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1 Séminaire L espace en ses objets et controverses Enseignant Laurent Devisme - ensan 2011 PORTRAITS DE TERRITOIRES: LES CAS D ESPACES DE PROXIMITÉ À ISTANBUL REGARD CROISÉ SUR LES LOCALITÉS DE CIHANGIR, FIRUZAĞA ET TOPHANE Juliette TOUCHAIS 3

2 Séminaire L espace en ses objets et controverses Enseignant Laurent Devisme - ensan 2011 PORTRAITS DE TERRITOIRES: LES CAS D ESPACES DE PROXIMITÉ À ISTANBUL REGARD CROISÉ SUR LES LOCALITÉS DE CIHANGIR, FIRUZAĞA ET TOPHANE Juliette TOUCHAIS 3

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4 AVANT PROPOS & REMERCIEMENTS Ce travail fait suite à une année scolaire passé dans la ville d Istanbul au sein de l université technique d Istanbul. Cette année a été complétée par deux mois de stage parmi l équipe de l Institut Français de Recherche Anatolienne et plus particulièrement encadrée par Jean François Pérouse, géographe et directeur de l OUI - l observatoire Urbain d Istanbul. Mes remerciements s adressent à ceux qui ont encadrés ce stage, plus généralement ce travail, dont notamment à Jean François Pérouse et Laurent Devisme pour leur aide, leur suivi et leur disponibilité. Ils s adressent également à Gizem, Guillaume et Florent qui chacun à leur manière ont porté mon choix qui m emmena jusqu au Bosphore. Pour cette année riche en enseignements et rencontres, je remercie Ilkan, Meriç et Alper qui ont été mon heureux quotidien stambouliote. Merci à toutes les personnes que j ai rencontré tout au long de cette étude pour leur sympathie, gentillesse, temps accordé pour leurs dires et leurs aides. 5

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6 08 10 INTRODUCTION 1 / LES ESPACES HERİTES DE L ISTANBUL MO- DERNE ; LIEUX et CONTEXTE _ Un système de lieux comme territoire _ Trois secteurs, leurs Histoires, typologies et spécificités 18 2 / VISAGES, SYMBOLES ET REALITES DE LA COMPOSITION COMMERCIALES DE CES ESPACES DE PROXIMITE _ Introduction A}Composition de l offre commerciale dans ces territoires de proximité _ Relevé et méthode _ Répartitions commerciales _ Récits de ce que l on considère comme commerce banal en Turquie B}Le commerce de proximité et fantasmes associés _ Orientation commerciale et visages de ces localités _ L identité commerciale ou l affirmation symbolique _ Le rayonement commercial ou l effacement du local 41 3 / LE COMMERCE DE PROXIMITE, MATRICE D ES- PACE PUBLIC? A}Le système d acteurs dans ces espaces de non centraux _ Les usagers et riverains ; le degré zéro primordial de la production d espaces publics _ La gouvernance de l institution publique en crise _ Des alternatives associatives au pouvoir qui restent ponctuelles B}La production par la pratique _ Des espaces hétérogènes et mouvants _ Mouvement et établissement, le flux et ces sphères _Changement et permanence ; l exemple du secteur de l informel 62 4 / «L ESPACE SOCIAL» ET SES DYNAMIQUES CONCLUSION MEDIAGRAPHIE 7

7 } INTRODUCTION A LA VILLE La nuque légèrement inclinée, le haut du corps décollé de ce siège confortable, le front collé à un hublot, c est là, à une centaine de mètres d altitude, en survolant cette mégapole et le bleu de son cœur, qu Istanbul fait son entrée en scène. Naviguant entre les nuages, les premières images sont déjà époustouflantes, alors que l avion engage la douce descente vers le sol, nous sont offertes ces brides de paysages urbains. Vu du ciel, on ne s y méprend pas, Istanbul est gigantesque, tentaculaire, immensité urbaine, elle couvre hectares, les estimations évoquent que 95% de la ville du Bosphore est urbanisée 1 Arrivé au sol, les images prennent vies et deviennent frénétiques. Aux traces d une histoire des plus riches s ajoutent celles d une urbanisation euphorique, patchwork architectural surprenant, premières invraisemblances lisibles de cette ville se construisant sur un lit de paradoxes. Bride d Istanbul vue d avion par F. Vidaling, mars 2011 Etirée entre l Asie et l Europe, équivalent dans sa version contemporaine à un déploiement entre union européenne et monde musulman, c est une mégapole en voie de développement manipulant tant de contradictions qu elle devient extraordinairement singulière et passionnante. Dans un contexte de transformations urbaines rapides - le tissu urbain actuel aurait émergé à 80% après naquît en périphéries malls et gated communities, nouveaux espaces publics évoquant les rêves d une ville moderne calquée sur des modèles occidentaux, ces transformations viennent défier le paradigme d une urbanité existante. En parallèle, les quartiers centraux Située sur un point géographique qui a portée sa grandeure à travers les âges et une aire métropolitaine d ampleur avec ses hectares. 1 D Sudjic, The city too big to fail in Istanbul, city of intersections, urbanage, novembre 2009; 8

8 célébrant leur premier centenaire sont soit le joug d une gentrification importante, soit victimes d une paupérisation liée à un contexte historique difficile. 2 Puis, alors que l économie se libéralise peu à peu, Istanbul régularise ces Gecekondus - habitat précaire assimilable aux bidonvilles s y développe des quartiers d affaires, centres commerciaux, des places publics de prestiges, sans oublier une politique culturelle en devenant la Capitale Européenne de la culture Istanbul a définitivement émergé en tant que ville-région. Et c est aussi, selon Orhan Pamuk, une ville à cheval entre deux mondes où «tout n est qu à moitié, tout est incomplet, tout est imparfait» 3. 2 Çaglar Keyder, A brief history of modern Istanbul in Turkey in the modern world, Ed. Reşat Kasaba. Cambridge University Press, Orhan Pamuk, «Istanbul, souvenirs d une ville», ed. Gallirmard, 2006, p.465, 547pp 4 Murat Güvenç, «Istanbul une approche historique et socio-spatiale» dans Urbanisme, sept-oct 2010, n 374, p A.Fleury, Les rivages d Istanbul: des espaces publics à part, au coeur de la mégapole, article réalisé de septembre à decembre 2002 au sein de l OUI observatoire urbain d Istanbul. Quoiqu on en dise, rendre compte de l Istanbul contemporaine semble chose vaine tant elle est diverse, issue d enchevêtrements complexes de processus de globalisation et de différentiation locale 4. Et, à force d abstraction, on efface ce qui constitue la ville, ce qui fait son essence, on oublie ces vides, ceux là mêmes qui la rendent véritable et lui donnent un sens. Ainsi, il devenait important pour nous dans ce travail de mémoire, qui s applique à parler d une ville mondiale, de s immiscer dans l un de ces espaces et de le faire parler. De devenir, un temps, l observateur de ce précieux liant qu on appelle espace public. Notre posture fut de positionner notre regard sur les espaces de proximité. Espaces aujourd hui considérés comme centraux par les acteurs des villes européennes, ils restent quelques peu délaissés par ceux d Istanbul qui portent davantage leurs intentions et actions sur «les espaces de prestige». Pourtant, si l on considère les espaces publics au sens large, comme «des espaces d usage public, définis par les pratiques concrètes des citadins, ainsi que par leur triple rôle de mise en relation entre les citadins, entre les lieux, entre les différentes échelles de la ville», on peut bel et bien parler d espaces publics pour les espaces de proximité. 5 Par rapport à notre contexte culturel, la relation entre les sexes, la limite privé/public et plus généralement les codes sociaux et la vision de l espace divergent, même si des processus d occidentalisation important sont à l œuvre. De par notre posture, nous espérons porter une contribution à la réflexion sur la notion d espace public de proximité à Istanbul comme ailleurs. 9

9 } LES ESPACES HERITES DE L ISTANBUL MODERNE ; LIEUX ET CONTEXTES _ UN SYSTEME DE LIEUX COMME TERRITOIRE «Il n y a pas un espace, un bel espace, un bel espace alentour, un bel espace autour de nous, il y a plein de petits bouts d espaces» G. Perec, 1985 Afin de souligner au mieux ce qui fait concrètement les espaces de proximité stambouliote d aujourd hui, nous avons exprimé la volonté de se raccrocher à un lieu. En portant un regard exhaustif sur celui ci, nous prétendons pouvoir comprendre le lieu et ses espaces; de quelles manières il se transforme, que ce soit par ses pratiques ou ses formes, ses aménagements ou sa gestion au sein de l espace urbain. Il s agit également de pouvoir développer une vision au plus proche du réel et du territoire, de ne pas se laisser porter par une vision idéalisée de l échelon du local et de celui de la proximité qui seraient tous deux incarnés par le quartier et ses rues comme les lieux par excellence de la sociabilité urbaine. Eviction potentiellement faite, nous avons privilégié de développer notre étude, non pas autour d un lieu en particulier, mais autour d un système de lieux suivant ainsi les préconisations de nombreux géographes parmi lesquels Antoine Fleury dont la thèse constitue une des référence majeure de ce travail. Ce système de lieu peut être défini selon plusieurs paramètres parmi lesquels on compte le plus souvent la forme, l ouverture, le statut ou encore la norme de chaque espace. Nous avons donc établi une présélection de lieux qui présentaient la caractéristique d être des centralités dont on distingue une concentration relativement élevé de petits commerces, on l on trouve des squares, des marchés ou des rues de proximité 6, le tout étant pratiqué quotidiennement par une partie des habitants, en somme dont l impact à l échelle locale était prégnant. 6 Le square est une figure relativement absente dans la forme urbaine stambouliote qui a hérité du patrimoine ottoman. Celui-ci lègue d avantage de grande place, medyan, ou marché couvert, les çarsı qui ont longtemps été la place privilégié des sociabilités urbaines - Cânâ Bilsel, «L espace public existait-il dans la ville ottomane? Des espaces libres au domaine public à Istanbul (XVIIe-XIXe siècles)», dans Études balkaniques, n 14, 2007, p

10 Après de nombreuses observations sur ces mêmes sites, nous avons finalement affiné cette sélection en fonction de nouveaux paramètres pour présenter un système de lieu particulier. Pour se faire, nous nous sommes penchés sur un premier paramètre géographique émanant directement de la notion même de proximité. D après la définition que donne le «dictionnaire du commerce et de l aménagement» 7 un espace de proximité est celui dont la fréquentation peut se faire à pied lors d un déplacement inférieur à dix minutes. Nous avons donc pris le parti de centrer notre étude sur un système de lieux de proximité dont chacune des entités, chacun des lieux seraient séparés par dix minutes de marche à pieds. Par ailleurs attirée par la richesse des espaces hérités qui ont reçu un héritage particulier mais dont les pratiques se sont profondément transformées, c est le dernier critère qui nous a permis de délimiter avec précision notre système de lieux de proximité. Ainsi, nous concentrerons cette étude sur les localités de Cihangir, Firuzağa et Tophane. Au cours de notre étude, notre intérêt se portera sur ces centralités mais également sur leurs rues alentours 8. Etant donné que ces trois espaces sont géographiquement proches, cette position nous permettra aussi de revenir une 11

11 notion de continuité et fragmentation de la ville, comment ces trois espaces proches entrent ils ou non en relation? Car en effet, à priori, seul le caractère géographique strico-sensu semble raccrocher ces trois localités sélectionnées qui diffèrent notamment dans leur composante socio-économique (I). Par ailleurs, pour étudier ces espaces, nous avons choisi une entrée particulière qui s attache à une notion fonctionnaliste. En effet, si ces espaces publics se définissent comme des espaces pratiqués par le public, c est avant tout parce qu il est attiré par des fonctions urbaines. extrait de l oeuvre de Nicolas Moulin - «vider Paris» Or la fonction commerciale va de pair avec les espaces de proximité comme l a par exemple souligné l artiste N.Moulin en produisant une œuvre explicite. Le montage ci-contre illustre son travail, dont la démarche a été de reproduire l espace de la rue s il n y avait plus de commerces. Les commerces donnent ainsi la tonalité aux espaces et notamment aux espaces de proximité, se sera une manière pour nous d entrer en relation avec ces trois localités, en décortiquant et analysant l offre commerciale qui s y manifeste. Par ce biais qui s attache à retranscrire les témoignages que le commerce nous laisse, nous tenterons de saisir les visages de chaque localité, d en discerner les symboles et représentations (II). Puis dans un troisième temps, nous chercherons à évaluer le degré de l impact de cet ensemble commercial dans la production d espace public. En s attachant aux pratiques qui prennent place dans ces espaces mais aussi en évaluant le système d acteurs impliqué dans la production de ces espaces publics de proximité (III) Pour finir, nous nous attacherons à des études de cas relatifs aux espaces étudiés en soulignant des questions propres à ces localités, aux transformations qu elles connaissent, aux conflits auxquels elles font face, nous nous rapprocherons ainsi de la composante sociale de l espace qui est intrinsèque à celui-ci (IV) espace et société se nourrissant voire se définissant mutuellement. 7 René-Paul Desse (dir.), Anne Fournié, Arnaud Gasnier, Nathalie Lemarchand, Alain Metton, Jean Soumagne, «Dictionnaire du commerce et de l aménagement», Presses Universitaires de Rennes, Septembre Les dénominations de ces localités en ces termes ne correspondent pas à des limites administratives, ainsi lorsque nous évoquerons Firuzağa il s agit de l espace situé aux alentours de la mosquée de Firuzağa. De même pour Cihangir qui définit le système de rues aux alentours de l avenue de Cihangir et Tophane, celles se développant à proximité du 12

12 _TROIS SECTEURS, LEURS HISTOIRES, TYPOLOGIES ET SPÉCIFI- CITÉS Ces trois localités de Cihangir, Firuzağa et Tophane sont situées dans l arrondissement de Beyoğlu. Géographiquement, économiquement, culturellement et même symboliquement parlant, Beyoğlu est un arrondissement central à Istanbul. Principalement sollicité pour tenir en son sein la célèbre artère piétonne d Istiklal Cadessi, véritable cœur de la vie nocturne stambouliote, c est du reste un arrondissement socialement très contrasté. Il est historiquement composé des sites de Galata - comprenant à l époque la localité de Tophane - et de Péra - dont les localités de Cihangir et Firuzağa constituent les abords. Gravure de Constantinople - bnf Plus que tout autre quartier, ce sont les témoins de l histoire moderne d Istanbul. Ils ont connu un développement et un essor grandissant à partir de la fin du XVI siècle. On compte aux XVII et XVIII siècles habitants à Galata et à Péra, beaucoup plus rural, sur les que compte environ Istanbul. Déjà durant cette période, ces espaces sont marqués par un cosmopolitisme important, faisant face à Stamboul, la turque. En effet, le pouvoir ottoman encourage très tôt le regroupement par appartenance religieuse ou ethnique ; ainsi les Francs et «latins» se voient interdire de demeurer au sud de la Corne d or. Mais c est davantage au XIX siècle que ce cosmopolitisme deviendra une richesse arborant sa culture européenne et gagnant en influence dans l empire ottoman dont les concepts venus d occidents sont de plus en plus en vogue. A partir de cette période, la ville se développe en parallèle de sa vie sociale et ces quartiers se gonflent d européens et de «minorités» que constituent majoritairement les communautés juives, arméniennes, grecques, levantines, françaises et allemandes A partir de 1922, date marquant l arrivée des nationalistes à Istanbul, la ville connait une succession de changements liés à 13

13 une période charnière de l histoire de la Turquie. C est à cette époque que la première république de l état turque naquit, les nationalistes qui ont dans ce mouvement une influence dominante considère que «la bourgeoisie ottomane chrétienne, orientée vers l Europe doit être excisée de l instance nationale de l Étatnation pour commencer une nouvelle sur une base saine» 9 Cette idéologie sonne la glas de la prospérité de ces quartiers, d autant plus qu elle se place à un moment historique pour Istanbul qui en plus d avoir perdu son statut de capitale de la Turquie, ne constitue plus le centre métropolitain impériale, perdant toute son influence dans les territoires des Balkans pour ne citer qu eux. La Turquie signe le traité de Lausanne, dernier traité issu de la première guerre mondiale, qui induit un échange de population et une purification ethniquo-religieuse sévère. Ces différentes prises de positions politiques portent des conséquences sérieuses sur les localités que nous étudions. Cellesci étant majoritairement peuplées de non-musulmans, elles se vident de la majorité de leurs populations détenant beaucoup de richesses. Elles laissent derrière elles des immeubles entiers, vendant pour une bouchée de pain leurs boutiques auparavant prospères mais qui n ont su faire face à des systèmes de taxation sévères envers les non-musulmans les obligeant à quitter le pays. _émeute de septembre 1955: magasins grecs mis à sac Les communautés européennes ou minoritaires rétrécissent vite et bientôt seul Cihangir accueillera ces populations. Cette épuration ethnique atteint son paroxysme pendant les évènements du 6 et 7 septembre 1955, une foule coléreuse attaquant les commerces et habitations des quelques grecs vivant encore à Cihangir 10. Dans ce contexte violent, les grecs finissent par eux aussi quitter le pays. Parallèlement, Istanbul est victime d un exode rural très important. Les gecekondus bidonvilles apparaissent aux quatre coins de la ville qui connait une urbanisation chaotique. Cette arrivée massive de population anatolienne a elle aussi marquée l histoire des localités étudiées. A défaut de pouvoir trouver un lopin de terre où construire leur gecekondu littéralement «logement construit en une nuit» - ces populations n ayant aucune attache dans la capitale en 9 Çağlar Keyder, A brief history of modern Istanbul in Turkey in the modern world, Ed. Reşat Kasaba. Cambridge University Press, habitations et de nombreux magasins auraient été mis à sac. Sous les yeux de la police, une foule en colère réagissait à des rumeurs de plasticage de la maison natale à Salonique (Grèce) du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, véritable icône de la république. _ Erik J.Zücher «Turkey, a modern history», ed.ibthauris, 1993, p.231, 415pp. 14

14 viennent à squatter les immeubles délaissés par leurs propriétaires européens. Ces venues ont engendré un déclassement de ces quartiers accueillant auparavant l élite d Istanbul. Par souci de démarcation sociale face à cette paupérisation naissante, la bourgeoisie musulmane vivant toujours dans ces quartiers délaisse elle aussi leurs propriétés aux profits d appartements en périphérie de la ville venant ainsi remplir les premières cités d Istanbul. En somme, Beyoglu perd son prestigieux statut, se paupérise et devient un arrondissement populaire où quelques groupes marginaux se réfugient notamment travestis et transsexuels. Aujourd hui, l arrondissement est socialement très contrasté et se porte témoin de cette histoire. En effet, des processus de gentrification très marqués sont venus contredire ceux de paupérisation. A partir du milieu des années 1990 et suite à une libéralisation de l économie, Istanbul s ouvre davantage et accueille en son sein des «expat», de jeunes européens qui de nouveau se regroupent dans les immeubles construits par leurs aïeux. La colline sur laquelle Cihangir est fièrement accrochée lui offre une vue imprenable sur le Bosphore et n échappe pas à une nouvelle invasion européenne. Il devient le fief de jeunes couples européens mais aussi d un bon nombre d artistes, de producteurs de cinéma, de designers, de littéraires turques, en somme d une certaine élite intellectuelle. Cette gentrification atteint doucement le quartier de Firuzağa vers les années dont la composante socio résidentielle est aujourd hui semblable à celle de Cihangir : une population jeune et très influencée par des modes de vie européens. Le quartier de Tophane, lui, reste populaire, même si les processus de gentrification sont à l œuvre depuis quelques années. Les rues de Tophane accueillent quelques Roms, quelques intégristes musulmans, quelques européens, quelques artistes et beaucoup de familles turques issues de l immigration anatolienne portant des valeurs traditionnelles. Ainsi, même si ces trois localités sont géographiquement proches, elles ont hérité de l histoire des composantes socio-résidentielles diverses. 15

15 Par ailleurs, chaque lieu de ce système présente des formes urbaines variées. La centralité de Cihangir s est construite sur une rue, celle de Firuzağa autour d une petite mosquée et celle de Tophane autour d un petit parc de proximité. Ceci étant dit la typologie spatiale reste globalement similaire. Il s agit dans les trois cas de localités dont le bâti est dense et organisé en ilots dessinant un système de rues d un gabarit variant autour d une dizaine de mètres de larges. Même si elles sont à proximité de nœuds de circulation (soit Taksim soit le tramway) ces localités ne sont pas traversées par les transports en commun. A noter enfin, que la topographie dessine des caractères particuliers à chaque localité. Tophane se trouve quasiment au niveau du Bosphore, même si la ligne de tramway et une route quatre voies créent une véritable frontière entre la mer et ce quartier. Par ailleurs, Tophane est situé aux pieds de la colline de Péra accueillant Cihangir à l est et l Istiklal au nord et un autre dénivelé à l ouest mène au site de Galata, Tophane est donc situé dans une petite cuvette. Cihangir est lui construit sur les flancs est de la colline de Péra, 16

16 le rapport à la mer est quasiment plus fort qu à Tophane malgré un éloignement plus marqué, mais la vue dont bénéficie Cihangir joue un rôle favorable dans la construction de cette relation. Firuzağa est elle aussi construite sur les flancs de Péra, mais ne bénéficie d aucune vue particulière, si ce n est celles qu offrent les villes construites sur des sites topographiquement marqués. D environnement urbain et de traits morphologiques similaires, ces trois sites, ces trois localités, ces trois quartiers géographiquement proches et à la formation historique mouvementée et particulière présente l autre caractéristique d être des noyaux du local. Espaces hérités, ils portent en eux un terreau atypique, terrritoires que l on dirait naturellement favorables au développement des pratiques sociales de l espace, à l implantation d arts de faire et qui ne feraient qu accompagner le bien fondé d une présence commerciale de proximité. Il s agit donc de caractériser cette offre commerciale afin de comprendre dans quelle mesure elle influence l espace et les pratiques sociales de ces espaces de proximité. 17

17 } VISAGES, SYMBOLES ET REALITES DE LA COMPOSITION COMMERCIALES DE CES ESPACES DE PROXIMITE Introduction : Quand on la découvre, quand on l observe, quand on essaye de l appréhender, quand on est embarqué dans ses flux, quand on l arpente, quand on goute Istanbul, on ne peut peux omettre l omniprésence du commerce. Il est partout où l on est. Devant les hauts lieux touristiques, on marchande des cartes postales, bouteilles d eau et simit. Déambuler dans les rues d Eminonü sans ne rien acheter semble incongru. Embarquez dans une navette fluviale et voilà que le temps d une traversé, on vous propose thé, jus de fruits, et barres chocolatés. Dans l avenue d Istiklal, on retrouve nos magasins de prêt- à-porter franchisés. Ici, la rue est envahie par un marché hebdomadaire qui s est installé sous de grandes toiles blanches savamment érigées. Là, une publicité vente l ouverture du dernier grand mall dans un quartier récemment réaménagé de la grande Istanbul. Dans cette ville, où l appétence pour la croissance n a d égal la superficie de la mégapole, où le commerce a fait la gloire d Istanbul, où tout se vend, à quasiment n importe quel moment, diriger ses observations et ses interrogations sur l impact du commerce dans les pratiques sociales et dans l organisation de l espace semble naturel. Notre regard se dirige vers des espaces, des lieux de toute banalité, s il en est. Ni particulièrement touristique, ni récemment sorti de terre, ni menacé de disparition ; les lieux choisis ont pour caractéristique principale d être des aires résidentielles. De ce fait, comparé des avenues commerciales ou des mall, le commerce occupe donc un espace relativement limité. Jusqu à présent, le droit ne régit pas l implantation commerciale au sein des quartiers étudiés. Les commerces s installent au gré des opportunités, ne suivant aucun schéma directeur particulier, la politique stambouliote en matière de répartition commerciale étant d appliquer une «non-politique» entretien avec Jean François Pérouse _ juin Ce travail se concentre sur une typologie spatiale particulière, celle de l avenue piétonne. L auteur met donc en avant d autres échelles, d autres usages, d autres enjeux. Mais de part la similitude de nos démarches, nos travaux entre en résonances et peuvent être compris dans un corpus s interrogeant sur l impact du commerce dans l espace public stambouliote. Ils contribuent ainsi à la problématique des espaces publics 18

18 Les commerces occupent donc les rez-de-chaussée d immeubles - voire même ceux de mosquée dans le cas de celle de Firuzağa. Dans cette configuration architecturale où le bâti hérité du début du XXème siècle est divisé de sorte que l on trouve un commerce en rez-de-chaussée et des logements dans les étages, rares sont les commerces qui occupent plusieurs niveaux seuls quelques cafés et banques dérogent à cet état de fait. Les surfaces des commerces sont donc petites, et tous ont une interaction directe avec l espace de la rue. 13 «Dictionnaire du commerce et de l aménagement», 2008, idib. 14 Méthodologie mise en place avec l aide de l ouvrage de : B. Mérenne-Schoumaker, «Méthodes d analyse des localisations commerciales : les apports de l enquête de terrain», Annales de Géographie. 1982, t. 91, n 506. Nous dégageons ici une certaine normalisation dans les caractéristiques formelles de ces commerces, nous pouvons prolonger notre interrogation sur l aspect normatif de ceux-ci, mais également de leurs usages et espaces associés. Quelle est l offre commerciale de ces lieux? Quels usages et pratiques engendre t elle? Quelle est l amplitude de l interaction du commerce avec l espace de la rue, devient elle la matrice de ces espaces publics? 19

19 20 Répartition commerciale générale au sein des trois localités

20 CIHANGIR FIRUZAGA TOPHANE 21

21 22 Répartition commerciale anomale au sein des trois localités

22 CIHANGIR FIRUZAGA TOPHANE 23

23 24 Répartition commerciale banale au sein des trois localités

24 CIHANGIR FIRUZAGA TOPHANE 25

25 A_COMPOSITION DE L OFFRE COMMERCIALE DANS CES TERRI- TOIRES DE PROXIMITÉ > Relevé et méthode Un des outils que nous utilisons afin de caractériser et de problématiser cette offre commerciale est le relevé. Apparaissent sur la formalisation de celui ci les établissements qui interagissent avec la rue. La plupart ont une fonction commerciale, mais nous n omettons pas de figurer les espaces en rez-de-chaussée accueillant des bureaux ou l espace de travail de l artisan. Ainsi, le critère d interaction immédiate de ces établissements avec la rue est à la base de notre logique de recensement. Nous rejoignons de cette manière le travail de J. Lapeyre de Cabanes qui présente dans un mémoire des relevés d établissements commerciaux dans des espaces prédéfinis de la mégalopole turque 12. Afin de permettre la lecture de ces relevés, nous avons tenté de catégoriser les établissements. En premier lieu, la fonction commerce a été démarquée par rapport à celle d autres établissements dont la fonction n inclut pas d échanges commerçant / consommateur. Pour aborder la question du commerce, des pratiques et usages de proximité, la catégorie dite de commerce a été à nouveau divisée de façon à mettre en perspective le commerce banal et le commerce anomal. Ce critère introduisant le statut de l enseigne permet de renseigner sur l importance que peut avoir un commerce dans la vie quotidienne de ses localités. Le commerce banal se démarque du commerce anomal de part «le niveau de fréquences d utilisation et de consommation de certains biens» 13 Cette catégorisation est croisée avec celle que J.A Sporck afin de mettre en évidence l organisation spatiale du commerce banal et anomal. Ainsi, nous classons les «certains biens» dans des spécialités correspondant aux besoins majeurs du consommateur; à savoir : 13 Agnès Varda _

