LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE

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1 LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE N 14 A oût 2010 Bureau de dépôt : Bruxelles X L A c h i r u r g i e m a x i l l o -f a c i a l e Site 2 Alice Site St-Michel Site Ste-Elisabeth

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3 s o m m a ir e édit O 04 E. NEW S - Nouveaux collaborateurs 05 - Clinique du périnée 05 - Rythmic Clinic 06 - Symposium de Gastro-Entérologie 09 - Ateliers Ste-Elisabeth et St-Michel 09 - AsPeCaF 09 - Panarthrothérapie 10 - Clinique du sein 12 DOSSIER : LA CHIRURG IE M A X ILLO -FA CIA LE - La chirurgie maxillo-faciale Dr Edmond LAHY 14 - Le cancer de l oropharynx Dr Sergio SICILIANO 16 - La chirurgie orthognatique Dr Philippe BODDEZ 20 - Chirurgie préprothétique et reconstructrice L Equipe maxillo-faciale 23 - La chirurgie orbito-palpébrale Dr Sergio SICILIANO 28 - La distraction osseuse Dr Aurélie DAELEMANS 30 A Q UO I SERT CETTE TECHNIQ UE? - Le denta scanner Dr Emmanuel FOUARGE 34 JE T A I DA NS LA PEA U - Un bouton un petit nodule Dr Sergio SICILIANO 36 EN PRA TIQ UE - Soins continus et prise éthique de décision Dr Michel STROOBANT 38 év énem ENTS - 2 Alice : les 10 ans de la Psychiatrie ème anniversaire des Ateliers de cardiologie Humour, humeur et facéties Dr Roxane AUDISTèRE 41 CO UP DE CŒ UR - Eric Emmanuel Schmitt et les Hôpi-Clowns 42 DA NS LE PRO CHA IN NUM éro - La nutrition 43 ÉDITEUR RESPO NSA BLE Dr Marc Van Campenhoudt RÉDA CTRICE EN CHEF Dr Roxane Audistère a ssistante de réda ctio n Mme Jacqueline Snoeck CO O RDINA TIO N Dr Roxane Audistère Mme Chantal Dekempeneer CO M ITÉ DE LECTURE Dr Dorothée Berben Dr Albert de Decker Dr Didier Delmarcelle Dr Leopold Ghijselings Dr Frédéric Haven Dr Daniel Hublet Dr Luca Leone Dr Carl Salembier Dr Jean-Marie van Caster Dr Guy Vielle G RA PHISM E & IM PRESSIO N Maca-Cloetens A DRESSE DE RÉDA CTIO N Euroscoop Site Ste-Elisabeth avenue De Fré Bruxelles Tél. : Fax : Magazine réservé au corps médical. Les médecins qui souhaitent recevoir l Euroscoop sont invités à prendre contact avec la Rédaction. Le contenu des articles n engage que la responsabilité de leur(s) auteur(s). Tous droits réservés, y compris la traduction. 2 A lice S t-m ichel S te-e lisabeth avenue De Fré 206, 1180 Bruxelles Tél. : Fax : U rgences 24h/24 - T él. : rue de Linthout 150, 1040 Bruxelles Tél. : Fax : Urgences 24h/24 - Tél. : rue Groeselenberg 57, 1180 Bruxelles Tél. : Fax : LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 03

4 E D I T O Le sourire aux lèvres Loin de nous l idée de faire dans la presse people, mais C est arrivé près de chez vous c était chez nous. Il était une fois les 2A pour accueillir une grande famille du cinéma et nous invitons d ores et déjà curieux et cinéphiles à se précipiter à la page 41 de notre Euroscoop! Du haut vol en ce site, du 4 ème étage transformé en ciné d un jour au sous-sol, en Stomatologie! Car c est là qu officie l équipe des stars de ce numéro, celle de nos professionnels maxillo-faciaux qui rassemblent leurs compétences pour modeler un sourire, réparer un profil, illuminer un faciès accidenté ou encore délabré par la maladie. Créativité, haute technicité, gestes minutieux, rigueur des procédures se conjuguent au sein de cette Equipe, dont les acteurs travaillent sur les trois sites de nos Cliniques. Alors, Silence, on tourne!, et au gré des pages de notre dossier, découvrez leur travail exigeant. De l implantologie à la cancérologie, nous souhaitions faire la lumière sur leurs tâches, si souvent qualifiées d énigmatiques! Ils réalisent encore bien d autres choses mais, comme au cinéma, nous espérons susciter, chez nos lecteurs, l envie d aller plus loin que la bande de lancement N hésitez donc pas à prendre contact avec eux! Et d ajouter sur une note intimiste, que j aimerais évoquer le souvenir d un sourire d une très jolie vieille Dame, récemment ravivé par les récits d une de ses filles. Des sourires, vous nous en avez offerts à foison, tout au long de ces années de relation où s échangèrent propos médicaux et personnels, parfois teintés d une touche de philosophie, au gré de nos humeurs respectives. Et si malgré le soin respectueux de vous et des autres que vous avez toujours souhaité apporter à votre apparence, à l approche de votre départ votre morphologie s est modifiée, vos traits se sont émaciés, votre profil s est aiguisé, sachez qu au-delà des innombrables plissements épars inscrits au coin de vos lèvres et de vos yeux, vous fûtes si belle, Madame, et de combien de sourires gravés, vos rides n ont-elles été les témoins. Merci à vous, anonymes et people, patients et soignants, pour toutes les rencontres stylées que vous suscitez et bienvenue dans notre nouvel Euroscoop, surprenante mise en bouche d une spécialité si pointue! Dr Roxane Audistère Rédactrice en Chef 04 N 14 - AOÛT 2010

