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1 - MAYOTTEObservatoire des Mammifères Marins Bilan d activité Juillet 2004 Août 2005 Novembre 2005

2 - MAYOTTE- Observatoire des Mammifères Marins Bilan d activité Juillet 2004 Août 2005 Auteurs : Jeremy KISZKA : Chargé de mission pour l Observatoire des Mammifères Marins (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage & Direction de l Agriculture et de la Forêt) Alban JAMON : Chargé de mission environnement marin (Service Environnement, Direction de l Agriculture et de la Forêt) Robin ROLLAND : Chef du Service Environnement (Direction de l Agriculture et de la Forêt) Franck CHARLIER : Chef du Service Départemental de l Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage & Chef de la Brigade Nature de Mayotte Avec la collaboration de : Ismaël OUSSENI & Kamal SOUDJOUDANE : Brigade Nature de Mayotte (DAF-ONCFS) Didier FRAY : Agent en logistique pour les Services Environnement et des Pêches et de l Aquaculture (DAF) Peter ERSTS : Chargé de mission à l American Museum of Natural History, New York Pr. Vincent RIDOUX : Professeur à l Université de la Rochelle (Laboratoire de Biologie et Environnements Marins) et Directeur du Centre de Recherche sur les Mammifères Marins de la Rochelle. Conseiller scientifique de l OMM. Suggestion de citation : KISZKA, J., JAMON, A., ROLLAND, R. & CHARLIER, F., Mayotte : Observatoire des Mammifères Marins. Bilan d activité (juillet 2004 août 2005). Rapport de l Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte (Direction de l Agriculture et de la Forêt & Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage). 41 pp + Annexes. 2

3 Sommaire I- L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte 1-1 Objectifs généraux Moyens et actualité Evolution Bilan 7 II- Connaissance écologique des mammifères marins 2-1 Introduction Distribution et statut des cétacés dans le lagon de Mayotte et sa proche périphérie Données d observation opportunistes Collaboration avec les opérateurs écotouristiques Campagne hivernale OMM 2004 : synopsis Campagne estivale OMM : synopsis Observations à l échelle régionale Statut de la population hivernante de baleines à bosse Mission 2004 : objectifs et résultats Bilan global de la mission Observations focales sur les baleines à bosse Observations depuis la terre Collecte de données photographiques et génétiques Eléments de conclusion Bases écologiques de la conservation du dugong Objectifs et méthodologie Résultats de la première campagne La pratique des biopsies sur les cétacés : un outil de connaissance particulier Autres actions Contribution au lancement de l inventaire ZNIEFF Conservation des mammifères marins et Aires Marines Protégées (AMP) L OMM et son intégration dans la connaissance du patrimoine naturel de Mayotte Evaluation des deux arrêtés relatifs à la conservation des mammifères marins à Mayotte 32 3

4 III- Communication - Sensibilisation 3-1 Conférences publiques et manifestations Conférences au Conseil Général de Mayotte Participation aux fêtes de la Science et aux Journées de l Environnement Participation à des congrès internationaux Outils pédagogiques Plaquette d information sur la réglementation d approche des mammifères marins Mise en place d une lettre d information électronique (Newsletter) Projet de site Internet Communication à la presse et aux médias 36 IV- Actions pour la conservation des espèces 4.1 Mise en place de l arrêté n 60/DAF relatif à la réglementation d approche des mammifères marins dans les eaux de Mayotte Mise en place de l arrêté n 106/04/AM du 28 juillet 2004 relatif aux véhicules nautiques à moteur (VNM) Evaluation préliminaire de ces deux arrêtés 38 Conclusion et perspectives générales 39 Références bibliographiques 40 4

5 Annexes 1- Convention entre la DAF et l ONCFS dans le cadre de l OMM 2- (1) Convention entre la DAF, l ONCFS et l Université de la Rochelle (2) Bilan de la mission de Pr. Vincent RIDOUX à Mayotte, janvier Liste du matériel de l OMM 4- Evaluation des actions réalisées par l OMM 5- Photo-identification des baleines à bosse, grands dauphins et dauphins à bosse à Mayotte (Juillet-Octobre 2004) 6- Présentation effectuée au congrès de l European Cetacean Society, La Rochelle, avril Résumé de la présentation au congrès de la Biennal Conference on the Biology of Marine Mammals, San Diego, décembre Arrêté relatif à la réglementation d approche des mammifères marins à Mayotte (AP n 60/DAF du 28 juillet 2004) 9- Note de synthèse sur l évaluation préliminaire des arrêtés préfectoraux contribuant à la conservation des mammifères marins à Mayotte 10- Posters présentés aux fêtes de la Science 11- Poster présenté aux Journées de l Environnement 12- Plaquette sur la réglementation de l approche des mammifères marins 13- Premier numéro de Lambwara, newsletter de l OMM 14- Revue de presse 15- Publication sur le dugong réalisée par l Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte et l association Megaptera 5

6 I- L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte 1-1 Objectifs généraux L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte (OMM) a été créé en 1997 dans le cadre du programme de «protection et mise en valeur d espaces naturels d intérêts écologiques majeurs» du Fonds Français pour l Environnement Mondial (FFEM). Ce programme a également initié l Observatoire des Récifs Coralliens (ORC) et l Observatoire des Tortues Marines (OTM). Depuis 1998, un suivi des populations de mammifères marins fréquentant les eaux de Mayotte est réalisé par l OMM, complété par des missions d appui scientifique. La figure 1 présente l organigramme de l OMM. Coordination administrative et scientifique Direction de l Agriculture et de la Forêt Convention Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage Soutien financier Ministère de l Ecologie et du Développement Durable OMM Soutien financier Collectivité Départementale de Mayotte Usagers du lagon et professionnels de l écotourisme Partenaires divers Communauté scientifique Réseau associatif Figure 1 : Organigramme de l Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte. L OMM assure la centralisation des observations réalisées, l analyse des données et la diffusion de ces résultats à différents niveaux (médias, articles de vulgarisation scientifique, rapports et publications scientifiques). Les principales missions actuellement conduites par l OMM sont : - L inventaire taxonomique des espèces rencontrées dans les eaux de Mayotte, - Le suivi de la répartition spatio-temporelle, de l habitat préférentiel et des activités diurnes des baleines à bosse, - L intégration de Mayotte dans un réseau international d étude des baleines à bosse (ISACH 1 ) notamment au travers de l actuelle coopération scientifique avec l American Museum of Natural History (New York), 1 ISACH : Indo-South Atlantic Consortium on Humpback Whales 6

