REVUE MENSUELLE DE L ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ET DIPLÔMÉS DE L ÉCOLE. L Europe, seul territoire mondial véritablement concurrentiel?

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1 REVUE MENSUELLE DE L ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ET DIPLÔMÉS DE L ÉCOLE FÉVRIER e - n 692 dossier EuRoPE 123 e bal DE L x La Chine à l honneur 4 avril 2014 Giscard d Estaing : «Créer une puissance économique homogène» L Europe, seul territoire mondial véritablement concurrentiel? La défaillance, problème de gouvernement ou de volonté Focus X-MINES AUTEURS : LES LETTRES GOURMANDES

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3 123 e Bal de l X / Vendredi 4 avril 2014 Opera Garnier ' ' Opera Cocktail D ner de gala Bal > Sous le haut patronage de Monsieur François Hollande, Président de la République Le 123 e Bal de l X met à l honneur le 50 e anniversaire des relations francochinoises. La soirée de gala débutera par un opéra L Italienne à Alger à partir de 19 h 30, puis le Bal ouvrira ses portes à 23 heures. Renseignements & réservations sur ou par courriel à

4 Sommaire février 2014 n 692 GRAND ANGLE 5 > L Europe 6 > 7 > 8 > 10 > 14 > 18 > 22 > 26 > 28 > 32 > 36 > 38 > 42 > Éditorial Cygne ou phénix? par Hortense Lhermitte (83) Introduction Vers une adhésion réfléchie et sélective par Daniel Reydellet (64) et David Cortès (97) Résumé des articles Valéry Giscard d Estaing (44) «Il faut créer une puissance économique homogène» propos recueillis par Isabelle Albertalli (2011) et Pablo Ducru (2011) La défaillance, problème de gouvernance ou de volonté par Alain Lamassoure Changer de regard sur les grands projets par Michel Gérard (55) Préserver la paix et renforcer la sécurité par Daniel Argenson (78) L Agence spatiale européenne, une grande réussite par Jean-Jacques Dordain Clean Sky : diviser par deux le CO 2 des avions par Éric Dautriat Enjeux économiques et citoyens d une filière Big Data européenne par François Bourdoncle (84) Éliminer l instabilité et la fragilité de la zone euro par Paul Jorion Entre fable et prospective : que faire de l Europe? par Thierry Gaudin (59) L Europe, seul territoire mondial véritablement concurrentiel? par Jacques Lafitte (82) L École polytechnique, ancrée au cœur de l Europe par Jacques Biot (71) POUR EN SAVOIR + Rendez-vous sur le site de La Jaune et la Rouge pour accéder aux informations complémentaires, réagir sur les forums et consulter les numéros déjà parus. Courriel :

5 GROUPES X X-PROVENCE Invité par l amiral Le Henaff qui les commande, le président Bernard Président : Maurice BERNARD (48), DUCONGÉ (59) a assisté, le vendredi tél. : décembre, à la cérémonie de remise pour conclure sur un bannissement, que le roi, désavoué, mue en prison à vie. Comment en est-on arrivé là? La conférence est suivie d un apéritif puis d un dîner en option. Inscription au GPX Au-delà et pour les envois à l étranger, veuillez nous consulter. Tél. : JE JOINS UN CHÈQUE DE... ÀL ORDRE DE L AX. Courriel... Téléphone... REVUE MENSUELLE DE L ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ET DIPLïMÉS DE L ÉCOLE Revue mensuelle de l Association des anciens élèves et diplômés de l École polytechnique 44 > 48 > 50 > 52 > 53 > 54 > 55 > 56 > EXPRESSIONS LIBRES PROPOS Dix courants de croissance pour un grand groupe européen par Jean Estin COLLOQUE Il faut réindustrialiser la France par Franck Lirzin (2003) FORUM SOCIAL La prévention spécialisée : Les Compagnons de la nuit, La Moquette et Pedro Meca par Dominique Moyen (57) ARTS, LETTRES ET SCIENCES Musique en images par Marc Darmon (83) Récréations scientifiques par Jean Moreau de Saint-Martin (56) Discographie par Jean Salmona (56) Bridge par Gaston Méjane (62) Livre Tant qu il y aura des seniors de Jean-Pierre Wiedmer (79) Solutions du Bridge Prix Zerilli-Marimo 2013 Livre Loi et Internet de Fabrice Mattatia (90) Solutions des Récréations scientifiques FOCUS X-Mines Auteurs : les lettres gourmandes Jean Sousselier (58), président du groupe X-Mines Auteurs «Lire, écrire et conter» propos recueillis par La Rédaction PAGE 85 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Laurent BILLÈS-GARABÉDIAN (83) RÉDACTION EN CHEF : Jean-Marc CHABANAS (58), Hubert JACQUET (64) SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Anne-Béatrice MULLER ASSISTANTE : Françoise BOURRIGAULT CORRECTRICE : Catherine AUGÉ ÉDITEUR : Association des anciens élèves et diplômés de l École polytechnique 5, rue Descartes, Paris Tél. : Courriel : Fax : COMITÉ ÉDITORIAL : Michel BERRY (63), président, Christian MARBACH (56), président d honneur, Pierre LASZLO, Philippe LAURIER (E.P.), Denys ROBERT (E.P.), Anne TROTOUX-COPPERMANN (E.P.), Maurice BERNARD (48), Serge RAFFET (50), Jean DUQUESNE (52), Michel HENRY (53), Charles-Henri PIN (56), Jacques-Charles FLANDIN (59), François Xavier MARTIN (63), André FERRAS (64), Gérard BLANC (68), Jérôme DUPONT de DINECHIN (84), Jean-Philippe PAPILLON (90), Arthur HATCHUEL (2012). RÉDACTION DE LA JAUNE ET LA ROUGE : 5, rue Descartes, Paris Tél. : Courriel : WEBMESTRE : Jean-Pierre HENRY (64) ABONNEMENTS, ANNUAIRE, COTISATIONS : Tél. : ou TARIFS 2014 : Prix du numéro : 8 euros Abonnement (10 numéros par an) : voir bulletin en page 86 ANNONCES IMMOBILIÈRES : Tél. : Fax : BUREAU DES CARRIÈRES : Tél. : Fax : PUBLICITÉ : FFE, 15, rue des Sablons Paris Tél. : CONCEPTION, RÉALISATION : KEY GRAPHIC IMPRESSION : GROUPE MAURY IMPRIMEUR COMMISSION PARITAIRE n 0114 G ISSN n TIRAGE : exemplaires N 692 FÉVRIER 2014 PHOTO DE COUVERTURE : RIDEAU DU PALAIS GARNIER, OPÉRA NATIONAL DE PARIS. JEAN-PIERRE DELAGARDE/ONP X-HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE REMISE DE CASQUE connue douze mois plus tôt et de partion avait beaucoup d allure, nos jeunes camarades ayant, au cours des deux mois de leur formation automnale, acquis tous les réflexes de l organisa- rainer leurs bizuths. Cette manifesta- Secrétaire : Jacqueline POTTIER tél. : PROCHAINE CONFÉRENCE de casque aux cinq camarades de la promo 2013 qui effectuent dans la brigade des marins-pompiers de Marseille leur année de service national dès leur intégration à l X. tion militaire qui les a bien changés de l ambiance «taupinale» qu ils avaient connue au cours des deux années précédentes : ils semblaient bien prêts pour prendre place dans les unités d in- à la Maison des X, 12, rue de Poitiers, Paris. tervention des pompiers marseillais, et très désireux d y servir pendant quatre mois. VIE DES ENTREPRISES Vu le temps très pluvieux, cette manifestation s est passée en salle. Nos cinq camarades étaient accompagnés d un élève d une formation technique de la Marine à Brest, et des six Mercredi 12 mars 2014 à 18h30 LE PROCÈS DE NICOLAS FOUQUET stagiaires de l an dernier, venus de ET SES IMPLICATIONS POLITIQUES Paris pour l occasion, en Grand U avec par Mme Simone BERTIÈRE, historienne bicorne et épée, heureux de se replonger dans l ambiance qu ils avaient 1661 : Mazarin est mort, laissant à Louis XIV un royaume pacifié dans une Europe dominée par la France. Discours de l Amiral qui remet à chacun son casque en acier poli brillant, puis de leur chef de l équipe d instruction, puis du Président, qui présente le groupe X-Provence et évoque son service en école d appli et en Algérie, il y a cinquante-deux ans. 59 > Dossier spécial réalisé par FFE pour le service commercial de La Jaune et la Rouge Mais l État, ruiné par vingt-cinq ans de guerres, est au bord de la faillite. Le jeune roi décide de gouverner par luimême, mais nul ne l en croit capable. Sur les conseils de Colbert, son premier geste d autorité, pour appuyer l indispensable réforme des finances, est la mise en jugement du Surintendant Fouquet, accusé de prévarication et passible de mort. Mais le procès, qui devait être bref, échappe à ses initiateurs, il déborde le cas de l intéressé et tourne au bras de fer entre le pouvoir royal et la magistrature. Il s étire sur plus de trois ans QUARANTIÈME ANNIVERSAIRE DE L ENTRÉE DES FEMMES À POLYTECHNIQUE Ce livre célèbre le quarantième anniversaire par la présentation de parcours de polytechniciennes, de réflexions sur leur situation et de témoignages. BON DE COMMANDE À RETOURNER À L AX LIVRE DES POLYTECHNICIENNES 5, RUE DESCARTES PARIS Je souhaite commander... exemplaire(s) de l ouvrage FEMMES DE PROGRÈS FEMMES DE POLYTECHNIQUE au tarif de 25 par exemplaire. Frais de port : 3,25 jusqu à 2 exemplaires, 4,20 entre 3 et 4 ex., 5,50 entre 5 et 10 ex. Nom... Prénom... Promo (le cas échéant)... Adresse... Code postal... Ville... VENTE EN LIGNE AVEC RÈGLEMENT PAR CARTE BANCAIRE SUR LE SITE : 85

