Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose



Documents pareils
Épidémiologie des maladies interstitielles diffuses

Innovations thérapeutiques en transplantation

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

LA TUBERCULOSE Docteur ALAIN BERAUD

Thérapeutique anti-vhc et travail maritime. O. Farret HIA Bégin

Cas clinique 2. Florence JOLY, Caen François IBORRA, Montpellier

Tout sur la toux! La toux est une des principales causes de. La classification de la toux. Les caractéristiques de la toux selon son étiologie

La toux chronique de l adulte, démarche diagnostique

Spondylarthropathies : diagnostic, place des anti-tnf et surveillance par le généraliste. Pr P. Claudepierre CHU Henri Mondor - Créteil

HEPATITES VIRALES 22/09/09. Infectieux. Mme Daumas

Point d Information. Le PRAC a recommandé que le RCP soit modifié afin d inclure les informations suivantes:

Christian TREPO, MD, PhD

Association Hépatite virale C et Sarcoïdose

PLAC E DE L AN ALYS E TOXIC OLOG IQUE EN URGE NCE HOSP ITALI ERE

Carte de soins et d urgence

DÉFICITS IMMUNITAIRE COMMUN VARIABLE

La maladie de Still de l adulte

Compte rendu d hospitalisation hépatite C. À partir de la IIème année MG, IIIème années MD et Pharmacie

La maladie de Berger Néphropathie à IgA

La fibrose pulmonaire idiopathique

chronique La maladie rénale Un risque pour bon nombre de vos patients Document destiné aux professionnels de santé

LISTE DES ACTES ET PRESTATIONS - AFFECTION DE LONGUE DURÉE HÉPATITE CHRONIQUE B

SURVEILLANCE DES SALARIES MANIPULANT DES DENREES ALIMENTAIRES

MINISTERE DE LA SANTE, DE LA FAMILLE ET DES PERSONNES HANDICAPEES

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

Item 127 : Transplantation d'organes

Tuberculose bovine. Situation actuelle

Le sevrage de la trachéotomie

Infiltrats pulmonaires chez l immunodéprimé. Stanislas FAGUER DESC Réanimation médicale septembre 2009

Grossesse et HTA. J Potin. Service de Gynécologie-Obstétrique B Centre Olympe de Gouges CHU de Tours

Patho Med Cours 5. Maladie Pulmonaires Obstructives BPCO Asthme

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

ANNEXE IIIB NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR

Apport de la TDM dans les cellulites cervico-faciales

Les plateformes de génétique

1- Parmi les affirmations suivantes, quelles sont les réponses vraies :

Y a-t-il une place pour un vaccin thérapeutique contre l hépatite B? H. Fontaine, Unité d Hépatologie Médicale, Hôpital Cochin

Normes canadiennes pour la lutte antituberculeuse

Pierre OLIVIER - Médecine Nucléaire

ANEMIE ET THROMBOPENIE CHEZ LES PATIENTS ATTEINTS D UN CANCER

Orientation diagnostique devant une éosinophilie 1

Observation. Merci à l équipe de pharmaciens FormUtip iatro pour ce cas

Laurence LEGOUT, Michel VALETTE, Henri MIGAUD, Luc DUBREUIL, Yazdan YAZDANPANAH et Eric SENNEVILLE

HVC CHRONIQUE MOYENS THERAPEUTIQUES ET BILAN PRE-THERAPEUTIQUE CHAKIB MARRAKCHI.

Assurance Maladie Obligatoire Commission de la Transparence des médicaments. Avis 2 23 Octobre 2012

Migraine et Abus de Médicaments

Quoi de neuf dans la prise en charge du psoriasis?

«Les lombalgies chroniques communes à la consultation de rhumatologie du CHU de Fès»

L hépatite C pas compliqué! Véronique Lussier, M.D., F.R.C.P.C. Gastroentérologue Hôpital Honoré-Mercier 16 avril 2015

+ Questions et réponses

L anémie hémolytique auto-immune

Vaccinations pour les professionnels : actualités

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE

Introduction. Lésion pulmonaire dite suspecte en l absence l nignité:

QUELLES SONT LES OPTIONS DU TRAITEMENT DE LA LMC?

