LES ROMA DE BRUXELLES
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- Rodolphe Delorme
- il y a 10 ans
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2 Remerciements à la cellule Gens de voyage et Roma du Centre Régional d Intégration Foyer Bruxelles asbl E.R.: Loredana Marchi, Foyer asbl Rue des Ateliers 25, 1080 Bruxelles
3 Les Roma de Bruxelles La situation à Bruxelles des Roma venant de l Europe de l Est. Leur vie, Foyer, réd. une publication du Centre Régional d Intégration Foyer Bruxelles asbl
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5 TABLE DE MATIÈRES Préface... 9 Explications concernant l enquête Introduction: histoire, situation dans le pays de provenance, migration et nombres Chapitre 1. Situation de séjour, répartition, provenance et nombres à Bruxelles Introduction 2. Les Roma venant de la Roumanie 3. Les Roma roumains dans la région de Bruxelles-capitale 4. Les Roma de l ex-yougoslavie a. Les Roma venant de Bosnie, Kosovo et Serbie-Montenegro b. Les Roma venant de la Macédoine 5. Les Roma venant de la Bulgarie 6. Les Roma venant de Slovaquie 7. Les Roma d autres nationalités 8. Nombre total des Roma dans la région de Bruxelles-capitale Chapitre 2. Enseignement La situation de l enseignement des Roma en Europe de l Est 2. Analyse socioculturelle, relevante pour la situation en Belgique 3. Cadre légal en Belgique 4. Scolarisation des minorités ethnoculturelles 5. Méthode de recherche 6. Carrière scolaire des Roma 7. Les Roma dans l enseignement à Bruxelles 8. L école : pas une option évidente pour les Roma 9. Solutions appliquées 10. Autres acteurs 11. Recommandations 5
6 Chapitre 3. Santé La situation de santé des Roma en Europe de l Est 2. L aide médicale urgente pour les personnes sans papiers 3. La situation de santé des minorités ethnoculturelles 4. La méthode de recherche 5. La situation de santé des Roma à Bruxelles 6. La prévention 7. Les médicaments 8. L appel fait aux services médicaux de Bruxelles 9. Les obstacles dans l assistance médicale 10. Recommandations Chapitre 4. Logement La situation du logement des Roma en Europe de l Est 2. La situation du logement des Roma dans la région de Bruxelles-capitale 3. Recommandations Chapitre 5. Emploi et formation La situation de l emploi des Roma en Europe de l Est 2. L importance de l emploi pour les Roma et leur situation concrète 3. Les Roma sur le marché de l emploi 4. La formation 5. Recommandations Chapitre 6. Les Roma et l aide sociale Les services d aide sociale 2. Les difficultés dans les relations entre Roma et l aide sociale 3. Recommandations 4. Cas : la mendicité des enfants 6
7 Chapitre 7. Les Roma et la culture : quelques remarques Un certain succès du Pentecôtisme 2. Le problème de s organiser 3. L honneur 4. Les bébés et les enfants au centre de la vie familiale Notes Annexes, dont annexe 3 : bibliographie
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9 PRÉFACE PRÉFACE Cette analyse porte sur les Roma qui sont des réfugiés immigrés de l Europe de l Est qui veulent s établir chez nous. Ils espèrent pouvoir clôturer une longue histoire de marginalisation et de discrimination. Mais cela ne paraît pas évident. Les Roma à Bruxelles se trouvent dans une situation de séjour précaire et sont condamnés à vivre dans la pauvreté. Quand leur statut de séjour est en ordre, la plupart des Roma sont confrontés à d autres problèmes : rechercher un logement décent, un travail adapté, etc. Des facteurs culturels jouent un rôle et font que l intégration dans la société belge ne va pas de soi. Les Roma que nous observons à Bruxelles, sont pour la plupart originaires de la Roumanie, de l ex-yougoslavie et de la Bulgarie. On estime que leur nombre s élève à 5500 à 7000 personnes dans la région de Bruxelles Capitale. Depuis longtemps, ils vivent de façon sédentaire et se distinguent des tziganes Roms nomades qui vivent dans des roulottes et qui ont tous la nationalité belge, française ou d un autre pays de l Europe de l Ouest. La population Roma a beaucoup de caractéristiques communes, mais il s agit en même temps d une population diverse avec une manière de vivre, une culture et un passé socio-économique différents selon le pays et la région d origine, l histoire, le clan, etc. A cause de leur situation de séjour instable, les personnes et les groupes changent beaucoup avec le temps, en fonction de la saison, du climat politique, des possibilités européennes d obtenir un statut de séjour etc. C est pourquoi dans la présente analyse du milieu nous parlerons surtout des Roma qui sont venus en Belgique depuis les années 90. La situation d un grand groupe de Roma macédoines, par exemple, qui séjournent souvent déjà depuis un certain temps à Bruxelles et qui ont un statut de séjour et sont en général bien intégrés, n y correspond pas. Par conséquent, l étude ne concerne pas ce groupe. Le centre régional d intégration Foyer Bruxelles asbl a estimé qu il est important de faire une analyse la plus complète possible de la situation des Roma. La cellule Gens de voyage et Roma du Foyer a en grande partie rédigé ce document qui se veut être le point de départ d un travail à poursuivre. En plus, il essaie de présenter une image plus positive des Roma qui vivent parmi nous. Nous ne prétendons pas que cette analyse soit complète et exhaustive. Avec les 9
10 années, les idées s affineront et les relations pourront être corrigées. Tous les services et personnes qui rencontrent des Roma dans leur travail ou vie privée, sont invités à nous transmettre leurs suggestions, à échanger et collaborer avec nous si possible. Des réactions sont donc plus que bienvenues! Bruxelles, septembre 2004, CRI Foyer asbl 10
11 EXPLICATIONS EXPLICATIONS CONCERNANT L ENQUÊTE Dans le cadre de cette analyse du milieu, une enquête a été menée à partir de janvier 2004 jusqu à mi-mai En premier lieu, la situation d une dizaine de familles a été examinée. Certaines familles ont été suivies pendant un certain temps par le service Roma, Roms et Gens de voyage du Centre régional d intégration Foyer asbl (Foyer) pour l aide administrative et sociale. Finalement, une interview semi-structurée a été faite avec toutes les familles sur les différents thèmes traités dans l analyse. Nous avons opté pour 7 familles roumaines, 2 de l ex- Yougoslavie, 1 bulgare, ce qui reflète plus ou moins les proportions des différentes nationalités dans la région de Bruxelles Capitale. Le groupe examiné présente aussi une variation selon le statut de séjour, la durée du séjour et la répartition à Bruxelles. De plus, il y a eu des contacts, entretiens et des interviews structurées avec toute une série de services et d organisations à Bruxelles qui sont en contact avec des Roma. Les collaborateurs ont parlé de leurs expériences et ont renvoyés à d autres contacts pertinents. Dans les chapitres sur l enseignement, la santé et le logement, les contacts spécifiques à ces sujets sont expliqués. Ensuite, d autres contacts avec des Roma et avec des personnes étroitement impliquées dans le milieu Roma complètent l image. Koen Geurts du service Gens du voyage et Roma du Foyer a effectué le travail de recherche et la plus grande partie de la rédaction. Un grand merci à tous ceux qui ont collaboré : tout d abord les familles Roma impliquées dans l enquête, les CPAS de Bruxelles Béguinage, Bruxelles St. Roche, Bruxelles Blaes, Schaerbeek et Molenbeek, les brigades de la jeunesse de Bruxelles-Ouest et Bruxelles-Ixelles, les 11 écoles de Schaerbeek, Molenbeek, Bruxelles, Forest, St. Gilles et Anderlecht, les différents collaborateurs du CAW Archipel Welkom, de Kind&Gezin et du bureau de consultation de Foyer, l O.N.E., la Maison médicale 35, Marolles, Quart Monde et Médecins sans frontières, la maison de quartier Bonnevie, ATD Quart Monde, Solidarité Socialiste, le service social de l hôpital St. Pierre, la maison culturelle roumaine Arthis et les membres de groupe de femmes Roma, le CGVS Cedoca, départements Europe de l Est et Balkan, Fedasil service dispatching la commission de régularisation, la direction statistique de la 11
12 DE ROMA VAN BRUSSEL région Bruxelles Capitale, le Petit-Château, le Comité d Union du Peuple Rom, la plate-forme des organisations des droits de l enfant Code, Pagasa, le Regionaal Overleg Roma Aangelegenheden, Nasci, plusieurs collaborateurs du service juridique et d autres services du Foyer, ERIO, Sireas, les communes qui ont mis à disposition des chiffres du registre de la population, Kim Janssens (Schoolopbouwwerk VGC), Ann Huybrechs (Ondersteuningstems allochtone jeugdbijstand Antwerpen), Léon Tambour, Wolf Bruggen, Toon Machiels et tous les membres du groupe des collègues Woonwagenwerk, Annuska Bento du service Gens du voyage et Roma du Foyer, Johan Leman, président du Foyer, Christian Paris, Muriel Renaut, Sabine Roblet et toute personne contactée pour un entretien téléphonique. 12
13 INTRODUCTION INTRODUCTION Le ICMPD-Report, Current Roma Migration from the EU Candidate States (février 2001) estime que le nombre de Roma vivant en Europe est de 7 à 9 millions, dont 6 millions en Europe Centrale et en Europe de l Est. Dans un rapport du Minority Rights Group International de 95/4, Roma/Gypsies : a European Minority (p. 38), le nombre pour la Belgique est estimé entre 10 et Le VMC pense qu il est de l ordre de Roma en 2003 pour Bruxelles et la Flandre, dont vivant dans la région de Bruxelles. Dans notre étude, nous voulons proposer ce qui est connu jusqu ici et ce que nous pouvons communiquer après une recherche de six mois au sujet de ces nouveaux habitants de Bruxelles, communément nommés Roma dans la littérature scientifique. 13
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15 SITUATION DE SEJOUR CHAPITRE 1. SITUATION DE SÉJOUR, RÉPARTITION, PROVENANCE ET NOMBRES À BRUXELLES 1. Introduction Le problème de fond pour les Roma cherchant à être reconnus comme demandeurs d asile, est qu ils ne correspondent pas aux exigences de la Convention de Genève, selon les autorités belges, sauf s ils viennent de régions en guerre comme, il y a quelques années, l ex-yougoslavie et le Kosovo. Une grande partie des Roma ne disposent donc pas de documents légaux. Ce qui reste à certains, c est de faire une demande de régularisation sur base de l art. 9 3, les critères humanitaires. Les Roma ayant un statut légal l ont obtenu, la plupart du temps, durant la campagne de régularisation de janvier Ce qui caractérise le séjour de la plupart des Roma à Bruxelles, c est la précarité. 2. Les Roma venant de la Roumanie De loin la communauté la plus nombreuse parmi les Roma est celle venant de la Roumanie. Les gens viennent par des réseaux informels d amis, de famille, d agences de voyage Beaucoup vendent leur maison avant de partir. Beaucoup aussi ont déjà séjourné dans un autre pays, comme la Suisse, la France, l Allemagne. Dû à la mendicité de plusieurs parmi eux, la répression envers les Roma roumains a augmenté. L art. 9 3 est le seul espoir pour la plupart de ces gens. Les Roma roumains essaient de justifier leur séjour en Belgique en référant à des problèmes avec la police ou avec l extrême droite en Roumanie. Les vrais problèmes de discrimination ne sont pas posés. Des Roma roumains reconnus comme réfugiés politiques sont rares. Entre 1999 et 2003 cela n a été le cas que de sept Roumains, dont la plupart sont des Roma. S il y a régularisation, d habitude c est dû ou à la campagne de régularisation ou à une maladie sérieuse et un séjour très long. Les Roma essaient cette régularisation deux - trois fois. Cette pratique est inspirée par l espoir et parce qu cela leur donne une apparence de légalité. Plusieurs ont encore une demande en cours auprès du Conseil d Etat. Certains vivent ici depuis 6 à 8 ans, d autres sont à peine arrivés. On 15
16 veut prouver à tout prix qu on veut rester en Belgique, p.ex. en suivant des cours de langues, ou en appelant leur nouveaux nés Belgiana ou Belgicano. L extrême précarité est à la base d une mobilité extrême. 3. Les Roma roumains dans la région de Bruxelles-capitale Au moins la moitié des Roma roumains qui vivent en Belgique habitent à Bruxelles. La région de provenance en Roumanie explique aussi qui habite en quelle ville en Belgique. A Bruxelles, il s agit de Roma venant de la région (moins pauvre) de Arad et Timisoara, et la région (plus pauvre) autour de Boucarest. Très souvent la famille est éparpillée dans plusieurs pays de l Europe. Le pentecôtisme est très populaire parmi les Roma roumains à Bruxelles. Selon certains, trois quarts des Roma roumains à Bruxelles fréquentent des églises pentecôtistes. Il y en a trois : à la rue de l Instruction à Anderlecht, à la rue du Canal près de Yser, et à la rue des Commerçants. Il y a aussi des Témoins de Jéhovah et des orthodoxes. Nombre de familles Quelques estimations : Les plus grandes concentrations de Roma roumains se situent, en ordre d importance, à Schaerbeek, Molenbeek, Bruxelles ville, et Anderlecht. En nombre de familles (estimations avec l aide de témoins privilégiés pentecôtistes) Par famille, on peut compter jusqu à 5 à 6 membres. Minimum Maximum Ouest Roemanie: Région d'arad (Sintana: ) Timisoara Région de Cluj Sud Roumanie: Région de Boucarest Buzau Giurgiu Autres régions: Bacau (Nord-est) Craiova (Sud) Total: Cela voudrait dire qu il y a entre et Roma roumains dans la région de Bruxelles-capitale. Deux autres témoins privilégiés nous parlent de 3000 à 4000 Roma roumains. Cependant, il faut tenir compte de l énorme mobilité. 16
17 SITUATION DE SEJOUR 4. Les Roma de l ex-yougoslavie Pour ces communautés-ci, il est typique qu ils ont pu jouir plus facilement du statut de réfugiés et qu ils ont pu participer à la campagne de régularisation de a. Les Roma venant de Bosnie, Kosovo et Serbie-Montenegro Plusieurs Roma bosniaques ont trouvé leur chemin à Bruxelles, surtout les jeunes qui ont trouvé du travail ou qui jouissent d un statut. Il s agit d une toute petite communauté à Bruxelles. Ils sont tous musulmans, à la façon bosniaque, c.- à.-d. très flexibles. On estime à une centaine de familles les familles Roma de l ex-yougoslavie (sans Macédoine) à Bruxelles. Mais, les familles bosniaques peuvent compter jusqu à huit personnes. On estime le nombre des Roma de l ex-yougoslavie (sans Macédoine) à b. Les Roma venant de la Macédoine Ces Roma-ci sont déjà arrivés à Bruxelles dans les années 60. Il s agit d un groupe plutôt spécifique. Plusieurs ont la double nationalité. Ils ont un emploi. Les Roma macédoniens ont reçu une grande influence turque ottomane. Ils parlent un autre dialecte que le Romanes et se sentent supérieurs aux autres Roma. On estime leur nombre autour de 150 à 170 familles à Bruxelles, avec une moyenne de 5 personnes, ce qui nous mène à 750 à 850 personnes. 5. Les Roma venant de la Bulgarie Il s agit d une migration plutôt récente. Beaucoup parmi eux déclarent avoir une origine turque. Ils ont très rarement un statut régulier. Les Roma bulgares fréquentent les milieux bulgaro-turcs (et macédoniens). A Bruxelles la plupart habitent près du quartier Nord (jusqu à Laeken) et, un petit nombre dans les quartiers turcs de Schaerbeek. Il y a bien sûr encore d autres familles ailleurs. On estime qu il y a 50 familles à Schaerbeek et une quinzaine à Anderlecht,ce qui nous mène à 65 familles Roma bulgares à Bruxelles. Nous estimons leur nombre à personnes. 17
18 6. Les Roma venant de la Slovaquie Les Roma slovaques ont commencé à demander l asile en Belgique en 1993, avec une pointe de 1392 demandes en La plupart vient de villes comme Kosice et Presov. A Bruxelles on ne trouve les Roma slovaques que dans le cadre de l asile, donc au Petit Château et dans les alentours. On estime leur nombre à 124 Roma slovaques pour Bruxelles. Leurs enfants fréquentent souvent l enseignement néerlandophone. 7. Les Roma d autres nationalités Il y a un nombre limité de Roma polonais et tchèques à Bruxelles, et quelques familles isolées venant encore d autres pays. On les estime, en tout, à familles. 8. Nombre total des Roma dans la région de Bruxelles-capitale Nous estimons qu il y a entre 1050 et 1300 familles Roma à Bruxelles, ce qui veut dire 6200 personnes Roma dans la région de Bruxelles (c.-à.-d. entre 5500 et 6900), cfr. une estimation faite il y a quelque temps par le VMC (en 2003). Le VMC estimait à 6500 les Roma à Bruxelles. 18
19 ENSEIGNEMENT CHAPITRE 2. ENSEIGNEMENT 1. La situation de l enseignement des Roma en Europe de l Est Le rapport du PNUD (2002) 1 décrit la situation dramatique de l enseignement des Roma dans 5 pays de l Europe de l Est (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie). Un tiers des enfants Roma terminent l école élémentaire, seuls 6% fréquentent une école secondaire et 1% l enseignement supérieur (voir tableau 1). Un autre rapport (Kpotova A. & Lacko M.) constate qu en Slovaquie, 30 fois plus d enfants Roma abandonnent leurs études que d autres enfants, 14 fois plus répètent une année et 28 fois plus d enfants Roma sont orientés vers des écoles pour enfants ayant un retard scolaire. Beaucoup d autres rapports donnent également des chiffres poignants. Niveaux d'enseignement 100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% Bulg Tchèque Hong Slov Roum enseignement secondaire ou supérieure enseignement secondaire incomplet enseignement élémentaire peuoupas d'enseignement élémentaire" Tableau 1 : Niveau d enseignement des Roma en 5 pays de l Europe de l Est Source : rapport du PNUD sur les Roma, 2002 Le rapport du PNUD sur la situation des Roma indique comme raison principale une spirale vicieuse de pauvreté. Souvent, il est impossible de pourvoir le matériel le plus élémentaire pour fréquenter l école (matériel scolaire, vêtements appropriés, nourriture suffisante, ) et les enfants sont souvent, par nécessité, impliqués dans des activités pour acquérir un revenu. Le manque d enseignement conduit au chômage, ce qui aboutit à une marginalisation encore plus grande à 19
20 travers les générations, comparable à celle de la grande pauvreté. Les parents sont également peu-qualifiés et ne stimulent pas leurs enfants à suivre l enseignement. Mais, outre la pauvreté, la tradition d enseignement orale des Roma joue aussi un rôle important : on n est pas assez familiarisé avec l enseignement par des livres, un élément de la culture gadgé. La moitié des enfants Roma vont à des écoles avec une prépondérance d enfants de la population majoritaire. Plus que 1 enfant Roma sur 3 fréquente une école avec principalement des enfants Roma. Ceci est entre autre dû au fait que les Roma s installent (de manière obligatoire ou non) dans des lieux avec une prépondérance de la population Roma (ghettos Roma). La pauvreté joue aussi un rôle. Après le communisme, le budget pour l enseignement a diminué petit à petit. Ce sont surtout les écoles Roma et les Roma eux-mêmes qui en ont subi les conséquences. Les enfants de parents pauvres recevaient un enseignement pauvre d un niveau plus bas. Lorsque des enfants d une communauté marginalisée forment une majorité à l école, cela engendre automatiquement des mécanismes de sélection négative conduisant à la ghettoïsation de l enseignement et une ultérieure ségrégation. La discrimination qui en découle, catalyse encore la spirale négative. Pourtant, dans l enseignement, l intégration dans la population majoritaire a un effet positif sur le parcours des Roma et elle mérite donc d être stimulée en permanence. Dans les écoles pour handicapés mentaux et dans les orphelinats, le nombre d enfants Roma dépasse le nombre d enfants non-roma dans les 5 pays examinés, sans qu il y ait, dans la plupart des cas, une raison médicale. Selon le rapport du PNUD sur les Roma, 14% des familles enquêtées répondent qu elles ont au moins un enfant dans de telles écoles. La raison principale indiquée est que le programme scolaire y est plus facile. La connaissance de la langue dominante est également faible. Mais pour la plupart, ce sont des éléments liés à la pauvreté qui jouent un rôle (problèmes de santé et malnutrition). L enseignement maternel est le moment critique à partir duquel à l école des limites du processus d apprentissage commencent à apparaître. Si les enfants n apprennent pas suffisamment la langue de la majorité, ils seront pour la plupart envoyés aux écoles spéciales pour Roma. Après le communisme, le budget pour 20
21 ENSEIGNEMENT l enseignement maternel a fortement été limité. Le nombre d enfants à l école maternelle a fortement diminué parce que les familles ne pouvaient plus prendre en charge les frais supplémentaires. En Roumanie, en 1998 seulement 17% des enfants Roma fréquentaient une école maternelle, contre 60% de la population totale. Pourtant, des études mettent en évidence que les enfants Roma qui ont fréquenté l école maternelle, ont beaucoup plus de chances de continuer leur scolarisation dans un milieu intégré que ceux qui entrent à l école plus tard (Reger Z., 1999). En tout cas, plus jeune un enfant Roma entre à l école, plus de chances il a d éviter la spirale de pauvreté, de chômage et de marginalisation. Roumanie Article 5 de la Loi sur l enseignement de 1995 dit que chaque citoyen a droit à un accès égal à tous les niveaux et formes d enseignement, quelles que soient les conditions sociales ou matérielles. En Roumanie, l enseignement est gratuit, de l accueil préscolaire jusqu à l université. Selon la loi, il existe une obligation scolaire pour les enfants à partir de 7 ans jusqu à l âge de 16 ans. Les enfants entre 3 et 6 ans vont à l école maternelle. A partir de 7 ans, les enfants vont à l école élémentaire qui compte 8 années. En dernière année, ils doivent passer des examens. Sur base des résultats de ces examens, ils peuvent choisir entre deux formations de suite: le lycée de quatre années où les jeunes sont préparés aux études supérieures, ou l école secondaire de deux années qui mène à l enseignement professionnel. Depuis une dizaine d années, les autorités publiques ont pris une série d initiatives pour lutter contre la marginalisation et l exclusion socioprofessionnelle des Roma. Une loi de 1993 prévoit une aide sociale pour les enfants (4 US $/mois), à condition qu ils fréquentent l école. Pour les familles Roma qui ont beaucoup d enfants, cette aide représente une partie essentielle de leur revenu. L investissement dans l enseignement reste pourtant faible en comparaison avec la période communiste antérieure. Les minorités ethniques-culturelles ont le droit de suivre des études dans leur langue maternelle, les Roma 2 aussi. Des gens qui voyagent beaucoup, peuvent s inscrire à n importe quel moment et il n y a pas de condition concernant un domicile fixe. Depuis quelques années, un certain nombre de places dans différentes universités sont réservées aux Roma (150 en 1998). 21
22 Malgré l apparent accroissement de l aide publique pour les Roma dans l enseignement, pas mal de problèmes subsistent sur le plan du suivi et de l évaluation de cette aide. Le Comité Discrimination Raciale des NU notait dans son rapport de 1999 que le degré de scolarisation des enfants Roma restait faible et qu il n y avait pas d améliorations quant au taux de chômage élevé des Roma. Selon le Comité, ceci contribuait à une stéréotypisation négative, permanente et inacceptable des Roma en comparaison avec le reste de la société. Une étude a mis en évidence qu en Roumanie seuls 17% des enfants Roma entre 3 et 6 ans allaient à l école maternelle ( 97-98), contre 60% de la population totale ( 96-97). En ce qui concerne les enfants entre 7 et 10 ans, 94% de la population totale fréquentaient l école élémentaire contre 70% des enfants Roma ( 97-98). Ceci s expliquait en partie par la pauvreté. Selon le Romania Integrated Household Survey ( 97) 79% des Roma vivaient en pauvreté contre 31% de la population totale. Bien que cet élément ressortait moins de l enquête des familles Roma, des informants roumains confirmaient que la pauvreté est un obstacle sérieux pour beaucoup de Roma. Certains ne peuvent même pas acheter des vêtements appropriés pour aller à l école. D autres raisons mentionnées étaient le mauvais état de santé et les problèmes de transport à cause des grandes distances entre la campagne et les écoles. On peut dire que le degré d analphabétisme a augmenté après la chute du communisme. Les parents, quant à eux, ont encore suivi l enseignement. On constate aussi des différences régionales. Les Roma vivant en région rurale sont plus souvent analphabètes que les Roma en zone urbaine (Timisoara, Boucarest, ). A la campagne, pendant la saison agricole, les enfants doivent souvent aider les parents à travailler les champs, garder les petits enfants à la maison ou à gagner de l argent. La plupart des Roma enquêtés lors de cette étude, se plaignaient de discrimination et racisme à l école en Roumanie, sous forme de refus d inscription et de vexations, avec souvent des lésions physiques pour conséquences. Bogdan : 3 Depuis qu elles étaient toutes petites, ils ne voulaient pas accueillir mes filles. Ils savaient qu elles étaient malades et en avaient peur. La plupart des Roma a été repoussés. Mon fils a suivi l école jusqu à la quatrième année. Les enfants le traitaient brutalement. Souvent, les enseignants ne s occupent pas de ces problèmes ou du 22
23 ENSEIGNEMENT suivi individuel des enfants. A cause de toutes ces difficultés, on se contente de pouvoir apprendre à lire, écrire et faire les calculs à l école élémentaire, des compétences qui seront bien utiles plus tard pour pouvoir faire du commerce, entre autres. C est pourquoi beaucoup de Roma essaient de cacher leurs origines pour ne pas devenir victimes de discriminations. Elena : Mon père a gardé le secret sur ma vraie origine pendant toute ma jeunesse. De cette façon, j ai évité beaucoup de problèmes. Le fait que nous venions de Hongrie était déjà assez grave. De toutes les femmes enquêtées, celle-ci avait le niveau d enseignement le plus haut : après l école secondaire elle avait encore fait quatre années d études d économie. Ses enfants ne disaient pas non plus qu ils étaient Roma. Ils ont tous pu fréquenter l école normalement. Officiellement, il n y a pas d écoles Roma créées seulement pour les Roma. Pourtant, il existe des écoles pauvres dans les villages et les régions urbaines qui sont surtout fréquentées par des Roma, vu que la majorité de la population y est d origine Roma. Dans d autres écoles, ils sont souvent refusés ou visés de façon à ce qu ils abandonnent et aboutissent donc automatiquement dans les écoles Roma, ce qui confirme la ségrégation. Des études récentes montrent que 5% des Roma n ont pas de certificat de naissance et 4% des enfants âgés de plus de 14 ans n ont pas de carte d identité. Or, comme il est souvent obligatoire de disposer de ces documents pour avoir accès aux services publics, souvent ils n arrivent pas à s inscrire dans une école. On estime également que entre 1200 et 6000 Roma sont devenus apatrides en Roumanie après avoir quitté le pays pour demander asile à l Ouest. Ces personnes n arrivent pas, non plus, à s inscrire dans une école après leur retour. Calin, un des pères, témoignait : Nous demandions les droits au bourgmestre, mais celui-ci refusait de nous parler. Isaac était malade depuis Ils nous détestaient et on nous traitait comme des chiens. Nous recevions des réactions racistes. Aucun des enfants a été accueilli à l école. En Belgique, ils sont allés à l école pour la première fois. Depuis que nous avions été demander nos droits, la police venait régulièrement chez nous. On me cherchait. Ils demandaient pourquoi j étais allé à la maison communale. Je disais que je 23
24 demandais les droits de l homme. On me menaçait de coups et de blessures. On me suspectait. Si il y avait un vol, on signalait que j en étais l auteur. J ai eu peur et j ai quitté le pays. Quand j allais au contrôle médical avec mes enfants, on ne voulait pas me donner de médicaments ou faire des examens. On ne tenait pas compte de nous : ni à l école, ni à la maison communale, ni chez le docteur Je souhaite un meilleur avenir pour mes enfants. En Roumanie, cela n est pas possible sans argent. 2. Analyse socio-culturelle, relevante pour la situation en Belgique Ann Huybrechs de Ondersteuningsteam allochtone jeugdbijstand (équipe de soutien de l aide à la jeunesse allochtone) à Anvers a analysé le comportement collectif ou individuel des minorités ethniques culturelles qui au cours de leur histoire ont développé une forte méfiance vis-à-vis de l aide et de la société dans son ensemble. Ce comportement provient d un engrenage de différentes images du monde et de l homme qui sont chacune à la base d une autre vision de l aide. Pour mieux comprendre l attitude des Roma et organiser l aide d une manière efficiente, il importe d analyser l influence des différentes images du monde et de l homme. Par là, on obtient également des réponses aux questions comme comment motiver des Roma à l enseignement? et comment motiver l enseignement par rapport aux Roma?. Chez les Roma, un facteur important est la logique culturelle du groupe. Celle-ci est orientée sur la survie du groupe, la lutte quotidienne pour satisfaire les besoins de base. Les Roma portent en eux cette lutte depuis des siècles, de façon qu elle est presque devenue une partie de leur identité culturelle. Pour que cette lutte contre le monde extérieur soit fructueuse, chacun a une place bien déterminée au sein du groupe. Pour en accroître l efficacité, des ordres sont transmis selon une logique hiérarchique du haut vers le bas. On s adapte aux décisions prises par les personnes plus âgées qui marquent les limites du propre comportement. Cette logique de survie a un impact sur différents domaines. Tandis que nous nous basons sur l idée que les parents doivent être disponibles pour les enfants,de la même façon, pour les Roma vaut que les enfants doivent être disponibles pour les parents (aider à gagner de l argent, donner un statut au clan, ). 24
25 ENSEIGNEMENT Dans cette logique, l accent n est pas mis sur la responsabilité individuelle. Des problèmes arrivent et les Roma ne voient pas toujours dans quelle mesure ils y contribuent. Par conséquent, ils attendent de l intervenant qu il produise des changements dans leur situation par l extérieur (motivation externe). Les intervenants gagneront plus facilement leur confiance s ils arrivent à évaluer correctement les besoins et les intérêts qu ils ressentent. Pour aboutir, il peut être important que l aide offerte soit traduite vers la culture du groupe de façon à ce que les personnes concernées en comprennent elles-mêmes les intérêts. Les risques d un comportement non-coopératif et les avantages d une collaboration doivent être rendus visibles sans prendre soi-même position. Ann Huybrechs souligne l importance d une greffe : rechercher les intérêts au sein du groupe cible pour y accrocher les buts du travailleur social en - donnant des arguments qui correspondent aux vrais arguments (de survie) pour eux - rendant l offre (p.ex. offre de l école) intéressante pour les enfants et les parents - mettant la famille dans une position de demande par une stratégie d offre défiante toute critique, en définissant en concertation avec toutes les personnes concernées le rôle et la position de chacun. Au cours du dernier siècle, en Europe de l Ouest et de l Est, des évolutions socio-politiques telles que l émancipation et l avancement social ont également joué un rôle très important. Quand au début du 20 ème siècle, la logique du groupe ne suffisait plus pour survivre face au patronat, en Europe de l Ouest, progressivement, des changements sociaux ont été forcés à partir de la base, tels les droits individuels (évolution). Des syndicats, un cadre juridique, la sécurité sociale, un réseau d aide etc. ont été créés. Finalement, en tant qu individu, on arrivait à survivre matériellement, indépendamment de la grande famille. Ainsi, on était obligé de développer une propre opinion, de faire ses propres choix et de créer une propre perspective pour le futur, ce qui agrandissait le sentiment de responsabilité individuelle. Cette évolution devint partie de la culture et notre aide fut aussi imprégnée de cette logique axée sur la personne. On suppose que des personnes ne peuvent être aidées que si elles sont prêtes (motivation interne) à comprendre quelle part 25
26 elles ont dans leurs problèmes en dans les solutions possibles. Des demandeurs d aide qui mettent toujours leurs problèmes en rapport avec d autres et qui se réfugient dans un rôle de victime, sont vite vus par les intervenants comme des personnes non motivées plutôt que des personnes motivées externement. Par ce malentendu interculturel, ces personnes orientées sur le groupe ont le sentiment de ne pas êtres comprises. Elles vont encore plus accentuer leur situation difficile, susciter encore plus de ressentiments chez les intervenants et souvent finalement se sentir discriminées. En Europe de l Est, par contre, au début du 20 ème siècle on ne comptait par sur l individu pour pouvoir survivre dans un monde en pleine industrialisation, dégénérée en capitalisme aveugle. On optait pour un renversement radical du système (révolution) dans lequel un état communiste autoritaire géré de façon hiérarchique reprenait tout le système en main et le réorganisait selon le principe d égalité. L intérêt de l état prévalait sur l intérêt du groupe et l état devait faire de sorte que personne ne doive encore se faire des soucis concernant ses propres chances de survie. L importance de la nationalité, de l ethnie et de la religion était niée et assujettie à la forte idéologie prédominante d assimilation. En échange pour la loyauté envers l état, chacun était obligé de s adapter pour avoir droit au travail, à l enseignement, aux soins de santé, etc. L esprit critique et l initiative étaient découragés étant donné qu ils formaient une menace pour les intérêts de l état. C était une évidence pour tout le monde de faire automatiquement appel à l aide, sous les mêmes conditions pour chacun. Quand, en 1989, le mur de Berlin tomba et le système communiste s écroula, les personnes se sentaient abandonnées. Après 70 ans, ils avaient en grande partie oublié les anciens mécanismes culturels de groupe et, pendant cette période, ils n avaient pas eu la possibilité d apprendre des aptitudes axées sur la personne. C est pourquoi ces personnes semblent être fort exigeantes au niveau de l aide et qu elles ont le sentiment d être discriminées si elles ne sont pas partout traitées de la même façon. Bien que l enseignement était gratuit pendant le système communiste, les enfants Roma étaient souvent exclus et orientés vers l enseignement spécial ou des écoles plus faibles. La stigmatisation ethnique sous forme de racisme et de discrimination 26
27 ENSEIGNEMENT se manifestait à nouveau très fort après la période communiste et la plupart des Roma avaient des expériences très négatives à l école. Souvent, les expériences à l école (ou dans d autres domaines) étaient si mauvaises que leur attitude de ne pas vouloir faire partie de la société gadgé était davantage renforcée. Pour motiver les Roma à aller à l école, il faut combiner la motivation interne et externe. Selon Ann Huybrechs, la motivation interne peut être développée en démontrant l intérêt de l enseignement par une argumentation qui se base sur leur logique (= greffe). Si on part d une logique de survie axée sur le groupe, la satisfaction des besoins de base est perçue comme un but final. Dans la pyramide de besoins de Maslow 4, le niveau de base est aussi le dernier niveau que les Roma essaient d atteindre. Lorsque des Roma viennent ici et disposent finalement de documents et assez d argent pour vivre, ils ont l impression d avoir atteint un but final. Ils investiront de l énergie pour au moins garder ce qu ils ont obtenu. Par contre, dans la logique axée sur la personne, le droit à l enseignement pour les enfants est un acquis et la volonté de satisfaire des besoins personnels (le développement des capacités de la personne) est une condition pour le progrès. Souvent, il est inutile d essayer de convaincre les Roma au départ de cette vue des choses. Notre motivation à l enseignement est basée sur l augmentation de nos chances de pouvoir satisfaire des besoins de la personne, pour les Roma, l enseignement pourrait être perçu et promu en donnant comme argument une meilleure survie (argumentation de survie). Une personne Roma qui bricole des voitures pour survivre, pourra gagner beaucoup plus dans la même branche si elle suit une formation. Comprendre que l enseignement est utile, est un processus qui peut durer quelques générations. Si cette argumentation n est pas efficace, une motivation externe s impose dans une approche plus intégrante. Ann Huybrechs parle de pull factors (facteurs attrayants) qui rendent l école plus attrayante, et de push factors (facteurs obligeants) qui imposent des obligations aux familles. Des facteurs attrayants peuvent avoir un caractère matériel (repas gratuits à l école, participation aux frais de transport) ou pédagogique (tenir compte des capacités de l enfant). Un facteur obligeant souvent utilisé et important est la liaison du paiement d allocations familiales à la fréquentation d une école (en collaboration avec le CPAS et la police). Si l école 27
28 devient de cette façon une expérience positive, où on arrive à créer des liens positifs avec la société, un pas important a été franchi dans la bonne direction. 3. Cadre légal en Belgique 3.1. L ENSEIGNEMENT : DROITS ET DEVOIRS Dans la Constitution belge et dans différentes déclarations contenues dans des traités internationaux que la Belgique a signés, le droit à l enseignement est défini comme un droit de base pour chaque enfant. Ceci s applique donc également pour les enfants sans séjour légal. En outre, aucune loi ne dit que les écoles ne peuvent accepter que des candidats disposant d un titre de séjour. La loi du 29 juin 1983 ne prévoit pas seulement le droit à l enseignement, mais aussi l obligation scolaire. Chaque mineur est obligé de suivre l enseignement à temps plein entre 6 ans et 16 ans, après jusqu à 18 ans il y a une obligation de suivre l enseignement à mi-temps. La loi explicite que les enfants mineurs immigrés doivent aller à l école à partir du 60 ème jour que les parents sont inscrits dans le registre des étrangers ou de la population (art. 1, 7). Mais le fait que la loi sur l obligation scolaire ne prend effet qu à partir du 60 ème jour, ne signifie pas que le droit à l enseignement ne puisse être exigé avant. Les enfants de nationalité étrangère ont le droit à l enseignement dès qu ils séjournent dans notre pays, que les parents soient inscrits dans le registre d attente ou des étrangers ou non ELOIGNEMENT Les directions et les enseignants ne sont pas tenus à déclarer l inscription des candidats sans statut de séjour légal aux services de police ou des étrangers. En ce qui concerne les familles avec enfants scolarisés de moins de 18 ans, la circulaire du 29 avril 2003 du Ministre Duquesne aux services de police dit que l Office des étrangers peut décider de suspendre l exécution d une mesure d éloignement prise pendant la période débutant aux vacances de Pâques et se terminant à la fin de l année scolaire, jusqu à la fin de l année scolaire (avec un éventuel prolongement en cas de deuxième session). Ces services n ont pas le droit d effectuer des contrôles dans les classes ou à l entrée de l école. 28
29 ENSEIGNEMENT 3.3. L ENSEIGNEMENT FRANCOPHONE La majorité des enfants et jeunes Roma à Bruxelles fréquentent des écoles francophones. On en ignore le nombre, puisqu il n y a aucune registration sur la base d ethnies. Par principe, dans l enseignement francophone on n enregistre pas, non plus, des données quantitatives quant au nombre d écoliers sans séjour légal. Une des raisons principales pour la forte présence d enfants Roma aux écoles francophones se situe dans l ensemble de la thématique d inscription dans les écoles à Bruxelles. Au cours des 10 dernières années, les écoles néerlandophones ont adopté une position défensive face au nombre croissant d écoliers avec une autre langue maternelle ; ceci a amené à une politique d inscription plus stricte qui fait que les plus pauvres risquaient de rester sur la touche. Malgré la légère amélioration de cette situation pendant les deux dernières années, l enseignement néerlandophone à Bruxelles doit faire face à des écoles surchargées. En outre, dans le contexte bruxellois on attribue plus d importance au français comme langue scolaire. Ainsi, les minorités ethniques et culturelles finissent souvent dans des écoles à fort taux d étrangers, pour la plupart francophones. Des Roma de Roumanie ont aussi une autre raison de choisir une école francophone : le français est tout comme le roumain une langue romane et s apprend plus facilement que le néerlandais. Pendant l enquête, on a constaté qu aucun enfant Roma fréquentait une école néerlandophone. Dans une famille Roma provenant de Bosnie, quelques enfants allaient à une école néerlandophone. Ceci était dû au fait que cette famille avait habité pendant un certain temps à Bruges où les enfants étaient entrés pour la première fois dans une école belge. Pour lutter contre les inégalités sociales dans l enseignement francophone, les Ministres de la culture et de l enseignement de la Communauté française ont collaboré pour établir un programme de discriminations positives ou D+. (Décret du 30 juin 1998, adapté plus tard), une variation sur le décret GOK dans l enseignement néerlandophone (en ce qui concerne la politique de soutien). Ce programme prévoit la mise à disposition de fonds supplémentaires pour les écoles élémentaires et secondaires francophones qui prennent des initiatives pédagogiques pour promouvoir l égalité des chances quant à l intégration sociale à l école. Il s agit 29
30 surtout d écoles avec un fort taux d élèves issus de milieux pauvres. Le gouvernement de la Communauté française vise à assurer à tous les élèves des chances égales d émancipation sociale par la mise en oeuvre de discriminations positives. Sur la base d une étude inter-universitaire des quartiers de résidence des élèves, un indice est attribué à l école, basé sur des critères socioéconomiques, culturels et pédagogiques (p.ex. revenu moyen par habitant, niveau des diplômes, taux de chômage, pourcentage d allocataires du minimex, confort des maisons, etc.). Contrairement à l enseignement aux Pays-Bas, on ne tient pas compte de données individuelles des élèves. C est surtout le lieu de résidence de l élève qui détermine si l école à droit à des moyens D+. Les écoles sont classées sur la base de indices moyens. Les 12% d écoles cotées le plus haut peuvent prétendre au statut D+. Les écoles prioritaires ont droit à des subventions supplémentaires par les autorités publiques si elles présentent un projet pour l année scolaire qui suit, avant mi-avril. Ces subsides se font sous forme de personnel supplémentaire et sous forme de moyens de fonctionnement. Pour cela, il faut élaborer un plan d action dans le but de prévenir l absentéisme et le décrochage scolaire, de promouvoir la prévention de violence et d organiser la scolarisation de mineurs sans statut de séjour. L école peut utiliser ces moyens de différentes manières (personnel enseignant, assistants sociaux, personnel médical, orthophoniste, formation, ameublement des locaux, achat de matériel, prise à charge des frais pour des activités sportives et culturelles avec frais de transport correspondants, ). Pendant l année , dans la région de Bruxelles, 91 écoles élémentaires et 47 écoles secondaires avaient le statut d école bénéficiant de discriminations positives (D+). Un service de médiation a également été créé par les autorités publiques, ayant pour mission de prévenir l absentéisme et la violence à l école. Des enseignants dispensés et nommés comme médiateur par le Ministre, établissent une relation de confiance avec les élèves et travaillent en collaboration avec les centres PMS et des services de l Aide à la jeunesse. Selon la localité, des accents individuels sont mis. Les articles du décret mentionnent explicitement les mineurs séjournant illégalement. Ils rentrent dans le calcul des subventions à condition qu ils fréquentent régulièrement l établissement scolaire depuis au moins trois mois au moment du recensement. 30