6 La Maison des P olytechniciens CONCERTS SERIE JEUNES LAUREATS Quatuor Van Kuijk Vendredi 7 mars 2014 à 20 heures Wolfgang Amadeus Mozart : Quatuor à cordes en mi bémol majeur KV 428 Johannes Brahms : Quatuor à cordes n 1 en ut mineur, op. 51 n 1 Claude Debussy : Quatuor à cordes en sol mineur, op. 10 Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre, violons ; Grégoire Vecchioni, alto ; Sébastien Van Kuijk, violoncelle Tenue de ville - Les concerts sont suivis d un dîner en option - Prix du concert : 25 - Forfait de 45 pour 2 concerts - Dîner en option : 55 Inscriptions sur polytechnique.net/amdx ou auprès de Corinne Fortin : - Tél. : Trio Jacob Lundi 28 avril 2014 à 20 heures Franz Schubert : Trio à cordes n 1 en si bémol majeur, D 471 Ludwig van Beethoven : Trio à cordes n 5 en ut mineur, op. 9 n 3 Ernö Dohnanyi : Sérénade pour trio à cordes en do majeur, op. 10 Raphaël Jacob, violon ; Jérémy Pasquier, alto ; Sarah Jacob, violoncelle Restaurant «Le Poulpry» La Grande Maison - Séminaires, réceptions, évènements - Maison des X - Hôtel de Poulpry - 12, rue de Poitiers Paris - Contacts : courriel :

7 ÉDITORIAL Hortense Lhermitte (83), présidente de la Commission Internationale de l AX D.R. Cygne ou phénix? SUCCÈS passés, impératifs actuels, innovations et prospective : le fil conducteur du dossier consacré à l Europe guide une réflexion analogue sur la communauté polytechnicienne et l international. Mais qu en est-il des succès futurs auxquels la communauté peut et doit contribuer? Les succès passés sont nombreux, dès l origine de l École qui accueille des savants étrangers de passage à Paris. Elle admet chaque année, «sur recommandation des gouvernements étrangers [ ], une poignée de jeunes gens de toutes les nationalités [ ] qui contribuent à maintenir la réputation de l École et la sympathie pour ses anciens élèves» (Livre du centenaire ). Sous le Premier Empire, le concours est ouvert à une partie de l Europe, l X reçoit des élèves de Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg, du Piémont, d Italie et de Suisse. Elle inspire et rayonne, servant par exemple de modèle à l académie américaine de West Point. Aux XIX e et XX e siècles, la place de la France en Europe et dans le monde conduit l influence des polytechniciens à dépasser nos frontières, que ce soit en géopolitique, en matière d avancées technologiques ou de projets d infrastructure. Les impératifs actuels sont d un autre ordre. Avec 30 % d étudiants étrangers, bientôt une formation hors de France pour tous les élèves, et près du quart d une promotion qui y démarre sa carrière, l X a pris le virage. On ne parle plus d étranger, mais d international. Les classements des universités sont internationaux et, quelle que soit leur valeur, influencent les choix des étudiants et des recruteurs. Dans ce nouvel environnement, l AX évolue, les groupes s internationalisent et se développent hors de France, les liens triangulaires entre École, AX et FX se resserrent, facilitant le rayonnement de la communauté polytechnicienne à l international. Quelles innovations et prospective pour notre communauté dans ce contexte? Dispersion et diversité amplifient le risque d éclatement de la communauté, mais constituent une richesse prodigieuse et des atouts potentiels, les distances n étant plus un frein à la communication ou au partage d information. Les modèles gagnants d open source ou de collaboratif se multiplient. Le défi est de savoir exploiter cette diversité en identifiant des objectifs communs. Défi pour l Europe? C est en intégrant ces paramètres, et avec le soutien de chaque polytechnicien, que la communauté polytechnicienne contribuera aux succès futurs et fera la différence entre la mort du cygne ou la renaissance du phénix. 5

