RAPPORT DE MISSION Evaluation du projet de facilitation sur le Warrantage

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1 RAPPORT DE MISSION Evaluation du projet de facilitation sur le Warrantage Mission réalisée par Jean NDIMUBANDI Consultant Bujumbura, Février 2010

2 TABLE DES MATIERES 1 INTRODUCTION GENERALE CONTEXTE GENERAL DU WARRANTAGE CADRE CONCEPTUEL GLOBAL Cadre d analyse sur le warrantage Les contours du warrantage Mécanismes du warrantage Importance du secteur de la microfinance en milieu rural burundais Introduction Structure du secteur de microfincance Produits et services offerts Les taux d intérêts Points de faiblesses et menaces Descriptif de la méthodologie suivie RESULTATS DE L EVALUATION Résultats des enquêtes auprès des bénéficiaires (riziculteurs) Implication des acteurs associés Goulots d étranglement Leçons apprises CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS Conclusion générale Recommandations REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ANNEXES

3 SIGLES ET ABBREVIATIONS ASBL : BIT : BNDE : BPB : BRB : CAPAD : CECM : COFIDE : COPED : COSPEC : DPAE : FAO : FDC : Association Sans But Lucratif Bureau International du Travail Banque Nationale pour le Développement Economique Banque Populaire du Burundi Banque de la République du Burundi Confédération des Producteurs Agricoles pour le Développement Caisse Coopérative pour l Epargne et le Crédit Mutuel Compagnie Financière pour le Développement Conseil pour l Education et le Développement Coopérative de Solidarité avec les Paysans pour l Epargne et le Crédit Direction Provinciale d Agriculture et de l Elevage Food and Agriculture Organisation Fonds de Développement Communal, FENACOBU : Fédération Nationale des COOPEC s du Burundi FSTE : Fonds de Solidarité des Travailleurs de l Enseignement IFDC/Catalist: International Fertilizer development Center IMF: Institution de Microfinance Kg : kilogramme MUTEC : Mutuelle d Epargne et de Crédit ONG: Organisation Non Gouvernementale OP : Organisation Paysanne PIB : Produit Intérieur Brut PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement RIM : Réseau des Institutions de Microfinance $ EU : dollar des Etats-Unis d Amérique UCODE : Union pour la Coopération et le Développement VIH/SIDA : Virus d immuno-déficience humaine/ Syndrome d Immuno-Déficience Acquise 3

4 AVANT PROPOS La mission d évaluation tient à remercier toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont contribué à la réalisation de ce rapport d évaluation. Nous nous gardons de les citer nommément au risque d en oublier certains. Nous pensons particulièrement au staff et au personnel de CAPAD qui n ont ménagé aucun effort en mettant en place toute une logistique et d excellentes conditions matérielles de travail. Aux organisations et groupements impliqués qui ont facilité l exécution de cette mission. Tous ces partenaires du projet ont fait preuve d une grande volonté de réussir là où les conditions sont souvent difficiles. Qu ils trouvent à travers ce rapport une motivation supplémentaire pour persévérer. Notre travail n aurait pas abouti sans la collaboration des bénéficiaires du programme. Qu ils trouvent ici l expression de notre profonde gratitude. 4

5 1 INTRODUCTION GENERALE Traversant une période post conflit, le Burundi est engagé sur la voie de la recherche de l amélioration de la situation politique et sécuritaire, de la bonne gouvernance démocratique, de la protection des droits de l homme et de la relance de l économie pour réduire la pauvreté qui frappe plus de 67% de la population 1. Le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant avoisine 100 $ EU. Le déficit d exportation accumulé pendant la guerre représente 23% du PIB et le niveau de pauvreté reste élevé dans toutes les provinces du pays. Près de 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (moins de 1$ EU/jour et par habitant). Cette situation cache cependant des disparités entre régions ou groupes sociaux. Le niveau de pauvreté passe de 41% dans la mairie de Bujumbura à 86% dans la province de Bubanza. La vulnérabilité alimentaire et financière reste, en outre, plus critique pour les ménages aux faibles capacités de production comme : Les nombreux ménages sans terre ou ayant un accès limité à la terre et sans ressources financières pour acquérir d autres intrants améliorés de production comme le bétail et les semences (environ 15% de la population), Les ménages ruraux ayant un accès à la terre mais dont les autres facteurs de production ont été pillés ou détruits pendant la guerre (rapatriés et déplacés en phase de réinstallation) ; Les ménages vivant encore dans les camps de déplacés (environ personnes) et de réfugiés à l extérieur du pays (environ personnes), Les femmes veuves et enfants chefs de ménages, les familles victimes du VIH/SIDA, les personnes âgées ou handicapées et le groupe marginalisé des Batwa (ces catégories représentent plus de 10% de la population). On estime que de 5% seulement de la population n a pas de problèmes de sécurité alimentaire. Cet ensemble de faits explique une situation critique du secteur agricole qui reste cependant d une importance capitale pour l économie nationale et familiale. Les spéculations agricoles, en effet, contribuent pour 40 à 56% au produit intérieur brut et pour 86 % aux recettes d exportation (essentiellement café, thé, coton), fournissent 95% de l offre alimentaire et occupent plus de 95% de la population. Le secteur agricole est la pierre angulaire de l économie nationale et familiale et demeure le moteur de croissance des autres secteurs de la vie nationale. Il reste malheureusement dominé par une agriculture de subsistance affaiblie par les 15 dernières années de crise et par des perturbations climatiques aux conséquences de plus en plus sévères. Les cultures vivrières qui contribuent pour 80% au PIB agricole sont largement autoconsommées pendant que les cultures de rente (café, thé et coton) contribuent pour 4 % au PIB et l élevage pour 5 %. La contribution de la production forestière est d environ 6%, tandis que le sous-secteur de la pêche, qui est en constante régression, ne fournit plus qu une contribution marginale. Malgré des performances enregistrées dans le secteur agricole, ses taux de croissance ont été inférieurs à ceux de la population. La faible croissance du secteur agricole est davantage liée à des causes externes telles que la variation erratique des cours mondiaux du café et du thé et les aléas climatiques. Le secteur de l élevage a été particulièrement touché pendant la crise avec des pertes en gros bétail estimées, à travers les rapports de la FAO, à plus de 32% entre 1993 et L examen de la situation nutritionnelle montre que près 75% de la population nationale (soit six millions de personnes) souffre de la faim et de l insécurité alimentaire, avec les conséquences les plus graves pour les populations les plus vulnérables. Ces situations se retrouvent dans toutes les provinces du pays. Le déficit alimentaire chronique enregistré ces dernières années nécessite une intervention appropriée. 1 République du Burundi (2006) 5

