Planification de l éducation par la simulation informatique

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1 Politiques et stratégies d éducation 3 Planification de l éducation par la simulation informatique G.-C. Chang et M. Radi U N E S C O

2 Planification de l éducation par la simulation informatique Auteurs Mohamed Radi, Chef, Section d appui aux stratégies éducatives nationales, Division des politiques et stratégies éducatives, UNESCO, Paris. Gwang-Chol Chang, Spécialiste de programme, Section d appui aux stratégies éducatives nationales, Division des politiques et stratégies éducatives, UNESCO, Paris. La présente publication peut être librement reproduite ou citée, en tout ou en partie à condition qu il soit fait mention de la source. Les auteurs sont responsables du choix et de la présentation des faits figurant dans cet ouvrage ainsi que des opinions qui y sont exprimées, lesquelles ne sont pas nécessairement celles de l UNESCO et n engagent pas l Organisation. Publié en 2001 par l Organisation des Nations Unies pour l éducation, la science et la culture 7, place de Fontenoy, Paris 07 SP (France) UNESCO (ED-2001/WS/36)

3 Préface La collection Politiques et stratégies d éducation lancée par la Division des politiques et stratégies éducatives de l UNESCO publie son troisième numéro. S écartant volontairement de la théorisation excessive, elle se veut avant tout le recueil de bonnes pratiques professionnelles. Par le choix des thèmes abordés et la forme de son contenu, elle ambitionne de faire partager l expérience acquise sur le terrain, non seulement aux praticiens de la planification de l éducation, mais plus largement à tous ceux qui s intéressent à l élaboration et à la mise en œuvre de politiques et stratégies éducatives. Consacré à la Planification de l éducation par la simulation informatique, ce numéro s adresse tant aux spécialistes dans ce domaine qu aux décideurs politiques et aux hauts responsables des ministères de l éducation soucieux de mieux connaître les méthodes et les outils permettant d établir des plans de développement. Le Cadre d action de Dakar recommande que tous les pays se dotent d un Plan d action national d Éducation pour Tous avant l échéance de Jusqu à présent, beaucoup de pays restent dépendant de l assistance technique extérieure dans le domaine de la conception des modèles de simulation. Cet ouvrage a pour objet de mettre directement à leur portée un modèle générique qu ils pourront adapter à leur propre système éducatif. Outre fournir un outil opérationnel permettant de faciliter l élaboration de leurs plans d action, il peut aussi être utilisé en tant que support de formation et d autoformation à l usage des planificateurs engagés dans un processus de préparation de tels plans.

4 Planification de l éducation par la simulation informatique Le recours à la simulation informatique est devenu incontournable. Pour préparer leur plan de développement, les ministères de l éducation doivent : (i) rassembler et analyser les données concernant le secteur éducatif ; (ii) formuler des hypothèses de développement sous forme de paramètres, c est-à-dire traduire les principes et les orientations politiques en objectifs chiffrés ; (iii) par le jeu de la combinaison des données de base et des paramètres retenus, déterminer les conséquences de la politique éducative adoptée en termes de ressources humaines, pédagogiques, physiques et financières ; et (iv) promouvoir un véritable dialogue entre les différentes parties prenantes autour de la politique éducative et de la question de mobilisation des ressources nécessaires pour la mise en œuvre de cette politique. L application de simulation par le biais de l ordinateur permet, dès le démarrage du processus de planification, de constater les lacunes du système d information et, éventuellement de les combler. Elle contribue par la suite à tester la faisabilité des politiques de développement du secteur, en fournissant des éléments objectifs d appréciation des options possibles. Ce faisant, elle rend plus aisée la prise de décision en matière de politiques et stratégies éducatives. Enfin, elle permet de mieux évaluer les coûts et de fournir les éléments indispensables de cadrage macro-économique et financier qui confèrent au plan d action national toute sa crédibilité. Le rôle de l éducation et son devenir restent au cœur des débats sur le développement humain durable, la lutte contre la pauvreté, la promotion des valeurs universelles et de la tolérance et les défis des nouvelles technologies de l information et de la communication. Nous espérons que cet ouvrage constituera un outil utile pour l élaboration ou l actualisation de plans d action nationaux qui tiennent compte de ces préoccupations et qui soient conformes aux recommandations du Forum mondial sur l éducation de Dakar. M. Asghar Husain Directeur, Division des politiques et stratégies éducatives Juin 2001

