Le franc gros contre l industrie

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1 Bulletin de l industrie Bulletin d information pour les membres du syndicat Unia de l industrie n 5 juin 2015 Unia Case postale Berne 15 T Gew Ja zu und Le franc gros contre l industrie... stoppons-le!

2 La BNS attaque la place industrielle : notre monnaie nous nuit Ce qui se cache derrière le choc du franc. Que faire? Editorial : Le franc meurtrier et l agenda caché 3 Nous sommes l industrie. La Suisse a besoin de l industrie. Il faut donc affaiblir le franc 5 n Le franc et l exportation 6 n Le pouvoir des banques nationales 7 Le croyant. Quel est le moteur de Thomas Jordan? 9 SOS banque nationale : C est son devoir que d intervenir 10 Baisers empoisonnés des spéculateurs 12 La place financière contre la place industrielle : Désastre d origine interne 13 Un taux de change équilibré s impose! 14 Le franc est un poison mortel Attaque contre les travailleurs-euses 15 Euro salaires etc. : On ne touchera pas aux salaires! 16 Que faire I. La prochaine intervention va arriver 17 Que faire II. Les 7 exigences du syndicat 18 Que faire III. Sans politique industrielle, rien ne va plus 19 Que faire IV. Travail gratuit : seulement s il garantit nos emplois! 20 Que faire V. Modèle d accord : doit faire partie du «deal» 21 Quelques sources. Ces liens vous mènent à plus d informations 22 Début mai

3 Aujourd hui nous décidons si la Suisse reste un pays industrialisé Le franc meurtrier et l agenda caché Chères et chers collègues, Trois Messieurs ont décidé de compromettre l existence de milliers de familles et de l industrie. Le Directoire de la Banque nationale, sous la férule de Thomas Jordan, a livré le franc aux spéculateurs. Sa décision provoque de gros dégâts en Suisse. Parce que le franc est surévalué d au moins 20 %, des collègues perdent leur salaire, des entreprises délocalisent des usines en Europe, des trous béants se creusent dans les caisses de pensions. Quant à posséder notre propre devise, il faudrait au moins qu elle nous soit utile. Mais à l heure actuelle, nous souffrons du franc. Il est toutefois utile de savoir que rien n oblige à ce que ce soit le cas. Nous avons de solides contre-mesures à proposer (pages 16 21). C est le bon moment pour que le partenariat social montre ce qu il vaut : nous demandons un deal qui protège nos jobs et nos salaires, et par la même occasion l industrie. La place industrielle doit obliger la BNS et Jordan à ramener le franc à un niveau acceptable. Ce n est qu en menant une politique monétaire qu on peut le faire. «Les patrons, les banques et la droite cherchent à renverser le compromis social.» Le Conseil fédéral, Economiesuisse et Swissmem font encore la fine bouche avant de franchir cette étape avec nous. Quand on entend «Notre propre devise nous devrait au moins être utile.» Corrado Pardini, membre du comité directeur d Unia, responsable du secteur Industrie et conseiller national. leurs arguments, je peux comprendre qu on bouille de colère. Ces Messieurs voient dans la crise du franc une chance d attaquer les salaires, le temps de travail et les syndicats. Recul social programmé. Un agenda secret prend forme. Les programmes d Economiesuisse, du chef de l UBS Ermotti, d Avenir Suisse, de l UDC et du PLR pour l automne électoral très chaud qui nous attend visent un impitoyable recul des acquis sociaux. Une forme de coup d Etat. Cette alliance du capital contre le travail est l objet d incantations dans des commentaires triomphants. Car il s agit bien de cela : la classe dominante des possédants veut utiliser la crise du franc 3

4 et celle avec l Europe (Ermotti : «la situation est grave») pour tout de même imposer leur programme néolibéral de démantèlement social vieux de 40 ans. Pour raboter le compromis social. Voilà qui serait bien mal avisé. Leur Suisse s opposerait alors frontalement à la nôtre. Avec ce bulletin de l industrie, nous souhaitons apporter un peu de lumière sur ces agissements. Quand on veut agir, il faut savoir de quoi on parle. Mais une chose est déjà sûre : nous, à savoir les syndicalistes, devons être encore plus forts que le franc. L industrie c est nous! Votre Corrado Pardini, conseiller national Membre du comité directeur d Unia, responsable du secteur Industrie «Nous devons être encore plus fort que le franc.» La Banque nationale met en péril les emplois. Action d Unia le 18 mars

