UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
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- Victoire Ariane Cantin
- il y a 10 ans
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1 UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES Faculté des Sciences Psychologiques et de l Education Evaluation par la mère de la qualité de l accompagnement de son enfant visitant son père en prison Quitterie MANO Mémoire réalisé sous la direction de Monsieur le Professeur Assaad E. AZZI en vue de l obtention du grade de Master en Psychologie Clinique et Psychopathologie Année Académique
2 Aux volontaires de la Croix-Rouge qui ont diffusé le questionnaire. Aux mères qui ont accepté de répondre au questionnaire et ont rendu possible cette étude. A Monsieur Assaad E. Azzi, Professeur pour le Service de Psychologie Sociale à la Faculté des Sciences Psychologiques et de l Education de l ULB, pour sa disponibilité, sa patience, ses conseils et le temps qu il nous a consacré. A Madame Anne Courtois, Professeur pour le Service de Psychologie du Développement et de la famille à la Faculté des Sciences Psychologiques et de l Education de l ULB, pour son accompagnement clinique et pour nous avoir aider à sortir des impasses. A Monsieur Christophe Leys, Assistant pour le service de Psychologie Sociale à la Faculté des Sciences Psychologiques et de l Education de l ULB, pour avoir pointer du doigt nos difficultés et nous avoir aider à les dépasser. A la Croix-Rouge et au Fonds Houtman, pour nous avoir permis de réfléchir sur les thèmes de la parentalité, de l enfance et de l incarcération, pour la qualité de leur accueil dans leurs locaux. Aux mémorants de l ULB investis dans l évaluation d Itinérances, pour leur soutien. A notre famille, pour leur soutien et pour avoir cru en nous. A nos amis de la promotion du Master de Psychologie Clinique et Psychopathologique de l ULB, pour leur soutien. A Cécile Lacoste, Psychologue Clinicienne et amie, pour avoir pris le temps de réfléchir avec nous sur la cohérence et l intérêt clinique de notre travail, pour son soutien et son amitié. A Clément Puyo, Educateur spécialisé en formation, pour sa logique et son amitié. A Cécile Camin, Sébastien Filloux, Jeanne Dussarat, Romain Dussarat, Camille Hervé, Mélanie Perotti, Simon Mercier, Alice Lejeune et Marine Kirzin, pour avoir pris le temps de relire des parties de notre travail. Merci
3 Tables des matières Introduction... 1 CHAPITRE 1 : Les liens enfant-parent à travers les relations filiatives et la parentalité... 7 I. Définitions générales... 7 II. Filiation instituée et exercice de la parentalité... 7 Les liens symboliques et de contraintes... 7 III. Filiation narcissique et expérience de la parentalité... 8 Les liens imaginaires et d investissement psychique... 8 IV. Filiation de corps à corps et pratique de la parentalité Les liens réels du corps CHAPITRE 2 : Création du lien enfants-parents et développement d une sécurité de base chez l enfant I. Les conditions d attachement d un enfant Les liens qui rassurent l enfant a. Définition du processus d attachement/différenciation b. Type d attachement : «Les comportements d attachement» sécures Les liens qui permettent le processus de séparation a. Equilibre entre système d attachement et conduites d exploration b. Qui sont les figures d attachement pour l enfant Figure d attachement principale Figure d attachement secondaire II. La fonction maternelle : les dispositions de la Mère à son enfant «La préoccupation maternelle primaire» Le «Holding», le «Handling» et l «Objet presenting» «La mère suffisamment bonne»
4 4. Le «médium malléable» et la «fonction dépolluante» de la mère : intrication pulsionnelle et début de la vie imaginaire de l enfant CHAPITRE 3 : Impact des liens structurants et non structurants sur le développement psychoaffectif et les relations ultérieures de l enfant I. Investissement adéquat dans la création du lien enfants-parents Développement psychique et pulsionnel : construction des assises narcissiques suffisantes pour l enfant Supporter l éloignement et gérer sa vie interne II. Les difficultés d investissement dans la création du lien enfants-parents : les liens sont menacés Entrave aux processus d attachement et conséquences : attachement et souffrance dans la séparation Perturbations de l accordage maternel à son enfant CHAPITRE 4 : Création des liens père-enfant I. La paternité : le temps de la présence, réalité familiale et les liens affectifs La sécurisation et l autonomie : les deux objectifs du lien d attachement Autonomisation et socialisation Sexualisation II. La fonction paternelle : le temps de l absence, le langage et les liens symboliques La métaphore La loi du père Faire preuve de la loi III. Le langage et le social CHAPITRE 5 : Menace du lien père-enfant ; le cas de l incarcération du père I. Perturbations des liens indirects aux relations père-enfant... 32
5 1. Les difficultés économiques de la famille du détenu Situation émotionnelle de la famille du détenu Conflits dans le couple parental II. Perturbations des liens directs aux relations père-enfant Maintenir les relations père-enfant alors que le lien est menaçant a. Permanence du lien dans l éloignement b. Les risques que prennent le père et l enfant lorsqu ils sont éloignés l un de l autre dans la situation d incarcération Pour le père Pour l enfant Impact du contexte de la prison sur les liens affectifs et symboliques pèreenfant Le père fragilisé dans sa capacité à exercer, à pratiquer et à faire l expérience de sa fonction parentale III. Les visites enfant-parent : un moyen de traitement de la relation Jusqu où est-on capable de donner les moyens à ceux qui vont accompagner l enfant auprès de son parent? Indications de travail pour l accompagnement de la relation père-enfant CHAPITRE 6 : Contexte de la recherche-action : accompagnement Itinérances I. Le rôle des volontaires II. Les caractéristiques et les spécificités de la mission des volontaires III. Indications de travail pour les volontaires lors de la formation et des Intervisions IV. L enfant et les volontaires confrontés à des logiques hétérogènes CHAPITRE 7 : Introduction à notre méthodologie I. Population cible Données relatives aux familles de détenu
6 II. Caractéristiques de notre population Qui a répondu au questionnaire? Durée de l accompagnement Croix-Rouge par enfant Durée de l incarcération du père Ages des enfants accompagnés par la Croix-Rouge Le nombre d enfant par foyer III. Déroulement de l étude L information préalable aux participants et déontologie Distribution des questionnaires CHAPITRE 8 : Construction du questionnaire I. Objectifs conjugués : Croix-Rouge et recherche II. Mode d analyse des moyennes III. Hypothèses Hypothèses principales Opérationnalisation des hypothèses secondaires théoriques et empiriques a. Hypothèses théoriques secondaires b. Hypothèses empiriques secondaires CHAPITRE 9 : Présentation des résultats I. La perturbation des liens familiaux Les mères souffrent d une précarité économique, sociale et éducative Crise familiale et solitude dans l éducation de leur enfant Perturbation du lien dans le couple parental Perturbation du lien mère-enfant, de l enfant à lui-même et avec les autres enfants Perturbation du lien père-enfant II. Accompagnement Itinérances Regards des mères sur l accompagnement Itinérances?... 80
7 2. Satisfaction par rapport à l accompagnement Lien enfant-volontaires Lien mères-volontaires III. Regards croisés mères-volontaires Loyauté des volontaires vis-à-vis de l enfant Les enjeux de la visite pour la mère CHAPITRE 10 : Résumé des résultats I. La perturbation des liens familiaux II. Accompagnement Itinérances III. Regards croisés Mères/Volontaires CHAPITRE 11 : Interprétation des résultats I. Perturbation des liens familiaux Des mères qui soutiennent les relations et le lien père-enfant II. Les fonctions des volontaires Le volontaire : une figure symbolique dans la relation mère-enfant et de soutien à la fonction parentale Le volontaire : une aide à la symbolisation du père Le volontaire : une figure d attachement pour l enfant? III. Les fonctions du père à l épreuve de l incarcération Différentes configurations du lien père-enfant : impact sur l accompagnement de leur relation Age pré-verbal de l enfant et difficultés de base dans la création du lien père-enfant Lorsque le père représente une figure d attachement Filiation et parentalité : soutien et témoignage de la parole du père Angoisse du lien
8 CHAPITRE 12 : Critiques méthodologiques I. Taille et choix de l échantillon II. Hypothèses et mode d analyse des résultats III. Le questionnaire Conclusion Qu est-ce que les différentes fonctions du volontaire vont permettre à l enfant, et à ses parents? De l évaluation à l analyse des pratiques : le "pas de côté" Bibliographie Annexes
9 Introduction La protection de l enfance est devenue un enjeu majeur de notre société depuis les années 70. L enfant est devenu un «bien suprême». Dans le même temps, nous assistons à une vulgarisation du discours psychologique. Tout le monde utilise ce discours désormais pour parler de ses problèmes et des problèmes de la société. Les discours sur la psychologie et la protection de l enfance n ont eu de cesse également de se communiquer dans le grand public à travers les médias. Notre société est de fait très sensible et se questionne beaucoup autour de l éducation et de la construction de l enfant. Selon Ducousso-Lacaze (2005), trois grandes représentations sociales sont véhiculées par le discours sur l enfance : l enfant est nécessairement victime des adultes. Ceux qui se placent comme défenseur de l enfance, se définissent alors une place valorisante, celle du défenseur de la victime. L enfant est progressiste. Il est nécessairement prometteur d un avenir meilleur. Les adultes favorisent le «bon développement» de l enfant pour améliorer la société, pour construire un futur adulte meilleur. L enfant dysfonctionne : étudié par la science, mesuré et changé par elle (par exemple avec des médicaments). La défense du droit des enfants est alors devenue un enjeu politique, social, anthropologique et psychologique majeur. Pendant que le changement du statut de l enfant évoluait, un changement de statut s est opéré aussi du côté des parents. Nous avons assisté au passage de la puissance paternelle à l autorité parentale partagée. Protéger l enfance implique d abord de le protéger des adultes, voire même de ses parents. En effet, l Etat se réserve le droit d intervenir s il estime que les parents sont défaillants. S intéresser au maintien des relations parent-enfant dans le contexte de l incarcération du parent est en lien étroit avec l intérêt que porte la société à l enfance, et à la parentalité. Les professionnels ne cessent de se questionner sur l impact que les visites enfant-parent peuvent avoir sur l enfant, sur le parent ainsi que sur l environnement familial et social proche. Dans l optique de notre société actuelle, avoir des relations régulières et dans de bonnes conditions avec son parent incarcéré est devenu nécessaire, pour l enfant et son parent. Promouvoir leur relation est devenu un enjeu 1
10 majeur pour les politiques et les professionnels de la santé. Défendre ce droit de l enfance contribue à répondre aux trois représentations sociales précédemment citées. Comme nous venons de le voir les thématiques de l enfance et de la parentalité sont des sujets qui amènent à beaucoup de réflexion et en particulier lorsqu un des parents est incarcéré. Tous les questionnements relatifs à l enfance et à la parentalité dans la situation d incarcération d un parent, ne pourront pas être traités dans ce travail. La recherche qui va suivre a été effectuée en collaboration avec la Croix-Rouge et le Fonds Houtman. Ils étaient en possession d une demande bien précise. Ils nous ont proposés de réfléchir sur le maintien des relations de l enfant et de son parent incarcéré à travers l évaluation de l accompagnement volontaire d enfant visitant leur parent (père ou mère) en prison. Cet accompagnement est appelé le projet Itinérances. Une des particularités de notre recherche est que plusieurs mémorants de Master de psychologie de l ULB partagent le même objectif : celui de l évaluation de l accompagnement d'enfant visitant son parent incarcéré. Afin de baliser tous les maillons de la chaîne humaine qui encadre l accompagnement de ces enfants, chaque mémorants est chargé d évaluer l accompagnement Itinérances auprès d une population cible différente : l enfant, les volontaires, le parent incarcéré, le parent qui s occupe de l enfant, et le personnel de contact en prison (les Services Lien), à l aide d outils méthodologiques différents. Notre population cible sera le parent qui s occupe de l enfant et notre outil méthodologique sera le questionnaire. La forte proportion 1 des hommes par rapport aux femmes incarcérées en Belgique et dans le reste du monde nous a conduits à nous intéresser plus particulièrement au cas des pères incarcérés. Nous concevons donc dans notre recherche le projet Itinérances comme s inscrivant dans le projet plus général qui favorise et facilite les relations père-enfant. Itinérances s inscrit dans une perspective théorique fondamentale selon laquelle le maintien des relations entre le père détenu et ses enfants sont importants pour l'enfant et pour le père. Ce projet concourt à soutenir l idée selon laquelle la paternité est nécessaire à la vie de l enfant et l exercice de cette paternité importante à maintenir pour les pères incarcérés. 1 L institut pour l égalité des femmes et des hommes (2006), a recensé 9000 hommes incarcérés pour moins de 1000 femmes en Belgique en 2005
11 Notre partie théorique va alors servir à expliquer et à justifier l activité d'accompagnement, à travers sa contribution au maintien des relations entre père et enfant. Notre fil rouge sera le lien enfant-parent puis le lien père-enfant afin de le mettre à l épreuve dans la situation de l incarcération. Pour pouvoir expliquer comment et pourquoi les relations père-enfant sont nécessaires, il nous faut d abord définir les différents liens qui unissent l enfant à ses parents. Si les parents sont égaux du point de vue de l autorité parentale nous différencierons la maternité de la paternité, en tant que deux positions fondamentalement différentes. Nous défendrons l idée selon laquelle l égalité n est pas l identité, que l expérience de père est différente de celle de mère. Nous étudierons ensuite les liens père-enfant dans une perspective plus générale pour pouvoir ensuite parler de la situation de l incarcération comme un cas particulier de séparation. Nous envisagerons tout au long de la partie théorique le paradoxe selon lequel, le lien enfant-parent est à la fois une contrainte mais aussi une nécessaire pour la survie de l enfant et sa construction psychique. Nous étudierons alors les liens affectifs, d attachement (réels et imaginaires) et les liens symboliques qui les transcendent. Pour ce faire, nous nous servirons des concepts tels que : la filiation, la parentalité, l attachement, la paternité, la maternité et la fonction maternelle et paternelle, dans des théories d obédiences psychanalytiques. Au vue de la diversité des liens parent-enfant et des concepts en jeu, nous procèderons à une division de notre partie théorique en cinq chapitres. Dans le premier chapitre, nous nous servirons d une analyse transdisciplinaire de la parentalité afin de décrire de façon dynamique les liens unissant le parent à son enfant. Les trois axes proposés par Dayan (2000) nous permettront de définir et comprendre les enjeux de la parentalité : son exercice, son expérience, et sa pratique. L apport théorique de Guyotat (1995) nous permettra de faire le lien entre la parentalité et trois types de filiation (instituée, narcissique et de corps à corps). Définir les liens de filiation et la parentalité nous permettra de situer l enfant et ses parents dans des liens généalogiques, psychiques, conscients et inconscients, et de saisir les enjeux de leurs différents liens dans la vie psychique de l enfant et de ses parents. Dans un second chapitre, nous nous servirons de la théorie de l attachement de Bowlby (1981), afin de décrire et de comprendre la manière dont se construisent les 3
12 premiers liens affectifs et comment, à travers l enfant, nous repérons la nature et la qualité des soins parentaux. Nous complèterons l apport théorique de Bowlby avec celui de Winnicott (1956 ; 1975 ; 1977 ; 1978 ; 1989 ) et de Roussillon (1995 ; 2001 ; 2007) pour étudier les caractéristiques spécifiques attendues de la part de la mère pour répondre adéquatement aux besoins de son enfant. Cela nous permettra, dans un troisième chapitre, de dégager les caractéristiques adéquates et inadéquates des réponses parentales pour le développement de l enfant. Nous dégagerons également le rôle essentiel des expériences affectives infantiles, et des liens uniques, durables, émotionnellement importants, dans la structuration de la personnalité et le développement de l enfant. Dans un quatrième chapitre, nous nous servirons de théoriciens, successeurs de Bowlby et de Winnicott : Le Camus, (2002 ; 2005) Pierrehumbert, (1999), Duparc, (2004), et Miljkovitch, (2005), pour définir la paternité et ce que le père apporte de différent à la vie de l enfant par rapport à ce que lui apporte la mère. Puis nous nous servirons des théories structurales psychanalytiques de Lacan, (1998) et Dor, (2002 ; 2003) pour définir la fonction paternelle et ce qu implique l exercice de cette fonction pour le père, la mère et l enfant. Dans un cinquième chapitre, à l aide de travaux anglophones et francophones, nous étudierons les liens indirects père-enfant pouvant jouer un rôle important dans la perturbation de leurs liens. Pour cela, nous envisagerons les répercussions possibles de l incarcération sur l organisation familiale, tant au niveau économique que psychologique. Plus particulièrement nous étudierons les répercussions émotionnelles, psychologiques, sociales, économiques et parentales de l incarcération, à la fois sur la conjointe, le détenu et leur enfant. Nous aborderons également les façons de se protéger contre les stigmates sociaux de la conjointe du détenu et les différentes réactions de l environnement social de la famille face à la détention. Puis nous verrons, à l aide de la théorie de Bouregba (2002 ; 2004 ; 2007) sur la parentalité et les liens familiaux à l épreuve du pénal, ce que ce contexte peut engendrer comme perturbation des liens directs père-enfant, et s il est juste ou non théoriquement de parler de rupture du lien dans ce contexte. Puis nous verrons ce que peut provoquer chez le père et son enfant le manque de relation entre eux. Enfin, nous étudierons plus particulièrement le contexte de
13 l incarcération qui vient perturber l exercice, la pratique et l expérience de la parentalité du détenu et les conséquences sur le lien à son enfant. Nous verrons aussi les controverses théoriques et juridiques sur le maintien des relations père-enfant dans un tel contexte et nous étudierons la proposition de Bouregba qui est de maintenir les relations père-enfant à tout prix. Nous tenterons d expliquer les raisons pour lesquelles il défend cette idée et quelles sont les conditions dans lesquelles cette idée est défendable. Dans un sixième chapitre, qui marquera le début de la partie empirique de notre recherche, nous décrirons, avec la plus grande précision possible, le terrain sur lequel elle s est déployée. Nous parlerons de la mission d accompagnement des volontaires, de leur rôle, et des caractéristiques de leur mission. Nous apporterons une brève réflexion autour des enjeux auxquels les volontaires et les enfants qu ils accompagnent sont confrontés. Dans un septième chapitre, nous expliquerons ce qui nous a conduit à choisir les mères comme population cible. Nous étudierons également certaines caractéristiques de notre population et le déroulement de l étude. Dans un huitième chapitre, nous aborderons la façon dont nous avons construit notre questionnaire. Pour cela nous présenterons les hypothèses principales qui nous ont guidés dans la construction du questionnaire puis nous les détaillerons par la déclinaison d hypothèses secondaires. Nous distinguerons des hypothèses empiriques liées à l accompagnement Itinérances des hypothèses théoriques. Puis, nous proposerons notre méthode d analyse des résultats. Enfin, dans un neuvième chapitre, nous présenterons les résultats. Nous distinguerons également les résultats qui concernent la théorie sur la perturbation des liens familiaux des résultats qui concernent l accompagnement Itinérances. Dans un dixième chapitre, qui marquera le début de la partie discussion de notre recherche, nous reprendrons nos hypothèses vérifiées, partiellement vérifiées et non vérifiées avant de résumer nos résultats. Dans un onzième chapitre, nous interpréterons nos résultats. Nous expliquerons, à l aide de la théorie, le résultat selon lequel les mères de notre échantillon soutiennent les relations et le lien père-enfant. Puis nous mettrons à l épreuve de la théorie les hypothèses selon lesquelles le volontaire est une figure symbolique dans la relation mèreenfant, un soutien à la fonction parentale, une aide à la symbolisation du père et une 5
14 figure d attachement pour l enfant. Nous proposerons également une série de questionnements sur les fonctions du père à l épreuve de l incarcération. Enfin, dans un douzième chapitre, nous aborderons les critiques méthodologiques. Nous ferons la critique des hypothèses, de notre questionnaire et du mode d analyse des résultats. Nous conclurons notre travail par un résumé des apports théoriques à notre travail. Nous verrons ceux qu ils ont apportés dans la compréhension de certains enjeux pour les familles de permettre le maintien des relations père-enfant lorsque le père est incarcéré. Nous reprendrons également brièvement l étude de la diversité des liens enfant-parent et l impact de l incarcération du père, sur ces liens. Ce résumé nous permettra d introduire la synthèse des différentes façons qu ont les volontaires de contribuer à la qualité de la relation père-enfant. Nous verrons ce que leurs différentes fonctions permettent à l enfant et à ses parents. Nous proposerons ensuite de soutenir les volontaires dans ces différentes fonctions mises en évidence par notre étude. Nous terminerons ce travail par l expression de nos difficultés et ce qu elles ont pu susciter comme interrogations sur le travail du psychologue, lorsqu il a pour mission d effectuer une analyse de pratique.
15 CHAPITRE 1 : Les liens enfant-parent à travers les relations filiatives et la parentalité I. Définitions générales Guyotat (1995) définit le lien de filiation comme ce qui désigne ce par quoi un sujet se situe et est situé par rapport à ses ascendants et descendants réels, institués et imaginaires. Ces filiations sont constitutives de la construction du sentiment identitaire et permettent la subjectivation de chacun des membres de la famille. Selon Guyotat (1995) la subjectivation pourrait se définir ainsi : processus par lequel on devient sujet en alternant les mouvements d appartenance et de différenciation. Les individus sont en ce sens liés les uns aux autres par l organisation générationnelle à laquelle ils appartiennent. En même temps c est ce qui leur permet d en être indépendants. Inscrire son enfant dans sa filiation est étroitement lié aux processus par lesquels les nouveaux parents doivent faire face pour devenir parent et inscrire leur enfant à la place générationnelle et sexuelle qui doit être la sienne. Les parents ne sont pas dans un processus de parentalité simplement par ce qu ils ont un enfant. Selon A. Ducousso- Lacaze, (2005), la parentalité désigne l ensemble des processus conscients et inconscients par lesquels on devient parent du point de vue psychique. II. Filiation instituée et exercice de la parentalité Les liens symboliques et de contraintes La filiation instituée décrite par Guyotat (1995) et Legendre (1990) s oppose à la tendance à la fusion avec un impératif de différenciation. La place qui nous est instituée à la naissance est contingente et déterminée socialement. Cette place est la contingence fondamentale de l identité sociale de chacun. Le sujet est assigné à une place identitaire. Elle est générationnelle et sexuelle. Selon A. Ducousso-Lacaze (2005), le sujet qui naît est ce qu on lui dit qu il est. Il est à la place qui lui est désignée. La parole instituante est 7
16 hétérogène et violente, mais en même temps elle garanti une forme de liberté. La place attribuée au sujet est unique et théoriquement personne ne pourra lui prendre. Cette place est censée protéger le sujet du désir de toute puissance des autres. En effet, ceux qui nomment le sujet sont eux-mêmes soumis aux principes de la filiation instituée. Les adultes ne font pas la loi, eux-mêmes y sont soumis. Dans l optique de Guyotat (1995), la filiation instituée encadre l imaginaire. L enfant est lié à ses parents d abord par ce lien de filiation symbolique. Il est fils de- et frère de-. Ce lien institue le sujet, lui attribue une place, un nom, une généalogie. Nous reprendrons cette notion dans la partie sur la fonction paternelle. Ce sont deux notions étroitement liées. Lorsque les parents exercent leur parentalité (Dayan, 2000) c est qu ils inscrivent leur enfant dans leur communauté, leur filiation, leur généalogique et dans la logique de parenté qui leur est propre, dans les obligations sociales et les interdits. Exercer sa parentalité, c est inscrire son enfant dans des liens symboliques. Les termes illustrant ces liens et leur exercice reflètent tout autant les liens d alliance que les prescriptions et les prohibitions. Les règles qui régissent cet ensemble garantissent pour chacun les limites d un espace social où il peut librement exercer ses droits. Dans une conception psychodynamique, l exercice de la parentalité se rattache aux interdits qui organisent le fonctionnement psychique de tout sujet, et notamment le tabou de l inceste. III. Filiation narcissique et expérience de la parentalité Les liens imaginaires et d investissement psychique Selon Guyotat, (1995) et Ducousso-Lacaze (2005), la filiation narcissique et à envisager d un point de vue de l individu et d un point de vue groupal. Au niveau individuel, la filiation narcissique alimente nos fantasmes d être né ailleurs. La conscience de l attribution à une place instituée constitue une blessure narcissique. Selon Ducousso-Lacaze (2005), la blessure narcissique causée par l institutionnalisation de sa place rend plus difficile de s aimer soi-même. Or, l enjeu de la filiation narcissique est de pouvoir s aimer soi-même. Le sujet réagit par un surcroît de narcissisme en s inventant
17 des parents idéaux. L image des parents idéaux se fonde sur l image des vrais parents d avant leur désidéalisation. Ces fantasmes ont des fonctions dans le psychisme de chacun : compensation narcissique, et envisager sur le plan imaginaire de vivre un jour sans ses parents. D un point de vue groupal, la filiation narcissique tient compte du mythe familial. Neuburger (1995) définit le mythe familial comme une expression qui rend compte d une production partagée, d une mise en commun des imaginaires individuels qui aboutit à une construction de groupe. Le mythe est un récit sur les origines, des histoires sur les grands-parents et les arrière-grands-parents. Le mythe désigne des rôles. Il a aussi pour fonction de réduire les contradictions et incertitudes dans la famille et d apporter des explications aux problèmes rencontrés par chacun des membres qui seraient conforme au mythe familial. Ce récit conscient se raconte ensemble et enjolive la réalité par la narration d histoires légendaires. Ce qui est à l œuvre en-deçà du mythe, c est l idéal du moi familial. La famille se donne une image qui satisfait son narcissisme groupal et individuel. Selon Neuburger, (1995), ce qui permet au sujet de se différencier du mythe familial, c est le conflit entre la place qu il s attribue imaginairement dans la filiation (roman familial) et la place imaginaire que lui attribue la famille (mythe familial). Dans toute famille, les parents attribuent une place imaginaire à leur enfant, différente de celle instituée. Selon Ducousso-Lacaze, cette transgression de l instituée par l imaginaire est aussi indispensable et témoigne de l investissement des parents vers l enfant. L imaginaire et le narcissisme des parents donnent des points d ancrage, des pôles identificatoires à l enfant à venir («il fera le même métier que moi» ; «ce sera un littéraire comme son grand-père»). S il n y avait pas de projection (imaginaire) de la part des parents, l enfant serait à une place vide, instituée seulement (symbolique). Selon Legendre (1990), avant de naître, tout sujet est pris dans un jeu familial de représentations et de discours : le discours familial est le discours effectivement tenu dans une famille, porteur de représentations inconscientes et à ce titre fondateur d un sujet donné. L expérience de la parentalité (Dayan, 2000) désigne les éprouvés subjectifs, la parentalité réelle et fantasmatique et la représentation de la satisfaction de désirs infantiles inconscients. C est aussi la réélaboration des différentes modalités 9
18 identificatoires qui ont émaillées son histoire et lui ont permis d accéder à la maternité. Pour la future mère, ces processus exigent la gestion des conflits d ambivalence à sa propre mère revivifiés par la grossesse et la maternité (Bydlowski, 1999). Pour devenir «bonne» mère il faut pouvoir s identifier à la mère des premiers soins de la vie, à la mère toute bonne plutôt qu à la mère œdipienne et rivale. Il faut pouvoir faire le deuil de sa propre enfance, le deuil de l enfant imaginaire, la perte de l objet maternel, et faire face aux reviviscences des conflits infantiles, des traumatismes et des deuils. Faire l expérience de sa parentalité, est un travail psychique nécessaire et inconscient pour que le parent puisse placer son enfant à une place d enfant et à une place d enfant différent de ce que son imaginaire a désiré pour lui pendant la grossesse (désir réactualisé par ses reviviscences infantiles). IV. Filiation de corps à corps et pratique de la parentalité Les liens réels du corps Dans la définition de la filiation de corps à corps, Guyotat (1995) différencie le corps du soma. Le corps est le support de notre sentiment d exister. La façon dont on va toucher, porter, soigner ce corps témoigne de l investissement psychique et physique envers son enfant. Le soma n existe en tant que corps que dans la mesure où des adultes s en sont occupés. Les parents, lors de la période avant l accès au langage, donnent du sens en fonction des expériences que le corps de l enfant lui fait vivre : le plaisir, la douleur. Puis ils s occupent de ce corps. Guyotat (1995) nous propose de considérer le corps comme «une surface d écriture». Il est porteur de traces de notre filiation, de notre appartenance à un groupe familial, à une culture. Il est porteur aussi des traces de la filiation instituée et narcissique (attitudes, postures à travers des processus identificatoires). Lire des ressemblances dans le corps de l enfant c est interpréter ce corps et lui attribuer une place dans la filiation narcissique et l inscrire en même temps dans la filiation instituée. La pratique de la parentalité (Dayan, 2000) désigne donc l ensemble des soins parentaux, des changes au nourrissage, des premières interactions à l éducation, de la
19 formation de l habitus qui crée le familier, des motions inconscientes aux principes éducatifs. Pratiquer sa parentalité c est alors nouer les trois logiques de filiation entre elles : nouage du corps, à travers l imaginaire et le symbolique. L enfant est soigné, porté, touché, parce qu il est identifié comme un enfant mais aussi comme un prolongement physique et psychologique de ses parents et comme un sujet porteur d une histoire familiale et d un projet de vie. Un enfant qui vient au monde est porteur des traces des 3 filiations : symboliques, imaginaires et de corps à corps. L enfant est donc en lien avec ses parents à travers ces différentes contraintes (dans le sens où il ne les choisit pas) symboliques, imaginaires et de corps à corps. Le corps à corps de Guyotat (1995) nous permet d introduire le concept d attachement développé par Bowlby. Ici, c est d abord un élan vital de la part de l enfant qui le pousse à s attacher, à se lier avec une personne puis à plusieurs personnes. Ces liens d attachement sont tout aussi fondamentaux que les précédents mais cette fois-ci, c est l enfant qui en fait la «demande». L enfant a un besoin inné d attachement pour sa survie et sa sécurité affective. Nous allons voir comment la pratique et l expérience de la parentalité vont influencer la qualité de l attachement de l enfant à ses parents et des parents à leur enfant. Selon Delage (2009), l attachement apparaît comme un régulateur de lien et la théorie de l attachement comme une théorie du lien. Lamas (2006) nous rappelle que la théorie de l attachement n est pas une théorie globale du fonctionnement psychique, mais permet de comprendre un des systèmes motivationnels et de connaître l impact des liens uniques, durables, émotionnellement importants, sur le développement et les relations ultérieures. Le modèle de l attachement permet la compréhension de certains troubles du comportement, l évaluation et la compréhension de certains évènements de vie pour l enfant (par exemple, séparation ou perte parentale) et la compréhension des situations de maltraitance. 11