5 Table des matières 1. Introduction 1 2. Utilité de la simulation informatique Élaboration de la politique éducative Planification sectorielle à moyen terme Besoins en intrants éducatifs Moyens de vérification quantifiés Financement et budgétisation Conception de la simulation informatique Quelques considérations conceptuelles Différents types de simulation Définition de la structure de la simulation Principales étapes de la simulation informatique Définition des objectifs politiques Exploitation des résultats et construction des scénarios Un modèle de simulation Caractéristiques du modèle présenté L utilisation de EPSSim Qu est-ce que EPSSim? Comment utiliser EPSSim? Les principales composantes de EPSSim Les conditions requises pour construire une simulation Le système d information Des objectifs de développement clairs Conclusions 61 Références bibliographiques 63 Annexes : Exemple de projections d un modèle de simulation 65

6 1. Introduction Jusqu au début des années 1980, le travail du planificateur consistait principalement dans beaucoup de pays à prévoir et gérer l accroissement quantitatif du système éducatif. La satisfaction de la demande sociale pour l éducation ne trouvait alors de limite que dans la capacité des États à assurer financièrement l expansion de l éducation à tous ses niveaux. Depuis les années 1980, beaucoup de pays ont dû faire face à des difficultés économiques et financières. La mise en œuvre des plans de développement a été de plus en plus hypothéquée par des aléas économiques et budgétaires imprévisibles et de nombreux pays ont abandonné la planification à long terme en faveur de la programmation à court terme, sous forme fragmentée d actions et de projets de développement. Face à l impact mitigé d un grand nombre de ces projets sous-sectoriels, les pays en développement, souvent sous l impulsion de leurs partenaires techniques et financiers, ont opté pour une approche-programme dans le souci d obtenir un meilleur rendement des investissements consentis. La recherche de solutions alternatives de financement et de rationalisation des ressources a amené les pays à adopter des approches sectorielles et des politiques facilitant la ré-allocation des ressources dans le cadre d une approche systémique du développement de l éducation. C est dans ce contexte que, dans un certain nombre de pays en développement, des applications de simulation (appelées aussi modèles de simulation) ont été conçues pour étayer l élaboration de plans ou programmes sectoriels cohérents pour le développement de l éducation. Le recours à l informatique comme outil de simulation et de planification de l éducation date donc d une vingtaine d années. Jusqu au début 1

7 Planification de l éducation par la simulation informatique des années quatre-vingt, la plupart des planificateurs n utilisaient encore que la calculatrice, d abord simple puis programmable, c est-à-dire à peine capable d effectuer des séries de calculs répétitifs, comme par exemple ceux résultant de l application de taux d écoulement aux effectifs d élèves d un niveau scolaire donné. Lorsqu ils ont commencé à recourir aux premiers PC, les performances de ces derniers ont permis la programmation de ce type de calculs en incluant davantage de variables portant sur des périodes plus longues. Mais compte tenu de leur limite en termes de capacité de mémoire et de logiciels, les calculs ne portaient que sur certaines parties du long enchaînement de séquences qui permet l établissement de prévisions quantitatives du développement du secteur éducatif. Les ordinateurs personnels utilisés par la suite avaient une capacité de traitement de l information plus importante, mais juste suffisante pour effectuer en une seule fois des calculs de prévision concernant la population scolaire par niveau d éducation, ou déterminer les besoins en enseignants. Les planificateurs programmaient et traitaient les séquences de projection par tranche et, de ce fait, ne pouvaient mesurer les conséquences financières des options de scolarisation qu après plusieurs mois de travail et de tâtonnement. Avec l extension de la mémoire des ordinateurs personnels, l augmentation de la vitesse de traitement de données par des processeurs de plus en plus puissants et l évolution du potentiel des applications de type tableurs (comme Lotus 123 ou MS Excel), les planificateurs de l éducation ont progressivement développé ce qu ils ont appelé des «modèles de simulation». Ils ont réussi à mettre bout à bout les éléments de la chaîne que forment les nombreuses séquences de calcul, qui commence par les données démographiques et aboutit aux dépenses d éducation, en passant par les flux des effectifs des élèves, des enseignants et des autres catégories de personnel, ainsi que les besoins correspondants en infrastructures et en ressources d investissement et de fonctionnement. La simulation résulte en fait de la construction de la chaîne de séquences de calcul avec l aide d un logiciel, dont on a organisé les feuilles de calcul, de manière à reproduire schématiquement la structure du système éducatif concerné. La prise en compte des données qui lui sont spécifiques et des paramètres découlant des scénarios retenus pour son développement permet de simuler les flux de ses effectifs et leurs conséquences pour les années à venir sur les besoins en ressources humaines, physiques et financières. 2