8 GRAND ANGLE Vers une adhésion réfléchie et sélective par Daniel Reydellet (64), président du groupe X-Europe DR et David Cortès (97), coordonnateur du dossier EMEDICIS L Europe : problème ou solution? Trop d Europe ou pas assez? L Europe, oui, mais pas celle-là! Antiennes connues, que vous entendrez resurgir lors de la campagne électorale pour les élections européennes de mai Le fait est qu en France, notamment, les opinions publiques décrochent du projet européen. Et pourtant, ce projet a cinquante-six ans. Construit dans une ambiance de guerre froide, comme projet pacificateur et zone tampon entre deux blocs, il a perduré et accompagné les trente glorieuses. Il a survécu aux nouvelles donnes, économique après le choc pétrolier, géopolitico-idéologique après la chute du mur de Berlin. Mais voilà : le monde actuel est face à un nouveau changement de paradigme avec l émergence d un monde multipolaire et le choc «matières premières-énergie» (pas seulement pétrolier), dans un monde qui a pris conscience de sa finitude, laquelle nous renvoie à un impératif écologique. Les défis qui attendent l Europe sont de taille, afin d apporter des solutions à ces problématiques de long terme, de se repositionner au niveau mondial, de définir ses limites géographiques et son niveau d intégration. Et certaines sont à trouver dans les tout prochains mois, telle une action concertée sur les dettes d État, et l évolution de son système monétaire et financier, alors que le monde organise en ce moment même des alternatives au dollar (monnaie commune fin décembre dans le golfe Persique, internationalisation accélérée du yuan). «Ne croyez pas la propagande anglo-saxonne qui dénigre constamment l euro. N ayez pas peur! On compte sur vous.» Tel a été le message délivré en aparté par le président Valéry Giscard d Estaing à nos jeunes camarades qui venaient de l interviewer, alors qu il s apprêtait à partir pour la Chine : tout un symbole. Quels qu aient été son organisation politique et son contour géographique précis, «l Europe» a aménagé certaines de ses activités majeures pour profiter de sa taille critique, de son marché intérieur, de ses savoir-faire afin d organiser des coordinations d ingénierie et d industrie transnationales et organiser les territoires. C est la pertinence de «l Europe» sur tous ces sujets que ce dossier met en perspective : gouvernance, actions sur les politiques publiques, succès industriels et scientifiques passés et à venir. Gageons que l adhésion viendra de ces études concrètes appelant des remises en question profondes, à médiatiser. 6

9 RÉSUMÉ DES ARTICLES L Europe DOSSIER COORDONNÉ PAR DAVID CORTÈS (97) Valéry Giscard d Estaing (44) «Il faut créer une puissance économique homogène» propos recueillis par Isabelle Albertalli (2011) et Pablo Ducru (2011) p. 8 L Europe a vocation ˆ compter parmi les grands. Mais il convient au pržalable de pržciser ce que l on entend par ÇEuropeÈ, qui rassemble, en ržalitž, deux projets. La défaillance, problème de gouvernance ou de volonté par Alain Lamassoure p. 10 L union politique de l Europe est encore en chantier. L absence de volontž politique freine la mise en Ïuvre, qui serait pourtant facile, des ressources džjˆ disponibles. Un pržsident Žlu et des outils comptables et scientifiques pourraient Žtayer une politique volontariste. Changer de regard sur les grands projets par Michel Gérard (55) p. 14 La pržsidence de Jacques Delors ˆ la Commission europženne entre 1985 et 1995 a ŽtŽ marquže par une politique de grands projets d infrastructures de transports. Avec l augmentation des pouvoirs du Parlement, la pression politique montera pour que l Union europženne lance ˆ nouveau un programme de Çgrands projets europžensè. Préserver la paix et renforcer la sécurité par Daniel Argenson (78) p. 18 L Žlaboration d une stratžgie europženne de džfense ne peut se faire qu au prix d une rupture avec les habitudes, ˆ l instar de la monnaie unique. Il faut que les États, qui sont bien plus que de simples clients, et les industriels, qui sont bien plus que de simples fournisseurs, Žtablissent ˆ l Žchelle europženne les conditions d un partenariat durable. L agence spatiale européenne, une grande réussite par Jean-Jacques Dordain p. 22 L Europe peut s enorgueillir d avoir Žtabli une politique spatiale cohžrente, se dotant d un acc s ˆ l espace autonome et compžtitif, d une industrie et d une communautž scientifique de premier rang. L Agence spatiale europženne (ESA) a ŽtŽ le moteur de cette ržussite. Clean Sky : diviser par deux le CO 2 des avions par Éric Dautriat p. 26 Le double souci de participer activement aux efforts de ržduction des rejets de CO 2 et de maintenir la place de lôindustrie ažronautique europženne dans le monde a conduit lôeurope ˆ lancer un ambitieux programme de recherche baptisž Clean Sky. Ce programme a des effets structurants sur la recherche europženne et crže une vžritable cha ne de lôinnovation. Enjeux économiques et citoyens d une filière Big Data européenne par François Bourdoncle (84) p. 28 Tandis que l Internet des objets s appr te ˆ ržvolutionner la mani re dont les produits sont con us et commercialisžs, plusieurs socižtžs fran aises ou europžennes sont ˆ l avantgarde dans ce domaine. Tout l enjeu pour notre pays consiste maintenant ˆ utiliser au mieux (et au plus vite) ses atouts, ˆ tous les niveaux, pour cržer un marchž intžrieur du Big Data. Éliminer l instabilité et la fragilité de la zone euro par Paul Jorion p. 32 Dans la zone euro, les treize pays encore capables d emprunter sur le marchž international džclarent pouvoir soutenir financi rement les trois pays ayant perdu cette capacitž. Il reste ˆ savoir si les constructions mises en place ˆ cette fin seront efficaces. Entre fable et prospective : que faire de l Europe? par Thierry Gaudin (59) p. 36 Le rapport de prospective ÇLe monde en 2025, un džfi ˆ la raisonè de la Commission europženne commence par une ržfžrence ˆ l ŽpopŽe de Gilgamesh pour džboucher sur des recommandations pragmatiques ˆ destination de l Europe du XXI e si cle. L Europe, seul territoire mondial véritablement concurrentiel? par Jacques Lafitte (82) p. 38 Les accords commerciaux internationaux ont largement contribuž ˆ la croissance Žconomique mondiale. Mais l opinion en est peu consciente : en m me temps qu elle ržclame le retour ˆ des mesures de protectionnisme, elle trouve en la Commission un bouc Žmissaire tr s commode. L École polytechnique ancrée au cœur de l Europe par Jacques Biot (71) p. 42 ÇLa France est notre patrie, l Europe est notre avenir.è Depuis la cžl bre formule de Fran ois Mitterrand, les institutions europžennes ont progressž et la France a ratifiž le traitž de Lisbonne, confžrant ˆ l Union une compžtence de coordination dans le domaine de la politique d Žducation, de formation et de la jeunesse. 7GRAND ANGLE