6 Avec la crise qui a été plus durement ressentie en milieu rural, les conditions de vie et de production se sont dégradées. En outre, les structures publiques et privées d'appui à la production ont été désorganisées et l on a assisté au désengagement progressif de l Etat. De nos jours, le financement de l agriculture demeure une préoccupation majeure pour les acteurs du développement rural face à cet état de fait. C est ainsi qu a vu le jour une nouvelle forme de partenariat entre des institutions de microfinance et des organisations de producteurs, à travers des mécanismes comme le warrantage. 2 CONTEXTE GENERAL DU WARRANTAGE En milieu rural burundais, le financement du secteur agricole reste insuffisant car les montants octroyés sont dérisoires. Dans l ensemble, les producteurs sont confrontés aux contraintes majeures de terres exiguës et peu fertiles, au faible accès aux intrants et autres mécanismes de financement et manque d alternatives aux revenus agricoles. Il en résulte des faits stylisés suivants : - insuffisance des capitaux de base des structures de financement ; - faible pouvoir d achat et d épargne des agri-éleveurs ; - insuffisance des garanties matérielles et personnelles des emprunteurs ; - taux d intérêt prohibitif des crédits octroyés (10-46 %) et faible rémunération de l épargne (3-8 %) ; - faible rentabilité et caractère aléatoire des productions agro-sylvo-zootechniques. Face à cette situation, le producteur brade sa production dès la récolte pour amortir ses dettes ou satisfaire ses besoins prioritaires ; tandis que le prix de ces mêmes récoltes augmente de plus de 50% en période de soudure. C est dans le but de parier à ce problème de financement agricole via les crédits agricoles que la Confédération des Producteurs Agricoles pour le Développement CAPAD avec l appui de l IFDC/Catalist et en partenariat avec la Fédération Nationale des COOPEC s du Burundi (FENACOBU) a initié au Burundi, une nouvelle technique de garantie de crédits à court terme au profit des producteurs agricoles. Le warrantage est donc une nouvelle alternative qui s offre au producteur lui permettant d accéder au financement sans brader la récolte. En 2009, dans trois coopératives rizicoles, Girumwete Dukore de Mutimbuzi, Abakeburwa bakumva de Bwambarangwe et Terimbere de Kirundo, les producteurs ont adopté cette nouvelle technique de crédit sur nantissement de stock. L objectif global de ce travail était d évaluer ce système de warrantage dans les trois coopératives. Les objectifs spécifiques étaient notamment de: Evaluer l état d avancement du warrantage, Analyser l impact de ce système sur le revenu des riziculteurs, Analyser l impact de ce système sur le chiffre d affaire de la COOPEC locale et de la FENACOBU, Relever les goulots d étranglement de ce système par acteur (riziculteurs, Coopérative, coopec, FENACOBU et CAPAD). Relever les difficultés rencontrées par acteur lors de la première phase d exécution de ce système et formuler des solutions pour amélioration, Voir dans quelle mesure il faut vulgariser ce système et l adapter à d autres cultures. Les outputs attendus au terme de ce travail de consultance sont les suivants : - Une analyse de la pertinence, de l efficacité, de l efficience et de l impact d un tel système sur les revenus des producteurs, 6

7 - Une analyse des goulots d étranglement d un tel système dans l ensemble mais aussi acteur par acteur. - Une analyse comparative de ce système de warrantage avec d autres systèmes de financement rural existants, - des conclusions et des recommandations à l endroit des acteurs de ce système et aux autres intervenants intéressés. 3 CADRE CONCEPTUEL GLOBAL 3.1 Cadre d analyse sur le warrantage Les contours du warrantage Le warrantage (en anglais «Inventory Credit» : littéralement «crédit sur inventaire») est une technique de crédit qui se base sur une garantie constituée par un stock de produits agricoles susceptibles d augmenter de valeur. Il résulte de l action de donner un warrant (titre à ordre permettant à un commerçant de négocier des marchandises déposées dans un magasin général) en garantie à un créancier. Le warrantage est une technique fort intéressante de crédit qui est partie de constats majeurs suivants : - Inadaptation du système bancaire en milieu rural (manque de garantie); - Existence d un stock important de produits agricoles bradé par les agriculteurs pour faire face à leurs besoins immédiats (nourriture, éducation, santé, etc.) ; - Variation, souvent à la hausse, du prix des produits agricoles entre la période de récolte et celle de soudure. En conséquence, le producteur brade sa production dès la récolte pour amortir ses dettes ou satisfaire des besoins prioritaires ; alors que les prix de ces mêmes récoltes augmentent de plus de 50% en période de soudure. De ce fait, le warrantage permet de : - Auto-garantir le crédit ; - Profiter de l augmentation des prix des produits ; - Acquérir des intrants sans altérer le maigre budget du ménage ; - Valoriser l utilisation des intrants ; - Créer une demande groupée, solvable et prévisible en intrants. En recourant au warrantage, le producteur cherche à mieux valoriser sa production et avoir accès au crédit afin de : - mieux vendre sa production en la conservant jusqu à la période où les prix sont en hausse ; - présenter une garantie pour avoir accès à un prêt auprès d une IMF ; - augmenter la capacité de financement de la campagne agricole grâce à l utilisation de l argent gagné dans l exploitation Mécanismes du warrantage Le principe de base est l accès au crédit contre la mise en garantie du stock (on entend souvent parler de nantissement de stock : nantir quelqu un est lui donner quelque chose pour qu il consente à prêter). Dans le cas du crédit aux petits producteurs, le stock doit être conservé dans un endroit sûr, dans lequel chacun s assure que personne ne viendra retirer des sacs pour vendre en cas de nécessité. Le stock est donc 7