Prise en charge de l embolie pulmonaire

recommandations pour les médecins de famille

GASTRO-ENTEROLOGIE. Variabilité. A des entrées. B des sites anatomiques. C inter-individuelle. D intra-individuelle

Arthralgies persistantes après une infection à chikungunya: évolution après plus d un an chez 88 patients adultes

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS. 1 er octobre 2008

MONOGRAPHIE DE PRODUIT. étanercept. Solution injectable en seringues préremplies

La maladie de Horton Artérite temporale Artérite à cellules géantes

DOSSIER - SARCOÏDOSE

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 3 septembre 2008

27 ème JOURNEE SPORT ET MEDECINE Dr Roukos ABI KHALIL Digne Les Bains 23 novembre 2013

Chapitre III Le phénotype immunitaire au cours de la vie

ALTO : des outils d information sur les pathologies thromboemboliques veineuses ou artérielles et leur traitement

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 23 mai 2007

Découvrez L INSTITUT UNIVERSITAIRE DU CANCER DE TOULOUSE

G U I D E P A T I E N T - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge du cancer du foie

Recommandations régionales Prise en charge des carcinomes cutanés

Actualités thérapeutiques dans le VHC : les recommandations de l AFEF Vendredi 8 et samedi 9 avril 2011 à Paris

S o m m a i r e 1. Sémiologie 2. Thérapeutique

Principales causes de décès selon le groupe d âge et plus

INSUFFISANCE CARDIAQUE «AU FIL DES ANNEES»

Définition de l Infectiologie

Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports. Comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins

Conseils aux patients* Lutter activement. *pour les patients ayant subi une opération de remplacement de la hanche ou du genou

La maladie de Wegener La granulomatose de Wegener

SERVICE PUBLIC FEDERAL, SANTE PUBLIQUE, SECURITE DE LA CHAINE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT COMMISSION DE BIOLOGIE CLINIQUE RAPPORT GLOBAL

Actualités sur le Virus de l'hépatite C

CORRELATION RADIO-ANATOMIQUE DANS LE CARCINOME HEPATOCELLULAIRE TRAITE PAR TRANSPLANTATION HEPATIQUE : IMPACT SUR LA RECIDIVE

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

Leucémie Lymphoïde Chronique

Evaluation péri-opératoire de la tolérance à l effort chez le patient cancéreux. Anne FREYNET Masseur-kinésithérapeute CHU Bordeaux

Quelles sont les maladies hautement contagieuses susceptibles d être hospitalisées en réanimation en France?

L hépatite C. 50 questions et réponses. Dr. med. Daniel Lavanchy, PD Dr. med. Andrea De Gottardi, Prof. Dr. med. Andreas Cerny

Réflexions sur les possibilités de réponse aux demandes des chirurgiens orthopédistes avant arthroplastie

L investigation chez la personne infectée par le VIH

Maladies neuromusculaires

ÉVALUATION DE LA PERSONNE ATTEINTE D HYPERTENSION ARTÉRIELLE

La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant

Termes de référence du groupe de travail «Risques professionnels et sanitaires»

Foie et pathologie broncho-pulmonaire. Nathalie GANNE-CARRIÉ. Service d'hépato-gastroentérologie, Hôpital Jean Verdier, Bondy.

INTERET PRATIQUE DU MDRD AU CHU DE RENNES

Qu est-ce qu un sarcome?

Hépatites Auto-Immunes. Critères et Scores Diagnostiques

Module digestif. II. Prévention du reflux gastro-œsophagien :

Transcription:

Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose

Auteurs Cendrine Godet (*) Jean-Pierre Frat (**) Cédric Landron (*) Lydia Roy (***) Paul Ardilouze (****) Jean-Pierre Tasu (****) (*) Service de Maladies Infectieuses, CHU la Milétrie, Poitiers, France (**) Service de Réanimation Médicale, CHU la Milétrie, Poitiers, France (***) Service d Hématologie, CHU la Milétrie, Poitiers, France (****) Service de Radiologie, CHU la Milétrie, Poitiers, France

Anamnèse Homme âgé de 55 ans traité en décembre 2004 pour un lymphome folliculaire par Cyclophosphamide, Doxorubicine, Vindésine, Prednisone et Interferon-α (IFN- α) En mai 2005 : début d une toux sèche, associée à une dyspnée, fièvre et asthénie