20 CHAPITRE 2 : Création du lien enfants-parents et développement d une sécurité de base chez l enfant I. Les conditions d attachement d un enfant 1. Les liens qui rassurent l enfant a. Définition du processus d attachement/différenciation Bowlby (1981) a développé sa théorie de l attachement en partant du postulat selon lequel, l enfant en situation de dépendance totale (impéritie) va instinctivement s attacher au sens propre et figuré aux personnes qui lui attribuent les premiers soins de façon régulière. L attachement est instinctuel et vital pour l enfant et son développement psychoaffectif. Selon Bouregba (2007), la période chez l enfant qui précède l accès au langage est une période pendant laquelle il a besoin du contact avec ses parents pour son édification psychique. L attachement est défini comme le lien fondamental qui se construit en interaction entre les besoins du bébé et les réactions de son environnement dans un processus continuel d adaptation réciproque. L attachement d une mère à son bébé est aussi un processus maturatif, évolutif, qui nécessite des conditions spécifiques pour pouvoir se développer de façon satisfaisante notamment sur le plan psychique. Nous développerons dans la partie réservée à la fonction maternelle ce que Winnicott (1956) a décrit de l état psychique singulier que la mère doit ressentir (stade d hypersensibilité) pour que l attachement entre un nouveau-né et sa mère puisse commencer à se développer. Nous verrons qu il faut que la mère atteigne cet état très particulier, et que sa santé mentale soit d assez bonne qualité pour qu elle puisse s adapter à ces phénomènes d hypersensibilité affectifs et sensoriels. Selon Bowlby (1981), l attachement repose sur un paradigme : la recherche de proximité de l autre en situation de détresse afin de restaurer le sentiment de sécurité. Le comportement d attachement répondrait ainsi à un besoin inné et biologiquement déterminé de proximité. Ce besoin de proximité serait équivalent, dans son importance pour la survie, à celui de la nutrition et de la satisfaction de ses besoins d attachement, notamment
21 durant les trois premières années de sa vie. En situation de détresse l enfant a un besoin inné de proximité, puis de disponibilité et enfin d accessibilité de personnes spécifiques. Elles sont sources pour lui d un sentiment de protection et de sécurité. Dans la première année de vie d un enfant, les réponses apportées par ces figures d attachement, à ses sollicitudes, dans des situations de détresse, le conduisent à employer certains comportements (pattern d attachement) de manière privilégiée. b. Type d attachement : «Les comportements d attachement» sécures Selon Bowlby (1981), le type d attachement développé par l enfant lorsque la réponse de l environnement, de la disponibilité, et de l accessibilité de la figure d attachement est adéquate est dite sécure. Dans l attachement qualifié de sécure tout se passe simplement pour l enfant. Il apprend dans les interactions précoces à pouvoir compter inconditionnellement sur une ou plusieurs figures d attachement quand il est en détresse. Une des sources possibles de détresse, au début, est l éloignement de la base de sécurité que constitue la figure d attachement. Sutter et al. (2004) donne en exemple la crèche, puis l école maternelle. L enfant est confronté à une petite épreuve, à un stress, qui l amène, lors de la séparation, à activer son système d attachement, son besoin de sécurité. En même temps, il a appris à être confiant et à ne pas trop paniquer par le non familier. Il pleure un peu, il est un peu en souffrance, mais il est assez vite rassuré par l attention qu on lui porte. Cette épreuve est au bout du compte structurante, car elle lui permet de développer la composante représentationnelle de l attachement. 13
22 2. Les liens qui permettent le processus de séparation a. Equilibre entre système d attachement et conduites d exploration Selon Lamas (2006), les figures d attachement constituent les bases à partir desquelles l enfant pourra explorer son environnement dans un système d aller-retour, de balancement discontinu entre système d attachement et de conduites exploratoires, ou négocier des conflits et crises. En effet, pour lui (2006), l enfant se situe selon deux pôles complémentaires s inhibant mutuellement. L enfant alternant des périodes de «collage» et «d attitudes héroïques». Les réponses apportées par les figures d attachement aux sollicitations de l enfant et à sa recherche de proximité vont influencer peu à peu la sélection de certains comportements d attachement, en fonction de la sécurité ressentie par l enfant face à ces réponses. Les comportements les plus à même d apporter un sentiment de sécurité interne vont être employés préférentiellement. L enfant met en place des stratégies adaptatives en fonction de la réponse de l environnement, de la disponibilité et de l accessibilité de la figure d attachement. b. Qui sont les figures d attachement pour l enfant Lamas (2006) fait la distinction entre le lien d amour et le lien d attachement. Les liens d attachement sont durables et concernent une personne spécifique, non interchangeable. La relation comporte une implication émotionnelle. Ils motivent un désir de proximité et un sentiment de détresse en cas de séparation involontaire. A l âge adulte, la personne ressent sécurité et réconfort dans la relation à l objet d attachement. Figure d attachement principale Selon Lamas (2006), la figure d attachement principale serait la personne qui apporte à l enfant le plus fort sentiment de sécurité en sa présence. Ce «choix» d une figure d attachement principale par l enfant serait déterminé par : le temps passé avec l enfant, la qualité des soins, l investissement émotionnel de l enfant par les adultes, la
23 constance de la présence au fil du temps. Selon Bowlby (1981), la personne à laquelle l enfant serait le plus attaché serait celle qui répond le plus aux pleurs et qui serait la plus disponible aux interactions sociales. La mère, part le souci constant qu elle a du bien-être de son enfant, constitue le plus souvent la figure d attachement principale. Il s agit d un processus adaptatif, où l enfant a pour principale figure d attachement celle qui, réciproquement, est la plus à même d investir son développement harmonieux et de le favoriser. Figure d attachement secondaire La relation à la figure principale n est pas exclusive. Il existe des figures d attachement secondaires disponibles pour l enfant. Ces personnes sont souvent les personnes familières au cours de la première année de vie de l enfant. L enfant a en général des alternatives vers lesquelles se tourner en l absence de la figure principale d attachement (le père, la fratrie, ou les personnes impliquées au quotidien). Sera susceptible de devenir figure d attachement secondaire toute personne qui s engage dans une interaction sociale animée et durable avec l enfant et qui répondra à ses sollicitations et ses signaux. Selon Miljkovitch (2001), ce que nous enseigne l attachement c est son existence tout au long de la vie. Des remaniements de l attachement sont possibles. Il existe plusieurs «périodes sensibles» au cours de la vie au-delà de la période des interactions précoces : l adolescence, la vieillesse par exemple. Des rencontres affectives significatives ou des évènements peuvent apporter d importantes modifications à la qualité de l attachement. Un travail thérapeutique peut également apporter des modifications. Selon Bouregba (2007) l enfant va intégrer ces figures en lui, à partir desquelles il pourra regarder son passé pour se diriger vers le futur. L enfant a besoin de sécurité mais c est une sécurité qui n est pas simplement tournée vers l extérieur. Elle l est également vers l intérieur, par rapport à son monde interne qui risque de déborder à tout moment. Ses pulsions, ses désirs, son agressivité, sa violence peuvent l anéantir et c est pourquoi il a besoin pendant quelques temps d être contenu. Les parents servent de 15
24 membrane, de pare-excitation. Lorsque les parents ont joué convenablement leur rôle de pare-excitant pendant cette période qui précède l accès au langage, les figures dans lesquelles ils vont être enfermés joueront leur rôle de contenance. Le processus qui lie l enfant et ses figures d attachement est porté par ce que l on appelle les «interactions» parents-enfants. Une interaction est la réaction réciproque de deux phénomènes qui évoluent dans un même système. Le processus interactif (décrit par Lebovici, 1983) décrit 3 grands types d interactions : comportementales, affectives et fantasmatiques. Nous ne décrirons pas ces interactions sous l angle d analyse de Lebovici mais sous celle de Winnicott et de Roussillon. Les interactions précoces se font au travers des soins maternels et de la disponibilité psychique de la mère à son enfant. Les soins, sont de ce fait des liens de corps à corps mais aussi imaginaires. II. La fonction maternelle : les dispositions de la Mère à son enfant 1. «La préoccupation maternelle primaire» Winnicott (1956) décrit le stade d hypersensibilité ou la préoccupation maternelle primaire comme : un état qui se développe graduellement pour atteindre un degré de sensibilité accrue pendant la grossesse et spécialement à la fin il dure encore quelques semaines après la naissance de l enfant La mère qui a atteint cet état fournit à son enfant des conditions dans lesquelles sa constitution pourra commencer à se manifester. La préoccupation maternelle primaire définit alors les dispositions psychiques et physiques de la mère à son enfant pour permettre à l enfant de construire sa matrice psychique. Elle s accorde psychiquement et physiquement avec son bébé. Roussillon (2007) nous rappelle que la préoccupation maternelle primaire s accompagne, la plupart du temps de ce dont parlait D. Stern : la constellation maternelle. C est tout l environnement de la mère et du bébé qui est dans une préoccupation particulière. Les pères font une couvade, prennent du poids, modifient leur sommeil et l ensemble de l entourage de la mère participe à son état de préoccupation
25 maternelle primaire. La mère est elle-même «entourée». Cet entourage lui permet de se centrer sur son état particulier et de s adapter aux conditions de vie du bébé. Winnicott a décrit ces différents soins. 2. Le «Holding», le «Handling» et l «Objet presenting» Le Holding ou le portage : la manière dont la mère porte l enfant, le soutient. Il donne à l enfant l impression de sécurité et de solidité. Le Handling ou le maniement : la manière dont la mère «manipule» le bébé. Le rythme des soins, leur adéquation à ceux du bébé, l harmonie de la gestuelle. Ils apportent leur contribution au fait que le bébé commence à se sentir «une personne». L Objet presenting : la manière dont la mère présente à son enfant les objets du monde extérieur. Autant des objets inanimés que des objets «autres sujet», le père par exemple. L environnement représente pour l enfant un miroir. Ce miroir lui renvoie une image de lui avec laquelle il va devoir se construire. 3. «La mère suffisamment bonne» Selon Winnicott (1989) suffisamment bon désigne l aptitude à s adapter à l infans, puis progressivement échouer à d adapter. Cela permettra à l enfant de développer sa capacité, en grandissant, de prendre en compte la défaillance. En effet, Winnicott a proposé ce terme pour décrire la suffisante adaptation de la mère aux besoins du bébé. Ce n est pas une mère idéale. Elle présente les caractéristiques suivantes : présente au bébé une constance affective suffisante, est suffisamment prévisible, suffisamment cohérente, suffisamment harmonieuse dans sa gestuelle ; mais elle est aussi saisissable, atteignable, et transformable. 17
26 4. Le «médium malléable» et la «fonction dépolluante» de la mère : intrication pulsionnelle et début de la vie imaginaire de l enfant Roussillon propose un certain nombre de caractéristiques maternelles nécessaires au développement adéquat de l enfant qui reprennent les idées de Winnicott sur la fonction «suffisante» de la mère. Le médium malléable (et l infinie transformation) : Roussillon utilise la métaphore de la pâte à modeler pour expliquer que l enfant a besoin d objets solides mais aussi d objets malléables pour lui permettre de domestiquer sa vie intérieure. La mère doit pouvoir recevoir, être transformée tout en restant la même. Ainsi, la mère fait le réceptacle de la destruction de son enfant mais elle maintien son identité. L inconditionnelle disponibilité : la mère est disponible, constante dans ses soins, et reste la mère malgré les pulsions agressives de son enfant projetées sur elle. L indestructibilité : l objet (Mère) doit être atteint et détruit mais l objet doit survivre. Elle n est pas détruite par la transformation de quantité à qualité. Extrême sensibilité : la mère est sensible à son enfant, empathique. La fonction de dépollution : la mère doit pouvoir transformer les pulsions de mort de son enfant en pulsions de vie. Celle-ci prend le versant messager de la pulsion agressive de l enfant et verbalise ce que vit l enfant comme désagréable ou agréable. L animation propre : la mère opère un retrait narcissique dans sa relation avec son enfant, elle reprend sa vie propre tout en étant disponible. Cela autorise la vie fantasmatique de l enfant dans le sens où il doit essayer de comprendre pour quoi sa mère manque, et pour qui. Bien qu elle se prêt à la malléabilité, elle vit pour elle et pour quelqu un d autre que son enfant. Après avoir étudié les dispositions singulières de la mère dans sa relation à son enfant, nous allons voir l impact des liens structurants et non structurants sur le développement psychoaffectif et les relations ultérieures de l enfant.
27 CHAPITRE 3 : Impact des liens structurants et non structurants sur le développement psychoaffectif et les relations ultérieures de l enfant I. Investissement adéquat dans la création du lien enfants-parents Nous avons vu que, lorsque les liens entre un bébé et ses parents sont de bonne qualité, l enfant développe une base de sécurité (Bowlby, 1981). Cela lui permettra de réguler ses émotions, et lui ouvrir un accès à l autonomisation. Lamas (2006) précise que la sécurité de l attachement constitue un élément important dans la mesure où elle représente un socle qui donnera plus de souplesse et de ressources à l enfant pour aborder les challenges de sa vie ultérieure, les émotions négatives liées aux conflits de développement. Cela accroît ses capacités d autonomie. 1. Développement psychique et pulsionnel : construction des assises narcissiques suffisantes pour l enfant Dans la théorie de Winnicott, la préoccupation maternelle primaire va permettre à la mère de prodiguer les soins suffisamment adéquats pour que son enfant puisse se sentir «sujet». Les soins corporels (dans leur versant physique et psychique) sont aussi importants dans leur fonction d autoconservation et dans l apparition des premières formes de structuration de la subjectivité. La mère, dans sa fonction de régulateur des premières relations (rythme, continuité, répétition) permet la consolidation de la relation narcissique primaire en double et le développement de la capacité de prévoir pour l enfant. Elle se prête totalement à l enfant avec une amorce de démarquage. La mère donne l impression à son enfant que tout vient de lui (tout toujours, maintenant, ensemble) ce qui va construire son terreau narcissique primaire. La mère va ensuite peu à peu différencier les sensations du bébé. Dans ce sens, la préoccupation maternelle primaire permet aussi l émergence de la séparation, la différenciation interne/externe, la différence Moi/non Moi et le début de l accès à sa vie interne, la naissance de sa vie fantasmatique et la construction de sa matrice psychique. 19
28 Dans la théorie de Roussillon (2007), l ajustement de la mère et de son bébé est indispensable pour que le bébé ait le sentiment d être dans un monde qui peut prendre en compte ses spécificités propres, mais aussi dans un monde qu il peut transformer en fonction de ses besoins et sur lequel il peut agir et influer. Si la mère est suffisamment ajustée à son enfant elle est capable de proposer la réponse suffisamment adéquate dont il a besoin. L enfant trouve dans le monde extérieur ce qu il crée dans son monde interne. Cette mise en coïncidence d une hallucination interne et d une perception ajustée est ce que Winnicott a proposé d appeler le trouver-créer. Il veut le sein, le sein arrive, il a créé le sein. Cela permet à l enfant d éviter de gérer le dilemme de savoir si la satisfaction vient de lui ou de l objet, dilemme qu il n a pas les moyens de traiter correctement dans les premiers temps. Le bébé doit pouvoir se croire créateur de ce qu il trouve. 2. Supporter l éloignement et gérer sa vie interne Selon Bouregba (2007), la présence des parents dans la construction initiale de son appareil psychique est essentielle. Bouregba reprend les différentes angoisses auxquelles l enfant doit faire face, au fur et à mesure de son développement, décrites par Mélanie Klein (1967) : les angoisses d anéantissement, dépressives et de castration. Selon Bouregba, la qualité de la présence parentale sera fondamentale pour le développement de l enfant, pour qu il puisse être relativement en lien et de façon structurante avec sa vie pulsionnelle interne. Nous verrons ces 3 temps de façon succincte. Comme nous l avons vu, lors des tous premiers temps de sa vie, l enfant vit dans un monde où les choses ne sont rattachées à rien de connu. Tout élément est original, l enfant est émietté comme le monde est émietté, rien en lui ne lui permet d inscrire le monde dans un ordre continu. Il est en contact avec le réel en permanence. Il survit à cette période en lisant le monde à travers le visage de sa mère. Si sa mère ne manifeste pas d inquiétude, il sait qu il n a pas besoin d être inquiet. Le visage de sa mère lui raconte le monde, et le récit qu elle fait du monde permet à l enfant de maîtriser les émotions qui l assaillent. La mère se substitue à l absence de langage.
29 Lors de la deuxième période de développement, l enfant est assailli par une inquiétude de ne pas être suffisamment conforme au désir de sa mère. Cela fait émerger des angoisses dépressives. Le rôle de la mère est ici essentiel. L enfant est dans une dialectique de l ordre de : «être ou ne pas être l objet du désir de sa mère». Lorsque celle-ci reprend sa vie propre. Il passe ensuite vers une dialectique de l ordre de : «avoir ou ne pas avoir l objet du désir de la mère». C est cette phase qui introduit le père, qui devient une présence référentielle pour l enfant. Une fois ces phases traversées il a intégré suffisamment de figures et de représentations parentales pour pouvoir supporter l éloignement. Les parents demeurent en lui, agissent en lui. Il a tout de même toujours besoin de les actualiser, pour se confronter à de nouvelles angoisses qui peuvent l assaillir. Selon Sutter (2004), le processus d attachement est fragile et nécessite des capacités d adaptation constantes de la part des parents. Lorsque les troubles de la parentalité surviennent dans cette période cruciale qu est la période pré-natale, la stabilité relationnelle parents-enfants risque d être entravée et les processus d attachement altérés. Nous allons voir comment se manifestent les difficultés d investissement dans la création du lien enfant-parent et les conséquences qu elles peuvent avoir sur le développement de l enfant. Nous étudierons les difficultés décrites par Bowlby, Winnicott et Roussillon. II. Les difficultés d investissement dans la création du lien enfants-parents : les liens sont menacés 1. Entrave aux processus d attachement et conséquences : attachement et souffrance dans la séparation Selon Bowlby (1983), le type d attachement développé par l enfant lorsque la réponse de l environnement, de la disponibilité, et de l accessibilité de la figure d attachement n est pas adéquate, est insécure ou insécure ambivalent. Insécure : l enfant se développe dans un climat affectif où la régulation émotionnelle et relationnelle s effectue mal. L enfant ne reçoit pas suffisamment de 21
30 réponses satisfaisantes à ses besoins de sécurité. Dans ces conditions, il développe des stratégies comportementales et relationnelles qui l entraînent dans des liens peu fonctionnels : soit il inhibe ses besoins d attachement et construit un attachement évitant, soit il hyperactive ses besoins d attachement. Insécure ambivalent : ici non seulement l enfant amplifie ses signaux de détresse, mais il manifeste aussi son insatisfaction à celui ou celle qui devrait l apaiser en résistant aux tentatives d apaisement, en se montrant éventuellement agressif. Pour cet enfant, la séparation est une épreuve. Quand il doit aller à l école, il risque de pleurer longtemps, il est difficilement consolable, il est mal avec les autres. Le non familier l inquiète durablement. Il est très occupé par la tentative de gérer ses émotions négatives et reste peu disponible pour s ouvrir au monde extérieur et à des expériences nouvelles qui apparaissent comme des sources d insécurité. Delage (2010) fait l hypothèse selon laquelle : l enfant construit un lien insécure avec une mère insécure. La mère active d autant plus son système d attachement si elle n est pas sécurisée par l environnement et qu elle vit avec un homme ne parvenant pas à apaiser son anxiété. 2. Perturbations de l accordage maternel à son enfant Winnicott (1956) décrit comment les carences maternelles interrompent le continuum de l enfant et peuvent engendrer une menace d annihilation, laquelle correspond à l angoisse primitive très réelle qui met en péril l existence du self. Le Holding : certaines formes de portage peuvent donner l impression au bébé de ne pas être tenu, de menacer de tomber, l impression du monde qui risque de se dérober, de s effondrer. Le Handling : un maniement, une maintenance brusque, imprévisible, saccadée donne à l enfant l impression d être davantage«sac à patates», qu une personne qui possède son individualité. Ajustement réciproque : Roussillon (2007) note que l impossibilité pour l enfant de «transformer» sa mère, provoque des états de détresse et d impuissance radicale qui laissent à l enfant l impression qu il ne peut agir sur le monde, qu il est impuissant à le
31 transformer et donc qu il lui faut se soumettre à celui-ci, se retirer ou retirer son investissement. a. Perturbations des réactions de la mère au versant agressif de la pulsion chez l enfant Roussillon propose plusieurs façons inadéquates de réagir à l agressivité normale du bébé : La mère qui s effondre : la mère ne supporte pas l agressivité de son bébé et pleure face à elle. La mère punching-ball : la mère renvoie à l enfant son agressivité. Le bébé reçoit alors en double l éprouvé destructeur. Le sien et celui de sa mère. La mère idéal-rejet moral : la mère refuse l agressivité de son enfant sous couvert de la morale. Annulation : la mère refuse l évolution du bébé. Elles réagit contre les réactions nouvelles de son enfant. Surcompensation : la mère surcompense les dommages qu elle inflige à son enfant en son absence pendant le temps qu elle est en sa présence. Retrait affectif : la mère opère un retrait affectif vis-à-vis des sollicitations de son enfant. Le bébé ressent un sentiment d effondrement, et l idée qu il en est la cause. Selon Bouregba (2007), quand la relation de l enfant à son parent est compromise, dans cette période, c est la qualité de la relation que le sujet entretient à lui-même, que l on compromet durablement. Quand, au cour de la phase initiale, les parents n ont pas su ou pu jouer ce rôle de renforcement des liens psychiques qui les unissent à leur enfant, l enfant doit grandir sans le confort d une contenance, dans laquelle il peut se «nidifier» avant d étayer totalement sa subjectivité. Il est déterminé à une autonomie précoce. Il doit faire sans le confort de figures auxiliaires. Cette autonomie psychique à laquelle il est soumis est la source d un risque psychopathologique. L enfant peut avoir tendance à mettre ses angoisses à distance, à rompre la relation avec lui-même. Cela peut le conduire à une position dépressive majeure. La dépression peut prendre la forme d inhibitions. 23
32 L inhibition est le premier risque auquel l enfant est confronté, dès lors qu il n a pas en lui le confort d une permanence parentale qui puisse contenir l ensemble de ses pulsions, ses émotions et angoisses. Qu en est-il de la place, du rôle et de la fonction du père dans la création des liens enfants-parents? En quoi la place, le rôle et la fonction du père sont fondamentaux à la création du lien enfant-parent pour le développement l enfant. Bouregba (2002) propose de différencier la paternité de la fonction paternelle. La paternité, à l inverse de la maternité n est pas fondée sur l expérience mais sur une déclaration. La première déclaration est faite par la mère, qui informe le père que l enfant qu elle porte est le sien. La seconde est faite par l enfant, qui s attend à ce que son père assume ses responsabilités. La paternité est fondée sur un lien d attachement émotionnel et la fonction paternelle sur un lien symbolique qui transcende la paternité. CHAPITRE 4 : Création des liens père-enfant I. La paternité : le temps de la présence, réalité familiale et les liens affectifs Miljkovitch et Pierrehumbert (2005), ont montré l importance du père dans la vie affective de l enfant. Ils considèrent le père comme une figure d attachement distincte et différente de la mère. Ils se sont demandés ce que le père pouvait apporter en plus de la mère dans la vie de l enfant. Ils pensent que le fait d avoir, pendant longtemps, considéré le père et la mère comme équivalents a mené certains chercheurs à étudier le père comme une mère, et finalement à constater que les pères n arrivaient pas à être la hauteur des mères. Le père n est pas l égal de la mère, pas parce qu il est moins important mais parce qu il est différent et qu il contribue à sa manière à la sécurité de l enfant. Le Camus (2000) pense que les nouvelles recherches devraient prendre en compte la bipolarité parentales et la bipolarité des besoins de l enfant : le père et la mère ne sont pas fonctionnellement interchangeables et l enfant est en quête aussi bien de sécurisation que d autonomisation.
33 1. La sécurisation et l autonomie : les deux objectifs du lien d attachement Selon Le Camus (2000), le père apparaît assez compétent pour recevoir les manifestations de recherche de proximité, déclenchées par la présence de «l étranger». Cependant, dans les cas où le protocole permet de comparer la mère et le père sous l angle de la capacité de sécurisation, il s avère que généralement, la mère est supérieure au père dans le score des comportements d attachement. Ainsi la demande de protection reste en faveur de la mère et ce d autant plus que la situation se fait plus contraignante pour l enfant. Le père et la mère n apportent pas les mêmes ressources à l enfant représentant tous deux des figures d attachement importantes. La mère permet à son enfant d acquérir un sentiment de quiétude en veillant sur lui avec beaucoup de constance, le père montre à son enfant comment discerner et apprivoiser les difficultés venant de l extérieur. Selon Miljkovitch et Pierrehumbert (2005), les recherches montrent que le père met en place avec son enfant des jeux vigoureux. Ces jeux représentent pour l enfant une prise de risque. En poussant l enfant à expérimenter des choses nouvelles, qui à première vue lui paraissent inquiétantes mais dont le père sait qu elles ne mettent pas en cause sa sécurité, il développe une confiance en sa capacité à affronter le monde et à acquérir de l autonomie. Le père a la capacité de sécuriser l enfant au moment de sa prise de risque. Le père propose également plus de jeux non conventionnels. Il a tendance à se montrer plus déstabilisateur, alors que la mère est plus didactique. La mère passe plus de temps dans les interactions de soins que dans les interactions ludiques. A l inverse, les pères manifestent une prédilection pour les échanges ludiques, et ce d autant plus que l enfant affirme ses compétences. Labrell (1992, in Le Camus, 2000) constate que les pères cherchent à ce que l enfant résolve la tâche par lui-même, tout en l aidant si besoin est. Il évoque ces stratégies d aide en termes de méthode socratique d apprentissage, favorisant un fonctionnement cognitif accommodateur. Le père contribue également à la 25
34 construction de la personnalité du jeune enfant selon 3 axes développementaux : l autonomisation, la sexualisation et la socialisation. 2. Autonomisation et socialisation Par son action dynamisante, le père facilite l indispensable détachement du bébé. Il aide l enfant sur le chemin de la séparation, c est-à-dire le processus psychologique qui conduit le bébé depuis l état symbiotique originel jusqu à l émergence du sentiment d une existence distinct de l existence des autres. A un degré de plus, il participe à la construction de la conscience de soi. Il incite l enfant à progresser dans la voie de l individuation, c est-à-dire vers la représentation élémentaire d un soi unifié et rassemblé dans une entité orgasmique non morcelable. Le père renforce le sentiment et le pouvoir de maîtrise. Il galvanise à la fois l estime et l affirmation de soi. 3. Sexualisation Un père impliqué et différencié facilite la sexualisation du garçon en lui fournissant un modèle identificatoire et la sexualisation de la fille en lui permettant d être reconnue et aimée comme fille. On dit de la théorie de l attachement qu il s agit d une théorie de la présence tandis que la psychanalyse une théorie de l absence et du manque. Selon Delage (2009), c est grâce à la qualité de la présence que le manque est élaborable. La paternité et la fonction paternelle, dans cette optique, répondent à deux temps différents dans l histoire de l enfant. Le temps de la présence et le temps de l absence. Selon Bouregba, ce temps de présence est fondamental dans la vie de l enfant avant son accès au langage. Ce n est que lorsque l enfant aura accès au langage et c est d ailleurs la fonction paternelle qui y concourra que le temps de l absence sera possible. Le père dans sa fonction métaphorique est une métaphore du langage, il aura pour vocation d introduire l enfant dans le langage.
35 II. La fonction paternelle : le temps de l absence, le langage et les liens symboliques Le lien vital à la mère n est pas suffisant (Husterl, 2005). Pour qu un sujet advienne au désir, c est-à-dire à la possibilité de dire «je» et accéder à la socialisation, il faut qu un principe séparateur entre en jeu. Ce principe séparateur a été traditionnellement soutenu par le père. C est ce qu on appelle la fonction paternelle ou la fonction de tiers œdipien ou encore la fonction du Nom-du-Père. Déjà avec Lacan (1998), dans les années cinquante, le concept de Nom-du-Père vient signifier que le père symbolique n est pas le père réel. C est-à-dire que l origine de la fonction paternelle n est plus nécessairement liée à la réalité familiale mais à la parole et au langage. Le père est pour Lacan, un signifiant, donnant origine au sujet. Le sujet se définit alors comme constitué en son être par la parole et le langage. La parole de qui? Des premiers Autres qui précèdent, accueillent l enfant à la vie, et qui ne sont pas nécessairement ses géniteurs ou ses parents légaux. L idée de Lacan pourrait s apparenter à l idée de Legendre lorsqu il définit la filiation instituée et symbolique. L enfant est introduit dans le monde d abord par sa filiation instituée et ce qu elle permet, autorise et interdit. Traditionnellement, l enfant qui vient au monde prend le nom du père et est reconnu par lui par sur son acte de naissance. Cet acte inscrit l enfant dans une filiation paternelle et maternelle ainsi ses parents dans l exercice de leur parentalité. La fonction paternelle sert d abord à inscrire l enfant dans la symbolique de la filiation, et de la société. Selon Bouregba (2002), faire parti d une filiation paternelle implique l acceptation d un principe généalogique qui est basé sur du symbolique, pas sur un lien affectif. Un acte symbolique, d inscription de l enfant dans les registres de la mairie qui statut le père en temps que père, alors que le lien à la mère est d abord un lien de corps à corps. Comme nous l avons vu précédemment avec la filiation instituée, l enfant est institué dans une filiation et doit apprendre à intégrer l asymétrie des rôles générationnels par exemple. Ce sont ces liens symboliques, hétérogènes à ce que le sujet veut ou aurait choisi, qui caractérisent la fonction paternelle. 27
36 Dans la théorie lacanienne, la fonction paternelle : c est ce qui fonde chez un enfant la possibilité de naître au monde comme parlant et désirant, c est-à-dire ce qu on appelle devenir sujet. Selon Lacan, la fonction paternelle est étroitement liée à l organisation œdipienne, à ce qui vient à un moment donné, barrer la jouissance du sujet, après sa petite enfance et qui va l inscrire dans un monde de langage et de désir. L enfant s aliène au langage en cédant une part de sa jouissance (jouissance des sensations et de la satisfaction des besoins) (Dor, 2002). Selon Lacan (1998), l Œdipe se réfère à une structure selon laquelle s ordonne le désir, dans la mesure où il constitue un effet du rapport de l être humain, non pas au social, mais au langage. Le social se réfère au comportement, aux pratiques familiales, aux modalités d absence ou de présence du père concret. Le langage se réfère à la trace écrite ou orale qui dans une société institue l homme, comme la parole transmise au sein de la famille. Selon Lacan (1998), le père est une fonction à l intérieur d une structure. Il est au point d origine de toute histoire individuelle : il n a pas la nécessité qu il y ait un homme pour qu il y ait un père il suffit qu il y ait un tiers qui soit l argument de cette fonction. Le père est au point d origine de toute histoire veut aussi dire qu il vient médiatiser la relation de l enfant à la mère et de la mère à l enfant (Lacan, In Dor, 2003). Dor, (2003 ; 2002) qui a repris les écrits de Lacan, dégage plusieurs temps dans l élaboration de cette fonction : 1. La métaphore Il s agit là d une fonction qui est à comprendre comme quelque chose de radicalement distinct de la présence paternelle, l absence, la carence et toutes autres formes d inconsistances paternelles le père n est pas un objet réel il est une métaphore et là est le ressort unique essentiel du père en tant qu il intervient dans le complexe d Œdipe. Dans ce premier temps, le père est d abord lié symboliquement à son enfant, il est ce qu on lui dit qu il est, le père ou pas le père de l enfant. Le père est à la base de la déclaration de la mère : tu es le père.