31 ENSEIGNEMENT A partir de l année scolaire , il y aura une différenciation entre le calcul du financement pour l encadrement et celui pour le fonctionnement. Le calcul des moyens de fonctionnement se fera de la même manière que pour le règlement D+. Le but est d attribuer plus de moyens de fonctionnement aux écoles avec un public pauvre et d élargir ce système à d autres écoles (que les écoles D+). Un autre décret du 14 juin parle explicitement de l accueil des primoarrivants dans l enseignement francophone. Par l introduction de classes passerelles, on vise à garantir l accueil, l orientation et l insertion des primo-arrivants qui parlent une autre langue, dans l école maternelle, élémentaire et secondaire. Les élèves y suivent, pendant quelques heures par semaine, des cours intensifs de la langue française, de mathématique et quelques autres cours de moindre importance. Dans le cadre du programme qu ils suivent, les enfants sont initiés à la langue et aux concepts de base de la culture du pays d accueil. Le but est que les enfants puissent, après 1 semaine ou 6 mois (au maximum après 1 an), rejoindre tout à fait une classe régulière de leur niveau d étude. Le droit aux heures supplémentaires 6 dans une classe passerelle dépend du nombre de réfugiés à l école. Dans la région de Bruxelles, des moyens financiers ont été accordés à 12 écoles élémentaires 7 et à 12 écoles secondaires pour des heures supplémentaires dans l année scolaire A cause de la grande fluctuation du nombre d élèves dans ces classes passerelles, des données quantitatives ne sont pas disponibles. Le 20 avril 2004, le Parlement de la Communauté française a adopté un décret concernant la reconnaissance et le soutien des écoles de devoirs. Il s agit d initiatives parascolaires promouvant l intégration socioculturelle des enfants et jeunes en âge d école élémentaire ou secondaire. Ces élèves sont surtout issus de milieux défavorisés et rencontrent des problèmes d acculturation puisqu ils ont souvent d autres références culturelles. Par des activités éducatives, pédagogiques et socioculturelles, les écoles de devoirs essaient de combattre les échecs à l école et l exclusion en général. En région de Bruxelles, il existe une soixantaine d écoles de devoirs enregistrées, dont 122 sont affiliées à la fédération francophone des écoles de devoirs (FFEDD). Dans l enseignement francophone, une politique d inscription n a pas été 31
32 élaborée comme dans le décret flamand GOK. Une école ne peut refuser un enfant, sauf s il n y a plus de place. Si les parents le demandent, le refus est noté dans un formulaire. On ne peut demander aux parents ni des frais d inscription, ni de l argent pour acheter des livres d école et autres. Le service Simplement une école aide les familles qui ont des difficultés, à trouver une école L ENSEIGNEMENT NÉERLANDOPHONE En ce qui concerne les écoles néerlandophones, le droit à l enseignement est détaillé dans la circulaire het recht op onderwijs voor kinderen zonder wettig verblijfsstatuut (le droit à l enseignement pour enfants séjournant illégalement) du 24 février 2003 du Ministre flamand de l enseignement. Cette lettre est republiée chaque année et contient des directives concrètes quant au droit à l enseignement pour ces enfants dans l enseignement élémentaire et secondaire : - Inscription : un statut de séjour qui n est pas en règle ou le fait de ne pas pouvoir présenter des documents d identité ne constitue pas une raison valable pour refuser l inscription. L école reçoit des subventions pour ces enfants. - Diplôme : il doit être remis à chaque élève sans tenir compte de son statut de séjour, à condition qu il ait suivi les cours de manière régulière et qu il ait réussi. - Subventions : pour les enfants séjournant illégalement des subventions sont octroyées. Les enfants de parents sans papiers ne peuvent par contre pas prétendre à une bourse d étude accordée par la communauté flamande. En Flandre, les chances égales dans l enseignement sont réglées dans le décret GOK-I du 28 juin 2002 (GOK gelijke onderwijskansen chances égales dans l enseignement). Il comprend 3 axes : 1)Une politique d inscription pour tous les enfants : les raisons pour lesquelles une inscription peut être refusée, sont très limitées, de sorte que les allochtones peuvent en principe entrer dans toutes les écoles. 2)Création de plate-formes locales (LOP) qui aident à mettre en œuvre la politique des chances égales dans l enseignement et qui surveillent la protection juridique des écoliers. 32
33 ENSEIGNEMENT 3)Une offre de soutien intégré qui donne aux écoles la possibilité de remédier au retard des enfants pauvres et de promouvoir leur intégration à plus long terme. Surtout le dernier volet est en quelque sorte comparable au décret D+ dans l enseignement francophone. Mais, ici, ce sont les données personnelles des élèves qui rentrent en ligne de compte et non pas la situation de résidence. En outre, les thèmes sur lesquels on peut travailler sont mieux définis. Les comptages faits le 1 février déterminent les subventions par les autorités publiques pour l année à venir. Les enfants séjournant illégalement entrent en ligne de compte pour les subventions, exactement comme tous les autres enfants. Sur la base du décret GOK, les écoles flamandes peuvent toucher des moyens supplémentaires pour les enfants Roma. Les Roma sont considérés comme population itinérante 8, 1 des 5 indicateurs des chances égales, et ils rentrent donc en ligne de compte pour des subsides avec un coefficient de 1,5. L école doit simplement disposer d une attestation déclarant qu il s agit de Roma. Des attestations pareilles peuvent être délivrées par 2 asbl 9 Roma reconnues. Pendant l année scolaire , 154 élèves 10 étaient inscrits comme population itinérante dans l enseignement élémentaire néerlandophone dans la Région de Bruxelles Capitale. Les deux asbl n avaient pas délivré d «attestations Roma» pour Bruxelles, et au département de l enseignement de la communauté flamande on ne pouvait pas confirmer qu il y avait eu des demandes pour Roma. On peut donc supposer qu il n y avait pas d élève dans l enseignement néerlandophone à Bruxelles qui déclarait être Roma. Les circulaires BaO/2001/09 du 2 juillet 2001 et SO75 du 23 juillet 2001 concernent les subventions des heures supplémentaires pour l Onthaalonderwijs (l enseignement d accueil) de la communauté flamande. Le but est de préparer les primo-arrivants qui parlent une autre langue à l entrée dans l enseignement normal pour l année qui suit la période d accueil, en promouvant la connaissance de la langue néerlandaise et l intégration sociale. Selon le nombre des primo-arrivants, l école reçoit des heures pour les classes d accueil. Dans les écoles néerlandophones à Bruxelles, il y avait dans l année scolaire écoles élémentaires avec des classes d accueil. 31 primo-arrivants inscrits, parlant une autre langue, ont été 33
34 accueillis dans ces écoles et dans d autres. Le nombre de classes d accueil s avérait être trop petit en comparaison avec le nombre des primo-arrivants. Pour l enseignement secondaire, il y avait 3 écoles avec des classes d accueil, ce qui suffisait largement pour accueillir les primo-arrivants. En ce qui concerne la politique des devoirs, dans l enseignement néerlandophone il y a plutôt une tendance à laisser cette tâche aux écoles. On attend des parents qu ils en occupent, selon la devise huiswerk is thuiswerk (des devoirs sont du travail à faire à la maison). Pour les familles pauvres et grandes ceci n est pas évident. Il y a des classes de devoirs, mais il y en a beaucoup moins et elles sont moins structurées que dans l enseignement francophone. 4. Scolarisation des minorités ethnoculturelles La position défavorisée de certains groupes socio-économiques liée à une ethnicité est toujours encore un point faible dans l enseignement. Une étude de Kurt De Wit sur l égalité des chances dans l enseignement (flamand) et l analyse du «Vlaams Minderhedencentrum» (VMC centre flamand de minorités) confirment que les enfants appartenant à des minorités ethniques et culturelles ont un retard remarquable dans l enseignement : plus d années répétées, plus de décrochage, sur-représentation dans l enseignement technique et surtout professionnel, également dans l enseignement spécial, moins de transition vers l enseignement supérieur, bien que des légères améliorations soient rapportées. Les enfants finissent dans des écoles à fort taux d étrangers parce qu ils habitent dans les mêmes quartiers et ont insuffisamment accès à des écoles blanches. En plus, la grande différence entre les valeurs et normes dans l enseignement et dans le propre milieu, forme un obstacle important à l égalité des chances. Des chiffres mettent en évidence que les problèmes de transition que les jeunes allochtones rencontrent, se situent déjà très tôt dans leur parcours à l école. A la fin de l enseignement élémentaire, le pourcentage d élèves non-belges qui ont un retard de scolarité est 3 à 4 fois plus grand que chez les belges. Presque 60% des élèves non-européens arrivent dans l enseignement professionnel et seulement 19% dans l enseignement secondaire général. A titre de comparaison : 22% des élèves belges rentrent dans l enseignement professionnel et 45% dans 34
35 ENSEIGNEMENT l enseignement secondaire général. Le taux de renvoi vers l enseignement secondaire spécial est plus élevé chez les élèves non-européens (Omgevingsanalyse VMC étude de l entourage du centre flamand des minorités). Des recherches sur la vulnérabilité croissante des jeunes montrent que l école est après la famille l institut le plus important de socialisation. L attachement à la société se fait en premier lieu dans la famille, en deuxième lieu à l école. L enseignement aide énormément à intégrer les Roma dans la société belge. Les enfants y apprennent la langue et la culture du pays d accueil et y rencontrent l autre culture. Les préjugés et les opinions sur les autres sont ajustés. A l école, les jeunes font connaissance avec d autres acteurs dans le quartier (travail socioculturel de quartier, organisations, clubs, ) et peuvent développer par là un réseau à l extérieur de la famille. 5. Méthode de recherche Pour la recherche sur l enseignement, 11 écoles ont été sélectionnées sur la base de leur renommée comme école avec beaucoup de Roma. Il s agissait de 5 écoles élémentaires, 5 écoles secondaires et 1 école pour enseignement en alternance. 9 des 11 écoles se situaient dans les communes à forte concentration de population Roma (Molenbeek, Bruxelles, Schaerbeek, Anderlecht). Toutes les écoles élémentaires et secondaires (à l exception d une) avaient le statut d école bénéficiant des discriminations positives. Sept écoles avaient des classes passerelles pour primo-arrivants. Dans 7 écoles, une interview structurée a été faite sur la base d un questionnaire (voir annexe). Dans 4 écoles, ces interviews ont été faites de la même manière, mais par voie téléphonique. Les personnes interviewées étaient pour les écoles élémentaires (sauf 1) les directeurs/directrices, pour les écoles secondaires et l école d enseignement en alternance il s agissait ou bien chaque fois de 2 assistants sociaux (de l école ou du Centre PMS), d un enseignant ou d un collaborateur de secrétariat. Trois de ces écoles ont été contactées à nouveau après 2 mois pour examiner entre autre l évolution du nombre d élèves. En outre, trois écoles de l enseignement spécial ont été contactées par téléphone auxquelles des enfants Roma avec des difficultés scolaires, avaient été renvoyées selon les personnes interviewées. 35
36 L enseignement était en plus un des thèmes abordés lors des interviews semistructurées avec 10 familles Roma, avec 5 CPAS, avec des assistants sociaux du centre du Petit-Château et du Centrum voor Algemeen Welzijnswerk Archipel Welkom (centre de travail social général). C était aussi un des sujets de l enquête menée par Kind & Gezin (office de la naissance & de l enfance flamand). Ce thème a aussi été discuté lors des entretiens avec les brigades de jeunesse de Bruxelles-Ouest et Bruxelles-Ixelles, avec Hilde De Smedt, responsable de l enseignement à Foyer et Kim Janssens (Schoolopbouwwerk VGC service d enseignement de la commission communautaire flamande). Enfin, les ateliers de femmes Roma chez Arthis et la formation de Ann Huybrechs du Ondersteuningsteam allochtone jeugdbijstand (l équipe de soutien pour l aide à la jeunesse allochtone) à Anvers sur les Roma dans l aide sociale ont apporté certaines éclaircissements en la matière. 6. Carrière scolaire des Roma Le Roma moyen n existe pas. Il y a une grande diversité qui se manifeste aussi dans le parcours à l école des différents Roma. Comme on le verra plus loin, la fréquentation régulière et la réussite à l école dépendent des expériences antérieures faites à l école, de l âge auquel on rentre dans le système de l enseignement, l attitude du milieu familial par rapport à l enseignement, entre autre déterminée par la région d origine et la traditionalité du milieu familial, la situation de séjour et, par conséquent, de la situation financière. Après l arrivée en Belgique, un certain temps passe généralement avant que les enfants rentrent à l école. D abord, les gens doivent comprendre les droits et devoirs en ce qui concerne l école. Après un certain temps, quand la famille maîtrise un peu mieux sa situation (la procédure d asile ou de régularisation est entamée, elle a trouvé un logement et a pris contact avec d autres Roma et services sociaux, ) les enfants commencent à aller à l école. Beaucoup de familles se sont d ailleurs rendues en Belgique en vue d un meilleur futur pour leurs enfants et elles souhaitent concrétiser leur droit à l égalité des chances dans l enseignement. Les Roma ne sont pas très enthousiastes pour l enseignement maternel. Seulement quelques enfants vont déjà à l école à cet âge-là. La plupart des filles et garçons 36
37 ENSEIGNEMENT entre 6 et 12 ans vont à l école élémentaire et ils y vont relativement à leur gré. Soit les parents les envoient à l école, soit ils y vont suite à une certaine pression externe (police, CPAS). L entrée à l école élémentaire n est pas évidente. Souvent, les enfants doivent rattraper un retard au niveau de la langue, en plus ils doivent s habituer au système scolaire. Plus jeune l enfant rentre à l école, plus facilement cette rentrée se passera (du point de vue psychologique et pédagogique) et plus facilement l enfant atteindra le même niveau que les autres élèves. Une grande partie des enfants Roma essaient de suivre les cours assez régulièrement. Pourtant, on constate plus d irrégularités et plus d absentéisme chez les Roma que dans d autres groupes. Il semble impossible de motiver une minorité de ces élèves malgré la pression extérieure. Certains décrochent après un certain temps. D autres quittent l école pour des raisons diverses. De toute façon, pour les enfants Roma le monde de l école arrête d exister dès qu on sonne. A la maison, ils plongent dans un autre monde et oublient tout ce qui est relié à l école. Souvent, le soutien moral de la famille pour les études manque tout à fait. Ceux qui ont bien suivi l école élémentaire commencent courageusement l école secondaire. Souvent, on entend les Roma rêver à haute voix d un diplôme d avocat ou de médecin. Mais alors, l âge critique commence. Entre 12 et 14 ans, les Roma commencent progressivement à faire partie du monde des adultes à la maison. Il y a d autres attentes qui pèsent sur eux. Les filles deviennent des jeunes femmes et apprennent au fur et à mesure comment gérer un ménage. Ceci en vue d un éventuel don en mariage à l âge de 18 ans ou encore avant. Les garçons accompagnent leurs pères pour apprendre comment gagner sa vie. L incertitude quant au séjour futur soulève aussi des difficultés dans différents domaines. C est pourquoi ils sont obligés à préférer des activités par lesquelles ils apprennent à survivre, quelle que soit leur destination. L école est alors de moins en moins intéressante pour les jeunes. Certains décrochent, d autres s investissent encore pendant une période, d autres veulent réussir et font de grands efforts. Dans les écoles secondaires, les Roma font leur parcours dans des directions professionnelles et techniques (confection, coiffure, mécanique, ) où ils apprennent des compétences qu ils peuvent vite mettre en œuvre. A partir de l âge de 15 ou 16 ans, la fréquentation de l école devient très dure, même pour les 37
38 survivants, et ils décrochent de plus en plus définitivement. Certains sont de temps à autre renvoyés à l école par la police ou sous pression du CPAS. Rares sont ceux qui finalement obtiennent un diplôme de l enseignement secondaire 11. A cet âge, beaucoup de Roma qui n ont suivi qu une partie du cycle d enseignement, ont déjà fondé un ménage et se trouvent souvent dans une autre partie du monde. 7. Les Roma dans l enseignement à Bruxelles 7.1. LES ÉCOLES À FORT TAUX D ÉTRANGERS Les enfants Roma qui vont à l école se trouvent souvent dans des écoles francophones à fort taux d étrangers, dans la plupart situées dans les quartiers avec une forte présence de familles immigrées, surtout marocaines et turques. Toutes les écoles élémentaires et secondaires qui avaient été choisies pour l enquête à cause de leur renommée d école avec beaucoup d enfants Roma, avaient le statut d école de discrimination positive (sauf l Institut Bischoffsheim). Ces écoles accueillaient déjà une grande ou très grande population de réfugiés et illégaux (jusqu à 75%) à côté d autres immigrés et quelques belges. Généralement, les Roma choisissent des écoles ou il y a d autres Roma (de préférence de la famille) et, si possible, situées dans les environs de leur logement (surtout pour les enfants dans l enseignement élémentaire). Pour la plupart, les Roma habitent dans des quartiers pauvres avec une abondance de logements insalubres. Les réfugiés et immigrés de différentes nationalités, souvent en séjour illégal, recherchent un logement et arrivent finalement automatiquement dans ces quartiers pauvres 12 et c est pourquoi leurs enfants vont tous à la même école de quartier. L information de bouche à l oreille a aussi un effet d attraction. En outre, les centres d accueil envoient les enfants aux écoles avec des classes passerelles, de façon que les élèves finissent toujours dans les mêmes écoles (Athénée Royale Serge Creuz Molenbeek, Ecole 8 Schaerbeek, ). 7 des 11 écoles visitées avaient une ou plusieurs classes passerelles (voir tableau 2). En comparaison avec les écoles élémentaires, il y a apparemment beaucoup moins d écoles secondaires avec une forte présence de Roma. Tandis que les écoles élémentaires renommées comme écoles avec beaucoup de Roma étaient 38
39 ENSEIGNEMENT souvent fréquentées par un grand nombre d élèves Roma (45-60 dans 3 des 5 écoles élémentaires), les écoles secondaires avec beaucoup de Roma n en comptaient que quelques-uns (4 à 7 dans 4 des écoles secondaires). L Athénée Royale Victor Horta à St. Gilles avec 24 Roma sur 350 élèves était une exception. Ceci indique que dans l enseignement de base il y a beaucoup plus d enfants Roma que dans l enseignement secondaire. Dans les écoles secondaires interrogées il n y avait jamais eu un élève Roma qui avait terminé ses études à l école. L élève le plus avancé était en quatrième année. L élève Roma le plus âgé avait 17 ans et fréquentait le Centre pour enseignement en alternance du centre de formation Foyer à St. Jean Molenbeek. D + C l a s s e p a s s e r e l l R o e m a n i e B u l g a r i e ECOLE COMMUNE Ecoles élémentaires : Ecole 8 Schaerbeek Ecole 2 Molenbeek Athenée Royale Molenbeek Serge Creuz Ecole du Canal Bruxelles Ecole 9 Forest Ecoles secondaires: Institut Bruxelles Bisschoffsheim Institut de la Anderlecht Providence Institut Anderlecht Communal Marius Renard Athenée Royale Anderlecht Léonardo Da Vinci Athenée Royale St. Gilles Victor Horta Ecole de formation en alternance Centre de formation en alternance Foyer Molenbeek A l b a n i e M a c e d o i n e K o s o v o B o s n i e E x - Y o u g o s l. T c h e q u i e S l o v a q u i e A u t r e * T O T A L [*] chaque fois 1 ou 2 de la Moldavie, Géorgie, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirguisie, Azerbaïdjan [+] avec d'autres moyens que ceux de la Communauté française Tableau 2 : Nombres et nationalités des Roma 13 présents dans les écoles (avril 2004) 39
40 Les élèves Roma des différentes écoles provenaient surtout de la Roumanie. Dans la plupart des écoles, il y avait en plus quelques élèves d origine bulgare et/ou de l ex-yougoslavie (Kosovo, Macédoine, Bosnie). Dans quelques écoles, nous avons également rencontrés des enfants provenant de pays de l Europe de l Est et d états de l ex Union-soviétique. Seuls 10% de tous ces élèves avaient un statut, pour la plupart obtenu par une régularisation. Le reste n avait pas de statut de séjour légal, avait reçu un mandat d extradition annexe 26 bis (souvent déjà depuis 5 ans), était en procédure de recours devant le Conseil d Etat et/ou avait introduit une demande de régularisation sur la base de l article 9 3. Dans les écoles élémentaires et dans les écoles secondaires il y avait presque autant de filles que de garçons, à l exception du Centre de formation en alternance Foyer avec une population d élèves âgés de +16 ans où il y avait aux côtés des 6 garçons Roma seulement 1 fille Roma. Il peut être intéressant d analyser ce que deviennent les filles qui actuellement fréquentent l école secondaire, une fois qu elles atteignent l âge de 16 ans ACCESSIBILITÉ Les enfants Roma ont, comme toutes les autres personnes qui séjournent illégalement, des problèmes pour trouver une école. Les écoles sont obligées par la loi d accepter les enfants qui veulent s inscrire. Pourtant, presque toutes les personnes relais des différentes écoles étaient persuadées que certains enfants Roma (et aussi d autres enfants immigrés) arrivent dans leurs écoles parce que des autres écoles 14 les refusent. Ceci a été confirmé par plusieurs familles, par la brigade de la jeunesse de Molenbeek, Plusieurs raisons ont été données. Les écoles refusent souvent en se servant de l excuse (la seule excuse admise par la loi) qu il n y a plus de place. Cette pratique est peu contrôlée. Dans la Communauté française, les inscriptions ne sont d ailleurs par réglés par un décret comme par exemple en Flandre 15 par le décret GOK (concernant les chances égales). Pour les élèves sans statut de séjour qui souvent ne participent pas ou peu financièrement, les écoles reculent devant les charges administratives et financières qu une inscription comporte. En effet, pour la première année scolaire, ces élèves ne rentrent pas en ligne de compte pour la subvention par les autorités publiques. En plus, il y a toute une administration à 40
41 ENSEIGNEMENT faire, p.ex. ne fut ce que pour le remboursement des repas par le CPAS. Les Roma sont en plus connus comme élèves assez irréguliers et parfois difficiles. C est pourquoi d avance certaines écoles ne sont pas favorables à l inscription d enfants Roma, se basant sur des considérations pédagogiques et financières. Certaines écoles ont été confrontées à la pression de parents marocains qui menaçaient l école qu ils allaient inscrire leurs enfants à une autre école si un nombre trop grand d immigrés serait inscrit à l école. Ceci a été le cas entre autre à l Athenée Serge Creuz à Molenbeek où la population des élèves est surtout composée par des garçons marocains et d où plusieurs familles sont déjà parties parce que les enfants ne se sentaient plus chez eux. Le même phénomène s est produit à l Ecole 8 à Schaerbeek. Une recherche de L. De Rycke et M. Swyngedouw a mis en évidence que 2 sur 3 turques et marocains à Bruxelles rejettent résolument les écoles à fort taux d étrangers. Ils craignent que dans les écoles à fort taux d étrangers leurs enfants n apprennent pas à vivre avec les autochtones, ce qui renforce la ségrégation. L acceptation de l inscription d un enfant sans papiers dépend en partie du directeur. Certaines écoles abusent de l ignorance des parents concernant les devoirs de l école et leurs propres droits lors de l inscription, pour refuser l accès des enfants. En cas de manque de place, les parents peuvent demander un formulaire pour le Ministère à l école avec lequel ils essaient par après de trouver une autre école. Comme souvent les parents n en sont pas au courant et les écoles ne les informent pas, ils sont renvoyés chez eux les mains vides. C est pourquoi, par exemple, la brigade de jeunesse de la police choisit toujours les écoles dont on sait que l enfant y est bien accueilli. On estime que les écoles qui refusent d avance une inscription, rendront la vie à l école difficile pour les enfants qui sont inscrits par contrainte de la police. Beaucoup de Roma ne comprennent pas non plus leurs propres devoirs concernant l inscription et n ont pas la ponctualité de s inscrire à temps, parfois malgré des demandes répétées. Ils s en rendent compte trop tard et sont obligés d aller d une école à l autre pour arriver à inscrire leur enfant. Les Roma (et autres immigrés) s adressent déjà automatiquement moins à des écoles libres et catholiques avec un public surtout blanc. Certaines écoles inscrivent quelques réfugiés et 41
42 personnes sans papiers pour sauver les apparences. Bien que les réfugiés et personnes sans papiers sont destinés à être refusés, un directeur d école nous a confié qu il connaissait des écoles où des réfugiés sont admis, mais pas des Roma, à cause de préjugés. Spontanément et par une certaine canalisation, la plupart des élèves arrivent finalement toujours dans les mêmes écoles ORIENTATION Dans l enseignement secondaire, les élèves Roma, après être passés par une classe passerelle (s il y en a), rentrent surtout dans des directions professionnelles et techniques (plus souvent dans les professionnelles que les techniques). La moitié des écoles interrogées indiquaient que ceci était dû aux faibles résultats d études et non pas à une préférence délibérée. Ils suivent des directions comme la confection, coiffure et mécanique (de voiture), sans préférences claires. Ce sont des thèmes qui sont importants dans leur milieu 16. Dans les familles enquêtées, les filles suivaient entre autre coiffure ou secrétariat, tandis que les garçons suivaient les directions mécanique, électricité ou informatique. Dans les écoles de l enseignement spécial (2 écoles élémentaires à Forêt, 1 secondaire à Schaerbeek) où des Roma avec des problèmes à l école avaient parfois été renvoyés selon les personnes enquêtées, il y avait au total 2 enfants Roma. Contrairement à ce que l on prétend parfois, plusieurs écoles témoignaient que les Roma n étaient pas plus souvent renvoyés vers l enseignement spécial que d autres groupes INTERACTION Selon toutes les écoles participantes, l interaction avec les élèves était très positive. Comme les élèves Roma de différentes nationalités parlent tous le Romanes (avec différents dialectes), ils vont souvent se voir à l intérieur de la même école. Mais ils s entendent aussi bien avec les autres nationalités. Dans quelques écoles on estimait que les enfants Roma s intègrent facilement socialement et qu ils se sentent clairement bien. Toutes les écoles élémentaires et quelques parents Roma mentionnaient pourtant une attitude négative des élèves marocains et d autres maghrébins envers les 42
43 ENSEIGNEMENT tsiganes. Ceci se manifeste par des engueulades et des vexations. A deux écoles, des parents marocains avaient retirés leurs enfants à cause de la présence de trop de gitans. On leur reproche d abaisser la qualité de l école. Des préjugés selon lesquels tous les Roma seraient des voleurs et n auraient pas d hygiène, jouent aussi un rôle. Un enseignant d une école secondaire à Anderlecht racontait carrément que le mot gitans est un insulte dont se servent les jeunes à l école. Plusieurs sources, aussi du milieu Roma, témoignent que le racisme sous forme de tirades et d exclusion envers les Roma se manifeste surtout chez les jeunes marocains. Quelques familles racontent que pour cette raison elles essaient de ne pas révéler leur origine en adaptant p.ex. les vêtements et en ne s identifiant pas en tant que Roma. On connaît des élèves qui à cause du racisme permanent on perdu leur motivation et qui on eu par conséquent des problèmes d absentéisme ou ont changé d école. Deux des écoles ont constaté que la situation s est améliorée ces derniers temps. Les années passées, beaucoup d efforts ont été faits pour faire changer ce comportement. Plusieurs projets ont été mis sur place pour promouvoir le multiculturalisme par la culture (musique, animations, ) en impliquant aussi les parents, si possible. En plus, la diversité du public des élèves a augmenté. Plusieurs nationalités sont présentes à l école et les marocains ne forment plus qu un groupe minoritaire. Un directeur soulignait pourtant que ce processus a demandé beaucoup de temps et d énergie et que cela n était toujours pas évident. Il faudra continuer les efforts pour promouvoir la tolérance chez les élèves et les parents. Tout compte fait, le sentiment subjectif de racisme n est pas un thème prédominant chez la majorité des jeunes et familles Roma. La plupart déclarent personnellement d avoir pas ou peu de problèmes de racisme de la part de n importe quel groupe. En Europe de l Est, les Roma ont déjà subi beaucoup d expériences négatives et en ce qui concerne la Belgique, ils estiment que l attitude envers eux ici représente un grand soulagement et un grand pas en avant. 8. L école: pas une option évidente pour les Roma 8.1. ABSENTÉISME ET RETARD SCOLAIRE Les familles enquêtées déclaraient toutes que leurs enfants fréquentent 43
44 régulièrement l école. Seuls 2 mineurs n allaient pas à l école, l un à cause de manque de moyens, l autre à cause d une maladie grave. Les écoles ont confirmé qu effectivement les enfants des familles visitées dans le cadre de la recherche, vont à l école. Par le CPAS nous avons appris que les 2 adolescents d une familles allaient soi-disant à l école, mais qu ils étaient systématiquement absents parce qu ils vont travailler à Anvers. Pendant la recherche, nous avons renvoyé un autre adolescent de 16 ans à l école parce qu il risquait de décrocher définitivement à cause de grande fatigue. Pourtant, la fréquentation très irrégulière de l école est le thème majeur mis en avant par la plupart des écoles, les CPAS et par d autres services en ce concerne les Roma dans l enseignement. Les élèves Roma réguliers font autant de progrès que les autres élèves. Trop d absences constituent un grand danger pour la progression de l élève. Quand on parle d absentéisme, il faut éviter toute généralisation. L absentéisme chez les Roma existe dans toutes les gradations possibles 17. Les Roma forment d ailleurs un groupe très hétérogène. Pourtant, il s agit clairement d un phénomène qui se manifeste plus chez les Roma que dans d autres groupes de la population dans la même situation de séjour (illégal, demande de régularisation, ). En plus, ce phénomène est plus fréquent dans les écoles élémentaires que dans les écoles secondaires. Tandis que toutes les écoles élémentaires indiquaient qu il s agissait d un problème d une certaine ampleur, les écoles secondaires expliquaient que le problème n était pas très grand et qu il se limitait à quelques élèves et que certainement cela ne se manifestait pas plus chez les Roma que chez les autres nationalités (sauf à l Institut de la Providence où l absentéisme des filles Roma est un phénomène inquiétant). Il n est pas clair si ceci est dû aux grandes différences dans le nombre d élèves qui visitent les écoles élémentaires et secondaires. Dans les écoles élémentaires les élèves s absentent pour toute une série de raisons, mais dans les écoles secondaires ils décrochent tout à fait ou ne s inscrivent plus. Ceux qui restent sont plus motivés et demandent de suivre les cours. Pourtant, la plupart des écoles secondaires confirment que même ces élèves décrochent vers l âge de 16 ans et ne finissent pas l école. Dans les écoles élémentaires, l absentéisme des Roma se manifestait dans toutes les gradations possibles, de façon régulière jusqu à très irrégulière. Pour la plupart de ces enfants, 44
45 ENSEIGNEMENT l absentéisme n était pas très grave (2-3 fois/mois). Mais dans chaque école, il y avait au moins quelques enfants qui fréquentaient l école de façon très irrégulière et dont le suivi posait des problèmes. En ce qui concerne le processus d apprentissage des Roma, on peut tailler une bavette. Pour arriver à être un élève régulier qui réussit, les Roma doivent surmonter toute une série d obstacles. Il n est pas possible de dissocier la thématique de l école de tout le contexte familial, social, économique et culturel de la famille et de la communauté Roma en général. Le retard scolaire et l absentéisme sont des symptômes fréquents qui ne sont que la partie visible d un contexte avec une multitude de problèmes qui est beaucoup plus complexe. Ces familles ont beaucoup de problèmes à différents niveaux (logement, travail, statut de séjour, santé, milieu familial, ) et les problèmes à l école ont par conséquent souvent des causes complexes. Le désavantage social et économique fait que 80-90% des Roma vivent dans la pauvreté. Si l on veut améliorer la situation à l école, il faut se rendre compte que cela nécessite une approche intégrée des différents niveaux au même temps. Une autre difficulté réside dans le fait que lorsque des personnes séjournent illégalement, les solutions ne sont pas du tout évidentes dans certains domaines, voire impossibles (régularisation du séjour, travail, ) dans le cadre de la législation actuelle. Le retard scolaire et l absentéisme sont des thèmes qui reviennent chaque fois quand on parle des Roma et de l enseignement. En analysant les causes qui sont à la base de ces phénomènes, on se rend finalement compte que les élèves qui arrivent à s adapter au système scolaire et à parcourir des années consécutives avec succès, remportent une victoire personnelle et/ou familiale à ne pas sous-estimer. Il faut souligner cela et les féliciter beaucoup plus. Sur la base des informations recueillies dans les écoles, les familles et les services, nous pouvons distinguer les obstacles qui ne sont pas spécifiques aux Roma (liés à la situation de séjour) des obstacles spécifiques pour les Roma (liés à l histoire individuelle et l environnement socioculturel). 45
46 8.2. OBSTACLES SCOLAIRES Situation de séjour précaire Les écoles disaient qu elles avaient le plus de problèmes ( ne comptent pas pour les subventions, ne fréquentent pas régulièrement les cours, hygiène insuffisante, n apportent pas à manger) avec des élèves qui pour la plupart n avaient pas un statut de séjour légal (e.a. Roma). Le statut précaire de séjour de la plupart des Roma joue un rôle important dans leur scolarisation 18. Tant qu ils ne peuvent pas s attendre à une régularisation de leur statut, ils ne développent pas de perspectives futures orientées vers le pays d accueil. Investir dans le futur en envoyant les enfants à l école, semble un choix inutile à beaucoup de personnes. Comme ils peuvent être expulsés à chaque moment, pour le futur, les perspectives à court terme dominent, ce qui fait qu ils essaient surtout de survivre le mieux possible. Ceci contraste très fort avec les objectifs à long terme de l enseignement. La procédure de recours devant le Conseil d Etat dure plus qu un an, la procédure de régularisation selon art. 9 3 une vingtaine de mois et est souvent répétée quand la décision est négative. C est pourquoi la plupart des familles Roma vivent pendant quelques années dans une situation précaire et illégale. Pendant cette période, ils ne peuvent pas faire appel à l aide du CPAS et ils ne peuvent pas travailler. Ils doivent se débrouiller en travaillant au noir et avec des activités de survie comme mendier et vendre des fleurs. Investir de l argent dans l enseignement de leurs enfants ne constitue pas du tout une priorité. C est un investissement à long terme qui ne rentre pas dans la logique de survie d un jour à l autre (cfr. autres groupes dans une situation de séjour précaire comparable). Les quelques moyens financiers sont dépensés pour satisfaire les besoins de base de tous les jours au lieu de les investir dans l enseignement. Dès que les Roma ont rétabli un réseau de contacts et qu ils ont découvert les différents services sociaux, ils sont plus inclinés à envoyer les enfants à l école. Mais tant qu ils n ont pas obtenu un statut définitif, la situation scolaire reste pour beaucoup d enfants très instables. Beaucoup d enfants fréquentent l école de façon irrégulière et accumulent un retard désespéré. Surtout les enfants de 6-7 ans qui pourraient encore facilement suivre, perdent de précieuses années scolaires de cette manière. 46
47 ENSEIGNEMENT Si, après quelques années, ils peuvent avoir un statut, ils resteront des enfants irréguliers qui, en conséquence, décrochent. Ceci explique aussi pourquoi des jeunes, qui à un certain moment obtiennent un statut de séjour, n ont pas de meilleurs résultats concernant leur scolarisation qu avant. Différentes sources (écoles, CPAS, familles, services sociaux) confirment cela. Pourtant, certains CPAS admettaient qu une motivation extérieure (liaison entre l allocation familiale et la fréquentation d une école) peut augmenter la volonté d envoyer les enfants à l école. Les procédures de séjour étant devenues plus sévères, le nombre de personnes sans séjour légal a augmenté et, par conséquent, l ampleur de ce phénomène n a fait que s agrandir. Une raison importante mentionnée par les écoles pour expliquer l absentéisme est la situation de logement instable des familles Roma. A titre d exemple, le tableau 3 donne la fluctuation dans la présence d enfants Roma pendant 2 mois. Pour les Roma il est normal qu un écolier parte avec sa famille à l étranger pour retourner après quelques mois (pour éventuellement disparaître à nouveau par après). On ne motive pas ces absences, mais souvent il s agit d affaires familiales (visite de malades, mariage, enterrement, ). Régulièrement, les familles Ecole Début avril 2004 Début juin 2004 Différence Ecole 8, Schaerbeek K.A. Serge Creuz, Molenbeek Ecole du Canal, Bruxelles Tableau 3 : Fluctuation dans le nombre d enfants Roma dans 3 écoles de Bruxelles sont aussi expulsées. Parfois les familles parcourent d autres pays de l Europe de l Ouest à la recherche d un statut de séjour certain. Tant que les familles sont impliquées dans une procédure où une autre (régularisation art. 9 3, recours devant le Conseil d Etat pour une demande d asile, etc.) ils déménagent également souvent. Les personnes (sur)vivent dans des situations très difficiles : maisons déclarées insalubres, marchands de sommeil qui les exploitent, les mettent à la porte, Ici le problème se pose qu un changement d adresse n est pas toujours communiqué par crainte de la police, ce qui fait que certaines familles disparaissent (temporairement) sans traces. Quelques parents n aiment pas envoyer leurs enfants à l école par crainte d être arrêtés et expulsés sans leurs enfants. 47
48 La plupart des Roma suivent une logique de survie. Comme ils se trouvent dans une situation de séjour illégal, ils ne peuvent pas prétendre à l aide du CPAS et demander du travail. Les enfants sont donc pour les parents un capital de travail. En cas de grands besoins, les enfants sont engagés pour des activités lucratives. Toutes les écoles élémentaires qui rapportaient que les enfants Roma étaient souvent absents expliquaient qu on les voyait souvent pendant où après les heures d école dans la rue en train de mendier. Mendier avec des enfants 19 soulève plus de pitié et rapporte donc plus. Si un enfant est dans le plâtre, la chance est grande que les parents l emmènent pour mendier parce que cela rapporte encore plus. Les enfants sont aussi souvent engagés par les parents ou d autres membres de la famille comme interprètes lors d une visite au CPAS ou d autres services. On attend des jeunes filles qu elles gardent les plus jeunes enfants à la maison pendant que les parents vont travailler. Selon un directeur, la situation des enfants à l école était meilleure si les parents avaient un travail bien rémunéré, de sorte que la participation des enfants à l acquisition d un revenu était moins urgente. Pour la plupart des élèves Roma, les écoles sont obligées de prendre en charge des frais financiers pour la caisse de la classe, des photocopies et du matériel (e.a. avec les moyens D+). Pas toutes les écoles peuvent prendre en charge des activités plus chères comme la natation et des excursions scolaires avec de propres moyens, de plus que dans ces écoles beaucoup d élèves se trouvent dans une situation financière précaire. On demande une contribution financière aux parents, ce qui fait que ces élèves souvent ne participent pas à cette sorte d activités. Les parents enquêtés disaient que la charge financière était le seul ou le plus grand problème qu ils avaient par rapport à l enseignement (à côté d autres problèmes d inscriptions pour certains). Ceci soulève des problèmes pour les écoles vu que ces activités sont obligatoires. Le fait de ne pas pouvoir ou ne pas vouloir prendre en charge les frais scolaires, souvent soulève de l incompréhension de la part du personnel de l école qui fait remarquer que les parents de ces élèves se promènent bien avec un GSM, mais ne participent pas à la caisse de la classe ou à d autres frais. A ce niveau, la confrontation des priorités des Roma et celles des citoyens est très claire. Ceci n empêche pas que certainement beaucoup de familles sont prêtes à participer, mais ne sont effectivement pas en état de le faire. Beaucoup de 48
49 ENSEIGNEMENT familles Roma font des efforts, malgré les moyens financiers limités qu ils ont, d être en ordre à l école, même si elles doivent payer par acompte. Un directeur a remarqué que plus pauvre une famille est, moins elle rouspète lors des frais incombent et plus elles font des efforts pour contribuer. Une autre école faisait payer les familles qui disposaient de plus de moyens, une contribution plus grande pour couvrir les frais de celles qui ne contribuent pas. En plus, beaucoup d enfants Roma (tout comme les autres enfants sans statut de séjour) arrivent à l école sans avoir déjeuné. Pour le paiement des repas à l école, dans certaines communes les écoles peuvent s adresser au CPAS. Le CPAS de Molenbeek, par exemple, rembourse en principe les repas de familles pauvres si l école le demande. A Schaerbeek par contre, le CPAS n intervient pas pour cela. Dès que les familles acquièrent un statut de séjour légal, se problème financier passe à l arrière-plan. En outre, 3 écoles élémentaires font remarquer que les élèves Roma ont souvent des problèmes de santé. La situation de la santé des Roma sera abordée dans un autre chapitre, mais on peut déjà signaler que le mauvais état de santé des Roma est comparable à celui des personnes qui se trouvent dans une situation de séjour précaire en général. Par manque de moyens, on attend avant de se faire soigner et les écoliers Roma sont souvent envoyés à l école quand ils sont malades (tandis que d autres restent à la maison pour le moindre rhume). Souvent, les écoles ont à faire avec des enfants affamés, pâles et fatigués 20. Certains parents n aiment pas envoyer leurs enfants à l école, parce qu ils ne sont pas sûrs que leurs enfants y auront à manger, tandis qu eux ils arrivent à les nourrir plus ou moins en mendiant dans la rue. Dans deux écoles élémentaires, des problèmes d hygiène ont été constatés chez certains enfants Roma, ce qui gène les enfants eux-mêmes (ils ne vont pas nager parce qu ils ne sont pas lavés) et les autres élèves (à cause de leur mauvaise odeur, les autres élèves ne veulent pas s asseoir à côté d eux), ce qui contribue à les mettre en discrédit Histoire individuelle Dans les écoles enquêtées, souvent on a pu constater que les enfants Roma n avaient pas suivi (ou de manière très irrégulière) l enseignement dans leur pays d origine et qu ils arrivaient comme analphabètes en Belgique (contrairement 49