7 - L étude de l écologie des petits cétacés (distribution spatio-temporelle, habitat préférentiel, écologie alimentaire, impact des activités humaines) et leur utilisation en tant que bio-indicateur de l état de santé du milieu marin à travers différentes investigations (étude des polluants, impact de la pêche ), - La contribution à la mise en place de réglementations relatives aux mammifères marins, - Le développement et le soutien d actions de sensibilisation et d information (conférences, médias, vulgarisation scientifique, création et diffusion de la réglementation d approche des mammifères marins). 1-2 Moyens et actualité Comme le traduit l organigramme (Figure 1), qui présente la structure et les principaux acteurs de cet observatoire thématique, l OMM est une structure souple et capable d évoluer de manière permanente. La convention établie entre la DAF et l ONCFS, renouvelée le 30 mai 2005 (Annexe 1) en constitue néanmoins le cadre principal. Une convention établie entre la DAF, l ONCFS et l Université de la Rochelle (datant du 31 mai 2005) précise l encadrement scientifique de l OMM (Annexe 2.1). Un compte rendu de visite de la première mission de Pr. Vincent RIDOUX est placé en Annexe 2.2. D un point de vue financier, outre les agents de l ONCFS et de la DAF et les frais de fonctionnement habituels, l observatoire est principalement soutenu par les crédits alloués par le Ministère de l Ecologie et du Développement Durable (MEDD) et par la Collectivité Départementale de Mayotte (CDM). Ces moyens financiers sont mis en œuvre sous forme de subventions (principalement allouées à l ONCFS) ou de commandes directes de la DAF auprès de partenaires ou prestataires divers. A titre d illustration, le tableau ci-dessous présente les principaux engagements financiers réalisés en 2004 et 2005 par l OMM. Tableau 1 : Récapitulatif des principales actions entreprises par l OMM et de leur coût pour les années 2004 et Objectif Partenaire/ Prestataire Montant () Gestion Source Etude dugong -Dauphins côtiers -Baleines à bosse -Dauphins pélagiques -Matériel divers -Communication - Plaquette com. - Etude dugong - OMM-divers - Espèces résidentes - Sensibilisation Mayotte ULM Opérateurs AMNH ONCFS Archipel ONCFS ONCFS Opérateurs Vice-rectorat DAF-SE DAF-SE MEDD MEDD MEDD MEDD CDM MEDD MEDD MEDD/CDM Les moyens et matériels dédiés à l OMM sont listés pour information en Annexe Evolution - Bilan Le dernier bilan d activité de l OMM (Wickel et al., 2004) dressait un bilan des actions réalisées durant les six premières années d existence de l OMM et proposait plusieurs axes 7

8 d évolution. Un projet de réorganisation et un plan d actions décliné en 4 grands volets et 24 actions principales étaient ainsi développés : Connaissance : 11 actions Conservation : 3 actions Communication : 3 actions Fonctionnement OMM : 7 actions L évaluation de ce plan d actions est présenté en Annexe 4. On retiendra que 16 actions au total ont été finalisées et qu une n a été réalisée que partiellement, 6 autres sont en cours de réalisation et 1 doit être considérée comme non réalisée. Certaines actions n avaient pas été programmées mais ont toutefois été effectuées ou sont en cours de réalisation. C est notamment le cas pour la collecte d échantillons de mammifères marins par biopsies (pour des études génétiques, immunologiques, toxicologiques et écologiques) et l acquisition de matériel acoustique qui permet d enregistrer les émissions sonores des mammifères marins. Plusieurs partenariats ont été développés par l OMM en 2004 et 2005, dont un nouveau avec l Université de la Rochelle. L association «Megaptera», dédiée à l observation, la connaissance et la protection des mammifères marins n a pas été partenaire de l OMM entre 2004 et 2005 en raison de programmes non partagés. Il conviendra de développer de nouvelles actions avec cette structure, notamment dans le domaine de la sensibilisation du public (en particulier avec les scolaires). A noter toutefois qu une conférence sur les baleines à bosse, organisée par l association des Naturalistes de Mayotte le vendredi 16 septembre 2005 a permis d associer l OMM et Megaptera. En effet, cette conférence à été co-présentée par deux membres de l association, en particulier sur la présentation de la baleine à bosse, et par le chargé de mission de l OMM, présentant les actions et résultats de recherche sur cette espèce à Mayotte. 8