37 2. La loi du père Le père réel apparaît comme le représentant de la loi, il est investit par l enfant d une signification nouvelle dès lors qu il est supposé, de ce lieu, détenir l objet du désir de la mère. Dans ce second temps, le père vient séparer l enfant de sa mère, il est donc réellement la loi qui incarne l interdit de l inceste. Il sépare la mère de l enfant en tant qu il possède le pouvoir, le phallus. Il a ce que la mère n a pas, puisqu elle se tourne vers le père et pas uniquement vers son enfant. Il est ce que la mère désir. Dans cette logique, si le père est ce que la mère désire c est qu il peut la priver de cet objet. Le père est ici la loi, il est le phallus et la mère le désire. Le phallus désigne chez Lacan, une unité signifiante qui comprend la différence des sexes et la dialectique du désir. 3. Faire preuve de la loi Dans le troisième temps, le père intervient ici comme celui qui a le phallus et non pas qu il est c est alors que peut se produire quelque chose qui réinstaure l instance du phallus comme objet désiré de la mère et plus seulement comme objet dont le père peut la priver la remise en place du phallus est structurante pour l enfant, dès lors que le père, qui est supposé l avoir, se fait préférer auprès de la mère. La mère a de fait un rôle important à jouer pour que la fonction paternelle puisse s exercer. Elle doit d abord pouvoir nommer le père, lui offrir une place symbolique entre elle et son enfant et pouvoir faire cas de sa parole, de son autorité autrement dit de la place qu elle réserve au Nom-du-Père dans la promotion de la Loi. A ce sujet, Hurstel (2005) pense que la femme a structurellement une place pour le père. Le statut de citoyenne, de femme dans le social, d amante, les partage entre mère et femme. Il y a là un écart qui les marque du sceau de la castration et dans cet écart se crée un espace paternel possible. III. Le langage et le social Duparc (2004) a résumé, dans son article, les diverses fonctions complémentaires du père chez Winnicott. Il nous semble que cela résume les différentes fonctions du père 29
38 dans une approche à la fois qui tient compte de la paternité et de la fonction paternelle : de l attachement, des liens affectifs et des liens symboliques, du langage. Le père est un complément de la mère, comme substitut maternel : assure une fonction de soutien, de maternage de la mère, de protection de celle-ci dans l unité qu elle forme avec le nourrisson, mais serait susceptible de lui suppléer grâces à ses propres aptitudes maternantes. Le père est un «pôle exploratoire et d apprentissage pour l enfant», joueur, créateur et source d attraction. Le père est un support identificatoire et d apprentissage pour l enfant. Le père est amant de la mère, partenaire de la scène primitive et promoteur de la triangulation œdipienne. Le père incarne la Loi, édicte le NON, l interdit (cela valant aussi pour la mère) et permet à l enfant d exprimer et de contenir sa haine contre l objet mère. Il y a chez Winnicott une pensée de la limitation, du manque, du «pas toute» comme dirait Lacan, qui ancre pour l enfant la dialectique prometteuse de l illusion et de la désillusion. A l issue de ces chapitres sur la création des liens enfants-parents, nous souhaitons synthétiser la notion de liens psychiques afin qu elles puissent tenir compte à la fois les liens affectifs, et des liens symboliques. Bouregba (2002) propose de dire que l enfant n est pas un voyageur sans bagage. En effet, comme nous l avons vu en expliquant les différents liens de filiation et d attachement, l enfant est engendré biologiquement mais aussi psychiquement par le désir de ses parents. Ce désir lui assigne une place à partir de laquelle il pourra se subjectiver. Il est à la fois porté par un désir et à la fois il peut s en différencier en tant qu il est à une place symbolique qui le différencie des autres membres de sa famille y compris ses parents. Le désir des parents est essentiel et permet de déployer la liberté de l individu. L enfant a besoin d être aimé mais aussi de savoir quel projet on a eu pour lui afin de pouvoir déployer lui-même son propre désir. Selon Bouregba (2002), la nature des liens psychiques qui unissent l enfant à son parent c est la confrontation qui oppose l enfant à son parent, c est-à-dire la confrontation entre ce que les parents ont désiré pour lui et ce qu il adviendra, en tant qu il reste plus ou moins libre de choisir le projet de sa vie. Nous affilions notre pensée à celle de Bouregba lorsqu il dit que l on ne peut pas
39 réduire les liens aux notions de liens affectifs. Les liens s enracinent dans la présence parentale dans la phase initiale, mais survivent à cette présence. Bouregba (2007) souligne que la controverse théorique se retrouve dans la controverse juridique sur les liens affectifs et les liens filiatifs, dans le contexte de l incarcération d un père ou d une mère. Le Code Civil français tient compte en effet de la notion de relation affective et de filiation mais ne tranche pas. Les liens de filiations sont inaltérables mais les liens affectifs sans filiation sont respectables. En effet, les liens de filiation sont inaltérables dès lors qu ils n ont pas été démis par l autorité judiciaire. Un parent totalement étranger à son enfant peut se voir obtenir un droit de correspondance et de visite vis-à-vis de son enfant. En même temps, tout détenu ayant des liens affectifs avec un enfant peut réclamer un juge aux affaires familiales. Des détenus tout à fait étrangers aux liens de filiation ont pu obtenir des droits de visite auprès d un enfant, arguant de la nécessité de respecter ses liens affectifs. Si l on ne peut pas parler de coupure du lien entre l enfant et son père durant son incarcération par exemple, Bouregba (2007) souligne que le lien entre l enfant et son père peut toutefois être entravé par des mécanismes psychologiques, sociaux, et psychosociaux, plus éloignés de la relation symbolique et imaginaire directe père-enfant. L enfant et son père n existent pas seuls, ils sont engagés dans un contexte qui dépasse leur relation, surtout dans le cas de l incarcération. Nous allons étudier désormais, comment les liens peuvent être perturbés, dans la situation d incarcération du père de l enfant. Nous étudierons dans un premier temps, les liens menacés extérieurs à la relation père-enfant mais susceptibles d avoir un impact négatif sur certain type de lien direct entre le père et son enfant. En effet, la littérature anglophone et francophone nous enseigne que les relations dans la famille sont souvent touchées par des difficultés économiques, des difficultés administratives et juridiques et des conflits familiaux. Nous ferons un bref panorama des études qui nous expliquent ce qui peut être en jeu pour ces familles et ce qui peut venir entraver le lien direct père-enfant. Les différentes dimensions que nous allons étudier ont été nos points de repères pour la construction de notre questionnaire et pour prendre connaissance de la population qui allait le compléter. Nous 31
40 supposons que ces perturbations du lien familial peuvent avoir une influence sur le lien père-enfant et donc sur le déroulement de l accompagnement Itinérances. Ensuite, nous étudierons les conditions d incarcération pouvant avoir un impact négatif sur les liens imaginaires et réels du père à son enfant, et de l enfant à son père. Nous étudierons enfin la situation d incarcération et ses singularités par rapport à d autres situations de séparation entre le père et son enfant, ce qu un père et son enfant sont à risque de vivre dans la situation d une absence de relation lors de l incarcération du père de l enfant. Ces différentes dimensions nous paraissent essentielles à étudier si l on veut prendre en compte la plupart des facteurs qui influencent le lien père-enfant. CHAPITRE 5 : Menace du lien père-enfant ; le cas de l incarcération du père I. Perturbations des liens indirects aux relations père-enfant 1. Les difficultés économiques de la famille du détenu Nous n avons malheureusement pas pu trouver les chiffres concernant les données socio-économiques des familles du détenu pour la Belgique. Nous nous servirons des chiffres français dont les plus récents datent de 2002 ainsi que de travaux francophones et anglophones. Les chiffres recueillis par l INSEE (2002) ; Murray (2008) ; Bouchard, G., Hairston (1998) ; Lafortune (2005) ; Tripp (2009) nous montrent que les familles dont le père de famille est incarcéré souffrent déjà d une précarité économique avant la mise en détention du mari. Les questions d argent deviennent source de conflits pour certains couples (Bouchard, 2007 ; Lafortune, 2005) et d inquiétudes pour le père incarcéré (Tripp, 2009). La détention renforce les fragilités de la famille dans les sphères sociales, économiques, morales et affectives. Cette précarité généralisée dépend toutefois du contexte familial qui précède l incarcération. Les principales ressources stables proviennent essentiellement des aides sociales différents emplois précaires ou peu rémunérateurs des maris (Bouchard, 2007). L incarcération vient renforcer la situation
41 économique de base difficile avec les frais de logement de la famille, les frais d avocat relatifs à la défense du détenu. Ceux-ci doivent être assumés par la famille si l on veut éviter l aide juridictionnelle. Les charges supplémentaires de la garde de l enfant peuvent accentuer un sentiment de perte et de désespoir pour les conjoints du détenu (Murray, 2008). Il peut s installer un climat de précarité, voire de survie caractérisée notamment par l éviction du logement ou le manque de biens essentiels tels que nourriture ou vêtements (Lafortune, 2005). Le conflit centré sur une perte de stabilité financière, de contrôle dans la vie quotidienne des enfants et sur leur vie propre peut avoir une influence négative et stressante sur la place de ces hommes dans la famille (Tripp, 2009). Les chiffres de l INSEE (2002) montrent que moins de 50% des femmes de détenu ont un emploi, que 12% sont au chômage et que 41% ne travaillent pas. De ce fait il y a la nécessité pour plus de la moitié des femmes de réorganiser leur vie professionnelle pour faire face à la situation. La recherche d un travail, même si elle reste difficile, est plus souvent envisagée pour les femmes sans emploi au moment de l incarcération mais ayant eu une vie professionnelle par le passé (Bouchard, 2007). La revente de biens communs apparaît aussi comme la solution la plus adaptée pour pallier les contraintes économiques de ces familles. Aussi le déménagement, lorsqu il est possible, est également le moyen d échapper au stigmate social, ressource que ne possèdent pas les ménages précaires. 2. Situation émotionnelle de la famille du détenu Lafortune (2005) sur les femmes de détenus montrait que l incarcération du mari était généralement vécue comme une crise familiale, une détérioration de la cellule familiale. Cependant l étude montrait un vécu de stigmatisation seulement pour les épouses dont le mari était incarcéré pour la première fois et seulement à l étape initiale de la séparation. Les procédures (Lafortune, 2005) qui entourent l'arrestation et la condamnation entraînent bien souvent de la peine, de la colère, de la déception, de la honte et de la culpabilité chez les membres de la famille. Elles produisent un déséquilibre au sein de la famille et une forte stigmatisation auprès des membres de la famille. S y ajoutent le manque d informations, la longueur et la complexité des procédures judiciaires. 33
42 Pour la conjointe du détenu, la détention représente en générale une période de solitude de peine et de colère, souvent accompagnée de symptômes somatiques, d une période de dépression, d un sentiment d'impuissance, de culpabilité, d'ennui (Lafortune, 2005). Elle peut se trouver également dans la crainte de rupture définitive avec son conjoint. La conjointe peut se sentir inquiète vis-à-vis du manque d argent, de l obligation d éduquer seule les enfants ou à la possible non réintégration sociale du père. Elle peut être tentée de cacher des évènements à ses proches et ses enfants pour pallier la honte. Bouchard (2007) met en évidence plusieurs stratégies de «psychologisation», employées par les femmes de détenus pour faire face à la situation : le déni (destiné à soi et aux autres) et le harcèlement. Ces stratégies visent toutes à rendre compréhensible l acte du conjoint et permettent à la femme de ne pas le quitter, de préserver son image, de la protéger de la sévérité des jugements extérieurs (stigmates sociaux), de maintenir la solidarité avec le détenu et de le rendre légitime auprès d autres et surtout faire en sorte que le futur familial soit encore possible. L étude de Bouchard a permis de distinguer deux types de comportements. Ceux qui disent n éprouver aucune gêne à expliquer aux gens que leur proche est incarcéré. Pour d autres les proches sont au courant mais l évitement est de rigueur lors de rencontres fortuites avec des connaissances. Dans le premier cas, les proches relatent la réaction de suspicion à l annonce de la situation. Même lorsqu on ne les soupçonne pas d être complices, leur complète innocence est mise en doute. Si l entourage professionnel ou encore les connaissances ont des réactions de suspicion ou de rejet, les familles des détenus ne sont pas épargnées par l entourage proche ou par les amis(lafortune, 2005 ; Bouchard, 2007). La famille fait le «compte des pertes». Pour l entourage restant, leur regard reste réprobateur quant aux décisions prises par les familles à l égard du détenu. Dans le second cas, l évitement consistant à cacher ou éluder l incarcération du proche vise à réduire les pertes sociales et autorise le maintien de l identité sociale. Elle assure également la pérennité de l image familiale, qui préexistait à l arrestation, créant ainsi une sorte de point d ancrage nécessaire tant au maintien de liens familiaux durant la détention que pour une projection possible de la famille après la sortie. D autres ne réussissent pas à sauvegarder des espaces sociaux. La stigmatisation est jugée trop violente et certaines familles choisissent de se couper du monde. Notons que, dans
43 certains cas, le repli social peut être imposé par quelques membres de la famille, où prendre du plaisir peut être perçu comme indécent vis-à-vis du détenu. 3. Conflits dans le couple parental Le dispositif Itinérances vient parfois là où la mère de l enfant ne peut l accompagner parce qu elle ne souhaite pas elle-même voir le père de l enfant. Il existe en effet des visites Familles où la mère et l enfant sont présents. C est un type de visite possible qui n est pas accompagné par le service de la Croix-Rouge. Il nous a donc fallu nous intéresser aux différents conflits entre les parents qu ils soient séparés ou non, que les problèmes soient antécédents à l incarcération ou non et leurs impacts sur l enfant dans sa relation à sa mère et à son père. Lafortune & al. (2005) rappellent que les relations conjugales antécédentes et actuelles colorent l expérience de l incarcération du père. Nous pensons qu elles colorent aussi l expérience que l enfant pourra faire de son père pendant son incarcération. Il ressort des études menées par Hairston, (1998 ; 2001) que beaucoup d hommes qui se retrouvent en prison sont célibataires ou divorcés. La majorité des hommes détenus sont père pour des enfants dont ils avaient une responsabilité parentale antérieure à l incarcération. Mais l image d un homme et d une femme avec des enfants biologiques ne décrit pas la structure familiale type des pères incarcérés. Beaucoup de pères détenus ne sont pas mariés, et ne l ont jamais été, avec la mère de leurs enfants. Dans une précédente étude de Tripp (2001), celui-ci constate également que les détenus sont souvent en conflit avec la mère de leur enfant durant les discussions sur sa paternité. La demande de la mise en place d Itinérances pour l enfant se fait souvent de la part du père. La mère peut parfois se sentir obligée d accepter cette demande puisque le père peut entamer une procédure judiciaire à son encontre si elle refuse. Elle peut alors être contrainte d accepter. Cet état de fait nous permet d introduire le concept de conflit de loyauté décrite notamment par Fréjaville (2003). L enfant est pris par ce mécanisme lorsque les attentes des deux parents sont si opposées qu il ne peut être loyal envers l un sans être déloyal 35
44 envers l autre. Un des parents de l enfant est dans le déni de la fonction de l autre. C est l implication de l enfant dans la rupture de confiance entre les parents qui provoque un clivage. Le clivage constitue une cassure grave dans la fiabilité de base existant entre parents-enfants. L enfant se voit obliger psychiquement de mener un double jeu, par la mise en place d un clivage du moi et des objets d amour, (observable par des comportements), afin de pouvoir faire avec les deux parents (Fréjaville, 2003). Fréjaville nous dit qu il y a clivage d objet, si un enfant met tout son amour sur un parent et sa haine sur l autre. La conséquence de ce clivage sera l élimination d un des parents en faveur d une relation fusionnelle avec l autre. Il éprouvera envers chaque parent des alternatives d amour et de haine. Ses sentiments n ayant pas de constance, le sentiment de continuité, de ses objets et de lui-même, s en trouveront altéré. Fréjaville précise que le clivage sert aussi à éviter un conflit de loyauté. Ces conflits de loyauté angoissent les enfants qui aiment toujours leurs deux parents alors que ceux-ci se haïssent et attendent de l enfant qu il fasse de même envers le rival. Pour échapper à l angoisse et aux clivages, l enfant peut aussi devenir inhibé et/ou présenter divers troubles du comportement. (Hayez, 2005). Après nous être intéressés aux perturbations du lien père-enfant, par l étude des conséquences de l incarcération sur la situation économique, émotionnelle et parentale de la famille, nous allons maintenant nous interroger sur la notion de séparation, de rupture et d éloignement dans la situation d incarcération du père de l enfant. Puis nous verrons ce que le père et son enfant risque de vivre s ils n entretiennent aucune relation dans le cas de l incarcération et les conséquences sur leur lien. Nous étudierons le contexte singulier de la prison et son effet sur le lien père-enfant. Plus particulièrement son effet sur la perturbation de l exercice, de la pratique et de l expérience de la paternité du père. Enfin, au lieu de nous demander jusqu où maintenir les relations père-enfant, nous suivrons le questionnement de Bouregba. Celui-ci pose la question suivante : jusqu où est-on capable de donner les moyens aux professionnels de soutenir et d accompagner les relations père-enfant dans ce contexte d incarcération?
45 II. Perturbations des liens directs aux relations père-enfant 1. Maintenir les relations père-enfant alors que le lien est menaçant a. Permanence du lien dans l éloignement Selon Bouregba (2004), quelles que soient les conditions d existence de l enfant, les liens psychiques qui le rattachent à ses parents existent. Que les liens soient morbides ou structurants, l éloignement ne les efface pas. Lorsque la séparation se double de l effacement du parent, l expérience cristallise dans l inconscient une zone traumatique. La permanence imaginaire se substitue à la permanence symbolique. Le père est imaginairement grandi : déifié, ou diabolisé. Le parent imaginaire est déterminant puisqu il fascine. Quand l enfant se construit un père imaginaire, il lui est enchaîné plutôt que lié. Les liens psychiques qui unissent l enfant et son parent ne disparaissent pas dans le cas de rupture de relations, ils se figent sur des modalités imaginaires. Ne pas interdire à l enfant des relations avec son parent c est pour Bouregba, concourir à la prise en compte de son intérêt. Rupture, séparation et éloignement Selon Bouregba (2004), toute ontogenèse suppose un processus de séparation. Comme nous l avons vu, grandir, c est intérioriser ses objets d attachement au point de pouvoir supporter qu ils s éloignent. Les progrès d individuation chez l enfant s accompagnent d une meilleure tolérance à la séparation. Le processus de séparation permet l essor de la symbolisation. Bouregba fait la distinction entre la séparation, la rupture et l éloignement. La séparation est un terme réservé aux processus psychiques responsables de l individuation. La rupture qualifie les expériences traumatiques de mise à distance psychique. L éloignement est utilisé pour parler d une séparation physique sans en préjuger de leur impact psychique. Bouregba (2004) met en évidence le paradoxe selon lequel, la séparation constitue la dynamique du développement alors que la rupture entrave le développement. A l inverse de la séparation, la rupture ne permet 37
46 pas à l enfant de conserver la capacité interne de s éloigner de son parent, sans le perdre. L enfant doit être soutenu dans la mise en mot de ses parents. Mise en mot à travers un dialogue de la présence psychique du parent absent pour que sa parole puisse se commuer en symboles. Lorsqu il ne peut parler de l absent avec les proches qui l entourent il ne peut s en faire qu une représentation interne sur le plan de l imaginaire uniquement, c est-à-dire non susceptible de remaniement. Selon Bouregba, (2007), aider au maintien des liens est un enjeu de santé public et non un enjeu éducatif. b. Les risques que prennent le père et l enfant lorsqu ils sont éloignés l un de l autre dans la situation d incarcération Pour le père L étude de Lafortune et al. (2005) met en évidence que généralement les pères incarcérés ressentent diverses émotions telles que la tristesse, la culpabilité, la crainte mais aussi des regrets. Toutes ces émotions sont induites par le mal qu ils ont pu faire autour d eux. Ils privent leur enfant d un père, et leur femme d un conjoint. Ils ont également peur d avoir brisé quelque chose et de ne plus jamais retrouver ce qu ils avaient avant leur incarcération. Les travaux de Hairston (1998 ; 2001) indiquent que les pères incarcérés ont peur d être remplacés, aux yeux de leurs enfants. Il arrive en effet que la situation conjugale des conjoints soit précaire et que la mère retrouve un compagnon. Ce nouveau conjoint est susceptible de prendre la place du détenu petit à petit. Si le père a peu de nouvelles de son enfant, il arrive soit qu il le désinvestisse soit qu il développe une forte inquiétude (Hairston, 2001). La perte des liens intimes pèreenfant, peut créer des sentiments dépressifs importants chez les pères (Lanier, 1993, in Tripp, 2009). Cette perte peut parfois entraîner une affiliation à la sous-culture de la prison et un changement identitaire, à une identité de prisonnier (Tripp, 2009). Ce changement identitaire semble être adaptatif pour pouvoir naviguer dans l univers carcéral. Ces personnes cependant ont pu exprimer des difficultés à passer de leur identité de père à leur identité de détenu au contact de leurs enfants, ou bien à la sortie de retrouver leur identité de pré-prisonnier, de père et de mari, d ami. Hairston (2001)
47 préconise aux pères détenus de garder au maximum leur rôle de père, autant que possible. Il doit participer aux décisions, encourager leur enfant dans leurs efforts scolaires par exemple. Il doit prendre place aussi dans les rituels familiaux en envoyant une carte aux anniversaires ou fêtes de familles. Cela permet l attachement émotionnel entre lui et son enfant. Pour l enfant Bouregba (2007) nous invite à éviter toute prédiction. On ne peut pas enjoindre à l enfant éloigné de son parent incarcéré un destin funeste du fait qu il est séparé. Les enfants de détenus ne sont pas déterminés à des risques mais y sont exposés. L enfant dont le père est incarcéré encoure le risque, du point de vue psychique, de développer des troubles de la relation à lui-même. De nombreuses études montrent cependant l existence de troubles comportementaux chez les enfants de détenus. Selon Lafortune & al., (2005) la détention du père a plus d effets délétères qu une absence de celui-ci motivée par un divorce ou un travail à l étranger, sur les enfants. Comme les conjointes, les enfants se sentent souvent stigmatisés que ce soit par leurs professeurs ou par d autres enfants. L étude de Lafortune & al.,( 2005) a montré que pour les enfants âgés de 2 à 6 ans, la détention du père peut entraîner des angoisses d abandon, des réaction somatiques (maux de ventre, otites et insomnies) et des difficultés relationnelles avec d autres figures d attachement (comportements accaparants ou agressifs). Pour les enfants d âge scolaire, ce sont plutôt les processus de socialisation et de scolarisation qui risquent d être perturbés. Chez les enfants de 11 à 14 ans, les réactions d agressivité et d anxiété semblent difficiles à gérer. Les chercheurs ont observé que plusieurs enfants s enfuient de la maison ou s absentent de l école lorsque leur père est incarcéré et ont des difficultés d attention, de concentrations ou de troubles sérieux du comportement. Plus globalement, Murray (2008) observe des problèmes comportementaux, qui se manifestent par de l isolement, de l agressivité, et de la délinquance. Au niveau académique, des problèmes sont également observés chez les enfants. Hairston, (2002) constate que les aspects d éducation sont fortement liés à la délinquance. Les effets de la criminalité parentale sur 39
48 la délinquance de leur enfant sont modérés par la qualité de l attachement parental et la discipline parentale. Comme nous l avons vu, selon Bouregba (2007), les liens psychiques sur lesquels s étaie la relation survivent à l absence de contacts. On ne peut pas briser ces liens. Une fois établis ils le sont durablement. L éloignement renforce les liens et les fixes sur des modalités anciennes plutôt que de les déliter. Parler de rupture n a pas de sens dès lors que les liens sont établis. Certains praticiens revendiquent le droit de l enfant à des relations avec son père incarcéré sous l injonction du devoir de respecter l amour. D autres pensent que l enfant doit être en contact avec un récit sur son histoire, soit en contact avec ceux qui l on introduit dans la communauté des hommes même si l enfant et son père n ont pas de relation d attachement. Si l on ne peut parler de rupture de liens, nous pensons que l on peut parler de perturbation, de limitation des liens imaginaires, de corps à corps et d attachement dans le cas de l incarcération. 2. Impact du contexte de la prison sur les liens affectifs et symboliques père-enfant Le père fragilisé dans sa capacité à exercer, à pratiquer et à faire l expérience de sa fonction parentale Selon Bouregba (2007), l incarcération obscurcit la perception que le père peut avoir de son rôle. Les conditions même de l emprisonnement, où tout est programmé, prévu, codifié, désaffectisé infantilise le détenu. Or Hairston (1998) rappelle que les pères détenus ont les mêmes rêves et aspirations pour leurs enfants que d autres hommes et que les familles et les enfants ont aussi des attentes envers lui bien que ces attentes soient fréquemment limitées ou altérées par les réalités du monde carcéral. La communication (visites, téléphone, courrier) entre les pères et leurs enfants est en effet hautement régulée. Le détenu est donc par nature en quête affective. Cette quête peut se voir canaliser sur l enfant, au point de ne voir en lui que le besoin qu il en a : «Tu me fais du bien, tu es le seul auquel je pense etc.» détériore la capacité du parent à jouer son rôle
49 auprès de son enfant. Le besoin que l enfant a de son père est obscurcit par la détention, il n y a plus accès du point de vue émotionnel. Le besoin que son enfant a de lui est obscurci par le besoin qu il a de son enfant. Cela entraîne chez le parent une difficulté à jouer son rôle de contenance. Bouregba (2002) propose une discussion sur les difficultés d attachement d un père emprisonné avec son enfant. Selon Bouregba (2002), faute d éprouver l attachement dans le réel, du père vers son enfant, l attachement est hypertrophié sur le plan imaginaire. Plus le père est absent de la vie quotidienne de l enfant, plus il investit son enfant de façon imaginaire et idéalisée. Dans les deux cas l enfant réel et imaginaire sont en rivalité. Le père peut dénier que son enfant grandit. Il parle à son enfant comme s il était encore tout petit. Les projections sur l enfant pour le futur sont soit idylliques soit terrifiantes. L exagération imaginaire peut devenir un obstacle à leur relation. L enfant peut se sentir étranger à l image à laquelle le père le réduit et des problèmes de communications s en suivent. Comme nous l avons vu dans la partie consacré à la filiation, les liens imaginaires sont nécessaires pour l enfant afin qu il soit investit par ses parents, que ses parents aient du désir et des projets pour lui. L enfant est donc mis à une place qui dépasse son rôle d enfant et qui ne permet plus au père de saisir les besoins de son enfant en tant qu enfant et de saisir son propre rôle de père. L enfant peut, à son tour, figer ses liens avec son père dans un lien imaginaire dans lequel il idéalise ou diabolise ce père qu il ne voit plus. Dans ce cas, là un lien imaginaire au père pourrait être source d angoisse pour l enfant et source de difficulté lorsqu ils reprendront contacts. Bouregba (2007) rajoute que les conditions même de l emprisonnement, où tout est programmé et prévu, infantilise le détenu et empêche d effectuer son rôle de parent. L infantilisation, l irresponsabilité, la victimisation peuvent mettre en péril la fonction du père dans la transmission de son histoire. Les pères détenus peuvent aussi craindre de contaminer l enfant par des germes psychosociaux qui l ont déterminé à devenir délinquant. Le père peut soit transmettre à son enfant l idée d une transmission fataliste : «Je te transmets ce destin» soit l idée d une transmission moins déterministe pour l enfant : «Tu portes mon nom mais tu peux vivre ta vie différemment de la mienne». Comme nous l avons vu dans le premier chapitre, la filiation instituée est la condition même de la liberté. Bouregba (2007) pense que le parent incarcéré doit avoir la 41
50 conviction des capacités résilientes de son enfant et qu il puisse ne pas être aux prises avec un mythe familial ou individuel déterminé, dévastateur, et figé dans la reproduction du même (logique de la filiation narcissique). Nous pouvons déduire des différentes théories que les liens de corps à corps, imaginaires et symboliques sont perturbés et non rompus par l épreuve de l incarcération. Il s agit alors non pas d éviter de maintenir les relations puisque le lien est inaltérable mais de le soutenir autant que l on peut pour qu ils soient le plus structurant possible pour l enfant et son parent. III. Les visites enfant-parent : un moyen de traitement de la relation 1. Jusqu où est-on capable de donner les moyens à ceux qui vont accompagner l enfant auprès de son parent? Bouregba (2007) a remarqué que des demandes de visites dans des contextes où le motif de l incarcération est lié ou non à l enfant (maltraitance etc.) ont été d abord prises comme un effet de «l emprise psychique» exercée par l agresseur sur sa victime. Les professionnels de la santé avaient l impression en acceptant ces accompagnements de renforcer un système relationnel pathogène, d aller en quelque sorte dans le sens du symptôme. Cette crainte répond à l idée de préserver l enfant lorsque le parent paraît «nocif» plutôt que structurant pour son enfant. Elle répond à la question suivante : les liens entre l enfant et son père incarcéré sont-ils toujours nécessaires à garder? Bouregba (2007) pense, au contraire, que plus le parent est «nocif» à l enfant plus l accompagnement est nécessaire. C est pour les situations les plus problématiques (violence, maltraitance etc.) qu il est encore plus indispensable d être au plus près de ces liens pour pouvoir les rendre plus adéquats pour le bien être de l enfant. Bouregba propose plutôt de se poser la question suivante : jusqu où est-on capable d accompagner les enfants et les pères dans leurs relations lorsque les liens sont menacés? Comment agir pour éviter à l enfant les effets de ces troubles dépressifs sous forme d inhibition ou d hyperactivité? Comment aider à ce que les relations enfants-parents nourrissent
51 suffisamment les liens psychiques qui unissent l enfant à son parent, pour que les figures parentales puissent conserver le rôle de protection intérieure qu elles ont à assumer? Nous rajoutons au questionnement de Bouregba la question suivante : comment soutenir leur relation lorsque les liens réels et imaginaires sont menacés? 2. Indications de travail pour l accompagnement de la relation pèreenfant Les parents dont on dit qu ils ne sont pas des «cadeaux» pour leur enfant sont pour autant leur parent. Selon Bouregba (2007), le contact peut être justement l occasion de traitement de ces liens et relations. Il propose une série d indication de travail dans l accompagnement de la relation père-enfant et prévient des risques que peuvent encourir les enfants qui sont pris dans un rôle utilitaire, de soignant auprès de leur père. Il propose dans le traitement de la relation père-enfant de rendre à chacun sa place en quelque sorte. En effet, selon Bouregba (2004) il est fondamental de ne pas réduire les relations enfant-parent à une sorte de rôle utilitaire dans lequel ils servent la réhabilitation du parent incarcéré. Le maintien des liens certes agit naturellement à minimiser les effets désocialisant de la prison. Cependant, il appartient aux professionnels (psychologue etc.) de libérer l enfant de son sentiment de responsabilité et de culpabilité, dans la situation de son parent incarcéré, de traiter ses sentiments de déloyauté et de honte vis-à-vis de son père. Il appartient aux professionnels d évaluer comment et dans quelle mesure dans certaines situations, la relation entre l enfant et son parent incarcéré devrait être pilotée. Bouregba (2007) donne en exemple un père déprimé, dont l état s aggrave depuis qu il voit moins son enfant. Bouregba pense qu il faut certes prendre en compte la détresse émotionnelle du père mais qu il est une obligation encore plus grande d éviter d attribuer n importe quel genre de rôle thérapeutique de l enfant à l égard du parent. Bouregba (2007) préconise également de pouvoir donner les moyens aux professionnels de se questionner sur comment l enfant peut-il faire avec son parent quel qu il soit? Qu est ce que l enfant peut faire en lui des parents qu il a eus? Comment agir pour éviter à l enfant les effets de ces troubles dépressifs sous forme d inhibition ou d hyperactivité? Comment aider à ce que les relations enfants-parents nourrissent 43
52 suffisamment les liens psychiques qui unissent l enfant à son parent, pour que les figures parentales puissent conserver le rôle de protection intérieure qu elles ont à assumer? Bouregba propose un accompagnement physique (quand c est nécessaire) et un accompagnement au niveau de la confrontation de l enfant avec son monde intérieure. Bouregba affirme qu actualiser le lien père-enfant (par les visites) permet à l enfant de se le représenter. Nous pensons que la représentation du lien évitera à l enfant l inflation de l imaginaire comme nous l avons vu précédemment. Cela rejoint le point de vue de Tripp (2009) selon lequel les enfants ont besoin de voir leur père pour ne pas que les souvenirs s estompent et que celui-ci devienne un étranger pour son enfant. Du point de vue du père, selon Tripp (2009), lorsque le père devient un étranger pour l enfant, il est plus difficile pour le père, à sa sortie de prison, de reprendre une place dans la vie de leurs enfants. Bouregba (2007) propose de travailler avec le parent pour qu il puisse aider son enfant en actualisant son rôle lorsqu il est auprès de lui, son rôle de contenance pour la sécurité intérieure de l enfant et de transmission. Nous allons poursuivre notre travail par description du terrain sur lequel s est déployée la recherche. Nous parlerons de la mission d accompagnement des volontaires, de leur rôle, et des caractéristiques de leur mission. Nous apporterons une brève réflexion autour des enjeux auxquels les volontaires et les enfants qu ils accompagnent sont confrontés. Puis nous expliquerons ce qui nous a conduit à choisir les mères comme population cible et comment nous avons construit notre questionnaire. Pour cela nous présenterons les hypothèses principales et les hypothèses secondaires qui nous ont guidés pour construire le questionnaire en liens avec les objectifs de la Croix-Rouge et nos propres objectifs. Nous ferons la distinction entre des hypothèses empiriques liées à l accompagnement Itinérances des hypothèses théoriques. Nous proposerons notre méthode d analyse des résultats. Enfin nous présenterons les résultats.