26 - Alimentation - Cafés / restaurants - Habillements - Equipements - Luxe-loisirs-culture - Services Les données présentées dans ce relevé résultent des observations faites sur le terrain à un instant t, en occurrence courant juin Le but de ce relevé est de donner à voir quelques caractéristiques du paysage commerciale de ce tissu urbain. Il constitue en cela une base sur laquelle nous pourrons bâtir notre réflexion 14. Dans ces espaces, le commerce s exprime et donne la tonalité aux lieux aussi bien par sa présence que par son absence. Le relevé établi entre juin et juillet 2011 dont nous partageons les données sous la forme de cartes tente de mettre en avant les caractéristiques de l offre commerciale au sein de ces lieux. _ Répartitions commerciales. Au cœur de ces lieux, la densité commerciale apparait importante, même si inégale au sein des trois espaces. Ainsi, à Firuzağa, la moitié des immeubles accueillent une fonction commerciale en rez-de-chaussée, lorsque un tiers ont cette fonction sur l espace de Cihangir et seulement un peu plus d un huitième en ce qui concerne l espace de Tophane: Si l on précise l analyse, la proportion commerce banal/commerce anomal souligne de nouveaux écarts. Le commerce banal, assimilable à celui que l on pourrait nommer «commerce de proximité» est particulièrement représenté dans le quartier de Tophane, 80 % des commerces étant considérés comme tel. A l inverse Cihangir présente une configuration autre avec seulement 40% de commerce banal. L espace de Firuzağa se positionne dans l entre-deux en présentant une proportion équilibré entre ces deux formes de commerce. Ces données ouvrent plusieurs hypothèses quant aux pratiques de consommation tout autant qu aux pratiques commerciales au 27

27 sein de ces trois quartiers. Avant d étayer ces hypothèses, nous donnons à comprendre ce qui constitue traditionnellement le commerce banal dans le quartier turc. _ Récits de ce que l on considère comme commerce banal en Turquie Le commerce de proximité est représenté par nombres enseignes au sein des quartiers stambouliotes. La plupart ont un lien avec _çay evi, un milieu maculin l alimentaire mais pas seulement, ils ont tous leurs particularités intrinsèques, leurs caractères particuliers. Se laisser prendre par le plaisir d observer chacun de ces endroits c est embarquer dans une version vivante et moderne de Daguerréotype 13. La Pastane assimilable à une pâtisserie ou à un salon de thé présente un paradis de gâteaux. Desserts, biscuits, baklava et autres gourmandises sucrés turques mais aussi poğaça petit pain salé consommé au matin. Derrière les vitrines où brillent les sucreries où s amoncellent les biscuits, les serveurs sérieux portent leurs chemises blanches immaculées et irréprochables. Un espace généralement dégagé accueillent tables et chaises depuis lesquels on observe les mouvements de la rue, ou on abandonne son regard à la danse de la limonata qui reproduit inlassablement le même mouvement. Ouvert tout au long de la journée, on s y rend à tout moment. Le matin pour un poğaça et un çay (thé boisson nationale turque) en milieu d après midi pour une pâtisserie seul(e), pour tuer le temps, ou avec une amie ou de la famille pour les dedikodu commérages - ou le soir entre amis. Plus que dans les autres organes de la vie de quartier, le critère de l ancienneté est un gage de qualité dont on se vante, souvent exhibé au fronton de l établissement. Dans la lignée des établissements de proximité ou l on s assoit pour passer le temps, on retrouve la çay evi maison de thé (ou çay odasi- chambre de thé). Boisson nationale turque par excellence, on ne boit pas le çay à un moment de la journée mais tout au long de la journée. On commande un premier çay, puis un deuxième puis un troisième jusqu à ce que mort du temps s en suive. Les çaydanlik sorte de théière à double récipient est tou- 28

28 jours sur le feu, le çay prêt à être servi par le tenancier de l endroit dans l instant. La çay evi n accueille rarement du monde, elle accueille son monde, elle accueille ses habitués, généralement ses vieux messieurs, ses amca ; espace communautaire, fréquenté majoritairement par un lot d habitués, de sexe masculin. _devanture d un bakkal _ intérieur d un kuruyemis A noter que, très proche de cette figure, on trouve le çay bahcesi jardin de thé qui, comme son nom le laisse à penser, est un espace ouvert, de plein air. On les trouve au bord de l eau, dans des parcs ou au milieu des cours intérieures des han. De part cette appartenance à d autres espaces publics il s y développe d autres pratiques, d autres rythmes, un autre système de gouvernance etc. ce qui les exclus de notre présente analyse. Néanmoins, les fonctions de ces deux lieux étant proches, il devenait nécessaire d opérer cette précision. Un des derniers lieux proche dans les rythmes et les pratiques de ces trois premiers est celui du kavhe. La fréquentation y est relativement similaire à celle des çay evi. Mais aux tintements des cuillères à thé sur les bords du verre s ajoutent ceux des tuiles en plastiques du okey qui déferlent sur les tables de jeux se devant d être d une capacité minimum de quatre personnes. Le tavla, diapason de cet espace sonore, dicte le rythme sur la base binaire lancé de dès/déplacement de pions. A ces sons se joignent ceux des voix de ces hommes tantôt réclamant un nouveau çay, tantôt faisant des commentaires sur le jeu ou sur son adversaire. Là encore, c est un lieu traditionnellement masculin, dont les habitués sont issus du quartier, où le rythme des parties de okey efface le temps qui passe. Dans un pays où le partage du repas et le manger sont centraux l alimentaire constitue encore et toujours un élément central dans la vie quotidienne turque. Dès lors, des commerçants tels que les bakkal (épicier) ou manav (marchands de fruits et légumes) sont des figures structurantes de ce commerce banal presque tout autant que de la vie de quartier. Le bakkal qualifie à la fois un petit commerce de quartier et son tenancier. A l intérieur de ces commerces, c est une panoplie de produits de premières nécessités concentrés dans un espace restreint. Chaque cm² est exploité au maximum ; les murs tapis- 29

29 sées de denrées diverses et variées. Dans ce décor coloré, un ou plusieurs rayons ou armoires réfrigérés accueillent les laitages, produits sous vides et/ou boissons. Souvent près de la caisse tant est que l on puisque définir un proche ou un lointain dans ces espaces minuscules - une vitrine réfrigérée contient les produits à la découpe et frais. Dans ce cas, l accès est implicitement réservé au bakkal lui-même. Le pain est lui conservé dans un placard fermé. Cette denrée est livrée à plusieurs moments de la journée par le commis du fırıncı. Le bakkal vend aussi des biscuits secs, venant des pastanes, mais aussi toutes sortes de coupes faim et autres friandises. Les autres produits alimentaires sont quasi exclusivement des produits en conserve ou déshydratés. Du shampoing au blaireau en passant par le papier toilette, le rayon hygiène n est quant à lui pas en reste. Autour de la caisse, sont exposés tous ces produits destinés à une consommation impulsive ; entre chewing gum et friandises, graines de tournesol et amandes salés, briquets et cigares, tous s affiche sur 30cm² tout au plus. Derrière la caisse, un mur exhibe nombres de paquets de cigarettes, dont la consommation au sein de la société turque est très élevée malgré un prix relativement cher. Généralement, on peut aussi y demander des cartes de téléphone pour recharger son mobile voire pour les cabines téléphonique. Les bakkals utilisent l espace urbain comme une expansion de leurs magasins. Dans chaque cas, un congélateur portant les couleurs d une marque célèbre de glace est accolé à l entrée. Dans certains cas, on peut trouver un second congélateur ou sont cette fois ci stockés des produits congelés. Il peut aussi s agir d armoire frigorifique dont la fonction est de garder les bouteilles d eau et de sodas au frais. Par ailleurs, des présentoirs mobiles font partis de l attirail classique du mobilier extérieur de ces bakkals. Ils sont dispersés en fonction de l espace qu offre le trottoir, tantôt alignés à la façade tantôt lui faisant face. La plupart des présentoirs vendent des journaux. Il y a toujours au minimum un présentoir qui affiche la gamme complète des chips de telle ou telle marque. 30

30 Les bakkals ne vendent pas d alcool, si tel est le cas ils deviennent tekel, les murs se transforment alors en armoires frigorifiques contenant un apanage de bouteilles d alcool allant de la bière à la vodka en passant bien évidement par le raki l autre boisson nationale turque, au coude à coude avec le çay. Les cigarettes ne sont pas loin, la presse et les confiseries demeurent généralement présentes. Entre ces deux catégories, on trouve les kuruyemiş. Même si comme les bakkals ils vendent de l alimentaire, ils sont en plus spécialisé dans la vente de fruits secs et d oléagineux (fruits à coques tels que les cacahouètes, amandes, noix de cajou etc.) Dans cette catégorie de «l alimentaire», on trouve le manav qui lui propose tous les fruits et légumes de la saison en provenance de la province anatolienne. Ceux qui composent cette catégorie sont regroupés sous le nom d esnaf. Ce terme, dont l équivalent français semble manquer, se rapprocherait du définitif de «petit commerce de proximité». C est un commerçant du quartier, la donnée importante et fondamentale qui justifie son appartenance à la confédération des esnaf est la surface du magasin qui se doit d être petite. Le bakkal, manav et kuruyemiş y sont donc inclus, mais pas seulement. Moins centraux, un peu moins visibles, ne concernant pas la part alimentaire, mais néanmoins consubstantiel à la vie de quartier, les drogueries, quincailleries et merceries font aussi partis de ces commerces dits banals. Véritables dictionnaires ouverts pour celui qui souhaiterait faire un inventaire de la collection parfaite de l électricien, plombier, couturière ou de la femme de ménage, on y trouve tout, dans un bazar dont la clé appartient au tenancier. Le süpermarket est lui aussi un composant dans cet ensemble de commerces banals. Franchisé ou non, même s il induit de nouvelles formes de relations sociales, il est indissociable de ce territoire du quartier et de ses pratiques quotidiennes. 31

31 B _ LE COMMERCE DE PROXIMITÉ ET FANTASMES ASSOCIÉS _ Orientation commerciale et visages de ces localités Si on ne peut nier que chacune de ces dernières figures précédemment décrites constituent le cœur du commerce banal turc, elles prennent néanmoins des formes variées selon leurs implantations dans les trois centralités étudiées. Ainsi, Cihangir et Firuzağa, de part leurs populations européennes ou européanisées et leurs histoires largement liées à ces influences, nous nous confrontons à un référent culturel nouveau qui engendre la nécessité de relativiser la définition de ce terme «banal». L exemple le plus marquant qui nous permet de souligner cette distension dans la définition du banal est celui de la çay evi. Dans les centralités de Firuzağa et de Cihangir, les çay evi connaissent plus ou moins le même niveau de fréquentation qu un salon de thé. Pourtant, le salon de thé a une esthétique, une offre, des pratiques qui le pose comme un commerce d une nouvelle catégorie. Mais «le niveau de fréquences d utilisation et de consommation» de ces deux espaces les réunissent bel et bien dans la catégorie des commerces banals de ces centralités. Passé cette précision revenons à nos premiers constats qui étaient de souligner une différenciation importante entre la proportion banal / anomal entre les trois centralités. Cette observation ouvre des hypothèses diverses concernant _ le Paz art - marché d objets artisanaux l identité commerciale de chaque lieu et de ses pratiques associées. La forte proportion de commerce anomal dans le quartier de Cihangir est en réalité le reflet d une demande particulière soumise par la population de Cihangir. A titre exemple, on trouve beaucoup de cabinets vétérinaires dans ces rues alors qu ils sont à ce jour absents dans les deux autres espaces. Les cafés et restaurants affichent un standing 16 M.VAN CRIEKINGEN, A.FLEURY,«La ville branchée : gentrification et dynamiques commerciales à Paris et à Bruxelles», Belgeo, n 1-2, pp ,

32 élevé, réservé à une population ayant les moyens et réceptive à cette offre de haute classe. Les commerçants s adressent donc à cette population précise et répondent de ce fait à une demande caractéristique de ce quartier. La fréquentation de ces lieux étant minime, le commerce reste anomal, mais il répond malgré tout à une demande de proximité. On pourrait ainsi considérer l espace de Cihangir comme une localité banale anomale répondant à des besoins de proximité, mais restant malgré tout anomale, de par la caractéristique spécifique de ces mêmes besoins. A l opposé de Cihangir, Tophane présente une proportion élevée de commerce banal. Mais ces deux espaces ont le point commun d avoir une offre commerciale répondant à la demande exercée par la population du quartier. Seuls les besoins diffèrent, à Tophane la demande est restreinte aux produits basiques du quotidien ce qui explique cette forte proportion de commerces banals. La différenciation entre ces deux espaces de vie a, en réalité, trait aux pratiques elles mêmes, qui comme l énonce Bourdieu sont associées à des styles de vies qui varient considérablement d un groupe social à un autre.. Ainsi, la répartition commerciale est ne s attache pas seulement au type de centralité ici deux centralités considérés comme de proximité mais d avantage à l espace social qui le compose. 20 En passant devant un des ces établissements aux codes esthétiques particulièrement marqués, mon colocataire, turc, m avoue qu il est suspicieux quant à la qualité des plats turc qu ils disent préparer. Quelques semaines plus tard, il s y risque et me rapporte que les menemens (une sorte d omelette, un grand basic, numéro 1 chez les étudiants en mal d argent et de savoir faire culinaire) sont très bons. Ouf, l honneur est sauf. La prochaine fois il demandera un autre plat turc plus difficile à concocter, ce bar/restaurant n a pas fini de devoir faire ses preuves derrière son allure trop design. L espace de Firuzağa présente quant à lui des caractéristiques nouvelles et intéressantes. En effet rappelons-le la proportion commerce banal / commerce anomal est relativement équilibrée. L offre commerciale semble être prise dans une logique à double face. Des kuaförs, des manavs ou esnaf lokantasis répondent bels et bien à des besoins d ordre quotidien et de proximité. Et dans le même temps et dans ce même espace, on observe une concentration élevée de banques, de supermarchés franchisés et de restaurants. Cette présence démontre que cet espace est sujet à une logique qui tend vers le consumérisme. Le quidam n est plus forcement chaland, il devient Consommateur. Cette dualité donne une dynamique particulière au quartier de Firuzağa qui présente une logique de commercialisation nouvelle, une composante sociale plus mixte et des pratiques plus 33

33 diverses. Mais il est aussi symptomatique d une gentrification en marche qui passe par le changement du visage commercial 16, avec l apparition des épiceries fines et le développement d un marché spécialisés dans les arts, le Paz art _ L identité commerciale ou l affirmation symbolique. Le relevé nous permet de souligner des identités commerciales particulières, plus ou moins attachées à une demande locale. Cette identité n est pas seulement perceptible au travers de la distribution banal/anomal mais aussi dans l identité propre que se donne chacune des enseignes. Ainsi, l esthétique d un commerce de Cihangir est particulièrement soignée. Elle répond à des codes esthétiques diffusés dans des revues de papiers glacés. Les tables sont en bois, les chaises sont design, les pots de fleurs et porte-manteaux IKEA, la vaisselle est fine, la couleur des murs est trendy, la devanture du commerce invoque des références au casual londonien, parisien ou newyorkais. Parfois le menu peine à offrir des mets turcs, et si c est le cas le doute s installe quant à la capacité à préparer ceux-ci dans l art de faire. 20 Cette esthétique que l on trouve aussi bien dans les restaurants que dans les devantures de pastane ou dans les butik d habillements constitue de fait un ensemble tentant de fabriquer une identité ou du moins de répondre à un besoin tel. Cette mise en avant semble suivre un désir idéologique de créer une atmosphère village-quartier, chacun se retrouverait dans le caractère Cihangir, les vitrines deviendraient un bien commun d une communauté précise, appartenant et vivant dans ce quartier. Cette tendance n est pas seulement applicable au quartier de Cihangir, elle est aussi perceptible dans le quartier de Tophane, mais les référents sont tout autres. Ici, ce n est plus l aspect moderne et trendy qui est mis en avant mais bien au contraire c est l aspect traditionnel qui semble régner. Suite à quelques discussions, les commerçants se sont installés parce qu ils habitent le quartier, ils succèdent à leurs prédécédées de façon plus ou moins naturelle appren- 21 B.SABATIER, «De l impossible espace public à la publicisation des espaces privés», CIRUS-Cieu, Université Toulouse-le Mirailhttp:// hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/34/80/31/pdf/ Espace_public_publicisation.pdf 34

34 tis, famille, amis ou connaissance de longue date ou s il n en pas, la succession est approuvée par la majorité influente de la communauté. Le tenancier d un gida m explique ainsi que son père est venu ici depuis la région d Izmit, après avoir discuté avec les gens du quartier certainement dans la çay evi il est devenu le çırak (apprentis) de celui qui envisageait un passement de main proche, la succession s est faite ainsi. Aujourd hui c est le fils de cet immigrant anatolien qui prend la main. Dans un restaurant servant pide et lahmacum, le çırak est le seul représentant de l établissement, il a 14 ans et habite dans ce quartier. Le tenancier est un ami de son oncle et Mehmet l aide pour l été. Ceci étant dit, il ne semble pas aspiré à prendre la relève pour le moment. Ces deux exemple nous montre que ce quartier est plus ou moins régi et structuré par un système de réseau d allégeance. Quant aux codes esthétiques s il en est, ils répondent aux codes traditionnels, les tables ou l ou déguste le çay sont au ras du sol, on s installe sur des petits tabourets à l échelle de la table. Dans les restaurants, le trio distributeurs à serviettes-sel-poivre semble inamovible, vissé au bout et au milieu de la table. Tophane nous renvoie donc à une nouvelle représentation du village qui ne se reconnait pas dans des codes d ordre esthétique comme à Cihangir mais d avantage dans un système de structuration sociale du quartier. Le symbolisme du quartier-village est donc dans ces cas invoqué par une idéologie d ordre culturel. Chaque quartier manipule des figures et images renvoyant l espace du quartier comme un espace de représentation. Cela semble répondre à la théorie du juriste C. Lavialle selon laquelle «toute collectivité humaine a besoin pour exister [ ] de la métaphore de l unité du groupe» 21 Toujours est-il que l espace public de proximité s en trouve fantasmé. 22 A. Fleury, «Ghorra-Gobin C., 2001, Réinventer le sens de la ville. Les espaces publics à l heure globale, Paris, L Harmattan, 266 p.», Cybergeo : European Journal of Geography, Book Reviews, put online on 13 mars 2002, modified on 13 décembre _ Le rayonement commercial ou l effacement du local Ce fantasme est également nourri par une confrontation qui ne cesse d être invoqué depuis que la ville est devenue métropole. Le quartier est l espace du local, qui se poserait en opposition à l espace du global; celui de la ville invivable. 35

35 Celui d un monde parallèle ou le citoyen est noyé dans le paradoxe moderne de la solitude urbaine, symptome intrinsèque au désert de la grande ville. Dans cette idéologie, le local serait par opposition un territoire rare, protégé, une bulle, un espace de respiration dans ces machines urbaines écrasantes. C est ainsi que le commerce implanté sur cet espace du quartier devient ce petit commerce de proximité au coin de la rue, mini-moteur du mini-flux des trois rues environnantes au coeur de cet espace local idéal et intouchable. Mais, nous savons que de telles réflexions manichéistes ne sont applicables aux situations urbaines. Nos trois territoires invoquent des situations plus complexes. L influence que bénéficie chacun de ces commerces nous permet de réévaluer cette confrontation omniprésente du local/global. Plusieurs entités, comme la pastane de Savoy ou le vendeur de cornichons et autres condiments tiennent des réputations qui ont permis le développement de leur aire de chalandise qui s étend à 36

36 une échelle dépassant amplement celle du quartier. Les rues à proximité de Firuzaga sont remplies d antiquaires et de brocantes aguéris en faisant un point central pour ces spécialistes, revendeurs ou chineurs; à tophane se sont de nouveaux magasins gadgets, cadeaux et décorations qui émergent. Chacun de ces magasins ou enseignes attirent des chalands venant d ici où d ailleurs mais aussi de nouveaux négociants. De part la spécialité de ces enseignes, il n est pas surprenant d y voir attaché une aire de chalandise expensée, ce qui est plus ou moins intrinsèque à la définition d un commerce anomal. Quoi de plus naturel pour un antiquaire de voir un client ou un revendeur venir de l autre bout du pays proposant des meubles ou objets rares venant de telle ou telle région. Ce rayonement commercial multiple lie ces espaces à d autres lieux dans un jeu d échelles complexes. Il nous permet de démistyfier cette tendance à considérer qu il existe un local hermétique et que la ville serait comprise dans une dichotomie local/ global 22. L effacement de cette confrontation est amplifiée par un nouveau phénomène, lui même lié aux développement d internet. En effet, grâce à cet outil, c est aujourd hui l aire de chalandise du commerce banal qui s expanse, multipliant les accroches du commerce banal, qui n est plus seulement attaché à un territoire local. Le téléphone déjà avait fait bouger certaines lignes, mais il s agissait davantage de lignes comportementales que de lignes territoriales. Nora $eni, «La tentative néo-ottomane et la rénovation du quartier de la Süleymaniye» dans Urbanisme n 374, septembre-octobre 2010, p.41 Aujourd hui grâce à un site internet, très en prise chez les jeunes turcs, la plupart des restaurants et cafés sont attachés à de nouveaux territoires. Ce site, comprennez le panier repas qui fait au passage référence à une pratique traditionelle turque que l on décrira dans un prochain chapitre, est une interface permettant au consommateur de commander le repas qui lui plait et qui lui sera livrer le plus rapidement possible. Chaque restaurant est classé dans diverses catégories, allant du café au restaurant chinois en passant par le menu basique turc tel que les döner ou de simple protion de riz, d épinard ou n importe quel autre plat constitutif d un repas quotidien turc. 37

37 Ajoute à ce critère celui du quartier depuis lequel vous commandez votre plat. Dans l impression écran suivant, nous voyons que si nous voulons commander une part de gateau lorsque nous nous trouvons à Tophane, 25 cafés deservent ce quartier. Situés dans les quartiers proches de Tophane comme Fındılık, Nisantaşı, Eminonü ou encore Cihangir ; ces cafés amplifient leurs aires de chalandises jusqu à une dizaine de kilomètres autour de leur implantation physique. La figure suivante montre l aire de chalandise d un restaurant de Firuzaga; de la même façon on lit clairement l importance de l expension de l aire de chalandise. Ces deux exemples montrent la propension que tiennent des commerces banals à amplifier leurs impacts géographiques et perdent peu à peu une exclusivté qu ils contractaient vis à vis du territoire local. Cette nouvelle dimension que prend le commerce banal associée à celle qu à toujours eu le commerce anomal souligne un certains éclatement de la notion de local dans ces cas, et par la même déstabilise l omniprésente confrontation local/global. Alors que symboliquement ces commerces se rattachent à une identité dictée par une idéologie d ordre culturel, ils entrent et participent activement à un courant qui atténue un attachement local existant. Le local et l image associé du village est ainsi parfaitement inclus symboliquement alors qu exclu économiquement. Cette inclusion symbolique _ exclusion économique est un paradoxe qui est également porté par des logiques politiciennes. En effet, on assiste également à une fabrication politique du quartier. Cela a trait avec une tendance politique actuelle qui, dans un courant islamo-conservateur propre au parti de l AKP au pouvoir à Istanbul mais aussi à la tête du pays - manipule allégrement un symbolisme lié à la période ottomane dêchue. 23 Via discours et actions qualifiés par les observateurs de néoottomans, les politiques tentent d insufler la création d une identité directement inspiré des valeurs et du style dits ottoman s adressant à une nouvelle génération bourgeoise s auto-définissant comme conservateur et démocrate. La figure du 24 Voir le compte rendu de l exploration urbaine à l Istanbul bakkallar odası (chambre des épiciers d Istanbul) datée du 20 avril 2011 sur le site internet de l OUI oui.hypotheses.org/category/excursions-urbaines 38

38 mahalle,quartier ottoman, et de ces modes de vies associés constituraient ainsi le point d orgue d une perspective d affirmation identitaire néo-ottomane. Il deviendrait de fait le support territorial d un entre soi alternatif à celui de la bourgeoisie mondialisée des grandes villes turques. Le bakkal et autres artisans appartenant à la catégorie des esnafs sont les héritiers de cette période ottomane durant laquelle ils tenaient un rôle struturel au sein des mahalles. Le bakkal était, et est toujours dans certains quartiers, une figure sociale de ces localités. Plus qu un commerçant, il a un rôle privilégié au sein du quartier et possède souvent une relation personnelle avec ses clients. C est par ailleurs un guide, un informateur, comère parfois, c est vers lui que l on se tourne si, nouveau dans le quartier, le quidam cherche une personne ou une adresse. C est aussi le gardien des valeurs traditionnelles et mémoire du quartier, il endosse en ce sens le rôle que veulent bien leur donner les politiques. 24 Ceux ci usent de ce rôle qu ont les bakkals pour transformer la profesion en un symbole vivant; l organe vital du quartier, la condition sine qua non pour le bon fonctionemment de ces localités. Et pourtant, les bakkals font face à de grandes difficultés pour conserver leur place au sein des quartiers et survivre face à une concurence qui est de plus en plus rude. En effet, l apparition des supermarchés et des magasins alimentaires discount au sein même des quartiers menacent la profesion qui dit subsister grâce à une disponibilité horaire et au crédit qu offre le bakkal à ces clients. Et si l on assiste à un support symbolique de la profesion par les politiques, il en est tout autre concernant le support économique. En effet, d après ce que nous apprend Ismaïl Keskin lors de la visite de la chambre des bakkal d Istanbul, les politiciens appliquent une logique de la non-politique, laissant part important à un non-interventionnisme portant un préjudice sérieux au devenir des bakkals. Ainsi, l implantation des supermarchés dans tel ou tel quartier «se négocie» avec la municipalité et les enseignes discount qui constituent les menaces les plus sévères pour les bakkals telles que Kim ou Bim sont clairement associées au pouvoir. A titre d exemple, le beau-frère du maire 39

39 d Istanbul est propriétaire de l un de ces magasins alimentaires discount. Les politiciens renforcent donc ce paradoxe qui manipule l image et le symbole du quartier comme référent identitaire, lieu de l entre soi par excellence, fantasme du village qui, dans une ville dont la démographie a littéralement explosée après un exode rural intense peux avoir un impact considérable. Pourtant, ces mêmes acteurs agissent dans le sens strictement opposé en excluant la faisabilité de ce rêve partagé via des procédés économiques fatals. 40

40 } LE COMMERCE DE PROXIMITE, MATRICE D ESPACE PUBLIC? Le commerce est en un certains point, nous venons de le souligner, le reflet d une représentation que chacun se fait de l espace de proximité. Mais dérrière ces constructions visuelles, panoptiques ou théoriques il y a comme l énonce Michel de Certeau une étrangeté du quotidien qui ne fait pas surface, ou dont la surface est seulement une limite avancée, un bord qui se découpe sur le visible [...] Ces pratiques de l espace renvoient à une forme spécifique d opérations (des «manières de faire»), à «une autre spatialité» (une expérience «anthropologique», poétique et mythique de l espace), et à une mouvance opaque et aveugle de la ville habitée Ainsi les riverains évoluent et se mouvent dans un espace qu ils s approprient selon des «arts de faire» qui leur sont propres tant est que ces arts de faire soient visibles. Il y aurait une production d un quelque chose émanants de pratiques ou manières de faire, mais celles ci n en existent pas moins en étroites relation avec les discours et choix de divers acteurs qui agissent dans la production d espaces public comme le souligne Antoine Fleury Antoine Fleury, «Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul, Sous la direction de Thérèse SAINT-JULIEN, université de Paris 1 Panthéon-sorbonne, UFR de géographie, 2007, 685pp 27 Conférence vidéo sur la gestion du grand Istanbul par Jean François Pérouse, le 22 avril 2010 à l IFEA, Les commerces tels que nous les avons relevés ont une interaction directe avec l espace de la rue, espace ouvert libre, espace public dans sa définition la plus primitive; dont nul ne peut se targuer d être le propriétaire, espace rarement neutre certes mais néanmoins matière et accroche à la création de ces arts de faire. Dès lors, nous pouvons nous interoger, non plus sur la place physique et l importance symbolique du commerce, mais sur son rôle constitutif ou non de la substance de la vie quotidienne et son impact dans la production de ces lieux que l on nomme espace public. Après avoir donc fait état des contextes dans lesquels s inscrivent ces espaces (prise en compte des composantes socio-résidentielles, fonctionnelles ainsi que notion scalaire) nous ferons part des acteurs qui contribuent, de part leur pratiques, à produire ces lieux. 41

