Problèmes et théorèmes dans la géométrie grecque

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Université de antes aster 2 Histoire des Sciences et des Techniques Histoire des mathématiques : les courbes (U1) Les grands problèmes de la géométrie grecque et l invention des courbes ours de Évelyne arbin Problèmes et théorèmes dans la géométrie grecque La distinction entre problème et théorème existe dans la géométrie grecque, avec un troisième terme qui est le porisme. Voici la classification donnée par Pappus d'lexandrie au III e siècle (de notre ère) : Les nciens [..] ont dit que le théorème est une proposition faite en vue d'une démonstration de ce qui est proposé ; que le problème est une proposition faite en vue d'une construction de ce qui est proposé, et que le porisme est une proposition faite en vue de l'acquisition de ce qui est proposé. 1 n grec, proballein signifie ce que l'on a devant soi, un obstacle, une question, theôrêma signifie ce que l'on peut contempler et theôros est le spectateur ou le consultant d'un oracle. Selon Pappus, le théorème est donc un énoncé qui réclame une démonstration, alors que le problème st un énoncé qui demande une construction. e qui est désigné par «porisme n est pas très clair, d autant que les livres sur les porismes écrits par les Grecs ne nous sont pas parvenus. Plusieurs mathématiciens ont essayé de reconstituer ce que pouvaient être les porismes, par exemple Fermat au XVII e siècle et hasles au XIX e siècle. On retrouve aussi la classification entre problèmes et théorèmes chez Proclus de Lycie au V e siècle 2. Problèmes de constructions à la règle et au compas Les géomètres grecs recherchent des constructions géométriques par intersections de droites et de cercles ou, si l on veut, des constructions à la règle et au compas. Pourquoi la règle et le compas? Selon Proclus, la figure du cercle est la figure la plus parfaite : 1 Pappus d lexandrie, La collection mathématique, trad. Ver ecke, Paris, lanchard, tome II, p. 486.

2 Le cercle est la première, la plus simple et la plus parfaite des figures [...]. Il possède sa supériorité sur les figures établies dans le plan par sa similitude, son identité, et correspond au fini, à l'unité et, en général, à un meilleur arrangement. 3 Les deux premières demandes du Livre I d uclide affirment la possibilité de mener une ligne droite d un point à un autre, et la possibilité de mener un cercle de centre et de rayon donnés. Les propositions qui concernent des problèmes de constructions à la règle et au compas sont nombreuses dans les Éléments d'uclide. lles se mêlent aux autres propositions qui sont des théorèmes. n effet, d une part, une proposition portant sur une figure n est énoncée que si la figure en question a été construite à la règle et au compas, et d autre part, toute construction est justifiée par déduction des propositions qui la précèdent. L une des constructions les plus importantes d uclide est celle du pentagone régulier au Livre IV. Les problèmes de quadrature pour les figures rectilignes sont résolus dans le Livre II d uclide, pour lesquelles il est démontré que l on peut construire à la règle et au compas un carré de même aire. e résultat s obtient par une succession de constructions, dont l une des premières est la quadrature d un rectangle de côtés et. Pour cela, on aligne et, on mène un cercle de diamètre (dont le milieu est constructible à la règle et au compas) et on mène une perpendiculaire à. lors, l aire du carré de côté est égale à l aire du rectangle de côtés et. ette relation géométrique caractérise les points d un cercle de diamètre et, pour cette raison, elle est appelée symptôme du cercle. ertains problèmes de construction qui ont intéressé les géomètres grecs ne sont pas résolubles à la règle et au compas, ce qui a été démontré au XIX e siècle. ais les géomètres grecs ont inventé des courbes moins simples que le cercle pour obtenir les constructions. insi, le problème de la duplication du cube (construire à la règle et au compas le côté d un cube ayant un volume double d un cube donné) a été probablement à l origine de l invention des coniques. La quadrature du cercle a été résolue avec la quadratrice d'hippias, et aussi avec 2 Proclus, ommentaires sur le premier Livre des Éléments d uclide, trad. Ver ecke, esclée de rouwer, ruges, p. 69. 3 Proclus, op.cit., p.131.