53 Pour décrire le terrain de notre recherche-action, nous nous basons sur les documents de référence de la Croix-Rouge, du Fonds Houtman sur le projet Itinérances, sur nos rencontres avec les volontaires dans le cadre des Intervisions 2, de la formation des volontaires, et sur le rapport d activité 2008 de l asbl Relais Enfants-Parents en charge de médiatiser les visites enfants-parents dans certaines prisons belges. CHAPITRE 6 : Contexte de la recherche-action : accompagnement Itinérances Comme nous l évoquions en introduction, nous et six autres étudiants, avons l opportunité d évaluer l accompagnement en voiture d enfants qui doivent se rendre à la visite enfants-parent dans la prison dans laquelle se trouve l un de ses parents. Chaque accompagnement en voiture est mené par un duo de volontaires de la Croix-Rouge. Les deux volontaires sont en charge d aller au domicile de l enfant et de le conduire jusqu à la prison. A la fin de la visite, ils récupèrent l enfant à la sortie de la prison et le ramènent chez lui. Cet accompagnement, est appelé le projet Itinérances. Les visites Enfants- Parents sont organisées par les établissements pénitentiaires et soutenues et supervisées par des équipes de travailleurs sociaux d asbl indépendantes aux établissements pénitentiaires (les services lien, dont le Relais Enfants-Parents fait partie) qui travaillent pour la population des détenus ainsi que leur famille. La demande d évaluation du projet Itinérances émane des difficultés que peuvent rencontrer les volontaires dans leurs accompagnements, tant au niveau relationnel avec la personne à domicile qui est en charge de l enfant, avec l enfant (refus du parent à domicile de laisser partir l enfant à la visite, demandes de ce parent qui dépassent le rôle du volontaire, problèmes de comportement de l enfant etc.), que pratique (annulation des visites par la prison, retards à la visite dus au trafic routier etc.). Ce réseau volontaire d accompagnateur a débuté son action en En 2008, le réseau compte 93 volontaires actifs et 138 volontaires disponibles et la demande 2 Rencontre mensuelle entre les volontaires qui le souhaitent, le coordinateur du projet Itinérances, et un psychologue de Relais Enfants Parents pour exprimer et résoudre les problèmes que les volontaires rencontrent dans leurs accompagnements. 45
54 d accompagnement ne cesse d augmenter. Les demandes d accompagnement se font essentiellement de la part du parent en prison, mais peuvent aussi venir du parent à domicile, ou des juges de la jeunesse. Les services lien, font ensuite la demande d accompagnement à la Croix-Rouge et les coordinateurs des différentes unités belges du projet Itinérances font appel à leurs volontaires disponibles pour organiser l accompagnement et les mettre en contact avec la famille ou l institution des enfants concernés. Les services lien sont également en étroite collaboration avec Itinérances, lors de la formation des volontaires, et du suivi des accompagnements, lors des Intervisions. Nous allons voir qui sont les volontaires de cet accompagnement, quel est leur rôle, les caractéristiques et les spécificités de leur mission. I. Le rôle des volontaires Ce qui ressort du Document de Référence pour l Accompagnateur ce sont de multiples caractéristiques du volontaire pour un rôle unique : celui d accompagnateur. Selon le document de référence, le rôle des volontaires est celui de : o Passeur, de référent qui permet la relation enfant-parent. Il leur est vivement demandé de Ne pas dépasser ce rôle. o Des qualités de stabilité, d accueil, de discrétion sont requises pour que la confiance s installe entre lui et la mère, entre lui et l enfant. o Doit pouvoir offrir un espace de parole, contenant pour l enfant, lors des trajets. o Le lien à l enfant doit se construire à bonne distance relationnelle. o Travailler en collaboration avec les référents Croix-Rouge et/ou prison dans les situations difficiles (pratiques ou relationnelles).
55 II. Les caractéristiques et les spécificités de la mission des volontaires Les volontaires signent un contrat avec la Croix-Rouge qui les conduit dans une aventure peu banale. Ils arrivent dans la vie d enfants, de familles qu ils ne connaissent pas. Les volontaires Itinérances accomplissent leur rôle à l aide de la formation dispensée par la Croix-Rouge et le Relais Enfant-Parent (asbl des Services Lien), mais aussi avec leur personnalité, leur expérience, leurs représentations de leur mission et de la population qu ils vont rencontrer, et leur désir de mener à bien leur mission. Comme tout professionnels, ils travaillent aussi avec leur ressenti, leur bon sens pour faire face aux imprévus et aux aléas que peut comporter leur mission. Les volontaires vivent des accompagnements très différents des uns des autres. Cela est dû en partie à la variabilité des contextes dans lesquels les volontaires sont amenés à effectuer leur mission. Certains ont à charge un enfant seul, d autres une fratrie, d autres accompagnent pour un même trajet des enfants de familles différentes. Certains accompagnements se passent dans le calme ou bien sous la pression lorsque l enfant n est pas tranquille. Les enfants qu ils accompagnent vivent soit avec l un de leur parent, soit avec un membre de leur famille élargie, soit dans une famille d accueil, soit dans une institution. Certains accompagnements sont mis en place à la demande d un juge, d autres à la demande du parent incarcéré, d autres à la demande du parent à domicile. Parfois, il y a désaccord autour de cette demande et le parent à domicile est plus ou moins contraint de l accepter pour éviter des poursuites judiciaires de la part de l autre parent en prison. La demande est aussi parfois très bien reçue par le parent à domicile et même soutenue par elle. Dans certaines situations, les volontaires peuvent se sentir désorientés par les contradictions du parent à domicile, par la qualité de l accueil qui leur est fait, ou bien par les humeurs des agents pénitenciers qui d une fois à l autre n ont pas le même discours sur les objets que peuvent ou non faire entrer les enfants, dans la prison. Les volontaires peuvent ressentir une déception importante lorsque des contraintes viennent empêcher l accompagnement et avoir le sentiment de ne pas avoir correctement rempli leur mission. Les enjeux relationnels dans lesquels peuvent être pris les enfants, les aléas, les imprévus liés à la visite rendent chaque accompagnement singulier. Ils impliquent aux 47
56 volontaires de s ajuster différemment face aux situations. L Intervision vient donc permettre aux volontaires de venir déposer leurs difficultés (relationnelles, pratiques, organisationnelles, leurs vécus etc.). L analyse de Cécile Bébin (2005) sur l accompagnement bénévole dans le domaine du soin met en relief le lien direct entre la place que donne l association au bénévole et sa capacité d écoute de la personne accompagnée. Elle met également en avant que le respect du bénévole c est aussi ne pas l inviter à occuper une autre place que la sienne. C est donc notre travail de comprendre un peu plus ce qui rend compliqué ces accompagnements, les enjeux sous-jacents que les volontaires ne peuvent maîtrisés mais tout au moins connaître. III. Indications de travail pour les volontaires lors de la formation et des Intervisions Comme nous l avons vu, Itinérances c est aussi des rencontres entre des personnes. Les volontaires, comme leur nom l indique, sont volontaires et ont un désir de connaître la vie de ses familles. Certains disent que cela leur permettrait de «ne pas faire de gaffes» : connaître le type de crime ou délit du père ; la situation familiale de l enfant (souvent lorsque celui-ci est en institution ou dans une famille d accueil). Or, le parti pris de la Croix-Rouge et de Relais Enfants-Parents est que les volontaires n ont pas besoin de connaître ses informations. C est ici que leur rôle se limite. Pourquoi? Une image nous est venue en tête concernant le volontaire et sa mission. Est-il un facteur? Prend-il l enfant comme un colis qu il doit déposer à la prison puis le ramener chez lui? Le volontaire n est-il pas, de fait, impliqué émotionnellement par les échanges avec l enfant et la personne qui s occupe de l enfant? Ce qui peut constituer un des paradoxes dans la mission des volontaires c est de ne pas être trop proche avec les enfants et leur mère tout en offrant un espace de confiance, a ne pas être en demande de savoir tout en offrant un espace de parole. Les volontaires sont-ils pris par ses contradictions avec lesquelles ils doivent travailler? Ce cadre les freinent-ils dans leur spontanéité? Quelles sont alors les fonctions du secret pour les responsables de la Croix-Rouge et du Relais Enfants-Parents? Nous supposons que de garder confidentiel, secret, certaines informations a sa fonction. Eviter que les mères ou les enfants ne se déversent sur les volontaires. Le secret
57 aurait une fonction de préservation de l enfant, des volontaires et de la mère. Cela permettrait aussi de maintenir une séparation entre les différentes organisations et les rôles : Relais Enfants-Parents, volontaires. IV. L enfant et les volontaires confrontés à des logiques hétérogènes Nous remarquons que les volontaires et les enfants sont soumis à différentes logiques et que ces logiques ont un impact sur l accompagnement. Ces logiques sont hétérogènes entre elles et hétérogènes avec les représentations que ce font les volontaires de l accompagnement. En effet, l enfant est soumis à la logique souvent capricieuse des établissements pénitentiaires (ne pas pouvoir laisser entrer un objet dans l enceinte de la prison alors que le mois précédant cela leur avait été autorisé, annulation de la visite), à la logique de sa famille et de ce qu elle attend de lui dans ses relations avec son père. La logique d Itinérances serait peut-être une des trois logiques qui seraient fixe, ritualisée et sans attentes particulières de la part de l enfant. Les volontaires, quant à eux, sont soumis à la logique des familles, la logique pénitentiaire et celle du projet Itinérances. La logique familiale (son rapport à l incarcération du père, à la visite enfant-parent etc.), la logique pénitentiaire (qui le confronte à devoir réconforter l enfant lorsque celui-ci ne peut au dernier moment rendre visite à son père et devoir trouver une solution de repli le temps de pouvoir raccompagner l enfant chez lui, ou ne pas pouvoir faire passer un dessin dans l enceinte de la prison, ne pas être accepter à la visite s ils sont en retard etc.) et la logique d Itinérances (qui lui indique de ne pas être trop intrusif, d être un passeur et de s en tenir à ce rôle là tout en offrant un espace contenant et de confiance pour l enfant et sa mère). Ces différentes logiques auxquelles l enfant et les volontaires ont à faire face sont hétérogènes aux représentations que le volontaire ce fait de l accompagnement et hétérogènes aux attentes des enfants concernant la visite. Les volontaires sont-ils mis à une place de neutralité dans ces différentes logiques? Sont-ils neutres à ce qu il se passe au sein de la famille, et face au fonctionnement capricieux de certains agents pénitenciers? Les volontaires sont à une place difficile dans le sens où ils entrent dans 49
58 l intimité de familles, tout en ne devant pas tout à fait y entrer. Comme si cela était marquer par le saut d une faute à ne pas franchir, d un interdit. Se sentiraient-ils freinés dans leur mission qui engendrerait une certaine rigidité dans les relations? Lors d une Intervision un des volontaires apportait le témoignage d une mère qui suite aux premiers contacts téléphoniques par message ne retournait pas l appel aux volontaires pour fixer l heure du rendez-vous. Les volontaires ont dû insister pour avoir cette mère au téléphone. Au moment de venir chercher l enfant chez lui la mère avait répondu aux volontaires : «Ma fille dort, on ne va pas la réveiller pour ça, j irai plus tard avec elle à la prison». Cette situation n est ni agréable pour la mère, l enfant et les volontaires. Un autre volontaire apportait la remarque suivante : «C est plus facile quand on va chercher les enfants en institution mais ils ont plus de problèmes psychologiques». Cette observation pourrait montrer, en partie, sortie de la logique familiale (même si l institution fait office de famille, il y a les dimensions de couple et de loyauté en moins) les volontaires sont soulagés des dimensions relationnelles et affectives soulevées par l accompagnement entre l enfant et sa mère. CHAPITRE 7 : Introduction à notre méthodologie La Croix-Rouge et le Fonds Houtman ont souhaité que des outils méthodologiques quantitatifs et qualitatifs puissent se croiser : entretiens, dessins et questionnaires. Nous avons choisi l option du questionnaire, tandis que d autres mémorants inscrits dans cette évaluation, ont choisi des outils qualitatifs pour évaluer l accompagnement Itinérances. Le choix d utiliser l outil questionnaire est donc directement en lien avec la demande de la Croix-Rouge et le Fonds Houtman afin de relever un maximum de données pour un maximum de personnes, et pour cela, nous avons crée le questionnaire. Nous avons choisi d évaluer, par ce questionnaire, l accompagnement de l enfant à la visite enfant-parent du point de vue du parent à domicile. Nous expliquerons les raisons pour lesquelles nous avons choisi cette cible. Faire un travail de recherche universitaire à la demande d une institution hors universitaire nous a posé une série de problèmes. Nous allons présenter brièvement les difficultés qui ont eu des répercussions sur la qualité du questionnaire.
59 Nous nous sommes sentis, dans un premier temps, en décalage avec les attentes de la Croix-Rouge et le Fonds Houtman lorsque nous avons proposé une première version de notre questionnaire. En effet, la difficulté majeure a été de combiner l étude de variables en lien avec les objectifs de la Croix-Rouge, avec les apports théoriques que nous avions pu relever dans la littérature. La Croix-Rouge et le Fonds Houtman souhaitaient que le questionnaire soit court et qu il permette d obtenir des réponses pratiques. Le questionnaire final est alors l issue d un compromis entre l université, la Croix-Rouge, le Fonds Houtman et nous-mêmes. Nous nous sommes également rendu compte que nos difficultés étaient aussi en lien avec le fait d être dans une position pionnière dans la collaboration entre l institution universitaire et l institution Croix- Rouge. Créer ensemble les modalités d accord et d entente, n a pas été facile pour nous. De plus, nous n avons pas au départ, saisi l ancrage théorique que nous pouvions utiliser, pour introduire cette recherche action et la soutenir théoriquement en sciences psychologiques 3. La conséquence de cette difficulté est importante. Nous sommes restés trop près des objectifs de la Croix-Rouge, prise dans la découverte de ce nouveau terrain d étude, dans la création de notre questionnaire, sans prendre en compte l ancrage théorique nécessaire pour créer un questionnaire pertinent, c est-à-dire un questionnaire en lien avec les objectifs de la Croix-Rouge et la théorie adéquate à notre objet d étude. Cependant, nous avons eu l opportunité, dans un deuxième temps, d inscrire plus en profondeur notre recherche dans un corpus théorique conséquent mais qui n a malheureusement pas pu être utilisé pour la création du questionnaire. Cela nous permettra cependant d apporter à nos résultats la lumière de ces nouveaux apports théoriques et de proposer des hypothèses théoriques, que nous souhaitons pouvoir être investiguées par d autres mémorants. Notre population cible étant celle des parents de l enfant accompagné, nous allons, pour tenter de comprendre ce qui pose problème dans l accompagnement de ces enfants, prendre connaissance dans la littérature d une série de données, quantitatives et qualitatives les concernant. Ces données nous ont d abord aidé à cibler notre échantillon et ont également contribué à la construction du questionnaire. 3 Nous reprendrons cette difficulté dans la partie : «Conclusion» 51
60 I. Population cible Comme nous l avons expliqué en introduction, afin de contribuer à l évaluation d Itinérances il nous a fallu choisir un des maillons de la chaîne humaine qui entoure l accompagnement Itinérances. Le maillon de la chaîne est donc d une utilité accessoire mais pas conceptuelle. La population cible parmi les intervenants-parents à domicile pouvait être soit la mère de l enfant, son père, ses grands-parents, sa famille d accueil ou son institution d accueil. En effet, prendre en compte tous ces intervenants dans un même questionnaire rendaient l étude trop complexe. Nous avons donc choisi les mères comme population cible en fonction des données de la littérature et de la configuration familiale la plus fréquemment rencontrée par le Relais Enfants-Parents. Données relatives aux familles de détenu Les études menées par Hairston, (2002) et Lafortune (2005) montrent l importance du réseau de soutien pour les familles de détenus. Les familles ne comptent habituellement que sur le soutien de leur réseau informel (famille et belle-famille). Le réseau formel étant souvent considéré comme lacunaire. Quand un parent va en prison, la plupart des enfants vont vivre ou continue à vivre avec des proches parents. Le rapport d activités du Relais Enfants-Parents (2008) nous montre la forte proportion d enfants vivant chez un de leur parent lorsque l autre est détenu. Ces données nous ont conduit à exclure de notre échantillon les familles d accueil, la famille élargie, et les institutions pouvant être à charge de l enfant. Les chiffres recensés sur la population carcérale générale, nous ont conduit à cibler notre population cible sur les mères à domicile. L institut pour l égalité des femmes et des hommes (2006), en Belgique, a recensé le nombre de personnes dans les prisons par sexe pour l année 2005 en Belgique : hommes pour 391 femmes. De plus, la proportion de travail du Relais Enfants-Parents avec les familles de pères détenus est très largement supérieure à celles des familles de mères détenues (1475 hommes incarcérés et
61 pour 290 femmes incarcérées). Nous avons fait le choix de considérer ces chiffres comme représentatifs de notre terrain d étude. D'après les chiffres du Relais Enfants-Parents (2008), les hommes dont ils s occupent sont également soit séparés soit encore en couple. Le lieu de vie de l'enfant est à forte majorité chez la mère lorsque le père est incarcéré. Un petit pourcentage d enfant vit dans des familles d'accueil, des institutions et dans la famille élargie. La tranche d'âge la plus représentée chez les enfants, dont le père est incarcéré, est celle de 6 à 9 ans, puis celle de 3 à 6 ans et de 9 à 12 ans, en moyenne. II. Caractéristiques de notre population Qui a répondu au questionnaire? La Croix-Rouge a estimé le nombre total de mères entre 60 et 100. Nous avons envoyé les questionnaires à toutes les mères concernées. Seulement 17 questionnaires nous ont été retournés. Nous avons reçu 17 questionnaires, dont 1 qui a été rempli par la mère faisant office de famille d accueil pour l enfant, 1 rempli par le grand-père de l enfant, 2 remplis par le père de l enfant dont la mère est en prison, et 13 remplis par les mères. Quelques questionnaires n ont pas été remplis entièrement par les mères. Nous n avons pas tenu compte de certaines réponses relatives aux relations parent-enfant dans les questionnaires famille d accueil et grand-père. Durée de l accompagnement Croix-Rouge par enfant La moyenne de la durée des accompagnements de notre échantillon est de 1,3 an. L accompagnement le plus court est de 1 mois et le plus le long est de 4,6 ans. Durée de l incarcération du père La durée de détention des pères de notre échantillon est très hétérogène. Elle va de 6 mois à 11 ans. 53
62 Ages des enfants accompagnés par la Croix-Rouge La moyenne des âges des enfants de notre échantillon accompagnés par Itinérances est de 7,4 ans. Le nombre d enfant par foyer Six foyers sont composés d 1 enfant, six foyers de 2 enfants, un foyer de 3 enfants, un foyer de 4 enfants et deux foyers de 5 enfants. III. Déroulement de l étude 1. L information préalable aux participants et déontologie La Croix-Rouge, le Fonds Houtman et l ULB se sont chargés de rédiger et de signer collégialement un courrier à destination des mères à qui seraient diffusés les questionnaires. Ce courrier précise le cadre de la recherche et ses objectifs. Il confirme la confidentialité et l anonymat des réponses de chaque participant. Sur le questionnaire luimême est indiqué en première page les objectifs de cette évaluation et de l importance de la collaboration de chacun dans ce travail. L anonymat y est également rappelé. Est demandé à la mère qui répond au questionnaire, dans le cas où elle aurait plusieurs enfants accompagnés à la Croix-Rouge, de ne faire référence qu à un seul de ces enfants en répondant au questionnaire et de préférence au plus âgé. 2. Distribution des questionnaires Les volontaires ont porté un courrier aux mères qu ils étaient amenés à voir dans le cadre d Itinérances. Ce courrier contenait la lettre décrite précédemment, le questionnaire lui-même et une enveloppe pré-timbrée et libellée à l adresse de l ULB. Il
63 était proposait aux mères de remplir le questionnaire le temps de l accompagnement et si elles le souhaitaient, celles-ci pouvaient remettre l enveloppe timbrée aux volontaires à leur retour de la visite. Ceux-ci se chargeraient de la poster. Suite à la réunion du mois de février, nous avons renforcé le soutien pour les mères susceptibles d avoir des difficultés pour répondre au questionnaire. Les volontaires ont été invités à apporter une aide tout en évitant de répondre pour elle. Cela aurait biaisé certaines réponses. Le regard du volontaire aurait eu une influence sur les réponses dans le sens où il s agit pour les mères d évaluer leur relation et celle de leur enfant avec les volontaires. De même certaines informations sont d ordre privé et les mères n auraient probablement pas souhaité les transmettre aux volontaires. Notre numéro de GSM a été également diffusé dans le cas où les mères souhaiteraient nous contacter si elles rencontraient des problèmes concernant le questionnaire. Les volontaires étaient mandatés par leur coordinateur pour diffuser le questionnaire aux mères des enfants qu ils avaient accompagnés déjà un certain temps. Nous visions des accompagnements d une certaine durée afin que déjà une relation, un suivi se soit instauré. CHAPITRE 8 : Construction du questionnaire I. Objectifs conjugués : Croix-Rouge et recherche Les objectifs principaux de l évaluation à atteindre, pour la Croix-Rouge et le Fonds Houtman, sont les suivants : Disposer de données permettant de vérifier comment la mission du volontaire s accomplie, quel type de relation se met en place entre le volontaire et l enfant, de pointer dans quelle mesure le volontaire est dans une relation positive avec l enfant, s il faut maintenir, élargir, soutenir les missions du volontaire. Nous allons développer le processus qui a été le nôtre pour construire le questionnaire afin de conjuguer nos objectifs avec ceux de la Croix-Rouge. 55
64 Comme nous le disions en introduction de la partie empirique, nous n avons malheureusement pris connaissance du versant théorique concernant les liens enfantparent qu après la création du questionnaire. Nous n avons donc pas pu en tenir compte pour formuler les hypothèses et créer le questionnaire. Nous intégrerons cependant ces éléments théoriques lorsque nous discuterons nos résultats. Le questionnaire a donc été créé à partir des modèles conceptuels concernant les difficultés économiques, émotionnelles de la famille du détenu et les conflits dans le couple parental 4 et des hypothèses que nous avons pu en extraire. Il a été également nourri de notre expérience sur le terrain, lors des réunions avec la Croix-Rouge (Intervisons et formation des volontaires) et des hypothèses empiriques que nous avons pu en extraire. Dans un premier temps, nous avons souhaité évaluer par notre questionnaire, les liens potentiellement perturbés par l incarcération entre le père et la mère, entre l enfant et sa mère, puis entre l enfant et son père. Nous faisons l hypothèse selon laquelle les liens indirects au lien père-enfant sont perturbés et perturbent en retour le lien père-enfant, mère-enfant, le lien de l enfant à lui-même et avec les autres enfants. Pour cela nous allons évaluer ce que nous appellerons tout le long de notre étude «les liens familiaux», à travers : la situation économique, sociale et éducative des familles de détenus, la situation familiale, émotionnelle, et de couple des mères ainsi que le lien pèreenfant et mère-enfant. Nous évaluerons également le lien de l enfant à lui-même et de l enfant avec les autres enfants. Dans un deuxième temps, nous avons tenu compte de cette première hypothèse ainsi que des témoignages recueillis lors des Intervisions et de la formation des volontaires, pour formuler des hypothèses empiriques concernant l accompagnement Itinérances. Nous faisons l hypothèse selon laquelle la perturbation des liens indirects au lien père-enfant a une influence sur la perception que la mère a de l accompagnement Itinérances. Nous supposons que si l accompagnement n est pas pris comme une ressource pour la mère, il ne pourra pas être une ressource pour son enfant. Il nous a alors paru important d évaluer le regard des mères vis-à-vis de 4 Théories développées «Chapitre 5»
65 l accompagnement Itinérances. Nous avons ensuite supposé que la perturbation des liens indirects au lien père-enfant perturbe le lien enfant-volontaires et mèresvolontaires. Nous avons donc évalué ces liens à travers le regard des mères. Comment la mère perçoit-elle le lien entre l enfant et les volontaires? Ce lien est-il uniquement basé sur du pratique, ou aussi sur des liens affectifs, ou sur d autres type de lien? Puis, à l écoute de témoignages recueillis auprès des volontaires nous avons pu percevoir que les mères dépassaient souvent le cadre de la mission des volontaires en leur adressant des demandes auxquels ils ne sont pas mandatés pour répondre. Nous avons donc souhaité évaluer si les mères pouvaient témoigner de cela en leur proposant plusieurs manières de confronter les volontaires à des difficultés en les mettant dans un rôle de confident, de soutien, ou en leur demandant des services qui dépassent le cadre de leur mission. Dans le même temps, les témoignages des volontaires, sur leurs difficultés relationnelles avec les mères, nous ont conduits à évaluer si les mères sont dans une attitude de méfiance visà-vis du volontaire qui le sépare de son enfant pour le conduire vers le père enfant. Nous avons donc évalué si les mères estiment que leur enfant se confie aux volontaires sur différents niveaux de sa vie (ses activités, sa situation familiale etc.). Enfin, nous avons souhaité croiser les regards des mères et des volontaires sur certaines thématiques. Nous supposons que l existence de décalages dans les représentations entre les mères et les volontaires pourraient être une des causes possibles dans les difficultés relationnelles rencontrées par les volontaires. Nous supposons que le manque de communication autour du contexte de l accompagnement (qui à fait la demande d accompagnement, que pense la mère de savoir son enfant aller voir son père en prison, quelle est la situation de la famille, quel type de délit ou crime a commis le père etc.) pourraient engendrer des décalages du point de vue des représentations entre les mères et les volontaires. Nous nous sommes fixé l objectif avec Enric Artès Closa 5 de 5 Enric Artès Closa (titre provisoire de son mémoire : Evaluation des enjeux relationnels entre l enfant, ayant son père incarcéré, et les volontaires de la Croix-Rouge lors des accompagnements en prison) est un des mémorants du service de Psychologie Sociale également engagé dans l évaluation de l accompagnement Itinérances, pour la réalisation de son mémoire en vue de l obtention du grade de Master en Sciences Psychologiques pour l année académique Son questionnaire a pour cible les volontaires de la Croix-Rouge. 57
66 formuler des questions communes. Pour notre part, nous les poserions aux mères, et pour sa part, aux volontaires. Les questions sont formulées de façon identique et ont la même échelle d évaluation. Cependant, nous n avons finalement retenu que deux questions communes qui nous paraissaient les plus pertinentes à étudier. Nous avons fait ce choix puisque notre population cible ne correspond pas nécessairement aux mères et aux enfants auxquels les volontaires avaient pensé au moment où ils ont répondu au questionnaire. Nous faisons l hypothèse selon laquelle les volontaires sous estiment les enjeux pour la mère de laisser son enfant se rendre à la visite. Nous faisons également l hypothèse selon laquelle les volontaires sont dans un rapport de loyauté à l égard de l enfant. Nous étudierons alors comment les volontaires perçoivent l investissement des mères dans Itinérances en comparant les résultats obtenus avec ceux des mères et nous nous intéresserons à savoir si les volontaires sont dans un rapport de loyauté avec l enfant. Nos hypothèses conjuguées aux objectifs de la Croix-Rouge nous ont conduit à essayer d évaluer, à travers le regard de la mère : Les perturbations du lien familial, du lien mère-enfant, du lien père-enfant et du lien mère-père. Les difficultés de l enfant dans sa relation à lui-même et avec les autres enfants. Puis la place que les mères accordent à la visite père-enfant, et la place qu elles donnent aux volontaires dans leurs relations avec leur enfant et avec elles. Enfin, la loyauté des volontaires vis-à-vis de l enfant et leur estimation des difficultés des mères à laisser leur enfant aller à la visite. II. Mode d analyse des moyennes Nous avons souhaité au départ effectuer des analyses statistiques de type «Comparaisons de moyennes pour échantillon apparié». Nous avons souhaité également effectuer une analyse factorielle afin de regarder comment les réponses étaient liées les unes aux autres et extraire des facteurs de façon scientifique. Cependant, l analyse Varimax nous a indiqué que nous ne pouvions pas confirmer la pertinence de la mise en
67 évidence de facteurs corrélés ensemble. Les comparaisons de moyennes n ont pas non plus mis en évidence de résultats pertinents. La difficulté pour extraire des informations intéressantes à l aide des tests est due, principalement, à la petitesse de notre échantillon (N=17), et au fait que les écarts-types relatifs aux moyennes sont élevés. Nous avons donc fait le choix d effectuer une analyse descriptive et qualitative des résultats. Il nous semblait que cela était la meilleure solution pour étudier une population de 17 sujets. Nous avons dû proposer nous-mêmes les facteurs qui nous semblaient pertinents à dégager en fonction de nos hypothèses. Notre questionnaire est composé de deux échelles principales de cotation. Pour analyser nos résultats, nous avons créé des seuils pour distinguer les moyennes des unes des autres. Pour pouvoir distinguer plus précisément les moyennes, lors de nos analyses descriptives, nous ferons une distinction entre les moyennes en fonction de leur position sur l échelle d évaluation. Echelle tout à fait Pas du tout Partie inférieure de l échelle Les moyennes comprises entre 1 et 2 : Dans ce cas, les mères ne seront pas du tout en accord avec la proposition. Les moyennes comprises entre 2 et 3 : Dans ce cas, les mères ne seront plutôt pas du tout d accord avec la proposition Partie moyenne inférieure de l échelle Les moyennes comprises entre 3 et 4 : Dans ce cas, les mères seront plutôt d accord avec la proposition Partie moyenne supérieure de l échelle Les moyennes comprises entre 4 et 5 : Dans ce cas, les mères seront en accord avec la proposition. 59
68 Partie supérieure de l échelle Les moyennes comprises entre 5 et 6 : Dans ce cas, les mères seront plutôt tout à fait en accord avec la proposition. Les moyennes comprises entre 6 et 7 : Dans ce cas, les mères seront tout à fait en accord avec la proposition. Echelle Jamais Toujours Partie inférieure de l échelle Les moyennes comprises entre 1 et 2 : Dans ce cas, les mères estimeront que la proposition n est jamais vraie. Les moyennes comprises entre 2 et 3 : Dans ce cas, les mères estimeront que la proposition est rarement vraie. Partie moyenne inférieure de l échelle Les moyennes comprises entre 3 et 4 : Dans ce cas, les mères estimeront que la proposition est quelques fois vraie. Partie moyenne supérieure de l échelle Les moyennes comprises entre 4 et 5 : Dans ce cas, les mères estimeront que la proposition est assez souvent vraie Partie supérieure de l échelle Les moyennes comprises entre 5 et 6 : Dans ce cas, les mères estimeront que la proposition est souvent vraie Les moyennes comprises entre 6 et 7 : Dans ce cas, les mères estimeront que la proposition est toujours vraie.
