103: Exemples et applications des notions de sous-groupes distingués et de groupes quotients.

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103: Exemples et applications des notions de sous-groupes distingués et de groupes quotients. Pierre Lissy March 4, 2010 1 Dénitions et premières propriétés 1.1 Sous-groupe distingué Dénition 1. Un sous-groupe est dit distingué ssi il est stable par automorphismes intérieur, ie g 1 Hg H pour tout g. Il est dit caractéristique ssi il est stable par tout automorphisme du groupe. Un sous-groupe caractéristique est distingué. Exemple 1. Le sous-groupe formé des doubles permutations dans S 4 est distingué. spécial linéaire est distingué dans GL(E). En général un sous-groupe n'est pas distingué. Le groupe Exemple 2. Le groupe engendré par un p cycle n'est jamais distingué. Le groupe engendré par I dans le groupe des quaternions n'est pas distingué. Dénition-proposition 1. On appelle centre d'un groupe l'ensemble des éléments qui commutent avec tous les autres,noté Z(G). C'est un sous-groupe caractéristique de G. Exemple 3. 1. Le centre des endomorphismes (ou des matrices) sont les homotéthies. 2. Le centre de S n (resp A n ) est trivial 3. Le centre du groupe diédral D n avec n pair est {Id, Id}, avec n impair il est trivial 4. Le centre du groupe des quaternions et {1, 1}. Dénition-proposition 2. On appelle groupe dérivé (ou groupe des commutateurs) le sous-groupe engendré par les commutateurs, noté D(G). C'est un sous-groupe caractéristique de G, et c'est même le plus petit groupe tel que G/D(G) est abélien. Exemple 4. 1. Le groupe dérivé d'un groupe com est trivial 2. Le groupe dérivé de S 3 est le groupe du 3-cycle. 3. Le centre du groupe diédral est le groupe engendré par le carré de la rotation élémentaire cf [1] 4. Le groupe dérivé des quaternions et {1, 1}. 1.2 premières propriétés Proposition 1. Si H est distingué, et K sous-groupe, alors KH et HK sont des sous-groupes. De plus, si K est distingué alors HK aussi. Dénition-proposition 3. Normalisateur d'un sous-groupe = stabilisateur de H pour la relation de conjugaison. C'est un sous-groupe de G, le plus grand sous-groupe dans lequel H distingué. Si K est un sous-groupe de H distingué il est donc inclus dans N G (H). Si K est un sous-groupe de N H, alors KH est un groupe de H est distingué dans KH. 1

1.3 Critères de distinction Proposition 2. Le noyau d'un morphisme est toujours distingué. Proposition 3. Un sous-groupe d'ordre 2 est toujours distingué. Exemple 5. A n est distingué dans S n. Le groupe des rotations de D n est distingué dans D n. Proposition 4. Un sous-groupe caractéristique d'une sous-groupe distingué dans G est lui-même distingué. Un sous-groupe distingué d'un sous-groupe distingué n'est pas forcément distingué. Exemple 6. Le groupe des doubles transpositions, et un de ses sous-groupes d'ordre 2 distincts. Remarque 1. Dans un groupe abélien, tout sous-groupe est évidemment distingué. 1.4 Groupe quotient Rappel: on peut parler du quotient d'un groupe par un sous-groupe, c'est l'ensemble des classes d'équivalentes pour la relation d'équivalence xy 1 H. On les prendra ici à droite mais ca serait pareil a gauche Théorème 1. Les propositions suivantes sont équivalentes: 1. La relation d'équivalence est compatible avec la loi de composition 2. xh = Hx pour tout x 3. H est distingué Dans ce cas, le quotient G/H est un groupe et la surjection canonique est un morphisme de groupe. Proposition 5. Suite exacte: une suite de morphismes telle que le noyau de l'un et l'image du suivant. Alors Celui du milieu est isomorpge au quotient et celui de gauche s'injecte distinctement. Proposition 6. Si on considère un morphisme de groupe f de G sur G. Si H est un sous-groupe de G contenu dansle noyau de f on peut factoriser f de manière unique sur G/H en f, ie f j = f où j est la surjection canonique. Le noyau de f est j(ker(f)) et l'image de f est égale à celle de f. Ce morphisme est un isomorphisme de Im(f) sur G/Ker(f). Application 1. On a les isomorphismes suivants: 1. [2] H distingué dans G, K sous-groupe de G; Alors K/(H K) HK/H. 2. [2] H distingué dans G, K sous-groupe distingué de G, H K; Alors G/K (G/H)/(K/H). 3. [3] U et V, et u et v distingués. Alors u(u v est distingué Remarque 2. Notamment si G est un groupe abélien, on peut toujours factoriser par le groupe dérivé de G. Proposition 7. Suite exacte: une suite de morphismes telle que le noyau de l'un et l'image du suivant. Alors celui du milieu est isomorphe au quotient et celui de gauche s'injecte distinctement. 1.5 Groupes simples Dénition 2. Un groupe est simple ssi ses seuls sous-groupes distingués sont lui même et le neutre. Exemple 7. Les Z/pZ avec p sont simples. Ce sont les seuls groupes abéliens nis simples. Proposition 8. Toute morphisme de groupe d'un groupe simple vers un autre est soit injectif soit trivial 2