5 Nous sommes l industrie. La Suisse a besoin de l industrie. Il faut donc affaiblir le franc. Le franc gonflé, livré aux spéculateurs par le chef de la BNS Thomas Jordan entraîne non seulement du travail non rémunéré, mais aussi des licenciements et des délocalisations. Il remet l industrie en question. Et donc un modèle de société. Nous ne le tolérerons pas. Direction du secteur Industrie d Unia C est l histoire d une vieille hostilité : la place financière contre la place industrielle. Lorsque Thomas Jordan en tant que président de la Banque nationale a abandonné, le 15 janvier, le cours plancher de 1.20 franc pour un euro, il savait pertinemment ce qu il faisait. Pour lui, une chose était sûre : le franc s apprécierait immédiatement. Et toujours plus. Les exportations en souffriraient. Et bien sûr, les entreprises répercuteraient la pression qui s exerce sur le franc sur les travailleurs-euses : par du travail non rémunéré, des salaires en euros et des licenciements. Après l annonce de Jordan, il aura fallu précisément 45 secondes aux spéculateurs. Le franc s est envolé pour se situer temporairement autour de la parité avec l euro. Quelques heures plus tard seulement, les fournisseurs, le plus souvent des PME, recevaient les premiers mails et fax de grandes entreprises leur demandant de baisser immédiatement les prix. Et deux jours plus tard, les premières commissions du personnel se trouvaient LE CHOC confrontées à la demande ou à la décision d introduire des heures supplémentaires. Naturellement sans salaire. Du travail gratuit. D un trait de plume, Jordan a aussi anéanti 300 milliards de francs de fortune et creusé d énormes trous dans les caisses de pension, l AVS et les autres assurances sociales. Les «marchés» de Jordan Mais tout cela ne joue pas un grand rôle pour Jordan. Il n a de toute façon jamais été partisan de l intervention de la BNS. En 2011, quand la décision est tombée, il n était que le numéro 2 de la Banque nationale. Ce professeur d économie à l Université de Berne pense qu un pays doit être gouverné par l économie. Et l économie par les «marchés». Concrètement, par les banquiers et les gros actionnaires (ce sont aujourd hui en règle générale des fonds spéculatifs internationaux). Depuis la crise financière mondiale et la crise économique de 2008, ce genre de théorie ne fait plus recette. Mais ici aussi, Jordan n a pas de souci à se faire. Les élites suisses restent fidèles à ce faux dogme. Et le Conseil fédéral le soutient. Le 15 avril, le Gouvernement a soi-disant procédé à une «analyse approfondie de la situation» (en quelques minutes, car le président Hollande attendait). Résultat : il faut probablement s attendre à une désindustrialisation («un changement structurel» selon le Conseil fédéral) et à une augmentation du chômage. Mais il ne serait pas nécessaire d agir : «Le Conseil fédéral estime que, vu 5

6 l état actuel de la situation, la mise en place d un programme conjoncturel n est pas indiquée.» Ah. 6 Le franc et l exportation L industrie suisse vend les trois quarts de ses produits à l étranger. C est décisif pour notre prospérité : un franc sur deux de notre produit intérieur brut (PIB) se gagne avec le commerce avec le monde. En premier lieu avec l Europe : 60 % de nos exportations vont vers les pays de la zone euro. Si le franc s apprécie, les produits suisses renchérissent pour ces acheteurs (voir «Un taux de change raisonnable s impose!», page 14). Le producteur devra baisser ses prix en francs pour faire face aux concurrents moins chers. Les entreprises suisses ont développé différentes stratégies pour compenser la surévaluation de notre monnaie. Elles augmentent la productivité. Elles répercutent la pression qui s exerce sur le franc sur les fournisseurs suisses qui doivent baisser leurs prix. Ou elles paient leurs fournisseurs suisses (des PME) en euros. Les entreprises se procurent leurs matières premières et leurs produits semi-finis à l étranger ce qui coûte à nouveau des emplois à la Suisse. Les économistes d entreprise appellent cela le «hedging». Un très grand nombre d entreprises effectuent des opérations de couverture des risques de change (en essuyant parfois des pertes). La méthode la plus brutale consiste cependant à délocaliser la production vers les pays de la zone Euro. Entre-temps, plus d une centaine d entreprises toutes branches confondues ont annoncé des mesures allant des augmentations du temps de travail aux licenciements collectifs et aux fermetures d entreprises en passant par des baisses de salaire. Nous avons agi immédiatement. Forts des expériences de la crise financière de 2011, nous avons élaboré un mémento pour les commissions du personnel (voir pages 20 21). A l époque, certaines entreprises avaient profité de la situation pour encore augmenter leurs juteux bénéfices en exigeant du travail non rémunéré. Nous avions exigé des négociations pour formuler de manière plus précise l application de l article de crise dans la CCT. Cette opération ainsi que la CCT 2013 déploient aujourd hui leurs effets. Dans la plupart des entreprises soumises à la convention, les augmentations du temps de travail ont été négociées avec les commissions du personnel (les décisions n ont pas été prises de façon unilatérale). Certains personnels ont dû mettre en place des mesures de lutte pour éviter les salaires illégaux et les baisses de salaire. Dans d autres cas, des commissions d entreprise, sous l influence d Employés Suisse, ont conclu des accords avec des sociétés très rentables. Est-on en passe de réintroduire la semaine de 6 jours? Quelle sera la gravité du choc du franc? La question qui se pose aujourd hui est la suivante : quelle sera l ampleur du choc du franc? Une enquête parmi les directeurs financiers révèle que la plupart des entreprises se basent aujourd hui sur un cours de