69 III. Hypothèses 1. Hypothèses principales Nous allons reprendre les hypothèses principales de notre travail précédemment décrites dans l introduction des objectifs de la Croix-Rouge et de la recherche. HYPOTHESE 1 Les liens indirects au lien père-enfant sont perturbés et perturbent en retour le lien père-enfant, mère-enfant, la relation de l enfant à lui-même et avec les autres enfants. HYPOTHESE 2 La perturbation des liens indirects au lien père-enfant influence la perception que la mère a de l accompagnement Itinérances. HYPOTHESE 3 La perturbation des liens indirects au lien père-enfant perturbe le lien enfant-volontaires et mères-volontaires. HYPOTHESE 4 Les volontaires sous estiment les enjeux pour la mère de laisser son enfant aller à la visite HYPOTHESE 5 Les volontaires sont dans un rapport de loyauté vis-à-vis de l enfant. De ces hypothèses principales (théoriques et empiriques) vont découler une série d hypothèses secondaires rattachées à un thème que nous souhaitons évaluer. Il a été important pour nous de formuler de nombreuses hypothèses pour nous aider dans la formalisation d une analyse clinique de notre travail et pour pouvoir organiser la présentation des résultats et la discussion 6. Nous insistons sur le fait que nous allons distinguer les hypothèses théoriques des hypothèses empiriques, afin de répondre aux objectifs de la recherche et ceux de la Croix-Rouge. Les hypothèses empiriques sont le fruit de nos observations et de témoignages recueillis lors des réunions avec la Croix-Rouge et les volontaires. Ce ne sont donc pas 6 Nous reviendrons sur ce thème dans la partie «Critiques Méthodologiques». 61
70 des hypothèses au sens scientifique du terme, au sens où elles découlent de la théorie. Ce sont des suppositions faites à partir de la confrontation avec le terrain. Par commodité nous utiliserons la terminologie scientifique pour les nommer : «hypothèses empiriques». Nous avons conscience que le nombre important d hypothèses rend la lecture de notre travail moins aisée. Cependant, nous tenons à formaliser la pensée qui nous a guidée pour pouvoir créer le questionnaire. Nous lierons les résultats relatifs aux deux types d hypothèses, lors de la discussion. Nous allons présenter les hypothèses secondaires en trois étapes et de la façon suivante. La première partie concernera des hypothèses formulées à partir de la littérature scientifique afin d étudier la perturbation du lien familial, du lien mère-enfant, du lien père-enfant, du lien mère-père et de la relation de l enfant à lui-même et avec les autres enfants. La deuxième étape concernera des hypothèses établies à partir de la lecture des rapports de la Croix-Rouge, et des témoignages recueillis lors des Intervisions et de la formation des volontaires, afin d étudier la place que les mères accordent à la visite pèreenfant, et la place qu elles donnent aux volontaires dans leurs relations avec leur enfant et avec elles. Lors de la troisième étape, nous formulerons des hypothèses en lien avec le questionnaire construit par Enric Artès Closa 7, afin d étudier la loyauté des volontaires vis-à-vis de l enfant et la sous estimation des difficultés que peuvent éprouver les mères à laisser leur enfant se rendre à la visite. Nous rappellerons avant chaque groupe d hypothèses secondaires, l hypothèse principale qui lui est associée. Nous formulerons également tout le long de la présentation des hypothèses secondaires théoriques et empiriques, les hypothèses opérationnelles associées ainsi que le mode d analyse utilisé pour les vérifier. 7 Nous serons donc amenés à utiliser des données chiffrées du questionnaire d Enric Artès Closa, avec son accord.
71 2. Opérationnalisation des hypothèses secondaires théoriques et empiriques a. Hypothèses théoriques secondaires Théorie de la perturbation des liens familiaux HYPOTHESE 1 Les liens indirects au lien père-enfant sont perturbés et perturbent en retour le lien père-enfant, mère-enfant, la relation de l enfant à lui-même et avec les autres enfants Les mères souffrent d une précarité économique, sociale et éducative (Bouchard, 2007 ; Murray, 2008 : Lafortune, 2005) La moyenne à la question «J ai accepté l aide de la Croix-Rouge parce que je n ai pas l'argent, le temps ou le moyen de transport nécessaires pour les accompagner moi-même», se situera entre la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. La moyenne à la question «J ai accepté l aide de la Croix-Rouge parce que je travaille» se situera entre la partie moyenne inférieure et inférieure de l échelle. Afin d examiner si les mères souffrent d une précarité sociale, économique et éducative, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les revenus des mères seront inférieurs à 1500 Euros par mois. Le nombre de mère qui perçoive un revenu de remplacement sera plus important que le nombre de mère qui travaille. Le nombre de mère dont la situation économique sera moins bonne depuis l incarcération du père de leur enfant sera plus élevé que le nombre de mère dont la situation économique et la même ou meilleure. Aucune mère n aura un niveau d étude supérieur. 63
72 Afin d examiner si les mères souffrent d une précarité sociale, économique et éducative, nous compterons le nombre de mère par catégorie. Les mères sont dans une période de solitude et de crise familiale (Lafortune, 2005 ; Bouchard, 2007) Les moyennes relatives aux questions «J ai accepté l aide de la Croix-Rouge parce que je n'ai personne de mes proches à qui le demander. Depuis l incarcération du père de mon enfant je me sens seule, profiter de la vie m'est plus difficile, j ai l impression d avoir seule la responsabilité de mon enfant» se situeront entre la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. La moyenne relative à la question «Depuis l incarcération du père de mon enfant ma famille s est rapprochée de mon enfant et moi» se situera entre la partie moyenne inférieure et inférieure de l échelle. Afin d examiner si les mères sont dans une période de solitude et de crise familiale, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les mères sont séparées du père de leur enfant (Hairston, 2001; Tripp, 2009) Le nombre de mère qui n est pas «mariées» avec le père de leur enfant, ou bien «divorcées, séparées», ou «célibataires» sera plus élevé que le nombre de mères «encore mariées» avec le père de leur enfant. Afin d examiner si les mères sont séparées du père de leur enfant, nous compterons le nombre de mère par catégorie. Les mères sont en conflits avec le père de leur enfant (Bouregba, 2007 ; Lafortune, 2005 ; Bouchard, 2007 ; Tripp, 2009)
73 Les moyennes relatives aux questions «Depuis l incarcération du père de mon enfant j ai le sentiment de pouvoir aider le père de mon enfant, je m inquiète pour le père de mon enfant» se situeront entre la partie moyenne inférieure et inférieure de l échelle. Afin d examiner si les mères sont en conflits avec le père de leur enfant, nous ferons une analyse descriptive des moyennes selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les enfants ont des difficultés relationnelles, et avec les autres enfants (Bouchard, 2007 ; Fréjaville, 2003) Les moyennes relatives aux questions «Depuis l incarcération du père de mon enfant la relation avec mon enfant est plus difficile, je m inquiète pour mon enfant ; j ai le sentiment que mon enfant est mal dans sa peau ; j ai le sentiment que mon enfant évite les relations avec les autres enfants» se situeront entre la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. Afin d examiner si les enfants ont des difficultés relationnelles, avec leur mère et avec les autres enfants, nous ferons une analyse descriptive des moyennes selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les enfants sont pris dans un conflit de loyautés (Fréjaville, 2003) Les moyennes relatives aux questions «Votre enfant demande-t-il que vous l accompagniez pour la visite à son père? Votre enfant demande-t-il à visiter son papa plus souvent? Croyez-vous que votre enfant devrait visiter son papa plus souvent, mon enfant me pose beaucoup de questions au sujet de son père» se situeront entre la partie moyenne inférieure et inférieure de l échelle. Les moyennes relatives à la question «Depuis l incarcération du père de mon enfant, j ai le sentiment que mon enfant ne s'intéresse pas à son père» se situeront entre la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. Afin d examiner si les enfants sont pris dans un conflit des loyautés, nous ferons une analyse descriptive des moyennes selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. 65
74 Les mères sont dans une relation de type fusionnelle avec leur enfant (Fréjaville, 2003) Les moyennes relatives aux questions «Depuis l incarcération du père de mon enfant, je partage davantage d activités avec mon enfant, les conflits sont moins fréquents entre moi et mon enfant, je sens que le lien entre mon enfant et moi s est resserré» se situeront entre la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. Afin d examiner si les mères sont dans une relation de type fusionnelle avec leur enfant, nous ferons une analyse descriptive des moyennes selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. b. Hypothèses empiriques secondaires Quels regards les mères portent-elles sur l accompagnement Itinérances? HYPOTHESE 2 La perturbation des liens indirects au lien père-enfant influence la perception que la mère a de l accompagnement Itinérances. Les mères estiment que l accompagnement Itinérances est source de bien-être pour son enfant et le père de son enfant plutôt que pour elles-mêmes Les moyennes relatives aux questions «J ai accepté l aide de la Croix-Rouge parce que c'est bon pour mon enfant, parce que c'est bon pour le père de mon enfant» se situerons dans la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. La moyenne relative à la question «J ai accepté l aide de la Croix-Rouge, parce que c'est bon pour moi» se situera dans la partie moyenne inférieure et inférieure de l échelle. Afin d'examiner si les mères estiment que l accompagnement Itinérances est source de bien-être pour leur enfant et le père de leur enfant plutôt que pour elles-mêmes,
75 nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les mères estiment l accompagnement volontaire plus satisfaisant que leur propre accompagnement pour elle, leur enfant et le père de leur enfant Les effectifs relatifs à la question, «Vous estimez l accompagnement volontaires comme le plus satisfaisant : pour votre enfant, pour le père de votre enfant, pour vousmême», seront supérieurs pour la modalité accompagnement volontaires que pour la modalité accompagnement mère. Afin d examiner si les effectifs relatifs à l accompagnement volontaire sont supérieurs aux effectifs de l accompagnement mère, nous compterons le nombre de réponses des différentes variables. Les mères préfèrent que leur enfant ne soit pas accompagné à la prison avec d autres enfants de familles différentes La moyenne relative à la question, «Si j avais le choix, je préférerais que mon enfant ne soit pas avec des enfants d autres familles, dans la voiture» se situera dans la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. Afin d examiner si les mères préfèrent que leur enfant ne soit pas accompagné à la prison avec d autres enfants de famille différentes, nous ferons une analyse descriptive de la moyenne, selon son niveau sur l échelle d évaluation. Les mères évaluent leurs états émotionnels, dus à la séparation entre elles et leur enfant, plus négativement que pour leur enfant Les moyennes relatives aux questions «Avant le départ de mon enfant à la visite je me sens inquiète, nerveuse» se situeront dans la partie moyenne supérieure ou supérieure de l échelle. 67
76 Les moyennes relatives aux questions «Avant le départ de mon enfant à la visite je me sens contente, confiante, calme» se situeront dans la partie moyenne inférieure ou inférieure de l échelle. Les moyennes relatives aux questions «Avant le départ de mon enfant à la visite mon enfant se sent inquiet, nerveux» se situeront dans la partie moyenne inférieure ou inférieure de l échelle. Les moyennes relatives aux questions «Avant le départ de mon enfant à la visite mon enfant se sent content, confiant, calme» se situeront dans la partie moyenne supérieure ou supérieure de l échelle. Afin d examiner si les mères évaluent leurs états émotionnels, due à la séparation entre elles et leur enfant plus négativement que pour leur enfant, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les enfants ne savent pas que leur père est en prison Le nombre de mère qui répondra Non à la question «Est-ce que votre enfant sait que son papa est en prison» sera plus élevé que le nombre de mère qui répondra Oui. Afin d examiner si les enfants savent ou non que leur père est en prison nous compteront le nombre de Non. Les mères préfèrent que leur enfant ne se rende pas à la visite. La moyenne à la question «J'éprouve des difficultés à autoriser mon enfant à rendre visite à son père en prison» se situera entre la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. La moyenne à la question «Je suis heureuse que mon enfant puisse aller voir son père» se situera entre la partie moyenne inférieure et inférieure de l échelle Afin d examiner si les mères préfèrent que leur enfant ne se rende pas à la visite, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation.
77 Quels regards les mères portent-elles sur les liens enfant-volontaires? HYPOTHESE 3 La perturbation des liens indirects au lien père-enfant perturbe le lien enfant-volontaires et mères-volontaires. Les mères pensent que les volontaires et les enfants ne sont pas dans une relation de proximité réciproque La moyenne relative à la question «Avez-vous l'impression que les volontaires se sentent proches de votre enfant» se situera dans la partie moyenne supérieure de l échelle. La moyenne relative à la question «Avez-vous l'impression que votre enfant se sente proche des volontaires», se situera dans la partie moyenne inférieure de l échelle. Afin dévaluer si la relation de proximité volontaires-enfant n est pas réciproque, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les mères supposent que l enfant parle avec les volontaires plus de lui et de son père que de sa situation familiale Les moyennes relatives aux questions «Vous avez l'impression que votre enfant parle avec les volontaires, du père de l enfant, de lui et de ses activités» seront situées sur la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle d évaluation La moyenne relative à la question «Vous avez l'impression que votre enfant parle avec les volontaires de sa situation familiale» sera située sur la partie moyenne inférieure et inférieure de l échelle Afin d examiner si les mères pensent que leur enfant parle plus de lui et de son père que de sa situation familiale avec les volontaires nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. 69
78 Quels regards les mères portent sur leurs liens avec les volontaires Les mères et les volontaires ont de nombreux échanges Les moyennes relatives aux questions «Lorsque les volontaires viennent chercher l enfant vous avez des échanges avec eux ; Lorsque les volontaires ramènent votre enfant à la maison vous avez des échanges avec eux» se situeront dans la partie moyenne supérieure et supérieures de l échelle. Afin d examiner si les mères et les volontaires ont de nombreux échanges nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les mères parlent davantage avec les volontaires de leur enfant que d elles-mêmes Les moyennes relatives aux questions «Vous parlez avec les volontaires : du comportement de votre enfant pendant le trajet, de la relation de votre enfant avec les volontaires, de ce que votre enfant dit avoir fait avec son père, de votre relation avec votre enfant», se situerons sur la partie moyenne supérieure ou supérieure de l échelle d évaluation. La moyenne relative à la question «Vous parlez avec les volontaires : de votre relation avec le père de votre enfant», se situera dans la partie moyenne inférieure ou inférieure de l échelle d évaluation. Afin d examiner si les mères parlent davantage avec les volontaires de leur enfant que d elles-mêmes, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les mères font des demandes qui dépassent le cadre de la mission des volontaires
79 Le nombre de mères qui répondra Oui à la question «Vous est-il arrivé de demander d'autres services aux volontaires», sera plus élevé que le nombre de mère qui répondra Non. Afin d examiner si les mères font des demandes hors cadres aux volontaires, nous compterons le nombre de Oui à la question.. Les mères sont favorables à une présence plus importante de la part des volontaires auprès d elles. Les moyennes relatives aux questions «Si j avais le choix, je souhaiterais que les volontaires puissent passer un moment avec mon enfant et moi à la maison avant l accompagnement. Si j avais le choix, je souhaiterais que les volontaires puissent passer un moment avec mon enfant et moi à la maison après l accompagnement, Si j avais plus de temps à passer avec les volontaires, je me confierais davantage à eux» se situeront entre la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. Afin d examiner si les mères sont en accord avec la proposition de plus de présence auprès d elles de la part des volontaires, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Regards croisés entre les mères et les volontaires HYPOTHESE 4 Les volontaires sous estiment les enjeux pour la mère de laisser son enfant aller à la visite. Les mères estiment que l accompagnement Itinérances est important pour leur enfant et le père de l enfant, plutôt que pour elles-mêmes tandis que les volontaires estiment que l accompagnement Itinérances est aussi important pour l enfant, son père et sa mère Les moyennes relatives aux questions «Avez-vous le sentiment que l accompagnement de votre enfant par les volontaires est important, pour votre enfant», se situerons dans la partie moyenne supérieure ou supérieure de l échelle. La moyenne 71
80 relative à la question «Avez-vous le sentiment que l accompagnement de votre enfant par les volontaires est important pour moi», se situera dans la partie moyenne inférieure ou inférieure de l échelle. Afin d'examiner si les mères estiment que l accompagnement Itinérances est important pour son enfant et le père de l enfant, plutôt que pour elles-mêmes, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. Les moyennes relatives aux questions «Avez-vous le sentiment que l accompagnement de l enfant est important, pour lui enfant, pour sa mère et pour son père 8» se situeront dans la partie moyenne supérieure ou supérieure de l échelle. Afin d examiner si les volontaires estiment que l accompagnement est aussi important pour les mères, leur enfant et le père de leur enfant et si les mères estiment que l accompagnement Itinérances est plus important pour leur enfant et le père de leur enfant que pour elles-mêmes, nous ferons une analyse descriptive des moyennes. HYPOTHESE 5 Les volontaires sont dans un rapport de loyauté vis-à-vis de l enfant. Les mères souhaitent parler de la visite enfant-parent, avec les volontaires, tandis que les volontaires ne le souhaitent pas La moyenne relative à la question «Lorsque que vous raccompagnez l enfant à son domicile vous parler avec la mère de ce que l enfant dit avoir fait avec son père» se situera dans la partie inférieure ou moyenne inférieure de l échelle. La moyenne relative à la question «Lorsque que les volontaires raccompagnent votre l enfant chez vous, vous parler avec les volontaires de ce que l enfant dit avoir fait avec son père» se situera dans la partie moyenne supérieure ou supérieure de l échelle. Afin d'examiner si les mères souhaitent parler de la visite enfant-parent avec les mères et non les volontaires, nous ferons une analyse descriptive des moyennes, selon leurs niveaux sur l échelle d évaluation. 8 Question relative au questionnaire de M. Enric Artès Closa (voir p. 57)
81 Nous allons désormais présenter les résultats relatifs aux hypothèses secondaires théoriques concernant la perturbation des liens familiaux : crise familiale et solitude dans l éducation de leur enfant, perturbation du lien dans le couple parental, du lien mèreenfant, du lien de l enfant avec les autres enfants, de la relation de l enfant à lui-même, du lien père-enfant. Puis nous présenterons les résultats relatifs aux hypothèses secondaires empiriques concernant le regard des mères sur l accompagnement, leur satisfaction par rapport à l accompagnement, les liens mèresŕvolontaires et enfants-volontaires, la perception du rôle des volontaires et enfin le regard croisé mères-volontaires. Lorsque l hypothèse sera partiellement vérifiée nous distinguerons les résultats qui infirment l hypothèse des résultats qui la confirment, en fonction des seuils qualitatifs que nous avons créé, à partir des échelles d évaluation. CHAPITRE 9 : Présentation des résultats I. La perturbation des liens familiaux 1. Les mères souffrent d une précarité économique, sociale et éducative. o L hypothèse selon laquelle les mères souffrent d une précarité économique, sociale et éducative est vérifiée. 73
82 Source de revenus Chômage CPAS Autres Employée Ouvrière Situation économique depuis l incarcération Moins bonne Meilleure La même Revenus mensuels Moins de 1000 Entre 1000 et Plus de 1500 Euros 1500 Euros Enseignement Enseignement secondaire inférieur Enseignement primaire Enseignement supérieur non universitaire J ai accepté l aide de la Croix-rouge Moyenne Ecart-type Je n ai pas l argent, le temps ou moyen de transport 4,50 2,6 Je travaille 2,50 2,6 La moyenne relative à l item «Je n ai pas le temps, l argent ou le moyen de transport se situe dans la partie moyenne supérieure. En effet, M : 4,50. Les mères sont d accord avec le fait qu elles aient fait appel à la Croix-Rouge parce qu elles n ont pas le temps, l argent ou le moyen de transport. La moyenne relative à l item «Je travaille» se situe dans la partie inférieure de l échelle. En effet, M : 2,50. Les mères ne sont plutôt pas d accord avec le fait qu elles aient fait appel à la Croix-Rouge parce qu elles travaillent. L effectif de l item relatif aux «Revenus mensuels» montre que toutes les mères ont un revenu inférieur à 1500 Euros. En effet, 11 mères perçoivent moins que 1000 Euros par mois et 5 entre 1000 et 1500 Euros. L effectif de l item relatif à la «Situation économique» depuis l incarcération du père de leur enfant montre qu une majorité de mères ont une situation économique moins bonne. En effet, 6 mères ont une situation financière moins bonne depuis l arrestation du père de leur enfant, 5 mères une situation économique identique et 5 autres mères, meilleure.
83 L effectif de l item relatif aux «Sources de revenus» montre que le nombre de mère qui perçoit des revenus de remplacements est plus important que le nombre de mère qui travaille. En effet, la majorité des mères sont au chômage (8), 2 mères bénéficient du CPAS et de la mutuelle, 1 mère est employée, et une autre ouvrière. 2 mères se situent dans la case Autre sans apporter plus de précisions. L effectif de l item relatif au «Niveau d étude» montre qu aucune mère n a un niveau d étude supérieur. En effet, 3 mères ont terminé leurs études au niveau de l enseignement primaire, 1 au niveau de l enseignement supérieur non universitaire, et 10 au niveau de l enseignement secondaire inférieur. 2. Crise familiale et solitude dans l éducation de leur enfant o L hypothèse selon laquelle, les mères se sentent seules pour élever leurs enfants est partiellement vérifiée. J ai accepté l aide de la Croix-rouge parce que : Moyenne Ecart-type Je n ai pas de proches à qui le demander 4,94 2,8 Depuis l incarcération du père de l enfant : J ai le sentiment d avoir seul la responsabilité de 5,60 2,2 l enfant Profiter de la vie lui est plus difficile 4,80 2,6 Ma famille s est rapprochée d elle et de son enfant 4,73 2,5 Je me sens seule 4 2,8 Mes amis sont plus distants 3,53 2,7 Résultats qui confirment l hypothèse La moyenne relative à l item «J ai le sentiment d avoir seul la responsabilité de mon enfant»» se situe dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 5,6. Les mères sont plutôt tout à fait d accord avec le fait d avoir le sentiment d avoir seul la responsabilité de leur enfant, depuis l arrestation du père de leur enfant 75
84 La moyenne relative à l item «J ai accepté l aide de la Croix-Rouge parce que je n ai pas de proches à qui le demander» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,94. Les mères sont en accord avec le fait qu elles n ont pas de proche à qui demander de conduire leur enfant à la prison. La moyenne de l item «Profiter de la vie met plus difficile» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,80. Les mères sont en accord avec le fait que profiter de la vie leur est plus difficile, depuis l arrestation du père de leur enfant. Résultats qui infirment l hypothèse La moyenne de l item «Ma famille s est rapprochée de moi et de mon enfant»» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,73. Les mères sont en accord avec le fait que leur famille élargie se soit rapprochée d elles et de leur enfant, depuis l arrestation du père de leur enfant. La moyenne de l item «Mes amis sont plus distants» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle de l échelle. En effet, M : 3,53. Les mères sont plutôt d accord avec le fait que leurs amis soient plus distants, depuis l arrestation du père de leur enfant. 3. Perturbation du lien dans le couple parental o L hypothèse selon laquelle, les mères sont séparées du père de leur enfant, est vérifiée. Etat civil Mariée Mariée pas Divorcée Célibataire Veuve Concubinage Avec le père de l enfant avec le père de l enfant Effectifs L effectif de l item «Etat civil» montre que le nombre de mère qui n est pas «Mariée» avec le père de leur enfant, ou bien «Divorcée», «Séparée», ou «Célibataire» est plus élevé que le nombre de mère encore mariée avec le père de leur
85 enfant. En effet, 1 mère est mariée avec le père de son enfant, 6 mères sont célibataires, 2 mères sont en concubinage, 4 ont divorcé, 2 sont mariées mais avec un autre homme que le père de leur enfant et 1 est veuve. 1 mère dit avoir été mariée et 2 disent être mariée sans préciser si c est avec le père de l enfant ou non. o L hypothèse selon laquelle les mères sont en conflits avec le père n est pas vérifiée. Moyenne Ecart-type Elle s inquiète pour le père de son enfant 4,78 2,4 A le sentiment de pouvoir aider le père de son enfant 4,87 2,8 La moyenne de l item : «J ai le sentiment de pouvoir aider le père de son enfant» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,87. Les mères sont d accord avec le fait qu elles aient le sentiment de pouvoir aider le père de leur enfant. La moyenne de l item : «Je suis inquiète pour le père de mon enfant» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,77. Les mères sont en accord avec le fait qu elles s inquiètent pour le père de leur enfant. 4. Perturbation du lien mère-enfant, de l enfant à lui-même et avec les autres enfants o L hypothèse selon laquelle les enfants ont des difficultés relationnelles, avec leur mère et avec les autres enfants n est pas vérifiée. Depuis l arrestation du père de son enfant J ai le sentiment que son enfant est mal dans sa peau Je m inquiète pour mon enfant La relation avec mon enfant est plus difficile Que mon enfant évite les relations avec les autres enfants Moyenne 3,25 3,87 3,31 1,44 Ecart-type 2,5 2,6 2,8 1,2 La moyenne relative à l item «Depuis l incarcération du père de mon enfant j ai le sentiment que mon enfant évite les relations avec les autres enfants», se situe dans la 77
86 partie inférieure de l échelle. En effet, M : 1,44. Les mères ne sont pas du tout en accord avec le fait qu elles ont le sentiment que leur enfant évite les relations avec les autres enfants, depuis l incarcération du père de leur enfant. La moyenne relative à l item «Depuis l incarcération du père de mon enfant j ai le sentiment que mon enfant est mal dans sa peau» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : 3,25. Les mères sont plutôt d accord avec le fait qu elles aient le sentiment que leur enfant est mal dans sa peau, depuis l incarcération du père de leur enfant. La moyenne relative à l item «Depuis l incarcération du père de mon enfant la relation avec mon enfant est plus difficile», se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : 3,31. Les mères sont plutôt en accord avec le fait que les relations entre elles et leur enfant sont plus difficiles, depuis l arrestation du père de leur enfant. La moyenne relative à l item «Je m inquiète pour mon enfant» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : 3,87. Les mères sont plutôt en accord avec le fait qu elles s inquiètent pour leur enfant, depuis l incarcération du père de leur enfant. o L hypothèse selon laquelle les mères sont dans une relation de type fusionnelle avec leur enfant est partiellement vérifiée Elle partage plus Le lien entre elle est son enfant Les conflits sont moins fréquents d activité avec son s est resserré entre elle et son enfant enfant Moyennes 5,07 4,44 3,93 Ecart-type 2,4 2,6 2,52 Résultats qui confirment l hypothèse La moyenne relative à l item «Depuis l incarcération du père de mon enfant, je partage davantage d activités avec mon enfant» se situe dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 5,07. Les mères sont plutôt tout à fait d accord avec le fait qu elles partagent plus d activités avec leur enfant, depuis l incarcération du père de leur enfant.