5 E. N E W S Les nouveaux collaborateurs Pédiatrie Ophtalmologie Soins palliatifs Dr Isabelle DEBOCK UCL 2004 Médecine générale Site 2 Alice Dr Jérôme DELESCAILLE UCL 2006 Ophtalmologie générale et cataracte Sites Ste-Elisabeth 2 Alice Dr Anna D ARPA UCL 2009 Pédiatrie générale Site Ste-Elisabeth Clinique du périnée Sur le site Ste-Elisabeth à Uccle, les Cliniques de l Europe ouvrent une Clinique du périnée. Les services Gynécologie, Urologie et Physiothérapie y sont réunis en une structure multidisciplinaire où, en collaboration avec le médecin généraliste, une solution est offerte aux patients atteints de prolapsus et/ou d incontinence. L affaissement du plancher pelvien et la perte involontaire d urine constituent un problème difficilement accepté sur le plan social. Une situation qui interpelle, quand on sait que presque 11 % des personnes atteintes d un prolapsus finissent par opter pour un traitement chirurgical et que la prévention de la perte involontaire d urine concerne 20 à 30 % de la population. Le problème touche avant tout une population féminine, vieillissante, mais toujours active. Les femmes sont également fréquemment confrontées à l incontinence pendant la période du postpartum. Ces affections ne rendent que rarement malade et ne mettent pas la vie en danger mais occasionnent cependant bien des problèmes : isolement social, douleur chronique, perte de sang ou d urine et/ou infection. Il est important de diagnostiquer en premier lieu l origine du problème. L affaissement de la paroi de la vessie, de l utérus, de l intestin ou une combinaison de ces éléments peut en être la cause. Il peut aussi s agir d un problème fonctionnel ou médical, comme une vessie hyperactive ou un diabète. Il faut ensuite décider du meilleur traitement. Très souvent la kinésithérapie combinée à un traitement hormonal local représentera déjà une solution. Dans d autres cas il y a lieu d envisager une intervention chirurgicale ou une médication. Le traitement chirurgical proposé peut être une intervention par voie vaginale ou par laparoscopie, avec recours ou non à un filet ou mesh. Dans certains cas précis, la chirurgie robotisée peut constituer une option. Le vœu de notre équipe multidisciplinaire est avant tout d offrir aux patients des soins de bien meilleure qualité encore. C est en concertation avec le médecin généraliste que nous cherchons à offrir une solution à ce problème fonctionnel. Dr Albert DE DECKER, Gynécologue CLINIQ UE DU PÉRINÉE G ynécologie Dr Albert De Decker - Dr Marc Waterkeyn Tél. : Urologie Dr Christophe Assenmacher - Dr Jan Benijts Dr Daniel Hublet - Dr Sylvain Nesa Tél. : Physiothérapie Mr Benoit de Quervin Tél. : LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 05

6 E. N E W S Du no uv ea u aux Cliniques 1 ère annonce : Inauguration septembre 2010 Trajet actuel du patient souffrant d une arythmie cardiaque Une structure intégrée pour la prise en charge des arythmies cardiaques Médecin généraliste Médecin généraliste Consult Rythmo Consult Cardio Urgences Consultation Cardio Echo transœso Urgences Ry thm ic Clinic Echo transœso Ablations Pacemakers Cardioversions Hospi. Télémétrie RX Scanner Ablations Pacemakers Cardioversions Hospi. Télémétrie RX Scanner Une Equipe : 1 cardiologue - rythmologue (bientôt 2!), 1 cardiologue spécialisé en imagerie cardiaque (CT Scanner, TEE), 1 infirmière - technicienne d Electrophysiologie, 1 chirurgien spécialisé dans les interventions cardiaques à visée rythmique, 1 neurologue spécialisé en pathologie neurovasculaire et embolique, 1 psychologue intéressé par la prise en charge spécifique des patients présentant des arythmies ou porteurs de pacemakers et de défibrillateurs. Une C onsultation de R y thmologie, pour une approche spécifique des arythmies dans un contexte favorable : plages horaires plus larges, Holters et moniteurs d événements réservés et disponibles en plus grand nombre, infirmière de Rythmo pour aider à l information des patients, organiser les procédures et faciliter les prises de RV pour ablations, pacemakers, cardioversions électriques. Une nouv elle salle d Electrophy siologie dotée d un matériel de pointe pour les procédures d ablation et les cartographies 3D. Un Staff hebdomadaire de R ythmo. Une H otline : pas de substitution à un Service Urgences 24h/24 mais un horaire d ouverture clair et stable de disponibilité pour les patients et les médecins généralistes. Une adresse E-M ail pour patients et médecins généralistes. Une Newsletter mensuelle. Ces dernières décennies, l év o lutio n de la Ca rdio lo gie a été im pressio nna nte Une meilleure compréhension et prise en charge des facteurs de risque vasculaire, des politiques de prévention et d éducation à la santé s appuyant sur des Recommandations Internationales faisant elles-mêmes référence aux conclusions d Etudes Scientifiques sérieuses et de grande envergure : l Evidence-based Medecine est désormais la règle. L élargissement de l arsenal thérapeutique mis à notre disposition par la Recherche et l Industrie du Médicament a été énorme. Des diagnostics toujours plus précis sont rendus possibles par une imagerie cardiaque et vasculaire extraordinairement pointue, en constante évolution. Le développement majeur de la cardiologie interventionnelle coronaire au cours des 20 dernières années a été principalement basé sur des évolutions technologiques dont les stents coronaires, pharmacologiquement actifs ou pas. La prise en charge des valvulopathies a également considérablement évolué, avec notamment le traitement percutané de lésions chez des patients qui se voyaient auparavant récusés pour une chirurgie conventionnelle en raison d un risque opératoire trop élevé. Le traitement de l insuffisance cardiaque, l approche cardiologique du patient âgé, la revalidation cardiaque, une collaboration accrue avec nos collègues chirurgiens cardiaques pour des interventions hybrides : autant de secteurs, et j en passe, de la révolution des Statines à la fermeture percutanée du PFO ou à l espoir soulevé par le recours aux cellules-souches 06 N 14 - AOÛT 2010

7 de l Europe qui font de la cardiologie de 2010 une spécialité enthousiasmante, tellement différente de celle que je choisissais voilà bientôt 20 ans. La rév o lutio n Internet : m édecins et pa tients n o nt ja m a is eu a ccès à a utant d info rm a tio ns Malgré les craintes souvent justifiées d abus ou de mauvaise interprétation de données plus ou moins correctes jetées brutes en pâture sur des sites de vulgarisation médicale plus ou moins sérieux, l émergence d Internet dans le domaine de la Santé établit un nouvel espace d information aux données médicales, tant pour les médecins que pour les patients. Il donne une nouvelle dimension à l exercice médical et bouleverse souvent le rapport médecin patient. Auriculaire, arythmie cardiaque la plus fréquente de toutes, véritable épidémie moderne alors que, dans nos pays du moins, l incidence de la coronaropathie semble se stabiliser, est désormais accessible à l ablation. En découvrant, fin des années 90, la localisation dans les veines pulmonaires d un substrat arythmogène déclencheur des accès paroxystiques de FA, le Professeur bordelais Michel Haïssaguerre déclenchait un formidable mouvement qui, chaque jour encore, évolue sous nos yeux : l ablation de la fibrillation atriale est devenue une réalité quotidienne, assez bien codifiée pour les FA paroxystiques, de mieux en mieux comprise pour des FA persistantes voire chroniques. L imagerie et les techniques de navigation 3D, de même que les cathéters et les énergies utilisées (radio-fréquence, cryo-ablation), sont en perpétuel développement. Au confluent de l informatique médicale et de la santé publique, la Cybermédecine constitue une véritable prise en main par le patient des dernières données médicales et scientifiques pouvant le concerner. La Télémédecine, quant à elle, changera progressivement mais radicalement le suivi de certains patients. Un secteur de la Ca rdio lo gie a co nnu un dév elo ppem ent spectacula ire ces dernières a nnées : la Ry thm o lo gie Réduite à sa plus simple expression il y a encore 20 ans, l approche des maladies du rythme cardiaque se résumait encore souvent à un ECG, un Holter de 24 heures, des antiarythmiques et/ou un pacemaker anti-bradycardie. Avec les nouvelles générations de pacemakers, les défibrillateurs implantables, les stimulateurs triple-chambre de resynchronisation, mais surtout les techniques d Electrophysiologie Interventionnelle et d Ablation, elle est devenue une spécialité à part entière en croissance permanente. Lorsqu en 1990, assistant en Cardiologie aux Cliniques UCL de Mont-Godinne, je proposais au Professeur Luc Deroy, un des pionniers de l ablation des arythmies cardiaques en Belgique, d ouvrir pour moi un poste d assistant de Rythmo, je n imaginais pas que 20 ans plus tard la plupart des grands centres de Cardiologie dans notre pays en arriveraient à élargir leur équipe à 2 Rythmologues, voire plus. Ces toutes dernières années ont encore marqué une accélération dans le développement de la Rythmologie : la Fibrillation LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 07