41 I. Le système d acteurs dans ces espaces de non centraux _ La gouvernance de l institution publique en crise Dans un système d acteurs en lien avec l espace de la ville, les institutions d ordre public occupent généralement un degré important dans ce système décisionnaire. Lorsque l on traite d une mégapole de l ampleur de celle d Istanbul se pose directement la question des échelles de gestion ; qui contrôle quoi dans cette aire urbaine et dans notre cas qui sont directement impliqué dans les décisions locales? La géographie administrative et institutionnelle d Istanbul est relativement complexe. A ce jour, l Etat garde une main mise sur quelques localités stambouliotes qui échappent de ce fait aux pouvoirs locaux ainsi, le ministère de la Culture et du Tourisme celui des Transports et enfin celui de la Défense ont un poids certains sur le développement de la ville. Par ailleurs, la notion de réseau reste importante à quasiment tous les échelons de ce système décisionnaire stambouliote, le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan ayant une influence importante et toutes les cartes du jeu en main. Ceci étant dit, suite à des lois de décentralisation, un système multi-scalaire est censé faciliter la gestion des grandes villes turques. La région métropolitaine d Istanbul est ainsi gérée par la «municipalité métropolitaine» (Istanbul Büyükşehir Belediyesi) qui est un acteur clé dans la gestion de l aire urbaine depuis son instauration suite aux lois de décentralisation de Véritable Etat dans l état, avec treize millions d administrés et une nouvelle liberté financière. Se dessinent ensuite des municipalités d arrondissements au nombre de 39 ayant des compétences en matière d octroi de permis de construire 27. Les niveaux de dépendance de ces institutions vis-à-vis de la municipalité métropolitaine sont diverses et leur marges de manœuvre relativement limitées ; chaque plan d aménagement au sein de ces arrondissements se doivent d être ratifiés par l assemblé de la municipalité métropolitaine qui garde le contrôle du développement ou de la régénération urbaine. Venait ensuite dans cette hiérarchie, des municipalités de se trillions de livres turques en 2004 dont la moitié d investissements (nouveaux parcs) pour l ensemble du territoire métropolitain (et pas seulement pour les espaces centraux) selon Mehmet Ihsan Şimşek, directeur des Parcs et jardins (entretien du 12/07/2004 par A. Fleury) dans V.Gelézeau, C.Hancock, B.Sabatier, T.Sanjuan, A.Teppo, A.Fleury, «Une géographie des espaces publics dans les pays Intermédiaires», rapport ACI n JC6029, Octobre 2007, 282 pp 42

42 cond rang qui ont longtemps étaient surnommée «les trous noirs de l urbanisation du grand Istanbul puisqu elles avaient un fonctionnement relativement autonome en matière d aménagement, d octroi de permis de construire» Mais ces 41 municipalités de second rang ont toutes été supprimés de manière effective en mars Enfin, concernant le dernier rang, le degré zéro de ce maillage administratif, on trouve le muftarlık, les mairies de quartiers. Le muftar, maire de quartier est élu et c est le représentant du pouvoir central conservant des compétences en matière de sécurité, de contrôle et d état civil. Dans notre cas, la municipalité d arrondissement qui gère les espaces étudiés est celle de Beyoğlu. La ligne politique de cet arrondissement correspond à celle d Istanbul, ces deux derniers étant en phase avec le pouvoir établi à Ankara. Malgré l existence d entités locales dans le système de gestion métropolitain stambouliote, on remarque que ceux-ci ont une implication relativement limitée dans la production d espace public rôle que porte davantage la municipalité métropolitaine. La municipalité d arrondissement à pour fonction la gestion quotidienne de ces espaces via leur entretien et leur surveillance. Dès lors que l on porte notre intérêt sur des espaces non-centraux ni places, ni jardins, ni avenues piétonnes, on fait face à une certaine discrimination, un retrait de la part de l action public métropolitaine dont la notion d espace public n est pas vraiment mobilisée dans ces projets. Reste une exception investi dans les espaces de proximité étudiés ; celle des parcs. En effet, la municipalité d Istanbul fait de l aménagement des espaces verts une priorité, dont le poste budgétaire lui étant consacré est au troisième plan en J F Pérouse, «Istanbul, ville sainte de l Islam et ville maudite de l Islam : risques, vertiges et opportunités du corps à corps obligé», 2002, pour l exposition «Corps et Islam» Ainsi, dans nos territoires étudiés sont aménagés deux petits parcs urbains, l un à Cihangir, l autre en bas de Tophane. Cette politique s inscrit dans une démarche de marketing urbain importante certes, mais pas uniquement. Le développement de cette nouvelle forme d espace public correspond à un désir 43

43 d amélioration du cadre de vie qui est un objectif dont s est dotée la municipalité ; à la fois après la conférence Habitat II qui a souligné l urgence de la mise en place de tel dispositif permettant l amélioration du cadre de vie, mais c est également le fruit d une mouvance politique anti-urbaine. En effet, cette tendance environnementale prends un sens particulier à Istanbul où l AKP, parti Islamo-conservateur, au pouvoir depuis 1994 à Beyoğlu, se targue de cette idéologie anti-urbaine rejoignant des valeurs religieuses et où la promotion des aspects favorables de la nature a un écho positif au sein de la population stambouliote issue de l immigration anatolienne. Le parc est ainsi considéré comme un lieu propice aux familles et aux enfants qui, dans un cadre naturel, sont censés être préservés des dangers de la ville : «le discours islamiste rejoint le discours environnementaliste, la violence faite au corps par les pollutions multiformes devant être jugulée» 29 D autres actions émanant de la municipalité métropolitaine et mise en œuvre par la municipalité de Beyoğlu allant dans le même sens sont visibles dans les quartiers étudiés. A Cihangir et Firuzağa, on y coule des rues pavées (ciment sur lequel est appliqué un motif de pavés), on y intègre des ralentisseurs, on y plante des arbres, et des bornes anti-stationnement. Ces aménagements, bien que fièrement reportés dans de nombreux bulletins municipaux, restent ponctuels et sont caractérisés par les acteurs publics comme étant des aménagements à dimension environnementale et paysagère dont l objectif semble être la valorisation esthétique d un tissu urbain et son embellissement ; la pollution visuelle créée par les antennes satellites ou les panneaux publicitaires est ainsi pointée comme problème majeure de la ville d aujourd hui. Ces actions sont là encore portées par le discours anti-urbain islamiste et traditionaliste mais elles rejoignent également une demande d ordre touristique qui se plait à déambuler dans des rues pavés charmantes. La dimension sociale de ces aménagements n est quant à elle pas invoquée, cette absence démontre une certaine faiblesse dans la prise en compte de la qualité d un espace public, qui au beyoglu.bel.tr cihangir.org.tr 44

44 travers des discours politiques s arrête à des qualités esthétiques et environnementales tout au plus. Même si, via la création de ces parcs de proximité, la municipalité et l action publique sont associées à la mise en place d espaces publics propices à des pratiques sociabilisantes, cette création parait presque relever de l inconscient. Ces actions limitées peuvent également être perçues comme la résultante d une difficile action et gestion de la ville d Istanbul. L action locale, tout comme l intérêt public, hérite des difficultés issues d un système multi-scalaire sclérosé. La production de la ville, et le cas des espaces verts en est la preuve évidente, se fait de façon soit ponctuelle soit sectorielle mais jamais la notion de territoire n apparait. Le sens et la valeur des espaces est donnée par le parti politique et malgré les apparences l action publique ne manipule pas la notion de territoire, terme et notion d ailleurs inexistante en turc L action locale concertée et effective a donc du mal à s imposer et on ne peut considérer celle-ci comme fondatrice dans le processus de production d espace public. Mise à part ce cas précis de la création des parcs de proximité, l action publique est en effet plutôt en retrait vis-à-vis de la production d espace public à l échelle du quartier et semble délaisser cette responsabilité à d autres acteurs qui relaye la municipalité avec, là encore, un degré de conscience plus ou moins affirmé. _ Des alternatives associatives au pouvoir qui restent ponctuelles Fait rare à Istanbul, mais réel dans l un de nos espaces, une association de quartier s est montée il y a maintenant près de 10 ans à Cihangir. Leur poids dans le système décisionnaire public 45

45 stambouliote reste relativement minime, celui-ci faisant déjà face à des difficultés de structuration internes. Dans ce cas, nous sommes là encore loin de ce que l on observe dans les métropoles européennes où l association de quartier suppose une connexion entre usagers et acteurs au moment de la production d espaces publics, un échange qui permettrait aux acteurs de prendre en compte à priori des «manières de faire» de les rendre plus «lisibles» et de leur «faire surface». Mais dans notre cas, la l association pour l embellissement de Cihangir, Cihangir Güzelleştirme Derneği, porte des projets d ordre culturel, comme la création d un journal faisant état de tel ou tel événement au sein du quartier, elle se targue de la création d un marché des arts, le Paz art 35. Mais là encore les actions sont ponctuelles et presque isolées ; un projet est soumis de la part de l association à la municipalité d arrondissement, celle-ci donnant son accord ou désaccord, pouvant apporter de l aide matériel voire financière. Electricien et son petit jardin citadin 46

46 Divers investissements de l espace public _ passants jouant aux baby-foot que le commercants expose _ différents commercants et amis à la façade d un commerce _commerçant installant tables et chaises et lisant son journal _les fleurs de l electriciende furzaga et lui même _face à face, faisant passer le temps un soir _chaise soigneusement callée entre vitrine et borne antistationement. Dans cette démarche, il n y a pas eu en amont de concertations autour d un projet d intérêt général, et territoriale, que les acteurs publics et associatifs auraient mis en place dans un système d échanges relationnels. _ Les usagers et riverains ; le degré zéro primordial de la production d espaces publics Néanmoins, même s ils ne sont accompagnés par les politiques publics, les usages sociaux de l espace public sont bel et bien présents. Au degré zéro, au sens hiérarchique du terme, des responsables dans la production d espace public, on retrouve les usagers et riverains de ces espaces. Certes, ces acteurs sont certainement inconscients du rôle qu ils portent, ils tiennent un statut particulier dans ce système qui a des difficultés à se structurer de façon effective. Mais, du fait de leur présence quotidienne sur le territoire, du fait d une appropriation approfondie des lieux, et de par l impact de leurs actions ou du moins celui de leurs «manières de faire» ces usagers sont en réalité aujourd hui les acteurs primordiaux dans la production de ces espaces publics. II. La production de l espace par la pratique. 47

47 _ «Espèce d espaces» hétérogènes et mouvants Dans les espaces étudiés, les formes les plus visibles d appropriation de l espace de la rue en un espace habité sont celles qui intègrent un investissement physique de l espace extérieur. Ainsi, les commerçants entretiennent un rôle prédominant dans la production de ces formes en faisant de l espace du trottoir un espace d exposition, une extension du magasin. Cet état de fait est visible dans la plupart des magasins de proximité qui ont pour particularité d avoir une superficie relativement faible. De fait, même si les commerces dits de proximité sont autonomes du à leur position au coeur d un foyer de population qui suffit à leur fonctionnement, même si le commerçant n a pas besoin d attirer le chaland en présentant l étendue de sa marchandise, c est une raison purement fonctionnelle qui pousse à étendre son espace d exposition à l espace public. Cette appropriation est temporaire déballage de la marchandise le matin vers 9h30 et l action inverse à la fermeture du commerce vers 22h00 - mais elle reste une pratique quotidienne. Dans certains cas, la nuit, les traces de ces investissements sont 48

48 encore visibles. Ainsi, le congélateur du bakkal qui, de par son gabarit n est pas dé-logeable, garde une place fixe, apposée à l entrée du magasin ; les manav, vendeurs de fruits et légumes, rangent bien évidement leur étales colorés en fin de soirée mais parfois le support de ceux-ci restent installés. Ils trouvent de temps à autre une nouvelle fonction durant la nuit, servant à des jeunes personnes dont la fièvre émanant de l Istiklal Cadessi n a pas assouvi leur désir de loisirs nocturnes et attendent, assis sur les outils de travail du manav, que l arrivé de la fatigue ou de l ennui sonne le glas de leur soirée. L appropriation de l espace public par le commerce est donc dans ces cas temporaire. Ces établissements et appropriations engendrent à certains nombres de mouvements. La mise en place quotidienne de ces espaces participe bien évidement à l animation de la rue, mais pas seulement. Ainsi, souvent, les propriétaires, collègues ou simples amis profitent de ces espaces physiquement habités et temporaires aménagés pour se retrouver. On discute adossé au congélateur, assis sur un petit tabouret caché derrière un présentoir à journaux. Là encore la durée de l investissement spatial est variable tout comme son intensité. 30 terme employé par Lofland qui correspond aux relations de connaissance et de voisinage propres à des réseaux de type communautaire - L.H LOFLAND, The Public Realm: Exploring the City s Quintessential Social Territory, New York, Aldine de Gruyter, 1998, 305 p. Ainsi, certains sortent de temps à autre un petit tabouret sur lequel ils s assiéront cinq à dix minutes avant de rentrer à nouveau dans leur magasin prêts à répondre à la demande de la clientèle. Le soir venu, le serrurier de Firuzağa sort quant à lui une petite table pliante en formica et chaises dépareillées, il accueille famille et amis autour de la table pendant toute une soirée tout en surveillant ces enfants qui jouent tout autour d eux sur cette petite place qui est devenue leur pour l instant d une soirée. Plus loin, un électricien a installé une table qui entourée de plantes et de nains de jardin font dorénavant parti de ce paysage urbain Même si appropriations physiques et sociales sont dissociables, il apparait qu elles se nourrissent voire se définissent mutuellement. Les appropriations physiques de l espace, qui sont induites par des contraintes fonctionnelles, prédispositionne l espace à une appropriation sociale ; l espace devient d abord marqué physiquement avant d être le support de pratiques sociales visibles et 49

49 «lisibles», quotidiennes et devenant, dans certains cas, permanentes. A firuzağa, le serrurier qui invite tout les soirs un de ces voisins ou collègues à sa table en formica, se mit à planter à l aide de ses voisins un parterre de fleurs ; sur cette même placette il a installé un panier de basket pour son fils Diverses façon d investir la rue: exemples de quelques bars et restaurants de Cihangir L appropriation s est donc faite par plusieurs étapes, d abord l alentour proche du magasin qu il a investi par nécessité, puis son territoire s est agrandi d un échelon en recevant des amis et enfin à nouveau en investissant la place par des installations ponctuelles mais permanentes. A l exception du panier de basket, objet pouvant initier une certaine ouverture sociale, dans les cas d investissement par un commerçant du quartier, l espace public est approprié par une certaine communauté de personnes appartenant au réseau amical, familial et/ou professionnel du propriétaire du commerce. L espace devient ainsi temporairement leur espace mais la publicité de celui-ci reste relativement limitée au «parochial realm». 30 Ceci étant dit, ce n est pas la seule forme d appropriation émanant du commerce. En effet, le secteur de la restauration suppose une appropriation physique de l espace public d un ordre différent. Du fait de l installation de tables et chaises sur l espace extérieur à celui du café ou restaurant, l espace est physiquement mais également fonctionnellement voire socialement marqué, par cette simple action l espace devient espace du restaurant. Ceci dit, le degré de publicité de ces espaces est proportionnel à son degré d investissement. Ainsi, à Cihangir cadessi, l appropriation du trottoir s accompagne par une délimitation végétale 50

50 de la terrasse, à la limite entre trottoir et chaussé une bande de pots de fleurs et de parterre planté d arbustes ferme l espace de la terrasse à la rue, et même au piéton qui n a plus de possibilité de passage sur le trottoir. Celui-ci devient définitivement un espace à publicité très restreinte, qui s accompagnent, dans le cas de Cihangir cadessi, d une démarcation esthétique affichant des codes sociaux et comportementaux dédiant cet espace à un certains groupe de personnes. D autres cas montrent que même si l appropriation spatiale est très marquée via la présence permanente du mobilier, l espace de la terrasse reste relativement ouvert et perméable à celui de la rue dans le terme rue j entends ici l espace de trottoir ou de chaussée qui n est pas investi physiquement par quelconque commerce, qui restent de fait ouvert à la déambulation piétonne tant est que la circulation automobile ne rende cette situation inconfortable La loi anti tabac qui s est abattue sur les cafés et restaurants de ce pays ou la consommation est importante a engendré l apparition de formes d appropriations parfois surprenantes. Ainsi, à Tophane, l espace du trottoir entre la çay evi et la chaussé dédiée Panoplie de chaises témognant à la fois du dynamisme des rues, de ces temporalités, de ses appropriations mais aussi du manque de mobilier urbain 51

51 aux voitures étant inexistant, l ensemble des tables et tabourets sont disposés sur le trottoir d en face. Si bien que parfois en tant que piéton on ressent une gêne due à une intrusion que l on aurait fait dans leur espace. Cette gêne peut également être contractée lorsque sur les larges trottoirs de Firuzağa le piéton se doit de traverser un couloir entre deux rangées de tables, l une étant accolée à la façade du restaurant, l autre à la délimitation chaussée-trottoir et le couloir piéton étant pris en sandwich dans cette disposition. Cette sensation est symptomatique en un sens de l importance de ces marquages et appropriations. Par ailleurs, on manipule un degré différent de publicité. En effet, via ces appropriations, l espace devient plus ou moins celui du café ou du restaurant, leur donnant un caractère privatif. Mais ces mêmes espaces, de par leur fonctions, restent ouverts à certains publics, qui certes se doit d obéir à des normes implicites comportementales, mais qui de fait appartient au «public realm». Pour habiter cet espace, l usager peut en soi être n importe qui, ce qui n était pas le cas précédent ou une sociabilité se créé dans un espace, à priori plus ouvert, mais à l intérieur d une sphère plus fermée, celle des réseaux. Ces formes d appropriations sont certainement assimilable à la «limite avancée, un bord qui se découpe sur le visible et n est de fait qu une infime partie de ce que constitue l étrangeté du quotidien. Toutes ces qualités d appropriations qui sont déclinables au nombre de commerce qu il existe dans ces localités. Mais elles montrent que l espace public acquiert une multitude de propriétés qui sont donnés dans ce cas par les usagers, appropriation impulsés par la présence du commerce, transformant l espace en un objet en éternel recomposition, pris dans un mouvement le faisant varier et le rendant hétérogène. _ Mouvement et établissement, le flux et ces sphères. Ces usagers modèlent par ailleurs leurs espaces par d autres «arts de faire» qui dépassent ces notions d établissement et d appropriation, d univers à publicité variés. Il y a aussi dans la composition de cette nébuleuse de la vie quotidienne des mouvements, des flux, des pratiques et habitudes, 52

52 des rues qui sont empruntées, des gestes qui sont répétés, des traditions qui sont perpétuées, des micro-évènements qui sont survenus, des histoires qui sont racontées Il s agit ici de tenter de saisir quelques unes des images de cette «autre spatialité». Du fait de la dimension commerciale de ces localités, ces rues sont empruntées quotidiennement pour aller faire ses courses. Cette pratique somme toute banale introduit une notion de frottement dans l espace public. Sur le chemin on y croise un voisin, le propriétaire de l appartement, un parent ou la femme d un collègue et ses enfants Dans les magasins aussi, dans ces supermarchés alimentaires discount, là aussi on peut y croiser une connaissance. Parfois, c est la voisine qui à sa fenêtre vous interpelle et vous demande le programme de la journée, de la soirée, s informe de votre quotidien et de la santé de vos proches ; «nasil gidiyor, Burak nasil?» Ici, c est le serveur de la pastane qui salue amicalement celle qui vient d aller acheter quelques fruits et légumes pour préparer les plats qu elle proposera bientôt à ses clients ; «haidi, kolay gelsin!» Là, c est une doyenne qui sur le pas de l immeuble félicite le neveu nouvellement venu du voisin français pour avoir un bon accent; «çok güzel konuşuyorsun» 53

53 Venue d un étage, une femme fait sa liste de course à haute voie, s adressant à l apprenti qui travaille chez le bakkal. Celui-ci tente de se souvenir de tout ce qu il faut avant de revenir avec les condiments demandés ; puis il se poste sous la fenêtre de sa cliente qui toujours quelques mètres plus haut fait descendre le panier à provision. Celui-ci contient déjà l argent nécessaire pour payer la commande, arrivé à sa hauteur, l apprenti saisi le panier, y ramasse l argent et fait l appoint si nécessaire, avant d y laisser les provisions demandées et de saluer sa cliente qui est désormais occupée à remonter le panier. Parfois, ces paniers vous tombent sur la tête, parfois ils n attendent que l arrivée du bakkal, statiques ils témoignent d un cérémonial quotidien à venir Plus pressés, les scooters participent à ses flux, portant derrière eux des bombonnes d eau, tantôt pleines tantôt à remplir. Sort de ce restaurant, un serveur avec un plateau vide, aussitôt il court chez son voisin, propriétaire de la çay evi, et ressort avec ce même plateau, cette fois ci garni de trois verres remplis de çay, une rupture de stock vite effacée Les sièges vides, tantôt tabouret, tantôt chaise en Skye, tantôt siège de bureau récupéré, sont accolés soigneusement au raz de telle ou telle façade et attendent les minutes où leurs propriétaires plus ou moins âgés, plus ou moins retraités viendront se prélasser en observant le flux de la rue. Flux qui engendrent frottements et donnent naissance à des mi- 54

54 cro-événements dans des microsphères. Ils sont similaires partout, différents à chaque moment, dialectique du banal, fabrique du quotidien, éphémères mais durables, «formes spécifiques d opérations», poétique désormais mythique de l espace qui ne fait que souligner le caractère insaisissable, hétérogène et mouvant de cet espace public de proximité. _ Changement et permanence ; l exemple du secteur de l informel S ajoutes à ce tableau, les traces de l économie informelle. Encore très prégnant dans les rues d Istanbul, malgré les injonctions européennes à «formaliser» les pratiques commerciales, les pratiques de commerce ambulant se perpétue et participe à cette mouvance de l espace public en invoquant les dialectiques à la fois du changement et de la permanence. Il y a dans ces rues d Istanbul, dans celles de nos localités de véritables pirates de l espace. Chaque midi, sur un des trottoirs de Firuzağa s installe un vendeur de fleurs. Le fleuriste sexagénaire stocke ses biens dans l entrée de l immeuble voisin dans son emplacement quotidien, il n y habite visiblement pas. Qu il pleuve, neige, vente, que le soleil fasse des malheurs au thermomètre, chaque jour, il installe une palette près de la bordure du trottoir sur laquelle bouquets et fleurs viennent égayer le passage. Il reste discret, en retrait, le regard sur son étal, assis au bord de la façade sur un de ces petits tabourets, il attend sagement le chaland tout en observant le mouvement de la rue. Si un passant s arrête et achète un bouquet de fleurs dont le prix excède rarement 5 livres turques, environ 2 euros 50 le bouquet rapidement il sert son client, et si par mésaventure celui n a qu une coupure de valeur trop élevée, c est auprès de ses voisins commerçant qu il trouvera de quoi faire de la monnaie. Le soir venu, ou le stock écoulé, il range ses bouquets dans le hall de cet immeuble, échange quelques mots avec les voisins et repart de là ou il est venu. Plus loin, en surplomb du Bosphore, dans les rues de Cihangir, c est un cay bacesi de fortune qui s est installé déviant les contraintes de l économie contemporaine. L histoire de cette appropriation reste lisible, nous sommes près d un parking, une guérite de la sécurité sert aujourd hui à abriter 55

55 les théières ; ce vieil homme, ancien policier, qui occupait ces jours de retraité en surveillant ce parking a certainement installé un premier parasol pour accueillir ses amis, bien lui en a fait, il a étendu son business au monde public créant aujourd hui un café de brik et de broc certes mais bel et bien implanté dans cet espace. Sa guérite étant devenue trop petite, il va même jusqu à stocker les boissons fraiches dans le sous sol d un immeuble dont la construction a temporairement été arrêtée. La nuit, les tables et chaises restent à leur places et si bien que même les tenanciers disparu, l endroit continue d accueillir son petit nombre de riverains. Ceci étant dit, même si ces deux cas relèvent de composition informelle, ils n engendrent pas les mêmes pratiques que celles inclues par le travail informel ambulant. Ce travail particulier génère toutes sortes «de petits arrangements» du quotidien, appliquant à telles ou telles règles et stratégies d ajustement permettant à ces pratiques commerciales séculaires de s accommoder des contraintes de l économie contemporaine. Animant à partir de la demi-journée les rues de chacun de nos espaces, les vendeurs ambulants constituent aussi le paysage urbain de nos localités de par leur passage ou haltes. Les moyens de locomotions sont divers, et dépendent en général du produit que l on cherche à vendre. Les vendeurs de fruits et légumes poussent généralement une charrette à bras en bois, montée sur un châssis. C est un mode également utilisé par les hurdacı eskici dont le rôle est de revendre des pièces métalliques chinées dans la rue. Parfois, selon les marchandises, ces charrettes sont surmontées d un compartiment en PVC exposant des produits alimentaires déjà transformés, telle que du riz au pois chiche ou des pâtisseries. Les vendeurs de sandwich ou moules farcies portent un plateau sur la tête et un tréteau sous leurs bras, ces deux pièces ne faisant plus qu une dès qu ils s installent. D autres vendeurs ambulants portent sur leur dos toutes leurs marchandises, comme c est le cas pour ceux proposant des balais et toutes sortes de produits ménagés. Certains, beaucoup plus rares, s équipent encore d attelages tirés par un cheval comme c est le cas pour Ilhan, vendeur d agrumes dans les rues de Cihangir. 56

56 Ces modes de transport a trait avec la marchandise vendue mais davantage avec les moyens financiers. Dans leur version les plus privilégiés, c est une camionnette qui sillonne les rues en vendant des pommes de terre, oignons, tomates ou selon la saison des pastèques. Cette pratique de commerce ambulant engendre une démarche ou le vendeur va au devant de sa clientèle, et en plus de nier le facteur distance, il se doit d attirer son client potentiel de différentes façons. La première, la plus présente, la plus remarquable et lisible est l appel sonore. C est particulièrement vrai pour les camionnettes qui passent quotidiennement mais furtivement dans un espace. Ce passage est compris dans un circuit particulier composé de différents lieux, mais du point de vue du résident, le schéma est entendu ; on sait que les vendeurs de tomates passera le mardi vers 11h00 près de chez soi. L appel sonore est soit émis par celui aide le chauffeur à faire sa tournée et qui est à l arrière de la camionnette les oignons sont pas chers! il y a des tomates, des oignons, des pommes de terre! scande celui-ci mais ce slogan peut etre directement émis par le chauffeur via un microphone qui endosse le rôle de rabatteur et de vendeur. C est en tout les cas une façon de marquer son passage, de rappeler sa présence et d éveiller la conscience de ceux et celles qui auraient besoin de fruits et légumes à ce moment précis mais aussi et surtout de se doter d une identité sonore qui sera reconnaissable à la prochaine tournée, leur donnant ainsi une légitimité dans le temps et l espace. Si cette légitimité est acquise aux yeux des riverains il ne faudra pas longtemps pour voir ceux sortir de chez eux pour aller se servir ou faire descendre le panier tout en criant ce dont on a besoin. 57