50 à leurs compatriotes non Roma). Mais on peut remarquer des grandes différences régionales (voir plus loin). Comme nous l avons dit, ceci est une conséquence directe de leur situation socio-économique faible. Pour cette raison, beaucoup de Roma entrent à l école avec un grand retard scolaire. Chez ceux qui avaient déjà fréquenté l école dans leur pays d origine, l intégration dans le processus scolaire était beaucoup plus facile. Pourtant, ceci n est pas évident. Dans le pays d origine, les enfants avaient souvent fait des expériences négatives à l école. Racisme, discrimination et vexation envers les Roma y sont monnaie courante. Des élèves très forts étaient envoyés dans des écoles spéciales pour débiles à cause de leur identité Roma. Beaucoup en ont gardé une méfiance profonde de l école et de la société autour. Pour d autres, ceci était une motivation en plus d aller à l école ici puisque ces situations intolérables n existent pas ici. Mêmes si ces enfants sont accueillis temporairement dans des classes passerelles, les enfants âgés de 6 9 ans s adapteront beaucoup plus facilement à la classe et aux autres enfants de leur âge que les jeunes de 12 ans ou plus. Si les enfants n entrent à l école que vers l âge de 13 ou 14 ans, le retard scolaire et la différence d âge sont tellement grands qu ils ne savent plus combler le gouffre. Ceux qui arrivent à l âge de l adolescence, ne se sentent plus bien émotionnellement auprès d élèves beaucoup plus jeunes. Souvent, ils ont des connaissances pratiques beaucoup plus grandes (trouver son chemin dans la ville, survivre dans n importe quelle situation, ), même en comparaison avec d autres jeunes de leur âge (Bafekr, 1999). Ils sont donc plus vite démotivés et s absentent ou décrochent finalement tout à fait, par conséquent. Plus on est jeune quand on entre à l école, plus facilement on arrivera à suivre et le parcours à l école en sera plus régulier. Certaines écoles soulignent ici le rôle important des écoles maternelles. Peu d enfants Roma vont à l école maternelle, bien qu on puisse constater une légère augmentation de ce nombre. Les petits enfants sont gâtés à la maison et fréquenter l école à cet âge-là paraît tout à fait inutile à la plupart des Roma. A l école, les jeunes enfants apprennent déjà très tôt ce qu est le système scolaire et le comportement souhaité (rester assis, obéir, ). Ces enfants rencontrent beaucoup moins de problèmes quand ils rentrent en première élémentaire que les enfants de 7 8 ans qui n ont jamais fréquenté l école avant. 50
51 ENSEIGNEMENT 8.2. LES OBSTACLES SOCIOCULTURELS Une autre explication très importante pour la fréquentation irrégulière de l école était selon la plupart des écoles le manque d intérêt que les parents montrent. Souvent, les parents ont peu ou pas suivi l école. Les parents sont souvent des analphabètes et n ont pas d intérêt pour le contenu enseigné. Selon la plupart des écoles, les enfants Roma viennent en général volontiers à l école. Les élèves les plus irréguliers n étaient pas assez stimulés et soutenus par les parents et devaient s en sortir tout seuls. Les enquêtes des familles étaient plutôt rassurantes sur ce point. La plupart des parents déclaraient de soutenir 21 leur enfant pour qu il fréquente l école. Tous les pères interrogés (sauf 1 des 10) étaient analphabètes. Seulement 2 des 10 mères étaient analphabètes. Mais il faut à nouveau noter que le groupe des Roma est très hétérogène. Il faut tenir compte des différences régionales. Les personnes provenant de régions urbaines sont plus familiarisées avec l enseignement que les gens venant de régions agricoles. A la campagne, les gens sont souvent plus traditionnels et attribuent moins d importance à l enseignement. Il y a aussi de grandes différences entre les différentes nationalités. Les Roma tchèques et slovaques ont plus d expérience avec l école dans leur pays d origine que par exemple les Roma venant de la Roumanie ou du Kosovo (Bruggen, W.). Ceci s explique par leur histoire et la situation socioéconomique actuelle. En Roumanie, pendant des siècles l esclavage a créé un fossé plus grand entre les Roma et les citoyens (gadgé) et leurs institutions que par exemple dans la Tchéquie et la Slovaquie. En plus, la spirale vicieuse de la pauvreté maintient en Roumanie une attitude plus passive face à l enseignement que dans les autres pays. Au Kosovo, le conflit interethnique et la guerre civile ont agrandi l aliénation manifestée par rapport des institutions civiles comme l école. Tout le milieu familial est d ailleurs en grande mesure hostile à l enseignement. En général, les Roma vivent dans des grandes communautés, avec plusieurs familles dans la même maison et avec plusieurs membres de la famille dans une chambre. Ils cultivent une culture de famille très intense, une culture de survie axée sur le groupe (voir plus haut). Souvent il y a beaucoup de bruit, un apprentissage individuel est impossible à réaliser. Il n y a pas de personnes motivantes ou qui servent d exemple et la famille 51
52 attend des enfants qu ils s occupent d autres choses que des devoirs et des leçons pour l école. Dès que les enfants ont le moindre mal ou se plaignent, ils peuvent rester chez eux (par exemple, mal au nez, ) sans que personne n y attribue de l importance. La façon dont les activités de la famille sont organisées, n est pas propice à l enseignement, non plus. Il n y a pas d heure fixe pour aller au lit. Certains jeunes en puberté vont de bar en bar jusqu à 22 heures en jouant de l accordéon, etc. Ils vont au lit tard en ne savent pas se lever le matin. Les activités scolaires des enfants Roma sont strictement limitées aux heures d école, autrement dit. Tout le processus d apprentissage doit donc être réalisé entre les murs de l école. Par contre, selon le centre PMS à St. Gilles, certains Roma avaient pu rattraper leur retard scolaire justement parce qu ils prenaient l enseignement au sérieux comme projet de vie. La plupart des écoles secondaires disaient que l absentéisme relativement faible des jeunes Roma dans leur école s expliquait par le fait que les parents étaient impliqués et bien conscients de l importance de l enseignement. Beaucoup de Roma disaient qu ils n avaient pas l habitude d envoyer leurs enfants à l école. Mais d autres raisons jouent également. Du point de vue culturel, l école est une institution des citoyens (gadgé) et suscite une certaine méfiance (Beersmans D. e.a., 2002). Ce sentiment est encore renforcé par le fait que les cours que les enfants suivent à l école, sont trop difficiles pour les parents qui en fait ne comprennent pas de quoi leurs fils et filles s occupent. L obligation scolaire impose aux enfants Roma de participer à un type d enseignement public qui diffère totalement quant aux méthodes, le contenu et les ambitions (programme d enseignement) du système scolaire de leur propre culture (p.ex. espace et temps libre versus organisation scolaire structurée, ) (Bruggen W., 2003). A cela s ajoute que la culture du groupe axée sur la survie vise surtout la satisfaction des besoins de base et le maintien de cette situation (Huybrechs A.). On suit une logique de survie qui est ciblée sur le bien-être collectif des familles et de la communauté Roma (Bafekr, 1999). Cette logique est devenue partie intégrante de leur identité culturelle avec le temps. L enseignement, par contre, est un moyen pour réaliser des ambitions individuelles que les Roma ne nourrissent pas. Le but de l enseignement est d offrir une formation en fonction des chances individuelles réelles sur le marché de travail du pays d accueil. En plus, notre culture de classe moyenne a 52
53 ENSEIGNEMENT imprégné tous nos systèmes et institutions et les assistants sociaux partent de la supposition que les besoins de base sont satisfaits. D autres cultures sont découragées par ceci et sont considérées comme inférieures ce qui fait que les enfants sont souvent renvoyés à l enseignement spécial. Dans l enseignement, il y a peu de motivation interne. Le moins que l on puisse dire, est que l école suscite des sentiments ambivalents chez les enfants. Les Roma sont coincés entre les valeurs et le milieu à la maison et celui du pays d accueil. A l école, les enfants sont confrontés à des valeurs et normes différentes et souvent tout à fait opposées à celles de leur propre milieu et ils ne peuvent pas les accepter ou intégrer. 22 De cette manière, beaucoup de parents n aiment pas se séparer de leurs enfants pour les envoyer à l institution de l école. Les enfants ont, par conséquent, un retard au niveau de la langue et leur parcours à l école est irrégulier. Les enseignants ne connaissent pas non plus le contexte culturel des enfants concernés. C est pourquoi les résultats de ces enfants sont souvent limités, ce qui décourage pas mal d enseignants. Certaines familles craignent par exemple que les filles rencontrent des mauvais garçons (c est-à-dire gadgé) à l école. La virginité avant le mariage est d une très grande importance. L honneur de toute la famille, un aspect très délicat et précieux dans la culture Roma, en dépend. Les femmes Roma peuvent s ouvrir aux femmes gadgé, mais il n existe aucune liberté et ouverture envers les hommes gadgé. Les hommes Roma, par contre, ont plus de liberté d agir envers les femmes gadgé. Finalement, la plupart des Roma adoptent une attitude pragmatique en ce qui concerne l enseignement. Tant que leurs enfants apprennent des choses à l école qui sont utiles dans le propre milieu, ils vont faire des efforts. A l école élémentaire ils apprennent à lire, à écrire et à faire des calculs. Plusieurs directeurs ont remarqué l envie avec laquelle les enfants Roma souhaitent apprendre le français à l école élémentaire, la connaissance de cette langue étant rentable plus tard. Pour certains Roma des raisons plutôt utilitaires jouent aussi un rôle pour envoyer les enfants à l école (motivation externe). L attestation de présence à l école ouvre pour les personnes qui dépendent du CPAS, le droit aux (avances sur les) allocations familiales. Beaucoup de parents exigent d ailleurs de l aide 53
54 supplémentaire (p.ex. pour repas, transport) du CPAS comme condition pour envoyer les enfants à l école. D autres estiment que l attestation de l école est un indicateur de l intégration dont on tiendra compte dans le cadre de la régularisation. Par contre, les enfants participent peu à des activités extra-murales comme les classes vertes ou les pleines de jeu, comme les parents n y voient pas d intérêt direct. Les mercredis matins ne connaissent pas beaucoup de succès non plus. Beaucoup considèrent qu il n est pas utile d envoyer les enfants à l école pour une demie journée. Mais nous ne voulons surtout pas généraliser ces propos. D autres sources (le Petit-Château, CPAS) signalent que certains groupes (p.ex. des slovaques de Kosice, certains roumains) étaient particulièrement motivés pour envoyer leurs enfants à l école puisque dans leur pays d origine ils n avaient pas eu cette chance. Ils y avaient été discriminés très fort et envoyés à des écoles pour débiles. Ils estimaient que c était extraordinaire qu en Belgique tout le monde soit mis à pied d égalité. Pour presque 1/3 des familles roumaines, la seule raison pour leur migration était leur intention d offrir à leurs enfants de meilleures chances pour un meilleur avenir. Fréquenter une école est une étape importante. Deux écoles secondaires estimaient que les parents des élèves se rendent de plus en plus compte de l importance de l enseignement. Quelques écoles élémentaires et la brigade de la jeunesse de Molenbeek ont constaté que, non seulement, les élèves étaient fiers d aller à l école, mais qu aussi les parents étaient fiers de pouvoir envoyer les filles et fils à l école. La plupart des familles interrogées affirmaient cela. Ils se disaient très satisfaits du travail des enseignants, de la manière dont l école les aide parfois à payer les frais financiers et du fait qu il n y a pas de distinction sur base de couleur ou d origine. Selon la plupart des écoles, le retard scolaire s explique aussi par la mauvaise connaissance de la langue. Les Roma roumains apprennent pourtant plutôt vite le français (qui est aussi une langue romane). Ceux qui ont des difficultés à apprendre le français ont également d autres problèmes à l école. Le milieu familial a une grande influence. Dès qu ils sont rentrés chez eux, les enfants ne parlent plus la langue de l école, ce qui fait qu ils accumulent beaucoup de retard dans le développement de cette langue. Les enfants ne peuvent pas s exercer à parler cette nouvelle langue. Si les enfants ne sont pas stimulés à la maison par leurs parents, la 54
55 ENSEIGNEMENT connaissance de cette langue reste limitée et superficielle. Comme disait un directeur : La langue reste pauvre et sans sentiments (Bafekr, 1999). A cause des mauvaises connaissances de la langue, les contacts avec les parents sont également difficiles et la transmission d information n est souvent pas évidente. Par contre, les enfants Roma de familles qui ont habité à plusieurs endroits en Europe, ont souvent des notions de différentes langues. Selon 3 écoles, la facilité avec laquelle les enfants Roma changent d école est remarquable. Dès qu il y a un moindre ennui comme des problèmes avec un enseignant ou d autres élèves, une menace de l école que les allocations familiales seront retenues si l absentéisme continue, violence à l école, etc., tout à coup les parents décident de laisser les enfants à la maison ou de les envoyer à une autre école. A partir du passage de l enseignement élémentaire à l enseignement secondaire, les jeunes Roma commencent à moins fréquenter l école. Bien que les personnes interrogées dans les différentes écoles élémentaires ne savent pas ce que deviennent les élèves Roma après qu ils ont quitté la 6 ième élémentaire, on soupçonne qu à ce moment-là beaucoup de Roma décrochent de l enseignement. Les nombres peu élevés d élèves Roma dans les différentes écoles secondaires à fort taux d étrangers peuvent en être un indicateur. Une autre raison pour cette faible présence est le fait qu il s agit surtout d immigrés arrivés dans le pays très récemment. Les jeunes en âge de suivre l école secondaire ne rentrent pas spontanément dans l enseignement et ceux qui ont fréquenté l école depuis l école élémentaire ne commencent qu à rentrer dans l enseignement secondaire depuis quelques années seulement. Il y a plusieurs explications pour le passage défectueux de l école élémentaire vers l école secondaire. L âge de 12 ans est un âge critique pour les Roma. Des facteurs typiques de cet âge et des facteurs culturels jouent un rôle. Deux écoles faisaient état d une obstruction dans le processus d apprentissage de certains jeunes Roma, comme si la tête était remplie. Les enfants deviennent des adolescents et ils ont plus de difficultés de continuer à fréquenter l école avec la même motivation. Chez les Roma, la transition d enfant vers adolescent se fait très tôt et la période de l adolescence est souvent très courte. Tandis qu à l âge de 8 ans ils peuvent encore être de vrais enfants, quelques années plus tard ils sont 55
56 supposés d être déjà des petits adultes. A partir de 12 ans, les filles sont considérées comme de jeunes femmes qui se préparent au mariage. En Roumanie, les filles Roma sont considérées comme un capital vu que la famille reçoit une dot de la famille du futur époux. Selon la tradition, elles peuvent déjà très tôt être données en mariage (à partir de ans). En Belgique, cela se passe normalement un peu plus tard (à l âge de ans). En tout cas, beaucoup de filles sont gardées à la maison pour aider dans le ménage. Elles y apprennent à faire les tâches et à prendre les responsabilités qu elles devront assumer après le mariage (cuisiner, garder les enfants, ). 3 familles s exprimaient spontanément contre cette pratique. Maria : A Timisoara, nous riions des familles qui donnaient leurs enfants en mariage à l âge de 8 à 10 ans. Que sait-on de la vie à cet âge-là? Nous ne le ferons qu à partir de 18 ans. On attend des jeunes adolescents qu ils accompagnent leur père ou frère pour aider à faire bouillir la marmite (en jouant de la musique, faisant du commerce, travaillant dans la construction, ). Ils sont emmenés dans le monde des adultes. Le mariage se fait traditionnellement un peu plus tard que chez les filles, à l âge de ans. Et après le mariage, ils attendent vite des enfants. A partir de ce moment-là, les jeunes hommes doivent pouvoir assurer la subsistance de leur propre famille. A partir de l âge de ans, ou plus tôt, les garçons sont les apprentis d un membre de la famille. Si à cela s ajoute l école, le choix est vite fait. Un nombre élevé, mais difficile à cerner, de jeunes Roma, garçons et filles, décrochent donc lors du passage vers l enseignement secondaire ou pendant les premières années de l enseignement secondaire et ne s inscrivent plus. Ainsi, on sépare le bon grain de l ivraie et ceci peut être une raison pour laquelle les écoles secondaires (sauf l Institut de la Providence) ont fait état d un absentéisme moins grand comparé aux écoles primaires. Certains qui ont accumulé un retard scolaire trop grand sont finalement renvoyés vers l enseignement spécial, d autres entrent dans l enseignement en alternance (pour jeunes de + 16 ans). Une autre raison plus générale contribue aussi à la démotivation et au décrochage dans l enseignement secondaire. Tandis que l enseignement élémentaire connaît plus de structure, un encadrement plus personnel (un seul enseignant) et un suivi individuel, la structure de l enseignement secondaire est moins 56
57 ENSEIGNEMENT personnel (plusieurs enseignants). Les élèves ont plus de liberté et doivent assumer leur responsabilité pour réussir dans leurs études. Pour les élèves qui ont déjà des difficultés avec les matières à apprendre, ceci est plus difficile. Mais nous le répétons encore : bien que l absentéisme est un phénomène plus fréquent chez les élèves Roma que dans d autres groupes de la population, il s agit d une minorité d élèves qui sont plus absents que présents ; la majorité des élèves Roma fait des efforts pour suivre les cours régulièrement. Il n est pas possible de cerner le nombre d enfants et de jeunes qui ne vont pas du tout à l école ou qui ont décroché après une ou plusieurs tentations. On peut supposer qu il s agit d un grand nombre de jeunes. Pourtant, plusieurs écoles ont confirmé que la scolarisation des Roma s est petit à petit améliorée les dernières années. Grâce aux efforts consacrés de manière persistante à différents niveaux (écoles, CPAS, police, et aussi les familles elles-mêmes) les résultats sont perceptibles. 9. Solutions appliquées Les écoles essaient de motiver de différente manière les élèves qui s absentent et qui accumulent un retard scolaire. L accompagnement individuel fait par un certain enseignant et/ou un assistant social ne conduit souvent pas au résultat espéré. Les écoles essaient bien de rendre leur offre pédagogique le plus attrayant possible pour les jeunes (activités sportives, bibliothèque, cinéma, ). Comme la plupart des écoles avec des élèves Roma comprennent très bien que les parents et le milieu familial jouent un rôle très important dans le soutien de leurs enfants pour aller à l école, beaucoup d initiatives sont prises pour impliquer les parents dans l école. Ils sont invités pour des réunions de parents, animations à l école e.a. pour mieux comprendre ce que leurs enfants font exactement à l école. L Ecole du Canal a même stimulé les parents de parler le français chez eux. Des visites à la maison ne se faisaient que dans 3 écoles interrogées. Normalement, les parents eux-mêmes doivent se rendre à l école. Bien qu on ne peut pas garantir du succès 23, des progrès peuvent être réalisés petit à petit avec de la patience et de l énergie. Des initiatives se basant sur le contact direct et concret avec l école et le personnel, semblent avoir plus de succès que d autres projets majeurs (où les parents restent à la maison). 57
58 En outre, les écoles essaient de suivre de manière stricte des élèves qui s absentent. A l école 8, on envoie même le concierge chercher les enfants à la maison. Les absences sans raison valable sont transmises à l inspection. Par l intermédiaire du parquet, la brigade de la jeunesse de la police peut entreprendre une action et mettre les parents sous pression. L application stricte de ces méthodes a ses fruits, bien que pour une minorité des mesures supplémentaires s imposent INITIATIVES DES AUTORITÉS PUBLIQUES DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE 9 des 11 écoles contactées avaient un statut D+ (discriminations positives). Les personnes et moyens supplémentaires étaient d abord investis dans les cours de français. En plus, des animations sur le multiculturalisme et des activités culturelles en dehors de l école (théâtre, musique) étaient financés. Malgré que les écoles avait un statut D+, les personnes interrogées dénonçaient la manière dont les subventions sont attribuées par les autorités publiques. Ces écoles accueillent chaque année de grands groupes de primo-arrivants. Des élèves sans papiers 24 doivent d abord suivre l école régulièrement pendant 3 mois, avant qu ils rentrent dans le comptage pour les subventions générales (au 30 septembre 25 ). Dans la pratique, les écoles doivent donc attendre des mois (jusqu à un an) avant qu elles puissent prétendre aux subventions pour les élèves concernés. En attendant, c est l école même qui porte la charge financière avec ses propres moyens. Les écoles risquent en plus de perdre les subventions pour les élèves qui s absentent trop souvent et sont donc pour ainsi dire punies par l inspection pour leur engagement. Pour beaucoup d écoles, ceci est un obstacle majeur pour l inscription des enfants sans permis de séjour, d autant plus que ces élèves sans statut de séjour ont souvent du retard scolaire et s absentent souvent, ce qui demande un investissement plus grand en temps, énergie et moyens que pour les autres enfants. Il est vrai que les écoles D+ reçoivent plus de moyens, mais souvent ces moyens ne sont pas suffisants. Les écoles ont finalement trop peu d enseignants compte tenu du nombre d élèves, les classes sont donc plus grandes et la qualité de l enseignement baisse. En comparaison avec l enseignement secondaire néerlandophone, où les subventions permettent de réduire le nombre d élèves, la classe moyenne dans l enseignement secondaire francophone est beaucoup plus 58
59 ENSEIGNEMENT nombreuse. Le manque de moyens pour les écoles empêche également les enfants à participer à part entière aux activités comme des excursions, la natation, Pour les écoles comme l Athénée Royal Serge Creuz à Molenbeek et l école 8 à Schaerbeek, il existe une possibilité supplémentaire. Il s agit d écoles qui accueillent un nombre particulièrement grand de primo-arrivants à cause de l endroit où elles se situent ou parce les centres d accueil 26 y envoient systématiquement des élèves. Ces écoles sont confrontées au problème que certains primo-arrivants fréquentent l école pendant une période trop courte pour pouvoir prétendre aux subventions, ou que ces élèves, après avoir été inscrits une première fois à l école, passent souvent à une (autre) école communale située plus près ou parce qu ils déménagent. Le calcul du règlement D+ est aussi dénoncé. Contrairement à ce qui se fait dans l enseignement néerlandophone, ici des données personnelles de l élève même ne sont pas prises en compte. C est le lieu de domicile de l élève qui compte. Les écoles sont ensuite classées sur la base des moyennes de ces indices. Les écoles comme l école Bisschoffsheim ont perdu leur statut D+ à cause de la présence d enfants issus d un milieu aisé et elles ne pouvaient donc plus prétendre aux subventions supplémentaires prévues pour des élèves issus d un milieu pauvre. 7 des 11 écoles interrogées avaient des classes passerelles pour les primo-arrivants. Ce système connaissait beaucoup de succès et était une bonne façon d accueillir les primo-arrivants en leur offrant des premiers cours de français, de mathématiques, d alphabétisation, etc. Dans la plupart des écoles la demande est pourtant plus grande que l offre et le nombre effectif d élèves dépasse le nombre de places disponibles (max. 12). Les jeunes, par exemple, qui séjournent depuis plus d un an en Belgique, mais qui auraient encore besoin de cours dans une classe d accueil, ne rentrent pas dans les critères. Ces élèves sont néanmoins souvent accueillis dans la classe passerelle, vu qu il n y a pas d alternative pour les intégrer dans l école. Certaines écoles résolvent le problème en transformant des classes normales en classes d accueil. Les élèves sont, là aussi, répartis par catégorie d âge. L Athénée Serge Creuz, par exemple, n a pu obtenir qu une classe passerelle et a remplacé 3 classes normales par des classes d accueil. Les quelques 70 primo-arrivants ont été répartis dans les classes d accueil pour élèves de 6-7 ans, de 8-10 ans et de ans. La classe passerelle était réservée aux élèves analphabètes. 59
60 Il est vrai que les écoles disposent de personnels d encadrement à mi-temps : des assistants sociaux du centre PMS, un psychologue, une infirmière, un orthophoniste, etc. Mais ces personnes ne sont pas capables d offrir un suivi intensif d élèves individuels pendant leurs heures de travail. Les médiateurs scolaires engagés par le Ministre font parfois des visites à domicile, mais ils ne peuvent pas établir une relation continue de confiance avec le milieu familial. Ils interviennent en cas de violence ou d absentéisme, mais leur fonction est trop limitée pour pouvoir remédier aux problèmes de manière approfondie. Les personnes de confiance à l école sont souvent quelques enseignants très engagés. En cas de problèmes individuels ou familiaux, les élèves sont normalement renvoyés vers des services spécialisés. En outre, on rencontre quelques élèves Roma dans les écoles de devoirs ou ils sont accompagnés pendant les devoirs dans le but d augmenter leurs taux de réussite dans l enseignement et de les tenir loin de la rue. Comme il s agit d une activité en dehors de l école, la participation de Roma est plutôt limitée. 10. Autres acteurs LE RÔLE DES CPAS Pour réaliser le droit à l enseignement pour les personnes ayant peu de ressources, il est possible de faire appel au CPAS. Si la famille n a pas un statut légal de séjour, elle peut prétendre à une avance sur les allocations familiales versée par le CPAS. Après cinq années de séjour officiel en Belgique, les personnes ont droit aux prestations familiales garanties du Fonds des allocations familiales, si elles n ont pas encore du travail, et aux allocations familiales normales versées par la caisse de l employeur si elles sont au travail. Les personnes séjournant illégalement 27 n ont en principe pas droit aux allocations familiales. Indépendamment du statut de séjour, les personnes peuvent introduire une demande au CPAS pour une intervention dans les frais scolaires supplémentaires (repas, classes vertes, ). Comme la plupart des Roma ne touchent pas d aide du CPAS, ils soumettent plusieurs fois une demande pour quand même arriver à obtenir quelque chose. Chaque CPAS a sa propre façon de travailler et applique ses propres règles. Certains CPAS (Bruxelles antenne Béguinage, ) conditionne le paiement des 60
61 ENSEIGNEMENT avances sur les allocations familiales par l obligation scolaire. Ils peuvent donc conclure un contrat dans lequel la famille s engage à envoyer les enfants effectivement à l école à partir du moment qu ils peuvent prétendre à l aide. Les parents devront présenter des attestations de présences délivrées par l école. L aide peut être retirée si les enfants sont trop souvent absents. Les allocations familiales contribuent pour une grande partie à la motivation externe des parents à envoyer leurs enfants à l école. Dans d autres CPAS (Bruxelles antenne Blaes, Molenbeek, ) l aide ne dépend pas de la fréquentation de l école. En cas d absentéisme, on analyse par famille de quelle manière l enfant peut être réorienté vers l enseignement. Au CPAS de Bruxelles antenne St. Roche, quelques familles ont bénéficié d avances sur les allocations familiales calculées en proportion avec les jours prestés à l école. Quand les personnes ont droit aux prestations familiales garanties, le contrôle de la présence à l école reste. Le CPAS peut également accorder une aide financière supplémentaire pour certains frais scolaires. Pour cela, il n y a pas de règles fixes non plus. Certains CPAS interviennent par principe dans certains frais scolaires. Le CPAS de Molenbeek, par exemple, a conclu une convention avec les écoles en s engageant à prendre en charge si nécessaire, les repas et les voyages scolaires, indépendamment du statut de séjour de l élève. Cette aide est directement versée à l école. A Bruxelles, certaines antennes du CPAS sont plus souples que d autres dans l attribution de l aide supplémentaire pour des frais scolaires. Les CPAS n adoptent pas de règles générales, mais examinent les familles au cas par cas. Certaines familles réclament cette aide comme condition pour envoyer les enfants à l école. A Schaerbeek, par exemple, cette aide supplémentaire est rarement accordée. A Bruxelles Ville les personnes disposant de très peu de ressources peuvent également s adresser au CPAS pour intervenir dans les repas à l école par l intermédiaire du Service des repas scolaires. Aller à l école est un devoir, mais aussi un droit. Pendant toute l année des primo-arrivants rentrent à l école. Les écoles ne sont subsidiées pour les élèves sans statut légal de séjour, que si elles peuvent prouver que lors du comptage du 30 septembre ces élèves fréquentaient l école régulièrement depuis 3 mois. Parfois, elles doivent donc attendre longtemps (1 an) avant de toucher les subventions 61
62 pour les élèves rentrés plus tard (voir plus haut). Pourtant, les subventions sont d une très grande importance pour les Roma qui souvent n ont pas les moyens pour payer les frais scolaires. Les personnes qui ne peuvent (pas encore) prétendre à l aide du CPAS parce qu elles séjournent (encore) illégalement, peuvent bien introduire une demande. Les personnes ayant un code seront alors renvoyées vers le CPAS du domicile attribué (centre d accueil). Pour les parents qui n ont plus le code 207 et qui séjournent illégalement, l aide sociale pour l enfant est invocable par le CPAS. C est ce qui a décidé la Cour d Arbitrage dans son arrêt 106/2003 du 22 juillet 2003 : les parents en séjour illégal peuvent introduire une demande d aide auprès du CPAS pour leurs enfants, s ils ne peuvent subvenir aux besoins de leurs enfants. Comme le CPAS refuse systématiquement cette demande, les demandeurs peuvent introduire un recours devant le tribunal du travail. Sur la base de la convention internationale sur les droits de l enfant, l arrêt de la Cour d Arbitrage et du fait qu il n existe pas de règlement légal fédéral pour garantir le droit à l enseignement, le tribunal du travail condamnera le CPAS à payer les frais (comme loyer, frais scolaires, ). Pour pouvoir accorder cette aide à l enfant, trois conditions doivent être remplies : il faut - avoir constaté que les parents n assument pas ou ne sont pas en mesure d assumer leur devoir d entretien - qu il soit établi que la demande concerne les dépenses indispensables au développement de l enfant - que le centre s assure que l aide sera exclusivement consacrée à couvrir ces dépenses. L arrêt dit en plus que le CPAS peut accorder cette aide sous la forme d une prise en charge de dépenses (150 /enfant) ou d une aide en nature. Pour l heure, les autorités publiques ne remboursent le CPAS qu après une condamnation par le tribunal du travail. Le manque d informations, la procédure compliquée et le fait que ces personnes ne disposent pas (encore) d un titre de séjour légal font que seulement peu de familles entament une procédure devant le tribunal du travail. 62
63 ENSEIGNEMENT LE RÔLE DE LA POLICE Au sein de la police, c est surtout la brigade de la jeunesse qui joue un rôle important dans l acheminement des enfants Roma à l école. La brigade de la jeunesse rédige des procès verbaux correctionnels ainsi que des procès verbaux de protection par rapport aux mineurs (les auteurs autant que les victimes). Dans plusieurs communes 29, ce service est régulièrement en contact avec des familles Roma, surtout dans le cadre d enquêtes de police. Ces enquêtes sont menées à l occasion de procès verbaux rédigés par le parquet de la jeunesse ou par le juge de la jeunesse. Pour la plupart, il s agit d absentéisme 30, de mineurs en danger (négligence, ) ou de la mendicité (sans pv). Lors de ces enquêtes familiales, des informations sont recueillies sur les circonstances de vie du jeune et de sa famille. Finalement il incombe à la police de faire respecter l obligation scolaire et d éloigner les enfants de la rue. La police applique son autorité pour intervenir d une façon stricte et d exercer une pression sur les parents pour qu ils envoient leurs enfants à l école. Ce ne sont ni la tâche ni le groupe-cible préférés des corps de police. Les contacts avec les Roma sont en premier lieu difficiles du fait que l attitude du personnel de la police est fortement influencée par des préjugés. Ils parlent des romanichelles, un terme par lequel on entend surtout les tsiganes de l Europe de l Est, selon un intermédiaire de la police de Bruxelles. On y associe des caractéristiques typiques comme ceux qui sont sales, ne travaillent pas, n on pas de domicile clair, vivent de façon désordonnée et qui n envoient pas leurs enfants à l école. On suppose également que les Roma ne veulent pas s intégrer et ne veulent pas être aidés. Cette attitude qui est renforcée par la méfiance 31 des Roma vis-à-vis de la police, rend les contacts très difficiles. Beaucoup ne donnent même pas leur adresse quand ils sont arrêtés. Il n y a pas une solution facile à l absentéisme. La seule pression possible est de lier le bénéfice des allocations familiales versées par le CPAS à la fréquentation de l école. En cas d absences répétées, les parents peuvent perdre le bénéfice des allocations familiales et ils risquent même de devoir rembourser les allocations touchées. Dans ce cadre, il y a une collaboration étroite avec les CPAS concernés. Le placement de jeunes Roma n est apparemment pas un moyen effectif, puisque 63
64 les enfants s enfuient immédiatement chez leurs familles. A cause des raisons exposées plus haut, la brigade de la jeunesse de Bruxelles a déclaré que la plupart de son personnel de police et aussi d autres corps de police éprouvent une certaine aversion et démotivation, ce qui fait que personne ne veut vraiment s en occuper, bien qu il y ait des exceptions. Une telle exception est le travail fait par la brigade de la jeunesse de Molenbeek. Au début, l attitude et la motivation de la police étaient comparables à la situation décrite plus haut. Depuis l année 2003, la brigade a plus explicitement établi des contacts réguliers avec les familles Roma. Le but initial qui était la lutte contre la mendicité a été transformé en la lutte pour la fréquentation de l école. Cet engagement commence à porter ses premiers fruits. L inspectrice principale Isabelle Bernard souligne l importance d essayer de comprendre la situation sociale des familles. La plupart des familles vivent ici en pauvreté (sans aide sociale, ni travail), une situation qui est surtout due au statut de séjour précaire. Selon elle, le premier contact est primordial pour la future relation de confiance et donc décisif pour la possibilité de faire une enquête. La brigade joue aussi un rôle social dans le suivi du dossier, elle renvoie les familles vers des services spécialisés pour leurs problèmes (SAJ, services sociaux et médicaux, ). On se rend compte qu on ne peut pas tout simplement expulser des personnes. Néanmoins, le mandat de la police est contradictoire. D une part, la police est obligée de contrôler le statut de ces personnes, de l autre part elle doit gagner la confiance de ces personnes pour pouvoir faire l enquête familiale. Finalement, une attitude stricte et claire est appréciée par les Roma et suscite du respect et une certaine confiance. La ligne est claire, l obligation scolaire et d autres règles et lois ne sont pas discutables. Et sur des choses qui ne sont pas réglées, on peut arriver à des accords, en négociant avec une certaine diplomatie et gentillesse. En se concertant beaucoup et en écoutant les parents, à Molenbeek on a pu établir un modus vivendi. La police est souvent l accord de fermer les yeux sur la mendicité des élèves pendant le week-end à condition que ces élèves vont à l école en semaine. Le fait que les enfants qui avant allaient mendier dans la rue, étaient envoyés à l école par l intervention de la police de Molenbeek, était d abord vu par les 64
65 ENSEIGNEMENT parents comme une perte d une source de revenus. Des enfants qui mendient seuls ou avec un adulte rapportent plus d argent. Mais, la brigade de la jeunesse fait remarquer qu après un certain temps à l école, les enfants montrent une certaine fierté et un certain enthousiasme du fait qu il peuvent fréquenter l école. En plus, dit Isabelle Bernard, cette fierté est souvent transmise aux parents. Pourtant, après un certain temps on constate un certain absentéisme et le décrochage. La scolarisation des enfants et jeunes Roma que l on oblige d aller à l école, demande donc un certain suivi (visite à domicile, accords avec le CPAS, ). Ce suivi ne peut pas seulement être garanti par la police. La police de Molenbeek compte aussi sur d autres organisations pour suivre ces jeunes d une manière plus régulière. Dans certains cas, le Service d aide à la jeunesse offre un accompagnement aux jeunes qui se trouvent dans une situation familiale difficile, suite à une demande des services sociaux, des écoles ou de la police. Si la situation familiale ne s améliore pas, il est possible que l enfant soit placé ; alors le SAJ intervient dans les frais locatifs de cet enfant. Dans ce cas, le SAJ demande de faire des enquêtes de façon à ce que l aide du CPAS et du SAJ ne se fassent pas double emploi. Les écoles peuvent appeler le SAJ en cas d absentéisme problématique (e.a. en cas de mendicité ou de problèmes avec la police) ou en cas de problèmes de comportement. Les parents sont alors invités au SAJ pour discuter de la situation et élaborer des solutions pour le jeune. 11. Recommandations APPROCHE INTÉGRÉE Il ressort clairement des propos tenus que la thématique de l enseignement pour Roma cadre dans un contexte multi-problématique. Ceci demande une approche intégrée : il faut aborder la thématique dans plusieurs domaines, en collaboration avec différents acteurs. Deux questions essentielles se posent : Comment motiver les Roma à l enseignement et comment motiver l enseignement par rapport aux Roma? Pour motiver les Roma à l enseignement, on peut développer la motivation interne et se servir de la motivation externe. Une attitude 65
66 positive peut être de fil conducteur pour créer le bon climat ATTITUDE POSITIVE Souvent, les différents services et écoles considèrent la thématique de l enseignement comme un problème et surtout les Roma sont montrés du doigt. Si on essaie de comprendre les obstacles que les Roma doivent surmonter pour envoyer leurs enfants à l école, on arrivera à comprendre qu une attitude positive est plutôt indiquée. Les parents souhaitent un meilleur avenir pour leurs enfants, pour cette raison ils sont venus ici. C est pourquoi ils préfèreraient bien envoyer leurs enfants à l école que de les voir mendier ou vendre des fleurs. C est pourquoi il vaut mieux traduire la lutte contre la mendicité ou la lutte contre l absentéisme en une lutte pour (la réalisation du droit à) l enseignement. En général, on s aperçoit surtout de ce qui va mal. Comme nous l avons vu, chez une minorité l absentéisme est trop fort. Le décrochage concerne surtout les adolescents qui sont trop âgés pour commencer l enseignement en Belgique. Tous les autres efforts consacrés au niveau individuel ou familial par les élèves qui essaient de suivre les cours régulièrement, ne sont pas remarqués. Les prestations faites doivent beaucoup plus être vues, reconnues, louées et stimulées. Il ne faut pas tout de suite avoir des exigences trop hautes. Il faut avancer pas par pas et attribuer l attention nécessaire à chaque petite réussite. Pour les parents et les enfants, l approbation et la reconnaissance sont des facteurs très importants qui stimulent la relation de confiance. Ceci peut se faire oralement ou sous forme de reconnaissance matérielle (pull-factors : voir plus loin) MOTIVATION INTERNE Le développement d une motivation interne vise à ce que les personnes arrivent à comprendre l importance de l enseignement de façon à ce qu elles se motivent elles-mêmes suffisamment pour pouvoir suivre les cours. Le but est que l enseignement soit perçu comme un événement positif où des relations positives avec la société peuvent se créer. La motivation interne peut être développée en tenant compte de certaines conditions de base et en augmentant l implication réciproque des enfants, des parents et de l école. 66
67 ENSEIGNEMENT Conditions de base à remplir a. Améliorer la situation socio-économique De l analyse des obstacles ressort que la nécessité de survivre, qui est étroitement liée au statut de séjour précaire, a un impact important sur la scolarisation des enfants Roma. La difficulté réside dans le fait que pour les personnes sans statut légal, des solutions ne sont pas du tout évidentes, voire même impossibles (régularisation du séjour, travail, ) dans le cadre de la réglementation actuelle. Il faudra bien veiller à ce que les droits fondamentaux de ces groupes sont respectés et qu il peuvent vivre dans de conditions conformes à la dignité humaine. Il s agit du droit aux soins de santé, le droit à un revenu (pour certaines catégories) et le droit à l enseignement. Il est évident que cela nécessite une collaboration avec un large éventail d acteurs. Les écoles peuvent jouer un rôle et renvoyer ou signaler certains problèmes aux instances et services spécialisés. b. Les chances égales dans l enseignement Une politique d inscription L enseignement est un bon levier pour l intégration des minorités ethniques et culturelles dans la société belge. Le processus d intégration se passerait mieux si ces minorités étaient partout les bienvenues. La fréquentation avec la population majoritaire à l école a un effet positif sur le parcours ultérieur des personnes allochtones, et il y a lieu de stimuler cela. Du côté francophone, il faudra élaborer une politique d inscription claire combattant la discrimination à l inscription. Ceci implique des mesures de protection juridique et de renvoi efficace. Tant du côté francophone que du côté néerlandophone, il faudra mettre en place un mécanisme de contrôle qui prévoit des sanctions efficaces pour les écoles qui refusent illégitimement des inscriptions. Un soutien plus grand pour les écoles Une politique d inscription demande une politique de soutien pour éliminer une série de discriminations. En effet, les écoles reculent devant la charge administrative et financière qu elles doivent porter pour les élèves sans statut de séjour qui souvent ne participent pas ou peu financièrement. Ces élèves ne rentrent 67