8 E. N E W S Disposant d un matériel de pointe de Cartographie et de Navigation 3D, nous effectuons les ablations de Fibrillation Auriculaire depuis début Hormis les ablations et implantations de pacemakers, le reste des activités de Rythmologie est intégré aux activités cliniques et de consultation. La Rythmologie, dorénavant surtout interventionnelle, exige une expertise de plus en plus spécifique, requiert un matériel sophistiqué, ainsi qu un personnel spécialement formé à des interventions longues et complexes. Il y va de la sécurité des patients et du succès des procédures. L ablation de la Fibrillation Atriale est apparue dans les Recommandations Internationales dès 2006 et est vite devenue l ablation la plus pratiquée dans le monde. Des études récentes semblent démontrer sa supériorité sur le traitement antiarythmique pour les FA paroxystiques. Parallèlement à l ablation de la FA pour les patients symptomatiques, les esprits ont également changé pour les FA rebelles et asymptomatiques, entre autres depuis l Etude Affirm. Pour certains patients l option thérapeutique de rate control est acceptable et n est plus considérée comme un échec. Les recommandations ont également changé en matière de prévention des complications thrombo-emboliques de la FA. Il ne s agit plus désormais d anticoaguler une FA en fonction de sa présentation clinique ou de sa durée, mais d anticoaguler un patient en fonction de son risque thrombo-embolique individuel (CHADS² score). Le développement de nouveaux anticoagulants est en passe de révolutionner totalement le quotidien des patients actuellement sous anti-vit. K. Pour la première fois depuis bien longtemps un nouvel anti-arythmique est apparu, la Dronédarone, disponible prochainement en Belgique. Du no uv ea u dès septem bre 2010 a ux Cliniq ues de l Euro pe Notre nouvelle salle d Electrophysiologie est installée depuis 1 an, pleinement opérationnelle pour la prise en charge de toutes les arythmies cardiaques, notamment pour les ablations de Fibrillation Atriale. Une inauguration officielle et une journée portes ouvertes sont prévues, de même qu une journée scientifique avec symposium de Rythmologie. Ce sera l occasion rêvée de présenter officiellement la RYTHMIC CLINIC et ses membres, et pour tous de faire la connaissance du nouveau Cardiologue qui débutera ses fonctions sur le site Ste-Elisabeth début octobre : le Dr Hannes Van Acker qui sera membre à part entière de l équipe de Cardiologie bien entendu, avec notamment une activité de cathétérisme coronaire, mais aussi le 2 ème Rythmologue de nos Cliniques. Dr Bernard DERUYTER, Cardiologue Rythmologue L avènement de la Télémédecine, nous informant par alertes du passage en FA d un de nos patients porteur d un pacemaker ou du choc délivré à un autre porteur d un défibrillateur implantable, fait également partie de la révolution technologique en cours. Cardiologues Rythmologues Infirmière Technicienne d Electrophysiologie Dr Bernard DERUYTER Dr Hannes VAN ACKER Mme Nathalie LEGRAND Ry thm o lo g ie : situa tio n a ctuelle a u sein des Cliniq ues de l Euro pe Sur le site Ste-Elisabeth, le laboratoire d Electrophysiologie est actif depuis bientôt 15 ans et y sont pratiquées depuis lors les ablations d arythmies classiques, principalement au niveau du cœur droit (Tachycardie par réentrée intra-nodale, WPW, Flutter, Tachycardie atriale, Tachycardie ventriculaire originaire du VD). Y sont implantés également les pacemakers anti-bradycardie et triple-chambre de resynchronisation pour le traitement de l insuffisance cardiaque. Chirurgien cardio-vasculaire Neurologue Cardiologue Scanner et Echo transoesophagienne Psychologue Dr Jean-Christophe FUNKEN Dr Matthieu RUTGERS Dr Taniyel DIKRANIAN Mlle Isabel SUAREZ SAN JOSE 08 N 14 - AOÛT 2010

9 A vos agendas! Sy m po sium de Gastro -Entéro lo gie Un Symposium de Gastro-Entérologie destiné aux médecins généralistes est organisé par nos confrères des sites Ste-Elisabeth et 2 Alice, le jeudi 28 octobre 2010, à partir de 19h30. C est au Château du Lac à Genval que seront développés les thèmes suivants : - Maladies inflammatoires chroniques de l intestin : State of the art, par le Dr J.-M. Maisin - La vidéo-capsule, par le Dr J. Van Isveldt - L écho-endoscopie diagnostique et thérapeutique : indications et place dans le cadre des bilans d extension des cancers, par le Dr M. Fiasse sy m po sium de M édecine généra le Le Symposium de Médecine générale, centré sur la Gériatrie se tiendra sur le site St-Michel le jeudi 25 novembre 2010, à partir de 19 h. A t eliers pluridisciplina ires Les Ateliers pluridisciplinaires auront lieu le samedi 27 novembre Ils se tiendront de 9 à 12 h sur le site Ste-Elisabeth. Au programme : - Bilan de tremblements - Le point sur l incontinence urinaire - Rhumatologie - Ophtalmologie - Actualités techniques AsPeCaF L AsPeCaF (Association du Personnel de Cathétérisme en Francophonie) est une association professionnelle dont l objectif est d assurer la formation et de favoriser le contact entre le personnel des différentes salles de coronarographie de Belgique francophone, du Grand- Duché de Luxembourg et du Nord de la France. Cette année, c est notre équipe dynamique de Ste-Elisabeth qui a été choisie pour organiser la 16 ème journée scientifique! Le programme, adapté au vécu infirmier, vous éclairera sur des sujets comme la fermeture du foramen ovale (Dr Haine), l existence de deux mondes en salle de cathé (Dr Deruyter), le cathétérisme droit (Dr De Man), la revalidation cardiaque (Dr Vandergoten) Si votre cœur palpite déjà à l idée d en savoir plus, nous vous accueillerons le 20 novembre 2010 sur le site verdoyant des Deux Alice, après inscription auprès de l AsPeCaF (www.aspecaf.eu). Vous pouvez également prendre contact avec l équipe infirmière de la salle de coronarographie de Ste-Elisabeth (Tél. : ). LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 09