8 Utilité de la simulation informatique Aujourd hui la puissance de calcul des PC et la performance sans cesse améliorée des tableurs de calcul permet, une fois le modèle de simulation construit pour un système éducatif donné, de mesurer instantanément l impact de la modification de tel ou tel paramètre sur les ressources éducatives à mobiliser à des échéances pluriannuelles données.

9 2. Utilité de la simulation informatique Avant le recours à la simulation informatique, il était très difficile de pratiquer un nombre suffisant de simulations pour mesurer l impact des diverses décisions possibles sur l évolution du système éducatif et, en particulier, leurs répercussions financières. De plus les simulations pratiquées se limitaient, souvent faute de moyens, à des scénarios par sous-secteur. Les questions de développement de l éducation ne pouvaient donc être étudiées que de manière imparfaite. La simulation informatisée a été d un apport considérable, à la fois pour ce qui est de l élaboration des politiques et stratégies éducatives et pour la qualité technique des plans d éducation, dont ils ont permis d améliorer notablement le degré de cohérence conceptuelle et l appréciation de la faisabilité financière. Les modèles de simulation sont devenus un outil incontournable pour assurer une bonne articulation du développement des soussecteurs éducatifs et une meilleure appréciation des objectifs qui leur sont assignés, en facilitant la détermination des moyens pédagogiques et institutionnels, ainsi que des ressources financières qui en découlent. L utilité d un modèle de simulation apparaît avec force dans la construction des scénarios de développement du secteur éducatif, en ce sens qu il permet d étudier la faisabilité des options choisies et d en mesurer, pratiquement en temps réel, les conséquences avant leur adoption définitive. On peut schématiquement distinguer trois phases ou types d utilisation du modèle de simulation, à savoir la conception de la politique éducative, la planification à moyen terme et la budgétisation. 5

10 Planification de l éducation par la simulation informatique 2.1 Élaboration de la politique éducative La simulation peut contribuer à l élaboration de politiques éducatives, qui se révèle complexe. La complexité provient non seulement du fait que l éducation est un secteur dont il est difficile de cerner les tenants et les aboutissants en vue de la planification, mais aussi de la diversité des intérêts qu elle représente pour les différents acteurs de la société. Par rapport aux autres secteurs socioéconomiques, le développement de l éducation pose des problèmes plus ardus à résoudre et davantage multidimensionnels. Face aux contraintes financières que connaissent la plupart des pays, les gouvernements ne peuvent se permettre de répondre plus largement à la demande sociale, sans prendre des mesures de restriction à l intérieur du secteur de l éducation en vue de rationaliser l utilisation des ressources allouées. Dans la dynamique de la gestion éducative des flux d élèves, comme dans celle des finances publiques, ils doivent prendre des décisions difficiles de régulation de l utilisation des ressources sans entraîner de perturbations et de dysfonctionnements graves. Il y a tellement d acteurs, de variables et d interrelations entre les uns et les autres, qu il faut disposer non seulement d un système d information crédible, mais aussi d un outil objectif de prévision facilitant la consultation politique en ce qui concerne les contraintes financières et leurs conséquences sur les options éducatives. Un modèle de simulation informatique peut contribuer à alimenter utilement le dialogue politique. La simulation, dans sa première utilisation, se situe au démarrage du processus de formulation des grandes orientations de politique éducative. Le modèle de simulation est utilisé en tant qu outil d exploration de la faisabilité des options de réforme et/ou de développement du secteur. Il permet dans les travaux préliminaires de planification de connaître les implications pédagogiques, physiques et financières des objectifs éducatifs retenus pour des échéances à long terme. Dans cette phase, la simulation apporte une aide précieuse à la conception des politiques et des stratégies éducatives en mettant en relief les éléments d appréciation qui vont faciliter la consultation et le dialogue entre partenaires nationaux et, en cas de financement extérieur, entre ces derniers et leurs partenaires internationaux. Ainsi la simulation contribue à la construction du consensus en fournissant des éclairages sur les évolutions possibles et les conséquences probables des options fondamentales de développement du secteur. 6