57 Les hurdacı eskici participe à la construction de cet espace sonore en criant «hurdacııııııııııııı» dans la rue qu ils traversent, du moins émettant un son qui se rapprochera de cette annonce. Il gagne sa vie en récupérant toutes pièces métalliques qu il cède ensuite à un autre revendeur qui lui ira négocier au poids le prix de la ferraille accumulée. Les hurdacı eskici compte donc sur les habitants du quartier pour leur fournir un vieux four qu ils auraient remplacé, des fils de fer, des composants électroniques etc. Sur le coté de leur charrette, un numéro de téléphone inscrit à la peinture permet aux revendeurs de le joindre. Certains ne passent par cet intermédiaire et vont directement négocier leur gagne pain au centre reprenant ceux-ci, tel que l on trouve à Tophane. Ces appels sonores provocateurs interpelle l usager et peut pousser à la consommation, mais ce n est pas la seule méthode que le vendeur met en œuvre pour rendre son activité lucratif à minima. Les vendeurs même s ils sont ambulants se doivent de trouver une certaines légitimité dans l espace qu ils viennent temporairement habiter. L interaction sociale peut être vue comme une première façon de gagner en légitimité, jouant ainsi sur la corde de la sympathie tentant d effacer le temps d une négociation des barrières et a priori sociaux marqués. Cette interaction est du reste indispensable à la vente et s engage différemment face à un client ou une cliente comme le souligne Joël Meissonnier 31. Par exemple, parler de football dans ce pays où «chaque match de l équipe nationale donne lieu à des manifestations où le drapeau est exhibé. Chaque défaite est un deuil pour la nation» J. Meissonnier, «Marchands de rue à Istanbul. Présence urbaine d une offre est un outil opportun pour engager une conversation avec un commerciale en perpétuelle recomposition client, le sujet étant convenu mais assez polémique pour pouvoir spatiale», Istanbul : Les dossiers de l IFEA, série provoquer un échange stimulant entre deux supporters d équipes : La Turquie aujourd hui, n 19, décembre 2006 adversaires et également intégrateur, déplaçant de possibles 32 J.F Pérouse, La Turquie en marche: Les discriminations ethniques sur un terrain sportif. grandes mutations depuis 1980 Paris, Éd. de La Martinière, Quand le client est cliente, la situation se complique, le sujet du La plupart des vendeurs de rues sont des immigrants kurdes dont l intégration dans la football s éloignant, le marchand presque toujours un homme société turque reste très difficile est soudainement moins loquace. Le respect de l honneur le 34 contraint à garder une distance suffisante dans la relation avec J. Meissonnier,idib 58

58 une femme, distance sexuelle qui se traduit paradoxalement l usage de terme renvoyant à la famille. Ces marchands m interpellent avec le qualificatif d abla, je deviens leur sœur ainée et donc aucune ambigüité d ordre sexuel n est possible puisqu elle paraitrait incestueuse. Ce terme varie en fonction de l âge de la cliente devenant yenge (belle sœur) ou teyze (tante). Cet aspect contribue à créer une atmosphère conviviale et à force de ténacité, de politesse, de jovialité et de régularité, le statut du marchand peut se transformer plus ou moins temporairement, être de plus en plus considéré dans une localité, gagnant en légitimité sociale et pourquoi pas peut devenir une figure à part entière du quartier comme un vendeur de riz pois chiche à Tophane, ou vendeurs de fruits et légumes à Cihangir qui de par leur sédentarisation renvoie cette image. Le témoignage retranscrit dans la recherche de Joël Meissonnier affirme cet état de fait 34 : Serdar explique que lorsqu on connaît un commerçant, c est facile de lui demander de faire de la monnaie. Si on ne le connaît pas, il refuse. Pour Sezen et Cem qui circulent à cheval, il est indispensable de disposer de personnes-ressources devant chacun des emplacements (suffisamment larges pour recevoir cheval et remorque) où ils stationnent. Sezen explique : Au début, on prend un thé. Deux ou trois jours plus tard, quand on repasse, on en reprend. Et puis le dialogue s installe. Et par la suite, on peut laisser notre charrette devant le café. Ce travail qui décrit avec finesse cette «précense urbaine» nous permet d approfondir notre recherche en nous apportant des témoignages précieux sur les pratiques de ces marchands, témoignages que nous n avons-nous même pu recueillir avec autant de précision. Un autre extrait de ce travail nous montre que le marchand ambulant apprivoise l espace et ces locataires pour ensuite venir l habiter, ce qui dans le même temps lui rends une certaine légitimité sociale, on leur sourit davantage, on compte sur sa présence à tel ou tel moment de la journée : Mais aujourd hui, je reste à Tophane, Kurtulufl, Cihan- 59

59 gir, Çukurcuma. Volkan ajoute : Quand on est vendeur ambulant, on fait des kilomètres. Surtout au début. Je descendais jusqu à Tophane, et je passais dans beaucoup de quartiers. Un jour, je me suis aperçu, ici, que les clients me reconnaissaient, qu ils savaient que je passais tous les jours. Au début, ce n était qu une halte dans mon trajet. Je venais me reposer ici parce qu il y a la place. Et puis, j ai découvert qu à ce carrefour, je vendais bien. J ai donc décidé de venir plus souvent là. Ici, maintenant, je connais tout le monde. Vous par exemple, je sais à quelle heure vous partez, je sais que vous avez deux petites filles et dans quel immeuble vous habitez Via la circulation, «l ambulantage» suivant un circuit défini, le marchand a repéré quel espace serait favorable à son commerce, là ou il vendrait bien, il n y aurait qu une concurrence moindre voire un accueil par les commerçants sédentaires et surtout ou il ne serait pas en permanence délogé par la police. Les marchands ambulants sont donc loin d être aussi anonymes que l on voudrait bien le croire et cet ancrage dans l espace équivaut à un gain en légitimité sociale qui est territorialisée. Ces localités donnent donc irréprochablement raison à Michel de Certeau témoignant d un «quotidien qui s invente avec mille manières de braconner». Dans ce système de lieux où le quotidien laisse une empreinte forte sur l espace public, où le système d acteurs est tel que l impact des pratiques et des comportements de ses usagers est omniprésent, il apparait certain que ces espaces sont toujours en cours de production. Pris entre un rééquilibrage constant entre univers privé et espace public, entre le changement et la permanence, entre ses flux et quelques établissements, c est définitivement un objet mouvant. Mais le point fondamental à souligner ici est l impact du paramètre fonctionnel de ces espaces. Le commerce, que l on pourrait ignorer en le catégorisant comme composante naturelle du contexte géographique, prends ici une dimension qu on aurait tord de négliger tant sa présence dirige pratiques et appropriations. Par ailleurs, l empreinte des pratiques n est pas la seule laissée par ces usagers. Ainsi, à travers diverses études de cas, de fait conflictuels, de quelques récits de ma propre expérience dans 60

60 ces espaces ou de problématiques redondantes, nous porterons, pour parfaire le dessin de ces localités, un dernier regard sur un marquage social et culturel de ces espaces, en n ignorant pas de considérer les affirmations d Henri Lefebvre ; «l espace est un produit social» 61

61 } «L ESPACE SOCIAL» ET SES DYNA- MIQUES L espace social n est pas une chose parmi les choses, un produit quelconque parmi les produits : il enveloppe les choses produites. Il résulte d une suite et d un ensemble d opérations, et ne peut se réduire à un simple objet. Effet d actions passées, il permet des actions, en suggère ou en interdit. H. Lefebvre, La production de l espace La première vérité qui a trait avec ces dialectiques de l espace social est celle attachée aux ressources. En fonction de leur appartenance sociale, les citadins n ont pas tous des logements de tailles comparables et plus ou moins vétustes, ils n ont pas tous les mêmes «ressources d espaces». Cette évidence influe sur les espaces publics, les individus occupants des logements confortables n ont pas à rechercher dans la rue une compensation à l exiguïté du domaine familial. C est ainsi que le soir venu, on retrouve dans les rues de Tophane ou au sud de Firuzağa des femmes assises au seuil des portes d immeubles discutant ensemble, surveillant leurs enfants jouant dans la rue. Images et tableaux rares dans les rues de Cihangir. Tophane tient en son sein nombreuses images représentatives d une culture traditionnelle marquée et donne un caractère particulier à l espace. Du fait de cet attachement aux valeurs traditionnelles, la religion a toujours au sein de cet espace de proximité une certaine incidence. Tout aussi lié à une problématique d ordre religieux que signe de modernité en découle un questionnement lié au genre de l espace public de proximité, devant la quasi absence de représentations féminine et le regard qui m est parfois porté, la présence de femme dans cet espace public n est pas une chose qui 62

62 semble aller de soi. Dès lors, nous sommes légitimes de nous interroger sur la place de celle-ci dans cette localité de Tophane et de s enquérir de cette question : comment dans ces espaces se jouent les relations de genre? _L espace de proximité : un espace de genre? Point historique rapide sur la place de la femme en Turquie depuis 1923 La modernisation nationale due à Mustafa Kemal Atatürk, créateur de la première république de Turquie en 1923 a transformé la société et ouvert la sphère publique aux femmes. On a même à ce moment là parler d un «féminisme d état». En effet, l émancipation féminine était perçue comme le fer de lance du progrès national, les droits des femmes et leurs visibilités publiques comme des gages de modernité ce qui a entrainé l institution de l éducation mixte, l instauration d un code civil inspiré du modèle suisse et le choix de décourager le port du voile. Les effets de ces réformes ont cependant été beaucoup plus sensibles en milieu urbain qu en milieu rural, et ont bénéficié surtout aux femmes de milieux relativement aisés, qui se sont vu ouvrir les portes des professions libérales, médicales, éducatives, etc (Zeytinoglu, 1998). Les femmes restent relativement peu présentes dans des métiers fortement féminisés dans les pays anciennement industrialisés comme le commerce ou les services. De plus, les acquis du kémalisme sont mis en cause depuis la décennie 80 par la montée en puissance de mouvements islamistes. C est ainsi qu on a pu mettre en évidence un recul du taux d activité féminin entre 1970 et 1995 (Zeytinoglu, 1998), et un mouvement de fermeture de crèches municipales également symptomatique (Pérouse, 2000). Le conflit entre un Etat traditionnellement laïc et des mouvements revendiquant une place du religieux dans le domaine public se focalise, entre autres, autour de la question du voile. Le port du voile était interdit jusqu en octobre 2010 en Turquie non seulement dans les écoles, mais aussi dans 63

63 les universités, les cours de justice et les bâtiments officiels généralement (raison pour laquelle le fait que la femme de l actuel Président de la République turque, A. Gül, porte le voile, posait un problème protocolaire considérable). extrait du rapport ACI : V.Gelézeau, C.Hancock, B.Sabatier, T.Sanjuan, A.Teppo, A.Fleury, «Une géographie des espaces publics dans les pays Intermédiaires», rapport ACI n JC6029, Octobre 2007, 282 pp, p.200 Nos observations témoignent d un rapport toujours très symbolique vis-à-vis de la présence de la femme dans l espace public. Alors que cette visibilité représentait un signe de modernité au début du XX siècle celle-ci relève toujours d une représentation d ordre politique mais c est une visibilité qui s accompagne avec le port du voile. Il fait symbole non plus seulement d attachement au religieux mais davantage pour souligner son appartenance social, et évoque également, par son port ou son absence un rapport à tel ou tel idéal politique. De par son statut symbolique le port du voile est très ambigu et affecte la mobilité de celle qui le porte. Ainsi, une femme ou jeune fille portant le voile à Tophane est considéré comme légitime, acceptée ou peu jugé dans cet espace de proximité parce qu en tant qu individu elle répond à des valeurs traditionnelles portées par l ensemble de ce groupe social. A contrario, à Cihangir, le port du voile peut être un vecteur d exclusion et peut exposer ces femmes, si elles sont jeunes - à une fermeture à certains espaces tel que les bars ou boites de nuits voire se confronter à des attitudes condescendantes, le voile étant soit considéré comme le signe d une appartenance sociale populaire soit interprété comme le symbole d une revendication d idéaux politiques éloignés voire opposés à celles que prône la communauté artistique et kémaliste de Cihangir. Comme le souligne le rapport déjà cité, dans le chapitre concernant les espaces inclusifs et exclusifs, dans les villes turques la femme est soumise à une certaine forme de violence qui tient d une «impossibilité à jamais vraiment s abstraire de la contrainte de son sexe» en effet, on se sent et l on se sait toujours objet de jugements qu il s agisse d approbation ou de son contraire, mais on ne cesse jamais d être considérée comme une femme (ou alors peut-être seulement passé un certain âge?) et pas simplement comme un passant lambda. Ceci étant dit, ce jugement est suspendu dans les Cihangir et Firuzağa que l on peut considérer comme des quartiers aisés 64

64 auxquels de tels comportements ne sont généralement pas imputés. A Tophane, le jugement s efface selon l état de la femme dans l espace. Ainsi, si elle fréquente des lieux dont sa présence induit par «son rôle» - être dans la rue pour aller faire les courses, être dans un parc pour surveiller ses enfants, ou d être quelques part mais accompagnée qui légitimerait une présence qui n est pas du ressort de la femme son statut et sa présence ne provoquerait aucun jugement du fait de la légitimité de sa présence en concordance avec les postulats sur le rôle de la femme - si elle s en va boire un thé à la terrasse d une çay evi, les réactions seraient certainement toutes autres. Les femmes sont donc bel et bien présentes dans l espace public de cette localité mais celle-ci répond à des pratiques que tiennent seulement les femmes. L espace peut donc être vu comme genré dans ces cas, mais cela découle directement du fait que les pratiques sont elles aussi caractérisées par le genre féminin ou masculin. Cette situation d acceptation dans l espace a aussi lien avec le contexte social dans lequel évolue l individu. Tophane est nous l avons souligné en introduction situé dans une petite cuvette, les vues ne sont pas particulièrement impressionnantes si bien qu on ne se meut dans ces espaces seulement si on est résident de celui-ci. Un étranger est très vite repéré dans mon cas en moins de deux passages dans ces rues. Les réactions sont diverses face à ma venue et témoigne en un sens de l atmosphère social de ce quartier. Sans passer par l outil de l entretien, ma présence répétée a pu porter à interrogation qui suis-je, d où je viens, qu est ce qui m amène donc par ici. A la dernière question, je ne réponds pas sincèrement, soit j habite nouvellement dans le quartier, soit j habite à Cihangir et je passe par ici parce que je travaille dans un autre secteur, j aime bien passer par ces rues, soit je viens voir des amis turques qui habite à Tophane Ce ne sont que des prétextes à la discussion et des provocations à des réactions, car je sais que sur ce terrain la cohabitation entre couples intégristes musulman, jeunes femmes européennes et famille nombreuses turques aux valeurs traditionnelles cohabitent dans un climat particulier. 65

65 où les codes comportementaux respectivement porté sont quasi antagonistes. Une confrontation entre des visiteurs d une galerie, verre d alcool à la main, fumant à la porte de celle-ci et une femme du quartier portant un tchador aurait mis le feu aux poudres. 37 Lorsque les porteurs de valeurs traditionnels pointent la consommation d alcool comme l étendard d une provocation intolérable, l autre partie du conflit dénoncent une montée de l islamisation, portant un climat lui aussi intolérable dans la nation d Atatürk. Cette agression physique dont l expression fut manifeste dans l espace public a particulièrement touché le débat public, faisant la preuve évidente que l espace de proximité est aussi et surtout social. Loin des espaces de prestige, ces rues tiennent donc une signification importante et nous rappelle que le sens de la ville se construit dans ces espaces modestes. Il nous interroge également sur le rôle politique que peut prendre l espace public. A travers un dernier exemple, nous souligneront l impact du pouvoir politique dans les espaces étudiés. Certes, nous l avons vu, l action politique au sein de ces espaces reste moindre, mais quelques jours avant mon retour en France, l espace public de nos localités s est soudainement transformé. Transformation annuellement périodique, lié à une pratique particulière et religieuse: le ramazan ramadan. En cette période estivale, les changements liés à cette pratique ont été frappant, exit les hommes à la terrasse des çay evi, verres à thé et théières en berne. Mais cette transformation a pris une teinte particulière cette année plus que les précédentes. Une semaine avant le début du ramadan, il devient interdit de disposer tables et chaises sur l espace public. 38 Sans avoir aucune explication concrète de la part de la municipalité, la police fait des patrouilles dans les quartiers de Beyoglu, parmi lesquels Cihangir et Firuzaga et le mobilier dont la présence est récemment considérée comme hautement illégal est confisqué voire détruit ( alors même que certains clients sont encore attablés ). Les raisons de cette démarche sont floues, certains avancent le fait que le premier ministre Reccep Tayip Erdogan serait venu dans ces rues et devant l incapacité de les traverser en voiture, aurait demandé d appliquer de telles mesures ; d autres commentateurs dénoncent un contrôle de GHORRA-GOBIN C.(dir.), «Réinventer le sens de la ville. Les espaces publics à l heure globale», Paris, L Harmattan, 2001, 266 p. 66

66 Quelques plaintes, quelques craintes ressortent dans les dires des locaux ; en aout 2010 un article sur le site de l arrondissement de Tophane souligne des mécontentements face à la rénovation de certains édifices du quartier en appart hôtel. L article fait part d une peur des habitants quand au devenir du quartier, ils s interrogent sur l évolution du prix de l immobilier notamment, sans que se soit formulé apparait ici des craintes lié à une gentrification et une spéculation trop brutale. 35 Bien que l expression de ces craintes ne soit pas visible dans des relations sociales du quotidien en tant qu européenne, je n ai jamais ressenti la manifestation de comportements qui pourraient approuver du contraire, j ai dans ce quartier établi des relations qui sont semblables à celle que j avais déjà établis dans d autres quartiers voire d autres villes de Turquie, se nouant sur «l étrangeté mutuelle» certes, où comme le rappelle C. Ghorra-Gobin «la capacité d apprentissage de l autre ( ) provient essentiellement de la puissance de l anonymat». 36 Ceci étant dit, j ai souvent prétexté habiter dans le quartier et ça n a changé en rien la curiosité ou la sympathie de mes interlocuteurs. Néanmoins, cette cohabitation qui se vit au quotidien dans un respect mutuel de l autre, entraine parfois des conflits marquants, ces efforts mutuels atteignant un degré proche de celle de l intolérance mutuelle. En effet, dans la soirée du 21 septembre 2010 se déroule la Nuit Blanche d Istanbul, les galeries d art sont à cette occasion ouverte jusqu à une heure tardive, dans le quartier de Tophane y compris. 37 Ö.Öğret, «Gentrification posited as motive for attack on Tophane art galleries article de presse édité le jeudi 23 septembre 2010 dans les pages d hurriyet daily news - php?n=tophane-attack-on-art-galleriesmore-than-meets-the-eye Beyoğlu bar owners protest removal of outdoor tables article de presse édité le jeudi 28 juillet 2011 dans les pages d hurriyet daily news - com/n.php?n=beyoglu-bar-owners-protestremoval-of-outdoor-tables Dans le courant de la soirée, une bande de jeunes, venant de la localité de Tophane, attaque armé de matraques trois galeries d art simultanément dans ce quartier, allant jusqu à séquestrer les participants de l exposition. Cet événement, relayé par l ensemble de la presse internationale marque l histoire récente de Tophane, le lendemain le quartier est envahi par les télévisions nationales et chacun cherche une explication à ce soulèvement. La couverture médiatique est importante et très vite sont invoquées des raisons basées sur une cohabitation difficile entre ces deux mondes que traditionalisme et modernité opposent 67

67 l autorité dans les pratiques urbaines, prohibant de fait qui que ce soit de fumer et boire dans l espace public pendant la période du ramadan. Parallèlement, comme chaque année, les différentes municipalités mettent en place des tentes pour offrir le repas de l iftar à ses concitoyens, démarche dont s auto félicite naturellement chaque localité au travers de différents bulletins municipaux. Ce dernier point évoque des pratiques liées à la religion mais davantage l intégration soudaine et même brutale de l autorité publique dans ces espaces locaux qui auparavant s autogérait plus ou moins. Cette démarche est symptomatique d une politique qui ne voit en l intervention dans l espace public une manière de mobiliser le social et donc l opinion public via des mesures populistes voire électoralistes. 68

68 _ CONCLUSION GENERALE Via notre démarche appuyée sur l étude d un système de lieux, on aurait pu valider cette hypothèse selon laquelle l espace public de proximité répond à une norme, centralité locale, siège de pratiques locales, royaume de tolérance social. Via notre sélection qui présente des lieux connectés, on aurait pu considérer que l espace public se déroule à travers l espace urbain, une surface continue, un liant, une unité spatiale. Mais nos descriptions auront donné tord à ces mythes qu on ne saurait situés entre despotisme et démagogie. Tout d abord, via l étude portée sur paramètre fonctionnel de ces localités nous avons conclue que dans ces espaces précis, le commerce tiens un rôle prédominant dans la construction de pratiques et d appropriation de l espace, mais même s il constitue une donnée contextuelle parfois trop oubliée, il n en est pas moins déterminé par la composante sociale des quartiers. Nous avons sélectionné des espaces dont on a pu souligner des caractéristiques similaires tant au niveau historique, morphologique et fonctionnelle dans la mesure où ce sont tous trois des espaces dont l impact au niveau local est prégnant - et qu on aurait pu intégrer et assimiler comme un espace homogène. Et pourtant, il n en reste pas moins des centralités hétéroclites et même dissemblables. Dès lors, l étude du contexte est primordial pour la compréhension de ces espaces, mais elle reste cernée de complexité, chaque donnée influant sur l autre et s équilibrant le temps d un instant pour créer dans cette alchimie, un produit final instable que l on pourrait surnommer espace public. Par ces observations ce mémoire interroge également sur le caractère inclusif et exclusif de ces espaces. Dans un système ou les acteurs publics sont en retrait dans la production de ces espaces, ceux-ci semblent appartenir à un public particulier. Les acteurs les plus influant dans ces espaces sont les riverains, conscient ou pas de leur pouvoir ils dirigent en tout les cas une 69

69 identité via le symbolisme que prônent leur devantures de magasins, via leur tolérance vis-à-vis de nouveaux arrivants, via leur ouverture à un monde social. L espace public appartient dans ces cas à un public, celui du quartier. L anonymat et ses vertus disparaissent et les codes comportementaux sont puissants et prégnant, le rôle intégrateur de l espace public est ainsi remis en question. Nous rejoignons ici des dialectiques proches de celle récemment énoncé par Eric Charmes qui évoque la «clubbisation» de la vie urbaine. Même si les contextes sont extrêmement différents on retrouve une propension à l effacement du territoire et du politique au profit de la sphère économique. Ainsi, pour les riverains, le quartier est en premier lieu un «objet de satisfaction» et en second lieu seulement un «objet d attachement identitaire et communautaire». Les quartiers perdent leur signification politique et territoriale et glissent de la sphère politique à la sphère économique tout en étant le siège de chocs sociaux parfois violents. Cette tendance nous renvoie à des interrogations d ordre politique, que devient le rôle de celles-ci dans ces espaces? Doit-on appuyer l échelle du local dans cette ville qui tend d ors et déjà vers une fragmentation de la vie urbaine? Comment peut-on garantir, préserver et réinvestir des espaces à publicités variés, socialement mixte, en d autres termes caresser l ambition de créer des espaces public «ouvert à tous» ou du moins être conscient de cette nécessité. Car c est aujourd hui, à Istanbul, au travers de mesures politiques Eric Charmes, «La ville émiettée. Essai sur la idéologiquement marquées dirigeant les pratiques sociales dans clubbisation de la vie urbaine», PUF, coll. «La un certains sens, une tendance inverse qui est en marche. ville en débat»,

70 MEDIAGRAPHIE

71 _ ISTANBUL Ouvrages de références C.Bilsel, «L espace public existait-il dans la ville ottomane? Des espaces libres au domaine public à Istanbul (XVIIe-XIXe siècles)», Études balkaniques, 14, 2007, N. Deniz T. Fabre, Istanbul, ville monde dans Istanbul, ville monde; la pensée du midi - éditions actes sud,2000 Ç.Keyder, istanbul between the global and the local, editions rowman & littlefield publishers inc, 1999 Ç.Keyder, A brief history of modern Istanbul in Turkey in the modern world, 2002, ed. R. Mantran, «La vie quotidienne à Constantinople au temps de Soliman le Magnifique et de ses successeurs (XVIe et XVIIe siècles)», Editeur Paris : Hachette, 1965, 319 p. B. T Sasanlar, A historical panorama of an Istanbul neighborhood: Cihangir from the late ;nineteenth to the 2000s, Boğaziçi University, 2006, 308pp. J.Meissonnier, «Marchands de rue à Istanbul. Présence urbaine d une offre commerciale en perpétuelle recomposition spatiale», Istanbul : Les dossiers de l IFEA, série : La Turquie aujourd hui, n 19, décembre 2006 Orhan Pamuk, «Istanbul, souvenirs d une ville», ed. Gallirmard, 2006, p.465, 547pp J F Pérouse, «Istanbul, ville sainte de l Islam et ville maudite de l Islam : risques, vertiges et opportunités du corps à corps obligé», 2002, pour l exposition «Corps et Islam» J F Pérouse, «La Turquie en marche : Les grandes mutations depuis 1980», Paris, Éd. de La Martinière Périodiques Dossier «Istanbul» dans l Urbanisme, 2010, n 374, p Sites internet 72 hurriyetdailynews.com ifea-istanbul.net oui.hypotheses.org urbanage.net

72 _ ESPACES PUBLICS Ouvrages de références E.Charmes, «La ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine», PUF, coll. «La ville en débat», 2011 Ghorra - Gobin C.(dir.), «Réinventer le sens de la ville. Les espaces publics à l heure globale», Paris, L Harmattan, 2001, 266 p. V.Gelézeau, C.Hancock, B.Sabatier, T.Sanjuan, A.Teppo, A.Fleury, «Une géographie des espaces publics dans les pays Intermédiaires», rapport ACI n JC6029, Octobre 2007, 282 pp. A.Fleury, Les rivages d Istanbul: des espaces publics à part, au coeur de la mégapole article réalisé de septembre à decembre 2002 au sein de l OUI observatoire urbain d Istanbul. A.Fleury, «Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul, Sous la direction de Thérèse SAINT-JULIEN, université de Paris 1 Panthéon-sorbonne, UFR, 2007, 685pp J.Lapeyre de Cabanes, «Trois avenues piétonnes d IstanbulComparaison d espaces centraux à l heure de la consommation». Mémoire de M1 l UMR Lyon, 2011 L.H Lofland, The Public Realm: Exploring the City s Quintessential Social Territory, New York, Aldine de Gruyter, 1998, 305 p. G.Pérec, «Espèces d espaces», Paris, éditions Galilée, 1974 G.Pérec, La Vie mode d emploi, Paris, éditions Hachette, 1978 B.Sabatier, «De l impossible espace public à la publicisation des espaces privés», CIRUS-Cieu, Université Toulouse-le Mirail F.Vidaling, «De l espace public, Singularités à São Paulo» sous la direction de Laurent Devisme, ENSAN, mémoire de M1, 2011 Périodiques Dossier «vie privée-vie publics» dans Espaces et sociétés, 1986, n 46-47, ed. l harmattan Dossier «espace public et complexité du social» dans Espaces

73 et sociétés, 1990, n 62-63, ed. l harmattan Dossier «espaces, modes d emploi» dans Espaces et sociétés, 2002, n , ed. l harmattan Sites internet cybergeo.revues.org gallica.bnf.fr hal.archives-ouvertes.fr _ COMMERCE Ouvrages de références R-P Desse (dir.), A Fournié - A. Gasnier N.Lemarchand A. Metton - J. Soumagne «Dictionnaire du commerce et de l aménagement», Presses Universitaires de Rennes,2008 S. Lash - J. Urry, Economies of signs and space, éditions SAGE, pages B. Mérenne-Schoumaker, «Méthodes d analyse des localisations commerciales : les apports de l enquête de terrain», Annales de Géographie. 1982, t. 91, n 506. pp Périodiques Nicolas LE BRUN, «Vers une approche des types de liens entre accessibilité et commerce symbiose et autonomie, commensalisme et parasitisme» p.30 dans TIGR, n vol.27, 126pp, 2001 Autres Agnès Varda, Daggéréotypes film documentaire datant de