87 Les moyennes relatives à l item «Je sens que le lien entre mon enfant et moi s est resserré» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,44. Les mères sont d accord avec le fait les liens se resserrent entre elle et leur enfant, depuis l incarcération du père de leur enfant. Résultats qui infirment l hypothèse La moyenne relative à l item «Les conflits sont moins fréquents entre elle et son enfant» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : 3,93. Les mères sont plutôt d accord avec le fait que les conflits soient moins fréquents entre elles et leur enfant, depuis l arrestation du père de leur enfant. 5. Perturbation du lien père-enfant o L hypothèse selon laquelle, les enfants sont pris dans un conflit des loyautés n est pas vérifiée. Moyenne Ecart-type L enfant demande à visiter son père plus souvent 4,88 2,6 Son enfant lui pose beaucoup de questions au sujet de son 4,73 2,4 père La mère pense que son enfant devrait visiter son père plus 4,53 2,6 souvent A le sentiment que son enfant ne s intéresse pas à son père 2,06 1,7 Son enfant se rapproche de son père 4,40 2,3 La moyenne relative à la question «Depuis l incarcération du père de mon enfant, j ai le sentiment que mon enfant ne s intéresse pas à son père» se situe dans la partie inférieure de l échelle. En effet, M : 2,60. Les mères ne sont plutôt pas d accord avec le fait que leur enfant se désintéresse de leur père. La moyenne relative à l item «Votre enfant demande-t-il à visiter son papa plus souvent?» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,48. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant demande à visiter leur père plus souvent. 79
88 La moyenne relative à l item «Croyez-vous que votre enfant devrait visiter son papa plus souvent», se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,53. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant devrait voir leur père plus souvent. La moyenne relative à l item «Mon enfant me pose beaucoup de questions au sujet de son père» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,73. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant lui pose régulièrement des questions au sujet de son père, depuis l incarcération de leur père. La moyenne relative à l item «Depuis l incarcération du père de mon enfant, j ai le sentiment que mon enfant se rapproche de son père» se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,40. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant se rapproche de leur père, depuis son incarcération. II. Accompagnement Itinérances 1. Regards des mères sur l accompagnement Itinérances? o L hypothèse selon laquelle, les mères préfèrent que leur enfant ne se rende pas à la visite n est pas vérifiée. Moyenne Ecart-type Elle est heureuse que son enfant puisse aller voir son père 5,81 2, 1 Elle éprouve des difficultés à autoriser son enfant à rendre 2,44 2,3 visite à son père La moyenne relative à l item «Je suis heureuse que son enfant aille voir son père» se situe dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 5,81. Les mères sont tout à fait en accord avec le fait d être heureuse que leur enfant aille à la visite. La moyenne relative à l item «J éprouve des difficultés à autoriser son enfant à rendre visite à son père» se situe dans la partie inférieure de l échelle. En effet, M : 2,44. Les mères ne sont plutôt pas d accord avec le fait d éprouver des difficultés à autoriser leur enfant à aller à la visite.
89 o L hypothèse selon laquelle les mères estiment que l accompagnement Itinérances est source de bien-être pour son enfant et le père de son enfant plutôt que pour elles-mêmes n est pas vérifiée. Moyenne Ecart-type C est bon pour le père de mon enfant 6,33 1,6 C est pour mon enfant 6,13 1,7 C est bon pour moi 5,60 2,1 On observe par l analyse descriptive des moyennes relatives aux items «C est bon pour mon enfant, le père de mon enfant» se situe dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 6,33 ; 6,13 pour le père, l enfant respectivement. Les mères sont tout à fait d accord avec le fait qu elles aient accepté l aide de la Croix-Rouge parce que l accompagnement Itinérances est bon pour son enfant, et le père de son enfant. On observe par l analyse descriptive de la moyenne relative à l item «C est bon pour moi» se situe dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 5,60. Les mères sont plutôt tout à fait d accord avec le fait qu elles aient accepté l aide de la Croix-Rouge parce que l accompagnement Itinérances est bon pour elles. Les mères estiment que l accompagnement Croix-Rouge est aussi bon pour son enfant, le père de son enfant que pour elles-mêmes. o L hypothèse selon laquelle, les enfants ne savent pas que leur père est en prison n est pas vérifiée. Les enfants des mères de notre échantillon sont au courant de la situation d incarcération de leur père. En effet, une seule mère de notre échantillon a répondu Non à la question «Est-ce que votre enfant sait que son papa est en prison?». L enfant dont il s agit a deux ans. 81
90 2. Satisfaction par rapport à l accompagnement o L hypothèse selon laquelle les mères estiment l accompagnement volontaire plus satisfaisant que leur propre accompagnement pour elle, leur enfant et le père de leur enfant est vérifiée. Accompagnement le plus Son enfant Le père Elle-même satisfaisant pour : Effectif Son accompagnement Accompagnement volontaires Les deux La majorité des mères considèrent l «Accompagnement volontaire» comme plus satisfaisant autant pour son enfant, que «Pour le père de son enfant» que «Pour ellemême». En effet, E 9 : 8, 8, 10, pour leur enfant, pour le père de leur enfant, et pour ellesmêmes. Les mères estiment l accompagnement volontaire comme plus satisfaisant pour elles, leur enfant et le père de leur enfant. On observe toutefois qu un plus grand nombre de mères se prononcent en faveur de l accompagnement volontaire pour elles-mêmes, et 4 mères qui se prononcent en faveur des deux accompagnements (mère ou volontaires) lorsqu il s agit de se mettre à la place de l enfant. o L hypothèse selon laquelle, les mères préfèrent que leur enfant ne soit pas accompagné par la Croix-Rouge avec d autres enfants de familles différentes n est pas vérifiée. Je préfèrerais que mon enfant ne soit pas accompagné avec des enfants d autres familles Moyenne 2,88 2,1 Ecart-type 9 Effectif : nombre de réponse
91 On observe par l analyse descriptive de la moyenne relative à l item «Enfant d autres familles» se situe dans la partie inférieure de l échelle. En effet, M : 2,88. Les mères ne préfèrent pas que leur enfant soit accompagné à la prison avec d autres enfants de familles différentes. En effet, les mères ne sont plutôt pas du tout d accord avec le fait qu elles préfèrent que leur enfant soit accompagné à la prison sans la présence d autres enfants de famille différentes dans la voiture. o L hypothèse selon laquelle, les mères évaluent leurs états émotionnels, due à la séparation entre elles et leur enfant, plus négativement que pour leur enfant n est pas vérifiée. Moyenne et Ecart-type Mère Enfant Etats émotionnels inquiétude 2.93 (2,4) (0,9) calme 4.80 (2,5) 5.60 (2) nervosité 2.14 (1,8) 2.50 (1,9) content 5.20 (1,8) 6.43 (1) confiance 6.24 (1,3) 6.60 (1) On observe par l analyse descriptive des moyennes relatives à l item «Mère ; inquiète et nerveuse» que les moyennes se situent dans la partie inférieure de l échelle. En effet, M : 2,93 ; 2,14 pour l inquiétude et la nervosité respectivement. On observe par l analyse descriptive des moyennes relatives à l item «Mère ; confiante, contente et calme» que les moyennes se situent dans la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. En effet, M : 6,24 ; 5,20 ; 4,80 pour la confiance, le fait d être contente et calme respectivement. Les mères ne sont plutôt pas du tout d accord avec le fait d être inquiète et nerveuse au moment du départ à la visite. Les mères sont tout à fait d accord avec le fait d être confiantes au moment du départ à la visite, et plutôt tout à fait d accord avec le fait d être contente et d accord avec le fait d être calme. 10 Les chiffres entre parenthèses sont les écart-types. 83
92 On observe par l analyse descriptive des moyennes relatives à l item «Enfant ; inquiet et nerveux» que les moyennes se situent dans la partie inférieure de l échelle. En effet, M : 1,4 ; 2,50 pour l inquiétude et la nervosité respectivement. On observe par l analyse descriptive des moyennes relatives à l item «Enfant ; confiant, content et calme» que les moyennes se situent dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 6,60 ; 6,43 ; 5,60 pour la confiance, le fait d être content et calme respectivement. Les mères ne sont pas du tout d accord avec le fait que leur enfant soit inquiet au moment du départ, plutôt pas du tout d accord avec le fait qu il soit nerveux. Les mères sont tout à fait d accord avec le fait que leur enfant soit confiant et content au moment du départ à la visite, et plutôt tout à fait d accord avec le fait qu il soit calme. Les mères n évaluent pas leurs états émotionnels, dus à la séparation entre elles et leur enfant, plus négativement que pour leur enfant. On peut toutefois noter la tendance qu on les mères à noter plus positivement l état émotionnel de l enfant. Elle ont noté plus positivement les items positifs (par exemple : «confiant») et plus négativement les items négatifs (par exemple : «nerveux») pour leur enfant que pour elles-mêmes. 3. Lien enfant-volontaires o L hypothèse selon laquelle les mères pensent que leur enfant parle davantage aux volontaires de son père et de lui et de ses activités que de sa situation familiale est vérifiée. Moyenne et Ecart-Type L enfant et les volontaires parlent de : Du père de l enfant 4,29 (2) 11 De l enfant et de ses activités 4,33 (2,2) Situation familiale 3,29 (2) On observe par l analyse descriptive des moyennes que celles concernant les thèmes «Père de l enfant» et de «L enfant et de ses activités» se situent dans la partie 11 Les chiffres entre parenthèse sont les écarts-types.
93 moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,29 et 4,33. On observe par l analyse descriptive de la moyenne concernant le thème «Situation familiale» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : 3,29. Les mères estiment que leur enfant parle avec les volontaires plus souvent de lui et de son père que de sa situation familiale. En effet, les mères estiment que les enfants et les volontaires parlent ensemble souvent, du père de l enfant et de l enfant et de ses activités. Les mères estiment que les enfants et les volontaires parlent ensemble quelques fois de la situation familiale de l enfant. o L hypothèse selon laquelle les mères estiment que la relation de proximité entre l enfant et les volontaires n est pas réciproque n est pas vérifiée. Vous avez le sentiment que : Les volontaires se sentent proches de l enfant 6,33 (1,2) L enfant se sent proche des volontaires 6,13 (1,2) On observe par l analyse descriptive des moyennes relative aux items «L enfant se sent proche des volontaires» et «Les volontaires se sentent proches de l enfant» qu elles se situent dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 6,33 ; 6,13. Les mères estiment que la relation de proximité entre l enfant et les volontaires est réciproque. En effet, les mères sont tout à fait d accord avec le fait que les volontaires et les enfants se sentent proches les uns des autres. 4. Lien mères-volontaires o L hypothèse selon laquelle, les mères et les volontaires ont de nombreux échanges est vérifiée. 85
94 Mères Moyenne Ecart-type MM Echanges à l aller 6,07 1,792 Echanges au retour 5,94 1,731 On observe par l analyse descriptive des moyennes relative aux items «Echanges entre mères et volontaires, au départ et au retour de la visite» que les moyennes se situent dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 6,07 ; 5,94 pour le départ et le retour respectivement. Les mères estiment qu elles ont toujours des échanges avec les volontaires avant et après la visite. o L hypothèse selon laquelle les mères parlent avec les volontaires autant d elles que de leur enfant n est pas vérifiée. Mères Moyenne Ecart-type Vous parlez avec les volontaires de : Comportement de l enfant 5, 67 1,8 Relation enfant-volontaire 5,62 1,7 De la visite 4,73 2,6 Relation mère-enfant 4,47 2,5 Relation mère-père de l enfant 3,47 2,4 L analyse descriptive des moyennes a révélé que les moyennes relatives aux thèmes «Comportement de l enfant» et «Relation de l enfant avec les volontaires» se situent dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 5,67 ; 5,62. Les mères estiment qu elles parlent souvent avec les volontaires du comportement de l enfant et de la relation de l enfant avec les volontaires. L analyse descriptive des moyennes a révélé que les moyennes relatives à la «Visite», et aux «Relations mère-enfant» se situent dans la partie moyenne supérieure
95 de l échelle. En effet, M : 4,73 ; 4,47. Les mères estiment qu elles parlent assez souvent avec les volontaires de la visite et de sa relation avec son enfant L analyse descriptive des moyennes a révélé que la moyenne relative à l item «De ma relation avec le père de l enfant» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : Les mères estiment qu elles parlent quelques fois avec les volontaires de ses relations avec le père de leur enfant. Les mères ne parlent pas autant d elles que de leur enfant avec les volontaires. o L hypothèse selon laquelle, les mères font des demandes qui dépassent le cadre de la mission des volontaires n est pas vérifiée Nous n avons comptabilisé aucun Oui à la question «Vous est-il arrivé de demander d'autres services aux volontaires?». Les mères n adressent pas de demande hors cadre aux volontaires en leur demandant d autres services. o L hypothèse selon laquelle, les mères seront favorables à une présence plus importante de la part des volontaires auprès d elles est partiellement vérifiée. Moyennes Ecart-type Se confieraient davantage aux volontaires 4,56 2,6 Passer un moment avec les volontaires au retour 3,81 2,4 Passer un moment avec les volontaires avant le départ 3,56 2,4 Résultats qui confirment l hypothèse On observe par l analyse descriptive des moyennes, relatives à ce que les mères souhaiteraient si elles avaient plus de temps à passer avec les volontaires, qu elles varient entre la partie moyenne inférieure de l échelle et la moyenne supérieure. En effet, M : 3,56 ; 3,81 ; 4,56. L item «Je me confierais davantage aux volontaires si j avais plus de temps à passer avec eux» se situe sur la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,56. Les mères sont en accord avec le fait de se confier aux volontaires, si elles avaient plus de temps à passer avec eux. 87
96 Résultats qui infirment l hypothèse La moyenne de l item «Passer un moment avec les volontaire au retour de la visite» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : 3,81. La moyenne de l item «Passer un moment avec les volontaire avant le départ à la visite» se situe dans la partie moyenne inférieure de l échelle. En effet, M : 3,56. Les mères sont plutôt en accord avec le fait de passer plus de temps avec les volontaires avant et après la visite. III. Regards croisés mères-volontaires 1. Loyauté des volontaires vis-à-vis de l enfant o L hypothèse selon lesquelles les mères souhaitent parler de la visite enfant-parent avec les volontaires alors que les volontaires ne le souhaitent pas est vérifiée. Moyenne Ecart-type Mères Volontaires 12 Mères Volontaires Vous parlez ensemble de : De la visite 4,73 2,29 2,6 1,9 On observe par l analyse descriptive des moyennes, relatives à l item «Visite» que la moyenne des mères se situe dans la partie moyenne supérieure de l échelle. En effet, M : 4,73. On observe par l analyse descriptive des moyennes, relatives à l item «visite» que la moyenne des volontaires se situe dans la partie inférieure de l échelle. En effet, M : 2,29. La mère et les volontaires n estiment pas à la même fréquence à laquelle ils parlent ensemble de la visite. En effet, les volontaires estiment parler rarement de la visite avec les mères alors que les mères estiment qu ils en parlent souvent ensembles. 12 Résultats relatifs aux données de M. Enric Artès Closa (cf «Note de bas de page» p. 57)
97 2. Les enjeux de la visite pour la mère o L hypothèse selon laquelle, les mères estiment que l accompagnement Itinérances est important pour leur enfant et le père de leur enfant, plutôt que pour ellesmêmes n est pas vérifiée. o L hypothèse selon laquelle les volontaires estiment que l accompagnement Itinérances est aussi important pour l enfant, son père et sa mère est vérifiée. Mères Moyenne Ecart-type Volontaires 13 Moyennes Ecart- Type L enfant 6,35 1,5 5,97 1,3 Le père incarcéré 5,82 2,2 5,79 2 La mère 5,88 1,7 4,69 1,3 On observe par l analyse descriptive des moyennes relatives aux items «C est important pour mon enfant, le père de mon enfant» se situe dans la partie supérieure de l échelle. En effet, M : 5,82 ; 6,35 ; 5,88 pour le père et l enfant et les mères respectivement. Les mères sont tout à fait en accord avec le fait que l accompagnement est important pour leur enfant et plutôt tout à fait en accord avec le fait que l accompagnement est important pour elles et le père de leur enfant. L accompagnement Itinérances est aussi important pour l enfant, le père de l enfant et sa mère du point de vue des mères. On observe par l analyse descriptive des moyennes relatives aux items «C est important pour l enfant, le père de l enfant et la mère» se situe dans la partie moyenne supérieure et supérieure de l échelle. En effet, M : 5,82 ; 6,35 ; 4,69 pour le père, l enfant et la mère respectivement. L accompagnement est aussi important pour l enfant et le père de l enfant du point de vue des volontaires. En effet, les volontaires sont d accord avec le fait que l accompagnement est important pour la mère, plutôt tout à fait d accord pour le père de l enfant, et tout à fait d accord pour l enfant. Toutefois on peut noter une 13 Résultats relatifs aux données de M. Enric Artès Closa (cf «Note de bas de page» p.57) 89
98 tendance chez les volontaires à estimer l accompagnement moins important pour les mères. Dans la première partie de la discussion de nos résultats, nous résumerons nos résultats qui confirment ou qui infirment nos hypothèses. Nous commencerons par résumer les résultats relatifs aux hypothèses théoriques concernant la perturbation des liens familiaux : crise familiale et solitude dans l éducation de leur enfant, perturbation du lien dans le couple parental, du lien mère-enfant, du lien de l enfant avec les autres enfants, de la relation de l enfant à lui-même, du lien père-enfant. Puis nous résumerons les résultats relatifs aux hypothèses empiriques concernant le regard des mères sur l accompagnement, leur satisfaction par rapport à l accompagnement, les liens mèresvolontaires et enfants-volontaires, la perception du rôle des volontaires et enfin le regard croisé mères-volontaires. Dans une deuxième partie, nous interpréterons les résultats à l aide d un retour à la théorie pour les expliquer et proposer des hypothèses. Nous rapporterons le résultat selon lequel les mères de notre échantillon soutiennent les relations et le lien père-enfant malgré la perturbation de certains liens familiaux. Nous nous servirons des approches théoriques de Bouchard, de Neuburger, de Winnicott, de Ducousso-Lacaze, de Fréjaville et de Lacan, pour expliquer ce résultat. Puis les résultats sur l accompagnement Itinérances nous permettrons de mettre à l épreuve de la théorie les hypothèses selon lesquelles le volontaire est une figure symbolique dans la relation mère-enfant, un soutien à la fonction parentale, une aide à la symbolisation du père et une figure d attachement pour l enfant. Nous les mettrons à l épreuve notamment des théories de Bouregba, Hurstel, Bowlby, et de ses successeurs. Enfin nous proposerons une série de questionnements sur les fonctions du père à l épreuve de l incarcération, en nous attachant plus particulièrement à deux configurations possibles du lien père-enfant en fonction de l âge de l enfant, et de la qualité de la relation père-enfant avant l incarcération. Nous verrons comment se passe l intégration des liens de la figure paternelle et en quoi l incarcération peut la compromettre, à travers les théories de Guyotat, Dayan, Bouregba, Duret, Delage et Neuburger.
99 Dans une troisième partie, nous aborderons les critiques méthodologiques et proposerons des explications concernant le peu de questionnaire qui nous a été retourné. Nous critiquerons nos hypothèses, le questionnaire dans son fond et dans sa forme ainsi que le mode d analyse des résultats. CHAPITRE 10 : Résumé des résultats I. La perturbation des liens familiaux o Hypothèses vérifiées Les mères souffrent d une précarité économique, sociale et éducative (Bouchard, 2007 ; Murray, 2008 : Lafortune, 2005) Les mères sont d accord avec le fait qu elles aient fait appel à la Croix-Rouge parce qu elles n ont pas le temps, l argent ou le moyen de transport. Les mères ne sont plutôt pas d accord avec le fait qu elles aient fait appel à la Croix-Rouge parce qu elles travaillent. Les mères perçoivent peu d argent tous les mois La situation économique est majoritairement moins bonne ou la même depuis l incarcération du père de leur enfant. Une minorité de mères travaillent. La majorité des mères ont un niveau d enseignement secondaire inférieur. Les mères sont séparées du père de leur enfant (Hairston, 2001; Tripp, 2009) La majorité des mères sont séparées du père de leur enfant. 91
100 o Hypothèses partiellement vérifiées Les mères sont dans une période de solitude et de crise familiale (Lafortune, 2005 ; Bouchard, 2007) Les mères sont plutôt tout à fait d accord avec le fait d avoir le sentiment d avoir seule la responsabilité de leur enfant, depuis l arrestation du père de leur enfant. Les mères sont en accord avec le fait qu elles n ont pas de proche à qui demander de conduire leur enfant à la prison. Les mères sont en accord avec le fait que profiter de la vie leur est plus difficile, depuis l arrestation du père de leur enfant. Les mères sont en accord avec le fait que leur famille élargie se soit rapprochée d elles et de leur enfant, depuis l arrestation du père de leur enfant. Les mères sont plutôt d accord avec le fait que leurs amis soient plus distants, depuis l arrestation du père de leur enfant. o Hypothèses non vérifiées Les mères sont en conflits avec le père de leur enfant (Bouregba, 2007, Lafortune, 2005 ; Bouchard, 2007 ; Tripp, 2009) Les mères sont d accord avec le fait qu elles aient le sentiment de pouvoir aider le père de leur enfant. Les mères sont en accord avec le fait qu elles s inquiètent pour le père de leur enfant. Les enfants sont pris dans un conflit des loyautés (Fréjaville, 2003)
101 Les mères sont plutôt tout à fait d accord avec le fait que leur enfant s intéresse à leur père. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant demande à visiter leur père plus souvent. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant devrait voir leur père plus souvent. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant lui pose régulièrement des questions au sujet de son père, depuis l incarcération de leur père. Les mères sont en accord avec le fait que leur enfant se rapproche de leur père, depuis son incarcération. Les enfants ont des difficultés relationnelles, avec leur mère et les autres enfants (Bouchard, 2007 ; Fréjaville, 2003) Les mères ne sont pas du tout en accord avec le fait qu elles ont le sentiment que leur enfant évite les relations avec les autres enfants, depuis l incarcération du père de leur enfant. Les mères sont plutôt d accord avec le fait qu elles aient le sentiment que leur enfant est mal dans sa peau, depuis l incarcération du père de leur enfant. Les mères sont plutôt d accord avec le fait qu elles s inquiètent pour leur enfant, depuis l incarcération du père de leur enfant. Les mères sont plutôt d accord avec le fait que les relations entre elles et leur enfant sont plus difficiles, depuis l arrestation du père de leur enfant. II. Accompagnement Itinérances o Hypothèses vérifiées Les mères supposent que l enfant parle davantage de lui et de son père avec les volontaires que de sa situation familiale. 93
102 Les mères estiment que les enfants et les volontaires parlent ensemble souvent du père de l enfant et de l enfant et de ses activités et quelques fois de la situation familiale de l enfant. Les mères estiment l accompagnement volontaire plus satisfaisant que leur propre accompagnement pour elle, leur enfant et le père de leur enfant. Les mères estiment l accompagnement volontaire plus satisfaisant que leur propre accompagnement pour elle, leur enfant et le père de leur enfant. Les mères et les volontaires ont de nombreux échanges. Les mères estiment qu elles ont toujours des échanges avec les volontaires au départ et souvent au retour de la visite. o Hypothèses partiellement vérifiées Les mères sont favorables à une présence plus importante de la part des volontaires auprès d elles. Les mères estiment qu elles ont toujours des échanges avec les volontaires au départ et souvent au retour de la visite Les mères sont en accord avec le fait de se confier aux volontaires, si elles avaient plus de temps à passer avec eux. Les mères sont plutôt en accord avec le fait de passer plus de temps avec les volontaires avant et après la visite. o Hypothèses non vérifiées Les mères estiment que l accompagnement Itinérances est source de bien-être pour son enfant et le père de son enfant plutôt que pour elles-mêmes.
103 Les mères sont tout à fait d accord avec le fait qu elles aient accepté l aide de la Croix-Rouge parce que l accompagnement Itinérances est bon pour son enfant, et le père de son enfant. Elles sont plutôt tout à fait d accord avec le fait qu elles aient accepté l aide de la Croix-Rouge parce que l accompagnement Itinérances est bon pour elles. Les mères pensent que les volontaires et les enfants ne sont pas dans une relation de proximité réciproque Les mères sont tout à fait d accord avec le fait que les volontaires et les enfants se sentent proches les uns des autres. Les mères préfèrent que leur enfant ne se rende pas à la visite. Les mères sont tout à fait en accord avec le fait d être heureuse que leur enfant aille à la visite. Les mères ne sont plutôt pas d accord avec le fait d éprouver des difficultés à autoriser leur enfant à aller à la visite. Les mères préfèrent que leur enfant ne soit pas accompagné par la Croix-Rouge avec d autres enfants de familles différentes. Les mères ne sont plutôt pas du tout d accord avec le fait qu elles préfèrent que leur enfant soit accompagné à la prison sans la présence d autres enfants de famille différentes dans la voiture. Les mères évaluent leurs états émotionnels, dus à la séparation entre elles et leur enfant, plus négativement que pour leur enfant. Les mères n évaluent pas leurs états émotionnels, due à la séparation entre elles et leur enfant, plus négativement que pour leur enfant. On peut toutefois noter la tendance 95
104 qu on les mères à noter plus positivement l état émotionnel de l enfant. Elles ont noté plus positivement les items positifs (par exemple : «confiant») et plus négativement les items négatifs (par exemple : «nerveux») pour leur enfant. Les mères parlent autant d elles aux volontaires que de l enfant. Les mères estiment qu elles parlent souvent avec les volontaires, du comportement de l enfant et de la relation de l enfant avec les volontaires, assez souvent de la visite, de sa relation avec son enfant et quelques fois de ses relations avec le père de leur enfant. Les mères font des demandes qui dépassent le cadre de la mission des volontaires Les mères n adressent pas de demande hors cadre aux volontaires en leur demandant d autres services. Les enfants ne savent pas que leur père est en prison. Les enfants sont au courant de la situation d incarcération de leur père. III. Regards croisés Mères/Volontaires o Hypothèse vérifiée Les mères estiment parler de la visite de l enfant à son père avec les volontaires et les volontaires estiment ne pas parler de la visite de l enfant à son père avec les mères sont vérifiées. Les volontaires estiment parler rarement de la visite avec les mères alors que les mères estiment qu ils en parlent souvent ensemble.