11 Utilité de la simulation informatique Les objectifs, volontaristes ou traduisant les ambitions de la demande sociale, sont exprimés en termes de paramètres et évalués dans leurs implications budgétaires. La simulation permet d en démontrer la faisabilité ou l impossibilité dans le contexte socio-économique du pays. Plusieurs scénarios de développement sont alors élaborés et exposés. Les parties prenantes peuvent débattre, arguments à l appui, des objectifs, des options et des choix politiques, étudier d autres scénarios alternatifs et évaluer les avantages et les inconvénients de chacun d entre eux sur la base d estimations relativement fiables. 2.2 Planification sectorielle à moyen terme La deuxième utilisation du modèle de simulation en fait le moyen par excellence d élaboration des plans d action à moyen terme. La simulation est utilisée comme un outil de prévision après adoption des options de réforme et/ou de développement du secteur. Elle permet de déterminer les implications pédagogiques, physiques et financières des objectifs éducatifs pour des échéances précises. Pour élaborer un plan d action crédible aux yeux de tous les acteurs concernés, y compris les partenaires extérieurs, il est souhaitable que chaque pays développe un modèle de simulation qui soit spécifique à son système éducatif. Le plan d action a pour but premier de traduire en termes opérationnels les orientations nationales qui ont été définies lors de l étape de formulation de la politique générale du secteur. Il doit contenir l estimation des ressources financières requises en termes de fonctionnement et d investissements pour atteindre les objectifs d éducation et de formation. Il doit également préciser les actions et les activités que les autorités d éducation entendent mettre en œuvre de manière coordonnée et cohérente au cours de la période planifiée. Un modèle de simulation adapté au contexte national peut être d un apport considérable pour l élaboration d un plan d action sectoriel. En tant qu outil de prévision systémique, il contribue à la prise en compte de la dynamique du système éducatif et à la détection, grâce au potentiel offert par l outil informatique, des interrelations de nombreux paramètres qui influent sur 7

12 Planification de l éducation par la simulation informatique le fonctionnement et l amélioration du service éducatif 1. Il fournit en particulier les informations sur les besoins en intrants éducatifs et les indicateurs de suiviévaluation des actions planifiées Besoins en intrants éducatifs Les besoins en intrants éducatifs sont estimés à partir de la traduction des objectifs quantitatifs et qualitatifs en termes opérationnels. Le modèle de simulation permet d estimer la nature et l ampleur de ces intrants par année pour la période considérée. Il donne des indications précises aussi bien sur les effectifs scolaires que sur les moyens humains, physiques et financiers à mettre en œuvre pour la réalisation des actions de développement. On trouvera cidessous présentées quelques-unes des catégories de besoins en ressources éducatives dont l évaluation s effectue grâce à la simulation informatique. Le personnel Le modèle permet d estimer les effectifs nécessaires en personnel enseignant et non enseignant (personnel de direction et d encadrement, personnel administratif et de service, agents techniques et d entretien, etc.) et de prévoir les besoins de recrutement (par an, par région et par niveau d enseignement) tout en tenant compte des déperditions. Il permet aussi d évaluer le nombre des effectifs à former, aussi bien au niveau de la formation initiale que du perfectionnement en cours d emploi. Les besoins nouveaux en enseignants pour une année donnée indiqueront aux autorités nationales d éducation qu il faut prendre des mesures adéquates plusieurs années auparavant (différentes selon les pays) pour tenir compte des délais de formation des différentes catégories d enseignants. Les espaces scolaires Sur la base du nombre d élèves et des paramètres d organisation pédagogique, la simulation permet d évaluer le nombre de bâtiments à 1 L éducation étant un système, son développement ne peut se concevoir que comme un tout, constitué de sous-secteurs et des interrelations organiques qu ils entretiennent entre eux. L approche sectorielle permet de guider le développement équilibré de sous-secteurs qui dépendent du système. En d autres termes, un soussecteur d éducation, avec toutes les dimensions qu il comporte, ne doit pas être traité de manière sous-sectorielle. Sa planification doit s intégrer dans une préoccupation systémique et transdisciplinaire. 8

