Revue de l OFCE LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE : DU CÔTÉ DE L OFFRE?

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1 Revue de l OCE 142 LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE : DU CÔTÉ DE L ORE? Inroducion par Jérôme Creel e Xavier Rago Les demandes de faceurs de producion en rance Bruno Ducoudré e Mahieu Plane La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs Sarah Guillou e Lionel Nesa Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance Éric Heyer e Xavier Timbeau Érosion du issu producif en rance Michel Agliea e Xavier Rago Dispariés locales e crise économique Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Les vens conraires de la croissance française Jérôme Creel e Éloi Lauren au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? Henri Serdyniak Le emps pour produire Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno Sagnaion séculaire e accumulaion de capial Gilles Le Garrec e Vincen Touzé Vieillissemen de la populaion acive Sandrine Levasseur Impac des inégaliés sur la croissance Guillaume Allègre

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3 LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE : DU CÔTÉ DE L'ORE? f

4 Revue de l OCE OCE L Observaoire français des conjoncures économiques es un organisme indépendan de prévision de recherche e d évaluaion des poliiques publiques. Créé par une convenion passée enre l'éa e la ondaion naionale des sciences poliiques approuvée par le décre n du 11 février 1981 l'oce regroupe plus de 40 chercheurs (es) français e érangers. «Mere au service du déba public en économie les fruis de la rigueur scienifique e de l indépendance universiaire» elle es la mission que l OCE rempli en conduisan des ravaux héoriques e empiriques en paricipan aux réseaux scienifiques inernaionaux en assuran une présence régulière dans les médias e en coopéran éroiemen avec les pouvoirs publics français e européens. Philippe Weil a présidé l OCE de 2011 à 2013 à la suie de Jean-Paul ioussi qui a succédé en 1989 au fondaeur de l'oce Jean-Marcel Jeanneney. Depuis 2014 Xavier Rago préside l OCE. Il es assisé d'un conseil scienifique qui délibère sur l'orienaion de ses ravaux e l'uilisaion des moyens. Présiden Xavier Rago. Direcion Jérôme Creel Eselle risque Éric Heyer Lionel Nesa Xavier Timbeau. Comié de rédacion Chrisophe Blo Gérard Cornilleau Jérôme Creel Jacques Le Cacheux Jean-Luc Gaffard Éric Heyer Sandrine Levasseur rançoise Milewski Lionel Nesa Hélène Périvier Mahieu Plane rancesco Saraceno Henri Serdyniak Xavier Timbeau. Publicaion Xavier Rago (direceur de la publicaion) Sandrine Levasseur (rédacrice en chef) Laurence Duboys resney (secréaire de rédacion) Claudine Houdin (adjoin à la fabricaion) Najee Moummi (responsable de la fabricaion). Conac OCE 69 quai d Orsay Paris cedex 07 Tel. : +33(0) mail : [email protected] web : Dépô légal : sepembre 2015 ISBN : N ISSN ISSN en ligne OCE 2015

5 Sommaire LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE : DU CÔTÉ DE L'ORE? Inroducion par Jérôme Creel e Xavier Rago LES EETS DE LA CRISE : UNE EROSION DURABLE DU TISSU PRODUCTI EN RANCE? Les demandes de faceurs de producion en rance Esimaion e analyse des effes de la crise Bruno Ducoudré e Mahieu Plane La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises Sarah Guillou e Lionel Nesa Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance Éric Heyer e Xavier Timbeau Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes Michel Agliea e Xavier Rago Dispariés locales e crise économique éclairages préliminaires Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen Mahilde Le Moigne e Xavier Rago OÙ VA LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE? Les vens conraires de la croissance française Jérôme Creel e Éloi Lauren au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? Henri Serdyniak Le emps pour produire : réflexions analyiques sur les difficulés de reprise de l acivié économique Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno Sagnaion séculaire e accumulaion de capial Gilles Le Garrec e Vincen Touzé Revue de l OCE 142 (2015)

6 Vieillissemen de la populaion acive Vers une baisse de la producivié? Sandrine Levasseur Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? Une (brève) revue de liéraure Guillaume Allègre Les propos des aueurs e les opinions qu ils exprimen n engagen qu eux-mêmes e non les insiuions auxquelles ils appariennen.

7 Inroducion LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE : DU CÔTÉ DE L ORE? Jérôme Creel e Xavier Rago Le ralenissemen de la croissance française e de la croissance mondiale depuis avai pu êre perçu comme la conséquence direce mais emporaire de la crise financière inernaionale. Il fau bien admere désormais que ce ralenissemen es durable. La siuaion économique de la rance pose donc quesion e rouvre le déba sur les déerminans conjoncurels e srucurels de la dynamique producive. En simplifian quelque peu le déba oppose les enans d un problème de la demande à ceux d'un problème d'offre. Les premiers meen en avan les hausses d impôs qui on comprimé brualemen la demande agrégée conduisan à des ensions déflaionnises noammen depuis L'OCE a souligné depuis mainenan plusieurs années les risques économiques d une consolidaion budgéaire à marche forcée : l «ausérié» e la croissance ne pouvaien pas faire bon ménage. Si le déba sur les conséquences de la poliique budgéaire a pu reser quelque fois obscur cerains économises avançan que la hausse des impôs pouvai avoir des effes expansionnises immédias sur la consommaion des ménages on assise depuis 2009 à une (r)évoluion des insiuions inernaionales qui admeen mainenan que l ausérié budgéaire provoque une conracion rapide de l acivié. La faiblesse de la reprise en 2014 e 2015 doi cependan amener à une réflexion plus srucurelle sur l éa du issu producif en rance. En effe l analyse de la dynamique de l invesissemen de la balance commerciale des gains de producivié ou du aux de marge des enreprises e dans une moindre mesure de leur accès au crédi indique l exisence de endances inquiéanes depuis le débu des années De plus la persisance de la crise condui inélucablemen à la quesion de l'érosion du issu producif français depuis 2007 du fai de la faible croissance du faible invesissemen e du nombre élevé de faillies. Revue de l OCE 142 (2015)

8 6 Jérôme Creel e Xavier Rago Ces inerrogaions sur la croissance d après-crise son mondiales. Tous les pays développés s'insallen mainenan sur des rajecoires de croissance que l on peu qualifier de faibles au regard des aux de croissance passés. Cee endance commune cache bien sûr des différences imporanes. Si la rance s en sor honorablemen dans la zone euro l Allemagne fai bien mieux en ermes de balance commerciale e le Royaume-Uni connaî une croissance élevée. Dès lors au sein d une croissance mondiale révisée à la baisse se pose la quesion de l exisence d une spécificié française qui empêcherai la rance de bénéficier d une reprise de la croissance mondiale aussi faible e inceraine soi-elle. Les analyses présenées dans ce ouvrage si elles se concenren plus pariculièremen sur les quesions d offre essaien de penser les inerdépendances avec les quesions de demande. De nombreux angles d analyse son mobilisés pour analyser le problème producif e la croissance poenielle française à parir de données d enreprises de données errioriales e d analyses secorielles. Ces ravaux son présenés dans la seconde parie de cee inroducion afin de dégager les convergences dans le consa e les recommandaions. De ces ravaux neuf conclusions se dégagen : 1) La croissance poenielle a fléchi en rance depuis la crise. Si le niveau de croissance poenielle sur longue période es élevé de l ordre de 18 % la croissance poenielle fléchi depuis la crise de l ordre de 04 poin selon la nouvelle mesure donnée par Éric Heyer e Xavier Timbeau. 2) La quesion cenrale consise à savoir si ce ralenissemen es ransioire ou permanen. Cee quesion es imporane pour les prévisions de croissance mais aussi pour les engagemens européens de la rance qui dépenden de la croissance poenielle. Une conclusion imporane de ce numéro es qu'une rès grande parie de ce ralenissemen es ransioire e liée à la poliique économique menée en rance. Comme le monren Bruno Ducoudré e Mahieu Plane le faible niveau d invesissemen e d emploi peu s expliquer par l environnemen macroéconomique e noammen par la faiblesse acuelle de l acivié. Le comporemen des enreprises ne semble pas avoir changé dans la crise. L analyse de Ducoudré e Plane monre par ailleurs que les déerminans de l invesissemen son différens à cour e à long erme. Une hausse de 1 % de l acivié économique augmene l invesissemen de 14 % après un rimesre alors qu une hausse de 1 % du aux de marge a un effe rès faible. Cependan à long erme (10 ans) une hausse de 1 % de l acivié augmene l invesissemen de l ordre de 1 % alors qu une hausse de 1 % du aux de marge augmene deux fois plus l invesissemen. Ainsi le souien à l invesissemen passe par un

9 Inroducion. Le ralenissemen de la croissance : du côé de l offre? 7 souien à l acivié économique à cour erme andis que le réablissemen des marges aura un effe de long erme. 3) Le issu producif français va mere du emps à se réablir des effes de la crise du fai de rois puissans freins : la faiblesse de l invesissemen ceres mais aussi la baisse de la qualié de l invesissemen e enfin la désorganisaion producive consécuive à la mauvaise allocaion du capial duran la crise y compris dans sa dimension errioriale. Sarah Guillou e Lionel Nesa monren que le faible niveau d invesissemen génère moins de progrès echnique depuis la crise. En effe le faible niveau d invesissemen ne perme pas de moner en gamme. Ensuie Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa monren que la convergence des errioires s'es ralenie depuis la crise e l acivié a pluô décru dans les errioires les plus producifs. 4) La noion de croissance poenielle qui vise à mesurer les capaciés producives d une économie à moyen erme sor profondémen fragilisée de la crise comme ouil de piloage macroéconomique. Les révisions coninues (quelles que soien les méhodes) de la croissance poenielle renden dangereuse l idée d'un piloage européen en foncion de règles comme le monre Henri Serdyniak. Il fau donc rerouver une poliique économique européenne qui assume son caracère discréionnaire. En oure une poliique budgéaire plus coningene aux condiions macroéconomiques e financières doi êre mieux coordonnée avec la quesion climaique ce que discuen Jérôme Creel e Eloi Lauren. 5) La noion de sagnaion séculaire c es-à-dire un affaiblissemen durable de la croissance donne lieu à d inenses débas. Deux visions de la sagnaion séculaire son débaues. La première celle de Rober Gordon insise sur l épuisemen du progrès echnique. La seconde dans la coninuié des analyses de Larry Summers insise sur la possibilié d un défici permanen de demande. Jérôme Creel e Eloi Lauren monren les limies de l analyse de Rober Gordon pour la rance. Gilles Le Garrec e Vincen Touzé monren la possibilié d un défici durable de demande qui pèse sur l accumulaion du capial du fai de l impuissance de la Banque cenrale à baisser encore ses aux d inérê. Dans un el cadre un souien à la demande es nécessaire pour sorir d un mauvais équilibre d inflaion basse e de chômage élevé qui condui à une percepion négaive du poeniel de croissance. Changer les anicipaions peu demander des poliiques de simulaion de l acivié économique de grande ampleur ou comme l accepaion d une inflaion durablemen élevée. 6) Ainsi les analyses présenées ici reconnaissen les profondes difficulés du issu producif en rance e recommanden une meilleure coordinaion des poliiques publiques. Il fau un souien rapide à la demande afin de réablir l invesissemen puis une poliique

10 8 Jérôme Creel e Xavier Rago coninue e progressive de réablissemen des marges des enreprises exposées à la concurrence inernaionale. Pas de choc de compéiivié donc mais un souien aux enreprises qui prend en compe le profil emporel de l invesissemen producif selon Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno. 7) À plus long erme une parie du problème français qualifié d offre es le résula des désajusemens européens noammen de la divergence des salaires enre les grandes économies européennes. La divergence enre la rance e l Allemagne es impressionnane depuis le milieu des années Mahilde Le Moigne e Xavier Rago monren que la modéraion salariale allemande es singulière parmi les pays européens. Ils proposen une quanificaion de l effe de cee modéraion salariale sur le commerce exérieur e l acivié économique en rance. La modéraion salariale allemande conribue à une hausse de plus de 2 poins du aux de chômage français. La poliique de l offre pore un aure nom : celui de poliique de reconvergence européenne. 8) La modernisaion profonde du issu producif reposera sur des espaces de coopéraion d apprenissage collecif e de collaboraion permean de la créaivié rendue possible par les nouvelles echnologies. Ces espaces doiven reconnaîre l imporance des acifs inangibles qui son si difficiles à valoriser. Dans des économies don la populaion acive vieilli les progrès de la roboique e de l inelligence arificielle doiven engendrer une amélioraion du poeniel de producivié selon Sandrine Levasseur. Il fau aussi renforcer la coopéraion au sein de deux espaces : l enreprise e le errioire. Au sein de l enreprise une gouvernance parenariale doi permere de limier les endances financières cour-ermises. Au sein des errioires la définiion de sysèmes errioriaux d'innovaion doi êre l enjeu d une poliique indusrielle moderne selon Michel Agliea e Xavier Rago. 9) Pour conclure ce n es pas an le niveau de la producion qui inquièe que l inéquiable répariion des fruis de la croissance si faible soi-elle comme le monre Guillaume Allègre. Le consensus naissan à propos de l impac négaif des inégaliés sur la croissance économique ne doi pas masquer le vrai déba qui pore non pas uniquemen sur les écars de revenus mais aussi sur ce que ces revenus permeen de consommer donc sur l accès à des biens e services de qualié égale. La quesion essenielle devien alors celle du conenu de la producion avan celle de sa croissance. Pour monrer les cohérences des analyses nous présenons mainenan les différens aricles de ce numéro en deux grandes paries. La première cenrée sur l économie française pose la quesion de l érosion de son issu producif. La crise financière inernaionale a-elle provoqué une rupure ou juse un désajusemen? Plusieurs

11 Inroducion. Le ralenissemen de la croissance : du côé de l offre? 9 niveaux d analyse son mobilisés : les dimensions macroéconomique e microéconomique donc les données de la compabilié naionale e les données d enreprises e la dimension errioriale française e européenne. La seconde parie adope une vision criique de la liéraure héorique sur les quesions de croissance. Elle aborde aussi bien le déba sur la sagnaion séculaire e son applicaion à la zone euro e à la rance celui de la mesure de la croissance poenielle déjà esquissée dans la première parie que les ineracions enre vieillissemen innovaion inégaliés d un côé e croissance économique de l aure. 1. Les effes de la crise : Une érosion durable du issu producif en rance? Quel es l éa du issu producif français? La crise laissera--elle des cicarices permanenes? Il fau s inerroger sur ce qui peu avoir éé dérui de manière durable dans la crise : en effe la crise peu avoir affecé le issu producif par rois canaux. Le premier canal es la conracion du sock de capial. La crise a condui à un sous-invesissemen éudié par Bruno Ducoudré e Mahieu Plane dans ce numéro e peu se maérialiser de deux façons d une par le sous-invesissemen e d aure par les faillies d enreprises l une e l aure façon n éan pas exclusives l une de l aure. La conracion du sock de capial peu avoir des effes permanens sur l'acivié économique du fai noammen du sous-invesissemen dans les nouvelles echnologies suscepibles d augmener l efficacié producive des enreprises françaises. Par ailleurs les faillies peuven avoir fai disparaîre des enreprises producives pour des raisons puremen conjoncurelles. Le second canal es la pere de compéences des chômeurs de longue durée. On parle alors de desrucion de capial humain e non de capial physique. Il exise un roisième canal mainenan discué dans la liéraure qui concerne la mauvaise allocaion du capial. Si la crise condui à des problèmes de financemen plus sévères pour de peies enreprises producives le ralenissemen de l'acivié peu conduire à un sous-développemen (voire à des faillies) d'enreprises les plus producives ce qui condui non plus seulemen à une baisse du sock de capial mais à sa mauvaise allocaion producive. Pour répondre à ces quesions il fau croiser les analyses e les focales. Dans une première parie de ce numéro plusieurs perspecives son uilisées : l analyse des seceurs les données d'enreprises l analyse macroéconomique l analyse des endances de moyen erme l analyse des errioires e enfin l analyse comparaive avec nore voisin allemand.

12 10 Jérôme Creel e Xavier Rago Commen s explique le faible niveau d invesissemen e d emploi en rance? Une analyse secorielle Bruno Ducoudré e Mahieu Plane s inéressen à l évoluion de l emploi e de l invesissemen à un niveau agrégé en disinguan au sein du seceur marchand l indusrie la consrucion e les services. Concernan l emploi les aueurs idenifien ou d abord une baisse graduelle par palier du aux de croissance annuel de la producivié horaire observée (VA en volume/ heures ravaillées). Pour le seceur marchand cee producivié annuelle éai de 15 % de 2003 à 2007 e a diminué jusqu à aeindre 05 % de 2008 à Concernan l invesissemen les rois faceurs principaux déerminan le niveau d invesissemen son l acivié économique (la valeur ajouée marchande) le aux de marge qui mesure la profiabilié des enreprises e enfin le coû du capial. Le rôle de chacun des faceurs dépend de l horizon considéré. À cour erme l acivié économique es le déerminan principal de l invesissemen. Une hausse permanene de 1 % de l acivié économique augmene l invesissemen de 14 % alors qu'une hausse de 1 % du aux de marge à un effe rès faible. Cependan à long erme (10 ans) une hausse de 1 % de l acivié augmene l invesissemen de l ordre de 1 % alors qu'une hausse de 1 % du aux de marge augmene l invesissemen de l ordre de 2 %. La première leçon imporane de ces analyses es que le comporemen agrégé de l invesissemen e de la demande d emploi es globalemen sable pendan la crise. La chue de l invesissemen ne provien pas esseniellemen d un changemen de comporemen des enreprises mais d un changemen de l'environnemen macroéconomique des enreprises. En d aures ermes la dynamique de l invesissemen éai en grande parie prévisible dès 2007 par l anicipaion de l évoluion du cadre macroéconomique. Concernan l emploi la même conclusion s'impose avec une nuance. On observe un changemen du comporemen des enreprises. Les effecifs salariés on moins diminué dans la crise que ce que laissaien prévoir les comporemens esimés avan la crise. On observe ainsi une réenion de main-d œuvre qui explique le reard enre la croissance e l emploi. La seconde leçon es que les poliiques visan à modifier le aux de marge des enreprises peuven avoir un effe imporan sur l invesissemen mais uniquemen à long erme semble--il. Ce effe devien imporan après 3 à 5 ans. À l aide de ces équaions de demande de faceurs les aueurs mesuren la réducion de l emploi e de l invesissemen due à la poliique de consolidaion budgéaire (qui a rédui l acivié économique) e à la baisse du aux de marge des enreprises. Le premier effe

13 Inroducion. Le ralenissemen de la croissance : du côé de l offre? 11 l empore la consolidaion budgéaire induisan une baisse cumulée de 4 % de l'emploi salarié. Quelles on éé les conséquences de la crise sur la producivié des enreprises? Sarah Guillou e Lionel Nesa uilisen les données d enreprises françaises (ICUS e ARE) pour consruire une mesure du progrès echnique au niveau de l enreprise la producivié globale des faceurs pour comprendre le ryhme du changemen echnique depuis la crise e jusqu en 2011 dernière année à ce jour de disponibilié des données. Assise--on à un ralenissemen du changemen echnique depuis la crise? Observe--on des différences de comporemen suivan la aille des enreprises ou les seceurs? Il exise deux façons de générer du progrès echnique au niveau du issu producif. Les enreprises peuven devenir plus producives individuellemen du fai d innovaion ou d'un mécanisme d apprenissage éudié de longue dae dans la liéraure sur la croissance endogène. Ensuie même si les enreprises ne son pas plus producives individuellemen la producion e le capial peuven se déplacer des enreprises les moins producives vers les plus producives (du fai par exemple du développemen de peies enreprises producives) amélioran ainsi l allocaion producive de l économie. Le premier mécanisme (inerne) es appelé marge inensive le second (exerne) marge exensive. En emps de crise il exise un déba sur la conribuion à la producivié globale de la marge exensive. En effe cerains aueurs on avancé que les crises faisaien disparaîre les enreprises les moins producives permean de libérer les ressources financières mais aussi en emplois qualifiés pour les enreprises les plus producives lors de la reprise. D aures aueurs on avancé que les crises faisaien disparaîre des enreprises producives du fai des conraines financières. Que disen les données françaises? L'éude de Sarah Guillou e Lionel Nesa monre que premièremen le progrès echnique a raleni dans les enreprises françaises en moyenne de 2008 à 2011 dans les enreprises de oues ailles e pour ous les seceurs. Deuxièmemen le progrès echnique a raleni plus foremen dans les peies que dans les grandes enreprises. Par ailleurs les grandes enreprises on en moyenne une producivié plus élevée que les peies enreprises ce que confirmen d'aures éudes. Troisièmemen les dispariions d'enreprises concernen les enreprises en moyenne plus producives que la moyenne de leur seceur. Ainsi la récession loin de sélecionner les enreprises les plus producives

14 12 Jérôme Creel e Xavier Rago a condui à une dispariion de producivié jusqu en Cee dispariion pourrai ne pas avoir éé définiive si les créaions nees d enreprises en phase de reprise on compensé cee pere. Quarièmemen la relaion enre invesissemen e progrès echnique a subi une rupure après la crise. L invesissemen ne génère pas auan de progrès echnique après la crise de 2008 qu'avan. Une cause possible es que la qualié des faceurs (par exemple la qualié des machines) diminue quand l invesissemen diminue. De ce fai la baisse de l invesissemen indui une moindre qualié du sock de capial. Enfin les seceurs don le ryhme de progrès echnique a le mieux résisé à la crise son les seceurs manufacuriers e les services de haues echnologies qui avaien une producivié élevée avan la crise. Quelle mesure de la croissance poenielle en rance? Éric Heyer e Xavier Timbeau présenen une méhode d évaluaion de la croissance poenielle qui n es pas sujee à des révisions fréquenes e qui rese en parie agnosique sur la séparaion enre faceurs conjoncurels e srucurels. Leur sraégie es de parir de la croissance observée e de corriger cee dernière des faceurs économiques connus. Ces derniers peuven êre classés en deux caégories inerne e exerne. Les faceurs exernes son le prix du pérole e les écars de prix relaifs des exporaions de la rance par rappor aux aures pays e l acivié économique des aures pays. Les faceurs inernes son en premier lieu la poliique budgéaire qui affece direcemen l acivié économique. Il es mainenan reconnu que l effe récessif des hausses d'impôs ou des baisses de dépenses a éé sousesimé avan la crise. Les aures faceurs son les condiions financières e le prix de l'immobilier. Pour la période récene Eric Heyer e Xavier Timbeau rouven que les principales conribuions à la faiblesse de l acivié économique son la poliique de consolidaion budgéaire rapide e les condiions financières. Une fois que l on ien compe de ces faceurs le poeniel de croissance français a décru de 04 poin en fin de période. L approche d Éric Heyer e Xavier Timbeau défini une croissance poenielle résiduelle une fois que les principaux faceurs explicaifs on éé uilisés pour comprendre les flucuaions de la croissance. L inérê de cee approche es de laisser au déba économique le soin de disinguer parmi les faceurs explicaifs ceux qui son srucurels e ceux qui son conjoncurels. L exemple de la compéiivié perme de comprendre l enjeu de ce déba. Éric Heyer e Xavier Timbeau inroduisen la compéiivié comme l écar des prix des exporaions enre les pays concurrens e la rance. Les divergences de compéiivié enre les

15 Inroducion. Le ralenissemen de la croissance : du côé de l offre? 13 pays son-elles srucurelles ou conjoncurelles? Si elles son définies comme conjoncurelles l hypohèse implicie es que les mécanismes de marché la concurrence inernaionale en pariculier enraîneron la convergence des prix enre les pays. L exemple européen monre cependan que cee convergence n'es pas garanie à moyen erme. Le problème producif français à l inersecion de la macroéconomie de la microéconomie e des errioires Les analyses présenées jusqu ici sur la siuaion des enreprises des seceurs e de l ensemble de l économie française n idenifien pas de faceurs de producion ayan éé déruis de manière permanene pendan la crise même si les races de la crise peuven prendre plusieurs années pour disparaîre. Cependan pour comprendre l éa de la rance il fau ajouer à ce effe de cour erme les endances de plus long erme révélées par la rajecoire de la rance depuis le milieu des années Michel Agliea e Xavier Rago présenen une synhèse de endances microéconomiques e macroéconomiques permean de cerner l éa du issu producif français. S ils idenifien deux endances macroéconomiques le prix de l'immobilier e les divergences salariales européennes la quesion qu ils posen concerne l effe des aux d inérê bas sur la période d avan-crise. Ces derniers n on pas simulé l invesissemen producif mais pluô les prix immobiliers. Leurs analyses se ournen alors vers la gouvernance des enreprises pour expliquer ce résula. Ils présenen une ypologie de la gouvernance des enreprises e avancen l idée que la financiarisaion de la gouvernance des enreprises semble expliquer les difficulés des enreprises à irer pari des poeniels de croissance à moyen erme. Michel Agliea e Xavier Rago idenifien le manque d implicaion des salariés dans les direcions des enreprises comme un faceur clé pouvan freiner la croissance à long erme. Leurs analyses présenen ensuie l ancrage erriorial des sysèmes d innovaion. Les errioires apporen des exernaliés posiives par les effes d aggloméraion de réseaux e par les aciviés inensives en informaion. Ils doiven êre organisés de manière à conenir les effes exernes négaifs de la congesion. La marice de cee organisaion es bien sûr le modèle économique urbain. Les villes produisen les ineracions de proximié mais aussi les modes de communicaion à disance grâce aux echnologies de l informaion (proximié viruelle). Elles subissen les forces de dispersion à cause du prix du foncier qui enraîne l éalemen principale source de gaspillage énergéique e de

16 14 Jérôme Creel e Xavier Rago emps. Il s ensui que la planificaion urbaine es le socle sur lequel des sysèmes d innovaion peuven s édifier. La producivié e les errioires Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa s inerrogen sur la dynamique errioriale de l évoluion du issu producif français à parir de données d enreprises : dans les plus de rois cens zones d emploi réperoriées par l INSEE la crise a--elle eu les mêmes effes sur la producivié l emploi ou la paricipaion au commerce mondial? Les errioires se spécialisen-ils en ermes d acivié e leur spécialisaion a--elle évolué? L analyse de Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa monre la rès fore héérogénéié des errioires en ermes de producivié de paricipaion au commerce inernaional ou de resrucuraion du issu producif. Avan la crise on peu observer une convergence des errioires en ce qui concerne le PIB ou la producivié du ravail. La crise a raleni ce processus. La crise a en même emps condui à un ralenissemen des gains de producivié du ravail au sein des errioires e à une réallocaion de la producion vers les errioires moins producifs conduisan à un ralenissemen de la producivié du ravail. On assise ensuie à une évoluion du issu producif depuis la crise vers les services e indusries manufacurières de haue echnologie ce qui condui à une plus fore résilience des errioires spécialisés dans ces seceurs. Cependan même en enan compe de ces évoluions secorielles les errioires diffèren foremen en ermes de producivié e de comporemen face à la crise. Cela indique probablemen des spécificiés locales concernan l organisaion indusrielle ou des complémenariés locales propres. Il exise donc des faceurs locaux qui expliqueraien valeur ajouée invesissemen e emploi de chaque errioire en niveau comme en aux de croissance. De ce fai les aueurs plaiden pour des poliiques diversifiées adapées aux conexes locaux. Les désajusemens européens comme cause du problème producif en rance L évoluion de l économie française peu êre analysée à l aune de la dynamique allemande. En effe la divergence économique enre la rance e l Allemagne depuis 1993 es impressionnane. Alors que les deux pays éaien dans des siuaions comparables à la fin des années 1990 l Allemagne es aujourd hui au voisinage du plein emploi en dépi d inégaliés en hausse e es un des pays développés les plus exporaeurs e don l'éa es le moins endeé. La rance connaî un

17 Inroducion. Le ralenissemen de la croissance : du côé de l offre? 15 chômage élevé e voi ses performances commerciales se dégrader coninûmen. Différenes explicaions on éé avancées pour expliquer cee divergence : la capacié d innovaion e de monée en gamme des enreprises du Mielsand allemand les réformes du marché du ravail des lois Harz les différences de srucure de concurrence dans les services noammen. Mahilde Le Moigne e Xavier Rago insisen sur une aure cause : la divergence des coûs du ravail enre les deux pays e le caracère singulier de la modéraion salariale allemande. L exraordinaire sabilié des salaires allemands dans le seceur des biens non-échangeables par rappor aux salaires français es mainenan bien documenée. Dans une moindre mesure le coû uniaire du ravail dans le seceur des biens échangeables a aussi augmené plus vie en rance qu en Allemagne. Selon Mahilde Le Moigne e Xavier Rago ces différences de long erme dans le coû du ravail expliquen la moiié de l écar de balance commerciale enre les deux pays e de l'ordre de 2 poins du aux de chômage en rance. Par ailleurs la baisse du aux de marge du seceur des biens échangeables en rance s explique par le fai que le prix de vene des biens de ce seceur a suivi la même endance en rance e en Allemagne principalemen du fai de la concurrence inernaionale alors que le coû des faceurs augmenai plus vie en rance du fai de la hausse du coû uniaire du ravail mais aussi de la hausse du prix des biens non-échangeables acheés par le seceur des biens échangeables français. Une conclusion imporane des aueurs es que le problème di d offre en rance c es-à-dire la dégradaion de la balance commerciale e la chue du aux de marge des enreprises es principalemen le résula des désajusemens européens en maière de coû du ravail. Les divergences nominales enre les pays européens duren mainenan depuis ving ans e on eu endance à s'accroîre jusqu'en On ne peu donc pas les qualifier de conjoncurelles e elles conribuen à la mesure du poeniel de croissance. 2. Où va la croissance économique? Le niveau de croissance économique à moyen erme une fois que les cicarices laissées par la crise auron cauérisé es une quesion qui concerne ous les pays. Larry Summers a provoqué un déba mondial en reprenan à son compe l idée de «sagnaion séculaire» iniialemen défendue par Alvin Hansen. En résuman l hypohèse de sagnaion séculaire peu êre défendue par des argumens invoquan

18 16 Jérôme Creel e Xavier Rago des considéraions d offre ou de demande. Les premières son par exemple largemen discuées par Rober Gordon qui relaivise grandemen les appors des nouvelles echnologies sur la croissance économique à venir. Il insise pluô sur les quesions de vieillissemen d inégaliés e de monée des dees publiques qui von freiner durablemen la croissance économique. Les secondes qui insisen sur la demande on éé présenées par Larry Summers e impliquen un excès durable d épargne qui pèse sur la rémunéraion du capial. L hypohèse de sagnaion séculaire «à la Summers» a éé élégammen formalisée par Paul Krugman Gaui Eggerson e Neil Mehrora selon lesquels l excès d épargne procède d un désendeemen massif des agens économiques. Ces deux approches par l offre e par la demande son analysées successivemen dans ce numéro. Quels son les vens conraires de la croissance française? Rober Gordon défend l hypohèse d une croissance durablemen faible causée par la faible conribuion de six faceurs à la croissance : la démographie l éducaion les inégaliés la mondialisaion l'énergie e enfin la dee. Jérôme Creel e Eloi Lauren sous une forme brève «à la Gordon» reprennen chacun des argumens de Rober Gordon pour mesurer leur perinence à l'aune de la siuaion de la rance. Les aueurs monren que ces argumens s'appliquen en fai peu en rance. Il ne s agi pas d affirmer que les performances de la rance son saisfaisanes mais au conraire qu il exise des poeniels imporans d amélioraion. Concernan l éducaion par exemple les aueurs rappellen que la rance es un pays où l origine sociale a le plus d influence sur les rajecoires scolaires des enfans. C es le signe d un échec du sysème éducaif qui poliiquemen n assure pas une égalié des chances e économiquemen ne perme pas la mobilisaion de ous les alens. La quesion des inégaliés de revenu e de parimoine se pose avec une moins grande acuié en rance du fai des poliiques de redisribuion don on ne semble vouloir reenir aujourd hui que les aspecs négaifs. Jérôme Creel e Eloi Lauren insisen ensuie sur le rôle de la poliique européenne e des enjeux climaiques. La gesion européenne de la crise économique à parir de 2009 n a pas favorisé la croissance au conraire. Les aueurs n excluen pas qu'une mauvaise poliique économique ne favorisan pas l invesissemen puisse durablemen conribuer à une croissance faible. Avec une onalié plus posiive les aueurs insisen sur le poeniel de modernisaion de l appareil producif que consiue la quesion écologique e de la ransiion énergéique. Mobilisan les analyses réalisées dans le rappor iags les

19 Inroducion. Le ralenissemen de la croissance : du côé de l offre? 17 aueurs indiquen qu une poliique volonarise de ransiion énergéique es suscepible de générer de la croissance au moins à moyen erme. La quesion climaique offre d ailleurs le meilleur exemple d un dépassemen de l opposiion enre poliique de l offre e poliique de demande. La réducion des émissions de gaz à effe de serre es une conraine inéviable sur le issu producif. Celle-ci réclame un effor d invesissemen qui es un puissan souien à la demande à cour erme e nécessie un équilibre approprié enre invesissemen public e privé pour engendrer une offre abondane e économe en ressources naurelles e en énergies fossiles. La croissance poenielle doi-elle êre uilisée dans des règles conraignanes? La siuaion européenne évoquée dans l aricle précéden amène naurellemen à s inerroger sur les règles budgéaires en vigueur e donc à la mesure de la croissance poenielle devenue cenrale dans les exes e règlemens européens. Par exemple le Traié budgéaire impose aux Éas membres de se fixer un objecif de défici srucurel de moyen erme de 05 %. L esimaion de la croissance poenielle envisagée comme une croissance sable de moyen erme es donc un préalable à l esimaion du défici srucurel donc un préalable au respec des raiés en vigueur. Comme le noe Henri Serdyniak dans sa conribuion au-delà des quesions budgéaires européennes le concep de croissance poenielle revien aussi dans les débas auour des conséquences de la crise financière inernaionale pérennes ou emporaires srucurelles ou conjoncurelles. La crise de 2008 a--elle en effe rédui durablemen la croissance poenielle (e donc la croissance fuure) de sore que la cible d un rappor consan enre dépenses publiques e PIB poeniel nécessie de réduire insananémen les dépenses publiques? Henri Serdyniak monre que les mesures de croissance poenielle son rès fragiles e son amenées à des révisions imporanes à plusieurs années d inervalle. Rappelan les mesures successives de croissance poenielle des grandes insiuions inernaionales il monre que l analyse de l'année 2007 a profondémen changé en l espace de quelques années. Alors que l acivié économique éai jugée en deçà du poeniel en 2007 dans les esimaions réalisées en 2008 les esimaions réalisées en 2013 oujours pour l année 2007 concluen que la rance éai en surchauffe manifese avec une producion supérieure de près de 3 % à son poeniel. Présenan les différenes méhodes de mesure Henri Serdyniak me en lumière les hypohèses implicies qui selon lui les renden oues fragiles. De

20 18 Jérôme Creel e Xavier Rago cee revue de liéraure des esimaions sur données principalemen françaises il conclu que la noion de croissance poenielle es un concep économique imporan mais poeniellemen dangereux lorsque sa mesure se subsiue à une analyse économique de fond e au déba poliique sur l évenail des sraégies de croissance possibles. La producion processus len Une seconde mise en perspecive de la noion de croissance poenielle es réalisée par Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno. Ils insisen sur l inerdépendance des faceurs d'offre e de demande pour penser la croissance poenielle. La clé pour comprendre cee inerdépendance es la prise en compe réalise du emps nécessaire pour invesir e augmener les capaciés producives. Comme l écriven les aueurs si l on veu répondre à la quesion du niveau de aux de croissance poeniellemen aeignable il impore de connaîre le profil de l invesissemen producif à quel horizon la nouvelle capacié de producion es consruie e donc disponible e à quel horizon elle es déruie. Ainsi un vieillissemen du capial producif conséquence du ralenissemen des dépenses d invesissemen peu expliquer la faiblesse courane du aux de croissance poenielle andis que le emps nécessaire pour son rajeunissemen peu expliquer pourquoi cee faiblesse es durable. L inroducion de la emporalié dans l analyse économique aboui à des conclusions imporanes pour la poliique économique. L invesissemen es un faceur de demande à cour erme e un faceur d'offre à long erme. La poliique budgéaire affece la par de la producion qui va à l invesissemen e celle qui va à la consommaion. Une enaive d augmenaion de l invesissemen ne peu êre frucueuse que si les biens d invesissemen son disponibles pour saisfaire cee demande. La producion de ces biens d invesissemen peu elle-même prendre du emps. Ainsi la maîrise des emps producifs es essenielle pour définir l ariculaion enre une poliique d offre e une poliique de demande. Une demande rop faible peu-elle avoir des conséquences à long erme? Une quesion cenrale dans l analyse économique es celle de la sabilié des économies de marché. Cee quesion a éé éudiée en économie sous l angle des équilibres muliples : une économie peu foncionner «normalemen» pendan plusieurs années avan qu un choc négaif de demande réduise l acivié économique e conduise à un nouveau régime de faible demande de chômage élevé e de croissance faible. Gilles le Garrec e Vincen Touzé éenden le modèle

21 Inroducion. Le ralenissemen de la croissance : du côé de l offre? 19 d'eggerson e Mehrora à la quesion de la croissance e de la ransiion enre différens équilibres macroéconomiques. Ils confirmen la possibilié d un régime durable de demande faible e de sous-emploi du fai de rois «conraines» : le raionnemen du crédi les rigidiés nominales dans l économie e surou les conraines sur la poliique monéaire car les aux d'inérê nominaux ne peuven êre négaifs (ou rès négaifs). L équilibre de sous-emploi doi amener à profondémen repenser la poliique économique. Des poliiques srucurelles favorisan un accroissemen de la producivié ou une réducion des rigidiés nominales peuven avoir des effes conreproducifs du fai de endances déflaionnises. Un accroissemen de la cible d inflaion es efficace si la banque cenrale es suffisammen crédible. Les résulas concernan la poliique budgéaire son pariculièremen inéressans. Une poliique budgéaire redisribuive peu aider l économie à sorir de la sagnaion séculaire en souenan la demande globale. Elle condui cependan à une réducion de la croissance au plein emploi en raison d une moindre inciaion à accumuler du capial. Ce éclairage héorique perme de mieux appréhender les diversiés d impac de poliique d offre ou de poliique de demande pour échapper à la sagnaion séculaire. L effe du vieillissemen de la populaion Le rôle de la démographie sur la croissance de long erme es éudié par Sandrine Levasseur. Le vieillissemen de la populaion es l un des enjeux esseniels des années à venir avec la quesion climaique e la gesion des effes des nouvelles echnologies. Le vieillissemen de la populaion en rance es surou le résula de l allongemen de l espérance de vie e es donc d'abord une bonne nouvelle. Cependan il pose des défis imporans noammen si comme cerains l avancen la producivié au ravail diminue à parir d un cerain âge. Sandrine Levasseur s inéresse ou d abord aux résulas des éudes de neurosciences poran sur l évoluion des capaciés cogniives (e physiques) chez le suje vieillissan. Elle présene ensuie la liéraure empirique sur le lien enre âge e producivié au ravail. Si la liéraure fai consensus sur la baisse des capaciés cogniives e physiques au fur e à mesure du vieillissemen il n en va pas de même pour le lien empirique enre âge e producivié au ravail. Enfin dans le cadre d un ravail saisique simple l aueure analyse les réponses acuelles au vieillissemen de la populaion acive en ermes de roboisaion e de recours à l immigraion. La densié roboique es posiivemen e significaivemen corrélée au vieillissemen de la populaion acive fuure andis que l immigraion au cours des ving dernières années a

22 20 Jérôme Creel e Xavier Rago considérablemen raleni le vieillissemen de la populaion de cerains pays développés. inalemen nore poeniel de producivié macroéconomique semble moins lié au vieillissemen de la populaion acive qu aux progrès de la roboique e de l inelligence arificielle. Les inégaliés de revenus modifien-elles la croissance économique? Les conséquences sociales de la crise financière inernaionale on relancé le déba sur le lien à éablir enre croissance économique e inégaliés. La persisance d une croissance faible e la monée des inégaliés de revenus on eu deux effes sur ce déba : le premier a éé de fragiliser la héorie du ruissellemen selon laquelle l enrichissemen des plus aisés se diffuse aux moins aisés e le second d inerroger la causalié enre inégaliés e croissance. Guillaume Allègre précise les différens canaux par lesquels ces deux variables peuven êre liées puis il revien sur les ravaux les plus récens des insiuions inernaionales e sur la conclusion selon laquelle la monée des inégaliés nui à la croissance. Compe enu de la muliplicié des canaux possibles il conclu sur l impossibilié d esimer l effe des inégaliés sur la croissance e invie pluô à s inerroger sur la noion même de croissance. Les ménages ne son pas simplemen confronés à des inégaliés de revenu mais aussi à des inégaliés d accès aux biens e services. Guillaume Allègre pose donc in fine la quesion de la perinence des indicaeurs de performance macroéconomique. 3. Conclusion Les conribuions rassemblées dans ce numéro on une double ambiion : celle de mere les enreprises e les seceurs au cœur de la réflexion sur les enans e les abouissans du ralenissemen acuel de la croissance e celle de quesionner le bien-fondé des analyses héoriques sur la croissance fuure à l aune de la siuaion française e européenne. L axe cenral des réflexions a éé l'équilibre à rouver enre les poliiques de souien à l'offre e les poliiques de souien à la demande. Il rese qu en dépi de la diversié des conribuions proposées des quesions spécifiques comme l'innovaion l éducaion la fiscalié le raiemen déaillé des effes des nouvelles echnologies numériques sur le marché du ravail ou enfin la quesion des évoluions souhaiables du marché du ravail e leurs impacs sur la croissance économique son au mieux esquissées ou ne son pas abordées. Elles le seron dans d aures numéros de la Revue de l OCE.

23 Parie 1 LES EETS DE LA CRISE : UNE EROSION DURABLE DU TISSU PRODUCTI EN RANCE? Les demandes de faceurs de producion en rance. Esimaion e analyse des effes de la crise Bruno Ducoudré e Mahieu Plane La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises Sarah Guillou e Lionel Nesa Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance Éric Heyer e Xavier Timbeau Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes Michel Agliea e Xavier Rago Dispariés locales e crise économique éclairages préliminaires Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Revue de l OCE 142 (2015)

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25 LES DEMANDES DE ACTEURS DE PRODUCTION EN RANCE ESTIMATION ET ANALYSE DES EETS DE LA CRISE Bruno Ducoudré e Mahieu Plane OCE Sciences Po Avec la crise débuée en 2008 les faceurs de producion on connu en rance une conracion sans précéden depuis la Seconde Guerre mondiale. La crise se caracérise par sa longueur : sep ans après son commencemen les faceurs de producion n on oujours pas rerouvé leur niveau d avan-crise. ace à un el choc il s agi de savoir si au regard de la crise les ajusemens opérés sur les faceurs de producion son en lien avec les évoluions de l acivié e si la crise a enraîné des rupures dans le comporemen des enreprises. Pour répondre à cee quesion nous esimons d une par des équaions de demandes de faceurs sur les périodes e e nous analysons e comparons les paramères esimés sur ces deux périodes. D aure par nous réalisons des simulaions dynamiques de l emploi e de l invesissemen que nous comparons aux évoluions observées de ces deux variables afin d éablir si les déerminans radiionnels des équaions permeen de comprendre les évoluions des faceurs de producion depuis le débu de la crise. Concernan la endance de producivié nous conduisons des ess de déecion e de daaion des rupures de endance de producivié ainsi que des esimaions récursives des paramères. Les résulas des équaions économériques n indiquen pas de rupure majeure au momen de la crise dans les déerminans fondamenaux de l invesissemen e de l emploi. Enfin nous exposons les propriéés varianielles des deux équaions de demande de faceurs puis nous évaluons l impac depuis 2011 des poliiques de consolidaion budgéaire dans la zone euro e de la dégradaion du aux de marge des enreprises sur l emploi salarié marchand e le sock de capial producif en rance. Toues choses égales par ailleurs les poliiques de consolidaion budgéaire dans la zone euro seraien selon nos évaluaions responsables en rance de la desrucion de à emplois salariés dans le seceur marchand e d une chue de l invesissemen des enreprises non-financières comprise enre 68 % e 76 % soi une conracion de 16 % à 17 % du capial producif. La baisse du aux de marge depuis 2011 aurai condui à réduire l invesissemen des enreprises de 21 % à 25 % ce qui correspond à une baisse du capial producif de %. Mos clés : invesissemen emploi producivié. Revue de l OCE 142 (2015)

26 24 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane En rance comme dans oues les économies avancées la crise a eu des effes dévasaeurs sur l acivié e sur les faceurs de producion qui on connu une conracion sans précéden depuis la Seconde Guerre mondiale. Enre le débu de la crise (premier rimesre 2008) e le roisième rimesre 2009 l invesissemen des enreprises s es conracé de près de 15 % e l emploi salarié marchand a diminué de 25 % soi une pere de emplois en l espace de six rimesres (graphique 1). Un choc d une elle ampleur sur les faceurs de producion ne s es jamais observé depuis plus d un demi-siècle. A ire de comparaison la crise du débu des années 2000 qui a fai suie à l éclaemen de la bulle des nouvelles echnologies avai condui à une baisse de 47 % de l invesissemen des enreprises enre le roisième rimesre 2001 e la fin de l année 2002 e l ajusemen sur l emploi qui s éai opéré avec un décalage d un rimesre par rappor à celui sur le capial producif avai enraîné une baisse des effecifs salariés de 05 % enre le roisième rimesre 2002 e la fin 2003 soi emplois. Cee crise se caracérise aussi par sa longueur : sep ans après son commencemen les faceurs de producion n on oujours pas rerouvé leur niveau d avan-crise ce qui ne s éai égalemen jamais produi depuis la Seconde Guerre mondiale. À la fin de l année 2014 l invesissemen des enreprises éai encore 41 % en-dessous de son niveau d avan-crise e les effecifs salariés marchands éaien 26 % en dessous de leur niveau de débu 2008 ce qui correspond à la pere nee de emplois. Les évoluions de l invesissemen e de l emploi son marquées par la double récession qu a raversé l économie française d abord en puis à parir de 2011 lorsque les pays de la zone euro se son lancés simulanémen dans des poliiques de consolidaion budgéaire rapides à un momen où les muliplicaeurs budgéaires éaien pariculièremen élevés (Blo e al ; Creel Heyer e Plane 2011). Il en a résulé un impac négaif cumulé imporan sur l acivié économique en rance e chez ses principaux parenaires européens enre 2011 e 2014 (Heyer e Sampognaro 2015) qui a pesé sur l invesissemen e l emploi. ace à un el choc caracérisé par son ampleur e sa longueur la première quesion qui se pose es celle de savoir si au regard de la

27 Les demandes de faceurs de producion en rance 25 Graphique 1. Emploi salarié marchand non agricole e invesissemen des enreprises non-financières en rance 175 Emplois en millions bcf en euros 2010 prix chaînés Emploi salarié marchand (éch. gauche) Invesissemen des enreprises non-financières (éch. droie) Sources : Insee compes naionaux rimesriels crise les ajusemens opérés sur les faceurs de producion son en lien avec les évoluions de l acivié. Auremen di au cours de la crise les enreprises on-elles sur-ajusé leurs effecifs e leur capial producif au regard de leur niveau de producion? Ou au conraire on-elles fai de la réenion de main-d œuvre e du capial hoarding? La dégradaion du aux de marge des enreprises nonfinancières qui es passé de 335 % en 2007 à 294 % en 2014 suggère que les enreprises on pluô limié les desrucions d emplois au prix d une dégradaion de leur capacié d invesissemen. Pour mesurer le niveau souhaié des capaciés de producion par les enreprises e répondre plus précisémen à cee quesion nous esimons dans un premier emps des équaions de demandes de faceurs. Celles-ci son dérivées d une foncion de producion de ype CES suivan Allard-Prigen e al. (2002) qui implique que l élasicié de subsiuion soi commune aux deux équaions de demandes de faceurs. Ce aricle approfondi ainsi les ravaux menés à l OCE sur les demandes d invesissemen e d emploi. Nous analysons e comparons les simulaions dynamiques de l emploi e de l invesissemen issues des équaions des faceurs avec les évoluions observées de ces deux variables afin d éablir si les déerminans radiionnels de l emploi (valeur ajouée coû réel

28 26 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane du ravail durée du ravail endance de producivié) e de l invesissemen (valeur ajouée coû réel du capial aux de marge) permeen de comprendre les évoluions des faceurs de producion depuis le débu de la crise. Il s agi ensuie de savoir si la crise a enraîné des rupures dans les relaions esimées c es-à-dire si la crise a modifié les comporemens des enreprises e leur sensibilié à cerains faceurs explicaifs de l emploi e de l invesissemen. À cee fin nous esimons les équaions de demandes de faceurs en incluan ou non la période de crise pour déecer la présence évenuelle de rupures majeures dans les déerminans des demandes de faceurs au momen de la crise. Concernan l équaion d emploi se pose aussi la quesion de l esimaion de la endance de producivié de la déecion e de la daaion d évenuelles rupures de cee endance. Nous conduisons des ess de déecion e de daaion des rupures de endance de producivié ainsi que des esimaions récursives des paramères afin d apporer des élémens de réponse sur ce poin. Enfin au regard des résulas des esimaions des équaions des demandes de faceurs nous évaluons de façon ad hoc à parir des équaions esimées l impac depuis 2011 des poliiques de consolidaion budgéaire dans la zone euro e de la dégradaion du aux de marge sur l emploi salarié marchand e le sock de capial producif en rance. La première parie rappelle le modèle héorique sous-jacen aux équaions de demandes de faceurs de producion. La deuxième parie présene les résulas déaillés des esimaions des équaions d emplois en incluan ou non la période de crise ( ) dans les esimaions. Dans la roisième parie nous éendons les résulas des esimaions d équaions d invesissemen des enreprises non-financières présenés dans Ducoudré e al. (2015) à la période d esimaion e (conre ) e nous esimons l équaion d invesissemen en conraignan l élasicié de subsiuion à sa valeur obenue dans les équaions d emploi. La quarième parie expose les propriéés varianielles du modèle esimé des demandes de faceurs. La cinquième parie présene une évaluaion des effes des poliiques de consolidaion budgéaire dans la zone euro depuis 2011 e de la dégradaion des aux de marge sur l invesissemen e l emploi.