7 1.07 et même avec cette surévaluation, ils s attendent à de lourdes pertes. Le président des patrons Valentin Vogt craint de graves fléchissements déjà à partir d un cours de A fin avril, le cours du franc avait plutôt tendance à s approcher de la parité. Le cours de change de 1 :1 serait un désastre. Pas seulement pour la production industrielle en Suisse. Certains grands groupes pourraient résister à la tempête du franc avec pour conséquence une disparition massive des fournisseurs PME. Ce serait une catastrophe : ces grands groupes, hormis l industrie horlogère et quelques exceptions, ont aujourd hui déjà 70 % à 90 % de leurs emplois à l étranger. Cela entraînerait de graves conflits sociaux. On ne touche pas impunément aux fondements de emplois. Le «changement structurel» mettrait à mal un secteur de l économie qui contribue bien plus à la prospérité du pays que la place financière. Le pilier de la paix sociale, de l innovation et du système de formation suisse s en trouverait menacé. Le prix à payer serait élevé : des conflits sociaux aigus et durables. On ne touche pas impunément aux fondements de emplois. Si en 2015, un chef de la Banque nationale suisse a le pouvoir de nuire à un pays pour plaire aux hedge funds, aux banquiers, aux fonds souverains et à la BCE, c est une obscénité politique (voir encadré 2 : «Le pouvoir des banques nationales»). Le pouvoir des banques nationales Les banques centrales (banques nationales) détiennent, à l origine, le monopole d Etat pour l émission des billets de banque. Elles ont pour mandat, en théorie, de contrôler la masse monétaire afin d éviter une forte inflation ou une déflation. Mission principale : assurer la stabilité de la valeur d une monnaie (aussi via le niveau des taux d intérêt, interventions sur les marchés financiers). Elles gèrent les réserves monétaires. Elles sont la banque des banques. Certaines banques centrales comme celle des Etats-Unis (FED) ont la tâche explicite de contribuer à un niveau élevé de l emploi. Dans la loi sur la Banque nationale suisse, cela n est formulé que de façon non contraignante. Théoriquement, les banques nationales sont indépendantes. Dans la pratique cependant, elles sont un instrument de la politique économique. Depuis la crise de 2008, les banques nationales assument de nouvelles compétences très étendues. Notamment le sauvetage des banques (BNS : l UBS). Avec son programme de rachat d emprunts, la Banque centrale européenne (BCE) supporte les pertes des banques spéculatrices. Conséquence : les banques centrales comme la BCE sont devenues beaucoup plus puissantes. 7

8 Le franc doit nous être utile Pour nous syndicalistes, la solution est à portée de main : les partenaires sociaux et les politiques doivent contraindre la BNS à affaiblir massivement le franc par des interventions. Et ils devraient le faire très rapidement. Jordan et le Conseil fédéral disposent à cet effet de toute une palette d instruments (voir page 17). En 2011, les dirigeants économiques et les politiciens ont tiré la sonnette d alarme, sous la pression des syndicats, lors d un «Grütli du franc». Il s agissait d associer l UDC à une solution concernant le taux plancher de la BNS de Christoph Blocher avait refusé toute intervention et, avec lui, les grands banquiers Grübel, Ospel etc. Le chef de l UDC a toujours été un homme de la finance. Il doit son argent au démantèlement d entreprises industrielles comme Alusuisse et Lonza. Blocher a finalement participé au «Grütli du franc». Mais quelques mois plus tard, il a poussé le chef de la Banque nationale Philipp Hildebrand à la démission. Depuis lors, il a demandé à Thomas Jordan d en finir avec les interventions. Le franc fort contre les emplois 160 Suisse (en EUR) 140 Espagne Grèce 120 Italie France Suisse (en CHF) 100 Allemagne La comparaison des coûts unitaires de la main d œuvre dans différents pays montre que les travailleurs-euses suisses sont extrêmement productifs. Cependant, le franc de la spéculation anéantit ces efforts. En 2007, le cours de l euro était à plus de Puis le cours du franc a commencé à s apprécier (ici l évolution jusqu en 2011) et avec lui les coûts unitaires de la main d œuvre exprimés en euros (exportation). Source : Hans Baumann/work 8

