouvoirs publics affirment que d autres compagnies pétrolières continuent à manifester leur intérêt dans ce domaine. L un des défis majeurs que l économie doit relever est de générer des emplois productifs. Malgré un taux de croissance global de 4.3 % en 2013, cette croissance n a pas été inclusive. On estime le taux de chômage à près de 55 %, et environ 40 % des actifs ont un emploi précaire. Néanmoins, en 2013, la Banque mondiale a classé São Tomé-et-Príncipe parmi les pays à revenu intermédiaire, le revenu national brut par habitant ayant dépassé le seuil de USD pour la troisième année consécutive. En 2013, le secteur des services (vente en gros et de détail, transports, entreposage et communications, immobilier, administration publique et autres services) a continué à tirer la croissance, avec près de 60 % du PIB, devant l agriculture (22.5 %). L inflation a chuté à 8.5 % BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 93
95 São Tomé-et-Príncipe en 2013 (contre 10.6 % en 2012), un recul principalement dû à la baisse du prix des produits alimentaires. En août 2013, l inflation a atteint un plancher historique, à 6.5 %, contre 11.6 % l année précédente. Le déficit de la balance des opérations courantes devrait s améliorer, passant de 20.5 % en 2012 à 18.4 % en 2013, en raison d une légère hausse des exportations. São Tomé-et- Príncipe, qui commerce principalement avec l Europe, est mal intégré aux marchés régionaux. Le pays effectue seulement 2 % de ses échanges commerciaux avec la Communauté économique et monétaire de l Afrique centrale (CEMAC). Le cadre économique à moyen terme est dicté par la facilité élargie de crédit (FEC) de trois ans ( ) conclue avec le FMI. L avenir de la production pétrolière est incertain. À cet égard, il est important de rappeler que l analyse de viabilité de la dette réalisée en 2008 par la Banque mondiale et le FMI a montré que, sans pétrole et en l absence d un ajustement budgétaire, la dette publique s envolera, la valeur actualisée nette du ratio dette/pib et celle du ratio dette/ exportations passant à respectivement 147 % et 418 % d ici 2026, exposant le pays à un risque élevé de surendettement. São Tomé-et-Príncipe offre une stabilité politique et un certain nombre de conditions favorables au développement économique, comme l accès aux biens de l État. Néanmoins, la pratique des affaires peut s avérer difficile. L insularité du pays affecte l environnement des affaires. Ce problème est exacerbé par le manque d infrastructures physiques et la fragilité du système judiciaire. En 2013, l environnement des affaires a été perturbé par l insuffisance des réformes et des efforts qu on avait observés les années précédentes. L édition 2013 du rapport de la Banque mondiale Doing Business classe São Tomé-et-Príncipe au 166 e rang sur 189 pays pour la facilité à faire des affaires, alors que le pays était au 163 e rang en Le secteur financier du pays reste faible et sous-développé, même si l État a poursuivi les efforts considérables qu il déploie pour renforcer sa stabilité et susciter la confiance dans le secteur bancaire. Au total, 98 % des institutions financières appartiennent à des groupes internationaux, ce qui les rend vulnérables aux chocs exogènes. En septembre 2013, l évaluation du secteur financier par la Banque centrale du pays a révélé une augmentation du volume des prêts improductifs, de 19.6 % en mars 2013 à % en juin 2013, attribuable à une faible culture de crédit et à une mauvaise gestion des risques. Renforcer la transparence et la responsabilisation dans la gouvernance des fonds publics est au cœur du programme de réformes économiques du gouvernement. En août 2013, le Parlement a adopté une loi pour lutter contre le blanchiment d argent et le financement du terrorisme, reconnue par le Groupe intergouvernemental d action contre le blanchiment d argent en Afrique de l Ouest (GIABA). À São Tomé-et-Príncipe, la liberté d expression est généralement respectée en droit comme en fait. Dans le rapport Freedom in the World 2013 de Freedom House, le pays a obtenu un score de 2 (sur une échelle de 1 à 7, 1 étant la meilleure note et 7 la plus mauvaise), ce qui signifie que les libertés sont respectées, aussi bien en matière de droits politiques que de libertés individuelles. Ce score est similaire à celui obtenu en São Tomé-et-Príncipe n est pas en voie d atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) relatifs à l élimination de l extrême pauvreté, à l égalité des sexes et à la mise en place de partenariats pour le développement. Les indicateurs montrent que, pour 2013, le taux d alphabétisation des plus de 15 ans est estimé à 89 %, en légère hausse par rapport aux 88 % observés en Le taux brut de scolarisation au primaire (enfants de tous âges scolarisés au primaire) est de %, et le taux net (enfants en âge d être scolarisés au primaire) de 87.5 %. Au secondaire, on estime le taux brut de scolarisation à 53.3 %, pour un taux net de 35.3 %. En outre, 10.8 % des plus de 5 ans n ont jamais été scolarisés, et 29.1 % des ans ne sont ni à l école ni sur le marché du travail. 94 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
96 Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche dont pêche Mines dont pétrôle Manufactures Electricité, gaz et eau Construction Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants dont hôtels et restaurants Transports, entreposage et communications Finance, immobilier et services aux entreprises Services des administrations publiques Autres services Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs Source : Données des administrations nationales. São Tomé-et-Príncipe Politiques macroéconomiques Politique budgétaire En 2013, l État a enregistré des avancées remarquables dans le redressement des comptes publics. Des mesures ont été prises pour faire appliquer la législation fiscale, simplifier les procédures douanières et contrôler les dépenses courantes, lesquelles ont chuté, de 17.4 % du PIB en 2012 à 16.6 % en Le 10 septembre 2013, le gouvernement a lancé le système informatisé Sydonia pour les services douaniers extérieurs, dans le but de renforcer la perception des recettes (16 % du PIB en moyenne pour la période ) et de rationaliser les procédures administratives. Pour 2013, on évalue le budget de l État à au moins 150 millions USD, 93 % des dépenses d investissement étant financées par l aide extérieure. Les infrastructures (transports et communications) restent le principal poste budgétaire, avec 21 % des dépenses totales, même si la santé (8.8 %) et l éducation (5.6 %) ont également bénéficié d une attention particulière. Dans l examen économique effectué en septembre 2013 au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) conclue avec le FMI sur la période , les performances du gouvernement ont été jugées bonnes. Un contrôle avisé des dépenses et des prévisions prudentes quant au budget de l État pour 2014 sont impératifs en vue des élections législatives et municipales imminentes. Les performances budgétaires ont été affectées par une baisse des recettes fiscales, passées de 14 % du PIB en 2012 à 13.1 % en Cette baisse est due aux piètres performances des taxes à l exportation, sur les biens produits localement et sur d autres produits taxables, notamment les timbres. Les dons ont quant à eux progressé, de 17.4 % du PIB en 2012 à 20.3 % en Les dépenses totales et prêts nets ont reculé, de 44.2 % en 2012 à 42.4 % en Le déficit public primaire est par conséquent estimé à 6.3 % du PIB pour 2013, en nette amélioration par rapport aux 10.1 % de Ces dernières années, les prêts accordés à des conditions très favorables par des institutions multilatérales et des partenaires bilatéraux ont été la méthode privilégiée par les pouvoirs publics pour financer le déficit budgétaire, compte tenu de la mauvaise position du pays en matière de dette. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 95
97 São Tomé-et-Príncipe La capacité des autorités à fixer des objectifs de recettes sur trois ans s est améliorée grâce à l utilisation du système électronique de gestion des finances publiques (SAFE), ainsi qu au cadre fixé par la FEC pour améliorer l efficacité du secteur public. Cependant, malgré les efforts de l État pour équilibrer les dépenses, son cadre de responsabilité budgétaire, conçu pour remédier aux déficits budgétaires récurrents et améliorer les mécanismes de contrôle des comptes publics, n a eu, pour l instant, que très peu d effet. Ce cadre a pour objectif d aider les pouvoirs publics à surmonter le problème des arriérés croisés entre l État, l entreprise d eau et d électricité publique (EMAE) et l importateur national de combustibles (ENCO). Tandis que le gouvernement poursuit ses efforts pour renforcer la transparence et la responsabilisation dans la gestion des fonds publics, des mesures audacieuses sont nécessaires pour améliorer la présentation des comptes publics, laquelle n a pas été réalisée depuis plusieurs années. Selon la Cour des comptes du pays, la déclaration des finances de l État de 2012 est la dernière publication effectuée par le gouvernement. À cet égard, l aide que la Banque africaine de développement apporte au pays par le biais de son Projet d appui à la gestion financière (Pagef) aidera les pouvoirs publics à publier l état financier des comptes publics dans les délais prévus par la législation. Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Dons Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique monétaire La politique monétaire de São Tomé-et-Príncipe repose sur un taux de change fixe : la monnaie nationale, le dobra (STD), est arrimée à l euro. L inflation a chuté à 8.5 % en 2013, contre 10.6 % en 2012, essentiellement sous l effet de la baisse du prix des produits alimentaires. En revanche, l inflation a grimpé à 10.7 % en avril 2013, contre 8 % sur la même période en Cela a été causé par des perturbations des transports maritimes et la faible capacité d absorption du port, car une grande partie des biens sont importés d Europe. En août 2013, l inflation est tombée à un plancher historique, à 6.5 %, contre 11.6 % sur la même période en Afin de soutenir les efforts de l État en matière de croissance inclusive, la Banque centrale a maintenu son taux d intérêt de référence à 14 % en On considère que cette mesure est destinée à inciter les banques commerciales locales à baisser leurs taux de prêt, lesquels oscillent actuellement entre 24 % et 26 %, afin de doper l activité du secteur privé et de susciter des opportunités de développement pour les petites et moyennes entreprises (PME). En 2012, la Banque centrale a reformulé sa NAP (Norma de Aplicação Permanente) son mécanisme de régulation du système financier concernant «l accès au marché des changes et la couverture», ce qui a contribué à atténuer les tensions sur les réserves de change. Celles-ci se sont maintenues à un niveau élevé, à 4 mois d importations (37.7 millions USD). La croissance de la masse monétaire a diminué, passant de 20.3 % en 2012 à 11.5 % en Tandis que le 96 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