10 L EUROPE Valéry Giscard d Estaing (44) «Il faut créer une puissance économique homogène» Propos recueillis par Isabelle Albertalli (2011) et Pablo Ducru (2011) L EUROPE DANS LE MONDE L INTÉGRATION EUROPÉENNE L Europe, couplée à une hyperpuissance américaine dont la prédominance s affaiblit, se voit concurrencée par l émergence de la Chine. Dans ce contexte, comment doit-elle se positionner et agir? L Europe a vocation à compter parmi les grands. Mais il convient au préalable de préciser ce que l on entend par «Europe», qui rassemble, en réalité, deux projets. Le premier, une zone de marché unique, étendue, condamnée à se diluer et donc à perdre de son importance. Le deuxième, composé des États membres de la zone euro, qui est l Europe intégrée et à laquelle il faudra sans doute rattacher dans les cinq ans la Pologne et pas d autres pays. Seul ce deuxième projet a un avenir. Ce noyau intégré européen pourra devenir une puissance mondiale. LA FORCE ARMÉE VA DE PAIR AVEC L ÉCONOMIE Entre l OTAN et l Eurocorps, quelle politique militaire l Europe doit-elle adopter pour parvenir à faire entendre sa voix sur la scène internationale? Le sujet de l Europe militaire sera traité plus tard. Se fera-t-elle à 28 ou dans une logique intégrée? Il est possible que provisoirement, comme récemment en Iran sur la question du nucléaire, cela se fasse à 28, mais l évolution à terme se fera dans la zone intégrée : la force armée va de pair avec l économie. Actuellement, trois puissances militaires existent en Europe : France, Allemagne et Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne est plutôt dans une dynamique centrifuge. L Allemagne, comme on l a vu en Libye, a encore une réticence culturelle à intervenir militairement. La mise en place d une force armée (et non d une Europe de l armement qui, elle, avance) semble plus lointaine. Au-delà de l OTAN, le lien avec les États-Unis, dont nous sommes proches, n est pas un lien de dépendance. Et même si le commandement de l OTAN est historiquement américain, les États-Unis ne se sont pas appuyés sur cet organisme pour leurs interventions en Afghanistan, ou pour des frappes de drones. Ces nouveaux types de conflit relèvent plus d alliances ou d interventions unilatérales. Le lien avec la Chine est aux rapports politiques cordiaux, même s il y a parfois des difficultés provenant notamment de nos structures européennes : M. Van Rompuy est inconnu là-bas, M. Barroso est sur le départ. Le président chinois opte pour avancer doucement, «à la chinoise», durant son premier mandat, et choisira d aller plus vite lors de son deuxième. Sur le plan commercial, l Union européenne est le premier partenaire de la Chine, qui ne l oublie pas. Pour exister militairement et affirmer sa vocation mondiale, il faut que la zone euro s organise, et il est grave qu elle ne le fasse pas. Les réunions au sommet devraient être régulières, mensuelles, et faire l objet d une communication étendue et systématique. LES RISQUES DE L ÉLARGISSEMENT GÉOGRAPHIQUE Que pensez-vous du projet d Union pour la Méditerranée? Une approche partenariale semble-t-elle préférable à celle de l intégration directe de pays comme la Turquie à l Union européenne? Tout élargissement géographique des projets européens les affaiblirait. Les candidats à l intégration sont en effet soit d un niveau économique trop éloigné, soit d une culture trop différente. L extension à la Turquie ou aux pays de la Méditerranée en général s entendait dans l espoir d une gestion interne raisonnable de ces pays. Or, seul le Maroc est actuellement stable pour l Afrique du Nord. Et la Turquie se tourne vers l Orient. 8

11 L ÉNERGIE ET L EUROPE LE RETOUR DU NUCLÉAIRE La mise en commun des marchés énergétiques peut-elle être un nouveau moteur pour le processus d intégration européenne? Quel avenir pour le nucléaire en Europe? D.R. La question de l énergie en Europe est un problème difficile, sur lequel un travail technique reste à faire. Il est important que des gens comme vous, par exemple, s y penchent. L Europe ne dispose pas de ressources internes, si ce n est le charbon en Allemagne et le pétrole de la mer du Nord. L Europe de l énergie traverse une crise qui menace de se durcir. Une coupure continentale de l approvisionnement en électricité est aujourd hui possible, du fait des politiques de production nationales, connectées mais indépendantes. Si, par exemple, une chute du vent interrompt la production d électricité des éoliennes allemandes en mer du Nord, l Allemagne devra réactiver ses centrales à charbon. Le temps qu elle le fasse, elle tirera sur le réseau européen, qui peut se fracturer. La décision de l Allemagne de sortir du nucléaire la prive d un socle de production continue. La politique française, affichant un souhait de baisser la part du nucléaire sans proposer d alternative, est irréaliste. Cette irrationalité est à rapprocher d une baisse de l esprit scientifique chez les dirigeants actuels, parmi lesquels on compte peu ou pas d ingénieurs. Ce sont les lobbies qui dirigent désormais nos pays. Et ces lobbies sont des lobbies de financiers ou de «communicants». En Chine, sur les sept membres du conseil suprême, on compte sept ingénieurs. Replaçons au premier rang la compétence scientifique dans la vie politique de la France! Par exemple, l utilisation du gaz de schiste va faire bénéficier les États-Unis d un coût de l énergie extrêmement bas. En France, ce qui est curieux, ce n est pas que l on l utilise ou non ce gaz, mais qu on se refuse à étudier la question. Or, quand on voyage dans nos grandes villes de province, l appauvrissement est frappant. Tout au début de la chaîne de création de richesse se trouve l énergie. L opinion publique est forgée par l information et des modes «émotionnelles» sont lancées par les médias. Des débats emportant l adhésion, comme celui ayant amené l extrême gauche en France à soutenir le programme nucléaire à la suite du premier choc pétrolier, ne sont plus possibles dans la société émotionnelle et non rationnelle d aujourd hui. La confusion est créée par le mélange des concepts du nucléaire civil et du nucléaire militaire. L émotion domine lors d accidents du type Fukushima. Rationnellement, le nucléaire va retrouver une actualité. Il permet une production électrique sûre, propre en CO 2, bon marché et de gros volumes. Le parc français a été construit pour quarante ans, et est par dessein prolongeable encore trente ans. L Allemagne y reviendra. La Grande- Bretagne, comme vous le savez, vient de commander l installation de deux EPR. LES INSTITUTIONS EUROPÉENNES FIXER DES OBJECTIFS CLAIRS L identité européenne est encore balbutiante. Comment introduire l Europe au sein des régions, au cœur du quotidien des citoyens? Le problème des institutions est que la zone intégrée est régie avec les institutions de la zone à 28. Obtenir l adhésion des peuples est par conséquent difficile car la communication de ce qu est et où va l Europe est inextricable. La solution est de proposer à nouveau des objectifs clairs et compréhensibles : le but principal étant, à mon avis, d organiser sur le territoire de l Europe une puissance économique de niveau mondial. Cela ne peut se faire que dans une zone homogène du point de vue économique et financier et qui souhaite s intégrer. Ce ne sera donc pas l Europe à 28 mais celle de la zone euro. La réalisation de cet objectif serait fixée à une vingtaine d années pour que la zone euro puisse disposer à ce terme, en plus de la monnaie commune déjà en place, d un équilibre budgétaire et aussi d une homogénéité fiscale qui n est pas commencée. Il faudrait trouver un nom à cet ensemble et le doter de gouvernants de premier plan, probablement d une nouvelle génération, qui sera sans doute la vôtre. GRAND ANGLE 9

12 L EUROPE GRAND ANGLE PAR ALAIN LAMASSOURE député au Parlement européen Chaque sommet européen est un concert qui n a pas eu lieu PPE La défaillance, problème de gouvernance ou de volonté L union politique de l Europe est encore en chantier. L absence de volonté politique freine la mise en œuvre, qui serait pourtant facile, des ressources déjà disponibles. Un président élu et des outils comptables et scientifiques pourraient étayer une politique volontariste. Les puissants d Europe se réunissent périodiquement en sommet. Chacun accepte la comparaison : il s agit de faire jouer en harmonie les exécutants du concert européen. L étrange concert européen Mais voilà un étrange opéra. Les chanteurs et les chœurs sont installés dans la fosse d orchestre, qui est aménagée en chambre sourde : invisibles et inaudibles. Vous l avez compris : il s agit du Parlement européen et de la Commission. Les musiciens montent fièrement sur la scène. Vingt-huit solistes. Mieux : vingt-huit chefs. Chefs d État et de gouvernement. Ils exposent leurs augustes personnes à l admiration des caméras. Derrière eux se cache le chef d orchestre, le chef des chefs. Ils l ont choisi à la condition expresse de ne pas lui obéir. Puis, tous tournent le dos au public. Et le rideau tombe. Un rideau de fer : nul son n en sort pendant tout le spectacle. Quand le rideau se lève, les vingt-huit solistes en sortent éblouis d eux-mêmes. Ils viennent l un après l autre à l avant-scène. Chacun interprète deux ou trois mesures de ce qu il prétend avoir fait jouer à tous les autres pendant vingt-quatre heures : le violon hongrois une csardas déchirante, la guitare espagnole un sombre flamenco andalou, l orgueilleux orgue allemand une austère messe de Bach, l accordéon français une valse musette, à la jambe plus leste. Le Britannique se réjouit d avoir infligé à tous les stridences dissonantes d une cornemuse inaccordable. Chacun se fait applaudir par son seul public. Quand les projecteurs sont éteints, le chef des chefs vient parler à des micros absents. Les chanteurs? Ils continuent de vocaliser dans leur chambre sourde. Une dépêche d agence nous apprend qu ils entonnent l Hymne à la joie. Pour eux- REPÈRES L architecture institutionnelle européenne comprend deux piliers. Les compétences communautaires sont exercées selon le modèle fédéral. Proposée par la branche exécutive, ici la Commission, la loi européenne est adoptée par un vote conforme d une chambre basse, le Parlement, élu directement par les citoyens, et d une chambre haute, le Conseil des ministres européens, dont la composition dépend du sujet traité : ministres de l Agriculture, de l Industrie, du Budget, etc. Les compétences nationales sont coordonnées par des institutions et des procédures qui relèvent, elles, du modèle confédéral. Les deux piliers ont un chapeau commun : le Conseil européen. Sommet des chefs d État et de gouvernement, il donne à l Union ses grandes orientations et il procède aux grands arbitrages politiques. En même temps, il assure la responsabilité ultime du «concert» diplomatique et économique : le traitement de la crise des dettes souveraines a exigé vingt-quatre «sommets de la dernière chance». 10