10 E. N E W S PANarthroTHÉRAPIE Les Cliniques de l Europe accueillent, sur leur site Ste-Elisabeth, un concept de prise en charge pluridisciplinaire des syndromes douloureux aigus et chroniques. La PANARTHROTHÉRAPIE constitue une approche thérapeutique individualisée centrée sur une prise en charge holistique, somme des compétences particulières, médicales et paramédicales, de plusieurs soignants. Le Dr ROXANE AUDISTERE a recours à une technique d acupuncture avec aiguilles Laser (système LASERneedle ). Cette thérapeutique, dénommée LLLT (Low Level Laser Therapy) permet d associer les effets biologiques intrinsèques du laser tels que l analgésie, la myorelaxation, la stimulation de la microcirculation à la méthode de travail de l acupuncture classique, à savoir le positionnement d aiguilles selon une combinaison de points individuels précis. Ces traitements atténuent notablement les douleurs et améliorent significativement la mobilité. Ils sont exempts d effets secondaires et aisément tolérés, même dans un contexte algique important. Les compétences d ostéopathe et la grande expérience professionnelle de Mme MYRIAM PEEMANS et de son staff permettent de compléter et d optimaliser l approche thérapeutique, de lever les blocages résiduels et d améliorer la notion de terrain, le tout pour diminuer le risque de récidives. Afin de pérenniser les résultats obtenus, le patient est invité à reprendre une activité physique appropriée (renforcement postural, gymnastique adéquate, danse-thérapie, ) activité choisie en fonction de ses possibilités et de ses préférences. Cette approche thérapeutique n est proposée qu après un bilan 10 N 14 - AOÛT 2010

11 complet de l affection, effectué par le médecin traitant, ou en interne si le patient n a pas de soignant référant. Un diagnostic précis est la clé d une approche adéquate. Les domaines d intervention sont multiples : - O rthopédie T raumatologie : gonarthrose, coxarthrose, rhizarthrose, périarthrite scapulo-humérale, épicondylite, tendinopathies, algoneurodystrophie, lumbago, whiplash, névralgie d Arnold, entorses, - Neurologie : céphalées d étiologies diverses, migraines, névralgies (en particulier trigéminées), parésies dans le décours d accidents cérébrovasculaires, - M aladies de sy stème : syndromes douloureux des spondylarthrites ankylosantes, des polyarthrites chroniques évolutives, des Bechterew, - Stomatologie : arthrite temporo-mandibulaire, gingivite, - O R L : sinusites, syndromes vertigineux, Ces thérapeutiques combinées peuvent être proposées à tout âge de la vie, en raison de leur caractère indolore et apaisant (manipulations douces et simple pose des aiguilles laser sur la peau, sans piqûre). L introduction de ce concept en Pédiatrie et en Gynécologie Obstétrique offre de nouvelles et prometteuses possibilités thérapeutiques non-médicamenteuses. Bibliographie Efficacy of low-level laser therapy in the management of neck pain: a systematic review and meta-analysis of randomised placebo or active-treatment controlled trials. Chow RT, Johnson MI, Lopes-Martins RA, Bjordal JM. Nerve Research Foundation, Brain and Mind Research Institute, University of Sydney, Sydney, NSW, Australia. Lancet Nov 12. Ultrasonographic evaluation of plantar fasciitis after low-level laser therapy: results of a double-blind, randomized, placebo-controlled trial. Kiritsi O, Tsitas K, Malliaropoulos N, Mikroulis G. Prognosis, Diagnostic Center, Larnaca, Zaka 56, 56727, Thessaloniki, Greece. Lasers Med Sci Oct 20. The effects of low level laser in clinical outcome and neurophysiological results of carpal tunnel syndrome. Shooshtari SM, Badiee V, Taghizadeh SH, Nematollahi AH, Amanollahi AH, Grami MT. Shiraz University of medical science, Shiraz, Iran. Electromyogr Clin Neurophysiol Jun-Jul;48(5): Low-level laser therapy and myofacial pain dysfunction syndrome: a randomized controlled clinical trial. Shirani AM, Gutknecht N, Taghizadeh M, Mir M.Department of Oral Medicine, School of Dentistry, Isfahan University of Medical Sciences, Isfahan, Iran. Lasers Med Sci Sep;24(5): The efficacy of low-power lasers in tissue repair and pain control: a meta-analysis study. Enwemeka CS, Parker JC, Dowdy DS, Harkness EE, Sanford LE, Woodruff LD. School of Health Professions, Behavioral and Life Sciences, New York Institute of Technology, Old Westbury, NY , USA. Photomed Laser Surg Aug;22(4): Cliniques de l Europe asbl Sites Ste-Elisabeth 2 Alice Consultations sur rendez-vous : Tél. : LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 11

12 E. N E W S Reconnaissance du programme spécialisé pour le cancer du sein Le Centre du sein des Cliniques de l Europe existe déjà depuis plusieurs années. Depuis sa création l on s attelle à y prodiguer des soins de qualité pour des femmes et des hommes atteints d affections bénignes ou malignes. L équipe multidisciplinaire, composée de gynécologues, d oncologues, de radiothérapeutes, de radiologues, d anatomopathologistes et de chirurgiens plasticiens, se porte garante d un fonctionnement orienté vers le patient et d un service de soins organisé. La collaboration et la cohésion entre ces différentes disciplines médicales optimisent la pose de diagnostic ainsi que la détermination du traitement. Ce concept bénéficie maintenant d une reconnaissance officielle en tant que Clinique du sein, octroyée par le Conseil consultatif des soins de santé et du bien-être étant donné que la Clinique du sein des Cliniques de l Europe satisfait pleinement aux normes fixées par l Arrêté Royal du 26 avril Jusqu à ce jour, seul le Centre du sein des Cliniques de l Europe a obtenu cette reconnaissance, parmi les diverses institutions non universitaires de la région bruxelloise. L équipe multidisciplinaire de la Clinique du sein s est entretemps étendue, au-delà des frontières purement médicales. Dans un premier temps par la participation d une infirmière du sein. Celle-ci s occupe de l accompagnement de chaque patient et/ou de sa famille, dès l annonce du diagnostic jusqu à la fin du traitement, et constitue dès lors la base d une relation de confiance avec le patient. Par ailleurs, une large équipe de psychologues, d assistants sociaux et de consultants de la beauté, se tient à la disposition des patients. Grâce à la Fondation MIMI ces services peuvent être proposés gratuitement. Fondation MIMI. 12 N 14 - AOÛT 2010