9 Le croyant Quel est le moteur de Thomas Jordan? Décision le 18 octobre Rien d étonnant s il le loue aujourd hui. Mais cette fois-ci, Blocher est en bonne compagnie. Les grands banquiers et Economiesuisse, le PLR et la NZZ, le Conseil fédéral et tous les courants de la droite fêtent le franc pathétiquement gonflé. Avec la crise du franc et la polémique sur la libre circulation des personnes, l UDC, le PLR et Economiesuisse espèrent briser le compromis social (et les syndicats). Voici ce qui figure sur leur liste : réduire les salaires, baisser les impôts des riches vers zéro, stopper la régulation des banques, augmenter le temps de travail, démanteler l AVS et le service public, en finir avec la protection de l environnement... Ils considèrent les élections d octobre au Parlement comme un vote d orientation. Le soir du 18 octobre, ils veulent un gouvernement de droite sans le PS. C est le retour à avant Nous pouvons empêcher cela en évinçant l UDC et le PLR. Swissmem, l association faîtière de l industrie des machines, jusqu ici aux côtés d Economiesuisse, semble s interroger. Le prix à payer serait-il trop élevé? Les entrepreneurs de Swissmem ne veulent peut-être pas le savoir. Et en fin de compte le PLR et Economiesuisse non plus. Nous leur disons : Lisez sur nos lèvres. Nous vous proposons un nouveau pacte social. Aveuglé idéologiquement : Thomas Jordan (52 ans), président de la BNS depuis Les marchés financiers s autorégulent: ils trouvent automatiquement un équilibre. Tel est le premier dogme des néolibéraux. Depuis la crise financière, cette croyance s est certes avérée infondée. Mais le Biennois Thomas Jordan (52 ans), passé par Harvard et titulaire d une chaire à Berne, reste fidèle à une religion morte. Dans ses discours et ses écrits, Jordan est clair: il veut placer le destin de la Suisse et du monde entre les mains des banquiers. La question du franc ne relève pas de l économie, mais de foi et de politique. Quiconque pense que la décision de la BNS est économiquement fondée se trompe. Il s agit de foi et de politique. La bande de l UDC autour de l oligarque Blocher, du banquier Matter et de l ancien patron d UBS et de Crédit Suisse Grübel ainsi que les radicaux de droite ont applaudi avec force. Ils veulent une Suisse sans industrie, sans syndicats et loin de l Europe. 9

10 SOS BNS : une banque nationale qui ne maîtrise pas le franc n est pas une banque nationale C est son devoir que d intervenir L abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse (BNS) fut un choc. Et pas seulement pour l industrie. Certains spéculateurs sur les marchés des changes se sont aussi alarmés. Le cours s est même brièvement effondré. Cela n est guère surprenant, car les cambistes ont l habitude que la BNS pilote le franc d une manière ou d une autre. C est ce que fait la BNS depuis des décennies, mais s en cache volontiers. Selon son discours officiel, elle se contente de maintenir l inflation en dessous de 2 %. Dans un petit pays comme la Suisse qui importe beaucoup de produits de l étranger, l inflation est fortement dépendante du taux de change. Sans un taux de change stable, il n y 10 «La Banque nationale a toujours piloté le franc. Si elle l abandonne aux spéculateurs, cela se termine en un désastre.» Daniel Lampart, économiste en chef de l USS a pas non plus de stabilité des prix. C est la raison pour laquelle tous les petits pays contrôlent leur taux de change. Les pays du Benelux ont l euro. La couronne danoise est arrimée à l euro. Et Singapour se base sur un mélange de plusieurs monnaies. En 1978, la BNS avait défendu un taux plancher de 80 centimes face au mark. Quand l euro a été introduit, elle a défendu des taux planchers stables de 1,50 à 1,45 franc pour un euro. Elle l a fait en baissant les taux d intérêt. Avec succès. Ce ne fut que quand la Banque nationale annonça, fin 2009 alors que le cours était à 1,50, qu elle ne s opposerait plus à une réévaluation que toutes les digues se sont rompues. Le franc est devenu rapidement plus cher. Jusqu en août 2011, il s est apprécié jusqu à la quasi-parité avec l euro. Ce qui a été un désastre pour l industrie et le tourisme. Ce n est qu avec l introduction et la défense d un taux plancher à 1,20 que le calme est re- Que fait la BNS? Elle aurait les moyens d affaiblir le franc surévalué.