68 effectivement pas dans le calcul des subventions des autorités publiques. Les écoles qui accueillent un grand nombre de primo-arrivants, réfugiés et personnes en séjour illégal estiment que les moyens financiers et en personnel attribués par les autorités publiques ne suffisent pas pour organiser un accueil et accompagnement de qualité, malgré la mesure D+. C est pourquoi, en premier lieu ils plaident pour plus de moyens, surtout pour un accueil de qualité des primo-arrivants, de façon à ce que les écoles soient récompensées et non pas punies pour leur engagement. Un des problèmes de beaucoup d écoles est que les classes passerelles sont surchargées. Beaucoup d élèves qui ont besoin de passer par là ne rentrent pas dans les critères pour les classes passerelles, mais y sont quand même accueillis. Les écoles demandent des moyens supplémentaires des autorités publiques pour adapter l offre à la demande réelle et donc pour organiser des classes passerelles selon le nombre réel de primo-arrivants. Pour l heure, 12 écoles peuvent prétendre à une classe passerelle. Pourtant, toutes les écoles qui sentent le besoin d en organiser, devraient pouvoir recevoir une subvention pour une classe passerelle en fonction du nombre de primo-arrivants. Il apparaît très clairement, que pour certains élèves une année dans la classe passerelle ne suffit pas pour atteindre le niveau qui permet de les intégrer dans une classe normale. Il faudrait prévoir la possibilité de prolonger cet accompagnement initial, si nécessaire. L école n est pas seule responsable pour le bon accueil des primo-arrivants. Cet accueil doit se faire en collaboration avec d autres institutions comme les bureaux d accueil e.a. Ces autres services devront alors aussi pouvoir disposer de moyens suffisants pour accompagner plus de groupes qu à l heure actuelle. D autres pull-factors matériels possibles qui pourraient rendre l enseignement plus attractif pour les Roma: repas scolaires gratuits, intervention dans les frais de transport, etc. Une école peut choisir d attribuer une partie des subventions D+ ou d autres moyens pour intervenir dans ces frais. Dans certaines communes, mais pas dans toutes, le CPAS intervient dans les frais des repas scolaires et autres. Pour certaines familles, des moyens devraient certainement être prévus pour éviter que le droit à l enseignement reste un droit sélectif qui ne peut être réalisé que par les personnes qui disposent des moyens nécessaires ou qui, par hasard ou non, habitent 68
69 ENSEIGNEMENT dans la bonne commune. La différentiation du financement et du calcul des moyens de fonctionnement sur la base des critères D+ est déjà un pas dans la bonne direction. Les écoles demandent également que le remboursement des repas par le CPAS se fasse plus vite que maintenant. Le CPAS (p.ex. de Molenbeek) a toute une année pour verser cette aide à l école, il peut donc y avoir une accumulation importante de préfinancements faits par l école Augmenter la participation Une participation plus grande des enfants et des parents aux activités à l école et une implication plus grande du personnel de l école dans la vie des Roma peuvent être réalisées en combinant plusieurs stratégies : une meilleure communication entre les parents et l école, une meilleure implication des parents dans ce qui se passe à l école, une meilleure information du personnel de l école et une meilleure adaptation pédagogique au public multiculturel d élèves. a. Une meilleure communication entre les parents et l école Sensibilisation et information des Roma Pour que les écoles ne puissent pas abuser du manque de connaissance des parents (p.ex. en ce qui concerne les inscriptions) il faudra sensibiliser les parents concernant leurs droits et devoirs. Une sensibilisation quant à l utilité des écoles de devoirs devrait se faire de manière systématique. Ainsi, on pourrait augmenter les chances de réussite et tenir les enfants loin de la rue après les cours. L importance de l école maternelle doit aussi être mise en évidence. Il faudrait en tout cas faire comprendre que plus jeune un enfant rentre à l école, plus facilement il arrivera à suivre et plus de chances il aura d éviter la spirale de pauvreté, chômage et marginalisation. Il importe aussi de sensibiliser les parents pour une participation active dans la préparation des élèves aux moments décisifs (surtout vers l âge de 12 à 14 ans). Du fait que les parents ne connaissent pas les buts finaux du système de l enseignement, ni le fonctionnement, l organisation, les règles et le personnel de l école, ils font preuve d une certaine méfiance et d un certain manque d intérêt pour l école. Plusieurs facteurs évidents pour les personnes autochtones, le sont 69
70 beaucoup moins pour les Roma (et d autres personnes allochtones). Il est donc très important de fournir aux parents dès le début des informations claires sur tous ces aspects. Il faut également donner des explications très concrètes sur des éléments auxquels les parents sont très sensibles, la sécurité et la protection de leurs enfants, le système de récompense/punition, etc. Une visite aux classes en donnant des explications concernant les différentes activités scolaires et les matières peut contribuer à une vue plus claire des parents sur l enseignement. Dans ce cadre, il faudra aussi expliquer l importance des conventions et de la ponctualité et vérifier si les parents ont tout bien compris. Une autre tâche indispensable est d écouter leurs besoins et éventuellement essayer de comprendre le vrai fond de leur histoire (ce qui se cache derrière les mots). Il faut montrer du respect, donner un sentiment de sécurité, montrer surtout qu ils sont les bienvenus, aider les Roma à surmonter les obstacles psychologiques. Il faut stimuler les parents à ne certainement pas rater les contacts avec les parents. A ces moments-là, ils pourront mieux comprendre ce que leurs enfants font à l école. Les écoles peuvent également fournir des informations supplémentaires qui peuvent être très importantes pour les Roma. Les familles peuvent alors être renvoyées vers des services spécialisés. Des informations quant aux adresses des centres de santé, comment obtenir une carte médicale par la procédure concernant l aide médicale urgente etc. peuvent avoir un effet positif sur la relation entre les parents et l école. Plusieurs directeurs estimaient qu il était également important de promouvoir chez ces groupes de la population les autres activités extrascolaires et l encadrement donné. Ici se pose la question dans quelle mesure de telles activités sont approuvées par les Roma qui développent la plupart de leurs activités au sein de la famille et qui après l école sont souvent engagés pour gagner de l argent. Des activités extrascolaires telles que les pleines de jeux en été ne suscitent que le désintérêt des Roma. La négociation Il faut sensibiliser les Roma quant à l obligation scolaire. Il faut se réaliser que les familles ont également des devoirs vis-à-vis de l école. Il faut maintenir la pression 70
71 ENSEIGNEMENT sur les familles jusqu au moment ou la fréquentation de l école devient un automatisme. A l Ecole du Canal on soulignait l importance de la négociation dans les contacts avec les Roma. Les nouvelles familles ont souvent une attitude demandeuse ou exigeante envers l école et elles attendent un engagement à sens unique. Elles rentrent dans un rôle typique de victime. On peut responsabiliser les parents en leur montrant que l école offre des choses intéressantes pour eux et qui répondent à certains besoins qu ils ont, et qu elle demande quelque chose en retour (petite participation financière, stimuler les enfants de se lever le matin pour aller à l école, attestation médicale en cas d absence, etc.). Ce jeu de donner et de recevoir, de l offre et de la demande réciproque qui rentre parfaitement dans la culture de négociation des Roma, a souvent plus de résultat que l imposition de règles dirigistes que les personnes doivent suivre. Des conventions faites de cette manière, sont plus facilement respectées par les Roma. La communication et de la négociation sont très importantes, on ne peut pas assez le souligner. Il s agit d une attitude 32 que les chercheurs trouvent très importante vis-à-vis des Gens du voyages et des Roma (Alain Reyniers, ). D abord, il faudra mettre en évidence le plus concrètement possible les risques qu ils courent s ils ne collaborent pas et les avantages qu ils auront s ils collaborent, sans prendre soi-même position. A côté des règles et lois dont on ne peut pas discuter, il faut garder une petite marge de manœuvre pour des négociations. Les personnes doivent avoir l impression que l on n impose pas seulement des choses, mais qu on leur offre aussi quelque chose. Une chose n aura de la valeur que si des négociations ont été menées à ce sujet. C est pourquoi on peut avoir l impression que les Roma soient exigeants, mais en fait ils attendent de l autre partie de négocier pour arriver à un compromis. Une solution peut souvent être obtenue par une recherche créative d un modus vivendi. Dans certains cas, il est important de leur donner quelque chose en main (p.ex. une preuve, un certificat ou autre papier pour attester qu ils fréquentent l école). L école de sa part peut aussi attendre des efforts supplémentaires, si compliquée que la situation soit (p.ex. sur le plan financier : une contribution partielle pour les repas ou la caisse scolaire, ). Ann Huybrechs parle ici de l importance d une greffe : il faut rechercher des intérêts à l intérieur du groupe-cible afin de les accrocher aux buts de l intervenant. 71
72 La motivation interne peut être développée en illustrant l intérêt de l enseignement avec des arguments issus de leur propre logique de survie. Les personnes ne s engageront si elles y voient un intérêt. Les atouts de l école doivent clairement être mis en évidence, comme la garantie d une formation adaptée et solide qui les aidera à mieux survivre, la garantie du respect, de la sécurité et d un traitement sur pied d égalité, éventuellement la prise à charge de repas sains pour les enfants, Au centre de formation Foyer, il y a ainsi eu des négociations sur la situation scolaire de Florin, un jeune Roma. Comme il n avait pas encore tout à fait atteint l âge de 16 ans, on ne pouvait pas prétendre aux subsides pour l enseignement en alternance et le centre a pris cet élève à sa propre charge. Pour des raisons pas très claires, l élève restait pourtant systématiquement à la maison (raisons médicales?). Les visites à la maison d un collaborateur du Foyer et de la brigade de la jeunesse de la police n ont pas été efficaces. Pour finir, on a décidé d inviter l élève avec quelques autres membres de la famille (mère et sœur aînée) au Centre pour l enseignement en alternance pour discuter de la situation. On leur expliquait clairement que l école était de bonne volonté en le prenant exceptionnellement à sa propre charge (vu qu il n avait pas encore atteint l âge pour l enseignement en alternance) et qu il risquait de ne plus trouver une autre école et donc de perdre une année. On lui offrait également la possibilité de choisir une direction qui lui plaisait plus (électricité au lieu de restauration), vu que plus tard il voulait devenir mécanicien. Finalement, la mère et la sœur aînée ont compris quels efforts étaient faits pour donner des chances à Florin. Elles disaient qu elles veilleraient personnellement à ce que Florin se lève tous les jours à temps pour aller à l école. Depuis, Florin suit régulièrement les cours. La médiation Pour pouvoir influencer le milieu familial, il est nécessaire d établir une relation de confiance entre le personnel de l école et les parents. Une bonne communication et des contacts personnels concrets jouent un rôle central. Les visites à la maison agrandissent encore plus la confiance que le fait d inviter les parents à l école. Souvent, les Roma se tiennent à une certaine personne relais, une personne de confiance qui les écoute et les informe. Cette personne est alors sollicitée pour toutes sortes de questions et joue un rôle de relais pour plusieurs institutions ou 72
73 ENSEIGNEMENT services. Le problème qui se pose est que le personnel de l école qui peut s en charger (assistants sociaux de l école ou PMS, médiateurs scolaires, ) accueillent souvent un trop grand nombre d élèves pour pouvoir garantir un suivi individuel continu des primo-arrivants, e.a. Pour éviter de créer des structures séparées, il faudra essayer de responsabiliser les écoles pour de telles tâches de médiation. Il faudra donc analyser dans quelle mesure cette tâche peut être intégrée dans des structures existantes. Le plus évident serait est de l intégrer dans le Service des Médiateurs, un service de médiation créé dans le cadre du règlement D+. Le rôle important que jouent les personnes de confiance, ressort clairement du projet Brugfiguren (médiateurs) de l école élémentaire de l enseignement libre subsidié à Gand. Cette école à fort taux d étrangers accueille une soixantaine d enfants Roma sur un total de 140 élèves. Avec l aide du Stedenfonds (fonds des villes), 2 médiateurs, un belge et un Roma ont été engagés pour les primo-arrivants. Ces médiateurs sont les personnes relais auxquelles les familles des élèves peuvent s adresser avec toute sorte de question. Par la multiplicité des contacts informels et les visites à la maison, les médiateurs connaissent bien les personnes et en tant que personnes de confiance ils ont une fonction de relais vers l école. Ils sensibilisent les parents à l importance de l enseignement, à leurs droits et leurs devoirs, ils donnent des informations sur le fonctionnement de l école, sur les méthodes pédagogiques, etc. Ainsi ils n essaient pas seulement d arriver à faire inscrire les enfants par les parents, mais ils garantissent aussi un suivi des élèves. En plus, ils dirigent les élèves vers les activités extrascolaires, telles que les mouvements de jeunesse, etc. De l autre côté, ils informent le personnel de l école sur la situation familiale, les racines culturelles et ils interviennent dans des conflits ou l absentéisme. Après un an, les résultats de ce projet de médiation étaient évidents : beaucoup de Roma avaient été dirigés vers l école et l absentéisme avait diminué. Ce rôle de médiation cadre dans une approche plus intégrée. Les médiateurs se penchent aussi sur les conditions secondaires de la fréquentation de l école en rendant également service dans d autres domaines. Ils aident les parents à trouver leur chemin parmi les institutions et services sociaux et les renvoient, ils les aident à se mettre en règle au niveau administratif, ils les mobilisent pour suivre des cours de langue, des formations, des réunions, etc. Pour les parents, ils représentent une 73
74 plus-value de l enseignement et constituent donc une motivation supplémentaire (pull-factor). Lors de ce travail de médiation, il importe d impliquer d autres acteurs et de créer des réseaux. Dans un réseau d instances prestant des services, chacun doit connaître son rôle, qui doit être bien défini, et il faut des règles bien précises et consistantes et une bonne concertation. Souvent, on admire une personne qui sert d exemple dans le propre milieu et qui a déjà atteint des buts. Vu que la plupart des Roma sont arrivés récemment, il n y a pas encore beaucoup de personnes qui dans le domaine de l école ont déjà réalisé quelque chose de remarquable. Il faut quand même être attentif à faire appel à ces personnes qui servent d exemple pour sensibiliser les jeunes à l enseignement. Ils peuvent aussi être une preuve du fait que la participation à des institutions gadgé comme l école est tout à fait possible sans perte d identité culturelle. b. L information et la formation du personnel de l école Du fait que les Roma sont un groupe inconnu et difficile à définir pour le personnel de l école, il y a un besoin d une meilleure connaissance de l histoire, la culture et la situation des Roma. On n arrivera à comprendre la situation scolaire des enfants que si on a une meilleure vue sur l ensemble du contexte de leur séjour à Bruxelles et de la situation socioéconomique dans laquelle ils vivaient dans leur pays d origine. De plus amples informations sur ces aspects inciteront les enseignants à changer leur attitude envers ce groupe de personnes. Cette tâche d information pourrait être remplie par une sorte de Service Roma, éventuellement par le service pour Roma et voyageurs du centre Foyer. Une formation de base interculturelle devrait en plus faire partie de la formation des enseignants et de l autre personnel de l école. En outre, les écoles demandent plus de collaboration avec des services qui travaillent avec des Roma. Des informations utiles sur des familles individuelles pourraient alors être échangées. Cela aiderait à mieux évaluer certaines situations et à adopter une attitude correcte (p.ex. vis-à-vis des enfants qui arrivent trop tard à l école parce qu ils doivent d abord aider à laver plusieurs bébés à la maison). 74
75 ENSEIGNEMENT En général, on peut affirmer qu une approche intégrée de la problématique de l enseignement pour les minorités ethniques et culturelles s impose. Dans les études des enseignants, leur formation professionnelle et formation continue, il manque un cours consacré à une approche globale de la diversité et la pauvreté (familles avec une multiplicité de problèmes) (Omgevingsanalyse VMC, 2000) Augmenter la participation des parents Les parents ou les autres personnes ayant une certaine influence (frères ou sœurs aînés, oncle, ) doivent être stimulés en permanence de suivre les études des enfants, de les obliger à faire les devoirs. L engagement de ces personnes doit être reconnu, affirmé et soutenu. Ceci peut se faire dans le cadre d une relation de confiance avec la personne relais de l école qui connaît la hiérarchie familiale et la respecte et qui peut donc avoir une certaine influence. Dans ce cadre, les parents ne doivent pas toujours venir à l école, mais l école doit aussi aller chez les parents. Un bon exemple sont les visites à la maison, qui sont pour la plupart bien appréciées par les personnes du milieu familial. Les parents et les autres membres de la famille doivent être informées et sensibilisées, mais on peut aussi les inviter pour des activités scolaires spécifiques comme les journées mondiales, des animations culturelles, des fêtes scolaires, etc. Il faut saisir chaque occasion pour impliquer les Roma activement dans ces activités et pour valoriser leurs capacités (p.ex. groupe de musique, un repas typique préparé par les parents, etc.). Tant que les personnes restent analphabètes, elles sont moins capables de se défendre dans notre société et d autres profiteront d elles. C est pourquoi certaines écoles estimaient qu il était absolument nécessaire de stimuler les parents de suivre des cours (de français, d alphabétisation). Pour augmenter la participation des parents, une des écoles avait pris l idée d introduire via le Ministère un projet concernant des cours de langue et d alphabétisation pour les parents des élèves. Dans le projet de Gand Brugfiguren (médiateurs) des cours de langue et d orientation sociale sont également organisés pour les parents des élèves en collaboration avec le réseau Intercultureel Netwerk Gent. A Bruxelles, il serait également utile d analyser les possibilités d organiser de tels cours pour les parents, 75
76 éventuellement en collaboration avec les bureaux d accueil ou d autres partenaires. Ainsi, on peut aider à faire comprendre l intérêt qu ont l enseignement et la formation L adaptation pédagogique Afin de stimuler la motivation interne, l offre pédagogique de l école peut être rendue plus attrayante pour les enfants et les parents (pull-factor). Quelles formations peuvent renforcer l identité et le sentiment de sa valeur propre? A première vue, on pourrait dire que sur la base de l attitude pragmatique des Roma face à l enseignement, l apprentissage de capacités directement utiles est prioritaire pour eux. Quelqu un sera réellement motivé à suivre une certaine direction s il y a un intérêt. On pourrait évaluer quelles autres capacités instrumentales et intellectuelles ces enfants pourraient manifester, si un milieu adapté pour les motiver serait créé (Bruggen W., 2003). En tout cas il importe que les écoles en collaboration avec les centres PMS, orientent les élèves de façon continue vers des directions d études qui conviennent à leurs capacités et aptitudes. Comment organiser un accompagnement spécifique dans le cadre de l enseignement normal, ceci est apparemment une question délicate et difficile, puisque on part souvent du principe de la non-discrimination. L intention n est surtout pas de contribuer par cette attention particulière à une plus grande discrimination et à l accentuation de la stigmatisation de tsiganes. Pourtant, il importe de se poser la question si dans l enseignement multiculturel tous les élèves doivent être traités de la même manière et selon les mêmes méthodiques. Pour un public tellement divers, du point de vue culturel, social, économique et religieux, une approche différentiée s impose. Dans le milieu familial, l éducation en groupe des enfants se fait d une manière non autoritaire et les enfants jouissent donc d une grande liberté. Un système d enseignement organisé de manière hiérarchique dans lequel l enseignant dirige, demande une grande adaptation de la part des Roma. Une alternative est l enseignement ciblé sur les élèves et orienté vers la pratique, ce qui implique la prise de la motivation interne comme point de départ. Ceci n est pas non plus évident pour les enfants Roma. Les enfants ont besoin d une structure dans leur 76
77 ENSEIGNEMENT éducation qui soit claire. Une approche pédagogique portera ses fruits à condition qu elle offre une structure claire et qu elle soit cohérente. Il faudra tâter les limites et négocier. Malgré ce qui vient d être exposé, la motivation et la bonne intégration des élèves dépend de l attitude des professeurs eux-mêmes. Un professeur convaincu du potentiel des élèves adoptera une attitude motivée, ce qui augmentera à son tour la motivation et la confiance des élèves en eux-mêmes. Les enseignants qui se laissent fortement influencer par des préjudices et des généralisations et qui, par conséquent, estiment que l enseignement des enfants difficiles est une entreprise désespérée, créent une selffulfilling profecy. Plusieurs projets ont été mis au point pour promouvoir le multiculturalisme sur base de la culture (musique, animations, ), en impliquant également, si possible, les parents. Des efforts permanents sont nécessaires pour promouvoir la tolérance parmi les élèves et les parents et pour créer une image correcte des différentes cultures par le biais d activités culturelles à l intérieur et à l extérieur de l école. En ce qui concerne les Roma, il serait intéressant d établir une liste ou une brochure avec un inventaire du matériel éducatif disponible et les adresses des personnes ou organisations qui peuvent organiser de l animation culturelle (musique, théâtre, ) et/ou des projets de sensibilisation dans les écoles. Cette question a, entre autres, été posée par deux écoles. La valorisation de la culture Roma à l école par des projets de musique avec des musiciens Roma e.a. donne une impulsion à une meilleure intégration LA MOTIVATION EXTERNE L obligation scolaire existe, mais il n y a pas de sanction pour ceux qui ne la remplissent pas. A la demande de l inspection de l enseignement et du parquet, la brigade de la jeunesse peut aller voir les parents. Elle ne peut exercer qu une pression limitée en expliquant l intérêt de l enseignement et les risques que les enfants courent de sortir du droit chemin. En plus, les élèves dans l enseignement secondaire 33 qui accumulent plus de 30 jours d absences sans raison valable, étalées sur toute l année, reçoivent le statut d «élèves libres» et leur année peut en fait être déclarée nulle. Si ces tentatives n ont pas d effets, certaines communes 77
78 menacent les parents de la perte des allocations familiales 34. A ce niveau, il y a une étroite collaboration entre la brigade de jeunesse et le CPAS. Selon ces CPAS cette incitation/menace (push-factor) a effectivement des effets sur la fréquentation de l école par les enfants. Les personnes se trouvant dans une logique de survie et qui sont motivées de l extérieur, s attendent à de l aide de l extérieur. Des sanctions extérieures qui ont un impact sur les besoins de survie fondamentaux sont donc très effectives. Pour répondre à l inconséquence d une obligation scolaire sans sanctions, il faut un système conséquent de sanctions pour mettre la famille dans une position de demande. Pourtant, cette motivation externe qui vise à convaincre les parents à envoyer leurs enfants à l école, n est appliquée que par quelques communes. Le CPAS peut décider de façon autonome de ses règles. Ce qui fait que les CPAS d autres communes versent les allocations familiales sans la condition de la présence à l école. Ceci jette le trouble chez les familles qui se sentent souvent discriminées par rapport aux communes plus souples. Pourtant, cet instrument effectif pourrait être appliqué partout. Ceci demande une stratégie d aide sociale étanche qui prévoit partout l application des mêmes règles de manière conséquente et des concertations avec toutes les personnes concernées pour définir le rôle et la position de chacun (école, CPAS, brigade de la jeunesse, famille, éventuellement les acteurs du travail social de rue, PMS, ). 78
79 ENSEIGNEMENT Résumé de quelques priorités concernant l enseignement pour Roma (conclusions des entretiens avec des personnes qui représentent 250 élèves Roma) 1. Pour motiver les Roma pour l enseignement a. Il faut savoir que les enfants doivent aussi être disponibles pour les parents : acquisition d un revenu. Les allocations familiales et le contrôle du paiement de ces allocations doivent promouvoir la fréquentation de l école. b. Remédier à la précarité du statut de séjour et de la situation du logement. c. Amener les enfants à l école à l âge le plus jeunes possible, dès l école maternelle. d. Il faut se réaliser que le milieu familial n est pas favorable aux études. e. Surveiller le passage de l enseignement élémentaire à l enseignement secondaire. f. Prévoir un soutien financier supplémentaire, si nécessaire, pour certains frais scolaires (CPAS) p.ex les repas scolaires. g. Confier à la brigade de la jeunesse de la police une partie de la tâche d accompagnement des enfants Roma. h. Augmenter l implication des parents. 2. Pour motiver l école par rapport aux Roma a. Veiller à la non-discrimination à l école lors des inscriptions. b. Négocier sur les présences. - parents - direction de l école - médiateur c. Information des enseignants lors de leur formation. 3. Se servir utilement des personnes exemplaires 79
80 ANNEXES ENSEIGNEMENT I. ADRESSES DES ÉCOLES CONTACTÉES * Ecoles élémentaires Ecole Frédéric De Jongh n 8, rue Gaucheret 124A, 1030 Schaerbeek - Mme. M. Pétron (Dir.): 02/ Athenée Royal Serge Creuz : rue de la Prospérité 14, 1080 Molenbeek - Mr. H. Hick (Dir.): 02/ Ecole du Canal: Rue du Canal 57, 1000 Bruxelles - Mr. Wymeersch (Dir.): 02/ Ecole Eméraude n 2: rue le Lorrain 94, 1080 Molenbeek - Mme. Barbé (Dir.): 02/ Ecole n 9, rue du Monténégro 159, 1190 Forêt - Mr. Fransisco Gonzales (Centre PMS) : 02/ , 0478/ * Ecoles secondaires Institut Bisschoffsheim, rue de la Blanchisserie 52, 1000 Bruxelles - Mme Homblé : 02/ Institut de la Providence, rue Haberman 27, 1070 Anderlecht - Mme. Hassabi Houria (soc. assist.) : 02/ Koninklijk Atheneum Victor Horta, rue de la Réthorique 16, 1060 Forêt - Mr. Fransisco Gonzales (Centre PMS) : 02/ , 0478/ Institut Marius Renard, Anderlecht - Mme. Vandermeuten (Sécr.) : 02/ Athenée Royal Leonardo da Vinci, rue Chômé Wyns 5, 1070 Anderlecht - 02/ * Enseignement en alternance Centre d enseignement en alternance Foyer, Rue des Ateliers 34, 1080 Molenbeek - Liviu Hopârtean (enseignant): 02/
81 ENSEIGNEMENT * Enseignement spécial Ecole Primaire Communale Les Marronniers (type 8), Av. Zaman 57, 1190 Forêt - 02/ Ecole Fondamentale Communale La Cordée (type 1-2), Rue du Dries 27, 1190 Forêt - 02/ C. Prof. Saint-Jean et Nicolas, Rue Verte 146, Schaerbeek - 02/ II. QUESTIONNAIRE POUR LES ÉCOLES Ecole: 1) Combien d enfants/jeunes Roma y a-t-il dans votre école? 2) Quel est leur âge? Quelle année suivent-ils? 3) Combien de garçons/filles? 4) Pourquoi ont-ils choisi cette école? 5) Y a-t-il des écoles qui refusent des Roma? Elèves: 6) Quels sont leur nationalité et leur statut? 7) Quel enseignement suivent les jeunes? (cours généraux, professionnels, techniques, àintérêts? 8) Comment est l interaction avec les élèves? 9) Quels sont les problèmes auxquels les cancres sont confrontés? - retard scolaire - problèmes financiers - racisme - absentéisme (raisons, ) - 10) Pour l enseignement secondaire: comment se passe le passage de l enseignement élémentaire à l enseignement secondaire, pour garçons/filles? 11) Y a-t-il des élèves Roma qui ont terminé leurs études à l école? 81
82 Pédagogie: 12) Quels obstacles se posent pour la fréquentation de l école? (soc-cult, psychopédagog, continuité, statut de séjour, ) 13) Quelles solutions l école a-t-elle essayé d apporter? 14) Qu est-ce qui est nécessaire pour un accompagnement pédagogique correct? 15) Quel accompagnement est offert par l école? Contact avec les parents /le milieu familial? Renvoyer? 16) Quelles initiatives existent de la part des autorités publiques? Suggestions: 17) Quels sont les besoins de l école en ce qui concerne les Roma? Quelles suggestions pour le travail avec les Roma au niveau d une ong comme le Foyer et au niveau de la politique? III. LISTE DES ÉCOLES ORGANISANT DES CLASSES PASSERELLES ( ) Ecoles primaires 35 Centre Scolaire St. Gilles Ste. Marie, Rue Emile Feron 9, 1060 St. Gilles (02/ ) Ecole Comunale des 6 jetons, Rue des 6 jetons 55, 100 Bruxelles (02/ ) Ecole Communale Les Maronniers, Rue de Douvres 80, 1070 Anderlecht (02/ ) Ecole du Sacré-Cœur et de St. Josse, Rue du Cardinal 32, 1000 Bruxelles (02/ ) Ecole Fondamentale Annexée Serge Creuz, Rue de la Prospérité 14, 1080 Molenbeek (02/ ) Ecole Fondamentale Annexée Victor Horta, Rue du Lycée, 1060 St. Gilles (02/ ) Ecole Fondamentale Communale N 1, Rue Josaphat 229, 1030 Schaerbeek (02/ ) Ecole Fondamentale N 8 Frédéric De Jongh, Rue Gaucheret 124A, 82
83 ENSEIGNEMENT 1030 Schaerbeek (02/ ) Ecole Libre Institut Imelda, Ch. De Ninove 132, 1080 Molenbeek (02/ ) Ecole Libre Magellan, Rue de Lenglentier 6-14, 1000 Bruxelles (02/ ) Groupe Scolaire Les Jardins d Elise N 12, Rue Elise 100, 1050 Elsene (02/ ) Institut La Sagesse, Rue Potagère 74, 1210 St. Josse ten Noode Ecoles secondaires Institut Bischoffsheim, rue de la Blanchisserie, 52 à 1000 Bruxelles. 2. Collège Roi Baudouin, avenue Marchal, 62 à 1030 Schaerbeek. 3. Centre communal d enseignement technique Pierre Paulus, rue de la Croix de Pierre 73, à 1060 Saint-Gilles. 4. Athénée royal Victor Horta, rue de la Rhétorique 16, à 1060 Saint-Gilles. 5. Institut des Filles de Marie, rue Théodore Verhaegen 6, à 1060 Saint-Gilles. 6. I.T.C.F. Leonardo da Vinci, rue Chômé Wyns 5, à 1070 Anderlecht. 7. Institut de la Providence, rue Haberman 27, à 1070 Anderlecht. 8. Campus Saint-Jean, chaussée de Ninove 136, à 1080 Molenbeek. 9. Athénée royal Serge Creuz, avenue du Sippelberg 2, à 1080 Molenbeek. 10. Institut Madeleine Jacquemotte, avenue Constant Permeke 2, à 1140 Evère. 11. Lycée Guy Cudell, rue de Liedekerke 66, à 1210 Saint-Josse. 12. Centre scolaire des Dames de Marie Haecht-Philomène Limite, chaussée de Haecht 68, à 1210 Saint-Josse. Liste des écoles D+ Autres adresses Simplement une école : Rue Haute 88, 1000 Bruxelles, 02/ Service des Repas scolaires : Rue Arthur Maes , 1130 Bruxelles, 02/
84 84
85 SANTÉ CHAPITRE 3. SANTÉ 1. La situation de santé des Roma en Europe de l Est Selon le rapport du PNUD sur les Roma 37 (2002) et beaucoup d autres rapports, l état de santé des Roma en Europe de l Est s est dégradé pendant les dix dernières années. Le système des soins de santé s est graduellement effrité. Comme le pouvoir public s est retiré de cette tâche et la pauvreté a augmenté de manière croissante chez les Roma, les soins de santé sont de moins en moins accessibles pour les Roma. Cet accès inefficace aux soins de santé est surtout dû au manque de moyens financiers. Les Roma ne savent souvent pas faire les paiements au comptant dus chez le médecin ou dans une institution de soins, si petits qu il soient. Il apparaît en plus que les Roma sont mal informés sur ce système des soins de santé. En Roumanie seuls 54% des Roma et en Bulgarie seuls 63% d eux ont une assurance maladie et ils sont souvent discriminés administrativement quant à l accord d une assurance. Beaucoup de Roma ne disposent pas d une carte d identité ou un extrait de naissance nécessaire pour s inscrire à l assurance maladie. Pour les 5034 Roma enquêtés dans les différents pays de l Europe de l Est dans le cadre du rapport du PNUD sur les Roma,le tableau 1 montre le taux de personnes qui ont un médecin personnel et/ou une assurance maladie. En réalité, Accès aux soins de santé % Roma interrogés médecin personnel assurance maladie Bulgarie Tchéquie Hongrie Slovaquie Roumanie Tableau 1 : Le taux des personnes Roma interrogées qui ont un médecin personnel et/ou une assurance maladie Source: PNUD rapport Roma
86 l accès aux soins de santé est beaucoup plus dramatique. Que la plupart des personnes interrogées aient répondu avoir un médecin personnel en dit beaucoup plus sur le fait que les personnes ne savent pas comment le système des soins de santé fonctionne. En juillet 2000, en Bulgarie un système d assurance maladie a été mis en place 38. Chacun doit payer une prime mensuelle à la mutualité pour pouvoir faire appel aux soins de santé. La présence d une première ligne comme un médecin de première ligne dépend du nombre de personnes qui paient une prime. Dans les régions et villages pauvres, les médecins commencent à partir à cause de la perte de revenus. Depuis la révolution de 1989, la position socio-économique des Roma a fortement rétrogradé. La pauvreté et les mauvaises circonstances de vie augmentent le risque de maladies chroniques. A cause de cela, il y a de plus en plus de cas de malnutrition et d abandon, surtout chez les personnes âgées et les enfants. Les circonstances de vie antihygiéniques, par exemple dans les décharges publiques ou les gens recherchent des choses pour survivre, et le manque d eau et de canalisations, comportent de grands risques de maladies. Seuls 60% des ménages disposent d eau courante, moins de 50% d une toilette dans la maison. A cause du travail dur qu ils font, en Bulgarie il y a deux fois plus de cas d invalidité chez les Roma que chez les non Roma 39. Selon plusieurs rapports internationaux (e.a. de la banque mondiale) l espérance de vie des Roma est en moyenne 15 fois plus basse que celle des non Roma. Dans les Etats-Unis, les Roma n atteignent que l âge de 48 à 55 ans. La mortalité infantile est remarquablement haute. Des maladies infectieuses et parasitaires sont beaucoup plus constatées chez les enfants Roma. La santé des femmes constitue aussi un grand problème. Ceci s explique par des facteurs socioéconomiques (pauvreté, nutrition malsaine, accès déficient aux soins de santé) et des éléments culturels (accouchements nombreux et précoces). La relation entre le haut taux de mortalité infantile et la forte fertilité des femmes soulève la question de l extension des droits reproductifs des femmes. Beaucoup de pays de l Europe de l Est présentent un pourcentage d infections 86
87 SANTÉ Sida beaucoup plus élevé selon le rapport du PNUD sur les Roma. Suite à des stratégies de survie comme le travail dans la prostitution et le trafic de drogue, ce pourcentage augmente de manière inquiétante. A cause de leur situation socioéconomique défavorisée, les Roma courent plus le risque d être infectés par l hépatite A, B et C, TBC, etc. Les soins de santé en Roumanie Sous le régime communiste, les soins de santé dans les hôpitaux d état et les dispensaires étaient gratuits. Un système de médecin généraliste n existait pas. La Bulgarie et la Roumanie étaient les premiers pays qui ont restructuré leurs systèmes de santé après Pendant la politique nationaliste de Ceaucescu les contraceptifs et les avortements étaient strictement interdits. Des avortements illégaux faits par certaines femmes ou médecins dans les villages étaient une pratique courante. Mais beaucoup d enfants ont été exposés et finalement éduqués dans des orphelinats 40. Depuis la fin du communisme, le système de santé a subi peu de changements en Roumanie. Le pays ne s est pas encore tout à fait rétabli après le régime de Ceaucescu, les institutions publiques ne disposent que de très peu de moyens financiers et sont mal organisées. En plus, le pays connaît un rapide vieillissement de la population. Les soins de santé sont organisés par les hôpitaux et il n y a presque pas d institutions au niveau local. Les hôpitaux ne fonctionnent pas d une manière efficace et n offrent pas les soins dont les personnes ont besoin et qu elles attendent. Les réformes visent actuellement les médecins généralistes et les soins à domicile. En Roumanie, en 1999 la mortalité enfantine entre 0 et 4 ans était 3 fois plus élevée chez les Roma que chez la population roumaine (80 contre 28.2 sur 1000). La Roumanie détient le triste record d enfants infectés par le Sida dû à l utilisation de sang non examiné et d aiguilles contaminées pendant le régime communiste. Les Roma en Belgique se plaignent surtout de l accès inexistant aux soins de santé de qualité en Roumanie, tant pour les Roma que pour beaucoup de Roumains. Les soins de santé ne sont accessibles que pour ceux qui disposent 87
88 de moyens suffisants. La corruption parmi les médecins et les infirmiers est largement répandue. Il faut donner des pourboires aux médecins pour que l on soit traité. Autrement, il ne faut pas penser à un traitement. Pour tout ce qui se fait à l hôpital (changer le lit, nettoyer la chambre, ) il faut glisser de l argent. Certains se font payer en nature (fromage, café, cigarettes, ). Les hôpitaux sont devenus très chers par rapport à la période communiste. Claudia 41 : Pour 3 jours à l hôpital, on paie 300. Pour cela, il faut travailler cinq mois. Pour beaucoup de Roma, mais aussi pour beaucoup de Roumains, cela est exclu. On peut alors se rendre à l hôpital des pauvres. Mais normalement, ils sont très sales. 2. L aide médicale urgente pour les personnes sans papiers 2.1. LE CADRE LÉGAL Les étrangers séjournant illégalement ont droit à l aide médicale urgente (AMU) (art de la loi sur les CPAS). L AR du 12/12/96 stipule que par aide médicale urgente 42 on peut entendre les soins préventifs et les soins curatifs : intervention, accouchement, examen, kinésithérapie, médicaments, Le CPAS du domicile doit rembourser les frais de l aide médicale urgente normale au prestataire des soins si la personne sans papiers est pauvre et présente à l avance une attestation médicale 43 rédigée par un prestataire médical reconnu dans laquelle la nécessité urgente des soins est affirmée. Si le demandeur dispose encore d un Code , il sera renvoyé au CPAS du lieu du centre d accueil attribué. Ensuite, le CPAS a un mois le temps pour prendre une décision sur la prise en charge. Le service social établit un dossier et fait une visite à domicile pour évaluer si l intéressé y habite effectivement et pour contrôler si effectivement il n est pas en état de payer les factures. A cet effet, le demandeur d aide doit indiquer une adresse, ce que certains refusent par peur d un rapatriement. Le compte rendu est présenté au conseil du CPAS pour approbation. Le demandeur reçoit une preuve de la prise en charge par le CPAS, par exemple sous forme d une carte médicale avec laquelle le demandeur peut consulter un médecin généraliste pendant une période déterminée ou sous forme d un réquisitoire 88
89 SANTÉ avec lequel il peut se faire soigner dans un certain hôpital ou acheter certains médicaments 45. Seulement en cas de soins médicaux urgents, pour lesquels un demandeur d aide a immédiatement été hospitalisé, le CPAS du lieu de domicile du demandeur est compétent pour le remboursement des frais, y compris les éventuels frais pour le transport en ambulance. Les personnes sans papiers n ont presque pas d accès aux soins de santé mentale. A cause du manque de clarté sur la question si ces institutions sous soumises à l AR, les soins ne sont pas remboursés. Depuis le 15 décembre 2000, les mineurs handicapés séjournant illégalement et/ou séjournant depuis plus de 5 ans en Belgique, peuvent, dans certains cas, prétendre à l assistance du Vlaams Fonds voor Sociale Integratie van Personen met een Handicap (fonds flamand pour l intégration sociale des personnes handicapées) LE RÈGLEMENT DE L AIDE MÉDICALE URGENTE DANS LA RÉGION DE BRUXELLES A Bruxelles, chaque CPAS a son propre système d aide médicale urgente. Pour l aide médicale urgente, le CPAS de la ville de Bruxelles donne une carte médicale valable pendant un temps déterminé et renvoie les demandeurs d aide d abord chez un médecin généraliste. Celui décide quelle aide médicale spécifique est nécessaire et remet le réquisitoire pour l hôpital. Cette institution informe à son tour le médecin généraliste qui, de cette façon, garde une vue globale du dossier. Ce système de centralisation fonctionne apparemment bien. D ailleurs, l aide médicale urgente ou la remise d une carte médicale est rarement refusée. La carte peut être valable pour toute la famille ou pour toutes les maladies. Le prolongement de la carte après 3 mois ne pose normalement pas de problèmes. Dans d autres communes, la procédure se déroule moins bien qu à Bruxelles ville. Le CPAS de St.-Gilles, par exemple, remet une attestation qui est une espèce de réquisitoire et qui est valable pendant 3 mois pour toutes les consultations à l hôpital St. Pierre. Les patients s adressent avec cette attestation directement aux spécialistes, sans passer par le médecin généraliste. Ceci pose 89
90 souvent des problèmes. Les CPAS de Schaerbeek et de Forêt ne donnent pas de carte médicale valable pendant quelques mois, de sorte que pour chaque consultation il faut à nouveau parcourir toutes les étapes administratives. Ce système compliqué semble être problématique pour les patients qui doivent suivre un traitement régulier. Dans certains CPAS, il y a trop peu de personnel compétent pour l aide médicale urgente. Par conséquent, les demandeurs doivent souvent attendre quelques semaines avant d avoir un rendez-vous au CPAS et ils doivent attendre plus d un mois avant d être pris en charge. C est pourquoi en cas de soins urgents, le CPAS peut entamer une procédure urgente. A Molenbeek, l assistant social du CPAS fait une visite au domicile le jour même encore, le comité a ensuite une semaine pour prendre une décision. Dans des cas très urgents, tout ce fait en 1 jour. Pour les soins médicaux intensifs et les urgences, les demandeurs d aide sont renvoyés aux médecins, pharmacies, centres médicaux, avec lesquels le CPAS a conclu une convention. En ce qui concerne les hôpitaux, les CPAS de la région de Bruxelles renvoient vers le réseau IRIS. Les autres hôpitaux refusent souvent de soigner des personnes sans papiers. Les personnes de la région de Bruxelles peuvent s adresser au Medisch Steunpunt Mensen zonder Papieren (service médical pour personnes sans papiers) avec toutes sortes de questions et pour des conseils concernant cette procédure et/ou le contenu d un rapport médical pour l obtention d un statut de séjour pour des raisons médicales. 3. La situation de santé des minorités ethnoculturelles Des recherches mettent en évidence que la santé des minorités ethniques et culturelles diffère à un certain niveau de celle des personnes autochtones. Pourtant, il n est pas évident de démontrer de quelle façon et en quelle mesure la situation de la santé des personnes allochtones diffère de celles de personnes autochtones. Souvent il est difficile d identifier si un usage moins fréquent des soins de santé est dû à des obstacles qui rendent l accès aux soins difficiles, ou à des différences dans les morbidités (Verhoeven H. e.a., 2003). L Etat est de plus en plus persuadé que des facteurs génétiques et culturels ne jouent qu en 90
