Endocardites infectieuses

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Transcription:

Endocardites infectieuses M. Wolff Hôpital Bichat-Claude Bernard, EA3964 UFR Paris Diderot, Paris 7, PRESS Paris Cité Sorbonne. ISICEM 2012

Endocardite: qu est-ce? Infection des valves cardiaques +/- des tissus péri-valvulaires ò - Végétations: excroissances contenant des germes + fibrine ð taille: quelques mm à 3-4 cm - Mutilations valvulaires - Abcès du septum ou d un anneau valvulaire

Bactéries: 109-1010 ufc/g Fibrine Endocardite mitrale à S. aureus chez une femme de 41 ans

Incidence de l endocardite en France: stable 50 /106 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 35 [31.5-39.2] 33 [30.0-37.4] 32 [28.8-35.7] [IC95%] 1991 1999 2008 Duval X et al. JACC 2012

Incidence chez les hommes

Traduction clinique des lésions Lésions Complications Végétations Mutilations valvulaires Abcès Embolies: cérébrales, membres inférieurs, spléniques, rénales etc.. Oedème aigu du poumon, choc cardiogénique Choc septique/bav

Les différentes faces de l EI Fièvre au long cours EI sans complication Embolies, insuffisance cardiaque Choc cardiogénique, septique, coma MIT, cardiologie Réanimation DMV

Complications des EI et réanimation 1. Insuffisance cardiaque congestive (OAP) 2. Choc cardiogénique (IA aiguë, dysfonction sévère de prothèse) 3. Blocs auriculo-ventriculaires 4. Choc septique 5. Troubles de conscience 6. Insuffisance rénale aiguë

Profil des EI en réanimation: EndoRéa (198 patients) Variables Valeurs IGS 2 44 (33-62) SOFA 8 (5-11) Ventilation mécanique 156 (79%) Epuration extra-rénale 77 (39%) Choc 117 (59%) Insuffisance cardiaque 36 (18%) Score de Glasgow 14 (9-15)

International Collaboration on Endocarditis: 2781 patients (2000-2005) q Age médian: 58 ans (IQ: 43-72) q EI sur valve native: 72% q EI liée aux soins: 25% q S. aureus: 31% q Complications: AVC: 17%, autres embolies: 23%, IC: 32%, abcès intra-cardiaques: 14,5% q Chirurgie: 48% q Mortalité hospitalière: 18% Murdoch DR et al Arch Intern Med 2009; 169: 463

Deux entités épidémiologiques EI communautaires EI liées aux soins Porte d entrée Germes Terrain Dents, bouche, tube digestif, peau, x Streptocoques S. aureus, entérocoques Souvent aucun sauf valvulopathie (pas toujours) KT, Hémodialyse, PAC, prothèses valvulaires, PM, DI S. aureus, SCN, entérocoques, BGN Co-morbidités diverses

Murdoch et al. Ann Intern Med 2009

Les éléments du diagnostic des EI en réanimation Complication (s) souvent inaugurale (s) cardiaque ou embolique + fièvre + souffle - Des hémocultures positives - Des anomalies suggestives à l échographie

+ Souffle - Fièvre - Purpura sous conjonctival - Troubles neurologiques - Manifestations emboliques périphériques

Ce que l échocardiographie apporte q Végétations: site, taille, mobilité (risque embolique) q Fuite valvulaire évaluée au Doppler couleur q Abcès péri-annulaire ou septal q Epanchement péricardique q Fonction ventriculaire gauche

ETT et ETO ETT ETO - Débrouillage - Non invasif - Permet souvent le diagnostic - Moins précis surtout pour les abcès et si prothèse valvulaire - Complète l ETT - Plus invasif: attention aux malades instables non en VM - Plus précis - Surtout si prothèse valvulaire