11 venu. Jusqu au 15 janvier 2015 : c est alors que la BNS, en abandonnant le taux plancher, a de nouveau répandu désarrois et incertitude. Pour sa défense, la BNS prétend qu elle aurait dû acheter énormément d euros début 2015 pour défendre le taux plancher. Mais en vérité, le problème se situe ailleurs : la BNS a laissé les intérêts sur le franc être plus élevés que sur l euro. Pas étonnant que tout le monde veuille acheter du franc. Si la Banque nationale avait introduit des taux négatifs en décembre déjà, cela se serait déroulé autrement. Les Danois avaient des taux d intérêts plus bas. Ils n ont donc pas dû acheter d euros pour défendre leur taux plancher. La Suisse a besoin de retrouver une monnaie stable qui soit évaluée à sa juste valeur. Voilà pourquoi la BNS doit revenir à sa politique traditionnelle et intelligente de pilotage des taux de change. Car le franc doit nous servir et pas nous nuire. Erreur catastrophique : La BNS a cessé ces interventions D-Mark Euro Franc fort : L intervention est la règle. La BNS a maintenu le franc à un cours raisonnable. D abord par rapport au mark, puis face à l euro. Après 2010, elle l a laissé s apprécier. Sa brutale hausse a nécessité l instauration d un nouveau cours plancher de Celui-là même que la BNS a abandonné le 15 janvier. 11

12 Thomas Jordan acclamé Baisers empoisonnés des spéculateurs Pourquoi les financiers internationaux se réjouissent du franc excessivement fort. Quand Thomas Jordan est arrivé fin janvier au Forum économique mondial (WEF) à Davos, Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire international, l a embrassé. Des managers de hedgefonds lui ont tapé sur l épaule et la «dame de fer» Merkel l a félicité pour son «courage» d avoir abandonné le franc aux spéculateurs. Que s était-il passé? Des paris quotidiens de 5,3 billions Tout d abord : les opérations sur devises (commerce des devises) est le plus grand de tous les marchés financiers. En 2013, 5,3 billions (5300 milliards) de dollars ont été échangés, chaque jour, sur les marchés internationaux des devises. Chaque jour! 97 % des paris sur les devises sont d ordre purement spéculatif. En francs, les spéculations sur devises ont atteint en 2014 l équivalent de près de 180x le volume total des exportations suisses. Le marché des devises n a plus aucun lien avec l exportation/l importation. Tous contre l euro L un de ces paris joue contre l euro. Des hedgefonds de plusieurs milliards et des banques spéculent sur une baisse de l euro (provoquant ainsi sa chute). Même la Banque centrale européenne (BCE) maintient la pression sur l euro, car cela a pour effet de réduire le coût des exportations de l UE et d atténuer la dette. Avec le cours plancher de 1.20 franc pour un euro, la BNS a protégé jusqu au 15 janvier les emplois en Suisse qui sont désormais menacés. Jordan est embrassé pour avoir sacrifié les emplois en Suisse $ Le paradoxe du franc Les banques suisses et les groupes financiers ont gagné beaucoup d argent avec la spéculation contre l euro. Un hedgefonds à Pfäffikon SZ, notamment, a réalisé un bénéfice de 28 % avec un pari contre les interventions de la BNS. C était un pari contre la place industrielle suisse. Les financiers faisaient du lobbying déjà depuis des mois, par tous les canaux, contre les interventions de la Banque nationale. Il reste cependant un paradoxe à clarifier : les interventions de la BNS ont certes gêné les spéculateurs. Mais la surévaluation du franc ne provient pas de la faiblesse de l euro. Elle est d origine interne. 12

13 La place financière contre la place industrielle Désastre d origine interne Le franc est largement surévalué, car la Suisse fait tout pour attirer les capitaux étrangers. Les conseillers fédéraux et les représentants de l économie disent que le franc est fort parce que l économie suisse est forte. C est absurde! Si l on compare l activité économique des principaux pays européens avec la Suisse, le franc devrait être beaucoup plus faible : on devrait obtenir env franc pour un euro. Viens, mon euro, viens! Le franc dopé est fort, car il attire trop de capitaux du monde entier. Beaucoup sont séduits par le franc. Pourquoi? Parce que la place financière et le Conseil fédéral mettent tout en œuvre pour attirer les capitaux étrangers. Pour ce faire, ils inventent constamment de nouveaux instruments. n Avec le secret bancaire, la Suisse est devenue le principal refuge au plan internatio-nal pour l argent sale et les fortunes des riches. Le secret bancaire est levé pour une partie du monde. Mais dans le domaine de la gestion de fortune, les banques suisses demeurent, avec 2,6 billions, les «leaders mondiaux». n La concurrence fiscale, les forfaits fiscaux, les impôts bas pour les riches et des réglementations spéciales pour les holdings attirent en Suisse les grands groupes les groupes et les super-riches. Pour remplacer le secret bancaire, l ex-conseiller fédéral Merz a mis en place la réforme de l imposition des entreprises II. Et cela marche elle a déjà permis d attirer un billion de francs. Si nous voulons continuer de produire en Suisse, il faut affaiblir le franc. Et pour l affaiblir, il faut rendre la place financière moins attrayante. Si nous laissons faire les banques, elles détruiront le travail productif. 13