9 II- Connaissance écologique des mammifères marins 2.1 Introduction Peu de connaissances fondamentales sur les mammifères marins ont réellement été acquises à Mayotte sur le statut de leurs populations. Le volet «connaissance» apparaît encore prioritaire, notamment pour motiver et justifier au mieux les mesures de gestion et de conservation. Entre juillet 2004 et août 2005, plusieurs programmes d études ont ainsi été développés par l OMM, permettant d apporter une contribution aux questions scientifiques précises comme : 1- Quelle est la diversité d espèces de mammifères marins à Mayotte? 2- Quelle est l abondance des principales espèces? 3- Comment se répartissent les différentes espèces sur le plan spatial et temporel? 4- Quels sont les habitats que les différentes espèces occupent préférentiellement? 5- Quelles sont les activités des mammifères marins, en relation avec le type d environnement qu ils fréquentent? 6- Quelles sont les menaces susceptibles d affecter les populations résidentes ou migratrices? Ces informations sont en effet considérées comme fondamentales et préalables à toute action dans l étude de populations. Elles permettent de mettre en place des programmes plus ciblés et répondant plus précisément à certaines attentes du scientifique et du gestionnaire. Des données acoustiques ont également été collectées pour analyses ultérieures. Des biopsies ont été effectuées sur différentes espèces pour des analyses génétiques, écotoxicologiques, immunologiques et écologiques. La constitution d une telle base de données permettra, notamment, d engager des programmes d études appliqués faisant appel à des techniques plus élaborées. L OMM a organisé quatre campagnes complémentaires en 2004 et 2005 : 1- Distribution, diversité et abondance relative des cétacés dans les eaux de Mayotte durant l hiver austral, avec une attention toute particulière sur la baleine à bosse ; 2- Utilisation de l espace lagonaire et activités diurnes des couples femelle-petit de baleines à bosse : implications pour la gestion de l écotourisme baleinier ; 3- Diversité, utilisation de l espace, abondance et activités diurnes des delphinidés (et leurs variations saisonnières) fréquentant le lagon de Mayotte et sa proche périphérie ; 4- Distribution et abondance du dugong dans le lagon de Mayotte. La seconde campagne se déroule sur deux années (2004 et 2005). Les résultats préliminaires sont présentés au chapitre «Statut de la population hivernante de baleines à bosse». Les données collectées n ont pas été suffisantes pour répondre en totalité aux questions scientifiques initiales. Les objectifs et les premiers résultats sont présentés dans le présent rapport. Quelques perspectives et recommandations sont également proposées. 9

10 2.2 Distribution et statut des cétacés dans le lagon de Mayotte et sa proche périphérie Données d observation opportunistes L OMM recueille régulièrement des données dites «opportunistes» de la part des usagers du lagon. Ces données ne peuvent être utilisées pour répondre à certaines questions scientifiques du fait qu elles ne sont pas collectées par des spécialistes et qu elles ne sont pas associées à un effort d observation permettant de pondérer l effort de recherche et le nombre d observations/individus observés (ceci permettant de calculer des indices d occurrence/d abondance relative). Ceci interdit l analyse approfondie de l habitat, de l abondance relative et de la distribution spatio-temporelle des espèces. Toutefois, ces données permettent de poursuivre l inventaire des mammifères marins et d apprécier, au moins de manière qualitative, les caractéristiques générales du peuplement. La collecte de telles données permet également d impliquer la société civile (usagers du lagon, professionnels de la mer, associations) dans les actions de l OMM. La collecte d observations opportunistes constitue pourtant la base de données principale de l OMM entre 1997 et 2003, car les campagnes d observation spécialement dédiées sont restées très ponctuelles durant cette période. Depuis juillet 2004, ce mode de collecte de données n a pas été privilégié, sauf pour des observations d espèces moins courantes réalisées par des observateurs confirmés. Ces observations (collectées par 7 correspondants) sont présentées à la figure 2, avec un total de 45 observations. La répartition spécifique est la suivante : 12 observations de dugongs (Dugong dugon), 8 de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae), 3 de dauphins à long bec (Stenella longirostris), 3 de dauphins à bosse (Sousa plumbea), 3 de dauphins de Risso (Grampus griseus), 2 de grands dauphins du large (Tursiops truncatus), 2 de grands dauphins de l Indo-Pacifique (Tursiops aduncus), 2 de péponocéphales (Peponocephala electra), 2 de globicéphales tropicaux (Globicephala macrorhynchus), 2 d orques (Orcinus orca), 2 de cachalots (Physeter macrocephalus), 1 d orque pygmée (Feresa attenuata), 1 de cachalot nain (Kogia simus), 1 de dauphins de Fraser (Lagenodelphis hosei) et 1 d un probable mésoplodon japonais (Mesoplodon ginkgodens). La diversité des espèces signalées est à souligner et la récolte de ces données «opportunistes» mérite d être poursuivie et exploitée. Même si ces données ne peuvent être employées pour étudier la distribution spatiotemporelle ou encore l habitat des espèces, elles contribuent à la connaissance de la diversité du peuplement. Toutefois, les contributions quantitatives de chaque espèce (n observations) ne reflètent probablement pas la composition du peuplement de mammifères marins de Mayotte. En terme de nouvelles espèces, les observations opportunistes permettent d ajouter trois espèces à la liste publiée en 2004 (Wickel et al., 2004). Il s agit en particulier du cachalot nain (un individu solitaire), de l orque pygmée (groupe de quatre individus) et du mésoplodon japonais (un individu solitaire). Pour cette dernière, la confirmation n est pas établie, en l absence de clichés de qualité. Il pourrait s agir de la première observation d un individu vivant dans l océan Indien (un échouage confirmé au Sri Lanka et probablement une capture dans le même secteur ; repris par Sathasivam, 2004). De manière anecdotique, on peut également souligner la capture intentionnelle probable d un dugong dans les eaux de Petite Terre en juillet 2004, dont la viande a apparemment été vendue sur le marché de Mamoudzou. Enfin, deux delphinidés indéterminés ont été retrouvés échoués en Petite Terre. L un s est échoué sur la plage de Moya (probablement un dauphin à long bec) et l autre a été retrouvé flottant près du quai de Dzaoudzi (individu d environ 80 cm, probablement un nouveau-né de petit delphinidé). En juillet 2005, un dauphin à long bec adulte de 150 cm a été retrouvé mort dans la mangrove de Mangajou (commune de Sada, ouest). Des échantillons de graisse, de muscle, de foie, de rein et des 10

11 dents ont été prélevés et congelés. Le 9 août 2005, un jeune péponocéphale de 160 cm s est échoué vivant sur la plage d Acoua, dans le nord de l île. Après une prise en charge par l OMM et la Brigade Nature, l animal est mort quelques heures après l échouage. L individu était très émacié et présentait des signes d emphysème alvéolaire (Jauniaux, com. pers.). Des prélèvements divers ont été collectés et l ensemble du squelette a été conservé. Enfin, un autre dauphin à long bec dans un mauvais état de conservation a été retrouvé à proximité de la mangrove de Tsingoni. Une autopsie sommaire a été réalisée mais n a révélée aucune lésion significative. Quelques prélèvements pour analyses biologiques ont été réalisés. Figure 2 : Distribution spatiale des observations opportunistes de mammifères marins dans les eaux de Mayotte entre juillet 2004 et août Légende : Dugong Dauphin à long bec Baleine à bosse Péponocéphale Grand dauphin de l Indo-Pacifique Orque 5 2 Dauphin à bosse 2 Dauphin de Risso Globicéphale tropical Orque pygmée Cachalot Cachalot nain Dauphin de Fraser Grand dauphin océanique Jeremy KISZKA Matthias DEUSS Figure 3 : Orques pygmées (gauche) observés lors d une sortie non spécifique et cachalot immature (droite) signalé par des plaisanciers. 11