8 placé dans un magasin (hangar) public, dans un magasin géré par la communauté, par l IMF avec deux cadenas (une clé pour l IMF, une clé pour le groupe stockeur) ou par un détenteur spécialisé comme souvent lorsque l opération est à grande échelle (on parle alors de tierce détention), qui loue une place dans son entrepôt. Une fois le stock vérifié (en quantité et qualité), l IMF accorde aux producteurs ou à leur coopérative, un crédit correspondant au prix à la récolte du stock constitué. Pour limiter le risque de l IMF, le crédit peut être limité à un certain pourcentage (80 ou 90 %) inférieur à la valeur du stock au moment de la récolte. La mise en œuvre du système du warrantage est limitée à des productions susceptibles d être stockées sans dommage (le riz par exemple) et dont les prix connaissent des fluctuations importantes et prévisibles au cours de l année. L intérêt du warrantage décroît fortement si les prix agricoles se stabilisent ou si les fluctuations traditionnelles sont perturbées (en cas d importations massives d aide alimentaire par exemple). La gestion du stock doit être rigoureuse : contrôle de qualité et de quantité au moment du stockage, vérification régulière des conditions d entreposage, contrôle des prédateurs (insectes, rats,...), prévention des vols. Cette gestion entraîne des coûts qui doivent être prévus au cours de l opération et dont la prise en charge doit être contractualisée entre les différents partenaires. 3.2 Importance du secteur de la microfinance en milieu rural burundais Introduction La dégradation des conditions de vie des populations au Burundi, particulièrement avec la situation de crise socio-politique qui sévit dans le pays depuis 1993, a conduit le Burundi et ses partenaires de développement à mettre les préoccupations en rapport avec la pauvreté au centre des politiques de développement. En effet, le taux de la population burundaise vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 40% à 67%, entre 1993 et 2000 ( 2 ). De plus, en se référant au critère du revenu mesuré par le Produit Intérieur Brut (PIB), le Burundi est classé aujourd hui parmi les 8 pays les plus pauvres de la planète. C est dire que, au milieu de la crise et de l insécurité, la pauvreté n a fait que s accélérer entraînant avec elle le cortège des populations vulnérables (femmes chefs de ménages, jeunes sans emplois et désœuvrés, déplacés de l'intérieur et réfugiés, ). Depuis juillet 2000, le Burundi a décidé de mettre sur pied une stratégie nationale de croissance et de lutte contre la pauvreté. Cette stratégie qui se situe dans un contexte particulier du conflit et de la gestion postconflit est axée sur : (i) la bonne gouvernance ; (ii) l allégement des chocs externes notamment ceux liés à la guerre et à la dette ; (iii) l augmentation de la productivité ; (iv) la décentralisation et le développement communautaire. Parmi les réflexions subsidiaires figurent le souci d identifier les instruments à mettre en place pour accompagner les nouvelles stratégies de développement et qui contribuent de manière significative à réduire la pauvreté des populations. L on s accorde à penser que la micro-finance peut servir de levier des populations pauvres mais aussi en tant qu instrument de proximité dans le cadre de la politique de décentralisation et de développement communautaire. On admet de plus en plus que l accès aux services financiers de proximité s avère un outil efficace de développement et de lutte contre la pauvreté. En effet, le crédit permet généralement et quand il est bien dénoué une augmentation des revenus, une amélioration des conditions de vie et le cas échéant une création d'emplois autonomes chez les plus démunis. Le tableau qui suit présente les statistiques globales sur le secteur de la micro finance au Burundi. 2 ) République du Burundi (2006) 8