14 Que signifie «surévalué»? Un peu de théorie. Un taux de change équilibré s impose! Le franc est-il vraiment surévalué? Oui, massivement. Est-ce dommageable? Extrêmement! En 2014, la Suisse a exporté des marchandises et des prestations de services pour une valeur de 208 milliards de francs. Elle a importé pour 178 milliards de francs. Quand on exporte, on rapporte de l argent. Quand on importe, on perd de l argent. Le volume de nos exportations dépend notamment de la qualité de notre travail. Mais très fortement de notre monnaie. Si le franc s apprécie, les produits suisses renchérissent. Un franc surévalué nuit à l économie. Mais comment savoir si le taux de change entre le franc et l euro est équilibré? Une méthode classique consiste à déterminer la «parité de pouvoir d achat». En termes plus simples : un taux de change est adéquat si avec 1000 francs, on peut acheter la même quantité de marchandises en Allemagne qu en Suisse après avoir changé cette somme en euros. Le tourisme d achat prouve que cela n est pas le cas. Il existe différentes méthodes pour calculer cette parité. Par exemple, la comparaison des coûts unitaires de la main d œuvre. Ils mesurent les coûts salariaux par unité de production. Le taux de change équilibré est déterminé de la manière suivante : les coûts unitaires de la main d œuvre en Suisse divisés par les coûts unitaires de la main d œuvre dans l Euroland = taux de change. Le graphique montre le résultat selon les différentes méthodes de calcul. Le taux de change équilibré se situerait donc autour de 1.30 franc pour un euro. Théoriquement à fin avril 2015, le franc est surévalué de plus de 20 %. Il est devenu toxique. Franc/Euro parité de pouvoir d achat (2013) (Estimations selon des méthodes diveres) Biens négociables Prix de consommation Salaires nominaux Daniel Lampart 14 Valeur moyenne Valeur haute Valeur basse Depuis l abandon par la BNS du cours plancher de 1.20, le franc est hors de contrôle. Il fluctue aux alentours de 1.03 face à l euro.

15 Attaque contre les travailleurs-euses Le franc est un poison mortel La politique de la Banque nationale cause de graves dommages à l économie. Tous ne sont pas encore visibles. La place financière a artificiellement gonflé le franc. Cela nuit directement à l exportation et au tourisme (et à certaines banques privées, mais cela fait partie de la stratégie des grandes banques). Les entreprises en font immédiatement supporter les conséquences aux travailleurs-euses avec des heures d appoint non rémunérées, la pression sur les salaires et des licenciements. Si la Banque nationale ne corrige pas le tir, les conséquences seront beaucoup plus graves pour nous. Les valeurs moyennes des économistes sont trompeuses. La menace pour l économie semble de prime abord relativement faible. C est une croyance aveugle. Car le franc exagérément fort est un instrument pour changer les structures. Un désert de services prend le pas sur la production. En combinaison avec une place financière choyée, subventionnée et protégée, notre monnaie est un poison insidieux et mortel pour le travail en Suisse. n PME. La plupart travaillent comme fournisseurs pour les grands groupes. Leurs possibilités de se protéger contre les variations du taux de change sont restreintes. Et elles ont été les premières à devoir immédiatement baisser les prix. Certaines PME ont été détruites par le franc. Beaucoup devront se chercher de nouveaux clients, car les groupes se rabattent sur des fournisseurs moins chers à l étranger. Unia met en garde : la Banque nationale engage un processus de désindustrialisation. En toute connaissance de cause. n Connaissances et savoir-faire. La disparition de nombreuses PME ébranlerait les fondements de l industrie : l énorme savoir-faire de beaucoup de travailleurseuses restera inexploité. La proximité immédiate des connaissances pratiques et des entreprises clientes est une force de l industrie. Les groupes qui sont déjà souvent fortement internationalisés vont accélérer leurs délocalisations. n Délocalisation. Le franc trop fort mène à la désindustrialisation. Directement, en raison des coûts. Indirectement, car les structures liées aux fournisseurs s affaiblissent. C est ce que visent les politiques et les néolibéraux dans les associations. 15