12 2.2.2 Collaboration avec les opérateurs écotouristiques Plusieurs opérateurs écotouristiques proposent, toute l année, des sorties en mer pour l observation des mammifères marins. Durant l hiver austral, le principal attrait est la baleine à bosse mais tout au long de l année, les sorties se focalisent sur l observation des dauphins (essentiellement les grands dauphins, les dauphins à long bec et tachetés). Etant donné l effort d observation important qui est exercé dans ce cadre sur une grande partie du lagon et sa périphérie (dû à la rapidité de leurs embarcations, Figure 4), des conventions financières établies entre la DAF (crédit MEDD) et deux d entres eux (Mayotte Découverte et Sea Blue Safari) ont été signées pour répondre à trois objectifs : a. Améliorer la connaissance sur la diversité des espèces dans les eaux de Mayotte ; b. Connaître plus précisément la distribution spatio-temporelle des espèces en relation avec leur environnement ; c. Sensibiliser les opérateurs à l intérêt des travaux de recherche et les impliquer dans la vie de l OMM de manière opérationnelle. Jeremy KISZKA, OMM Yannick STEPHAN, Mayotte Découverte Figure 4 : Embarcations utilisées par les opérateurs écotouristiques durant le programme de collecte de données. Des GPS (modèle Garmin Geko 201) ont été fournis aux opérateurs, permettant de positionner les observations de mammifères marins et de renseigner l effort d observation (Figure 5). Ce dernier est quantifié grâce au paramétrage d une trace (un point GPS pris automatiquement toutes les 5 secondes). Toutes les informations ont été intégrées dans une base de données et les traces ont été stockées sous le logiciel Expert GPS. Figure 5 : GPS Gecko Garmin 201 utilisés par l OMM et fournis aux opérateurs dans le cadre du programme ( ). 12

13 La figure 6 présente des exemples de parcours (en particulier en phase d effort d observation) effectués par les opérateurs, qu il s agisse de Mayotte Découverte ou de Sea Blue Safari. Ils permettent de constater que ces opérateurs fréquentent de manière aléatoire le lagon de manière à trouver des mammifères marins. Les parcours étaient aussi bien effectués dans le nord, l est que dans le sud de l île, à l intérieur comme à l extérieur du lagon. Aucune prospection n a été effectuée dans l ouest, ce secteur étant très éloigné du port d attache de Mamoudzou. Figure 6 : Exemples de parcours effectués par les opérateurs écotouristiques dans le cadre des sorties non spécifiques. 214 données d observations ont été collectées par les deux opérateurs : baleine à bosse (34%), delphinidés du genre Stenella (48%) et dauphins côtiers des genres Tursiops et plus minoritairement Sousa. Douze espèces de mammifères marins ont été recensées au total, dont certaines espèces assez rares comme le grand cachalot, le cachalot nain ou encore le dauphin de Risso. La collecte de ces données a donc permis de poursuivre l inventaire des mammifères marins à Mayotte et d affiner les informations sur la distribution et la fréquence de rencontre de plusieurs espèces. Toutefois, la priorité des opérateurs, à savoir la clientèle embarquée sur les navires, a régulièrement occulté la collecte des données. En effet, à plusieurs reprises, des fiches de données étaient incomplètes et les GPS mal paramétrés pour collecter les données d effort d observation. Cette opération est donc recommandable pour collecter des données préliminaires sur un site d étude (diversité, distribution et fréquences de rencontre/abondance relative). La poursuite éventuelle de ce programme nécessitera, le cas échéant, le respect plus rigoureux d un certain nombre de paramètres. Quoiqu il en soit, ce type de programme permet d entreprendre des échanges réguliers avec des professionnels de la mer et d assurer la fonction d observatoire en impliquant la société civile. Parallèlement, l OMM a collaboré avec les deux mêmes opérateurs pour effectuer des sorties spécifiques sur les mammifères marins. En effet, 20 sorties en mer ont été commandées auprès des deux opérateurs (soit un total de 40 sorties). Ces sorties consistaient à louer l embarcation des opérateurs avec leur pilote pour effectuer des campagnes spécifiques sur les dauphins côtiers, soulageant ainsi la mobilisation des pilotes et moyens nautiques en régie. Ces sorties se sont déroulées de novembre 2004 à juillet 2005 et consistaient en des prospections à l intérieur ou à l extérieur du lagon pour effectuer un suivi des populations de dauphins (essentiellement sur le grand dauphin et le dauphin à long bec). Les résultats de ce programme se cumulent avec les sorties en mer effectuées en régie par l OMM avec l embarcation Electra de l ONCFS dans le cadre du programme d étude des dauphins, présenté dans la partie du présent rapport. 13