105 o Hypothèse non vérifiée Les volontaires estiment que l accompagnement Itinérances est aussi important pour l enfant, son père et sa mère, tandis que les mères estiment que l accompagnement Itinérances est important pour leur enfant et le père de leur enfant, plutôt que pour ellesmêmes. Les mères sont tout à fait en accord avec le fait que l accompagnement est important pour leur enfant. Elles sont plutôt tout à fait en accord avec le fait que l accompagnement est important pour elles et le père de leur enfant. Les volontaires sont plutôt tout à fait d accord avec le fait que l accompagnement est important pour l enfant. Ils sont d accord avec le fait que l accompagnement est important pour le père et la mère de l enfant. Toutefois on peut noter une tendance chez les volontaires à estimer l accompagnement moins important pour les mères. o Autre Les mères sont dans une relation de type fusionnelle avec leur enfant, (Fréjaville, 2003) Nous n étudierons pas cette hypothèse puisque nous n avons pas suffisamment d éléments pour pouvoir confirmer ou infirmer cette hypothèse. CHAPITRE 11 : Interprétation des résultats Dans un premier temps nous discuterons nos résultats, concernant l influence de la perturbation des liens familiaux, sur le lien mère-enfant, père-enfant et de l enfant à lui-même. Nous soutiendrons théoriquement le résultat selon lequel, les mères de notre échantillon soutiennent les relations et le lien père-enfant, malgré la perturbation de certains liens familiaux. Dans un second temps, à travers les résultats concernant la perception par la mère du lien enfant-volontaire, mère-volontaire et mère-enfant, nous allons nous demander 97
106 comment les volontaires peuvent en même temps avoir la fonction de séparer la mère et l enfant et de faire le lien entre eux. Comment peuvent-ils faire au mieux le lien entre le père, l enfant et la mère? Quelle place les mères permettent-elles aux volontaires de prendre? Comment les volontaires peuvent-ils rester loyaux à l enfant tout en respectant l autorité parentale de la mère et du père? Nous mettrons à l épreuve de la théorie les hypothèses selon lesquelles le volontaire est une figure symbolique dans la relation mèreenfant, un soutien à la fonction parentale, une aide à la symbolisation du père et une figure d attachement pour l enfant. Nous aborderons enfin, une série de questionnements sur les fonctions du père à l épreuve de l incarcération. Nous nous attacherons plus particulièrement à deux configurations possibles du lien père-enfant en fonction de l âge de l enfant, et de la qualité de la relation père-enfant avant l incarcération. Nous verrons les implications de ces configurations sur l accompagnement de l enfant à la visite et au moment de la visite. I. Perturbation des liens familiaux Des mères qui soutiennent les relations et le lien père-enfant La précarité économique, sociale et éducative des mères est démontrée mais la perturbation des liens familiaux ne l est pas entièrement. Le couple parental est certes séparé mais les mères gardent une attention à l égard des pères qui témoignent que leurs liens ne sont pas rompus par l épreuve de la séparation conjugale : les mères restent inquiètes pour le père de leur enfant et ont le sentiment de pouvoir l aider. La solitude dans l éducation de l enfant et la perturbation du lien du couple parental ne semblent pas influencer négativement la perception qu ont les mères du maintien des relations père-enfant. Nous supposons que cette sauvegarde du lien mèrepère non seulement favorise le maintien des relations père-enfant mais préserve la qualité de leur lien. En effet, les mères de notre échantillon, n observent pas de perturbation du lien père-enfant. Elles observent également un rapprochement de la famille élargie et une faible prise de distance de la part de leurs amis. Nous supposons que cet entourage proche de la
107 famille préserve la relation de l enfant à lui-même et sa relation avec les autres enfants. En effet, les mères n observent pas de perturbations importantes de l enfant à lui-même et aucune perturbation de l enfant dans son lien aux autres enfants. Cependant, la perturbation des liens indirects père-enfant existe bel et bien (précarité économique, sociale, éducative, période de solitude des mères, séparation du couple conjugal). Mais la perturbation de ces liens ne met pas l enfant dans une place de médiateur, ou de catalyseur des conflits parentaux, comme nous l avions supposé. Les mères autorisent leur enfant à maintenir leur relation et ne dénient pas l intérêt de leur enfant pour leur père. Les liens indirects, partiellement perturbés, ne perturbent pas le lien père-enfant du point de vue des mères. Le regard des mères corrobore donc les positions théoriques concernant l'importance de la visite pour l'enfant et pour le père. Nous allons décliner cinq approches théoriques différentes qui permettront d expliquer nos résultats et de proposer des hypothèses. Comme nous l avons vu dans la théorie de Bouchard (2007), la mère peut mettre en place des stratégies de «psychologisation», pour faire face à la situation, pour rendre compréhensible l acte du conjoint, pour lui permettre de ne pas le quitter, pour préserver son image, pour la protéger de la sévérité des jugements extérieurs, pour maintenir la solidarité avec le détenu et pour le rendre légitime auprès des autres et surtout pour faire en sorte que le futur familial soit encore possible. Certes les mères de notre échantillon sont presque toutes séparées du père de leur enfant, mais nous faisons l hypothèse qu elles ont à cœur de maintenir une certaine solidarité avec le détenu. Nous avions vu également, dans la théorie de Bouchard (2007), que les femmes peuvent être tentées de cacher des évènements à leurs proches et à leurs enfants pour pallier à la honte due à l incarcération de leur conjoint. L évitement consistant à cacher ou éluder l incarcération du proche vise à réduire les pertes sociales et autorise le maintien de l identité sociale. Par l évitement, selon Bouchard (2007), les femmes assurent également la pérennité de l image familiale, qui préexistait à l arrestation, créant ainsi une sorte de point d ancrage nécessaire tant au maintien des liens familiaux durant la détention qu à une projection possible de la famille après la sortie. D autres ne réussissent pas à sauvegarder des espaces sociaux. La stigmatisation est jugée trop violente et certaines familles choisissent de se couper du monde. Nous avons vu que les mères de notre échantillon ne cachent pas 99
108 à leur enfant le lieu de résidence du père. Elles ne semblent pas se positionner comme victimes de stigmatisation violente ni se mettre dans une stratégie qui implique de se couper du monde. En effet, la famille est décrite par les mères comme étant plus présente auprès d elles et de leur enfant. Nous n avons pas évalué la distinction de toutes ces stratégies en détails mais nous pouvons faire l hypothèse selon laquelle les mères de notre échantillon ont mis en place ces stratégies de «psychologisation» pour pouvoir autoriser leur enfant à maintenir leur relation avec leur père dans ce contexte qu est la prison. Nous pensons que ces stratégies sont adaptatives et protectrices pour les mères et leurs enfants. A travers l étude du mythe familial chez Neuburger (1995), nous avons vu qu une des particularités et fonction du mythe familial est de réduire les contradictions et incertitudes dans la famille. Ce qui est à l œuvre en deçà du mythe c est l idéal du moi familial. Le mythe apporte des explications aux problèmes rencontrés par chacun des membres, qui sont conformes à l idéal familial. La famille se donne ainsi une image qui satisfait son narcissisme groupal et individuel, pour pouvoir continuer à transmettre. Les mères de notre échantillon, favorisent la relation père-enfant et l expriment à travers le questionnaire. Ceci permettrait aux mères de préserver le mythe familial, comme un bon reflet de l idéal du moi familial, auquel elles aspirent pour pouvoir continuer à le transmettre. Nous pouvons faire également l hypothèse d un entourage qui facilite et aide les mères pour faire face à la situation d incarcération du père de leur enfant, la famille des mères de notre échantillon étant plus présente depuis l incarcération du père de leur enfant. Comme nous l avons étudié avec les théories de Winnicott (1956) sur la préoccupation maternelle primaire, c est l ensemble de l entourage de la mère qui participe à l état de préoccupation maternelle primaire en entourant la mère. Même si théoriquement la préoccupation maternelle primaire est décrite pour parler de l enfant et de sa mère plutôt dans la période périnatale, nous faisons l hypothèse qu une mère a encore besoin que l entourage «entoure» sa relation avec son enfant au-delà de cette période et ce jusqu à l adolescence au moins. En effet, devoir faire face à la détention de son conjoint et/ou du père de son enfant nécessite encore plus cette présence de qualité de
109 l entourage (dont finalement les volontaires font partie) pour permettre à la mère de se centrer sur les conditions de vie de son enfant lésé de la présence de son père. La perception toujours très positive du lien père-enfant pour les mères nous conduit à faire l hypothèse selon laquelle la parole du père reste opérante pour ces mères. Dans la théorie lacanienne, la mère doit d abord pouvoir nommer le père, lui offrir une place symbolique entre elle et son enfant. Puis elle doit pouvoir faire cas de sa parole, de la place qu elle réserve au Nom-du-Père dans la promotion de la Loi. Ici, les mères acceptent leur castration au sens où elles assument leur incomplétude en favorisant les relations père-enfant malgré la situation d incarcération du père de leur enfant. De plus, nous n avons pas observé de clivage chez l enfant, dans son investissement des objets d amour, père et mère. Il faut bien sûr se rendre compte que l évaluation s est faite du point de vue des mères et que la démonstration de tels clivages serait à évaluer sous formes moins directes et moins conscientes et aussi à travers l enfant. Les attentes des deux parents ne semblent pas s opposer. Le père demande à voir son enfant en visite et les mères adhèrent à cette demande. L enfant n est pas mis dans la situation où il dessert sa loyauté pour un des parents en entretenant des relations avec l autre parent. Les mères de notre échantillon ne semblent pas être dans une situation de rupture de confiance avec le père de leur enfant, excepté pour une mère qui nous indique dans son questionnaire que le père battait ses enfants. Les enfants ne sont pas obligés psychiquement de mener un double jeu, par la mise en place d un clivage du moi et des objets d amour, afin de pouvoir «faire avec» ses deux parents (Fréjaville, 2003). Fréjaville nous dit qu il y a clivage d objet, si un enfant met tout son amour sur un parent et sa haine sur l autre. La conséquence de ce clivage sera l élimination d un des parents en faveur d une relation fusionnelle avec l autre. L évaluation d une éventuelle relation fusionnelle mère-enfant n a pas pu se faire dans la mesure où avec le recul nous nous sommes aperçus que nos questions étaient insuffisantes pour l évaluer. Nous faisons également l hypothèse que si le point de vue des mères corrobore les discours en psychologie, sur le maintien des relations père-enfant, c est qu elles pourraient se sentir en quelque sorte victimes des discours et représentations sociales qui les entourent. Ne pas corroborer la théorie serait prendre le risque d être stigmatisée comme «mauvaise mère» puisqu il est démontré que les relations père-enfant sont 101
110 nécessaires à garder. Or les mères ont le droit de ne pas favoriser les relations père-enfant dans les situations où le père est maltraitant. La mère se doit de protéger son enfant de la violence de l autre même si l autre est son père, et si elle estime que l accompagnement institutionnel de leur relation est insuffisant. Le travail des professionnels des Services Lien seraient alors dans ces cas là, s ils en ont les moyens, d accompagner suffisamment la relation du père et de son enfant, et aux volontaires de la Croix-Rouge, par exemple, de rassurer la mère sur la qualité de l accompagnement qu ils leur réservent. Nous allons voir différentes fonctions et figures que peuvent soutenir les volontaires dans la relation mère-père et enfant, ainsi dans leur lien à l enfant. II. Les fonctions des volontaires Le versant de nos résultats sur le lien mère-volontaire, enfant-volontaire et mèreenfant nous conduit à proposer plusieurs figures rattachées au rôle des volontaires : une figure symbolique, d aide à la symbolisation, de soutien à la fonction parentale et d attachement secondaire. 1. Le volontaire : une figure symbolique dans la relation mèreenfant et de soutien à la fonction parentale A travers nos résultats, nous pouvons relever que les mères introduisent positivement le volontaire à leur enfant. A travers le questionnaire, nous le voyons lorsque les mères expriment : que l accompagnement Itinérances est plus satisfaisant que leur propre accompagnement, que leurs émotions sont positives ainsi que celles de leur enfant au moment du départ à la visite, qu elles accepteraient des échanges plus personnels avec les volontaires, si le cadre le proposait, qu elles reconnaissent la proximité affective du lien enfant-volontaire, et qu elles se mettent au second plan dans les échanges avec les volontaires en laissant une plus grande place aux propos sur leurs enfants que sur elles-mêmes. Si nous suivons la théorie de Hurstel (2005), nous pouvons faire l hypothèse que les mères en acceptant l aide de la Croix-Rouge, se reconnaissent comme manquantes.
111 Quels que soient les raisons de leur acceptation, l argent, le travail, le manque de temps, elles laissent un écart qui les marque du sceau de la castration et dans cet écart se crée un espace paternel possible. Les volontaires pallient alors à l'indisponibilité de la mère, à sa castration, au fait qu elle n est pas toute et qu elle laisse une place à un tiers qui vient la séparer de son enfant et le conduire vers le père. Le volontaire sépare symboliquement l enfant de sa mère, il est un signifiant à la place du signifiant manquant. Nous faisons également l hypothèse que le volontaire vient soutenir la fonction parentale de la mère. Il l «entoure» au sens winnicottien du terme. En palliant à son indisponibilité il permet à la mère de se centrer sur les conditions de vie de son enfant lésé de la présence de son père. La mission du volontaire comporte le versant à la fois de la séparation et celui du lien. En effet, il fait le lien entre la mère et l enfant, entre le père et l enfant. Il sépare et il relie. Comment fait-il le lien? C est là toute la difficulté de sa place. Notre questionnement de départ était finalement de comprendre comment le volontaire peut créer du lien avec la mère de l enfant sans toutefois rompre le lien de loyauté envers l enfant. Ce lien de loyauté venant servir la relation père-enfant au détriment de la relation mère-enfant. Nous supposions que le rôle du volontaire dépassait celui d un accompagnement plus classique, que les enjeux relatifs à la visite sont compliqués pour les enfants et les mères. Nous proposons l idée selon laquelle le volontaire détient un savoir supposé que la mère n a pas. Un savoir sur l enfant, sur la visite. De plus, comme nous l évoquions dans le «Chapitre 6», les volontaires sont souvent confrontés à des situations familiales compliquées sans toutefois connaître vraiment les enjeux de la situation. Nous avons vu à travers nos résultats que les volontaires avaient tendance à sousestimer l importance de l accompagnement pour la mère. Cela vient répondre partiellement à notre hypothèse qui était que les volontaires n avaient pas les moyens de se rendre compte des enjeux sous-jacents pour la mère de laisser son enfant rendre visite à son père en prison. De plus, nous avons conscience que la question seule est insuffisante pour évaluer cette hypothèse. Cependant, nous pouvons faire l hypothèse que la mère et les volontaires peuvent créer du lien en se donnant ce que l autre ne peut pas vivre. Se donner du savoir sur l enfant permet de créer un lien et de diminuer l étrangeté 103
112 des uns par rapport aux autres. Les mères et les volontaires dans un jeu de miroir sont deux acteurs autour de l enfant qui attendent les uns des autres pour pouvoir aider au mieux l enfant dans sa relation à son père : «Je vous donne de mon savoir et vous me donnez du vôtre». Nous avons cependant mis en évidence la loyauté des volontaires par rapport à l enfant lorsque ceux-ci déclarent parler rarement de la visite avec les mères tandis que celles-ci déclarent en parler souvent avec eux. Nous avons peut-être mis le doigt sur une des difficultés des volontaires qui est de rester loyal à l enfant et de lui éviter d être l objet médiateur des conflits dans le couple parental, dans sa relation à son père, tout en devant créer un lien de confiance avec sa mère. Nous faisons l hypothèse que les volontaires, comme tout un chacun, pourraient être pris par les représentations sociales actuelles sur l enfance, citées en introduction. L enfant est nécessairement victime de l adulte, et le volontaire se doit de le protéger de lui. Si les volontaires sont aux prises avec cette représentation, de protéger l enfant de sa mère, ils pourraient développer une attitude de méfiance vis-à-vis d elle. Ainsi ils manqueraient peut-être l occasion d établir un lien, un échange d informations, avec elle, concernant l enfant. Dans le même temps, les mères de leur côté supposent que l enfant aborde peu le sujet de sa situation familiale avec les volontaires. Nous faisons l hypothèse qu elles gardent sous contrôle ce sujet et font confiance à leur enfant pour préserver l intimité familiale et que leur enfant reste loyal à leur désir. Cependant les mères reconnaissent que l enfant parle de son père avec les volontaires. Nous allons voir à ce sujet la fonction d aide à la symbolisation que peut prendre le volontaire dans son lien à l enfant.
113 2. Le volontaire : une aide à la symbolisation du père Comme nous l indiquent les résultats au questionnaire et la théorie de Bouregba (2002 ; 2007) sur les liens familiaux à l épreuve de l incarcération, parler du père avec l enfant c est rendre à travers un dialogue une présence psychique du parent absent pour que sa parole puisse se commuer en symboles. Les mères reconnaissent ce lien entre l enfant et les volontaires. Nous faisons l hypothèse que les mères sont favorables à ce que le volontaire prenne cette fonction de symbolisation du père. Bouregba (2007) met en évidence l importance de soutenir l enfant dans la mise en mot de ce père absent. Nous faisons l hypothèse, que cette mise en mot peut aussi concourir à vivre l incarcération du père de l enfant comme une séparation et non comme une rupture et ainsi limiter les effets négatifs sur le lien père-enfant, par conséquent sur la relation de l enfant à lui-même. En effet, selon Bouregba (2004), quelles que soient les conditions d existence de l enfant, les liens psychiques qui le rattachent à ses parents existent. Que les liens soient morbides ou structurants, l éloignement ne les efface pas. Lorsque la séparation se double de l effacement du parent, l expérience cristallise dans l inconscient une zone traumatique. La permanence imaginaire se substitue à la permanence symbolique. Le père est imaginairement grandi : déifié, ou diabolisé. Quand l enfant se construit un père imaginaire, il lui est enchaîné plutôt que lié. Comme nous l avons vu, grandir, c est intérioriser ses objets d attachement au point de pouvoir supporter qu ils s éloignent. La séparation est un terme réservé aux processus psychiques responsables de l individuation. La rupture qualifie les expériences traumatiques de mise à distance psychique. A l inverse de la séparation, la rupture ne permet pas à l enfant de conserver la capacité interne de s éloigner de son parent, sans le perdre. L enfant doit être soutenu dans la mise en mot de ses parents. Lorsqu il ne peut parler de l absent avec les proches qui l entourent, l'enfant ne peut s en faire qu une représentation interne sur le plan de l imaginaire uniquement, c est-à-dire non susceptible de remaniement. Bouregba (2007) propose un accompagnement physique de la relation père-enfant (quand c est nécessaire), mais le volontaire ne peut remplir cette fonction du fait du cadre de sa mission. Il peut 105
114 toutefois accompagner l enfant au niveau de sa confrontation intérieure à lui-même par la symbolisation, la mise en mot du père. 3. Le volontaire : une figure d attachement pour l enfant? A la lecture des résultats nous constatons que les volontaires sont suffisamment sécurisants pour la mère et l enfant. Les éléments qui nous permettent de le constater sont les émotions positives de l enfant et sa mère au moment de leur séparation pour le départ à la visite, la satisfaction générale des mères vis-à-vis de l accompagnement, la reconnaissance de la relation de proximité entre l enfant et les volontaires. Ces éléments nous indiquent que les mères sont sécurisées à l idée de laisser partir leur enfant avec les volontaires. Nous faisons alors l hypothèse que le volontaire peut être mis à une place de figure d attachement dans sa fonction sécurisante pour l enfant du point de vue des mères. Nous allons mettre cette hypothèse à l épreuve de la théorie. Comme nous l enseigne la théorie de l attachement sur les figures d attachement secondaires, les personnes représentantes de cette figure sont souvent les personnes familières au cours de la première année de vie de l enfant. L enfant a en général des alternatives vers lesquelles se tourner en l absence de la figure principale d attachement. Ces figures ont la possibilité de concourir à la modification de la qualité de l attachement de l enfant. Si l on s en tient à cette première partie de la définition, on ne peut pas théoriquement parler de figure d attachement secondaire pour le volontaire : pas au sens où elle va modifier la qualité de l attachement de l enfant et où l enfant pourra se tourner vers lui si besoin. En effet, ils se rencontrent dans un cadre bien précis et la plupart du temps une fois par mois seulement. De plus, comme nous l avons vu avec Lebovici (1983), le processus qui lie l enfant et ses figures d attachement est porté par des interactions comportementales, affectives et fantasmatiques. Il pourrait être intéressant de pouvoir étudier si l enfant et les volontaires sont engagés dans ce type d interactions. Toutefois, la théorie stipule aussi que sera susceptible de devenir figure d attachement secondaire toute personne qui s engage dans une interaction sociale
115 animée et durable avec l enfant et qui répondra à ses sollicitations et ses signaux. Nous supposons que lorsque l accompagnement dure depuis un certains temps et que se sont les mêmes volontaires qui accompagnent l enfant pour toutes ses visites, ceux-ci pourraient devenir des figures dans lesquelles ils vont être enfermés dans le monde intérieur de l enfant et joueront donc un rôle de contenance pour l enfant. Comme nous l avons vu avec Miljkovitch (2001), ce que nous enseigne l attachement c est son existence tout au long de la vie. Des rencontres affectives significatives ou des évènements peuvent apporter d importantes modifications à la qualité de l attachement. Si l on ne peut pas parler stricto sensu de figure d attachement secondaire, nous pouvons dire que les volontaires ont un rôle de contenance et de sécurisation de l enfant dans sa relation à lui-même. Les volontaires préservent son intégrité physique durant le trajet en voiture, mais aussi sa sécurité interne nécessaire pour pouvoir rencontrer son père en prison. Une sécurité vis-à-vis de l extérieur et de l intérieur. En effet, les volontaires sont aussi confrontés aux pulsions, aux désirs, à l agressivité, à la violence de l enfant durant le temps qu ils passent ensemble. Les volontaires sont de fait amenés à contenir l enfant durant ces moments difficiles. Comme ses propres parents, les volontaires servent de membrane, de pare-excitation à l enfant. III. Les fonctions du père à l épreuve de l incarcération Nous souhaitons étudier dans ce dernier versant de notre discussion, comment se passe l intégration des liens de la figure paternelle et en quoi l incarcération vient les compromettre. Les différents points que nous allons développer nous sont venus à l issue de ce travail d étude et de recherche. Nous proposerons ici une réflexion et des hypothèses que nous n avons pas pu tester. L évaluation de la perturbation du lien pèreenfant dans le contexte de l incarcération sera faite par une autre mémorante l année prochaine. Nous allons étudier les difficultés d attachement, de transmission et l angoisse du lien du père à son enfant et de l enfant à son père dans la situation d incarcération du père de l enfant. Nous nous servirons des réponses aux questions ouvertes du questionnaire pour illustrer notre propos. 107
116 1. Différentes configurations du lien père-enfant : impact sur l accompagnement de leur relation L apport théorique de Bouregba (2007) nous conduit à établir une distinction entre l enfant dont le père est incarcéré, à un âge pré-verbal, de celui dont le père est incarcéré à un âge post-verbal ; à distinguer les enfants qui ont vécu de façon régulière avec leur père, des enfants qui ne vivaient pas avec leur père ; à distinguer les liens pèreenfant basés essentiellement sur les liens symboliques des liens basés également sur des liens affectifs. La théorie de l attachement nous conduit à interroger la place qu avait l enfant dans la vie du père avant la détention afin de distinguer les enfants qui ont pu profiter d une présence de qualité de la part de leur père, ce qui lui permettra d élaborer le manque et l absence. Cela nous conduit à nous demander si lors de la petite enfance de l enfant, le père a représenté une figure d attachement, et si l enfant est autorisé à investir son père, et si ce père peut garder une place symbolique dans l absence. Age pré-verbal de l enfant et difficultés de base dans la création du lien pèreenfant Une mère de notre échantillon a justifié sa réponse à la question concernant les difficultés à autoriser l enfant à se rendre à la visite par la phrase suivante : «Mes enfants se faisaient battre par leur père». Nous allons nous servir de ce commentaire pour faire le lien entre les difficultés de base dans la création du lien enfant-parent et le renforcement négatif de ces difficultés par l incarcération. Nous montrerons la nécessité de prise en charge, dans ces cas là, pour que la relation puisse continuer d exister en protégeant l enfant et en aidant le père dans sa fonction parentale. Nous avons vu avec Sutter (2004), que le processus d attachement est fragile et nécessite des capacités d adaptation constantes de la part des parents. Lorsque les troubles de la parentalité surviennent dans cette période cruciale qu est la période prénatale, la stabilité relationnelle parents-enfants risque d être entravée et les processus d attachement altérés.
117 Avec Bouregba (2004) nous avons vu que lorsque au cours de la phase initiale les parents n ont pas su ou pu jouer ce rôle de renforcement des liens psychiques qui les unissent à leur enfant, l enfant doit grandir sans le confort d une contenance, dans laquelle il peut comme se nidifier avant d étayer totalement sa subjectivité. Selon Bouregba (2002), la qualité de la présence parentale sera fondamentale pour le développement de l enfant, pour qu il puisse être relativement en lien et de façon structurante avec sa vie pulsionnelle interne. Si l on suit la théorie de Bouregba, le contexte de l incarcération obscurcit la perception que le père peut avoir de son rôle, voire même l empêche de le remplir. Le détenu est dans ce contexte dans une quête affective qui peut se voir canalisée sur l enfant, au point de ne voir en lui que le besoin qu il en a. Le besoin que son enfant a de lui est obscurci par le besoin qu il a de son enfant. Nous faisons l hypothèse que lorsque avant l incarcération le père avait déjà des troubles de la parentalité, celle-ci ne peut que renforcer ces troubles de la contenance parentale. Nous allons rappeler brièvement les conséquences pour l enfant des troubles de la parentalité, en nous servant de la théorie de Bouregba et de Bowlby. L enfant est déterminé à une autonomie précoce. Il doit faire sans le confort de figures auxiliaires. Cette autonomie psychique à laquelle il est soumis est la source d un risque psychopathologique. L enfant pourra avoir tendance à mettre à distance ses angoisses, à rompre la relation avec lui-même. Le manque de contenance de ces angoisses le conduira à être effrayé par ses pulsions et de ses angoisses ce qui peut le conduire à une position dépressive majeure. La dépression peut prendre la forme d inhibitions. L inhibition est le premier risque auquel l enfant est confronté, dès lors qu il n a pas en lui le confort d une permanence parentale qui puisse contenir l ensemble de ses pulsions, ses émotions et angoisses. Il peut aussi développer des troubles de l hyperactivité. Une des fonctions des professionnels des Services Lien, lors des visites et en individuel, serait alors d aider le père à repérer les besoins de son enfant. Les volontaires pourraient, quant à eux, signaler aux professionnels des Services Liens s ils remarquent un manque de réactivité de la part de l enfant ou bien une suractivité. Ce serait ensuite aux professionnels de vérifier l existence de troubles de la relation chez l enfant. 109
118 Lorsque le père représente une figure d attachement C est un paramètre que nous n avons pas étudié mais nous avons pu obtenir une réponse écrite concernant la question, «J ai accepté l aide de la Croix-Rouge parce que» : «Mes enfants aiment trop leur papa. Il y avaient les habitudes avec lui». Nous faisons l hypothèse que le père représentait une figure d attachement pour ses enfants. Dans ce cas comme nous l avons vu dans la partie théorique, selon Bowlby (1983), le type d attachement développé par l enfant est insécure ou insécure ambivalent, lorsque la réponse de l environnement, de la disponibilité, et de l accessibilité de la figure d attachement n est pas adéquate. Comment le père peut-il continuer à représenter une figure d attachement dans l absence? Bouregba (2007) nous rappelle que pour supporter l éloignement du père, il faut que l enfant puisse avoir au préalable suffisamment intégré les figures parentales pour le supporter. Nous pouvons alors nous demander si ces enfants ont eu le temps pour ça? Delage (2010) énonce l hypothèse selon laquelle l enfant construit un lien insécure avec une mère insécure. Si l on entend ici par la mère, celle ou celui qui s occupe de l enfant, le père incarcéré a-t-il les moyens de renvoyer à son enfant un type d attachement sécure alors que l environnement prison dans lequel il se trouve est potentiellement un lieu dans lequel il peut se sentir en insécurité, et anxieux? Les professionnels des Services Lien auraient-ils alors pour fonction, dans ce cas là, d apaiser l anxiété du père lors des visites enfants-parent? Au-delà de l attachement, nous nous demandons comment l enfant peut-il continuer à s identifier à la figure paternelle dans un tel contexte? Comment un père peut-il, lors de son incarcération, apprendre à son enfant à discerner et apprivoiser les difficultés venant de l extérieur? Comment peut-il l accompagner et le sécuriser au moment de ses prises de risque, dans les processus d autonomisation, de sexualisation et de socialisation? En d autres termes, comment le père peut-il rester un support identificatoire et d apprentissage pour son enfant et que peut-il continuer à lui transmettre?