91 SANTÉ partie un rôle dans la situation spécifique de santé. Dans la sociologie épidémiologique et médicale apparaît surtout l influence qu ont l âge, le sexe et le statut socio-économique sur l état de la santé et les demandes d aide. Le rapport d évaluation de la politique flamande concernant les minorités remarque qu il y a un manque quasi-total de recherches sur les groupes récemment immigrés comme les Européen de l Est, dont une partie essaie de survivre dans des circonstances extrêmement mauvaises à cause du manque de papiers. Les moyens attribués pour les soins préventifs sont négligeables en comparaison avec les moyens investis dans les soins curatifs. En général, les thèmes comme la politique et l accessibilité des soins de santé mentale pour les minorités ethniques et culturelles sont négligés. Dans la vie des immigrés, des facteurs spécifiques de stress comme la précarité du séjour, un passé traumatique, la discrimination, le déchirement entre une vie ici et une vie dans le pays d origine, sont trop peu considérés. Selon une analyse du milieu faite par le VMC (Vlaams Minderhedencentrum centre flamand des minorités) en Belgique, la qualité des soins de santé souffre en outre très fortement des problèmes de communication, ce qui fait que la demande d aide ne concorde pas assez avec l offre d aide. Des valeurs socioculturelles peuvent en plus interférer avec la consommation des soins de santé. Pour rapprocher l aide médicale, des médiateurs interculturels ont été engagés avec succès. Chez les allochtones, on constate une mortalité périnatale et enfantine plus grande. Le nombre de plaintes psychosomatiques est remarquablement grand parmi les minorités ethniques et culturelles. A cause de la situation de travail précaire, des accidents de travail et des maladies professionnelles se produisent plus souvent. Pourtant, ces personnes font moins appel aux soins de santé. 4. La méthode de recherche Dans le cadre de la recherche sur la santé et les Roma, 4 maisons médicales ont été visitées : la maison médicale 35 à Bruxelles-Nord, la maison médicale des Marolles, la maison médicale Quart Monde à Molenbeek et Médecins sans frontières à Bruxelles. En ce qui concerne Kind&Gezin (pendant flamand de l ONE), le bureau de consultation du centre Foyer a été interrogé et également 91
92 la collaboratrice Sabine Roblet du quartier Nord avec qui plusieurs visites au domicile de familles Roma ont été faites. En plus, une enquête d une vingtaine de collaboratrices de Kind&Gezin a été lancée avec 50% de réactions. La plupart de ces entretiens étaient des interviews structurées sur la base d un questionnaire comme fil conducteur. Ce questionnaire a aussi servi pour l enquête. La santé et les soins de santé étaient en plus un des thèmes abordés pendant des interviews mi-structurées de 10 familles Roma, de 5 CPAS et du CAW Archipel Welkom à Molenbeek. D autres contacts avec des personnes Roma, des entretiens téléphoniques avec les collaborateurs du service social de l hôpital St. Pierre et l ONE ont complété la recherche. 5. La situation de la santé des Roma à Bruxelles Selon les impressions exprimées par les CPAS, l état de la santé des Roma est misérable. Mais au CPAS, chacun déclare d être malade parce que l aide médicale urgente est la seule aide que les personnes sans papiers peuvent avoir. Les plaintes concernant la mauvaise aide financière des CPAS sont d ailleurs un fil conducteur dans la plupart des entretiens. La plupart des intervenants médicaux disaient qu en général, la santé des Roma n est pas dramatique, mais mauvaise et comparable a celle des autres réfugiés et personnes sans papiers. Compte tenu de leur situation de logement lamentable, de leurs vêtements souvent trop légers et leur situation sociale en général, les Roma sont, selon ces intervenants, encore assez résistants. Pourtant, il y a une différence importante par rapport à la santé des autochtones. Le VMC rapporte qu en Belgique, très peu de Roma atteignent l âge de 55 ans. Lors des contacts avec les familles Roma, on remarque que dans la plupart des familles, il y a 1 ou 2 personnes, dont généralement un parent, atteintes de l une ou l autre maladie grave, affection ou anomalie. On rencontre souvent des enfants avec des maladies graves, qui viennent de subir une opération au cœur ou qui ont un handicap mental. Ceci sert souvent comme argument pour une régularisation sur la base de raisons médicales. Même les familles qui ne connaissent pas ces problèmes, créent souvent des arguments médicaux en se fixant sur l une au l autre maladie ou mal léger. 92
93 SANTÉ 5.1. LA PATHOLOGIE Chez les Roma on retrouve un certain profil de maladies. Les différentes causes sont inhérentes aux conditions de vie dans un milieu pauvre, aux habitudes alimentaires et au stress Les maladies inhérentes à la pauvreté La situation de pauvreté dans laquelle les Roma vivaient dans leur pays d origine, a une influence sur leur situation de santé en Belgique. Très souvent, les Roma arrivent ici déjà dans un mauvais état de santé, surtout les personnes plus âgées. Souvent, ils sont déjà en mauvaise santé depuis des années, un état qui n était presque pas suivi là-bas. De jeunes personnes de trente ans ont souvent déjà des maladies typiques de personnes plus âgées (rhumatisme, ) et on un aspect plus vieux et décrépit. Certaines maladies qui n existent presque plus dans la société belge, apparaissent plus souvent chez les Roma et les autres groupes vivant dans une situation de séjour précaire comparable. La plupart des intervenants témoignaient d un plus grand nombre d infections de TBC. C est un phénomène qui de toute façon apparaît plus souvent parmi des groupes atteints de sous-alimentation chronique qui n ont pas les moyens de se faire soigner. Souvent, ils habitent dans des logements insalubres avec un plafond abîmé, sans eau courante et/ou chauffage, pleins de parasites (des cafards), sans aucune aération, humides et moisis, etc. Surtout les enfants et les personnes âgées en souffrent. Pour des personnes vivant en groupe, comme les Roma, le danger d infections est d autant plus grand. Plusieurs familles vivent ensemble dans la même maison, serrés les uns contre les autres. Dans ces groupes, il y a aussi beaucoup de cas de hépatite A et (la jaunisse à cause de) l hépatite B. Tandis que l hépatite A est causée par un manque d hygiène, les infections d hépatite B se transmettent lors de transfusions de sang, d injections et de contacts sexuels. Beaucoup de personnes sont infectées dans leur pays d origine chez les médecins, dentistes qui emploient du matériel médical infecté. Pendant l enquête, les 4 collaboratrices de K&G qui suivaient le plus les familles Roma (au total une cinquantaine de familles) rapportaient que les infections des voies respiratoires se manifestaient parmi les Roma plus souvent 93
94 chez les enfants que chez les adultes. Selon elles, ceci était dû à la vie intensive en plein air (mendier, ) généralement sans porter, comme d habitude, des vêtements assez chauds Les affections liées aux habitudes alimentaires On constatait également des affections liées directement aux habitudes alimentaires. Souvent il s agissait des problèmes dentaires (carie, abcès, ). Une hygiène dentaire déficiente et des vêtements inadaptés en sont souvent la cause. Plusieurs fois, on référait à la situation antérieure en Europe de l Est où les boissons sucrées et des friandises étaient des produits de luxe rares. Ici, les personnes se permettent de les acheter et les enfants sont gâtés avec plaisir avec toute sorte de sucreries bon marché. Ceci est déterminé par la culture. Ainsi, beaucoup de personnes immigrées de l ex Yougoslavie, par exemple, ont des caries à cause de la consommation de miel et de sucre dans les boissons. Beaucoup de Roma souffrent d affections à l estomac et au foie suite à une consommation exubérante d alcool, de cigarettes et de café. La culture de visite chez les Roma fait que l on boit beaucoup ensemble. Le cadeau typique lors des visites est un paquet de café (pour les femmes et les hommes) et du vin et du genièvre distillé par eux-mêmes ( tuica ) pour les hommes. Surtout beaucoup d hommes Roma sont par conséquent des consommateurs sociaux (pas individuels) d alcool. La boisson et la musique sont les moyens par excellence pour oublier pour un moment la misère de tous les jours. Beaucoup de Roma sont aussi de fumeurs. La tabac est usé dès un très jeune âge, pour imiter les adultes. Il n y a pas de tabou chez les aînés à ce sujet. Les Roma ne prennent presque pas de drogues. Dans le pays d origine, la drogue n était presque pas disponible et extrêmement chère. A l avenir, ceci pourrait pourtant devenir un problème. Enfin, les familles Roma n ont presque pas de rythme fixe pour les repas : on mange quand on a faim et non pas à des heures fixées à l avance. Selon la collaboratrice de K&G qui suit une quinzaine de familles Roma à Bruxelles-Nord, un des problèmes majeurs de santé est donc le manque d alimentation saine et fraîche. Les personnes sans papiers dépendent souvent de l aide alimentaire. Pourtant, l accès aux centres de distribution à Bruxelles 94
95 SANTÉ est très limité pour ces personnes. Souvent, elles doivent se contenter de restes ramassés par terre à la fin du marché ou trouvés dans des containers des grands magasins. Dans cette situation, aucune attention n est attribuée aux repas équilibrés. Les Roma mangent rarement des fruits, mais bien des légumes qu ils cuisinent, comme la viande, pendant longtemps, ce qui fait qu une grande partie de la valeur nutritive (e.a. le fer) est perdue. Chez les Roma, le manque de fer provoque souvent l anémie, e.a. des nourrissons. Les mères Roma nourrissent les enfants au sein jusqu à l âge de 2 ans. Le supplément de fer pour le lait maternel pauvre en fer n est dans la plupart des cas pas ajouté Les maux liés au stress La plupart des services médicaux rapportent beaucoup de plaintes psychosomatiques des Roma. A cause de leur situation précaire, le manque d activités et la peur permanente d être arrêtées, les personnes souffrent constamment de stress. Elles ont beaucoup de soucis, normalement elles sont entourées de beaucoup de personnes dans la maison et elles manquent de repos psychique. Cette tension continue apparaît clairement quand on leur téléphone. La première question est souvent : Quel est le problème? Quelque chose ne va pas?. De cette façon, les personnes se fixent sur des petits maux 46 qui se développent et deviennent des affections psychosomatiques. Ce stress fait que les Roma (comme les autres personnes dans une situation comparable) se rendent aux services médicaux avec des plaintes du coeur 47 (palpitations, oppression, la peur que le cœur arrête de battre, ) des poumons, du dos, un ulcère à l estomac et des troubles du sommeil. On remarque aussi que chez les Roma on constate souvent des maux ou des maladies qui traversent tout le corps. Souvent il s agit de plaintes pour lesquelles aucun problème médical ne peut être constaté. Si on a mal au cœur et rien n est constaté, le mal se transfert vers les poumons. Si là on ne constate rien non plus, le mal atteint les reins ou d autres organes vitaux. Souvent on peut constater toute une série d angoisses (ayant trait au statut de séjour, la police, la marginalisation) qui sont à la base de ces problèmes. Dans beaucoup de cas, ces angoisses et les plaintes correspondantes persistent après avoir obtenu 95
96 un statut de séjour légal. Il y a une méfiance et une peur générale en ce qui concerne des maladies qui n ont pas de symptômes visibles et qui restent cachées. Une collaboratrice d une maison médicale a constaté qu un Roma qui s était brûlé, réagissait de façon beaucoup plus calme que si il avait eu une maladie qui se promène dans son corps. Souvent on rencontre des enfants Roma handicapés (sourds, aveugles, atteints de strabisme, avec un handicap mental, ). Une explication possible est le degré relativement haut d inceste dans certains groupes. Le manque de possibilités de traiter ces anomalies à un âge jeune est une autre explication possible pour cette sorte de handicaps LA PROPRETÉ Souvent on réfère à l hygiène déficiente des Roma ( ils jettent leurs immondices simplement dans la rue ). Des histoires circulent sur leur envie de collectionner 48 des choses et l habitude de certains groupes de Roma de porter toujours les mêmes vêtements, sans jamais les laver ni les jeter s ils sont sales. A l école, certains élèves n aiment pas s asseoir à côté des enfants Roma parce qu ils sont sales et sentent mauvais. L expérience faite par les intervenants médicaux 49 qui se rendent à domicile, est plutôt en contradiction avec cela. La plupart des intervenants ont constaté que les Roma ont un sens profond de propreté chez eux à la maison, même en comparaison avec d autres personnes séjournant illégalement. Les logements sont souvent très vieux, dépéris et insalubres, mais les familles font de leurs mieux pour maintenir les chambres le plus propre possible. Les bébés sont soignés de façon extrêmement propre. Reste le fait que l hygiène n est pas toujours évidente dans des circonstances de vie en pauvreté (des cafards sur le mur, pas d eau courante, ). Le sens et les possibilités d hygiène existent dans toutes les gradations possibles chez les Roma. Les Roma font une distinction importante 50 entre la propreté (hygiène) et la pureté. L histoire suivante d une collaboratrice d une maison médicale confirme cela. 96
97 SANTÉ Une femme Rom de Roumanie venait un jour chez moi et me racontait qu elle avait trouvé des vêtements. Elle avait peur que les vêtements appartiennent à ses voisins africains et qu elle attraperait le SIDA si elle les mettait (une maladie qui réfère à l impureté des gadgé). L intervenante expliquait alors que le SIDA n était pas transmis de cette façon, mais que de toute façon il valait mieux laver d abord les vêtements sales pour ne pas avoir d irritations à la peau. Cela la rassurait, mais le lavage (la propreté) n était pas nécessaire. L anthropologue Maurits Eycken qui a mené une enquête concernant les Roma en Tchéquie et en Slovaquie, précise ces termes dans son étude de doctorat. Traditionnellement, la pureté et l impureté sont des règles de vie qui maintiennent une distinction entre les tsiganes et les non-tsiganes (gadgé). Les enfants sont purs puisqu ils portent en eux la vie future. Les adultes, par contre, sont sexuellement actifs en transmettant la vie. Ce sont eux qui doivent attribuer la plus grande attention aux règles de pureté qui protègent la vie. Les gadgé sont impurs et produisent des maladies. Les tsiganes peuvent être salis par le code de pureté et par l ordre et les règles de politesse des gadgé. La pire peine pour un tsigane est marime, la souillure, l exclusion de l ordre social. Maurits Eycken affirme que les gadgé ne peuvent pas salir les autres directement, mais seulement par la femme. La femme est la gardienne de la pureté dans la transmission de la vie dans la lignée. C est pourquoi elle doit définir des limites claires à l intérieur et à l extérieur du groupe, surtout en ce qui concerne les contacts avec les gadgé. Les règles de pureté sont donc des rappels permanents de la différence entre Rom et gadgé. Les règles de pureté en tant que prévention de la souillure ont trait aux fonctions biologiques et vitales de la femme pour tout ce qui concerne la vie : les accouchements, la fertilité et la menstruation, la sexualité et la préparation des repas. A l intérieur du groupe, la femme doit respecter des règles vestimentaires et d hygiène (couvrir le bas du corps avec des longs vêtements). C est elle qui prépare des repas purs avec des ingrédients provenant d un monde impur. Pour beaucoup de Roma, cela signifie aussi qu ils n accepteront pas de manger avec des gadgé 51, et certainement pas du même 97
98 plat. Tandis que les hommes ont une plus grande liberté (sexuelle) par rapport aux femmes gadgé, les femmes sont strictement limitées dans leurs rapports avec les hommes. La femme doit rester vierge jusqu au mariage. Dans ses contacts avec le monde gadgé et plus précisément avec les hommes gadgé, elle veillera constamment à son intégrité qui est constamment menacée. C est pourquoi certains médecins gadgé ne jouissent pas tout de suite de la plus grande confiance. Les Roma pensent que par des contacts multiples avec les gadgé ils peuvent attraper les maladies gadgé typiques (cancer, SIDA, ). Ces maladies ne peuvent être guéries que par les gadgé eux-mêmes. Dans les maisons médicales on a ainsi pu constater avec quelle facilité les Roma demandent un scanning. Souvent ils demandent un scanning total. Ils estiment que c est une solution vigoureuse pour détecter tous les maux en une fois. S il n est pas possible de faire le scanning tout de suite (parce qu il en existe pas), ils insistent pour qu on le fasse quand même. Pour cela, ils vont voir plusieurs médecins à la recherche d un spécialiste pour tout. Ils supposent que la détection et ensuite la guérison de tous les maux contribuent à redevenir purs. On peut observer cela surtout chez les Roma qui viennent d arriver en Belgique LA CONTRACEPTION ET L AVORTEMENT En Roumanie, pendant le régime de Ceaucescu, les contraceptifs étaient interdits. La régulation des naissances se faisait par des avortements bien qu ils étaient aussi interdits. Ces avortements étaient effectués par des femmes et docteurs locaux. En Bulgarie, les avortements sont gratuits. Les Roma qui arrivent en Belgique, gardent cette mentalité. Peu prennent des contraceptifs et un avortement est une pratique évidente. Une collaboratrice de K&G parlait de femmes qui avaient déjà eu 25 avortements. Beaucoup de Roma ne connaissent simplement pas les possibilités de la contraception. Par des efforts persistants afin de sensibiliser les Roma sur la régulation des naissances, on est arrivé à les familiariser avec les contraceptifs. Les écoles jouent un rôle spécialement important en la matière. C est souvent le seul lieu où les jeunes reçoivent une éducation sexuelle convenable. Le 98
99 SANTÉ stérilet 52 était entre autre un moyen qui était de plus en plus demandé au bureau de consultation de K&G au Foyer à Molenbeek. Pourtant, la contraception n est pas encore en vogue et l allaitement au sein reste la méthode de contraception la plus importante pour les femmes Rom. La pilule pose problème à cause de la régularité avec laquelle elle doit être prise. Des contraceptifs comme depo-provera (un contraceptif injectable qui reste actif pendant 3 mois) sont un peu plus populaires à cause de la facilité d emploi. Le préservatif n a pas de succès parce qu il est trop cher et pas connu. Les avortements sont encore souvent demandés, bien que la tendance diminue. L enthousiasme faible pour l usage de contraceptifs s explique en grande partie par des éléments culturels. Traditionnellement, un grand nombre d enfants est important et augmente l honneur de la famille ( pativ : Eycken M., 1998). C est pourquoi dans la famille, la régulation des naissances n est pas un thème du point de vue culturel, bien que la planification de la famille est devenue pour les Roma une question à considérer pour des raisons économiques. Des relations sexuelles avant le mariage sont en tout cas exclues pour la fille. La femme en tant que porteuse pure de la vie, garde sa pureté pour réaliser la continuité de la famille. La virginité de la jeune femme est extrêmement importante. Elle est liée à la notion de pureté et impureté ( marimé ) comme on vient d expliquer plus haut. Elle contribue en grande partie au pativ de la famille. La fille donne au père du pativ en restant vierge. Le mariage est donc un moyen par excellence pour acquérir du pativ. Le père du jeune homme agrandit son honneur en offrant la fête, le père de la jeune femme en offrant la virginité de sa fille. Un bon père protège donc sa famille et la virginité de ses filles. Quand il est absent, c est d ailleurs le fils aîné qui surveille la virginité de ses sœurs. Après la nuit de noces, le contrôle de la virginité est une affaire publique qui implique toute la communauté. L importance vitale de la virginité de jeunes femmes pour la communauté est clairement illustrée par l histoire suivante. Helena, 17 ans et habitant à Schaerbeek, vient de se marier lors d une grande fête de façon traditionnelle avec Ionel, 18 ans. Aurel, le père de la jeune mariée, se présente quelques 99
100 jours après à notre porte avec un air très triste. Après la nuit de noces, on n a pas pu trouver des traces prouvant que sa fille venait de perdre sa virginité. Arrivé chez la famille, le père explique avec ardeur qu ils avaient déjà été voir trois médecins pour constater la perte de la virginité. Lors de la constatation, 3 membres de la famille étaient présents et un interprète. Aurel a même demandé une attestation au dernier médecin pour confirmer la présence de traces qui prouvaient que la défloration s était faite pendant les 24 heures passées. Pourtant, toute la famille est encore prise par une panique générale, puisqu ils n attribuent apparemment pas beaucoup d importance à ce papier (ce qui indique une certaine incrédulité vis-à-vis du médecin gadgé 53 ). Le père explique très clairement et en détail avec gestes ce qui aurait dû se passer cette nuit-là. Son honneur et celui de toute la famille en dépendent d ailleurs. Selon lui, le jeune marié a dû avoir trop bu de façon qu il n était plus capable d assumer la nuit de noces. Il est absolument persuadé que sa fille n a pas encore été déflorée. Il jure qu il ne donnera jamais plus une de ses filles en mariage à cette famille, parce qu à cause de l incapacité du jeune époux son honneur a été souillé. Les émotions s enflamment, la mère et les autres enfants observent cela avec une mine triste. Un grand malheur a touché la famille et à chaque rencontre dans les semaines après, ils racontent qu ils se trouvent dans une situation de grande misère. 3 semaines plus tard, Aurel vient annoncer la bonne nouvelle : le problème est tout à coup résolu, Helena a effectivement été déflorée. Les traces sont évidentes maintenant et chacun est content. L honneur de la famille et du père est sauvé. La religion influence également l attitude concernant les contraceptifs. L église pentecôtiste dont d après les estimations 60% à 70% des Roma à Bruxelles font partie, interdit des relations sexuelles avant le mariage et part du principe de la fidélité absolue. Si des enfants sont nés, c est que Dieu l a voulu ainsi et il faut l accepter aveuglement. Les contraceptifs ne sont donc ni nécessaires, ni souhaitables. Chez les Roma de la Bulgarie, le nombre de maladies sexuellement 100
101 SANTÉ transmissibles est remarquable. Ceci est lié aux activités dans la prostitution de certaines femmes de ce groupe. Selon «Kind&Gezin», des maladies sexuellement transmissibles n ont jamais été constatées chez les enfants LA GROSSESSE Les grossesses ne sont normalement pas bien suivies. Le raisonnement est le même, il n est pas nécessaire d aller voir un médecin pour un contrôle tant qu on n est pas malade. Quand un problème se pose (mal, contractions, perte de sang), les femmes rentrent à l hôpital St. Pierre. Les femmes Roma font d ailleurs tout leur possible pour pouvoir quitter le plus vite possible après l accouchement. Elles veulent quitter l hôpital rapidement parce qu à la maison elles doivent encore s occuper des autres enfants. Souvent, elles ne savent pas quand elles doivent accoucher. Des anomalies au fœtus sont par conséquent constatées trop tard ou pas du tout, ce qui fait augmenter le nombre d enfants nés morts ou avec des malformations. Dans les 10 familles enquêtées, il y avait un enfant mort pour cette raison. Pourtant, des femmes Roma enceintes viennent de plus en plus aux consultations de K&G et de l ONE. K&G essaie en plus de promouvoir ses services en rendant beaucoup de visites aux familles de ce groupe. Mais il reste difficile de convaincre ces femmes de l utilité des contrôles prénataux réguliers chez le médecin. Beaucoup de femmes ne viennent qu une fois et ne se font plus voir pour des raisons diverses. Si la femme est isolée et éventuellement mère de plusieurs enfants, son temps est pour la plupart absorbé par des activités de survie 54. Elle essaiera de pouvoir donner assez à manger aux enfants à la fin de la journée. Le résultat est souvent pauvre. Les femmes Roma enceintes qui sont isolées ont des problèmes de sous-alimentation. Ces femmes ne savent souvent pas du tout comment se procurer les suppléments en vitamines et fer nécessaires. Cette situation sans perspective pousse beaucoup de femmes à un avortement. Lors des consultations prénatales, les Roma aiment connaître le sexe du fœtus. Au bureau de consultation de K&G on a constaté que les femmes suivent avec un plus grand intérêt les contrôles prénataux si l échographie montre qu il s agit d un garçon. S il s agit d une fille, les femmes ne reviennent normalement 101
102 plus. Ceci est dû à l importance des fils dans les familles Rom. Généralement on souhaite avoir des fils. Un garçon procure de l honneur (pativ). Plus tard, il augmente l honneur en gagnant beaucoup d argent. L homme rentre à la maison avec de l argent, la femme avec du pain (Eycken M., 1998). Les filles sont d ailleurs données en mariage comme teenagers et vont ensuite habiter chez la famille de l époux. A partir de ce moment, elles n ont plus aucune utilité directe pour la famille, elles ne procurent pas non plus d honneur. Enfin, K&G constate que des dépressions postnatales ne se manifestent que très rarement chez les Roma. 6. La prévention La notion de prévention est une façon de penser que les Roma ne connaissent pas. Le succès et les maladies dépendent de la chance. Les gens acceptent leur destin, la santé est entre les mains de Dieu o del (le bon, le juste). C est pourquoi on entend souvent dire Dieu est grand, Dieu le sait, qu ai-je fait que Dieu me fasse cela?, avec l aide de Dieu on s en sortira,. Les gens vivent dans le présent, une vue à long terme manque. Cette façon de penser est encore plus marquée chez les personnes qui doivent survivre de jour en jour vu que leur statut de séjour n est pas en ordre. Pour les Roma, un corps sain n est donc pas un capital à soigner et à entretenir. Il est pratiquement impossible d apprendre à des individus d autres habitudes. En cas de maladie, les Roma ne vont guère adapter leur façon de vivre ou leur habitudes alimentaires. Tant qu ils ne sont pas malades, ils ne voient pas l intérêt d une visite médicale. Après la visite médicale, la maladie est mal suivie. Une femme Roma se plaignait de 6 maladies différentes dont elle souffrait. Pendant l entretien, elle ne faisait que fumer et tousser. Dès que les Roma se sentent mieux, ils arrêtent immédiatement de prendre les médicaments (p.ex. les antibiotiques pour les enfants). Dans ces circonstances, il est difficile de faire de la prévention. L utilité des vaccinations soulève beaucoup de questions. Pourtant, les institutions médicales font beaucoup d efforts pour vacciner ces personnes le plus et le plus systématiquement possible, pour des raisons médicales concernant ces personnes elles-mêmes, mais aussi concernant la santé publique. 102
103 SANTÉ Dans la pratique, la plupart des familles qui sont en contact avec K&G suivent bien le schéma de vaccination de leurs enfants. Dans 75% des familles qui ont participé à l enquête et qui ont été suivies par la collaboratrice de K&G, le schéma de vaccination des enfants entre 0 et 3 ans était en ordre. K&G constate une amélioration, surtout pendant ces dernières années. Surtout les enfants nés ici et qui vont à l école, sont en ordre avec les vaccinations. Le bon suivi des vaccinations pose surtout problème chez les enfants qui ne vont pas à l école. Le niveau des vaccinations chez les adultes est beaucoup plus bas que chez les enfants. Les Roma bulgares sont mieux vaccinés que les Roma roumains. Les adultes ne sont souvent vaccinés qu au moment qu ils se rendent chez le médecin ou dans une clinique pour des autres raisons. Les rendez-vous fixés pour d autres vaccinations, sont généralement jetés au vent. K&G arrive à motiver des familles pour les vaccinations en échange contre quelque chose de concret, par exemple des pampers, des jouets, même un frigo, etc. Parfois on offre de l assistance administrative pour convaincre les gens à faire vacciner leurs enfants. 7. Les médicaments Les Roma ne prennent pas facilement des médicaments. Quand il n y a plus de symptômes de maladies, la médication est arrêtée immédiatement. Les médicaments ne sont pas toujours remboursés par le CPAS et sont donc trop chers. Le paracétamol est pris assez généralement contre toute sorte de maux. Par contre, pendant des visites à la maison, 2 différentes familles de Roma de la Bosnie apportaient un grand sac plein de médicaments dont le malade dans la maison devait prendre toute une série. Ces deux familles étaient affiliées à une mutualité et recevaient de l aide du CPAS. Pour des maux de tous les jours, les adultes prennent des remèdes qu ils ont préparés eux-mêmes (des herbes, ). Les Roma orthodoxes vont également voir le pasteur qui guérit par des prières. Les Roma du mouvement pentecôtiste prient aussi beaucoup pour une bonne santé et tous les autres problèmes de la vie. Quand il s agit des enfants, le médecin est consulté beaucoup plus vite. 103
104 8. L appel fait aux services médicaux de Bruxelles La plupart des Roma n ont (pas encore) de statut de séjour légal. Ces personnes ont droit à l aide médicale urgente et sont prises en charge par le CPAS de leur domicile effectif. Ceux qui ont encore un code 207 peuvent être renvoyés pour l aide médicale urgente au CPAS du lieu du centre d accueil. Les personnes qui ont un statut de séjour légal, sont affiliées à une mutuelle et disposent d une carte SIS. Pourtant, elles emploient encore souvent la carte médicale du CPAS, puisque dans ce cas une plus grande partie des frais pour médicaments et spécialistes est remboursée. Ceci était le cas dans 3 familles enquêtées qui ont été régularisées pendant la campagne de janvier Les autres 7 familles pouvaient faire appel à l aide médicale urgente de la part du CPAS. Les Roumains entrent normalement dans le pays avec un visa pour touristes. Pendant 3 mois, ils peuvent séjourner légalement dans le pays et en principe, ils n ont pas droit à l aide médicale urgente par le CPAS. Souvent, les Roma demandent néanmoins l aide médicale urgente, sans montrer leur passeport. Beaucoup s adressent directement à l hôpital St. Pierre. D autres postposent le traitement jusqu à la fin du délai légal de 3 mois et ne commencent un traitement qu à ce moment-là. Selon un collaborateur de Médecins sans frontières, cette période obligatoire d attente est une réalité très dure. A leur arrivée, ils s attendent à être aidés tout de suite et gratuitement. Les maisons médicales visitées estimaient que les Roma ne s adressent en général pas vite aux services médicaux. Une visite médicale est reportée le plus longtemps possible, sauf s il s agit de bébés ou de jeunes enfants. Souvent, les adultes décident de demander de l aide seulement quand la situation est très urgente ou en cas d un état avancé de la maladie ; le traitement est par conséquent plus long et difficile et la maladie plus grave. Si on a mal aux dents, par exemple, on ne va pas chez un dentiste et on espère que tout passera. Seulement au moment qu un abcès douloureux s est formé, la personne se rend à l hôpital où elle va créer un scandale si elle n est pas aidée tout de suite. Un début de cancer peut ainsi se développer jusqu à atteindre un stade irréversible, avant qu un traitement soit commencé. 104
105 SANTÉ Au moment que les Roma demandent de l aide médicale, ils s attendent à ce que le prestataire des soins donne un remède de cheval ou un médicament miraculeux qui guérit immédiatement tous les maux. Si une collaboratrice d une maison médicale arrive à établir une relation de confiance, peu après d autres Roma vont aller la voir. Ils montrent alors un petit papier sur lequel la personne qu ils connaissent et qui visitait la collaboratrice déjà avant, a noté le nom de la collaboratrice, comme s il s agissait d une bonne fée qui résout tous les problèmes. Ils s attendent à ce qu elle s occupe non seulement des problèmes médicaux, mais également d autres problèmes (statut de séjour, aide du CPAS, ). Souvent les Roma qui ont besoin de soins et qui se rendent à un service médical, amènent un groupe de membres de la famille pour la consultation. Quand en cas de grande urgence, les Roma décident finalement de se rendre chez le médecin, ils s adressent souvent d abord directement au service d urgences de l hôpital. Selon les services médicaux, on observe ce phénomène aussi fréquemment parmi les réfugiés et d autres personnes sans papier. Ils ne pensent pas aux coûts élevés de l hôpital et réagissent tout à fait étonnés quand ils reçoivent une facture élevée. Les Roma font régulièrement appel à l ambulance, parfois même pour des cas non urgents. Quand des bébés ou jeunes enfants sont malades, ils sont trop inquiets et se présentent au service des urgences pour le moindre mal. Sous le système communiste, les Roma étaient habitués aux soins de santé gratuits dans des hôpitaux de l état. Beaucoup ne connaissent donc pas le système des médecins généralistes. L hôpital St. Pierre à Bruxelles et l hôpital Brugmann à Laeken sont le plus fréquentés par les Roma. Parfois ils arrivent dans d autres hôpitaux du réseau IRIS. Surtout l hôpital des pauvres de St. Pierre est connu à cause de l accès facile pour les personnes sans papiers (une dizaine de Roma/mois). Les femmes enceintes sont hospitalisées sans conditions et reçoivent un traitement complet avec tous les moyens disponibles. A l accueil du service des urgences, on contrôle d abord la gravité de la situation et si il n y a pas d urgence, le patient est renvoyé à un médecin près de chez lui. C est aussi une action pédagogique puisque les clients sont conscientisés de l appel qu on peut faire aux services des urgences et aux médecins. Lors des entretiens avec les familles Roma on a pu constater 105
106 que plus longtemps elles séjournent en Belgique, plus elles se rendent compte qu elles peuvent faire appel aux médecins généralistes. Les familles qui sont en Belgique depuis 8 ans ou plus s adressent d abord à un médecin généraliste ou à une maison médicale. Celles qui ne sont ici que depuis un an, s adressent en général directement à l hôpital St. Pierre et avaient déjà fait appel à une ambulance. Finalement, beaucoup de Roma qui connaissent déjà le système courant, se présentent aux maisons médicales. Ils y arrivent parce qu ils y ont été renvoyés par d autres services ou grâce au bouche à oreille interne efficace. Les maisons médicales visitées dans le cadre de l enquête accueillaient beaucoup de Roma, surtout des roumains, sauf la maison médicale 35 dans le quartier Nord. A cause de la présence d interprètes turques, surtout des Roma bulgares vont aux consultations de cette maison. Les services médicaux avec des collaborateurs qui peuvent également faire de l interprétation (surtout vers le roumain) sont plus fréquentés par les Roma. Ces personnes deviennent souvent des personnes de confiance auxquelles les Roma s adressent avec toute sorte de questions et de problèmes. Dans la maison médicale des marolles travaillait jusqu il y a peu une collaboratrice belge qui par sa connaissance de la langue roumaine attirait beaucoup de patients Roma. Même quand ces familles déménagent vers d autres quartiers ou communes de la ville, elles retournent à ce service médical. Pour des questions autres que médicales, les personnes sont renvoyées vers des services sociaux. Il en est de même pour le bureau de consultation de Kind & Gezin au Foyer à Molenbeek. Quand en 1997 de plus en plus de Roma faisaient connaissance avec ce service, une médiatrice interculturelle roumaine a été engagée. Depuis, les Roma y viennent en grand nombre pour des contrôles postnatals mais surtout prénatals et un deuxième médiateur à été engagé. Actuellement, le service de K&G y accueille une quinzaine de familles Roma pendant 2 demi-journées par semaine. En 2002, 1289 consultations de patients roumains ont été enregistrées, dont au moins la moitié des Roma. Les médiateurs interculturels du Centre régional d intégration Foyer asbl travaillent aussi pendant une demi-journée au CAW Archipel Welkom, ce qui fait que beaucoup 106
107 SANTÉ de Roma s y adressent également. Parfois les médiateurs interculturels font aussi de l interprétation pour d autres services médicaux (e.a. hôpital St. Jean, UZ Jette) et participent à des visites à domicile faites par les collaboratrices de K&G. Elles ne font pas seulement de l interprétation, mais expliquent aussi au personnel médical et aux Roma les spécificités et sensibilités culturelles de chacun. Elles soutiennent aussi émotionnellement ces personnes. Normalement, les Roma s adressent aux Médecins sans frontières pour des problèmes plus graves (souvent des problèmes à l estomac, aux poumons et au système respiratoire), pas pour une simple grippe. Chaque personne avec des difficultés d accès aux soins de santé peut s adresser aux MSF pour des soins gratuits. Chaque semaine, des Roma y passent (pour la plupart de Molenbeek et de Bruxelles) pour demander des renseignements sur l accès à certains soins de santé dans leur pays d origine. Il s agit surtout de demandeurs d asile qui ont épuisé toutes les voies de recours et qui espèrent être régularisés (sur la base de l art. 9 3) pour des raisons médicales. MSF a facilement accès à ces informations par la banque de données ITHACA par laquelle des bureaux de MSF des pays de l Europe de l Est échangent des informations sur les institutions médicales locales. Les Roma demandent un rapport médical écrit qui peut servir de base pour argumenter leur demande de régularisation et ils réagissent déçus quand ils n en reçoivent pas. En 2000, MSF a eu 320 visites de roumains qui représentent 12% de toutes les consultations. La plupart étaient des Roma. Dans la maternité, les femmes Roma avec leurs bébés sont orientées vers Kind & Gezin ou vers l ONE pour un suivi postnatal. Un nombre indéterminé de ces femmes ne suit pas cet avis. Pourtant, les examens gratuits de prévention offerts par Kind & Gezin touchent un nombre élevé de familles Roma avec des femmes enceintes ou des enfants entre 0 et 3 ans. Cette prévention est faite pendant des consultations, des visites à la maison ou de chambres. Le groupecible de personnes pauvres, de demandeurs d asile et de personnes sans papiers peut faire appel à une aide intensive. Cette offre spécifique contient des visites à domicile, plus de consultations et un travail en réseau social (renvois). L ONE a également beaucoup de contacts avec des Roma par des visites à la maison des infirmières et assistants sociaux et par les consultations dans les différents 107
108 bureaux. L ONE offre des soins médicaux préventifs (vaccinations, accompagnement des parents,...) aux mères de bébés et d enfants entre 0 et 6 ans. En général, les Roma sont très satisfaits des soins médicaux prestés. Ils se sentent traités avec du respect. Selon eux c est un contraste criant avec le mauvais traitement qu ils ont eu en Roumanie à cause de leur identité de Rom. 9. Les obstacles dans l assistance médicale 9.1. DE LA PART DES ROMA Les services médicaux constatent que les Roma ne font pas vite appel aux services médicaux, sauf s il s agit d enfants. S ils s adressent à une institution médicale, ils le font souvent avec une grande urgence. Parfois la maladie est déjà trop avancée pour encore la guérir adéquatement. Plusieurs obstacles au niveau de l assistance médicale jouent un rôle pour les Roma. Les Roma sont mal informés des règlements concernant les soins de santé. Surtout parmi les personnes qui ne séjournent pas encore longtemps en Belgique, on constate un manque d information sur la réglementation de l aide médicale urgente et ils n appliquent donc pas ce droit. A ce niveau, leur faible connaissance d une des langues du pays joue un rôle. Les problèmes financiers sont un facteur qui les retient de se faire soigner. Beaucoup de Roma ne connaissent pas le système de médecins généralistes. Ils ne savent pas quels médecins ont conclu une convention avec le CPAS. En cas d urgence, finalement ils se rendent à l hôpital sans passer d abord chez un médecin généraliste ou le CPAS. Selon le service social de l hôpital St. Pierre, presque aucun des Roma qui se présentent, a demandé d avance au CPAS une prise en charge de l aide médicale urgente. Dans beaucoup d autres hôpitaux, ils sont refusés vu qu il n est pas clair qui assumera les frais. Comme nous venons de l expliquer, du point de vue culturel, les adultes ne considèrent pas leur santé comme un capital à soigner. Les habitudes alimentaires et la façon de vivre ne sont pas orientées vers le maintien d une bonne santé à long terme. Les maladies et maux ne sont souvent pas suivis. Les 108
109 SANTÉ activités quotidiennes les absorbent totalement et comme la santé n est pas une priorité, ils reportent souvent une visite à un service médical. Ils renoncent tout à fait à la consultation d un médecin s il s agit de soins préventifs, sauf pour les enfants. Ceci rend pratiquement impossible l éducation en matière de la santé. En général, on peut dire que la demande de soins et l offre ne concordent pas assez. Du côté de l offre, on n a souvent aucune notion des sensibilités culturelles qui peuvent déterminer si une personne Roma fait appel à des services médicaux ou pas. Comme nous l avons décrit en haut, les Roma se méfient par exemple des médecins qu ils ne connaissent pas. Pour les femmes, des contacts avec des hommes gadgé ne sont en général pas habituels, ni souhaitables. A côté des facteurs mentionnés en haut, selon les collaboratrices de Kind & Gezin, ceci est une des raisons pourquoi les Roma ne suivent pas fidèlement les thérapies. A cela s ajoute la barrière linguistique comme obstacle majeur pour beaucoup de Roma. Il en est de même pour beaucoup d autres personnes séjournant illégalement et presque tous les services médicaux disent que la langue est un des plus grands problèmes. On n aime que ce qu on connaît et une communication difficile ne favorise pas du tout une attitude positive de part et d autre. Les personnes se rendent bien compte que la communication est difficile et cela ne les motive pas à se rendre à un service. Souvent les Roma ne comprennent même pas le diagnostic du médecin, ce qui n est pas du tout favorable à un bon suivi de la maladie de la part des Roma qui ne sont pas motivés à revenir aux consultations. Le médecin, quant à lui, n arrive pas toujours à comprendre les soucis et les attentes des Roma, vu que beaucoup de Roma ne savent pas les expliquer. Un homme Roma arrive à une consultation chez le médecin et demande en s exprimant mal en français: J ai mal au dos, excuse-moi. Le médecin commence à poser des questions sur son dos et l examine. L homme bougonne et fait signe à son ventre. En fait, il n a pas mal au dos, mais au ventre, mais il ne connaissait pas le mot en français. Souvent, ils emploient un autre mot en ajoutant excuse-moi. 109
110 Les prestataires de soins font appel à des interprètes de Babel (pour le néerlandais, par téléphone), de CIRE (qui se déplacent aussi) ou de Brussel Onthaal (par téléphone). La traduction par voie téléphonique n est pas très adaptée et on essaie d éviter ce système le plus possible. Normalement, on demande aux patients d amener quelqu un qui peut faire l interprétation. Suite à l incompréhension provoquée par le manque d information, la barrière linguistique et les sensibilités culturelles, les Roma montrent souvent un comportement exigeant et émotif vis-à-vis des intervenants de services médicaux et d autres. Dans cela, l habitude prise pendant le communisme joue aussi un rôle. L état pourvoyait à la survie de chaque individu et un sens individuel de la responsabilité n était pas à l ordre. Il était évident que tout était gratuit et réglé. En Belgique, ils s attendent à la même chose de la part des intervenants. Si leurs attentes ne sont pas automatiquement et immédiatement satisfaites, les personnes se sentent impuissantes et elles réclament. Les personnes ont le sentiment que l intervenant est de mauvaise volonté et qu il les abandonne à leur sort. La peur d un rapatriement est aussi une des raisons pourquoi les personnes sans papiers (e.a. les Roma) ne se font pas facilement soigner dans un hôpital ou n entament pas vite une procédure pour l aide médicale urgente. Le CPAS est après tout un service public et ils ont peur que l état soit informé de leur séjour illégal. Cette peur n est pourtant pas justifiée, vu qu il faut garder le secret professionnel. Pour finir, la plupart des gens donnent leur adresse. Mais quand ils déménagent, ils oublient souvent de le communiquer, ce qui entraîne des problèmes administratifs. Si un étranger séjournant illégalement tombe malade et a besoin d aide médicale, ceci peut revenir à une catastrophe financière, puisqu il ne peut (plus) faire appel à la sécurité sociale et doit donc payer l entièreté des frais des soins. Surtout en cas d hospitalisation, d examens spéciaux et de médicaments coûteux, les frais s accumulent. Le CPAS n intervient pas non plus, sauf s il s agit d aide médicale urgente. La moitié des familles interrogées se plaignaient d ailleurs du manque d aide pour les médicaments très chers. Pour les personnes sans papier, l hôpital n intervient pas non plus dans les frais de transport vers et à partir de l hôpital. Exceptionnellement, le CPAS peut éventuellement 110