98 crédit à l économie devrait atteindre 9.4 % en 2013, dépassant les 7.6 % initialement attendus, la Banque centrale a conservé les mêmes exigences pour les banques commerciales non rentables et a maintenu le ratio de fonds propres au-dessus de 10 %. Coopération économique, intégration régionale et commerce L intégration effective de São Tomé-et-Príncipe au sein de la communauté économique régionale est limitée en raison de l insularité du pays et de son manque d infrastructures développées. L adhésion à part entière du pays à la Communauté économique des États de l Afrique centrale (CEEAC) n a pas encore produit de résultats. L essentiel du commerce extérieur se fait avec l Europe, en particulier avec le Portugal pour les importations et les Pays-Bas pour les exportations, et les échanges avec les pays africains de la CEEAC ont seulement représenté 2 % de l ensemble des échanges. L État utilise toujours la classification douanière à cinq taux de la CEEAC, et a aussi supprimé les droits à l exportation afin d empêcher l évasion fiscale et l apparition d obstacles non tarifaires. Les droits de douane sont structurés en produits et cinq taux : 0 %, 5 %, 10 %, 20 % et 30 %. São Tomé-et-Príncipe Le gouvernement a ratifié tous les accords liés à son statut de membre de la CEEAC et de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Les négociations sur la libre circulation des personnes au sein des pays membres de la CPLP ont débuté, et le gouvernement a introduit des formulaires électroniques de demande de visa pour permettre aux visiteurs d en obtenir un à la frontière. La transposition efficace de ces accords au niveau national a cependant été compromise par la faiblesse des capacités institutionnelles. Avec l aide de ses partenaires pour le développement, notamment le Groupe de la Banque mondiale, l État a mis en œuvre la première phase du système Sydonia pour instaurer un contrôle interne au sein des services douaniers. La seconde phase de ce système, c est-à-dire la création d un guichet unique pour le secteur extérieur, est entrée en vigueur en septembre 2013 : son objectif est d éliminer les procédures laborieuses et de faciliter le commerce. Concernant l intégration financière régionale, le pays ne dispose pas des instruments financiers nécessaires pour mettre en œuvre le processus. Néanmoins, le lancement de Dobra 24, un système de guichets automatiques bancaires (GAB) permettant d utiliser des cartes de crédit nationales, témoigne des efforts engagés pour améliorer le secteur financier. Ce système n accepte cependant pas encore les cartes de crédit internationales. Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale -28,2-42,4-42,5-37, ,2-24,1 Exportations de biens (f.o.b.) 5,5 5,4 4,4 6,1 6,9 7,9 10,2 Importations de biens (f.o.b.) 33,8 47,8 46,9 43,5 38,9 35,1 34,3 Services -6,9-5,4-5,3-2,6-2,8-2,9-3,6 Revenu des facteurs -1,6-0,2-0,2-0,8-0,8-0,9-0,6 Transferts courants ,1 20,3 17,3 16,4 14,5 Solde des comptes courants -9, ,8-20,5-18,4-14,7-13,9 Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Politique de la dette Compte tenu de la mauvaise position du pays en matière de dette, le gouvernement continue à exercer un contrôle prudent sur ses dépenses, accompagné de mesures strictes en matière de politique macroéconomique. Ces dernières années, l État a accompli des efforts significatifs pour réduire l encours de sa dette. Cet encours était évalué à 360 millions USD en 2006, avant que São Tomé-et-Príncipe ne remplisse les conditions pour bénéficier d un allègement de sa dette dans le cadre de l Initiative renforcée pour les pays pauvres très endettés (PPTE). Depuis, l encours de la BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 97
99 São Tomé-et-Príncipe dette a diminué, à millions USD à la fin juin 2013 selon les estimations, dont 40.4 millions USD dus à des donneurs multilatéraux et 182 millions USD à des créanciers bilatéraux. Le Portugal reste le principal créancier bilatéral (41 millions USD), devant l Angola (23 millions USD), tandis que le Nigeria (30 millions USD) est le premier créancier à court terme. São Tomé-et-Príncipe a obtenu l annulation de sa dette envers l Algérie. L encours de la dette du pays envers la Banque africaine de développement (BAfD) était d environ 2.1 millions USD en juin D après l analyse de viabilité de la dette réalisée en 2008 par la Banque mondiale et le FMI, le risque que la dette extérieure du pays ne soit pas tenable reste élevé, malgré les effets bénéfiques de l Initiative PPTE. Pour faire face à cet important risque de surendettement, une nouvelle loi sur la gestion de la dette publique a été adoptée en avril 2012, avec l appui de la Banque mondiale et de Debt Relief International (DRI). Elle définit le cadre stratégique, les responsabilités et la structure de gouvernance du département chargé de la dette publique. La coordination entre ce département et les autres organismes concernés s est améliorée ces dernières années, et toutes les informations relatives à la dette lui sont transmises. En janvier 2013, le gouvernement a mis en œuvre deux mesures législatives supplémentaires en matière de gestion de la dette publique. Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations % 350 Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations Source : FMI (WEO & Article IV). Gouvernance économique et politique Secteur privé La stabilité politique de São Tomé-et-Príncipe constitue un facteur clé pour le développement économique. La législation permet l accès aux biens de l État et la participation au secteur économique privé, à l exception des activités réservées à la Banque centrale et à l armée. À São Tomé-et-Príncipe, la pratique des affaires peut néanmoins s avérer laborieuse. En plus de l insularité du pays, un certain nombre de facteurs nuisent à l environnement des affaires, notamment le manque d infrastructures physiques et la fragilité du système judiciaire. Des progrès sont également nécessaires pour divers aspects concernant l étendue de la divulgation des informations, l accès au crédit, le règlement de l insolvabilité et le coût élevé de l électricité. Ces facteurs ont contribué au mauvais classement de São Tomé-et-Príncipe dans l édition 2013 du rapport Doing Business de la Banque mondiale. Le pays a chuté à la 166 e place sur 189 pays en matière de facilité à faire des affaires, alors qu il occupait la 163 e place en Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
100 D importants efforts s imposent dans différents domaines. Par exemple, le pays se classe à la 103 e place sur 189 pays en matière d octroi de permis de construire. De plus, selon le rapport de la Banque mondiale, São Tomé-et-Príncipe a renchéri le coût des permis de construire en augmentant les frais associés. Des efforts sont également nécessaires pour simplifier le règlement des litiges commerciaux : le pays se classe au 183 e rang en matière d exécution des contrats. En revanche, des progrès ont été réalisés dans d autres domaines. Afin de compléter les réformes mises en œuvre ces dernières années, les autorités du pays ont lancé en septembre 2013 un guichet unique pour le secteur extérieur en introduisant le système Sydonia dans les services douaniers. Cette initiative, entreprise avec l aide de la Société financière internationale et de la Facilité du climat des investissements, contribuera à harmoniser les politiques et les procédures, à faire baisser les coûts de transport pour les importations et les exportations, et à améliorer la coordination entre les ministères. Autre mesure importante prise par le gouvernement, une licence d exploitation a été attribuée au géant angolais des télécommunications UNITEL. São Tomé-et-Príncipe Secteur financier Le secteur financier de São Tomé-et-Príncipe se compose de huit établissements financiers : un est autorisé à exercer des activités de banque d investissement, deux sont des établissements financiers non bancaires, et cinq des banques commerciales. Toutefois, le secteur financier reste sous-développé et a besoin d améliorations. La vulnérabilité de ce secteur face aux chocs exogènes tient principalement à ce que seuls deux établissements financiers bénéficient d une participation de l État, tandis que les six autres appartiennent à des groupes étrangers. La part de marché de ces sociétés à capitaux étrangers s élève à 98 %. En septembre 2013, l évaluation du secteur effectuée par la Banque centrale a révélé une augmentation du volume des prêts improductifs, attribuable à une faible culture de crédit et à une mauvaise gestion des risques. La Banque centrale a dû prendre le contrôle d une des banques commerciales, qui n avait pas respecté la réglementation du secteur financier. L accès aux services financiers est limité par l absence de systèmes de paiement et de chambres de compensation. Par des réformes entamées en 2007, la Banque centrale a apporté des changements considérables au contrôle prudentiel et à la surveillance comportementale qu elle exerce au sein du secteur, et a relevé d environ 200 % le niveau des fonds propres nécessaires pour exercer des activités bancaires dans le pays. Du fait du manque de données, il est difficile d estimer la proportion de citoyens et de PME qui ont accès au crédit. Gestion du secteur public, institutions et réformes À São Tomé-et-Príncipe, une bureaucratie complexe continue d entraver l efficacité du secteur public. Cela a des effets néfastes sur la fourniture des services publics, et des réformes urgentes sont nécessaires. Cette situation est aggravée par la faiblesse des salaires dans le secteur public : on estime leur niveau moyen à 100 EUR par mois. Cela se traduit par un taux d attrition élevé, les agents recherchant des emplois mieux rémunérés dans le secteur privé. Néanmoins, les pouvoirs publics ont fait des efforts pour relever le niveau des salaires, en tenant compte des contraintes budgétaires et des difficultés économiques globales auxquelles le pays fait face. Renforcer la transparence et la responsabilisation dans la gouvernance des fonds publics est au cœur du programme de réformes économiques du gouvernement. Afin d améliorer encore davantage la transparence et la responsabilisation, le Parlement a adopté en août 2013 une nouvelle loi visant à prévenir et à combattre le blanchiment d argent et le financement du terrorisme. Cette loi a été saluée le 21 octobre 2013 par le Groupe intergouvernemental d action contre le blanchiment d argent en Afrique de l Ouest (GIABA). La Constitution nationale offre bien un cadre juridique pour les droits de propriété, mais l exécution des contrats s avère laborieuse, lente et coûteuse. Un nouveau texte approuvé en août 2012 continue de régir les droits de propriété dans le pays. Quant aux droits civiques, la liberté d expression est généralement respectée, en droit comme en fait. Dans le rapport Freedom BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 99