29 Les demandes de faceurs de producion en rance Le modèle héorique Les équaions de faceurs de producion esimées découlen d une foncion de producion de ype CES c es-à-dire à élasicié de subsiuion consane enre le capial e le ravail. Les rendemens d échelle son supposés consans e il y a une relaion de proporionnalié srice enre d une par les quaniés que les enreprises envisagen de produire e d aure par le volume «opimal» de faceurs de producion don elles souhaien disposer. Le progrès echnique inervien dans la foncion de producion. Il es considéré comme neure au sens de Harrod e n accroî que la producivié du ravail. La foncion de producion de ype CES s écri ainsi : Y = (K L) = [ak -ρ + (1 a) (EL) -ρ ] μ / ρ où K es le sock de capial physique L l emploi E le progrès echnique supposé neure au sens de Harrod e a un paramère ; où σ l élasicié de subsiuion es égale à 1/(ρ 1) e μ = 1 car les rendemens d échelle son consans d où : Y = (K L) = [ak 1-1/σ + (1 a) (EL) 1-1/σ ] σ/(σ -1) Sans conraine de débouchés les demandes de faceurs des enreprises dériven d une maximisaion du profi (Max π = P*Y C k *K C L *L où P représene l indice global des prix C k le coû du capial e C L le coû du ravail) sous la conraine définie par la foncion de producion qui perme de déerminer simulanémen les quaniés produies e les quaniés de faceurs demandées. La résoluion de ce programme d opimisaion 1 condui à un équilibre dans lequel la forme log-linéarisée des équaions donne après calculs e éliminaion des consanes : log (P) = α log (C L / E) + (1 α) log (C K ) où α es un paramère dépendan de a log (L) = log (Y) log (E) σ log ((C L / P) / E) log (K) = log (Y) σ log (C K /P) Selon le modèle héorique sous-jacen reenu la demande de ravail croî à long erme de façon uniaire avec la producion e es 1. Pour plus de déails voir Allard-Prigen e al

30 28 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane une foncion négaive de la producivié du ravail e du coû réel du ravail rapporé à la endance de la producivié que muliplie l élasicié de subsiuion capial-ravail. La demande de capial producif croî à long erme de façon uniaire avec la producion e es une foncion négaive du coû réel du capial que muliplie l élasicié de subsiuion capial-ravail. Le coû du ravail e le coû du capial son déflaés des prix de valeur ajouée qui dans le modèle héorique son égaux à la somme pondérée du coû du capial e du coû du ravail corrigée de la endance de producivié. Dans nos esimaions nous avons choisi de modéliser le aux d invesissemen (voir encadré) pluô que le raio capial/valeur ajouée comme cela es fai parfois. Cela perme d évier l accumulaion d erreurs qui peuven exiser sur les socks (capial) e pas sur les flux (l invesissemen es la dérivée première du capial au aux de déclassemen près). Enfin il n exise pas de mesure rimesrielle du sock de capial issue de la compabilié naionale. Modélisaion de l invesissemen 2 : passage de la demande de capial à la demande d invesissemen Le sock de capial à l insan (K ) es égal au sock de capial de la période précédene (K -1 ) moins le déclassemen d une parie de ce capial (δ * K -1 ) plus l invesissemen réalisé à l insan : K = K -1 *(1 δ) + I (1) En développan (1) on obien : ΔK = δ * K -1 + I ΔK / Q = δ * K -1 / Q -1 * Q -1 / Q + I / Q I / Q = ΔK / K -1 * K -1 / Q -1 * Q -1 / Q + δ * K -1 / Q -1 * Q -1 / Q (2) Soi κ le raio du capial sur la producion. À l équilibre cee par es consane. (κ. = K / Q = K -1 / Q -1 ). Avec Q -1 / Q = 1/(1 + ΔQ / Q -1 ) = 1/(1 + Q ) e K = ΔK / K -1 la relaion (2) devien alors :.. I / Q = κ / 1 + Q * (K + δ) Sur un senier de croissance. équilibré. le faceur capial croî au même ryhme que la producion (K = Q ). On en dédui donc :. I / Q = f(q δ κ) Le aux d invesissemen es foncion du aux de croissance de la producion du aux de déclassemen des équipemens e de la par du capial dans la producion (qui es une consane à long erme). 2. Voir Chauvin e al

31 Les demandes de faceurs de producion en rance Les équaions esimées des demandes de faceurs La demande de ravail es mesurée en effecifs de salariés du seceur marchand. La demande d invesissemen es celle des enreprises non-financières qui comprend les invesissemens en produis manufacurés en consrucion e en services. Dans les deux équaions l élasicié enre la valeur ajouée marchande e les demandes de faceurs es conraine uniairemen à long erme ce qui revien à reenir comme variables expliquées le aux d invesissemen des enreprises non-financières e l inverse de la producivié par salarié dans le seceur marchand. Les prix son ceux de la valeur ajouée marchande inérieure. Le coû du ravail es mesuré comme le salaire horaire moyen versé par les enreprises du seceur marchand y compris les coisaions sociales paronales. Pour l année 2014 nous avons raié le CICE comme une baisse de coisaion sociale paronale en reranchan de la masse salariale versée par les enreprises les 65 milliards d euros versés au ire du CICE ce qui correspond à 08 % de baisse du coû du ravail en année pleine. Toues choses égales par ailleurs la hausse du coû du ravail accroî le prix du ravail relaivemen à celui du capial enraînan une modificaion à producion donnée de la combinaison capial-ravail plus favorable au capial e moins au ravail. L élasicié de subsiuion mesurée ici es une élasicié macroéconomique différene de celle évaluée à parir de modèles microéconomériques 3 basés sur des données d enreprises. Le coû du capial es mesuré comme le prix de l invesissemen que muliplie la somme du aux réel d emprun bancaire des enreprises non-financières e du aux de dépréciaion du capial producif. Les enreprises invesissen an que la producivié marginale du capial es supérieure au aux d inérê. Or plus le coû du capial es faible plus il es facile d obenir une renabilié de l invesissemen supérieure au coû financier de l endeemen. Il y a donc une corrélaion négaive enre l invesissemen des enreprises e leur coû du capial. Selon le cadre héorique défini plus hau le σ esimé mesuran l élasicié de subsiuion enre le capial e le ravail doi êre iden- 3. Pour plus de déails voir Heyer e Plane 2012.

32 30 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane ique dans les deux équaions de demande de faceurs. La méhode reenue ici consise à imposer dans l équaion d invesissemen le σ esimé dans l équaion de producivié. Ce choix es lié au fai que l on mesure mieux l emploi moins révisé dans le emps que l invesissemen don le périmère peu évoluer au gré des nouvelles normes compables e on mesure mieux le coû du ravail (les coisaions sociales son assises sur la masse salariale) que le coû du capial. Ainsi le coû du capial el que mesuré ici ne prend pas en compe la srucure de financemen des enreprises (dee obligaaire crédi bancaire ou augmenaion de capial). Par ailleurs une mesure plus économique e moins compable de la dépréciaion du capial devrai mieux enir compe des cycles économiques e des faillies d enreprises ce qui n es pas le cas dans la mesure de la consommaion de capial fixe issue de la compabilié naionale basée sur des ables de moralié compables par ype d acifs. Par ailleurs les esimaions réalisées dans nore éude son enrichies par rappor au modèle srucurel de façon à améliorer les relaions de coinégraion e la significaivié des coefficiens. Dans le cas de l équaion d emploi nous avons ajoué dans les variables de long erme la durée du ravail e des rupures de endance. Avec une producivié marginale décroissane oue baisse de la durée du ravail accroî la producivié horaire moyenne du ravail mais l élasicié de la durée du ravail à la producivié horaire es généralemen inférieure à l unié dans le cas français (Cochard e al. 2010) c es-à-dire qu une baisse de la durée du ravail ne peu pas êre inégralemen compensée par une hausse de la producivié horaire induisan mécaniquemen une baisse de la producivié par êe. Par ailleurs nore modélisaion reien une endance log-linéaire de la producivié mais celle-ci cape mal un cerain nombre de phénomènes els que l évoluion non linéaire du progrès echnique les effes des allègemens de coisaions sociales ciblées sur les bas salaires ou les conséquences d une érosion du issu producif liée aux défaillances d enreprises à la suie d un choc économique. Nous avons donc inrodui des rupures de endance de producivié dans nore équaion de demande de ravail afin de caper des effes aures que ceux capés par le coû du ravail macroéconomique ou la durée du ravail.

33 Les demandes de faceurs de producion en rance 31 Dans le cas de l équaion d invesissemen des enreprises nonfinancières nous avons ajoué dans la relaion de long erme une variable de aux de profi mesurée direcemen par le aux de marge (EBE/VA). Le aux de profi perme de mesurer la siuaion financière des enreprises e leur capacié à auofinancer de l invesissemen sur fonds propres (Arus e Mue 1986). Ainsi dans les périodes de durcissemen des condiions d accès au crédi il es plus facile pour l enreprise d invesir lorsque ou ou parie de l invesissemen es auofinancé. En effe un aux de marge élevé allège la conraine de financemen exerne e sera favorable à l invesissemen. D aure par le aux de marge es un indicaeur de renabilié du capial posiivemen corrélé à l invesissemen. Enfin l effe d accéléraeur de l invesissemen joue pleinemen à cour erme mais à long erme le sock de capial croî de façon uniaire avec la valeur ajouée ce qui revien à esimer un raio Capial/Valeur ajouée des enreprises non-financières. Nous esimons les équaions d emploi salarié marchand e d invesissemen des enreprises non-financières sous forme d un modèle à correcion d erreurs (MCE) avec une fréquence rimesrielle sur une période allan de 1980 à Mais afin de voir si la crise commencée en 2008 a modifié les comporemens des enreprises vis-à-vis des demandes de faceurs nous esimons égalemen les deux équaions sur la période e nous comparons les coefficiens obenus sur les deux périodes d esimaions. Enfin pour la seule équaion d invesissemen nous l esimons en imposan ou non le coefficien de l élasicié de subsiuion à parir de celui obenu dans l équaion de demande de ravail. 3. Résulas équaion d emploi L équaion d emploi s écri : À long erme l emploi dépend d une endance linéaire qui compore une rupure au premier rimesre 1990 ainsi qu une rupure au deuxième rimesre 2002 de la durée du ravail e du coû du ravail. La dynamique de cour erme inègre quan à elle

34 32 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane les variaions passées e présenes de ces mêmes variables e de la valeur ajouée marchande e les variaions passées de l emploi. avec L représenan l emploi salarié du seceur marchand Q représenan la valeur ajouée du seceur marchand HL représenan la durée du ravail rimesrielle moyenne par salarié du seceur marchand C L représenan le salaire horaire super-bru dans le seceur marchand P représenan l indice de prix de la valeur ajouée marchande représenan l indice de emps c représenan la consane β 3 mesure la endance de producivié. Les rupures de endances de producivié son généralemen incluses dans les esimaions d équaions d emploi (Cochard e al ; Klein e Simon 2010). Elles capen d une par l effe des poliiques d emploi sur la producivié apparene du ravail (disposiifs d allègemen de charges sur les bas salaires qui enrichissen la croissance en emplois poliiques de réducion du emps de ravail) e d aure par la salarisaion croissane de l emploi. Pour déerminer les daes de rupures nous avons d abord procédé à des ess de rupure de Bai-Perron avec dae e nombre de rupures inconnues (Bai e Perron 2003 ; Maury e Pluyaud 2004) esen la présence de rupures sur la endance de producivié par habian sur données rimesrielles e rouven une rupure au débu des années 1990 avec la même méhode. Le Bihan (2004) ese la présence de rupures sur le PIB endanciel français. Ces résulas indiquen des rupures possibles auour de l année 1990 e à la fin de la décennie Suivan Maury e Pluyaud (2004) nous avons esé la présence de rupures dans la moyenne de la variaion rimesrielle de la producivié par salarié 4. Nous avons procédé à ces ess sur plusieurs périodes e en reenan différens crières de sélecion. Les résulas son présenés dans le ableau 1 e le graphique 2. Ce dernier monre que ces ess son peu concluans 4. Dans nore équaion qui inègre comme variable exogène la durée du ravail les endances de producivié par habian son de fai corrigées des évoluions de la durée du ravail ce qui revien à esimer une endance de producivié horaire ou une producivié par salarié à durée du ravail consane.

35 Les demandes de faceurs de producion en rance 33 quan à l idenificaion de daes précises de rupure mais aussi quan au nombre de rupures significaives qui peuven varier de 0 à 5 selon le crière de sélecion reenu. Au final ces résulas laissen une ceraine laiude quan au choix du nombre de rupures e de leurs daes. Pour l esimaion sur l ensemble de la période nous avons reenu une rupure au débu des années 1990 e une rupure au débu des années La première peu êre raachée à la mise en place des allègemens de charges sur les bas salaires. La deuxième rupure inervien duran le passage aux 35 heures. Graphique 2. Tess de rupures avec daes inconnues rupures déecées producivié par salarié 12 Nombre de ess déecan une rupure Source : Calculs des aueurs. Une aure manière d appréhender ces rupures consise à regarder les déformaions srucurelles au ravers de la décomposiion par seceur de la variaion de la producivié marchande en prenan comme dae pivo celle de la rupure de endance esimée. Celle-ci fai apparaîre un effe de srucure par branche. Le ralenissemen de la producivié horaire dans les années 1990 provien du ralenissemen de la producivié dans la consrucion e les services marchands alors que celle-ci accélère dans l indusrie. Par conre après 2002 le ralenissemen es général e progressif. Enre 2003 e 2007 la producivié baisse foremen dans la consrucion e l indusrie e se mainien dans les services. Ce ralenissemen se poursui enre 2008 e 2014 e ouche cee fois

36 34 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane aussi les services marchands. Le ralenissemen de la croissance de la producivié a donc commencé avan la crise de 2008 e s es poursuivi après celle-ci. Tableau 1. Tess de rupures de endance de producivié par salarié Période Tes L+1 vs L Rupures déecées Daes 1992T2 1990T2 1990T2 Tes Global - UDMax saisic Rupures déecées Daes 1992T2 1990T2 1992T2 2002T1 1990T2 Tes Global - WDMax saisic Rupures déecées Daes 1985T2 1990T2 1995T2 2002T1 2007T2 1990T2 Tes Global - Highes significan 1985T2 1990T2 1994T3 1998T3 2003T3 1990T2 Rupures déecées Daes Source : Calculs des aueurs. 1985T2 1990T2 1995T2 2002T1 2007T2 1990T1 1994T3 1999T1 2003T3 2008T2 1985T2 1990T2 1994T3 1998T3 2003T3 1989T2 1992T3 1996T1 2000T2 2003T3 Tableau 2. Taux de croissance moyen de la producivié horaire observée (VA en volume/heures ravaillées des salariées) En % Seceur marchand Indusrie Consrucion Services marchands Sources : Insee compes naionaux rimesriels 2010 calculs des aueurs. Les résulas des esimaions son présenés dans le ableau 3. Avan de déailler les comporemens qui découlen des équaions d emploi esimées noons que ces équaions on des propriéés saisiques saisfaisanes. Les ess LM conduisen au reje de l hypohèse d auocorrélaion des résidus des équaions qui son homoscédasiques au regard du es ARCH. La forme foncionnelle des équaions es validée par le es Rese. Enfin les résidus suiven une loi normale selon le es de Bera-Jarque.

37 Les demandes de faceurs de producion en rance 35 Le signe des coefficiens esimés correspond au résula aendu. La force de rappel du MCE es négaive e significaive. À long erme une augmenaion du coû du ravail enraîne une baisse de l emploi. L élasicié du coû du ravail à l emploi es esimée à -025 sur la période à -030 pour l esimaion sur l ensemble de la période. L élasicié de la durée du ravail à l emploi es esimée à environ -06 quelle que soi la période d esimaion reenue. Cochard e al. (2010) l esimen à -052 sur la période Une augmenaion de la durée du ravail provoque bien une baisse de l emploi e de la producivié horaire. Concernan les endances de producivié esimées nous n avons pas conservé la rupure de endance en 2002 pour l équaion d emploi sur la période celle-ci n apparaissan pas significaive. La endance exogène de producivié annuelle es esimée à 31 % e 33 % pour la période couvran la décennie 1980 selon la période d esimaion. Elle es de 12 % à parir 1990 pour l équaion esimée jusqu à la fin 2007 [E2]. En revanche dans l équaion esimée jusqu à la fin 2014 [E1] nous avons conservé la seconde rupure de endance en 2002 : ainsi la endance de producivié esimée es de 13 % sur la période e de 09 % sur la dernière période qui es celle démarran en Cee esimaion es comparable aux esimaions exisanes. Par comparaison Cochard e al. (2010) esimen la endance de producivié à 18 % avan 1998 e 11% à parir de cee dae. Klein e Simon (2010) esimen la endance de producivié pour le modèle Mésange en discernan seceur manufacurier e seceur non-manufacurier. Au oal selon Klein e Simon (2010) la producivié marchande non-agricole croî en moyenne de 29 % sur la période e de 06 % par an en moyenne sur la période Compe enu de l accroissemen endanciel de la populaion acive esimé à 05 % au cours des cinq dernières années (06 % en moyenne enre 2002 e 2014) cela implique acuellemen un aux de croissance poenielle de l ordre de 14 % pour l économie française compaible avec les esimaions de Cabannes e al. (2013) qui rouven un inervalle de pour la croissance poenielle en 2014 e proche de l esimaion de 1 % de Heyer e Timbeau (2015). Ce résula doi cependan êre inerpréé avec précauion. La mesure de la croissance poenielle suivan une approche par esi-

38 36 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane maion de demandes de faceurs repose sur l hypohèse d une modélisaion de l ensemble de l économie par une seule foncion de producion. Cee approche ne disingue pas des seceurs don les caracérisiques son rès différenes : par exemple un seceur manufacurier exposé à la concurrence inernaionale dans lequel les prix son rigides e le ryhme de la producivié élevé dépend de la echnologie e de la viesse des délocalisaions/relocalisaions ; un seceur des services localisé à la fois par la demande mais qui es aussi exposé à la concurrence inernaionale dans lequel le progrès echnique bien que moindre que dans le seceur manufacurier joue un rôle imporan ; enfin un seceur de services abriés à croissance rès faible ou nulle de la producivié qui dépend uniquemen de la demande locale e qui peu expliquer une parie du ralenissemen macroéconomique des gains de producivié. Les esimaions nous renseignen égalemen sur les propriéés dynamiques des évoluions d emplois. Les équaions esimées fon inervenir le résidu de la relaion de long erme c es-à-dire l écar de la producivié du ravail à sa endance de long erme appelé cycle de producivié (graphique 3). Ce dernier es le résula du délai d ajusemen de l emploi à l acivié. Il es le refle du comporemen des enreprises. Une première inerpréaion explique ce délai par une erreur d anicipaion des enreprises qui anicipen mal l ampleur du ralenissemen ou de la reprise de l acivié e préfèren souven aendre la confirmaion du reournemen avan de procéder à des réducions ou des embauches d effecifs. Une aure inerpréaion souligne le comporemen raionnel des enreprises qui anicipen qu en cas de reournemen de la conjoncure il sera plus facile e moins coûeux de relancer la producion avec les salariés conservés en sureffecif pluô que de devoir supporer des délais e des coûs d embauche. Enfin cerains emplois «suppors» (compabilié ressources humaines ) s ajusen moins rapidemen que ceux considérés comme plus «opéraionnels». Ainsi la producivié apparene de ces emplois «suppors» dépend moins dans l immédia de la producion e varie plus au cours du cycle. L évoluion du cycle de producivié s explique en grande parie par les caracérisiques srucurelles du marché du ravail c es-àdire leur viesse d ajusemen e le aux de croissance de la producivié. En cas de faible viesse d ajusemen du marché du ravail l ajusemen de l emploi se fai avec reard ce qui creuse le cycle de

39 Les demandes de faceurs de producion en rance 37 producivié. Le marché du ravail français es généralemen considéré comme éan rès réacif (Cochard e al. 2010) le délai moyen d ajusemen (DMA) éan esimé proche de 1 rimesre avan la crise. L esimaion sur l ensemble de la période condui à un DMA plus proche de 2 rimesres. Ce résula radui le fai que les enreprises on praiqué la réenion de main-d œuvre pendan la crise ce qui a pu conduire à une baisse de la viesse d ajusemen esimée de l emploi à l acivié. Graphique 3. Cycle de producivié e oupu gap 4 En % 3 2 Oupu gap - OCDE Equaion [E1] Sources : Insee compes naionaux rimesriels 2010 OCDE calculs des aueurs. Le graphique 4 présene les simulaions dynamiques des équaions [E1] e [E2] depuis Les simulaions dynamiques son saisfaisanes e comparables jusqu en Au momen de la crise l équaion [E2] prévoi un ajusemen bien plus for de l emploi que l équaion [E1] qui s explique noammen par un DMA plus faible e une endance de producivié esimée plus élevée. Enfin nous avons procédé à des esimaions récursives de l équaion [E1] présenées dans le graphique 5. Celles-ci monren la sensibilié des paramères esimés à la période d esimaion reenue. Globalemen les endances de producivié esimées avan 2002 son sables ainsi que la force de rappel du MCE l élasicié-coû du ravail e l élasicié de la durée du ravail à l emploi. Par conre la endance de producivié esimée après 2002 diminue progressivemen lorsque la période d esimaion es allongée puis

40 38 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane se sabilise auour de 09 % en Elle n indique donc pas de rupure bruale au momen de la crise sa valeur diminuan de façon quasi-endancielle sur la période Tableau 3. Équaions d emploi salarié marchand Équaion [E1] Équaion [E2] Période d esimaion orce de rappel λ (-390)* (-418)** Élasiciés de long erme Coû du ravail β (-200) (-256) Durée du ravail β 2 (-243) (-375) 1 re rupure de rend e rupure de rend rend avan la 1 re rupure (en %) rend après la 1 re rupure (en %) rend après 2 e rupure (en %) 09 Dynamique de cour erme dlog(l -1 ) α (2104) (1974) dlog(q ) α 2 (818) (587) dlog(h ) α 3 (-460) (-461) dlog(coul ) α 4 (-283) (-253) Variables indicarices 92T4 97T1 98T4 99T1 06T4 07T3 08T3 Diagnosics ess 92T4 97T1 98T4 99T1 06T4 07T3 R² ajusé SER SSR LM(1) LM(4) ARCH(4) RESET(4) Bera-Jarque [p > 044] [p > 055] [p > 032] [p > 060] [p > 042] [p > 027] [p > 024] [p > 064] [p > 088] [p > 095] * ** *** : significaif au seuil de 10 % (resp. 5 % 1 %). Les seuils de es pour la significaivié de la force de rappel des modèles à correcion d erreur son issus de Ericsson e MacKinnon (2002). Noe : Enre parenhèses les de Suden des coefficiens esimés. Enre croches la p-value des ess sur les résidus du MCE. Source : Calculs des aueurs.

41 Les demandes de faceurs de producion en rance 39 Graphique 4. Emploi observé e simulaions dynamiques En milliers Equaion [E1] Equaion [E2] Emploi salarié marchand Sources : Insee compes naionaux rimesriels 2010 calculs des aueurs. Graphique 5. Emploi Esimaions récursives équaion [E1] En % Trend Trend Trend orce de rappel Élasicié de subsiuion -05 Heures ravaillées Source : Calculs des aueurs.

42 40 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane 4. Résulas équaions d invesissemen Nous esimons les équaions d invesissemen sous forme d un modèle à correcion d erreurs avec une fréquence rimesrielle. L équaion d invesissemen s écri : avec I Q C k P Tx_marge TUC représenan l invesissemen des enreprises nonfinancières représenan la valeur ajouée du seceur marchand représenan le coû du capial représenan l indice de prix de la valeur ajouée inérieure marchande représenan le aux de marge des enreprises nonfinancières représenan le aux d uilisaion des capaciés dans l indusrie Q_indcons représenan la par de l indusrie e de la consrucion dans la valeur ajouée marchande Les résulas des esimaions son présenés dans les ableaux 4a e 4b. Les équaions on des propriéés saisiques globalemen saisfaisanes. Les ess LM conduisen au reje de l hypohèse d auocorrélaion des résidus des équaions qui son homoscédasiques au regard du es ARCH. La forme foncionnelle des équaions [I2] e [I2c] es validée par le es Rese. Enfin les résidus suiven une loi normale selon le es de Bera-Jarque. Le MCE suppose une relaion de coinégraion enre le aux d invesissemen le coû réel du capial e le aux de marge. Pour oues les esimaions les saisiques de suden associées à la force de rappel validen l hypohèse d une relaion de coinégraion enre les variables de long erme (ableau 3a). Par ailleurs les variables on oues des coefficiens significaivemen différens de zéro e de signes aendus : dans le cas des esimaions non conraines (équaions [I1] e [I2]) l élasicié de l invesissemen au coû réel du capial à l invesissemen qui correspond à l élasicié de subsiuion capial-

43 Les demandes de faceurs de producion en rance 41 ravail es négaive e vau -036 pour l esimaion sur l ensemble de la période La valeur obenue sur la période d esimaion es un peu plus faible -029 mais rese légèremen supérieure à celle obenue pour l équaion d emploi sur la même période d esimaion (-025). Les résulas de l esimaion conraine [I2c] son globalemen rès proches de ceux de l esimaion non conraine [I2]. l élasicié de l invesissemen au aux de marge es comprise enre 053 e 059. Elle es proche de celle obenue par Ducoudré e al. (2015) sur la période d esimaion qui esimen cee élasicié à 052. Tableau 4a. Équaions d invesissemen des enreprises non financières Période d esimaion orce de rappel Équaion [I1] Équaion [I2] Équaion [I1c] Équaion[I2c] Résulas (-393)** (-468)*** (-484)*** (-611)*** Élasiciés de long erme Coû réel du capial ϕ 1 (-479) (-443) n.c. n.c Taux de marge ϕ 2 (531) (716) (569) (782) Élasiciés de cour erme Δ VA marchande (-1) ω 1 (280) (216) (262) (221) ΔΔ VA marchande ω 2 (300) (244) (321) (243) Δ TUC ω 3 (375) (151) (400) (150) Δ Par de l indusrie e de la consrucion dans la VA (-2) ω 4 (305) (280) (292) (285) Δ Invesissemen (-2) ω (418) (299) (491) (305) Variables indicarices 81T4 84T4 85T2 91T2 94T4-05T4 06T1 07T3T4 81T4 84T4 85T2 91T2 94T4-05T4 06T1 07T3T4 81T4 84T4 85T2 92T3 94T4-05T4 03T2 06T1 07T3T4 81T4 84T4 85T2 91T2 94T4-05T4 06T1 07T3T4 * ** *** : significaif au seuil de 10 % (resp. 5 % 1 %). Les seuils de es pour la significaivié de la force de rappel des modèles à correcion d erreur son issus de Ericsson e MacKinnon (2002). : avec deux reards. Noe : Enre parenhèses les de Suden des coefficiens esimés. Source : Calculs des aueurs.

44 42 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane Tableau 4b. Équaions d invesissemen des enreprises non financières Équaion [I1] Équaion [I2] Équaion [I1c] Équaion [I2c] Diagnosics ess Période d esimaion R² ajusé SER SSR LM(1) LM(4) ARCH(4) [p > 013] [p > 057] [p > 050] [p > 052] [p > 025] [p > 076] [p > 057] [p > 074] [p > 090] [p > 089] [p > 096] [p > 084] RESET(4) [p > 001] [p > 031] [p > 001] [p > 047] Bera-Jarque [p > 070] [p > 087] [p > 057] [p > 086] Noe : Enre croches la p-value des ess sur les résidus du MCE. Source : Calculs des aueurs. L esimaion récursive des paramères de l équaion [I1] confirme la sabilié des paramères esimés pour la forme non conraine de l équaion d invesissemen. Les simulaions dynamiques son saisfaisanes e ne présenen pas de rupure majeure (graphiques 6 e 7) excepé sur la période Sur ce poin Graphique 6. Invesissemen Esimaions récursives équaion [I1] 07 En % D(Par de la VA indusrie+consrucion) Taux de marge 05 D(VA(-1)) 03 D(Invesissemen(-2)) D(D(VA) 01 D(TUC) -01 orce de rappel -03 Elasicié de subsiuion Source : Calculs des aueurs.

45 Les demandes de faceurs de producion en rance 43 Graphique 7. Invesissemen simulaions dynamiques esimaions En millions d euros 2010 prix chaînés Équaion [I1c] Équaion [I1] Invesissemen des EN Source : Calculs des aueurs. les données des compes naionaux son encore provisoires (semidéfiniives pour l année 2013) e les révisions à venir peuven modifier le profil des simulaions sur cee période. Graphique 8. Invesissemen simulaions dynamiques esimaions En millions d euros 2010 prix chaînés Équaion [I2] Invesissemen des EN Équaion [I2c] Source : Calculs des aueurs.

46 44 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane 5. Propriéés varianielles des équaions Afin d évaluer l impac des déerminans des demandes de faceurs issues de nos équaions nous avons esé plusieurs ypes de varianes à parir des équaions [E1] e [I1c] : une baisse de 1 % du coû réel du ravail e de 1 % du coû réel du capial ; une hausse de 1 % de la valeur ajouée marchande ; une hausse d 1 poin de valeur ajouée des aux de marge des enreprises non-financières ; une baisse de 1 % de la durée moyenne de ravail. Si ces varianes permeen de connaîre la sensibilié de l emploi e de l invesissemen aux variables exogènes issues des équaions des demandes de faceurs celles-ci son cependan différenes des varianes réalisées à parir d un modèle macroéconomérique de ype e-mod.fr dans lequel les chocs agissen direcemen par le biais de l équaion sur la variable endogène mais aussi par l inermédiaire des aures variables qui peuven êre sensibles à la variaion de la variable exogène à l origine du choc (dès lors qu elles son endogènes dans le modèle macroéconomique). Par exemple dans un modèle macroéconomique la baisse du coû du ravail en réduisan la masse salariale aura un effe posiif sur le aux de marge ce qui sera favorable à l invesissemen mais enraînera égalemen une baisse des prix de valeur ajouée qui augmenera le coû réel du capial e accenuera la subsiuion de capial au profi de l emploi réduisan ainsi l invesissemen. Les effes induis par les chocs qui peuven avoir un impac sur l emploi e l invesissemen par un aure canal que celui lié aux déerminans des équaions de demande de faceur ne son donc pas pris en compe ici. Selon nore équaion [E1] une hausse de 1 % de la valeur ajouée marchande condui à erme à une augmenaion de 1 % de l emploi salarié marchand (graphique 9). En raison du cycle de producivié l emploi s ajuse avec reard sur la valeur ajouée : 50 % de l ajusemen es réalisé au bou de rois rimesres e 100 % au bou de hui rimesres. La baisse de 1 % du coû réel du ravail condui à erme à une augmenaion de 03 % de l emploi salarié marchand. L effe es progressif e il es maximal au bou de dix rimesres. Enfin une baisse de la durée du ravail de 1 % perme

47 Les demandes de faceurs de producion en rance 45 d accroîre l emploi de 06 % à erme. L impac es maximal enre le 7 e e le 11 e rimesre (environ +08 %). Graphique 9. Impac sur l emploi salarié marchand 12 En % 10 Hausse de 1 % de la VA marchande Baisse de 1 % de la durée du ravail 04 Baisse de 10 % du coû du ravail 02 Nombre de rimesres Source : Calculs des aueurs. Les propriéés varianielles de l équaion [E2] son rès proches de celles de l équaion [E1]. Néanmoins le délai d ajusemen de l emploi à la valeur ajouée es légèremen plus cour : 80 % de l ajusemen es réalisé au bou de cinq rimesres (conre 76 % dans l [E1]). La baisse de 1 % du coû réel du ravail condui à erme à une augmenaion de 025 % de l emploi salarié marchand e une baisse de la durée du ravail de 1 % perme d accroîre l emploi de 06 % à erme. À long erme l invesissemen croî comme la valeur ajouée (graphique 10). Mais à cour erme l invesissemen croî plus vie que la valeur ajouée en raison de l effe d accéléraeur. Selon nore équaion [I1c] une hausse de 1 % de la valeur ajouée marchande condui dès le premier rimesre à une augmenaion de l invesissemen des enreprises non financières de 14 %. L effe es maximal au bou de rois rimesres (+17 %). L élasicié de l invesissemen à la valeur ajouée redevien proche de l unié au bou de 30 rimesres. Avec une élasicié de subsiuion dans l équaion d invesissemen [I1c] conraine à celle obenue dans l équaion de demande

48 46 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane de ravail la baisse de 1 % du coû réel du capial condui à erme à une augmenaion de 03 % de l invesissemen des enreprises non-financières. Ce effe es progressif la moiié de l impac final es obenu au bou de 8 rimesres e 80 % au bou de 16 rimesres. Graphique 10. Impac sur l invesissemen des enreprises non financières En % Hausse de 1 poin du aux de marge Hausse de 1% de la VA marchande Baisse de 1% du coû réel du capial 02 Nombre de rimesres Source : Calculs des aueurs. Enfin une hausse d un poin de valeur ajouée du aux de marge des enreprises non financières condui à erme à une augmenaion de l invesissemen de 2 %. L effe es encore plus diffus que celui d une baisse de coû du capial. Il fau en effe aendre 10 rimesres pour observer environ la moiié de l impac final e 19 rimesres pour en observer 80 %. Les propriéés varianielles des aures équaions d invesissemen son proches de celles de l équaion [I1c] : dans oues les équaions l invesissemen croî comme la valeur ajouée à long erme avec un effe idenique le premier rimesre (+14 %) e un effe maximal au bou de rois rimesres. En revanche l effe accéléraeur es légèremen moins for dans les équaions [I2] e [I2c] : en effe dans ces deux équaions l effe maximal sur l invesissemen es de 16 % (conre 17 % dans les équaions [I1] e [I1c]) e l élasicié de l invesissemen à la valeur ajouée redevien proche de l unié au bou de 20 rimesres (conre 30 rimesres dans les équaions [I1] e [I1c]).

49 Les demandes de faceurs de producion en rance 47 Dans les deux équaions non conraines [I1] e [I2] une diminuion de 1 % du coû réel du capial condui à erme à une augmenaion de l invesissemen respecivemen de 036 % e de 029 % soi légèremen plus que l élasicié imposée dans les équaions [I1c] e [I2c] (respecivemen 03 % e 025 %). Enfin une hausse d un poin de valeur ajouée du aux de marge des enreprises non financières condui à erme à une augmenaion de l invesissemen de 19 % dans l équaion [I1] 18 % dans l équaion [I2] e 17 % dans l équaion [I2c]. En revanche l effe de diffusion es plus rapide dans les équaions [I2] e [I2c] (plus de 50 % de l effe es obenu au bou de 9 rimesres e 80 % au bou de 16 rimesres) que celui observé dans les équaions [I1] e [I1c]. 6. Analyse de la crise Afin d évaluer l impac de la crise depuis 2011 sur les faceurs de producion nous avons à parir des équaions esimées simulé l évoluion de l emploi de l invesissemen e du sock de capial producif sur la période selon deux hypohèses. D une par quelle aurai éé la rajecoire des demandes de faceurs si les poliiques de consolidaion budgéaire menées dans la zone euro avaien éé neures sur la période ? Afin de réaliser ce ravail nous avons reconsrui une rajecoire de valeur ajouée marchande sur la période sur la base du calcul des impulsions e muliplicaeurs budgéaires passés nous permean ainsi de calculer l impac efficace de la consolidaion budgéaire sur le PIB. Selon nos calculs 5 la consolidaion budgéaire dans la zone euro aurai ampué l acivié en rance de 52 poins de PIB sur la période don 17 poin provenan des poliiques de resricion budgéaire menées par nos parenaires commerciaux don les effes ransien par le canal du commerce exérieur en ampuan la demande adressée à la rance. Ces calculs son réalisés oues choses égales par ailleurs. Impliciemen on considère que des poliiques budgéaires alernaives à celles praiquées dans la zone euro sur la période n auraien pas eu d effe sur les condiions de financemen des économies. 5. Pour plus de déails voir Plane e al

50 48 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane D aure par nous avons simulé la rajecoire de l invesissemen e du sock de capial producif en supposan le aux de marge des enreprises consan sur la période Selon les équaions de demande de faceurs les poliiques de consolidaion budgéaire menées dans la zone euro sur la période auraien conribué à réduire de 42 % l emploi salarié marchand en rance ce qui correspond à la pere nee de emplois e aurai rédui le niveau de l invesissemen des enreprises non-financières de 75 % (graphique 11). Enfin la baisse des aux de marge de 2 poins de valeur ajouée enre débu 2011 e la fin de l année 2014 aurai selon nos calculs ampué l invesissemen des enreprises de 23 % (graphique 12). Au final la baisse des aux des marge e la poliique de consolidaion budgéaire menée dans la zone euro à parir de 2011 on condui à réduire l invesissemen des enreprises de près de 10 % à la fin Graphique 11. Trajecoires de l emploi salarié marchand En milliers Emploi salarié marchand avec consolidaion budgéaire neure en zone euro à parir de % soi emplois Emploi salarié marchand observé Source : Calculs des aueurs. Les choix de poliique économique dans la zone euro à parir de 2011 en mean l accen sur la consolidaion budgéaire dans une période de muliplicaeurs budgéaires élevés on enraîné une réducion des capaciés de producion de l économie française : selon nos équaions de demande de faceurs cela a condui à abaisser de 17 % le sock de capial producif des enreprises e à

51 Les demandes de faceurs de producion en rance 49 ampuer de 42 % les emplois salariés marchands (graphique 13). En ajouan la baisse des aux de marge depuis 2011 la diminuion du sock de capial producif aein 21 %. Graphique 12. Trajecoire de l invesissemen des enreprises non financières En millions d'euros 2010 Invesissemen observé Invesissemen avec consolidaion budgéaire neure en zone euro à parir de % +23 % Invesissemen avec aux de marge consan à parir de Source : Calculs des aueurs. Graphique 13. Impac sur l emploi e le sock de capial producif 5 4 En % Impac de la consolidaion bugdéaire sur le sock de capial producif Impac de la baisse des aux de marge sur le sock de capial producif Impac de la consolidaion budgéaire sur l emploi salarié marchand Source : Calculs des aueurs.

52 50 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane L évaluaion des effes sur l emploi e l invesissemen liés à la consolidaion budgéaire e à la baisse du aux de marge on éé réalisés à parir des équaions [E1] e [I1c]. Afin d avoir une fourchee d évaluaion de ces effes nous avons simulé à parir des aures équaions les mêmes scénarios d évoluion de consolidaion budgéaire e de aux de marge (ableau 5). Ce exercice perme de voir s il y a une fore divergence dans les résulas malgré les périodes d esimaions différenes e les conraines imposées dans ceraines équaions. Tableau 5. Impac sur l emploi e le sock de capial producif En % de la consolidaion budgéaire en ZE depuis 2011 Impac sur le capial Impac sur l emploi producif (e l'invesissemen) de la baisse des aux de marge depuis 2011 Impac sur le capial producif (e l invesissemen) Équaion [E1] - Équaion [I1C] Équaion [E2] - Équaion [I2c] 46 ( ) 17 (75) 04 (23) 51 ( ) 16 (68) 04 (25) Équaion [I1] 17 (76) 03 (21) Équaion [I2] 16 (69) 04 (25) Source : Calculs des aueurs. Très clairemen l évaluaion sur l emploi irée de l équaion [E2] perme d avoir un diagnosic rès comparable de celle issue de l équaion [E1]. En effe selon l équaion [E2] don la période d esimaion s arrêe fin 2007 les poliiques de consolidaion budgéaire depuis débu 2011 auraien condui à déruire emplois salariés soi une baisse de 51% (conre emplois salariés e 46 % avec l équaion [E1]). En ce qui concerne les équaions d invesissemen la poliique de consolidaion budgéaire dans la zone euro depuis 2011 aurai condui à réduire le niveau d invesissemen des enreprises enre 75 % [I1] e 76 % [I1c] à la fin 2014 ce qui condui à une desrucion de capial producif de 17 % dans les deux cas. Selon les équaions [I2] e [I2c] don la période d esimaion s arrêe fin 2007 la conracion de l invesissemen due aux poliiques de consolidaion budgéaire serai respecivemen de 69 % e 68 %

53 Les demandes de faceurs de producion en rance 51 soi une pere de capial producif de 16 %. Enfin la baisse des aux de marge depuis 2011 aurai condui à une baisse de l invesissemen des enreprises comprise enre 21 % [I1] e 25 % [I2] e [I2c] conduisan à une desrucion de capial producif de 04 % dans rois des quare équaions (03 % pour [I1]). 7. Conclusion Si la crise commencée en 2008 a eu des conséquences profondes sur l évoluion des faceurs de producion les résulas des équaions économériques n indiquen pas de rupure majeure dans les déerminans fondamenaux de l invesissemen e de l emploi. En effe les esimaions récursives de l équaion d emploi indiquen que le rend des gains de producivié du ravail a commencé à ralenir dès 2005 e s es prolongé jusqu en 2010 avan de se sabiliser. Quan aux élasiciés du coû réel du ravail à l emploi (-025 e -030) e celle de la durée du ravail à l emploi (-059 e -060) elles son rès proches quelle que soi la période d esimaion reenue. De même concernan les équaions de demande d invesissemen les élasiciés du coû réel du capial à l invesissemen varien peu selon les périodes d esimaion reenues (-029 e -036) e son rès proches des valeurs imposées obenues à parir des équaions d emploi (-025 e -030). Enfin les élasiciés du aux de marge à l invesissemen e les effes d accéléraeur on des ordres de grandeur similaires dans les 4 équaions. Une des conclusions imporanes de cee éude es qu elle monre que les comporemens des enreprises en ermes d invesissemen e d emploi n on pas connu de modificaions majeures depuis le débu de la crise en comparaison avec les évoluions observées ces rene dernières années noammen depuis Les évoluions des faceurs de producion depuis le débu de la crise à parir de 2008 ne son que la conséquence de l évoluion des déerminans radiionnels de l invesissemen e de l emploi en pariculier la valeur ajouée. D ailleurs l impac des poliiques de consolidaion budgéaire menées dans la zone euro sur le PIB seraien selon nos esimaions responsables de la desrucion de à emplois salariés dans le seceur marchand e d une chue de l invesissemen des enreprises non-financières comprise enre 68 % e 76 % ce qui correspond à une conracion

54 52 Bruno Ducoudré e Mahieu Plane de 16 % à 17 % du capial producif. Ajouée à cela la baisse du aux de marge au cours des quare dernières années c es praiquemen une diminuion de 93 % à 98 % de l invesissemen sur la période soi une baisse de 20 % à 21 % du capial producif. En revanche ce raisonnemen «oues choses égales par ailleurs» suppose que la rance e plus globalemen l ensemble de la zone euro ai pu mainenir des condiions financières ideniques à celles observées depuis 2011 quels que soi les choix de poliique budgéaire. Enfin cee éude monre que les esimaions des équaions réalisées sur une période n inégran pas les effes de la crise en s arrêan fin 2007 permeaien d avoir un diagnosic semblable à celui que l on a acuellemen en inégran des esimaions incluan la période de la crise. Auremen di les effes des poliiques budgéaires menées dans la zone euro depuis 2011 sur l acivié en rance e par conséquen sur l emploi e le capial producif éaien prévisibles e ne son pas liés à des comporemens nouveaux de la par des enreprises. Références Allard-Prigen C. M. Plane B. Ducoudré P. Madec H. Péléraux R. Sampognaro e al «Présenaion du modèle MESANGE» Documen de ravail Direcion de la Prévision MINEI. Arus P. e P. A. Mue 1986 Invesissemen e emploi. Bai J. e P. Perron 2003 «Compuaion and analysis of muliple srucural change models» Journal of applied economerics 18(1) : Le Bihan H «Tess de rupure: une applicaion au PIB endanciel français» Economie e prévision 163(2) Blo C. M. Cochard J. Creel B. Ducoudré D. Schweisguh e X. Timbeau 2014 «iscal consolidaion in imes of crisis: Is he sooner really he beer?» C. Mahieu e H. Serdyniak eds. Revue de l OCE - Debaes and poliicies: Toward a beer governance in he EU 132. Cabannes P.-Y. A. Monau e P. A. Pionnier 2013 «Évaluer la producivié globale des faceurs: l appor d une mesure de la qualié du capial e du ravail» Documen de ravail Insee G2013/ 07.

55 Les demandes de faceurs de producion en rance 53 Chauvin V. G. Dupon É. Heyer M. Plane e X. Timbeau 2002 «Le modèle rance de l OCE. La nouvelle version: e-mod.fr» Revue de l OCE 81. Cochard M. G. Cornilleau e E. Heyer 2010 «Les marchés du ravail dans la crise» Économie e saisique 438(1) : Creel J. É. Heyer e M. Plane 2011 «Pei précis de poliique budgéaire par ous les emps. Les muliplicaeurs budgéaires au cours du cycle» Revue de l OCE 116. Ducoudré B. M. Plane e S. Villemo 2015 «Équaions d invesissemen? : une comparaison inernaionale dans la crise» Revue de l OCE Ericsson N.R. e J.G. MacKinnon 2002 «Disribuions of error correcion ess for coinegraion» Economerics Journal 5(2) Available a: hp://dx.doi.org/ / x Heyer E. e M. Plane 2012 «Impac des allégemens de coisaions paronales des bas salaires sur l emploi» Revue de l OCE 126(7) : Heyer É. e R. Sampognaro 2015 «L impac des chocs économiques sur la croissance dans les pays développés depuis 2011» Revue de l OCE Heyer É. e X. Timbeau 2015 «Une évaluaion srucurelle du poeniel d acivié pour la rance» Revue de l OCE 142. Klein C. e O. Simon 2010 «Le modèle MESANGE réesimé en base 2000: ome 1 version avec volumes à prix consans» Documen de ravail Insee G2010/03. Maury T. e B. Pluyaud 2004 «Les rupures de endance de la producivié par employé de quelques grands pays indusrialisés» Bullein de la Banque de rance Plane M. e al «rance la reprise enfin! : Perspecives pour l économie française» Revue de l OCE

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57 LA CRISE DE 2008 ET LA PRODUCTIVITÉ TOTALE DES ACTEURS DES ENTREPRISES RANÇAISES 1 Sarah Guillou e Lionel Nesa OCE Sciences Po Nous mesurons la producivié oale des faceurs (PT) de plus de 2 millions d'enreprises françaises enre 2002 e 2011 réparies en 6 grands seceurs : manufacurier consrucion services de basses e moyennes echnologies services de haues echnologies aures services services financiers e immobilier. Nous observons que la crise s'es raduie par une baisse ransioire de la PT à l'excepion des services de haues echnologies ou de la consrucion. Les plus grandes enreprises on des niveaux de producivié plus élevés e on mieux résisé à la crise de La crise a soppé les effes d'apprenissage des firmes si bien que le peu de croissance (de la TP) observé après 2008 vien des phénomènes de réallocaion des ressources enre enreprises. Enfin la crise de 2008 a significaivemen aléré la corrélaion enre invesissemen e croissance de la PT l'invesissemen pos-2008 éan associé à un ralenissemen de la croissance de la PT. Des changemens de la naure des invesissemens ou auan que des effes de volume peuven expliquer l'inefficacié de l'invesissemen après la crise. Mos clés : producivié crise sélecion de marché invesissemen. La crise économique e financière déclenchée en 2007 a consiué à de nombreux égards un choc économique majeur. Non seulemen elle a ari les moyens de financemen de l invesissemen mais elle a égalemen fai disparaîre les opporuniés 1. Ce ravail a bénéficié d une aide de l Éa gérée par l Agence naionale de la recherche au ire du programme Invesissemens d avenir poran la référence ANR-10-EQPX-17 (Cenre d accès sécurisé aux données). Revue de l OCE 142 (2015)

58 56 Sarah Guillou e Lionel Nesa d invesissemen en raison de la chue de la demande. Mean en difficulé de nombreuses enreprises la crise a pu égalemen modifier la dynamique indusrielle faisan sorir les enreprises les moins producives e rehaussan d auan les moyennes secorielles ou de l économie. Enfin elle a pu accélérer des muaions dans la srucure secorielle de l économie privilégian des seceurs plus ou moins conribueurs à la producivié agrégée. Il convien de disinguer les effes de cour erme de ceux de long erme de la crise les effes emporaires e permanens. La conracion de la producion des enreprises conjuguée à l inerie des faceurs de producion don les quaniés ne s ajusen pas immédiaemen la producivié diminue mécaniquemen sans que cela ne révèle des peres d efficience réelle à cour erme. Ce effe mécanique es en général effacé par un reournemen de conjoncure expliquan le cycle de la producivié. En revanche le recul de l invesissemen indui par la crise financière obère les capaciés d amélioraion producive de long erme. L évaluaion des effes de la crise sur la producivié devien alors impéraive afin de comprendre l impac de la crise sur la croissance poenielle. Ce aricle analyse les effes de la crise sur la producivié oale des faceurs (PT). Cee dernière es une mesure de l efficience producive des faceurs de producion. Son évoluion résule de l amélioraion des processus de producion donc du progrès echnique. Elle résule aussi des phénomènes d enrées e de sories d enreprises. Cee dynamique indusrielle répond aux chocs d offre (echnologique crise financière) comme aux chocs de demande (crise de confiance poliique d ausérié). La PT es égalemen un indicaeur sensible aux condiions de l invesissemen qui es un préalable à l amélioraion de l efficience producive. Ainsi l environnemen financier e la fiscalié du capial von peser sur les décisions d invesissemen. La crise va impacer la PT à ravers ses effes sur les déerminans de l invesissemen. Peu d éudes on à ce jour évalué l effe de la crise de 2007 sur la producivié des enreprises. Poczer e al. (2014) on publié récemmen une éude de la crise financière asiaique de 1997 sur des données d enreprises indonésiennes. Ils monren que la crise financière a indui des changemens srucurels donc pérennes. La fore diminuion de la producivié pendan la crise a éé causée par la sorie d enreprises plus producives que la moyenne alors

59 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 57 que le reour à des aux de croissance posiifs après la crise s explique par les enrées d enreprises producives. Ils éablissen par ailleurs que les enreprises qui son resées sur le marché pendan la crise n on pas rerouvé leur niveau de croissance de producivié d avan-crise. Le sau d exporaeur e le fai d apparenir à un groupe éranger on consiué des caracérisiques affaiblissan l impac du choc de la crise sur la PT. Oulon e Sebasia-Barriel (2013) se concenren sur la producivié du ravail sur des données couvran 61 pays sur la période e rouven des effes permanens de la crise sur la croissance de la producivié e l accumulaion du capial. Concernan la rance ougères e al. (2013) se son inéressés à l impac de la crise sur les défaillances d enreprises. Ils monren que le aux de défaillance en réponse à la crise dépend foremen du seceur e se range enre 27 e 46 %. La crise a augmené le aux de défaillance relaivemen au régime «normal» de sories des enreprises avan la crise. Cee e al. (2014) examinen l ajusemen des faceurs de producion au cycle économique à parir de données d enquêes sur les décisions d ajusemen des enreprises. Ils observen que le aux d uilisaion des capaciés de producion e la durée d uilisaion des faceurs s ajusen foremen pour compenser la leneur de l ajusemen des volumes de faceurs. Cabannes e al. (2015) monren de leur côé que l évoluion de la qualié du capial en 2008 a conribué négaivemen à la croissance de la valeur ajouée. L effe de la crise sur leur indicaeur de PT qui conrôle de la qualié des faceurs rese néanmoins négaif. Ce aricle se base sur la mesure de la PT au niveau de l enreprise à parir des bases de données de l INSEE couvran l ensemble des enreprises françaises e uilisan la méhodologie de Caves e al. (1982). Il présene une décomposiion de la croissance de la PT pour comprendre la conribuion des différens élémens de la dynamique indusrielle (enrées sories réallocaion). La descripion de la dynamique secorielle es compléée par une exploraion des déerminans de la croissance de la PT e de l impac de la crise sur ces déerminans. 1. Évoluion de la PT Après agrégaion des indices de producivié individuelle (voir encadré 1) sur l ensemble de l économie (voir encadré 2 pour la

60 58 Sarah Guillou e Lionel Nesa définiion du périmère reenu) nous pouvons mesurer l évoluion de la PT de 2002 à 2011 pour chacun des seceurs (voir Annexe). Bien sûr l'agrégaion des données d'enreprises ne perme pas de rerouver exacemen la compabilié naionale du fai de différences de définiion e de consrucion des données. La comparaison des endances secorielles agrégées perme cependan de mere en lumière des endances communes. La comparaison de l évoluion de la PT par seceur perme ou d abord de vérifier la ransversalié du choc de 2007 qui a ouché ous les seceurs soi en rompan la endance croissane de la producivié soi en accenuan la décroissance de la producivié. Elle révèle ensuie que les ajusemens des faceurs diffèren d un seceur à l aure (pouvoir de négociaion des salariés plus ou moins for degré d irréversibilié des acifs physiques plus ou moins élevés marché de l occasion du capial plus ou moins liquide marges de manœuvre d ajusemen lié à la profiabilié différenes). Enfin ces comparaisons indiquen des différences d incorporaion du progrès echnique e noammen de mécanisaion e d inroducion des echnologies de l informaion e des communicaions. Ces évoluions secorielles cachen des dispariés selon la aille des enreprises. Le ableau 1 donne le niveau moyen en écar à la première aille d enreprise. Les indices moyens de producivié par classe de aille e de seceur son comparables au sein des seceurs. Ils son exprimés en log ce qui perme de dire que la PT des grandes enreprises de plus de 500 salariés du manufacurier es 84 % plus élevée que celle des enreprises de moins de 20 salariés. En % Tableau 1. Producivié moyenne sur la période 2002 à 2011 par seceur e aille d enreprises Effecifs salariés [10-20] [20-50] [50-250] [ ] [500-+] Manufacurier Consrucion Services BMT Services HT Aures services Aciviés INIM Noes : Les indices son normés à 1 pour la première classe de aille. Sources : ICUS ARE INSEE. Calcul des aueurs.