13 Un modèle inapplicable Le modèle fédéral classique, américain ou allemand, ne peut pas s appliquer tel quel à l Europe. Nous sommes abusés par le mot «État» quand nous parlons des États-Unis d Amérique. Les USA sont une seule nation, dont l unité a été forgée dans la guerre d Indépendance. L Arkansas n est pas l Espagne, ni le Dakota du Nord la Lituanie. L Union européenne se compose de plus de deux douzaines de nations, toutes également attachées à leur indépendance, les unes parce que celle-ci est ancienne, les autres, au contraire, parce qu elle est toute récente. mêmes. Ainsi, chaque sommet européen est un concert qui n a pas eu lieu. Faut-il s étonner si les spectateurs se lassent? Et si chacun réclame, à cors, à cris et à tweets, qui sa mandoline napolitaine, qui sa lyre celtique, qui son la-la-la-itou tyrolien? Une originalité historique Avant de préciser tout diagnostic sur la gouvernance européenne, il faut prendre la peine d en comprendre l originalité. Elle s explique par l histoire. L union politique de l Europe est encore en chantier. C est un projet qui a commencé il y a soixante ans, et qui exigera encore une ou deux générations. L objectif initial était une chimère : rendre la paix perpétuelle entre des ennemis héréditaires. Nous l avons fait. Mais du coup, il nous faut traiter les problèmes, radicalement nouveaux, de la vie en commun de voisins désormais réconciliés. Avec ou sans traité, impossible d empêcher les touristes, les étudiants, les salariés, les retraités, de voyager dans les pays voisins, les capitaux de s y investir, les usines de s y construire, les maladies, les pollutions et les crises de s y propager. C est fait : la communauté de destin est irréversible. Combiner l unité et la diversité Il nous faut donc combiner l unité et la diversité. L unité des règles de vie en commun et l unité d action à l égard de l extérieur, tout le reste relevant de la compétence nationale. Ce faisant, et au stade actuel de la construction toujours en cours, nous avons conservé au niveau national des compétences majeures, que nous ne sommes pas encore prêts à transférer à l Union, mais que nous ne pouvons plus exercer séparément sans tenir compte de ce que font nos partenaires. C est le cas évident pour la politique étrangère et la défense : chacun reste libre de son vote à l ONU et de l engagement de ses troupes, mais l efficacité des décisions prises dépend largement de l existence d un consensus européen ou de son absence. Il en va de même pour la politique économique. Les États membres ont conservé à leur niveau 98 % des moyens budgétaires le budget propre à l Union représente un quarantième des budgets nationaux additionnés. La fièvre quarte qui frappe l Europe depuis la faillite de Lehman Brothers a amplement montré qu après un demi-siècle de marché commun et quinze ans de monnaie commune, le mariage de nos économies est consommé : toute mesure, tout événement qui frappe l un affecte les autres. Et surtout, si nous voulons optimiser la croissance de notre économie désormais une, il faut harmoniser les politiques économiques, donc budgétaires et fiscales, des uns et des autres : organiser, en effet, le concert économique européen. L absence de volonté politique Il y a deux manières de pédaler dans le vide en croyant ou en prétendant faire avancer l Europe : réinventer la roue, ou «taper à suivre», comme disent les rugbymen en lançant le ballon vers l avant sans être sûrs de pouvoir le rattraper. Arrêtons de demander un «gouvernement économique» ou, ce qui revient au même, un renforcement de la gouvernance de la zone euro. Il y avait déjà l Eurogroupe, avec son président propre, et les sommets informels de la zone. Cela est apparu comme insuffisant. On a fini par formaliser l un et les autres dans les traités. Apparemment, cela ne suffit toujours pas : de tous les partis politiques français s élèvent des propositions qui se disent nouvelles, et qui ne changent que la couleur des rayons ou du moyeu de la même roue. Dont on feint de croire qu elle n existe pas encore, de peur d être contraint de s en servir. Car le vrai problème de l Europe économique, comme de l Europe diplomatique, et finalement de l Europe tout court, n est pas un problème de gouvernance, c est l absence de vraie volonté politique. Si le «concert» donne toujours l image que nous venons de caricaturer à peine, c est par la volonté des concertistes ou plutôt du fait de leur aboulie. Le traité de Lisbonne est une boîte à outils extrêmement riche GRAND ANGLE 11