101 São Tomé-et-Príncipe in the World 2013 de Freedom House, São Tomé-et-Príncipe a obtenu un score de 2 (sur une échelle de 1 à 7, 1 étant la meilleure note et 7 la plus mauvaise), ce qui signifie que les libertés sont respectées, aussi bien en matière de droits politiques que de libertés individuelles. Gestion des ressources naturelles et environnement Le gouvernement a ratifié les conventions environnementales internationales suivantes : la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la Convention sur la diversité biologique et la Convention sur la lutte contre la désertification. Conscient des enjeux environnementaux, le gouvernement a élaboré des cadres juridiques environnementaux au niveau national, mais le manque de ressources pour faire appliquer ces lois constitue une source de préoccupation. Il s agit notamment des lois suivantes : i) loi (n 5/2001) sur la déforestation ; ii) loi (n 6/2006) sur le parc naturel Obô de São Tomé et loi (n 7/2006) sur le parc naturel Obô de Príncipe ; iii) décret (n 36/1996) sur les produits résiduels et les déchets ; iv) loi (n 11/1999) sur la protection de la faune, de la flore et des zones protégées ; v) décret (n 35/1999) sur l extraction des matériaux inertes (par exemple le sable) ; et vi) loi (n 9/2001) sur la pêche et les espèces marines. Pour São Tomé-et-Príncipe, les défis environnementaux tiennent notamment à l élévation du niveau des mers et au problème global du changement climatique. À l avenir, il est essentiel que le gouvernement applique la loi-cadre sur l environnement adoptée en 1999, laquelle stipule que tous les citoyens ont droit à un environnement écologique équilibré. Une approche stratégique de ce secteur, intégrée au programme national de développement, s attaque au problème de la déforestation. Elle plaide en faveur des actions suivantes : i) adopter une approche coordonnée de la lutte contre la déforestation illégale ; ii) renforcer les capacités des gardes forestiers et leur fournir des outils qui leur permettront de faire leur travail efficacement ; et iii) favoriser l information des populations locales sur les conséquences de la déforestation. Contexte politique São Tomé-et-Príncipe est devenu un pays souverain le 12 juillet Après avoir connu une période de parti unique, le pays est devenu une démocratie multipartite en Des élections présidentielles, législatives, municipales et régionales sont régulièrement organisées et se déroulent dans le calme. Des tensions portant sur divers sujets ont conduit à la chute du gouvernement au dernier trimestre 2012 et à la nomination de Gabriel Costa comme Premier ministre. Le nouveau gouvernement de coalition qu il a formé (composé de dix membres, dont deux femmes) a été confronté à de sérieux défis depuis son arrivée au pouvoir début 2013, notamment : i) des moyens financiers limités pour exécuter le budget de l État pour 2013 ; ii) la réforme du système judiciaire, avec la proposition de créer un Conseil national de la Justice ; et iii) des menaces de grève récurrentes de la part de l association des travailleurs. Ces problèmes sont aggravés par le risque de voir les citoyens s impatienter du retard que la production de pétrole pourrait prendre à la suite de l annonce par Total, le géant français du secteur pétrolier, de sa décision d abandonner les travaux d exploration dans le Bloc 1 de la zone de développement conjoint avec le Nigeria. La production devait à l origine débuter en 2015/16. Concernant la gouvernance politique, São Tomé-et-Príncipe se classe au 11 e rang sur 52 pays selon l indice Mo Ibrahim 2013 de la gouvernance africaine. Le pays se classe premier parmi les huit pays d Afrique centrale et deuxième parmi les cinq pays lusophones, avec un score de 59.9 points sur 100. Le rapport souligne néanmoins que des progrès significatifs restent à faire en matière de gestion publique, domaine dans lequel São Tomé-et-Príncipe se classe 46 e sur 52 pays. En matière de corruption, São Tomé-et-Príncipe se classe au 72 e rang sur 177 pays selon l Indice de perception de la corruption de Transparency International, soit le même classement qu en Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
102 Contexte social et développement humain Développement des ressources humaines L accès équitable aux services sociaux de base pour l ensemble de la population est une priorité essentielle pour le gouvernement de São Tomé-et-Príncipe, comme cela a été réitéré dans les cadres de développement pour la période Toutefois, de nombreuses difficultés subsistent. La stratégie nationale en matière de santé offre des programmes de protection des citoyens contre les difficultés financières associées à la maladie, mais leur mise en œuvre constitue une source de préoccupation. Le taux de mortalité infantile a chuté, à environ 30 pour naissances vivantes en 2013, contre 54.2 pour naissances vivantes en Selon les données du ministère de la Santé, le taux de malnutrition était de 25 % en novembre 2013 et devrait tomber à 14 % d ici Parallèlement, le pays a fait des progrès vers l atteinte de l objectif du Millénaire pour le développement relatif à l accès universel à l éducation primaire. São Tomé-et-Príncipe Le gouvernement a mis en œuvre plusieurs réformes visant à faire baisser la malnutrition et la mortalité infantile ainsi qu à prévenir les maladies. En voici quelques exemples : i) des aides pour les familles en situation d extrême pauvreté ; ii) un programme de distribution de repas dans les écoles ; iii) un programme de vaccination ; et iv) un programme de santé génésique couvrant les femmes enceintes. Les principales difficultés affectant les segments les plus vulnérables de la population sont les suivantes : i) faible pouvoir d achat ; ii) taux de chômage élevé ; iii) foyers comptant de très nombreux enfants ; iv) faible productivité ; et v) manque d accès au crédit. L État a mis en place des politiques de prévention et de traitement du VIH/sida, de la tuberculose et du paludisme, notamment en créant un service rattaché au ministère de la Santé pour gérer les opérations de prévention et de traitement, et en menant une campagne de sensibilisation. Cet effort est épaulé par certaines ONG nationales et internationales comme la Croix-Rouge. Le taux d alphabétisation des plus de 15 ans était estimé à 89 % en 2013, en légère hausse par rapport à 2011 (88 %). Le taux brut de scolarisation au primaire (enfants de tous âges scolarisés au primaire) est de %, et le taux net (enfants en âge d être scolarisés au primaire) de 87.5 %. Au secondaire, on estime le taux brut de scolarisation à 53.3 %, et le taux net à 35.3 %. En outre, 10.8 % des plus de 5 ans n ont jamais été scolarisés, et 29.1 % des ans ne sont ni à l école ni sur le marché du travail. Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail São Tomé-et-Príncipe n est pas en voie d atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) relatifs à l élimination de l extrême pauvreté, à l égalité des sexes et à la mise en place de partenariats pour le développement. D après l Enquête 2010 sur la pauvreté menée par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), 49.6 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et 15.9 % dans l extrême pauvreté, contre respectivement 53.8 % et 19.2 % en L incidence de la pauvreté est plus élevée chez les femmes (71.3 %) que chez les hommes (63.4 %). Les districts les plus touchés sont Caué, Lembá, Água-Grande, Lobata et l île de Príncipe. L incidence élevée de la pauvreté dans les zones rurales a conduit un grand nombre de travailleurs ruraux à migrer vers les villes. Ce phénomène pourrait aussi être lié à l insécurité alimentaire. Dans le même temps, moins de 20 % des ménages sont satisfaits de leur logement s agissant de l accès à l eau potable, de la collecte des déchets, de l évacuation des eaux pluviales et de la fourniture d électricité. Le gouvernement a mis en place une stratégie de protection sociale (loi n 07/2004), mais sa mise en œuvre est retardée par le manque de ressources financières. La loi stipule que le système de sécurité sociale versera des allocations de retraite et d indemnité en fonction du nombre BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 101