74 4

75 AVANT PROPOS & REMERCIEMENTS Ce travail fait suite à une année scolaire passé dans la ville d Istanbul au sein de l université technique d Istanbul. Cette année a été complétée par deux mois de stage parmi l équipe de l Institut Français de Recherche Anatolienne et plus particulièrement encadrée par Jean François Pérouse, géographe et directeur de l OUI - l observatoire Urbain d Istanbul. Mes remerciements s adressent à ceux qui ont encadrés ce stage, plus généralement ce travail, dont notamment à Jean François Pérouse et Laurent Devisme pour leur aide, leur suivi et leur disponibilité. Ils s adressent également à Gizem, Guillaume et Florent qui chacun à leur manière ont porté mon choix qui m emmena jusqu au Bosphore. Pour cette année riche en enseignements et rencontres, je remercie Ilkan, Meriç et Alper qui ont été mon heureux quotidien stambouliote. Merci à toutes les personnes que j ai rencontré tout au long de cette étude pour leur sympathie, gentillesse, temps accordé pour leurs dires et leurs aides. 5

76 08 10 INTRODUCTION 1 / LES ESPACES HERİTES DE L ISTANBUL MO- DERNE ; LIEUX et CONTEXTE _ Un système de lieux comme territoire _ Trois secteurs, leurs Histoires, typologies et spécificités 18 2 / VISAGES, SYMBOLES ET REALITES DE LA COMPOSITION COMMERCIALES DE CES ESPACES DE PROXIMITE _ Introduction A}Composition de l offre commerciale dans ces territoires de proximité _ Relevé et méthode _ Répartitions commerciales _ Récits de ce que l on considère comme commerce banal en Turquie B}Le commerce de proximité et fantasmes associés _ Orientation commerciale et visages de ces localités _ L identité commerciale ou l affirmation symbolique _ Le rayonement commercial ou l effacement du local 41 3 / LE COMMERCE DE PROXIMITE, MATRICE D ES- PACE PUBLIC? A}Le système d acteurs dans ces espaces de non centraux _ La gouvernance de l institution publique en crise _ Des alternatives associatives au pouvoir qui restent ponctuelles _ Les usagers et riverains ; le degré zéro primordial de la production d espaces publics B}La production par la pratique _ Des espaces hétérogènes et mouvants _ Mouvement et établissement, le flux et ces sphères _Changement et permanence ; l exemple du secteur de l informel 62 4 / «L ESPACE SOCIAL» ET SES DYNAMIQUES CONCLUSION MEDIAGRAPHIE 7

77 } INTRODUCTION A LA VILLE La nuque légèrement inclinée, le haut du corps décollé de ce siège confortable, le front collé à un hublot, c est là, à une centaine de mètres d altitude, en survolant cette mégapole et le bleu de son cœur, qu Istanbul fait son entrée en scène. Naviguant entre les nuages, les premières images sont déjà époustouflantes, alors que l avion engage la douce descente vers le sol, nous sont offertes ces brides de paysages urbains. Vu du ciel, on ne s y méprend pas, Istanbul est gigantesque, tentaculaire, immensité urbaine, elle couvre hectares, les estimations évoquent que 95% de la ville du Bosphore est urbanisée 1 Arrivé au sol, les images prennent vies et deviennent frénétiques. Aux traces d une histoire des plus riches s ajoutent celles d une urbanisation euphorique, patchwork architectural surprenant, premières invraisemblances lisibles de cette ville se construisant sur un lit de paradoxes. Bride d Istanbul vue d avion par F. Vidaling, mars 2011 Etirée entre l Asie et l Europe, équivalent dans sa version contemporaine à un déploiement entre union européenne et monde musulman, c est une mégapole en voie de développement manipulant tant de contradictions qu elle devient extraordinairement singulière et passionnante. Dans un contexte de transformations urbaines rapides - le tissu urbain actuel aurait émergé à 80% après naquît en périphéries malls et gated communities, nouveaux espaces publics évoquant les rêves d une ville moderne calquée sur des modèles occidentaux, ces transformations viennent défier le paradigme d une urbanité existante. En parallèle, les quartiers centraux Située sur un point géographique qui a portée sa grandeure à travers les âges et une aire métropolitaine d ampleur avec ses hectares. 1 D Sudjic, The city too big to fail in Istanbul, city of intersections, urbanage, novembre 2009; 8

78 célébrant leur premier centenaire sont soit le joug d une gentrification importante, soit victimes d une paupérisation liée à un contexte historique difficile. 2 Puis, alors que l économie se libéralise peu à peu, Istanbul régularise ces Gecekondus - habitat précaire assimilable aux bidonvilles s y développe des quartiers d affaires, centres commerciaux, des places publics de prestiges, sans oublier une politique culturelle en devenant la Capitale Européenne de la culture Istanbul a définitivement émergé en tant que ville-région. Et c est aussi, selon Orhan Pamuk, une ville à cheval entre deux mondes où «tout n est qu à moitié, tout est incomplet, tout est imparfait» 3. 2 Çaglar Keyder, A brief history of modern Istanbul in Turkey in the modern world, Ed. Reşat Kasaba. Cambridge University Press, Orhan Pamuk, «Istanbul, souvenirs d une ville», ed. Gallirmard, 2006, p.465, 547pp 4 Murat Güvenç, «Istanbul une approche historique et socio-spatiale» dans Urbanisme, sept-oct 2010, n 374, p A.Fleury, Les rivages d Istanbul: des espaces publics à part, au coeur de la mégapole, article réalisé de septembre à decembre 2002 au sein de l OUI observatoire urbain d Istanbul. Quoiqu on en dise, rendre compte de l Istanbul contemporaine semble chose vaine tant elle est diverse, issue d enchevêtrements complexes de processus de globalisation et de différentiation locale 4. Et, à force d abstraction, on efface ce qui constitue la ville, ce qui fait son essence, on oublie ces vides, ceux là mêmes qui la rendent véritable et lui donnent un sens. Ainsi, il devenait important pour nous dans ce travail de mémoire, qui s applique à parler d une ville mondiale, de s immiscer dans l un de ces espaces et de le faire parler. De devenir, un temps, l observateur de ce précieux liant qu on appelle espace public. Notre posture fut de positionner notre regard sur les espaces de proximité. Espaces aujourd hui considérés comme centraux par les acteurs des villes européennes, ils restent quelques peu délaissés par ceux d Istanbul qui portent davantage leurs intentions et actions sur «les espaces de prestige». Pourtant, si l on considère les espaces publics au sens large, comme «des espaces d usage public, définis par les pratiques concrètes des citadins, ainsi que par leur triple rôle de mise en relation entre les citadins, entre les lieux, entre les différentes échelles de la ville», on peut bel et bien parler d espaces publics pour les espaces de proximité. 5 Par rapport à notre contexte culturel, la relation entre les sexes, la limite privé/public et plus généralement les codes sociaux et la vision de l espace divergent, même si des processus d occidentalisation important sont à l œuvre. De par notre posture, nous espérons porter une contribution à la réflexion sur la notion d espace public de proximité à Istanbul comme ailleurs. 9

79 } LES ESPACES HERITES DE L ISTANBUL MODERNE ; LIEUX ET CONTEXTES _ UN SYSTEME DE LIEUX COMME TERRITOIRE «Il n y a pas un espace, un bel espace, un bel espace alentour, un bel espace autour de nous, il y a plein de petits bouts d espaces» G. Perec, 1985 Afin de souligner au mieux ce qui fait concrètement les espaces de proximité stambouliote d aujourd hui, nous avons exprimé la volonté de se raccrocher à un lieu. En portant un regard exhaustif sur celui ci, nous prétendons pouvoir comprendre le lieu et ses espaces; de quelles manières il se transforme, que ce soit par ses pratiques ou ses formes, ses aménagements ou sa gestion au sein de l espace urbain. Il s agit également de pouvoir développer une vision au plus proche du réel et du territoire, de ne pas se laisser porter par une vision idéalisée de l échelon du local et de celui de la proximité qui seraient tous deux incarnés par le quartier et ses rues comme les lieux par excellence de la sociabilité urbaine. Eviction potentiellement faite, nous avons privilégié de développer notre étude, non pas autour d un lieu en particulier, mais autour d un système de lieux suivant ainsi les préconisations de nombreux géographes parmi lesquels Antoine Fleury dont la thèse constitue une des référence majeure de ce travail. Ce système de lieu peut être défini selon plusieurs paramètres parmi lesquels on compte le plus souvent la forme, l ouverture, le statut ou encore la norme de chaque espace. Nous avons donc établi une présélection de lieux qui présentaient la caractéristique d être des centralités dont on distingue une concentration relativement élevé de petits commerces, on l on trouve des squares, des marchés ou des rues de proximité 6, le tout étant pratiqué quotidiennement par une partie des habitants, en somme dont l impact à l échelle locale était prégnant. 6 Le square est une figure relativement absente dans la forme urbaine stambouliote qui a hérité du patrimoine ottoman. Celui-ci lègue d avantage de grande place, medyan, ou marché couvert, les çarsı qui ont longtemps été la place privilégié des sociabilités urbaines - Cânâ Bilsel, «L espace public existait-il dans la ville ottomane? Des espaces libres au domaine public à Istanbul (XVIIe-XIXe siècles)», dans Études balkaniques, n 14, 2007, p

80 Après de nombreuses observations sur ces mêmes sites, nous avons finalement affiné cette sélection en fonction de nouveaux paramètres pour présenter un système de lieu particulier. Pour se faire, nous nous sommes penchés sur un premier paramètre géographique émanant directement de la notion même de proximité. D après la définition que donne le «dictionnaire du commerce et de l aménagement» 7 un espace de proximité est celui dont la fréquentation peut se faire à pied lors d un déplacement inférieur à dix minutes. Nous avons donc pris le parti de centrer notre étude sur un système de lieux de proximité dont chacune des entités, chacun des lieux seraient séparés par dix minutes de marche à pieds. Par ailleurs attirée par la richesse des espaces hérités qui ont reçu un héritage particulier mais dont les pratiques se sont profondément transformées, c est le dernier critère qui nous a permis de délimiter avec précision notre système de lieux de proximité. Ainsi, nous concentrerons cette étude sur les localités de Cihangir, Firuzağa et Tophane. Au cours de notre étude, notre intérêt se portera sur ces centralités mais également sur leurs rues alentours 8. Etant donné que ces trois espaces sont géographiquement proches, cette position nous permettra aussi de revenir une 11

81 notion de continuité et fragmentation de la ville, comment ces trois espaces proches entrent ils ou non en relation? Car en effet, à priori, seul le caractère géographique strico-sensu semble raccrocher ces trois localités sélectionnées qui diffèrent notamment dans leur composante socio-économique (I). Par ailleurs, pour étudier ces espaces, nous avons choisi une entrée particulière qui s attache à une notion fonctionnaliste. En effet, si ces espaces publics se définissent comme des espaces pratiqués par le public, c est avant tout parce qu il est attiré par des fonctions urbaines. extrait de l oeuvre de Nicolas Moulin - «vider Paris» Or la fonction commerciale va de pair avec les espaces de proximité comme l a par exemple souligné l artiste N.Moulin en produisant une œuvre explicite. Le montage ci-contre illustre son travail, dont la démarche a été de reproduire l espace de la rue s il n y avait plus de commerces. Les commerces donnent ainsi la tonalité aux espaces et notamment aux espaces de proximité, se sera une manière pour nous d entrer en relation avec ces trois localités, en décortiquant et analysant l offre commerciale qui s y manifeste. Par ce biais qui s attache à retranscrire les témoignages que le commerce nous laisse, nous tenterons de saisir les visages de chaque localité, d en discerner les symboles et représentations (II). Puis dans un troisième temps, nous chercherons à évaluer le degré de l impact de cet ensemble commercial dans la production d espace public. En s attachant aux pratiques qui prennent place dans ces espaces mais aussi en évaluant le système d acteurs impliqué dans la production de ces espaces publics de proximité (III) Pour finir, nous nous attacherons à des études de cas relatifs aux espaces étudiés en soulignant des questions propres à ces localités, aux transformations qu elles connaissent, aux conflits auxquels elles font face, nous nous rapprocherons ainsi de la composante sociale de l espace qui est intrinsèque à celui-ci (IV) espace et société se nourrissant voire se définissant mutuellement. 7 René-Paul Desse (dir.), Anne Fournié, Arnaud Gasnier, Nathalie Lemarchand, Alain Metton, Jean Soumagne, «Dictionnaire du commerce et de l aménagement», Presses Universitaires de Rennes, Septembre Les dénominations de ces localités en ces termes ne correspondent pas à des limites administratives, ainsi lorsque nous évoquerons Firuzağa il s agit de l espace situé aux alentours de la mosquée de Firuzağa. De même pour Cihangir qui définit le système de rues aux alentours de l avenue de Cihangir et Tophane, celles se développant à proximité du 12

82 _TROIS SECTEURS, LEURS HISTOIRES, TYPOLOGIES ET SPÉCIFI- CITÉS Ces trois localités de Cihangir, Firuzağa et Tophane sont situées dans l arrondissement de Beyoğlu. Géographiquement, économiquement, culturellement et même symboliquement parlant, Beyoğlu est un arrondissement central à Istanbul. Principalement sollicité pour tenir en son sein la célèbre artère piétonne d Istiklal Cadessi, véritable cœur de la vie nocturne stambouliote, c est du reste un arrondissement socialement très contrasté. Il est historiquement composé des sites de Galata - comprenant à l époque la localité de Tophane - et de Péra - dont les localités de Cihangir et Firuzağa constituent les abords. Gravure de Constantinople - bnf Plus que tout autre quartier, ce sont les témoins de l histoire moderne d Istanbul. Ils ont connu un développement et un essor grandissant à partir de la fin du XVI siècle. On compte aux XVII et XVIII siècles habitants à Galata et à Péra, beaucoup plus rural, sur les que compte environ Istanbul. Déjà durant cette période, ces espaces sont marqués par un cosmopolitisme important, faisant face à Stamboul, la turque. En effet, le pouvoir ottoman encourage très tôt le regroupement par appartenance religieuse ou ethnique ; ainsi les Francs et «latins» se voient interdire de demeurer au sud de la Corne d or. Mais c est davantage au XIX siècle que ce cosmopolitisme deviendra une richesse arborant sa culture européenne et gagnant en influence dans l empire ottoman dont les concepts venus d occidents sont de plus en plus en vogue. A partir de cette période, la ville se développe en parallèle de sa vie sociale et ces quartiers se gonflent d européens et de «minorités» que constituent majoritairement les communautés juives, arméniennes, grecques, levantines, françaises et allemandes A partir de 1922, date marquant l arrivée des nationalistes à Istanbul, la ville connait une succession de changements liés à 13

83 une période charnière de l histoire de la Turquie. C est à cette époque que la première république de l état turque naquit, les nationalistes qui ont dans ce mouvement une influence dominante considère que «la bourgeoisie ottomane chrétienne, orientée vers l Europe doit être excisée de l instance nationale de l Étatnation pour commencer une nouvelle sur une base saine» 9 Cette idéologie sonne la glas de la prospérité de ces quartiers, d autant plus qu elle se place à un moment historique pour Istanbul qui en plus d avoir perdu son statut de capitale de la Turquie, ne constitue plus le centre métropolitain impériale, perdant toute son influence dans les territoires des Balkans pour ne citer qu eux. La Turquie signe le traité de Lausanne, dernier traité issu de la première guerre mondiale, qui induit un échange de population et une purification ethniquo-religieuse sévère. Ces différentes prises de positions politiques portent des conséquences sérieuses sur les localités que nous étudions. Cellesci étant majoritairement peuplées de non-musulmans, elles se vident de la majorité de leurs populations détenant beaucoup de richesses. Elles laissent derrière elles des immeubles entiers, vendant pour une bouchée de pain leurs boutiques auparavant prospères mais qui n ont su faire face à des systèmes de taxation sévères envers les non-musulmans les obligeant à quitter le pays. _émeute de septembre 1955: magasins grecs mis à sac Les communautés européennes ou minoritaires rétrécissent vite et bientôt seul Cihangir accueillera ces populations. Cette épuration ethnique atteint son paroxysme pendant les évènements du 6 et 7 septembre 1955, une foule coléreuse attaquant les commerces et habitations des quelques grecs vivant encore à Cihangir 10. Dans ce contexte violent, les grecs finissent par eux aussi quitter le pays. Parallèlement, Istanbul est victime d un exode rural très important. Les gecekondus bidonvilles apparaissent aux quatre coins de la ville qui connait une urbanisation chaotique. Cette arrivée massive de population anatolienne a elle aussi marquée l histoire des localités étudiées. A défaut de pouvoir trouver un lopin de terre où construire leur gecekondu littéralement «logement construit en une nuit» - ces populations n ayant aucune attache dans la capitale en 9 Çağlar Keyder, A brief history of modern Istanbul in Turkey in the modern world, Ed. Reşat Kasaba. Cambridge University Press, habitations et de nombreux magasins auraient été mis à sac. Sous les yeux de la police, une foule en colère réagissait à des rumeurs de plasticage de la maison natale à Salonique (Grèce) du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, véritable icône de la république. _ Erik J.Zücher «Turkey, a modern history», ed.ibthauris, 1993, p.231, 415pp. 14

84 viennent à squatter les immeubles délaissés par leurs propriétaires européens. Ces venues ont engendré un déclassement de ces quartiers accueillant auparavant l élite d Istanbul. Par souci de démarcation sociale face à cette paupérisation naissante, la bourgeoisie musulmane vivant toujours dans ces quartiers délaisse elle aussi leurs propriétés aux profits d appartements en périphérie de la ville venant ainsi remplir les premières cités d Istanbul. En somme, Beyoglu perd son prestigieux statut, se paupérise et devient un arrondissement populaire où quelques groupes marginaux se réfugient notamment travestis et transsexuels. Aujourd hui, l arrondissement est socialement très contrasté et se porte témoin de cette histoire. En effet, des processus de gentrification très marqués sont venus contredire ceux de paupérisation. A partir du milieu des années 1990 et suite à une libéralisation de l économie, Istanbul s ouvre davantage et accueille en son sein des «expat», de jeunes européens qui de nouveau se regroupent dans les immeubles construits par leurs aïeux. La colline sur laquelle Cihangir est fièrement accrochée lui offre une vue imprenable sur le Bosphore et n échappe pas à une nouvelle invasion européenne. Il devient le fief de jeunes couples européens mais aussi d un bon nombre d artistes, de producteurs de cinéma, de designers, de littéraires turques, en somme d une certaine élite intellectuelle. Cette gentrification atteint doucement le quartier de Firuzağa vers les années dont la composante socio résidentielle est aujourd hui semblable à celle de Cihangir : une population jeune et très influencée par des modes de vie européens. Le quartier de Tophane, lui, reste populaire, même si les processus de gentrification sont à l œuvre depuis quelques années. Les rues de Tophane accueillent quelques Roms, quelques intégristes musulmans, quelques européens, quelques artistes et beaucoup de familles turques issues de l immigration anatolienne portant des valeurs traditionnelles. Ainsi, même si ces trois localités sont géographiquement proches, elles ont hérité de l histoire des composantes socio-résidentielles diverses. 15

85 Par ailleurs, chaque lieu de ce système présente des formes urbaines variées. La centralité de Cihangir s est construite sur une rue, celle de Firuzağa autour d une petite mosquée et celle de Tophane autour d un petit parc de proximité. Ceci étant dit la typologie spatiale reste globalement similaire. Il s agit dans les trois cas de localités dont le bâti est dense et organisé en ilots dessinant un système de rues d un gabarit variant autour d une dizaine de mètres de larges. Même si elles sont à proximité de nœuds de circulation (soit Taksim soit le tramway) ces localités ne sont pas traversées par les transports en commun. A noter enfin, que la topographie dessine des caractères particuliers à chaque localité. Tophane se trouve quasiment au niveau du Bosphore, même si la ligne de tramway et une route quatre voies créent une véritable frontière entre la mer et ce quartier. Par ailleurs, Tophane est situé aux pieds de la colline de Péra accueillant Cihangir à l est et l Istiklal au nord et un autre dénivelé à l ouest mène au site de Galata, Tophane est donc situé dans une petite cuvette. Cihangir est lui construit sur les flancs est de la colline de Péra, 16

86 le rapport à la mer est quasiment plus fort qu à Tophane malgré un éloignement plus marqué, mais la vue dont bénéficie Cihangir joue un rôle favorable dans la construction de cette relation. Firuzağa est elle aussi construite sur les flancs de Péra, mais ne bénéficie d aucune vue particulière, si ce n est celles qu offrent les villes construites sur des sites topographiquement marqués. D environnement urbain et de traits morphologiques similaires, ces trois sites, ces trois localités, ces trois quartiers géographiquement proches et à la formation historique mouvementée et particulière présente l autre caractéristique d être des noyaux du local. Espaces hérités, ils portent en eux un terreau atypique, terrritoires que l on dirait naturellement favorables au développement des pratiques sociales de l espace, à l implantation d arts de faire et qui ne feraient qu accompagner le bien fondé d une présence commerciale de proximité. Il s agit donc de caractériser cette offre commerciale afin de comprendre dans quelle mesure elle influence l espace et les pratiques sociales de ces espaces de proximité. 17

87 } VISAGES, SYMBOLES ET REALITES DE LA COMPOSITION COMMERCIALES DE CES ESPACES DE PROXIMITE Introduction : Quand on la découvre, quand on l observe, quand on essaye de l appréhender, quand on est embarqué dans ses flux, quand on l arpente, quand on goute Istanbul, on ne peut peux omettre l omniprésence du commerce. Il est partout où l on est. Devant les hauts lieux touristiques, on marchande des cartes postales, bouteilles d eau et simit. Déambuler dans les rues d Eminonü sans ne rien acheter semble incongru. Embarquez dans une navette fluviale et voilà que le temps d une traversé, on vous propose thé, jus de fruits, et barres chocolatés. Dans l avenue d Istiklal, on retrouve nos magasins de prêt- à-porter franchisés. Ici, la rue est envahie par un marché hebdomadaire qui s est installé sous de grandes toiles blanches savamment érigées. Là, une publicité vente l ouverture du dernier grand mall dans un quartier récemment réaménagé de la grande Istanbul. Dans cette ville, où l appétence pour la croissance n a d égal la superficie de la mégapole, où le commerce a fait la gloire d Istanbul, où tout se vend, à quasiment n importe quel moment, diriger ses observations et ses interrogations sur l impact du commerce dans les pratiques sociales et dans l organisation de l espace semble naturel. Notre regard se dirige vers des espaces, des lieux de toute banalité, s il en est. Ni particulièrement touristique, ni récemment sorti de terre, ni menacé de disparition ; les lieux choisis ont pour caractéristique principale d être des aires résidentielles. De ce fait, comparé des avenues commerciales ou des mall, le commerce occupe donc un espace relativement limité. Jusqu à présent, le droit ne régit pas l implantation commerciale au sein des quartiers étudiés. Les commerces s installent au gré des opportunités, ne suivant aucun schéma directeur particulier, la politique stambouliote en matière de répartition commerciale étant d appliquer une «non-politique» entretien avec Jean François Pérouse _ juin Ce travail se concentre sur une typologie spatiale particulière, celle de l avenue piétonne. L auteur met donc en avant d autres échelles, d autres usages, d autres enjeux. Mais de part la similitude de nos démarches, nos travaux entre en résonances et peuvent être compris dans un corpus s interrogeant sur l impact du commerce dans l espace public stambouliote. Ils contribuent ainsi à la problématique des espaces publics 18

88 Les commerces occupent donc les rez-de-chaussée d immeubles - voire même ceux de mosquée dans le cas de celle de Firuzağa. Dans cette configuration architecturale où le bâti hérité du début du XXème siècle est divisé de sorte que l on trouve un commerce en rez-de-chaussée et des logements dans les étages, rares sont les commerces qui occupent plusieurs niveaux seuls quelques cafés et banques dérogent à cet état de fait. Les surfaces des commerces sont donc petites, et tous ont une interaction directe avec l espace de la rue. 13 «Dictionnaire du commerce et de l aménagement», 2008, idib. 14 Méthodologie mise en place avec l aide de l ouvrage de : B. Mérenne-Schoumaker, «Méthodes d analyse des localisations commerciales : les apports de l enquête de terrain», Annales de Géographie. 1982, t. 91, n 506. Nous dégageons ici une certaine normalisation dans les caractéristiques formelles de ces commerces, nous pouvons prolonger notre interrogation sur l aspect normatif de ceux-ci, mais également de leurs usages et espaces associés. Quelle est l offre commerciale de ces lieux? Quels usages et pratiques engendre t elle? Quelle est l amplitude de l interaction du commerce avec l espace de la rue, devient elle la matrice de ces espaces publics? 19

89 20 Répartition commerciale générale au sein des trois localités

90 CIHANGIR FIRUZAGA TOPHANE 21

91 22 Répartition commerciale anomale au sein des trois localités

92 CIHANGIR FIRUZAGA TOPHANE 23

93 24 Répartition commerciale banale au sein des trois localités

94 CIHANGIR FIRUZAGA TOPHANE 25

95 A_COMPOSITION DE L OFFRE COMMERCIALE DANS CES TERRI- TOIRES DE PROXIMITÉ > Relevé et méthode Un des outils que nous utilisons afin de caractériser et de problématiser cette offre commerciale est le relevé. Apparaissent sur la formalisation de celui ci les établissements qui interagissent avec la rue. La plupart ont une fonction commerciale, mais nous n omettons pas de figurer les espaces en rez-de-chaussée accueillant des bureaux ou l espace de travail de l artisan. Ainsi, le critère d interaction immédiate de ces établissements avec la rue est à la base de notre logique de recensement. Nous rejoignons de cette manière le travail de J. Lapeyre de Cabanes qui présente dans un mémoire des relevés d établissements commerciaux dans des espaces prédéfinis de la mégalopole turque 12. Afin de permettre la lecture de ces relevés, nous avons tenté de catégoriser les établissements. En premier lieu, la fonction commerce a été démarquée par rapport à celle d autres établissements dont la fonction n inclut pas d échanges commerçant / consommateur. Pour aborder la question du commerce, des pratiques et usages de proximité, la catégorie dite de commerce a été à nouveau divisée de façon à mettre en perspective le commerce banal et le commerce anomal. Ce critère introduisant le statut de l enseigne permet de renseigner sur l importance que peut avoir un commerce dans la vie quotidienne de ses localités. Le commerce banal se démarque du commerce anomal de part «le niveau de fréquences d utilisation et de consommation de certains biens» 13 Cette catégorisation est croisée avec celle que J.A Sporck afin de mettre en évidence l organisation spatiale du commerce banal et anomal. Ainsi, nous classons les «certains biens» dans des spécialités correspondant aux besoins majeurs du consommateur; à savoir : 13 Agnès Varda _