TDM thoracique/coupes fines images micronodulaires distribuées au hasard n épargnant pas les territoires sous-pleuraux

biologie Élévation de l enzyme de conversion de l angiotensine 93U/L (normal<68) Lavage Bronchiolo-Alvéolaire à prédominance lymphocytaire : Lymphocyte : 58% (normale : 8 à 12%) lymphocytes CD4+ : 77% (normale : 40 à 60%) lymphocyte CD8+ : 19% (normale : 30 à 50%)

Anatomopathologie Biopsies transbronchiques granulomes épithéloïdes et gigantocellulaires sans nécrose caséeuse

Autres résultats cultures fungiques et microbiologiques stériles bilan hépatique et calcique normaux épreuves fonctionnelles respiratoires dans les limites de la normale

Le diagnostic évoqué est une sarcoïdose induite par le traitement par INF-α résolution en 3 mois de la symptomatologie clinique et radiologique absence de récidive après 2 ans ½ de recul cette chronologie fait fortement suspecter le rôle de IFN- α dans le développement de cette sarcoïdose

Discussion (1) Moins d une dizaine de cas rapportés de sarcoïdose chez les patients traités par IFN- α pour hépatite (1,2) Premier cas de sarcoïdose post- IFN- α dans le cadre de la prise en charge d un lymphome folliculaire.

Discussion (2) La sarcoïdose est une granulomatose systémique caractérisée par la présence de granulomes immuns, sans nécrose caséeuse, au sein de certains organes L INF-α joue un rôle dans la régulation de la réponse immunitaire des lymphocytes T-helper CD4+ qui interviennent dans le développement de la réaction granulomateuse gigantocellulaire (3)

Discussion (3) Le délai entre la mise en route du traitement et l apparition de la sarcoïdose peut varier de quelques semaines à quelques mois (1) Les signes cliniques inauguraux concernent le plus souvent la sphère pulmonaire (dyspnée, toux) mais également la peau (nodules)

Discussion (4) Les manifestations radiologiques de la sarcoïdose induites par l IFN-α sont similaires à celles de la sarcoïdose idiopathique (4) : micronodules de distribution périlymphatique, au hasard (miliaire) condensations alvéolaires de prédominance lobaire supérieure et moyenne association possible à des adénopathies médiatinales

TDM thoracique/coupes fines condensations alvéolaires à prédominance lobaire supérieure associées à une distorsion bronchique

Adénopathies calcifiées hilaires et sous-carènaires Micronodules distribués au hasard avec prédominance sous-pleurale

Discussion (5) La survenues d une toux ou d une dyspnée sous IFN-α ne doit pas uniquement faire évoquer la possibilité d une pneumonie médicamenteuse aiguë mais aussi la possibilité d une pathologie interstitielle diffuse à part entière comme la sarcoïdose. Si l arrêt de l IFN-α permet la résolution des symptômes dans la plupart des cas, parfois le recours aux corticoïdes est indispensable pour éviter une évolution vers une insuffisance respiratoire (1)

Conclusion (1) Le diagnostic d une pneumopathie médicamenteuse est souvent difficile car il est parfois compliqué de faire la part entre la maladie qui nécessite l usage du médicament et la toxicité du médicament La prévalence de la toxicité pulmonaire médicamenteuse est en constante augmentation

Conclusion (2) Une méconnaissance de cette toxicité peut- être fatale ou conduire vers une insuffisance respiratoire chronique Le radiologue tout comme le clinicien doivent connaître les manifestations cliniques et radiologiques des pneumopathies médicamenteuses afin de discuter rapidement d une conduite à tenir : pour différencier une atteinte pulmonaire spécifique, d une atteinte infectieuse ou toxique d argumenter l arrêt d une thérapeutique toxique voire de débuter un traitement par corticoïdes

Références 1. Hoffman RM, Jung MC, Motz R, et al. Sarcoidosis associated with interferon-alpha therapy for chronic hepatitis C. J Hepatol 1998; 28:1058-1063 2. Pietropaoli A, Modrak J, Utell M. Interferon-alpha therapy associated with the development of sarcoidosis. Chest 1999; 116:569-572 3. Brincker H. The sarcoidosis-lymphoma syndrome. Br J Cancer 1986; 54:467-473 4. Hansell DM, Armstrong P, Lynch DA, McAdams HP. Imaging of diseases of the chest. 4 th ed., Chicago, IL: Mosby Yearbook, 2005; 485-533