13 de soin Un des moments clés de cette prise en charge est représenté par la Consultation Multidisciplinaire d Oncologie (CMO). Lors de la réunion hebdomadaire de l équipe multidisciplinaire les spécialistes se concertent au sujet du diagnostic, du traitement et du suivi ultérieur de tous les patients. Dans cette dynamique, le médecin traitant occupe une place centrale. Au cas où vous, médecins traitants, avez des questions ou souhaitez simplement assister à cette réunion, il vous est loisible de prendre contact avec le Docteur S. Vanderlinden, coördinatrice de la Clinique du sein des Cliniques de l Europe, ou avec le Docteur J.-L. Dekeyser, responsable de la Clinique du sein sur le site St-Michel. Dr Sonia Vanderlinden intern transport en opslag voor de gezondheidszorg le transport et stockage interne pour le monde hospitalier Arseus Medical Boomsesteenweg Wilrijk - Belgium T: F: I: ARMOR L'AUTRE FAÇON DE TRAVAILLER POUR LA NATURE aalbroekstraat semmerzake - t. 09 / LIFETIME *Nous consulter pour connaître les cartouches certifiées selon ces normes. Brochure.indd 1 12/07/ :36:2 Imprimer tout en préservant l'environnement, c'est possible Les cartouches remanufacturées ARMOR : Un gain d'achat significatif sur votre budget consommables Une autonomie et une qualité équivalentes à l'origine Des consommables 100% garantis sans limite de temps** La garantie constructeur de votre imprimante préservée Un choix éco-responsable qui réduit les déchets et nos impacts sur l environnement ** Cartouches Laser uniquement * Imprimer autrement. ARMOR SA - Capital social: SIREN: RCS Nantes Allo supplies, the easy solution for you IT supplies Tél. : LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 13

14 c h ir u r g ie m a x i l l o -f a c i a l e LA CHIRURGIE MAXILLO-FACIALE Origines et avenir Dr Edmond LAHY Chirurgie maxillo-faciale Sites 2 Alice Ste-Elisabeth St-Michel INTRO DUCTIO N CHA M PS D A CTIV ITES La CHIRURGIE MAXILLO-FACIALE, comme son nom l indique, représente une spécialité chirurgicale qui traite les affections et pathologies des maxillaires (mâchoires) et des tissus durs et mous de la face. Elle se décrit donc plutôt selon un concept anatomique mais son développement très important au cours de ces 20 dernières années la fait englober des confins anatomiques élargis comme le crâne, le cou ainsi les régions proches ou éloignées notamment utilisées en tant que sites de prélèvement, pour la chirurgie oncologique et reconstructrice maxillo-faciale (ex : thorax membres supérieurs et inférieurs os du bassin, ). Elle est directement liée à la STOMATOLOGIE, spécialité médicale dont le point de départ est la bouche et ses annexes, comme son nom d origine grecque (stoma, stomata = orifice) l indique, ainsi que son contenu, c est-à-dire les dents et leurs structures avoisinantes. Le vocable oral (du latin os, oris = bouche) est d ailleurs de plus en plus utilisé en terminologie anglo-saxonne, contrairement à l appellation Stomatologie (ou Stomatologica) en terminologie plus latine également plus représentée en Europe du Sud et de l Est. En Belgique, la chirurgie maxillo-faciale est essentiellement pratiquée par des médecins spécialisés en stomatologie, dont la double qualification (médecine dentisterie) est suivie d une spécialisation supplémentaire de 4 années au moins en chirurgie orale et maxillo-faciale et nécessite donc un total de 12 à 14 années universitaires de formation. Le champ d activité du chirurgien maxillo-facial a très récemment été spécifié dans le livre de référence de l UEMS (organe officiel de l Union Européenne des Spécialités Médicales). Il concerne les conditions congénitales et pathologiques acquises, aiguës et chroniques, du crâne, de la face, de la tête et du cou, de la cavité orale et des mâchoires (incluant la dentition). Ceci englobe donc : - la chirurgie dento-alvéolaire (dents incluses, kystes, ) - les pathologies orales (muqueuses endobuccales, os maxillaires et annexes) - les pathologies salivaires (fonctionnelles et tumorales) - les pathologies des articulations temporomandibulaires (fonctionnelles et chirurgicales) - la chirurgie orthognatique et orthopédique faciale - la chirurgie crânio-faciale et l ostéo-distraction - les traumatismes crânio-maxillo-faciaux (os, dents et tissus mous) et leurs séquelles - la chirurgie préprothétique, incluant l implantologie intra et extra-orale - la chirurgie oncologique maxillo-faciale, incluant les évidements cervicaux - la chirurgie reconstructrice, incluant la réfection des tissus durs et des tissus mous par greffes et lambeaux pédiculés ou libres avec ou sans microchirurgie - la chirurgie des malformations congénitales orales (fente labiale, alvéolaire et palatine) et crânio-faciales - la chirurgie plastique et esthétique de la face A cela s ajoute une compétence en imagerie médicale de la cavité orale, de la tête et du cou. C est dire combien est vaste le champ d activité du chirurgien maxillo-facial et comme il lui est primordial de le développer au sein d institutions hospitalières multidisciplinaires et en étroite collaboration avec 14 N 14 - AOÛT 2010