16 Ce qui ne va pas du tout On ne touchera pas aux salaires! Des réductions de salaire et des salaires en euros aggravent le problème au lieu de le résoudre. Les coûts salariaux dans l industrie représentent en moyenne moins de 20 % de l ensemble des coûts. Diminuer les salaires est donc doublement absurde. Cela n apporte pratiquement rien à l entreprise. Et les baisses de salaire sont économiquement dommageables. Le pouvoir d achat disponible de 50 % des employé-e-s stagne de toute façon depuis de nombreuses années. Dans certaines professions, il est même en recul. Les groupes qui essaient malgré tout d imposer des baisses de salaire pratiquent une lutte des classes par le haut : ils veulent maintenir une pression élevée sur les travailleurs-euses. Nous ne le tolérerons pas. Car les frais fixes des ménages augmentent : les loyers, les primes d assurance-maladie, les autres assurances et dépenses obligatoires représentent une part toujours plus importante du salaire. Salaires en euros : Un patron d entreprise a annoncé qu il paierait ses frontaliers en euros. Le personnel a refusé. Le CEO a alors compris que la plupart des frontaliers avaient contracté des crédits et des hypothèques en francs suisses. Avec des salaires en euros, ils auraient très vite été insolvables. Verser les salaires en euros est illégal comme le montrent les décisions judiciaires : en Suisse, on doit verser des salaires suisses. Le syndicat insiste sur des contrôles stricts des salaires et sur l application de la protection des salaires. Car si les salaires en euros deviennent la norme, tous les salaires seront mis sous pression. Dans la crise actuelle, des conflits du travail ont permis jusqu ici d empêcher les salaires en euros dans les entreprises soumises à la CCT. L opposition, ça paie. Désastre : le 25 avril l euro valait 1.02 franc. 16

17 Que faire I : La BNS doit agir rapidement La prochaine intervention va arriver Il n y a pas de solution à la crise du franc sans intervention sur le marché des changes. La banque nationale doit faire son travail. Il s agit d imposer un cours du franc face à l euro qui soit supportable pour l économie réelle. Depuis le 15 janvier, le franc est hors de contrôle. A fin avril, à la clôture de rédaction du présent bulletin, le franc est si fortement surévalué qu une nouvelle intervention est très probable. Les étapes sont claires : 1. Fixer un nouvel objectif de change. La parité ou un cours de change de 1.10 aura des effets dévastateurs dans l industrie. Le taux plancher doit être fixé à un niveau plus élevé. Si la BNS annonce par exemple un objectif de 1.15, les spéculateurs essaieront de parier contre («tester le cours plancher»). La BNS a besoin de nerfs solides. Au plan économique, il n y a aucun problème : une banque centrale ne peut pas faire faillite. Jordan s opposera à un objectif de change. Les politiques et les partenaires sociaux devront donc lui expliquer clairement quel doit être le rôle de la BNS. A lui de résoudre cela au plan technique. 2. Renforcer la politique des intérêts négatifs. Jusqu ici, les taux d intérêt négatifs de Jordan n ont pas donné les résultats escomptés. Les différences de taux d intérêt avec l euro sont décisives. Si la BNS avait décidé, en 2014, d introduire des taux d intérêt négatifs, elle aurait évité le choc de la surévaluation. Jordan n a probablement pas fait cela afin d avoir un prétexte pour supprimer le cours plancher. Un pouvoir effarant : derrière la façade de la BNS se fait la politique économique suisse. Attention : les caisses de pension, l AVS et d autres assurances sociales doivent être exclues des intérêts négatifs, resp. elles doivent en être protégées. 3. Prendre des mesures sur les mouvements de capitaux. Les intérêts négatifs et l objectif de change ne suffiront vraisemblablement pas à placer le franc sous contrôle. Mais la BNS dispose de beaucoup plus d instruments : les «mesures sur les mouvements de capitaux». A long terme, la spéculation sur le franc ne pourra être endiguée que si les politiques maintiennent les grandes banques sous contrôle et rendent la place financière moins attrayante. 17

18 Que faire II Les 7 exigences du syndicat La suppression du taux plancher est une attaque brutale de la place financière contre la place industrielle. Il est grand temps de donner de nouvelles bases à la politique économique de la Suisse. 1. Imposer un cours du franc raisonnable. Il faut contraindre la BNS à affaiblir le franc pour le ramener à un taux de change euro/ franc qui soit supportable pour l économie réelle. Elle doit le faire par tous les moyens : objectif de change, taux d intérêt négatifs, mesures sur les mouvements de capitaux, etc 2. Mettre un terme aux baisses de salaire. Obtenir la protection des salaires. En Suisse, on doit verser des salaires suisses. Contrôles stricts des salaires (commissions paritaires et tripartites), sanctions immédiates sévères en cas d abus. Les baisses de salaire répercutent le risque entrepreneurial sur les travailleurs-euses. Elles sont donc illégales. Au plan économique, elles sont stupides. 3. Mesure immédiate : imposer un franc réel. Pour éviter que la production en Suisse ne subisse de graves dommages, le Conseil fédéral doit ordonner à la BNS de fixer un cours de l euro raisonnable pour les exportations réelles. Cela sera financé par une taxe sur le commerce des devises (principe de causalité). 4. Protéger les assurances sociales des taux d intérêt négatifs. L AVS, les caisses de pension et d autres assurances sociales doivent être protégées des taux d intérêt négatifs. 5. Stopper les programmes d économies des pouvoirs publics. Les programmes d économies insensés des pouvoirs publics doivent être immédiatement stoppés. Ils accroissent le risque de récession. 6. La BNS a besoin d un mandat clair. Le mandat de la BNS doit être défini plus précisément : c est déjà la troisième fois que la BNS met en péril des dizaines de milliers d emplois (tueur d emplois Leutwiler dans les années 1970/80, tueur d emplois Lusser dans les années 1990). Outre la stabilité monétaire, la BNS doit s efforcer de protéger les emplois. C est la moindre des choses. 7. Politique industrielle : s engager dans la conversion écologique. Si elle ne protège pas l industrie par le biais de la politique industrielle, la Suisse glissera dans une grave crise. Il ne s agit pas d obtenir des subventions ni des baisses d impôts, mais surtout de prendre des mesures politiques pour soutenir les PME dans l innovation et la conversion écologique. 18