Sonneville R et al. Crit Care Med 2011

Endocardite mitrale à S. aureus

Endocardite mitrale à S. aureus

22/08/2004

Les contraintes de l antibiothérapie Ø Site d accès difficile pour les antibiotiques (fibrine/thrombus) " 10 9-10 10 ufc/ml Ø Peu de moyens de défense locale Ø Certaines bactéries non en phase de croissance exponentielle donc moins sensibles aux antibiotiques Ø Risque de récidive si traitement trop court Ø Localisations extra-cardiaques avec leurs contraintes spécifiques

En conséquence 1. Posologies élevées d antibiotiques 2. Traitement bactéricide 3. Association avec aminoside (pas toujours et moins longtemps) 4. Voie IV (relais oral?) 5. Durée prolongée

Quand débuter les antibiotiques? Situation Délai ATB EI incertaine EI certaine non compliquée Se donner d abord les moyens de confirmer le diagnostic Après 3 hémocultures en 3h EI compliquée ou choc septique Dans l heure, après 2 hémocultures à 30 d intervalle

Les molécules clés Molécules Commentaires Amoxilline: 12 g/j Cloxacilline: 12 g/j Vancomycine ou daptomycine Gentamicine Rifampicine Strepto, entero, Bartonnella Staphylocoques MS Allergie sévère aux ß-lactamines ou staphylocoques MR S. aureus: 3-5 j Strepto non S et entero: 14 j Staphylocoques sur prothèse

Aminosides et Gram+ 1. But : avant tout la recherche d une synergie entre amoxicilline ou vancomycine et l aminoside 2. Synergie obtenue avec des concentrations sériques d aminosides < celles nécessaires pour assurer la bactéricidie (# BGN) 3. En conséquence : pas nécessaire d utiliser des doses élevées de gentamicine (3mg/kg/j), pas de dosage du pic mais résiduelle 4. Conceptuellement cette dose devrait être répartie en 2 injections/jours mais en pratique la DJU est généralement adéquate pour les streptocoques et S. aureus (Entérocoques???)

Durée totale du traitement (EI native) Strepto S Strepto moins S Entéro Staph Bartonella Fièvre Q 4 s 4s 4-6 s 4-6 6 s 18 mois

Durée totale du traitement (EI prothèse) Strepto S Strepto moins S Entéro Staph Bartonella Fièvre Q 6 s 6s 6 s 6 s > 6 s 18 mois

Tt antibiotique: voie orale? - Pas de voie orale dans les recommandation mais éventuellement en fin de traitement si malade OK. Etude en cours pour relais plus précoce - Possible dans les EI droites des toxicomanes

Fièvre persistante ou récurrente q Non contrôle de l endocardite (refaire hémocultures, échographie) q Localisation secondaire (os, cerveau, rate ) q Mais aussi fièvre non liée directement à l endocardite - Allergie aux antibiotiques (éruption, éosinophilie) - Thrombose veineuse - Infection nosocomiale (voie veineuse++)

Recours à la chirurgie en phase aiguë en France 80 % 70 60 50 50% 50% 40 30 31% 20 10 0 1991 1999 2008 Duval X et al. JACC 2012

EI: objectifs de la chirurgie q Eradiquer le foyer infectieux q Réparer les dégâts valvulaires et para-valvulaires (abcès, fistules ) q Eviter les complications emboliques Prothèse valvulaire biologique ou mécanique

Kieffer T et al. JAMA 2011

H48 post randomisation N Engl J Med 2012;366:2466-73.

ESC 2009

Mortalité hospitalière de l endocardite en France 30 % 25 20 15 21 15 21 10 5 0 1991 1999 2008 Duval X et al. JACC 2012

Murdoch et al. Arch Intern Med 2009

Endocardites: conclusions 1. Une infection relativement peu fréquente (sauf dans les centres spécialisés) 2. Une infection grave, surtout si elle conduit en réanimation (chocs, complications neurologiques ) 3. Un traitement antibiotique codifié 4. Le recours à la chirurgie cardiaque dans 50% des cas, voire plus dans les formes graves