15 Dr A. Daelemans, Dr E. Lahy, Dr P. Boddez, Dr S. Siciliano, Dr J. Demeulemeester. les spécialistes que sont les oncologues, les ORL, les ophtalmologues, les chirurgiens plasticiens, les neurochirurgiens, les urgentistes, les dermatologues, les orthodontistes et les praticiens dentaires. HISTORIQ UE Mais pourquoi un tel développement et quelles sont les étapes marquantes de cette spécialité médicale, fondée sur la dentisterie il y a plus d un siècle? Après l étape des chirurgiens barbiers du 19 ème siècle, vint l époque des chirurgiens dentistes, car c est bien eux qui mirent au point et inventèrent certaines techniques chirurgicales, surtout pour traiter les traumatismes dentaires et maxillaires. Et l histoire nous apprend que c est bien lors des deux grandes guerres mondiales et que les techniques chirurgicales se sont améliorées puis codifiées, d abord à l aide d attelles dentaires métalliques ou d ostéosynthèse au fil d acier, puis à l aide de vis et de plaques d ostéosynthèse, garantissant une stabilité adéquate des os fracturés. Parallèlement à cette évolution de traitements des fractures maxillo-faciales, ces pionniers (dentistes encore) anglais (Hullihen en 1852 et Blair en 1907) osèrent les premières ostéotomies de la mandibule (très segmentaires) pour corriger des malpositions des arcades dentaires. La CHIRURGIE ORTHOGNATIQUE doit ses lettres de noblesse à l ingéniosité et à l audace de chirurgiens remarquables, comme l allemand Wassmund (1927) qui pratiqua une ostéotomie subapicale et segmentaire des maxillaires, le tchèque Kostecka (1931) qui effectua une ostéotomie subcondylaire de la mandibule pour obtenir un recul mandibulaire dans le cas de la prognathie inférieure, l allemand Schuchardt ( ) qui réalisa une ostéotomie à l horizontale du maxillaire supérieur (selon Lefort I) et une ostéotomie postérieure segmentaire de la mandibule (modifiée plus tard par les américains West et Epker), l américain Robinson (1956) qui modifia l ostéotomie de la mandibule au niveau de la branche ascendante (Ramus), et surtout l allemand Obwegeser (1959) qui, le premier, osa une correction de prognathisme mandibulaire par l ostéotomie sagittale bilatérale des deux branches montantes de la mandibule, modifiée par la suite par Dalpont (1958), Hunsuck (1968) et Epker (1977). La chirurgie orthognatique maxillo-faciale entrait dans la cour des grands et les avancées remarquables des années 1965 à 1990 marquèrent ensuite principalement l intérêt chirurgical des orthodontistes (surtout américains tels Poulton, Profitt et Mc Neil) à corriger les dysmorphoses dento-maxillo-faciales. D autres modifications techniques eurent encore lieu, surtout grâce à l utilisation de matériel chirurgical plus adéquat et repris aux chirurgiens orthopédistes, comme les vis à compression (lag screw) proposés par Spiessl (1974), puis les plaques et les vis d ostéosynthèse rigides (Rigid Fixation conçu par AO System en Suisse) et enfin la mise au point de la miniaturisation du matériel d ostéosynthèse : mini-plaques et mini-vis (seulement 1,5 à 2 mm de diamètre) préconisée par le français Champy ( ) et les allemands Pape et Gerlach(1980). Ils fondèrent ensemble un groupe de recherche internationalement reconnu, le S.O.R.G. (Strasbourg Ostéosyntesis Research Group), encore et toujours d actualité, reconnu à ce jour comme référence pour tout chirurgien maxillo-facial, européen ou d outre-atlantique. Ces principes furent étendus à la chirurgie crânio-faciale et reconstructrice notamment par l utilisation de matériel encore plus miniaturisé (microplaques, micro-mesh et microvis de 1,1 mm de diamètre seulement) et internationalement largement diffusés. LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 15

16 c h ir u r g ie m a x i l l o -f a c i a l e Le cancer de Dr Sergio SICILIANO Chirurgie maxillo-faciale Sites 2 Alice Ste-Elisabeth St-Michel DéV ELO PPEM ENTS La chirurgie orthognatique s est pourvue ces dernières années d avancées remarquables et notamment de celle des principes de la DISTRACTION OSSEUSE (selon les travaux d Ilizarov) appliqués aux maxillaires, au palais, à l os alvéolaire, etc des matériaux d OSTEOSYNTHESE RESORBABLE (selon les principes de Bio-Engineering), et surtout des applications des nouvelles technologies d imagerie médicale en trois dimensions grâce au SOFTWARE 3D pour le diagnostic et le planning virtuel du traitement chirurgical 3D sur les tissus durs et les tissus mous, ainsi que de l utilisation de données informatisées tomographiques du CONE BEAM CT (CBCT), beaucoup plus accessible par sa rapidité et sa faible nocivité pour le patient. Ces diverses technologies ouvrent des voies d applications multiples et très enthousiasmantes. La chirurgie oncologique et reconstructrice est également toujours en plein développement, depuis les modifications multiples des lambeaux libres ou micro-anastomosés, permettant la restauration des tissus réséqués (peau, muscle, muqueuse, os, ) en une seule phase chirurgicale, telle l utilisation des lambeaux ostéo-musculo-cutanés depuis l avant-bras (radius) ou la jambe (péroné). La greffe faciale a été réalisée à plusieurs reprises avec succès (Lengelé et Devauchelle, en 2005) et ouvre aussi de nouvelles perspectives. Enfin, l endoscopie a été introduite en chirurgie maxillo-faciale pour le traitement a minima (Minimal Invasive Treatment) des pathologies des ATM (articulations temporo-mandibulaires) et est même d application en chirurgie orthognatique, comme pour une variante technique d ostéotomie sagittale mandibulaire (Mommaerts et coll. en 2008). Voici donc en ces quelques lignes un bref aperçu des domaines et des champs d activités chirurgicales auxquels est confronté le chirurgien maxillo-facial. Quelques chapitres plus spécifiques, présentés par les membres de notre équipe, sont développés dans ce même numéro. Un des secteurs d intérêt majeur de notre discipline est l oncologie de la tête et du cou et surtout, de la cavité buccale et de l oropharynx. Jusqu il y a quelques dizaines d années, la priorité était de sauver les patients de ce mal du siècle, ce qui pouvait nécessiter des interventions très mutilantes mais aujourd hui, dans notre société, soigner veut aussi dire s occuper de la qualité de vie de nos patients et pas seulement les libérer de leur cancer. épidém IO LO GIE-éTIO -PA THO G énèse En Belgique, les cancers de cette zone anatomique représentent environ 3 % de tous les cancers confondus, ce qui veut dire 5 à 6 patients par habitants, dont souvent la répartition géographique est liée malheureusement à des situations de conditions socio-économiques défavorisées. Ceci s explique par les facteurs étio-pathogéniques de ces cancers, que sont essentiellement l alcool et le tabac : l un et l autre multiplient le risque par 5 (le risque lié à la consommation d alcool est par ailleurs dose dépendant). La durée est plus importante que l intensité et il faut au moins de 10 à 15 ans d interruption pour que ce risque s arrête de croître. Fumer et boire augmentent le risque non pas de façon additive mais de façon exponentielle (au moins 30x). L âge moyen est de ans, mais il ne manque pas de sujets beaucoup plus jeunes ou âgés où d autres facteurs peuvent s ajouter ou être responsables, comme les papillomavirus, les lésions pré-cancéreuses (lichen érosif, érythrodysplasie etc.), l immunodépression et le terrain cancéromateux liés à des problèmes de génétique moléculaire (comme les proto-oncogènes). Il y a 25 ans les hommes était plus atteints que les femmes avec un sex-ratio de 8H/1F mais avec l égalité 16 N 14 - AOÛT 2010