19 Que faire III Sans politique industrielle, rien ne va plus Tous les pays font de la politique industrielle. Mais pas la Suisse. L industrie est un pilier central de notre économie. En 2015, face à la double menace que représentent pour nos emplois le franc des spéculateurs et la politique d isolement de l UDC, cela est plus vrai que jamais. C est pourquoi Unia a élaboré les bases d une politique industrielle. Notamment : n Serv plus. Les entreprises exportatrices peuvent changer des devises à un cours raisonnable. Cela sera financé par une taxe automatique de 1 pour mille sur le commerce des devises (argent de la spéculation pour l économie de production). Le fonds pour la production n Pacte pour une Suisse productive. Un paquet de mesures a été lancé aux dernières négociations CCT MEM. Point essentiel : utiliser les opportunités de la conversion écologique (création de dizaines de milliers d emplois). Et renforcer les PME en développant la Commission pour la technologie et l innovation (CTI) en une véritable agence de l innovation. n Fonds pour la reconversion écosociale. Un fonds de crédit d un milliard de francs, géré de façon paritaire, pour les investissements destinés à soutenir la reconversion écosociale et l innovation. Financé par des fonds de caisses de pension. Avantages : relance des investissements, car le fonds libère les entreprises de l emprise des banques. Forte impulsion à de nouveaux emplois et à la reconversion écologique. Caisses de pension Caisses de pension Capital Fonds pour la production Pilotage paritaire (Employeurs, travailleurs, Confédération) Crédit intérêt bas Producteurs Confédération Capital Commission d investissement accorde des crédits selon des standards écologiques Clients BNS garantit les intérêts et amortissements 19

20 Que faire IV Travail gratuit : seulement s il garantit nos emplois! Les salaires en euros et les réductions de salaire sont inacceptables. Le syndicat a imposé ce principe, aussi dans la crise du franc. Car les risques entrepeneuriaux ne doivent pas être répercutés unilatéralement sur les travailleurs-euses. Et encore moins les conséquences de la spéculation et de décisions politiques erronées. Avec notre soutien, certains personnels ont mené avec succès des conflits du travail contre les salaires en euros et les baisses de salaire. Résister collectivement paie. Travailler plus longtemps? En principe Non! Cela vaut aussi pour les augmentations du temps de travail. Cependant : dans certains cas, nous sommes prêts à travailler quelques heures de plus si cette mesure permet de garantir nos emplois. Mais cela suppose un «deal». La prolongation du temps de travail bouleverse profondément et brutalement notre vie. Elle doit rester une exception limitée dans le temps. Elle doit être accompagnée de garanties et de transparence. Car cela fait déjà des années que les employeurs insistent sur l augmentation de la durée du travail. Le franc de la spéculation ne doit pas être un prétexte pour augmenter l horaire de travail de manière détournée. Pour les travailleurs-euses, la semaine de 40 heures est un acquis central pour lequel ont lutté de nombreuses générations. Nous travaillons pour vivre et non le contraire. Si une entreprise très rentable ordonne, sans nécessité, cinq heures de travail gratuit, cela est considéré 20 comme une violation de la paix du travail, du contrat de travail, de la CCT et du partenariat social. C est de toute façon contraire au principe de la bonne foi. Nos conditions Nous tolérons les heures supplémentaires seulement si : 1. L entreprise prouve qu elle est en situation d urgence (voir p. 21). 2. Le travail supplémentaire est limité dans le temps. 3. Les emplois sont garantis par écrit. 4. Les autres intéressés (actionnaires, managers, banques etc.) participent aussi. 5. L entreprise autorise un monitoring régulier. 6. Des contreparties sont garanties (voir p. 21). La semaine de 40 heures est un acquis important des syndicats. Pas touche!

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