103 São Tomé-et-Príncipe d années consacrées au service public. Le montant de ces allocations est fixé à STD par mois, soit 4 EUR. Les personnes âgées qui n ont pas cotisé au plan de retraite au cours de leur vie active recevront une allocation mensuelle de STD. Environ personnes bénéficient actuellement de ce système, alors qu elles sont à s y être inscrites, un écart significatif qui souligne la nécessité d accroître le soutien aux franges les plus nécessiteuses de la population. Différentes ONG, parmi lesquelles Santa Casa da Misericórdia et la Croix-Rouge, reçoivent une aide financière de la part du ministère de la Protection sociale et fournissent une aide aux personnes âgées. Avec l appui de ses partenaires pour le développement, le gouvernement a mis en place des actions pilotées par les collectivités locales, comme la distribution de repas chauds pour accroître la survie infantile, une campagne de promotion de la santé et des aides destinées aux mères de plus de trois enfants. Bien que le pays ait ratifié diverses conventions internationales relatives au marché du travail, notamment les conventions 138 et 182 de l Organisation internationale du travail portant sur le travail des enfants, des efforts considérables doivent être faits concernant leur mise en application. São Tomé-et-Príncipe possède toutefois une législation protégeant les intérêts des salariés, énoncée notamment dans la loi n 6/92 définissant le régime juridique des personnes qui travaillent dans les secteurs public et privé. Les tendances des indicateurs clés du marché du travail observées en 2013 confirment les limites structurelles de l économie nationale. La création d emplois est faible et le taux de chômage est estimé à 54.9 %. Parmi les actifs, 40.6 % ont un emploi précaire. Égalité hommes-femmes L État a élaboré une stratégie nationale en faveur de l égalité hommes-femmes ainsi qu une résolution concernant la participation des femmes aux activités civiles et politiques (n 74/VIII/09). Il existe néanmoins de fortes inégalités, les femmes étant plus touchées par la pauvreté et ayant moins de chances de trouver un emploi que les hommes. Ces problèmes sont plus marqués dans les zones rurales que dans les zones urbaines. La Constitution nationale, qui a été révisée en janvier 2003, garantit les mêmes droits à tous les citoyens et interdit toute discrimination à caractère social, politique ou religieux. Les droits à l intégrité physique, au travail et au libre choix de la profession ainsi que le droit de vote sont inscrits dans la Constitution. De la même façon, la loi sur la nationalité (pour les femmes mariées à des étrangers) n est pas discriminatoire à l égard des femmes, et le Code pénal condamne les crimes sexuels. Si la législation interdit toute forme de violence (article 22 de la Constitution), son application pose problème, car les forces de l ordre du pays manquent cruellement des moyens matériels et des équipements nécessaires pour venir rapidement en aide aux victimes. Analyse thématique : les chaînes de valeur mondiales et l industrialisation de l Afrique Pour São Tomé-et-Príncipe, petit État insulaire situé au large des côtes de l Afrique centrale qui a obtenu son indépendance vis-à-vis du Portugal le 12 juillet 1975, l émergence de chaînes de valeur mondiales (CVM) constitue une opportunité unique. Les CVM pourraient accroître la valeur ajoutée des deux principales cultures d exportation du pays, le cacao et le café. Cela pourrait avoir des retombées positives majeures pour un pays insulaire dont près de la moitié de la population vit dans la pauvreté. D après l Enquête 2010 sur la pauvreté menée par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), 49.6 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et 15.9 % dans l extrême pauvreté, contre respectivement 53.8 % et 19.2 % en Au-delà du cacao et du café, qui représentent plus de 80 % des exportations, le secteur du tourisme est devenu un moteur de croissance au cours des dernières années. Le secteur de l agriculture présente également un fort potentiel, tandis que la découverte de pétrole a fait naître d importants espoirs de croissance. 102 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
104 São Tomé-et-Príncipe n en est encore qu aux prémisses en matière d accès aux CVM et d intégration aux réseaux de production mondiaux. Actuellement, les fèves de cacao et de café produites à São Tomé-et-Príncipe sont exportées vers l Europe brutes ou torréfiées et empaquetées. Cela prive São Tomé-et-Príncipe du maillon le plus rentable de la chaîne de valeur du marché de la confiserie : la transformation du cacao en chocolat. On estime que les cultivateurs d Afrique de l Ouest ne reçoivent qu entre 3.5 % et 6 % du prix final d une tablette de chocolat, selon le pourcentage de cacao qu elle contient. Ces dernières années, la construction d une petite chocolaterie à São Tomé-et-Príncipe a permis de commencer à transformer localement des fèves de cacao en chocolat. Cela n ajoute pas seulement de la valeur ajoutée au cacao brut, mais génère également des emplois. São Tomé-et-Príncipe est aussi doté en abondance de fruits exotiques et tropicaux. Début 2013, une petite entreprise produisant des jus de fruits, Naturalismo, a été lancée dans le pays. São Tomé-et-Príncipe En tant qu économie insulaire, le pays dispose de grandes quantités de poissons et de ressources marines, et, ces dernières années, le secteur de la pêche a bénéficié d importants investissements publics. Le pays a encouragé les entreprises privées à se lancer dans le secteur de la transformation du poisson afin de préparer des produits pour l exportation, principalement vers l Europe. Toutefois, la majorité du poisson capturé à São Tomé-et-Príncipe continue d être transformé à l étranger, ce qui prive le pays de la possibilité de générer de la valeur ajoutée et de créer des emplois. Le manque de main-d œuvre hautement qualifiée obère également la participation du pays aux CVM. À moyen et long terme, São Tomé-et-Príncipe devra développer son avantage comparatif dans le cacao, le café, les fruits tropicaux et les ressources marines afin de tirer parti des CVM. À l avenir, il sera crucial d investir dans la recherche et le développement, ainsi que dans le service aprèsvente aux clients. Au-delà du marché européen, c est l Afrique centrale qui a le plus fort potentiel d intégration aux CVM, ce qui permettrait à São Tomé-et-Príncipe de profiter de son appartenance à la région. La Chine et Taïwan présentent également de grandes possibilités d intégration aux CVM. En outre, des résultats de prospection positifs laissent à penser que São Tomé-et-Príncipe pourrait devenir un pays riche en pétrole, dont l exploitation devrait débuter en 2015/16. Une bonne gouvernance et une gestion prudente des ressources pétrolières du pays offriront une occasion sans précédent de transformer radicalement la structure de l économie. La recherche et le développement ont déjà commencé, et des contrats d exploration ont été attribués. Dans la perspective de cette production de pétrole, les autorités auraient également intérêt à investir massivement dans les activités de transformation afin de profiter pleinement des ressources naturelles dont jouit le pays. Néanmoins, du fait de la faible diversification de l économie du pays, le gouvernement est confronté à un certain nombre de problèmes majeurs qui pourraient freiner la mise en œuvre efficace de son programme de développement économique et l empêcher de capitaliser sur le potentiel des CVM. Il s agit notamment des problèmes suivants : i) le faible développement des infrastructures (c est-à-dire des routes, des voies ferrées, des ports et des aéroports qui permettent d accéder aux marchés étrangers) ; ii) les difficultés d accès au crédit ; iii) la fragilité du système judiciaire ; et iv) la petite taille du pays et la faiblesse de la consommation locale. Ces difficultés sont aggravées par l exposition de São Tomé-et-Príncipe aux chocs exogènes en raison de sa forte dépendance vis-à-vis de l aide extérieure. Les obstacles potentiels à la participation du pays aux CVM peuvent comprendre une diminution de la mobilisation (déjà faible) des ressources intérieures en général et des recettes fiscales en particulier, et une volatilité des courants d échanges qui pourrait résulter de changements de stratégie de la part des institutions financières internationales. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 103
105 São Tomé-et-Príncipe Selon une étude réalisée en juillet 2010 par la Banque africaine de développement sur le thème de l insularité et de son coût pour São Tomé-et-Príncipe, les obstacles susmentionnés ont une incidence sur les retombées potentielles que le pays peut attendre de sa participation aux CVM. Les conclusions de cette étude sont notamment les suivantes : Agriculture : le cacao biologique présente un intérêt économique considérable. Ainsi, la diminution ou l élimination des coûts de transport et de production supplémentaires liés à l insularité se traduira par une augmentation considérable des revenus des producteurs. Pêche : il est important que le pays puisse capitaliser sur la viabilité économique de son industrie du thon pour l exportation. Selon une étude réalisée en 2009 par le Programme alimentaire mondial, «le coût moyen de l empaquetage à la sortie de l usine locale est d environ EUR/tonne, dont EUR correspondant aux matières premières en partie pêchées dans la zone économique exclusive de São Tomé-et-Príncipe, 200 EUR de frais de main-d œuvre et 300 EUR de consommation intermédiaire». Tourisme : dans ce domaine, São Tomé-et-Príncipe doit : i) développer sa législation tout en maintenant l équilibre nécessaire à l écotourisme, en tenant compte de la spécificité insulaire du pays pour éviter tout développement incontrôlé du tourisme ; ii) développer les programmes de formation adéquats ; iii) préparer des démarches promotionnelles ; et iv) améliorer les infrastructures ainsi que les conditions sanitaires et d hygiène. Il faut souligner que, selon l étude sur l insularité, le tourisme reste une activité à forte intensité capitalistique, c est-àdire que les investissements nécessaires sont deux à trois fois supérieurs au chiffre d affaires attendu. Construction : selon les conclusions de l étude, le coût total de construction d une maison individuelle de 200 m² est d environ USD, c est-à-dire USD/m². Les biens importés représentent une part significative des matériaux de construction (ciment, briques, plomberie, peinture, etc.). Par conséquent, il serait extrêmement bénéfique pour le pays d améliorer la planification des constructions, la diversification des sources d approvisionnement et la formation. 104 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
106 TCHAD 2014 Claude N Kodia / [email protected]