9 3.2.2 Structure du secteur de microfincance Le secteur de la microfinance au Burundi reste jeune et en phase de croissance. Il est de ce fait instable et peu efficace en milieu rural. Il regroupe des intervenants de divers ordres, allant du secteur informel au secteur structuré. Au niveau du secteur informel, des pratiques endogènes d épargne et de crédit existent tout aussi bien en milieu rural qu en milieu urbain. Ces pratiques existent essentiellement sous forme d entraide, de tontines et de prêts usuraires. Ces derniers sont généralement promus par des particuliers et les taux d intérêt sont très élevés allant même jusqu à 200%. Au niveau du secteur structuré, les institutions qui interviennent peuvent être regroupées en trois catégories : 1 Les institutions d épargne et de crédit qui sont des expériences basées sur le rôle central de l épargne pour alimenter le crédit. Leur mode d organisation qui est de type mutualiste, se caractérise par le fait que l épargne y est généralement préalable au crédit. 2 Les expériences de crédit direct qui regroupent les systèmes ayant privilégié le crédit comme activité centrale de leurs opérations et sans le lier obligatoirement à la constitution préalable d une épargne. Certaines expériences de ce type sont fortement soutenues par l aide extérieure ou par l Etat et ont entre autres pour vocation le financement de la micro-entreprise ou du micro crédit. 3 Les projets, ONGs et ASBLs à volet crédit ou épargne : Il s agit des structures qui ne font pas du micro crédit l activité principale de leurs interventions mais ce volet est une composante parmi d autres qu elles renforcent le cas échéant. Même si le phénomène de la microfinance n est pas récent, il faut remonter en effet en 1967 avec les premières interventions de la BNDE (la Banque Nationale pour le Développement Economique) et en 1984 avec l implantation des premières COOPEC initiées par le CICM avec l appui de la coopération française, on constate qu à l origine du système, seules des structures publiques et parapubliques se sont engagées dans ce secteur alors que les initiatives privées n ont vu le jour que vers la moitié des années 90. La plupart de ces jeunes structures se cherchent encore ; certaines d entre elles ne disposent pas d une structure permanente de gestion, notamment les fonds de solidarité, tandis que d autres démarrent avec des structures légères. Avec l appui du PNUD et du BIT, un projet de réglementation spécifique pour le secteur vient d être achevé. Ce nouveau cadre réglementaire spécifique à l activité microfinance prévoit les points essentiels suivants : - Délivrance des autorisations d exercer par la Banque Centrale (BRB) ; «Nul ne peut exercer une activité de micro finance sans avoir été préalablement agréé à cet effet par la BRB». - Responsabilité de supervision et de contrôle des activités de microfinance confiées au niveau de la Banque Centrale (BRB). - Découpage des établissements ou institutions de microfinance en trois grandes catégories : o Première catégorie : les coopératives d épargne et de crédit ; o Deuxième catégorie : les entreprises de microfinance ; o Troisième catégorie : les programmes/projets de micro crédit. - Les établissements de première catégorie sont tenus de respecter les règles d action mutualiste ou coopérative. - Seuls les établissements de Première et Deuxième catégories sont autorisés à collecter l épargne. - Les établissements de Troisième catégorie sont uniquement autorisés à collecter les dépôts de garantie (épargne bloquée) de leurs clients. - Pour les établissements de la Deuxième Catégorie, le capital minimum est fixé à 200 millions de francs burundais (environ $). 9

10 - Les établissements de Troisième Catégorie dont la dotation en capital y compris les lignes de financement extérieures n excède pas 50 millions de francs burundais ( $), ne sont pas assujettis au décret de réglementation. - Les banques et les établissements financiers exerçant une activité de microfinance demeurent régis par la Loi bancaire - Les projets de crédits filières et les projets de micro crédit sans volet épargne et résultant d une convention entre l Etat et les bailleurs de fonds ne sont pas assujettis au décret. - Les établissements de microfinance sont assujettis à des normes prudentielles, à des rapports financiers annuels et à des visites d inspection. - Les établissements qui exercent actuellement des activités de microfinance disposeront d un délai de six mois pour se conformer aux dispositions du décret. - Le texte empêche les individus impliqués dans des faillites ou gestion douteuse de posséder, diriger ou contrôler une IMF. Pour plusieurs raisons, les IMF ont senti la nécessité d avoir un cadre de réflexion et de concertation pour pouvoir échanger sur leur politique et stratégie d intervention. C est pourquoi un groupe d initiative a décidé de se constituer en un «Réseau des Institutions de Microfinance» (RIM) en vue de développer des mécanismes de professionnalisation du secteur et d asseoir un système de partenariat durable. Ce groupe d initiative comprend 6 membres fondateurs : La Banque Nationale pour le Développement Economique (BNDE), la Compagnie Financière pour le Développement (COFIDE), la Caisse Coopérative pour l Epargne et le Crédit Mutuel (CECM), le Fonds de Développement Communal (FDC), l ASBL TWITEZIMBERE et la Coopérative de Solidarité avec les Paysans pour l Epargne et le Crédit (COSPEC). Aujourd hui, le réseau regroupe 13 institutions couvrant plus de 95% du marché de microfinance. En effet, aux membres fondateurs s ajoutent la Banque Populaire du Burundi (BPB), le Conseil pour l Education et le Développement (COPED), le Fonds de Solidarité des Travailleurs de l Enseignement (FSTE), l Union pour la Coopération et le Développement (UCODE), World Relief/TURAME, la Mutuelle d Epargne et de Crédit (MUTEC), la Coopérative d Epargne et de Crédit (CODEC) ainsi que la Fédération Nationale des Coopératives d Epargne et de Crédit (FENACOBU). Le RIM a été agréé depuis le mois de Février 2002 régi par son statut et son règlement intérieur. L adhésion au RIM est ouverte à toute institution oeuvrant dans le secteur de la microfinance qui en exprime la demande formelle et qui adhère à ses statuts. Le RIM a pour organes : l Assemblée Générale, le Comité Exécutif et le Commissariat aux comptes. Les principaux objectifs du RIM tels que définis par les statuts et son plan d affaires consistent à : - Contribuer à l amélioration des pratiques et à la professionnalisation des institutions impliquées dans le secteur de la microfinance à travers la diffusion d information, l échange d expériences, la formation, etc. - Représenter ses membres auprès des bailleurs de fonds dans le cadre de la recherche des fonds nécessaires à la promotion des activités de ses membres - Influencer les politiques et les pratiques du Gouvernement en faveur de la promotion de la microfinance en proposant des mesures incitatives notamment un cadre légal et réglementaire favorable; - Accompagner les efforts du Gouvernement dans la mobilisation des ressources nécessaires pour le développement du monde rural ; - Elaborer des requêtes en appui institutionnel et organisationnel à soumettre aux bailleurs de fonds pour les cadres et agents de maîtrise des institutions oeuvrant dans la microfinance afin d enrichir et 10