111 SANTÉ intervenir dans ces frais pour ces personnes s il s agit de consultations consécutives pour un traitement de longue durée. Ces frais ne sont d ailleurs pas remboursés au CPAS. Normalement, c est la mutualité qui paie ces frais, mais alors les documents de séjour doivent être en règle. Les Roma ne sont souvent pas ponctuels. Les Roma vivent et survivent au jour le jour. Ils ne planifient presque rien, certainement pas les personnes qui essaient de survivre au jour le jour. Par conséquent, ils ne tiennent souvent pas parole, surtout s il s agit de problèmes qui ne sont pas très urgents. Ils arrivent plus tard à un moment qui les arrange, ce qui souvent énerve les prestataires de soins. Des permanences sans rendez-vous ont plus de succès DE LA PART DES SERVICES MÉDICAUX Beaucoup d intervenants médicaux estiment que les Roma ont des difficultés à faire appel au système des soins de santé régulier. Malgré le droit à l aide médicale urgente, les Roma séjournant illégalement (et les autres personnes sans papiers) ont souvent des difficultés d accès aux soins de santé nécessaires. Certains médecins ou hôpitaux refusent de soigner ces personnes et les renvoient ailleurs. Ils craignent de ne pas être payés et de devoir assumer les frais. Les hôpitaux informent souvent les services sociaux qu ils ne doivent plus envoyer des personnes sans papiers parce qu elles ne paient pas les frais. Plusieurs intervenants communiquent que parfois des femmes enceintes sont refusées dans les hôpitaux privés au moment qu elles sont sur le point d accoucher. Une famille Roma qui séjourne depuis 5 ans en Belgique, racontait qu un hôpital à Anderlecht a refusé l accès à une femme enceinte qui était sur le point d accoucher, soit disant à cause du manque de place. Un autre obstacle est le tourisme médical auquel certains services médicaux sont confrontés. Certains groupes d allochtones viennent spécialement en Belgique pour se faire soigner ou pour accoucher. Ces personnes n ont pas de statut légal et comme ils ne paient pas, les hôpitaux sont récalcitrants et n aiment plus accepter ces groupes de personnes. Souvent, les hôpitaux adoptent une position identique pour autres groupes qui sont déjà plus longtemps dans le pays et qui ont demandé une régularisation pour des raisons de santé. Certains 111
112 médecins refusent spécifiquement certaines nationalités. Les Roma ressentent une telle attitude négative comme discrimination ou racisme. Selon les collaboratrices des services sociaux et médicaux, du tourisme médical existe aussi parmi les Roma, mais dans une mesure (très) limitée 55. Selon les informations de l hôpital St. Pierre, on n y avait presque jamais soigné un Rom dans cette situation. Chez les Roma on observe souvent le contraire. Les bulgares, par exemple, rentrent dans leur pays pour se faire soigner les dents. Après avoir accouché une fois à Bruxelles et avoir vu la facture correspondante, une femme Rom provenant de la Bosnie est retournée à chaque fois dans son pays pour y accoucher encore cinq fois, parce que, là, c était moins cher LA PROCÉDURE DE L AIDE MÉDICALE URGENTE Certains prestataires et assistants sociaux des CPAS ne sont apparemment pas bien informés sur la réglementation et la procédure concernant le droit à l aide médicale urgente. L AR contient aussi des imprécisions qui prêtent à la confusion, e.a. quant à ce qu il faut entendre par urgent. Ce terme renvoie aux soins curatifs et, par conséquent, les soins préventifs et ceux nécessaires après un traitement, ne sont souvent pas considérés. Les CPAS discutent constamment entre eux de qui est exactement compétent pour l aide médicale urgente aux demandeurs d asile qui ont épuisé toutes les voies de recours. En général on contacte le CPAS du domicile du demandeur d aide. Mais si celui est encore noté avec un code 207 dans le registre d attente, le demandeur est en principe renvoyé vers le CPAS du lieu du centre d accueil qui lui avait été attribué auparavant. La procédure de l aide médicale urgente ne se déroule pas partout aussi facilement. Chaque CPAS a ses propres règles et dans certaines communes, la procédure est très compliquée ou dure longtemps. Cela est un obstacle pour la bonne application de ce droit et empêche que beaucoup de personnes puissent demander l aide médicale urgente à temps pour des soins de santé. En cas de très grande urgence, la procédure est évitée et les personnes vont directement à l hôpital. C est la raison pour laquelle CAW Archipel Welkom milite pour une procédure plus facile. 112
113 SANTÉ Le remboursement de l aide médicale urgente ne se fait pas comme prévu. Ceci est un obstacle pour les médecins généralistes et les institutions de soins pour soigner des personnes qui dépendent de cette aide. Les médecins généralistes se plaignent parfois que le CPAS les remboursent trop lentement. A l hôpital, les demandeurs d aide doivent communiquer au service social qu ils ne sont pas en règle avec la mutuelle, ou qu ils n ont pas le réquisitoire. L hôpital transmet cette information dans les 15 jours au CPAS qui demande le remboursement au ministère. Si le ministère ne paie pas, la facture est envoyée au client. Si le client ne peut pas payer, l hôpital ne peut pas revendiquer de paiement au ministère. Dorénavant l hôpital refusera ces clients. Une collaboratrice d une maison médicale racontait que certains hôpitaux gardent les documents de séjour des patients pour les forcer à payer. Pour garantir le remboursement par le CPAS, les institutions et prestataires de soins concluent actuellement une convention avec le CPAS avec un accord clair pour les deux parties. Ceci contribue à la sécurité financière des prestataires de soins et empêche qu on laisse tomber les demandeurs d aide. L aide médicale urgente est remboursée par l état aux CPAS, mais pas l administration faite dans ce cadre. Pour certains CPAS qui n ont pas les moyens d engager plus de personnel administratif, ceci est en général un problème. Par ce manque de personnel, il arrive que l approbation d une demande dure plus que 30 jours. 10. Recommandations Les propos tenus mettent en évidence que la thématique de la santé des Roma doit être située dans un contexte multiproblématique. Tant la pauvreté provoquée en partie par le statut de séjour précaire, que des éléments liés à la culture ont un impact sur la santé des Roma. Pour améliorer cette situation, une approche intégrée s impose : il faut aborder plusieurs problèmes en collaboration avec différents acteurs, en commençant par le respect du droit aux soins de santé. 113
114 10.1. EN CE QUI CONCERNE LES ROMA Le manque de statut de séjour légal restera évidemment un obstacle pour la santé des Roma. Néanmoins, il faudra militer en premier lieu pour le respect des droits fondamentaux, en tant que condition sine qua non pour l amélioration de l état de santé des Roma. Il est nécessaire de se servir des contacts informels avec les Roma pour transmettre des informations importantes concernant la santé et les soins de santé. Cette tâche peut être remplie par des intervenants des services médicaux et des CPAS, par des directions et des enseignants dans les écoles, par des organisations d entraide, etc. Ces efforts auront un plus grand impact s ils sont soutenus par des campagnes d informations structurées ou des séances d informations. D autres organisations qui entrent souvent en contact avec des Roma d une façon plus coordonnée (centres d intégration, bureaux d accueil, services sociaux, centres de distribution, ) peuvent également lancer de telles actions ciblées sur ce groupe Conditions de base à remplir Un logement insalubre représentera toujours un obstacle aux tentatives d améliorer l état de santé des Roma. Le problème des marchands de sommeil et de la taudification sont un thème qui exige une solution structurelle en collaboration avec un large éventail d acteurs L information Plusieurs prestataires médicaux ont souligné le besoin d informations pour les Roma concernant le fonctionnement des soins de santé. Les Roma devraient être mieux informés des droits et des devoirs concernant l aide médicale urgente : la procédure, le secret professionnel, les coûts, les limites, Il est également nécessaire d informer les Roma du système des médecins généralistes (fixes) auxquels on s adresse d abord si le cas n est pas urgent, pour ainsi diminuer la charge de travail des services des urgences. A l instar de l hôpital St. Pierre, dans les hôpitaux on pourrait engager un médecin d accueil qui examinera si la demande d aide est urgente et qui, si nécessaire, renvoie le demandeur à un médecin généraliste. 114
115 SANTÉ La sensibilisation Il est très difficile d offrir aux Roma une éducation de santé quant aux habitudes alimentaires puisqu ils ne pensent pas à long terme. La sensibilisation à une alimentation saine et l hygiène des dents s impose, mais elle ne pourra produire des effets qu à long terme. La sensibilisation concernant des choses élémentaires peut porter ses fruit à court terme, et certainement si elle concerne les enfants. Les mères paraissent assez sensibles au suivi des vaccinations de leurs enfants entre 0 et 3 ans. Sur ce plan, il faut sensibiliser en permanence. Les vaccinations peuvent être organisées de façon attirante en offrant un petit extra comme des pampers, un jouet ou éventuellement de l aide administrative. Cette méthode de l âne et la carotte peut aussi aider à convaincre les parents et les autres membres de la famille de se faire vacciner. Des efforts permanents sont nécessaires pour donner des informations sur les différentes possibilités des contraceptifs et les dangers liés à un avortement. Les écoles remplissent ici un rôle très important et peuvent impliquer les parents dans leurs actions. Le thème est délicat à cause d inhibitions religieuses et culturelles. Pour cette raison, ce sujet devra aussi être abordé en permanence dans d autres lieux de façon qu il devienne un thème dont les Roma peuvent parler. Le débat pourra alors éventuellement être élargi à l importance d un élargissement des droits réproductifs de la femme. «K&G» insiste depuis des années sur la nécessité de sensibiliser systématiquement les femmes enceintes et les mères de bébés sur l importance des contrôles prénatals et des consultations postnatales. La maîtrise de la langue française ou néerlandaise faciliterait beaucoup l accès et la communication avec les services médicaux. Les parents doivent continuellement être stimulés à suivre des cours de langue pour faciliter la vie ici et à envoyer leurs enfants à l école, de préférence à partir de l école maternelle EN CE QUI CONCERNE LES PRESTATAIRES DE SOINS ET LES SERVICES MÉDICAUX Comprendre et communiquer avec les Roma Des entretiens avec les intervenants médicaux ressort très clairement que 115
116 tout comme dans d autres services, il y a une forte demande d informations sur le passé, la culture et la situation sociale des Roma. Cette information peut aider les intervenants à mieux évaluer certaines situations. Les obstacles psychologiques et culturels qui ont souvent une influence, ne peuvent être changés que si les personnes concernées s en rendent compte. Une meilleure compréhension a un grand impact sur l attitude. Il va de soi que cette compréhension doit se manifester des deux côtés. Comprendre ne veut bien sûr pas dire qu il faudra tout accepter. Mais les aspects culturels ne peuvent et ne doivent pas être changés. Les personnes doivent pouvoir garder leur identité. Certains aspects qui irritent les intervenants, comme une attitude exigeante et le non-respect de ce qui a été convenu, demanderont plus de temps pour être changés. Le changement de certains aspects demandera même des générations. Mais l écoute est nécessaire. Il est important de prendre du temps pour essayer de comprendre ce qu on demande exactement. La volonté de donner une explication claire est tout aussi importante. Souvent les personnes sont confrontées à des réponses sèches ou à des refus sans que des motifs soient donnés. Une attitude positive et claire de la part de l intervenant aura certainement un effet. Un élément important est la négociation, le jeu de donner et de prendre qui est typique dans la culture Roma. Quelque chose n a de valeur que quand on a dû négocier. Pour motiver les Roma, souvent il est nécessaire de leur donner quelque chose en main qui représente un bénéfice direct pour eux (quelque chose de matériel ou de l aide administrative). Ce sont des faveurs par lesquelles l aide est greffée sur la logique de survie des Roma. Donnant, donnant ; les personnes se sentent plus responsabilisées pour respecter ce qui a été convenu. Il est aussi important d essayer d analyser les causes qui sont à la base de toute sorte de plaintes. Souvent il s agit de plaintes psychosomatiques qui cachent une grande souffrance. Si le service médical peut avoir une meilleure compréhension de ces plaintes, il peut orienter ces personnes vers d autres services qui peuvent remédier aux vraies causes du problème. Une politique inclusive ne portera des fruits que si une communication est possible entre le groupe-cible et le service. Les médiateurs interculturels prouvent 116
117 SANTÉ chaque jour à nouveau leur utilité. Un service de médiation interculturelle accessible à tous, ciblé sur les institutions générales, est obligatoire dans une ville multiculturelle comme Bruxelles L accessibilité Des meilleures informations pour les prestataires des soins, les assistants sociaux des CPAS quant à l aide médicale urgente, les modalités de remboursement, les conventions avec le CPAS etc. peuvent favoriser l accès de groupes tels que les Roma. Plusieurs collaboratrices de K&G militent pour une multiplication des services de distribution de nourriture ou un meilleur accès aux centres de distribution existants. L accès aux suppléments de fer pour les femmes qui allaitent leurs bébés doit être amélioré, tout comme la possibilité pour les femmes enceintes de se procurer des vitamines et de la nourriture fraîche. Une attention spécifique devrait être consacrée à la situation très grave et sans perspective des femmes isolées qui sont enceintes et/ou ont des enfants. Selon les intervenants médicaux, il est nécessaire d améliorer le réseau d orientation de personnes sans papier vers des services médicaux. Une approche transversale ciblée sur les différents quartiers s impose. Des personnes issues du milieu Rom peuvent elles-mêmes être engagées en tant que médiateurs et intermédiaires. Des plaintes psychosomatiques se manifestent souvent parmi les personnes sans papiers et également parmi les Roma. Néanmoins, on consacre peu d attention aux facteurs de stress spécifiques inhérents à la vie d un immigré. Une plus grande attention pour l aide psychosociale et un meilleur accès aux soins de santé mentale s imposent pour ces groupes EN CE QUI CONCERNE L AIDE MÉDICALE URGENTE Plusieurs services et CPAS militent pour une procédure plus facile pour l aide médicale urgente. Souvent on cite Bruxelles comme bon exemple. A Molenbeek, par exemple, on s investit pour obtenir que les réquisitoires soient émis par les médecins eux-mêmes et non pas par le CPAS. 117
118 ABBRÉVIATIONS K&G ONE Kind & Gezin Office de la Naissance et de l Enfance 118
119 LOGEMENT CHAPITRE 4. LOGEMENT 1. La situation du logement des Roma en Europe de l Est En Europe de l Est, les thématiques du logement sont actuelles pour beaucoup de groupes ethniques, néanmoins les Roma y sont confrontés à des problèmes spécifiques. Différentes mesures politiques prises par les gouvernements communistes précédents et par les gouvernements plus récents, ont souvent provoqué un isolement et une ségrégation des Roma au niveau régional et spatial. Dans beaucoup de ces colonies Roma, l accès difficile aux services publics et la discrimination par les communautés et municipalités qui les entourent, ont contribué à une dégradation générale de la situation. Selon le rapport de la banque mondiale (Ringold D., 2000), en % des Roma en Hongrie vivaient dans cette sorte de colonies. Parfois, les communautés Roma préféraient d être séparées, parfois la discrimination empêchait les Roma de déménager vers d autres régions. En Europe du Sud-Ouest, on trouve beaucoup de Roma-mahalas 56 dans des zones urbaines. En Bulgarie, quelques mahalas comptent jusqu à 15 à habitants. Beaucoup d initiatives communistes prévoyaient du logement en combinaison avec du travail et groupaient des Roma dans les environs des entreprises de l état. Après la chute du communisme, beaucoup d entreprises collectives agricoles ou autres étaient fermées ou restructurées et les habitants perdaient leur emploi. Les Roma se déplaçaient en masse dans les villes et finissaient dans des bidonvilles. D autres allaient habiter dans des squats. Le fait que beaucoup de Roma se trouvent dans une situation illégale de logement et ne disposent pas de documents de séjour ou d identité entrave fortement leur accès à l aide sociale. Par conséquent, beaucoup de communautés Roma tirent illégalement l eau ou l électricité des conduites publiques. Pour mettre fin à cette situation illégale de logement, certaines autorités locales ont chassé les Roma vers les quartiers à l extérieur de la ville ou les ont tout à fait bannis. Ceci était le cas en 1997 à Nagov et Rokytovce, 2 villages slovaques où les Roma n étaient plus autorisés à rentrer. Après une plainte devant la Cour Européenne des droits de l homme, cette mesure a été levée. En Roumanie, les 119
120 travailleurs Roma ont été servis en derniers ou pas du tout lors de la redistribution des terrains des coopératives agricoles après 1989 (Zoon I., 2001). Dans les colonies Roma les circonstances de vie sont souvent très misérables. Les Roma ont un manque total d accès aux services publics et à l infrastructure. Un manque d eau, de gaz, d électricité et de canalisations y est monnaie courante. En Bulgarie, en % des Roma disposaient d une toilette à l extérieur de la maison, contre 38% de la population totale. En Roumanie, en 1998 seuls 24% des Roma avaient accès à l eau dans leur maison contre 46% de la population totale. Dans la rue Ciocarliei (Medias, Roumanie), où habitent à peu près 2500 Roma, la seule eau disponible pour les habitants est contaminée. Quand ils ont demandé de prolonger la conduite d eau jusque dans les quartiers des Roma, le conseil local a répondu qu il n y avait plus d argent. Pourtant, le conseil a approuvé pour la même période des dépenses s élevant à US$ pour améliorer l aréna de sport locale (Zoon I., 2001). Plusieurs établissements Roma autour des villes en Europe de l Est sont connus pour leurs circonstances de vie et de logement extrêmement dures. Ces établissements sont, de plus, souvent extrêmement surpeuplés. Dans le quartier Lunik IX à Kosice, Slovaquie, un appartement avec 2 chambres doit être partagé par 20 à 30 personnes. La cuisine et la salle de bain pour chaque chambre doivent être partagées par deux familles, dans plusieurs maisons la conduite d eau et de gaz ne fonctionne plus. En 1998, selon le rapport de la banque mondiale, 20% des habitations Roma en Roumanie étaient plus petites que celles des roumains, bien que les familles étaient plus nombreuses. En Europe de l Est, la plupart des Roma vivent dans une situation précaire de logement, mais à côté de cette réalité des bruits incontrôlés circulent sur des Roma qui auraient construit des châteaux ou palais dans leur village d origine. Certains Roma aisés qui accumulent une petite fortune en faisant toute sorte d activités, dépensent cet argent pour se mettre en valeur avec une grande ostentation. Souvent il s agit de bâtiments avec une façade recouverte de beaucoup d ornements. L intérieur est souvent très sobre et vide. Les propriétaires y habitent souvent dans des circonstances très modestes, avec seulement une ou quelques petites chambres. Certains préfèrent même ne pas habiter dans la 120
121 LOGEMENT maison, mais dans la caravane dans le jardin. Toutes les familles interrogées pendant l enquête, témoignaient des problèmes de logement dans leur pays d origine, chacune de sa façon : Aurel : Nous habitions dans une maison de terre glaise, avec une seule chambre. Nous n avions pas de jardin, nous ne pouvions donc pas cultiver des produits agricoles. Nous allions chercher de l eau chez les voisins. Nous disposions d une lampe, pas de frigo. Nous cuisinions à l extérieur sur un petit feu de bois. Adinel : Nous avions une grande maison avec un beau jardin. Tout a été confisqué et maintenant, à la place, il y a des appartements en bloc. Quand nous demandions quels étaient nos droits, on nous répondait que le dossier avait disparu. Nous n avons plus rien vers où retourner. Maria : Nous avions une petite maison à nous. Je devais travailler 24h sur 24h dans un orphelinat pour pouvoir payer l électricité et le gaz. Finalement, j ai vendu ma maison pour pouvoir venir en Belgique. 2. La situation du logement des Roma dans la région de Bruxelles-capitale 2.1. LES MÉTHODES DE RECHERCHE Le logement était un des thèmes abordés dans des interviews semi-structurées de 10 familles Roma, de 5 CPAS et de CAW Archipel Welkom à Molenbeek. En outre, Geert De Pauw (maison de quartier Bonnevie) et Michael Michel (ATD Quart Monde) ont donné leur point de vue concernant la situation du logement des minorités ethniques et culturelles des groupes défavorisés dans la région de Bruxelles. D autres contacts avec Roma, intervenants et collaborateurs du Petit-Château et d initiatives locales d accueil (Solidarité Socialiste) ont complété l enquête LA POLITIQUE D ACCUEIL FÉDÉRALE Pendant l examen de la recevabilité, les Roma qui se déclarent candidats 121
122 réfugiés sont attribués par le service dispatching de Fedasil à un centre d accueil ou à une initiative locale d accueil selon les places disponibles. On constate que le séjour dans un centre d accueil ne tente guère les Roma roumains, par exemple. Ils n aiment pas vivre avec d autres réfugiés dans un centre d asile, souvent à cause de mauvaises expériences faites auparavant avec les gadgé (nontziganes). Leur liberté y est limitée. D après les estimations, seuls 30% - 40% y vont finalement, les autres recherchent eux-mêmes une place pour vivre, souvent chez d autres Roma. Le taux de personnes qui ne se rendent pas au centre d asile attribué est donc un peu plus élevé chez les Roma que dans d autres groupes. Une initiative locale 57 offrant un accueil plus personnel et une plus grande liberté est en général plus appréciée. Environ 70% des Roma roumains se rendent là. Les Roma de la Slovaquie et de la Tchéquie, de leur côté, vont plus facilement dans les centres d accueil attribués (environ 80%). Pendant l examen du fond de la demande d asile, les demandeurs d asile sont attribués à un CPAS compétent pour l aide. Celui-ci doit également leur offrir un logement dans sa propre commune. Les Roma laissent cette offre souvent de côté, tout comme d autres groupes. La plupart d entre eux préfèrent habiter dans un appartement où d autres membres de la famille ou des amis habitent. Dans la pratique, la politique concernant la répartition de l aide du CPAS n a donc en général que des effets au niveau financier, mais pas en ce qui concerne la présence physique. Fin 2003, seuls 8,6% des demandeurs d asile habitaient effectivement dans la commune qui leur avait été indiquée 58 pendant la phase de l examen du fond de la demande APPARTEMENTS À LOUER Quand toutes les voies de recours sont épuisées et/ou pendant la procédure de régularisation, les Roma louent pour la plupart un appartement modeste ou une chambre meublée. Sur le marché locatif, ils sont confrontés en premier lieu à des problèmes qui se posent également pour d autres minorités ethniques et culturelles. Une analyse de l environnement du Vlaams Minderhedencentrum (centre flamand des minorités) constate que la situation du logement des minorités ethniques et culturelles est déterminée par la discrimination et le 122
123 LOGEMENT racisme de la part des bailleurs, par le statut de séjour précaire, la position socio-économique défavorisée et par la connaissance insuffisante des droits quant au logement et des possibilités de logement. Les allochtones occupent en général une grande partie des appartements à loyer. Comme nous venons de le dire, la plus grande concentration des appartements à loyer se situent surtout à l intérieur de la petite couronne du 19 ème siècle autour du centre de Bruxelles. Sur le marché locatif privé, il faut en général faire face à des manques sérieux quant à la qualité, l accessibilité financière et la stabilité du logement. Les allochtones s installent surtout dans des quartiers (ouvriers) défavorisés avec un manque de logements à un prix abordable et de bonne qualité, où l environnement est peu agréable. On rencontre les Roma pour la plupart dans les quartiers à haute concentration de minorités ethniques et culturelles, des immigrés, réfugiés et personnes sans papiers, à savoir dans la zone pauvre de Bruxelles en forme d une demilune. Ici, le marché locatif est caractérisé par des loyers un peu plus bas (p.ex. quartier Nord, Scharbeek 59, ). Les allochtones sont aussi souvent victimes de discrimination sur le marché locatif privé. Ceci a été prouvé expérimentalement par la maison de quartier Bonnevie à Molenbeek. L expérience a mis en évidence que 70% des demandes faites par des allochtones qui recherchent un logement, étaient refusées. Beaucoup de propriétaires adaptent leurs prix s il s agit d étrangers, ou ils refusent carrément la demande s ils supposent qu elle a été faite par un demandeur d asile. Les Roma rencontrent une difficulté supplémentaire, c est-à-dire une réputation sale. Les propriétaires craignent la surpopulation des chambres et par conséquent des problèmes d hygiène (trop de déchets, de la vermine par le ramassage de meubles dans la rue, ). Les Roma sont également confrontés à l opposition faite par les voisins contre la présence de familles Roma dans leur entourage direct. Les Roma séjournant légalement en souffrent aussi. Les Roma trouvent donc difficilement un logement qui convient et louent finalement les pires logements, selon les services du logement. Si les Roma roumains disent qu ils sont hongrois, ils ont moins de problèmes vu que chez les hongrois il ne s agit pour la plupart pas de demandeurs d asile. 123
124 Les quartiers pauvres défavorisés avec une grande quantité de logements délabrés sont les zones avec le moins de règles et donc aussi avec les moindres droits ( les endroits de non-droits ). Sur ce marché locatif secondaire, beaucoup de propriétaires ne donnent pas un contrat de location et se font payer en liquide. D une part, cette souplesse représente un avantage pour les locataires qui se trouvent dans une situation de séjour précaire (comme la plupart des Roma) et ne savent pas si ils vont encore y rester longtemps. D autre part, cette pratique favorise les pratiques d abus de la part des propriétaires qui traitent leurs locataires de façon plutôt arbitraire. Les expulsions et les menaces de porter plainte à la police sont des pratiques courantes auxquelles les Roma sont confrontées. Dans de telles maisons, les locataires changent par conséquent beaucoup. Dans le quartier Nord, on constate que beaucoup de Roma s adressent au propriétaire avec patron. Selon le CPAS local, il s agit souvent de propriétaires turques qui offrent des logements à des bulgares (parfois aussi des roumains) et les engagent en même temps pour des petits travaux. Selon un collaborateur de ATD Quart Monde il s agit seulement de quelques propriétaires avec plusieurs maisons. En général, ces locataires ne reçoivent pas de contrat de location au début. On suppose que ces propriétaires font appel à ces locataires pour restaurer les maisons et que seulement après ils leur donnent un contrat de location. Les propriétaires exercent de la pression sur les habitants en leur envoyant des lettres dans lesquelles ils menacent de les expulser s ils ne paient pas, mais en fait ils ne passent que rarement aux actes. Bien qu il s agisse d abus de personnes dans une situation précaire, les Roma ne se plaignent pas d abus ou du mauvais logement, même quand il n y a pas de chauffage. Ils ont surtout peur d être expulsés. Le CPAS a également constaté que les Roma aiment rester dans le quartier après la régularisation. Si le CPAS peut intervenir dans la garantie locative pour un nouveau logement, ils refusent de déménager, même si les enfants doivent dormir sur des matelas ou les fauteuils. Ils n introduisent pas non plus de demande d aide pour la réparation de fenêtres ou du chauffage. Les familles Roma qui cherchent un logement d urgence sont souvent renvoyées vers les services des locataires comme la Convivance et la maison de 124
125 LOGEMENT quartier Bonnevie qui les accompagnent. Pour les personnes sans papier, la recherche d un logement est d avance une entreprise impossible à réaliser et souvent ils ne commencent même pas à chercher. Les propriétaires veulent la garantie d être payés et se méfient des personnes séjournant illégalement vu qu elles ne peuvent pas prouver d avoir un revenu régulier. Déjà la garantie locative peut poser problème. Beaucoup de propriétaires exigent une garantie sous forme d une somme d argent, ce qui n est pas légal. Le CPAS de Bruxelles constate néanmoins que les Roma arrivent toujours à trouver assez d argent pour payer la garantie. Les Roma ont souvent des réseaux de solidarité auxquels ils peuvent faire appel pour des paiements importants (comme le loyer). Non seulement la famille et les amis, mais aussi des prêtres et mosquées les aident à payer leurs frais par des dons. Quatre des dix familles interrogées parlaient spontanément des dons de marocains de la mosquée ou du prêtre de l église. Pour une famille, un prêtre intervenait chaque mois pour la moitié du loyer. Pendant l enquête, on n a trouvé aucun Roma dans un logement social. Pourtant, les familles régularisées introduisent bien des demandes. La taille de la famille est un obstacle. Mais, comme nous venons de le dire plus haut, dans la région de Bruxelles il y a un grand manque de logements sociaux et les listes d attente sont très longues. Pour les familles nombreuses comme celles des Roma, les délais d attente peuvent durer jusqu à 2-7 ans LES MARCHANDS DE SOMMEIL Les marchands de sommeil profitent énormément de la situation sur le marché locatif à Bruxelles. Souvent les réfugiés et les personnes sans papier sont victimes des marchands de sommeil à cause de leur situation financière et de séjour précaire et finissent dans des taudis pour lesquels ils doivent souvent payer des loyers hauts (parfois la location se fait par matelas). Art. 77 bis de la loi sur les étrangers de prévoit des dispositions concernant des sanctions pour les marchands de sommeil qui abusent de la situation précaire des étrangers pour réaliser des profits anormaux. Ils risquent même des peines de prison. On connaît des cas de familles régularisées qui se sont adressées au juge de paix pour porter plainte contre le propriétaire. Mais 125
126 très peu portent plainte contre les marchands de sommeil. Pour beaucoup, le seuil du tribunal est trop haut. Toute la procédure judiciaire est trop impressionnante. Une famille roumaine par exemple était fort impressionnée par la salle d audience avec tous les avocats en toge noire. Comme en Roumanie ce ne sont que les juges qui portent des toges, ils se croyaient entourés de juges. De toute façon, les Roma en statut de séjour précaire ne font jamais appel à la justice par peur d être expulsés et éloignés. Selon la loi concernant les étrangers 61 un locataire séjournant illégalement qui est victime d un marchand de sommeil peut obtenir un accueil ou logement alternatif. Ceci est la seule protection prévue pour la personne qui porte plainte contre un marchand de sommeil. Cette protection n est pas invocable et n a apparemment pas d effets. Sur base de cette loi et à la demande de la commune ou du parquet, la police peut entreprendre ses propres actions contre les marchands de sommeil et arrêter toutes les personnes sans papiers qu elle rencontre dans les logements et les éloigner du pays. Cette politique diffère fort d une commune à l autre. A Molenbeek, par exemple, on ne pratique pas de descentes et d éloignements, mais parfois on intervient lorsqu il s agit de squatters. Une action menée contre un marchand de sommeil ne se termine pas toujours en faveur du locataire. Si le logement est fermé, celui-ci se retrouve à la rue. Il n y a pas d obligation de relogement. Les personnes sans papiers ne peuvent pas prétendre à la prime de relogement prévu dans le code du logement bruxellois, puisqu ils ne peuvent pas présenter les documents nécessaires (par exemple attestation de la composition du ménage). A Molenbeek, le service d hygiène passe à l action avec insistance dans des situations hygiéniques abominables. Suite à la plainte d un locataire, ce service sommera le propriétaire, ou déclarera la maison insalubre. Dans la pratique, les propriétaires mettent les locataires à la porte pour pouvoir restaurer la maison SITUATION DE SÉJOUR PRÉCAIRE La plupart des Roma séjournent illégalement. Ils se trouvent dans une logique de survie dans laquelle la qualité du logement n est pas un problème prioritaire. 126
127 LOGEMENT Les CPAS ne reçoivent que peu de plaintes de Roma sur la mauvaise qualité du logement. Les Roma se préoccupent plus de l attribution d aide financière et de la prise en charge des frais médicaux. Mais ils se plaignent beaucoup du prix élevé des logements. En général, les Roma s en sortent assez bien pour payer le loyer, même si les prix sont exubérants en comparaison avec l état du logement. Ceci explique pourquoi les Roma, selon plusieurs CPAS, ne sont en général pas les pires payeurs en ce qui concerne le logement. Payer pour pouvoir loger semble être beaucoup plus important que payer toute sorte de factures qui se rajoutent par après. L importance d un logement décent augmente dès que les personnes ont acquis un statut de séjour légal. Certaines familles cherchent un meilleur logement quand ils ont un statut de séjour légal, d autres restent. Ces derniers estiment qu il est plus important d envoyer une partie du revenu aux membres de la famille restés dans le pays d origine que d investir dans un meilleur logement. La situation de logement de la plupart des Roma est instable à cause de leur situation financière souvent précaire. Les déménagements sont fréquents et la mobilité est très grande. Quand ils ne savent pas payer, ils cherchent un logement moins cher, éventuellement une place chez la famille ou chez d autres Roma de leur région d origine (cfr. autres allochtones). Même dans cette situation-là, très peu de Roma se rendent dans un centre d asile pendant l examen de la recevabilité. Les Roma viennent et vont, séjournent pendant une période dans une maison, puis dans une autre, disparaissent à l étranger, reviennent après quelques mois, etc. Il y a aussi d autres raisons pour déménager, par exemple le fait d avoir reçu l ordre de quitter le territoire et la peur d être arrêtés par la police, ou lorsqu ils ont des problèmes avec les voisins ou ont trouvé d autres possibilités de travail ailleurs. Parfois les familles Roma disparaissent tout à coup à l étranger, pour des raisons familiales (fête de mariage, baptême, décès) ou parce qu ils ont entendu parler d une procédure d asile plus prometteuse ou de régularisation dans un autre pays de l Europe de l Ouest. Cette mobilité, en général sans communiquer la nouvelle adresse, rend le suivi administratif difficile (par exemple recours urgent pendant la procédure d asile, CPAS, école, factures, ). Cette situation instable semble diminuer 127
128 selon les CPAS dès que les personnes disposent d un statut de séjour légal et touchent l aide du CPAS. A partir de ce moment, le suivi administratif est plus facile et les personnes s adressent plus régulièrement aux services locaux existants. Certains font encore des activités très mobiles et font des allers-retours vers leur pays d origine. Ils ne le communiquent pas au CPAS par peur que l aide financière ne soit plus attribuée. Les Roma sont considérés par les différents services enquêtés comme un groupe qui manifeste une plus grande mobilité que les autres groupes dans une situation comparable. Cette recherche d un lieu où ils sont les bienvenus et peuvent bâtir un avenir, dure pour un très grand nombre de Roma déjà toute une vie, parfois même des générations. Pour la plupart, les Roma vont habiter dans des maisons où d autres Roma vivent, de préférence provenant de leur propre région d origine. Certaines maisons à Bruxelles sont ainsi connues comme de vraies maisons Roma dans lesquelles les familles Roma se relayent. Il s agit souvent de familles récemment arrivées qui y séjournent temporairement en attente d un propre toit. D une part, beaucoup de Roma ressentent aussi le besoin de vivre en communauté et le partage des frais a des avantages financiers. D autre part, des familles individuelles aiment chercher un logement à elles quand elles ont plus de certitude quant à leur séjour en Belgique. Suite à un manque total de maisons à un prix abordable dans la région de Bruxelles, le nombre de maisons squattées augmente. Si les Roma ne trouvent pas de logement et ne peuvent pas faire appel à la famille ou des amis dans une situation d urgence, ils vont vivre dans des squats. En 2002, plusieurs familles Roma ont été expulsées des squats dans la rue Gaucheret. Plusieurs familles campaient alors pour une certaine période dans des voitures sur le parking de la chaussée de Malines jusqu au moment où elles ont trouvé des squats dans cette rue. Finalement elles ont été arrêtées, quelques familles ont été expulsées du pays et d autres sont retournées à Schaerbeek où elles ont loué pour l hiver une pauvre petite chambre sans chauffage. Après l hiver, elles sont retournées dans un autre squat où elles devaient payer un montant au squatteur principal pour avoir une place. Beaucoup de Roma sont temporairement sans abri, souvent pendant les 128
129 LOGEMENT premiers jours, voire les premières semaines après qu ils sont arrivés en Belgique. D autres se retrouvent sans abri pour un certain temps quand ils sont expulsés d une maison pour des raisons diverses. Une des familles interrogées s est retrouvée à la rue en mai 2004 après une descente de la police. Le propriétaire a été arrêté et accusé de traite des êtres humains et des scelles ont été apportées sur la maison. Aucun accueil alternatif n a été prévu et les gens ont été abandonnés à leur sort. La famille (père et mère avec 4 enfants) dormait pendant 5 jours dans le parc avant qu un accueil d urgence et temporaire n ait été trouvé dans la maison CASU. Une semaine plus tard, la famille est allée habiter chez une autre famille Rom qu elle connaissait. En cas d urgence d autres familles vivent temporairement dans des voitures ou des camionnettes. A Molenbeek, par exemple, en 2002 on a remarqué un camion stationné dans lequel des gens venaient dormir, probablement contre paiement. Le plus souvent, les Roma peuvent faire appel à la solidarité réciproque. Au moins 2 des 10 familles interrogées hébergeaient à ce moment-là des familles Roma temporairement sans abri bien qu elles-mêmes se trouvaient dans des situations de séjour très précaires. Les sans abri sans papiers peuvent en principe s adresser aux centres résidentiels de l aide sociale générale. Comme ils ne peuvent pas prétendre à l aide du CPAS, le remboursement des frais de séjour par le CPAS à ces centres n est pas prévu. Les centres pour l accueil d urgence et les maisons d accueil sont d ailleurs confrontés à une demande qui excède de beaucoup l offre. Les Roma sans abri s y rendent souvent, mais s ils ne disposent pas de papiers, ils ont peu de chances d être accueillis. C est pourquoi les Roma ne peuvent en fait toujours que s adresser à une seule maison d accueil pour personnes sans papiers, le CAW Mozaïek Asiel. Il y a 18 places pour des personnes dans une situation problématique qui ont de bonnes chances d obtenir un statut de séjour. La période d attente peut néanmoins durer quelques mois. Le centre ne reçoit que sporadiquement des demandes de Roma. Dans la première moitié de 2004, une seule demande des 103 était faite par des Roma. Surtout pendant la période d hiver, il y a un manque aigu de places d accueil d urgence. Certaines maisons d accueil mettent de l argent de côté pour accueillir des sans abri sans papiers 129
130 dans des situations de très grande urgence (CASU Bruxelles, Le Relais Molenbeek, ) LES CIRCONSTANCES DE LOGEMENT La plupart des familles Roma vivent dans une seule chambre, avec une petite cuisine (qui est parfois partagée avec d autres familles), une douche (s il y en a) et une toilette dans le couloir. La relation prix/qualité est très mauvaise, au moins 250 pour une petite chambre. Quand des travaux sont effectués (peindre, restaurer, ) le prix monte tout de suite (p.ex de 50 ). Les propriétaires sont souvent d origine étrangère (turcs, italiens, pakistanais, ). Dans ces quartiers d ouvriers où la plupart des Roma habitent, les chambres sont souvent petites et n offrent que le confort du temps quand elles ont été construites (19 ème siècle) pour les ouvriers. La plupart des logements sont délabrés et insalubres : de la moisissure sur les murs, le tuyau du WC qui coule, des cafards partout, des souris vivent dans les trous dans le sol et les murs, peu de lumière et d aération, etc. La santé des habitants en souffre clairement. L infrastructure est démodée et usée : le chauffage n est pas conforme, il y a des trous dans l escalier, chez une famille interrogée le plafond était tombé, etc. Les installations électriques et de gaz comportent de très grands risques : par manque de place, les feux à gaz se trouvent sur le palier où les enfants passent et les vêtements pendent tout près, les conduites électriques des frigos et les autres appareils sont bricolées, etc. Le confort est minimal. Selon une étude de l université catholique de Louvain (K.U. Leuven, Kesteloot C. e.a., 2002), dans cette zone ouvrière située dans la partie ouest de la première couronne du 19 ème siècle et le long de l axe industriel, il y a la plus forte concentration de maisons avec seulement une toilette en commun pour tous les appartements de la maison (8-20%), souvent sans salle de bain (17-35%) ou même sans eau courante. Souvent la toilette (française) et la douche se trouvent dans un petit compartiment. Dans cette zone, il y a également la plus grande concentration de veilles maisons sans chauffage central (51-65%). Les circonstances de vie sont surtout très pénibles pendant l automne et l hiver. Un très grand nombre de familles Roma chauffent 130