3 la spirale d'rchimède. La trisection de l'angle (construire deux droites qui intersectent un angle donné en trois angles égaux) a été construite avec la conchoïde de icomède. La duplication du cube et les coniques u V e siècle avant J.-., Hippocrate de hios montre que le problème de la duplication du cube équivaut à construire deux moyennes proportionnelles entre une droite (finie) donnée et son double. Étant donnés deux segments, a et b, il faut construire deux autres segments x et y tels que a : x :: x : y :: y : 2a. a x y 2a énechme, au IV e siècle avant J.-., résout ce problème par intersection d'une parabole et d'une hyperbole. énechme introduit les coniques comme intersection de divers cônes droits par un même type de section, à savoir par un plan perpendiculaire à une génératrice du cône : cône droit obtusangle cône droit rectangle cône droit aigu Tandis que pollonius au III e siècle avant J.-. définit les coniques à partir d un même cône, mais par divers types de sections : hyperbole parabole ellipse Les coniques d'pollonius L étude des coniques fait l objet de l ouvrage d pollonius au III e siècle avant J.-., intitulé Les coniques. La parabole est obtenue en intersectant un cône de sommet par un premier plan passant par et par un diamètre Γ de la base circulaire du cône, puis par un second plan parallèle à Γ et passant par HΔ perpendiculaire à Γ. L intersection de ce plan avec le

4 cône est définie comme une parabole 4. Soit Z le point de la parabole qui est sur, pollonius appelle côté droit de la parabole un segment ZQ tel que ZQ : Z :: aire carré Γ : aire rectangle (, Γ) et ZH le diamètre de la parabole. Soit K un point de la parabole et soit KΛ parallèle à HΔ, alors on a : aire carré KΛ = aire rectangle (ZQ, ZΛ) ette relation, caractéristique des points de la parabole, est appelée symptôme de la parabole. Z # K! H " La démonstration de cette relation résulte de trois arguments. Le premier consiste à remarquer que, puisque est parallèle à Γ, alors, et K sont sur un même cercle. Le deuxième est l utilisation du symptôme du cercle : aire carré KΛ = aire rectangle (Λ, Λ) Le troisième utilise le théorème de Thalès et la similitude : Γ : Γ :: Λ : ZΛ et Γ : :: Λ : Z :: Λ : Z. pollonius donne et justifie les symptômes des trois coniques. es symptômes indiquent une égalité, un dépassement ou une diminution par rapport au carré, et ils donnent leurs noms aux différentes coniques. n effet, paraballein (à côté) signifie comparer et donne parabole (ce qui est comparable), hyperballein (au-dessus) signifie dépasser et donne hyperbole (ce qui est excessif), elleipsis signifie négliger et donne ellipse (ce qui manque). La construction de deux moyennes proportionnelles par parabole et par cissoïde Le livre II des ommentaires d'utocius d'psalon sur le traité de la sphère et du cylindre du V e siècle contient un commentaire du traité e la sphère et du cylindre d'rchimède 5. Le problème d'rchimède considéré est de construire un cylindre valant une fois et demie un cône ou un cylindre donné. Il est ramené au problème général de la construction de deux 4 pollonius, Les coniques, trad. Ver ecke, lanchard, Paris, 1959, pp. 21-24. 5 Le texte d utocius se trouve dans rchimède, Œuvres complètes, trad. Ver ecke, tome II, Vaillant-armanne, Liège, 1960, pp. 555-696.