107 Tchad Tchad Avec un taux de croissance projeté à 11.2 %, l activité économique pourrait connaître une augmentation significative en 2014 grâce, notamment, à la mise en exploitation de nouveaux champs pétroliers. Pour exécuter correctement le programme de référence signé avec le Fonds monétaire international en juillet 2013, mais aussi pour atteindre le point d achèvement de l initiative PPTE attendu en 2014, le gouvernement devra intensifier sa politique de consolidation budgétaire. Le renforcement de l efficacité et de la rentabilité des chaînes de valeur existantes et leur élargissement à des secteurs économiques à fort potentiel contribueront à une croissance économique plus inclusive et à un développement durable. Vue d ensemble Le taux de croissance de l économie tchadienne, qui selon les estimations a atteint 3.4 % en 2013, pourrait connaître une appréciation significative en 2014 et s établir à 11.2 %. L entrée en production de nouveaux champs pétroliers et la bonne tenue du secteur agricole expliquent l amélioration de ces perspectives de croissance. Le taux d inflation, qui s inscrit dans une tendance à la baisse amorcée au cours de l année 2012, se situe à 0.4 % pour Le gouvernement devra relever un défi majeur : mettre correctement en œuvre le programme de référence signé en juillet 2013 avec le Fonds monétaire international (FMI). Sa bonne exécution permettra au pays de bénéficier d un programme soutenu par une facilité élargie de crédit (FEC) et, en cas d évolution favorable, d atteindre le point d achèvement de l initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) avant la fin de l année Cela suppose, avant toute chose, de mettre en place puis d assurer le suivi d un programme crédible d assainissement et de consolidation budgétaire. L objectif est de rendre plus efficace la dépense publique et de conforter la viabilité des finances publiques. Le respect de la discipline budgétaire contribuera aussi à la bonne exécution du Plan national de développement En mettant efficacement en œuvre ses programmes d actions prioritaires, les autorités devraient significativement améliorer les conditions de vie des populations, en particulier les plus défavorisées. Le gouvernement est aussi confronté à un impératif : réduire la dépendance de l économie au pétrole, au regard des baisses de production déjà constatées de cette ressource. Au début de l année 2014, l or noir représentait près de 30 % du PIB et assurait plus de 70 % des recettes fiscales. Une plus grande diversification des sources de croissance s impose donc, notamment à travers la création de chaînes de valeur dans les secteurs où le pays dispose d avantages comparatifs certains : l élevage, le coton, le tourisme, la pétrochimie et la gomme arabique. Une telle diversification favoriserait non seulement la création nette d emplois, mais contribuerait aussi à élargir l assiette fiscale grâce à un meilleur niveau des recettes budgétaires et à l efficience fiscale susceptible d être ainsi induite. 106 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
108 Figure 1. Taux de croissance du PIB réel Tchad % Taux de croissance du PIB réel (%) Afrique centrale (%) Afrique (%) (e) 2014(p) 2015(p) Source : BAfD, Département Statistique PEA. Estimations (e) ; prévisions (p). Tableau 1. Indicateurs macroéconomiques (e) 2014(p) 2015(p) Croissance du PIB Taux de croissance du PIB réel par habitant Inflation Solde budgétaire (% PIB) Compte courant (% PIB) Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Développements récents et perspectives Après une année 2012 marquée par une accélération de l activité économique, à 9.1 %, la croissance économique a connu un fort repli en Elle se situe à 3.4 %. La diminution du taux de croissance de près de six points en 2013 s explique essentiellement par la baisse de la production du principal site pétrolier. En cause : les problèmes rencontrés dans son exploitation. Néanmoins, la baisse du taux de croissance a été en grande partie compensée par la bonne tenue de la demande intérieure. Celle-ci a été fortement soutenue tout au long de 2013 par les recrutements opérés au sein de la Fonction publique, la poursuite et le lancement de nouveaux travaux d infrastructures par l État, la hausse des revenus en milieu rural du fait de la bonne campagne, tant en termes de production vivrière qu en termes de cultures d exportation comme le coton. Les perspectives de croissance pour 2014 s avèrent prometteuses. Le taux de croissance économique est projeté à près de 11.2 %. La contribution des échanges extérieurs à la variation du PIB devrait être positive en Et la hausse prévue de la production pétrolière devrait se traduire par une augmentation substantielle des exportations de pétrole. Cela compenserait le recul attendu du commerce intracommunautaire, du fait de la persistance de l instabilité sociopolitique aux frontières du Tchad. L activité économique sera essentiellement portée par le secteur pétrolier, avec l entrée en production de nouveaux gisements exploités par la China National Petroleum Corporation (CNPC) et l entreprise canadienne Griffiths. Pour gérer l or noir BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 107
109 Tchad avec plus de transparence, le gouvernement a adhéré à l Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) et a acquis le statut de «pays candidat» en avril Cependant, pour n avoir satisfait qu à douze des vingt critères exigés, le conseil d administration de l ITIE a déclaré le Tchad «pays non conforme» le 30 août 2013 et a encouragé le gouvernement à adopter les mesures correctives appropriées avant la date butoir du 23 août La consolidation budgétaire amorcée en 2012, qui s est poursuivie en 2013, pourrait encore s améliorer en 2014 au regard de la conjoncture escomptée. Une telle évolution permettrait d exécuter avec succès le programme de référence signé avec le FMI et de mettre en place un programme économique et financier soutenu par une FEC, en vue d atteindre le point d achèvement de l initiative PPTE en Rappelons que le Tchad est parvenu au point de décision de cette initiative en La réussite du processus de désendettement est un enjeu d importance au regard des bénéfices potentiels attendus. En effet, l atteinte du point d achèvement de l initiative PPTE et l allègement de la dette multilatérale permettront au Tchad de bénéficier d une réduction de sa dette de 1 milliard de dollars (USD), selon les estimations du FMI. Le pays pourra aussi disposer de financements additionnels, notamment sous forme d aide budgétaire. Pour parvenir à cette étape, les autorités devront relever les défis liés à la bonne gestion des finances publiques, au cours de Il leur faudra notamment procéder à la réforme des impôts en continuant à élargir et à maîtriser l assiette fiscale, dans le but d obtenir des recettes supplémentaires. Par ailleurs, elles devront impérativement diversifier les sources de la croissance, eu égard à la forte dépendance de l économie vis-à-vis du pétrole et au caractère instable des conditions climatiques affectant le développement du secteur agricole. Cela passe par la continuation et l amplification des réformes structurelles. Le gouvernement est désormais confronté à la nécessité de bien maîtriser la programmation des investissements publics et de les exécuter dans la transparence pour continuer à consolider le budget. Tableau 2. PIB par secteur (en pourcentage du PIB) Agriculture, chasse, foresterie et pêche dont pêche Mines dont pétrôle Manufactures Electricité, gaz et eau Construction Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants dont hôtels et restaurants Transports, entreposage et communications Finance, immobilier et services aux entreprises Services des administrations publiques Autres services Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs Source : Données des administrations nationales. Politiques macroéconomiques Politique budgétaire Les efforts du gouvernement effectués en matière d ajustement budgétaire, durant les deux dernières années, ont permis de conclure un programme de référence avec le Fonds monétaire international en juillet Le déficit primaire hors pétrole, qui se situait à 19.6 % du PIB en 2011, 108 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
110 a atteint 19.2 % en 2012 et a été estimé à 18.1 % en L amélioration de l exécution budgétaire constatée fin 2012 s est poursuivie en Cette tendance doit être consolidée afin de pouvoir réaliser correctement le programme et permettre au pays d atteindre le point d achèvement de l initiative PPTE avant la fin de l année Tchad Les autorités ont, entre autres, engagé des actions en faveur d une plus grande mobilisation des ressources hors pétrole et procédé à un élargissement de l assiette fiscale pour réaliser cet objectif. Le taux de pression fiscale demeure structurellement bas autour de 7.5 % du PIB en 2013, comparé à l objectif de 17 % fixé par la Communauté économique et monétaire de l Afrique centrale (CEMAC). Ces mesures ont été complétées par d autres actions visant à réduire le niveau des dépenses grâce au contrôle de la masse salariale. Celle-ci a représenté près de 77 % des recettes non pétrolières en Le recensement biométrique des fonctionnaires effectué en 2012 a permis de mieux maîtriser les salaires de la Fonction publique en L encadrement des dépenses avant ordonnancement (DAO), qui a été renforcé en 2013, contribue aussi à accroître la crédibilité du budget national et faciliter la mise en place d un cadre de dépenses à moyen terme (CDMT). La transposition au niveau national des six directives de la CEMAC, dont celles relatives aux lois de finances adoptées par le Conseil des ministres de l Union économique de l Afrique centrale en décembre 2011, permettra d augmenter l efficacité des CDMT. Le projet de loi organique concernant les lois de finances, qui a été approuvé par la Commission de la CEMAC en 2013 puis adopté la même année par le gouvernement, était en discussion à l Assemblée nationale au début de Tableau 3. Opérations financières de l État (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Recettes totales (avec dons) Recettes fiscales Recettes pétrolières Dépenses totales (et prêts nets) (a) Dépenses courantes Sans les intérêts Salaires Paiement d'intérêts Dépenses en capital Solde primaire Solde global Note : a. Seuls les principaux postes de recettes et de dépenses sont détaillés. Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Il est important, pour la réussite du programme de référence, que le Plan national de développement soit exécuté avec efficacité. Ce nouveau cadre stratégique comporte les objectifs prioritaires suivants : une croissance soutenue, la sécurité alimentaire, la création et l accès à l emploi, le développement du capital humain, le développement du secteur privé, le développement des technologies de l information et de la communication, la protection de l environnement et l adaptation aux changements climatiques, l amélioration de la gouvernance. L enveloppe globale de ce nouveau plan, d un montant de milliards XAF (franc CFA BEAC) sur les trois années à venir, a été répartie comme suit : près de 66 % au secteur productif, 26 % aux infrastructures et transports, 27 % au capital humain, 5 % à l environnement et 2 % à la gouvernance. C est en grande partie à l aune des résultats des différents programmes d actions prioritaires contenus dans ce plan que seront appréciés les progrès réalisés dans la bonne gouvernance et en matière de réduction de la pauvreté. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 109