14 2.2.3 Campagne hivernale OMM 2004 : synopsis Outre les campagnes d études sur les couples femelle-petit de baleines à bosse avec l American Museum of Natural History, l OMM a entrepris de juillet à octobre 2004 l étude hivernale de la distribution, de l abondance relative et de la diversité des mammifères marins. Parallèlement, la photo-identification, permettant d étudier le degré de fidélité au site par les individus de certaines espèces et leur abondance, à été largement employée. Une base de donnée importante d identification individuelle a été créée pour les baleines à bosse et intégrée au réseau ISACH. Par ailleurs, les identifications individuelles des grands dauphins de lagon et des dauphins à bosse ont été largement collectées (Figure 7, Annexe 5). Figure 7 : Photographies de nageoires dorsales de grand dauphin de l Indo-Pacifique (gauche) et de dauphin à bosse (droite) (hiver austral 2004). 18 sorties en mer ont été effectuées entre juillet et octobre 2004, à cumuler aux 18 sorties effectuées dans le cadre du programme d étude des couples femelle-baleineau, réalisées en partenariat avec l AMNH. Plus de 54 heures ont ainsi été passées à explorer les eaux intérieures du lagon et les zones au delà du récif barrière. L effort d observation a uniquement été exercé dans des conditions de mer et de visibilité convenables (< 3 Beaufort). 109 observations de mammifères marins appartenant à 10 espèces différentes ont été réalisées, dont le dauphin à long bec (Stenella longirostris, n=35 observations), la baleine à bosse (n=34), le grand dauphin de l Indo-Pacifique (Tursiops aduncus, n=17), le dauphin tacheté pantropical (Stenella attenuata, n=15), le dauphin à bosse de l Indo-Pacifique (Sousa plumbea, n=3), le péponocéphale (Peponocephala electra, n=1), le pseudorque (Pseudorca crassidens, n=1), le cachalot nain (Kogia simus, n=1), le dauphin de Risso (Grampus griseus, n=1) et le dugong (Dugong dugon, n=1). La répartition spécifique en fonction de la famille des différentes espèces rencontrées est présentée à la figure 8. En dépit d une présence importante de la baleine à bosse dans les rencontres effectuées, les delphinidés sont très majoritaires (67%). Ceci peut être attribué d une part à la grande diversité d espèces qui constituent cette famille et qui sont présentes à Mayotte et, d autre part, à l abondance de celles-ci, en particulier pour les espèces appartenant au genre Stenella. La distribution spatiale des données met en évidence une distribution des différentes espèces non uniforme, qu il s agisse de la baleine à bosse ou des autres espèces comme les delphinidés (Figures 9 à 11). 14

15 Dauphin à long bec Balaenopteridae Delphinidae Kogidae Dugongidae Dauphin tacheté pantropical Grand dauphin Dauphin à bosse Péponocéphale Pseudorque Dauphin de Risso Figure 8 : Répartition spécifique des espèces rencontrées entre juillet et octobre 2004 en fonction de la famille (graphique de gauche) et répartition spécifique des delphinidés (graphique de droite). Observations baleines à bosse Classification par groupe (hiver 2004) Compétitif (1) Mère/baleineau/escorte (1) Mère/baleineau (19) Non compétitif (2) Paire (7) Solitaire (4) Figure 9 : Distribution spatiale des baleines à bosse entre août et octobre Les résultats permettent de préciser le rôle de Mayotte pour plusieurs groupes d espèces : a- Mayotte est une zone de mise-bas et d élevage pour les baleines à bosse ; b- Il existe des espèces côtières inféodées au milieu lagonaire peu profond (en particulier le grand dauphin) ; c- Il existe des espèces de récif barrière et de complexe récifo-lagonaire, occupant essentiellement la zone de pente externe du récif barrière (dauphin à long bec et dauphin tacheté pantropical) ; 15

16 d- Des espèces typiquement océaniques (pseudorque, cachalot nain, dauphin de Risso) occupent les abords océaniques de l île et certains tendent à s approcher, au moins périodiquement, du récif barrière. Observations de delphinidés Hiver 2004 Stenella attenuata (15) Stenella longirostris (35) Tursiops aduncus (17) Figure 10 : Distribution spatiale des observations de delphinidés du genre Stenella et du grand dauphin de l Indo- Pacifique entre juillet et octobre Autres espèces rencontrées hiver 2004 Sousa plumbea (3) Pseudorca crassidens (1) Peponocephala electra (1) Kogia simus (1) Grampus griseus (1) Dugong dugon (1) Figure 11 : Distribution spatiale des observations des autres espèces de mammifères marins entre juillet et octobre La richesse spécifique est relativement importante, en particulier sur les abords externes du récif barrière (8 espèces observées). Dans le lagon, seules quatre espèces ont été observées : le grand dauphin, la baleine à bosse, le dauphin à bosse et le dugong (ces deux dernières étant rares, avec respectivement 3 et 1 observations effectuées). Les observations de baleines à bosse se concentrent essentiellement dans le nord (complexe récifo-lagonaire) et le sud de l île (intérieur du lagon), très peu en zone océanique profonde. Les abords adjacents à la passe de Saziley Sud concentrent de nombreuses observations. Peu d observations ont été notées dans l ouest du lagon en raison d un faible effort de recherche exercé dans cette zone. Les groupes sont constitués à 59% de femelles accompagnées de leur baleineau, de paires (21%), d individus solitaires (11%), de groupes non compétitifs (5%), de groupes compétitifs (2%) et de couples «femelle-baleineau» 16