Théorème 2. Les groupe A n est simple On a déjà vu que A 4 n'était pas simple. Corollaire 1. les sous-groupes distingués de S n sont lui-même, le neutre et A n. Corollaire 2. D(S n ) = D(A n ) = A n. Lemme 1. P SL(2, F 2 ) S 3, P SL(2, F 3 ) A 4. Théorème 3. Le groupe P SL n (k) est simple sauf dans les deux cas précédents. 2 Produits directs, semi-direct et applications à la classication des groupes nis 2.1 Rappels théoriques Théorème 4 (Sylow). Si G = p α m, avec p premier et pgcd(p, m) = 1. 1. Il existe un sous-groupe d'ordre p α, appelé sous-groupe d'ordre de Sylow 2. Deux sous-groupes d'ordre p α sont conjugués (donc leur nombre divise n) 3. Le nombre de p-sylow est un diviseur de m, congru à 1 modulo p 4. Tout p-sous-groupe est inclus dans un p-sylow. Proposition 9. Soit H et K deux groupes. On pose le groupe produit direct muni de (h, k)(h, k ) = (hh, kk ). Les projections canoniques sont des morphismes sujrectifs, les injections sont des isomorphismes, les deux sous-groupes sont distingués Théorème 5. Si on a deux sous-groupes distingués H et K d'un groupe G tel que HK = G et d'intersection triviale, alors G est isomorphe au produit semi-direct H K. Dénition 3. Soit N et H deux groupes etϕ une action de H sur N dénie par automorphismes de groupes (ie tombe dans Aut(N)!!!!!!). La loi suivante sur N H: (n, h)(n, h ) = (nϕ(h)n, hh ) dénit une loi de groupe N H appelé produi semi-direct de N par H noté N ϕ H. Remarque 3. N est un sous-groupe distingué de N ϕ H au contraire de H qui n'en est pas un en général. On a même: Théorème 6. N ϕ H abélien ϕ trivial H distingué. Remarque 4. Si N est distingué dans G et que H est un sous-groupe de G alors NH est un groupe. Théorème 7. Soit G un groupe, H et N, avec N distingué dans G, NH = G et N H = 1. Alors G s'écrit comme produit semi-direct Remarque 5. Il existe des groupes qui ne sont pas décomposables en produits semi-directs de la forme Z/Z, par exemple parmi les 5 groupes d'ordre 8,on en a trois abéliens, le diédral D 4 et le groupe des quaternions H 8 pas décomposable. 2.2 Dévissage des groupes diédraux,symétriques,alternés Théorème 8. Le groupe S n est isomorphe à un produit semi-direct A n Z 2, la section étant n'importe quelle transposition (on envoie sur sa signature), cela donne les mêmes produits. Théorème 9. Le groupe diédral D n est isomorphe à un produit semi-direct Z/nZ Z 2. Application 2. Les sous-groupes d'ordre 8 sont les sous-groueps abéliens, le groupe diédral et le groupe des quaternions 3

2.3 Groupes d'ordre p et p 2 Proposition 10. Tout sous-groupe d'ordre p est abélien et même cyclique isomorphe à Z p. Exemple 8. NA(1) = NA(3) =... = NA(59). Application 3. Tout sous-groupe d'ordre p 2 est commutatif et isomorphe à Z/p 2 Z ou Z/pZ 2. Exemple 9. valable pour 4,9,32,49,64.. 2.4 Groupes d'ordre pq Théorème 10. Tout sous-groupe d'ordre pq est isomorphe à Z/pZ Z/qZ si p et q-1 sont premiers entre eux, si p divise q-1 alors on a deux classes d'isomorphie, Z/pZ Z/qZ et au produit semidirect Z/pZ Z/qZ Exemple 10. Sous-groupes d'ordre 6: S 3 et Z/3Z. Sous-groupes d'ordre 15,33,51,35: seulement ceux abéliens. Sous-groupes d'ordre 10,14,21,22,26,34,38,58: l'abélien et le produit semi-direct. 2.5 Groupes d'ordre p 2 q. Théorème 11. Soient p et q premiers distincts. On s'intéresse aux groupes d'ordre p 2 q. Par souci de clarté, on appelle C 1 la condition :p divise q 1, C 2 la condition p 2 divise q 1, C 3 la condition q divise p 1, C 4 la condition q divise p + 1. C 2 implique trivialement C 1. 1. Si q = 2, on a 3 produits semi-directs non isomorphes Z p 2 Z 2, Z 2 p 1 Z 2, Z 2 p 2 Z 2. On se place dorénavant dans le as q 3. 2. Aucune des conditions vériées: pas de sous-groupes non abéliens 3. C 1 mais aucune des autres: deux produits semi-directs Z p 2 Z q, Z 2 p Z q. 4. C 2 mais pas les autres: Z q Z 2 p, Z q 1 Z p 2, Z q 2 Z p 2 5. C 2 et C 3 : 4 produits Z q Z p 2, Z q 1 Z 2 p, Z q 2 Z 2 p, Z p 2 Z q. 6. C 2 et C 4 : 4 produits Z q Z p 2, Z q 1 Z 2 p, Z q 2 Z 2 p, Z 2 p Z q. 7. C 3 mais pas les autres: un seul Z p 2 q 8. C 4 mais pas les autres: un seul Z 2 p q Exemple 11. NA(12), NA(18), NA(50), NA(28), NA(44), NA(45) 2.6 Groupes d'ordre p 3 Application 4. p impair premier. Tout groupe d'ordre p 3 est isomorphe soit à Z/p 3 Z ou Z/pZ 2 Z/Z 2 ou Z/p 3 Z ou au produit semi-direct Z/pZ 2 Z/Z 2 ou au produit semi-direct Z/pZ 2 Z/Z. Exemple 12. Groupes d'ordre 27: les 3 abéliens et les produits semi-directs. 3 Applications à la théorie de Galois 3.1 Groupes résolubles Dénition 4. Soit G un groupe. On considère une chaîne de sous-groupes G 0 G 1... G m telle que G i+1 soit distingué dans G i. Cette suite est appelé suite de composition de G vers G m. Si G m est réduit au neutre, on parle seulement de suite de composition. La suite est normale ssi les G i sont distingués dans G. Elle est abélienne (resp monogène, cyclique) ssi les quotients G i /G i+1 sont abéliens (mon, cyc). 4