61 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 59 En général la PT es oujours plus élevée dans les plus grandes enreprises (à parir de 250). Mais cela n es pas le cas pour les services BMT. La aille es une caracérisique imporane pour déerminer la résisance au choc de la crise. Le ableau suivan monre le aux de croissance annuel moyen par seceur e par aille sur les deux souspériodes avan e après la crise. En % Tableau 2. Taux de croissance de la PT par seceur e classe de aille avan e après la crise [10-20] [20-50] AVANT ( ) APRES ( ) [50-250] [ ] [500-+] [10-20] [20-50] [50-250] [ ] [500-+] Manufacurier Consrucion Services BMT Services HT Aures services Aciviés INIM Noes : La moyenne es calculée sur l ensemble de la période avan ( ) e après ( ). Sources : ICUS ARE INSEE. Calcul des aueurs. Dans le seceur manufacurier le seceur des services BMT e les services HT il apparaî que les grandes enreprises absorben le choc de la crise e que ce son surou les peies enreprises qui fon l expérience d une chue imporane de leur PT. Les grandes enreprises on mainenu plus généralemen leur niveau de valeur ajouée parce qu elles son plus présenes sur les marchés inernaionaux e on pu bénéficier des décalages de cycle enre les pays de leurs consommaeurs. Conformémen aux graphiques par seceur le seceur de la consrucion se singularise par une baisse de la PT coninue e ouchan oues les ailles qui s accenue après le choc avec cependan une moindre baisse pour les grandes enreprises. Dans le seceur INIM les aux de croissance son négaifs avan la crise e redeviennen posiifs après la crise.

62 60 Sarah Guillou e Lionel Nesa 2. Sélecion de marché apprenissage echnologique e croissance de la producivié. Ces observaions effecuées au niveau secoriel cachen une fore urbulence indusrielle : des enreprises gagnen ou perden des pars de marché d'aures son ou simplemen défaillanes alors que ceraines enren sur le marché. Du fai de ce jeu de réallocaion des ressources il es possible d'observer une croissance de la producivié dès lors que les enreprises les plus producives gagnen des pars de marché aux dépens des moins producives même en l absence d'apprenissage echnologique des enreprises. Cee parie s'inéresse à la conribuion de cee urbulence indusrielle à la croissance économique. Tou d'abord nous calculons les aux de sorie avan e après la crise par seceur e classe de aille. Le aux de sorie rappore le nombre d enreprises qui soren à celles qui resen 2. Il es en moyenne de 36 % de e de 43 % de Le ableau 3 monre le raio du aux de sorie moyen calculé sur la période divisé par le aux de sorie sur la période Un raio supérieur à 1 signifie que le aux de sorie a augmené au cours de la deuxième période e donc que la crise a amplifié la sévérié de la sélecion des enreprises par le marché. Comme on peu s'y aendre ce raio es le plus souven supérieur à 1 indiquan une augmenaion des sories d enreprises. Il es parfois inférieur à 1 à parir de 50 salariés mais il es oujours supérieur à 1 en deçà. Au-delà de 500 salariés les raios redeviennen supérieurs à l'unié illusran les mouvemens de concenraion qui concernen les grandes enreprises. Il es remarquable cependan que dans le seceur manufacurier le aux de sorie soi resé sable pour les enreprises de plus de 500 salariés indiquan la neuralié du choc sur la sorie des grandes enreprises jusqu à Il s agi des enreprises qui soren de la base. Nous avons conrôlé que ces sories ne puissen êre liées à un passage de la aille de l enreprise sous le seuil que nous avons reenu de 10 salariés. Cependan nous ne pouvons vérifier si ces sories proviennen d une absorpion par un racha. Les quesions de périmère des enreprises (changemen de définiion juridique en 2008) ne posen a priori pas de problème dès lors que l on scinde les deux périodes avan e après Les années 2002 e 2003 son des années de crise. Si on avai comparé les périodes e la différence serai encore plus marquée.

63 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 61 Tableau 3. Taux de sorie de rapporé au aux de sorie par seceur e par classe de aille En % [10-20] [20-50] [50-250] [ ] [500-+] Manufacurier Consrucion Services BMT Services HT Aures services Aciviés INIM Noe : Les classes de aille son données en nombre de salariés. Sources : ICUS ARE INSEE. Calcul des aueurs. La crise a accenué la sorie des peies enreprises surou dans les seceurs de la consrucion e des services à l excepion des services HT. La décomposiion des gains de producivié secoriels vise à isoler les conribuions des effes d apprenissage (effe inerne) d allocaion des ressources (effe exerne) e de sélecion (effe ne des enrées) dans les gains de producivié. C es un exercice possible à parir des données individuelles d enreprises. Rappelons que la moyenne secorielle de la producivié P es la moyenne des niveaux de producivié des enreprises p (exprimés en logarihme) pondérés par leur par de marché θ : P = Σi θ i p i où i e dénoen respecivemen la firme i à l année. Le aux de croissance secoriel s obien en sousrayan P -1 à P. En suivan la méhode de oser Haliwanger e Krizan (2001) il es possible de décomposer la croissance de la producivié en rois effes : Effe d aprenssage Effe de réallocaon Effe ne des enrées où S N e X indiquen les enreprises qui surviven enren e soren de l indusrie en -1 e. Le premier erme correspond aux effes d apprenissage les gains de producivié des enreprises

64 62 Sarah Guillou e Lionel Nesa qui surviven. Le second erme mesure les effes de réallocaion en faisan varier la par de marché conjoinemen avec le niveau iniial (en erme relaif) e les gains de producivié. Ce effe es posiif si les firmes qui gagnen des pars de marché on un niveau de producivié supérieur à la moyenne de l indusrie e enregisren des gains de producivié. Le dernier erme (effe ne des enrées) mesure la conribuion de la urbulence indusrielle en comparan le niveau de producivié des enrans e de sorans avec la moyenne secorielle. De nouveau ce effe es posiif si les firmes enranes (soranes) on un niveau de producivié supérieur (inférieur) à la moyenne de l indusrie. Le ableau 4 présene le aux de croissance de la PT (noé TCAM) ; le pourcenage de cee croissance que l on aribue aux effes d apprenissage inerne aux effes de réallocaion enre enreprises d un même seceur (effes exernes) e à l effe des enrées e des sories (noé NET ES). En % Tableau 4. Décomposiion de la croissance de la producivié AVANT ( ) APRES ( ) TCAM INTERNE EXTERNE NET ES TCAM INTERNE EXTERNE NET ES Ensemble (1) (2) (3) (4) (1) (2) (3) (4) Manufacurier Consrucion Services BMT Services HT Aures services Aciviés INIM Noe : TCAM : Taux de croissance annuel moyen de la producivié oale des faceurs cee dernière éan calculée à parir de la moyenne des aux de croissance des enreprises du seceur pondérés par leur par de marché. Sources : ICUS ARE INSEE. Calcul des aueurs. La colonne (1) indique le aux de croissance de la PT. Les colonnes (2)-(4) indiquen la conribuion en pourcenage de chacun des effes à ce aux de croissance de PT. Ainsi par exemple la croissance de la PT de près de 3 % dans le seceur des services de HT de 2002 à 2007 es principalemen due aux effes d apprenissage (près de 60 %) e aux effes de réallocaion à l inérieur du seceur (+40 %). Dans la consrucion les effes d apprenissage apparaissen oalemen absens e la chue de la producivié dans

65 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 63 ce seceur provien principalemen de l absence d amélioraion de la producivié des enreprises du seceur les gains de producion provenan des réallocaions à l inérieur du seceur e de l effe ne des enrées mais ces gains ne compensen pas la pere d efficience des faceurs. On remarquera que l effe de réallocaions enre enreprises d un même seceur (effe exerne) es oujours posiif sur les deux périodes indiquan que les augmenaions de pars de marché au sein du seceur concernen les enreprises les plus producives. En revanche l effe ne des enrées n es pas oujours posiif. Rappelons qu un effe ne négaif signifie que les enrées-sories conribuen négaivemen à la producivié. Ce effe es plus souven négaif après la crise signalan que des enreprises plus producives que la moyenne du seceur son sories noammen dans les services. 3. Les déerminans de la PT e la crise économique Nous esimons à présen une équaion cherchan à idenifier les covariances enre la croissance de la PT e ses déerminans en incluan une variable muee emporelle pour la crise qui se déclenche en L équaion esimée es la suivane : Où ΔlnPT i+1/ es le aux de croissance de la PT de l enreprise i en ; lnpt i es le logarihme du niveau de producivié de l enreprise i en ; classe k son k variables indicarices des ailles des enreprises elles qu elles on éé définies dans les ables saisiques ; xinv i-1 es le aux d invesissemen défini comme le rappor de l invesissemen corporel en -1 sur le capial en -2. L indicarice C 2008 es une variable muee qui prendre la valeur uniaire les années 2008 à 2011 afin de caper le choc de la crise de 2008.

66 64 Sarah Guillou e Lionel Nesa L équaion inclu par ailleurs le logarihme de la producion lnprod pour enir compe des effes de pars de marché une foncion polynomiale d ordre 3 du emps ainsi que des effes fixes par enreprise qui capuren non seulemen les déerminans de la producivié qui son propres à l enreprise (comme l efficience managériale l innovaion les condiions de financemen l efficacié de ses ineracions avec ses sous-raians ses disribueurs ou concurrens par exemple) mais aussi la composane secorielle. On s aend à ce que β 1 soi négaif signifian que plus les enreprises on un niveau de producivié faible e plus elles devraien connaîre un accroissemen de leur producivié. La aille devrai avoir un impac posiif sur la croissance de la producivié signalan les meilleures performances des grandes enreprises. Le coefficien β 6 devrai êre négaif e alérer les coefficiens des variables avec lequel il es en ineracion. Dans les variables d ineracion un coefficien significaif indique une rupure emporelle de la co-variaion avec la croissance de la PT. Le coefficien β 12 noammen devrai nous indiquer si la période pos-crise s es raduie par une modificaion du rôle de l invesissemen sur la croissance de la PT. Nous esimons l équaion de régression par la méhode des moindres carrés avec effes fixes (Leas Square Dummy Variables LSDV). Il fau donc reser pruden quan à l inerpréaion des résulas. Ils ne peuven s inerpréer comme des relaions causales les problèmes d endogénéié (noammen en raison de causalié muuelle) n éan pas correcemen pris en compe par le modèle à effes fixes. Ce que nous obenons son des corrélaions parielles enre la variable dépendane e les variables explicaives. Les colonnes (1) à (4) du ableau 4 présenen les résulas préliminaires suivan une inroducion séquenielle des variables. La première colonne inclu les indicarices de aille e de la crise e la foncion polynomiale du emps. La aille es posiivemen corrélée avec la croissance de la producivié e la croissance de la PT es d auan plus élevée que l enreprise es grande. Conformémen à nos aenes le coefficien β 6 de la crise a une valeur négaive. Son ampliude es consane quelle que soi la spécificaion de (1) à (3) mais elle diminue dans la spécificaion (4) qui fai ineragir le aux d invesissemen avec C 2008.

67 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 65 Dans la spécificaion (2) on remarque que si l effe de la crise es bien négaif ce effe es allégé de manière croissane avec la aille de l enreprise au poin même de devenir nul en ampliude pour les rès grandes enreprises. Dans les spécificaions (3) e (4) on rerouve ce même rôle joué par la aille. La spécificaion (3) inrodui le aux d invesissemen qui présene un coefficien négaif e significaif qui peu inerroger. Mais la spécificaion (4) qui ajoue l ineracion enre le aux d invesissemen avec C 2008 indique une corrélaion posiive enre aux d invesissemen e croissance de la producivié relaion posiive qui es foremen alérée après la crise puisque le coefficien d ineracion es foremen négaif. Cela révèle que la relaion enre invesissemen e croissance de la PT a éé modifiée après la crise de 2008 l invesissemen pos-2008 éan associé à un ralenissemen de la croissance de la PT. Des changemens de la naure des invesissemens ou auan que des effes de volume peuven expliquer la non efficacié de l invesissemen après la crise. Par exemple si les invesissemens résiduels après 2008 ne son plus que des invesissemens de remplacemen alors leurs effes sur la producivié devraien êre neures. Les éudes sur la qualié du capial (e.g. Cabannes e al. 2015) monren que celle-ci es pro-cyclique au volume d invesissemen : la qualié augmene plus foremen dans les périodes de fors invesissemens. Cela ien aux ajusemens des invesissemens réalisés en emps de crise qui ouchen prioriairemen les invesissemens producifs comme ceux dans les machines e équipemens don les invesissemens en TIC. Ainsi sur la période Cabannes e al. (2015) esimen une croissance nulle de la qualié du capial alors qu elle éai de 07 sur la période Cela peu expliquer la corrélaion négaive obenue. Ce résula suggère que la crise implique des effes durables sur la rajecoire de la PT qui von au-delà de sa baisse ransioire par non-ajusemen des faceurs. Le ableau 5 présene les résulas par seceur en reprenan la spécificaion (4) afin de singulariser des relaions enre les variables que les caracérisiques des seceurs feraien varier. La crise a eu un effe significaivemen négaif sur l ensemble des seceurs avec un effe rès marqué dans les services INIM. La aille apparaî corrélée posiivemen avec la croissance de la PT à

68 66 Sarah Guillou e Lionel Nesa l excepion du seceur des Aures services pour lequel la relaion n apparaî pas e pour le seceur Manufacurier pour lequel la relaion es négaive signifian que les enreprises de plus peie aille son celles qui présenen les plus fors aux de croissance de la producivié. Cee relaion négaive qui serai conforme à une foncion de producion convexe ne serai donc valable que pour le seceur manufacurier. L effe de la crise sur la corrélaion enre aille e croissance de la PT monre cependan que dans la deuxième période la relaion redevien posiive plus conforme avec une foncion de producion concave. En revanche le seceur des services de HT monre une relaion croissane avec la aille dans la période avan-crise e décroissane dans la seconde période : la aille ne joue plus posiivemen sur la croissance de la producivié après la crise. En % Tableau 5. Déerminans de la croissance de la producivié oale des faceurs Régression sur l ensemble des seceurs (1) (2) (3) (4) lnpt *** -0673*** -0664*** -0666*** classe [20-50[ 0020*** 0017*** 0011*** 0011*** classe [50-250[ 0029*** 0021*** 0010*** 0010*** classe [ [ 0035*** 0019*** classe [500-+[ 0042*** 0022*** C *** -0027*** -0023*** -0009*** classe [20-50[*C *** 0006*** 0007*** classe [50-250[*C *** 0017*** 0017*** classe [ [*C *** 0028*** 0028*** classe [500-+[*C *** 0030*** 0032*** TxInves -0007*** 0007*** TxInves*C *** lnprod 0014*** 0017*** 0016*** 0016*** 0019*** 0018*** *** -0005*** -0006*** -0005*** *** 0000*** 0000*** 0000*** Observaions R Nb d'enreprises ***p<001 **p<05 *p<010

69 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 67 Le aux d invesissemen a un effe posiif sur la croissance de la PT avan la crise qui devien négaif dans la deuxième période dans l ensemble des seceurs. Le aux d invesissemen n a pas d effe sur la croissance de la PT dans la période avan-crise dans les services HT e les services INIM. La foncion polynomiale d ordre 3 du emps rerace pluô correcemen les deux pics le plus souven consaés dans l évoluion de la PT. Cependan le seceur des services de HT s écare de ce cadre e le cycle de la croissance de la PT ne peu êre reracé à parir de cee foncion. En % Tableau 6. Déerminans de la croissance de la producivié oale des faceurs Régression par seceur Manufacurier Consrucion Services BMT Services HT Aures services Aciviés INIM lnpt *** -0705*** -0729*** -0721*** -0658*** -0663*** classe [20-50[ -0004** 0009*** 0009*** 0021*** 0012*** 0022*** classe [50-250[ -0016*** 0018*** 0014*** 0042*** *** classe [ [ -0031*** 0039*** 0015** 0047*** * classe [500-+[ -0034*** 0066*** 0021* 0049*** ** C *** -0011*** -0015*** -0006*** -0031*** 0197*** classe [20-50[*C *** 0013*** 0009*** -0013*** *** classe [50-250[*C *** 0024*** *** 0011*** -0035*** classe [ [*C *** 0036*** * *** classe [500-+[*C *** 0031*** 0015* ** TxInves 0005*** 0007*** 0008*** *** TxInves*C *** -0035*** -0066*** -0069*** -0090*** -0095*** lnprod 0016*** -0014*** 0004** 0004*** 0058*** *** 0017*** 0041*** *** 0023*** *** -0006*** -0011*** *** -0011*** *** 0000*** 0001*** 0000*** 0000*** 0001*** Observaions R Nb d'enreprises ***p<001 **p<05 *p<010

70 68 Sarah Guillou e Lionel Nesa La crise a donc impacé négaivemen la croissance de la producivié dans ous les seceurs à l excepion des services INIM avec une plus fore inensié dans le seceur des services BMT. Si le aux d invesissemen es posiivemen corrélé avec le aux de croissance de la PT dans la première période à l excepion d un effe neure dans les services INIM e les services HT la corrélaion devien négaive dans la deuxième période. Des aux d invesissemen plus élevés son associés à des aux de croissance de la PT plus faibles après la crise pour ous les seceurs. 4. Conclusion L analyse saisique monre une faible croissance de la producivié moyenne avan la crise qui a éé inerrompue par la crise de 2008 enraînan une fore chue de son niveau. La diminuion a éé plus ou moins fore selon les seceurs e a condui à une accenuaion de la endance baissière présene avan la crise dans la consrucion noammen. Les seceurs qui résisen le mieux à la crise son ceux don le aux de croissance de la producivié éai posiif avan la crise comme dans le seceur manufacurier e les services de haues echnologies. Ces évoluions moyennes cachen des dispariés inra-secorielles enre les enreprises parmi lesquelles se disinguen les grandes enreprises qui dans ous les seceurs on une producivié supérieure aux enreprises de moins de 50 salariés e son en moyenne plus résisanes à la crise (moindre baisse ou croissance posiive e plus faible aux de sorie). Les résulas préliminaires de nore exercice économérique monre que l accroissemen du aux d invesissemen es négaivemen corrélé avec le aux de croissance de la producivié sur la période Des changemens de la naure des invesissemens ou auan que des effes de volume peuven expliquer la moindre efficacié de l invesissemen après la crise. Bien qu il doive êre confirmé par une analyse enan compe de l endogénéié non raiée par cee méhode économérique ce résula suggère que la crise implique des effes durables sur la rajecoire de la PT e pas seulemen une baisse de la PT par non-ajusemens des faceurs quel que soi le seceur.

71 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 69 Des poliiques pour incier aux invesissemens producifs son donc ou à fai jusifiées. La poliique de sur-amorissemen des invesissemens dans l amélioraion des équipemens e l engagemen dans le numérique von dans le sens d une amélioraion de l efficacié producive. On peu regreer que cee poliique mise en œuvre en avril 2015 ai éé décidée si ard e que les moyens budgéaires qui y soien alloués soien si faibles (25 milliards d euros). Le souien à l innovaion à ravers les disposiifs des jeunes enreprises innovanes e le crédi impô recherche semble porer leurs fruis dans les seceurs les plus concernés qui son le manufacurier e les services de HT. En revanche la baisse du coû du ravail induie par le CICE e le Pace de responsabilié pourrai ralenir la croissance de la producivié du ravail à moins que les enreprises ne dégagen des marges pour invesir dans des capaciés de producion innovanes. Encadré 1. L indicaeur de Producivié oale des faceurs (PT) Nous consruisons un indicaeur de producivié oale des faceurs par enreprise à parir des données compables des enreprises des bases ICUS e ARE obenues auprès de la DGip e de l INSEE. Ce indicaeur mesure l efficacié producive des faceurs que nous reenons qui son le ravail le capial e les consommaions inermédiaires. La par dans le coû oal du coû de ces faceurs indique leur conribuion respecive à la producion. La méhodologie sur laquelle repose le calcul de l indicaeur de PT a éé développée par Caves Crisensen e Diewer (1982) e compléée par Good e al. (1997). Elle repose sur l idée que la producivié oale des faceurs mesure l accroissemen de la producion qui n es pas lié à l accroissemen des faceurs de producion. L indice de PT pour l enreprise i à l'insan es donné par : où Y représene la producion brue réelle uilisan un ensemble de N inpus ; les N inpus éan ici le sock de capial physique (K) le ravail en ermes d heures ravaillées (L) e les consommaions inermédiaires (M). La variable S mesure la par dans le coû oal du coû de l inpu X ϵ

72 70 Sarah Guillou e Lionel Nesa {K ; L ; M}. Les indices e n indiquen respecivemen le emps e les inpus. Les variables surmonées d une barre indiquen la moyenne arihméique de la variable pour les enreprises apparenan au même seceur que l enreprise i. Afin de rendre l indicaeur comparable au sein d un même seceur oues les variables d une enreprise i son calculées en écar aux valeurs d une enreprise représenaive du seceur d apparenance de l enreprise i. Les variables de l enreprise représenaive son obenues par la moyenne géomérique de la producion e des inpus de oues les enreprises du seceur. Une propriéé essenielle de l'indice es sa ransiivié permean les comparaisons enre enreprises d un même seceur puisque chaque variable es exprimée relaivemen à la firme représenaive de l indusrie. Les variables d inpus e de producion son déflaées en uilisan les indices de prix de la producion des consommaions inermédiaires de l invesissemen. On uilise par ailleurs le nombre d heures ravaillées e les aux de dépréciaion du capial. Ces dernières données ainsi que les déflaeurs son fournies par l INSEE au niveau du seceur en l absence d informaions disponibles au niveau des enreprises. Le sock de capial des enreprises () es obenu à parir de l invesissemen e de la valeur compable des acifs angibles suivan la méhode de l'invenaire permanen. La par du ravail e des consommaions inermédiaires dans le coû oal es calculée à parir de la variable «compensaions salariales» e «consommaion inermédiaires». Enfin pour calculer la par du coû du capial nous procédons à l esimaion du coû d usage du capial au niveau de l'indusrie en suivan la méhodologie de Hall (1988). La prise en compe de l amélioraion qualiaive des faceurs comme le fon Cabannes e al. (2015) conduirai à diminuer le niveau de la PT que nous obenons. Nore indice de producivié inclu les évoluions de la qualié des faceurs. Une baisse de la PT peu révéler à la fois une diminuion du progrès echnique mais aussi une diminuion de la qualié des faceurs. Encadré 2. Données Nous uilisons les bases de données ICUS ( ) e ARE ( ) qui compilen les informaions issues des bilans compables de oues les enreprises françaises. On dispose ainsi des informaions sur l emploi l invesissemen les immobilisaions la masse salariale les consommaions inermédiaires e la producion des enreprises. Par ailleurs nous sollicions les données de l INSEE pour obenir les déflaeurs par branche e la moyenne des heures ravaillées par branche. Nous reenons les enreprises de plus de 9 salariés pour évier d inclure un grand nombre d enreprises suscepibles de connaîre une fore crois-

73 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 71 sance de leur aille sur la période d observaion. Rappelons qu une enreprise d un salarié qui embauche un salarié supplémenaire à emps plein se radui par une augmenaion de 100 % des heures ravaillées ce qui se radui si les rendemens ne son pas consans (pas de doublemen de la valeur ajouée) par une diminuion de la producivié horaire du ravail. Nous avons exclu les seceurs de l énergie les seceurs Sané Enseignemen e Aciviés culurelles e les Aures services don les dynamiques de la producivié réponden à des logiques pariculières e/ ou qui son des aciviés foremen conraines par la réglemenaion. Dix seceurs on éé sélecionné recouvran près de 90 % de la valeur ajouée des aciviés marchandes sur la période : à côé du seceur Manufacurier (C) e du seceur de la Consrucion () on regroupera les services en 4 grandes caégories : (i) les services aux enreprises dis «Basse e moyenne echnologie» (BMT) incluan Transpors e enreposage (H) e les Services adminisraifs e de souien (N) ; (ii) les services aux enreprises dis de «haue echnologie» (HT) comprenan Informaion e communicaion (J) e les Services scienifiques e echniques (M) ; (iii) les aciviés financières e immobilières K e L (INIM) ; (iv) les aures services comprenan les services Commerce e réparaion (G)e Hébergemen e Resauraion (I). Le ableau ci-dessous récapiule les conribuions de chacun de ces seceurs à la populaion d enreprises à l emploi oal à la valeur ajouée (nominale) e à l invesissemen corporel (nominal) sur la période En % Descripion de la populaion d enreprises de l éude par seceur Enreprise Emplois VA Inves. Corp. Manufacurier C Consrucion () Services BMT (H +N) Services HT (M + J) Services INIM (K +L) Services AUT (G+I) Hors analyse Noe : Moyenne sur les années ARE Source : Calcul des aueurs. Paran d un fichier de plus de 30 millions d observaions de 2002 à 2011 comprenan oues les enreprises de l économie marchande (hors agriculure e hors seceur bancaire) nous ravaillons sur un ensemble de 23 millions d observaions après avoir enlevé les enreprises de moins de 10 salariés.

74 72 Sarah Guillou e Lionel Nesa Pour finir observons que la nouvelle définiion des enreprises par l INSEE enrée en vigueur en 2008 (il ne s agi plus sysémaiquemen de l unié légale mais parfois d une combinaison d uniés légales consisan noammen à réaffecer aux enreprises indusrielles leurs filiales eriaires) pose des difficulés à ou exercice de démographie d enreprises. Cependan la scission des périodes sur la base de la crise correspond à cee réforme saisique e nous perme de considérer les résulas comme indépendans de cee réforme. Références Cabannes P-Y A. Monau e P-A Pionnier 2013 Évaluer la producivié globale des faceurs : l appor d une mesure de la qualié du capial e du ravail Dossier Économie rançaise 201 hp:// docs_ffc/ref/ecora13d_d2_pgf.pdf Caves D. W. L. R. Chrisensen e W. E. Diewer 1982 «The economic Theory of Index Numbers and he Measuremen of Inpu Oupu and Produciviy» Economerica (50) 6 : Cee G Producivié e croissance en Europe e aux Éas-Unis Coll. Repères n 483 ed. La découvere Paris. Cee G. Y. Kocoglu e J. Mairesse 2005 Un siècle de producivié globale des faceurs en rance Bullein de la Banque de rance n 139 juille. hps:// france/archipel/publicaions/bdf_bm/eudes_bdf_bm/ bdf_bm_139_eu_1.pdf oser L. J. Haliwanger e C. J. Krizan 2001 «Aggregae Produciviy Growh: Lessons from Microeconomic Evidence» in New Developmens in Produciviy Analysis Harper D. e Hulen C. (Eds) NBER Sudies in Income and Wealh 63. Chicago and London: Universiy of Chicago Press p ougère D. C. Golfier G. Horny e E. Kremp 2013 «Quel a éé l impac de la crise de 2008 sur la défaillance des enreprises?» Documen de ravail de la Banque de rance n 453 novembre. Good D. H. M. I. Nadiri e R. Sickles 1997 «Index Number and acor Demand Approaches o he Esimaion of Produciviy» in Handbook of applied economerics: Microeconomerics Pesaran M. H. e Schmid P. (Eds.) Blackwell Oxford. Hall R. E «The Relaion beween Price and Marginal Cos in U.S. Indusry» The Journal of Poliical Economy (96)5 : OCE 2009 L indusrie manufacurière française Coll. Repères n 557 ed. La Découvere Paris.

75 La crise de 2008 e la producivié oale des faceurs des enreprises françaises 73 Oulon N. e M. Sebasia-Barriel 2013 «Long and shor-erm effecs of he financial crisis on labour produciviy» capial and oupu CEP Discussion Paper n 1185 janvier. Poczer S. P. Gerler e A. D. Rohenberg 2014 «inancial crisis and produciviy evoluion : Evidence from Indonesia» The world Economy (37)5 : mai. ANNEXE : PT après agrégaion secorielle Le graphique ci-après présene l évoluion pour les 6 grands seceurs que nous avons reenus (voir encadré 2). On observe des aux de croissance posiifs de la PT avan 2007 dans ous les seceurs sauf dans les seceurs de la consrucion e des aciviés financières e immobilières. La PT du seceur manufacurier chue en 2007 mais sa croissance es de nouveau posiive de 2008 à 2009 e décline à nouveau en On consae cee même rajecoire dans les services de haues echnologies avec cependan une chue qui dure de 2007 à Dans les services de basses e moyennes echnologies (BMT) e les aures services l évoluion de la producivié présene un profil semblable à celui de l évoluion agrégée sur l ensemble de l économie avec cependan une chue de la producivié beaucoup plus marquée pour ces deux seceurs e plus longue pour le seceur des aures services. Dans le seceur de la consrucion le graphe indique une absence de gains de producivié depuis 2002 la PT accusan une pere de 15 % par rappor au niveau de Ce seceur don la conribuion au PIB es non négligeable (plus de 8 % de la valeur ajouée de nore périmère) présene une évoluion de sa PT inquiéane. Depuis 2002 la croissance de la producion du seceur s explique par la croissance des faceurs uilisés sans conribuion posiive du progrès echnique L évoluion es idenique pour le seceur de la consrucion aux Eas-Unis (voir Brackfield e Oliveira Marins Vox 11 Juille 2009) à parir des données de l OCDE.

76 74 Sarah Guillou e Lionel Nesa La producivié dans les services immobiliers e financiers (INIM) évolue de façon singulière avec un for ralenissemen de la PT qui précède la crise. Ceci es à relier avec la décroissance de la producivié du seceur de la consrucion ; l invesissemen en consrucion e en errains consiuen plus de 80 % de l invesissemen du seceur immobilier (voir Guillou 2015). Graphique. Évoluion de la producivié oale des faceurs e de la producivié horaire du ravail de 2002 à 2011 par seceur Indsuries manufacurières 1 Consrucion Services de basses e moyennes echnologies 115 Services de haues echnologies Aures services 115 Aciviés financières e immobilières Noes : Agrégaion par moyenne arihméique pondérée des indices individuels. La pondéraion des produciviés des enreprises es la par de leur producion dans la producion oale. Les seceurs son définis au niveau A21 de la Naf rev2 : seceur manufacurier (C) Consrucion () les services de haues echnologies (Informaion e communicaion J ; aciviés scienifiques e echniques M) ; les services de basses e moyennes echnologies (services adminisraifs e de souien N ; Transpor e enreposage H) ; les aciviés financières e immobilières (K ; L) ; les aures services (Commerce e réparaion G ; Hébergemen e resauraion I). Source : ICUS ARE Insee. Calcul des aueurs.

77 UNE ÉVALUATION SEMI-STRUCTURELLE DU POTENTIEL D ACTIVITÉ POUR LA RANCE Éric Heyer e Xavier Timbeau OCE Sciences Po Dans ce aricle nous proposons une évaluaion du niveau d acivié poeniel de l économie française noion cenrale dans le diagnosic de la siuaion économique. Cee évaluaion es réalisée à parir de l esimaion d un modèle semi-srucurel espace-éa. On suppose que le poeniel variable inobservable sui une marche aléaoire avec endance alors que l équaion de signal es une équaion de reour à 0 de l écar de croissance e d écar impacé par des variables exogènes. Parmi ces dernières figuren les condiions financières un erme de compéiivié le prix du baril de pérole le prix de l immobilier l impulsion budgéaire e enfin l environnemen macroéconomique d ensemble. L écar de producion esimé es à la fois assez vraisemblable dans l enchaînemen de phases de conjoncure déprimée e de période de surchauffe e sable dans les esimaions en quasi emps réel. Une dernière parie conclu e présene les nombreuses voies pour l exension de cee approche. Mos clés : ilre de Kalman producion poenielle oupu gap. 1. Inroducion Le niveau d acivié poeniel d une économie e son aux de croissance es une noion cenrale dans le diagnosic de la siuaion économique e devrai jouer un rôle majeur dans la conduie de la poliique économique. L argumen a éé développé héoriquemen depuis longemps que ce soi pour aniciper les évoluions fuures de l inflaion ou pour mesurer l ampleur des flucuaions cycliques e déerminer à quel momen les poliiques de régulaion conjoncurelle doiven inervenir. En filran les évoluions de l économie de leur composane conjoncurelle on disposerai d une évaluaion de la croissance de long erme Revue de l OCE 142 (2015)

78 76 Éric Heyer e Xavier Timbeau essenielle pour juger de la pleine uilisaion des faceurs de producion (e en pariculier définir e mesurer le plein emploi) e raier les quesions de souenabilié. En praique cependan cee noion es difficile à définir e à mesurer. Son usage es ainsi source de confusion de révisions drasiques des évaluaions e fourni un guide peu fiable pour l ensemble des problèmes évoqués. Cela n a pas empêché que la croissance poenielle soi inscrie dans les règles de poliique budgéaire dans la récene réforme du Pace de sabilié e de croissance (à parir de 2011 le fiscal compac 6-pack 2-pack). Havik e al. (2014) donnen une descripion déaillée de la méhodologie employée par la Commission européenne (ECIN) e poren un diagnosic miigé sur la porée de cee noion qui ser pouran de référence quanifiée aux règles budgéaires. Ceci es d auan plus frappan que la difficulé de mise en praique du concep de croissance poenielle es connue depuis longemps pour un ensemble de raisons enan au manque de robusesse de la définiion héorique e paran d esimaions fiables des écars de producion (parmi d aures Gaiduch e Hun 2000 ; Kuner 1994 ; Laxon e Telow 1992 ; Orphanides e Norden 2002 ; Orphanides Porer Reifschneider Telow e inan 2000 ; S-Aman e van Norden 1997 ; Serdyniak Le Bihan Cour e Delessy 1997). Noons égalemen que la difficulé d aribuion d un ralenissemen ou d une accéléraion de la croissance à un faceur conjoncurel ou srucurel es inhérene à ou exercice d analyse de la conjoncure e qu il n exise pas de réponses définiives à cee quesion. La décomposiion endance-cycle par des echniques de lissage saisique renconre cee difficulé connue sous le nom d effe de bord. Mais le problème n es pas saisique. Pour juger d un cycle irrégulier en présence d une endance non linéaire en l absence de variables explicaives complèes du cycle il fau aendre que le cycle soi achevé. La crise de 2008 e la chue bruale de l acivié qui a suivi dans les pays développés on considérablemen accru le problème. Il n es pas sûr que le concep de croissance poenielle y survive. Par exemple pour la rance l écar de producion esimé par l OCDE (el que le documene la base de données Economic Oulook) éai évalué négaif à l hiver 2005 (première prévision faie à l hiver 2005 pour l année 2007 voir graphique 1) alors qu il es esimé

79 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 77 aujourd hui à plus de 3 poins de PIB. Le graphique 1 perme de consaer que les révisions on eu lieu non seulemen au momen de la crise (au cours de l année 2008 e 2009) mais égalemen fin Ces révisions ne son pas limiées à la rance ni à l année Elles ne son pas non plus le fai des révisions de la compabilié naionale. Pour la rance la révision des données de compabilié naionale condui à réviser le PIB de 09 poin (en prenan comme référence 1995 e en comparan 2007 pour les différenes évaluaions du PIB). Réviser l écar de producion de quelques dixièmes de poin de PIB en foncion des informaions nouvelles peu laisser la possibilié de l uiliser comme guide de la poliique économique. Une révision de plusieurs poins de PIB (graphique 1) qui inverse le diagnosic conjoncurel es rédhibioire. Ainsi en décembre 2006 en suivan les règles de poliique monéaire ou budgéaire elles qu elles son proposées dans la liéraure on a recommandé sur la base d un écar de producion de -1 poin de PIB en rance une poliique monéaire accommodane e une poliique budgéaire expansive d auan que le défici d alors (275 % du PIB) signifiai un léger surplus primaire srucurel (04 poin de PIB dans EO79 de juin 2006). Aujourd hui rérospecivemen le diagnosic es ou aure puisque le défici srucurel primaire es évalué à 15 poin de PIB. Graphique 1. Évaluaion de l écar de producion en DEU 2 1 USA 0-1 RA -2 déc.-05 déc.-06 déc.-07 déc.-08 déc.-09 déc.-10 déc.-11 déc.-12 déc.-13 déc.-14 Source : OCDE Economic Oulook n 78 à 97 EO78 à EO97 calculs des aueurs.

80 78 Éric Heyer e Xavier Timbeau La recherche d une méhodologie saisfaisane es donc oujours en cours. L uilisaion de filres saisiques simples (univariés) ne répond pas à la quesion. Les esimaions son insables (de nouvelles données modifien l esimaion de l écar de croissance plusieurs années en arrière) vicimes de fors effes de bord (l esimaion change beaucoup en fin de période au fur e à mesure de l arrivée de nouvelles données) e la rajecoire de poeniel connaî des évoluions peu vraisemblables affichan des changemens de penes peu compréhensibles e difficiles à relier à d aures analyses. Une aure approche serai de préciser le modèle sous-jacen de l économie fondé sur des hypohèses explicies accepées de le valider par des données macro ou micro e d en déduire l écar de producion. Un modèle correcemen spécifié donnerai une vision riche e sable de ce qui provoque les mouvemens conjoncurels permean d idenifier les faceurs de ces mouvemens e de préciser les poliiques adapées. Nous sommes rès loin de la réalisaion de ce proje. Par exemple Hirose e Naganuma (2010) esimen l écar de producion des Éas-Unis à parir d un DSGE e leurs esimaeurs réponden aux «bons» crières d un écar de producion (sabilié de l esimaion suivan les périodes reenues décomposiion de l évoluion en foncion de la naure des chocs avec une dominance des chocs de demande capacié à prendre en compe des évoluions à fréquences suffisammen basses). Ils en illusren égalemen les principales difficulés : les esimaeurs d écar de producion son rès dépendans des hypohèses de modélisaion comme par exemple des règles de poliique monéaire ce qui es difficilemen inerpréable. Les a-priori (prior) de l esimaion bayésienne des paramères influen égalemen sur les esimaions d écar de producion. Mais surou ils n explicien pas commen leur modèle se compore dans la crise récene e donc ils ne son pas confronés à la difficulé posée par le graphique 1. La définiion d un modèle sous-jacen comple pose au moins auan de quesions qu il n en résou. En spécifian les a priori héoriques cee approche donne un sens précis à la noion de poeniel qui es mesurée e clarifie le poids relaif des hypohèses. Mais la complexié de l ensemble des paramères ou conraines n éclaire pas vraimen le choix. Ainsi on ne peu écarer l idée que les hypohèses e les conraines on éé posées afin d obenir le résula voulu e jugé accepable.

81 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 79 La parcimonie du modèle e de la méhode es une réponse possible à cee impasse. L approche semi-srucurelle peu répondre echniquemen à cee exigence de parcimonie. Dans cee approche on rédui le modèle à quelques équaions e quelques variables explicaives qui condiionnen l écar de producion esimé. L approche par le poeniel comme n accéléran pas l inflaion ou l approche par la foncion de producion procèden de cee logique 1. Dans l approche du poeniel noninflaionnise le poeniel (y) es une variable non observable qui perme de comprendre les évoluions de l inflaion en foncion de l écar au poeniel (noé y y) de variables explicaives e de la dynamique de l inflaion (noée i ) : Δi = A(L)Δi + b.x + c.(y y) (1) Un filre mulivarié ou un filre de Kalman perme de produire des esimaions en foncion des variances relaives de l écar de producion du aux de croissance du poeniel e des résidus de l équaion d inflaion (Boone 2000). Borio Disyaa e Juselius (2014) suggèren que l évaluaion du poeniel par cee méhode souffre de la endance au ralenissemen de l inflaion au cours des précédenes décennies. L écar au poeniel au sens non-inflaionnise inègre alors cee endance. Les aueurs monren que si l on esime libremen le paramère qui pondère l équaion d inflaion dans l esimaion de l écar de producion le paramère esimé es faible indiquan que cee relaion doi avoir peu de poids sur l évaluaion de l écar de producion alors que l écar de producion peu expliquer significaivemen les évoluions de l inflaion 2. La méhode par la foncion de producion es la méhode reenue par la Commission européenne pour évaluer les écars de producion qui serven à la quanificaion des règles budgéaires (D Auria e al e Lequien e Monau 2014 pour une applicaion à la rance). Cee approche semi-srucurelle défini le poeniel comme la producion possible à la pleine uilisaion des 1. On peu considérer l approche univariée comme un cas limie de l approche mulivariée sans aure variable explicaive que le PIB e ses reards. 2. Ce résula de Borio e al. (2014) end à écarer la définiion du poeniel comme le niveau de producion non-inflaionnise pour lui préférer une définiion plus souple d un niveau de producion associé à des indicaeurs financiers sans déséquilibre. Dans un ravail ulérieur nous développerons ce poin.

82 80 Éric Heyer e Xavier Timbeau faceurs de producion. Elle perme de disinguer deux horizons emporels selon que le sock de capial es considéré comme fixe (cour erme) ou peu s ajuser (moyen erme). Cee méhode peine à donner un résula proban. Elle demande en effe d évaluer la sous- (ou sur-) uilisaion des faceurs pour esimer la producivié globale des faceurs e en filrer les effes du cycle de producivié. Pour le capial les enquêes de aux d uilisaion son uilisées pour corriger le sock de capial. Ces enquêes son cependan limiées à l indusrie c es-à-dire une fracion du issu producif. De plus l évaluaion du capial découle d une hypohèse pariculière sur le déclassemen. Il serai plus réalise de enir compe d un déclassemen variable au cours du cycle mais la compabilié naionale ne propose pas une elle mesure. Concernan le faceur ravail la mesure de la sous-uilisaion renvoie au problème à la mesure d un NAIRU (ou NAWRU) 3 e ceux renconrés dans la méhode précédene. On pourrai ajouer que la méhode de la foncion de producion ne prend pas en compe la (mes)allocaion secorielle des faceurs (Bis 2012). Ces deux méhodes illusren l inérê de l approche semi-srucurelle e sa limie. acilemen reproducible reposan sur un ensemble de paramères resreins la méhode ne produi pas plus que ce que l on en comprend. Mais spécifiée à parir d un ensemble rop limié de variables parce que le modélisaeur ome des déerminans esseniels elle ne parvien pas à capurer le phénomène d écar de producion. Le piège es selon l expression de Borio Disyaa e Juselius (2013) de faire violence aux données e d imposer une srucure incomplèe ou inadapée sur des données qui ne la coniennen pas. Dans ce cas l écar de producion racone une hisoire rès différene de celle qu on voudrai qu il racone e l esimaion a de bonnes chances d êre insable. Borio e al. (2013) mais aussi Lequien e Monau (2014) proposen une sraégie différene d évaluaion des deux méhodes ci-dessus. Au lieu de reposer sur la foncion de producion ou l inflaion ils uilisen des variables représenan le cycle financier afin d inégrer cee composane dans l écar de producion. Cee approche es bien sûr plus facile à jusifier après une crise financière majeure e bien qu elle cherche à exploier une évenuelle 3. Non Acceleraing Inflaion Rae of Unemploymen; Non Acceleraing Wage Rae of Unemploymen.

83 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 81 relaion enre «cycle» financier e «cycle» 4 réel (Agliea 2014) elle peu se heurer à un obsacle : les crises financières surou de l ampleur de celle que l on vien de raverser son peu fréquenes e l esimaion peu reposer au final sur peu d observaions. Éendre l analyse saisique à une période de emps plus longue ou plus de pays apporerai une réponse à cee criique mais ouvrirai sans doue d aures problèmes. Inégran des variables financières (le aux d inérê réel le crédi aux ménages les prix de l immobilier) Borio e al. (2013) amélioren significaivemen l évaluaion du poeniel en pariculier avec beaucoup moins de révisions avan e après la crise. L écar de producion mesuré es égalemen plus creusé après la crise ce qui implique moins d effes de la crise sur le poeniel. Bien que l analyse hisorique du MI (Zdzienicka e urceri 2011) suggère que ce effe pourrai êre imporan ce résula es inéressan. La révision d un modèle après une série d observaions qui ne son pas expliquées par les modèles anérieurs améliore la capacié à reproduire le passé. Ce n es pas une garanie de pouvoir aniciper les prochains reournemens bruaux qui passeron peu-êre par d aures canaux. L approche semi-srucurelle perme néanmoins cee souplesse ou en maîrisan le conenu du modèle implicie. L évaluaion que nous proposons ici s inscri dans cee démarche semi-srucurelle. Nous uilisons des variables explicaives des flucuaions choisies parce qu elles nous semblen essenielles pour comprendre les flucuaions de l acivié. Oure des variables financières don Borio e al. (2013) on monré l inérê la prise en compe de la poliique monéaire e budgéaire nous es apparue comme cenrale en pariculier pour comprendre les imporans écars de producion récens. L objecif es d esimer un poeniel don le aux de croissance es assez sable. Mais cee hypohèse es parcimonieuse e la significaivié saisique de l esimaion ainsi que sa sabilié renforcen la perinence de l évaluaion. L enrichissemen du modèle avec variables financières se fai en inégran 3 élémens supplémenaires : 4. Le erme «cycle» es à prendre ici dans un sens rès général sans que celui-ci ne soi de période(s) régulière(s).