17 escortés (2%). L hypothèse nulle d une composition homogène des groupes est rejetée (X² ; p<0,001). Les delphinidés montrent des tailles de groupes très variables, en particulier pour les espèces du genre Stenella. La taille des groupes est systématiquement notée sauf à une occasion (groupe de grands dauphins) où elle n a pu être déterminée. Les groupes de dauphins à long bec comprennent de nombreux individus (µ=83,4 ;±86,8 ; Med=60 ; Min=3 ; Max=400, n=35). C est, de loin, le delphinidé le plus abondant et le plus largement réparti autour de l île, en particulier le long de la pente externe du récif barrière, à proximité de certaines passes ou encore sur le complexe récifo-lagonaire dans le nord-ouest de l île. Quelques observations ont également été effectuées dans le sud-ouest, près de la passe bateau et du récif barrière effondré. L espèce était régulièrement observée en compagnie du dauphin tacheté pantropical (n=10 groupes pluri-spécifiques), troisième espèce la plus fréquente. Le dauphin tacheté pantropical est essentiellement observé le long du récif barrière et sur la zone du complexe récifo-lagonaire du nord-ouest. Cette espèce montre un habitat préférentiel très proche de celui du dauphin à long bec, ce qui explique leur association fréquente. Les tailles de groupes chez cette espèce sont supérieures à celles des dauphins à long bec (µ=93, ;±83,5 ; Med=50 ; Min=10 ; Max=300, n=15). Le grand dauphin de l Indo-Pacifique (T. aduncus) est la deuxième espèce la plus fréquemment rencontrée. Les observations sont essentiellement effectuées dans le lagon, en particulier le long du récif frangeant mais également dans la zone du complexe récifolagonaire du nord-ouest. Les groupes sont constitués de peu d individus (µ=5,9, ;±3,4 ; Med=5 ; Min=2 ; Max=12, n=15). Les autres espèces de mammifères marins, en particulier les delphinidés, apparaissent relativement rares. Toutefois, peu de prospections ont été effectuées entre juillet et octobre 2004, notamment sur la pente insulaire où la diversité semble plus importante (sorties hors du programme avec l AMNH). Pour tous les delphinidés rencontrés, des jeunes voire des néonates sont observés dans les groupes. Aucune tendance particulière de composition des groupes ne peut être dégagée, sauf pour le grand dauphin où les groupes constitués de femelles et de jeunes semblent prédominants. Des comportements liés à la reproduction ont été observés à plusieurs reprises en hiver, mais pas en été. La photo-identification a été employée pour plusieurs espèces, en particulier la baleine à bosse, le grand dauphin et le dauphin à bosse. Le catalogue des individus de baleines à bosse, de certains grands dauphins et des dauphins à bosse recensés est présenté en Annexes 5. Pour les autres espèces, comme le péponocéphale ou le dauphin à long bec, le traitement des photographies est en cours mais nécessitera de nombreuses analyses du fait du nombre considérable d images collectées. Paradoxalement, le taux de recapture des individus (notamment chez les dauphins à long bec et tachetés) est trop faible pour envisager des estimations d abondance. Des campagnes de photo-identification plus importantes sont donc nécessaires. Pour le péponocéphale, le taux de marquage est tel qu il permettra d engager plusieurs types d analyses fidélité au site, abondance). Toutefois, les taux de recapture sont encore relativement faibles et une estimation d abondance ne pourra être effectuée que si le volume d individus capturés une fois est représentatif et significatif mais également si le taux de recapture est parallèlement important. 17

18 2.2.4 Campagnes estivales OMM : synopsis Pour la première fois à Mayotte, des campagnes systématiques sur les cétacés ont été conduites durant l été austral. Les objectifs étaient de : a- Déterminer la distribution, l abondance relative et l habitat des cétacés résidents autour de l île de Mayotte, avec un effort d observation à la fois concentré dans le lagon mais aussi à l extérieur, que ce soit près du récif barrière ou en zone océanique de la pente insulaire ; b- Etudier l abondance, les activités diurnes, la distribution spatio-temporelle et l habitat préférentiel des grands dauphins de lagon et des dauphins à bosse d une part, et des dauphins dits «pélagiques», en particulier les dauphins à long bec et tacheté ainsi que le péponocéphale. Des parcours aléatoires dans les eaux lagonaires et à l extérieur ont été effectuées en fonction des conditions climatiques, soit un effort total de plus de 158 heures de prospection entre novembre 2004 et août Un total de 17 espèces de mammifères marins a été observé entre novembre 2004 et août 2005 (183 observations) dont : le dauphin à long bec (n=89 observations), le dauphin tacheté pantropical (n=43), le grand dauphin de l Indo-Pacifique (n=26), le péponocéphale (n=5), le mésoplodon de Blainville (n=4), la baleine à bosse (n=3), le dauphin à bosse (n=2), le grand dauphin océanique (Tursiops truncatus, n=2), le pseudorque (n=1), le globicéphale tropical (n=1), le dauphin de Risso (n=1), le dauphin de Fraser (n=1), l orque pygmée (n=1), le mésoplodon de Longman (n=1), le grand cachalot (n=1), le cachalot nain (n=1) et le dugong (n=1). La diversité spécifique est exceptionnelle et regroupe à la fois des espèces côtières et de lagon ainsi que des espèces typiquement océaniques. La répartition par genres et par espèces (pour les delphinidés) est présenté à la figure 12. Delphinidae Dugongidae Kogidae Physeteridae Ziphiidae Balaenopteridae Dauphin à long bec Dauphin tacheté pantropical Grand dauphin Péponocéphale Autres delphinidés Figure 12 : Répartition spécifique des espèces rencontrées entre juillet et octobre 2004 en fonction de la famille (graphique de gauche) et répartition spécifique des delphinidés (graphique de droite). Les dauphins du genre Stenella sont très majoritaires en terme de fréquence de rencontre à l extérieur du lagon (Figure 13), alors que dans le lagon, le grand dauphin de l Indo-Pacifique est l espèce de très loin la mieux représentée. Pour ce qui est du dauphin à long bec, les tailles de groupe observées sont légèrement supérieures à celles observées durant l hiver austral (µ=96,8 ; SD=97,2 ; min=3 ; max=400). Elles ne varient pas pour le dauphin tacheté (µ=92,3 ; SD=70,1 ; min=3 ; max=300). Comme c est le cas pour les données de la saison hivernale, les deux espèces étaient très fréquemment observées en association (n=23). Les tailles de groupe pour le grand dauphin de l Indo-Pacifique ne varient pas par rapport à la 18