14 L EUROPE GRAND ANGLE L urgence de politiques européennes communes Une fuite en avant De même, le taper à suivre, la fuite en avant institutionnelle, n est qu un moyen de cacher une incapacité à utiliser les institutions actuelles. Le traité de Lisbonne a bien des défauts. Mais c est une boîte à outils extrêmement riche, dont le potentiel est resté largement sousexploité. Mener une politique énergétique commune, une politique européenne de l asile et de l immigration, créer un impôt européen, harmoniser les bases des impôts nationaux, jeter les fondations d une Europe de la défense : le traité permet désormais de le faire, si nécessaire en commençant à quelques-uns dans le cadre d une coopération renforcée. Jouer en harmonie, c est pourtant possible Entre le Conseil européen de Laeken, qui a lancé la mise en œuvre de son élaboration, et l entrée en vigueur de toutes les dispositions du traité de Lisbonne, à la fin 2014, douze ans se seront écoulés : ceux qui demandent aujourd hui un nouveau traité allant plus loin dans l intégration renvoient littéralement tout progrès aux calendes grecques. Qu ils commencent plutôt à utiliser toutes les ressources qui sont déjà à leur disposition. Sans changer les traités, sans imaginer de nouvelles usines à gaz, trois progrès sont possibles. Un président élu Le premier est à portée de nos mains. Toutes nos mains : celles des 500 millions de citoyens européens. Selon le traité de Lisbonne, le chef de l exécutif européen, le président de la Commission européenne, ne sera plus nommé par les gouvernements, comme l est un haut fonctionnaire international. Il sera désormais élu par le Parlement, au lendemain de l élection de celui-ci. À la condition impérative que les partis politiques européens s organisent pour que chacun choisisse et annonce son candidat à l avance, et conduise une campagne à l échelle de l Union, l Europe disposera alors d une personnalité forte de la légitimité donnée par le vote de 500 millions de citoyens. Elle aura un visage. Un responsable. Un chef. Le vrai chef d orchestre. Qui, à la fin des Conseils européens, pourra rendre compte au Journal télévisé de 20 heures à tous les Européens en même temps. Des outils comptables et scientifiques Le second progrès n exige pas une volonté surhumaine. Il s agit de doter les responsables de l économie européenne des outils qui leur manquent. Outils comptables et scientifiques. Pas de coordination des politiques budgétaires possible tant que nous n avons pas consolidé nos budgets publics dans l Union : faute d avoir harmonisé nos concepts de comptabilité publique, nous ne pouvons dire qu au doigt mouillé si l addition algébrique des 28 budgets nationaux et du petit budget communautaire a aujourd hui un effet procyclique ou contracyclique. De même, comment les gouvernements pourraient-ils ajuster leurs partitions respectives pour parvenir à l harmonie souhaitée, tant que l expertise économique restera si balbutiante? La réhabilitation de l investissement public à gauche, la baisse de la pression fiscale à droite, et l encouragement au laxisme monétaire des deux côtés : le monde des experts ne brille pas par la rénovation du vieux logiciel libéral ou keynésien à la lumière des multiples révolutions de l économie mondialisée. L Europe a besoin d un Keynes du XXI e siècle, qui montre comment optimiser, du point de vue scientifique, le policy-mix monétaire et budgétaire, les politiques macro et microéconomiques, dans un ensemble constitué par vingt-huit pays qui partagent une même monnaie et un même marché, lui-même ouvert sur une économie mondialisée. Trop rares sont ceux qui, tel Philippe Herzog, se sont essayés à cet exercice. Or, c est ici aux économistes européens de jouer : les Anglo-Saxons en sont encore à comprendre comment la zone euro a pu survivre à leurs malédictions nobélisées. Une volonté politique Enfin, l élément déterminant sera évidemment la volonté politique. Crises de la dette, Syrie, Lampedusa : jamais les événements n ont autant démontré l urgence de politiques européennes communes. Et pourtant, jamais les peuples et leurs gouvernants n ont été aussi tentés de se replier sur le pré carré national. C est tout l enjeu des prochaines élections européennes : voulonsnous, ou ne voulons-nous pas? En sortir, gagner, réussir. Ensemble. La gouvernance suivra. 12

15 FORMATION ACCOMPAGNEMENT Projets & Systèmes «Le choix de l excellence entre la fédération d ordres de grandeur (l ingénierie de projet) et l intégration d objets techniques hétérogènes (l ingénierie système).» Sciences et Techniques Innovation Expertise et Compétitivité Projets et Systèmes Communication Leadership et Management fotolia Découvrez nos prochaines formations-clés : Piloter un projet de développement Les 12, 13 et 14 mars 2014 Animer une équipe projet Les 3 et 4 avril 2014 Le Collège de Polytechnique ı 23, rue Taitbout ı ı Paris ı ı Tél ı ı Fax ı Gestion de Confguration Les 3 et 4 avril 2014 Coordonner un projet de recherche Les 25, 26 et 27 juin 2014 Plus d information, sur notre site :

16 L EUROPE GRAND ANGLE PAR MICHEL GÉRARD (55) ingénieur général (h) des PEF, urbaniste Changer de regard sur les grands projets La présidence de Jacques Delors à la Commission européenne entre 1985 et 1995 a été marquée par une politique de grands projets d infrastructures de transports. Avec l augmentation des pouvoirs du Parlement, la pression politique montera pour que l Union européenne lance à nouveau un programme de «grands projets européens». De fait, cette politique ne s est jamais arrêtée. Elle fait même maintenant l objet d une sorte de schéma directeur très ambitieux de «couloirs de transports». La réalité est cependant moins idyllique que cette carte de grand avenir. REPÈRES Plusieurs grands projets retenus dans les années Delors n ont jamais été menés à terme. L intention initiale était louable, les États membres enthousiastes. Les projets sélectionnés étaient tous des liaisons ferroviaires, routières et fluviales entre au moins deux États membres. Figuraient cependant au tableau des aéroports importants comme le nouvel aéroport alors envisagé à Milan, depuis réalisé, ainsi que des autoroutes internes à la Grèce, alors sans continuité territoriale avec les autres États membres. Beaucoup de ces projets ont été durablement bloqués et certains ne sont pas encore réalisés. L intervention de l Union a souvent joué un rôle pervers Les moyens de l Union devaient représenter environ 10 % du montant des coûts d investissement. Ils se sont vite révélés plutôt de l ordre de 3% à 5%. Ce taux n était pas incitatif et beaucoup de pays ont préféré mener des négociations bilatérales en n y mêlant l Union qu une fois le financement quasi bouclé, à quelque 10 % près. La Commission plaidait pour une augmentation du budget de l Union. Mais les États membres raisonnèrent ainsi : pourquoi passer par le budget de l Union, alimenté par des contributions augmentées de notre part, pour des investissements sur nos sols? D abord il y aura des prélèvements au profit d autres membres (les autoroutes grecques entraient déjà dans la légende), ensuite nous serons moins maîtres de nos décisions ; il est donc préférable de s entendre entre nous. Une liaison d État à État ne fait pas d elle-même un projet rentable Cette explication ne suffit pas. En effet, des projets bilatéraux rentables auraient aisément trouvé leurs financements, qu ils eussent été ou non, pour partie, financés par l Union. Or, si l on regarde la liste des projets Delors, on s aperçoit que le principal mérite qu on leur reconnaissait à l époque était de relier des États. Autrement dit, la rentabilité de la liaison pour la collectivité européenne n avait été dans les choix qu un critère second. Un pari irrationnel Pour défendre ces projets, certains disaient : «Les frontières ont été et sont encore des obstacles. Mais on peut parier que, sur le très long terme, le renforcement des intérêts économiques et des échanges intraeuropéens rendra ces liaisons rentables. Il faut montrer le mouvement en marchant.» Ce pari est irrationnel. Le transport n est qu un besoin parmi d autres et il ne s exprime qu à raison des contextes économiques et culturels. Des efforts de mêmes montants dans l apprentissage des langues européennes, obstacle majeur de l intégration européenne, et dans la qualité des traductions automatiques auraient eu plus de retombées dans de multiples domaines, rendant, entre autres, les projets infrastructurels plus vite rentables et donc plus aisément finançables le jour venu. Les décès in utero et les retards de plusieurs projets Delors ont finalement montré que l économie reprend inexorablement ses droits et 14