111 Tchad Politique monétaire L appartenance du Tchad à la zone franc lui permet de bénéficier de différents avantages sur le plan monétaire et financier : la garantie illimitée accordée par le Trésor français aux monnaies émises par les différents instituts régionaux d émission ; la libre transférabilité des capitaux ; un système de taux de change fixes mais ajustables ; la centralisation et la mise en commun des réserves de change conférant au franc CFA un statut international. La politique d ancrage monétaire du Tchad à travers la zone franc repose principalement sur les taux d intérêt comme instruments de régulation monétaire, afin de maîtriser l inflation et conforter le niveau de parité du franc CFA/euro. Afin de mieux soutenir l économie de la sous-région, le taux d intérêt des appels d offres (TIAO) a été abaissé, passant de 4 % à 3.25 % en octobre La masse monétaire et ses différentes composantes ont connu une augmentation de 11.4 % en glissement annuel sur la période allant de fin juillet 2012 à fin juillet On constate que les avoirs extérieurs nets du Tchad au sein du compte d opérations de la Banque des États de l Afrique centrale (BEAC) ouvert dans les écritures du Trésor français ont enregistré une diminution. Celle-ci est due à la baisse du niveau des exportations pétrolières du Tchad qui est passé de milliards XAF fin juillet 2012 à près de milliards XAF fin juillet Les crédits à l économie ont en revanche fortement augmenté, passant de milliards XAF à près de milliards XAF en Les crédits à court terme ont connu la plus forte hausse sur la période, soit près de 24 %. Les principaux secteurs bénéficiaires ont été le bâtiment, les travaux publics et les transports. La bonne récolte agricole réalisée au cours de la campagne 2012/13 devrait avoir un impact positif sur le niveau des prix. Sur l ensemble de l année 2013, l inflation se situe à 0.4 %, largement en deçà de la norme de 3 % précisée par le pacte de convergence, dans le cadre de la surveillance multilatérale en zone CEMAC. Coopération économique, intégration régionale et commerce La structure des exportations et des importations ainsi que le positionnement géographique et sectoriel sont demeurés inchangés en Le pétrole, qui représente 90 % du total des exportations, est suivi par le coton, le bétail et la gomme arabique. La part des biens d équipement reste prédominante dans le total des importations. Soulignons toutefois que les échanges extérieurs ont accusé une baisse prononcée du niveau des exportations pétrolières en La raison tient aux difficultés rencontrées par les compagnies pétrolières sur certains champs pétroliers, qui ont conduit à une réduction des volumes de pétrole exportés sur les marchés internationaux. Cette baisse a eu un impact négatif sur le solde courant de la balance des paiements, qui a atteint -6.5 % du PIB en 2013, et sur les réserves internationales, qui se situaient à 1.9 mois d importations de biens et services en 2013, contre 2.6 en Cette tendance n a pas pu être compensée par les bons résultats enregistrés dans la production et l exportation de coton. Le volume des exportations de coton fibre a ainsi atteint près de tonnes en 2013, contre tonnes en 2012, soit une hausse de 30 %. Afin d intensifier ses échanges, le Tchad a continué à développer sa coopération avec les nouveaux pays émergents (Chine, Inde et Turquie) et a participé activement au processus d intégration économique continental, s appuyant essentiellement sur deux communautés sousrégionales : la CEMAC et la Communauté économique des États d Afrique centrale (CEEAC). Le pays est aussi membre d autres ensembles sous-régionaux, comme le Comité permanent Inter- États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss), la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) et la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD). Le contexte sociopolitique qui prévaut aux frontières du pays, notamment en République centrafricaine, en Libye et dans certaines zones du Nigeria, n a pas permis de maintenir et dans certains pays d accroître le niveau des échanges intrarégionaux. 110 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
112 Tableau 4. Comptes courants (en pourcentage du PIB) (e) 2014(p) 2015(p) Balance commerciale Exportations de biens (f.o.b.) Importations de biens (f.o.b.) Services Revenu des facteurs Transferts courants Solde des comptes courants Source : Données de la Banque centrale et des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations (e) et les prévisions (p). Tchad Politique de la dette Le niveau de l endettement restait soutenable en 2013, mais un facteur préoccupant persiste : le risque de voir le niveau de la trésorerie de l État diminuer en raison d une conjoncture dégradée sur le marché pétrolier. L atteinte du point d achèvement de l initiative PPTE, fixée avant la fin de 2014, est en grande partie conditionnée par la capacité du gouvernement à rendre concessionnelle une part de sa dette extérieure, de façon à en assurer la viabilité à long terme. La dette publique a atteint près de 28 % du PIB en Elle a progressé de 8.6 % par rapport à son niveau atteint en Cela est dû en partie au retraitement des avances statutaires de la BEAC en dette intérieure et à l émission d emprunts obligataires par le Tchad sur le marché sousrégional. Le service de la dette représente près de 4 % des recettes budgétaires du pays. Figure 2. Part de l encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations % 30 Dette extérieure (publique et privée) /PIB Service de la dette /Exportations Source : FMI (WEO & Article IV). Néanmoins, des avancées significatives ont été enregistrées dans le cadre de l exécution du programme de référence, notamment par le biais de la renégociation des conditions, ou l annulation, des prêts internationaux jugés non concessionnels. Des dispositions ont également été prises pour que tout projet de prêt soit désormais examiné par la Commission nationale d analyse de la dette (Conad), présidée par le ministre des Finances et du Budget. L objectif est BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 111
113 Tchad de mieux contrôler les dettes contractées ainsi que l ensemble des engagements pris par l État, d en évaluer les exigences en termes de concessionnalité pour éviter le surendettement, et de préserver la viabilité des finances publiques. La Conad est appuyée par l équipe tchadienne d analyse de viabilité de la dette. Une cellule nationale chargée des émissions de titres publics a été mise en place pour coordonner la stratégie d endettement intérieur de l État, en particulier sur le marché financier sous-régional où le Tchad a été très actif ces trois dernières années. Gouvernance économique et politique Secteur privé Tout reste à faire pour améliorer le climat des affaires, ce que confirme l édition 2014 du rapport de la Banque mondiale Doing Business, qui place le Tchad au dernier rang. Le coût du travail est particulièrement élevé et affecte la profitabilité des entreprises. Le salaire minimum interprofessionnel garanti a été relevé par le gouvernement en janvier Il s élève désormais à XAF contre auparavant. Le classement établi par The Global Competitiveness Report place le Tchad à la 70 e place sur 148 pour la flexibilité dans la détermination du salaire. Le gouvernement a pris des initiatives pour promouvoir et développer le secteur privé. Il entend lui consacrer près de 350 milliards XAF dans le cadre du Plan national de développement Les structures en charge de la création d entreprises sont opérationnelles et ont permis de réduire les délais de procédures, sans toutefois atteindre l objectif ciblé : mettre entre 24 et 72 heures pour monter une société. De janvier 2013 à septembre 2013, près de entreprises ont été créées, dont 95 % de très petites entreprises ou entreprises individuelles. Le Tchad, qui ne dispose d aucune zone franche, envisage de construire des «ports secs» pour améliorer ses opérations commerciales et industrielles. Une cellule a été installée en 2013 auprès de la primature pour assurer la coordination de toutes les réformes économiques et financières engagées dans le pays. Sa mission première : accélérer leur mise en place et leur bon fonctionnement, en privilégiant tout particulièrement les réformes destinées à améliorer le climat des affaires. Secteur financier L activité bancaire a été soutenue en 2013, contribuant positivement à la croissance économique. Le total des crédits à l économie a atteint près de milliards XAF en 2013, en hausse de 24 % par rapport à Le plan de recapitalisation des établissements bancaires tchadiens initié en 2012, et supervisé par la Commission bancaire de l Afrique centrale (Cobac), a permis de combler leurs déficits en fonds propres et d améliorer leur solvabilité. Il a néanmoins eu pour conséquence d augmenter la participation de l État dans le capital des banques tchadiennes et a rendu le secteur très dépendant de la commande publique. Ce même secteur peine par ailleurs à jouer un rôle dans la transformation des ressources en emplois à long terme, au regard de la structure actuelle des dépôts. Les dépôts à vue de la clientèle ont atteint près de 80 % du total des dépôts en Quant à la circulation fiduciaire hors banque, elle représentait près de 50 % de la monnaie et quasi-monnaie en Pour mobiliser plus de ressources et financer l économie de manière pérenne, les autorités ont lancé des émissions de titres d État sur le marché régional. En 2013, près de 90 milliards XAF ont ainsi été levés. Les obligations émises dans le cadre de cet emprunt obligataire courent sur cinq ans ( ) et donneront droit à un intérêt de 6 % net l an. Lancée le 23 septembre 2013 et clôturée le 15 novembre 2013, cette émission obligataire a été souscrite à 106 %. Elle fait suite à un premier emprunt de milliards XAF émis sur le même marché financier régional, aux conditions de taux identiques, et pour une durée allant de 2011 à Le secteur de la microfinance s est développé au Tchad au côté du secteur bancaire. Il compte près de 200 établissements et, comme le secteur bancaire, est supervisé par la Cobac. Les secteurs 112 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