19 saison hivernale (µ=6,6 ; SD=3,7 ; min=1 ; max=12). L étude menée a montré une grande fidélité au site et un domaine vital relativement étendu. La structure des groupes montre une présence très marquée de femelles avec leur jeune. Cette composition des groupes semble plus hétérogène en hiver où les mâles seraient également bien représentés. Pour les trois delphinidés les plus fréquents, il apparaît que la présence de nouveaux-nés s observe tout au long de l année, ce qui suggère l absence de saisonnalité dans les mises bas. La distribution spatiale des différentes espèces met en évidence un partage des habitats très marqué, ce qui confirme les observations effectuées en hiver (pour les delphinidés). Les dauphins du genre Stenella sont très associés à la pente externe du récif barrière et au complexe récifo-lagonaire au nord. Le grand dauphin a été rencontré en association forte avec le récif frangeant et sur le complexe récifo-lagonaire (Figure 14). Des suivis focaux ont été menés sur le grand dauphin, le dauphin à long bec et le péponocéphale. Ils permettent d affiner les données sur l utilisation de l espèce et d étudier la relations entre activités de surface et habitat. Ces suivis ont permis de fournir des données préliminaires pour ces trois espèces, avec un volume de données pour le grand dauphin pouvant être exploité pour une publication scientifique. Observations de delphinidés (Stenella sp.) été 2004/2005 Stenella longirostris (80) Stenella attenuata (43) Observations de delphinidés côtiers été 2004/2005 Tursiops aduncus (26) Sousa plumbea (2) Figure 13 : Distribution spatiale des observations des delphinidés du genre Stenella entre novembre 2004 et août Figure 14 : Distribution spatiale des observations de grands dauphins de l Indo- Pacifique et de dauphins à bosse entre novembre 2004 et août

20 Les autres espèces observées étaient relativement peu fréquentes (Figure 15), mais il apparaît que le péponocéphale est fidèle aux eaux de Mayotte et que le groupe rencontré est relativement stable (mêmes individus identifiés grâce à la photo-identification). La campagne a également permis d observer la présence du mésoplodon de Blainville et l identification de deux nouvelles espèces pour la faune mammalogique marine de Mayotte, à savoir l orque pygmée et le mésoplodon de Longman. Autres espèces rencontrées été 2004/2005 Dugong dugon (1) Feresa attenuata (1) Globicephala macrorhynchus (1) Grampus griseus (1) Indopacetus pacificus (1) Kogia simus (1) Lagenodelphis hosei (1) Megaptera novaeangliae (3) Mesoplodon densirostris (4) Peponocephala electra (5) Physeter macrocephalus (1) Pseudorca crassidens (1) Tursiops truncatus (2) Figure 15 : Distribution spatiale des observations des autres espèces de mammifères marins entre novembre 2004 et août Cette campagne a permis de collecter des données sur la distribution spatio-temporelle des différentes espèces présentes durant l été austral ainsi que des informations jusqu alors jamais collectées à Mayotte sur les activités diurnes, l habitat préférentiel et l abondance des différentes espèces. Le volume considérable de données de photo-identification permettra d estimer ultérieurement l abondance du grand dauphin de l Indo-Pacifique et de mener des études approfondies sur la structure sociale des groupes (associations inter-individuelles, composition des groupes). Par ailleurs, des biopsies (échantillons de peau et de graisse) ont été collectées pour analyses biologiques et écologiques (polluants, génétique, régime alimentaire). Durant le programme de la saison estivale, les espèces échantillonnées étaient le dauphin à long bec (n=34), le dauphin tacheté pantropical (n=16), le péponocéphale (n=10), le grand dauphin de l Indo-Pacifique (n=9), le dauphin de Fraser (n=7), le grand dauphin océanique (n=2), le globicéphale tropical (n=1) et le cachalot (n=1). Vis à vis de la pratique de cette technique, une étude préliminaire a été menée pour estimer l impact de ces biopsies sur le comportement des espèces ciblées (réactions comportementales). Les résultats de cette étude sont présentés en Annexe 7 du présent rapport. 20

21 Enfin, des enregistrements de sons ont été effectués de manière opportuniste grâce à un hydrophone C54XR (Cetacean Research Technology) et un enregistreur Marantz PMD670 (fichiers au format MP3). Des enregistrements ont été effectués sur le dauphin à long bec, le grand dauphin de l Indo-Pacifique, le péponocéphale et le mésoplodon de Longman. La quantité de sons collectés n est pas suffisante pour réaliser des analyses spécifiques. Toutefois, l enregistrement du mésoplodon de Longman fera l objet d une analyse (et d une publication) grâce à la bonne qualité de celui-ci et du fait qu il s agit du premier enregistrement existant des clics de cette espèce Observations à l échelle régionale Aucune campagne spécifique n a été entreprise dans les eaux adjacentes au site de Mayotte, en particulier dans le cadre d un programme de coopération régionale. Quelques observations opportunistes ont été collectées à Mohéli en septembre 2004 par un représentant de l OMM lors d une excursion en voilier d une semaine : baleines à bosse (densité importante notée), dauphins à long bec, dauphins tachetés pantropicaux, dauphins de Fraser (un groupe d une centaine d individus observé entre Anjouan et Mayotte). Un mésoplodon indéterminé a été furtivement observé entre Mohéli et Anjouan. Il apparaîtrait important de préciser le statut des populations de mammifères marins de Mayotte dans un contexte plus régional. Des thématiques plus spécifiques pourraient ainsi être développées. Il apparaît en particulier important de déterminer le statut des espèces dans les eaux françaises, dans le contexte de l engagement de la France auprès de la Commission Baleinière Internationale. Certaines menaces, telle l utilisation de sonars basse fréquence (probablement utilisés sous peu pour la recherche de sources pétrolières à proximité de l île de Juan de Nova), apparaissent, sans que l on connaisse le degré d exposition des populations de cétacés. En terme de coopération régionale, l OMM a été sollicité par l association Globice Réunion pour participer à la mise en place d un projet de suivi des populations côtières de dauphins. Par ailleurs, cette association, en accord avec le Muséum d Histoire Naturelle de St Denis et d autres partenaires, a proposé à l OMM de dispenser une formation sur le suivi en mer des mammifères marins. D autre part, le Turtle and Dugong Conservation Program (Programme de conservation des tortues marines et du dugong, Dar es Salam, Tanzanie) a sollicité l OMM pour participer à la mise en place de campagnes de survols aériens pour le recensement du dugong en Tanzanie. Enfin, les Seychelles (Seychelles Fishing Authority) ont sollicité l OMM pour présenter leurs actions (diffusion d une présentation sous forme d un diaporama) dans le cadre de la mise en place d un éventuel observatoire des mammifères marins aux Seychelles. 2.3 Statut de la population hivernante de baleines à bosse Mission 2004 : objectifs et résultats Plusieurs objectifs scientifiques ont été définis en lien avec l American Museum of Natural History de New York. L objectif général de la mission est la connaissance du statut de la population hivernante de baleines à bosse, à travers l étude de la répartition spatiotemporelle, l utilisation de l espace en relation avec les variables environnementales, la génétique (diversité, statut du site de Mayotte à l échelle régionale de l océan Indien occidental) et le comportement (en particulier les rythmes de migration, les mouvements inter-sites de l océan Indien occidental). L approche envisagée à Mayotte est, depuis l origine en 1997, intégrée dans une approche régionale. Ceci permet de définir l importance relative de Mayotte en tant que site de reproduction pour la baleine à bosse et son statut. 21