13 Utilité de la simulation informatique construire à un horizon temporel donné. Elle fournit aussi des indications sur les dépenses requises pour l achat des équipements nécessaires et les frais de maintenance de divers ordres. Ces indications sur le nombre de salles de classe et d autres locaux nécessaires et les besoins en nouvelles constructions sont fournies par le modèle par année et par région pour tous les niveaux d enseignement. Les matériels d enseignement Un modèle de simulation peut fournir, compte tenu du stock de livres et d autres matériels didactiques disponibles, des indications sur l ampleur des besoins futurs et montrer aussi la nécessité de prendre des mesures pour la production et la distribution de ces matériels, conformément à la politique nationale dans ce domaine. Il peut aussi permettre de prévoir les actions à entreprendre pour acquérir et/ou renouveler le matériel de manière à répondre à la réforme des programmes scolaires et d évaluer les coûts récurrents qui en découlent Moyens de vérification quantifiés Face aux difficultés économiques et financières, les ministères de l éducation de nombreux pays subissent des pressions de la part des services financiers (qu ils soient nationaux ou internationaux) pour démontrer qu ils utilisent efficacement les crédits alloués. Ces pressions ont contribué à l apparition de nouvelles approches de programmation et de gestion axées sur l obligation redditionnelle («accountability»). Dans les pays bénéficiaires, les agences bilatérales et multilatérales extérieures demandent de plus en plus que la programmation des actions de développement soit axée sur la responsabilité et le rendement exprimé en termes de résultats. Cette nouvelle approche modifie la façon dont les agences collaborent avec les États bénéficiaires pour l élaboration des plans et programmes de développement du secteur de l éducation. Ces plans doivent désormais intégrer des repères de résultats permettant de mesurer à terme l atteinte des objectifs de la politique éducative et de s assurer de l efficience des investissements extérieurs. Les objectifs et les actions des plans de développement sont ainsi formulés en intégrant des indicateurs de suivi-évaluation. Les modèles de simulation permettent de disposer facilement de ces repères de vérification sous forme d indicateurs chiffrés relatifs à l organisation 9

14 Planification de l éducation par la simulation informatique et au fonctionnement du système éducatif. Ces indicateurs sont fournis par année pour une période plus ou moins longue selon le programme planifié, par région et pour tous les niveaux d enseignement et de formation qui sont étudiés dans la simulation Financement et budgétisation Dès la phase de l élaboration du plan, la simulation permet d établir des prévisions de dépenses courantes et d investissements pour le secteur de l éducation conformément aux orientations de la politique éducative. Ainsi le gouvernement peut disposer à l avance des informations sur les coûts requis annuellement pour mettre en œuvre son plan de réforme et de développement. Il peut aussi prévoir l écart budgétaire par rapport aux possibilités de financement de l État à une échéance donnée et identifier les domaines dans lesquels il aura besoin d investissements supplémentaires à rechercher auprès du secteur privé national et/ou de partenaires extérieurs. La simulation informatique facilite l établissement des budgets annuels ou pluriannuels découlant du plan de développement de l éducation, c est-à-dire la programmation technique et financière à court terme des actions administratives et financières. La détermination des objectifs à atteindre à court terme un à deux ans s effectue sur la base des réalisations concrètes et des prévisions du plan d action. La simulation permet de préciser le volume des réalisations nouvelles et leur coût, ce qui facilite la programmation des dépenses d investissements et de fonctionnement. Les dépenses prévisionnelles annuelles sont fournies à l échelle nationale par niveau d enseignement et par catégorie de dépenses. Selon le niveau de déconcentration et de décentralisation, elles peuvent être disponibles, sous forme désagrégée par région, par niveau et type d enseignement et par catégorie de dépenses. Les autorités nationales, compte tenu des objectifs et du potentiel de développement de chaque région, pourront prendre les mesures correctives nécessaires pour équilibrer la programmation budgétaire. 2 Il y a lieu de noter que les ajustements apportés au niveau des paramètres de décision entraînent des changements au niveau des résultats. Ces paramètres et variables ajustés sont utilisés pour mettre à jour les indicateurs de suivi-évaluation au moment de la mise en œuvre des plans et des programmes de développement. 10