84 82 Éric Heyer e Xavier Timbeau Les écars de producion des pays parenaires pondérés par des coefficiens «par de marché y i» afin de représener le canal des échanges commerciaux. Ce canal es compléé par un effe de compéiivié noé PXR. Ces ajous rapprochen le modèle de celui uilisé dans GPM du MI (Carabenciov Garcia-Salos e Laxon 2011) ; Le prix du pérole réel (P oil ) le prix de l immobilier rapporé au revenu des ménages (P immo ) un écar de aux souverain enre la rance e l Allemagne (SP) e un indicaeur des condiions financières (IC) (Heyer e Sampognaro 2015) afin de représener à la fois la sphère financière e d inégrer des élémens qui jouen foremen sur l acivié ; Une mesure de l impulsion budgéaire par la variaion du solde srucurel primaire (I) en supposan qu elle n a pas d impac à long erme. Ce dernier erme es esseniel pour analyser la conjoncure récene (Timbeau 2014 ; Blo Creel e Timbeau 2015) e a joué un rôle rès imporan dans le creusemen des écars de producion. Le choix de ces variables correspond à un a priori sur les mécanismes causals à cour erme. Le modèle semi-srucurel esimé cherche donc à prendre en compe ses causaliés e ne se limie pas à l évaluaion du poeniel. Il diffère d approches où le choix des variables es guidé par un souci de décrire le cycle économique en incluan par exemple dans les régresseurs le aux de chômage. Ce ype d approche suppose en pariculier que l écar de producion soi nul lorsque les régresseurs eux-mêmes son à 0 ou à leur valeur moyenne. Cela repore alors l évaluaion du poeniel sur ce qui défini la neuralié dans les régresseurs. Lorsqu on inclue le chômage (c es-à-dire une loi d Okun) alors on repore l évaluaion du poeniel à l évaluaion du chômage d équilibre défini soi comme la valeur moyenne du chômage soi si cela es explicié comme une variable non-observable «chômage d équilibre». L aricle es organisé comme sui : une première parie présene le modèle semi-srucurel uilisé e décri la méhode d esimaion. Une deuxième parie précise la consrucion des variables exogènes employées. Une roisième parie présene les résulas. L écar de producion esimé es à la fois assez vraisemblable dans l enchaînemen de phases de conjoncure déprimée e de période (assez rares) de surchauffe e sable dans les esimaions en quasi emps réel.

85 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 83 Une dernière parie conclu e présene les nombreuses voies pour l exension de cee approche. 2. Le modèle Le modèle uilisé es un modèle espace-éa don la principale variable endogène es la producion y. Le poeniel y es la seule variable non observable e c es l équaion de ransiion (3) qui conrain la dynamique du poeniel. On suppose que le poeniel sui une marche aléaoire avec endance. L équaion de signal (2) es une équaion de reour à 0 de l écar de croissance e d écar impacé par les variables exogènes. Si le paramère λ n es pas significaif alors le modèle sera rejeé. Auremen di ce paramère perme de eser l hypohèse de reour à la moyenne de l écar de producion (une force de rappel qui résume les mécanismes endogènes propres à une économie de marché) lorsque l ensemble des variables exogènes son revenues elles-mêmes à leur moyenne. ( ) (2) 3. Les données (3) La producion es mesurée par le PIB en volume à prix chaînés issu de la compabilié rimesrielle. L environnemen macroéconomique d ensemble es résumé par l écar de producion des pays parenaires commerciaux de la rance. À parir des données de la version de décembre 2014 de l Economic Oulook de l OCDE (eo96) nous avons calculé un écar de producion «agrégé» des pays parenaires de la rance en pondéran les écars de producion de chacun des parenaires par le poids des exporaions françaises vers ces pays dans le oal des exporaions de la rance. La première variable explicaive inroduie es celle des condiions financières : elle es mesurée par l inermédiaire d un indicaeur synhéique (IC) consrui par Heyer e Sampognaro (2015). La méhodologie s inspire de celle proposée par Swison (2008) consisan à sélecionner un ensemble de variables financières ayan une fore corrélaion avec le aux de croissance du PIB 5.

86 84 Éric Heyer e Xavier Timbeau Les variables reenues dans cee évaluaion son : le aux d inérê du crédi bancaire aux sociéés non-financières (SN) le CAC 40 le spread enre le aux des Bons du Trésor à 3 mois e le aux inerbancaire EURIBOR à 3 mois e l écar enre le aux d inérê payé par les SN françaises e celui payé par les SN allemandes. La deuxième variable explicaive es la compéiivié mesurée à ravers le prix relaif des exporaions des concurrens par rappor au prix des exporaions françaises issu de la compabilié naionale. Le prix des concurrens es la somme pondérée des prix à l exporaion des concurrens pondérée par leur par dans les échanges avec la rance. Les prix érangers éan libellés en dollars ce raio incorpore le aux de change euro-dollar. Le prix du baril de pérole en euros es inégré afin de rendre compe de l impac des chocs e conre-chocs péroliers sur l acivié économique (roisième choc). Nous prenons en compe égalemen l effe d un choc immobilier sur l acivié mesuré ici par le prix de l immobilier rapporé au revenu des ménages (quarième choc). Enfin le dernier choc es le choc budgéaire. Il es pris en compe par l inroducion dans l équaion de l impulsion budgéaire évaluée comme la variaion du solde srucurel primaire. Ce dernier éan calculé à parir de la producion poenielle variable inobservable de nore modèle nous avons procédé par iéraion. Dans la première iéraion nous sommes paris de l évaluaion du solde srucurel fourni par l OCDE dans les Perspecives économiques (eo96). Puis nous avons recalculé un solde srucurel à parir de l évaluaion de la producion poenielle issue de cee première iéraion. Nous avons répéé cee opéraion jusqu à ce que la procédure converge vers une évaluaion sable de la producion poenielle. 5. Dans l IC ainsi consrui chaque variable es pondérée en foncion de sa conribuion à la variance de la croissance dans un modèle VAR. Par sa srucure auorégressive cee méhode ien compe du délai de ransmission des chocs financiers sur l acivié réelle.

87 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 85 Les données uilisées e leurs mnémoniques y : PIB en volume prix chaînés INSEE I : Impulsion budgéaire (variaion du solde budgéaire srucurel) OCDE calculs des aueurs P oil : Prix du baril de pérole en euros déflaé par le prix de consommaion (rance) P immo : Prix de l immobilier en euros rapporé au revenu des ménages (rance) IC : Indicaeur de condiions financières OCE GAP : Écar de producion français (PIB-PIB poeniel) INSEE e OCDE Σy i. GAP i : Somme des écars de producion de chacun des parenaires de la rance pondérée par le poids des exporaions françaises vers ces pays dans le oal des exporaions de la rance OCDE SP : Écar enre un aux d inérê des SN e un aux sur les obligaions d Éa à 10 ans PXR : Prix relaif des exporaions des concurrens par rappor au prix des exporaions françaises INSEE 4. Les résulas Le modèle es esimé par maximum de vraisemblance à l aide d un filre de Kalman 6 sur la période allan du premier rimesre de 1982 au roisième rimesre de Les résulas des esimaions son résumés dans le ableau e les graphiques 2 3 e 4. Les six principaux résulas peuven êre synhéisés de la manière suivane : 1. Les coefficiens esimés son ous significaifs e du signe aendu cohéren avec l inuiion économique. Pour la variable pérole la meilleure esimaion es obenue en reardan de 4 rimesres le aux de croissance du prix du pérole dans l esimaion 7. Selon le même crière les prix relaifs e l effe immobilier son inégrés avec un reard de 2 rimesres andis que les aures variables son coïncidenes ; 2. Les résulas se sabilisen dès la cinquième iéraion : la plupar des coefficiens ne connaissen pas de variaions significaives enre la première e la cinquième iéraion. Des variaions 6. Pour plus de déails sur l esimaion par maximum de vraisemblance e sur le filre de Kalman le leceur pourra se référer à Hamilon (1994) e Harvey ( ). 7. Le crière es celui du -sa e des crières de sélecion (Akaike Schwarz Hannan-Quinn).

88 86 Éric Heyer e Xavier Timbeau son ouefois observées pour le rend de producivié (consane de l équaion de signal) e de l élasicié du PIB à l impulsion budgéaire (muliplicaeur budgéaire) ; 3. Le muliplicaeur budgéaire es en moyenne sur la période d esimaion proche de 1 lors de la première iéraion e se sabilise à 06 à la cinquième. Noons que ce effe es la somme des élasiciés obenues sur les 4 rimesres de l année ; 4. La croissance poenielle s élève à 183 en moyenne sur la période d esimaion ; 5. En moyenne annuelle en 2014 l écar de producion de la rance es esimée à -45 % ; 6.Compe enu de la valeur de la force de rappel 4 années seraien nécessaires pour «fermer» l écar de producion : au cours de cee période l économie française connaîrai un supplémen de 12 % (007*4*45) de croissance par rappor à son poeniel. λ I Tableau. Résulas des esimaions par un filre de Kalman ier 1 Ier 2 Ier 3 Ier 4 Ier (-313) 095 (360) P oil (-278) P immo 006** (-176) PXR IC SP 0046 (380) 0016* (200) (-356) Σy i. GAP i 0004 (315) σ 2 eq2 Consane (634) 048 (605) -007 (-284) 070 (268) (-257) 006** (-171) 0047 (396) 0015** (179) (-358) 0005 (384) (622) 046 (617) -007 (-277) 060 (261) (-254) 006** (-171) 0047 (402) 0015** (179) (-364) 0005 (381) (628) 046 (601) -007 (-273) 060 (261) (-253) 006** (-171) 0047 (402) 0015** (180) (-366) 0005 (380) (629) 046 (603) -007 (-273) 060 (261) (-253) 006** (-171) 0047 (402) 0015*** (180) (-366) 0005 (379) (629) 046 (603) Raio signal/brui 013c 013c 013c 013c 013c Likelihood Akaike Schwarz Hannan-Quinn Noes : Enre parenhèses figure le -sa. * ; ** ; *** signifie une non-significaivié des coefficiens à respecivemen 1 % 5 % e 10 %. C : variable conraine. Sources : INSEE calculs des aueurs ; période d esimaion :

89 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 87 Graphique 2. Esimaion de l écar de producion pour l économie française 3 2 En écar à la producion poenielle Iéraion 1 Iéraion 2 Iéraion 3 Iéraion 4 Iéraion Source : calculs des aueurs. Graphique 3. Conribuion des différens faceurs à l oupu gap 3 2 En écar à la producion poenielle Impulsion Budgéaire OG concurrens Compéiivié Pérole Spread IC Immobilier Aures Source : calculs des aueurs.

90 88 Éric Heyer e Xavier Timbeau Graphique 4. Évoluion du PIB e du PIB poeniel pour l économie française 550 En milliards d euros consans 500 PIB poeniel PIB Sources : INSEE calculs des aueurs. Une criique courammen adressée aux évaluaions des écars de producion a rai à son insabilié dans le emps (Gaiduch e Hun 2000 ; Kuner 1994 ; Laxon e Telow 1992 ; S-Aman e van Norden 1997). Les écars de producion basés sur des filres puremen saisiques fon effecivemen souven l'obje de révisions imporanes ex pos (Garra Lee Mise e Shields 2008 ; Mise Kim e Newbold 2005 ; Orphanides e Norden 2002) sapan leur uilisaion dans la mise en praique e la recommandaion de poliique économique 8. Nore approche s affranchi-elle de cee criique e offre--elle de meilleures performances en emps réel? Parmi les propriéés imporanes que devraien avoir nos esimaions pour évier ce écueil figuren (1) le pouvoir explicaif par des variables faiblemen révisées 9 e (2) la sabilié des coefficiens esimés 10 : plus les flucuaions de la producion seron expliquées par des variables peu 8. Borio e al ; Ehrmann e Smes 2001 ; Gaiduch e Hun 2000 ; Orphanides e al ; Orphanides ; Rudebusch 2001 ; Smes 2002 ; Svensson e Woodford 2003 ; Swanson 2004 ; Yeman Voir noammen à ce suje (Croushore e Sark 2000 ; Orphanides ; Roberson e Tallman 1998). 10. Doménech e Gómez (2006) e Runsler (2002) on monré que les écars de producion esimés à parir de modèles mulivariés éaien soumis à de plus faibles révisions que celles obenues à parir des méhodes univariées.

91 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 89 révisées e plus la relaion esimée sera sable plus pei sera l'écar enre emps réel e les esimaions ex pos. Dans cee perspecive ceraines variables inroduies dans nore équaion d éa ne son jamais révisées e remplissen par conséquen la première propriéé. C es le cas du prix du pérole de l indicaeur des condiions financières du spread de aux. C es moins le cas pour l indicaeur de compéiivié qui repose sur des données de la compabilié naionale e qui son donc sujees à révision. Noons ouefois que la variable à expliquer le PIB es elle-même soumise à révision ce qui doi nous amener à nuancer l imporance de cee propriéé e nous faire préférer l inégraion de variables perinenes mais révisées à leur omission. En ce qui concerne l impulsion budgéaire évaluée au ravers de la variaion du solde budgéaire srucurel sa prise en compe pose davanage un problème d endogénéié que de fores révisions : une évaluaion à ravers une impulsion narraive permerai de lever cee fragilié. Enfin dans la version proposée ici l environnemen inernaional évalué à l aide des écars de producion des parenaires ne rempli pas non plus les crières de sabilié. Cela milie pour une évaluaion conjoine des écars de producion auremen di de reproduire cee procédure pour les pays parenaires e de les évaluer simulanémen. Nous avons ensuie esé la seconde propriéé celle relaive à la sabilié de l équaion esimée en arrêan l esimaion en 2007 (rai bleu) e en comparan l évaluaion de l écar de producion alors obenu à celle esimée sur l inégralié de la période (e096 rai rouge). Enfin nous avons réalisé la même opéraion mais en emps réel en uilisan la version des compes rimesriels du quarième rimesre 2007 (eo82 rai orange). Le graphique 5 illusre les résulas e souligne une sabilié du diagnosic conjoncurel. La propriéé de sabilié de l'évaluaion du poeniel es une propriéé imporane. Elle es obenue probablemen en disposan d'un ensemble de variables explicaives suffisan e répondan ainsi au risque de variable omise. Ainsi le diagnosic sur une période passée es poré par ces variables e ne dépend plus de nouvelles réalisaions de la série observée du PIB. Ce poin pourrai êre précisé en inroduisan de façon séquenielle les variables explicaives reenues afin de voir celles qui son nécessaires pour que la propriéé de sabilié soi vérifiée. Une conséquence de ce ensemble

92 90 Éric Heyer e Xavier Timbeau Graphique 5. Esimaion de l écar de producion pour l économie française 3 2 En écar à la producion poenielle Esimée jusqu'en 2007 (eo96) Esimée en emps réel 2007 (eo82) Esimée jusqu'en 2014 (eo96) Source : Calculs des aueurs de variables explicaives supplémenaires es que les variables explicaives reenues peuven s'écarer de leurs valeurs moyennes pour des périodes de emps assez longues. C'es une condiion nécessaire pour expliquer des déviaions assez longues du PIB poeniel. Ainsi pour ne pas associer le ralenissemen récen du PIB à un ralenissemen du PIB poeniel il fau une variable explicaive qui es significaive (dans le passé) don l'esimaion es sable (ce n'es pas la période récene qui suffi à rendre la variable significaive) e qui dévie foremen de sa valeur moyenne dans la période récene. Dans nore modèle plusieurs variables jouen ce rôle comme par exemple les impulsions budgéaires la compéiivié ou les variables financières. Ceci demande cependan une ceraine prudence quan à la définiion de ce qu'es le PIB poeniel. Le PIB poeniel que nous uilisons es en fai un PIB poeniel oues choses égales par ailleurs. Or rien n'empêche qu'une des variables explicaives connaisse un choc permanen. En inégran l'effe de ce choc permanen sur le PIB poeniel oues choses égales par ailleurs on consruirai une noion de PIB poeniel plus proche de celle qui es mesurée par un filre univarié ou par un filre mulivarié don les variables explicaives on de la variance surou dans les haues fréquences. Cela condui égalemen à êre pruden sur l'inerpréaion de la moyenne de l'écar de producion que nous esimons. Celle que nous calcu-

93 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 91 lons ici es faie sans enir compe des évoluions fuures des variables explicaives du modèle qui peuven connaîre des chocs srucurels. La propriéé imporane es donc celle de la sabilié puisqu'elle indique que l'ensemble des variables explicaives es comple plus que l'inerpréaion du niveau moyen (ou du dernier niveau) de l'écar de producion qui suppose d'avoir une vision normaive sur le fuur des variables explicaives. 5. Conclusion prolongemen Le modèle semi-srucurel proposé ici résou ceraines des difficulés liées à l esimaion du poeniel. Plusieurs éapes son cependan nécessaires à ce sade afin de poursuivre cee méhode. Borio e al. (2013) proposen de sélecionner parmi les variables exogènes celles qui conribuen à l évaluaion du poeniel e pariculièremen à sa sabilié en emps réel ou en quasi emps réel. Bien que dans nore approche les variables explicaives n inerviennen pas uniquemen pour décrire le cycle mais aussi parce qu elles son supposées avoir une relaion causale avec l écar de producion documener ce poin apparaî perinen. Une seconde éape consise à uiliser l informaion conenue dans l inflaion e à esimer un NAIRU conjoinemen. La liaison enre le poeniel e le NAIRU passerai alors par une loi d Okun disposan d une dynamique spécifique afin de disinguer les effes de cour erme (cycle de producivié) des effes de long erme (effe de flexion). Comme l on monré Creel Heyer e Plane (2011) l hypohèse d un muliplicaeur budgéaire variable au cours du cycle es une hypohèse imporane pour comprendre la crise récene. Le modèle reenu peu êre éendu pour prendre en compe la possibilié d un muliplicaeur qui dépend de l écar de producion e permerai de proposer une validaion empirique de cee hypohèse différene de celle de Auerbach e Gorodnichenko (2010). L analyse du muliplicaeur budgéaire serai égalemen enrichie en disinguan les recees des dépenses voire en ayan une caégorisaion plus fine e en associan à chaque caégorie un profil emporel spécifique. L analyse faie du CICE dans l exercice de prévision de l OCE (voir les dernières prévisions Heyer Ducoudré Péléraux e Plane 2014) monre que par exemple dans le cas du CICE ce effe peu êre

94 92 Éric Heyer e Xavier Timbeau rès imporan e qu une impulsion agrégean dépenses e recees ou dépenses de naure différene peu êre nulle alors qu il y a un impac ne de la mesure sur l acivié e l emploi. Enfin le même modèle doi êre esé sur les aures grands pays développés afin de vérifier que la sélecion des variables proposées es robuse. Une esimaion joine des écars de producion (puisque l écar de producion de chaque pays dépend de celui des aures) évierai de reposer sur une évaluaion a priori du poeniel (en l occurrence celle de l OCDE) don on a vu les criiques qu on peu lui porer. Cee approche permerai d inroduire des conraines sur les paramères comme par exemple d êre égaux dans ous les pays considérés. En réduisan le degré de liberé on accroîrai ainsi la parcimonie de l approche. Références Agliea M «La poliique monéaire de la Banque Cenrale Européenne dans ous ses éas» noes de Terra Nova Auerbach A. e Y. Gorodnichenko 2010 «Measuring he oupu responses o fiscal policy» NBER Worjing Paper Bis nd Annual Repor Bank of Inernaional Selemens. Blo C. J. Creel and X. Timbeau 2015 «iags 2015 : Une Europe divisée e à bou de souffle» Bille du blog de l OCE 16 décembre 2014 hp:// Boone L «Comparing semi-srucural mehods o esimae unobserved variables: he HPMV and Kalman ilers approaches» Economics Deparmen Working Paper (240). Borio C. P. Disyaa e M. Juselius 2014 «A Parsimonious Approach o Incorporaing Economic Informaion in Measures of Poenial Oupu» BIS Working Papers (442) ; Borio C. P. Disyaa e M. Juselius 2013 Rehinking poenial oupu: Embedding informaion abou he financial cycle BIS Working Papers. Carabenciov I. R. Garcia-salos e D. Laxon 2011 «The Global Projecion Model wih 6 Regions» Imf Creel J. É. Heyer e M. Plane 2011 «Pei précis de poliique budgéaire par ous les emps» Revue de l OCE (116) : Croushore D. e Sark T «A funny hing happened on he way o he daa bank: A real-ime daa se for macroeconomiss» ederal Reserve Bank of Philadelphia Business Review 5(Ocober) :

95 Une évaluaion semi-srucurelle du poeniel d acivié pour la rance 93 D Auria. C. Denis K. Havik K. Mc Morrow C. Planas R. Raciborski A. Rossi 2010 The producion funcion mehodology for calculaing poenial growh raes and oupu gaps European Economy Economic Papers Vol. no doi: /43454 Doménech R. e V. Gómez 2006 «Esimaing Poenial Oupu Core Inflaion and he NAIRU as Laen Variables» Journal of Business e Economic Saisics 24(3) doi: / Ehrmann M. e. Smes 2001 «Uncerain Poenial Oupu: Implicaions or Moneary Policy» European Cenral Bank Working Paper Series 59(60). Gaiduch V. e B. Hun 2000 «Inflaion Targeing under Uncerainy» IM Working paper WP/00/158. Garra a. K. Lee E. Mise e K. Shields 2008 «Real-ime represenaions of he oupu gap» The Review of Economics and Saisics 90(November) doi: /res Hamilon J. D Time Series Analysis. Princeon Universiy Press. Harvey A. C orecasing Srucural Time Series Models and he Kalman iler. Cambridge Universiy Press. Harvey A. C Time Series Models. Harveser Wheasheaf. Havik K. K. M. Morrow. Orlandi C. Planas R. Raciborski W. Röger V. Vandermeulen 2014 «The Producion uncion Mehodology for Calculaing Poenial Growh Raes and Oupu Gaps» Economic Papers (535). doi: /71437 Heyer É. B. Ducoudré H. Péléraux e M. Plane 2014 «rance : croissance hors axes Perspecives économiques pour l économie française» Revue de l OCE Le piège de la déflaion perspecives sous la direcion de Xavier Timbeau 136. Heyer E. e R. Sampognaro 2015 «L impac des chocs économiques sur la croissance dans les pays développés depuis 2011» Revue de l OCE 138. Hirose Y. e S. Naganuma 2010 «Srucural esimaion of he oupu gap: A bayesian dsge approach» Economic Inquiry 48(4) doi: /j x Kuner K.N «Esimaing Poenial Oupu as a Laen Variable» Journal of Business e Economic Saisics 12(3) Laxon D. e R. Telow 1992 «A Simple Mulivariae iler for he Measuremen of Poenial Oupu» Bank of Canada Working Paper. Lequien M. e A. Monau 2014 «Croissance poenielle en rance e en zone euro: un our d horizon des méhodes d esimaion» Documen de ravail INSEE (G2014/09). Mise E.T. H. Kim e P. Newbold 2005 «On subopimaliy of he Hodrick- Presco filer a ime series endpoins» Journal of Macroeconomics 27(1) doi: /j.jmacro

96 94 Éric Heyer e Xavier Timbeau Orphanides A «Moneary Policy Evaluaion Wih Noisy Informaion» inance and Economics Discussion Series ederal Reserve Board Washingon Orphanides A «The ques for prosperiy wihou inflaion» Journal of Moneary Economics 50(3) doi: /s (03) X Orphanides A. e S. van Norden 2002 «The Unreliabiliy of Oupu-Gap Esimaes in Real Time» Review of Economics and Saisics 84(4) doi: / Orphanides A. R. D. Porer D. Reifschneider R. Telow e. inan 2000 «Errors in he measuremen of he oupu gap and he design of moneary policy» Journal of Economics and Business 52(1-2) doi: /s (99) Roberson J. C. e E.W. Tallman 1998 «Daa vinages and measuring forecas model performance» Economic Review (Q 4) Rudebusch G. D «Is he ed Too Timid? Moneary Policy in an Uncerain World» Review of Economics and Saisics 83(2) doi: / Runsler G The informaion conen of real-ime oupu gap esimaes: An applicaion o he Euro area. Smes «Oupu gap uncerainy: Does i maer for he Taylor rule?» Empirical Economics 27(1) doi: /s S-Aman P. e S. van Norden 1997 Measuremen of he Oupu Gap: A Discussion of Recen Research a he Bank of Canada Technical Repor of Bank of Canada 79. Serdyniak H. H. Le Bihan P. Cour e H. Delessy 1997 «Le aux de chômage d équilibre anciennes e nouvelles approches» Revue de l OCE 60(1) doi: /ofce Svensson L. E. O. e M. Woodford 2003 «Indicaor variables for opimal policy» Journal of Moneary Economics 50(3) : Swanson E.T «Signal Exracion and Non-Cerainy-Equivalence in Opimal Moneary Policy Rules» Macroeconomic Dynamics 8(01) : doi: /s Swison A. J «A U.S. inancial Condiions Index: Puing Credi Where Credi is Due» IM Working Paper 08/161. doi: / ssrn Timbeau X. (dir.) 2014 «Le piège de la déflaion Perspecives pour l économie mondiale» Revues de l OCE Le piège de la déflaion Perspecives Yeman J «Probing poenial oupu: Moneary policy credibiliy and opimal learning under uncerainy» Journal of Macroeconomics 25(3) doi: /s (03) Zdzienicka A. e D. urceri 2011 «How Cosly are Deb Crises?» IM Working paper 11/

97 ÉROSION DU TISSU PRODUCTI EN RANCE CAUSES ET REMÈDES Michel Agliea Universié Paris X e CEPII Xavier Rago OCE Sciences Po Ce exe présene une synhèse des faceurs à la fois macroéconomiques e microéconomiques de l érosion du issu producif français. Il par d'un résumé des divergences européennes pour préciser le diagnosic sur le issu producif français. Les prix immobiliers les divergences des coûs uniaires du ravail son des faceurs qui on indubiablemen pesé sur la renabilié du capial en rance. On discue ensuie la financiarisaion de la gouvernance des enreprises e l'on avance qu'elle peu consiuer un frein à la définiion de sraégies de long erme pour moner en gamme. Le renforcemen du issu producif passera par des effors imporans e coordonnés de oues les paries des enreprises. Mos clés : issu producif désindusrialisaion gouvernance d'enreprises. La désindusrialisaion de la rance e plus généralemen les difficulés des seceurs exposés à la concurrence inernaionale révèlen des endances macroéconomiques e microéconomiques œuvran en rance e en Europe depuis plus de dix ans. En effe si le momen propremen financier de la crise commençan en 2007 es le résula de l'explosion de la bulle immobilière américaine l'ampleur de l'impac sur l'économie européenne ne peu se comprendre que par des fragiliés auparavan ignorées. Ce exe présene une synhèse des faceurs à la fois macroéconomiques e microéconomiques de cee dérive producive. En effe des explicaions différenes voire divergenes son souven discuées pour jusifier les résulas décevans de l'économie Revue de l OCE 142 (2015)

98 96 Michel Agliea e Xavier Rago française noammen par rappor à l'allemagne. Les dees publiques la complexié adminisraive ou l'effe direc de la fiscalié son parfois avancés comme les causes principales. Ce exe s'oriene vers d'aures explicaions. Il par d'un résumé des divergences européennes pour préciser le diagnosic sur le issu producif français. Ensuie les données d'enreprises son uilisées pour aller au-delà des endances révélées par les grands agrégas. De ces analyses il ressor que les prix immobiliers les divergences des coûs uniaires du ravail son des faceurs qui on indubiablemen pesé sur la renabilié du capial en rance. Les enreprises on-elles su s'adaper à ces changemens macroéconomiques afin de moner en gamme de se moderniser de devenir plus producives? La réponse es négaive e c es bien au niveau des enreprises qu il fau idenifier les blocages. La roisième parie idenifie la financiarisaion de la gouvernance des enreprises comme la cause de leur difficulé à définir des sraégies de long erme pour moner en gamme. Le renforcemen du issu producif passera par des effors imporans e coordonnés de oues les paries des enreprises. Effors qui leur demanderon une gouvernance plus parenariale. 1. Les divergences européennes 1.1. Les différences de performance des exporaions son un indicaeur des divergences européennes Tou d'abord il fau reconnaîre que l'appréciaion de l'efficacié du issu producif français rese une quesion difficile. En effe des mesures de performance au niveau des enreprises comme la producivié où les dépenses de R&D son uiles mais elles risquen de cacher des dynamiques globales. Par exemple si seules les enreprises les plus producives surviven on peu assiser à une hausse conjoine des faillies e de la producivié que l'on observe par exemple dans les pays européens où l'emploi se conrace foremen. La producivié du ravail a cru en Espagne de 23 % par an enre 2009 e 2012 alors qu'elle n'a cru que de 14 % en Allemagne. De même la seule hausse des faillies peu cacher un mécanisme de réallocaion secorielle des seceurs anciens vers des seceurs correspondan mieux à la demande domesique.

99 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 97 De ce fai une première lecure macroéconomique de l'efficacié du issu producif es uile. La capacié exporarice des pays es un indicaeur imporan de l'efficacié du issu producif naional. Plus précisémen la balance commerciale c'es-à-dire la différence enre les exporaions e les imporaions de biens e services es un premier indicaeur de l'efficacié relaive du issu producif. Les capaciés exporarices des pays son souven résumées sous le seul angle de la compéiivié des pays en comparan les seuls coûs de cerains faceurs. Cee approche es réducrice car la capacié exporarice des pays résume l'inserion générale des pays dans la division inernaionale du ravail c'es-à-dire la capacié d'un pays à vendre cher son ravail au rese du monde. Celle-ci dépend d'un ensemble de faceurs le prix des biens ceres mais aussi la spécialisaion secorielle e géographique ou encore la qualié des produis. Il y a plusieurs façons d'êre foremen exporaeur en valeur : vendre en masse des biens peu chers ou vendre à un prix élevé des biens de qualié. Les deux pays les plus exporaeurs du monde qui son la Chine e l'allemagne corresponden à ces deux cas exrêmes. Ensuie l'analyse des balances commerciales ne doi pas laisser penser que le bu des poliiques économiques es d'aeindre des balances commerciales les plus excédenaires possibles. Cee poliique mercanilise n'es pas une fin en soi. Une croissance durable un chômage e des inégaliés faibles : els devraien êre les objecifs des poliiques économiques e ceux-ci son compaibles avec différens niveaux de la balance commerciale. L'analyse de la balance commerciale de la rance doi se faire par rappor à un pays relaivemen comparable. Pour ces raisons la comparaison de la rance e de l'allemagne es ceres fréquene mais rese riplemen uile. Tou d'abord les ravaux de onagné e Gaulier (CAE 2009) monren en uilisan les données des douanes la relaive proximié de la rance e de l'allemagne en ermes de spécialisaion producive. Ensuie ces deux pays son les plus imporans de la zone euro ce qui jusifie que l'on s'aache à comprendre leur rajecoire économique à l aune de raisons poliiques. Enfin ces deux pays on connu des rajecoires exraordinairemen divergenes en ermes de balance commerciale ce qui perme de mieux idenifier les mécanismes en jeu : nous ne sommes pas ici dans les rais de plume de ceraines différences économiques.

100 98 Michel Agliea e Xavier Rago 1.2. La comparaison des balances commerciales de la rance e de l'allemagne perme de disinguer deux périodes rès différenes Le graphique 1 représene la balance commerciale de l'allemagne e de la rance. Dans un premier emps de 1993 à 2000 les excédens commerciaux de la rance e de l'allemagne évoluen de concer. Ensuie à parir du débu des années 2000 la balance commerciale de la rance se dégrade coninûmen d'un excéden de 2 % du PIB en 2000 à un défici de 2 % du PIB en Dans le même emps la balance commerciale de l'allemagne augmene jusqu'à un excéden proche de 7 % du PIB. Ce excéden commercial fai de l'allemagne un des pays les plus exporaeurs du monde. Si la hausse iniiale de la balance commerciale allemande provien de la chue imporane des imporaions c'es bien le dynamisme des exporaions qui prend le relai en De ce fai l'allemagne a subsiué la demande exerne à sa demande inerne. Dans le même emps on a assisé à une dégradaion coninue de la balance commerciale de l'ialie e de l'espagne. Graphique 1. Balance commerciale de la rance e de l Allemagne 8 En pourcenage du PIB 6 Allemagne rance Source : Eurosa. Cee mesure de l'efficacié relaive des sysèmes producifs monre donc la meilleure capacié de l'allemagne e des pays qui lui son dépendans commercialemen à s'inégrer dans la division inernaionale du ravail. Ceres la reconsrucion des pays de l'es puis la demande de la Chine on favorisé l'allemagne en ermes

101 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 99 d'orienaion secorielle e géographique de la demande. Cependan les esimaions récenes monren que ces seuls effes son loin de pouvoir expliquer la différence enre la rajecoire allemande e française 1. Sans minimiser l'imporance des faceurs exernes à la zone euro on peu idenifier deux faceurs divergens enre les pays européens. Pour ce faire il fau revenir à l'évoluion des coûs des principaux faceurs de producion. En effe la producion des biens e services requier l'uilisaion de nombreux faceurs de producion : des biens e machines (le capial physique) le ravail l'énergie l'immobilier ec. Pendan la période suivan l'inroducion de la monnaie unique les prix des principaux faceurs de producion on foremen divergé enre les pays européens. Avan de revenir sur les causes de ces divergences revenons sur le consa La hausse du prix de l'immobilier en rance explique une parie de la différence avec l'allemagne La crise économique commencée en 2007 es d abord la conséquence de l éclaemen de la bulle immobilière dans un conexe de surendeemen des ménages. Ce surendeemen américain provien lui-même du crédi immobilier e dans une moindre mesure des aures formes de crédi (crédi à la consommaion ec.). L'accroissemen de l'endeemen e de l'accès à la propriéé a éé favorisé par les poliiques publiques probablemen comme subsiu aux poliiques de redisribuion vers les plus pauvres. Ainsi l'endeemen des ménages a éé un subsiu à un Éaprovidence suscepible d'élever le niveau de vie des plus pauvres 2. Le seceur immobilier a joué un rôle déerminan dans les déséquilibres mondiaux e européens. L augmenaion des prix immobiliers a éé à la fois la cause e la conséquence de l accroissemen de l endeemen. Aux Éas-Unis les prix de l immobilier on augmené de 40 % enre 2000 e 2006 puis on décru de 40 % enre 2006 e La dee des ménages rapporée à leur revenu a augmené de plus de 40 % enre 2000 e 2007 avan de décroîre 1. Voir le rappor CAE «À la recherche des pars de marché perdues» n 23 mai 2015 Maria Bas Lionel onagné Philippe Marine e Thierry Mayer. 2. Voir «Endeemen e inégaliés» M. Kumhof e R. Rancière inances & Développemen Décembre 2010 ainsi que Rajan Raghuram 2010 «aul Lines: How Hidden racures Sill Threaen he World Economy» Princeon New Jersey Princeon Universiy Press.

102 100 Michel Agliea e Xavier Rago de plus de 20 % enre 2007 e Ce processus de désendeemen (deleveraging) es donc avancé aux Éas-Unis. Enre 2007 e 2012 les prix immobiliers on décru en Europe de 10 % alors que la dee rapporée aux revenus a augmené de 10 %. Noons cependan que l ampleur de l ajusemen sera moindre en Europe car les excès d'endeemen on éé limiés 3. Comme on le verra dans ce aricle l augmenaion des prix de l immobilier n a pas seulemen conribué à l endeemen des ménages elle a aussi déformé les décisions d invesissemen des enreprises. Graphique 2. Indicaeurs des prix immobiliers dans rois pays européens 350 Base 100 en Espagne rance Allemagne Source : BCE compilaion d indicaeurs naionaux. L'Espagne a connu une muliplicaion par rois du prix de l'immobilier enre 1996 e 2007 puis une décroissance de près de 30 % depuis lors. La rance a connu un accroissemen de près de 25 fois du prix de l'immobilier enre 1996 e 2011 sans connaîre de réducion imporane du prix des logemens. Enfin l Allemagne n a pas connu de hausse des prix immobiliers sur plus d une décennie. Les prix immobiliers son resés consans depuis 1996 (graphique 2). Ces divergences son imporanes pour le niveau de 3. Selon la Banque de rance la dee des ménages français aein 84 % de leur revenu disponible bru conre 83 % en Allemagne 62 % en Ialie 112 % en Espagne e 137 % aux Éas-Unis (Banque de rance Taux d'endeemen des agens non-financiers Comparaison inernaionales 15 mail 2015).

103 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 101 vie des ménages. Le logemen consiue le premier pose de dépense des ménages. Selon l'insee l'effor médian conseni pour le logemen es de 19 % du revenu des ménages en Ce effor es encore plus imporan pour les ménages achean aujourd'hui leur logemen. Pour ces derniers si les prix de l'immobilier français avaien suivi les prix allemands cela correspondrai à une hausse du revenu de près de 13 % Les pays qui on connu des aux d'inérê réels bas n'on pas invesi plus. Ils on connu une hausse de l'immobilier plus imporane Quelle es la cause de la divergence de l'immobilier? Bien qu'il soi difficile d'idenifier clairemen des causaliés an les divergences enre les pays on éé nombreuses il semble que les aux d'inérê réels faibles e les innovaions financières aien éé un faceur imporan dans le gonflemen des bulles immobilières (e des bulles de prix d'acifs en général) 5. En effe la convergence des aux d inérês nominaux après l'inroducion de l'euro s es accompagnée d une héérogénéié des aux d inflaion de elle sore que les aux d inérê réels (qui son les aux nominaux moins l'inflaion) on éé rès différens enre les pays. Plus précisémen les aux d'inérê sur les dees publiques son une bonne mesure de la base sur laquelle le coû du crédi es calculé. Ceux-ci on convergé de 1999 à 2008 pour êre presque égaux enre les pays. Dans le même emps les aux d inflaion son resés sensiblemen différens enre les pays. Enre 1999 e 2012 le aux d'inflaion annuel moyen éai de 09 % en Allemagne de 17 % en rance e de 26 % en Espagne. De fai l'écar des aux réels enre l'allemagne e l'espagne éai de plus de 15 % sur une période de 10 ans (1999 à 2009). L'évoluion des condiions de crédi du fai de la financiarisaion de l'économie e de la irisaion des acifs n'a pas donné lieu à une augmenaion de l'invesissemen suscepible d'augmener la producivié globale des faceurs dans l'économie (pays du sud de l'europe) mais à une hausse désabilisarice des prix immobiliers. En effe sur la même période la producivié 4. INSEE «La par du logemen dans le budge des ménages en 2010» INSEE Première mars Pour une discussion voir Dubecq Mojon e Rago «uzzy Capial Requiremens Risk- Shifing and he Risk Taking Channel of Moneary Policy» Inernaional Journal of Cenral Banking (à paraîre).

104 102 Michel Agliea e Xavier Rago globale des faceurs a augmené de 7 % en Allemagne de 5 % en rance e a chué d'environ 2 % en Espagne e 3 % en Ialie. Avan de mesurer oues les implicaions de l'effe de l'amélioraion des condiions de financemen dans la parie suivane il convien de s'arrêer sur l'aure grande divergence européenne la divergence des salaires Les prix du ravail on divergé depuis la réunificaion allemande. L'Allemagne a connu une modéraion salariale inédie À la divergence du prix de l'immobilier e des aux d'inérê réel s'ajoue celle plus fondamenale des salaires. Bien sûr ce n'es pas an le salaire nominal qui compe que le salaire corrigé des gains de producivié. Les hausses de salaire son normales e nécessaires lorsqu'elles corresponden aux gains de producivié. Ce n'es pas le cas des divergences observées en Europe. De 2000 à 2013 le coû salarial uniaire du ravail (qui ien compe des écars de producivié) a augmené de 16 % en rance par rappor à l Allemagne. Il a augmené de 8 % en Espagne par rappor à l'allemagne sur la même période. Ainsi selon cee mesure la rance es surévaluée de 16 % par rappor à l Allemagne 6. De manière plus générale les ravaux de Dusmann izenberger Schönberg e Spiz-Oener (2014) 7 monren l'ampleur de la divergence sur longue période. La mesure que prennen les aueurs es l'écar des coûs uniaires du ravail pour chaque pays par rappor aux mêmes coûs de leurs parenaires commerciaux. Cee esimaion représenée sur le graphique 3 perme donc de mesurer la compéiivié relaive des pays du fai de l'évoluion des salaires. L'Ialie a un niveau de coû du ravail ainsi mesuré 20 % supérieur aujourd'hui à ce qu'il éai en L'Allemagne a un coû du ravail 20 % inférieur à la rance par rappor à Les comparaisons européennes monren que c'es l'allemagne qui a connu une dynamique de modéraion salariale propremen excepionnelle depuis la 6. Pour une analyse plus approfondie des aux de change d'équilibre enre la rance e l'allemagne voir l'aricle de Mahilde Le Moigne e Xavier Rago sur les désajusemens enre la rance e l'allemagne dans ce numéro. Par ailleurs voir aussi le chapire 5 du rappor iags 2015 consacré à ce suje. 7. «rom Sick Man of Europe o Economic Supersar: Germany s Resurgen Economy» Chrisian Dusmann Bernd izenberger Ua Schönberg e Alexandra Spiz-Oener Journal of Economic Perspecives (28)1 pp prinemps 2014.

105 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 103 Graphique 3. Évoluion de la compéiivié des pays mesurée par les coûs salariaux uniaires pondérés 14 Index 1995 = ITA ESP GBR RA 09 USA 08 DEU Source : Dusmann izenberger Schönberg e Spiz-Oener (2014). période de réunificaion allemande. La modéraion salariale allemande es le résula d'une décenralisaion des négociaions salariales rendues nécessaires par le coû économique de la réunificaion allemande (Dusmann e al. 2014). En effe le choix poliique de converir un mark de l'es en un mark de l'oues a considérablemen augmené les salaires de l'ex-allemagne de l'es sans lien avec la producivié effecive des enreprises. En pariculier le salaire dans le seceur des services marchands en Allemagne a éé presque consan depuis 20 ans. Cee modéraion salariale es oalemen aypique au sein de l'europe. Elle es le faceur explicaif de la faiblesse relaive de l'inflaion sur la période en Allemagne e donc de la divergence des aux d'inérê réel. Enfin le faible dynamisme des salaires e du pouvoir d'acha allemands n'a pas poussé à une hausse du prix de l'immobilier L'allocaion du ravail e le capial on peu réagi au profond changemen de prix relaifs L'Allemagne e les pays qui lui son inégrés commercialemen on connu des aux d'inérê réel relaivemen élevés e un coû du ravail faible. La rance e les pays du sud de l'europe on vécu une période de hausse relaive des salaires e de aux d'inérê réel

106 104 Michel Agliea e Xavier Rago faible. L'ampleur des divergences de coûs auraien dû enraîner une subsiuion imporane enre les faceurs : une subsiuion du ravail au capial dans les pays du nord de l'europe e une subsiuion du capial au ravail dans les pays du sud de l'europe : si le capial devien relaivemen moins cher que le ravail les enreprises devraien subsiuer des «ravailleurs par des machines» pour préserver leur producivié e leur renabilié. La comparaison des aux d'invesissemen 8 monre que ces ajusemens macroéconomiques n'on pas eu lieu. Le aux d'invesissemen es peu différen e sable en rance e en Allemagne. De plus d'aures indicaeurs comme le nombre de robos indiquen au conraire la moindre modernisaion du issu producif français. On comperai robos en Allemagne conre près de 5 fois moins en rance. De fai le seceur de l'immobilier a absorbé une par imporane des nouveaux crédis soi sous la forme d'une hausse du prix de l'immobilier soi du fai d une croissance disproporionnée du seceur de la consrucion comme en Espagne. Cee consaaion es imporane : l'amélioraion des condiions de financemen n'es pas une condiion suffisane de l'invesissemen producif. Elle peu êre désabilisarice dans un environnemen de bulle de prix d'acifs que la règlemenaion financière ne parvien pas à évier L'Europe fai face à une baisse de l'invesissemen depuis 2011 L'invesissemen européen monre une baisse rès nee depuis Pour la zone euro le niveau d'invesissemen es aujourd'hui inférieur de 12 % à son niveau d'avan-crise alors que le niveau de l'invesissemen aux Éas-Unis a dépassé son niveau d'avan-crise. Le défici d'invesissemen es difficile à évaluer car il es probable que la endance d'avan-crise soi le résula d'une croissance arificiellemen souenue par une bulle du crédi. Cependan on peu avancer que l'europe fai face à un défici d'invesissemen de plus de 300 milliards d euros. Les niveaux d'invesissemen en rance e en Allemagne n'on pas baissé de manière imporane par rappor à 8. rance-allemagne : performances comparées rance Sraégie décembre Voir l'aricle suivan pour une discussion des effes désabilisaeurs de aux d'inérê faibles. Challe Mojon Rago : «Equilibrium risk shifing and ineres rae in an opaque financial sysem» European Economic Review 63 pp

107 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 105 l'espagne ou l'ialie. Comme on le verra cependan dans la parie suivane l'invesissemen en rance semble oriené vers l'immobilier e le renouvellemen du capial e non vers la monée en gamme. Le premier déerminan de la chue de l'invesissemen en Europe es le ralenissemen de l'acivié économique depuis 2011 dae de l'enrée en vigueur des poliiques de réducion rop rapide des déficis (alors que la période es une période de relance de l'acivié). Il es mainenan reconnu que l'europe connaî un défici de demande. Ce problème de demande subi depuis mainenan plusieurs années deviendra un problème d'offre car l'invesissemen es bien rop faible pour que les enreprises puissen inégrer les dernières formes de changemen echnique inégrées dans les nouvelles machines e biens capiaux. Cela laisse donc présager un ralenissemen du ryhme du changemen echnique que l'on commence à observer Le progrès echnique monre une rupure en 2008 Avan de considérer plus précisémen les enreprises françaises il es inéressan de comparer le ryhme de progrès echnique enre les pays européens pendan la période de divergence du prix des faceurs de producion. La noion de progrès echnique es aussi difficile à appréhender. Elle peu concerner à la fois l'augmenaion des volumes de producion mais aussi l'augmenaion de la qualié des biens e services qui son pariculièremen difficiles à mesurer. La qualié des services es en pariculier rès difficile à esimer 10. Une fois reconnues oues ces difficulés une approche a minima du progrès echnique consise à mesurer ce dernier de manière résiduelle c'es-à-dire comme l'augmenaion de la valeur des biens e services produis qui n'es pas expliquée par les hausses des heures ravaillées ou par l'accumulaion du capial c'es-à-dire par la producivié globale des faceurs (PG) elle que mesurée par l'ocde. Le graphique 4 représene la producivié globale des faceurs des grands pays européens e des Éas-Unis. Deux groupes de pays européens apparaissen neemen. La rance e l'allemagne connaissen des dynamiques similaires du progrès echnique 10. Le rappor Sigliz-Sen-ioussi«Rappor de la Commission sur la mesure des performances économiques e du progrès social» aborde ces difficulés.

108 106 Michel Agliea e Xavier Rago jusqu'à une dae récene. Le niveau du progrès echnique es un peu en deçà de celui des Éas-Unis pour les deux pays. Ainsi la divergence du niveau du progrès echnique ne semble pas êre la cause des divergences enre la rance e l'allemagne enre 1993 e 2008 bien que nous assisions peu-êre à une rupure de endance enre la rance e l'allemagne en L Espagne e l'ialie monren des signes inquiéans de ralenissemen du progrès echnique. Ce dernier semble sagner dans ces deux pays. La rupure des endances de la producivié globale des faceurs monre que cee mesure du progrès echnique n'es pas indépendane des condiions économiques. L'acivié économique produi ellemême du progrès echnique : c'es le domaine de la croissance endogène présenée dans la roisième parie de ce exe. Graphique 4. Producivié globale des faceurs USA DEU 115 RA ESP ITA Source : OCDE base 100 en Ces consaaions amènen à profondémen inerroger la promoion des poliiques d'offre en Europe. Selon cee mesure du progrès echnique la rance ne souffre pas de défici d'innovaion conrairemen semble--il à l'ialie e à l'espagne. Le problème macroéconomique français (avan 2008) es ainsi davanage le résula du mouvemen du prix des faceurs de producion du fai de la divergence européenne que d'un ralenissemen du changemen echnique. Depuis 2008 on observe une sagnaion inquiéane du progrès echnique en rance.

109 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 107 Ce premier consa macroéconomique doi êre mainenan validé par une approche au niveau des enreprises qui es l'obje de la parie suivane. 2. De la financiarisaion des enreprises au mode de gouvernance Quelles sraégies on éé déployées par les enreprises pour s'adaper à ces évoluions majeures de l'environnemen économique? La réponse à cee quesion demande de se concenrer sur les données d'enreprises pour faire le lien enre la macro e la microéconomie. Cee secion s'arrêe à l'enié «enreprise» alors que la secion suivane aborde la gouvernance des enreprises pour comprendre l'origine des sraégies des enreprises. Le résula de l'analyse présenée dans cee parie es que la rance connaî une siuaion paradoxale. La rance es le seul pays où le aux d invesissemen n a pas baissé en moyenne e depuis 1999 alors que le aux de marge a subi l une des baisses les plus sévères e que la renabilié du capial a chué 11. Ceres le coû du crédi a éé divisé par deux en rance depuis 2000 ce qui a encouragé foremen l endeemen. Cependan l'invesissemen supplémenaire financé par endeemen n'a pas éé un invesissemen de modernisaion e de monée en gamme mais pluô de remplacemen du capial exisan e d'acha des biens immobiliers 12. Cela veu dire que l invesissemen immobilier es recherché comme une classe d acifs s auo-valorisan dans les bilans des enreprises servan de collaéral pour de nouveaux crédis à des condiions avanageuses alors que les aux d invesissemens producifs on diminué dans l indusrie manufacurière. L'analyse des données d'enreprises fai apparaîre de nombreux raios qu'il peu êre fasidieux de commener de manière exhausive. On résume l'analyse en avançan des consaaions paran des aux de marge pour aborder le aux d'épargne des enreprises les aux d'endeemen e enfin l'invesissemen. 11. Voir «La reprise qui s'annonce» Revue de l'oce n 138 page 117 pour une analyse quaniaive. 12. Voir le rappor 2014 de l'observaoire du financemen des enreprises pour une analyse chiffrée.