22 Lors de cette nouvelle campagne, de nouveaux objectifs ont été retenus : a- Conduite d une étude focale sur les couples femelle-baleineau de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) dans la partie sud du lagon de Mayotte (Figure 15 présentant l échantillonnage de la zone) dans le but de déterminer leurs mouvements diurnes, leur distribution et leur habitat préférentiel et ce, dans une perspective future de meilleure gestion des activités écotouristiques ; b- Visite de l îlot M tsamboro en tant que plate-forme terrestre potentielle d observation des mammifères marins dans le nord jusqu au Banc de l Iris ; c- Poursuite de la collecte de données photographiques (photo-identification) et génétiques initiée en 1996 dans le cadre du réseau ISACH (Indo-South Atlantic Consortium on Humpback Whales : Bilan de la mission Malgré un nombre limité de baleines à bosse durant la mission et des conditions climatiques souvent défavorables, le programme doit être considéré comme un succès. La campagne d observation a commencé le 14 septembre 2004, avec 18 jours d effort en mer sur 28 potentiellement utilisables. Un total de 111 heures d effort d observation a été réalisé. Sur ces 111 heures, plus de 43 ont été employées à rechercher les cétacés, 4,25 à effectuer des clichés pour la photo-identification et 13,4 heures à effectuer des suivis focaux des couples femelle-baleineau. Il est important de noter que 36,47 heures ont été passées à transiter entre le port de Mamoudzou et la zone de recherche dans le sud du lagon. 4 autres espèces de mammifères marins ont été rencontrées durant la mission de Il s agit du péponocéphale (Peponocephala electra), du grand dauphin (Tursiops aduncus), du dauphin à long bec (Stenella longirostris) et du dauphin tacheté pantropical (Stenella attenuata). Figure 16 : Localisation des cinq transects utilisés durant la mission

23 2.3.3 Observations focales sur les baleines à bosse Un total de 24 groupes de baleines à bosse a été rencontré durant la mission et 9 suivis focaux ont pu être réalisés. Sur ces 24 groupes, 18 sont des couples femelle-baleineau. Le taux de rencontre de ces couples femelle-baleineau est de 0,16 par heure, contre 0,41 en Ceci semble lié à un départ prématuré des baleines à bosse de Mayotte en 2004, au moins dans cette partie du lagon. Toutefois, il est important de souligner que les données collectées à la fois en 2002 et en 2004 par l OMM ainsi qu en 2004 lors de la campagne OMM/AMNH, mettent en évidence l importance de la passe Saziley sud pour les baleines à bosse et autres cétacés (en particulier le grand dauphin et le dauphin à long bec). L effort d observation a été homogénéisé dans la zone d étude grâce à la mise en place et au suivi de cinq transects (Figure 16). Ces transects permettent d assurer une couverture homogène de la zone d étude. Toutefois, l effort d observation a été enregistré de manière régulière (à intervalle de 4 secondes) grâce à un GPS portable. Ces données d effort permettent de représenter cartographiquement l effort effectivement exercé dans le sud du lagon de Mayotte. Le suivi focal des couples femelle-baleineau fut initialement prévu toutes les trois observations de couple. Toutefois, en raison d un faible nombre de couples dans la zone, les suivis focaux ont été entrepris dès que l occasion s en présentait (à chaque observation). Ils consistaient à enregistrer le comportement de femelles et de leurs jeunes durant trois pas de temps de 30 minutes par couple suivi (soit 1h30 par couple distinct par jour). Le bateau était maintenu à une distance de 25 à 50 mètres des couples suivis, dans le but de ne pas interférer dans leur comportement et leur rythme ventilatoire. Neuf suivis focaux ont été réalisés et ne peuvent donc pas être exploités dans le cadre d une publication scientifique. Toutefois, la méthodologie étant novatrice et les données préliminaires suffisamment intéressantes, une communication scientifique a été présentée lors du congrès annuel de l European Cetacean Society, tenu en avril 2005 à la Rochelle, France (co-présentation OMM/AMNH). La présentation «poster» effectuée est présentée en Annexe Observations depuis la terre Les observations de mammifères marins depuis la terre ferme permettent de collecter des données d observation pour un faible coût. Ce type d observations est régulièrement adopté dans d autres sites d étude à travers le monde. Elles permettent d appliquer des protocoles recouvrant différentes problématiques (utilisation de l espace, abondance relative, impact des activités humaines ), délicates à effectuer en mer avec une embarcation. Durant cette mission de 2004, l îlot M tsamboro (Figure 17) a été visité afin de déterminer son potentiel. Il s avère que les conditions d observation sont optimales puisque le point culminant (273 m) couvre toute la zone nord de Mayotte, du récif nord à l Iris. Cependant, l accès au site s avère très difficile, en particulier avec du matériel. La mise en place d une base d observation impose des ravitaillements importants, en particulier en eau (d une équipe d au moins 4 personnes pour permettre un relais des observateurs et l efficacité de la couverture d observation) dans des conditions de sécurité difficiles. Durant la mission, un autre îlot (île M bouini, dans le sud) a été visité pour les mêmes raisons. Il s agit d un site très intéressant pour l observation des baleines à bosse et autres mammifères marins sur l ensemble de la partie sud du lagon (incluant les passes de Saziley et Bateau). 23

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