17 l oropharynx des sexes, du contexte social et des habitudes, l on tend vers une égalité de risque : 3H/1F, voire même 2/1, jusqu à 1/1 dans certaines régions. Bien que tous les tissus peuvent être le siège d un cancer, c est le carcinome épidermoïde de la muqueuse buccale, avec localisation dégressive langue, plancher buccal, joues et mandibule, qui est de loin le plus fréquent. Il y a donc trois degrés de prévention possible : - la prév ention primaire qui consiste à éviter toutes les causes directes comme l alcool, le tabac, les infections HPV, les lésions pré-cancéreuses en stade d atypie avancé, etc. - la prév ention secondaire qui consiste en la détection précoce des lésions par un examen buccal correct par les professionnels de la santé en première ligne comme les dentistes et le médecin de famille. - la prév ention tertiaire consistant en l augmentation des défenses immunitaires de l organisme et des muqueuses locorégionales comme l utilisation de facteurs de nutrition (une nutrition saine!) d oligo-éléments, d antioxydants, etc. DIA GNO STIC L examen buccal est heureusement d accès facile et une simple inspection et palpation permettent déjà d avoir une idée du problème. Il faut aussi dire qu une lésion suspecte, avant de pouvoir être visible par un simple examen visuel de la bouche, doit déjà avoir une taille minimale de 3 mm. L aspect clinique plus fréquent est une ulcération indurée avec bords relevés et irréguliers. Avec le temps et la prolifération, celle-ci devient une ulcération exophytique (comme un chou-fleur) avec envahissement des structures osseuses (mandibule et maxillaire supérieur) sous l aspect d érosion et d ostéolyse, sans limites nettes. Parfois on note un aspect d apposition osseuse comme une bosse ou tuméfaction dure sur la surface des maxillaires. L aspect en points blancs et rouges, la douleur, le saignement au frottement et en cas d envahissement osseux, la mobilité dentaire inexpliquée et les paresthésies du nerf trijumeau, sont des symptômes caractéristiques et très suspects. Toute lésion muqueuse érosive qui ne cicatrise pas dans les 15 jours doit être considérée comme fortement suspecte et nécessiter d être biopsiée, ce qui représente le seul examen de certitude de malignité. En effet il faut toujours garder à l esprit qu un carcinome est le résultat final de différents aspects évolutifs qui vont de l hypertrophie > la dysplasie (et/ou atypie cellulaire) > le carcinome in situ > le carcinome confirmé, et que les lésions bénignes qui peuvent plus facilement et fréquemment dégénérer en carcinome, sont représentées en ordre décroissant par : le lichen érosif, l érythrodysplasie, la leucoplasie dyshomogène, la glossite de Wilson. Strictement lié à l examen buccal est l examen cervical, surtout de palpation, à la recherche de tuméfaction, nodules et ganglions dont on essaye de déterminer la taille, la consistance (dure ou molle élastique) la mobilité sur les plans superficiels et profonds, le nombre et la localisation parce ce qu il existe une carte lymphographique du drainage très utile dans le choix thérapeutique. On distingue 6 niveaux ou regroupements ganglionnaires dans le cou selon des régions et plans limités par des structures anatomiques, comme le bord inférieur de la mandibule en haut, le muscle sterno-cléido-mastoïdien, le cartilage thyroïdien, la clavicule, le bord antérieur du muscle trapèze. Les carcinomes de l oropharynx peuvent donner des métastases locorégionales dans les ganglions cervicaux dans 20 à 23 % des cas, ce qui n est pas négligeable, et selon le Memorial Sloan-Kettering Cancer Center, elles sont localisées au niveau des 3 premiers levels ganglionnaires du cou. Après avoir posé le diagnostic de carcinome oral suite à la biopsie, l on procède à un bilan d extension à la recherche de métastases locorégionales et/ou à distance (en ordre décroissant de fréquence : les poumons, le foie, le cerveau, le squelette et le cœur). Plus rarement, la mandibule et la muqueuse orale peuvent également être le siège d une localisation métastasique d un carcinome d une autre origine primaire (prostate, glande mammaire, et d autres encore plus rares). Il incombe à l anatomopathologiste d identifier les structures cellulaires ou bio-moléculaires afin de déterminer l origine possible dudit carcinome. Les examens diagnostiques, pour le bilan locorégional, sont le CT scan et la résonance magnétique nucléaire de la tête et du cou, afin de visualiser l envahissement des structures anatomiques (squelette maxillo-facial et gros vaisseaux cervicaux : carotide et jugulaire) ce qui permet de décider de l éventuelle possibilité d exérèse chirurgicale curative et du degré de mutilation, ainsi que de la possibilité de reconstruction. Pour les métastases à distance, on explore les organes plus susceptibles d être atteints, comme les poumons par un CT scan thoracique, le foie par une échographie de l abdomen, et de plus en plus on réalise dans les standards diagnostiques, un PET scan Total Body qui permet d avoir une vision d ensemble tant du squelette que des autres organes. En cas de doute, des examens plus sensibles et précis telle une scintigraphie osseuse au Technétium ou des clichés Rx centrés, voire même une résonance magnétique nucléaire centrée sur l organe suspect seront indiqués. LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 17