119 2. Filiation et parentalité : soutien et témoignage de la parole du père Angoisse du lien Dans le cadre des définitions de l exercice de la parentalité et de la filiation instituée (Guyotat 1995 ; Dayan 2000), lors de l incarcération du père de l enfant, les liens symboliques sont maintenus. Sauf si le père est incarcéré avant la naissance de l enfant, ou s il fait un désaveu de paternité, l enfant reste inscrit dans un système filiatif normatif et structurant. L enfant maintiendra toute sa vie son lien de filiation symbolique dans la lignée de son père et de sa mère (la bilinéarité de sa filiation). Les liens institués ne s exercent pas dans la présence mais par des liens symboliques, donc en dehors de toute présence effective. En prison, le père exerce toujours sa parentalité, et la filiation instituée est maintenue. Toutefois nous pensons que les liens symboliques peuvent être perturbés lorsque la mère n apporte pas de crédit à la parole et à l autorité du père. Comment l introduit-elle dans sa relation avec son enfant, soutient-elle les courriers, les coups de téléphone, les visites enfant-parent? Quel discours porte-t-elle sur le père, sur son acte délictueux ou criminel, sur le lien filiatif entre le père et son enfant? La mère dit-elle à son enfant : «Tu ressembles beaucoup à ton père» alors que son discours sur le père est parsemé de mépris, de colère? Nous faisons l hypothèse que si la mère continue à soutenir la parole du père, sa fonction tierce pourra alors continuer à s exercer et l enfant ne se sentira pas emprisonné dans un lien filiatif fataliste, déterminant pour son identité. Nous faisons l hypothèse que l enfant peut rester fils de son père en n étant pas aliéné par un lien biologique et imaginaire de type «clonique». La mère doit pouvoir aider le père à ne pas être enfermé dans un rôle de transmission du mauvais gène. Respecter la parole du père et respecter l enfant, serait dans le même temps ne pas faire le déni de l acte délictueux du père, puis de différencier l acte du père de sa fonction paternelle et de différencier le père de son enfant. Comme nous l avons vu avec Bouregba (2007), la nature des liens psychiques qui unissent l enfant à son parent c est la confrontation entre ce que les parents ont désiré pour lui avec ce qu il va advenir de lui, en tant qu il reste plus ou moins libre de choisir le 111
120 projet de sa vie. Le père aussi a son rôle à jouer lorsque celui-ci doit faire preuve de la Loi et continuer de transmettre à son enfant. Dans le contexte de l incarcération, l enfant peut-il toujours se confronter à son père alors que les liens imaginaires prennent le dessus sur les liens réels et symboliques? Comme nous l avons vu, dans la situation d incarcération du père de l enfant, les liens de corps à corps sont de fait fortement limités. Le père est toutefois lors des visites confronté au corps de son enfant qui grandit, et dont les ressemblances et dissemblances se manifestent de visite en visite. Il pourra attribuer à son enfant des projections du même ou de différenciation : «Il n a pas changé», «Il me ressemble», «Il ne me ressemble pas». Dans la logique de la filiation narcissique, comme nous l avons vu avec la mère, nous faisons l hypothèse que les liens imaginaires père-enfant, peuvent devenir dévastateurs, et figer l enfant dans la reproduction du même ou dans un arrêt de la temporalité en miroir de la temporalité figée de la prison. De plus, l infantilisation, l irresponsabilité, la victimisation peuvent mettre en péril la fonction du père dans la transmission de son histoire. Le père détenu peut craindre de contaminer l enfant par les germes psychosociaux qui l ont déterminé à devenir délinquant. On peut faire l hypothèse que le père est angoissé par le fait d être lié à son enfant. Le lien de filiation devient source d angoisse de la reproduction du même, source d angoisse de transmission dans le lien père-enfant. Neuburger (1995), a constaté que lorsque des parents sont dans une angoisse terrifiante, mêlée à de la honte et/ou de la culpabilité, à l idée de transmettre un destin funeste à leurs descendants, ils peuvent inconsciemment pour les préserver de ce destin se voir essayer de couper tous liens avec eux, en leur privant, par exemple, de porter le nom du père, qui a été à la source du mal. Ces parents transmettent à leur descendance une incapacité à transmettre. On peut voir alors des enfants se construire non dans une logique de filiation mais dans une logique d auto-engendrement pour pouvoir échapper au destin familial funeste (Duret, 2000). Dans le cas de l incarcération, le père peut soit transmettre à son enfant l idée d une transmission fataliste : «Je te transmets ce destin» soit l idée d une transmission moins déterministe pour l enfant : «Tu portes mon nom mais tu peux vivre ta vie différemment de la mienne». Comme nous l avons vu dans le premier chapitre, la filiation instituée est la condition même de la liberté. Bouregba (2007) pense que le parent incarcéré doit avoir la conviction des capacités résilientes de
121 son enfant pour que celui-ci puisse ne pas être aux prises avec un mythe familial déterminé, dévastateur, et figé dans la reproduction du même. Nous faisons également l hypothèse que la peine de prison vient réactualiser dans la réalité la symbolique des relations sociales, les interdits, et la non toute puissance paternelle. Le père est le représentant de la loi mais en tant qu il lui est également soumis. Des institutions supérieures symboliques peuvent lui ôter ses droits et l enfermer. Nous faisons l hypothèse selon laquelle l incarcération du père de l enfant entraîne une blessure narcissique dans la logique de la filiation narcissique. De plus, si l incarcération a lieu au moment où l enfant est encore dans l illusion de toute puissance du père ce processus normal d illusion est entravé par la mise en détention du père. Nous faisons l hypothèse que l incarcération du père, en fonction du discours de ses parents et des stratégies de faire face utilisées pour faire face à la mise en détention peut générer chez l enfant un sentiment de persécution. Nous pouvons déduire des différentes théories que les liens de corps à corps, imaginaires et symboliques sont perturbés et source d angoisse mais certainement pas rompus par l épreuve de l incarcération. Il s agit alors non pas d éviter de maintenir les relations puisque le lien est inaltérable mais de le soutenir autant que l on peut pour qu ils soient le plus structurant possible et le moins angoissant possible pour l enfant et son parent. Nous pensons que l âge de l enfant au moment de l incarcération, ainsi que la qualité et le type de lien père-enfant, sont des indications pour définir les orientations tant pour les volontaires de la Croix-Rouge que pour les professionnels des Services Lien, dans la conduite de leurs accompagnements. CHAPITRE 12 : Critiques méthodologiques I. Taille et choix de l échantillon La Croix-Rouge a estimé le nombre de mères dont l enfant bénéficie d Itinérances entre 60 et 100. Si nous n avons traité que 17 questionnaires c est que nous n avons reçu que 17 questionnaires, or toutes les mères concernées ont reçu le questionnaire. Nous pensons, que l outil questionnaire n était pas le meilleur outil pour interroger notre 113
122 population cible. Nous pensons que beaucoup de mères n ont pas pu répondre au questionnaire parce qu elles ne savaient pas bien ni lire ni écrire. Il aurait été préférable à notre sens de les rencontrer et de leur proposer un entretien semi-directif. En effet, le questionnaire tient peu compte des diversités culturelles et des niveaux d éducations des mères. De plus, le choix de notre échantillon, a limité fortement le nombre de questionnaire récolté. Nous étions, au début de notre recherche, dans un souci de cibler notre travail sur une seule population pour travailler au mieux. Nous voulions étudier une seule population et les mères nous semblaient être d une part la population la plus représentative par rapport aux familles d accueil et à la famille élargie et d autre part, la population la plus représentative par rapport aux chiffres concernant le pourcentage d hommes et de femmes incarcérés. Nous aurions pu cependant ouvrir la population dans le cas de mères incarcérées et de père à la garde de l enfant ou de la famille élargie à la garde de l enfant. II. Hypothèses et mode d analyse des résultats Il n a pas été évident pour nous de rendre compte de notre pensée qui a concouru à l élaboration de notre questionnaire. En effet, nous avons été fortement invités, dans un premier temps, à nous positionner dans une étude de type «exploratoire». Nous étions en effet engagés, à faire l évaluation d un accompagnement de terrain qui n a pas été étudié par d autres chercheurs. Nous ne devions donc pas soumettre d hypothèses particulières que la théorie ne pouvait prédire. Nous avons donc créé notre questionnaire sans formuler d hypothèses. Cependant, une première tentative de présentation des résultats nous a montré que nous ne parvenions pas à organiser nos résultats et donc à dégager des thèmes intéressants dont nous pourrions débattre en discussion. Pour sortir de cette impasse, il nous a été conseillé de formuler des hypothèses afin de pouvoir organiser nos résultats et justifier les raisons pour lesquelles nous avons investigué tels thèmes plutôt que tels autres. Finalement, nous avons choisi de formuler
123 des hypothèses a posteriori mais qui ont été celles qui nous ont menés à la création de notre outil sans toutefois les avoir inscrites et formaliser, dans un premier temps. Nous avons donc fait un travail de déconstruction de notre questionnaire pour essayer de comprendre qu elles hypothèses, quelles suppositions nous avions faites nous conduisant à poser telle ou telle question. Nous nous rendons compte, cependant, de nos difficultés à manier l outil questionnaire et son analyse. Pour pallier à nos difficultés et pour tenter de garder de la cohérence dans notre travail, nous avons choisi de formaliser des hypothèses qui ne sont pas toutes basées sur la littérature mais sur des témoignages recueillis auprès des volontaires de la Croix-Rouge. Cette façon de déployer notre pensée a été la nôtre au moment de créer le questionnaire. La formaliser nous a aidés à trouver un équilibre dans notre travail. Nous ne pouvions pas la changer et devions donc l assumer jusqu au bout au risque de perdre le sens de notre travail. Il nous a donc paru important d en faire part dans notre partie empirique ; rendre compte de nos hypothèses tant théoriques qu empiriques (ou suppositions), principales et secondaires. Ce découpage nous a en effet permis de tenir compte, à la fois de la théorie, de la réalité d un terrain, de nos objectifs de recherche et de ceux de la Croix-Rouge. Ce choix méthodologique, nous a parfois mis dans une position délicate, vis-à-vis de nos professeurs. Nous avons essayé de répondre aux différentes critiques qui nous ont été faites, au cours de notre étude, dans ce contexte singulier qu est la collaboration ULB et Croix-Rouge, pour finalement réussir à trouver notre propre équilibre, à faire nos propres choix, pour mener à bien notre travail. Nous avons conscience que le fait de proposer des hypothèses qui ne sont pas toutes basées sur la théorie et leur grand nombre n est pas valable d un point de vue scientifique. Nous croyons cependant en leur valeur clinique. Nous souhaitons tout de même pouvoir leur apporter quelques critiques. Les hypothèses empiriques secondaires se basent sur des témoignages d accompagnements problématiques, or les mères qui ont répondu au questionnaire sont des mères qui ne semblent pas rencontrer de difficultés avec les volontaires. Nous avions la croyance, au début de la recherche, que toutes les mères ou presque allaient répondre au questionnaire. Nous n avons donc pas anticipé ce phénomène au moment de la création du questionnaire. De plus, le nombre de questions par hypothèse est inégal. En 115
124 effet, certaines hypothèses ont été vérifiées par de nombreuses questions tandis que d autres hypothèses ont été vérifiées par un nombre peu important de questions. Il nous est également arrivé de constater que les questions posées été insuffisantes pour mesurer ce que nous cherchions à montrer. Il nous a fallu prendre un peu de recul sur notre outil pour nous en apercevoir. Il n a également pas été évident pour nous de nous positionner lorsqu il a fallu choisir le mode d analyse des résultats. Comme nous l évoquions (partie «Mode d analyse des moyennes»), la petitesse de l échantillon et les écart-types élevés relatifs aux moyennes n ont pas permis d effectuer des analyses statistiques. Les mères ont eu tendance à répondre dans les extrémités de l échelle. Il nous a donc semblé plus judicieux d effectuer des analyses descriptives qualitatives. III. Le questionnaire Nous pensons que notre questionnaire et la formulation de certaines questions ont pu jouer dans l orientation des réponses. En effet, certaines questions ont pu favoriser l émergence de résistances, d un sentiment d évaluation, de stigmatisation et de victimisation. Nous avons remarqué que souvent les mères ont répondu à l item d exemple «Mon enfant réussit bien à l école» qui pouvait induire un sentiment d évaluation chez les mères. De plus, l item «J ai le sentiment que mon enfant est mal dans sa peau» précède l item «J ai le sentiment que mon enfant évite les relations avec les autres enfants», ce qui a pu favoriser l émergence de résistances. Enfin, au lieu de demander si les amis des mères se montraient plus distants depuis l incarcération, nous aurions pu tourner la proposition autrement. Nous aurions pu leur demander si elles s étaient éloignées elles-mêmes de leurs amis dans le but d investiguer leurs stratégies de faire face à la situation d incarcération du père de leur enfant et d éviter le sentiment de stigmatisation et de victimisation. Suite à une Intervision, après la construction du questionnaire, nous nous sommes rendu compte que les détenus, en demande de l accompagnement Itinérances, pouvaient entamer une procédure judiciaire lorsque la mère refusait d accepter cet
125 accompagnement. Du coup, certaines mères se retrouveraient souvent sur le fait accompli et n oseraient pas refuser cette aide et accepteraient l aide de la Croix-Rouge à contre cœur. Nous aurions pu alors dans notre questionnaire mieux différencier les mères qui se trouvent plus dans le devoir plutôt que dans un désir de collaborer avec la Croix-Rouge. Nous aurions pu demander, qui est à l origine de la demande d accompagnement, si elles se sont senties contraintes ou non d accepter. Afin d investiguer davantage entre le père et la mère de l enfant, et le climat de leur relation, nous aurions pu demander aux mères si : l incarcération du père de l enfant avait occasionné pour elles des frais supplémentaires, si l argent était une source de conflit entre elles et le père, et si elles pensent que le père est coupable ou victime d un manque de clémence. Nous aurions pu aussi proposer plus d items sur les attentes des mères vis-à-vis de l accompagnement : si elles souhaitent le modifier, l améliorer. Afin d investiguer les liens affectifs et d attachement père-enfant, nous aurions pu demander aux mères si l enfant vivait avec son père avant l incarcération, et de quelle façon le père était présent dans la vie de son enfant. Nous allons conclure notre travail par un résumé des apports théoriques et des apports de notre étude. Cela nous permettra de rendre compte des différentes façons qu ont les volontaires de contribuer à la qualité de la relation père-enfant. Nous proposerons ensuite des pistes de réflexion sur la formation des volontaires et le suivi de leurs accompagnements à partir de ce que nous avons dégagé dans la discussion. Nous terminerons ce travail par l expression de nos difficultés et ce qu elles ont pu susciter comme interrogations. Nous proposerons une ouverture sur le travail de psychologue clinicien lorsque celui-ci est engagé dans une demande d analyse de pratiques. 117
126 Conclusion L étude théorique des liens enfant-parent nous a permis de mettre en évidence la diversité et la complexité des liens qui unissent l enfant et ses parents et de comprendre leur fonction dans la structuration de la personnalité et le développement de l enfant. L étude des rôles parentaux nous a permis de comprendre la singularité des apports du père et de la mère à la vie de l enfant. De plus, l étude de la paternité, de la maternité et des liens enfant-parent nous a permis d essayer de comprendre comment et pour quelles raisons la situation d incarcération du père pouvait compromettre son rôle de père et ses liens avec son enfant. Enfin, le contexte de l incarcération et les études sur les familles de détenus nous ont permis de nous rendre compte de différents liens indirects à la relation père-enfant qui jouaient un rôle essentiel dans le maintien de leur relation et dans la qualité de leur lien. Notre étude empirique a permis, notamment, de mettre en évidence les différentes façons qu ont les volontaires de la Croix-Rouge de contribuer au maintien des relations père-enfant et à la qualité de leur lien. Ils y contribuent en tant qu ils prennent une place de tiers symbolique dans la relation mère-enfant et de soutien à la fonction parentale. Ils y contribuent également en aidant l enfant à symboliser son père et en prenant un rôle de contenance et de sécurisation auprès de lui dans sa relation à lui-même et avec son père. Qu est-ce que les différentes fonctions du volontaire vont permettre à l enfant, et à ses parents? Prendre une place de tiers symbolique permet d une part, de séparer l enfant et sa mère, pour rendre possible la relation de l enfant à son père. D autre part prendre cette place signifie que la mère s en remet à un tiers pour pallier son indisponibilité, sa castration, au fait qu elle n est pas toute. Le volontaire les sépare aussi au sens où il «entoure» la mère. Il est un membre de l entourage qui soutient la mère. En accompagnant l enfant à sa place, le volontaire permet à la mère de se centrer sur les
127 conditions de vie de son enfant lésé de la présence de son père. En même temps que le volontaire les sépare, naît de cette séparation un lien entre lui, l enfant, et sa mère. Lorsque le volontaire aide l enfant dans la symbolisation du père, il permet à l enfant, d actualiser son père absent, d intérioriser ses objets d attachement au point de pouvoir supporter qu ils s éloignent, et d être accompagné au niveau de sa confrontation intérieure. Lorsque le volontaire joue un rôle de contenant, de sécurisation, de pareexcitation pour l enfant, il témoigne et fait preuve, envers l enfant et ses parents, de la qualité d une rencontre singulière, d un lien de confiance, en protégeant l enfant des dangers extérieurs mais aussi des dangers intérieurs suscités par la visite à venir ou passée. Les volontaires contribuent aussi à la qualité du lien père-enfant en tant qu ils sont à une place de relais de l information lorsqu ils transmettent leurs accompagnements lors des Intervisions ou lorsqu ils contactent leur coordinateur ou les services liens, si besoin est. En effet, les volontaires doivent pouvoir être en mesure de faire appel aux personnes qui directement traitent la relation père-enfant. Les volontaires détiennent, en effet, des informations dont les personnes des Services Lien ne peuvent pas toujours prendre la mesure, lorsque l enfant est déjà dans l enceinte de la prison. Nous pensons que nous pourrions soutenir les volontaires dans ces différents rôles : de contenance, de pare-excitation, d aide à la symbolisation du père, de tiers symbolique, de soutien à la fonction parentale, et enfin de relais de l information. Nous proposons un temps d analyse de pratiques alliant théorie et difficultés relationnelles rencontrées. Ce temps de réflexion théorico-pratique permettrait aux volontaires d être guidés et soutenus dans leurs différentes fonctions. Cela leur permettrait également de prendre de la distance sur des situations difficiles. Pour cela, il serait intéressant de les sensibiliser aux fonctions qu ils représentent et à la diversité des enjeux pour la mère, l enfant et son père de maintenir les relations père-enfant, dans le contexte de l incarcération. De plus, nous pourrions soutenir les volontaires à rester vigilent à ne pas trop se laisser prendre par la représentation sociale sur l enfance selon laquelle l enfant est victime (et en l occurrence ici victime de sa mère). Ainsi, nous pourrions aider les 119
128 volontaires à distinguer un enfant en grande détresse, dont les objets d amour (père et mère) ne peuvent qu être clivés pour exister, d un enfant qui peut et qui est autorisé à faire co-exister ses objets d amour. Enfin, nous pourrions soutenir les volontaires dans la transmission des informations, aux différents Services Lien, qui seraient utiles pour le traitement de la relation père-enfant. De l évaluation à l analyse des pratiques : «le pas de côté» Pour terminer, nous souhaitons rendre compte des questions et remises en questions que ce travail d étude a suscité en nous. Nous avons eu besoin d un certain temps pour comprendre que nous étions invités à élaborer un savoir sur une pratique, et non pas uniquement à répondre strictement à une demande d évaluation. Nous faisons le lien avec le psychologue professionnel, travaillant dans une équipe pluridisciplinaire. Celui-ci peut être investit et mandaté dans l exercice de la fonction d analyste des pratiques (en supervision, en régulation, ou lors des réunions d équipe). Nous avons mis un certain temps à nous rendre compte que c était dans ce rôle que nous étions engagés : celui de faire l analyse de la pratique de l accompagnement volontaire. Nous n avons alors pas su, d abord, nous positionner à notre place de mémorante en psychologie or c est bien de cette place que la Croix-Rouge et le Fonds Houtman nous a fait la demande de l évaluation. Cette difficulté à prendre position s est renforcée lorsque nous avons pensé que l outil questionnaire et les attentes de la Croix- Rouge, ne nous laisseraient pas la place de nous positionner en tant qu étudiante en Psychologie Clinique et Psychopathologie. En effet, la Croix-Rouge et le Fonds Houtman souhaitaient que le questionnaire soit court et qu il permette d obtenir des réponses pratiques. Nos a priori de départ ont rencontré et ont été renforcés, peut-être, par les difficultés de collaboration entre la Croix-Rouge et l université. Nous nous sommes alors interrogés sur les raisons qui ne nous ont pas permises de nous positionner à notre place d étudiante en Psychologie Clinique et Psychopathologie. Analyser une pratique implique de pouvoir se dégager de la demande afin d'ouvrir le champ de la réflexion à un contexte théorique et culturel. Cela permet ensuite de
129 pouvoir faire retour et répondre à la demande initiale. Le psychologue doit pouvoir s autoriser à se positionner, vis-à-vis d une demande institutionnelle qui lui est faite. Il doit pouvoir se positionner, de sa place de clinicien, dans l orientation théorique qu il estime la plus pertinente, dans le choix de sa méthodologie et vis-à-vis des différents demandeurs. En tant qu étudiante en Psychologie, et dans ce contexte de recherche, il était de notre travail que d opérer un «pas de côté» pour se dégager de la demande initiale d évaluation au sens strict, pour aller vers une demande d analyse de pratique. Demande qui correspond à nos compétences. En effet, nous pensons qu adresser une demande d analyse de pratique à un étudiant en Psychologie se justifie, mais pas de lui adresser une demande d évaluation (ou faire le recueil de données uniquement basées sur du pratique). C est ce «pas de côté» qui ne nous a pas été aisé de prendre. Sans lui, nous n avions pas la possibilité de prise de position, et de décalage pour pouvoir réfléchir à ce dans quoi nous étions réellement engagés. L aide des professeurs nous a permis de reprendre notre place. Nous avons pu enfin trouver un réel désir dans l élaboration de ce travail. Nous aurions pu alors modifier notre titre de mémoire, mais le processus qui a été le nôtre pour nous rendre compte de la distinction fondamentale entre «évaluation» et «analyse de pratique», ne nous permet pas d intituler le mémoire autrement. Rester trop proche des objectifs de la Croix-Rouge, c était rester trop proche de la demande d évaluation. Le questionnaire actuel, et les résultats qui en découlent, en sont le reflet. Nous pourrions cependant, aujourd hui, suite à la réflexion qui a été la nôtre, proposer au mémoire le titre suivant : «Analyse d une pratique d accompagnement volontaire d enfants visitant leur père incarcéré. Etude des liens enfant-volontaire à travers le regard des mères des enfants». 121
130
131 Bibliographie Articles et ouvrages Bloom, P. (2001). In whose best interest? The impact of changing policy on relatives caring for children with incarcerated parents. Child Welfare League of America, Bouchard, G. (2007).Vivre avec la prison - des familles face à l incarcération. Paris : L Harmattan. Bouregba, A (2004). Les troubles de la parentalité. Approche clinique et socio-éducative. Paris : Dunod. Bouregba, A (2002). La parentalité à l épreuve de l incarcération. In A. Bouregba (Ed.) Les liens familiaux à l épreuve du pénal. Saint- Pétersbourg : Erès, pp Bowlby, J. (1981). Attachement et perte. Paris : PUF. Bydlowski, M. (1999). Transparence psychique de la grossesse et dette de vie. In M. Dugnat (Ed.) Devenir père, devenir mère. Naissance et parentalité : Erès, pp Cassan, F. (2002). L histoire familiale des hommes détenus. INSEE. Collection synthèse, n 59 Dayan, J. (2000). Fonction maternelle et paternelle. In G. Greiner (Ed.) Parentalité : enjeux et pratiques sociales : Erès, pp Delage, M. (2010). Souffrance dans la séparation et théorie de l attachement : compréhension individuelle et familia. Anales Médico-Psychologiques, 168,
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137 huit pays de l'union Européenne. Mont-Rouge, France : Fédération des Relais Enfants- Parents. Croix Rouge de Belgique Communauté francophone (2009). Itinérances Réseau de volontaires accompagnateurs d enfants qui rendent visite à leur Parent détenu. Document de référence des accompagnateurs. Bruxelles, Belgique. Relais Enfants-Parents ASBL & Croix-Rouge de Belgique Communauté francophone (2006). Création d un réseau de volontaires accompagnateurs d enfants qui rendent visite à leur parent détenu. Les cahiers du Fonds Houtman, 3. Relais Enfants-Parents asbl. (2008). Rapport d activité. 7
138 Questionnaire anonyme et confidentiel concernant l'accompagnement de votre enfant par la Croix Rouge Comme indiqué dans la lettre que vous avez reçue avec ce questionnaire, nous vous prions de répondre aux questions qui suivent dans le but d'aider la Croix-Rouge à offrir le meilleur accompagnement possible de votre enfant. Votre collaboration ainsi que la sincérité de vos réponses sont importantes et nous vous assurons de la confidentialité de vos réponses. Le questionnaire ne vous demande aucune information personnelle qui puisse vous identifier. Vous serez donc anonyme. Vous êtes priée de ne pas indiquer votre nom, prénom ou autres information qui peuvent vous identifier. Dans le cas où plusieurs de vos enfants sont concernés par l'accompagnement de la Croix Rouge, veuillez répondre à ce questionnaire pour un seul de vos enfants, le plus âgé (des enfants qui visitent leur père). Afin de répondre aux questions qui suivent, nous vous proposons une échelle de 7 points où 1 veut dire "pas du tout" et 7 "tout à fait". Nous vous prions d'indiquer votre réponse en marquant ou encerclant le chiffre qui correspond à votre sentiment, accord ou vécu. Il n y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Vous pouvez nuancer votre réponse en choisissant d'autres chiffres entre 1 et 7. Voici un exemple : Question : Mon enfant réussit bien à l'école Réponse : Pas du 1 tout Tout à fait
139 1 Ŕ J ai accepté l aide de la Croix Rouge : a) parce que je n'ai personne de mes proches à qui le demander Pas du 1 tout Tout à fait b) parce que je n ai pas l'argent, le temps ou le moyen de transport nécessaires pour les accompagner moi-même Pas du 1 tout Tout à fait c) parce que je travaille Pas du 1 tout Tout à fait d) parce que c'est bon pour mon enfant Pas du tout Tout à fait e) parce que c'est bon pour le père de mon enfant Pas du tout Tout à fait f) parce que c'est bon pour moi Pas du 1 tout Tout à fait Autres raisons : 9
140 Les propositions suivantes concernent vos sentimenst ainsi que ceux de votre enfant avant son départ avec les volontaires de la croix-rouge. 2- Avant le départ de mon enfant à la visite je me sens : a) Inquiète Pas du 1 tout Tout à fait b) Calme Pas du 1 tout Tout à fait c) Nerveuse Pas du 1 tout Tout à fait d) Contente Pas du 1 tout Tout à fait e) Confiante Pas du 1 tout Tout à fait 3- Avant son départ pour la visite, j'ai le sentiment que mon enfant se sent : a) Inquiet
141 Pas du 1 tout Tout à fait b) Calme Pas du 1 tout Tout à fait c) Nerveux Pas du 1 tout Tout à fait d) Content Pas du 1 tout Tout à fait e) Confiant Pas du 1 tout Tout à fait 4- Lorsque les volontaires viennent chercher votre enfant, avez-vous des échanges avec eux? Jamais Toujours 5- Lorsque les volontaires ramènent vote enfant à la maison, avez-vous des échanges avec eux? Jamais Toujours 6- A cette occasion vous parlez avec les volontaires : a) du comportement de votre enfant pendant le trajet 11
142 Jamais Souvent b) de la relation de votre enfant avec les volontaires Jamais Souvent c) de votre relation avec votre enfant Jamais Souvent d) de votre relation avec le père de votre enfant Jamais Souvent e) de ce que votre enfant dit avoir fait avec son père Jamais Souvent 7 - Lors du trajet de votre enfant avec les volontaires, vous avez l'impression que : a) votre enfant parle de sa situation familiale avec les volontaires Jamais Souvent b) que votre enfant parle de son père avec les volontaires Jamais Souvent c) de lui et de ses activités
143 Jamais Souvent 8 - Avez-vous le sentiment que l accompagnement de votre enfant par les volontaires est important : a) pour votre enfant Pas du 1 tout Tout à fait b) pour vous-même Pas du 1 tout Tout à fait c) pour le père de votre enfant Pas du 1 tout Tout à fait 9 - Avez-vous l'impression que les volontaires se sentent proches de votre enfant? Pas du 1 tout Tout à fait 10 - Avez-vous l'impression que votre enfant se sente proche des volontaires? Pas du 1 tout Tout à fait 11 - Si vous avez plusieurs enfants qui vivent avec vous, vont-ils ensemble pour visiter leur papa en prison? jamais parfois souvent toujours 12- Est-ce que votre enfant sait que son papa est en prison? 13
144 oui non 13 - Idéalement, comment souhaiteriez-vous que se déroule l accompagnement? a) Si j avais le choix, je préférerais que mon enfant ne soit pas avec des enfants d autres familles lors de l'accompagnement Pas du 1 tout Tout à fait b) Si j avais le choix, je souhaiterais que les volontaires puissent passer un moment avec mon enfant et moi à la maison avant l accompagnement Pas du 1 tout Tout à fait c) Si j avais le choix, je souhaiterais que les volontaires puissent passer un moment avec mon enfant et moi à la maison après l accompagnement Pas du 1 tout Tout à fait d) Si j avais plus de temps à passer avec les volontaires, je me confierais davantage à eux Pas du 1 tout Tout à fait e) J'éprouve des difficultés à autoriser mon enfant à rendre visite à son père en prison Pas du 1 tout Tout à fait Précisez pourquoi :
145 14 - Vous est-il arrivé de demander d'autres services aux volontaires? OUI NON Si oui, précisez : 15 - Votre enfant demande-t-il que vous l'accompagnez pour la visite à son père? Jamais Souvent 16 - Votre enfant demande-t-il à visiter son papa plus souvent? Pas du 1 tout Tout à fait 17 - Croyez-vous que votre enfant devrait visiter son papa plus souvent? Pas du 1 tout Tout à fait 18 - Avant la prise en charge de votre enfant par les volontaires, avez-vous déjà accompagné votre enfant à la prison? Jamais Souvent 19 - Quel accompagnement considérez-vous comme le plus satisfaisant (encerclez votre choix) : a) pour votre enfant? avec moi avec les volontaires b) pour le père de votre enfant? avec moi avec les volontaires c) pour vous-même? avec moi avec les volontaires 15
146 Les questions suivantes concernent les changements dans votre vie et celle de votre enfant suite à l'emprisonnement de son papa Depuis que le père de mon enfant est en prison : a) je partage davantage d activités avec mon enfant Pas du 1 tout Tout à fait b) la relation avec mon enfant est plus difficile Pas du 1 tout Tout à fait c) les conflits sont moins fréquents entre moi et mon enfant Pas du 1 tout Tout à fait d) je sens que le lien entre mon enfant et moi s est resserré Pas du 1 tout Tout à fait e) j ai le sentiment que mon enfant ne s'intéresse pas à son père Pas du 1 tout Tout à fait f) ma famille s est rapprochée de mon enfant et moi 1. g) mes amis se montrent plus distants Pas du 1 tout Tout à fait
147 Pas du 1 tout Tout à fait h) je me sens seule Pas du 1 tout Tout à fait i) profiter de la vie m'est plus difficile Pas du 1 tout Tout à fait j) je suis heureuse que mon enfant puisse aller voir son père Pas du 1 tout Tout à fait k) je m inquiète pour mon enfant Pas du 1 tout Tout à fait l) j ai le sentiment d'avoir seule la responsabilité de l éducation de mon enfant 2. Pas du 1 tout Tout à fait m) j ai le sentiment que mon enfant est mal dans sa peau Pas du 1 tout Tout à fait n) j ai le sentiment que mon enfant évite les relations avec les autres enfants 17
148 1. Pas du 1 tout Tout à fait o) j ai le sentiment de pouvoir aider le père de mon enfant Pas du 1 tout Tout à fait p) je m inquiète pour le père de mon enfant Pas du 1 tout Tout à fait q) mon enfant me pose beaucoup de questions au sujet de son père Pas du 1 tout Tout à fait r) mon enfant se rapproche se son père Pas du 1 tout Tout à fait
149 Autres informations Les questions suivantes concernent votre situation familiale et sociale. Nous vous rappelons que toutes les informations sont confidentielles et vos réponses sont anonymes (vous ne serez pas identifiée). Nous vous prions donc de ne pas indiquer les noms ou prénoms de vos enfants. Nombre d enfants à charge dans votre foyer : Age de votre (/vos) enfant(s) : Enfant 1 : Enfant 2 : Enfant 3 : Enfant 4 : Enfant 5 : Entourez (ci-dessus) les enfants qui participent à la visite de leur papa et qui sont accompagnés par les volontaires Depuis combien de temps le père de votre enfant est-il en prison? Depuis combien de temps votre enfant est-il accompagné pour rendre visite à son père par les volontaires de la Croix Rouge? Enfant 1 : Enfant 2 : Enfant 3 : 19
150 Enfant 4 : Enfant 5 : 2. Quelles sont les études que vous avez terminées? o Enseignement primaire o Enseignement secondaire inférieur o Enseignement secondaire supérieur o Enseignement supérieur non universitaire o Enseignement supérieur universitaire o Enseignement post-universitaire o Autre : précisez : I. Quel est votre métier actuel? o o o o o o o Chômeur Bénéficiaire d'autres revenus de remplacement (CPAS, mutuelle) Employée Ouvrière Commerçante Demandeur d'emploi Etudiante Pouvez-vous nous donner une indication de votre revenu mensuel (entourez la réponse appropriée) moins que 1000 entre 1000 et 1500 Plus de 1500
151 Depuis l'emprisonnement du père de l'enfant, la situation économique de la famille est : o La même o Meilleure o Moins bonne Quelle est votre situation civile actuelle? Mariée Si mariée, est-ce avec père de l'enfant -- oui non. Divorcée Séparée Célibataire Merci d'avoir donné de votre temps pour la Croix Rouge et le bon déroulement de l'accompagnement des enfants. 21
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