96 - Alimentation - Cafés / restaurants - Habillements - Equipements - Luxe-loisirs-culture - Services Les données présentées dans ce relevé résultent des observations faites sur le terrain à un instant t, en occurrence courant juin Le but de ce relevé est de donner à voir quelques caractéristiques du paysage commerciale de ce tissu urbain. Il constitue en cela une base sur laquelle nous pourrons bâtir notre réflexion 14. Dans ces espaces, le commerce s exprime et donne la tonalité aux lieux aussi bien par sa présence que par son absence. Le relevé établi entre juin et juillet 2011 dont nous partageons les données sous la forme de cartes tente de mettre en avant les caractéristiques de l offre commerciale au sein de ces lieux. _ Répartitions commerciales. Au cœur de ces lieux, la densité commerciale apparait importante, même si inégale au sein des trois espaces. Ainsi, à Firuzağa, la moitié des immeubles accueillent une fonction commerciale en rez-de-chaussée, lorsque un tiers ont cette fonction sur l espace de Cihangir et seulement un peu plus d un huitième en ce qui concerne l espace de Tophane: Si l on précise l analyse, la proportion commerce banal/commerce anomal souligne de nouveaux écarts. Le commerce banal, assimilable à celui que l on pourrait nommer «commerce de proximité» est particulièrement représenté dans le quartier de Tophane, 80 % des commerces étant considérés comme tel. A l inverse Cihangir présente une configuration autre avec seulement 40% de commerce banal. L espace de Firuzağa se positionne dans l entre-deux en présentant une proportion équilibré entre ces deux formes de commerce. Ces données ouvrent plusieurs hypothèses quant aux pratiques de consommation tout autant qu aux pratiques commerciales au 27

97 sein de ces trois quartiers. Avant d étayer ces hypothèses, nous donnons à comprendre ce qui constitue traditionnellement le commerce banal dans le quartier turc. _ Récits de ce que l on considère comme commerce banal en Turquie Le commerce de proximité est représenté par nombres enseignes au sein des quartiers stambouliotes. La plupart ont un lien avec _çay evi, un milieu maculin l alimentaire mais pas seulement, ils ont tous leurs particularités intrinsèques, leurs caractères particuliers. Se laisser prendre par le plaisir d observer chacun de ces endroits c est embarquer dans une version vivante et moderne de Daguerréotype 13. La Pastane assimilable à une pâtisserie ou à un salon de thé présente un paradis de gâteaux. Desserts, biscuits, baklava et autres gourmandises sucrés turques mais aussi poğaça petit pain salé consommé au matin. Derrière les vitrines où brillent les sucreries où s amoncellent les biscuits, les serveurs sérieux portent leurs chemises blanches immaculées et irréprochables. Un espace généralement dégagé accueillent tables et chaises depuis lesquels on observe les mouvements de la rue, ou on abandonne son regard à la danse de la limonata qui reproduit inlassablement le même mouvement. Ouvert tout au long de la journée, on s y rend à tout moment. Le matin pour un poğaça et un çay (thé boisson nationale turque) en milieu d après midi pour une pâtisserie seul(e), pour tuer le temps, ou avec une amie ou de la famille pour les dedikodu commérages - ou le soir entre amis. Plus que dans les autres organes de la vie de quartier, le critère de l ancienneté est un gage de qualité dont on se vante, souvent exhibé au fronton de l établissement. Dans la lignée des établissements de proximité ou l on s assoit pour passer le temps, on retrouve la çay evi maison de thé (ou çay odasi- chambre de thé). Boisson nationale turque par excellence, on ne boit pas le çay à un moment de la journée mais tout au long de la journée. On commande un premier çay, puis un deuxième puis un troisième jusqu à ce que mort du temps s en suive. Les çaydanlik sorte de théière à double récipient est tou- 28

98 jours sur le feu, le çay prêt à être servi par le tenancier de l endroit dans l instant. La çay evi n accueille rarement du monde, elle accueille son monde, elle accueille ses habitués, généralement ses vieux messieurs, ses amca ; espace communautaire, fréquenté majoritairement par un lot d habitués, de sexe masculin. _devanture d un bakkal _ intérieur d un kuruyemis A noter que, très proche de cette figure, on trouve le çay bahcesi jardin de thé qui, comme son nom le laisse à penser, est un espace ouvert, de plein air. On les trouve au bord de l eau, dans des parcs ou au milieu des cours intérieures des han. De part cette appartenance à d autres espaces publics il s y développe d autres pratiques, d autres rythmes, un autre système de gouvernance etc. ce qui les exclus de notre présente analyse. Néanmoins, les fonctions de ces deux lieux étant proches, il devenait nécessaire d opérer cette précision. Un des derniers lieux proche dans les rythmes et les pratiques de ces trois premiers est celui du kavhe. La fréquentation y est relativement similaire à celle des çay evi. Mais aux tintements des cuillères à thé sur les bords du verre s ajoutent ceux des tuiles en plastiques du okey qui déferlent sur les tables de jeux se devant d être d une capacité minimum de quatre personnes. Le tavla, diapason de cet espace sonore, dicte le rythme sur la base binaire lancé de dès/déplacement de pions. A ces sons se joignent ceux des voix de ces hommes tantôt réclamant un nouveau çay, tantôt faisant des commentaires sur le jeu ou sur son adversaire. Là encore, c est un lieu traditionnellement masculin, dont les habitués sont issus du quartier, où le rythme des parties de okey efface le temps qui passe. Dans un pays où le partage du repas et le manger sont centraux l alimentaire constitue encore et toujours un élément central dans la vie quotidienne turque. Dès lors, des commerçants tels que les bakkal (épicier) ou manav (marchands de fruits et légumes) sont des figures structurantes de ce commerce banal presque tout autant que de la vie de quartier. Le bakkal qualifie à la fois un petit commerce de quartier et son tenancier. A l intérieur de ces commerces, c est une panoplie de produits de premières nécessités concentrés dans un espace restreint. Chaque cm² est exploité au maximum ; les murs tapis- 29

99 sées de denrées diverses et variées. Dans ce décor coloré, un ou plusieurs rayons ou armoires réfrigérés accueillent les laitages, produits sous vides et/ou boissons. Souvent près de la caisse tant est que l on puisque définir un proche ou un lointain dans ces espaces minuscules - une vitrine réfrigérée contient les produits à la découpe et frais. Dans ce cas, l accès est implicitement réservé au bakkal lui-même. Le pain est lui conservé dans un placard fermé. Cette denrée est livrée à plusieurs moments de la journée par le commis du fırıncı. Le bakkal vend aussi des biscuits secs, venant des pastanes, mais aussi toutes sortes de coupes faim et autres friandises. Les autres produits alimentaires sont quasi exclusivement des produits en conserve ou déshydratés. Du shampoing au blaireau en passant par le papier toilette, le rayon hygiène n est quant à lui pas en reste. Autour de la caisse, sont exposés tous ces produits destinés à une consommation impulsive ; entre chewing gum et friandises, graines de tournesol et amandes salés, briquets et cigares, tous s affiche sur 30cm² tout au plus. Derrière la caisse, un mur exhibe nombres de paquets de cigarettes, dont la consommation au sein de la société turque est très élevée malgré un prix relativement cher. Généralement, on peut aussi y demander des cartes de téléphone pour recharger son mobile voire pour les cabines téléphonique. Les bakkals utilisent l espace urbain comme une expansion de leurs magasins. Dans chaque cas, un congélateur portant les couleurs d une marque célèbre de glace est accolé à l entrée. Dans certains cas, on peut trouver un second congélateur ou sont cette fois ci stockés des produits congelés. Il peut aussi s agir d armoire frigorifique dont la fonction est de garder les bouteilles d eau et de sodas au frais. Par ailleurs, des présentoirs mobiles font partis de l attirail classique du mobilier extérieur de ces bakkals. Ils sont dispersés en fonction de l espace qu offre le trottoir, tantôt alignés à la façade tantôt lui faisant face. La plupart des présentoirs vendent des journaux. Il y a toujours au minimum un présentoir qui affiche la gamme complète des chips de telle ou telle marque. 30

100 Les bakkals ne vendent pas d alcool, si tel est le cas ils deviennent tekel, les murs se transforment alors en armoires frigorifiques contenant un apanage de bouteilles d alcool allant de la bière à la vodka en passant bien évidement par le raki l autre boisson nationale turque, au coude à coude avec le çay. Les cigarettes ne sont pas loin, la presse et les confiseries demeurent généralement présentes. Entre ces deux catégories, on trouve les kuruyemiğ. Même si comme les bakkals ils vendent de l alimentaire, ils sont en plus spécialisé dans la vente de fruits secs et d oléagineux (fruits à coques tels que les cacahouètes, amandes, noix de cajou etc.) Dans cette catégorie de «l alimentaire», on trouve le manav qui lui propose tous les fruits et légumes de la saison en provenance de la province anatolienne. Ceux qui composent cette catégorie sont regroupés sous le nom d esnaf. Ce terme, dont l équivalent français semble manquer, se rapprocherait du définitif de «petit commerce de proximité». C est un commerçant du quartier, la donnée importante et fondamentale qui justifie son appartenance à la confédération des esnaf est la surface du magasin qui se doit d être petite. Le bakkal, manav et kuruyemiğ y sont donc inclus, mais pas seulement. Moins centraux, un peu moins visibles, ne concernant pas la part alimentaire, mais néanmoins consubstantiel à la vie de quartier, les drogueries, quincailleries et merceries font aussi partis de ces commerces dits banals. Véritables dictionnaires ouverts pour celui qui souhaiterait faire un inventaire de la collection parfaite de l électricien, plombier, couturière ou de la femme de ménage, on y trouve tout, dans un bazar dont la clé appartient au tenancier. Le süpermarket est lui aussi un composant dans cet ensemble de commerces banals. Franchisé ou non, même s il induit de nouvelles formes de relations sociales, il est indissociable de ce territoire du quartier et de ses pratiques quotidiennes. 31

101 B _ LE COMMERCE DE PROXIMITÉ ET FANTASMES ASSOCIÉS _ Orientation commerciale et visages de ces localités Si on ne peut nier que chacune de ces dernières figures précédemment décrites constituent le cœur du commerce banal turc, elles prennent néanmoins des formes variées selon leurs implantations dans les trois centralités étudiées. Ainsi, Cihangir et Firuzağa, de part leurs populations européennes ou européanisées et leurs histoires largement liées à ces influences, nous nous confrontons à un référent culturel nouveau qui engendre la nécessité de relativiser la définition de ce terme «banal». L exemple le plus marquant qui nous permet de souligner cette distension dans la définition du banal est celui de la çay evi. Dans les centralités de Firuzağa et de Cihangir, les çay evi connaissent plus ou moins le même niveau de fréquentation qu un salon de thé. Pourtant, le salon de thé a une esthétique, une offre, des pratiques qui le pose comme un commerce d une nouvelle catégorie. Mais «le niveau de fréquences d utilisation et de consommation» de ces deux espaces les réunissent bel et bien dans la catégorie des commerces banals de ces centralités. Passé cette précision revenons à nos premiers constats qui étaient de souligner une différenciation importante entre la proportion banal / anomal entre les trois centralités. Cette observation ouvre des hypothèses diverses concernant _ le Paz art - marché d objets artisanaux l identité commerciale de chaque lieu et de ses pratiques associées. La forte proportion de commerce anomal dans le quartier de Cihangir est en réalité le reflet d une demande particulière soumise par la population de Cihangir. A titre exemple, on trouve beaucoup de cabinets vétérinaires dans ces rues alors qu ils sont à ce jour absents dans les deux autres espaces. Les cafés et restaurants affichent un standing 16 M.VAN CRIEKINGEN, A.FLEURY,«La ville branchée : gentrification et dynamiques commerciales à Paris et à Bruxelles», Belgeo, n 1-2, pp ,

102 élevé, réservé à une population ayant les moyens et réceptive à cette offre de haute classe. Les commerçants s adressent donc à cette population précise et répondent de ce fait à une demande caractéristique de ce quartier. La fréquentation de ces lieux étant minime, le commerce reste anomal, mais il répond malgré tout à une demande de proximité. On pourrait ainsi considérer l espace de Cihangir comme une localité banale anomale répondant à des besoins de proximité, mais restant malgré tout anomale, de par la caractéristique spécifique de ces mêmes besoins. A l opposé de Cihangir, Tophane présente une proportion élevée de commerce banal. Mais ces deux espaces ont le point commun d avoir une offre commerciale répondant à la demande exercée par la population du quartier. Seuls les besoins diffèrent, à Tophane la demande est restreinte aux produits basiques du quotidien ce qui explique cette forte proportion de commerces banals. La différenciation entre ces deux espaces de vie a, en réalité, trait aux pratiques elles mêmes, qui comme l énonce Bourdieu sont associées à des styles de vies qui varient considérablement d un groupe social à un autre.. Ainsi, la répartition commerciale est ne s attache pas seulement au type de centralité ici deux centralités considérés comme de proximité mais d avantage à l espace social qui le compose. 20 En passant devant un des ces établissements aux codes esthétiques particulièrement marqués, mon colocataire, turc, m avoue qu il est suspicieux quant à la qualité des plats turc qu ils disent préparer. Quelques semaines plus tard, il s y risque et me rapporte que les menemens (une sorte d omelette, un grand basic, numéro 1 chez les étudiants en mal d argent et de savoir faire culinaire) sont très bons. Ouf, l honneur est sauf. La prochaine fois il demandera un autre plat turc plus difficile à concocter, ce bar/restaurant n a pas fini de devoir faire ses preuves derrière son allure trop design. L espace de Firuzağa présente quant à lui des caractéristiques nouvelles et intéressantes. En effet rappelons-le la proportion commerce banal / commerce anomal est relativement équilibrée. L offre commerciale semble être prise dans une logique à double face. Des kuaförs, des manavs ou esnaf lokantasis répondent bels et bien à des besoins d ordre quotidien et de proximité. Et dans le même temps et dans ce même espace, on observe une concentration élevée de banques, de supermarchés franchisés et de restaurants. Cette présence démontre que cet espace est sujet à une logique qui tend vers le consumérisme. Le quidam n est plus forcement chaland, il devient Consommateur. Cette dualité donne une dynamique particulière au quartier de Firuzağa qui présente une logique de commercialisation nouvelle, une composante sociale plus mixte et des pratiques plus 33

103 diverses. Mais il est aussi symptomatique d une gentrification en marche qui passe par le changement du visage commercial 16, avec l apparition des épiceries fines et le développement d un marché spécialisés dans les arts, le Paz art _ L identité commerciale ou l affirmation symbolique. Le relevé nous permet de souligner des identités commerciales particulières, plus ou moins attachées à une demande locale. Cette identité n est pas seulement perceptible au travers de la distribution banal/anomal mais aussi dans l identité propre que se donne chacune des enseignes. Ainsi, l esthétique d un commerce de Cihangir est particulièrement soignée. Elle répond à des codes esthétiques diffusés dans des revues de papiers glacés. Les tables sont en bois, les chaises sont design, les pots de fleurs et porte-manteaux IKEA, la vaisselle est fine, la couleur des murs est trendy, la devanture du commerce invoque des références au casual londonien, parisien ou newyorkais. Parfois le menu peine à offrir des mets turcs, et si c est le cas le doute s installe quant à la capacité à préparer ceux-ci dans l art de faire. 20 Cette esthétique que l on trouve aussi bien dans les restaurants que dans les devantures de pastane ou dans les butik d habillements constitue de fait un ensemble tentant de fabriquer une identité ou du moins de répondre à un besoin tel. Cette mise en avant semble suivre un désir idéologique de créer une atmosphère village-quartier, chacun se retrouverait dans le caractère Cihangir, les vitrines deviendraient un bien commun d une communauté précise, appartenant et vivant dans ce quartier. Cette tendance n est pas seulement applicable au quartier de Cihangir, elle est aussi perceptible dans le quartier de Tophane, mais les référents sont tout autres. Ici, ce n est plus l aspect moderne et trendy qui est mis en avant mais bien au contraire c est l aspect traditionnel qui semble régner. Suite à quelques discussions, les commerçants se sont installés parce qu ils habitent le quartier, ils succèdent à leurs prédécédées de façon plus ou moins naturelle appren- 21 B.SABATIER, «De l impossible espace public à la publicisation des espaces privés», CIRUS-Cieu, Université Toulouse-le Mirailhttp:// hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/34/80/31/pdf/ Espace_public_publicisation.pdf 34

104 tis, famille, amis ou connaissance de longue date ou s il n en pas, la succession est approuvée par la majorité influente de la communauté. Le tenancier d un gida m explique ainsi que son père est venu ici depuis la région d Izmit, après avoir discuté avec les gens du quartier certainement dans la çay evi il est devenu le çırak (apprentis) de celui qui envisageait un passement de main proche, la succession s est faite ainsi. Aujourd hui c est le fils de cet immigrant anatolien qui prend la main. Dans un restaurant servant pide et lahmacum, le çırak est le seul représentant de l établissement, il a 14 ans et habite dans ce quartier. Le tenancier est un ami de son oncle et Mehmet l aide pour l été. Ceci étant dit, il ne semble pas aspiré à prendre la relève pour le moment. Ces deux exemple nous montre que ce quartier est plus ou moins régi et structuré par un système de réseau d allégeance. Quant aux codes esthétiques s il en est, ils répondent aux codes traditionnels, les tables ou l ou déguste le çay sont au ras du sol, on s installe sur des petits tabourets à l échelle de la table. Dans les restaurants, le trio distributeurs à serviettes-sel-poivre semble inamovible, vissé au bout et au milieu de la table. Tophane nous renvoie donc à une nouvelle représentation du village qui ne se reconnait pas dans des codes d ordre esthétique comme à Cihangir mais d avantage dans un système de structuration sociale du quartier. Le symbolisme du quartier-village est donc dans ces cas invoqué par une idéologie d ordre culturel. Chaque quartier manipule des figures et images renvoyant l espace du quartier comme un espace de représentation. Cela semble répondre à la théorie du juriste C. Lavialle selon laquelle «toute collectivité humaine a besoin pour exister [ ] de la métaphore de l unité du groupe» 21 Toujours est-il que l espace public de proximité s en trouve fantasmé. 22 A. Fleury, «Ghorra-Gobin C., 2001, Réinventer le sens de la ville. Les espaces publics à l heure globale, Paris, L Harmattan, 266 p.», Cybergeo : European Journal of Geography, Book Reviews, put online on 13 mars 2002, modified on 13 décembre _ Le rayonement commercial ou l effacement du local Ce fantasme est également nourri par une confrontation qui ne cesse d être invoqué depuis que la ville est devenue métropole. Le quartier est l espace du local, qui se poserait en opposition à l espace du global; celui de la ville invivable. 35

105 Celui d un monde parallèle ou le citoyen est noyé dans le paradoxe moderne de la solitude urbaine, symptome intrinsèque au désert de la grande ville. Dans cette idéologie, le local serait par opposition un territoire rare, protégé, une bulle, un espace de respiration dans ces machines urbaines écrasantes. C est ainsi que le commerce implanté sur cet espace du quartier devient ce petit commerce de proximité au coin de la rue, mini-moteur du mini-flux des trois rues environnantes au coeur de cet espace local idéal et intouchable. Mais, nous savons que de telles réflexions manichéistes ne sont applicables aux situations urbaines. Nos trois territoires invoquent des situations plus complexes. L influence que bénéficie chacun de ces commerces nous permet de réévaluer cette confrontation omniprésente du local/global. Plusieurs entités, comme la pastane de Savoy ou le vendeur de cornichons et autres condiments tiennent des réputations qui ont permis le développement de leur aire de chalandise qui s étend à 36

106 une échelle dépassant amplement celle du quartier. Les rues à proximité de Firuzaga sont remplies d antiquaires et de brocantes aguéris en faisant un point central pour ces spécialistes, revendeurs ou chineurs; à tophane se sont de nouveaux magasins gadgets, cadeaux et décorations qui émergent. Chacun de ces magasins ou enseignes attirent des chalands venant d ici où d ailleurs mais aussi de nouveaux négociants. De part la spécialité de ces enseignes, il n est pas surprenant d y voir attaché une aire de chalandise expensée, ce qui est plus ou moins intrinsèque à la définition d un commerce anomal. Quoi de plus naturel pour un antiquaire de voir un client ou un revendeur venir de l autre bout du pays proposant des meubles ou objets rares venant de telle ou telle région. Ce rayonement commercial multiple lie ces espaces à d autres lieux dans un jeu d échelles complexes. Il nous permet de démistyfier cette tendance à considérer qu il existe un local hermétique et que la ville serait comprise dans une dichotomie local/ global 22. L effacement de cette confrontation est amplifiée par un nouveau phénomène, lui même lié aux développement d internet. En effet, grâce à cet outil, c est aujourd hui l aire de chalandise du commerce banal qui s expanse, multipliant les accroches du commerce banal, qui n est plus seulement attaché à un territoire local. Le téléphone déjà avait fait bouger certaines lignes, mais il s agissait davantage de lignes comportementales que de lignes territoriales. Nora $eni, «La tentative néo-ottomane et la rénovation du quartier de la Süleymaniye» dans Urbanisme n 374, septembre-octobre 2010, p.41 Aujourd hui grâce à un site internet, très en prise chez les jeunes turcs, la plupart des restaurants et cafés sont attachés à de nouveaux territoires. Ce site, comprennez le panier repas qui fait au passage référence à une pratique traditionelle turque que l on décrira dans un prochain chapitre, est une interface permettant au consommateur de commander le repas qui lui plait et qui lui sera livrer le plus rapidement possible. Chaque restaurant est classé dans diverses catégories, allant du café au restaurant chinois en passant par le menu basique turc tel que les döner ou de simple protion de riz, d épinard ou n importe quel autre plat constitutif d un repas quotidien turc. 37

107 Ajoute à ce critère celui du quartier depuis lequel vous commandez votre plat. Dans l impression écran suivant, nous voyons que si nous voulons commander une part de gateau lorsque nous nous trouvons à Tophane, 25 cafés deservent ce quartier. Situés dans les quartiers proches de Tophane comme Fındılık, Nisantağı, Eminonü ou encore Cihangir ; ces cafés amplifient leurs aires de chalandises jusqu à une dizaine de kilomètres autour de leur implantation physique. La figure suivante montre l aire de chalandise d un restaurant de Firuzaga; de la même façon on lit clairement l importance de l expension de l aire de chalandise. Ces deux exemples montrent la propension que tiennent des commerces banals à amplifier leurs impacts géographiques et perdent peu à peu une exclusivté qu ils contractaient vis à vis du territoire local. Cette nouvelle dimension que prend le commerce banal associée à celle qu à toujours eu le commerce anomal souligne un certains éclatement de la notion de local dans ces cas, et par la même déstabilise l omniprésente confrontation local/global. Alors que symboliquement ces commerces se rattachent à une identité dictée par une idéologie d ordre culturel, ils entrent et participent activement à un courant qui atténue un attachement local existant. Le local et l image associé du village est ainsi parfaitement inclus symboliquement alors qu exclu économiquement. Cette inclusion symbolique _ exclusion économique est un paradoxe qui est également porté par des logiques politiciennes. En effet, on assiste également à une fabrication politique du quartier. Cela a trait avec une tendance politique actuelle qui, dans un courant islamo-conservateur propre au parti de l AKP au pouvoir à Istanbul mais aussi à la tête du pays - manipule allégrement un symbolisme lié à la période ottomane dêchue. 23 Via discours et actions qualifiés par les observateurs de néoottomans, les politiques tentent d insufler la création d une identité directement inspiré des valeurs et du style dits ottoman s adressant à une nouvelle génération bourgeoise s auto-définissant comme conservateur et démocrate. La figure du 24 Voir le compte rendu de l exploration urbaine à l Istanbul bakkallar odası (chambre des épiciers d Istanbul) datée du 20 avril 2011 sur le site internet de l OUI oui.hypotheses.org/category/excursions-urbaines 38

108 mahalle,quartier ottoman, et de ces modes de vies associés constituraient ainsi le point d orgue d une perspective d affirmation identitaire néo-ottomane. Il deviendrait de fait le support territorial d un entre soi alternatif à celui de la bourgeoisie mondialisée des grandes villes turques. Le bakkal et autres artisans appartenant à la catégorie des esnafs sont les héritiers de cette période ottomane durant laquelle ils tenaient un rôle struturel au sein des mahalles. Le bakkal était, et est toujours dans certains quartiers, une figure sociale de ces localités. Plus qu un commerçant, il a un rôle privilégié au sein du quartier et possède souvent une relation personnelle avec ses clients. C est par ailleurs un guide, un informateur, comère parfois, c est vers lui que l on se tourne si, nouveau dans le quartier, le quidam cherche une personne ou une adresse. C est aussi le gardien des valeurs traditionnelles et mémoire du quartier, il endosse en ce sens le rôle que veulent bien leur donner les politiques. 24 Ceux ci usent de ce rôle qu ont les bakkals pour transformer la profesion en un symbole vivant; l organe vital du quartier, la condition sine qua non pour le bon fonctionemment de ces localités. Et pourtant, les bakkals font face à de grandes difficultés pour conserver leur place au sein des quartiers et survivre face à une concurence qui est de plus en plus rude. En effet, l apparition des supermarchés et des magasins alimentaires discount au sein même des quartiers menacent la profesion qui dit subsister grâce à une disponibilité horaire et au crédit qu offre le bakkal à ces clients. Et si l on assiste à un support symbolique de la profesion par les politiques, il en est tout autre concernant le support économique. En effet, d après ce que nous apprend Ismaïl Keskin lors de la visite de la chambre des bakkal d Istanbul, les politiciens appliquent une logique de la non-politique, laissant part important à un non-interventionnisme portant un préjudice sérieux au devenir des bakkals. Ainsi, l implantation des supermarchés dans tel ou tel quartier «se négocie» avec la municipalité et les enseignes discount qui constituent les menaces les plus sévères pour les bakkals telles que Kim ou Bim sont clairement associées au pouvoir. A titre d exemple, le beau-frère du maire 39

109 d Istanbul est propriétaire de l un de ces magasins alimentaires discount. Les politiciens renforcent donc ce paradoxe qui manipule l image et le symbole du quartier comme référent identitaire, lieu de l entre soi par excellence, fantasme du village qui, dans une ville dont la démographie a littéralement explosée après un exode rural intense peux avoir un impact considérable. Pourtant, ces mêmes acteurs agissent dans le sens strictement opposé en excluant la faisabilité de ce rêve partagé via des procédés économiques fatals. 40

110 } LE COMMERCE DE PROXIMITE, MATRICE D ESPACE PUBLIC? Le commerce est en un certains point, nous venons de le souligner, le reflet d une représentation que chacun se fait de l espace de proximité. Mais dérrière ces constructions visuelles, panoptiques ou théoriques il y a comme l énonce Michel de Certeau une étrangeté du quotidien qui ne fait pas surface, ou dont la surface est seulement une limite avancée, un bord qui se découpe sur le visible [...] Ces pratiques de l espace renvoient à une forme spécifique d opérations (des «manières de faire»), à «une autre spatialité» (une expérience «anthropologique», poétique et mythique de l espace), et à une mouvance opaque et aveugle de la ville habitée Ainsi les riverains évoluent et se mouvent dans un espace qu ils s approprient selon des «arts de faire» qui leur sont propres tant est que ces arts de faire soient visibles. Il y aurait une production d un quelque chose émanants de pratiques ou manières de faire, mais celles ci n en existent pas moins en étroites relation avec les discours et choix de divers acteurs qui agissent dans la production d espaces public comme le souligne Antoine Fleury Antoine Fleury, «Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul, Sous la direction de Thérèse SAINT-JULIEN, université de Paris 1 Panthéon-sorbonne, UFR de géographie, 2007, 685pp 27 Conférence vidéo sur la gestion du grand Istanbul par Jean François Pérouse, le 22 avril 2010 à l IFEA, Les commerces tels que nous les avons relevés ont une interaction directe avec l espace de la rue, espace ouvert libre, espace public dans sa définition la plus primitive; dont nul ne peut se targuer d être le propriétaire, espace rarement neutre certes mais néanmoins matière et accroche à la création de ces arts de faire. Dès lors, nous pouvons nous interoger, non plus sur la place physique et l importance symbolique du commerce, mais sur son rôle constitutif ou non de la substance de la vie quotidienne et son impact dans la production de ces lieux que l on nomme espace public. Après avoir donc fait état des contextes dans lesquels s inscrivent ces espaces (prise en compte des composantes socio-résidentielles, fonctionnelles ainsi que notion scalaire) nous ferons part des acteurs qui contribuent, de part leur pratiques, à produire ces lieux. 41