11 d améliorer leurs expériences et leurs prestations dans la gestion et l organisation de leurs structures respectives ; - Organiser les conférences, séminaires de formation, voyages d études et communication, des études des organismes intéressés pour que chaque membre du R.I.M. puisse en profiter au bénéfice de son groupe cible Produits et services offerts Les produits et services offerts sont principalement de deux ordres : les produits d épargne et les produits de crédit. Accessoirement, certaines IMFs ont développé des produits d assurance. A. Les produits d épargne : - dépôt à terme fixe - dépôt à vue B. Les produits de crédit : - crédits pour l élevage - Crédits pour la pêche - Crédits pour le petit équipement - Découverts sur salaires - Crédits construction - Crédits associatifs - Crédit soins de santé - Crédits scolaires - Crédits pour le petit commerce Les taux d intérêts. Le décret portant réglementation du secteur ne fixe pas de taux plancher ni de taux plafond pour les prêts accordés ou pour la rémunération de l épargne. L IMF est libre de fixer le taux d intérêt qui lui permet de couvrir ses charges et d assurer sa rentabilité, sa viabilité et sa pérennité. Les taux d intérêts sur les prêts accordés varient d une institution à une autre. Ces taux oscillent entre 14% et 36% pour les prêts accordés et entre 0 et 8% pour la rémunération de l épargne Points de faiblesses et menaces Les clients énoncent plusieurs points d insatisfactions comme la lenteur dans la satisfaction de leurs besoins, la lourdeur des procédures, le financement insuffisant de leurs entreprises, une gamme trop étroite des produits financiers qui leurs sont proposés, et l absence presque totale de prêts à moyen et long terme pour financer les investissements susceptibles d améliorer la productivité et la rentabilité à terme, etc Il est important de noter qu au Burundi les femmes représentent une proportion très faible (environ 20%) de la clientèle des institutions de microfinance. Les contraintes domestiques expliquent cela mais en général, les femmes développent une aversion pour le crédit. Le taux de pénétration des institutions de microfinance est faible surtout en milieu rural et il existe d importants besoins non couverts. Il est pratiquement impossible de donner une image synthétique, complète et fiable du secteur, ni en termes d identification exhaustive des acteurs (fournisseurs de services financiers), ni en termes de performances 11

12 économiques (résultats d exploitation, structure financière, perspectives de pérennité), encore moins en termes de mesure de la portée et de l impact de ces services. 3.3 Descriptif de la méthodologie suivie La mission a véritablement débuté par un entretien de la chargée des finances rurales au sein de CAPAD. Son objectif était de mieux appréhender le Cadre Logique et se convenir sur le calendrier et le déroulement de l étude. Etant donné que les termes de références proposés au consultant étaient très clairs sur les objectifs de la présente évaluation, l organisation du travail a comporté quatre principales étapes chronologiquement successives et indissociables. 1 La collecte et l analyse des données secondaires (méthodes qualitatives) L exploitation des données pré-existantes a permis de mieux connaître la population sujette à l étude et de comprendre le cadre global et spécifique du projet. Ceci a facilité la mise au point de notre échantillon sur lequel ont porté nos enquêtes quantitatives de terrain. 2 Préparation du questionnaire Sur base des objectifs prévus et des activités qui ont menées dans le cadre de la facilitation tels que contenus dans les divers documents du programme, un questionnaire a été élaboré (cf. le document en annexe). Ce dernier a été confectionné sur base des résultats attendus consignés dans le document des Termes de référence. 3 Le déploiement sur terrain (enquêtes quantitatives et qualitatives) Le travail de terrain a été mené par le consultant assisté de la chargée des finances rurales au sein de CAPAD. L approche adoptée était du type participatif et était une combinaison d une enquête ménage auprès des participants (administration du questionnaire à chaque membre de la coopérative présent à la réunion), et une collecte de données qualitatives, au travers de l organisation de focus groups et d entrevues semi dirigées auprès des personnes ressources. 4 Le traitement des données et la rédaction du rapport. A la fin de la collecte des données de terrain, la saisie et le traitement des données ont été réalisés avec l aide d un logiciel de traitement adapté, en l occurrence Excell par une opératrice. Une fois les données fragmentaires analysées, un rapport synthétisant les différents résultats a été rédigé par l opératrice. Il a servi à la rédaction du présent rapport global Limites de l étude La première limitation du présent travail tient à la fiabilité des réponses données par les répondants. En effet, ayant déjà été informés de la possibilité de la mise en œuvre de la deuxième phase du projet, beaucoup avaient tendance à exagérer dans leurs déclarations en dépeignant un tableau plus ou moins sombre ou positif, de manière parfois excessive sur les problèmes ou difficultés pour s attirer de la sympathie ou une aide future. Au moment de la tenue des Focus groups, certaines limites ont été relevées : - attentisme : les participants avisés de la tenue d un Focus groupe venaient avec des préjugés. Ils s attendaient à ce que leurs desiderata soient directement prises en considération ou qu ils soient enregistrés pour pouvoir bénéficier des aides ou crédits en temps opportun ; - des divergences d idées ont été mises à jour notamment sur l affectation de l argent obtenu auprès de commerçants sous forme d avance sur récolte «umurwazo» ; certains hommes ne voulant pas révéler que le mari «détourne» pour sa consommation personnelle une partie de cet argent destiné en principe à subvenir aux besoins de toute la famille ; 12