17 Petits pays vs Grands pays Petits et grands pays n ont pas la même vision de leurs intérêts à l extérieur de leurs frontières. Le Grand-Duché a participé à la première tranche du TGV-Est alors qu aucuns travaux n étaient prévus sur son sol. Le gain de temps sur Luxembourg-Paris a suffi à le convaincre. La Suisse a d elle-même proposé à la France une importante participation à Bourg-Bellegarde, qui a fait gagner une demi-heure sur Paris-Genève. En revanche, l État français a contraint la SNCF à vendre ses parts de la compagnie ferroviaire suisse BLS (Bâle Lötschberg Simplon) tombées dans l escarcelle de la SNCF par une cascade d héritages, au moment où BLS commençait à s engager dans le projet d un nouveau tunnel bas au Lötschberg, avec des garanties du gouvernement helvétique. qu il est toujours difficile pour un projet non rentable de «trouver son financement». Pire, l intervention de l Union a souvent joué un rôle pervers. La promesse de financements de sa part poussait les États membres à vite promouvoir auprès de l UE des projets moins rentables, donc moins aisément finançables, que ceux qu ils pouvaient financer totalement eux-mêmes ou par ententes bilatérales. Puis, une fois les projets désignés, les lobbys régionaux ou techniques se mettaient à l œuvre pour pousser à la réalisation de ce qui avait été baptisé «grand projet européen». Le financement s est toujours révélé d une grande difficulté. Parfois, le projet a pu être réalisé, ce qui ne l a pas rendu rentable pour autant. Dans d autres cas, l impossible montage du financement n a pas permis la réalisation et l interdit encore aujourd hui. Il faudrait donc dorénavant s assurer en premier lieu que les projets destinés à recevoir le label «grand projet européen» aient une rentabilité socioéconomique suffisante à l échelle collective européenne ou qu ils l atteignent dans des délais de moindre durée que les travaux. Raisonner sur une carte d Europe sans frontières Il faut aussi analyser les sources de cette rentabilité et ne mobiliser les crédits de l Union que sur ce qui ne peut être financé que par elle. Ce point sera précisé, mais on pressent déjà qu il s agit de la part de l intérêt du projet qui ne peut être attribuée à aucun État membre particulier et tient donc à leur mutualisation. Il faut donc exclure toute clé de financement a priori (comme les fameux 10 %) et admettre que le partage des financements se fera à partir des bilans économiques pour chaque partie prenante, dont l Union elle-même. Pour parvenir aux projets qui représentent les meilleures rencontres d intérêt collectif, le projeteur mandaté par l UE doit partir d une carte de l Europe sans frontières et chercher, en se plaçant au niveau d une fédération européenne, les idées et les projets qui conviendraient le mieux aux intérêts de cette fédération. Il peut fort bien aboutir à certains projets qui, en termes infrastructurels stricto sensu, ne se développent que sur un seul État membre, ou même sur un État hors UE, tout simplement parce qu ils ont des conséquences suffisamment favorables sur l Union. Cette méthode et ses conclusions bousculeront les chancelleries des États membres, toujours tentées de réagir avec pour seule perspective l intérêt, présumé par elles, de leurs États à l intérieur de leurs frontières. Elles ont toujours du mal, sauf dans les petits pays, à comprendre que des intérêts nationaux forts peuvent se trouver dans des infrastructures créées hors des frontières de leurs États, voire de l UE elle-même. Pourtant les textes initiaux de l Europe, de 1984 puis surtout de 1989, avaient expliqué les principes à suivre en termes très généraux mais exacts. C est sans nul doute l influence des chancelleries qui a progressivement fait dévier les pratiques. On leur rappellera utilement que l Europe naissante de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l acier) avait su réaliser la canalisation de la Moselle, type même du projet, qui, coupé en morceaux entre des frontières, ne présentait que peu d intérêt pour chaque État des «Six» de l époque mais était rentable pour leur ensemble. C est ce modèle qu il faut reproduire. Par deux exemples je souhaiterais montrer comment des questions analogues se posent aujourd hui. Ne mobiliser les crédits de l Union que sur ce qui ne peut être financé que par elle GRAND ANGLE 15

18 L EUROPE GRAND ANGLE Un bon projet européen doit d abord être rentable pour la collectivité européenne dans son ensemble L organisation du transport par conteneurs Sachant que les conférences maritimes organisent un maximum de rotations de navires porte-conteneurs dans le sens est-ouest et qu elles recherchent les trajets les plus tendus, donc via Suez et Gibraltar, comment répartir le plus efficacement possible le trafic maritime de conteneurs aboutissant en Europe et partant d Europe? Cela donne un avantage important à Malte et surtout à l Italie qui, depuis plus longtemps dans l Union, s est organisée en créant le hub de Gioia Tauro (en face de Messine) et redistribue progressivement la carte des trafics portuaires européens, maritimes comme ferroviaires, entre Le Havre, Anvers, Rotterdam, Hambourg d une part, Marseille, Gênes, La Spezia, Trieste d autre part. Il est impossible de donner une réponse simple à cette question sans études poussées car les routes terrestres sont en concurrence avec les routes maritimes, ou complémentaires de cellesci, pour un certain nombre de destinations. Les investissements sur les routes terrestres, principalement le tunnel bas du Saint-Gothard (57 km) qui s ouvrira dans quelques années (2017 probablement) au trafic ferroviaire, accentueront encore l avantage de l Italie qui a, de ce fait, dès maintenant, renversé le sens majoritaire des flux terrestres de marchandises. La complexité de la question vient en l occurrence, il faut s en réjouir, d un «cadeau du ciel» à l Europe qui est sur la planète le seul continent où les terres en forme de péninsules et les mers intérieures s interpénètrent de façon aussi prononcée. L optimisation des répartitions de trafics par conteneurs s appliquerait donc à un contexte géographique très favorable. Le tunnel bas du Brenner L Allemagne, concernée de la Bavière à Hambourg, et l Italie, concernée par la Vénétie, le Frioul, le Trentin et une part de la Lombardie, poussent à la réalisation d un tunnel bas sous le col du Brenner (55 km), sorte de symétrique est du Saint-Gothard. Ce projet faisait partie des projets Delors. Sans me prononcer sur la rentabilité de cet investissement pour la collectivité européenne, je constate que la règle non écrite des chancelleries, qui veut que les financements principaux et les risques inhérents soient assurés par chaque État membre pour les travaux qui se situent sur son sol, continue de bloquer et bloquera encore ce projet malgré le pari risqué qui a consisté à engager les travaux le 18 avril 2011 alors que le financement n est pas bouclé. En effet l Autriche, qui n a qu un seul intérêt à l ouvrage, l évitement d un trafic routier nuisible (l obligation pour ce trafic d emprunter le rail n est pas acquis), devrait, selon cette règle, assurer l essentiel du financement. Les seuls autres contributeurs actuels sont l Italie (part à peu près égale à l Autriche) et l UE, cette dernière pour une part assurée de 8 % à dépenser avant Une mutualisation réfléchie en termes industriels De telles questions se posent tous les jours dans les grands groupes industriels internationaux où elles ont un caractère banal : ceux qui payent sont ceux qui trouvent intérêt à un investissement et non ceux chez lesquels on installe ledit investissement. Pour reprendre l exemple du Brenner, à condition que l ouvrage soit rentable, il devrait trouver ses financements majoritaires en Allemagne et en Italie. Mais cette évidence n a pas cours actuellement et les travaux ont donc commencé sans que l Allemagne ait déboursé un centime pour cette réalisation dont elle sera, avec l Italie, la principale bénéficiaire. Par comparaison, nos ancêtres à la fin du XIX e siècle faisaient mieux puisque les Suisses ont obtenu pour le premier Saint- Gothard ferroviaire, entièrement chez eux, des financements très importants de l Italie et de l Allemagne (24% et 11% du total). L UE devrait donc se dégager des règles pratiquées actuellement, revenir aux règles é- crites et, pour ce faire, suivre le modèle d une holding industrielle avec ses différentes sociétés : planification «fédérale» de ses axes principaux et de ses terminaux principaux, règles communes (ou du moins convergentes) de tarification (ce qui se fait), financements collégiaux sur la base de ce que chacun retire, en termes de bilan actualisé (au taux de rentabilité de chaque projet), financements par l UE réservés à ce que les principaux membres intéressés socioéconomiquement ne peuvent pas apporter (c està-dire l intérêt du reste de l Union). En somme, un bon projet européen doit d abord être rentable pour la collectivité européenne dans son ensemble. Pour autant, il peut se développer sur un seul État (cas du hub de Malte ci-dessus). Il n est même pas obligatoire, comme on l aura compris, que ce projet 16