Proposition 11. L'image réciproque d'une suite de composition de G vers G m reste une suite de composition de f 1 (G) vers f 1 (G m ), qui garde les mêmes props. Dénition 5. Un groupe est résoluble ssi il admet une suite de composition abélienne. Exemple 13. Le groupe des matrices triangulaires supérieures est un groupe résoluble. Un p groupe est résoluble. Proposition 12. Une suite de composition abélienne admet un ranement cyclique. Donc un sous-groupe résoluble admet une suite de composition cyclique. Proposition 13. G un groupe et H un sous-groupe distingué. Il est résoluble ssi H et G/H le sont. Proposition 14. On considère deux suites de compositiong = G 1 G 2 G r = e, G = H 1 H 2 H s = e. Elles sont dites équivalentes ssi r = s et si les suites de quotients sont les mêmes à permutation des indices et isomorphisme près. Théorème 12 (Schreier). Deux suites de composition admettent des raisonnements équivalents. Proposition 15 (Jordan-Hölder). On considère une suite de composition tel que chaque groupe G i /G i+1 soit simple et non trivial. Alors toute suite de composition avec les mêmes propriétés lui est équivalente. 3.2 Correspondance de Galois Dénition 6. Une extension nie L d'un corps K est dite galoisienne ssi elle est séparable (ie tout élément de l'extension est tel que le polynôme minimal n'a que des racines simples) et normale (ie tout morphisme invariant K et est automorphisme). Le groupe des automorphismes de L laissant invariant K est appelée le groupe de Galois de K sur k,noté Gal(K/k). Lemme 2 (élément primitif). Toute extension nie séparable d'un corps est monogène. Lemme 3. Tout polynôme irréductible à coecients dans K ayant au moins une racine dans L a toutes ses racines dans L (ie. que tout polynôme irréductible de K[X] ayant une racine dans L se décompose en facteurs linéaire dans L[x]). Théorème 13 (Correspondance de Galois). 3.3 Résolubilité par radicaux Dénition 7. Une extension nie F de k est dite radicale (ou résoluble par radicaux) ssi elle est séparable et s'il existe une extension nie E de k contenant F et une tour k = E 0 E 1... E m = E, telle que chaque extension E i+1 /E i soit des trois types suivants: 1. Obtenue par adjonction d'une racine de l'unité 2. Obtenue par adjonction d'une radine d'un polynôme X n a avec a E i et n premier à la caractéristique 3. Obtenue par adjonction d'une racine d'un polynôme X p X a avec a E i et p > 0 la caractéristique. Dénition 8. Une extension nie et séparable F de k est dite résoluble ssi le groupe de Galois de la plus petite extension galoisienne K de k contenant E est un groupe résoluble. Théorème 14. Une extension est résoluble ssi elle est résoluble par radicaux. Dénition 9. Un polynôme est dit résoluble par radicaux ssi il existe une extension radicale contrenant Dec K (P ). Corollaire 3. Un polynôme est résoluble par radicaux ssi le groupe de Galois Gal(Dec K (P ), K) est résoluble. Application 5. L'équation de degré générale 2,3,4 est résoluble par radicaux, contrairement à l'équation générale de degré supérieure ou égale à 5 ne l'est pas. 5

References [1] Ortisz [2] Combes [3] Lang 6