Cours3. Applications continues et homéomorphismes. 1 Rappel sur les images réciproques



Documents pareils
Limites finies en un point

De même, le périmètre P d un cercle de rayon 1 vaut P = 2π (par définition de π). Mais, on peut démontrer (difficilement!) que

Fonctions de plusieurs variables

Image d un intervalle par une fonction continue

Théorème du point fixe - Théorème de l inversion locale

Continuité en un point

Calcul différentiel sur R n Première partie

Continuité d une fonction de plusieurs variables

I. Polynômes de Tchebychev

Université Paris-Dauphine DUMI2E 1ère année, Applications

Cours Fonctions de deux variables

Capes Première épreuve

Exercices - Fonctions de plusieurs variables : corrigé. Pour commencer

Fonctions de plusieurs variables, intégrales multiples, et intégrales dépendant d un paramètre

Continuité et dérivabilité d une fonction

* très facile ** facile *** difficulté moyenne **** difficile ***** très difficile I : Incontournable T : pour travailler et mémoriser le cours

3 Approximation de solutions d équations

Chapitre 3. Quelques fonctions usuelles. 1 Fonctions logarithme et exponentielle. 1.1 La fonction logarithme

Exercices - Polynômes : corrigé. Opérations sur les polynômes

Intégration et probabilités TD1 Espaces mesurés Corrigé

Fonctions de plusieurs variables : dérivés partielles, diérentielle. Fonctions composées. Fonctions de classe C 1. Exemples

FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES (Outils Mathématiques 4)

Calcul intégral élémentaire en plusieurs variables

Programme de la classe de première année MPSI

I - PUISSANCE D UN POINT PAR RAPPORT A UN CERCLE CERCLES ORTHOGONAUX POLES ET POLAIRES

Cours d Analyse. Fonctions de plusieurs variables

Dérivation : cours. Dérivation dans R

Sites web éducatifs et ressources en mathématiques

Nombre dérivé et tangente

Problèmes de Mathématiques Filtres et ultrafiltres

Calcul différentiel. Chapitre Différentiabilité

Structures algébriques

NOMBRES COMPLEXES. Exercice 1 :

Fonctions de plusieurs variables

La Licence Mathématiques et Economie-MASS Université de Sciences Sociales de Toulouse 1

Chapitre VI Fonctions de plusieurs variables

F1C1/ Analyse. El Hadji Malick DIA

Calculs de probabilités

Correction de l examen de la première session

Dérivées d ordres supérieurs. Application à l étude d extrema.

Angles orientés et trigonométrie

Commun à tous les candidats

Problème 1 : applications du plan affine

Développements limités, équivalents et calculs de limites

Chapitre 2 Le problème de l unicité des solutions

a et b étant deux nombres relatifs donnés, une fonction affine est une fonction qui a un nombre x associe le nombre ax + b

* très facile ** facile *** difficulté moyenne **** difficile ***** très difficile I : Incontournable

Planche n o 22. Fonctions de plusieurs variables. Corrigé

CCP PSI Mathématiques 1 : un corrigé

Logique. Plan du chapitre

La mesure de Lebesgue sur la droite réelle

Groupe symétrique. Chapitre II. 1 Définitions et généralités

COURS EULER: PROGRAMME DE LA PREMIÈRE ANNÉE

Rappels et compléments, première partie : Nombres complexes et applications à la géométrie

M2 IAD UE MODE Notes de cours (3)

Notes du cours MTH1101 Calcul I Partie II: fonctions de plusieurs variables

1 Définition et premières propriétés des congruences

Différentiabilité ; Fonctions de plusieurs variables réelles

Développements limités. Notion de développement limité

t 100. = 8 ; le pourcentage de réduction est : 8 % 1 t Le pourcentage d'évolution (appelé aussi taux d'évolution) est le nombre :

Baccalauréat S Antilles-Guyane 11 septembre 2014 Corrigé

Chapitre 0 Introduction à la cinématique

Enoncé et corrigé du brevet des collèges dans les académies d Aix- Marseille, Montpellier, Nice Corse et Toulouse en Énoncé.