13 - Seules les personnes appartenant aux catégories des moyennement et faiblement vulnérables ont souscrits au warrantage. Les personnes fortement vulnérables (Rutibwanimbwa) n y ont pas participé du fait qu ils n ont pas de production a amener au hangar. Ils ne sont généralement pas membres des coopératives. Pour minimiser le biais lié à la qualité de réponses et au contexte social, d autres entretiens menés auprès de certaines personnes ressources (comme les enseignants ) ont permis de trianguler les informations et s approcher de la réalité vécue par les enquêtés. 4 RESULTATS DE L EVALUATION 4.1 Résultats des enquêtes auprès des bénéficiaires (riziculteurs) Le système de warrantage est considéré de nos jours comme un des moyens permettant, aux petits producteurs agricoles, la sortie du cercle vicieux de la pauvreté. Ce système a été appliqué sur la culture de riz. Celle-ci a été préférée parce qu elle se conserve très bien. En plus, son prix augmente sensiblement après une courte période. Globalement, les enquêtes menées auprès des membres des organisations paysannes affiliées aux trois coopératives pilotes 3 ont permit de constater que le système est passé dans les mœurs des membres de ces coopératives et, sauf exception, très peu ont eu des difficultés à partager l expérience avec leurs conjoints (ou partenaires). Tous les membres saluent avec enthousiasme la venue de ce système de warrantage et souhaitent ardemment sa continuité. Auparavant, ces mêmes producteurs cédaient leurs productions au premier commerçant venu leur acheter la production et cela à un prix parfois dérisoire. Avec le maigre revenu tiré de cette vente, ils se retrouvaient du jour au lendemain sans moyens suffisants pour financer les activités de la saison suivante. Laissés à leur sort, ils devaient faire recours aux commerçants usuriers qui leur donnaient des crédits agricoles à rembourser après la récolte avec un intérêt allant souvent à plus de 200%. Le système de warrantage a été porté à la connaissance des membres des coopératives au courant de l année 2009 au travers des séances d information et de formation organisées par CAPAD. Parfois, le Président de la coopérative servait de relai pour la sensibilisation. Il s en est suivi une méfiance de certains membres craignant revivre les mauvaises expériences des institutions de microfinance vécues antérieurement. Cette aversion contre ce risque d échec a provoqué une incompréhension et limité la quantité acheminée au hangar. Beaucoup ont d ailleurs avoué n avoir réservé que 20 à 50 kg seulement pour juste tester la véracité et la fiabilité du système. Ceci étant, il serait difficile de déterminer avec exactitude la proportion de la quantité stockée par ménage car la quantité produite n a pas été déclarée. Il ressort néanmoins des enquêtes qu en moyenne ils ont acheminé au hangar 50% de leur récolte pour être warranté. Les crédits ont été contractés indistinctement par les hommes et les femmes ; mais avec une certaine retenue pour ces dernières (36% en moyenne dans les trois coopératives). Le nombre total de bénéficiaires est de cent quarante cinq riziculteurs sur les mille deux cent vingt trois membres des organisations paysannes affiliées aux trois différentes coopératives ; soit un taux de couverture de douze pourcent. Ce taux est relativement faible et dénote encore une fois la faible pénétration du système dans le mode d exploitation des riziculteurs. 3 Pour démarrer le système de Warrantage, trois coopératives rizicoles (GIRUMWETE DUKORE de MUTIMBUZI, TERIMBERE DUKORE de KIRUNDO, ABAKEBURWA BAKUMVA de BWAMBARANGWE) ont été choisies. Au moment des enquêtes, une fiche de questionnaires en rapport avec le fonctionnement du système de Warrantage a été élaborée et soumise aux membres de ces coopératives ayant répondu à l invitation. 13

14 Le tableau ci-dessous présente de manière synthétique pour chaque coopérative les quantités stockées, les crédits octroyés ainsi que le nombre de bénéficiaires. Tableau 1: Situation des crédits octroyés par les COOPEC s Girumwete Dukore (Mutimbuzi) Terimbere dukore (Kirundo) Abakeburwa bakumva (Bwambarangwe) 1. Prix considéré à la récolte TOTAL 2. Quantités stockées en Kgs Montant débloqué par tranche Crédits débloqués Nombre de personnes bénéficiaires Nombre de femmes bénéficiaires Nombre de nouveaux sociétaires de la FENACOBU Nombre d anciens sociétaires de la FENACOBU Le nombre de sociétaires à la FENACOBU a été multiplié par huit à Mutimbuzi, par six à Kirundo et même par dix à Bwambarangwe. Cela s explique en partie par l engagement des membres mais également par le leadership exercé par la direction de la coopérative et de la bonne viabilité des organisations paysannes. Mais rappelons qu il s agit d une première phase (dite exploratoire) et que les riziculteurs étaient méfiants par rapport au nouveau système dont ils n avaient jamais entendu parler auparavant. Ceux qui ont adopté ce nouveau système ont témoigné d en avoir tiré profit. Dans la commune de Bwambarangwe, deux cas se sont démarqué pour avoir pris le risque de se lancer dans cette nouvelle technique. Consciemment, le crédit obtenu a été affecté à plusieurs usages, notamment à de nouvelles activités génératrices de revenus. Encadré 1 : Etude de cas de l affectation optimale du crédit Cas I : NTAHOMVUKIYE VIANNEY Coopérative: ABAKEBURWABAKUMVA Année de naissance: 1970 Production warrantée: 3,006 tonnes Crédit: Fbu Affectations : o Boutique o Achat d une parcelle (100 m/50 m) o Achat de chèvres (2) o Remboursement de diverses dettes Cas II: UWIMANA François Coopérative: ABAKEBURWABAKUMVA Année de naissance: 1980 Production warrantée: 4,002 tonnes Crédit: Fbu à la vente Affectations : o Boutique o Achat d une vache de race améliorée o finissage d une maison o Remboursement de diverses dettes Dans les diverses communes pilotes, le bilan financier se présente de la manière indiquée dans le tableau cidessous. 14

15 Tableau 2 : Marge bénéficiaire pour 100Kg de riz warranté par coopérative Girumwete Dukore (Mutimbuzi) Abakeburwa bakumva (Bwambarangwe) Terimbere dukore (Kirundo) Prix de vente par kg Prix de vente pour 100 kg Coût de production Total dépenses pour 100 kg warranté Total intérêt sur crédit Bénéfice net Le coût de production est quasiment double à Mutimbuzi. Cela découle du fait que les riziculteurs ont eu recours à une main d œuvre relativement plus chère, une location de parcelles ainsi qu une location du hangar. 15