110 108 Michel Agliea e Xavier Rago 2.1. La baisse du aux de marge des enreprises concerne les seceurs exposés à la concurrence inernaionale Le aux de marge moyen des SN monre une relaive sabilié sur la période 2000 à Cependan cee sabilié moyenne cache une fore héérogénéié comme le monre le graphique 5. Graphique 5. Taux de marge des enreprises non financières dans les grands seceurs de l économie 40 En % 35 Indusrie SN Services marchands (hors immobilier) Consrucion Source : Insee compes naionaux base 2005 aux de marge au coû des faceurs. Le aux de marge de l'indusrie a chué de 7 poins de 35 % à 28 % alors que le aux de marge du seceur la consrucion a augmené de 10 à 17 % sur la période (INSEE). Le aux de marge des enreprises du seceur des services es resé relaivemen sable. Le seceur indusriel représene 80 % des exporaions françaises e es donc le plus exposé à la concurrence inernaionale. Cee consaaion es connue depuis le rappor Gallois 13. Les données d'enreprises permeen mainenan de mieux comprendre les héérogénéiés. 13. Les données récenes monren des évoluions rapides du fai des mesures fiscales ype CICE. On assise récemmen a une monée du aux de marge dans l'indusrie. Cependan la remonée des aux de marge dans l indusrie semble surou liée à la baisse des prix du pérole qui rédui les coûs des consommaions inermédiaires qui ne son pas inégralemen répercués dans les prix de VA.

111 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes Le aux de marge des enreprises les plus fragiles a chué Le rappor de l Observaoire du financemen des enreprises (OE) perme une analyse plus fine des effes de aille 14. Pour oues les ailles d'enreprises (PME ETI GE) la disribuion des aux de marge es rès éalée. Auremen di les performances des enreprises son rès héérogènes. La crise a frappé plus duremen les enreprises déjà les moins performanes dans la période Les aux de marge son devenus neemen négaifs dans les PME e ETI du premier décile où se rouve la plus grande par des faillies survenues depuis Le aux d'épargne des enreprises baisse coninûmen depuis 2000 passan de 16 % en 2000 à 13 % en 2012 Cela condui à la quesion du passage enre le aux de marge e la siuaion financière des enreprises. Pour faire simple le aux d'épargne des enreprises es le aux de marge moins le paiemen du coû du capial (inérês e dividendes) e de l'impô sur les sociéés. Alors que la rance se siuai dans l évoluion moyenne des pays européens (hormis l Espagne) pour l évoluion du aux de marge de l ensemble des SN il n en es plus du ou de même pour l épargne des enreprises. La rance es le pays où le aux d épargne donc la capacié d auofinancemen des enreprises s es presque coninuellemen dégradé depuis 2000 (Banque de rance données IBEN INSEE raiemen OE). Les capaciés d auofinancemen on progressé de manière coninue aux Éas-Unis du fai d'une baisse permanene des revenus salariaux dans la valeur ajouée ; ce qui a permis aux aux de marge de coninuer à moner en pleine crise. Le aux d épargne a égalemen augmené en Allemagne. La baisse du aux d'épargne provien-elle de la baisse du aux de marge ou de l'augmenaion du coû du capial? Les données sur les PME monren que le aux d'épargne a baissé de 2 % passan de 136 % en 2000 à 116 % en 2012 e que cee baisse cache des effes de composiion imporans. Tou d'abord le aux de marge a effecivemen baissé de 2 % pour les PME sur la période passan de 231 % à 209 %. Ensuie le coû du capial a augmené de 2 % 14. Rappor sur la siuaion économique e financière des PME Observaoire du financemen des enreprises janvier 2014.

112 110 Michel Agliea e Xavier Rago alors que coû des impôs e ransfers (don impôs sur les sociéés) a baissé de 2 % aussi. Ainsi en dépi comme on va le voir ci-dessous d une monée permanene de l endeemen la baisse des aux d inérê a conenu la charge financière. Le phénomène majeur es l augmenaion rès fore des dividendes versés que compense la baisse des impôs. On se rouve devan le ransfer de revenus impliqués par la financiarisaion qui englobe oues les ailles d enreprises L'endeemen des enreprises a considérablemen augmené depuis 2004 sans que cela ne se raduise par une hausse des inérês du fai de la baisse des aux d'inérê Les données de la Banque de rance (IBEN) monren que le passif financier des enreprises rapporé à leur valeur ajouée a considérablemen augmené (de 25 %) depuis 2004 pour oues les ailles d'enreprises. La financiarisaion (mesurée ici par la aille du passif financier) es impulsée par le développemen de la croissance exerne des enreprises dans la srucure de groupe sous forme d acquisiions par LBO e de filialisaion ; ce qui augmene à la fois l endeemen e crée des paricipaions financières lesquelles induisen des paiemens de dividendes. Il s ensui un prolongemen des sraégies financières à oues les ailles d enreprises. La conséquence es une augmenaion imporane de la aille des passifs en proporion de la valeur ajouée pour oues les ailles d enreprises. Cependan depuis la crise de la zone euro le processus es moins généralisé. Ce son les grandes enreprises déachées de l emprise bancaire par leur capacié à émere des obligaions qui coninuen à s endeer à un ryhme rès rapide. Elles alimenen les aures enreprises par les financemens inra-groupes. Mais celles-ci subissen néanmoins la dégradaion des condiions de crédi bancaire Une renabilié des enreprises en baisse : 62 % à moins de 5 % de 2000 à 2012 Une mesure imporane pour l'invesissemen e la dynamique des enreprises es la renabilié du capial. Cee dernière peu êre mesurée par le raio de l excéden ne d exploiaion aux acifs fixes

113 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 111 évalués par la somme des immobilisaions e du besoin de fonds de roulemen. Les renabiliés des enreprises de oues ailles son foremen corrélées e décroissen d'environ 15 % c'es-à-dire de manière rès significaive (OE). Le rendemen du capial variableclé dans les économies capialises a donc chué en rance sur la période Cependan en dépi d une baisse sévère de la renabilié le aux d invesissemen se mainien dans oues les caégories d enreprises Comme il a éé rappelé plus hau la rance es le seul pays où le aux d invesissemen n a pas baissé alors que c es celui où la renabilié du capial a subi l une des baisses les plus sévères. Quel es le ype d'invesissemen réalisé par les enreprises? À ce jour on dispose de peu de données sur la naure de l'invesissemen de ces dernières. Cependan il apparaî que l'immobilier es une composane imporane de la valeur de l'invesissemen poré exclusivemen par la hausse du prix de l'immobilier e non par la hausse des surfaces acheées 15. On rouve ici l'effe direc du doublemen du prix de l'immobilier discué dans la première parie de ce exe. Les données d'enreprise confirmen donc la baisse du aux de marge e du aux d'épargne. L'analyse monre des endances profondes. La première es l'accroissemen du passif financier des enreprises. La seconde es l'accroissemen des dividendes ceres compensé par une baisse des frais financiers. Il es cependan légiime de s'inerroger sur l'impac de la hausse des charges financières si les aux d'inérê remonaien. Il n'es pas sûr qu'une baisse des dividendes permee une sabilié de la rémunéraion du capial! Il es emps de rechercher un socle héorique pour comprendre les inciaions qui conduisen à ces évoluions insolies. Il se rouve dans le principe de la gouvernance acionnariale qui a ransformé en business model ce que l on peu appeler le modèle Wall Sree. 15. Voir le rappor OE cié plus hau.

114 112 Michel Agliea e Xavier Rago 3. Transformer la gouvernance des enreprises On a monré dans les deux paries précédenes que des problèmes macroéconomiques doiven êre surmonés pour mere en œuvre une poliique de l offre efficace. Des problèmes d organisaion du issu producif se posen aussi pour que des sysèmes d innovaion soien capables de promouvoir l invesissemen avec une envergure e une diversié suffisanes pour parvenir à ransformer le régime de croissance. Rese que le niveau crucial es celui de l enreprise. C es le lieu où se renconren les paries prenanes de l invesissemen celui où se formen les projes qui peuven changer l avenir. La longue baisse de l invesissemen producif depuis la crise pose un problème vial. Car sans invesissemen souenu après une si longue période de marasme aucun rebond de croissance ne peu enir. Après avoir mis en cause les coûs la finance e les poliiques publiques il serai érange de ne pas s inerroger sur les processus à ravers lesquels les décisions d invesir ou de ne pas invesir se prennen c es-à-dire la gouvernance des enreprises. La gouvernance des enreprises n a pas éé exempe des influences de la financiarisaion qui on mené à la crise financière généralisée. Les excès e les disorsions n on pas épargné l enreprise avec en rance l influence de la mode d origine anglosaxonne de la gouvernance acionnariale. Cee quesion doi êre éudiée avec aenion pour indiquer quel serai un modèle d enreprise capable d impliquer ous ceux qui conribuen à l effor producif Enreprises financiarisées e gouvernance acionnariale Que veu dire «enreprise financiarisée»? Ce n es pas seulemen qu elle a des financemens exernes e des acionnaires ce qui serai banal. C es une finance dans laquelle les drois de propriéé son supposés circuler sans aucune fricion. Tou poreur d épargne n impore où dans le monde es acionnaire poeniel de n impore quelle enreprise coée dans un pays insauran la parfaie liberé des mouvemens de capiaux. Les enreprises financiarisées son sous l influence d une finance qui es elle-même sous l emprise du fondamenalisme du marché. Les acionnaires son dispersés e n on pas d aache avec les enreprises. Ils son acifs

115 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 113 dans un sens bien pariculier qui n a rien à voir avec l implicaion dans les enreprises. Leur acivié consise à enrer e sorir du capial des enreprises en foncion des indicaions du marché boursier. Il s ensui que la roaion moyenne des acions dans les pays de l OCDE qui éai de 5 ans à la fin des années 1960 es ombée à 5 mois à la fin des années Le marché boursier es donc l unique représenan de l inérê des acionnaires dispersés. Si le marché boursier éai parfaiemen efficien c es-à-dire si la valeur boursière des enreprises représenai exacemen à ou momen leur conribuion au bien-êre social iner-emporel le marché boursier se confondrai avec l inérê général. Il exercerai un conrôle anonyme sur les enreprises. Le fai que les enreprises soien en permanence sous la menace d acionnaires poeniels cherchan à maximiser le rendemen oal de leurs invesissemens (rendemen du dividende + gains anicipés du capial) serai une preuve de bonne gouvernance. L enreprise se dissoudrai dans l équilibre général des marchés comme le veu la héorie néo-classique. En revanche si le marché boursier e la finance en général dans laquelle il es plongé n on pas cee capacié car le marché boursier ne peu pas êre efficien dans une finance qui ne l es pas se pose alors un problème de conrôle social des enreprises. Pour que l acivié des enreprises soi conforme à l inérê général il fau définir des principes e des règles de gesion vis-à-vis desquelles les enreprises doiven êre conrôlées. Les rappors de l enreprise à son exérieur ne peuven se réduire à des relaions marchandes. Une conradicion apparaî enre la dispersion de l acionnaria e le pouvoir requis pour le conrôle. La valeur acionnariale es le principe normaif invené pour ener de surmoner cee conradicion 16. La finance devan l inceriude : momenum conre efficience Lorsqu on énonce que la finance es efficiene on sous-enend une proposiion que ou le monde peu acceper : le marché financier a la capacié d organiser l informaion de manière que oue l évoluion passée des prix es conenue dans le prix couran. Mais 16. Hansmann H. e Kraakman R. (2001) «The End of Hisory for Corporae law» Georgeown Law Journal (89) pp

116 114 Michel Agliea e Xavier Rago la héorie orhodoxe de la finance énonce une proposiion concernan la coordinaion par le fuur qui n es pas conenue dans la précédene. Elle sipule une double hypohèse concernan l aiude face au risque e l appréhension du fuur. La première hypohèse pose que l aiude face au risque des paricipans au marché es une consane psychologique donc indépendane de leurs ineracions réciproques dans le marché. Cee hypohèse perme d agréger les aceurs en un seul agen représenaif. La seconde es que l ensemble des aceurs infère de l informaion disponible le «vrai» modèle d évoluion de l économie. Cela veu dire que l anicipaion des rendemens fuurs de leurs acifs e l évaluaion des peres couveres par leur capial économique reposen sur des lois de probabilié gaussiennes. Puisque ces lois de probabilié son supposées êre la «vraie» représenaion de l inceriude le risque pris par les invesisseurs es oujours correcemen évalué. Il s ensui qu il n y a jamais de conraine de bilan. Les rendemens ajusés du risque de ous les acifs s égalisen à l équilibre. Les acifs son donc parfaiemen subsiuables. Leurs valeurs fondamenales son donc parfaiemen déerminées. Dans cee représenaion les chocs qui provoquen des déviaions des prix de marché par rappor aux valeurs fondamenales son exogènes. Ces déviaions offren aux spéculaeurs la possibilié d arbirages gagnans en parian sur le reour à la valeur fondamenale. Ces spéculaeurs éan les agens les mieux informés ils enraînen l ensemble du marché ; d où la sabilié macroéconomique. Car la valeur fondamenale éan oujours connue de ous la spéculaion es sabilisane parce que c es la seule qui soi gagnane. Il s ensui que pour rendre compe de la réalié observée c es-àdire des dérives cumulaives de l expansion du crédi e des prix d acifs conduisan à des crises financières récurrenes il fau nécessairemen changer de paradigme. Il fau admere l hypohèse de l inceriude. Cela veu dire que le emps du fuur n es pas homogène à celui du passé. Le fuur es le emps conrefacuel des croyances qui es héérogène au emps chronologique selon lequel on observe des régulariés passées. La finance es un commerce de promesses. Le fuur n es mû que par des croyances lesquelles prennen l allure de régulariés perverses dans les périodes euphoriques de momenum. La finance ne révèle pas des valeurs

117 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 115 fondamenales prédéerminées elle crée des valeurs par polarisaion de croyances sur des poins focaux ou convenions dans les marchés. Les aceurs des marchés provoquen l effe réflexif du fuur sur le présen. Un fuur convenionnel déclenchera une sraégie d enreprise un aure fuur mènera à une rajecoire différene. Ces polarisaions sur des vues collecives du fuur se formen parce que l aiude face au risque n es pas la consane psychologique individuelle que posule la héorie de l efficience. Dans une démarche posiive il fau élaborer une aure hypohèse qui adme la variabilié de l aiude face au risque incorporée dans le prix du risque. Comme Keynes y a insisé le prix du risque es une variable endogène de la dynamique du marché. C es la marque de l inceriude dans les comporemens individuels. La variaion du prix du risque provoque une logique d amplificaion (momenum) à l opposé du reour vers l équilibre (mean reversion). La dynamique qui en découle rouve un écho dans l hypohèse d insabilié inrinsèque de la finance énoncée par Hyman Minsky (1986) 17. Le dilemme de la finance es alors le suivan : plus le prix du risque incorporé dans les prix des acifs es bas plus la finance es vulnérable au risque sysémique. Ce dilemme exprime une ineracion des niveaux micro e macroéconomiques opposée à la héorie «orhodoxe». La coordinaion par le fuur produi des aiudes collecives face au risque qui von de l euphorie au sress e à la panique : le risque es surévalué e devien sysémique dans les crises parce qu il a éé sous-évalué dans les euphories collecives anérieures. Dans un débu de cycle le bas coû de l inermédiaion financière s auo-enreien e nourri le boom expansionnise par son ineracion avec la baisse du prix du risque le levier e la valorisaion spéculaive des acifs qui se ransme à l économie réelle par la hausse de la richesse des agens non-financiers. Il en résule un processus d amplificaion par ineracion du levier d endeemen e de la hausse des prix d acifs. L ineracion du levier e de la hausse des prix d acifs éan procyclique dans ce schéma l acivié économique s élève avec la hausse de la richesse des agens non-financiers. Les banques e les inermédiaires de marché son les principaux veceurs de l amplifi- 17. Hyman Minsky Sabilizing an Unsable Economy Mac Graw Hill 1986.

118 116 Michel Agliea e Xavier Rago caion. En effe pour un niveau donné de levier bancaire la hausse du prix des acifs mis en collaéral des prês bancaires accroî la disance au défau (= valeur de marché du collaéral - valeur faciale des crédis/valeur faciale des crédis) elle qu elle es déduie des modèles VaR fondés sur des lois de probabilié gaussiennes. Elle rédui la probabilié de défau qui es calculée par ces modèles e qui es foncion inverse de la disance. Il s ensui que la valorisaion en mark-o-marke indui les banques à faire ravailler du capial considéré comme excédenaire pour augmener leur renabilié financière. Elles accroissen leur levier pour disribuer le crédi à ous ceux qui enren dans le marché airés par les gains en capial espérés de l acha d acifs. L offre de crédi par les banques e la demande de crédi par les spéculaeurs augmenen donc en même emps. igure 1. Les enchaînemens de la phase expansive du cycle financier Anicipaion de des prix d acifs Conraine de funding déendue Transformaion de mauriés Levier croissan Prix du risque décroissan Prix des acifs croissans Richesse croissane Les aceurs de marché son financés à crédi conre un collaéral qui es l acif spéculaif lui-même. Ils on comme leurs prêeurs inérê à reser dans le momenum dès lors qu il n exise pas de valeur fondamenale jouan le rôle de benchmark inconesable dans le marché. C es pourquoi les leviers de dees s accroissen en même emps que le prix des acifs mone jusqu à des niveaux qui apparaîron ulérieuremen excessifs. L offre de crédi par les banques e la demande de crédi par les spéculaeurs augmenen en même emps. Le spread de crédi ne s accroî pas bien que l exposiion à la dee des empruneurs

119 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 117 s élève avec la hausse de l offre de crédi. Un risque d insolvabilié s accumule dans les bilans en resan dissimulé an que le momenum se poursui. Il se loge dans la probabilié invisible de l éclaemen de la bulle spéculaive. Une des caracérisiques les plus specaculaires de l énorme expansion de l endeemen qui a financé la spéculaion immobilière a éé l écrasemen des spreads de crédi pendan les années 2003 à Cela apparaîra ulérieuremen comme une sous-évaluaion grossière du risque mais c es la conséquence de la baisse endogène du prix du risque. Cela n a pas airé l aenion des régulaeurs e des banques cenrales pendan que le processus se déroulai. Dans leur cadre héorique ils avaien oues raisons de penser que les innovaions financières amélioreraien la compléude des marchés donc les opporuniés de disséminer le risque e que les agens raionnels sauraien s en saisir de manière opimale. Le fai que le risque caché s accumule ou en resan dissimulé dans les bilans e plus généralemen dans les formes muliples de l exposiion à la variabilié des prix d acifs es inhéren à la logique du momenum laquelle es niée par le concep de l efficience financière. Pouran dans cee logique la sous-esimaion du risque résule de l absence de benchmark exérieur à la valorisaion auoréférenielle des acifs que produi la finance. Du fai du levier d endeemen ce risque s inscri dans les bilans. Il n es pas seulemen individuel puisque les bilans son inerdépendans. Il se développe sous la forme de vulnérabiliés financières. La relaion d agence : une héorie asymérique de l enreprise Il s es donc développé une finance dominée par des logiques cumulaives scandées par des crises en même emps que l épargne insiuionnelle prenai de l ampleur sur l épargne individuelle. Les fonds de pension e assureurs géran cee épargne on avan ou le souci de la diversificaion donc de l acionnaria dispersé sans aache avec les enreprises où ils invesissen. Ces évoluions on renforcé une endance déjà ancienne de séparaion de la propriéé e du conrôle qui s es affirmée avec la prépondérance après la Seconde Guerre mondiale des grandes enreprises indusrielles muli-produis. Pour pouvoir éablir un lien enre propriéé e conrôle il fau définir ce que peu bien signifier la propriéé d une enreprise. En

120 118 Michel Agliea e Xavier Rago effe l enreprise es une enié collecive un groupemen humain dédié à la producion d uiliés sociales. Un groupemen humain ne peu apparenir à personne dès lors que l esclavage es aboli. Car cela n a pas de sens de considérer les acionnaires comme des propriéaires de l enreprise dans l accepion du droi civil de la propriéé d un suje sur un obje (usus e abusus). Aussi dans l enreprise de l époque die fordise après la Seconde Guerre mondiale le conrôle revin aux managers au sein d une echnosrucure. La gouvernance managériale paraissai devoir s imposer une fois pour oues. C es avec le déclin du régime de croissance fordise dans la monée de l inflaion des années 1970 que la criique de ce ype de gouvernance comme relais du processus inflaionnise pri racine. La criique la plus radicale fu celle de ama e Jensen 18. Elle avai des affiniés éroies avec la criique conemporaine de la poliique économique par Lucas consiuan des branches complémenaires de l École de Chicago. Ce qui es esseniel de comprendre c es que les deux aueurs rejeaien l idée selon laquelle la firme a des propriéaires. Mais ils écaraien aussi la proposiion selon laquelle c es une organisaion auonome. Le poin de vue mainenu es qu il fallai pouvoir sinon dissoudre la firme dans le marché du moins assimiler le sysème de relaions qu elle consiue à des rappors pseudo-marchands ; d où la définiion de la firme comme nœud de conras enre les faceurs de producion délivran des services à l économie. Personne ne peu posséder des conras mais ceux-ci peuven êre asymériques donnan lieu à des relaions d agence. Dans une elle relaion c es le devoir de l agence de se conformer aux préférences du principal. Parmi les paries prenanes les acionnaires offren les services de la liquidié e de la prise de risque. Leur posiion de principal dans la relaion d agence es enue pour exclusive parce que les acionnaires son supposés êre les seuls à prendre des risques qui ne son pas incorporés dans des conras comples. Pour le rese les aures marchés foncionnen parfaiemen de sore que les aures paries prenanes son rémunérées à leur conribuion marginale à la producion de valeur de l enreprise. L incompléude supposée de la relaion enre les acionnaires e les managers fai des premiers les ayan-drois 18. E. amae M. Jensen «Agency problems and residual claims» Journal of Law and Economics (26) pp

121 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 119 résiduels don les coûs d agence doiven êre compensés par l assurance que l enreprise es gérée dans leurs inérês. De la relaion d agence à la gouvernance acionnariale : le principe de la valeur acionnariale e ses conséquences sur la gesion des enreprises La héorie de l agence a eu une influence profonde sur la gouvernance d enreprise. Dans les années 1980 les cabines de conseil de gesion don le célèbre cabine Sern & Sewar s en son emparés pour élaborer un proocole opéraionnel de la relaion «principal agen» fondé sur la valeur acionnariale devenan une norme universelle de gesion. La valeur acionnariale impose aux enreprises de maximiser un surplus appelé EVA (economic value added) ou valeur ajouée économique crière de gesion breveé au débu des années 1990 par le cabine Sern & Sewar. L encadré ci-dessous défini l EVA e monre commen ce surplus se raache au bilan de l enreprise. L EVA consise à faire de faire de l objecif de renabilié de l enreprise une norme selon laquelle le rendemen d équilibre es enu pour un rendemen minimum. Puisque ce surplus es un excéden en sus de la rémunéraion d équilibre des fonds propres c es une rene prélevée par les acionnaires. C es donc l impéraif de maximiser une rene en sus de l équilibre du capial c es-à-dire un crière de déséquilibre par rappor à l hypohèse des marchés efficiens qui es la raison d êre de la valeur acionnariale. En effe si un invesissemen producif rappore un rendemen égal au rendemen d équilibre du capial le crière de l EVA considère qu aucune valeur économique n a éé créée. Pire si un invesissemen rappore un rendemen inférieur au rendemen du marché mais posiif donc conribuan à créer de la valeur pour la sociéé le crière de l EVA déclare qu il y a desrucion de valeur! Il n es donc pas possible de respecer sysémaiquemen cee norme sinon par un levier croissan au bilan ou en espéran que la hausse de l endeemen sera possible à des aux d inérê suffisammen bas. Cee logique dévoyée ne peu se déployer que si des inciaions perverses son communiquées aux managers qui définissen les sraégies des enreprises par des règles de gouvernance endan à aligner les inérês des managers sur ceux des acionnaires. Plusieurs expédiens y paricipen : rémunéraions «salariales» déerminées dans une surenchère d une enreprise à l aure disribuion d opions

122 120 Michel Agliea e Xavier Rago grauies sur les acions reraies-chapeaux e aures avanages arbiraires. On comprend qu avec un el déournemen des règles du calcul économique raionnel ces inciaions von se déployer e perverir oue la macroéconomie : croissance répariion siuaion financière. Voyons cela de plus près. Hormis sa foncion opéraionnelle dans la gesion des enreprises l EVA a une foncion informaionnelle. Les analyses financiers de ou poil considèren ce crière comme le plus perinen pour prévoir les cours boursiers. C es un crière ambivalen puisque son calcul mélange des données compables e d aures issues des valeurs de marché (voir encadré). Encadré Définiion de l EVA Soi ρ le rendemen d équilibre des acions de l enreprise déerminé par le MEDA (modèle d équilibre des acifs financiers) e P la valeur compable des fonds propres. Le «juse reour des acionnaires» es : ρ.p Soi R le résula ne de l enreprise avan disribuion des dividendes e impôs EVA = R ρ.p Relaions au bilan Le rendemen des fonds propres (reurn on equiy) es : ROE = R / P Il s ensui que : EVA = (ROE ρ). (P). Soi ROA (reurn on asses) le rendemen sur les acifs permanens de l enreprise (K) définis comme la somme des immobilisaions e du besoin en fonds de roulemen avec l égalié de l acif e du passif : K = P + D où D es la valeur de la dee d une durée 1 an. Puisque le financemen des acifs de l enreprise englobe les fonds propres e la dee le numéraeur perinen du ROA es le résula ne d exploiaion : R e = R + rd. Le rendemen des acifs es donc : ROA = R e / (P + D). E la valeur acionnariale : EVA = R e (ρ.p + r.d) = [(R e / K) (ρ.p + r.d) / (P + D)]. (P + D) Cee expression fai apparaîre le coû moyen pondéré du capial : (ρ.p + r.d) / (P + D) = C mpc que l on peu réécrire : C mpc = ρ (ρ r). (d / 1 + d). En posan d = (D / P) qui es le levier sur les fonds propres.

123 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 121 Don on dédui l EVA : EVA = (ROA C mpc )K. Enfin la valeur acionnariale évaluée par le marché boursier es MVA (marke value added) : T EVA MVA = 0. 0 (1 + C mpc) Relaion enre valeur acionnariale e accumulaion du capial Dès que ρ > r C mpc es foncion décroissane du levier (d) ; ce qui enraîne les cours boursiers à la hausse. Définissons l épargne de l enreprise : S = R e rd DIV. Le aux de disribuion des dividendes es div = DIV/K par unié de capial. L invesissemen ne es : K + 1 K = I δ K = S + D + 1 D δ K δ : aux de déclassemen du capial. En se limian aux régimes de croissance saionnaire où le aux d accumulaion g e le aux d endeemen rapporé au sock de capial d / (1 + d) son consans on déermine le aux de croissance du capial : [r + (ρ r div)] (1 + d) où div = DIV / K es le aux de disribuion des dividendes. Il y a donc un rade-off enre la disribuion de dividendes e l impac du levier de dee sur l accumulaion du capial : Si div < ρ r l effe de levier élève le aux de croissance Si div > ρ r l effe s inverse. Le dilemme de l endeemen Posons l = D / K= d / (1 + d) le levier d endeemen rapporé aux acifs permanens de l enreprise. Comporemen des banques Le aux de rendemen anicipé refléé par la valeur fondamenale du marché boursier es E(ρ) où ρ = ε E(ρ) avec ε une variable aléaoire de moyenne uniaire don la densié de probabilié es f e la foncion de répariion cumulaive du risque. On fai l hypohèse opimise que ous les fonds propres peuven êre uilisés en collaéral du crédi e liquidés à la valeur inscrie au bilan. Un débieur sera répué insolvable lorsque l inégalié suivane es vérifiée : ρ ( 1+ r ) l ( 1 l) = ( 2 + r) l 1 ou encore ε < ε 0 avec ε ( 2 + r) l 1 0 =. E ( ρ) Les banques déerminen leur limie d offre de prês à parir d une probabilié maximale olérable Π de peres sur leur porefeuille de prês : Pr {ε ε 0 } = Π.

124 122 Michel Agliea e Xavier Rago En prenan la foncion inverse de le aux d endeemen maximal l max es el que : 1( ) ( 2 + r) l 1 ε 0 = Π = max E( ρ) ( Π) e lmax =. E ρ 2 + r Comporemen des acionnaires Ils son inéressés par le rendemen financier sur les fonds propres donc par l EVA : P δk rd ρ rl l R = = = ρ + ( ρ r) K D 1 l 1 l où P es l excéden bru d exploiaion (EBE). Le rendemen financier es foncion croissane du levier d endeemen. Lorsque les acionnaires son en posiion d exiger un rendemen financier minimum supérieur au aux de rendemen économique ils imposen en même emps un levier minimum : l Rmin E( ρ) E(R) > R min implique 1 l ρ donc un aux d endeemen minimum : Le dilemme ( ) ( ρ ) R E l min min = Rmin r E( ) r Il ne peu exiser un régime de croissance régulière que si le aux d endeemen d équilibre es compris enre deux limies résulan de deux conraines qui exprimen l agencemen insiuionnel des pouvoirs de conrôle sur les enreprises : l min l l max On peu remarquer que l max es foncion décroissane de r e que l min es foncion croissane de r. Comme l min end vers l infini lorsque r end vers R min par valeur inférieure il exise une valeur criique r* pour laquelle l min = l max. Lorsque r > r* il n exise pas de régime de croissance vérifian les condiions de compaibilié enre les exigences des acionnaires e des prêeurs. Pour que l ensemble des managers e des acionnaires associés puissen dégager une rene persisane sur l ensemble de l économie il fau soi que les dividendes disribués croissen plus vie que la moyenne des revenus soi que les enreprises rachèen leurs acions pour créer des gains en capial sur les fonds propres en poussan la hausse des cours boursiers. Ce comporemen suscie un engouemen dans les grandes enreprises mulinaionales car il es encouragé par les poliiques monéaires qui on

125 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 123 abaissé le coû du financemen par dee à des niveaux exrêmes. Il es aussi encouragé en permanence par les poliiques fiscales qui auorisen les enreprises à des déducions massives de leurs coûs d endeemen. Les direcions financières des enreprises peuven émere auan d obligaions qu elles veulen pour racheer leurs acions e faire moner les cours de bourse sans aucun lien avec les perspecives médiocres de la croissance. Pendan ce emps l invesissemen producif ne fai que reculer en Europe e ne récupère pas ses aux d avan-crise aux Éas-Unis. C es la logique du momenum caracérisique de l économie financiarisée. Cee dynamique ne serai pas possible sans l imporance décisive du levier d endeemen qui déforme la srucure du bilan des enreprises e accroî leur fragilié financière. Une elle dynamique produi nécessairemen un double bind c es-à-dire deux conraines conradicoires dans les choix financiers des enreprises la conradicion se poran sur le levier d endeemen. Le double bind provien des exigences des acionnaires d un côé qui conduisen à un aux d endeemen minimum oujours plus élevé pour accroîre la valeur acionnariale des conraines des prêeurs qui imposen un aux d endeemen maximal pour gérer leur risque de crédi sur leur porefeuille de prês. L encadré calcule ces deux aux d endeemen. Le caracère conradicoire de ces deux exigences financières se manifese dans la dépendance des deux limies du aux d endeemen au aux d inérê. Le aux d endeemen minimum es foncion croissane du aux d inérê e il end vers l infini lorsque le aux d inérê s approche du aux de rendemen exigé par les acionnaires. Au conraire le aux d endeemen maximum exigé par les prêeurs es une foncion décroissane du aux d inérê. Il exise donc nécessairemen un aux d inérê limie qui égalise le aux d endeemen minimum e le aux d endeemen maximum. Au-delà de cee valeur criique il n exise plus de régime de croissance viable pour l enreprise. Celle-ci es donc prise en enaille enre la conraine imposée par les prêeurs e le mode de gouvernance. On peu comprendre commen la financiarisaion de l économie a desserré cee conraine exacerban la vague d expansion financière qui a déformé la répariion des revenus à l exrême dans les pays anglo-saxons où le principe de la valeur acionnariale a éé généralisé. Les différenes echniques de rans-

126 124 Michel Agliea e Xavier Rago fer de risque à parir de l essor des dérivés de crédi e la réglemenaion financière laxise on augmené la olérance des banques à l endeemen des empruneurs e on en conséquence rédui foremen la sensibilié des spreads de crédi à l augmenaion de l endeemen. En même emps les poliiques monéaires accommodanes des banques cenrales on aplai la pene de la courbe des aux voire on assisé à leur inversion à la fin de la phase d expansion financière en La même logique a réapparu à parir de la fin 2012 par la grâce des poliiques monéaires fournissan une surabondance de liquidiés sans que les comporemens financiers aien éé assainis. La principale vicime de ce mode de gouvernance e des liens qu il noue avec la finance es l invesissemen à long erme. La faiblesse persisane de l invesissemen à long erme se répercue dans le fléchissemen des gains de producivié e l affaiblissemen de la croissance poenielle. Les gouvernemens semblen résignés devan ce phénomène du moins en Europe. Mais des doues s exprimen parmi les invesisseurs insiuionnels dis à long erme qui ne rouven pas les opporuniés de placemen pour couvrir leurs engagemens de long erme. D aures ypes de relaions enre invesisseurs e enreprises suscepibles de favoriser l invesissemen producif passen par une remise en cause de la valeur acionnariale. Cela ne va pas sans une aure concepion de l enreprise Gouvernance parenariale e inérê général La valeur acionnariale présupposan que l enreprise es un nœud de conras e que les acionnaires son seuls légiimes à définir les bus de l enreprise es inconsisane en droi e fausse en ermes d économie indusrielle qui défini les acifs que l enreprise réuni 19. D une par la héorie concocée à Chicago e adopée avec enhousiasme par Wall Sree assimile l enreprise à la sociéé privée ; d aure par elle suppose que la relaion enre la sociéé privée e les acionnaires es exclusive en an que relaion «prin- 19. Une argumenaion récene au nom du droi quelle que soi sa source de la proposiion selon laquelle l enreprise se défini comme un nœud de conras implicies se rouve dans l ouvrage de Colin Mayer irm Commimen Oxford Universiy Press 2013.

127 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 125 cipal agen». L enreprise es une organisaion complexe qui rassemble des principes des règles e des procédures en aucun cas assimilables à des conras implicies. C es un lieu de pouvoirs de hiérarchies e de subordinaions mais aussi de complémenariés e de coopéraions. La sociéé privée es une enié juridique insiuan une personne morale qui pore la finalié de l enreprise. En quel sens le droi énonce--il que cee personne morale a un droi de propriéé sur l enreprise? Cerainemen pas dans le sens où un suje du droi es propriéaire d un obje c es-à-dire l usus e abusus du droi civil. La propriéé reconnue à la personne morale «sociéé privée» es une propriéé par desinaion. Cela veu dire que la sociéé privée es responsable du bu formel de l enreprise dans le capialisme. Elle doi accomplir la logique absraie du capial qui es l accumulaion donc l auo-accroissemen de la valeur monéaire. En ce sens la sociéé privée es propriéaire de l enreprise. C es la sociéé privée e elle seule qui prend des engagemens au nom de l enreprise. Parce que la sociéé privée es une personne morale elle délègue son pouvoir à une insance de direcion qui es son conseil d adminisraion (CA) lequel mandae un exécuif lui-même hiérarchisé. Il n y a rien dans ce agencemen juridique qui puisse ressembler à une relaion «principal agen» enre les acionnaires e l enreprise. Pour pouvoir préendre donner sens à une elle relaion il fau en effe d abord assimiler l enreprise qui es esseniellemen un lieu de coopéraion humaine à la sociéé privée. Puis il fau dissoudre la sociéé dans la noion de «nœud de conras implicies» ce que le droi se garde bien de faire. Les ayans-drois de la sociéé privée son ous les apporeurs des acifs qui permeen à la sociéé privée de réaliser sa mission c esà-dire l accumulaion de valeur. Les acionnaires apporen un ype d acifs ; c es pourquoi ils son propriéaires de pars de capial de la sociéé privée. Mais d aures parenaires de l enreprise apporen d aures acifs esseniels à son efficacié même s ils ne son pas reconnus comme des drois de propriéé sur la sociéé. Pourquoi les apporeurs d acifs son-ils des ayan-drois sur la valeur produie? L enreprise es esseniellemen un collecif. Ce qui la rend efficace c es la coopéraion e la complémenarié de ses alens. Il es

128 126 Michel Agliea e Xavier Rago donc illusoire de préendre mesurer les conribuions marginales individuelles de chaque employé à la valeur produie. C es pourquoi oues les paries prenanes (sake holders) qui apporen une conribuion à la valeur de la firme (employés fournisseurs cliens communaués) son des ayan-drois dans la mesure où leur relaion conracuelle avec l enreprise ne reflèe que pariellemen leur engagemen avec elle. Cerains de ces parenaires son plus impliqués que les acionnaires. Si la firme es coée en bourse ceux-ci jouissen de la liquidié de leurs appors. Au conraire un employé qui a invesi dans une enreprise en compéences spécifiques liées au savoir acie de la coopéraion sera loin d êre compensé pour son invesissemen s il es forcé de la quier. En oure la praique répandue des rachas d acions e des superdividendes ainsi que des fusions e acquisiions pour dégager au bénéfice des seuls acionnaires le goodwill de l enreprise produi par la coopéraion de ous les acifs enraîne l ensemble des acionnaires à reirer de l ensemble des enreprises plus de capial qu il n en es apporé. Au conraire aucun employé ne peu mere sur un marché financier la valeur de son capial humain pour réaliser en monnaie la valeur anicipée fuure de ses invesissemens. Les salariés son donc exposés à l arbiraire des employeurs que seul le droi du ravail peu limier. En effe le marché du ravail ne peu réguler le problème posé par la non-valorisaion du capial humain. Car le ravail ne s échange pas. Ce qui s échange c es le loyer d une capacié de ravail pendan un emps donné. Son prix es le salaire. Le conra de ravail es donc incomple par naure. La ransformaion de la capacié de ravail en flux de ravail es un processus qui n a rien à voir avec l échange de deux paries égales sur un marché concurreniel. C es une relaion de pouvoir de celui qui commande l exécuion du ravail e de subordinaion de celui qui l exécue. De plus cee relaion n a rien d individuelle. Elle implique complémenarié e coordinaion dans des collecifs de ravail. Il exise une ension irréducible enre ces deux aspecs de coopéraion e de subordinaion. D un côé l enreprise es une équipe don la producivié dépend de la coopéraion e de l efficacié de ses alens ; d un aure côé l enreprise en an que groupemen humain es placée sous la uelle d une sociéé privée qui es conçue pour réaliser un objecif capialise : la valorisaion de

129 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 127 l ensemble des acifs de l enreprise. Une gouvernance efficace es donc celle qui prend en compe les inérês des apporeurs de ous les acifs pour opimiser l efficacié de leur coopéraion. C es la gouvernance parenariale. Cee gouvernance ne va pas de soi parce que les apporeurs d acifs on des inérês muliples. Dès lors que l on ne subordonne pas les inérês des apporeurs d acifs à ceux d une seule caégorie celle des acionnaires le conseil d adminisraion de la sociéé privée (CA) ne peu êre l agen d un principal. Il es l organe poliique de la sociéé privée qui doi élaborer par déba les fins de l enreprise par délibéraion. Il a donc une visée sraégique qui es codifiée dans une norme de gouvernance. La mission du CA es de conrôler le managemen donc la echnosrucure de l enreprise pour que la gesion soi conforme à la norme de gouvernance. Puisque la sociéé privée assigne à son représenan le CA les drois à organiser l enreprise la gouvernance par laquelle celui-ci ineragi avec l ensemble de la srucure doi évier que la coordinaion des paries prenanes ne soi confisquée dans l inérê des seuls managers ou des seuls acionnaires. La gouvernance parenariale implique donc l organisaion de conrepouvoirs : séparaion du présiden du conseil e du PDG comiés de conrôle inerne sous l auorié du CA e séparés du managemen crières objecifs e insrumens de mesure des performances du managemen agenda sous la responsabilié de la présidence du conseil. Gouvernance parenariale : acifs inangibles comme sources de créaion de valeur e problèmes de valorisaion C es une vue largemen paragée que les faceurs de croissance se son déplacés d une économie indusrielle où les acifs angibles son les sources prépondéranes de producivié vers une économie de services où les acifs inangibles son déerminans. Les acifs inangibles son capables de créer de la valeur à long erme e pouran son compabilisés par les enreprises comme des inpus inermédiaires à cour erme. Ils n apparaissen pas dans les bilans des enreprises. Cee aporie es un handicap diriman pour s engager dans une croissance inclusive e souenable. L enjeu de la gouvernance parenariale es de le réduire. Les processus d apprenissage son engendrés par des invesissemens spécifiques en capial humain surou lorsque les nouvelles

130 128 Michel Agliea e Xavier Rago compéences producives dépenden d invesissemens dans la connaissance acie. Les employés on besoin de garanies exraconracuelles pour les acquérir e les mere en œuvre c es-à-dire une paricipaion à la quasi-rene d innovaion qui en découle. Les complémenariés enre les acifs en an qu inpus définissen les équipes de producion. Les complémenariés dans la diversié de l oupu créen des économies d envergure si elles son inernalisées. Parce que la connaissance requise pour la producion d un produi es enrichie par une aure producion le modèle d enreprise ourné vers l acquisiion de connaissances gagne à la ferilisaion croisée. Lorsque ces aures producions son faies dans d aures enreprises les foncions de producion ne son pas séparables. C es une base pour organiser des sysèmes d innovaion. Même si les différenes producions son réalisées dans la même enreprise la conribuion des faceurs individuels à la créaion de valeur es impossible à mesurer. Corrélaivemen le marché boursier es incapable de déerminer les valeurs «fondamenales» des sraégies innovanes fondées sur les complémenariés sraégiques. En oure les différens ypes d acifs inangibles ne son pas séparables e addiifs. Ainsi la qualié d une planificaion sraégique (ressource organisaionnelle) simule l acivié de créaion de ype scienifique (R&D) e non scienifique (innovaions de copyrighs design e licences). Ces invesissemens déplacen vers le hau la fronière echnologique des firmes. Or ils ne peuven êre souenus sans invesissemen massif en capial humain. Les compéences humaines associées apparaissen dans la valeur des marques. Elles produisen des quasi-renes en différencian les enreprises dans la concurrence monopolisique. Il n y a ni mécanisme de marché ni conra pour dire commen les quasi-renes doiven êre disribuées. Il n y a aucune raionalié qui puisse jusifier que les acionnaires soien privilégiés à l enconre des aures parenaires qui apporen des acifs spécifiques. Au conraire les drois des acionnaires doiven êre réduis puisqu ils son compensés par l avanage de la liquidié à ou momen pour une firme coée ou au momen de l inroducion en bourse pour une sar-up. Ces considéraions analyiques indiquen que la gouvernance parenariale apparien à la héorie des jeux. Il fau modéliser les

131 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 129 complémenariés sraégiques enre les acifs spécifiques qui créen les quasi-renes d innovaion. Un jeu de coordinaion devrai déerminer une fronière dynamique de producion en ermes économiques e un modèle d enreprise en ermes managériaux sous l impéraif de maximiser la valeur oale de la firme. Une caracérisique générale des jeux de coordinaion es la défaillance de marchés enraînan des équilibres muliples. Une faillie de gouvernance due à un principe de gouvernance inadéqua enferme l économie dans un équilibre inefficien sans que le marché puisse savoir s il exise des équilibres meilleurs e encore moins les promouvoir. La raison se rouve dans les exernaliés que les complémenariés induisen. Quand un mauvais équilibre es éabli en raison de conflis d inérês ou d un managemen inefficace aucune parie prenane n a inérê à bouger individuellemen si elle croi que les aures von s en enir à la siuaion qui leur es faie dans l éa exisan. Elle y perdrai en essayan de le faire. C es la propriéé générale de l équilibre de Nash. On peu caper la naure du problème à l aide d un modèle générique de Cooper e John appliqué à la gouvernance d enreprise. Considérons une firme regroupan N paries prenanes (i). Chacune a une foncion d uilié qui incorpore son inérê à pariciper à l acivié de la firme. La foncion d uilié de i dépend de sa variable de décision e i qui mesure l inensié de l invesissemen de ses compéences dans la paricipaion à l acivié commune. La foncion d uilié dépend aussi de la percepion que i a de l équié qui ressor du syle de managemen de l enreprise (ẽ) e de variables d éa θ i (par exemple la posiion de la firme dans le cycle des affaires e sa posiion compéiive dans son seceur). La foncion d uilié de la parie prenane i es donc : U (e i ẽ θ i ). La coordinaion par la gouvernance condui à des exernaliés posiives ou négaives enre les paris prenanes selon que l une ou l aure des inégaliés suivanes se produi : U / ẽ > 0 ou U / ẽ < 0. Le processus mis en mouvemen par la gouvernance enraîne une complémenarié sraégique ou une subsiuabilié sraégique selon que l une ou l aure des inégaliés se produi : 2 U / e i ẽ > 0 ou < 0. Le poin fixe du jeu de coordinaion enre les N paries prenanes donc le modèle d enreprise es un équilibre de Nash. Il

132 130 Michel Agliea e Xavier Rago es obenu lorsque chacun maximise sa foncion d uilié par rappor à sa variable de décision en prenan sa percepion du syle de gouvernance de l enreprise e des variables d éa pour données : U ( ei ~ e θi ) = 0 i ei L équilibre de Nash es symérique si oues les paries prenanes on la même percepion θ des variables d éa. Les foncions de réacion peuven êre dérivées de la maximisaion de l uilié de chaque parie prenane. Soi e i (ẽ θ). Elles on un poin fixe commun : e i (e* θ) = e* Si les foncions de réacion son monoones croissanes e non linéaires il peu y avoir des ineracions muliples avec la première bissecrice. Toues les inersecions où la pene de la foncion de réacion es inférieure à la pene de la première bissecrice son des équilibres de Nash sables (poins A e C sur la figure 2 ci-dessous). La pene de la foncion de réacion es déerminée par le héorème des foncions implicies : 2 ~ dei U / ei e = de * 2 2 U / e Le dénominaeur éan négaif pour des foncions d uilié «bien élevées» la pene de la foncion de réacion es posiive si e seulemen si : 2 U ~ > 0 ei e c es-à-dire si les rappors enre les paries prenanes dans l enreprise son ceux de la complémenarié sraégique. En ce cas U / e i > 0 lorsque U / ẽ > 0. C es un résula crucial de la héorie de la gouvernance dans des enreprises considérées comme des groupemens humains liés par la complémenarié des aciviés. La bonne gouvernance de l unié cenrale de coordinaion enraîne des acions auo-renforçanes des poreurs d acifs spécifiques. Au conraire la mauvaise gouvernance si répandue dans les enreprises françaises affaibli le poeniel de complémenariés enre les acifs spécifiques. En conséquence les équilibres muliples sables peuven êre ordonnés selon le niveau d uilié à l équilibre de Nash. Dans le cas de la figure ci-dessus avec deux équilibres : * * * *. A es un équilibre inefficien mais sable. U ( e A e A θ ) < U( ec ec θ ) i

133 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 131 Aucun mécanisme de marché ne peu en sorir une enreprise piégée par une mauvaise gouvernance. igure 2. Complémenariés sraégiques e équilibres muliples e i e i (e*θ) C B A e* C es pourquoi les complémenariés sraégiques qui son la réalié des enreprises expliquen bien des ravages engendrés par le dogme de la valeur acionnariale : En premier lieu la gouvernance dans l inérê exclusif des acionnaires es un principe pariculièremen pauvre de gouvernance dans une économie de la connaissance dès lors que de muliples acifs spécifiques paricipen à la quasi-rene d innovaion. En présence de complémenariés sraégiques maximiser la valeur oale de la firme n es pas équivalen à maximiser la valeur pour l acionnaire. Parce que les inérês des paries prenanes qui ne son pas des acionnaires son insuffisammen pris en compe dans la foncion objecif élaborée par le CA de la sociéé l enreprise es sous-performane. En second lieu la muliplicié des équilibres de Nash signifie qu il n y a pas une recee opimale pour gérer une enreprise. Hisoriquemen une grande diversié de ypes de gouvernance se son succédé ou on coexisé (ableau 1). Les paries prenanes ne son pas alruises. Mais les complémenariés bornen leurs inérês. C es pourquoi une bonne gouvernance es celle qui parvien

134 132 Michel Agliea e Xavier Rago à dégager un inérê commun en donnan une orienaion coopéraive à des inérês en parie complémenaires e en parie conradicoires. Pour parvenir à un objecif commun accepable donc pour fusionner les inérês muliples dans une culure d enreprise il fau parvenir à faire prévaloir un sens de l équié indispensable pour suscier une paricipaion acive. En roisième lieu l unié de coordinaion sraégique es le CA. Sa composiion e les principes de gouvernance qu il applique son décisifs. Sous l influence des marchés de capiaux globalisés le CA a éé capuré par des groupes d inérês financiers mêlan cerains acionnaires influens les banques d affaire cherchan à promouvoir les OPA e le managemen supérieur des firmes. L inérê à long erme de l enreprise a disparu e la mauvaise gouvernance en a résulé. Le problème qui se pose es donc le suivan : quels acionnaires pour la gouvernance parenariale capable de relancer l invesissemen producif par l innovaion? Le ableau 1 fai éa de la possibilié d émergence d acionnaires responsables. C es la quesion qu il fau examiner. Tableau 1. Types de gouvernance d enreprise ormes de conrôle Conrôle inerne + supervision des créanciers Conrôle par le marché boursier médiaisé par fonds d inves. Conrôle par acionnaires prépondérans Conrôle par acionnaires LT responsables Objecif de la sociéé e base de la valorisaion Maximisaion du Croissance LT. rendemen des Parage des quasirenes enre insiders acions sur le marché boursier ROE élevé e sable. Conrôle cenralisé du cash flow Maximisaion de la valeur oale de la firme à LT Srucure du CA e conrôle des managers Dominaion par les haus dirigeans issus de la echnosrucure Acionnaires passifs ou acivises selon les fonds adms. indépendans Paricipaions croisées d inérês financiers avec acionnaire de référence Adms. délégués avec manda précis. Drois de voe en AG réservés aux acionnaires impliqués Influence financière sur les sociéés Conraine d endeemen. Relaions de LT avec les banques Liquidié des acions facilian M&A e LBO Inérês financiers associés. Proecion conre le marché boursier Objecifs sraégiques consciens des exernaliés. Acivisme par «voice» Types de capialisme CORPORATISTE ACTIONNARIAT DISPERSE OU PREDATEUR AMILIAL OU ELITE INANCIERE PARTENARIAL Source : Adapé de Michel Agliea e Anoine Rebérioux Les dérives du capialisme financier Albin Michel 2004.