114 agricole et commercial en ont été les principaux bénéficiaires, avec respectivement près de 60 % et 20 % du total des crédits octroyés. La stratégie nationale de microfinance en cours, tout comme celle initiée en 2003, a pour objectif d accélérer la monétarisation de l économie en permettant aux populations les plus démunies d accéder aux services financiers. Cela est loin d être le cas, la santé financière du secteur demeurant précaire. Tchad Gestion du secteur public, institutions et réformes La perception du niveau de corruption n est pas bonne, selon le rapport 2013 de Transparency International et The Global Competitiveness Report : le Tchad apparaît parmi les pays les plus atteints par ce fléau. En 2013, les autorités ont pris des mesures pour tenter de lutter plus efficacement contre la corruption. La Cour des comptes a été créée et sera pleinement opérationnelle lorsque la Constitution aura été révisée. Le Tchad a aussi adhéré au Mécanisme africain d évaluation par les pairs le 26 janvier Grâce à la consolidation de la paix et la présence de l administration sur l ensemble du territoire national, les Tchadiens ont davantage exercé leur droit de propriété en Le rapport Doing Business 2014 classe le Tchad au 146 e rang sur 189 en matière de transfert de propriété. Fin juillet 2013, on estimait à seulement le nombre de titres fonciers délivrés dans le pays. Près de 80 % des affaires en instance de jugement ont concerné des litiges fonciers. Le gouvernement a engagé plusieurs actions pour sécuriser les titres fonciers. L opération s est faite en plusieurs étapes, avec l appui d une société internationale spécialisée. Le but est d inciter les propriétaires d actifs fonciers à se faire établir des documents sécurisés. Le coût des différents actes fonciers devrait être revu à la baisse pour faciliter l accès du plus grand nombre à des titres sécurisés. Le retour à un climat sécuritaire apaisé a favorisé les initiatives locales, notamment dans le cadre de la décentralisation. Cette dernière reste une priorité pour les autorités, qui manquent néanmoins de moyens financiers pour lui donner un contenu concret et en faire un vrai outil de développement local. De plus, si la politique de décentralisation a bien fixé des objectifs, elle peine à les traduire en plan d action. Les communes, faiblement dotées en ressources financières, ne peuvent pas exercer leurs compétences ni développer des politiques locales, notamment pour lutter contre la pauvreté. Gestion des ressources naturelles et environnement La réalité des menaces écologiques a conduit le gouvernement à agir pour protéger l environnement. Plusieurs textes ont été adoptés, à commencer par la loi n 14 /PR/98 définissant les principes généraux de la protection de l environnement. La loi n 14/PR/2008 a permis de préciser le régime de l exploitation forestière et des ressources halieutiques. Le plan national d action sur l environnement, le programme d action nationale de lutte contre la désertification, la stratégie nationale et plan d action en matière de diversité biologique, qui précisent les urgences pour la lutte contre l ensablement, l érosion et la sédimentation, complètent le dispositif. Le Tchad a ratifié la Convention sur les changements climatiques, la Convention sur la protection de la couche d ozone, son protocole, ainsi que les Conventions sur les déchets dangereux. Il a créé une agence nationale de la Grande Muraille verte, suivant en cela les recommandations de l Initiative africaine Grande Muraille verte développée par l Union africaine. D autres mesures ont été prises, comme l interdiction des sachets en plastique sur toute l étendue du territoire, et celle des coupes de bois vert depuis 2008 afin de préserver le couvert végétal. Une taxe sur la puissance des véhicules (chevaux fiscaux) a été instituée pour financer les différents programmes en matière d environnement. Les recettes recouvrées sont néanmoins insuffisantes par rapport aux actions à entreprendre. La Banque africaine de développement s est engagée dans la préservation de l environnement. Elle participe activement à la lutte pour la sauvegarde du lac Tchad et prendra une part active à un programme régional de renforcement de la résilience au BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 113
115 Tchad Sahel et en Afrique de l Ouest incluant le Tchad. Elle financera, avec l appui du Cameroun, de la Centrafrique et du Tchad, un projet destiné à la protection des éléphants. Contexte politique En 2013, l intervention de l armée tchadienne s est poursuivie sur deux théâtres d opérations en Afrique, au Mali et en République centrafricaine. La participation de contingents tchadiens à des forces sous-régionales et internationales de maintien de la paix vise avant tout à préserver la stabilité dans la région. Car les crises malienne et centrafricaine et leurs répercussions dans l espace sahélo-saharien menacent autant la stabilité politique et la sécurité régionale et internationale que le développement économique. Un cadre régional apaisé permettrait de mieux valoriser les potentialités économiques, notamment à travers le développement de l élevage pastoral et celui des ressources énergétiques pour lesquelles le Tchad présente des avantages comparatifs avérés. Pour préparer les consultations électorales (locales et législatives) qui auront lieu dans les deux prochaines années, le gouvernement a mis en place une Commission électorale nationale indépendante (CENI). Outre son président, elle comprend 40 membres : 17 de la majorité présidentielle, 17 de l opposition et 6 de la société civile. Sa première mission consiste à préparer un calendrier électoral et à procéder au recensement biométrique. Contexte social et développement humain Développement des ressources humaines Les structures de santé et de protection sociale restent de faible qualité, en dépit des investissements qui leur ont été consacrés dans le passé. De surcroît, leur accès est difficile. Près d un enfant sur cinq meurt avant l âge de 5 ans. L espérance de vie est de 49.6 ans (48.5 pour les hommes, 50.6 pour les femmes). La lutte contre les maladies endémiques constitue une priorité de santé publique. La mauvaise situation sanitaire s explique essentiellement par le nombre insuffisant de médecins qualifiés, tant dans les grands centres hospitaliers de la capitale que dans les établissements régionaux, et par une répartition déséquilibrée des personnels de santé sur le territoire national. En 2012, le Tchad comptait au total personnels de santé, dont 89 % relevaient du secteur public, 6 % d organisations confessionnelles et du privé, 3 % d organisations non gouvernementales et 2 % de l armée. La prévalence au niveau national du VIH/sida était de 3.3 % en 2013, contre 4.9 % pour l Afrique subsaharienne. Les personnes atteintes par la pandémie sont prises en charge et disposent d antirétroviraux (ARV) et de réactifs gratuits. En 2011, les dépenses de santé par habitant étaient de 35 USD, pour une norme fixée par l Union africaine à 44 USD. L effort doit donc porter sur la qualité et le niveau des dépenses sanitaires au vu des standards régionaux. Ces dépenses atteignaient près de 10 % du budget en En 2001, la Déclaration d Abuja souhaitait qu elles représentent au moins 15 %. Près de 44 % de la population souffre d insécurité alimentaire récurrente. Des actions sont donc nécessaires pour remédier à cette situation. D ici à 2015, le pays s est fixé deux objectifs : d une part, ramener le taux de malnutrition aiguë chez les enfants de moins 5 ans à 10 %, contre 16 % en 2012 ; d autre part, abaisser à 21 % la proportion d enfants de moins de 5 ans souffrant d insuffisance pondérale, conformément à l objectif du Millénaire pour le développement (OMD) concernant la réduction de la faim dans le monde. En matière d éducation, les résultats encourageants enregistrés ces dernières années, notamment en termes de taux d inscription dans le primaire (121 %), doivent être confortés dans le cadre du Plan national de développement Ce plan, en cours d exécution, doit relever deux défis de taille : réduire le fort taux d analphabétisme selon les régions et le genre (86 % chez 114 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