5 moyennes proportionnelles à deux droites (finies) données a et b, c est-à-dire de construire deux droites x et y telles que : a : x :: x : y :: y : b. utocius présente les mécanismes introduits pour résoudre ce problème, ceux de Platon, d Héron d'lexandrie, de Pappus d'lexandrie, d'ératosthène et de icomède. Il indique aussi la solution par intersection de deux paraboles. Z! "! " Le raisonnement procède par analyse. n effet, les géomètres grecs distinguent deux voies de déduction pour la démonstration, l analyse qui va de ce que l on veut démontrer à ce que l on a déjà démontré, et la synthèse qui, au contraire, va de ce que l on a démontré à ce que l on cherche à démontrer 6. Ici, on se donne deux segments et Γ, et on cherche à construire deux segments et Δ tels que : : :: : Δ :: Δ : Γ. après la proposition 16 du livre VI d uclide (dans une proportion, le rectangle compris sous les grandeurs moyennes est égal au rectangle sur les deux extrêmes) on a : aire carré = aire rectangle (, Δ) Soit ΔZ le rectangle de côtés et Δ. On a : aire carré ZΔ = aire rectangle (, Δ), donc Z est sur une parabole de diamètre Δ et de côté droit. e même : aire carré Z = aire carré Δ = aire rectangle (, Γ) donc Z est sur une parabole de diamètre et de côté droit Γ. insi, la construction de deux moyennes proportionnelles s obtient par l intersection de deux paraboles. ans le cas particulier, où on prend double de Γ, on obtient la duplication du cube. utocius donne aussi la solution de ioclès de la fin du II e siècle pour construire deux moyennes proportionnelles à partir d une courbe appelée cissoïde (du grec kossis, c est-à-dire le lierre). Étant donné un cercle de diamètres perpendiculaires et, considérons une parallèle à menée à partir d un point Z de l arc, et une droite telle que l arc soit égal à l arc Z. es deux dernières droites se coupent en un point T. Les autres points 6 Voir Pappus, La collection mathématique, tome II, op. cit., p.475.

6 obtenus de la même manière, comme le point S, sont des points de la cissoïde qui va de à. Pour trouver la moyenne proportionnelle entre deux droites O et OK, on construit la cissoïde qui joint à, le prolongement de la droite K coupe la cissoïde en un point T d où l on mène L parallèle à O, alors les moyennes proportionnelles entre O et OK sont proportionnelles à L et L (dans le rapport O : OL) 7. O T S Z K O L T Les problèmes de neusis (inclinaison) et la trisection d un angle Pappus rapporte quatre problèmes de neuseis (inclinaisons), auxquels se serait intéressé pollonius. Le premier consiste à intercaler un segment de longueur donnée, porté par une droite pivotant autour d un point fixe, entre un cercle et une droite donnée (I), le second entre deux cercles donnés (II), le troisième entre un rectangle et le prolongement d un côté du rectangle (III). Le quatrième problème consiste à construire une corde de longueur donnée et passant par un point donné intérieur à un cercle donné (IV). I II III IV 7 rchimède, op. cit., pp. 596-597.

7 Hippocrate de hios aurait résolu ces problèmes au Ve siècle avant J.-, en utilisant une règle marquée. La construction de III s obtient aussi par intersections de coniques. La trisection d un angle peut s obtenir par une neusis, attribuée à rchimède 8. Étant donné un angle à trisecter, construisons un cercle de centre, prolongeons le rayon et intercalons, entre ce prolongement et le cercle, un segment F égal à. lors l angle est le tiers de l angle. n effet, le triangle F est isocèle, donc l angle est égal à l angle F, et l angle F est égal à la somme des angles et F (car la somme des trois angles du triangle F vaut deux angles droits), donc à deux fois l angle. e plus, l angle F est égal à l angle F (car le triangle F est isocèle), donc à deux fois l angle. Par conséquent, l angle, qui est la somme des angles F et, est égal à trois fois l angle F angle donné intercaler F = angle tiers de angle Une autre solution du problème de la trisection par inclinaison et intercalation est rapportée par Pappus 9. Étant donné un angle à trisecter, construisons un rectangle sur de diagonale, puis intercalons entre le prolongement du côté opposé à et un segment égal à deux fois le segment. lors, l angle est le tiers de l angle. n effet, soit O le milieu de, construisons le cercle de diamètre et de centre O, il passe par. L angle est égal à l angle O et l angle O est égal à la somme des angles et O, donc à deux fois l angle. Puisque est égal à O (on a pris égal à deux fois ), le triangle O est isocèle et donc l angle est égal à l angle O, soit deux fois l angle. nfin, l angle est égal à l angle ( est sécante aux parallèles et ), donc à la moitié de l angle ou encore le tiers de l angle. angle donné intercaler = 2 angle tiers de angle La conchoïde de icomède et la trisection de l'angle 8 rchimède, tome II, op.cit., pp.532-533.