Angles orientés et fonctions circulaires ( En première S )

Comparaison de fonctions Développements limités. Chapitre 10

Chapitre 6. Fonction réelle d une variable réelle

Cours de mathématiques

Programmes des classes préparatoires aux Grandes Ecoles

Optimisation non linéaire Irène Charon, Olivier Hudry École nationale supérieure des télécommunications

Le produit semi-direct

Examen optimisation Centrale Marseille (2008) et SupGalilee (2008)

Mesure d angles et trigonométrie

Introduction à l étude des Corps Finis

Catalogue des connaissances de base en mathématiques dispensées dans les gymnases, lycées et collèges romands.

Fonctions de plusieurs variables et applications pour l ingénieur

Exo7. Limites de fonctions. 1 Théorie. 2 Calculs

Cours d Analyse I et II

Soit la fonction affine qui, pour représentant le nombre de mois écoulés, renvoie la somme économisée.

Théorie de la mesure. S. Nicolay

Maple: premiers calculs et premières applications

Développement décimal d un réel

n N = u N u N+1 1 u pour u 1. f ( uv 1) v N+1 v N v t

TIQUE DE FRANCE NILSYSTÈMES D ORDRE 2 ET PARALLÉLÉPIPÈDES

Baccalauréat L spécialité, Métropole et Réunion, 19 juin 2009 Corrigé.

Calcul matriciel. Définition 1 Une matrice de format (m,n) est un tableau rectangulaire de mn éléments, rangés en m lignes et n colonnes.

TSTI 2D CH X : Exemples de lois à densité 1

TOUT CE QU IL FAUT SAVOIR POUR LE BREVET

8.1 Généralités sur les fonctions de plusieurs variables réelles. f : R 2 R (x, y) 1 x 2 y 2

Cours d Analyse 3 Fonctions de plusieurs variables

I. Ensemble de définition d'une fonction

1 radian. De même, la longueur d un arc de cercle de rayon R et dont l angle au centre a pour mesure α radians est α R. R AB =R.

DOCM Solutions officielles = n 2 10.

Résolution d équations non linéaires

Théorie de la Mesure et Intégration

F411 - Courbes Paramétrées, Polaires

Chapitre 11. Séries de Fourier. Nous supposons connues les formules donnant les coefficients de Fourier d une fonction 2 - périodique :

Loi binomiale Lois normales

La fonction exponentielle

Exercices - Nombres complexes : corrigé. Formes algébriques et trigonométriques, module et argument

Notes du cours MTH1101N Calcul I Partie II: fonctions de plusieurs variables

Transcription:

Université de Provence Topologie 2 Cours3. Applications continues et homéomorphismes 1 Rappel sur les images réciproques Soit une application f d un ensemble X vers un ensemble Y et soit une partie P de l ensemble d arrivée Y. L image réciproque par f de la partie P est la partie de X formée des éléments dont l image appartient à la partie P. f 1 (P) = { x X f(x) P } Exemple. L image réciproque de l intervalle [ 1, 4[ par l application x x 2 de R dans R est l ensemble: f 1 ([ 1, 4[) = { x R x 2 [ 1, 4[ } = ] 2,2[ Remarque. L image réciproque se comporte bien pour les opérations ensemblistes: l image réciproque de la réunion est bien la réunion des images réciproques, l image réciproque de la partie vide est bien la partie vide, l image réciproque de l intersecion est bien l intersection des images réciproques, l image réciproque de la partie pleine Y est bien la partie pleine X. Ou encore l image réciproque du complémentaire dans Y d une partie P de Y est le complémentaire dans X de l image réciproque de P. Attention! Ne pas confrondre la notation f 1 (P) pour une partie P et la notation f 1 (y) pour un élément y. D un côté, l image réciproque f 1 (P) par une application f d une partie P de l espace d arrivée est toujours définie. De l autre, quand f est bijective, elle admet une bijection réciproque aussi notée f 1 (d où le risque de confusion). Cette bijection réciproque est une application de Y vers X qui associe à un élément y de l espace d arrivée Y l élement: f 1 (y) = l élément de X dont l image par f vaut y, = la solution x de l équation y = f(x). 1