131 LOGEMENT le logement en allumant plusieurs becs à gaz de la cuisinière (parfois pendant toute la journée). Certains chauffent avec un chauffage individuel électrique, d autres avec une flamme à gaz ou au mazout qui produit une fumée qui coupe le souffle. Les Roma ont souvent des infections des voies respiratoires. Malgré tous ces inconvénients, les familles Roma font pour le mieux et la mauvaise qualité du logement n est en général pas une raison pour ne pas y rester. La plupart des familles affirment qu un tel logement est mieux que celui qu ils ont habité dans leur pays d origine, et ils se rendent compte qu il est très problématique de trouver un autre logement. Mais on ne peut pas généraliser. Pour certains, une meilleure situation financière n est pas une raison pour chercher un meilleur logement, d autres essaient même dans une situation précaire de faire en sorte qu ils ne doivent pas vivre dans un taudis. Ceci était entre autre le cas chez 2 familles interrogées séjournant illégalement qui faisaient tous les efforts possibles pour pouvoir payer le prix élevé pour un logement décent. Dans la maison médicale 35 où se rendent tant les Roma roumains que bulgares, on estimait que les Roma bulgares logent dans de meilleures conditions à Bruxelles que les roumains. Les bailleurs se plaignent pourtant souvent du bricolage exagéré de beaucoup de familles Roma, entre autres aux câbles et installations électriques. Les meubles sont souvent ramassés de la rue ou proviennent de centres de distribution, tout comme les vêtements et la nourriture. Beaucoup de Roma préfèrent habiter en communauté. En général, ils peuvent compter sur une certaine solidarité du groupe qui fait que (temporairement) ils peuvent être hébergés chez la famille ou des amis. Les chambres sont donc vite surpeuplées et cette façon de faire n apporte pas de solution durable. Les chambres sont vite habitées par plusieurs familles apparentées ou des amis des premiers locataires. Il y a des lits partout, des matelas par terre, jusqu à 10 personnes dorment dans une chambre. Par le manque de place dans les chambres, les cuisinières à gaz sont installées dans les couloirs étroits avec tous les risques possibles, les déchets s accumulent dans les couloirs, etc. Les Roma reçoivent souvent de la visite d autres familles et il y a donc constamment du va et vient. La surpopulation provoque donc souvent une hygiène déficiente et des 131
132 conflits avec le propriétaire et les autres habitants d autres nationalités. Les normes d hygiène et le respect pour le matériel sont parfois différents pour les Roma. Les intervenants d organisations qui s occupent de l accueil de candidats réfugiés sont souvent confrontés à des Roma qui démontent des lits superposés, jettent les matelas dehors, etc. D autres intervenants remarquent que les familles Roma qui trouvent un logement propre et correct, essaient de l entretenir et le respecter le plus possible. L hygiène déficiente est très souvent plutôt une conséquence de l insalubrité des logements. Les Roma habitent également dans des lieux où d autres personnes n accepteraient pas de vivre, même dans des caves. Les marchands de sommeil essaient d exploiter chaque petit coin de leur maison : Je rencontre également une famille dans une cave. Il faut se mettre sur la grille de la cave dans le trottoir, c est le signe convenu par lequel on a accès à la cave, presque comme un confident. La cave est plutôt une caverne qu une chambre. A 14h, le père et la mère sont assis avec un nourrisson sur le lit. Il y a quatre autres enfants qui jouent. Il fait presque noir. Seule une petite ampoule donne un peu de lumière. A côté de la cave, il y encore 2 autres chambres. Là habite encore une autre famille tzigane (de la même famille) et 3 africains. Le prix s élève à 8000 FB. Dans le couloir devant les cloisons, il y a un petit coin dans le sol et à côté de la toilette, on peut cuisiner (une cuisinière avec un bec pour les 3 chambres). Il fait noir et l air est humide et sent les déchets et l urine. (Bafekr, 1999). 3. Recommandations Pour les Roma en séjour précaire, il est très difficile de trouver des solutions structurelles pour leur problème de logement. En plus, le marché locatif de Bruxelles est caractérisé par une forte hausse des loyers et beaucoup de personnes cherchent un logement à un prix abordable. Pourtant, des mesures peuvent également être prises pour les personnes sans papier pour réaliser le droit au logement. 132
133 LOGEMENT 3.1. PLAN STRATÉGIQUE Accueil d urgence plus accessible Une meilleure accessibilité de l accueil de crise peut être réalisée par un règlement structurel du financement des frais de séjour et l orientation des personnes sans papies vers des centres d accueil de crise et des maisons d accueil S attaquer au problème des marchands de sommeil Il faudrait agir systématiquement et sévèrement contre l abus de la situation vulnérable des personnes sans papies fait par les marchands de sommeil et les trafiquants d êtres humains. L accusé doit être puni et les victimes doivent être protégées. Il faudrait prévoir la possibilité pour des tiers de déposer plainte, puisque les concernés ne peuvent/veulent pas le faire par crainte d être expulsés. Il est indiqué de développer un programme pour des personnes sans papiers qui sont victimes de marchands de sommeil ou de trafiquants d êtres humains où qui, dans une situation d urgence, demandent de l aide et de l accueil, afin de les héberger dans des conditions humaines, à condition qu ils acceptent un accompagnement et une orientation Accès aux mesures du logement social Il faudrait prévoir que les personnes sans papiers gardent la possibilité de s inscrire dans une société de logement social et puissent prétendre à des allocations de logement et à la prime d installation. Il faut élaborer un règlement structurel pour le financement d un fonds qui couvre les risques de location pris par les agences immobilières sociales qui offrent du logement aux personnes séjournant illégalement Accompagnement L information, la sensibilisation et l accompagnement de qualité des minorités ethniques et culturelles concernant les contrats, les droits et les devoirs, les normes et les règles en matière de logement renforcent leur position. Dans ce cadre, il faudra également prêter attention à l accessibilité financière et la qualité 133
134 des logements. Dans cela, le rôle important de la femme Roma dans la maison et le ménage ne pourra pas être négligé. De cette façon, on pourra responsabiliser les femmes. On agira de préférence au niveau du quartier ou au niveau local. L implication des propres réseaux et des organisations de minorités (p.ex. Arthis) ayant une fonction de relais et les agences immobilières sociales (pour les locataires des logements sociaux) est très importante. L orientation sociale pour les primoarrivants mais aussi pour ceux venus avant, est importante UNE POLITIQUE DU LOGEMENT Le logement doit être réglementé d une façon plus efficace. Il faut mener une politique de contrôle de la relation prix/qualité. L offre de logements (sociaux et autres types) doit être stimulée. Dans le cadre des contrats de quartier, il faudra planifier la construction d un plus grand nombre de logements sociaux. Pour éliminer les effets d exclusion produits par une concentration spatiale de la pauvreté, le développement local dans les quartiers défavorisés devra faire partie intégrante de la lutte contre la pauvreté. Une politique qui vise à améliorer l environnement de l habitat, devra également stimuler la mixité sociale. 134
135 EMPLOI ET FORMATION CHAPITRE 5. EMPLOI ET FORMATION 1. La situation de l emploi des Roma en Europe de l Est Avant le régime communiste, les différents clans Roma exerçaient leurs propres métiers traditionnels. Les noms des différents groupes Roma en sont déduits : Kalderasch (chaudronniers), Ursari (dresseurs d ours), Rudari (menuisiers), forgerons, musiciens, etc. Dans le 20 ème siècle, beaucoup de métiers ont disparu à cause de la concurrence de l industrialisation et des glissements vers d autres professions se sont manifestés (les Rudari p.ex. devenaient des commerçants du textile et des ouvriers saisonniers dans l agriculture). Pendant le communisme, les Roma étaient forcés au travail dans le secteur public et la plupart d entre eux ont dû arrêter leurs activités traditionnelles indépendantes dans le secteur informel. En échange, ils recevaient des salaires bas, des subsides au logement, des soins de santé, etc. La plupart des Roma étaient employés en tant que travailleurs manuels peu qualifiés (industrie du fer, entreprises agricoles collectives, ). Le taux d emploi des Roma équivalait presque celui des non-roma (70-90% dans les années 70-80). Le taux d emploi des femmes était beaucoup plus bas vu que les femmes Roma n avaient pas l habitude d être engagées officiellement. Après la chute du communisme, les conséquences les plus immédiates et dramatiques pour les Roma se faisaient sentir sur le marché du travail. Par des restructurations, des fermetures et la diminution des subventions aux entreprises d état, le taux d emploi baissait énormément. Les Roma étaient les premiers à être éliminés du marché du travail à cause de leur faible niveau de formation et de la discrimination. Selon un rapport de la banque mondiale, en Roumanie, par exemple, le taux de chômage des Roma s élevait déjà à 45% en 1992 (Ringold D., 2000). En 1999, le taux de chômage des Roma en Tchéquie était estimé à 70%, contre 10% de la population totale. Selon le rapport du PNUD sur les Roma 62 et la définition du OIT 63, en 2002 le taux de chômage des Roma atteignait 40% dans les 5 pays de l Europe de l Est 64 examinés, avec le plus haut chiffre de 64% en Slovaquie. La transition fut aussi catastrophique pour les femmes. En 1993, seuls 17% des femmes Roma avaient encore un emploi, contre 63% de la population totale. 135
136 L économie informelle redevenait une source de revenu importante pour les Roma avec toute une variation d activités : petits commerces, travail saisonnier dans l agriculture, recyclage de matériel Beaucoup de Roma préfèrent un emploi flexible et indépendant au travail salarié. L accès à l emploi légal pour les Roma est pourtant entravé par leur bas niveau de formation et la discrimination à l embauche. Sur un marché du travail où la demande dépasse de beaucoup l offre, le fait d être Roma est souvent un désavantage. Par conséquent, beaucoup de Roma cachent leur origine ethnique. Certains établissements manifestent même des taux de chômage de 100 %. Un très grand nombre de Roma dépendent donc totalement des allocations sociales (44% en Slovaquie). Comme ils ne travaillent pas, ils ne contribuent pas à la sécurité sociale, ce qui provoque l intolérance et l exclusion ethnique. La pauvreté est la plus marquée dans les zones rurales. Avant la sédentarité forcée, la femme était totalement responsable des revenus quotidiens. Pendant le régime communiste, les hommes était obligés à aller travailler dans les usines et contribuaient ainsi également au revenu quotidien. Depuis la chute du communisme, les femmes développent à nouveau des activités qui leur donnent une autonomie au niveau économique comme avant la sédentarité. Elles ne restent pas chez elles, mais vont e.a. à la ville pour collecter des revenus. La Roumanie En Roumanie, on fait une distinction entre Roma qui ont encore gardé des traditions et ceux qui ont été assimilés pendant le régime communiste. Ceux qui d une certaine manière ont su garder leur métiers traditionnels (forgerons, ferronniers, chaudronniers, ) pendant le travail obligé pour l état communiste, vivent dans des meilleures conditions. Maintenant, ils vivent du commerce, de la récupération de métal et de verre etc. Certains groupes voyagent pendant la période chaude de l année pour vendre leurs produits. Ceux qui ont travaillé dans les kolkhozes et les usines sont pour la plupart au chômage et se sentent sans avenir. La mécanisation de l agriculture a fait disparaître une grande partie de l agriculture manuelle. Les personnes les plus pauvres se trouvent maintenant 136
137 EMPLOI ET FORMATION parmi les agriculteurs et les ouvriers. Selon le rapport du PNUD sur les Roma, en 2002 le taux de chômage des Roma s élevait à 24% selon une définition de l OIT. 16% des Roma dépendent totalement de la sécurité sociale pour survivre. L accès au marché de l emploi est difficile pour les Roma. La raison principale est la discrimination ethnique, la dépression économique et le faible niveau de formation. Ceux qui ont du travail touchent des salaires bas (parfois 25 / mois). Les pensions s élèvent à 25 /mois environ. Beaucoup de Roma vont donc à l Ouest. Ionel témoigne : Je vivais en Roumanie au jour le jour. Je voulais bien travailler. Je cherchais toujours du travail, mais n étais pas accueilli à cause du racisme. Même les Roma très qualifiés ont moins accès à un travail. Le chômage parmi les universitaires est un phénomène qui se manifeste actuellement pendant la crise économique aussi fréquemment parmi les autres personnes roumaines. S il faut choisir entre un roumain et un Roma avec la même qualification, le Roma a le dessous. La plupart des Roma interrogés considèrent la période communiste comme une période positive pour les Roma. Bien que les Roma étaient obligés de se sédentariser, de s assimiler et que beaucoup de traditions étaient interdites, le régime communiste avait un effet égalitaire pour les minorités. Les salaires étaient bas, mais chacun était égal, quel que soit l ethnie, la religion, etc 2. L importance de l emploi pour les Roma et leur situation concrète 2.1. LA DÉBROUILLE Dès que les Roma arrivent en Belgique, ils commencent à accumuler un capital social en construisant des réseaux sociaux dans la communauté Roma de leur pays ou région d origine qui est déjà présente. Les contacts avec des personnes non-tziganes restent limités au niveau utilitaire. De cette façon, les hommes essaient de se procurer des petits travaux. Bien que certains adoptent une attitude passive et attendent que l aide arrive de l extérieur, le métier des Roma peut en général être décrit comme la débrouille. On mobilise toutes les connaissances et on profite de chaque occasion pour obtenir quelque chose. 137
138 Les Roma sont flexibles et s adaptent au marché. Ces activités peuvent varier tous les jours. Les heures de travail ne comptent pas, c est le résultat à la fin du jour qui importe. Si possible, ils accumulent plusieurs sources de revenus. L art de la négociation détient une place centrale. Le bien-être et le prestige de la personne Roma dépendent de la mesure dans laquelle il arrive à convaincre les autres de faire une affaire avec lui. Pendant toute son éducation, une grande attention est attribuée à ces qualités UN ÉVENTAIL D ACTIVITÉS Comme la plupart des hommes font leur chemin dans l économie informelle, en général ils sont discrets sur le type de travail qu ils font. Le matin ils partent et le soir ils reviennent. Pendant les entretiens avec les Roma, les CPAS et autres services, quelques secteurs sont souvent indiqués. Beaucoup d hommes font des petits travaux dans la rénovation de maisons (maçonnerie, peinture, placer du gyproc, des portes, etc.). Dans le quartier nord, ce travail se fait parfois sur commande d un propriétaire de maison (souvent turque) qui est en même temps le patron. Le locataire paie sa chambre en nature en travaillant pour le propriétaire. D autres font de petits travaux sur des chantiers (porter, remplir et vider la brouette, etc.). Beaucoup de Roma ont aussi toutes sortes de commerces, l achat et la vente d articles très différents qui sont négociés entre la Belgique et la Roumanie (machines réparés, radio, télévisions, ordinateurs, cigarettes roumaines, etc.). Certains travaillent dans l approvisionnement des magasins de nuit, d autres dans des garages, comme plombiers ou menuisiers, etc. Beaucoup de Roma de Bruxelles font également du travail saisonnier dans d autres régions : au Limbourg du Sud dans la fruiticulture, dans différents villages pour la récolte de pommes de terres, la culture de champignons, aux Pays Bas pour la plantation des fleurs, Si le travail rapporte rapidement assez d argent, les Roma ne semblent pas être difficiles. Selon le CPAS d une famille enquêtée, 2 garçons de 15 ans et de 16 ans allaient aider dans un ménage à Anvers. Quelques hommes Roma (pas beaucoup) travaillent dans le secteur horeca. On constate donc une grande variété d activités, selon le groupe d appartenance et le milieu dans lequel ils vivent. 138
139 EMPLOI ET FORMATION Tous les matins, on peut observer des hommes Roma en petits groupes à côté d autres personnes provenant de l Europe de l Est qui attendent à certains endroits bien spécifiques pour que l on vienne les chercher. Des employeurs y passent et engagent de la main-d œuvre non-qualifiée pour travailler un jour en noir (p.ex. les chantiers aux alentours de Bruxelles). Beaucoup de femmes Roma ne restent pas à la maison, mais sortent également pour récolter un revenu quotidien. Elles font des tâches comme aides ménagères, femmes d ouvrage, gardes d enfants. Les femmes Roma bulgares travaillent souvent comme serveuse ou aide de cuisine dans des cafés turcs et des snacks à Schaerbeek. Les employeurs turcs viennent les chercher pour des tâches ponctuelles 65. Certaines femmes séjournant illégalement gagnent leur vie en prenant la place de travailleurs engagés légalement, sans que cela se remarque. Par exemple en travaillant comme femmes d ouvrage ou comme laveuses de vitres dans des grands buildings AUTRES ACTIVITÉS DE SURVIE La mendicité 66 est une stratégie de survie souvent adoptée par les Roma, pour la plupart par des femmes (éventuellement avec des enfants), beaucoup moins par des hommes. Si d autres activités rapportent plus d argent, on s adapte. Le pour et le contre est pesé de manière purement pragmatique. La mendicité est pour ces Roma souvent l alternative la plus profitable et pour beaucoup de familles c est une des activités les plus exercées. Beaucoup de groupes Roma n ont d ailleurs aucune gène ou tabou concernant la mendicité, même pas avec des enfants. Beaucoup de groupes Roma critiquent pourtant cette forme d acquisition d un revenu. Ils sentent que l opinion publique jette le discrédit sur eux. Une fausse image se crée concernant les Roma et indirectement, ils en subissent les conséquences négatives. Parfois, au sein d une même famille, ils révoltent individuellement contre le fait que d autres membres de la famille vont mendier ou s opposent à la pression exercée sur eux pour qu ils aillent mendier. La mendicité est d ailleurs un exemple qui montre qu une activité évidente pour certains groupes de Roma, n est pas automatiquement appréciée par 139
140 d autres groupes. La diversité au sein de l ethnie Roma est telle que les normes, opinions et usances des différents groupes peuvent être fort opposées. Des personnes qui ne font pas partie du groupe ne voient souvent pas cette différence et généralisent les caractéristiques évidentes et remarquables. Les Roma se sentent donc très souvent traités injustement lors de généralisations sur les Roma. Avec le temps, les généralisations ont contribué à la grande stigmatisation dont souffrent les Roma jusqu à ce jour et qui a souvent résulté en discrimination. Mendier ne se fait pas n importe où ou par n importe qui. Les Roma partagent les places stratégiques entre eux et respectent les domaines des autres. Souvent ils ont des problèmes avec les mendiants autochtones qui perdent leurs places et une partie de leur public de donneurs. Des places fort fréquentées par des mendiants Roma sont e.a. la gare centrale, la gare du Midi, le boulevard Anspach, la rue Neuve, la rue du Brabant, etc. La plupart des grands magasins à Bruxelles ont leur mendiant fixe. Les carrefours sont aussi des endroits fréquentés pendant certaines périodes par des mendiants. Beaucoup de femmes se déplacent vers les communes de banlieue de Bruxelles quand le marché des mendiants est saturé. Ainsi, beaucoup de mendiants Roma font la navette de Bruxelles vers les communes et villes en dehors du grand ring de Bruxelles (p.ex. à Louvain) où on les remarque près des églises et des grands magasins. Souvent, ces mendiants sont d origine roumaine, parfois il s agit de bulgares. Dans des quartiers habités par beaucoup de musulmans, les femmes Roma qui mendient se déguisent en femmes musulmanes avec un long voile, surtout pendant le ramadan. Les hommes portent parfois un bonnet arabe pour disposer favorablement les musulmans. D autres stratégies de survie sont la vente du journal des sans abri et des fleurs. La plupart des vendeurs de journaux sont des hommes Roma. Parfois ils se rendent jusqu aux Pays Bas pour vendre leurs produits, parce qu ils pourrait y faire une meilleure vente. Les vendeuses de fleurs sont considérées parmi les Roma comme une catégorie plus pauvre 67. Ces femmes vendent des narcisses ou d autres fleurs, selon la saison, qu elles vont cueillir dans certains bois à l extérieur de Bruxelles, ou qu elles rachètent comme fleurs mises au rancart dans des magasins. Depuis quelques années, des laveurs de vitres sont apparus 140
141 EMPLOI ET FORMATION sur les différents carrefours, pour la plupart se sont des enfants Roma. Les musiciens se trouvent dans une meilleure situation, ici. Déjà dans leur pays d origine ils avaient un meilleur statut. Ils disposent d un moyen permanent de gagner leur vie et peuvent facilement s adapter à une nouvelle situation ou un nouveau pays. Ils jouent dans des bars, dans la rue, dans le métro et sont le cas échéant en possession d une carte de colporteur. En plus, il y a encore toute une autre série de petites activités par lesquelles les Roma essaient de vivre. Certaines femmes vont de marché en marché pour vendre des anneaux en or, d autres offrent de lire les lignes de la main etc. Par le manque de perspective, certains finissent dans des activités criminelles (traite humaine, vol, ). Depuis des siècles, une autre stratégie de survie est la prostitution. On retrouve parfois des femmes Roma bulgares dans la prostitution de rue à Schaerbeek et au nord du centre de Bruxelles. Il arrive aussi (mais moins) qu il s agisse de Roma roumaines. Un nombre réduit d hommes macédoniens et bulgares (dont quelques Roma) se prostituent aussi dans les alentours de Anneessens et sont suivis par Adzon. Le fils d un propriétaire s adressait au CPAS pour une aide pour la location d un nouvel appartement après que le père avait décidé de l expulser de la maison. Le père voulait louer sa maison à une famille bulgare, faisant allusion au fait que les femmes bulgares sont des bonnes locataires. La prostitution de femmes Roma bulgares est un phénomène connu. Le propriétaire est certain d avoir des revenus. Mais nous le répétons : la diversité des Roma fait que ce qui est approuvé par certains groupes ou familles de Roma, ne l est pas toujours par d autres groupes ou familles. Des activités comme mendier, se prostituer et voler en sont des exemples. Beaucoup de familles Roma ont des contacts avec des bienfaiteurs qui par charité font de grands dons. Au moins 4 des 10 familles interrogées pendant l enquête étaient soutenues de cette façon. Un prêtre flamand paye chaque mois la moitié du loyer d une famille, 2 autres familles recevaient de temps en temps des dons de marocains de la mosquée (une des familles 141
142 s était spontanément convertie à l Islam), la fille de douze ans d une autre famille était accueillie un jour par semaine chez une dame à Bruxelles qui soutenait également la famille financièrement. Ces quatre familles séjournaient toutes depuis 5 à 8 ans en Belgique et savaient comment s en sortir. Beaucoup de familles, surtout celles récemment arrivées en Belgique, font appel à des colis de nourriture des centres de distribution. Bien que des familles en dépendent pour une grande partie, la plupart essaient d avoir une sécurité alimentaire en diversifiant les sources d une certaine façon. Ils changent de services et de centres de distributions et varient également les réseaux familiaux et sociaux et les activités générant des revenus. L accès aux colis d alimentaires est assez limité, la quantité est insuffisante et la qualité parfois basse (produit dont la date de péremption est dépassée). Beaucoup de Roma sont donc contraints à chercher des restes sur les marchés ou dans les containers des magasins à grande surface. 3. Les Roma sur le marché de l emploi Même si les Roma disposent d un statut de séjour légal (ou se trouvent encore dans la procédure de l examen du fond de la demande d asile), la recherche d un emploi n est pas facile. Selon le CPAS du Béguinage, le problème est plus aigu pour les hommes que pour les femmes. Tandis que les femmes trouvent encore du travail comme femmes de ménage, les hommes ont plus difficile à trouver du travail. Un faible niveau de formation et le manque de qualification, d expérience, la mauvaise connaissance du français et/ou néerlandais, parfois l analphabétisme, le manque de qualités sociales font qu ils n ont presque pas de chance sur le marché de travail où la demande est beaucoup plus grande que l offre. Certains hommes veulent travailler dans le secteur de la mécanique p.ex., mais ne voient pas les avantages de suivre des cours de langue et d alphabétisation. D autre part, les employeurs ont des exigences de plus en plus hautes concernant la formation et l expérience. Les Roma n ont en général suivi que peu d enseignement et de formations et n ont qu un bagage professionnel limité. Dans leur pays d origine, ils étaient souvent 142
143 EMPLOI ET FORMATION des agriculteurs, des commerçants et ouvriers. S ils ont un diplôme, celui-ci ne vaut souvent pas grand-chose en Belgique. Le manque de qualités sociales est aussi un obstacle. Les employeurs demandent une certaine maturité dans la présentation, de la ponctualité, la mobilité, une motivation claire et des acquis sociaux. Par le manque d expérience dû à une longue marginalisation sociale, beaucoup de Roma ont des résultats très bas en ce qui concerne les points énumérés. Leur image salie est aussi un désavantage. Il n est pas clair dans quelle mesure ces obstacles jouent un rôle quand les Roma n arrivent pas à trouver d emploi, mais il est certain qu il y a du pain sur la planche dans ce domaine. Beaucoup de Roma choisissent une activité indépendante au lieu d aller travailler pour un salaire. De cette façon, ils peuvent combiner le travail avec les obligations sociales. Peu de Roma font du travail salarié. Pour beaucoup d entre eux, un cadre structuré comportent trop de limites pour la disposition du temps et le fait de devoir attendre la fin du mois pour toucher un salaire, ne leur plaît pas. En général, les Roma raisonnent dans le cadre du présent (Beersmans e.a., 2002) et veulent donc pouvoir s organiser librement. D autre part, il y a des groupes et familles pour qui l intégration est une stratégie de survie. Comme le travail est un levier de l intégration, ils vont se concentrer sur l obtention d un emploi légal. Des études mettent en évidence que plus traditionnelle une famille est, moins elle acceptera des stratégies d intégration comme stratégies de survie. On pose également que plus traditionnelle une famille est, plus important est le réseau familial de soutien réciproque. Ces positions sont confirmées e.a. par une étude du sociologue tchèque Filip Drimal des Roma tchèques et slovaques à Gand en Les Roma tchèques avaient deux fois plus un emploi légal que les slovaques. En même temps, les familles slovaques étaient beaucoup plus traditionnelles que les tchèques (plus d enfants/ famille, jeunes parents, ) et donc moins orientées sur l intégration. Dans des groupes traditionnels, les réseaux et la culture familiales jouent un rôle primordial. La culture familiale attribue une grande valeur au maintien des propres normes et valeurs. Les valeurs externes de la société civile ne sont acceptées que si elles n entrent pas en conflit avec les valeurs traditionnelles 143
144 internalisées. A partir du moment que les Roma disposent d un statut légal de séjour, la situation de départ change. Ils ont droit à l aide du CPAS et au travail officiel. Certains Roma vont alors à la recherche d un emploi salarié. Beaucoup de familles maintiennent pourtant leur façon de vivre. Les hommes continuent à travailler au noir, les femmes qui mendiaient continuent à le faire. Ils considèrent cela plutôt comme un travail et un passe-temps que comme une nécessité. L aide du CPAS est considérée comme un revenu additionnel. La plupart ne souhaitent pas être totalement dépendants de la sécurité sociale comme institution civile. Les Roma sont très habiles dans l accumulation de différentes sources de revenus. Comme nous venons de le dire, ceci fait partie d une stratégie de survie basée sur la diversification des sources de revenus. Par conséquent, beaucoup de familles se trouvent dans une situation financière bonne (ce qui se manifeste lors des fêtes de mariage etc.), bien que eux-mêmes affirment souvent le contraire. N empêche que beaucoup de familles doivent quand même faire de tout pour arriver à joindre les deux bouts. Les intervenants sont souvent sollicités par des Roma (tant hommes que femmes) pour leur trouver du travail. Si ils séjournent légalement, ils sont orientés vers les bureaux d intérimaires, vers l ORBEM/BGDA 68 ou vers d autres services pour l intégration socioprofessionnelle (services du CPAS, jobtraject, ). Souvent, ces services conseillent de suivre d abord des cours de langue ou une formation professionnelle avant de chercher un emploi. Si les Roma sont orientés vers de tels services, cela ne signifie pas qu ils y vont effectivement. Les 2 pères que nous avons orientés vers un trajet de mise à l emploi pendant l enquête, n y ont jamais été et ont poursuivi l activité qu ils faisaient avant. Il y a des Roma qui trouvent de l emploi de cette manière dans des branches pour travailleurs peu qualifiés. Pour la plupart, il s agit de contrats temporaires ou d essai, dans très peu de cas les Roma trouvent un travail stable de longue durée. Certains ont leurs propres activités et ne veulent pas être orientés vers un emploi. Sur la base de la loi sur le revenu d intégration de 2003, les bénéficiaires d aide du CPAS, surtout les jeunes entre 18 et 25 ans, sont stimulés à aller 144
145 EMPLOI ET FORMATION travailler. Le but est de trouver par des trajets adaptés un emploi à la mesure de l individu. Le concerné est supposé de s adapter à une certaine structure de conventions, heures de travail, etc. Ce qui n est pas directement évident pour tout un chacun. Certains CPAS essaient d appliquer cette loi et sont très sévères si le concerné ne réussit pas pour une raison ou l autre à collaborer. Une sanction possible est la suppression du revenu d intégration. Ceci est arrivé à un homme d origine Roma qui a raté un rendez-vous après qu on lui avait offert un travail dans la récolte de fraises. Il était vite considéré comme n étant pas disposé à travailler, le CPAS lui a supprimé le revenu d intégration, par conséquent il ne pouvait plus payer le loyer et a été expulsé. Après une médiation de la maison de quartier Bonnevie, on lui a trouvé une maison de passage. Ensuite, il a trouvé du travail en faisant des intérims, ce qui lui plaisait beaucoup plus. On peut donc se demander dans quelle mesure une structure fixe peut être imposée (p.ex. de 9h à 17h) à chacun sans distinction. La loi sur le revenu d intégration a comme but de trouver un emploi à la mesure de l individu. Il faudrait tenir compte du fait qu il y a des personnes qui n ont jamais connu de structure fixe. Dans les 4 familles interrogées séjournant légalement, personne n avait un travail officiel au moment de l enquête. Dans deux familles il y avait un fils qui avait un contrat temporaire (nettoyer des bureaux, placer des fenêtres). Une jeune femme travaillait officiellement comme femme de ménage à l hôpital St. Pierre, mais avait perdu son permis de séjour pour des raisons peu claires. Toutes les familles (sauf une) se plaignaient de la difficulté/de l impossibilité de trouver du travail, même via l ORBEM/BGDA. Selon certains, ceci était dû à leur identité Roma. Bien que toutes les familles le nient, 3 des 4 familles accumulaient l aide du CPAS avec d autres activités (petits commerces, travail dans la construction, lire la main, nettoyage). Les 6 familles séjournant légalement gagnaient des revenus en mendiant (2 familles), par la vente du journal des sans abri (1) 69, comme femme de ménage à mi-temps (2) 70, en donnant des cours de boxe et d aérobic (1), en tant que musicien (1) 71 Selon la cellule primo-arrivants du Service d intervention directe sur l emploi SIDE de l ORBEM/BGDA, qui cherche du travail pour les primo-arrivants qui y sont orientés par certaines organisations, dans 2 cas seulement il s agissait de Roma 145
146 qui cherchaient du travail. Ces 2 femmes ont finalement été engagées (une comme femme de chambre, l autre pour l entretien de bureaux) et les employeurs étaient tous les deux très satisfaits. Pour le trajet de mise à l emploi ( jobtraject ), au moins 72 un Roma s était présenté de sa propre initiative après qu il avait vu les affiches concernant les emplois accessibles à tous. A cause de ses mauvaises connaissances de la langue française, on lui avait suggéré de suivre des cours de français avant de chercher du travail stable. 4. La formation Les Roma qui immigrent en Belgique disposent normalement d un peu plus de moyens que la moyenne de leurs compatriotes Roma. Leur niveau de formation est également un peu plus élevé. Seules 2 femmes et seul 1 homme des parents enquêtés étaient analphabètes. La seule personne avec une formation supérieure dans le pays d origine était une femme Roma (en procédure de régularisation) qui avait suivi encore 4 années d économie après l enseignement secondaire. En Roumanie, elle travaillait dans un orphelinat comme éducatrice et ici en tant que femme de ménage à mi-temps. En général, le niveau de formation des Roma est pourtant très faible en comparaison avec les exigences du marché de travail. Les autres personnes qui avaient suivi une formation dans leur pays d origine, étaient couturière, chauffeur, cuisinier, menuisier et mécanicien. Dans plusieurs familles, les adultes ont fait preuve d une disposition spontanée de suivre des cours de langues et une formation professionnelle. Le grand nombre de Roma séjournant illégalement ne prétendent pas aux formations professionnelles. Ils peuvent suivre des cours de langues, p.ex. aux centres d éducation de base et aux centres d éducation des adultes. Peu de Roma y vont pour finir. Une quinzaine de femmes Roma suivent des cours de langue française et néerlandaise et d alphabétisation dans la maison culturelle roumaine Arthis. Arthis organise également un groupe de réflexion composé de 10 à 15 femmes Roma qui se réunissent chaque mois pour discuter d un thème qui les concerne (enseignement, soins de santé, statut de séjour, emploi, utilisation 146
147 EMPLOI ET FORMATION rationnelle de l énergie, ). Parmi les 10 familles, seulement 1 personne adulte suivait une formation, à savoir un cours d orientation sociale organisé par le bureau d accueil Compas. 5. Recommandations L emploi est une priorité absolue tant pour les personnes sans papier afin de pouvoir subvenir à leurs besoins que pour toutes les minorités ethniques et culturelles afin de promouvoir leur intégration sociale. Malgré des habitudes liées à la culture et la situation socio-économique, il faut admettre que beaucoup de Roma, hommes et femmes, sont partie prenante en ce qui concerne l emploi et la formation AUGMENTER LES CHANCES SUR LE MARCHÉ DE L EMPLOI Stimuler la maîtrise des langues et l alphabétisation Les Roma et les autres minorités ethniques et culturelles doivent être systématiquement et clairement informés de l importance de la maîtrise du français et/ou du néerlandais et de l alphabétisation. Pour ces groupes, il faut promouvoir des programmes de langues et d alphabétisation accessibles à tous, tant pour les hommes que pour les femmes, éventuellement à organiser dans les écoles des enfants de façon à bien mettre en évidence le lien entre enseignement, maîtrise d une langue et un emploi ultérieur Stimuler les formations professionnelles Beaucoup de Roma sont désireux de suivre une formation professionnelle. Il faudra évaluer les capacités et compétences individuelles qui pourront être valorisées et développées lors d une formation. Pendant le régime communiste, les Roma étaient des bourreaux de travail. Beaucoup d entre eux travaillaient le fer, d autres ont développé des bonnes capacités de négociation, etc Les intervenants devraient systématiquement informer et motiver les hommes et les femmes et les orienter vers des initiatives de formation appropriées. On pourra s inspirer de projets existants comme par exemple le projet du 147
148 CPAS à Louvain avec des tziganes Roms nomadiques concernant la mécanique des voitures. Partant des compétences présentes et les intérêts propres des personnes concernées pour la carrosserie, le programme de formation est greffé sur les besoins actuels et le propre rythme d apprentissage. Les capacités au niveau du travail de la carrosserie et de la mécanique des voitures sont ainsi valorisées et élargies. Le programme prévoit également une formation générale (lire, écrire, ). Les participants se rendent compte qu ils peuvent apprendre beaucoup plus que ce qu ils savent déjà faire ou qu ils croyaient pouvoir faire Développer les capacités sociales Pendant les initiatives de formation, les organisations d orientation doivent prendre en considération les possibilités des Roma et des autres minorités ethniques et culturelles pour apprendre et développer les capacités qui sont nécessaires pour solliciter ou au travail : se présenter, être ponctuel, la possibilité de s organiser, exprimer une motivation claire, etc Stimuler l enseignement Il faudra tout mettre en œuvre pour promouvoir la scolarisation des enfants Roma. Il importe d interpeller les parents Roma le plus possible et de les conscientiser pour qu ils comprennent l importance d investir dans l enseignement de leurs enfants pour que la future génération puisse survivre dans des meilleures conditions que la génération actuelle Pédagogie adaptée dans les écoles Il est contre-productif de faire apprendre les jeunes Roma beaucoup de matières dont ils ne peuvent pas se servir directement dans leur propre milieu culturel. En collaboration avec les centres PMS, les écoles doivent évaluer les compétences dont disposent exactement les enfants et jeunes et leur offrir la possibilité pédagogique de les développer au maximum au sein de l école. Il faudra également prêter attention à l apprentissage et au développement de capacités sociales nécessaires pour le bon fonctionnement dans la société belge. 148
149 EMPLOI ET FORMATION Lutter contre la discrimination Les Roma et les autres minorités ethniques et culturelles doivent être informés des buts et des services du guichet d information de l ORBEM/BGDA sur la discrimination lors de l embauche. Les services travaillant avec des Roma et d autres minorités ethniques et culturelles peuvent y participer activement ORIENTATION Il est important d informer systématiquement les Roma et les autres minorités ethnoculturelles des initiatives d orientation et des services existants pour l intégration socioprofessionnelle. Les organisations des minorités ethniques et culturelles et les autres organisations proches du groupe-cible, peuvent jouer un rôle de partenaires facilement accessibles pour les personnes concernées. Pendant l accompagnement vers l emploi organisé par le CPAS et d autres services, il faudra tenir compte du fait que pour des raisons sociales et culturelles, des personnes comme certains Roma n ont jamais été habitués à une structure stable. Elles ont besoin de temps pour s adapter à une structure qu elles doivent faire concorder avec leur manière de vivre. Lors de la recherche d un emploi, il faudra donc veiller à trouver un emploi sur mesure, ce qui signifie avec une structure adaptée. Beaucoup de Roma préfèreront des emplois avec une structure moins rigide (comme des intérims) à ceux avec un cadre très strict. 149
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151 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE CHAPITRE 6. LES ROMA ET L AIDE SOCIALE Pour des questions de bien-être, les Roma s adressent à l aide sociale. Pour beaucoup de services, ce sont des clients remarqués, pour d autres ils restent inaperçus. Nous examinons brièvement les 3 services auxquels ils font fréquemment appel : le CPAS, CAW Archipel et les centres de distribution. 1. Les services de l aide sociale 1.1. CPAS Les CPAS sont indubitablement les services les plus populaires auprès des Roma. Le mot CPAS est déjà connu avant qu ils n arrivent en Belgique. Certains Roma préfèrent s installer à la ville de Bruxelles parce que le CPAS 73 y est plus facilement accessible que celui de Schaerbeek, par exemple. Selon la maison médicale 35 dans le quartier nord, ceci est e.a. le cas des Roma bulgares. La plupart de leurs contacts se situent dans les quartiers turcs à Schaerbeek, mais ils vont habiter dans le quartier nord de Bruxelles à la limite de Schaerbeek. La clientèle Roma qui s adresse au CPAS, reflète plus ou moins les proportions des différentes nationalités des Roma dans la commune ou le secteur. Les familles Roma séjournant légalement ou en phase de l examen du fond de la demande d asile, touchent presque toutes de l aide du CPAS. En plus, un nombre considérable de Roma sans statut légal se rendent au CPAS. La plupart des Roma qui font appel au CPAS, y ont été orientés par d autres services ou contacts (p.ex. ONE ou Kind&Gezin pour l aide médicale urgente). Tous les Roma qui s adressent au CPAS demandent en premier lieu de l aide financière. Les Roma séjournant illégalement essaient également d obtenir de l aide sous la forme d allocations familiales ou de moyens scolaires, bien qu ils ne puissent pas y prétendre. Ces derniers demandent tous l aide médicale urgente (AMU) puisque c est la seule forme d aide que le CPAS puisse donner aux personnes séjournant illégalement. Sur la base d une attestation médicale demandant l aide médicale urgente, cette aide leur est dans la plupart des cas attribuée, bien que dans certaines communes il est plus difficile de l obtenir à 151
152 cause des longues listes d attente ou du renvoi vers le CPAS de la commune du centre d accueil dans le cas d un code 207, etc. (p.ex. Schaerbeek). Souvent ils demandent de l aide alimentaire à cause de la précarité de leur séjour. Les Roma se trouvent depuis des siècles dans une stratégie de survie. Ils (sur)vivent de jour en jour et ne pensent qu à court terme. C est pourquoi ils n ont pas une mentalité d investissements. Des investissements dans l enseignement (dans l avenir de leurs enfants et aussi de la famille) et dans des soins préventifs de santé (dans le maintien d un corps sain) ne sont pas prioritaires. Ils essaient même de dépenser le moins possible pour ces aspects et s adresseront dans ce contexte plus facilement au CPAS. Le souci pour un logement est différent. Pour eux, le logement représente un besoin vital et ils essaient en premier lieu de s en assurer un. C est pourquoi les Roma ne demandent pas souvent une intervention pour le loyer. La plupart des collaborateurs du CPAS ont l impression qu en général les Roma se débrouillent assez bien pour le paiement du logement. En ce qui concerne les frais supplémentaires pour l eau, le gaz et l électricité, les priorités sont différentes. La scolarisation est un des problèmes les plus mis en avant par les assistants sociaux du CPAS. Dans certains CPAS, le paiement (des avances) des allocations familiales est conditionné par la fréquentation de l école par les enfants des Roma qui touchent l aide du CPAS. C est de toute façon une pratique à Bruxelles Béguinage et à Anderlecht. Sur la base d une convention formelle avec les familles concernées, les allocations peuvent être supprimées quand un des enfants s absente trop souvent à l école. Cette méthode de l épée dans les reins stimule apparemment les familles à suivre la fréquentation de l école de leurs enfants. Les bénéficiaires du CPAS demandent souvent une intervention du CPAS dans les frais médicaux. Les Roma n aiment pas du tout dépenser de l argent aux médicaments. Si il n y pas de symptômes clairs d une maladie, ils se considèrent guéris et estiment que cela ne vaut plus la peine d investir de l argent. Les CPAS soupçonnent que beaucoup de Roma qui touchent de l aide du CPAS, travaillent au noir. L accumulation de différentes sources de revenus est selon 152