15 Utilité de la simulation informatique Dans la prise en compte de ces prévisions lors de la budgétisation à court terme, il ne faut pas oublier de faire en sorte que le modèle de simulation tienne compte des paramètres importants 3 qui ont une incidence sur les coûts de l éducation, tels que l inflation, la hausse des salaires et le coût des biens et services éducatifs. 3 Une application de simulation est un outil qui permet de prévoir l évolution probable d un système éducatif dans un avenir plus ou moins lointain au moyen d un nombre plus ou moins limité de données de base et d hypothèses de développement. Les résultats simulés seront probables, mais non sûrs, car le devenir d un système dépend aussi d aléas imprévisibles qui ont un impact sur son évolution. D où la nécessité d actualiser les données de base et les paramètres au fur et à mesure de la mise en œuvre du programme de développement. Les données de base et les hypothèses retenues pour l élaboration de l application de simulation sont forcément en nombre limité et ne peuvent par conséquent tenir compte de tous les paramètres, identifiés et non identifiés, qui régulent le devenir du système éducatif. 11

16 3. Conception de la simulation informatique 3.1 Quelques considérations conceptuelles Dès les années soixante-dix, les services spécialisés de l UNESCO, de la Banque mondiale et des directions de la planification de l éducation d un certain nombre de pays, ont commencé à développer différents modèles de simulation pour l établissement de prévisions. Pendant longtemps, ces modèles sont restés l apanage de quelques spécialistes à travers le monde jusqu au moment où l UNESCO a publié un premier fascicule sur le sujet, accompagné d une série de disquettes de démonstration et intitulé «Un modèle de simulation du développement de systèmes d éducation» (Duvieusart, 1991). L UNESCO, conformément à sa vocation de promoteur d outils méthodologiques et techniques de planification de l éducation, a contribué à la vulgarisation du modèle démographique de prévision auprès des planificateurs. Bien que l UNESCO ait beaucoup contribué, à travers ses entités spécialisées, à la dissémination des modèles de simulation auprès des services nationaux, leur utilisation n est pas aussi répandue qu on pourrait le croire ou le souhaiter. En effet, même lorsqu elles sont installées par des experts dans les ordinateurs des services de planification des ministères de l éducation, notamment à l occasion de la mise en œuvre de projets d appui à l élaboration de plans de développement, elles ne sont pas toujours suffisamment maîtrisées sur le plan conceptuel et technique par les planificateurs nationaux. 13

17 Planification de l éducation par la simulation informatique Cet ouvrage a pour objet de faire le point sur la question et de servir de guide à ceux d entre eux qui souhaitent s initier, ou perfectionner leur savoirfaire dans ce domaine Différents types de simulation Dans le but de faciliter la compréhension, nous présentons ici deux catégories d approches qui ont prévalu dans la conception des modèles de simulation. Les classifications ci-dessous présentées n excluent pas l existence de nombreuses variantes ou sous-catégories selon les pays et les agences qui les conçoivent en fonction de leurs besoins spécifiques. 14 Modèle générique et application spécifique Les agences de développement qui ont prôné l utilisation de modèles de simulation ont eu recours à deux types de modèles (ou approches) pour la programmation du développement de l éducation : les modèles génériques qui sont parfois appelés modèles «prêt à porter» et les applications spécifiques aux pays (country specific model) appelées aussi modèles «sur mesure». La première approche dite générique consiste à concevoir un modèle de simulation qui contienne des éléments communs à la plupart des systèmes éducatifs. Ce modèle ne correspond donc pas à un système ou à un pays donné, mais représente un système éducatif virtuel. Moyennant une adaptation limitée, ce modèle permet de disposer d indications approximatives sur les conséquences pédagogiques, physiques et financières des grandes orientations politiques. Il a surtout son utilité dans une phase de pré-définition des options de politique éducative dans la mesure où il permet d alimenter rapidement le dialogue politique et de faciliter la construction d un consensus autour des grandes orientations de développement de l éducation. La seconde approche est l élaboration des applications de simulation spécifiques. Elle est en général adoptée pour définir des options plus ou moins détaillées pour le développement de l éducation, en particulier dans la phase d élaboration de programmes de développement ou de plans d action. Les applications conçues à cette étape de post-définition de la politique éducative tiennent compte de la structure et des spécificités du système éducatif du pays considéré. Ce type de modèle, adapté à un pays spécifique, ne peut être utilisé par un autre sans une restructuration profonde et une adaptation minutieuse.