Quand f est bijective, cette équation admet bien une solution unique. Cette notation f 1 (y) n aura de sens que si f est bijective. 2 Applications continues Définition. Une application f d un espace topologique X vers un espace topologique Y sera dite continue en un point x de l ensemble de départ X si pour tout voisinage du point f(x), l image réciproque de ce voisinage est une voisinage de x. Remarque. Quans X et Y sont des espaces métriques, on peut donner une définition équivalente de la continuité de f au point x: ε > 0 α > 0 y B(x, α) f(y) B(f(x), ε). Définition. Une application f d un espace topologique vers un autre sera dite continue si elle est continue en tout point de son ensemble de départ. Exemple 1. Les fonctions polynomiales sont des fonctions continues sur R. Exemple 2. Les fonctions trigonométriques sin, cos et tan sont des fonctions continues (les deux premières sur R, la troisième sur son ensemble de départ R\{ π + nπ n Z}). 2 Exemple 3. Exemple de fonction non continue: la fonction f définie sur R par f(x) = 1 quand x est positif et par f(x) = 0 quand x est strictement négatif: elle n est pas continue en 0. Exemple 4. Les fonctions polynomiales de deux variables sont continues sur R 2 (typiquement la fonction qui associe à un point (x, y) de R 2 le nombre x 3 + xy 7y). Exemple 5. Un exemple simple de fonction continue sur R mais non dérivable: la fonction valeur absolue est bien continue et n est pas dérivable en 0. Proposition. Soient X et Y deux espaces topologiques et f une application de X vers Y. Alors les trois propriétés suivantes sont équivalentes. (a) L application f est continue. (b) L image réciproque par f de tout ouvert de Y est un ouvert de X. (c) L image réciproque par f de tout fermé de Y est un fermé de X. Démonstration. L équivalence entre (b) et (c) est une évidence si on se souvient que l image réciproque du complémentaire est le complémentaire de l image réciproque. 2

Il reste à prouver l équivalence entre (a) et (b). Supposons (b) vérifiée et prouvons que f est continue en un point x quelconque de X. Soit V un voisinage de f(x) dans Y. Alors f(x) appartient à l ouvert int(v ) et donc x appartiendra à f 1 (int(v )) ouvert lui-aussi par hypothèse. Comme int(v ) est inclus dans V, l image réciproque f 1 (int(v )) sera incluse dans l image réciproque f 1 (V ). Donc x appartient à un ouvert inclus dans f 1 (V ), autrement dit f 1 (V ) est bien un voisinage de x. On a prouvé la continuité de f en un point x quelconque de X donc f est continue. Réciproquement, supposons f continue et prouvons que l image réciproque par f d un ouvert O de Y est un ouvert de X. Soit x un point de f 1 (O). Comme O est un ouvert, il est un voisinage de chacun de ses points et donc notamment un voisinage du point f(x). Par continuité de f en x, l image réciproque f 1 (O) sera donc un voisinage de x. On a donc prouvé que f 1 (O) était un voisinage de chacun de ses points donc f 1 (O) est bien un ouvert. Exemple. La fonction f définie sur R par f(x) = 1 quand x est positif et par f(x) = 0 quand x est strictement négatif n était pas continue. En effet l image réciproque par f de l ouvert ] 1, 3 [ est l intervalle [0, + [ qui n est 2 2 pas ouvert. Remarque. Si X et Y sont des espaces métriques, on pourra donner une quatrième propriété équivalente: (d) Si une suite (x n ) n N de points de X tend vers une limite l X, la suite des images (f(x n )) n N tendra dans Y vers l image f(l) de la limite (admis). Proposition. Soient trois espace topologiques X, Y et Z et deux applications continues f de X vers Y et g de Y vers Z. Alors la composée g f est continue. Démonstration. Soit O un ouvert de Z. Alors g 1 (O) est un ouvert de Y par continuité de g et donc (g f) 1 (O) (= f 1 (g 1 (O)))) est bien un ouvert de X par continuité de f. 3 Isométries Soient, dans le plan, deux segments de même longueur, par exemple les segments [A, B] et [C D] (si on choisit les points A = (0,0), B = (5,0), C = (1,2) et D = (5,5)). Intuitivement, il semble possible d envoyer le segment [A, B] sur le segment [C, D] sans déformation. En revanche, on n enverra pas 3