135 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes Objecifs sociéaux e acionnaires responsables Un invesisseur responsable es un inermédiaire financier qui collece des monans élevés d épargne e qui développe des sraégies d allocaion de cee épargne en reconnaissan les inerdépendances enre les évaluaions financières e non-financières. Ces invesisseurs comprennen que les endances lourdes qui dégraden la vie des sociéés on des conséquences néfases à long erme sur le rendemen du capial : changemen climaique rareé des ressources (eau énergie erre arable forês) inégaliés giganesques sous-emploi chronique vulnérabiliés financières e surou un doue largemen répandu sur la capacié poliique à résoudre les problèmes. La recherche de sraégies visan à souenir les rendemens des acifs en incorporan les enjeux de souenabilié pose un problème majeur de valorisaion aux invesisseurs financiers responsables. Commen créer une valeur financière sous la préoccupaion de la souenabilié? La grande majorié des invesisseurs insiuionnels s adonne à une gesion passive définie par le porefeuille de marché avec en conséquence un horizon cour e un conrôle rimesriel de performance. Or il fau une masse criique suffisane d invesisseurs qui doiven devenir responsables pour que des effes macroéconomiques significaifs se manifesen. L évoluion ne peu êre que progressive par mise en évidence de la valeur créée par la prise en compe des crières ESG (environnemenaux sociaux e de gouvernance). Les avanages peuven êre obenus par l allocaion d acifs elle-même e par l engagemen dans la gouvernance des enreprises. Il s agi d inernaliser les exernaliés pour donner une valeur financière aux préoccupaions de souenabilié. Ces invesisseurs doiven donc reconnaîre l influence des évaluaions exrafinancières dans l évaluaion financière. Les exernaliés fon porer des risques echnologiques sociaux e environnemenaux qui se développen dans la durée e son chargés d irréversibiliés (changemen climaique hysérésis du chômage de longue durée sur la qualié de la main-d œuvre longue période de désendeemen). Les invesisseurs responsables doiven donc avoir des horizons longs pour évaluer les performances de leurs porefeuilles. C es sur des horizons supérieurs à 5 ans qu il es

136 134 Michel Agliea e Xavier Rago possible d observer les rendemens supérieurs délivrés par les enreprises qui on une gouvernance guidée par les crières ESG 20. Les invesisseurs responsables doiven donc inernaliser ces exernaliés pour faire valoir les crières ESG. Ils son conduis à s impliquer dans la gouvernance des enreprises où ils invesissemen pour infléchir les modèles de gesion dans le sens d une sensibilié aux crières ESG. Ils doiven aussi se doer d insrumens pour évaluer l impac des exernaliés posiives e négaives sur les rendemens inernes des projes d invesissemen des enreprises 21. Ils doiven enfin se doer de référens éhiques pour guider leurs sraégies conformémen à leur devoir fiduciaire vis-à-vis des épargnans bénéficiaires de leurs services. Ce devoir es la préservaion à long erme du capial qui leur a éé confié par immunisaion de leur passif. Ce devoir fiduciaire a éé ransgressé par les invesisseurs insiuionnels qui on géré leur porefeuille selon les errances des marchés boursiers e qui on donc paricipé aux bulles financières e fai subir ensuie aux épargnans l effondremen de la valeur des acifs 22. En poursuivan de manière conséquene une sraégie de long erme les invesisseurs responsables meen en place une couverure iner-emporelle de leur porefeuille pour bénéficier des effes de reour vers la moyenne des marchés boursiers 23. Ils réduisen le risque de volailié de leur porefeuille e s ils son assez nombreux peuven aider à sabiliser le marché lui-même. Mais pour cela il ne fau pas se laisser emporer par le momenum dans les phases euphoriques. Il fau donc analyser les endances de long erme des cours en déduire une prospecive pour les cinq années à venir déerminer un corridor auour de cee évoluion moyenne projeée qui définira les poins d acha à la baisse e de vene à la hausse des acions. 20. Soros G. (2008) «The new paradigm for financial markes» NY Public Affairs. 21. Invesmen Leaders Group (2014) The value of responsible invesmen Universiy of Cambridge Insiue for Susainabiliy Leadership. 22. Sraks L. T. (2009) «EA keynoe speech; corporae governance and corporae social responsibiliy: wha do invesors care abou? Wha should invesors care abou» inancial Review 44 (4) pp Campbell J. e Viceira L. (2002) Sraegic asse allocaion. Porfolio choice for long erm invesors Oxford Universiy Press.

137 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 135 Sur ce socle il es possible de greffer prudemmen une déformaion du porefeuille pour enir compe de la sous-esimaion des faceurs ESG sur la valeur des enreprises dans le porefeuille de marché. Pour cela les invesisseurs responsables doiven encourager e financer la recherche sur les noaions ESG e en enir compe dans leurs allocaions sraégiques de manière à abouir à des allocaions que l on peu appeler «ESG smar?» 24. Plusieurs echniques son possibles selon le degré de convicion de l invesisseur e donc des direcives qu il ransme à ses gérans délégués. Il es possible de déformer les pondéraions pour sousreprésener les enreprises exposées à des risques de souenabilié e de surreprésener celles qui on une préoccupaion affirmée e observable pour réduire ces risques. Si l ambiion es plus grande e si les noaions fournies par les agences exra financières deviennen crédibles c es un benchmark délibérémen oriené ESG que l invesisseur peu consruire de manière à modeler le porefeuille enier vers les enreprises qui on une exposiion favorable aux faceurs de souenabilié. Aller plus loin c es enrer bien moins imidemen dans l univers des acifs alernaifs que les invesisseurs insiuionnels ne l on fai jusqu ici. Il impore alors de cibler des enjeux e des seceurs d invesissemens sraégiques en foncion d une prospecive macroéconomique sur les déerminans fuurs des invesissemens d un régime de croissance souenable : echnologies propres infrasrucures bas carbone reforesaion économie circulaire e recyclage agriculure compaible avec la biodiversié. La raducion financière de ces choix peu êre une composane dédiée dans le porefeuille sraégique par classe d acifs ou le recours à la srucure «core /saellies» en créan des fonds de privae equiy e de venure capial. Mais il fau que les invesisseurs responsables se rappellen oujours l imporance de l influence qu ils doiven exercer sur les enreprises pour améliorer la performance de leur allocaion alernaive. Des invesisseurs avec des porefeuilles diversifiés doiven incier les enreprises à s organiser en réseaux pour mieux inernaliser les exernaliés par exemple 24. Lake R. in ILG publicaion op.ci. chaper 3 «The invesmen case for responsibiliy» p. 30.

138 136 Michel Agliea e Xavier Rago pour réduire les coûs de la polluion. C es le principe même de l économie circulaire. Arrivés à ce poin il es clair que les invesisseurs responsables on des exigences à l égard des pouvoirs publics. Ceux-ci doiven procurer le cadre réglemenaire e les convenions compables permean aux invesisseurs de se placer dans un horizon emporel long e de développer leurs sraégies sans êre perurbés par des conraines réglemenaires e des convenions compables inadapées. Les invesisseurs responsables aenden aussi des pouvoirs publics qu ils créen des véhicules d invesissemen e des insrumens de parage des risques pour pouvoir engager des monans plus élevés de capial aux enjeux de souenabilié dans la ransiion vers une économie bas carbone Créaion de nouveaux canaux e de nouveaux insrumens de financemen non bancaire adapés au cycle de vie des enreprises Un enjeu de première imporance es d augmener le nombre d enreprises innovarices e la probabilié qu elles croissen jusqu à l inroducion en bourse. Il fau donc adaper le financemen au cycle de vie des enreprises en disposan de la meilleure organisaion financière à chaque éape. Le financemen d amorçage à la naissance des enreprises e dans la première éape de vie es la finance d amorçage : elle comprend l appor du fondaeur e de sa famille la micro finance les business angels. Le nombre de business angels en rance es beaucoup rop faible. Le capial familial ne s implique pas suffisammen dans bien des cas pour proéger l enreprise dans une phase fragile. La deuxième phase celle du développemen des sarups dépend encore beaucoup d un monioring de gesion par l expérience d individus qui on auparavan mené de elles affaires avec succès. Elle demande aussi un invesissemen en fonds propres bien plus imporan que l amorçage. C es le domaine du venure capial. Ces fonds spécialisés peuven provenir de pools d invesisseurs individuels ou de fonds dédiés que les invesisseurs de long erme on créé comme élémens de leur allocaion en acifs alernaifs. Dans cee phase les risques son les plus élevés. C es pourquoi les fonds de venure capial doiven avoir une aille suffisane pour suivre au moins une dizaine de projes de manière à surcompenser les enreprises qui fon faillie par les rès haues renabiliés des enreprises

139 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 137 qui embrayen leur développemen sur la commercialisaion e enren dans la phase de rès fore croissance de la courbe logisique de la demande pour leurs produis. La phase de croissance rapide es celle qui demande l appor en capial hors marché le plus élevé. Ce appor doi permere la sorie profiable du venure capial. Il exise deux formes possibles d appor en fonds propres à ce sade : les placemens privés de sociéés de gesion de forune e les fonds de privae equiy (PE) créés par les invesisseurs de long erme. Ce son surou les seconds qui son esseniels. Conrairemen au PE des années 2000 qui éaien consiuées de fonds prédaeurs de LBO (leveraged buy-ous) opéran esseniellemen par dees sur des enreprises maures les fonds PE considérés ici son de purs invesisseurs en capial. Une iniiaive inéressane es le fonds PE créé conjoinemen par la CDC française e la CDB chinoise pour invesir moiié moiié dans des PME françaises e chinoises. L essor du PE sous l égide des grands invesisseurs non-bancaires sera probablemen l une des voies de simulaion de l innovaion boom up dans les années à venir. L inroducion en bourse es la phase ulime où ces modes de financemen cèden le pas à l appor de fonds propres à ravers le marché boursier pour des enreprises en viesse de croisière. C es là que l imporance des invesisseurs de long erme es grande pour évier que les enreprises ne omben sous la coupe du shadow banking. On a vu plus hau quelle allocaion sraégique pouvai proéger les enreprises devenues des sociéés «publiques» par acions des flucuaions du cycle financier. Il n empêche que ces ETI on besoin de dees. Il fau donc mere en praique des echniques appropriées pour limier le coû du crédi : ires de dees garanis par des acifs (asse finance) e irisaion de crédis. Enfin l inroducion sur les bourses européennes es prohibiive pour les PME. Le coû de ransacion es exravagan. Pour lever 5 millions d euros de capial il fau payer euros de frais! Jusqu ici oues les enaives naionales de créer un marché spécialisé offran les services du NASDAQ on échoué. Saluons la enaive européenne de créaion de la plaeforme publique Ener Nex en avril Le financemen par dee doi aussi pouvoir êre diversifié grâce à des marchés de dees capables d apporer un large specre

140 138 Michel Agliea e Xavier Rago d insrumens financiers. Il es possible d approfondir les marchés d obligaions corporae à de nouvelles caégories d enreprises e développer la irisaion des dees à long erme grâce à des srucures de marché robuses e une régulaion exigeane : sandardisaion des produis supervision de l évaluaion à oues les éapes cenralisaion de la compensaion e du règlemen appels de marge obligaions pour les banques qui fabriquen les crédis srucurés de conserver la ranche equiy au bilan avec capial réglemenaire. Pour incier les banques à porer le crédi srucuré au-delà de la ranche equiy la banque cenrale pourrai acceper en collaéral du refinancemen des ABS (asse-backed securiies) «plain vanilla» c es-à-dire homogènes e sandard don le processus de irisaion es rigoureusemen supervisé par les auoriés européennes de régulaion des marchés. Ces différenes avancées créeraien progressivemen une nouvelle inermédiaion financière où la coopéraion publiqueprivée aurai oue sa place. Il es possible de mobiliser le capial du seceur privé e son experise dans les monages financiers e le suivi des projes d invesissemen de long erme avec des garanies de risque e des provisions de financemen de soudure (bridge finance) pour amorir le risque élevé des phases iniiales des projes. On peu donner plus d ampleur aux iniiaives récenes pour faire jouer au seceur public cee foncion d amorçage e de garanie. Pour cela il es possible de créer des banques de développemen spécialisées avec des mandas de long erme : banques d infrasrucure banques veres banques publiques de financemen des PME qui fourniraien un financemen indirec via des garanies au seceur financier privé engagé dans des financemens longs e risqués. Il es possible de consruire une inermédiaion financière au service d un proje de croissance à condiion de faire évoluer les règles de la finance prudenielles e compables. Le rôle de la puissance publique es esseniel dans l éablissemen d une inermédiaion financière adapée à la collaboraion des aceurs publics e privés dans les projes d invesissemen décenralisés.

141 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes Sysèmes d innovaion e implanaion errioriale Le modèle héorique qui démonre la muliplicié des modes de gouvernance a mis en évidence un résula imporan pour la compréhension des liens enre micro e macro économie. La complémenarié sraégique enre acifs spécifiques qui crée un savoir collecif organisaionnel produi la complémenarié enre aciviés économiques. Lorsque la coopéraion qui rend cee complémenarié efficace dépasse les fronières de l enreprise les foncions de producion des enreprises ne son pas indépendanes. Elles paricipen d un même sysème indusriel qui a reçu différenes appellaions : cluser pôle de compéiivié réseau d enreprise Sysèmes d innovaion compéiivié e croissance Les correspondances enre les condiions microéconomiques e les caracères macroéconomiques de la croissance son alors bouleversées par rappor à la héorie néo-classique de la croissance exogène. C es le domaine de la croissance endogène. Dans le monde de la croissance exogène les foncions de producion des enreprises son indépendanes e son elles que la producivié marginale du capial décroî avec l accumulaion. Les enreprises ne son liées que par les marchés. À l équilibre de concurrence parfaie les produciviés marginales son égalisées. Il s ensui que lorsque la combinaison facorielle d équilibre es aeine la croissance de long erme de l ensemble de l économie es indépendane de l accumulaion. Elle ne dépend plus que de déerminans exogènes : un progrès echnique qui se diffuse mysérieusemen (la producivié globale des faceurs discuée dans la première parie de ce exe) e la croissance de la force de ravail. En croissance endogène les firmes son organisées de manière à ce que la complémenarié sraégique enre elles produise des exernaliés posiives de réseaux. La baisse de la producivié marginale du capial dans chaque firme apparenan au réseau es conrecarrée par la echnologie incorporée dans le capial d innovaion accumulé par l ensemble du réseau. La producion par ravailleur de la firme i es : α y i = A k où α i es l élasicié de la producion au capial. Le progrès echnique don la firme bénéficie es produi par l invesissemen d innova-

142 140 Michel Agliea e Xavier Rago ion de l ensemble des firmes : A = Ak où β es l élasicié du progrès echnique au capial d innovaion. La producion de chaque enreprise dépend donc du capial invesi dans l ensemble β du réseau d enreprises : α y i = Ak k. Si l on suppose que les firmes i son de même aille la producion oale par ravailleur du réseau α +β es : y = Ak. Il n y a pas de raison que la producivié marginale du capial décroisse. Si l inensié de l innovaion es assez fore les rendemens peuven êre croissans. Dans le cas limie où α + β = 1 le rendemen marginal du capial es consan : y = Ak. Dès lors que l on sor de la malédicion des rendemens marginaux décroissans la croissance globale devien une rajecoire dépendane du senier. La croissance de long erme dépend des condiions iniiales donc de l éa de la demande e des anicipaions incorporées dans la gouvernance des enreprises qui conduisen les firmes à innover ou à ne pas innover. On es dans l univers des équilibres muliples conduisan à redéfinir ce qu es la compéiivié macroéconomique e les poliiques qui la renforcen. Le lien enre sysèmes d innovaion e croissance endogène réhabilie complèemen le rôle de la poliique indusrielle. En croissance endogène les avanages comparaifs ne son pas donnés. Ils son produis e renouvelés de manière endogène par des processus généraeurs de rendemens croissans appelés innovaions (echnologiques e organisaionnelles) qui conrecarren la baisse de la producivié marginale du capial au fur e à mesure qu il s accumule. L ineracion de l accumulaion du capial e de la producion d innovaions aboui au cercle verueux de la croissance endogène qui a un impac macro : β Demande anicipée Invesissemen Producivié Prix Compéiiviés-prix e hors-prix son inimemen imbriquées dans ce schéma par l invesissemen d innovaion qui élève la producivié. La logique de ce cercle verueux peu êre appelée indusrielle. Elle n es pas canonnée à des seceurs pariculiers de l économie. L ensemble des aciviés qui y paricipen es le sysème

143 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 141 indusriel. La poliique indusrielle es l ensemble des coordinaions requises enre les aciviés pour maximiser la performance globale du sysème indusriel. Se pose alors un problème redouable : quelles combinaisons de poliiques indusrielles e de modèles de gouvernance des enreprises créen des sysèmes d innovaion efficaces? 4.2. Enseignemens de sysèmes d innovaion en Europe : le Mielsand allemand e les expériences scandinaves Le onds Sraégique d Invesissemen (SI) codéenu par la Caisse des Dépôs e par l Éa es un invesisseur sraégique de long erme pour promouvoir l innovaion dans les enreprises. Dans le bu d éclairer les principes de ses inervenions qui se veulen srucuranes sur le issu producif français le SI a commandé à des consulans une éude déaillée sur le Mielsand 25. igure 3. Le cercle verueux du Mielsand : un écosysème auo-reprodui Spécialisaion sur la chaîne de valeur Innovaion incrémenale : perfecion du banal Mainien des pars de marché mondiales Qualié des acifs immaériels Indépendance sraégique Coninuié du conrôle capialisique Marges élevées e sables À parir d une analyse minuieuse des complémenariés sraégiques e de leur impac sur les performances économiques qui en reour conforen les principes de bonne gouvernance dans le réseau des firmes les aueurs dégagen le schéma des inerrelaions qui produi la compéiivié macroéconomique. Ce modèle es aux 25. Pour un nouveau regard sur le Mielsand par Dorohée Kohler e Jean-Daniel Weisz la Documenaion française ocobre 2012.

144 142 Michel Agliea e Xavier Rago anipodes des baisses de coû du ravail aujourd hui considérées comme le mode exclusif de «poliiques srucurelles» par le gouvernemen français e d aures gouvernemens en Europe. Le Mielsand es un écosysème indusriel où les différenes relaions se conforen muuellemen pour garanir la conservaion e la cohérence du sysème. La gouvernance parenariale apparaî dans le rôle cenral de la qualié des acifs immaériels e leur lien organique avec le conrôle capialisique sable parce qu immunisée des perurbaions des marchés financiers c es-à-dire proégé des raids des hedge funds fonds vauours e aures fonds d invesissemen uniquemen inéressés par les gains financiers de rading. Cela implique que les promoeurs d acifs immaériels paricipen à l élaboraion des décisions sraégiques. Les enreprises son liées dans des réseaux régionaux. La mise en commun du capial d innovaion (k β ) se fai dans des cenres echnologiques régionaux la formaion des compéences dans des cenres d apprenissage cogérés enre le groupemen des enreprises e les unions syndicales. Il en résule la définiion de qualificaions qui son à la fois spécifiques au domaine d innovaion considéré e ransférables enre les enreprises du réseau. Il en résule une fore complémenarié enre la producion des connaissances c es-à-dire les innovaions incrémenales dans la producion des biens d équipemen e la formaion du capial humain pour l applicaion commerciale des echniques. Le financemen de l innovaion peu comper sur un puissan appor public par le ruchemen de la KfW (insiu de crédi pour la reconsrucion fondé en 1948 qui bénéficie de la garanie de l Éa fédéral). La KfW s insère donc dans le sysème indusriel allemand e en ire une fore renabilié en s associan aux Hausbanks des enreprises du Mielsand pour financer le risque d innovaion e les projes de développemen durable. Par les liens de long erme avec les enreprises le modèle de financemen paricipe à l indépendance sraégique du sysème mais ce n es pas le modèle de financemen qui crée le issu des PME innovarices. La finance es à sa place c es-à-dire subordonnée. L indépendance sraégique du sysème es la caracérisique fondamenale. Elle garani une spécialisaion solide sur la chaîne de valeur grâce à l innovaion incrémenale en coninu. Cela

145 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 143 perme de mainenir les pars de marché mondiales à un hau niveau de valeur ajouée (vendre cher le ravail allemand) don résulen des marges élevées. Celles-ci garanissen un auofinancemen qui assure aux enreprises une posiion haue dans la négociaion des conras financiers pour les appors complémenaires de finance exerne. Trois leçons majeures de ce sysème d innovaion son à reenir. En premier lieu l innovaion es le plus souven incrémenale à parir d une base indusrielle maîrisée. En second lieu de peies niches au niveau naional peuven produire des marchés globaux rès profiables. En roisième lieu on peu préserver une large gamme des marchés de la concurrence des pays émergens si l on sai innover sur ses poins fors. Les Scandinaves n on pas un modèle ype. Ils expérimenen dans plusieurs direcions. Mais ils son guidés par un principe for : l innovaion sociale es le faceur déerminan de la compéiivié. La qualié du capial humain l efficacié de l acion publique e l inserion sociale son les condiions du succès. L inserion sociale es obenue par la compaibilié de plusieurs ypes de poliiques qui fon l obje d un large accord parlemenaire : la srice égalié femmes/hommes dans l emploi la mobilié professionnelle la fiscalié inciaive de la prise de risque dans la créaion d enreprises le congé parenal e le service public universel pour les enfans préscolarisés. La cellule de base de la sociéé es donc la famille nucléaire pos-moderne à double carrière. La flexisécurié n es efficace que par un énorme effor public de formaion e de recyclage des ravailleurs pour éradiquer le chômage de longue durée. L inserion sociale dépend d une inégraion éroie des sysèmes éducaifs primaire e secondaire. Le souien pédagogique personnalisé es développé pour combare l exclusion dès la première éape de la scolarisaion. Priorié es donnée à l apprenissage de groupe e à la créaivié sur la compéiion individuelle des noes e l obsession du classemen. Les enreprises globales cherchen à s adaper aux muaions mondiales sans oujours y parvenir (le conre-exemple de Nokia). Mais le capialisme familial dans les grandes enreprises sauvegarde l ancrage erriorial e la gouvernance parenariale dans des organisaions horizonales coopéraives.

146 144 Michel Agliea e Xavier Rago L apiude aux changemens s es manifesée en inlande. Après le déclin de Nokia les pouvoirs publics on cherché à suscier l espri d enreprise pour promouvoir l innovaion boom up par la créaion des sarups. Le mouvemen de «l éé des sarups» en 2010 a cherché à accélérer la créaion d enreprises innovanes en organisan une plaeforme de services (conseils de pools de business angels fonds de venure capial pour consolider le développemen d enreprises naissanes e connexions inernaionales). Cee plaeforme es cofinancée par la fédéraion paronale le gouvernemen e les universiés. Ainsi le déclin de Nokia a--il suscié 300 sarups fondées par d anciens employés dans la roboique e le recyclage auomaique Besoin d une sraégie indusrielle insérée dans les errioires La quesion macroéconomique de la basse croissance se polarise sur l invesissemen producif sinisré. Mais il ne s agi pas que de quanié. Ce qui es en jeu ce n es pas seulemen un plus de croissance c es surou une nouvelle fronière de la croissance. La compéiivié de l Europe sera conforée si l on es capable d ouvrir la voie du développemen durable. Il fau le comprendre comme un principe d innovaion générique qui inspire une sraégie permean de re-erriorialiser l indusrie e d engendrer des flux d innovaions incrémenales. Les fameuses réformes srucurelles doiven lier éroiemen les poliiques environnemenales e les iniiaives sociales dans la ligne des expériences scandinaves pour créer le fermen de la muaion de la gouvernance dans le sens parenarial e pour densifier les sysèmes d innovaion dans les errioires. Il revien aux organes poliiques régionaux de rehausser leurs responsabiliés pour promouvoir un nouvel éa d espri. Cela implique d organiser des débas associan des enreprises des responsables poliiques e des représenans de la sociéé civile pour produire une compéence collecive 26. Il s agi de se doer d une experise capable de déecer des avanages compéiifs régionaux pouvan porer des sysèmes d innovaion. Cee experise doi 26. De elles iniiaives dans la région Midi-Pyrénées son rapporées par Gabriel Colleis dans son ouvrage : L urgence indusrielle Le Bord De L Eau On rouve aussi cee mobilisaion des élus locaux e des milieux professionnels dans la région Rhône-Alpes e pariculièremen à Lyon Méropole.

147 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 145 pouvoir définir des crières explicies de performance e faire des évaluaions périodiques de la réalisaion des projes reenus. L implicaion des aceurs locaux dans la poliique d innovaion naionale devrai donc êre bien plus grande pour que les appuis éaiques soien efficaces. Pour l heure les résulas en rance son décevans. La R&D des enreprises es bien rop faible émoignan de l insuffisance de la poussée boom up de l innovaion. Les ressources humaines ne son gérées ni dans le sysème éducaif ni dans les enreprises dans le sens de l amélioraion des compéences collecives. À la fois l'apprenissage e la formaion coninue ne permeen pas l'amélioraion coninue des compéences e qualificaions. Les resrucuraions sous la pression de l insuffisance globale de demande déruisen les emplois e les capaciés cogniives. Concevoir une poliique indusrielle pour la croissance souenable c es d abord faire des errioires des espaces de coopéraion des aceurs pour gérer les muaions économiques. C es pourquoi il es esseniel que les grandes enreprises soien insérées dans le issu producif e que leurs cenres de décision y soien éroiemen reliés. A conrario le découplage des grandes enreprises françaises du errioire naional es un obsacle diriman au renforcemen de la compéiivié du errioire naional. Les errioires doiven devenir ou redevenir les principaux aceurs économiques du renouveau indusriel en ariculan les sraégies des enreprises e les objecifs de développemen durable dans la créaion e l essor des sysèmes d innovaion 27. Les errioires apporen des exernaliés posiives par les effes d aggloméraion de réseaux e par les aciviés inensives en informaion. Ils doiven êre organisés de manière à conenir les effes exernes négaifs de la congesion. La marice de cee organisaion es bien sûr le modèle économique urbain. Les villes produisen les ineracions de proximié mais aussi à disance par les echnologies de l informaion (proximié viruelle). Elles subissen les forces de dispersion à cause du prix du foncier qui enraîne l éalemen principale source de gaspillage énergéique e de emps. Il s ensui que la planificaion urbaine es le socle sur lequel des sysèmes d innovaion peuven s édifier. 27. Une mission officielle des services du Premier Minisre confiée à Jean-Pierre Auber a aboui à un rappor remarquable : Muaions économiques e errioires sepembre 2014.

148 146 Michel Agliea e Xavier Rago Les villes efficaces son les villes denses qui réduisen durée e disance des déplacemens quoidiens e qui agglomèren les services inensifs en capial inangible sources de connaissances collecives acies. Elles impliquen d évier les coûs de la congesion par des poliiques de mobilié qui réduisen drasiquemen l impac carbone. Ce son aussi pour les grandes méropoles les villes mulipolaires où l éalemen es remplacé par un maillage en réseau organisé le long de voies de communicaion naurelles ou produies par des infrasrucures publiques. L esseniel es que les différens cenres urbains d une même méga-cié (sysème de villes) soien poreurs d aciviés complémenaires e reliés par des muli modes de ranspor : proscrire auan que possible les ciés doroir e l usage inensif de l auomobile individuelle e des ranspors rouiers de marchandises. C es pourquoi la rénovaion des bâimens e la mobilié urbaine son les enjeux primordiaux d un modèle économique combinan l efficacié énergéique e la réducion drasique des nuisances environnemenales. L ariculaion des niveaux de décision poliiques pour promouvoir ces innovaions es rès claire. Les invesissemens innovaeurs requièren l insiuion d un prix du carbone suffisammen élevé e l abrogaion de oues les réglemenaions e subvenions qui favorisen le gaspillage énergéique e l usage des combusibles les plus polluans. La baisse profonde du prix des énergies fossiles es une opporunié pour le faire. Le changemen radical des prix relaifs de l énergie qui en résulerai serai l inciaion décisive pour changer de régime de croissance. Elle ouvrirai la voie à une muaion des services de mobilié. La mobilié urbaine es un domaine qui perme de bien comprendre le sens de l innovaion qui es une ransformaion conduisan au changemen des modes de vie. En invesissan dans les modèles économiques de la mobilié bas carbone on accélère les changemens qui émergen dans le comporemen des uilisaeurs. Depuis que les auomobiles individuelles son devenues les principaux véhicules du déplacemen urbain e on favorisé l éalemen des villes après la Seconde Guerre mondiale la propriéé des moyens de ranspor a éé l obje qui a srucuré les normes de consommaion. La ransformaion qu implique le modèle urbain de la ransiion énergéique e climaique es l émergence d un comporemen considéran la demande de mobilié comme un

149 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes 147 bien commun 28. Il s ensui que l innovaion va faire éclaer les fronières secorielles. Au lieu de fournisseurs de service de ranspor unimodal von apparaîre des opéraeurs d inermodalié sur les errioires où la gesion des inerconnexions es cruciale. Il en résulerai une réducion drasique du surdimensionnemen du parc auomobile la reconquêe du sol gaspillé par le parcage des véhicules don le emps d uilisaion es faible e la muualisaion des coûs d acha d enreien e d usage. Des plaeformes Inerne publiques ou privées géreraien les abonnemens e les paiemens au déplacemen liés au covoiurage ou à l auo parage des véhicules. Les bus e ramways en sies propres pourraien se développer pour compléer la gamme des moyens de ranspor de coure disance. Le redéploiemen de l espace reconquis sur la dicaure de l auomobile individuelle pourrai accroîre les superficies des espaces vers nécessaires pour résiser aux vagues de chaleur du milieu de ce siècle. Dans la muaion de la foncion ranspor l imbricaion de l indusrie e des services es donc oale puisqu elle modifierai la srucure des villes. Du côé de l efficacié énergéique les véhicules à énergie fossile ne devraien dépasser une consommaion de plus de 2 lires d essence aux 100 kilomères les véhicules hybrides devraien êre privilégiés les invesissemens dans les saionsservice de recharge de baerie devraien se subsiuer aux saionsservice d essence e à plus long erme êre remplacés par les piles à combusible. Les ranspors inerciés dans une même mégapole mulipolaire devraien privilégier le rail avec des rains élecriques rapides. L invesissemen dans un maillage de rains à grande viesse enre méropoles européennes es indispensable à l inégraion du errioire européen. La poliique indusrielle envers les errioires a pour caracérisique en rance la grande diversié des aceurs. Des services déconcenrés de l'éa des colleciviés locales ou des poliiques des pôles de compéiivié l'observaeur ne peu qu'êre frappé du grand nombre d'inerlocueurs auxquels les enreprises doiven s'adresser. Au-delà de la simplificaion nécessaire il convien de s'inerroger sur la finalié des acions publiques. Une poliique 28. Sraégies des enreprises pour le clima. Mobilié rappor DPE novembre 2014.

150 148 Michel Agliea e Xavier Rago d'aménagemen du errioire es nécessaire pour organiser la mobilié des ravailleurs évier les effes de congesion e favoriser la ransiion vers la mobilié bas carbone comme il a déjà éé di. Ensuie l'évoluion économique des errioires doi êre anicipée plusieurs mois voire des années à l'avance afin de permere l'évoluion des qualificaions les mobiliés professionnelles nécessaires le rapprochemen de cenres de recherche ec. Ce emps du proje n'es pas incompaible avec l'inceriude inconournable de ou proje économique. Il s'agi précisémen de coordonner les aceurs pour maximiser les changes de succès. De ce fai la poliique envers les errioires ne peu se résumer aux pôles de compéiivié. Il fau coordonner les ouils pour penser l'inserion locale des ravailleurs des ravailleuses e de leurs enfans aniciper l'évoluion des qualificaions l'implanaion des enreprises l'accès aux financemens avec la BPI e aux aceurs de l'invesissemen responsable. Enfin la réussie des errioires dépend souven d'une alchimie complexe enre les orienaions sraégiques de grandes enreprises des avanages iniiaux des errioires renforcés par des poliiques publiques e d'un réseau de PME dynamiques. Toue la démographie des enreprises doi êre mobilisée dans les errioires avec une aenion pariculière à l'évoluion des PME en ETI. Il ne s'agi pas de créer d'aures insiuions dans un environnemen déjà sauré. Il s'agi au conraire d'acceper les différences des modes de coordinaion au sein des errioires e d'accompagner les dynamiques porées par les aceurs locaux. La coordinaion des acions publiques doi êre un muliplicaeur des énergies locales porées suivan les endrois par les régions les méropoles ou les réseaux d'enreprises. Enfin cerains errioires son plus fragiles que d'aures du fai de leur spécialisaion économique. L'économie des cerains errioires repose parfois sur un seceur d'acivié pariculièremen suje à l'évoluion de la concurrence inernaionale. L'évoluion de ces errioires demande parfois des ressources que seul l'éa peu oriener. La localisaion de cenres de recherche l'inciaion à l'implanaion d'invesissemens direcs érangers e des aides économiques spécifiques peuven aider à la diversificaion économique des errioires à risque. Ainsi si la coordinaion des acions publiques doi êre un muliplicaeur des énergies locales il rese oujours un rôle résiduel à l'éa pour aider à l'adapaion des errioires les plus fragiles.

151 Érosion du issu producif en rance : causes e remèdes Les errioires e l économie circulaire 29 L économie circulaire es un principe d organisaion de l économie pour répondre à l épuisemen des ressources naurelles e à la dégradaion des écosysèmes. Au-delà du changemen climaique la surexploiaion des écosysèmes e des ressources naurelles finies n es pas régulée par les marchés. Le coû social de reproducion des ressources renouvelables (eau forês ressources halieuiques épuisemen e arificialisaion des sols) n es pas pleinemen ou pas du ou pris en compe par la compabilié. L économie circulaire fondée sur le recyclage es une ransformaion des sysèmes producifs pour accroîre l efficacié de l usage des ressources. Les produceurs doiven porer la responsabilié de la gesion de leurs déches. Des réglemenaions doiven conduire à inernaliser les exernaliés environnemenales. Parce que le recyclage es un principe erriorial de mise en réseaux d enreprises c es un veceur pour organiser des sysèmes d innovaion. En effe l économie circulaire es un veceur de resrucuraion des aciviés économiques dans les errioires. Elle re-erriorialise la producion car ce qui es un déche pour une acivié devien un inpu pour une aure dans des échanges en boucle. C es donc un sysème indusriel organisé en boucles de réroacion. Elle accroî ainsi la producivié de l usage des flux de maières. C es donc un principe d inégraion de l écologie e de l économie. Il revien aux pouvoirs poliiques locaux de mere en réseaux des colleciviés publiques des associaions de cioyens e des enreprises pour produire une inelligence collecive capable de produire des innovaions boom up dans ce domaine Conclusion sur l implanaion errioriale des sysèmes d innovaion Planifier le renouvellemen des espaces urbains en prenan en compe les flux de maières minimise la pression sur la biodiversié qu exerce une urbanisaion non-maîrisée. C es oue la logique du régime de croissance fondé sur la financiarisaion enièremen focalisé sur la producivié inensive en capial mais ignoran le 29. La recherche sur l économie circulaire a produi un documen de synhèse par Vincen Aurez e Jean-Claude Lévy Economie circulaire écologie e reconsrucion indusrielle? Édiions CNCD Paris 2013.

152 150 Michel Agliea e Xavier Rago gaspillage des caégories de capial qui n on pas de drois de propriéé privés e donc échappen à la compabilié des acifs qui doi êre remise en cause pour s engager sur la voie de la croissance souenable. Une croissance souenable doi êre financièremen robuse. Or à l heure acuelle ni les poliiques macroéconomiques ni les formes de l inermédiaion financière ne son adéquaes. En amon de ces quesions la voie de la croissance souenable requier un approfondissemen de la démocraie. La dualié du couple Éamarché es radicalemen insuffisane. Le roisième erme qui es le sens du bien commun 30 es la marice de ce approfondissemen. La démocraie concrèe insérée dans les errioires consrui l inelligence sraégique qui perme seule de concevoir e réaliser les synergies éco-indusrielles. Au plan philosophique le Commun comme iers roisième domaine des relaions humaines en ineracion avec le marché e avec l Éa reme radicalemen en cause les fondemens de la préenion dominane de la science économique c es-à-dire les préendus fondemens microéconomiques de la macroéconomie. Dès lors que les individus ne son pas des monades qui poren en eux la oalié de leurs aspiraions dans l indépendance de celles des aures le marché ne peu s auonomiser des aures formes du lien social. C es de l appréhension du sysème socio-économique qu il fau parir. C es de l inerdépendance des rois champs le public le commun e le marché que peu se consruire la démocraie d ineracion capable de lever un rempar conre le fondamenalisme du marché qui menace à erme d'appauvrir les valeurs de nos sociéés 31. Pour survivre aux périls sysémiques du XXI e siècle il fau revisier l œuvre de Polanyi : «l économie n a de vérié e de conribuion au bien-êre humain qu insérée dans le social». 30. Voir «la grande appropriaion e le reour des communs» chapire 3 in Commun de Pierre Dardo e Chrisian Laval La Découvere Pour la logique d un scénario exrême voir Naomi Oreskes e Eric Conway «L effondremen de la civilisaion occidenale» éd. Les Liens qui libèren 2014.

153 DISPARITÉS LOCALES ET CRISE ÉCONOMIQUE ÉCLAIRAGES PRÉLIMINAIRES 1 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa OCE Sciences Po L éude empirique des zones d emploi sur données d enreprises monre que les performances de ces zones ne son exclusivemen aribuables ni à leur srucure secorielle ni à la phase du cycle économique. Il exise des effes propres à chaque errioire qui expliqueraien valeur ajouée invesissemen e emploi. Ces effes s inscriven dans un conexe de changemen srucurel qui se dessine au dérimen des indusries manufacurières e au bénéfice des aciviés dies de services de haue echnologie. Mos clés : apprenissage convergence performance zones d emploi. L économie géographique s inéresse aux phénomènes d aggloméraion e de polarisaion des aciviés e raie des différences de performances enre errioires que ces phénomènes impliquen soulignan en pariculier la possible srucuraion de l espace enre un cenre e une périphérie. L économie de la croissance s inéresse aux phénomènes de convergence généralemen aribués à la libre accessibilié des pays ou régions aux mêmes ressources à commencer par les ressources echnologiques qui en fon sinon des clones du moins des errioires ayan le même niveau de vie. Des phénomènes qui ne seraien donc conrariés que du fai de l exisence de faceurs spécifiques. L économie inernaionale éabli en principe l exisence de gains muuels à 1. Ce ravail a bénéficié d une aide de l Éa gérée par l Agence naionale de la Recherche au ire du programme Invesissemens d avenir poran la référence ANR-10-EQPX-17 (Cenre d accès sécurisé aux données CASD). Cee recherche a égalemen bénéficié du financemen de la Communaué d'aggloméraion de Sophia-Anipolis (CASA) n BC Revue de l OCE 142 (2015)

154 152 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa l échange. Ses développemens récens signalen que la combinaison de rendemens croissans e de différenciaion des produis concour à une disribuion spaiale des aciviés à la fois efficace e équiable dans le sens où les différens errioires bénéficien de gains de producivié similaires en occupan des niches spécifiques 2. Suivan ce dernier ype d analyse les localisaions naîraien souven aléaoiremen e ce serai les propriéés acquises (e spécifiques) pluô qu innées qui expliqueraien en même emps leur performance e leur pérennié. Si el es bien le cas les chocs exogènes on peu de chances de bouleverser le paysage en an que el noammen si les errioires concernés émoignen d une réelle résilience due à la capacié locale d adapaion e d apprenissage. C es au regard de ces considéraions générales qu il convien d examiner l évoluion des dispariés locales dans un conexe de crise économique. Ces dispariés seron ici éudiées à l échelle des zones d emploi elles que définies par l INSEE don le périmère déborde ou es débordé par celui de clusers ou de méropoles reenu dans le cadre de différenes poliiques locales de développemen don la poliique des pôles de compéiivié. Les éudes proposées conduies sur la base de données d enreprises concluen à la persisance de phénomènes de convergence qui n auraien donc pas éé inerrompus par la crise laquelle n aurai fai qu en ralenir le ryhme. Ce qui semble dominer au niveau global n es ouefois pas avéré au niveau secoriel. Par ailleurs les performances des zones considérées ne son exclusivemen aribuables ni à leur srucure secorielle ni à la phase du cycle économique. C es dire qu il exise des faceurs locaux un effe propre au errioire qui expliquerai valeur ajouée invesissemen e emploi de chacun en niveau comme en aux de croissance. Ces effes s inscriven dans un conexe de changemen srucurel qui se dessine au dérimen des indusries manufacurières e au bénéfice des aciviés dies de services de haue echnologie. L aricle es srucuré comme sui. La secion 1 présene les données uilisées e propose un premier commenaire sur la disribuion errioriale de la producivié du ravail de l inensié 2. Ce résula ien sous l'hypohèse de aille idenique des régions. En cas de régions de ailles différenes des économies d échelle laenes fournissen un avanage en ermes de gains aux régions les plus grandes. Ce avanage es connu dans la liéraure comme le Home Marke Effec.

155 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 153 capialisique de la paricipaion au commerce inernaional des renouvellemens d éablissemens e des redisribuions d emplois ainsi que sur changemens affecan les seceurs d acivié en ermes de valeur ajouée e d emploi. Cee secion propose égalemen une analyse de variance dans le bu de signaler l exisence d effes propres à chaque errioire. La secion 2 me l'accen sur la dynamique des errioires en décomposan la croissance de la producivié en un erme d'apprenissage e un erme de réallocaion spaiale des aciviés. Cee secion développe égalemen les ess dis de sigma e de bea convergence. La secion 3 conclu. 1. Carographie de l'espace économique 1.1. Les données L'analyse proposée repose sur les données de plus de 17 millions d'éablissemens enre de 1997 à Les éablissemens géolocalisés au niveau communal son regroupés par zone d'emploi. Selon l'insee «une zone d'emploi es un espace géographique à l'inérieur duquel la plupar des acifs résiden e ravaillen e dans lequel les éablissemens peuven rouver l'esseniel de la maind'œuvre nécessaire pour occuper les emplois offers» 3. Le découpage en zones d'emploi consiue donc une pariion du errioire révélan une ceraine homogénéié e au sein desquelles les relaions enre enreprises son a priori privilégiées 4. Comme le souligne l'insee cee unié errioriale es égalemen appropriée pour la mise en œuvre des poliiques locales iniiées par les pouvoirs publics ou les aceurs locaux. Les bases de données mobilisées son disponibles par l'inermédiaire du Cenre d'accès sécurisé à disance (CASD) e après auorisaion du Comié du secre saisique insance relevan du Conseil naional de l'informaion saisique (CNIS). Les bases de données ICUS e ARE coniennen les compes de résulas e bilans compables de l'ensemble des enreprises (à l'excepion des microenreprises e des exploiaions agricoles) de 3. hp:// 4. Dans ce ravail nous reenons la pariion de 1993 celle ayan éé mise à jour en Ce choix es conrain par la disponibilié des fichiers de carographie à nore disposiion.

156 154 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa 1997 à Toues les variables nominales son déflaées au moyen des divers déflaeurs mis à disposiion en ligne par l'insee : déflaeurs de la producion de la valeur ajouée des consommaions inermédiaires de l'invesissemen des heures ravaillées. C'es à parir de ces données déflaées donc en volume que son calculés les niveaux de producivié du ravail e de producivié oale des faceurs 5. Son exclues de l analyse les enreprises sans employé (les arisans en général) quand bien même elles conribuen à la valeur ajouée naionale. Cee sélecion es moivée par l'impossibilié de calculer les indices de producivié. De 32 millions d'observaions sur la période la base de données compe environ 16 millions d'observaions après une elle sélecion. Cee réducion de 50 % du nombre d'observaions équivau à exclure une masse d'enreprises représenan environ 7 % de la valeur ajouée oale. La nomenclaure d'aciviés française uilisée (NA révision ) présene une arborescence de 21 seceurs économiques jusqu'à une pariion en 732 aciviés. Les 21 seceurs son regroupés en 6 grands seceurs comme sui : les indusries manufacurières (Secion C); la consrucion (Secion ); les services de basses e moyennes echnologies regroupan le ranspor e l'enreposage (Secion H) e les aciviés de services adminisraifs e de souien (Secion N); les services de haues echnologies regroupan le seceur de l'informaion e de la communicaion (Secion J) e les aciviés spécialisées scienifiques e echniques (Secion M); les aures services regroupan le commerce réparaion d'auomobiles e de moocycles (Secion G) e l'hébergemen e resauraion (Secion I); les aciviés financières e immobilières concernan les aciviés financières e d'assurance (Secion K) e les aciviés immobilières (Secion L). Le niveau plus fin de la nomenclaure es uilisé pour qualifier les indusries manufacurières en ermes d'inensié echnologique (seceur de basses echnologies moyennes basses echnologies moyennes haues echnologies e haues echnologies). Pour ce faire es reenue la classificaion proposée par l'ocde (voir OCE Repère sur L'indusrie manufacurière française). Il a cependan éé 5. Voir Guillou e Nesa dans ce numéro pour une présenaion du calcul de la producivié oale des faceurs.

157 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 155 décidé d'ajouer aux seceurs manufacuriers dis de haues echnologies celui de la recherche e développemen scienifique apparenan aux services 6. Les données d'enreprises présenen pouran l'écueil suivan : la localisaion des firmes n'es pas nécessairemen équivalene à la localisaion des aciviés de producion ces dernières relevan des éablissemens propremen dis. Si ceres la rès grande majorié des enreprises son des mono-éablissemens (935 % des enreprises dans nore échanillon) les firmes pluri-éablissemens représenen dans nore base 53 % de la valeur ajouée e 56 % de l'emploi. Dans une problémaique géographique ces enreprises pluri-éablissemens incluen un biais non négligeable au bénéfice des errioires foremen agglomérés les enreprises ayan leur siège proche des grands cenres adminisraifs poliiques e économiques. Pour corriger le biais géographique son uilisées les Déclaraions Annuelles de Données Sociales des enreprises i.e. base DADS éablissemen ce qui perme de connaîre pour chaque enreprise sa main-d'œuvre par éablissemen. Ces éablissemens éan géo-localisés par commune e sous l'hypohèse d'une relaion proporionnelle enre la proporion des effecifs par éablissemen e les aures variables de producion (chiffre d'affaires valeur ajouée invesissemen sock de capial consommaions inermédiaires) il es ainsi possible de corriger le biais d'agrégaion évoqué précédemmen. Enfin pour chaque éablissemen géo-localisé le niveau de producivié (du ravail ou oale des faceurs) qui lui es alloué es celui de l'enreprise mère. Cela es cohéren avec l'idée que l'efficience producive es inelligible au niveau de l'enreprise dans son ensemble e aurai peu de sens économique au niveau de l'éablissemen. La logique producive d'un éablissemen es soumise aux choix organisaionnels de l'échelon décisionnaire que rese l'enreprise. Il en es de même pour la paricipaion au commerce inernaional : un éablissemen es considéré comme éablissemen exporaeur si l'enreprise dans son ensemble déclare exporer une parie de son chiffre d'affaires. Encore une fois les choix sraégiques de l'enreprise son répués gouverner la caracérisaion des éablissemens. 6. Code M72Z au niveau 129 de l'arborescence.

158 156 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa 1.2. Carographie des zones d emploi La care 1 présene les différenes zones d'emploi en les classan par quarile de densié de l'emploi de producivié du ravail d'inensié capialisique de aux de paricipaion des éablissemens au commerce inernaional de aux de renouvellemen des éablissemens e de réallocaion des emplois. À l'excepion de la densié de l'emploi qui concerne l'année 2010 ous les indicaeurs on éé calculés sur la période CARTE 1. Caracérisiques des zones d'emploi ( ) Sources : DADS-Eablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs.