18 Conception de la simulation informatique Les deux types de modèles ont chacun des avantages et des inconvénients. Le modèle générique présente l'avantage de pouvoir être opérationnel dès que des données de base et des objectifs globaux sont disponibles, mais a des limites en tant qu outil de programmation détaillée. Une application de simulation «sur mesure», conçue sur la base d une étroite collaboration entre les décideurs et les spécialistes, reflète les spécificités de la situation d un pays et de sa politique éducative, mais il nécessite par-là même un temps plus long d élaboration et de validation. Modèle budgétaire et modèle démographique Une autre classification concerne deux types de modèles que les planificateurs appellent modèle budgétaire et modèle démographique, avec des variantes multiples. Il s agit de deux modèles conçus selon une approche méthodologique différente : l un est un modèle qui a pour variable de décision le budget national d éducation et l autre pour lequel les dépenses d éducation ne sont que la résultante de la simulation. Dans le modèle dit budgétaire, le planificateur se préoccupe d abord du plafonnement à un niveau acceptable de la proportion des dépenses d éducation par rapport au budget général de l État. L ordinateur effectue les calculs à rebours pour l obtention des objectifs de scolarisation. Dans le cas du modèle démographique, c est une logique inverse qui est développée. Considérés comme variables indépendantes, les objectifs de scolarisation sont fixés a priori et l ordinateur calcule les enveloppes financières correspondantes qui en deviennent la conséquence. On peut dire que le modèle budgétaire répond à la nécessité du contrôle des dépenses d éducation, notamment suite aux politiques d ajustement structurel prônées par les bailleurs de fonds, alors que le modèle démographique place le droit à l éducation et la satisfaction de la demande sociale dans ce domaine au centre de la politique éducative, donc au premier plan des préoccupations gouvernementales. Au niveau des pays, dans la pratique, c est ce dernier modèle qui s est imposé, non seulement pour des considérations d ordre politique, mais aussi pour des raisons techniques ayant trait à la logique de la chaîne de calcul. Dans la réalité, les paramètres principaux de la simulation, que sont les taux de scolarisation et les enveloppes budgétaires, sont interdépendants. Quel que soit le modèle utilisé, les options prises en considération dans le scénario de 15

19 Planification de l éducation par la simulation informatique départ subissent plusieurs modifications avant d aboutir à une version équilibrée. La recherche d un scénario donnant satisfaction au politique, amène le planificateur à tester de manière itérative différentes options concernant les deux types de variables qui sont considérées tantôt comme cause, tantôt comme conséquence. La décision finale se construit sur une appréciation des implications de chacun des paramètres et le scénario qui sera finalement adopté résultera d un choix raisonné de variables possibles situées en amont et en aval du processus de la chaîne de calcul. Le modèle dit démographique s est développé, notamment sous l impulsion des grandes conférences internationales prônant la généralisation de l éducation de base. Il a pris le pas sur le modèle budgétaire dans la mesure où la politique éducative poursuivie a le souci d améliorer la qualité tout en augmentant l accès et la participation à l éducation. Dans ce modèle construit à l'image de la structure du système éducatif d'un pays, les variables de décision sont principalement les objectifs éducatifs et non pas budgétaires. Le graphique 1 présente le schéma simplifié de la structure de flux d un modèle de simulation qui se base sur une approche démographique. 16

20 Graphique 1. Schéma simplifié des flux d'un modèle de simulation "démographique" Direction des flux Population scolarisable Sortants d'un cycle ou niveau d'enseignement Population scolarisable en première année du primaire Taux d'admission, de scolarisation et de flux Effectifs scolaires aux différents niveaux d'enseignement (sous forme agrégée ou désagrégée) Différentes modalités d'utilisation des ressources + Enseignants et autres personnels; + Salles de classe et autres; + Matériels et équipement pédagogique Indicateurs macroéconomiques et budgétaires Dépenses d'éducation (courantes et investissement) Processus itératif Légende: Données de base Paramètres/hypothèses Résultats

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