19 Le cas des villes Les infrastructures intéressantes pour l Europe peuvent être ponctuelles et concerner des villes, non forcément des liaisons. Ce cas apparaîtra de plus en plus car c est dans les grandes concentrations d habitants et d activités que se situent par nature les meilleures rentabilités (et les meilleures performances en développement social et environnemental). se développe sur le sol de l Union. Ainsi la Suisse, non-membre de l Union, est le lieu de plusieurs bons projets européens, à cause de sa situation centrale et de la difficulté du franchissement des Alpes en ligne droite entre des pôles économiques européens particulièrement forts (Lombardie, Émilie-Romagne d une part, Bâle, vallée du Rhin, Randstad et Rotterdam d autre part). On peut du reste remarquer à ce propos que les discussions «bilatérales» entre Commission européenne et Confédération helvétique à propos de la traversée de la Suisse par les NLFA (nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes) ont été très semblables à celles de deux grandes sociétés industrielles recherchant une solution commune présentant pour chacune des intérêts différents mais positifs dans les deux cas. La Commission aurait dû tenir ce rôle avec l Autriche pour le Brenner. Mais alors que la Suisse pouvait, dans la négociation des NLFA, se montrer inventive et n était tenue que par les règles européennes qu elle s était imposées elle-même, l Autriche, État membre, avait paradoxalement moins de liberté. En entrant dans l Europe elle avait de jure accepté des éléments communautaires que la Suisse a négociés (obligation pour le trafic routier traversant d emprunter le mode ferroviaire et péage entre Bâle et Chiasso notamment). Tout en concernant physiquement certains États membres, il se peut qu un projet n ait que peu de retombées pour l un d entre eux (hors période de travaux). Le projet de tunnel sous le Brenner en est un exemple. Dans le même sens, un projet intéressant pour la collectivité européenne peut poser des questions politiques difficiles à un État membre, favorisant par exemple une région de cet État mais en défavorisant une autre. Ainsi, envisager le renforcement de la liaison «lotharingienne» entre Marseille et l Italie d une part et Anvers d autre part, en constatant le rôle de premier port de France que joue dès à présent Anvers, délivrerait l Île-de-France d un contournement ferroviaire très difficile vers Le Havre aux heures de pointe du matin mais irriterait fortement les Normands. Un œil neuf délivré des considérations nationales Les États membres et leurs diplomaties doivent donc apprendre à discerner des intérêts nationaux en dehors de leurs frontières nationales et à agir, avec l aide de la Commission, comme des sociétés industrielles cherchant à maximiser leurs profits dans l Union entière, en apportant des moyens et en prenant des participations à des projets intéressants pour l Europe entière mais que les pays supports, seuls, mettraient trop de temps à réaliser. En sens inverse, les projets non rentables seraient impitoyablement écartés : ils endetteraient sans justification les générations à venir. Leur caractère transfrontalier ne doit pas faire illusion. Pour parvenir à de bons projets d infrastructures européennes, il faut donc regarder la carte de l Europe avec un œil neuf, délivré des considérations nationales. Cela ne peut être le fait que d un groupe d experts pratiquant la même méthode d analyse des bénéfices des projets et de leurs rentabilités. Quant aux projets rentables, on écartera les réticences des chancelleries et des États concernés en dimensionnant les apports des uns et des autres de telle sorte que la rentabilité collective soit aussi celle de chacun. Il faudra donc admettre que les perdants, s il y en a, reçoivent une compensation financière dimensionnée aussi de cette façon : on obtiendra ainsi de meilleures chances de ne pas les voir s opposer à un projet très rentable pour la collectivité européenne. Des contrats en PPP Le montage financier doit résolument préférer la forme du contrat de partenariat public-privé à cause de deux caractéristiques fondamentales. D une part, cette formule contraint les parties contractantes à prendre en compte non seulement les coûts d investissement mais aussi, sur longue durée, les prévisions de comptes d exploitation. Les États seuls s abstiennent trop souvent d analyses poussées (puis suivies au cours du temps). Ils auront en outre de moins en moins de compétences propres pour ce faire. D autre part, la recherche des actionnaires et des prêteurs est fortement dynamisée et la mise en compétition de quelques schémas proposés pousse à l inventivité. Les perdants doivent recevoir une compensation financière GRAND ANGLE 17

20 L EUROPE GRAND ANGLE PAR DANIEL ARGENSON (78) ingénieur général de 1 re classe de l'armement, conseiller armement auprès des représentations de la France à l'ue et à l'otan Préserver la paix et renforcer la sécurité L élaboration d une stratégie européenne de défense ne peut se faire qu au prix d une rupture avec les habitudes, à l instar de la monnaie unique. Il faut que les États, qui sont bien plus que de simples clients, et les industriels, qui sont bien plus que de simples fournisseurs, établissent à l échelle européenne les conditions d un partenariat durable faisant l objet d un minimum d engagements réciproques. internationales. Sa capacité et celle des États membres à agir en autonomie exigent le maintien et le développement de compétences industrielles. La situation financière impose un recours accru à la coopération, et les organismes internationaux montent en puissance pour offrir le cadre nécessaire. Les marchés à l exportation constituent enfin un enjeu majeur pour l industrie d armement, qui poursuit sa mutation et sa consolidation pour se regrouper en pôles d excellence cohérents et compétitifs. L exportation représente un enjeu majeur pour l industrie d armement À défaut de fixer une ambition politique concernant l Europe de la défense, le Conseil européen de décembre 2013 a fixé une feuille de route visant à prendre des mesures appropriées à la défense de l Europe, sur le plan opérationnel, dans le domaine du développement des capacités militaires, et sur l industrie de défense. Maintenir les compétences Conformément au traité, l Union européenne doit en effet pouvoir disposer des moyens nécessaires afin «de préserver la paix, de prévenir les conflits et de renforcer la sécurité internationale» face aux crises et mutations REPéRES La Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), née avec le traité de Maastricht (1993), est l héritière de la Coopération politique européenne (CPE), instaurée par les États membres de la Communauté économique européenne dans les années Les traités d Amsterdam (1999) et de Nice (2003) ont renforcé la PESC et l ont complétée par le développement d une Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Le traité de Lisbonne (2009) dote enfin l Union européenne des organes de fonctionnement nécessaires pour conduire son action. Prescripteurs et clients La Base industrielle et technologique de défense (BITD) répond avant tout à un impératif de souveraineté, ce qui en fait un secteur spécifique. Les prescripteurs et les clients des biens de défense sont exclusivement les États. Ces équipements nécessitent des efforts soutenus et lourds en matière de recherche et développement, pour des séries modestes, et doivent être entretenus pendant plusieurs décennies, malgré les problèmes d obsolescence. L effort financier à consentir, hors de portée des seuls industriels, échappe donc aux notions habituelles de rentabilité et dépend très largement de l investissement public. Les États sont également régulateurs des marchés, dont ils fixent les règles (achats, contrôle des exportations, contrôle des activités stratégiques des entreprises, etc.). L accès des États clients à ces équipements dépend accessoirement du bon vouloir des États producteurs. Les États peuvent enfin être actionnaires. Des politiques nationales à une politique européenne L implication des États est très variable selon leurs ambitions. Les États-Unis ont une autonomie totale, reposant sur une industrie nationale couvrant avec certaines redondances tout le spectre des besoins, et un marché domestique protégé. 18

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