159 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 157 La densié de l'emploi définie comme le rappor enre l'emploi d'une zone d'emploi sur sa superficie es la plus fore dans les régions Alsace Île-de-rance Rhône-Alpes dans les zones côières des régions PACA e Languedoc-Roussillon dans les zones de Clermon-errand Nanes Toulouse ou encore dans celles des déparemens du inisère e du Nord. Il n y a pas de corrélaion avérée enre cee care e celle de la producivié du ravail la concenraion des emplois n impliquan pas sysémaiquemen des rendemens croissans. Sans surprise en revanche une proximié exise enre la care de producivié du ravail e celle de l inensié capialisique. Plus l inensié capialisique es élevée plus la producivié du ravail es elle-même élevée. La paricipaion au commerce inernaional es la plus fore dans les bassins du Nord de l Es de Rhône-Alpes e de l Île-de-rance auxquels il fau ajouer les quelques bassins d aures régions le plus souven orienés vers les aciviés de haue echnologie. Enfin le renouvellemen des éablissemens 7 e la réallocaion de l'emploi 8 qui renden compe des ransformaions du issu producif local 9 son pariculièremen fors dans un grand quar sud-es en Île-de-rance la vallée de la Garonne e la Gironde la côe Alanique (sud Breagne e région nanaise). Ces aux élevés son vraisemblablemen corrélés avec la naure des aciviés de haue echnologie d un côé ourisiques de l aure. La care 2 décri la spécialisaion des zones d'emploi par grand seceur d'acivié enre 2002 e 2007 année d'avan-crise. L'indice de spécialisaion relaive es calculé de la manière suivane : VAzs / VA s zs ISRzs = (1) VA / z zs VA z s zs où VA représene la valeur ajouée de la zone d'emploi z dans le seceur désignan alernaivemen les indusries manufacurières 7. Le aux de renouvellemen des éablissemens es défini comme le rappor des éablissemens enrans ou sorans sur le nombre oal d'éablissemens pour une zone d'emploi donnée. 8. Le aux de réallocaion de l'emploi pondère chaque éablissemen enran soran ou exisan par le nombre d'employés. 9. Doisneau L. (2015) «Un iers du issu producif local se renouvelle chaque année» Insee Première n pages.

160 158 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa la consrucion les services de basses e moyennes echnologies les services de haues echnologies les aures services e les aciviés financières e immobilières. Le dénominaeur représene la par d'un seceur dans une zone d'emploi donnée. Le dénominaeur représene la par de ce seceur dans l'économie dans son ensemble. Si le raio es supérieur à l'unié alors la zone d'emploi es die relaivemen spécialisée dans ce seceur. S'il es inférieur à l'unié la zone d'emploi es relaivemen moins ou peu spécialisée dans ledi seceur. CARTE 2. Indice de spécialisaion par seceur d'acivié ( ) Sources : DADS-Eablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs.

161 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 159 CARTE 3. Taux de croissance de la valeur ajouée (2008/2011) par seceur d'acivié Sources : DADS-Éablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs.

162 160 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa CARTE 4. Taux de croissance de l'emploi (2008/2011) par seceur d'acivié Sources : DADS-Eablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs. S'il es illusoire de préendre rendre compe avec ces cares de la complexié e de la diversié de profils locaux il apparaî cependan que les services dis de haue echnologie s'agrègen auour des grands pôles économiques e adminisraifs alors que les indusries manufacurières en son plus disanes.

163 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 161 Les cares 3 e 4 décriven les zones d'emploi en ermes de aux de croissance de la valeur ajouée e de l'emploi duran les années d'après-crise. Ces cares révèlen le changemen srucurel profond e relaivemen homogène sur le errioire consisan dans un basculemen des aciviés manufacurières vers les services de haue echnologie. CARTE 5. Indice de spécialisaion par inensié echnologique ( ) Sources : DADS-Eablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs.

164 162 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa CARTE 6. Taux de croissance de la valeur ajouée (2008/2011) par inensié echnologique Source : DADS-Eablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs. Les cares 5 à 7 décriven les mêmes évoluions s agissan des aciviés manufacurières regroupées selon leur inensié echnologique. Ces cares monren que les aciviés manufacurières (incluan les services de R&D) à haue valeur ajouée se concenren auour de l'île-de-rance Grenoble Toulouse Aix-en- Provence Bordeaux e Monpellier pour l'esseniel. La pariion régionale des spécialisaions secorielles apparaî en oure propre aux zones d'emploi.

165 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 163 CARTE 7. Taux de croissance de l'emploi (2008/2011) par inensié echnologique Sources : DADS-Eablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs. Les cares révèlen enfin les effes négaifs de la crise sur l'emploi e sur la valeur ajouée puisque la plupar des errioires es ouchée Les dispariés enre zones d emploi : un es formel L'analyse de la variance sur données d'enreprises perme d'esimer si la performance des enreprises diffère significaivemen d'une zone d'emploi à l'aure. Or les zones d'emploi diffèren sysémaiquemen en ermes de composiion secorielle imposan de compléer l'exercice saisique en conrôlan au regard de l'appare-

166 164 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa nance secorielle de l'enreprise e de la phase du cycle économique. Le modèle d'analyse de la variance s'écri comme sui : Y izs = Σ z β z d z + Σ s β s d s + Σ β d + ϵ izs (2) où les indices i z s e définissen l'enreprise la zone d'emploi le seceur e l'année respecivemen. Le veceur Y izs es un veceur de variable de performance de l'enreprise incluan la valeur ajouée l'invesissemen le aux de croissance de l'emploi le aux de croissance de la producivié du ravail e oale des faceurs : Y izs = {VA; I; ΔE; Δ(VA/E); ΔPT}. Nous ne réperorions pas les valeurs des paramères esimés mais la saisique de isher qui nous perme de conclure sur des différences significaives de performance enre enreprises de différenes zones d'emploi audelà de leur apparenance secorielle e du cycle économique. Trois précisions imporanes son nécessaires. Premièremen l'inclusion des aux de croissance de performance équivau à conrôler au regard de l'héérogénéié inobservée des enreprises (de leurs caracérisiques srucurelles) e donc à rendre le es plus conservaeur vis-à-vis de l'hypohèse nulle d'absence d'effe régional. Deuxièmemen le seceur es défini à deux niveaux d'agrégaion : le niveau A129 e le niveau A L'inclusion d'un niveau rès fin (A732) rend égalemen le es plus conservaeur visà-vis de l'hypohèse nulle d'absence d'effe régional. Enfin nous avons croisé les effes propres «seceur» e «année» de la manière suivane : Y izs = Σ z β z d z + Σ s β s (d s x d ) + ϵ izs. (3) Le modèle (3) implique que le cycle macroéconomique commun à oues les enreprises de l'économie devien un cycle propre au seceur. À nouveau ceci rend le es plus conservaeur vis-à-vis de l'hypohèse nulle d'absence d'effe régional. Les résulas du modèle (6) corroboran ceux du modèle (2) nous reporons ceux du modèle (2) seulemen. Le ableau 1 reranscri les résulas d'une série d'analyses de la variance. L'inérê de l'exercice réside dans le es de la présence d'un effe propre de la zone d'emploi qui va au-delà de la srucure 10. Le leceur peu consuler la page de l'insee pour connaîre le déail de la nomenclaure des aciciés françaises : hp:// /naf2008.hm.

167 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 165 indusrielle locale e du cycle macroéconomique commun à l'ensemble des zones. La significaivié de la saisique de isher que l on observe dans la plupar des cas implique que les différences enre zones d'emploi son dues à des différences qui ne relèven pas exclusivemen de leur srucure indusrielle ou du cycle économique. L héérogénéié enre les bassins d emploi ne peu donc pas êre seulemen aribuée aux différences de srucure secorielle e de phase des cycles économiques. Elle révèle l exisence de faceurs locaux dans la déerminaion de leurs performances. Tableau 1. Tes de la présence d'un effe spécifique de zone d'emploi Analyse de la variance Niveau 129 Niveau Ln VA 511.9*** 350.9*** 173.1*** 562.1*** 377.1*** 196.7*** Ln INV 65.9*** 42.2*** 26.0*** 76.1*** 46.3*** 32.3*** ΔE 3.5*** 3.0*** 2.6*** 3.4*** 2.8*** 2.5*** ΔVA/E 1.6*** 2.1*** *** 2.0*** 1.0 ΔPT 1.5*** 1.7*** 1.2*** 1.4*** 1.6*** 1.2*** Observé *** p<0.01 ** p<0.05 * p<0.1. La saisique de es reporée. Toues les analyses incluen un veceur comple de variables muees d'années e de seceurs au niveau A129 e A732. Le nombre d'observaions es en millions. Ln : logarihme naurel ; VA : valeur ajouée (en euros de 2010) ; INV : invesissemen (en euros de 2010) ; ΔE : aux de croissance de l'emploi ; ΔVA/E : aux de croissance de la producivié du ravail ; ΔPT : aux de croissance de la producivié oale des faceurs. Les résulas demeuren si nous croisons les effes fixes années e seceurs. L exisence d effes propres indique que la performance globale de l économie coninue de dépendre de condiions propremen microéconomiques celles qui déerminen la sraégie e la performance des enreprises e qui on une dimension spaiale. Les effes propres ou avanages associés aux relaions de proximié loin de préexiser ou d êre le frui de changemens exogènes son quelle que soi leur naure le résula d une évoluion qui peu empruner des seniers variés. L exisence à des degrés divers des exernaliés de spécialisaion (dies exernaliés de Marshall- Arrow-Romer) des exernaliés d urbanisaion liées à la diversié secorielle (dies exernaliés de Jacobs) ou encore des exernaliés liées à la concurrence (dies exernaliés de Porer) es avérée. Mais le problème es moins de signaler leur exisence e leur degré que

168 166 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa de comprendre commen elles on pu exiser e se pérenniser. Les différences de performances de croissance ne peuven pas êre réduies à des différences de echnologie (y compris les echnologies de ranspor) qui expliqueraien l exisence des effes exernes locaux e qui évolueraien de manière sricemen exogène. Elles résulen aussi e surou des modes de coordinaion enre enreprises conçues comme des nœuds de réseaux don la consiuion relève des forces du marché auan que des inervenions publiques. Le rôle ainsi aribué aux réseaux implique d en considérer la naure afin d en déduire le ype d inervenion publique suscepible d assurer leur efficacié immédiae e à plus long erme. 2. Les dynamiques spaiales 2.1. Décomposiion de la croissance macroéconomique La croissance de la producivié es souven perçue comme le résula d'effes d'apprenissage des forces producives. Or même en l'absence de ces effes il es possible d'observer une croissance de la producivié (du ravail ou oale des faceurs) dès lors que les enreprises les plus producives gagnen des pars de marché e les enreprises les moins producives en perden. Il en va de même pour la répariion spaiale des aciviés : si les errioires les plus producifs gagnen en pars de marché alors la croissance économique bénéficiera au final de la réallocaion spaiale des aciviés. Si au conraire ils perden des pars de marchés la réallocaion spaiale des aciviés aura un impac négaif sur la croissance économique globale. Plus formellemen on peu décomposer le aux de croissance de la producivié Δθ de l'ensemble de l'économie (ou d'un seceur en pariculier) en deux ermes comme sui : Δθ = w Le erme de gauche mesure la conribuion de la croissance de la producivié résulan des effes d'apprenissage des aceurs d'une zone d'emploi (Δθ z ) à srucure spaiale donnée où w z es le poids moyen de la zone d'emploi dans l'ensemble de l'économie (ou pour un seceur pariculier) pour une période donnée. Le second erme mesure la conribuion de la dynamique de la srucure spaiale à la croissance globale. Si la réallocaion des aciviés Δw z enre erri- w z Δθ z z+ Δ z θ z z (4)

169 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 167 oires s'effecue vers les zones d'emploi les plus (moins) producives la conribuion sera posiive (négaive). Cee décomposiion peu s'effecuer sur la producivié du ravail ou oale des faceurs. Le ableau 2 présene les résulas basés sur la producivié oale des faceurs. Tableau 2. Décomposiion de la croissance apprenissage e réallocaion spaiale Producivié oale des faceurs ( ) TCAM Apprenissage des errioires Réallocaion spaiale Ensemble de l'économie (100 %) (81 %) (19 %) Indusries manufacurières (100 %) (103 %) (-3 %) Consrucion (100 %) (92 %) (8 %) Services MLT (100 %) (47 %) (53 %) Services HT (100 %) (107 %) (-7 %) Aures services (100 %) (-9 %) (109 %) inances e immobilier (100 %) (18 %) (82 %) Producivié oale des faceurs ( ) TCAM Apprenissage des errioires Réallocaion spaiale Ensemble de l'économie (100 %) (57 %) (43 %) Indusries manufacurières (100 %) (16 %) (84 %) Consrucion (100 %) (99 %) (1 %) Services MLT (100 %) (84 %) (16 %) Services HT (100 %) (62 %) (38 %) Aures services (100 %) (-63 %) (163 %) inances e immobilier (100 %) (32 %) (68 %) TCAM : aux de croissance annuel moyen. La colonne 1 es la somme des colonnes 2 e 3.

170 168 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa Le principal enseignemen es que la croissance de la producivié es esseniellemen le résula des effes d'apprenissage des errioires donc de l'apprenissage des enreprises. Pendan les années de croissance ( ) cee conribuion s'élève à 8 poins de pourcenage soi 81 % de la croissance globale. Les phénomènes de réallocaion spaiale des aciviés conribuen à haueur de 19 poin de pourcenage soi 19 % de la croissance globale observée. Cee observaion d'ensemble ne doi pas cacher des spécificiés secorielles. Pour les indusries manufacurières e les services de haues echnologies le consa es idenique. Ceci n'es guère surprenan dans la mesure où la dynamique producive es le résula d'effors d'innovaion par les enreprises e c'es précisémen dans ces deux seceurs que l'effor de recherche es le plus imporan. Les aures services se singularisen par la conribuion posiive de la réallocaion spaiale. Pour les aures seceurs la faiblesse de la croissance es due à la conribuion négaive des deux effes. Pendan les années de crise la baisse de la producivié (-5 % de aux de croissance annuel moyen) vien d'un effondremen des apprenissages locaux (-29 poins de pourcenage soi 57 % de la baisse) e des phénomènes de réallocaion (-21 poins soi 43 % de la baisse). Les seuls seceurs enregisran une augmenaion de leur producivié son les services de haues echnologies e les aures services résula d'une imporane conribuion posiive de la réallocaion des aciviés vers les zones d'emplois les plus producives (+07 e +06 poins de pourcenages respecivemen). Les services de haues echnologies demeuren innovans en dépi d'une baisse noable du erme d'innovaion (+12 poins de pourcenage). Au final les années de croissance semblen se caracériser par la rès fore conribuion de l'innovaion aux gains de producivié. La conribuion de la réallocaion spaiale des aciviés si elle es posiive rese faible. La violence de la crise de 2008 s'es raduie par un assemen voire une réducion des niveaux de producivié des enreprises e des errioires résula d'un arrê des processus d'apprenissage e d'une réallocaion spaiale des aciviés vers des errioires peu producifs Les convergences σ e β des zones d'emploi Les dynamiques spaiales peuven égalemen êre analysées en ermes de convergence ou de divergence σ e β. Il y a convergence σ

171 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 169 si l'écar-ype d'une grandeur économique comme le PIB par habian ou la producivié diminue avec le emps. La convergence σ es une mesure de la variance de la producivié enre zones d'emploi pour une année donnée. Si σ 2 θ z1 < σ 2 θ z0 où les indices 0 e 1 définissen respecivemen le débu e la fin de la période éudiée alors la dispersion des niveaux de producivié diminue. Le second ou convergence β révèle l exisence d un rarapage. Le graphique 1 reranscri l'évoluion de l'écar-ype de la producivié du ravail (parie gauche) e oale des faceurs (parie droie). Afin de maérialiser le changemen de classificaion indusrielle en 2008 pouvan enraîner de fores non linéariés l'évoluion annuelle observée enre les années 2007 e 2008 n'es pas représenée. Les deux graphes monren une croissance imporane de la dispersion jusqu'au débu des années 2000 puis dans la première moiié des années 2000 une diminuion significaive. Par la suie les endances mesurées divergen. En ermes de producivié du ravail les dispariés locales sagnen. En ermes de producivié oale des faceurs dès 2004 les dispariés locales augmenen. Graphique 1. Convergence σ de la producivié du ravail e oale des faceurs ( ) 35 Producivié du ravail 050 Producivié oale des faceurs Sources : DADS-Éablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs. La différence enre les deux évoluions dans la dernière période ien à ce que les noions mesuren. L une se réfère au ravail l aure au ravail e au capial. Les ajusemens qui fon suie à la crise ouchen différemmen les deux faceurs ce qui peu expli-

172 170 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa quer la sabilié de l indice de convergence dans un cas e son augmenaion dans l aure. Un marché du ravail relaivemen homogène d un bassin d emploi à l aure e d un seceur à l aure serai ici à mere en balance avec des ajusemens en réacion aux chocs plus foremen différenciés s agissan du capial e sans doue moins rapides 11. Graphique 2. La convergence σ par seceur (Producivié du ravail ) 04 Indusries manufacurières 035 Consrucion Services MLT 060 Services HT Aures services 10 inances e immobilier Sources : DADS-Éablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs. 11. Rappelons que Guillou e Nesa (ce numéro) concluen égalemen que le faceur ravail s'ajuse plus rapidemen que le faceur capial.

173 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 171 Graphique 3. La convergence σ par seceur (Producivié oale des faceurs ) 0140 Indusries manufacurières 065 Consrucion Services MLT 022 Services HT Aures services 036 inances e immobilier Sources : DADS-Éablissemens ICUS ARE. Calcul des aueurs. Deux raisons peuven jusifier cee appréciaion. Tou d'abord la crise économique a renforcé l'exposiion de ceraines aciviés e de cerains errioires à la concurrence inernaionale rendan obsolèe une parie de plus en plus imporane du sock de capial des enreprises concernées e exacerban les dispariés locales. La srucure secorielle des aciviés la aille moyenne des enreprises la présence de grands groupes plus résisans que les peies enreprises son auan de sources d'héérogénéié des zones d'emplois enre elles dans leur rappor au sock de capial. À cela il fau sans doue ajouer le rôle discriminan du financemen local des enreprises qui s exerce au dérimen des plus peies.

174 172 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa Les données globales ne doiven pas masquer l exisence de dispariés locales. S agissan de la mesure de la producivié du ravail elle fai apparaîre de sérieuses différences enre les seceurs. L analyse des indusries manufacurières e des seceurs de la finance e de l'immobilier mais aussi dans une moindre mesure des services de basse echnologie semble pluô révéler un phénomène significaif de convergence. La même conclusion ne vau pas pour les seceurs de la consrucion des services de haue echnologie e des aures services 12. S agissan de la mesure associée à la producivié oale des faceurs elle révèle une absence de convergence si l on excepe les services de basse e moyenne echnologies depuis 1997 e dans une moindre mesure les aures services depuis Pour l'indusrie manufacurière le consa es celui d'une absence de convergence voire même d'une divergence croissane. Inense en capial elle es sensible aux chocs économiques enraînan l'obsolescence accélérée du capial producif e pouvan affecer l'accès au financemen local. La convergence β es un es formel du modèle sandard de croissance. Ce modèle prévoi que les économies les moins développées enden à croîre plus rapidemen impliquan à erme un rarapage des régions riches par les régions pauvres. Touefois l'hypohèse d une convergence de ce ype es depuis longemps conesée arguan que la présence de faceurs spécifiques es suscepible d'enreenir voire d'exacerber les différences enre régions. L'équaion de convergence non condiionnelle es la suivane : 1 θ z + T = α βθz + ϵ z (5) T θz où θ représene le logarihme niveau de producivié (du ravail ou oale des faceurs) de la zone d'emploi z à l'année T es le nombre d'années enre le débu e la fin de la période éudiée si bien que (1/T) (θ z+t /θ z ) représene le aux de croissance annuel moyen de la zone d'emploi sur la période. La convergence enre zones géographique implique que 0 < β < 1 si bien que les zones d'emploi au niveau de producivié iniial le plus élevé on des aux de 12. Nore poin de vue es que ce changemen de consane relève de l'arefac saisique le sysème de recensemen des enreprises changean de définiions e une nouvelle nomenclaure de classificaion indusrielle éan mise en place.

175 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 173 croissance plus faibles. La valeur absolue du paramère esimé es égalemen une indicaion de la viesse de convergence enre errioires. L'équaion (5) es esimée par les MCO 13. Le ableau 3 réperorie le paramère β de l'équaion 1 pour l'ensemble de l'économie e par seceur pour la producivié du ravail e pour la producivié oale des faceurs. Le consa d'ensemble e que ous les paramères son significaivemen négaifs quelle que soi la période choisie ( ; ; ) quel que soi l'indicaeur de producivié reenu e quel que soi le seceur (à l'excepion des services de basse e moyenne echnologie). Auremen di il y a bien un phénomène de rarapage dans l'ensemble des seceurs. Il ne fau pas voir de conradicion avec les conclusions précédenes relaives à la convergence σ. La convergence β es ceres liée à la convergence σ mais la première n'es pas une condiion suffisane de la seconde. En écrivan l'équaion (5) (θ z1 = α (1 β) θ z0 + ϵ z1 la variance de θ z1 s'écri comme sui : ( 1 ) θ = 1 θ σ β σ σ L'équaion (6) monre clairemen que la variance des niveaux de producivié décline si le paramère β es négaif. Touefois cee variance es égalemen affecée par la variance des chocs σ 2 ϵ. À long erme (σ 2 θ 1 = σ 2 θ 0 = σ 2 θ ) on peu monrer que la dispersion de la producivié es posiivemen affecée par la variance des chocs e négaivemen par la viesse de convergence : σ 2 θ = 2 ( 1 ( 1 β ) ) Auremen di la convergence β si elle rese une condiion nécessaire n'es pas une condiion suffisane pour assurer la convergence σ. Avoir un aux de croissance élevé n'implique pas de raraper les régions les plus développées. σ 2 (6) (7) 13. L'équaion (5) es esimée par les MCO de façon non-biaisée si θ z e ϵ z son indépendans ce qui par ailleurs impliciemen implique que la croissance poenielle des zones d emploi es idenique. S il exise en oure un effe fixe géographique (α z ) rendan compe de l'héérogénéié non observée des zones d'emploi comme par exemple la qualié des infrasrucures locales celuici aurai un impac sur le niveau de la producivié mais pas sur son aux de croissance. L'équaion (5) esiman le aux de croissance de la producivié fai donc l'hypohèse que cee héérogénéié non observée es indépendane du aux de croissance de la producivié.

176 174 Jean-Luc Gaffard e Lionel Nesa Tableau 3. Convergence β pour l'ensemble de l'économie e grands seceurs Producivié du ravail Δβ -sa. Ensemble de l'économie *** *** *** ** (0.002) (0.003) (0.004) Indusries manufacurières *** *** *** (0.003) (0.006) (0.010) Consrucion *** *** *** (0.006) (0.009) (0.015) Services MLT *** *** *** (0.005) (0.008) (0.008) Services HT *** *** *** (0.008) (0.013) (0.013) Aures services *** *** *** *** (0.007) (0.008) (0.006) inances e immobilier *** *** *** *** (0.003) (0.008) (0.009) Producivié oale des faceurs Δβ -sa. Ensemble de l'économie *** *** *** (0.002) (0.004) (0.005) Indusries manufacurières *** *** *** * (0.006) (0.010) (0.011) Consrucion *** *** *** *** (0.005) (0.007) (0.014) Services MLT *** *** *** (0.005) (0.010) (0.016) Services HT *** *** *** (0.008) (0.014) (0.009) Aures services *** *** *** (0.004) (0.007) (0.010) inances e immobilier *** *** *** (0.006) (0.009) (0.012) Un signe négaif de Δβ implique une accéléraion de la viesse de convergence donc du rarapage enre zone d'emplois. Deux nuances à ce consa d'ensemble doiven êre apporées. Tou d'abord si l'on compare les deux périodes e on observe un ralenissemen du ryhme de convergence de la producivié du ravail. Ce ralenissemen es significaif pour l'ensemble de l'économie (-sa = 2) pour les services de basse e moyenne echnologie e pour les aures services. Dans le seceur

177 Dispariés locales e crise économique : éclairages préliminaires 175 des services financiers e immobiliers les zones d'emplois semblen converger. Le rarapage perdure donc mais avec une viesse plus faible. La deuxième nuance es qu'en ermes de producivié oale des faceurs il ne semble pas y avoir de changemen significaif dans la viesse de convergence à l'excepion du seceur de la consrucion. Dans l'ensemble l'exercice d analyse de la convergence suggère que les dispariés e donc les spécificiés locales demeuren. La réducion de l'héérogénéié producive enre zones d'emploi observée avan la crise ne s es pas globalemen inerrompue. Son ryhme s es rédui. C es sans doue que la crise pour globale qu elle apparaisse ne me pas un erme aux différences enre seceurs e enre zones d emploi. 3. Conclusion Les cares révèlen une rès fore héérogénéié des errioires en ermes de densié d emploi de producivié du ravail d'inensié capialisique de paricipaion au commerce inernaional e de resrucuraion du issu producif. La crise a frappé de manière assez homogène ces errioires en ermes d'évoluion de la valeur ajouée e de l'emploi. Elle s'es raduie par une réducion sensible des niveaux de producivié. Cee baisse es le résula conjoin d'une diminuion des apprenissages locaux d'une par e d'une réallocaion spaiale des aciviés vers des errioires moins producifs d aure par. Touefois un basculemen de l acivié vers les services e les indusries manufacurières de haue echnologie es manifese. Il émoigne d un changemen srucurel de l'économie sans doue accéléré par la crise. Il s inscri dans un conexe où le degré d efficacié e la capacié de résilience de chaque errioire réponden à des effes propres qui iennen vraisemblablemen à la naure du issu organisaionnel qui les caracérise. Aussi les poliiques économiques locales imporen-elles auan que les poliiques macro-économiques. Ce son naurellemen des poliiques srucurelles qui ouchen à l organisaion indusrielle. Elles doiven êre des poliiques diversifiées adapées aux conexes locaux pluô que des recees qui s appliqueraien uniformémen à ous les errioires.

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179 RANCE ET ALLEMAGNE : UNE HISTOIRE DU DÉSAJUSTEMENT EUROPÉEN Mahilde Le Moigne OCE ENS Xavier Rago 1 OCE Sciences Po La divergence économique enre la rance e l Allemagne depuis 1993 es impressionnane. Alors que les deux pays éaien dans des siuaions comparables à la fin des années 1990 l Allemagne es aujourd hui au voisinage du plein emploi en dépi d inégaliés en hausse e es devenue l un des pays les plus exporaeurs du monde. La rance connaî un niveau de chômage hisorique e voi ses performances commerciales se dégrader coninûmen. Plusieurs explicaions à cee divergence on éé proposées. Ce aricle quanifie la conribuion pariculière de la modéraion salariale allemande débuan oure-rhin au milieu des années 1990 sur l écar de performances économiques franco-allemand. En effe les salaires allemands son resés exraordinairemen sables après la réunificaion allemande e ce esseniellemen dans les services. À l aide d un modèle quaniaif de commerce inernaional nous esimons que la modéraion salariale allemande es responsable de l ordre de la moiié de l écar de performances à l exporaion de la rance par rappor à l Allemagne e explique environ 2 % du aux de chômage français. Le problème de l offre en rance es esseniellemen le résula du désajusemen européen. Mos clés : rance Allemagne divergence européenne marché du ravail. 1. Les aueurs iennen à remercier Chrisophe Blo Odile Chagny e Philippe Marin pour leurs remarques e leurs correcions sur ce ravail. Revue de l OCE 142 (2015)

180 178 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago 1. Inroducion Depuis la crise économique européenne de 2009 ous les regards convergen vers l Allemagne. Alors que la rance peine à redresser son acivié économique l Allemagne semble en bien meilleure sané. Les sympômes du malaise français son la faible croissance un aux de chômage aeignan des niveaux hisoriques des peres de pars de marché à l exporaion e un défici de la balance courane. De l aure côé du Rhin nore voisin proche du plein-emploi es un des pays les plus exporaeurs du monde. Pouran la proximié enre la rance e l Allemagne n es plus à démonrer : proximié hisorique les deux pays son au cœur de la consrucion européenne e du marché commun mais égalemen proximié économique puisque les deux pays son exposés au même environnemen macro-économique e présenen des srucures d offre similaires en ermes de produis (onagné e Gaulier 2008). La comparaison enre la rance e l Allemagne es devenue un exercice classique du déba public mais se nourri souven d une vision ronquée ou parielle du modèle allemand (Blo e al. 2015). L explicaion des divergences enre la rance e l Allemagne a donné lieu à une moisson de causes possibles que l on peu résumer en 5 caégories. 1. Parmi les principaux faceurs avancés la capacié d innovaion e de monée en gamme des exporaeurs allemands es un argumen récurren. Sraégie «hisorique» de l Allemagne depuis les années 1980 (Sorge e Sreeck 1988) elle serai rendue possible par une organisaion indusrielle pariculière le Mielsand. Cee organisaion es décrie par Herrigel (1995) comme un «ordre indusriel décenralisé» composé d une muliude de peies e moyennes enreprises hauemen spécialisées e encadrées par une législaion favorisan l innovaion e la formaion de maind œuvre qualifiée. Caracérisé par un mode d organisaion des enreprises favorable à l implicaion des salariés le «parenaria conflicuel» (Müller-Jensch 1986) il perme par ailleurs comme le souligne Boyer (2015) une large décenralisaion des négociaions salariales. De fai la qualié des produis allemands la capacié de mainenir un service après-vene qui s adape à la demande e le consan effor d innovaion semblen avoir main-

181 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 179 enu l avanage hors-prix de l Allemagne par rappor à la rance sur les dernières décennies. 2. Une seconde explicaion concerne la meilleure inégraion de l Allemagne dans le commerce inernaional. En pariculier les enreprises allemandes on pu exernaliser ceraines âches de producion vers les pays européens de l ex-bloc de l Es où les coûs salariaux son bien plus faibles (Grömling 2008). Si cerains économises on perçu cee évoluion comme un risque pour l Allemagne (Sinn 2006 «économie de bazar») cee «opimisaion des chaînes de valeur» aurai donné un avanage en ermes de compéiivié-coû à l Allemagne. À ce phénomène d ousourcing s ajouerai un posiionnemen sraégique de l Allemagne exporaeur de biens d équipemen pour l esseniel sur le marché des économies émergenes foremen demandeuses de els produis (Boyer 2015). 3. Une roisième cause pour expliquer la divergence franco-allemande renvoie à la différence du coû du ravail enre les deux pays. La modéraion salariale allemande au cours des ving dernières années résula de la double influence de la réunificaion allemande e d une radiion de négociaions salariales décenralisées (Dusmann e al. 2014) a éé exraordinaire parmi les pays européens. Si celle-ci a principalemen concerné les seceurs des biens non-échangeables elle a indirecemen fourni un avanage de compéiivié-coû aux seceurs exporaeurs uilisaeurs de services aux enreprises non-échangeables dans leur processus de producion. Il es probable que la sabilié des prix immobiliers en Allemagne (alors qu ils éaien mulipliés par plus de 2 en rance depuis la fin des années 1990) ai égalemen grandemen favorisé cee modéraion salariale au cours des dernières années (Agliea e Rago 2015). 4. Dans le même ordre d idée une quarième cause avancée de manière récurrene dans les débas es l influence des réformes du marché du ravail allemand en à la suie de la mise en place des lois Harz (Agenda 2010) sur le aux de chômage de nore voisin. Visan le seceur eriaire en priorié ces réformes avaien pour bu de renforcer la lue conre le chômage en favorisan la créaion d emplois à faibles salaires (Harz II) en imposan les condiions d accepabilié de l emploi e de mobilié pour les chômeurs (Harz I) e en diminuan les indemniés de chômage

182 180 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago dès 2005 (Harz IV). De nombreux aueurs (izenberger 2009 pour une synhèse criique) soulignen la flexibilisaion du marché du ravail induie ainsi que le renforcemen de la segmenaion enre le marché «couver» (Dusmann e al. 2014) de l emploi dans le seceur exposé (concenran des ravailleurs hauemen qualifiés e les haus salaires) e le marché du ravail «découver» dans le seceur abrié (basses qualificaions e faibles niveaux de revenus). De elles réformes n on pu selon les analyses que renforcer le déséquilibre des négociaions salariales en faveur des employeurs au moins dans le seceur des services e l augmenaion des inégaliés salariales en Allemagne (Blo e al. 2015). Il y a cependan consensus sur la conribuion de ces lois à la réducion du chômage oure-rhin jusqu en Enfin une dernière explicaion proposée es la différence dans les srucures de concurrence enre les deux pays. Une organisaion plus concurrenielle des seceurs abriés de la concurrence inernaionale en Allemagne (services immobiliers) résula hypohéique des réformes Harz (Boyer 2015) rendrai possible une baisse des aux de marge e donc des prix dans ces seceurs induisan une dévaluaion relaive du aux de change allemand par rappor au aux de change français (Bénassy-Quéré e Coulibaly 2014). L augmenaion du conenu en services des expors européens d une par (Chepea e al. 2014) e l augmenaion des recours aux services dans les processus de producion indusrielle d aure par (Croze e Mile 2014) accenuen encore l impac d un el décalage de concurrence dans des seceurs a priori exclus de la compéiion inernaionale (Gaulier e Vicard 2012). Il semble qu à ce jour il n exise pas d éudes permean de réellemen discriminer les ordres de grandeur de chacune des explicaions avancées. Parmi les causes menionnées ci-dessus quels son les faceurs réellemen imporans? Pour répondre à cee quesion nous présenons dans ce aricle l hisoire économique française e allemande de 1993 à 2012 en différencian deux seceurs d acivié économique : le seceur des biens échangeables e donc exposés à la concurrence inernaionale comme l indusrie e les services échangeables e le seceur des biens non-échangeables comme la consrucion ou les services à la personne. Une elle représenaion du issu producif perme d appréhender l esseniel des divergences européennes e

183 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 181 de reproduire l inerdépendance commerciale de la rance e de l Allemagne. On reconsrui égalemen les demandes domesiques e exérieures de ces produis ainsi que la formaion des prix de chaque seceur afin de mere en valeur la formaion des coûs e des prix en rance e en Allemagne. On peu ainsi reproduire sur des séries longues (de 1993 à 2012) la dynamique des prix des marges des salaires des coûs uniaires ainsi que des coefficiens echniques pour chaque pays. Nous consruisons un modèle permean d incorporer les explicaions présenées plus hau de la divergence franco-allemande en se focalisan sur les déerminans de la compéiivié-prix e hors-prix de chaque pays. Ce modèle perme de réaliser des «hisoires ficives» ou «conrefacuelles» permean de quanifier le rôle des différens faceurs proposés pour expliquer l écar si imporan des balances commerciales française e allemande. En conclusion nous monrons que la modéraion salariale qui a éé observée en Allemagne au cours des deux dernières décennies explique à elle seule 40 % de l écar des performances exporarices enre la rance e l Allemagne. De ce fai la modéraion salariale allemande a foremen pénalisé le seceur exporaeur français. Le rese de l écar s explique par l amélioraion de la qualié des biens allemands e probablemen la meilleure orienaion géographique de l Allemagne dans ses exporaions. Il es imporan de noer que dans cee analyse nous ne prenons pas en compe l effe indirec de la dégradaion de la posiion commerciale de la rance sur la capacié des enreprises françaises à invesir moner en gamme e améliorer la qualié de leurs biens. Cee analyse sous-esime donc l impac économique de la modéraion salariale allemande sur le relèvemen à long-erme de l économie française. Il apparaî ainsi que le problème du «reard producif français» relève en grande parie (pour 40 % au moins) des désajusemens nominaux enre la rance e l Allemagne. L analyse de ce effe sur l écar des aux de chômage enre les deux pays es plus inceraine. Une esimaion conservarice es que ce écar d évoluion des coûs a conribué à une hausse du chômage en rance de 2 %.

184 182 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago 2. La divergence franco-allemande La balance commerciale d un pays résume la capacié d une économie à vendre plus qu elle n achèe au rese du monde. Une comparaison des balances commerciales française e allemande résume l hisoire de la divergence du couple franco-allemand e explique en parie le décalage de l Allemagne avec le rese de la zone euro. Les balances commerciales française e allemande suiven une rajecoire similaire de 1991 à 2000 avan de diverger brualemen au débu des années Alors que la rance présene un défici commercial de 2 % du PIB en 2012 l Allemagne enregisre un excéden commercial de 6 % du PIB. Graphique 1. Balance commerciale 7 En % du PIB Allemagne rance Source : Insee Desais calculs des aueurs. Alors que les imporaions françaises e allemandes suiven des rajecoires similaires sur oue la période le débu des années 2000 es caracérisé en rance par un ralenissemen de la croissance des exporaions à un aux inférieur à celui des imporaions ce qui explique la dégradaion rapide de la balance commerciale. Le lancemen de l euro au débu des années 2000 semble au conraire marquer un rebond des exporaions allemandes qui croissen de

185 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 183 manière plus imporane à parir de 2003 à un ryhme bien plus élevé que les imporaions (10 poins de plus enre 2003 e 2007). Ce graphique reflèe un aspec imporan du déséquilibre européen acuel : l esseniel de la croissance allemande provien de la croissance exerne (noammen des grands pays émergens) qui perme à l Allemagne d êre proche du plein emploi. Elle se siue à ce égard en conrepoin du rese de l Europe : au cours des années 2000 la demande inérieure allemande n augmenai que de 10 % andis qu elle augmenai de près de 35 % en moyenne dans le rese de la zone euro enre 2000 e Alors que le rese de l Europe voi sa croissance irée (ou mainenue en sagnaion) par la demande inérieure l Allemagne doi sa croissance à ses performances commerciales e à l orienaion géographique de ses exporaions (figure 8 en annexe). Quels son alors les déerminans du succès commercial allemand? Ce succès se fai-il au dérimen d aures économies européennes e noammen de la rance? Pour répondre à ces quesions la secion suivane éudie la différence enre les seceurs exporaeurs français e allemands. 3. Les seceurs échangeables e non-échangeables en rance e en Allemagne Dans cee secion nous simplifions la srucure des économies française e allemande en consruisan par l agrégaion des branches secorielles des compabiliés naionales de la rance e de l Allemagne deux seceurs d acivié par pays : le seceur des biens échangeables e le seceur des biens non-échangeables. Cela perme de présener les principales différences enre la rance e l Allemagne sur la période 1993 à 2012 pour lesquelles les données annuelles son oues disponibles. Le choix de la décomposiion de la producion en deux seceurs abrié e exposé répond à un riple objecif de simplificaion des données de rigueur par rappor à la liéraure sur les quesions de commerce inernaional 2 e à une nécessaire prise en compe des 2. On pense ici à l effe Balassa-Samuelson e aux écars de producivié induisan des effes sur les indices de prix à la consommaion.

186 184 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago différences insiuionnelles enre les seceurs échangeables e nonéchangeables au sein des deux pays 3.1. Qu es-ce que le seceur des biens échangeables? On considère de manière classique que le seceur exposé rassemble l ensemble des biens desinés à l exporaion e l on range donc dans cee caégorie l agriculure la sylviculure e la pêche l agro-alimenaire l indusrie manufacurière e exracive les echnologies d informaion e de communicaion e les services financiers e d assurance. Le seceur abrié rassemble l ensemble des biens non-exporables : la consrucion le commerce de gros e de déail le ranspor l hébergemen e la resauraion les services immobiliers les aures services noammen les services principalemen non-marchands. Les décomposiions françaises e allemandes des seceurs d acivié dans la compabilié naionale son assez proches sans pour auan êre exacemen équivalenes. La nomenclaure allemande recouvre en effe moins de caégories que la décomposiion française ce qui n empêche pas de disinguer clairemen la parie exposée à la concurrence inernaionale de la parie abriée de l économie. On considère que les services aux enreprises son des biens mixes dans la mesure où une parie seulemen de ces produis peu êre exporée. Cee dénominaion recouvre noammen en rance les «aciviés spécialisées scienifiques e echniques» (exporables e délocalisables) ainsi que les «aciviés de services adminisraifs e de souien» (acivié domesique propre à l adminisraion française) 3. En Allemagne la dénominaion «Unernehmendiensleiser» recoupe la même disincion 4. On a donc répari ces services proporionnellemen aux poids relaifs des deux seceurs dans l économie naionale. La par du seceur exposé à la concurrence inernaionale dans la valeur ajouée en rance es plus faible que celle de l Allemagne. La différence provien esseniellemen de la aille du seceur indusriel plus grande en Allemagne. La par du seceur exposé en rance s élevai à 26 % au débu de la période qui nous inéresse en 1991 e a légèremen augmené à parir de la fin des années Définiion INSEE nomenclaure NA rév. 2 (2008). 4. Klassifikaion der Wirschafszweige (2008) SaisichesBundesam.

187 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 185 pour aeindre près de 29 % en À l inverse en Allemagne la par du seceur exposé dans la VA naionale a diminué au débu des années 1990 (passan de 42 % à 38 % enre 1991 e 1996 résula vraisemblable du démanèlemen d une parie de l indusrie esallemande devenue obsolèe à la suie de la réunificaion) pour ensuie se sabiliser auour de 40 % de la VA jusqu en Ces chiffres révèlen une différence iniiale essenielle enre la rance e l Allemagne avec un seceur abrié de la concurrence inernaionale beaucoup plus conséquen en rance que chez son voisin. Une analyse proposée par Boyer (2015) pour expliquer la relaive peie aille du seceur exposé français souligne l imporance hisorique en rance du souien de l Éa cenralisé à quelques grands champions indusriels souien qui a éé progressivemen abandonné à parir du débu des années Par conrase l organisaion du issu producif allemand reposan sur une myriade de peies e moyennes enreprises a mainenu la aille du seceur des biens échangeables relaivemen consane au cours de deux dernières décennies Les sources de divergence enre la rance e l Allemagne Coûs uniaires de producion La divergence producive enre la rance e l Allemagne es largemen visible dans l évoluion des coûs uniaires de producion depuis Les coûs uniaires de producion son les coûs oaux nominaux de la producion d une unié de biens (absracion faie de l évoluion de son prix de vene). Base 1993 = 100 Graphique 2. Indice du coû uniaire de producion 130 a) Seceur exposé b) Seceur abrié Allemagne rance rance Allemagne Sources : Insee Desais calculs des aueurs

188 186 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago On consae que dans le seceur exposé à la concurrence inernaionale les coûs de producion uniaires français son en moyenne inférieurs aux coûs allemands bien que l écar se réduise significaivemen à parir de 2006 dae à laquelle les coûs uniaires de producion se meen à augmener plus rapidemen en rance qu en Allemagne. Dans le seceur des biens non-échangeables en revanche la divergence enre les deux pays es flagrane. Alors que les coûs uniaires français dans le seceur abrié croissen coninûmen enre 1993 e 2012 e s apprécien de 47 % sur la période les coûs uniaires allemands augmenen à un ryhme beaucoup plus len e son dépassés en niveau par les coûs français dès Sur la période ils n on augmené que de 17 %. Ainsi en 2012 les coûs de producion uniaires français dans le seceur exposé ne son que 8 % plus élevés que les coûs allemands par rappor aux niveaux de 1993 alors qu ils son 30 % plus élevés dans le seceur des biens non-échangeables. Évoluion des prix La différence des coûs nominaux enre les seceurs ne s es pas raduie linéairemen par une différence enre les prix de vene des biens dans les deux seceurs. Base 1993 = 100 Graphique 3. Indice des prix 120 a) Seceur exposé b) Seceur abrié Allemagne rance rance Allemagne Sources : Insee Desais calculs des aueurs. En effe une comparaison de l indice des prix enre les deux pays révèle qu en niveau les prix allemands n on fai que raraper les prix français enre 1991 e le milieu des années Deux endances se disinguen : dans le seceur des biens échangeables

189 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 187 les prix français son demeurés relaivemen sables sur oue la période e on même diminué à parir du débu des années En 2012 l indice des prix français du seceur exposé s es déprécié de 3 % par rappor à son niveau de L indice des prix allemands à l inverse s es coninûmen apprécié sur la période e a augmené de 17 % par rappor à son niveau de Dans le seceur abrié de la concurrence inernaionale en revanche les prix français on augmené beaucoup plus rapidemen que ceux du pays voisin avec une appréciaion de 54 poins enre 1993 e 2012 andis que les prix allemands ne se son appréciés que de 21 % dans la même période. Il apparaî donc que dans le seceur des biens échangeables les prix français on moins augmené que les coûs nominaux andis que dans le seceur proégé ils on bien suivi l évoluion des coûs de producion. Cela condui à une hausse imporane du prix relaif des biens nonéchangeables par rappor aux biens échangeables en rance. Taux de marge Une aure représenaion de ce phénomène es la chue des aux de marge français de plus de 20 poins enre 1998 e 2012 dans le seceur des biens échangeables à l opposé du aux de marge allemand mainenu sable sur la même période. Graphique 4. Indice du aux de marge appliqué Base 1993 = 100 a) Seceur exposé b) Seceur abrié Allemagne 107 rance rance Allemagne Sources : Insee Desais calculs des aueurs. Ce graphique révèle un réel effor de marge de la par des enreprises françaises pour mainenir leur compéiivié-prix (ce que soulignen les rappors du CEO e du CEPII) le aux de marge éan

190 188 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago uilisé comme variable d ajusemen face à l appariion de nouveaux compéieurs. Il reflèe égalemen la faible élasicié-prix des exporaions allemandes dans le commerce inernaional les enreprises allemandes occupan une posiion d oligopole sur leurs biens exporés (Ducoudré e Éric Heyer 2014 ; Arus 2010). En revanche dans le seceur abrié le aux de marge des enreprises françaises s apprécie rès légèremen de 4 poins e demeure là encore consan en Allemagne révélan ainsi une différence dans la srucure compéiive de ces seceurs (poin sur lequel insise le rappor Gallois 2011). La fore augmenaion des marges françaises dans le seceur abrié reflèe un cerain dysfoncionnemen du marché français dans ce seceur ainsi qu un problème sur la formaion des salaires. Salaires nominaux En rance les salaires on augmené régulièremen e de manière comparable dans les deux seceurs. Le salaire individuel moyen (coisaions sociales incluses) dans le seceur exposé à la concurrence inernaionale a augmené de près de 70 % enre 1993 e 2012 andis que le salaire individuel moyen dans le seceur abrié augmenai de 52 % dans le même emps. Cee dynamique es dans la moyenne européenne e la rance ne fai donc pas figure d excepion à ce égard. En revanche l évoluion des salaires nominaux allemands paraî beaucoup plus aypique noammen dans le seceur des biens non-échangeables où le salaire individuel moyen es resé exraordinairemen sable sur près de dix ans. En effe alors que les salaires nominaux dans le seceur des biens échangeables s apprécien de 51 % enre 1993 e 2012 le salaire moyen dans le seceur abrié ne s apprécie que de 10 % enre 1993 e 2001 e rese ensuie à ce niveau jusqu en 2008 dae à laquelle il recommence à augmener légèremen. En 2012 les salaires nominaux allemands dans le seceur des biens non-échangeables ne se son donc appréciés que de 25 % par rappor au niveau de 1993 soi moiié moins que la rance. Deux causes principales peuven expliquer cee sabilié des salaires en Allemagne. La première es la résulane de la chue du mur de Berlin en 1989 e de la mauvaise gesion de la réunificaion des deux Allemagne (Dusmann e al. 2014). Le choix poliique fai en 1990 de considérer la parié oale enre un mark de l Oues e

191 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 189 Base 1993 = 100 Graphique 5. Indice du salaire individuel moyen a) Seceur exposé b) Seceur abrié rance 130 Allemagne 120 rance 110 Allemagne Sources : Insee Desais calculs des aueurs. un mark de l Es a conribué à une considérable augmenaion du coû du ravail à l Es les salaires en RDA n éan pas corrélés à la producivié réelle des enreprises Es-allemandes (Sinn 2000 ; Grömling 2008). L explosion du chômage e des faillies à l Es a enraîné des ransfers asronomiques enre l Allemagne de l Oues e l Allemagne de l Es qui son esimés par les expers allemands à 900 milliards d euros enre 1991 e 2003 soi 50 % du PIB moyen d une année e rois fois la valeur oale de la dee grecque. Ces monans on éé payés sans solidarié européenne par les Allemands eux-mêmes. Dusmann e al. (2014) avancen l idée que ce choc macroéconomique a considérablemen changé le rappor de force enre les salariés e les enreprises. Cela couplé à des formes de négociaions décenralisées des salaires a condui à une modéraion salariale durable. Bien que Dusmann e al. (2014) récusen l argumen d une sraégie de dumping social allemande d aures aueurs soulignen égalemen le rôle ceres reconnu moindre mais non négligeable des réformes Harz menées en Allemagne en L un des impacs de ces lois a noammen éé la créaion d emplois à rès faibles revenus avec une couverure sociale pour le moins précaire dans les seceurs d acivié les moins compéiifs (mini-jobs e midi-jobs esseniellemen dans les services). Il n es pas non plus à exclure une explicaion plus classique e moins propre à l Allemagne que son les pressions induies par l inernaionalisaion des processus de producion liée à la mondialisaion avec la menace implicie de délocalisaion qui a pu conribuer à la modéraion salariale dans le cadre d accords compéiivié-emploi.

192 190 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Cee modéraion salariale allemande se radui aujourd hui par des écars considérables enre la rance e l Allemagne. Si l on considère la double différence enre 1993 e 2012 à la fin de nore période les salaires nominaux allemands son 20 % inférieurs à ceux de la rance dans le seceur exposé e 30 % inférieurs dans le seceur abrié en comparaison de leur niveau en Le choix de l année 1993 comme année de référence peu oujours êre débaue. Si l on prenai l année 2000 comme année de base les résulas seraien peu différens. Néanmoins on consae que ces écars son similaires en niveau (voir graphique 7 en annexe) : en 2012 le salaire individuel moyen français es de 18 % supérieur au salaire allemand dans le seceur exposé e de 31 % dans le seceur abrié L écar de compéiivié-coû enre la rance e l Allemagne Pour expliquer la divergence des performances exporarices enre la rance e l Allemagne nous revenons aux deux composanes fondamenales de la concurrence inernaionale : la compéiivié-prix e la compéiivié hors-prix qui es une mesure de la qualié des biens. La compéiivié-prix d un pays peu se décomposer enre la compéiivié-coû d une par e l effor sur les aux de marge d aure par. Une composane essenielle de la compéiivié-prix es donc l évoluion du coû de producion. On a vu plus hau que le aux de marge des enreprises françaises s es considérablemen rédui dans le seceur exposé au cours de la période Cee secion s inéresse mainenan à la compréhension de la seule différence de compéiivié-coû enre la rance e l Allemagne. Commen expliquer la différence des coûs de producion enre ces deux pays dans le seceur des biens échangeables? 4.1. Décomposiion des coûs uniaires de producion Enre 1993 e 2012 le coû uniaire de producion dans le seceur des biens échangeables a augmené de 26 % en rance e de 5. Selon les calculs de COE-Rexecode ces écars son plus peis en 2014 dans la mesure où le coû horaire du ravail n a progressé que de 02 % en rance alors qu il progressai de 22 % en Allemagne enre 2013 e 2014 (errand 2015).