111 I. Le système d acteurs dans ces espaces de non centraux _ La gouvernance de l institution publique en crise Dans un système d acteurs en lien avec l espace de la ville, les institutions d ordre public occupent généralement un degré important dans ce système décisionnaire. Lorsque l on traite d une mégapole de l ampleur de celle d Istanbul se pose directement la question des échelles de gestion ; qui contrôle quoi dans cette aire urbaine et dans notre cas qui sont directement impliqué dans les décisions locales? La géographie administrative et institutionnelle d Istanbul est relativement complexe. A ce jour, l Etat garde une main mise sur quelques localités stambouliotes qui échappent de ce fait aux pouvoirs locaux ainsi, le ministère de la Culture et du Tourisme celui des Transports et enfin celui de la Défense ont un poids certains sur le développement de la ville. Par ailleurs, la notion de réseau reste importante à quasiment tous les échelons de ce système décisionnaire stambouliote, le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan ayant une influence importante et toutes les cartes du jeu en main. Ceci étant dit, suite à des lois de décentralisation, un système multi-scalaire est censé faciliter la gestion des grandes villes turques. La région métropolitaine d Istanbul est ainsi gérée par la «municipalité métropolitaine» (Istanbul Büyükğehir Belediyesi) qui est un acteur clé dans la gestion de l aire urbaine depuis son instauration suite aux lois de décentralisation de Véritable Etat dans l état, avec treize millions d administrés et une nouvelle liberté financière. Se dessinent ensuite des municipalités d arrondissements au nombre de 39 ayant des compétences en matière d octroi de permis de construire 27. Les niveaux de dépendance de ces institutions vis-à-vis de la municipalité métropolitaine sont diverses et leur marges de manœuvre relativement limitées ; chaque plan d aménagement au sein de ces arrondissements se doivent d être ratifiés par l assemblé de la municipalité métropolitaine qui garde le contrôle du développement ou de la régénération urbaine. Venait ensuite dans cette hiérarchie, des municipalités de se trillions de livres turques en 2004 dont la moitié d investissements (nouveaux parcs) pour l ensemble du territoire métropolitain (et pas seulement pour les espaces centraux) selon Mehmet Ihsan ğimğek, directeur des Parcs et jardins (entretien du 12/07/2004 par A. Fleury) dans V.Gelézeau, C.Hancock, B.Sabatier, T.Sanjuan, A.Teppo, A.Fleury, «Une géographie des espaces publics dans les pays Intermédiaires», rapport ACI n JC6029, Octobre 2007, 282 pp 42

112 cond rang qui ont longtemps étaient surnommée «les trous noirs de l urbanisation du grand Istanbul puisqu elles avaient un fonctionnement relativement autonome en matière d aménagement, d octroi de permis de construire» Mais ces 41 municipalités de second rang ont toutes été supprimés de manière effective en mars Enfin, concernant le dernier rang, le degré zéro de ce maillage administratif, on trouve le muftarlık, les mairies de quartiers. Le muftar, maire de quartier est élu et c est le représentant du pouvoir central conservant des compétences en matière de sécurité, de contrôle et d état civil. Dans notre cas, la municipalité d arrondissement qui gère les espaces étudiés est celle de Beyoğlu. La ligne politique de cet arrondissement correspond à celle d Istanbul, ces deux derniers étant en phase avec le pouvoir établi à Ankara. Malgré l existence d entités locales dans le système de gestion métropolitain stambouliote, on remarque que ceux-ci ont une implication relativement limitée dans la production d espace public rôle que porte davantage la municipalité métropolitaine. La municipalité d arrondissement à pour fonction la gestion quotidienne de ces espaces via leur entretien et leur surveillance. Dès lors que l on porte notre intérêt sur des espaces non-centraux ni places, ni jardins, ni avenues piétonnes, on fait face à une certaine discrimination, un retrait de la part de l action public métropolitaine dont la notion d espace public n est pas vraiment mobilisée dans ces projets. Reste une exception investi dans les espaces de proximité étudiés ; celle des parcs. En effet, la municipalité d Istanbul fait de l aménagement des espaces verts une priorité, dont le poste budgétaire lui étant consacré est au troisième plan en J F Pérouse, «Istanbul, ville sainte de l Islam et ville maudite de l Islam : risques, vertiges et opportunités du corps à corps obligé», 2002, pour l exposition «Corps et Islam» Ainsi, dans nos territoires étudiés sont aménagés deux petits parcs urbains, l un à Cihangir, l autre en bas de Tophane. Cette politique s inscrit dans une démarche de marketing urbain importante certes, mais pas uniquement. Le développement de cette nouvelle forme d espace public correspond à un désir 43

113 d amélioration du cadre de vie qui est un objectif dont s est dotée la municipalité ; à la fois après la conférence Habitat II qui a souligné l urgence de la mise en place de tel dispositif permettant l amélioration du cadre de vie, mais c est également le fruit d une mouvance politique anti-urbaine. En effet, cette tendance environnementale prends un sens particulier à Istanbul où l AKP, parti Islamo-conservateur, au pouvoir depuis 1994 à Beyoğlu, se targue de cette idéologie anti-urbaine rejoignant des valeurs religieuses et où la promotion des aspects favorables de la nature a un écho positif au sein de la population stambouliote issue de l immigration anatolienne. Le parc est ainsi considéré comme un lieu propice aux familles et aux enfants qui, dans un cadre naturel, sont censés être préservés des dangers de la ville : «le discours islamiste rejoint le discours environnementaliste, la violence faite au corps par les pollutions multiformes devant être jugulée» 29 D autres actions émanant de la municipalité métropolitaine et mise en œuvre par la municipalité de Beyoğlu allant dans le même sens sont visibles dans les quartiers étudiés. A Cihangir et Firuzağa, on y coule des rues pavées (ciment sur lequel est appliqué un motif de pavés), on y intègre des ralentisseurs, on y plante des arbres, et des bornes anti-stationnement. Ces aménagements, bien que fièrement reportés dans de nombreux bulletins municipaux, restent ponctuels et sont caractérisés par les acteurs publics comme étant des aménagements à dimension environnementale et paysagère dont l objectif semble être la valorisation esthétique d un tissu urbain et son embellissement ; la pollution visuelle créée par les antennes satellites ou les panneaux publicitaires est ainsi pointée comme problème majeure de la ville d aujourd hui. Ces actions sont là encore portées par le discours anti-urbain islamiste et traditionaliste mais elles rejoignent également une demande d ordre touristique qui se plait à déambuler dans des rues pavés charmantes. La dimension sociale de ces aménagements n est quant à elle pas invoquée, cette absence démontre une certaine faiblesse dans la prise en compte de la qualité d un espace public, qui au beyoglu.bel.tr cihangir.org.tr 44

114 travers des discours politiques s arrête à des qualités esthétiques et environnementales tout au plus. Même si, via la création de ces parcs de proximité, la municipalité et l action publique sont associées à la mise en place d espaces publics propices à des pratiques sociabilisantes, cette création parait presque relever de l inconscient. Ces actions limitées peuvent également être perçues comme la résultante d une difficile action et gestion de la ville d Istanbul. L action locale, tout comme l intérêt public, hérite des difficultés issues d un système multi-scalaire sclérosé. La production de la ville, et le cas des espaces verts en est la preuve évidente, se fait de façon soit ponctuelle soit sectorielle mais jamais la notion de territoire n apparait. Le sens et la valeur des espaces est donnée par le parti politique et malgré les apparences l action publique ne manipule pas la notion de territoire, terme et notion d ailleurs inexistante en turc L action locale concertée et effective a donc du mal à s imposer et on ne peut considérer celle-ci comme fondatrice dans le processus de production d espace public. Mise à part ce cas précis de la création des parcs de proximité, l action publique est en effet plutôt en retrait vis-à-vis de la production d espace public à l échelle du quartier et semble délaisser cette responsabilité à d autres acteurs qui relaye la municipalité avec, là encore, un degré de conscience plus ou moins affirmé. _ Des alternatives associatives au pouvoir qui restent ponctuelles Fait rare à Istanbul, mais réel dans l un de nos espaces, une association de quartier s est montée il y a maintenant près de 10 ans à Cihangir. Leur poids dans le système décisionnaire public 45

115 stambouliote reste relativement minime, celui-ci faisant déjà face à des difficultés de structuration internes. Dans ce cas, nous sommes là encore loin de ce que l on observe dans les métropoles européennes où l association de quartier suppose une connexion entre usagers et acteurs au moment de la production d espaces publics, un échange qui permettrait aux acteurs de prendre en compte à priori des «manières de faire» de les rendre plus «lisibles» et de leur «faire surface». Mais dans notre cas, la l association pour l embellissement de Cihangir, Cihangir Güzelleğtirme Derneği, porte des projets d ordre culturel, comme la création d un journal faisant état de tel ou tel événement au sein du quartier, elle se targue de la création d un marché des arts, le Paz art 35. Mais là encore les actions sont ponctuelles et presque isolées ; un projet est soumis de la part de l association à la municipalité d arrondissement, celle-ci donnant son accord ou désaccord, pouvant apporter de l aide matériel voire financière. Electricien et son petit jardin citadin 46

116 Divers investissements de l espace public _ passants jouant aux baby-foot que le commercants expose _ différents commercants et amis à la façade d un commerce _commerçant installant tables et chaises et lisant son journal _les fleurs de l electriciende furzaga et lui même _face à face, faisant passer le temps un soir _chaise soigneusement callée entre vitrine et borne antistationement. Dans cette démarche, il n y a pas eu en amont de concertations autour d un projet d intérêt général, et territoriale, que les acteurs publics et associatifs auraient mis en place dans un système d échanges relationnels. _ Les usagers et riverains ; le degré zéro primordial de la production d espaces publics Néanmoins, même s ils ne sont accompagnés par les politiques publics, les usages sociaux de l espace public sont bel et bien présents. Au degré zéro, au sens hiérarchique du terme, des responsables dans la production d espace public, on retrouve les usagers et riverains de ces espaces. Certes, ces acteurs sont certainement inconscients du rôle qu ils portent, ils tiennent un statut particulier dans ce système qui a des difficultés à se structurer de façon effective. Mais, du fait de leur présence quotidienne sur le territoire, du fait d une appropriation approfondie des lieux, et de par l impact de leurs actions ou du moins celui de leurs «manières de faire» ces usagers sont en réalité aujourd hui les acteurs primordiaux dans la production de ces espaces publics. II. La production de l espace par la pratique. 47

117 _ «Espèce d espaces» hétérogènes et mouvants Dans les espaces étudiés, les formes les plus visibles d appropriation de l espace de la rue en un espace habité sont celles qui intègrent un investissement physique de l espace extérieur. Ainsi, les commerçants entretiennent un rôle prédominant dans la production de ces formes en faisant de l espace du trottoir un espace d exposition, une extension du magasin. Cet état de fait est visible dans la plupart des magasins de proximité qui ont pour particularité d avoir une superficie relativement faible. De fait, même si les commerces dits de proximité sont autonomes du à leur position au coeur d un foyer de population qui suffit à leur fonctionnement, même si le commerçant n a pas besoin d attirer le chaland en présentant l étendue de sa marchandise, c est une raison purement fonctionnelle qui pousse à étendre son espace d exposition à l espace public. Cette appropriation est temporaire déballage de la marchandise le matin vers 9h30 et l action inverse à la fermeture du commerce vers 22h00 - mais elle reste une pratique quotidienne. Dans certains cas, la nuit, les traces de ces investissements sont 48

118 encore visibles. Ainsi, le congélateur du bakkal qui, de par son gabarit n est pas dé-logeable, garde une place fixe, apposée à l entrée du magasin ; les manav, vendeurs de fruits et légumes, rangent bien évidement leur étales colorés en fin de soirée mais parfois le support de ceux-ci restent installés. Ils trouvent de temps à autre une nouvelle fonction durant la nuit, servant à des jeunes personnes dont la fièvre émanant de l Istiklal Cadessi n a pas assouvi leur désir de loisirs nocturnes et attendent, assis sur les outils de travail du manav, que l arrivé de la fatigue ou de l ennui sonne le glas de leur soirée. L appropriation de l espace public par le commerce est donc dans ces cas temporaire. Ces établissements et appropriations engendrent à certains nombres de mouvements. La mise en place quotidienne de ces espaces participe bien évidement à l animation de la rue, mais pas seulement. Ainsi, souvent, les propriétaires, collègues ou simples amis profitent de ces espaces physiquement habités et temporaires aménagés pour se retrouver. On discute adossé au congélateur, assis sur un petit tabouret caché derrière un présentoir à journaux. Là encore la durée de l investissement spatial est variable tout comme son intensité. 30 terme employé par Lofland qui correspond aux relations de connaissance et de voisinage propres à des réseaux de type communautaire - L.H LOFLAND, The Public Realm: Exploring the City s Quintessential Social Territory, New York, Aldine de Gruyter, 1998, 305 p. Ainsi, certains sortent de temps à autre un petit tabouret sur lequel ils s assiéront cinq à dix minutes avant de rentrer à nouveau dans leur magasin prêts à répondre à la demande de la clientèle. Le soir venu, le serrurier de Firuzağa sort quant à lui une petite table pliante en formica et chaises dépareillées, il accueille famille et amis autour de la table pendant toute une soirée tout en surveillant ces enfants qui jouent tout autour d eux sur cette petite place qui est devenue leur pour l instant d une soirée. Plus loin, un électricien a installé une table qui entourée de plantes et de nains de jardin font dorénavant parti de ce paysage urbain Même si appropriations physiques et sociales sont dissociables, il apparait qu elles se nourrissent voire se définissent mutuellement. Les appropriations physiques de l espace, qui sont induites par des contraintes fonctionnelles, prédispositionne l espace à une appropriation sociale ; l espace devient d abord marqué physiquement avant d être le support de pratiques sociales visibles et 49

119 «lisibles», quotidiennes et devenant, dans certains cas, permanentes. A firuzağa, le serrurier qui invite tout les soirs un de ces voisins ou collègues à sa table en formica, se mit à planter à l aide de ses voisins un parterre de fleurs ; sur cette même placette il a installé un panier de basket pour son fils Diverses façon d investir la rue: exemples de quelques bars et restaurants de Cihangir L appropriation s est donc faite par plusieurs étapes, d abord l alentour proche du magasin qu il a investi par nécessité, puis son territoire s est agrandi d un échelon en recevant des amis et enfin à nouveau en investissant la place par des installations ponctuelles mais permanentes. A l exception du panier de basket, objet pouvant initier une certaine ouverture sociale, dans les cas d investissement par un commerçant du quartier, l espace public est approprié par une certaine communauté de personnes appartenant au réseau amical, familial et/ou professionnel du propriétaire du commerce. L espace devient ainsi temporairement leur espace mais la publicité de celui-ci reste relativement limitée au «parochial realm». 30 Ceci étant dit, ce n est pas la seule forme d appropriation émanant du commerce. En effet, le secteur de la restauration suppose une appropriation physique de l espace public d un ordre différent. Du fait de l installation de tables et chaises sur l espace extérieur à celui du café ou restaurant, l espace est physiquement mais également fonctionnellement voire socialement marqué, par cette simple action l espace devient espace du restaurant. Ceci dit, le degré de publicité de ces espaces est proportionnel à son degré d investissement. Ainsi, à Cihangir cadessi, l appropriation du trottoir s accompagne par une délimitation végétale 50

120 de la terrasse, à la limite entre trottoir et chaussé une bande de pots de fleurs et de parterre planté d arbustes ferme l espace de la terrasse à la rue, et même au piéton qui n a plus de possibilité de passage sur le trottoir. Celui-ci devient définitivement un espace à publicité très restreinte, qui s accompagnent, dans le cas de Cihangir cadessi, d une démarcation esthétique affichant des codes sociaux et comportementaux dédiant cet espace à un certains groupe de personnes. D autres cas montrent que même si l appropriation spatiale est très marquée via la présence permanente du mobilier, l espace de la terrasse reste relativement ouvert et perméable à celui de la rue dans le terme rue j entends ici l espace de trottoir ou de chaussée qui n est pas investi physiquement par quelconque commerce, qui restent de fait ouvert à la déambulation piétonne tant est que la circulation automobile ne rende cette situation inconfortable La loi anti tabac qui s est abattue sur les cafés et restaurants de ce pays ou la consommation est importante a engendré l apparition de formes d appropriations parfois surprenantes. Ainsi, à Tophane, l espace du trottoir entre la çay evi et la chaussé dédiée Panoplie de chaises témognant à la fois du dynamisme des rues, de ces temporalités, de ses appropriations mais aussi du manque de mobilier urbain 51

121 aux voitures étant inexistant, l ensemble des tables et tabourets sont disposés sur le trottoir d en face. Si bien que parfois en tant que piéton on ressent une gêne due à une intrusion que l on aurait fait dans leur espace. Cette gêne peut également être contractée lorsque sur les larges trottoirs de Firuzağa le piéton se doit de traverser un couloir entre deux rangées de tables, l une étant accolée à la façade du restaurant, l autre à la délimitation chaussée-trottoir et le couloir piéton étant pris en sandwich dans cette disposition. Cette sensation est symptomatique en un sens de l importance de ces marquages et appropriations. Par ailleurs, on manipule un degré différent de publicité. En effet, via ces appropriations, l espace devient plus ou moins celui du café ou du restaurant, leur donnant un caractère privatif. Mais ces mêmes espaces, de par leur fonctions, restent ouverts à certains publics, qui certes se doit d obéir à des normes implicites comportementales, mais qui de fait appartient au «public realm». Pour habiter cet espace, l usager peut en soi être n importe qui, ce qui n était pas le cas précédent ou une sociabilité se créé dans un espace, à priori plus ouvert, mais à l intérieur d une sphère plus fermée, celle des réseaux. Ces formes d appropriations sont certainement assimilable à la «limite avancée, un bord qui se découpe sur le visible et n est de fait qu une infime partie de ce que constitue l étrangeté du quotidien. Toutes ces qualités d appropriations qui sont déclinables au nombre de commerce qu il existe dans ces localités. Mais elles montrent que l espace public acquiert une multitude de propriétés qui sont donnés dans ce cas par les usagers, appropriation impulsés par la présence du commerce, transformant l espace en un objet en éternel recomposition, pris dans un mouvement le faisant varier et le rendant hétérogène. _ Mouvement et établissement, le flux et ces sphères. Ces usagers modèlent par ailleurs leurs espaces par d autres «arts de faire» qui dépassent ces notions d établissement et d appropriation, d univers à publicité variés. Il y a aussi dans la composition de cette nébuleuse de la vie quotidienne des mouvements, des flux, des pratiques et habitudes, 52

122 des rues qui sont empruntées, des gestes qui sont répétés, des traditions qui sont perpétuées, des micro-évènements qui sont survenus, des histoires qui sont racontées Il s agit ici de tenter de saisir quelques unes des images de cette «autre spatialité». Du fait de la dimension commerciale de ces localités, ces rues sont empruntées quotidiennement pour aller faire ses courses. Cette pratique somme toute banale introduit une notion de frottement dans l espace public. Sur le chemin on y croise un voisin, le propriétaire de l appartement, un parent ou la femme d un collègue et ses enfants Dans les magasins aussi, dans ces supermarchés alimentaires discount, là aussi on peut y croiser une connaissance. Parfois, c est la voisine qui à sa fenêtre vous interpelle et vous demande le programme de la journée, de la soirée, s informe de votre quotidien et de la santé de vos proches ; «nasil gidiyor, Burak nasil?» Ici, c est le serveur de la pastane qui salue amicalement celle qui vient d aller acheter quelques fruits et légumes pour préparer les plats qu elle proposera bientôt à ses clients ; «haidi, kolay gelsin!» Là, c est une doyenne qui sur le pas de l immeuble félicite le neveu nouvellement venu du voisin français pour avoir un bon accent; «çok güzel konuğuyorsun» 53

123 Venue d un étage, une femme fait sa liste de course à haute voie, s adressant à l apprenti qui travaille chez le bakkal. Celui-ci tente de se souvenir de tout ce qu il faut avant de revenir avec les condiments demandés ; puis il se poste sous la fenêtre de sa cliente qui toujours quelques mètres plus haut fait descendre le panier à provision. Celui-ci contient déjà l argent nécessaire pour payer la commande, arrivé à sa hauteur, l apprenti saisi le panier, y ramasse l argent et fait l appoint si nécessaire, avant d y laisser les provisions demandées et de saluer sa cliente qui est désormais occupée à remonter le panier. Parfois, ces paniers vous tombent sur la tête, parfois ils n attendent que l arrivée du bakkal, statiques ils témoignent d un cérémonial quotidien à venir Plus pressés, les scooters participent à ses flux, portant derrière eux des bombonnes d eau, tantôt pleines tantôt à remplir. Sort de ce restaurant, un serveur avec un plateau vide, aussitôt il court chez son voisin, propriétaire de la çay evi, et ressort avec ce même plateau, cette fois ci garni de trois verres remplis de çay, une rupture de stock vite effacée Les sièges vides, tantôt tabouret, tantôt chaise en Skye, tantôt siège de bureau récupéré, sont accolés soigneusement au raz de telle ou telle façade et attendent les minutes où leurs propriétaires plus ou moins âgés, plus ou moins retraités viendront se prélasser en observant le flux de la rue. Flux qui engendrent frottements et donnent naissance à des mi- 54

124 cro-événements dans des microsphères. Ils sont similaires partout, différents à chaque moment, dialectique du banal, fabrique du quotidien, éphémères mais durables, «formes spécifiques d opérations», poétique désormais mythique de l espace qui ne fait que souligner le caractère insaisissable, hétérogène et mouvant de cet espace public de proximité. _ Changement et permanence ; l exemple du secteur de l informel S ajoutes à ce tableau, les traces de l économie informelle. Encore très prégnant dans les rues d Istanbul, malgré les injonctions européennes à «formaliser» les pratiques commerciales, les pratiques de commerce ambulant se perpétue et participe à cette mouvance de l espace public en invoquant les dialectiques à la fois du changement et de la permanence. Il y a dans ces rues d Istanbul, dans celles de nos localités de véritables pirates de l espace. Chaque midi, sur un des trottoirs de Firuzağa s installe un vendeur de fleurs. Le fleuriste sexagénaire stocke ses biens dans l entrée de l immeuble voisin dans son emplacement quotidien, il n y habite visiblement pas. Qu il pleuve, neige, vente, que le soleil fasse des malheurs au thermomètre, chaque jour, il installe une palette près de la bordure du trottoir sur laquelle bouquets et fleurs viennent égayer le passage. Il reste discret, en retrait, le regard sur son étal, assis au bord de la façade sur un de ces petits tabourets, il attend sagement le chaland tout en observant le mouvement de la rue. Si un passant s arrête et achète un bouquet de fleurs dont le prix excède rarement 5 livres turques, environ 2 euros 50 le bouquet rapidement il sert son client, et si par mésaventure celui n a qu une coupure de valeur trop élevée, c est auprès de ses voisins commerçant qu il trouvera de quoi faire de la monnaie. Le soir venu, ou le stock écoulé, il range ses bouquets dans le hall de cet immeuble, échange quelques mots avec les voisins et repart de là ou il est venu. Plus loin, en surplomb du Bosphore, dans les rues de Cihangir, c est un cay bacesi de fortune qui s est installé déviant les contraintes de l économie contemporaine. L histoire de cette appropriation reste lisible, nous sommes près d un parking, une guérite de la sécurité sert aujourd hui à abriter 55

125 les théières ; ce vieil homme, ancien policier, qui occupait ces jours de retraité en surveillant ce parking a certainement installé un premier parasol pour accueillir ses amis, bien lui en a fait, il a étendu son business au monde public créant aujourd hui un café de brik et de broc certes mais bel et bien implanté dans cet espace. Sa guérite étant devenue trop petite, il va même jusqu à stocker les boissons fraiches dans le sous sol d un immeuble dont la construction a temporairement été arrêtée. La nuit, les tables et chaises restent à leur places et si bien que même les tenanciers disparu, l endroit continue d accueillir son petit nombre de riverains. Ceci étant dit, même si ces deux cas relèvent de composition informelle, ils n engendrent pas les mêmes pratiques que celles inclues par le travail informel ambulant. Ce travail particulier génère toutes sortes «de petits arrangements» du quotidien, appliquant à telles ou telles règles et stratégies d ajustement permettant à ces pratiques commerciales séculaires de s accommoder des contraintes de l économie contemporaine. Animant à partir de la demi-journée les rues de chacun de nos espaces, les vendeurs ambulants constituent aussi le paysage urbain de nos localités de par leur passage ou haltes. Les moyens de locomotions sont divers, et dépendent en général du produit que l on cherche à vendre. Les vendeurs de fruits et légumes poussent généralement une charrette à bras en bois, montée sur un châssis. C est un mode également utilisé par les hurdacı eskici dont le rôle est de revendre des pièces métalliques chinées dans la rue. Parfois, selon les marchandises, ces charrettes sont surmontées d un compartiment en PVC exposant des produits alimentaires déjà transformés, telle que du riz au pois chiche ou des pâtisseries. Les vendeurs de sandwich ou moules farcies portent un plateau sur la tête et un tréteau sous leurs bras, ces deux pièces ne faisant plus qu une dès qu ils s installent. D autres vendeurs ambulants portent sur leur dos toutes leurs marchandises, comme c est le cas pour ceux proposant des balais et toutes sortes de produits ménagés. Certains, beaucoup plus rares, s équipent encore d attelages tirés par un cheval comme c est le cas pour Ilhan, vendeur d agrumes dans les rues de Cihangir. 56

126 Ces modes de transport a trait avec la marchandise vendue mais davantage avec les moyens financiers. Dans leur version les plus privilégiés, c est une camionnette qui sillonne les rues en vendant des pommes de terre, oignons, tomates ou selon la saison des pastèques. Cette pratique de commerce ambulant engendre une démarche ou le vendeur va au devant de sa clientèle, et en plus de nier le facteur distance, il se doit d attirer son client potentiel de différentes façons. La première, la plus présente, la plus remarquable et lisible est l appel sonore. C est particulièrement vrai pour les camionnettes qui passent quotidiennement mais furtivement dans un espace. Ce passage est compris dans un circuit particulier composé de différents lieux, mais du point de vue du résident, le schéma est entendu ; on sait que les vendeurs de tomates passera le mardi vers 11h00 près de chez soi. L appel sonore est soit émis par celui aide le chauffeur à faire sa tournée et qui est à l arrière de la camionnette les oignons sont pas chers! il y a des tomates, des oignons, des pommes de terre! scande celui-ci mais ce slogan peut etre directement émis par le chauffeur via un microphone qui endosse le rôle de rabatteur et de vendeur. C est en tout les cas une façon de marquer son passage, de rappeler sa présence et d éveiller la conscience de ceux et celles qui auraient besoin de fruits et légumes à ce moment précis mais aussi et surtout de se doter d une identité sonore qui sera reconnaissable à la prochaine tournée, leur donnant ainsi une légitimité dans le temps et l espace. Si cette légitimité est acquise aux yeux des riverains il ne faudra pas longtemps pour voir ceux sortir de chez eux pour aller se servir ou faire descendre le panier tout en criant ce dont on a besoin. 57