16 4.2 Implication des acteurs associés IFDC/CATALIST Sa vision est de contribuer à la création d un environnement favorable à la stabilité sociale et environnementale à travers l amélioration de la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté dans la région. Le projet poursuit les objectifs suivants : - Promotion de l intensification agricole ; - Amélioration des revenus des acteurs des chaînes de valeur agricole - Promotion des conditions socio-économiques et politiques plus incitatives tant au niveau national que régional. Pour y arriver, le projet s appuie sur les stratégies suivantes : - Promotion de la Gestion Intégrée de la Fertilité des Sols (GIFS) à travers le renforcement de l adoption des systèmes de production plus intensifs, rémunérateurs et durables ; - L approche CASE (Competitive Agricultural Systems and Entreprises) ayant le développement des chaînes de valeur des produits agricoles comme points de départ ; - Les travaux à Haute Intensité de Main d œuvre (HIMO) utilisés dans l amélioration des infrastructures rurales et dans l agroforesterie ; - L influence des politiques agricoles nationales et régionales incitatives ; - Le renforcement des mécanismes d intégration régionale ; - L externalisation à travers la formation des formateurs et le développement du partenariat avec d autres acteurs publics et privés ; - Des stratégies de financement adaptées au secteur agricole, dont le système de warrantage et des petites subventions. CAPAD Se basant sur les orientations générales opérationnelles des interventions sur terrain, le contrat de partenariat entre IFDC/CATALIST fixe le cadre dans lequel le personnel de CAPAD est appelé à se référer tout le long du processus de sa mise en œuvre. La gestion se base ainsi sur trois piliers intimement liés : - Respect de la logique et des priorités définies dans les documents programmes des deux institutions. L appui technique apporté aux coopératives par CAPAD est en synergie avec d autres interventions de IFDC/CATALIST auprès des producteurs ; - Promotion de l appropriation locale de la technique du Warrantage par la participation et le renforcement du pouvoir d action au niveau des bénéficiaires ; - Accompagnement de la décentralisation par le renforcement des capacités des ruraux et des organisations paysannes (OP). COOPERATIVES : Les organisations de producteurs reconnues légalement et fédérées en coopératives jouent le rôle de caution morale pour les producteurs. Ils sont les partenaires privilégiés de la FENACOBU et se portent garant des producteurs défaillants. A Bwambarangwe par exemple, il y a des témoignages de problèmes résolus 16

17 préventivement par la coopérative afin de ne pas voir tous les membres pénalisés par le non respect des engagements par un des leurs. Dès lors que le système proposé a été adopté et n a pas engendré de difficultés majeures aux yeux des producteurs, les coopératives se sont vues renforcées et ont gagné davantage de crédibilité vis-à-vis des producteurs. Les présidents en ont profité pour renforcer les structures existantes. En outre, le système a joué un grand rôle dans le renforcement du tissu social puisque les riziculteurs trouver le stock warranté un moyen de rapprochement (ou dénominateur commun) supplémentaire. FENACOBU Dès la mise en œuvre de cette technique de warrantage par les organisations paysannes sous l encadrement de la CAPAD, la FENACOBU s est montrée fortement intéressée par ce système qui sécurise significativement le crédit. Il s agit d une institution de microfinance, qui, depuis le démarrage de l opération, a inspiré confiance aux autres acteurs compte tenu de sa longue expérience en milieu rural. Cependant, une seule campagne agricole n est pas suffisante pour tirer des conclusions sur la solidité du partenariat. FENACOBU travaille avec des fiches individuelles des clients ; ce qui explique en partie la lenteur dans les services car il y a nécessité de remplir les doubles et de les ranger. Dans ces conditions, les pertes ne sont pas à exclure. Une informatisation de leur système de gestion s avère donc indispensable. Alors qu elle s était engagée à disponibiliser un employé qui devrait s occuper exclusivement des activités liées aux crédits warrants, les témoignages recueillis font état d un manquement, soulignant que certains préposés des COOPEC s préfèrent s occuper prioritairement des fonctionnaires venant toucher leur salaire ou «découverts». Aussi, les producteurs attendent les autres avantages promis par la FENACOBU. 4.3 Goulots d étranglement Il s avère que les informations données et les formations dispensées par CAPAD n ont pas été comprises par tous ; d où la difficulté qu éprouvent les riziculteurs à transmettre ces connaissances acquises aux autres membres des organisations paysannes. Quelques difficultés sont également liées à l acheminement du stock au hangar : - Manque de sacs ; - Frais de transport par vélo ou à tête d hommes élevés ; - Payement des taxes communales lors du transfert du stock ; - Non disponibilité des préposés au hangar pour enregistrer le stock. Girumwete Dukore de Mutimbuzi La commune de Mutimbuzi compte 60% des femmes parmi les membres qui ont adhéré au système du warrantage. Avant de connaître le warrantage, la plupart des membres faisaient recours aux commerçants en hypothéquant leurs productions encore dans les champs afin de recevoir l argent pour les travaux champêtres, dettes remboursables en nature après la récolte et avec intérêt. En dehors des avantages tirés du système, ils se plaignent du payement des taxes communales, du manque des balances à suspension, des difficultés à transporter le paddy jusqu au lieu d entreposage, etc. 17