sans déformation le segment [A, B] sur un arc de cercle ni sur un segment de longueur différente. Pour envoyer [A, B] sur [C, D], utilisons la bijection suivante: { [A, B] [C, D] f : (t,0) (1 + 4 t, 2 + 3 t) 5 5 On constate, pour tous points P et Q de [A, B], la propriété suivante: d(f(p), f(q)) = d(p, Q) (où d désigne la distance euclidienne). Cette propriété correspond à l idée intuitive de mouvement sans déformation. Mathématiquement, on parlera d isométrie. Définition. Soient (X, d X ) et (Y, d Y ) deux espaces métriques. Une bijection f de X vers Y sera appelée une isométrie si elle vérifie: (x, x ) X 2 d Y (f(x), f(x )) = d X (x, x ). Deux espaces métriques seront dits isométriques s il existe une isométrie de l un vers l autre. Explication. En général, on sait qu une bijection permet d identifier son ensemble de départ et son ensemble d arrivée (identification point par point). En algèbre par exemple, il arrive qu une bijection entre deux groupes G 1 et G 2 soit telle que les lois des deux groupes soient les mêmes via cette identification. On dit alors que la bijection est un isomorphisme de groupes et on sait que toutes les propriétés algébriques seront conservées si on passe de G 1 à G 2 via cette identification. Par exemple G 1 sera abélien si et seulement si G 2 l est, G 1 sera cyclique si et seulement si G 2 l est etc. De même, une bijection entre deux espaces métriques identifie bien sûr ces espaces point par point et elle sera une isométrie quand les deux distances seront les mêmes via cette identification. Dans la pratique, toutes les propriétés qui s expriment en termes de distance seront préservées, par exemple le diamètre. Définition. On appelle diamètre d un espace métrique (X, d) la borne supérieure de l ensemble suivant: {d(x, y) (x, y) X 2 } Remarque. C est soit un réel positif soit + (ça pourra même être si X est vide!). 4

Exemple. Dans le plan, pour la distance euclidienne, le diamètre d un cercle sera son diamètre au sens habituel. Le diamètre d un carré sera la longueur de sa diagonale. Proposition. Deux espaces métriques isométriques auront le même diamètre. C est intuitivement évident puisque le diamètre est une propriété qui s exprime en termes de distance (une propriété métrique) mais (exercice) écrivez quand même une démonstration. Un autre exemple de propriété métrique: la complétude. Proposition. Un espace métrique isométrique à un espace complet sera complet lui aussi. 4 Homéomorphismes Soit C le cercle d équation: La bijection: f : x 2 + y 2 = 1. { [0, 1[ C t exp(i2πt) correspond à l idée intuitive de collage. On a collé les extrémités de l intervalle pour obtenir le cercle. On a intuitivement créé une continuité supplémentaire. Ce ne sera pas un homéomorphisme. La bijection réciproque f 1 correspond à l idée intuitive de découpage, ça ne sera pas non plus un homéomorphisme. Soit E l ellipse d équation: x 2 + 2y 2 = 1. La bijection suivante n est pas une isométrie: { C E (x,y) (x, y 2 ) Elle déforme le cercle en une ellipse mais, intuitivement, c est une déformation faite sans couper le cercle et sans collage. Mathématiquement, ce sera un homéomorphisme. Il est temps de définir cette notion. Définition. Soient X et Y deux espaces topologiques et f une bijection de X vers Y. La bijection f sera appelée un homéomorphisme si toute partie O 5

de Y vérifie: (O est un ouvert de Y) (f 1 (O) est un ouvert de X). Autrement dit un homéomorphisme est une bijection f telle que f et la bijection réciproque f 1 soient toutes les deux continues. Définition. Deux espaces topologiques seront dits homéomorphes s il existe un homéomorphisme de l un vers l autre. Remarque. On appelle propriété topologique toute propriété qui s exprime en termes d ouverts (ou de fermés). Si deux espaces sont homéomorphes, toute propriété topologique vérifiée par l un sera aussi vérifiée par l autre. Une des grandes questions qu étudie la topologie est de savoir quand deux espaces sont homéomorphes, c est-à-dire sont les mêmes à certaines déformations près. Proposition. La composée de deux homéomorphismes est un homéomorphisme. La bijection réciproque d un homéomorphisme est un homéomorphisme. 6