127 Les hurdacı eskici participe à la construction de cet espace sonore en criant «hurdacııııııııııııı» dans la rue qu ils traversent, du moins émettant un son qui se rapprochera de cette annonce. Il gagne sa vie en récupérant toutes pièces métalliques qu il cède ensuite à un autre revendeur qui lui ira négocier au poids le prix de la ferraille accumulée. Les hurdacı eskici compte donc sur les habitants du quartier pour leur fournir un vieux four qu ils auraient remplacé, des fils de fer, des composants électroniques etc. Sur le coté de leur charrette, un numéro de téléphone inscrit à la peinture permet aux revendeurs de le joindre. Certains ne passent par cet intermédiaire et vont directement négocier leur gagne pain au centre reprenant ceux-ci, tel que l on trouve à Tophane. Ces appels sonores provocateurs interpelle l usager et peut pousser à la consommation, mais ce n est pas la seule méthode que le vendeur met en œuvre pour rendre son activité lucratif à minima. Les vendeurs même s ils sont ambulants se doivent de trouver une certaines légitimité dans l espace qu ils viennent temporairement habiter. L interaction sociale peut être vue comme une première façon de gagner en légitimité, jouant ainsi sur la corde de la sympathie tentant d effacer le temps d une négociation des barrières et a priori sociaux marqués. Cette interaction est du reste indispensable à la vente et s engage différemment face à un client ou une cliente comme le souligne Joël Meissonnier 31. Par exemple, parler de football dans ce pays où «chaque match de l équipe nationale donne lieu à des manifestations où le drapeau est exhibé. Chaque défaite est un deuil pour la nation» J. Meissonnier, «Marchands de rue à Istanbul. Présence urbaine d une offre est un outil opportun pour engager une conversation avec un commerciale en perpétuelle recomposition client, le sujet étant convenu mais assez polémique pour pouvoir spatiale», Istanbul : Les dossiers de l IFEA, série provoquer un échange stimulant entre deux supporters d équipes : La Turquie aujourd hui, n 19, décembre 2006 adversaires et également intégrateur, déplaçant de possibles 32 J.F Pérouse, La Turquie en marche: Les discriminations ethniques sur un terrain sportif. grandes mutations depuis 1980 Paris, Éd. de La Martinière, Quand le client est cliente, la situation se complique, le sujet du La plupart des vendeurs de rues sont des immigrants kurdes dont l intégration dans la football s éloignant, le marchand presque toujours un homme société turque reste très difficile est soudainement moins loquace. Le respect de l honneur le 34 contraint à garder une distance suffisante dans la relation avec J. Meissonnier,idib 58

128 une femme, distance sexuelle qui se traduit paradoxalement l usage de terme renvoyant à la famille. Ces marchands m interpellent avec le qualificatif d abla, je deviens leur sœur ainée et donc aucune ambigüité d ordre sexuel n est possible puisqu elle paraitrait incestueuse. Ce terme varie en fonction de l âge de la cliente devenant yenge (belle sœur) ou teyze (tante). Cet aspect contribue à créer une atmosphère conviviale et à force de ténacité, de politesse, de jovialité et de régularité, le statut du marchand peut se transformer plus ou moins temporairement, être de plus en plus considéré dans une localité, gagnant en légitimité sociale et pourquoi pas peut devenir une figure à part entière du quartier comme un vendeur de riz pois chiche à Tophane, ou vendeurs de fruits et légumes à Cihangir qui de par leur sédentarisation renvoie cette image. Le témoignage retranscrit dans la recherche de Joël Meissonnier affirme cet état de fait 34 : Serdar explique que lorsqu on connaît un commerçant, c est facile de lui demander de faire de la monnaie. Si on ne le connaît pas, il refuse. Pour Sezen et Cem qui circulent à cheval, il est indispensable de disposer de personnes-ressources devant chacun des emplacements (suffisamment larges pour recevoir cheval et remorque) où ils stationnent. Sezen explique : Au début, on prend un thé. Deux ou trois jours plus tard, quand on repasse, on en reprend. Et puis le dialogue s installe. Et par la suite, on peut laisser notre charrette devant le café. Ce travail qui décrit avec finesse cette «précense urbaine» nous permet d approfondir notre recherche en nous apportant des témoignages précieux sur les pratiques de ces marchands, témoignages que nous n avons-nous même pu recueillir avec autant de précision. Un autre extrait de ce travail nous montre que le marchand ambulant apprivoise l espace et ces locataires pour ensuite venir l habiter, ce qui dans le même temps lui rends une certaine légitimité sociale, on leur sourit davantage, on compte sur sa présence à tel ou tel moment de la journée : Mais aujourd hui, je reste à Tophane, Kurtulufl, Cihan- 59

129 gir, Çukurcuma. Volkan ajoute : Quand on est vendeur ambulant, on fait des kilomètres. Surtout au début. Je descendais jusqu à Tophane, et je passais dans beaucoup de quartiers. Un jour, je me suis aperçu, ici, que les clients me reconnaissaient, qu ils savaient que je passais tous les jours. Au début, ce n était qu une halte dans mon trajet. Je venais me reposer ici parce qu il y a la place. Et puis, j ai découvert qu à ce carrefour, je vendais bien. J ai donc décidé de venir plus souvent là. Ici, maintenant, je connais tout le monde. Vous par exemple, je sais à quelle heure vous partez, je sais que vous avez deux petites filles et dans quel immeuble vous habitez Via la circulation, «l ambulantage» suivant un circuit défini, le marchand a repéré quel espace serait favorable à son commerce, là ou il vendrait bien, il n y aurait qu une concurrence moindre voire un accueil par les commerçants sédentaires et surtout ou il ne serait pas en permanence délogé par la police. Les marchands ambulants sont donc loin d être aussi anonymes que l on voudrait bien le croire et cet ancrage dans l espace équivaut à un gain en légitimité sociale qui est territorialisée. Ces localités donnent donc irréprochablement raison à Michel de Certeau témoignant d un «quotidien qui s invente avec mille manières de braconner». Dans ce système de lieux où le quotidien laisse une empreinte forte sur l espace public, où le système d acteurs est tel que l impact des pratiques et des comportements de ses usagers est omniprésent, il apparait certain que ces espaces sont toujours en cours de production. Pris entre un rééquilibrage constant entre univers privé et espace public, entre le changement et la permanence, entre ses flux et quelques établissements, c est définitivement un objet mouvant. Mais le point fondamental à souligner ici est l impact du paramètre fonctionnel de ces espaces. Le commerce, que l on pourrait ignorer en le catégorisant comme composante naturelle du contexte géographique, prends ici une dimension qu on aurait tord de négliger tant sa présence dirige pratiques et appropriations. Par ailleurs, l empreinte des pratiques n est pas la seule laissée par ces usagers. Ainsi, à travers diverses études de cas, de fait conflictuels, de quelques récits de ma propre expérience dans 60

130 ces espaces ou de problématiques redondantes, nous porterons, pour parfaire le dessin de ces localités, un dernier regard sur un marquage social et culturel de ces espaces, en n ignorant pas de considérer les affirmations d Henri Lefebvre ; «l espace est un produit social» 61

131 } «L ESPACE SOCIAL» ET SES DYNA- MIQUES L espace social n est pas une chose parmi les choses, un produit quelconque parmi les produits : il enveloppe les choses produites. Il résulte d une suite et d un ensemble d opérations, et ne peut se réduire à un simple objet. Effet d actions passées, il permet des actions, en suggère ou en interdit. H. Lefebvre, La production de l espace La première vérité qui a trait avec ces dialectiques de l espace social est celle attachée aux ressources. En fonction de leur appartenance sociale, les citadins n ont pas tous des logements de tailles comparables et plus ou moins vétustes, ils n ont pas tous les mêmes «ressources d espaces». Cette évidence influe sur les espaces publics, les individus occupants des logements confortables n ont pas à rechercher dans la rue une compensation à l exiguïté du domaine familial. C est ainsi que le soir venu, on retrouve dans les rues de Tophane ou au sud de Firuzağa des femmes assises au seuil des portes d immeubles discutant ensemble, surveillant leurs enfants jouant dans la rue. Images et tableaux rares dans les rues de Cihangir. Tophane tient en son sein nombreuses images représentatives d une culture traditionnelle marquée et donne un caractère particulier à l espace. Du fait de cet attachement aux valeurs traditionnelles, la religion a toujours au sein de cet espace de proximité une certaine incidence. Tout aussi lié à une problématique d ordre religieux que signe de modernité en découle un questionnement lié au genre de l espace public de proximité, devant la quasi absence de représentations féminine et le regard qui m est parfois porté, la présence de femme dans cet espace public n est pas une chose qui 62

132 semble aller de soi. Dès lors, nous sommes légitimes de nous interroger sur la place de celle-ci dans cette localité de Tophane et de s enquérir de cette question : comment dans ces espaces se jouent les relations de genre? _L espace de proximité : un espace de genre? Point historique rapide sur la place de la femme en Turquie depuis 1923 La modernisation nationale due à Mustafa Kemal Atatürk, créateur de la première république de Turquie en 1923 a transformé la société et ouvert la sphère publique aux femmes. On a même à ce moment là parler d un «féminisme d état». En effet, l émancipation féminine était perçue comme le fer de lance du progrès national, les droits des femmes et leurs visibilités publiques comme des gages de modernité ce qui a entrainé l institution de l éducation mixte, l instauration d un code civil inspiré du modèle suisse et le choix de décourager le port du voile. Les effets de ces réformes ont cependant été beaucoup plus sensibles en milieu urbain qu en milieu rural, et ont bénéficié surtout aux femmes de milieux relativement aisés, qui se sont vu ouvrir les portes des professions libérales, médicales, éducatives, etc (Zeytinoglu, 1998). Les femmes restent relativement peu présentes dans des métiers fortement féminisés dans les pays anciennement industrialisés comme le commerce ou les services. De plus, les acquis du kémalisme sont mis en cause depuis la décennie 80 par la montée en puissance de mouvements islamistes. C est ainsi qu on a pu mettre en évidence un recul du taux d activité féminin entre 1970 et 1995 (Zeytinoglu, 1998), et un mouvement de fermeture de crèches municipales également symptomatique (Pérouse, 2000). Le conflit entre un Etat traditionnellement laïc et des mouvements revendiquant une place du religieux dans le domaine public se focalise, entre autres, autour de la question du voile. Le port du voile était interdit jusqu en octobre 2010 en Turquie non seulement dans les écoles, mais aussi dans 63

133 les universités, les cours de justice et les bâtiments officiels généralement (raison pour laquelle le fait que la femme de l actuel Président de la République turque, A. Gül, porte le voile, posait un problème protocolaire considérable). extrait du rapport ACI : V.Gelézeau, C.Hancock, B.Sabatier, T.Sanjuan, A.Teppo, A.Fleury, «Une géographie des espaces publics dans les pays Intermédiaires», rapport ACI n JC6029, Octobre 2007, 282 pp, p.200 Nos observations témoignent d un rapport toujours très symbolique vis-à-vis de la présence de la femme dans l espace public. Alors que cette visibilité représentait un signe de modernité au début du XX siècle celle-ci relève toujours d une représentation d ordre politique mais c est une visibilité qui s accompagne avec le port du voile. Il fait symbole non plus seulement d attachement au religieux mais davantage pour souligner son appartenance social, et évoque également, par son port ou son absence un rapport à tel ou tel idéal politique. De par son statut symbolique le port du voile est très ambigu et affecte la mobilité de celle qui le porte. Ainsi, une femme ou jeune fille portant le voile à Tophane est considéré comme légitime, acceptée ou peu jugé dans cet espace de proximité parce qu en tant qu individu elle répond à des valeurs traditionnelles portées par l ensemble de ce groupe social. A contrario, à Cihangir, le port du voile peut être un vecteur d exclusion et peut exposer ces femmes, si elles sont jeunes - à une fermeture à certains espaces tel que les bars ou boites de nuits voire se confronter à des attitudes condescendantes, le voile étant soit considéré comme le signe d une appartenance sociale populaire soit interprété comme le symbole d une revendication d idéaux politiques éloignés voire opposés à celles que prône la communauté artistique et kémaliste de Cihangir. Comme le souligne le rapport déjà cité, dans le chapitre concernant les espaces inclusifs et exclusifs, dans les villes turques la femme est soumise à une certaine forme de violence qui tient d une «impossibilité à jamais vraiment s abstraire de la contrainte de son sexe» en effet, on se sent et l on se sait toujours objet de jugements qu il s agisse d approbation ou de son contraire, mais on ne cesse jamais d être considérée comme une femme (ou alors peut-être seulement passé un certain âge?) et pas simplement comme un passant lambda. Ceci étant dit, ce jugement est suspendu dans les Cihangir et Firuzağa que l on peut considérer comme des quartiers aisés 64

134 auxquels de tels comportements ne sont généralement pas imputés. A Tophane, le jugement s efface selon l état de la femme dans l espace. Ainsi, si elle fréquente des lieux dont sa présence induit par «son rôle» - être dans la rue pour aller faire les courses, être dans un parc pour surveiller ses enfants, ou d être quelques part mais accompagnée qui légitimerait une présence qui n est pas du ressort de la femme son statut et sa présence ne provoquerait aucun jugement du fait de la légitimité de sa présence en concordance avec les postulats sur le rôle de la femme - si elle s en va boire un thé à la terrasse d une çay evi, les réactions seraient certainement toutes autres. Les femmes sont donc bel et bien présentes dans l espace public de cette localité mais celle-ci répond à des pratiques que tiennent seulement les femmes. L espace peut donc être vu comme genré dans ces cas, mais cela découle directement du fait que les pratiques sont elles aussi caractérisées par le genre féminin ou masculin. Cette situation d acceptation dans l espace a aussi lien avec le contexte social dans lequel évolue l individu. Tophane est nous l avons souligné en introduction situé dans une petite cuvette, les vues ne sont pas particulièrement impressionnantes si bien qu on ne se meut dans ces espaces seulement si on est résident de celui-ci. Un étranger est très vite repéré dans mon cas en moins de deux passages dans ces rues. Les réactions sont diverses face à ma venue et témoigne en un sens de l atmosphère social de ce quartier. Sans passer par l outil de l entretien, ma présence répétée a pu porter à interrogation qui suis-je, d où je viens, qu est ce qui m amène donc par ici. A la dernière question, je ne réponds pas sincèrement, soit j habite nouvellement dans le quartier, soit j habite à Cihangir et je passe par ici parce que je travaille dans un autre secteur, j aime bien passer par ces rues, soit je viens voir des amis turques qui habite à Tophane Ce ne sont que des prétextes à la discussion et des provocations à des réactions, car je sais que sur ce terrain la cohabitation entre couples intégristes musulman, jeunes femmes européennes et famille nombreuses turques aux valeurs traditionnelles cohabitent dans un climat particulier. 65

135 où les codes comportementaux respectivement porté sont quasi antagonistes. Une confrontation entre des visiteurs d une galerie, verre d alcool à la main, fumant à la porte de celle-ci et une femme du quartier portant un tchador aurait mis le feu aux poudres. 37 Lorsque les porteurs de valeurs traditionnels pointent la consommation d alcool comme l étendard d une provocation intolérable, l autre partie du conflit dénoncent une montée de l islamisation, portant un climat lui aussi intolérable dans la nation d Atatürk. Cette agression physique dont l expression fut manifeste dans l espace public a particulièrement touché le débat public, faisant la preuve évidente que l espace de proximité est aussi et surtout social. Loin des espaces de prestige, ces rues tiennent donc une signification importante et nous rappelle que le sens de la ville se construit dans ces espaces modestes. Il nous interroge également sur le rôle politique que peut prendre l espace public. A travers un dernier exemple, nous souligneront l impact du pouvoir politique dans les espaces étudiés. Certes, nous l avons vu, l action politique au sein de ces espaces reste moindre, mais quelques jours avant mon retour en France, l espace public de nos localités s est soudainement transformé. Transformation annuellement périodique, lié à une pratique particulière et religieuse: le ramazan ramadan. En cette période estivale, les changements liés à cette pratique ont été frappant, exit les hommes à la terrasse des çay evi, verres à thé et théières en berne. Mais cette transformation a pris une teinte particulière cette année plus que les précédentes. Une semaine avant le début du ramadan, il devient interdit de disposer tables et chaises sur l espace public. 38 Sans avoir aucune explication concrète de la part de la municipalité, la police fait des patrouilles dans les quartiers de Beyoglu, parmi lesquels Cihangir et Firuzaga et le mobilier dont la présence est récemment considérée comme hautement illégal est confisqué voire détruit ( alors même que certains clients sont encore attablés ). Les raisons de cette démarche sont floues, certains avancent le fait que le premier ministre Reccep Tayip Erdogan serait venu dans ces rues et devant l incapacité de les traverser en voiture, aurait demandé d appliquer de telles mesures ; d autres commentateurs dénoncent un contrôle de GHORRA-GOBIN C.(dir.), «Réinventer le sens de la ville. Les espaces publics à l heure globale», Paris, L Harmattan, 2001, 266 p. 66

136 Quelques plaintes, quelques craintes ressortent dans les dires des locaux ; en aout 2010 un article sur le site de l arrondissement de Tophane souligne des mécontentements face à la rénovation de certains édifices du quartier en appart hôtel. L article fait part d une peur des habitants quand au devenir du quartier, ils s interrogent sur l évolution du prix de l immobilier notamment, sans que se soit formulé apparait ici des craintes lié à une gentrification et une spéculation trop brutale. 35 Bien que l expression de ces craintes ne soit pas visible dans des relations sociales du quotidien en tant qu européenne, je n ai jamais ressenti la manifestation de comportements qui pourraient approuver du contraire, j ai dans ce quartier établi des relations qui sont semblables à celle que j avais déjà établis dans d autres quartiers voire d autres villes de Turquie, se nouant sur «l étrangeté mutuelle» certes, où comme le rappelle C. Ghorra-Gobin «la capacité d apprentissage de l autre ( ) provient essentiellement de la puissance de l anonymat». 36 Ceci étant dit, j ai souvent prétexté habiter dans le quartier et ça n a changé en rien la curiosité ou la sympathie de mes interlocuteurs. Néanmoins, cette cohabitation qui se vit au quotidien dans un respect mutuel de l autre, entraine parfois des conflits marquants, ces efforts mutuels atteignant un degré proche de celle de l intolérance mutuelle. En effet, dans la soirée du 21 septembre 2010 se déroule la Nuit Blanche d Istanbul, les galeries d art sont à cette occasion ouverte jusqu à une heure tardive, dans le quartier de Tophane y compris. 37 Ö.Öğret, «Gentrification posited as motive for attack on Tophane art galleries article de presse édité le jeudi 23 septembre 2010 dans les pages d hurriyet daily news - php?n=tophane-attack-on-art-galleriesmore-than-meets-the-eye Beyoğlu bar owners protest removal of outdoor tables article de presse édité le jeudi 28 juillet 2011 dans les pages d hurriyet daily news - com/n.php?n=beyoglu-bar-owners-protestremoval-of-outdoor-tables Dans le courant de la soirée, une bande de jeunes, venant de la localité de Tophane, attaque armé de matraques trois galeries d art simultanément dans ce quartier, allant jusqu à séquestrer les participants de l exposition. Cet événement, relayé par l ensemble de la presse internationale marque l histoire récente de Tophane, le lendemain le quartier est envahi par les télévisions nationales et chacun cherche une explication à ce soulèvement. La couverture médiatique est importante et très vite sont invoquées des raisons basées sur une cohabitation difficile entre ces deux mondes que traditionalisme et modernité opposent 67

137 l autorité dans les pratiques urbaines, prohibant de fait qui que ce soit de fumer et boire dans l espace public pendant la période du ramadan. Parallèlement, comme chaque année, les différentes municipalités mettent en place des tentes pour offrir le repas de l iftar à ses concitoyens, démarche dont s auto félicite naturellement chaque localité au travers de différents bulletins municipaux. Ce dernier point évoque des pratiques liées à la religion mais davantage l intégration soudaine et même brutale de l autorité publique dans ces espaces locaux qui auparavant s autogérait plus ou moins. Cette démarche est symptomatique d une politique qui ne voit en l intervention dans l espace public une manière de mobiliser le social et donc l opinion public via des mesures populistes voire électoralistes. 68

138 _ CONCLUSION GENERALE Via notre démarche appuyée sur l étude d un système de lieux, on aurait pu valider cette hypothèse selon laquelle l espace public de proximité répond à une norme, centralité locale, siège de pratiques locales, royaume de tolérance social. Via notre sélection qui présente des lieux connectés, on aurait pu considérer que l espace public se déroule à travers l espace urbain, une surface continue, un liant, une unité spatiale. Mais nos descriptions auront donné tord à ces mythes qu on ne saurait situés entre despotisme et démagogie. Tout d abord, via l étude portée sur paramètre fonctionnel de ces localités nous avons conclue que dans ces espaces précis, le commerce tiens un rôle prédominant dans la construction de pratiques et d appropriation de l espace, mais même s il constitue une donnée contextuelle parfois trop oubliée, il n en est pas moins déterminé par la composante sociale des quartiers. Nous avons sélectionné des espaces dont on a pu souligner des caractéristiques similaires tant au niveau historique, morphologique et fonctionnelle dans la mesure où ce sont tous trois des espaces dont l impact au niveau local est prégnant - et qu on aurait pu intégrer et assimiler comme un espace homogène. Et pourtant, il n en reste pas moins des centralités hétéroclites et même dissemblables. Dès lors, l étude du contexte est primordial pour la compréhension de ces espaces, mais elle reste cernée de complexité, chaque donnée influant sur l autre et s équilibrant le temps d un instant pour créer dans cette alchimie, un produit final instable que l on pourrait surnommer espace public. Par ces observations ce mémoire interroge également sur le caractère inclusif et exclusif de ces espaces. Dans un système ou les acteurs publics sont en retrait dans la production de ces espaces, ceux-ci semblent appartenir à un public particulier. Les acteurs les plus influant dans ces espaces sont les riverains, conscient ou pas de leur pouvoir ils dirigent en tout les cas une 69

139 identité via le symbolisme que prônent leur devantures de magasins, via leur tolérance vis-à-vis de nouveaux arrivants, via leur ouverture à un monde social. L espace public appartient dans ces cas à un public, celui du quartier. L anonymat et ses vertus disparaissent et les codes comportementaux sont puissants et prégnant, le rôle intégrateur de l espace public est ainsi remis en question. Nous rejoignons ici des dialectiques proches de celle récemment énoncé par Eric Charmes qui évoque la «clubbisation» de la vie urbaine. Même si les contextes sont extrêmement différents on retrouve une propension à l effacement du territoire et du politique au profit de la sphère économique. Ainsi, pour les riverains, le quartier est en premier lieu un «objet de satisfaction» et en second lieu seulement un «objet d attachement identitaire et communautaire». Les quartiers perdent leur signification politique et territoriale et glissent de la sphère politique à la sphère économique tout en étant le siège de chocs sociaux parfois violents. Cette tendance nous renvoie à des interrogations d ordre politique, que devient le rôle de celles-ci dans ces espaces? Doit-on appuyer l échelle du local dans cette ville qui tend d ors et déjà vers une fragmentation de la vie urbaine? Comment peut-on garantir, préserver et réinvestir des espaces à publicités variés, socialement mixte, en d autres termes caresser l ambition de créer des espaces public «ouvert à tous» ou du moins être conscient de cette nécessité. Car c est aujourd hui, à Istanbul, au travers de mesures politiques Eric Charmes, «La ville émiettée. Essai sur la idéologiquement marquées dirigeant les pratiques sociales dans clubbisation de la vie urbaine», PUF, coll. «La un certains sens, une tendance inverse qui est en marche. ville en débat»,

140 MEDIAGRAPHIE

141 _ ISTANBUL Ouvrages de références C.Bilsel, «L espace public existait-il dans la ville ottomane? Des espaces libres au domaine public à Istanbul (XVIIe-XIXe siècles)», Études balkaniques, 14, 2007, N. Deniz T. Fabre, Istanbul, ville monde dans Istanbul, ville monde; la pensée du midi - éditions actes sud,2000 Ç.Keyder, istanbul between the global and the local, editions rowman & littlefield publishers inc, 1999 Ç.Keyder, A brief history of modern Istanbul in Turkey in the modern world, 2002, ed. R. Mantran, «La vie quotidienne à Constantinople au temps de Soliman le Magnifique et de ses successeurs (XVIe et XVIIe siècles)», Editeur Paris : Hachette, 1965, 319 p. B. T Sasanlar, A historical panorama of an Istanbul neighborhood: Cihangir from the late ;nineteenth to the 2000s, Boğaziçi University, 2006, 308pp. J.Meissonnier, «Marchands de rue à Istanbul. Présence urbaine d une offre commerciale en perpétuelle recomposition spatiale», Istanbul : Les dossiers de l IFEA, série : La Turquie aujourd hui, n 19, décembre 2006 Orhan Pamuk, «Istanbul, souvenirs d une ville», ed. Gallirmard, 2006, p.465, 547pp J F Pérouse, «Istanbul, ville sainte de l Islam et ville maudite de l Islam : risques, vertiges et opportunités du corps à corps obligé», 2002, pour l exposition «Corps et Islam» J F Pérouse, «La Turquie en marche : Les grandes mutations depuis 1980», Paris, Éd. de La Martinière Périodiques Dossier «Istanbul» dans l Urbanisme, 2010, n 374, p Sites internet 72 hurriyetdailynews.com ifea-istanbul.net oui.hypotheses.org urbanage.net

142 _ ESPACES PUBLICS Ouvrages de références E.Charmes, «La ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine», PUF, coll. «La ville en débat», 2011 Ghorra - Gobin C.(dir.), «Réinventer le sens de la ville. Les espaces publics à l heure globale», Paris, L Harmattan, 2001, 266 p. V.Gelézeau, C.Hancock, B.Sabatier, T.Sanjuan, A.Teppo, A.Fleury, «Une géographie des espaces publics dans les pays Intermédiaires», rapport ACI n JC6029, Octobre 2007, 282 pp. A.Fleury, Les rivages d Istanbul: des espaces publics à part, au coeur de la mégapole article réalisé de septembre à decembre 2002 au sein de l OUI observatoire urbain d Istanbul. A.Fleury, «Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul, Sous la direction de Thérèse SAINT-JULIEN, université de Paris 1 Panthéon-sorbonne, UFR, 2007, 685pp J.Lapeyre de Cabanes, «Trois avenues piétonnes d IstanbulComparaison d espaces centraux à l heure de la consommation». Mémoire de M1 l UMR Lyon, 2011 L.H Lofland, The Public Realm: Exploring the City s Quintessential Social Territory, New York, Aldine de Gruyter, 1998, 305 p. G.Pérec, «Espèces d espaces», Paris, éditions Galilée, 1974 G.Pérec, La Vie mode d emploi, Paris, éditions Hachette, 1978 B.Sabatier, «De l impossible espace public à la publicisation des espaces privés», CIRUS-Cieu, Université Toulouse-le Mirail F.Vidaling, «De l espace public, Singularités à São Paulo» sous la direction de Laurent Devisme, ENSAN, mémoire de M1, 2011 Périodiques Dossier «vie privée-vie publics» dans Espaces et sociétés, 1986, n 46-47, ed. l harmattan Dossier «espace public et complexité du social» dans Espaces

143 et sociétés, 1990, n 62-63, ed. l harmattan Dossier «espaces, modes d emploi» dans Espaces et sociétés, 2002, n , ed. l harmattan Sites internet cybergeo.revues.org gallica.bnf.fr hal.archives-ouvertes.fr _ COMMERCE Ouvrages de références R-P Desse (dir.), A Fournié - A. Gasnier N.Lemarchand A. Metton - J. Soumagne «Dictionnaire du commerce et de l aménagement», Presses Universitaires de Rennes,2008 S. Lash - J. Urry, Economies of signs and space, éditions SAGE, pages B. Mérenne-Schoumaker, «Méthodes d analyse des localisations commerciales : les apports de l enquête de terrain», Annales de Géographie. 1982, t. 91, n 506. pp Périodiques Nicolas LE BRUN, «Vers une approche des types de liens entre accessibilité et commerce symbiose et autonomie, commensalisme et parasitisme» p.30 dans TIGR, n vol.27, 126pp, 2001 Autres Agnès Varda, Daggéréotypes film documentaire datant de

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