18 Abakeburwa bakumva de Bwambarangwe Depuis 2009, la coopérative a motivé les membres en leur octroyant des crédits pour l'ouverture des comptes, l achat d intrants agricoles et du matériel pour les travaux champêtres. Ils ont aussi appris les méthodes culturales modernes dont le semi en ligne et l utilisation des intrants. Ces enseignements ont été donnés par les techniciens de CAPAD. Parmi les avantages du Warrantage, la population regroupée au sein des groupements disent qu ils n ont plus de souci de banditisme puisque la récolte est conservée dans les hangars gardés par de la sentinelle. De plus, le stock est à l abri du gaspillage. Même s ils apprécient le système, les difficultés suivantes sont soulignées par les membres : - Le crédit octroyé par la coopérative n est pas suffisant, - Les membres n ont pas accès au crédit avant de déposer la récolte dans le hangar, - L on enregistre du retard dans l octroi du crédit et les crédits connaissent des intérêts exorbitants, - Le problème de déplacement de la récolte car la plupart habite loin du hangar, - Le personnel chargé d ouvrir les hangars ne sont toujours pas disponibles au moment où l on a besoin d eux. Terimbere dukore de Kirundo Parmi les membres enquêtés, 50% étaient des femmes. Pour parier aux problèmes des prix, les membres des organisations affiliées à la coopérative Terimbere proposent, outre les solutions proposées par les autres riziculteurs, la hausse du prix de vente, la recherche des marchés à temps, le payement des bénéficiaires avant qu ils ne s endettent, la diminution du taux d intérêt. 4.4 Leçons apprises Il ressort des enquêtes réalisées auprès des producteurs que les avantages du warrantage peuvent se résumer de la façon suivante : - Il s agit d un système qui s appuie sur les OP : dans le cadre du renforcement des capacités des comités mis en place depuis le démarrage des activités, CAPAD a organisé des formations sur des thèmes jugés stratégiques pour l amélioration de la production (il s agit notamment des techniques de semis en ligne, respect du calendrier cultural, utilisation rationnelle des engrais) ; - Nouveaux partenariats entre OP et IMF (COOPEC) : le travail en partenariat a été une bonne voie pour la responsabilisation de la communauté dont le but ultime reste l appropriation définitive de la technique du warrantage par cette dernière ; - Diversification des activités durant la période de soudure : le stockage peut avoir d autres intérêts; notamment la fonction de procurer de l argent à des périodes inhabituelles, souvent période de pleine activité agricole, à un taux d intérêt inférieur à celui du marché si le bénéfice est supérieur au coût d un crédit. En effet, même si le stockage a coûté de l argent par rapport à une vente à la récolte, si le coût est inférieur à l intérêt du crédit que le paysan aurait contracté à cette période, il est gagnant. - Sécurisation des prêts octroyés par les COOPEC : les crédits ont été remboursés à 100 %. - Sécurisation du stock contre les incendies, gaspillage et vol - Haut degré de liquidité du stock - Vente des récoltes différée - Participation des producteurs dans la fixation des prix. 18

19 En définitive, les membres de ces trois associations proposent d étendre ce système de warrantage aux autres cultures. Par ordre de priorité, ils proposent les cultures suivantes : 1/ le haricot jaune ; 2/ le maïs ; 3/ le sorgho et 4/ le soja. Les arguments avancés sont entre autre le fait que ces cultures se conservent facilement et pendant une longue période. Elles sont très productives, ne nécessitant pas beaucoup de travaux, et sont des cultures de première nécessité. Il a été prouvé cependant que l évolution d un produit nouveau suit une courbe en S qu il convient de schématiser comme ci-dessous. Il est indispensable de veiller au cycle de produit pour que celuici soit valorisé et des innovations seront nécessaires pour donner au produit une dimension nouvelle. Graphique : Evolution classique d adoption d un produit nouveau 19

20 5 CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS 5.1 Conclusion générale Le Burundi a été depuis plus d une décennie secoué par une crise socio- politique qui a fragilisé la santé économique du pays et surtout le secteur agricole dont vivent plus de 90% de la population. Beaucoup de problèmes handicapent le développement de ce secteur. Par conséquent, l accès aux crédits bancaires est quasiment impossible aux producteurs agricoles faute de titre de propriété, d avaliseurs ou d autres hypothèques exigés par les institutions financières. Ceci les enfonce toujours dans la pauvreté. Par ailleurs, la production céréalière au Burundi s avère structurellement insuffisante pour assurer l autosuffisance alimentaire de la population sans cesse croissante. Avec l appui de l IFDC/CATALIST, la Confédération Nationale des Producteurs Agricoles pour le Développement (CAPAD) a initié cette nouvelle technique de garantie de crédits à court terme au profit des producteurs agricoles. Le Warrantage a été ainsi initié en vue de pouvoir parier aux problèmes de financement que connaissent ces producteurs agricoles. Il ressort des enquêtes menées auprès des bénéficiaires, que le système de Warrantage rencontre une compréhension progressive auprès des producteurs. Du côté des COOPEC s, il sécurise significativement le crédit même si il reste encore tributaire de ces dernières. Parallèlement, nous relevons que la réussite du système exige un bon système d information sur les marchés et une bonne connaissance du milieu (saisonnalité des activités et des revenus agricoles). Garder sa production, et gager sa production pour avoir accès au crédit demandent de prévoir un remboursement par une source externe de revenu ; il faut donc travailler sur la gestion de production et sur la gestion du crédit. Un paysan augmente son fonds de roulement s il réinvestit une part du gain lié au stockage dans la production, puis dans le stockage lui-même. Cela demande de travailler sur la gestion de trésorerie. En définitive, gestion du crédit, gestion de production et gestion de trésorerie, tels sont les trois piliers qui sous-tendent la pérennisation du système. Le système de warrantage s avère être une réponse à l endettement cyclique des producteurs. Or la capacité de financement des IMF classiques est souvent limitante suite au refus ou au faible refinancement par les banques. Ces IMF sont dans ces conditions obligées d exiger un taux d intérêt trop élevé, des frais d approche lourds, des frais de gestion pour de petits dossiers, et du fort loyer de l argent. Néanmoins, quelques problèmes du warrantage ont été soulignés par les producteurs eux-mêmes. Le manque d infrastructures adaptées, la faible disponibilité en magasins sûrs et sains est un handicap important pour le développement du warrantage. Les autres limitations de cette technique de warrantage peuvent être synthétisées de la manière suivante : - Système tributaire de la nature du produit - Peu d intérêt de la part des grands producteurs - Il faut que les prix connaissent une fluctuation et atteignent un niveau supérieur au coût du crédit - Système qui favorise un comportement spéculatif. 20

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