116 les femmes, 69 % chez les hommes), et procéder à une répartition plus équitable de l offre de scolarisation sur l ensemble du territoire. Tchad Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail Quarante-sept pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le développement rural est appelé à jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre la pauvreté. D autant que cette dernière est plus prononcée en milieu rural où réside 82 % de la population qu en zone urbaine. Cette pauvreté des campagnes est accentuée par la survivance de pratiques ancestrales qui empêchent les femmes d exercer leurs fonctions économiques et leurs droits à part entière. Cela est particulièrement vrai pour l accès aux ressources naturelles et à la terre surtout les terres fertiles et aménagées. Le cadre stratégique de développement a pris en compte cette dimension. Sur une enveloppe globale de milliards XAF, 66 % seront alloués au secteur productif, dont 40 % dédiés au secteur rural. À l instar de la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté II qui s est achevée en 2011, le nouveau plan de développement met l accent sur le secteur rural pour consolider les efforts engagés dans la lutte contre la pauvreté. Ces trois dernières années, plus de la moitié du budget de l État a été affectée à trois secteurs jugés prioritaires dans ce combat : la santé, l éducation et l action sociale. Le Tchad met les bouchées doubles pour tenter d atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement dans ces domaines. Le gouvernement a aussi décidé de subventionner toute une série de biens afin d améliorer le pouvoir d achat des populations les plus modestes. Toutefois, cette mesure a un coût budgétaire important au regard de leur impact économique et social. Les autorités devront donc procéder à un meilleur ciblage pour que la mesure gagne en efficacité. Égalité hommes-femmes Le Tchad promeut l égalité des statuts entre hommes et femmes et a adopté un cadre législatif qui la reconnaît pleinement. Il a aussi ratifié un certain nombre de conventions internationales, notamment la Convention sur l élimination de toutes les formes de discrimination à l égard des femmes en 1995, et celles relatives aux droits des femmes et des enfants. Pour autant, les deux sexes sont loin d être représentés de façon égalitaire au Parlement, même si des progrès ont été enregistrés dans la dernière législature (2011). La proportion des sièges détenue par des femmes est passée de 7 % à 18 %, soit 28 parlementaires femmes sur 155 députés. Début 2014, le gouvernement comptait neuf ministres femmes, dont une ministre de l Économie, du Plan et de la Coopération internationale. Ces avancées restent insuffisantes. D autant que, dans les faits, le principe d égalité se heurte à des résistances et à de nombreux blocages. Les pratiques traditionnelles favorisent toujours les hommes, et l ensemble de la société a du mal à se mettre en phase avec ce principe d égalité. Les inégalités sexo-spécifiques demeurent fortes, notamment dans le domaine de la santé, de l éducation, de l accession au foncier, de la propriété, des successions, et en termes de rémunération. Présentes en majorité dans le secteur agricole, de l élevage et de la pêche, les femmes ont un accès limité aux ressources naturelles et aux terres fertiles, en dépit du droit reconnu à tout citoyen d accéder à la terre. Analyse thématique : les chaînes de valeur mondiales et l industrialisation de l Afrique Les quatre décennies de conflits ont empêché le Tchad de se doter d une base industrielle solide et diversifiée et de s insérer efficacement dans les chaînes de valeur mondiales. Avant la découverte du pétrole, l exploitation du coton, qui a été introduit dans le pays dans les années BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 115
117 Tchad 1920, constituait son activité économique principale et lui a permis de disposer de ressources appréciables pour le financement de son développement. La filière cotonnière a ainsi assuré jusqu à 65 % des recettes d exportation, et près du quart de la population a vécu de cette activité. Les difficultés techniques, financières et d exploitation qu a rencontrées la société CotonTchad, en charge de l animation de cette filière, ainsi que l effondrement des cours du coton au niveau mondial n ont pas permis à cette chaîne de valeur nationale de préserver l intégralité de ses activités. La filière cotonnière est en cours de restructuration. Le développement de l activité pétrolière demeure à ce jour l exemple le plus abouti de participation à une chaîne de valeur d importance. Grâce à l exploitation du pétrole, le budget national a presque décuplé en dix ans, passant de près de 160 milliards XAF en 2001 à environ milliards XAF en Quant aux dépenses d investissement sur ressources intérieures, elles ont été multipliées par 22, supplantant les ressources extérieures, dont la part dans le budget de l État a enregistré une forte baisse. L exploitation du premier champ pétrolier a nécessité un investissement de 3.7 milliards USD, qui se décomposent comme suit : 1.5 milliard pour exploiter trois champs pétroliers localisés dans le sud, et 2.2 milliards pour réaliser l oléoduc de km reliant la zone d exploitation au terminal maritime pétrolier de la ville de Kribi, au Cameroun. Pour exploiter l or noir, un consortium a été constitué, réunissant les compagnies pétrolières Exxon Mobil, Petronas et Chevron, deux sociétés d exploitation du pipeline (Totco pour le Tchad et Coctco pour le Cameroun) et les gouvernements tchadien et camerounais. De 2003 à 2011, ce consortium a assuré la totalité de la production pétrolière, commercialisée principalement en Asie et aux États-Unis. Deux autres consortiums ont été créés par la suite. Le premier est dirigé par le groupe chinois CNPC pour l exploitation de gisements situés dans le bassin de Bongor. Le second, composé du groupe pétrolier Overseas Petroleum and Investment Corporation (OPIC), de Taiwan, et de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) exploite les gisements du bloc Chari Ouest III. Le nombre des acteurs du secteur de l extraction pétrolière a beaucoup augmenté à partir de 2010, avec la mise en place de contrats de partage de production. La construction d une raffinerie de pétrole, en partenariat avec la Chine, a permis de transformer localement le pétrole brut en produits à valeur ajoutée, comme l essence et le gasoil. Cette unité industrielle de transformation, détenue à 40 % par l État et à 60 % par la CNPC, a commencé son activité en juillet Sa capacité de production est de 1 million de tonnes, pour une demande nationale estimée à près de 0.5 million de tonnes. Elle peut ainsi satisfaire la demande domestique et sous-régionale (la partie nord du Cameroun et la République centrafricaine). La société d exploitation Cotco estime qu entre 2003 et 2013 l État camerounais a tiré des bénéfices de près de 200 milliards XAF de l activité pétrolière, principalement au titre de droit de transit et d impôts. L activité au sein de cette chaîne de valeur est appelée à s intensifier avec l arrivée au Tchad de nouveaux opérateurs pétroliers qui entendent, eux aussi, utiliser l oléoduc pour exporter leur production. Il en est de même du gouvernement nigérien : en 2013, il a décidé de construire un pipeline de raccordement de près de 600 km à l oléoduc Tchad-Cameroun afin d évacuer sa production pétrolière. Cette décision va conforter un peu plus l assise régionale de cette chaîne de valeur. Les opportunités de créer des chaînes de valeur dans d autres domaines économiques existent. L élevage est le plus prometteur, le Tchad possédant un cheptel évalué à près de 20 millions de bêtes. Le secteur représentait en 2012 près de 85 % des exportations hors pétrole. Les recettes générées par cette filière, qui va du commerce de la viande à l exploitation des cuirs et des peaux, sont estimées à près de 140 milliards XAF. Les marchés nigérian et camerounais constituent ses principaux débouchés. Cette chaîne de valeur, néanmoins, reste à ce jour peu dynamique, aussi bien à l échelle sous-régionale qu à l échelle mondiale, en raison de la faible valorisation de ses différents produits et de l importance des échanges non officiels (près de 60 % de ses exportations). Elle pourrait être renforcée en développant les activités laitières et de production de cuirs et de peaux. 116 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale BAfD, OCDE, PNUD 2014
118 Le développement et la professionnalisation de la filière de la gomme arabique offrent également des perspectives intéressantes au Tchad, qui est le deuxième producteur mondial de ce produit après le Soudan. Elle constitue actuellement le troisième poste d exportation. Tchad Les difficultés à mettre en place des chaînes de valeur s expliquent par plusieurs facteurs. L insuffisance des infrastructures nuit à leur fonctionnement, dans un pays sans accès à la mer et très dépendant des infrastructures de liaison des pays limitrophes. De plus, l éloignement des zones de consommation des produits exportés renchérit encore les coûts de la logistique et du transport des marchandises, alors que leur maîtrise est un élément fondamental dans le bon fonctionnement d une chaîne de valeur. Dans le cas tchadien, près de 85 % des exportations transitent par le port de Douala, au Cameroun, pour atteindre leurs zones de consommation principalement situées en Europe, en Asie et en Amérique. Quant à la capitale, N Djamena, elle est située à près de km de la mer par la route. Par ailleurs, il n existe pas de cadre attractif pour développer les activités commerciales et d investissement et susciter la création d entreprises ou l accroissement des capacités productives des sociétés présentes. La faiblesse du tissu des petites et moyennes entreprises et petites et moyennes industries (PME/PMI) nationales rend plus difficile encore la captation d une partie de la valeur ajoutée générée par les chaînes de valeur existantes, en particulier dans la filière pétrolière. L absence d une politique de soutien et d accompagnement des PME/PMI et la difficulté pour elles à respecter les exigences en matière de normes constituent autant de freins à leur essor. Pour saisir les opportunités qu offrent les chaînes de valeur mondiales et en tirer un meilleur profit sur le plan économique, le Tchad doit mettre en place des politiques structurantes autour d acteurs clés, au premier rang desquels figure l État. Son rôle apparaît déterminant dans le développement des infrastructures, mais aussi dans la structuration des chaînes de valeur déjà en place. Il l est plus encore dans la définition des axes stratégiques de chaînes de valeur qui pourraient être créées et dynamisées, notamment dans le secteur de l élevage. L action de l État est également décisive dans la rationalisation du cadre réglementaire et législatif. Enfin, compte tenu de l étroitesse du marché national, les autorités devraient privilégier la voie de l intégration régionale dans leur stratégie en faveur de la promotion des chaînes de valeur. BAfD, OCDE, PNUD 2014 Perspectives économiques en Afrique - Édition régionale / Afrique centrale 117
119 Perspectives économiques en Afrique 2014 Édition régionale : Afrique centrale Cameroun Congo, Rép. Congo, Rép. dém. Gabon Guinée équatoriale Rép. centrafricaine São Tomé-et-Príncipe Tchad Le rapport complet est disponible à l'adresse suivante :
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