8 La conchoïde est introduite par icomède au II e siècle avant J.-.. On se donne trois objets : un point, une droite et un segment. Pour chaque point de prolongeons jusqu au point tel que égale. La courbe qui joint les points est une conchoïde (c est-à-dire en forme de coquillage). Pour trisecter un angle, construisons point par point la conchoïde pour le point, une perpendiculaire à et un segment égal à deux, puis menons parallèle à et la droite ( égale à deux ), alors l'angle est le tiers de l'angle. La démonstration est analogue à celle pour l intercalation de Pappus. Le mécanisme de icomède pour construire une conchoïde est exposé par utocius d scalon dans ses ommentaires sur le traité de la sphère et du cylindre 10. La réglette Z coulisse sur deux réglettes perpendiculaires de sorte que K a une longueur constante. 9 Pappus, tome I, op. cit., pp. 210-211. 10 rchimède, tome II, op. cit., pp. 615-616.

9 utocius montre que la conchoïde permet aussi de construire deux moyennes proportionnelles à deux droites (finies) données, et donc qu elle permet de dupliquer un cube 11. La quadratrice d'hippias La quadratrice d'hippias date du V e siècle avant J.-.. onsidérons ΓΔ un carré et deux mouvements uniformes (vitesse constante) concomitants (ils commencent et se terminent ensemble) : descend parallèlement à ΓΔ et Γ tourne autour de Γ. lors, les intersections H de descendue et Γ tournée sont les points de la quadratrice. Par construction, si HK est parallèle à Γ nous avons la propriété fondamentale : HK : Γ :: arc Δ : arc Δ Soit Θ le prolongement de la quadratrice jusqu à ΓΔ, cette propriété permet de démontrer 12 que Γ : ΓΘ :: arc Δ : Γ. 11 rchimède, tome II, op. cit., pp. 618-620. 12 Pappus, op. cit. pp. 192-196.

10 Par conséquent le segment S construit (à la règle et au compas) de sorte que Γ : ΓΘ :: S : Γ est égal à l arc Δ, et donc le quadruple de S est égal à la circonférence du cercle entier. La quadratrice permet de trisecter un angle 13. n effet, soit ΛΘ un angle à trisecter, considérons la quadratrice KΓ qui coupe Λ en. onstruisons (à la règle et au compas) Z égal au tiers de. La parallèle à Θ menée de Z rencontre la quadratrice en Δ. lors ΔH, parallèle à K, est le tiers de et l'angle Θ est le tiers de l'angle ΛΘ. n effet, d après la propriété fondamentale de la quadratrice : : K :: arc ΛΘ : arc KΘ et ΔH : K :: arc ΜΘ : arc KΘ donc : : ΔH :: arc ΛΘ : arc ΜΘ :: angle ΛΒΘ: angle ΜΒΘ. n conclusion, les fameux problèmes de construction de la géométrie grecque n ont pas pu être construits à la règle et au compas, mais ils ont cependant été au départ de l invention de courbes. ous verrons dans le prochain cours un autre exemple, avec la spirale d rchimède. 13 Pappus, op. cit., pp.222-223.