153 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE eux une pratique courante chez les Roma. Il y a également beaucoup de femmes Roma qui vont mendier, malgré le fait qu elles touchent de l aide du CPAS. La diversification des sources de revenus est une répartition des risques et fait partie d une stratégie de survie des Roma. En général, un grand nombre de Roma, séjournant illégalement ne s adressent pas au CPAS, même pas pour de l aide médicale urgente, mais ce nombre est difficile à estimer. Selon différents CPAS plusieurs obstacles jouent un rôle : le manque d information concernant l aide médicale urgente, la peur inhérente à leur statut de séjour illégal, une autre attitude concernant la santé, des problèmes de langue et des moyens financiers déficients (voir chapitre santé). Certains CPAS font appel à des personnes qui parlent le roumain (des roumains et autres). On constate qu elles gagnent vite la confiance des Roma et deviennent des personnes de confiance dès qu elles sont prêtes à écouter les questions et problèmes des Roma. Les Roma adressent facilement toute sorte de questions à de telles personnes. Au moins deux des CPAS visités travaillaient avec de tels médiateurs CAW ARCHIPEL WELKOM Le CAW Archipel Welkom à Molenbeek accueille beaucoup de familles Roma. En 2003, il s agissait d environ nonante familles. Beaucoup vivent à Molenbeek, mais un grand nombre habite également à la ville de Bruxelles, Schaerbeek, Anderlecht, etc. La totalité des visiteurs Roma reflète plus ou moins l évolution dans les proportions entre les différentes nationalités des Roma sur le territoire de la région de Bruxelles Capitale. Il y a quelques années, il s agissait surtout de yougoslaves, actuellement se sont principalement des familles roumaines, quelques yougoslaves et quelques bulgares (à Schaerbeek), mais pas de slovaques. Certaines familles sont régularisées, mais en général il s agit de personnes sans papiers. Les Roma s adressent aux services avec toute une variation de questions, surtout en ce qui concerne les problèmes financiers (plan d apurement, sanctions pénales parce qu ils ne disposent pas d un permis de conduire ou n ont pas payé 153
154 la taxe, ) des problèmes administratifs (inscriptions et assurances de voiture pour les personnes régularisées, papiers officiels, ), leurs droits (aide médicale urgente, avocats, profession, ) et aide matérielle (colis alimentaires, ). Les médiateurs interculturels sont à leur disposition pour interpréter, expliquer et éventuellement éclaircir les différences culturelles. Compte tenu du grand nombre de visiteurs Roma et d autres minorités ethniques et culturelles, on peut conclure que ce système est très accessible. Les personnes s y présentent suite au bouche à oreille et parce qu elles y ont été renvoyées. Le CAW Archipel dans le quartier nord accueille également beaucoup de Roma. Pourtant, la plupart d entre eux ne viennent apparemment plus après un certain temps. Il s agissait surtout de familles roumaines qui demandaient de l aide matérielle (colis alimentaires) et qui étaient renvoyées par d autres. Il y a peu de contacts avec les familles bulgares du quartier nord. La communication avec elles est très difficiles, e.a. à cause d un problème linguistique. Leur population change beaucoup (ils viennent et repartent constamment) et ils ne sont donc que très peu impliqués dans la vie du quartier. Ce service ne travaille pas avec des interprètes et les heures de permanences sont limitées, et ceci peut être une explication pourquoi les Roma (tant bulgares que roumains) ne sont pas fortement portés à s adresser à ce service et se rendent à d autres services LES CENTRES DE DISTRIBUTION Un nombre considérable de Roma séjournant illégalement dans la région de Bruxelles Capitale dépendent de l aide alimentaire. Les enfants ont souvent faim et le disent, les femmes enceintes sont sous-alimentées, le nombre de repas journaliers est réduit, etc. Beaucoup de Roma ont un grand manque de nourriture fraîche et variée et tombent souvent malades à cause du manque de vitamines ou de minéraux (fer!). En plus, les enfants ne portent souvent pas des vêtements adaptés. Les Roma semblent être bien informés de l offre de l aide sociale à Bruxelles, surtout de la possibilité d obtenir de l aide matérielle (centres de distribution pour les colis alimentaires, vêtements,...). Comme ils se trouvent dans une 154
155 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE situation de survie, il arrive souvent qu ils s adressent à plusieurs services. En partie, ceci est dû au fait que les colis distribués ne sont pas suffisants et que les personnes sans papiers sont exclues de la distribution. Ces services appliquent de plus en plus de critères que les clients ne peuvent pas satisfaire. Par conséquent, ces personnes (surtout celles séjournant illégalement) doivent se rendre aux différentes adresses qu elles ont reçues par les services sociaux, pour finalement recevoir de l aide. Une des familles qui avaient demandé l asile par exemple, avait reçu (selon ses dires) une liste d adresses des centres de distribution de l Office des étrangers. La famille s était rendue à toutes les adresses sans succès et avait été renvoyée ailleurs. Les restaurants sociaux sont aussi difficilement accessibles pour les Roma. Trouver de la nourriture fraîche est un problème pour beaucoup de personnes. Comme les grands magasins qui nourrissent la banque alimentaire nationale, ont de plus en plus tendance à ouvrir leurs propres magasins où ils vendent des produits alimentaires à des prix bas (p.ex. l Epicerie sociale de Carrefour), la banque nationale n est plus bien approvisionnée. Les centres de distribution doivent faire face à des manques de produits alimentaires ce qui les oblige d appliquer des critères plus sévères pour leur clientèle et de renvoyer les plus démunis à d autres centres. Le CPAS Bruxelles Béguinage refuse de collaborer avec ces nouveaux petits magasins et ne donne par conséquent plus d attestations à ses clients pour ces magasins d aliments. En plus, avant les grands magasins recevaient de la part des organisations un certificat afin de pouvoir déduire les aliments donnés des impôts. Le Ministre des Finances a supprimé ce système et à l heure actuelle il est moins cher de détruire les aliments que de les donner 74. Début 2004, à Schaerbeek le nouveau centre de distribution Nasci a été ouvert. De l aide matérielle y est distribuée aux femmes enceintes et aux familles avec des enfants entre 0 et 12 ans. La grande demande qui s est manifestée immédiatement après l ouverture du magasin, met en évidence le grand besoin d aide alimentaire qui soit accessible également pour les personnes sans papier. Le bouche à oreille est très efficace. Déjà 2 mois après l ouverture, environ 15 à 20 familles Roma y ont trouvé le chemin pour se procurer des colis 155
156 alimentaires, du lait et des pampers, des vêtements et des affaires pour bébés, pour la plupart tous des articles donnés par la banque alimentaire et différentes entreprises. Comme condition pour pouvoir prétendre à l aide, Nasci demande de faire preuve de l inscription des enfants à l école. 2. Les difficultés dans la relation entre Roma et l aide sociale 2.1. BARRIÈRE LINGUISTIQUE Le plus grand problème auquel sont confrontés les Roma et les services intervenants, est un problème linguistique. Les Roma n ont en général que des faibles notions du français ou du néerlandais MANQUE D INFORMATION ADMINISTRATIVE Au problème de langue, s ajoute le fait que les Roma ne comprennent pas les affaires administratives complexes, les règles et les législations. Les Roma ont une culture orale, rien n est fixé sur papier (même pas un mariage). Les Roma ne connaissent donc pas de logique administrative. Ils ne comprennent pas l utilité des procédures. Pour la plupart, ils veulent être servis tout de suite MANQUE DE CONNAISSANCE DU PASSÉ ET DE LA CULTURE DES ROMA Les intervenants considèrent que les Roma sont difficilement accessibles, difficile à cerner, difficile à atteindre (à cause de leur mobilité), difficile à saisir et à comprendre (ils ont souvent l impression qu ils mentent). Les intervenants n ont que très peu de notions ou de compréhension de la culture Roma. Au début, les Roma font semblant d être des mendiants pauvres et cette attitude change dès qu ils ont obtenu quelque chose (p.ex. une carte médicale). Les intervenants sont confrontés à une culture de la débrouille, tous les moyens sont bons pour atteindre un but. C est pourquoi le travail avec eux n est pas facile COMPORTEMENT EXIGEANT Par leur tradition, les Roma ont une culture orientée sur le groupe, la survie du groupe prime sur l individu. Chacun a un rôle bien déterminé et fait ce que 156
157 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE le groupe attend de lui. Dans cette logique, l accent n est pas mis sur la responsabilité individuelle. En plus, les Roma sortent d une époque communiste pendant laquelle l état pourvoyait à leur survie et couvrait tous les besoins de base. A ce niveau, aucune initiative individuelle n était souhaitée. La débrouille était superflue. Après cette période, ils se sont retrouvés impuissants, l état ne s occupait plus d eux. Dans un contexte où l accent repose sur la responsabilité individuelle, les Roma ne trouvent pas facilement leur place. Il faudra également mentionner que les Roma sont en général relativement contents des efforts consacrés par les intervenants. Tandis que dans leur pays d origine, personne ne se préoccupait vraiment d eux, ici ils ont le sentiment d être traités plutôt d égal à égal. Ils apprécient beaucoup le fait que des intervenants ou d autres individus se soucient de leur sort et fassent des efforts pour obtenir quelque chose pour eux. Ils montrent cela de manière ostensible avec des cadeaux (fleurs!) ou des bisous. En plus, les Roma montrent du respect et il y a peu d agressivité chez eux en comparaison avec d autres groupes LA MÉFIANCE A côté des difficultés mentionnées en haut, d autres obstacles font que certains Roma ne s adressent jamais ou rarement aux services sociaux. Il y a beaucoup de Roma séjournant illégalement qui ne vont pas au CPAS, même pas pour l aide médicale urgente. La peur d un rapatriement joue un rôle important. Le CPAS est en effet une institution de l état et les Roma n ont jamais entendu parler du secret professionnel. Dans leur pays d origine, ils ont eu des très mauvaises expériences avec les institutions de l état et surtout avec la police. La méfiance est profonde à cause de ces expériences antérieures. Une des famille renvoyées vers le CAW Archipel Welkom ne voulait pas s y rendre parce qu elle croyait qu il fallait payer quelque chose. La famille ne pouvait pas croire que l aide soit gratuite. La présence d un médiateur interculturel roumain convainquait le père encore plus qu il avait raison : Les roumains ne font jamais rien gratuitement, il faut toujours leur donner de l argent. Il référait à la corruption 157
158 omniprésente dans son pays d origine où les services publics et même les médecins demandent des pourboires pour faire le nécessaire. Après beaucoup d efforts, on a pu le convaincre d aller à ce service. 3. Recommandations 3.1. AUGMENTER L ACCESSIBILITÉ Information Le premier service avec lequel les Roma entrent en contact, est souvent le CPAS local. C est là qu ils pourraient obtenir déjà des premières informations au sujet des services existants. Ces services ne sont d ailleurs pas toujours au courant des services qui s occupent des personnes sans papiers. Les services bruxellois qui travaillent avec des Roma, doivent être mieux informés des initiatives existantes concernant l aide sociale pour des personnes sans papiers et les services de traduction/interprétation ou de médiation culturelle afin qu ils puissent mieux orienter les personnes concernées. Communication D une part, les Roma sont constamment encouragés de suivre des cours de langues. Il faut bien expliquer l importance de ces cours. Des cours de langues accessibles à tous peuvent être organisés, e.a. en collaboration avec les écoles. D autre part, il y a un manque énorme de traducteurs/interprètes. On constate un manque de services de traduction facilement accessibles. Il est indispensable de disposer d un service de médiation interculturelle ciblé sur les services réguliers dans une agglomération multiculturelle comme Bruxelles. Attitude Dans le chapitre santé nous avons déjà fait des recommandations concernant une meilleure communication et compréhension des Roma. En résumé, il s agit de : - la sensibilisation des intervenants au passé, à la culture et à la situation sociale des Roma 158
159 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE - beaucoup de patience - explications claires et un langage compréhensible - la négociation. L importance de la négociation est expliquée dans le chapitre sur l enseignement LA MÉTHODE Il est indispensable de fournir en permanence des informations de base aux Roma quant aux procédures et règles, mais également les normes, les droits et les devoirs ayant trait aux tâches considérées importantes dans la société belge (concernant la fréquentation de l école, la santé, le logement, l utilisation de l énergie, etc.). Pendant le premier entretien, il faudra bien expliquer le secret professionnel, l importance d être ponctuel dans les contacts avec l administration, ce qui est et qui n est pas possible de faire avec leur statut. Un autre point à considérer pourrait être l accompagnement systématique pour l utilisation de l énergie et la gestion des finances. Pour arriver à ce que les Roma suivent les conventions faites, on pourrait appliquer un système de récompenses/sanctions. Les Roma ont souvent besoin d une motivation externe pour des choses qui ne sont pas évidentes pour eux, comme la fréquentation de l école par leurs enfants. Le CPAS pourrait conditionner l aide par la fréquentation de l école. Si les intervenants ne réagissent pas à des manquements et adoptent une attitude souple en tenant compte de l origine Roma, ils n aident pas les Roma. Un but important est toujours de promouvoir l autonomie des personnes. Mais les intervenants ne doivent pas avoir des attentes trop hautes dès le début. Les Roma n arrivent souvent pas à comprendre la logique administrative et beaucoup d autres éléments de la société civile (école, législation, structures, responsabilité individuelle, ). Les Roma ont besoin de beaucoup de temps pour pouvoir s adapter plus ou moins. Il vaut mieux que les intervenants prennent en considération de petites avancées par lesquelles un certain progrès pourra être réalisé, que de submerger les Roma sous des attentes auxquelles ils ne peuvent pas répondre immédiatement. 159
160 Les intervenants doivent attribuer une attention spécifique à la position de la femme. Elle joue un rôle très important dans les affaires du ménage. A première vue on ne le remarquera pas, mais elle exerce une influence importante sur le mari et a beaucoup à dire dans les décisions importantes à prendre. Les femmes sont plus facilement mobilisées par des campagnes de prévention et autres. Il importe de les responsabiliser pour les tâches administratives et autres ayant trait au ménage. Les Roma ne s adressent pas à des institutions ou des services, mais à des personnes. C est pourquoi ils ont besoin de personnes de confiance. Pour la plupart, il s agit de personnes qui montrent de l intérêt pour les Roma ou qui parlent leur langue, et qui font preuve qu ils veulent bien les aider. Il est utile de vérifier quelle personne dans un service pourrait se spécialiser un peu plus dans les dossiers Roma. Cette personne pourra alors approfondir ses connaissances de ce groupe et devenir une personne de contact. La présence d une telle personne de confiance mobilise par la publicité de bouche-à-oreille également d autres familles Roma qui ne venaient pas encore. Finalement, les Roma ne sont pas habitués à un cadre formel. Ils en ont même peur. Dans un cadre pareil, ils ne vont donner que très peu d informations. Des contacts informels facilitent une meilleure relation. Le service pourra y attribuer l attention nécessaire. Un entretien informel avec une tasse de café, une visite à la maison, montrer de l intérêt pour la personne et son identité Roma peuvent former la base d une relation d aide durable. De cette manière, on arrive à se faire respecter. Des permanences sans interruption sont plus facilement accessibles que des heures d ouvertures limitées ou des consultation sur rendez-vous. Les Roma ne se sentent pas liés à des heures, pour la plupart ils ne planifient rien et viennent à l heure qui les arrange EN CE QUI CONCERNE LA STRUCTURE Beaucoup de services souhaitent créer des liens avec des organisations qui s occupent des Roma. Cette tâche pourrait être attribuée à RORA (Regionaal Overleg Roma Aangelegenheden concertation régionale affaires 160
161 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE Roma), l équipe d intervision des organisations de Bruxelles qui sont en contact avec les Roma. On pourrait réfléchir de quelle manière on pourrait apporter des réponses aux questions formulées par ces services. Il faudrait prévoir plus de services pour la distribution de produits alimentaires ou un accès plus facile aux centres qui existent déjà, surtout pour les personnes sans papiers. Lors de la distribution de produits alimentaires, il faudrait attribuer une attention spécifique aux femmes isolées enceintes et/ou avec d enfants qui vivent souvent dans une situation très difficile et sans avenir. Finalement il est très important d avoir une vue globale des Roma. Souvent ils sont de bonne volonté. Il faut en tenir compte et stimuler cette volonté. La société belge peut de son côté apprendre beaucoup des éléments socioculturels précieux des minorités ethniques et culturelles comme les Roma. En général, il faut leur offrir la possibilité de montrer ces valeurs beaucoup plus. Des compétences individuelles doivent être reconnues et valorisées (musique, danse, d autres capacités). Ceux qui veulent s engager dans de tels projets, doivent avoir la possibilité de le faire. Les porte-parole ou autres Roma qui souhaitent être impliqués dans des initiatives, doivent pouvoir y participer. Ainsi ils pourront prouver qu il est possible de travailler d une manière positive avec eux. De telles activités comportent une reconnaissance de leurs qualités et mettent cela en évidence. La maison culturelle roumaine Arthis réussit à mobiliser de cette manière les Roma et d autres groupes pour des activités communes (fête du quartier, présentation, semaine Roma, etc.). 4. Un cas : la mendicité des enfants Dans les média, les nouvelles sur les Roma ne concernent pas leur situation sociale peu enviable, encore moins les raisons qui sont à la base de cette situation. Dans la plupart des cas, les média relatent les actions de la police entreprises pour lutter contre la mendicité. Surtout quand il s agit d enfants, la présence de mendiants est choquante. Ce n est pas une belle image et il semble que les enfants soient exploités. Souvent on se demande dans quelle mesure il s agit de réseaux organisés. Peu de gens cherchent à comprendre les raisons sous-jacentes de telles activités, avec ou sans enfants. 161
162 4.1. LA MENDICITÉ DES ENFANTS À BRUXELLES Depuis quelques années, et surtout depuis la suppression de l obligation de visa pour les roumains, le nombre d enfants mendiants à Bruxelles a augmenté. Ces enfants sont souvent accompagnés par leur mère ou père. Certains mendient seuls aux carrefours. Le code pénal ne sanctionne pas la mendicité, légalement elle est donc permise. Souvent, les communes essaient de lutter contre la mendicité par des actions de la police, sur la base d autres motifs : statut illégal sur le territoire, traite d êtres humains, etc. Certaines communes considèrent que la mendicité est une infraction à l ordre public, ce qui n est pas correct du point de vue légal. Une femme Roma par exemple, qui participait à l enquête, avait reçu de la police l ordre de quitter le territoire (annexe 13) et la raison indiquée était : la mendicité. Dans ce cas on ne se posait pas non plus de questions sur les raisons pourquoi les personnes mendient. Une enquête 75 de 2003 sur la mendicité des enfants, réalisée par la plateforme CODE (Coordination des ONG pour les droits de l enfant) à la demande du ministère wallon de l Enfance et l aide à la jeunesse, essayait d objectiver les préjugés existants sur la mendicité. Le résultat montre qu il s agit pour la plupart d enfants Roma accompagnés par un de leurs parents ou par quelqu un de la famille. Dans quelques cas seulement, il s agissait de traite des êtres humains. L enquête a mis en évidence certains aspects : La mendicité est une conséquence de la situation précaire, de l exclusion ou de la pauvreté. La mendicité comme exploitation d enfants est un phénomène marginal en Belgique. La mendicité n a pas de racines dans la culture des Roma. La mendicité n est pas un choix, mais une nécessité. Une méthode répressive pour faire disparaître le phénomène de la mendicité est une solution inappropriée et ne combat pas les vraies causes de la pauvreté et de la précarité. Le RORA 76 (Regionaal Overleg Roma-Aangelegenheden concertation régionale affaires Roma) a également transmis un texte avec sa position au ministre-président de Bruxelles qui avait annoncé d autres mesures répressives 162
163 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE suite à la publication du rapport. Sur la base des propositions contenues dans le rapport, CODE a lancé une nouvelle action. Des formations pour le personnel de la police ont été organisées. Le point de départ est qu une meilleure connaissance de la communauté des Roma aboutit à une attitude plus juste face à ce phénomène et ces personnes. De plus, une enquête a été entamée pour analyser de quelle façon les enfants Roma peuvent mieux être intégrés dans l enseignement LA POSITION DES ROMA CONCERNANT LA MENDICITÉ Les Roma sont une population très diverse. Les positions sur la mendicité, l enseignement, etc. des personnes concernées varient très fort selon le groupe ou l individu. Plusieurs facteurs ont une influence : degré de scolarité, région d origine, situation socioéconomique, etc. Un grand nombre de Roma, e.a. ceux qui séjournent déjà plus longtemps à Bruxelles, veulent absolument se distancier de la mendicité. Cette pratique saute à l œil et est déterminante pour l opinion publique des Roma. D autres Roma subissent les conséquences négatives des préjugés existants au sujet des Roma. Par des enquêtes de la police, la brigade des jeunes de Molenbeek essaie de connaître la culture et la psychologie des Roma quant à la mendicité des enfants. La brigade admet que des raisons économiques sont à la base de ce phénomène. Le fait qu ils n éprouvent pas de gène concernant la mendicité, s explique par des raisons culturelles. Tandis que pour nous la mendicité des enfants est synonyme d exploitation, ceci n est pas le cas pour les Roma. Pour eux, l enfant a un grand prestige dans la famille. Il est entouré chaleureusement par les membres de la famille. Souvent, ceci aboutit même à une protection exagérée par les parents. A cause de la peur d être rapatriée, la mère ne veut pas toujours se séparer de son enfant. L enfant a la possibilité de participer à des activités lucratives. Pour eux, c est un apprentissage afin de pouvoir se débrouiller plus tard. C est pourquoi la mendicité n est pas immorale pour les Roma. Selon la brigade des jeunes, les enfants sont même fiers de pouvoir participer à des activités d adultes. Dans cette logique, la mendicité ne provoque pas de la panique chez les enfants. La brigade des jeunes fait néanmoins respecter la loi 163
164 et oblige les parents à envoyer leurs enfants à l école. Ensuite, elle essaie de suivre la fréquentation de l école par les enfants de quelque manière. En même temps, la brigade tente de construire une relation de confiance avec la famille. Selon la brigade, les Roma respectent une attitude stricte de la police, pour autant que la concertation avec la police soit claire et gentille LA SCOLARISATION DES ENFANTS L enseignement promeut énormément l intégration des Roma dans la société belge. Les enfants apprennent à connaître d autres cultures, les préjugés et opinions au sujet des autres sont corrigés. Par l intervention de la brigade des jeunes de la police, les enfants qui auparavant mendiaient dans la rue, sont envoyés à l école, et ceci est d abord perçu par les parents comme perte d une source de revenus. C est que la mendicité avec ou par des enfants rapporte plus d argent. Le fait que les enfants ne peuvent plus mendier et sont obligés d aller à l école, représente pour la plupart des familles une perte financière immédiate. Néanmoins, la brigade remarque qu après un certain temps, les enfants sont d une certaine manière fiers et enthousiastes de pouvoir aller à l école. Cette fierté est souvent transmise aux parents. Suite à la pression exercée par la police, les familles sont obligées à approuver cette situation et s inclinent devant les faits. La brigade des jeunes estime donc que pour beaucoup de parents, il vaut la peine d envoyer les enfants à l école. Sur la base de cette expérience, la brigade des jeunes milite pour qu on ne parle pas de la lutte contre la mendicité mais plutôt de la lutte pour la fréquentation de l école LA TRAITE DES ÊTRES HUMAINS La traite des êtres humains est un phénomène plus fréquent dans la région du Balkan et qui dans beaucoup de cas remonte à une pratique des mariages traditionnels (qui ne sont pas enregistrés légalement). La femme est alors donnée en mariage à l homme. La belle-famille doit payer un prix de mariage pour la future épouse à la famille de l épouse. Ensuite, la femme va habiter chez son mari (ou sa famille). La femme est donc considérée, en quelque sorte, comme une marchandise. Dans certains cas, la famille abuse de la situation et la femme 164
165 LES ROMA ET L AIDE SOCIALE est obligée de gagner de l argent en se prostituant ou en allant voler. Dans de tels réseaux familiaux on retrouve parfois aussi des femmes Roma. Il s agit souvent de jeunes femmes vu qu elles sont traditionnellement données en mariage à un jeune âge. Ponctuellement, la maison d accueil de victimes de la traite humaine Pagasa à Bruxelles accueille de telles femmes Roma. En Europe circulent des bandes internationales qui enlèvent les enfants aux parents afin de les exploiter dans la mendicité. A Anvers et à Bruxelles par exemple, dans le passé de tels groupes ont été arrêtés. Souvent, les membres de ces bandes proviennent du Balkan. Parfois il s agit d un Roma. Les enfants sont accueillis dans des maisons d accueil pour mineurs et y sont accompagnés. Ces excès existent, parfois même à Bruxelles. A Molenbeek, la police n a pas connaissance de réseaux de la traite humaine. L exploitation de la misère humaine s y fait surtout par les marchands de sommeil. Des réseaux de la traite humaine qui exploitent des personnes dans la mendicité sont plutôt des exceptions. Ces réseaux existent parmi les populations du Balkan, mais il ne s agit pas du tout d un phénomène qu on observe spécifiquement chez les Roma SUGGESTIONS. Il faut lutter contre les causes de la mendicité d une manière intégrée et structurelle (voir les chapitres précédents).. Il faut stimuler et suivre à différents niveaux la scolarisation des enfants qui mendient (voir chapitre enseignement).. Il faut informer clairement les services de police sur les causes sous-jacentes de la mendicité et du passé des Roma en général.. Il est indispensable d établir une collaboration avec les organisations qui connaissent la culture Roma afin de pouvoir donner de l information sur les Roma et d organiser des actions concernant les Roma.. Il faut lutter sévèrement contre toute forme de traite humaine, sans faire des généralisations concernant tous les (enfants) mendiants dans la rue. 165
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167 LES ROMA ET LA CULTURE CHAPITRE 7. LES ROMA ET LA CULTURE : QUELQUES REMARQUES 1. Un certain succès du Pentecôtisme Des Roma roumains à Bruxelles estiment que 60-70% parmi eux sont pentecôtistes. Il y a trois églises pour eux à Bruxelles. Les Roma eux-mêmes semblent pouvoir relativiser leurs choix religieux : «ce qui compte, c est la parole de Dieu dans votre cœur». Le code moral du Pentecôtisme est très sévère : pas d alcool, pas de cigarettes, pas de make-up, pas de mendicité, pas de mensonges, pas de vols. Pas de danses ou de musique traditionnelles tsiganes. Néanmoins, le Pentecôtisme est très populaire. Il leur permet d exprimer leurs sentiments par la prédication et par les chansons religieuses. On crie, on pleure Il y a des rites de guérison. La famille du pasteur s engage à aider ses croyants dans leurs problèmes sociaux. 2. Le problème de s organiser La solidarité interne n est pas très forte, sauf pour les gens de la même famille. S organiser en dehors des familles fait problème. A Bruxelles il n y a que deux organisations : la Romani Federacia et le Comité d Union du Peuple Rom. La Romani Federacia n est plus très vivante. Le Comité d Union du Peuple Rom est fort ambitieux, mais manque de moyens. Le système des personnes clefs est un peu plus performant jusqu ici. 3. L honneur L honneur s exprime par des symboles très spécifiques : il peut s agir du chapeau pour l homme, de l or, d une grande voiture, mais aussi de la virginité des filles, le nombre d enfants, l argent partagé avec les autres dans la grande famille. Les décisions sont prises par l homme, mais pour eux le proverbe africain est très valable : «L homme fait le jour ce que la femme dit la nuit». 167
168 4. Les bébés et les enfants au centre de la vie familiale Une dernière remarque concerne les enfants. On peut presque parler d une culture vouée aux bébés. Rien ne semble plus important qu un bébé. L attachement aussi bien du père que de la mère à leur bébé est hors du commun. Le petit enfant est au centre de la famille. On reste enfant jusqu à 12 ans, après quoi on devient adulte dans un minimum de temps, avec mariage en vue. Et la vie continue, ou reprend, comme elle a été décrite dans les chapitres précédents. 168
169 NOTES NOTES 1 The Roma in Central and Eastern Europe, Avoiding the Dependency Trap, PNUD, Bratislava, 2002, Pour garantir l anonymat des personnes enquêtées lors de cette étude, les noms ont été changés. 4 Maslow dit que les besoins humains correspondent à une hiérarchie. Pour survivre, il faut d abord satisfaire les besoins de base portant sur le bien-être physiologique et la sécurité. Ces besoins rentrent dans une logique de groupe. Ensuite, il y a les besoins sociaux et le besoin de l estime et de se réaliser. Ces derniers sont plutôt des besoins axés sur la personne. 5 Avec des explications détaillées dans la circulaire n 61 du 19 juillet Il s agit ici de 30 heures pour une classe de 12 élèves 7 Dont 4 écoles de l enseignement communautaire, 4 écoles communales, 4 écoles catholiques; 1 école par pouvoir organisateur 8 Parmi la population itinérante il y les bateliers, forains, gens du cirque, les gens du voyage et Roma 9 Opré Roma à Gand et Romano Dzuvdipe à St. Niklaas 10 Source: lokaal overlegplatform Basisonderwijs Brussel 11 A Bruxelles, de tous les contacts pris dans le cadre de la recherche, ressort que seulement 1 Roma avait fini ses études universitaires. 12 P. ex. Ecole 2 dans le quartier Tours et Taxis Molenbeek, Ecole 8 à la place Gaucheret à Schaerbeek, Ecole 9 à la Place St. Antoine à Forêt. 13 Pas tous les Roma déclarent en tant que tel. Il s agit ici donc des nombres d élèves dont l école savait ou soupçonnait qu ils le sont. 14 Plus souvent par des écoles libres. 15 Un sondage fait par le VMC (centre flamand des minorités) sur les expériences faites par les minorités ethniques et culturelles dans l année scolaire montre clairement que malgré le décret GOK il y a toujours encore 20% des enfants qui ne sont pas inscrits dans l école de leur premier choix et presque personne avait reçu une motivation écrite ou orale. 16 Souvent, ces directions sont liées à la beauté visuelle et le statut: vêtement et coiffure pour les femmes, voitures pour les hommes. 169
170 17 Deux écoles faisaient une distinction entre Roma (ou personnes sédentaires ) et gitans (personnes nomades) ; les Roma étaient décrits comme plus intégrés, plus réguliers à l école et les gitans comme pas vraiment nomades, mais moins intégrés, plus irréguliers, plus sales et plus difficiles à tenir en classe. 18 Ceci a été confirmé par la police de Molenbeek, les CPAS, 19 Il s agit surtout de Roma qui venus en Belgique récemment. 20 A cause d un manque de vitamines et de minéraux (du fer!) 21 Bien sûr il faut s interroger dans quelle mesure ces réponses sont vraiment crédibles. D autres éléments indiquent pourtant que ces réponses sont pour la plupart honnêtes. 22 Certains groupes de Roma vivant dans un milieu traditionnel, ont certains soupçons par crainte que la grande intégration de leurs enfants par l enseignement les fassent évoluer d une autre manière que celle souhaitée par la communauté Roma. 23 A l Ecole 2 une initiative d accueil des mères des élèves n a pas connu de succès. Certains parents n osent pas aller à l école parce qu ils séjournent illégalement. 24 Pour les candidats réfugiés avec une annexe 26 on peut tout de suite prétendre à des subventions. 25 Un deuxième comptage se fait le 15 janvier, mais ce comptage ne détermine que les subventions pour l année scolaire qui suit. 26 E.a. caserne du Petit-Château et Le Foyer Sellah 27 Sauf s il s agit de personnes handicapées. La loi concernant les allocations familiales pour enfants handicapés ne mentionne pas la nécessité d un statut de séjour légal. 28 Les candidats réfugiés dont la procédure d asile est en cours ou qui ont introduit un recours devant le Conseil d Etat sont notés avec un code 207 dans le registre d attente. 29 P.ex. la police de Bruxelles Ouest: zone Molenbeek, Ganshoren, St Agathe-Berchem, Koekelberg, Jette; pour la police de Bruxelles-Ixelles: zone de Bruxelles, d Ixelles. 30 L école envoie la liste avec les absences à l inspection de l enseignement. Les parents des élèves qui sont trop souvent absents reçoivent 2 lettres au maximum de l inspection. Après, le parquet est prévenu. Le parquet fait appel à la police. 31 En Roumanie, les Roma avaient une relation très mauvaise avec les services de la police. 32 Le mandat de la personne qui travaille avec les Roma doit être très clair pour eux. Ainsi on pourra éviter de se faire abuser par ce groupe cible. 170
171 NOTES 33 Pour les écoles élémentaires, il n y a pas de quota pour les présences. 34 Il s agit des avances sur les allocations familiales, versées par le CPAS pendant les premières 5 années de séjour officiel en Belgique The Roma in Central and Eastern Europe, Avoiding the dependency Trap, PNUD, Bratislava, 2002, On les appelle les enfants de Ceaucescu 41 Les noms réels ont systématiquement été changés pour garantir la vie privée. 42 Il faut faire la distinction avec l assistance médicale en grande urgence. Elle comprend des soins immédiatement nécessaires en cas d un accident ou de maladie et vaut pour tout un chacun indépendamment de son statut de séjour. 43 Sur cette base le CPAS peut à son tour obtenir le remboursement des frais par les autorités publiques. 44 Les candidats réfugiés qui sont encore en procédure d asile ou qui ont introduit un recours devant le Conseil d Etat, sont notés avec un code 207 dans le registre d attente. 45 Le CPAS intervient pour certains médicaments repris dans une liste. 46 Selon quelques personnes enquêtées, pour les personnes venues de pays ex-communistes, le stress serait aussi causé par le fait de devoir passer d une vie organisée par l état à une vie dans laquelle l individu doit prendre toute initiative. 47 Une collaboratrice d une maison médicale qui entretient aussi des contacts étroits avec des tsiganes Rom belges habitant dans des caravanes, faisait remarquer que des plaintes concernant le coeur, les poumons et la tête sont aussi très fréquentes dans ce dernier groupe. 48 Au Petit-Château, on a vu quelques familles qui accumulaient toute sorte de nourriture qu elles avaient trouvée et qu on avait trouvée en état avancé de pourriture dans leur chambre. 49 Les mêmes expériences ont été faites lors des visites à la maison dans le cadre de la recherche. 50 Plusieurs médecins ont confirmé que cette distinction est faite tant par les Roma que par les Roma belges. 171
172 51 Cela dépend de la confiance établie avec le gadgé. Dans une relation de confiance, ceci est possible. 52 Au début, les femmes Roma demandaient des spirientjes (aspirine) au lieu des spiraaltjes (flamand pour stérilets) 53 Souvent, le diagnostic du médecin est mis en question. Souvent, on attribue une plus grande valeur aux rumeurs de la famille et des connaissances qui contredisent le médecin. C est pourquoi ils peuvent parfois aller voir plusieurs médecins pour le même problème. 54 Il s agit ici de Roma sans statut légal qui forment le plus grand groupe. 55 Certains le font e.a. à cause de l emploi d appareils spécifiques et modernes dont on ne dispose pas dans le pays d origine, ou pour des problèmes de fertilité. 56 Des quartiers ethniques formés sous la domination ottomane. 57 Il en est de même pour les initiatives de CIRE-OCIV 58 Samyn S., Negen op tien asielzoekers in verkeerde gemeente, De Standaard, 26/6/ Parfois on décrouvre ici des prix relativement bas, jusqu à 300 pour pas mal d espace (8 chambres), sans prendre en considération l état de la maison bien sûr. 60 Modifications en 2001 et Art 77bis 4ter, modification du 2/8/ The Roma in Central and Eastern Europe, Avoiding the Dependency Trap, PNUD, Bratislava, 2002, 63 Definition de l OIT: Un chômeur est celui qui est disponible pour un emploi, qui peut travailler et qui est activement à la recherche d un emploi. Beaucoup des personnes qui sont actives dans l économie informelle, ne sont pas reprises. 64 Slovaquie, Tchéquie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie 65 Elles sont souvent les maîtresses des employeurs turcs, ce qui provoque souvent des problèmes à la maison de ces derniers. 66 Le code pénal ne sanctionne pas le fait de mendier. Pourtant, certaines communes mènent une politique répressive contre les mendiants par des contrôles d identités et des expulsions, le cas échéant. 67 Selon une des familles il s agit de gitans qui diffèrent du point de vue culturel et socioéconomique des tziganes 68 ORBEM: Office Régional Bruxellois de l Emploi BGDA: Brusselse gewestelijke Dienst voor Arbeidsbemiddeling 172
173 NOTES 69 Ceci rapporte 5-6 /jour au maximum. 70 Une femme gagnait 50 pour 6h/mois, l autre 35 pour 2 jours/semaine. 71 Pour des raisons inconnues, avant les élections la carte de colporteur venait d être refusée, avant il gagnait /jour. 72 Ils étaient certains qu il s agissait d un Roma. 73 Fedasil n attribue aucun candidat réfugié aux CPAS de la ville de Bruxelles et de la plupart des communes d alentour, puiqu ils accueillent déjà assez de réfugiés et personnes sans papier. Les candidats réfugiés ou les personnes ayant introduit un recours devant le Conseil d Etat, sont renvoyés au CPAS ou centre d accueil qui leur a été attribué. 74 HUMO, 10/2/ Joppart C., Recherche relative au développement d une réponse sociale à la question de la mendicité des enfants en Belgique, CODE, Bruxelles, RORA regroupe un nombre d organisations à Bruxelles qui travaillent souvent avec des Roma. 173
174 ANNEXES 1. Vocabulaire explicatif Gadgé: citoyens, les non-tsigans (= les paysans) Marimé: impureté Pativ: honneur 2. Abbréviations ONE: Office de la Naissance et de l Enfance PMS : Centre Psycho-Médico-Social SAJ : Service d Aide à la Jeunesse VMC: Vlaams Minderheden Centrum 3. Bibliographie Antonissen, J., Weverbergh, R., Dossier armoede. Down and out in Brussel, HUMO, 10 fév Bafekr, S., Zwangere vrouwen en schoolgaande kinderen in de illegaliteit te Brussel, een kwalitatieve etnografie, Cultuur en Migratie, vol. 17 n 1, Bruxelles, 1999 Bruggen, W., Neuckens D., Somers E., e.a., In slechte papieren? Opvangbeleid voor mensen zonder wettig verblijf in Vlaanderen, VMC, mars 2003 Bruggen, W., Roma in Vlaanderen, een situatieschets n.a.v. de studiedag Roma en hulpverlening in Lier op 23/5/2003, VMC, Bruxelles, 2003 Buurthuis Bonnevie, Ervaringen uit een project met huurders en eigenaars in het centrum van Molenbeek, Brochure de présentation, Bruxelles, 2002 Buurthuis Bonnevie, Jaarverslag 2003, Bruxelles, 2003 Communauté Française de Belgique, Compilation des derniers rapports d évaluation de l organisation de classes-passerelles dans l enseignement primaire, Ministère de l enfance, 2003 Drimal, F., Family and life strategies of Czech and Slovak Roma in Flanders, KULeuven,
175 ANNEXES De Rycke, L., Swyngedouw, M., Segregatie, concentratie en het ervaren van discriminatie, Foyer asbl, Bruxelles, 1997 De Wit, K. e.a., Gelijke kansen in het Vlaamse onderwijs. Het beleid inzake kansengelijkheid, Louvain, 2000 Eycken, M., De Kumpania, baarmoeder van zigeunerleven. De zich differentiërende onafhankelijkheid in afhankelijkheid van de Vlašika Rom in Praag (Tsjechië) en Nitra (Slowakije), KU Leuven, 1998 Eycken, M., Het recent Euro-nomadisme, Roma-zigeuners in een nieuwe beweging?, Cultuur & Migratie, vol. 19 n 1, Bruxelles, 2001 Foyer, De relevantie van het Brussels migrantenbeleid in België, Bruxelles, 2004 Frazer, A., De zigeuner, Atlas, Amsterdam/Anvers, 1994 Huybrechs, A., Hulpverlening aan ECM die in de loop van hun geschiedenis, collectief of individueel, een sterk wantrouwen t.a.v. hulpverlening en de maatschappij in haar geheel ontwikkeld hebben, Ondersteuningsteam allochtone jeugdbijstand, Anvers, 2004 ICMPD-report, Current Roma migration from the EU candidate states. The scope and features of Roma irregular movements, the reactions of the host countries and the effects on the EU candidate states, EU Odysseus Programme, 2001, 41 p. Joppart, C., Recherche relative au développement d une réponse sociale à la question de la mendicité des enfants en Belgique, CODE, Bruxelles, Kind & Gezin, Consultatiebureau Foyer, Jaarverslag 2002, Bruxelles-Molenbeek, 2002 Kesteloot, C. e.a., Pauvreté et quartiers défavorisés dans la Région de Bruxelles-Capitale, les dossiers de l Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale, Instituut voor Sociale en Economische Geografie, KULeuven, Koptova, A., Lacko, M., Human Rights and Civil Rights of Roma in Slovakia and the Czech Republic, 1993 Laederich, S., La situation des Roma dans les pays Balkans. Analyse et vue d ensemble, Schweizerische Fluchtlingshilfe, Berne, 2003 Liègeois, J-P., Gheorghe, N., Roma/gypsies: a European Minority, Minority Rights Group International, UK, 1995 LOP Brussel BaO, Over de muur kijken. Blik op het Franstalig Basisonderwijs in Brussel, 2004 Machiels, T., e.a., Laat de was maar hangen. Voyageurs en zigeuners in de straat, Anvers,
176 Martens, A., e.a., Het Vlaams minderhedenbeleid gewikt en gewogen. Evaluatie van het Vlaams minderhedenbeleid, ( ), K.U.Leuven, 2003 Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap, Gelijke onderwijskansen voor elk kind scholen maken er werk van!, Departement Onderwijs, Bruxelles, 2003 Minority Rights Group International report 95/4, Roma/Gypsies: a European Minority, 1995, 38p. PNUD, The Roma in Central and Eastern Europe, Avoiding the Dependency Trap, Bratislava, 2002, Provinciaal Integratiecentrum Vlaams-Brabant, Mensen zonder wettig verblijf en hun rechten, Brochure Réger, Z., Gypsy Classes and Mixed Classes, View Of the Facts, Fényes, Csaba et al., 1999 Ringold, D., Roma and the Transition in Central and Eastern Europe: Trends and Challenges, The World Bank, Washington D.C., 2000 Samyn, S., Negen op tien asielzoekers in verkeerde gemeente, De Standaard, 26/6/2004 Save the Children, Denied a Future? The Right to Education of Roma/Gypsy & Traveller Children in Europe, UK, London, 2001 Tambour, L., Zigeuners als asielzoekers, het verhaal van een voortdurende migratie, Lokaal Integratiecentrum Samenleven, vorming, Bruxelles, 1997 Vlaams Centrum Woonwagenwerk, Samenlevingsproblemen met Roma in België, Werkdocument, Bruxelles, 2001 Vlaamse Gemeenschap, Samenleven in diversiteit, Actualisering beleid t.a.v. ECM: Strategisch Plan Minderhedenbeleid , Bruxelles, 26/3/2004 Vlaamse Gemeenschap, Volwassen anderstalige nieuwkomers in het Vlaamse Gewest. Aantallen, profielen en beleidsaandachtspunten, Stativaria 29, Administratie Planning en Statistiek, 2003 VMC, Omgevingsanalyse, document de travail, 2000 Zoon, I., On the margins. Roma and public services in Romania, Bulgaria and Macedonia, Open Society Institute, New York,
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