18 c h ir u r g ie m a x i l l o -f a c i a l e Primary site Oral cavity First echelon lymph nodes Level I Level II Level III The first echelon lymph nodes at highest risk for early dissemination by metastatic cancer, from primary tumors in the oral cavity % Stage I Stage Distribution Stage II Stage III Stage IV Stage distribution and survival by stage for oral cancer at MSKCC III II IV I Une fois le bilan complété, l étape suivante est la classification clinique du cancer. Il existe 3 types de classifications : 1) la première, anatomopathologique, nous donne des renseignements sur la typologie/différenciation cellulaire de la tumeur : indifférenciée, moyennement et bien différenciée; la présence ou non du degré d infiltration. 2) la deuxième est la stadifi cation T NM (Tumor, Node, Metastasis) selon l American Joint Committee Against Cancer AJCC, basée sur des mesures et qui comprend : a. le T : T1 < 2 cm; T2 < 4 cm; T3 > 4 cm; T4 envahissant les structures adjacentes comme l os, les muscles, etc. b. le N, un peu plus compliqué et qui varie de N1 (< de 3 cm) à N3 (> 6 cm) avec des sous-groupes (N2a, N2b, N2c) selon la taille, la mobilité et la présence uni- ou bilatérale. c. le M, qui comprend le M0 (pas de métastase), M1 (avec métastase), Mx (en cours de bilan). 3) la troisième est la classifi cation en stades défi nis, en anglais Stage, de I à IV (IVa, b, c) qui regroupe le stade TNM selon une gravité statistiquement relevée; par exemple, le Stage I comprend une tumeur classée T1 N0, et le Stage IVa comprend aussi une tumeur T1 mais une N3 qui signifie que, même si la tumeur primaire de la bouche est petite, elle présente un ganglion cervical envahi d un diamètre d environ 6 cm et dont le pronostic est très mauvais. TRA ITEM ENT L ensemble de ces renseignements permet de planifier le traitement qui consistera en une chirurgie et/ou radiothérapie ou radio-chimiothérapie; la chimiothérapie seule n a qu un intérêt limité et essentiellement palliatif dans les carcinomes de l oropharynx. En général, le choix du traitement se fait selon des standards thérapeutiques reconnus dans la littérature spécifique. Plusieurs paramètres doivent être pris en compte : pour la chirurgie, il est important d avoir l étendue de la lésion et l état de santé générale pour évaluer l opérabilité et la curabilité du patient. L âge du patient, vu l espoir de vie des pays occidentaux et le progrès des techniques d anesthésie et de chirurgie, ne représente pas une contre-indication comme dans le passé. En d autres termes, la qualité et la dignité de vie, la prise en charge de la douleur sont des arguments importants pour envisager le traitement rapide de ces patients qui parfois pour des raisons multiples nous parviennent en phase déjà avancée de la maladie. Techniquement, l exérèse d un cancer en stade précoce peut être une simple excision avec suture directe, même sous anesthésie locale, ce qui n entraîne aucun déficit esthétique ou fonctionnel vu l élasticité des tissus muqueux et leur localisation intrabuccale. En cas de lésions étendues, l intervention devient plus invasive, nécessitant des voies d abord externes trans-cutanées, des évidements ganglionnaires cervicaux de type prophylactique ou curatif si des métastases locorégionales sont déjà apparues, et qu il faut réparer le déficit généré. 18 N 14 - AOÛT 2010

19 Il faut alors recourir à des techniques de reconstruction par des lambeaux locaux de tissus pédiculés, ou à distance par des lambeaux libres, dits microvasculaires, où les tissus de remplacement sont prélevés avec un axe vasculaire (artère et veine et parfois même le nerf pour une ré-innervation) et microanastomosés localement aux vaisseaux cervico-faciaux pour la revascularisation des structures anatomiques. Ces techniques ont permis de réaliser des exérèses de cancers fort étendus sans les séquelles et mutilations esthétiques et fonctionnelles qu on a connues par le passé. L exérèse d une partie de la mandibule avec solution de continuité peut par exemple lourdement péjorer les fonctions vitales telles la respiration, la déglutition, la mastication et la phonation. Actuellement on est capable de reconstruire une mandibule entière par un lambeau microanastomosé de péroné, modelé par des ostéotomies à la forme de la mâchoire. Les interventions de ce genre demandent des compétences spécifiques, elles sont de longue durée (de 8 à 10 heures); il faut prévoir une hospitalisation d environ 15 jours, un séjour de contrôle post-opératoire de 24 h aux soins intensifs et parfois une trachéotomie transitoire de sécurité Carcinome épidermoïde labial. 2. Post-opératoire + 18 mois. 3. Carcinome épidermoïde jugal. 4. Post-opératoire + 1 an après reconstruction par lambeau ostéo-myo-cutané de fibula. 2 LE MAGAZINE DES CLINIQUES DE L EUROPE 19

20 c h ir u r g ie m a x i l l o -f a c i a l e La chirurgie orthognatique Dr Philippe BODDEZ Chirurgie maxillo-faciale Sites 2 Alice Ste-Elisabeth St-Michel Introduction S il y a bien une chirurgie propre à la sphère maxillofaciale, c est la chirurgie orthognatique ou chirurgie des mâchoires. Par définition : Ortho + Gnathique : remettre les mâchoires en position correcte. Bien qu elle se situe au carrefour entre l orthopédie la dentisterie la chirurgie plastique, elle requiert des connaissances tellement spécifiques à notre spécialité qu elle en constitue un domaine de prédilection, associant les compétences du médecin et du dentiste, double appartenance malheureusement abandonnée dans certains pays même voisins de la Belgique (la France e.a.). De l orthopédie elle a repris les techniques chirurgicales et utilise des instruments similaires. De la dentisterie, les connaissances nécessaires à l établissement d un plan de travail en faisant appel à l orthodontie. De la chirurgie plastique, l amélioration de l esthétique, en l occurrence ici, celle de la face. 1 4 Indica tio ns La majorité des cas que nous traitons sont d ordre orthodontique. Là où l orthodontie ne peut améliorer les rapports entre les arcades dentaires parce que la dysharmonie est à ce point importante qu un simple traitement orthodontique ne peut à lui seul la corriger. Les autres indications sont plus rares : préprothétiques, posttraumatiques, apnées du sommeil. 1. Indications orthodontiques Lorsque la dysharmonie entre les mâchoires supérieure et inférieure, ou entre les trois tiers de la face est à ce point importante que l orthodontie ne peut fournir une réponse à elle seule, l orthodontiste va recourir au chirurgien maxillofacial. Le diagnostic est établi après analyse de la position des mâchoires, en trois dimensions. Les clichés radiologiques comprennent un orthopantomogramme (panoramique dentaire) ainsi que des téléradiographies de face et de profil. Des empreintes (moulages) des dents sont également effectuées, de même qu un examen clinique approfondi aussi bien intrabuccal que de la face, avec prise de mesures et éventuellement photographies. L ensemble de ces éléments permet de poser un diagnostic et dès lors un plan de traitement. La majorité des dysharmonies concerne le plan sagittal : position avant-arrière, moins souvent le plan vertical : hauteur des mâchoires, et transversal : asymétrie gauche-droite avec inclinaison des mâchoires. En ce qui concerne le plan sagittal, l on distingue ce qu on appelle les classes d Angle. Angle I : relation sagittale harmonieuse Angle II : position en arrière de la mâchoire inférieure par rapport à la supérieure : rétrognathie 20 N 14 - AOÛT 2010

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