193 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 191 seulemen 18 % en Allemagne. Ainsi la rance a perdu 8 % sur la période en ermes de compéiivié-coû. Afin d appréhender plus précisémen les causes des endances précédenes nous reconsruisons la srucure de producion de chaque seceur (échangeable e non-échangeable) pour chaque pays (rance e Allemagne) pour chaque année de 1993 à 2012 ou en enan compe du rese du monde. Les caégories de consommaions inermédiaires uilisées dans la producion son les biens en provenance des seceurs échangeables de l Allemagne de la rance e enfin les biens inermédiaires échangeables en provenance du rese du monde (RDM). Nous supposons que le rese du monde produi un ype de biens inermédiaires pour l Allemagne e un aure ype pour la rance. Cela nous perme de considérer deux indices des prix pour les biens imporés du RDM par la rance e l Allemagne (e ainsi de prendre en compe la baisse relaive des inrans acheés par l Allemagne). Enfin les enreprises de chaque seceur dans chaque pays peuven égalemen uiliser les biens non-échangeables produis domesiquemen. Dès lors une analyse de la conribuion de chaque faceur de producion à la divergence des coûs es possible. C es l obje du ableau suivan. La méhodologie es présenée en annexe. Le ableau représene la conribuion de chaque faceur à l écar de coû enre la rance e l Allemagne sur la période La seconde colonne indique la conribuion oale du faceur. Une conribuion posiive indique que le faceur a conribué à une hausse plus grande des coûs français. Une conribuion négaive indique que le faceur a conribué à une hausse plus grande des coûs allemands. La somme des conribuions de ous les faceurs (colonne 2) es 1 : elle explique donc l inégralié de l écar de coû. Les roisième e quarième colonnes décomposen la conribuion de chaque faceur en un effe prix e un effe volume : un faceur peu devenir plus cher car on achèe un même volume plus cher ou parce que l on achèe un volume plus grand au même prix. La première ligne présene la conribuion des biens imporés du rese du monde par la rance e par l Allemagne. L effe es foremen négaif noammen pour les volumes. Cela signifie que l Allemagne a subsaniellemen accru l acha de biens inermédiaires provenan du rese du monde (-180). Il es imporan de

194 192 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Tableau 1. Décomposiion de l écar de coû uniaire oal enre la rance e l Allemagne Effe oal Conribuion écar prix Conribuion écar volume Biens imporés du RDM Biens imporés d Allemagne Biens imporés de rance Biens non-échangeables Travail Somme Source : Calculs des aueurs. souligner ici que ce ousourcing plus imporan en Allemagne qu en rance se fai à un coû plus élevé oure-rhin (-043). En effe l indice du déflaeur des imporaions (incluan donc le prix des consommaions inermédiaires imporées) s es apprécié de près de 25 % pour l Allemagne enre 1991 e 2012 alors qu il se dépréciai de 4 % en rance (voir graphique 10 en annexe). En niveau le prix des imporaions allemandes en provenance du rese du monde n a fai que raraper le prix français jusqu au milieu des années 2000 pour ensuie le dépasser (graphique 9 en annexe). Noons que ce coefficien révèle deux choses. Tou d abord il apparaî que l Allemagne aurai disposé en niveau d un avanage-coû imporan sur les prix de ses consommaions inermédiaires imporées au débu de la réunificaion. Ce avanage a pu êre exploié au débu de la période considérée favorisan vraisemblablemen les marges d une parie des enreprises allemandes ayan exernalisé une parie de leur producion (cf. graphique 4). Second consa : ce avanage s es régulièremen amenuisé pour disparaîre au cours des années Cela correspond probablemen à l effor de monée en gamme des enreprises allemandes qui imporen des consommaions inermédiaires plus chères car de plus grande qualié que les consommaions inermédiaires imporées françaises. Les deuxième e roisième lignes présenen l effe des biens imporés d Allemagne e de rance dans l évoluion des coûs de producion. Pour ces biens il n y a pas d effe prix car ces biens son payés au même prix par les deux pays. On voi que l Allemagne a acheé plus de biens en provenance d Allemagne e

195 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 193 la rance plus de biens en provenance de rance e donc à des prix en niveau relaivemen équivalen (graphique 3). La quarième ligne monre la conribuion des biens nonéchangeables. La srucure du seceur abrié de chaque économie explique une parie de l écar de coûs enre les deux pays. La rance a consommé plus de bien non-échangeables français e plus chers (graphique 3) par rappor à la consommaion de biens nonéchangeables allemands dans la producion allemande. À ce égard il es imporan de souligner que la eriarisaion croissane des économies développées (Croze e Mile 2014) e le recours de plus en plus imporan à l exernalisaion des services aux enreprises pèsen ici lourdemen dans la réducion des coûs de producion allemands par rappor à la rance. La dernière ligne indique la conribuion du seul faceur ravail dans le seceur des biens échangeables. La rance a uilisé bien plus de ravail dans le seceur exposé que l Allemagne à un prix plus élevé comme on l a déjà souligné (cf. graphique 5 secion 3.2). De cee comparaison il ressor que l Allemagne a largemen exernalisé sa producion ce qui lui a permis de bénéficier d un avanage coû au débu des années 1990 puis d économiser sur les aures faceurs de producion. Bien qu il faille considérer la dynamique de ous ces faceurs de manière conjoine le ableau précéden révèle égalemen que la modéraion salariale allemande dans les seceurs abrié e exposé (somme des deux dernières lignes de la roisième colonne) conribue pour près de 90 % à l écar des coûs de producion enre la rance e l Allemagne La fore exernalisaion de la producion de l Allemagne L examen de l évoluion de la srucure producive de chaque seceur dans chaque pays confirme la rès fore exernalisaion e la délocalisaion d une grande parie de la chaîne de producion allemande par rappor à la rance. Cela confirme en parie la hèse de Hans Werner Sinn concernan la «Bazaar Economy» allemande. Ce dernier souien en effe que l Allemagne ne serai plus aujourd hui qu un cenre de concepion e d assemblage andis que l esseniel de la producion inermédiaire serai imporée des pays d Europe de l Es ou de Chine à moindre coû. À défau de

196 194 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago pouvoir confirmer l origine géographique des consommaions inermédiaires de chaque pays la endance à un plus grand recours aux inrans en provenance du rese du monde es évidene. La par des consommaions inermédiaires imporées dans le oal des consommaions inermédiaires s élève en effe en 2012 en Allemagne à 523 % quand elle n es que de 355 % en rance pour le seceur des biens échangeables. Dans le seceur abrié cee par s élève à 553 % pour l Allemagne en comparaison de 381 % en rance. Rapporées au volume de producion ces pars son moins significaives : ainsi en 2012 dans le seceur exposé à la concurrence inernaionale les inpus imporés du rese du monde (rance exclue) représenaien 266 % de la producion oale de biens échangeables conre 259 % pour les inpus domesiques. En rance ces proporions son respecivemen 17 % de consommaions inermédiaires imporées du rese du monde (Allemagne exclue) conre 37 % d inpus domesiques. Un regard sur les séries hisoriques (ables e 7 en annexe) révèle que la rance comme l Allemagne on eu de plus en plus recours à des consommaions inermédiaires imporées enre 1991 e 2012 e ce dans les deux seceurs. La divergence provien de la viesse à laquelle ce ousourcing a eu lieu dans les deux pays (Erkel-Rousse e Garnero 2014). Dans le seceur des biens nonéchangeables les deux pays suiven des évoluions similaires avec une par des consommaions inermédiaires imporées du rese du monde (voisin exclu) augmenan de 3 % de la producion oale en 1991 à un peu plus de 6 % en À ce égard la rance dépasse légèremen l Allemagne dans ce seceur à parir de C es cee fois-ci dans le seceur des biens échangeables que la divergence es nooire à parir de Alors que la par des inpus imporés du rese du monde (voisin exclu) dans la producion oale passe en rance de 107 % en 1999 à 173 % en 2012 elle passe en Allemagne de 134 % à 266 % soi une augmenaion de près de 40 poins supérieure à la endance française par rappor aux niveaux de Soulignons encore une fois que cee délocalisaion d une parie de la chaîne de producion allemande a eu deux effes différens selon la période considérée. On idenifie un effe compéiivié-

197 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 195 coû clair au débu de la réunificaion e jusqu au milieu des années 2000 l Allemagne délocalisan sa producion vers des PECO ou des pays du Sud à moindre coû. Puis on considère un effe indirec à parir de dans la mesure où les consommaions inermédiaires imporées par l Allemagne deviennen plus chères que celles de la rance (graphique 9) accompagnan une monée en gamme de la producion allemande e une réducion indirece des coûs de producion via la réducion du recours aux biens inermédiaires échangeables allemands ou français plus chers. 5. Évoluion de la qualié des biens échangeables allemands e français Après avoir considéré les déerminans de la compéiivié-coû de chaque pays nous nous penchons à présen sur les déerminans des écars de compéiivié-hors prix. La qualié des biens allemands e français n es pas direcemen observable. Cependan l observaion de l évoluion des pars de marché de la rance e de l Allemagne dans le rese du monde perme d idenifier une qualié implicie des biens français par rappor aux biens allemands. La qualié relaive des exporaions vers le rese du monde es définie comme l évoluion des pars de marché qui n es pas expliquée par l évoluion des prix. Pour mesurer ainsi la qualié de manière résiduelle nous avons seulemen besoin de connaîre la facilié avec laquelle les biens allemands peuven êre subsiués aux biens français pour les acheeurs poeniels. En d aures ermes nous avons besoin de connaîre l élasicié de subsiuion enre les biens français e allemands. Nous choisissons une valeur σ = 3 pour cee élasicié. Cela nous semble une valeur moyenne face à la diversié des esimaions empiriques fournies par la liéraure. En effe l esimaion économérique de ce paramère varie rès largemen les plus peies valeurs oscillan auour de l unié (Ducoudré e Heyer 2014) les plus élevées pouvan grimper jusqu à (Head e Ries 2001 ; Romalis 2007). Broda e Weinsein (2006) mesuren des élasiciés de subsiuion par seceur pour la rance don la moyenne es auour de 6. Dans une revue de la liéraure empirique McDaniel e Balisreri (2002) éablissen quelques fais robuses : (1) les esimaions de long-erme de ce paramère son

198 196 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago généralemen supérieures aux esimaions de cour-erme (2) les esimaions basées sur données désagrégées son largemen supérieures aux esimaions sur données agrégées (3) les analyses de séries emporelles (basées donc sur des fréquences plus coures) produisen des esimaions neemen inférieures aux éudes de cross-secion qui prennen en compe les effes d offre (enréessories d enreprises). De ce fai une valeur de σ = 3 nous semble êre une valeur cohérene. Le choix d une valeur réalise e cohérene de σ es esseniel dans la mesure où le modèle que nous uilisons es parfaiemen idenifié dans les données la seule inconnue demeuran l élasicié de subsiuion enre les biens français e allemands vis-à-vis du rese du monde. Pour un σ donné oues les valeurs des aures paramères son direcemen déerminées par les données sans esimaion économérique y compris la qualié relaive des biens allemands e des biens français. Par mesure de précauion nous esons la robusesse de nos résulas en réiéran nos simulaions avec une valeur de cee élasicié plus proche des esimaions macro-économériques en prenan σ = 2. On monre que nos résulas ne son pas foncièremen modifiés. Les déerminans des pars de marché qui ne son pas direcemen les prix son donc idenifiés à la qualié. De ce fai le posiionnemen géographique e la spécialisaion secorielle son inclus dans cee mesure générale de la qualié. Cee simplificaion es jusifiée par le fai que ces effes géographique e secoriel se compensen pour la rance (Bas e al. 2015) andis qu ils son faibles pour l Allemagne. Comme le concluen les aueurs «les exporaeurs français son moins performans pour vendre le même produi sur le même marché» du fai du rappor qualiéprix défavorable. Le graphique 6 suivan monre l évoluion esimée du rappor qualié-prix des biens français e allemands sur la période (courbe bleue). Pour facilier la comparaison l évoluion relaive du coû uniaire nominal oal es aussi représenée (courbe rouge). Enre 1993 e 2012 le rappor qualié-prix allemand a augmené de l ordre 19 % par rappor à celui de la rance. Comme on a vu que l indice des prix du seceur exposé allemand a cru plus vie que

199 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 197 l indice des prix du seceur des biens échangeables français cela signifie que la hausse de la qualié des biens allemands a plus que compensé la hausse des prix allemands à l exporaion. Ainsi l effe qualié des biens allemands es sans conese une cause essenielle pour comprendre le dynamisme des exporaions allemandes. Graphique 6. Indice relaif de qualié-prix de l Allemagne par rappor à la rance e indice relaif de coû nominal 20 En % Indice relaif du coû rappor qualié-prix 5 0 Indice relaif du coû uniaire nominal Source : Calculs des aueurs. Afin de donner une première idée de la conribuion évenuelle de l écar de compéiivié-coû enre les deux pays à cee évoluion du raio qualié-prix l évoluion de l écar des coûs uniaires de producion es représenée sur le même graphe en pourcenages. Comme il a éé indiqué dans la secion précédene ce écar es de 8 % dans le seceur exposé à la concurrence inernaionale soi 40 % de l écar du rappor qualié-prix. Ainsi la dégradaion de la compéiivié-coû française explique oues choses égales par ailleurs 40 % de la dégradaion du rappor qualié-prix de la rance par rappor à l Allemagne L indice de qualié-prix es H/P. Nous rappelons que le prix P es un markup μ sur le coû uniaire oal UC : P = μ * UC. Si on noe g X le aux de croissance de la variable X on a g HG / PG g H / P =(g HG g H ) (g μg g μ )+(g UC g UCG ) ce qui perme de décomposer les effes.

200 198 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Cee première parie conclu ainsi que l écar de compéiiviécoû enre la rance e l Allemagne explique environ 40 % de l écar des performances à l exporaion des deux pays. La secion suivane confirme ces résulas. Nous présenons des simulaions de la dynamique producive hisorique franco-allemande en imposan une aure hisoire de l évoluion des salaires e des aux de marge. 6. Si l hisoire européenne avai éé différene... Nous évaluons mainenan la dynamique des balances commerciales française e allemande en refaisan l hisoire en supposan une aure dynamique de l évoluion des prix en rance e en Allemagne. On s aache pariculièremen à deux quesions : que se serai-il passé si l Allemagne n avai pas pu imposer une elle discipline dans la formaion des salaires e que la modéraion salariale n avai pas eu lieu? Que se serai-il passé si le niveau de concurrence avai éé plus élevé dans le seceur abrié en rance e que les aux de marge avaien suivi la même évoluion que les aux de marge du seceur abrié allemand? La première de ces inerrogaions perme d idenifier la conribuion de la divergence des salaires enre la rance e l Allemagne à la divergence des siuaions économiques de ces deux pays. La seconde quesion perme d esimer l imporance de l inensié de la concurrence dans le seceur abrié. Les marges relaivemen élevées en rance on amené cerains économises à promouvoir une poliique de la concurrence accrue dans ce seceur. Ce second scénario conrefacuel perme de mesurer les enjeux d un el déba. Ces scénarii conrefacuels son basés sur un modèle d équilibre général qui perme de enir compe de oues les inerdépendances. Par exemple des salaires allemands plus élevés augmenen le prix des biens allemands imporés par l indusrie française ce qui a pour effe indirec de grever la compéiivié-coû en rance. Le modèle comple es présené en annexe. Les hypohèses-clés du modèle son les suivanes. Nous supposons que : Le aux d épargne bru naional es inchangé dans les exercices ;

201 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 199 Les aux de marge ne changen pas lorsque l on simule des rajecoires de salaires différenes ; Les salaires ne changen pas lorsque l on simule des aux de marge différens ; La qualié des biens allemands e français ne change pas dans les simulaions. Chacune de ces hypohèses es criiquable. Un changemen de l acivié économique peu faire évoluer l invesissemen en R&D e la qualié des biens ; un aux de chômage différen peu faire évoluer le aux d épargne ec. Cependan ces causaliés nouvelles ne son pas consensuelles e fon encore l obje de débas. De ce fai le choix de simulaions réellemen «oues choses égales par ailleurs» perme d idenifier les conribuions pures des faceurs que l on modifie Si les salaires allemands avaien suivi les salaires français Toues choses égales par ailleurs qu auraien éé les implicaions d une dynamique des salaires allemands idenique à celle de la rance sur les deux dernières décennies? Le aux de croissance moyen des coûs salariaux uniaires français enre 1992 e 2015 es de 14 % ce qui se siue précisémen dans la moyenne européenne (14 % pour l Union européenne 17 % pour la zone euro seule). En revanche le aux de croissance moyen des coûs salariaux uniaires allemands es de 12 % sur la même période 8. La quesion que nous posons donc ici peu êre considérée de manière plus large : oues choses égales par ailleurs qu auraien éé les implicaions d une dynamique des salaires allemands idenique à celle du rese de l Europe? Il convien ici de souligner la richesse des ineracions considérées. Une évoluion alernaive des salaires allemands modifie immédiaemen la consommaion des ménages allemands qui réclamen davanage les salaires allemands éan viruellemen 7. Cee expérience es donc différene de celles réalisées par Ducoudré e Heyer (2014) qui envisagen une dévaluaion relaive de la rance par rappor aux aures pays. En effe ils éudien la dynamique de l économie en supposan que les salaires en rance suiven leur dynamique hisorique mainenue inchangée. Dans nore exercice nous changeons expliciemen le mode de formaion des salaires puisque le salaire es inchangé alors que le chômage change. 8. Données Eurosa.

202 200 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago augmenés de biens échangeables (an français qu allemands) e non-échangeables allemands augmenan par un effe demande les exporaions françaises vers l Allemagne. Elle modifie égalemen le coû des produis allemands acheés par les enreprises françaises e allemandes : les salaires allemands augmenan dans les deux seceurs de l économie les consommaions inermédiaires de biens allemands (échangeables e non-échangeables) son immédiaemen plus chers en plus du coû du ravail. L augmenaion des prix des biens échangeables allemands alourdi la srucure des coûs des enreprises françaises qui peuven décider de subsiuer une parie de leurs consommaions inermédiaires vers des biens échangeables français. L effe sur les prix allemands se répercue donc sur les prix français. En dépi de ce effe les biens échangeables français deviennen relaivemen moins chers sur le marché mondial e leurs exporaions vers le rese du monde augmenen. L augmenaion de la demande pour les biens français (échangeables e non-échangeables) indui une créaion d emplois en rance. Nous consruisons une série conrefacuelle de salaires allemands en supposan que les salaires en Allemagne croissen à la même viesse que les salaires français dans chaque seceur au cours de la période Cee hisoire conrefacuelle impose donc une hausse viruelle des salaires allemands de l ordre de 10 % dans le seceur des biens échangeables e de 24 % dans le seceur des biens non-échangeables enre 1993 e Nous obenons les résulas suivans. Résulas Si les salaires allemands avaien suivi les salaires français dans les deux seceurs depuis 1993 nous rouvons que la balance commerciale française se serai améliorée de 11 % du PIB e la balance commerciale allemande se serai dégradée de 23 %. Ainsi l écar du coû du ravail enre les deux pays explique 33 % de l écar de 8 % des balances commerciales sur la période. Il explique donc 40 % de l écar des performances commerciales enre la rance e l Allemagne. Nous rerouvons bien en équilibre général l ordre de grandeur esimé en équilibre pariel.

203 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 201 L impac sur l emploi de elles évoluions de salaires es rès imporan. Pour le scénario considéré la créaion d emplois oale induie en rance es de plus de soi une réducion de 33 % du aux de chômage acuel en rance. De même une elle évoluion salariale déruirai de l ordre d un million d emplois dans le seceur exposé à la concurrence inernaionale en Allemagne. Il es imporan de noer que l hypohèse du «oues choses égales par ailleurs» es ici cruciale pour deux raisons. Le mainien des aux de marge consans ou d abord nous perme d évier d avoir à considérer un effe de réducion des marges des enreprises allemandes qui eneraien de compenser l augmenaion des coûs afin de mainenir les prix allemands à des niveaux proches de la série hisorique. À ce égard il es probable que l effe de l augmenaion viruelle des salaires allemands sur les prix soi suresimée dans la boucle des prix. À long erme il es cependan possible qu une réducion des marges allemandes en réacion à une augmenaion des salaires affecerai la capacié d invesissemen e de monée en gamme des enreprises allemandes ce que nous rendons égalemen impossible en considéran la qualié relaive des biens allemands e français consane e donc enraînerai à long erme une dégradaion de même ordre de la compéiivié allemande. Le mainien de aux d épargne naionaux inchangés d aure par limie l effe demande indui par une variaion des salaires e des prix : alors que l augmenaion des salaires en Allemagne permerai poeniellemen de réduire le aux d épargne allemand déjà rès élevé il es possible que ce effe soi conrebalancé par l augmenaion du chômage indui par la dégradaion de la balance commerciale. Nous ne considérons pas de ces effes de composiion. Pour quanifier plus précisémen l impac de la eriarisaion des économies européennes dans la variaion des balances commerciales on peu égalemen effecuer la même simulaion que précédemmen en isolan les salaires allemands du seceur abrié. Nous supposons que ce son les seuls salaires à suivre la rajecoire française andis que nous laissons les salaires allemands du seceur exposé suivre leur rajecoire hisorique. Nous consaons que la seule modéraion salariale dans le seceur des biens non-échangeables allemands conribue pour 043 % de la dégradaion de la

204 202 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago balance commerciale française (conre 065 % pour la modéraion salariale dans le seceur exposé) e pour 18 % de l avanage comparaif allemand. Ainsi la modéraion salariale allemande dans le seul seceur abrié foremen accenuée par l applicaion des lois Harz après 2003 c es-à-dire au momen où les économies européennes se eriarisaien foremen explique 70 % de l écar oal des balances commerciales française e allemande que nous expliquons par la divergence des salaires nominaux enre les deux pays. On peu donc conclure que la modéraion salariale allemande a un effe négaif de premier ordre sur le issu producif français. Plus précisémen nous pouvons même affirmer que l esseniel du désavanage de compéiivié-coû français ien à la divergence nominale enre la rance e l Allemagne dans le seceur abrié de la concurrence inernaionale Si les marges du seceur abrié français avaien évolué comme en Allemagne Nore deuxième expérience s inéresse aux comporemens de marge observés en rance e en Allemagne au cours de la période Comme rappelé précédemmen la plupar des éudes sur les faceurs du manque de compéiivié des exporaions françaises soulignen l imporance du comporemen du prix relaif enre biens échangeables e biens non-échangeables dans la déerminaion de la compéiivié-prix des produis français (Bénassy- Quéré e Coulibaly 2014). Si les enreprises françaises on fai des effors de marge subsaniels dans le seceur exposé à la concurrence inernaionale pour mainenir les prix à l exporaion face à la concurrence croissane de nouveaux pays exporaeurs ce effor n a pas eu lieu dans le seceur abrié où le aux de marge des enreprises s es apprécié de près de 9 % enre 1993 e 2008 (la crise économique forçan les enreprises françaises à se réracer). Rappelons que dans le même emps les aux de marge allemands dans le seceur des biens non-échangeables n augmenaien que de 3 % avec une chue noable du aux en 2000 (cf. graphiques secion 3.2). Nore seconde expérience pose donc la quesion suivane : que ce serai-il passé si les enreprises françaises du seceur abrié avaien mené le même effor de marge que les enreprises allemandes au cours de la période ? Il s agi cee fois-ci d observer l impac d une réducion viruelle des aux de marge du

205 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 203 seceur français des biens non-échangeables de près de 6 % enre 1993 e 2008 (l écar se réduisan après la crise). Une réducion des marges dans le seceur abrié français induirai immédiaemen une réducion des prix des biens nonéchangeables en rance. Les coûs de producion des enreprises françaises dans les deux seceurs en seraien diminués induisan donc une diminuion du prix relaif des biens exporables français par rappor aux biens allemands. Par un effe demande généralisé les exporaions françaises vers l Allemagne e vers le rese du monde devraien augmener. Ce effe es probablemen en parie compensé par l augmenaion de la demande inérieure puisque la diminuion des prix français augmene le pouvoir d acha des consommaeurs qui peuven réclamer davanage de ous les biens (on observe en effe une augmenaion des imporaions dans nos simulaions). L augmenaion de la demande pour les biens français (échangeables e non-échangeables) indui une créaion d emplois en rance. Résulas Si les aux de marge du seceur abrié français avaien suivi les aux de marge du seceur abrié allemand de 1993 à 2012 alors la balance commerciale française serai inchangée en 2012 (on consae une amélioraion de 002 % du PIB) e la balance commerciale allemande se serai légèremen dégradée (-03 %). L évoluion des aux de marge dans le seceur abrié explique moins de 5 % de la divergence commerciale enre la rance e l Allemagne. Cela ne peu donc pas êre considéré comme un effe du premier ordre. L évoluion du aux de marge dans le seceur non-échangeable augmene cependan l emploi en rance. En effe la baisse des marges perme une baisse des prix ce qui simule la consommaion e donc la producion e l emploi. Le nombre oal d emplois créés es de l ordre de soi une réducion du aux de chômage de 08 %. Il es inéressan de comparer ce résula avec le résula précéden. Nore simulaion monre que le problème de compéiivié du seceur abrié français relève moins du niveau de concurrence e des comporemens de marge que de la divergence nominale enre les salaires français e allemands. Là encore l hypohèse du «oues

206 204 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago choses égales par ailleurs» nous perme de nous absraire d effes endogènes supplémenaires. L hypohèse selon laquelle le aux d épargne français doi demeurer consan limie l effe demande indui par une augmenaion du pouvoir d acha des consommaeurs. À ce égard l effe d une réducion des aux de marges sur la balance commerciale française es peu-êre sous-esimé. Par ailleurs l hypohèse du mainien des salaires inchangés empêche la possibilié que la réducion des aux de marges se raduise par une augmenaion relaive des salaires dans le seceur abrié. À ce égard les résulas de la secion précédene nous laissen penser que nore simulaion sous-esime donc poeniellemen l effe de la réducion des aux de marge dans le seceur abrié sur la créaion d emplois Le coû de l exernalisaion allemande Avan de conclure sur les déerminans de l avanage compéiif allemand nous revenons sur la quesion de la «Bazaar Economy» que serai l Allemagne (Sinn 2006). Nous avons mis en avan l imporance de la délocalisaion d une parie des chaînes de producion françaises e allemandes vers le rese du monde e l avanage allemand dans ce processus. Nous avons cependan monré que ce ousourcing accéléré en Allemagne se faisai à un coû plus élevé qu en rance (graphiques 9 e 10 en annexe) depuis le milieu des années Pour mesurer l avanage allemand lié à l exernalisaion d une parie de sa producion nous meons en avan l effe pur de prix des consommaions inermédiaires imporées en simulan un modèle dans lequel les prix allemands de consommaions inermédiaires imporées du rese du monde suiven la rajecoire hisorique des prix français à l imporaion e inversemen. Résulas Si les prix allemands à l imporaion avaien éé ceux de la rance au cours de la période la balance commerciale française aurai éé dégradée de -12 % du PIB andis que la balance commerciale allemande aurai éé améliorée de 38 %. Si à l inverse les prix français à l imporaion avaien suivi la rajecoire hisorique des prix allemands enre 1993 e 2012

207 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 205 la balance commerciale française aurai éé dégradée de -25 % e la balance commerciale allemande améliorée de 067 %. Ces résulas confirmen l avanage iniial indéniable que l Allemagne avai en ermes d exernalisaion de sa producion. En effe ces résulas signifien que si les prix à l imporaion allemands avaien suivi l évoluion des prix à l imporaion français depuis 1993 l Allemagne aurai considérablemen bénéficié de son avanage en ermes d ousourcing. Les prix des imporaions allemandes éan près de 20 % inférieurs aux prix français des imporaions au débu de nore période (graphique 9) l absence oale de monée en gamme des consommaions inermédiaires imporées allemandes aurai représené un gain de compéiiviécoû formidable. Le deuxième conrefacuel révèle que l effor de monée en gamme de la producion allemande qui a eu lieu au cours des années 2000 e qui se radui par une augmenaion significaive du niveau des prix des imporaions allemandes n éai possible que parce que l Allemagne bénéficiai d un avanage iniial au débu des années En effe en ermes d «effeprix pur» (c es-à-dire en faisan absracion des effes endogènes qui auraien pu apparaîre) si la rance avai dû imporer des consommaions inermédiaires de plus en plus chères à l insar de l Allemagne le désavanage en ermes de compéiivié-coû aurai éé considérable. Ces résulas fon absracion des gains endogènes liés à l exernalisaion d une parie de la producion allemande : pression sur les niveaux de salaires naionaux monée en gamme des chaînes de producion allemandes vers les âches de concepion e d assemblage concenraion des ressources vers les dépenses d image e de service après-vene ec. L avanage de l Allemagne lié à l exernalisaion plus imporane qu en rance d une parie de la producion es donc ici vraisemblablemen sous-esimé Robusesse des résulas : σ = 2 Pour eser la robusesse de nos résulas nous effecuons égalemen nos simulaions en choisissan une valeur de σ = 2 afin de se rapprocher des esimaions macroéconomiques de l élasicié d Armingon.

208 206 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Les résulas obenus diffèren peu des esimaions précédenes : pour : Si les salaires allemands avaien suivi les salaires français depuis 1993 : La balance commerciale française se serai améliorée de 056 % du PIB andis qu elle se serai dégradée de -2 % du PIB en Allemagne. Ainsi l écar du coû du ravail enre les deux pays dans cee configuraion explique un peu plus de 25 % de l écar de 8 % des balances commerciales (au lieu de 3 % dans nore simulaion précédene) ; L effe sur l emploi es moindre avec une créaion viruelle de emplois soi une réducion de 12 % du aux de chômage. Si les marges françaises dans le seceur abrié de la concurrence inernaionale avaien suivi la même rajecoire que les marges allemandes depuis 1993 : la balance commerciale française demeurerai praiquemen inchangée (on obien une légère dégradaion de -003 % du PIB) de même que pour la balance commerciale allemande (-0005 % du PIB). Avec une élasicié égale à 2 la divergence des comporemens de marge dans les seceurs abriés de la rance e de l Allemagne n a aucun impac sur la divergence des balances commerciales de ces pays ; cee expérience conrefacuelle indui une créaion viruelle de emplois soi une réducion de 08 % du aux de chômage français (résula idenique à la simulaion précédene). Si les prix à l imporaion français e allemands s éaien poursuivis depuis 1993 : si les prix allemands à l imporaion avaien suivi l évoluion hisorique des prix français de consommaions inermédiaires imporées du rese du monde la balance commerciale française aurai éé dégradée de -07 % e la balance commerciale allemande se serai encore améliorée de 34 % ; si les prix français à l imporaion avaien évolué de la même façon que les prix allemands la balance commerciale française se serai dégradée de 21 % andis que la balance commerciale allemande se serai améliorée de 03 %.

209 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 207 Dans l ensemble les résulas obenus dans nos simulaions son robuses à une variaion raisonnable du paramère σ. Les ordres de grandeurs présenés son donc bien valables. 7. Conclusion Nous avons cherché dans ce aricle à idenifier e à quanifier les causes de la divergence commerciale franco-allemande. L expérience menée sur les aux de marge révèle qu une grande parie de l écar de compéiivié enre la rance e l Allemagne es un écar de compéiivié-coû. Les écars nominaux de salaires enre les deux pays voisins expliquen pour près de 90 % cee divergence des coûs e 40 % l écar des balances commerciales française e allemande. Le rese de la divergence des performances commerciales enre la rance e l Allemagne semble donc relever d un écar de compéiivié-hors prix imporan. Nore éude souligne rois effes : un effe qualié indéniable des exporaions allemandes : niveau de gamme conenu innovan service après-vene... ; un«effe Sinn» : le recours à l exernalisaion massive des processus de producion qui a représené un avanage en ermes de compéiivié-coû considérable au débu des années 1990 e qui a ensuie permis à l Allemagne de rediriger une parie de ses ressources producives vers l amélioraion de la qualié e l innovaion sur les produis exporés ; un effe de posiionnemen sraégique (que nous n avons pas pu ici mere réellemen en avan) : le choix allemand d exporer esseniellemen des biens d équipemen sur les marchés émergens en fore croissance. L imporance de ce avanage de compéiivié hors-coû es essenielle pour inerpréer nos résulas. En gardan la qualié relaive des biens français e allemands consane pour ne irer que les effes prix purs nous ignorons volonairemen l influence endogène qu un réajusemen des déséquilibres nominaux enre la rance e l Allemagne pourrai avoir sur le rappor qualié-prix des biens français par rappor aux biens allemands. Il a éé souven souligné que le comporemen de marge des enreprises françaises conraines par la concurrence allemande e inernaionale a pu

210 208 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago freiner sensiblemen les choix d invesissemen fais au cours des deux dernières décennies e plus pariculièremen après la crise. Une réducion de l écar de coûs uniaires de producion enre la rance e l Allemagne permerai noammen aux enreprises françaises de raraper une parie de leur reard en invesissemen sur la monée en gamme. Cependan comme nous le soulignons le redressemen des marges françaises dans le seceur exposé ne pourrai suffire à compenser l avanage allemand gagné sur l exernalisaion d une parie des processus de producion. Une réorienaion du issu producif français es aussi mise en cause. Une prochaine éape de recherche nécessaire pourrai donc se pencher sur les déerminans de l invesissemen en qualié e les effors de monée en gamme en rance afin de quanifier l impac de long erme de leur faiblesse sur le rappor qualié-prix français. Il apparaî enfin à l aune de nos simulaions que la modéraion salariale allemande d une par e la faible concurrence dans le seceur abrié français d aure par on des effes sensibles sur les niveaux d emplois noammen en rance. Un rééquilibrage des coûs enre la rance e l Allemagne induirai nécessairemen de fors effes de demande noammen chez nore voisin à faible croissance démographique e à for aux d épargne. Une croissance davanage irée par la demande en Allemagne renchérirai les coûs de producion allemands e offrirai plus de marge aux exporaions françaises. Il es inéressan à ce égard de menionner les effors récens fais oure-rhin pour hausser le niveau général des salaires an dans le seceur exposé à la concurrence inernaionale (on peu cier ici l accord de branche réalisé en avril 2015 avec le consorium IG Meall approuvan une hausse de 35 % des salaires dans le seceur de la méallurgie) que dans le seceur abrié (avec la créaion d un salaire minimum effecif dès le 1er janvier 2015 visan esseniellemen les emplois à rès faibles revenus dans le seceur des services). Il sera imporan de quanifier dans le fuur l impac de ce effor à la fois sur la demande allemande e sur les changemens de coûs de producion induis an en rance qu en Allemagne. Au regard de l impac de la modéraion salariale allemande sur le commerce exérieur français il ressor que le problème d offre français es rès largemen le problème du désajusemen européen en général e franco-allemand en pariculier.

211 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 209 Références Agliea M. e X. Rago 2015 «Érosion du issu producif en rance : cause e remèdes» Revue de l OCE 142. Anderson J. e E. V. Wincoop 2004 «Trade Coss. Journal of Economic Lieraure» 84(1). Arus P «Quelles poliiques si la rance veu devenir idenique à l Allemagne?» lash Économie 697 Naixis. Backus D. P. Kehoe e. Kydland 1994 «Dynamics of he Trade Balance and he Terms of Trade: he J-Curve?» American Economic Review 84(1) : Bas M. L. onagné P. Marin e T. Mayer 2015 «À la recherche des pars de marché perdues» Noe du conseil d analyse Économique Conseil d Analyse Économique. Bénassy-Quéré A. e D. Coulibaly 2014 «The Impac of Marke Regulaions on Inra-European Real Exchange Raes» Review of World Economics 150(3) : Blo C. O. Chagny e S. Le Bayon 2015 au-il suivre le modèle allemand? La Documenaion française. Boyer R 2015 «The Success of Germany from a rench Perspecive : Wha consequences for he fuure of he European Union?» In The Success of Germany in he Mirror and Through he Eyes of is Neighbours. Hans Bockler Sifung. Broda C. e D. Weinsein 2006 «Globalizaion and he Gains from Variey» The Quarerly Journal of Economics 121(2) : Chepea A. L. onagné C. Erlinger G. Orefice O. Pyndyuk e R. Sehrer 2014 «The Developmen of EU and EU Member Saes Exernal Compeiiveness» Working paper CEPII. Coeurdacier N «Do Trade Coss in Good Marke Lead o a Home Bias in Equiies?» Journal of Inernaional Economics 77 : Cole H. e M. Obsfeld 1991 «Commodiy Trade and Inernaional Risk Sha- ring: How Much Do inancial Markes Maer?» Journal of Moneary Economics 28(1) : Croze M. e E. Mile 2014 «The Serviizaion of rench Manufacuring irms» Working paper CEPII. Ducoudré B. e É. Heyer 2014 «Baisse de l euro e désinflaion compéiive : quel pays en profiera le plus?» Éude spéciale Revue OCE 136 : Dusmann C. B.izenberger U. Schönberg e A. Spiz-Oener 2014 «rom Sick Man of Europe o Economic Supersar: Germany s Resurgen Economy» Journal of Economic Perspecives. Erkel-Rousse H. e M. Garnero 2014 «Exernalisaion à l éranger e performances à l exporaion de la rance e de l Allemagne» Rappor

212 210 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago du Conseil d Analyse Économique 9/2008 Conseil d Analyse Économique. eensra R. C. P. A. Luck M. Obsfeld e K. N. Russ 2010 «In Search of Armingon Elasiciy» Working Paper Naional Bureau of Economic Research. errand D «CICE e Pace de responsabilié : quel impac sur le coû du ravail e les marges des enreprises d ici 2017?» Noe analyse e prévisions Coe-Rexecode. izenberger B «Nach der Reforme is vor der Reforme? Eine arbeisökonomische Analyse ausgewahler Aspeke der Harz-Reformen» In Schulze G. edior Reformen für Deuschland Die wichigsen Handlungsfelder aus ökonomischen Sich. Schaeffer-Poeschel Verlag. onagné L. e G. Gaulier 2008 «Une analyse des différences de performance à l exporaion enre la rance e l Allemagne» Rappor du Conseil d Analyse Économique 9/2008 CAE. Gali J. e T. Monacelli 2005 «Moneary Policy and Exchange Rae Volailiy in a Small Open Economiy» Review of Economic Sudies 72(3) : Gallois L Mere un erme à la divergence de compéiivié enre la rance e l Allemagne. Éude pour le minisère de l Économie des inances e de l Indusrie Cenre d Observaion Économique e de Recherches pour l Expansion de l Économie e le Développemen des Enreprises. Gaulier G. e V. Vicard 2012 «Évoluion des déséquilibres courans dans la zone euro : choc de compéiivié ou choc de demande?» Bullein de la Banque de rance 189. Grömling M «Reunificaion Recession and Reform The German Economy over he Las Two Decades» Wirschafswissenschafliche Beiräge des Lehrsuhls für Volkswirschafslehre. Head K. e J. Ries 2001 «Increasing Reurns versus Naional Produc Differenciaion as an Explanaion for he Paern of US-Canada Trade» American Economic Review 65(6) : Heahcoe J. e. Perri 2007 «The Inernaional Diversificaion Puzzle Is No as Bad as You Think» Working Paper Naional Bureau of Economic Research. Herrigel G Indusrial Consrucions: The Sources of German Indusrial Power Cambridge Universiy Press. Imbs J. e I. Méjean 2009 «Elasiciy Opimism» Working Paper 09/279 Inernaional Moneary und (IM). Imbs J. e I. Méjean 2010 «Trade Elasiciies: A inal Repor for he European Commission» European Economic Paper 432 Direcorae Gerneral Economic and inancial Affairs (DG ECIN) European Commission. McDaniel C. A. e E. J. Balisreri 2002 «A Discussion on Armingon Trade Subsiuion Elasiciies. Working Paper A Unied Saes Inernaional Trade Commission.

213 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 211 Müller-Jensch W «Soziologie der indusriellen Beziehungen: Eine Einführung» rankfur: Campus Verlag. Müller-Jensch W Germany : rom Collecive Voice o Co-Managemen in Works Councils: Consulaion Represenaion and Cooperaion in Indusrial Relaions. Universiy of Chicago Press. Obsfeld M. e K. Rogoff 2005 «Global Curren Accoun Imbalances and Exchange Rae Adjusmens» Brookings Papers on Economic Aciviy 1 : Romalis J NATA s and CUSTA s «Impac on Inernaional Trade» The Review of Economics and Saisics 89(3) : Ruhl K. J Solving he Elasiciy Puzzle in Inernaional Economics PhD hesis Universiy of Minnesoa. Sinn H.-W «Germany s Economic Unificaion : an Assessmen Afer Ten Years» Working Paper 7586 Naional Bureau of Economic Research. Sinn H.-W «The Pahological Expor Boom and he Bazaar Effec How o Solve he German Puzzle?» Working Paper 1708 CESifo. Sorge A. e W. Sreeck 1988 «Indusrial Relaions and Technical Change: The Case for an Exended Perspecive» In Hyman R. and Sreeck W. ediors New Technology and Indusrial Relaions. Oxford : Basil Blackwell.

214 212 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago ANNEXE A. Traiemen des données Les données uilisées pour l idenificaion du modèle son direcemen issues des séries de la compabilié naionale de chaque pays. Ces séries son libremen disponibles sur le sie de l INSEE pour la rance 9 e sur le sie du Saisiches Bundesam (De Sais) en Allemagne 10. Pour chaque pays nous récupérons les grands agrégas de la compabilié naionale découpés par seceurs d acivié (nomenclaure NA rév. 2 (2008) de l INSEE pour la rance comporan 17 seceurs ; e Klassifikaion der Wirschafszweige (2008) du Saisiches Bundesam comporan 10 seceurs pour l Allemagne). La disincion enre seceur exposé à la concurrence inernaionale e seceur abrié se fonde sur ces classificaions. Tableau 2. Répariion de la nomenclaure NA rév. 2 enre seceur abrié e seceur exposé pour la rance Seceur exposé Agriculure Indusrie agro-alimenaire Cockéfacion e raffinage Biens d équipemen Maériel de ranspor Aures branches indusrielles Informaion-communicaion Services financiers Énergie eau déches Seceur abrié Consrucion Commerce Transpors Hébergemen e resauraion Services immobiliers Services non-marchands Services aux ménages (Services aux enreprises) Tableau 3. Répariion de la Klassifikaion der Wirschafzweige enre seceur abrié e seceur exposé pour l Allemagne Seceur exposé Agriculure oresry ishing Indusrie excluding consrucion Manufacuring Informaion-communicaion inancial and insurance services Seceur abrié Consrucion Trade Transpor Accomodaion and ood services Real esae aciviies Public services Educaion Healh Oher services (+ Business services) 9. hp:// 10. hps://www-genesis.desais.de/genesis/online

215 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 213 Dans un premier emps les services aux enreprises (ou «Unernehmendiensleiser» dans la nomenclaure allemande) son exclus de cee agrégaion. Ils son ensuie réparis dans chaque variable au proraa du poids de chaque seceur (abrié/ exposé) dans la valeur ajouée naionale. Nous obenons donc les séries de dépenses de consommaion des ménages de producion branche les rémunéraions salariales versées (c es-à-dire incluan les coisaions sociales) l emploi salarié équivalen emps plein (nécessaire lorsqu on considère l emploi allemand) la valeur ajouée par seceur ainsi que le produi inérieur bru oal de chaque pays e enfin les séries de commerce inernaional (exporaions e imporaions en valeur e en volume). On considère que l ensemble des exporaions e des imporaions corresponden à des biens du seceur exposé alors même que ceraines caégories de biens non exporables apparaissen dans les données. À parir de ces séries nous pouvons direcemen idenifier les séries hisoriques de prix (déflaeur de la VA de chaque seceur dans chaque pays e déflaeur des imporaions en provenance du rese du monde) de salaire individuel moyen (raio des rémunéraions salariales versées sur l emploi salarié oal équivalen emps plein) de producivié du ravail (raio de la producion secorielle sur l emploi secoriel) e les séries d exporaions (donc demande inernaionale de biens échangeables français e allemands). Pour ensuie idenifier les srucures de producion naionale (e donc les srucures de coûs) nous uilisons les ableaux enréessories de la compabilié naionale de chaque pays là encore libremen accessibles sur les sies des offices naionaux de saisiques 11. Cela nous perme de reconsruire les volumes de consommaions inermédiaires de chaque seceur dans chaque pays. Pour chaque branche d acivié on calcule le volume de consommaions inermédiaires de produis se raachan au seceur des biens échangeables e le volume de consommaions inermédiaires de produis provenan du seceur abrié. Ce faisan on exclu de ces 11. hp:// pour la rance InpuOupuRechnung.hml pour l Allemagne

216 214 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago agrégas les consommaions inermédiaires en services aux enreprises que l on répari ensuie proporionnellemen à l imporance de chaque caégorie de produis dans les consommaions inermédiaires oales de la branche d acivié. Une fois ce ravail effecué pour chaque branche d acivié du TES on agrège ces valeurs en deux seceurs exposé/abrié là encore en prenan soin de réparir les consommaions inermédiaires de la branche des services aux enreprises enre les deux seceurs cee fois-ci proporionnellemen à l imporance de chaque seceur dans la producion naionale. De cee manière on obien une marice 2x2 différencian dans chaque seceur les consommaions inermédiaires de biens échangeables e les consommaions inermédiaires de biens non-échangeables. À parir du volume d inpus de biens échangeables on es ensuie capable de disinguer la parie imporée de ces consommaions inermédiaires de la parie provenan direcemen du marché domesique. On uilise à ce effe l indicaeur d exernalisaion proposé par eensra e Hanson (1996) réuilisé par le Conseil d Analyse Économique (2008) pour calculer l imporance des coûs imporés dans le différeniel de compéiivié enre la rance e l Allemagne. Après avoir calculé le aux de pénéraion de chaque inpu dans le TES d un pays on calcule la somme pondérée des consommaions inermédiaires de chaque branche d acivié ce qui perme ainsi d obenir le volume oal de consommaions inermédiaires imporées pour une branche donnée. On agrège ensuie les branches comme précédemmen. On isole enfin la par des consommaions inermédiaires imporées d Allemagne (respecivemen de rance) dans chaque seceur en appliquan le poids des imporaions en provenance d Allemagne (respecivemen de rance) dans les imporaions oales de la rance (respecivemen de l Allemagne). Ces marices inpu-oupu son donc obenues chaque année dans chaque pays. Elles nous informen à la fois sur la srucure echnologique de producion de chaque seceur e sur le poids de chaque faceur dans la formaion du coû uniaire oal. La modificaion des srucures producives françaises e allemandes sur la période peu se voir au ravers de l évoluion des marices enrées-sories (ables e 7 ci-dessous). Ces séries nous permeen d idenifier oalemen le modèle dans la mesure où nous obenons : les séries hisoriques de prix e

217 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 215 de salaires les séries de producion les coefficiens echniques les flux commerciaux (incluan consommaions inermédiaires imporées e les imporaions desinées à la consommaion des ménages) e donc la demande inérieure pour chaque seceur e dans chaque pays. B. Consrucion des données pour le modèle Coû uniaire du ravail nominal L agrégaion des seceurs échangeables e non-échangeables perme de consruire un indice des prix en rance e en Allemagne pour chaque seceur e chaque année. Pour consruire un indice de prix cohéren nous addiionnons les valeurs de producion dans chaque seceur d une par e les volumes de producion dans chaque seceur d aure par. Comme menionné précédemmen l indice de prix es le raio pour chaque pays chaque seceur e chaque année des sommes des valeurs sur les sommes des T GT volumes ; P : e P son respecivemen les prix des biens produis dans le seceur des biens échangeables (T pour Tradable) en rance e en Allemagne à la dae. Les prix du seceur des biens NT non-échangeables (NT pour Non Tradable) son P e P GNT. Avec des noaions évidenes les volumes produis dans chaque seceur pour chaque pays son noés Q T NT Q e Q GT Q GNT. Le nombre de salariés (équivalen emps plein) employés dans chaque seceur κi es noé L κ = G i = T NT). Dans chaque seceur nous consruisons le coû uniaire du ravail nominal (ULC) qui es UCL = avec κ = G i = T NT e = A κi où w es la rémunéraion oale moyenne d un salarié équivalen emps plein. Il es imporan de noer que nous observons le salaire incluan oues les charges salariales e paronales afin de prendre κi la mesure la plus cohérene du coû du ravail. A es la producivié du ravail mesurée par le raio de la producion oale κi rapporée à l emploi salarié oal : Q / L κi. Consrucion des coefficiens echniques de producion Pour produire une unié dans le seceur i = T NT du pays κ = G à la dae = il fau λ κi RDMκ uniés de biens

218 216 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago acheés au RDM λ κi G uniés de biens acheés au seceur T allemand λ κi uniés de biens acheés au seceur T français λ κi NT κi uniés de biens acheés au seceur NT du pays e 1/A uniés de κi ravail payées au salaire w. Ces coefficiens son consruis à parir des compabiliés naionales françaises e allemandes (voir Annexe B). Ainsi la producion d une unié de bien échangeable demande 5 faceurs de producion : du ravail e quare ypes de biens inermédiaires. Afin de simplifier la représenaion des foncions de producion nous les représenons en foncion de 6 faceurs de producion : (1) le bien du rese du monde acheé par le pays (2) le bien échangeable allemand (3) le bien échangeable français (4) le bien non-échangeable du pays κ considéré (5) le ravail du seceur des biens échangeables du pays κ considéré e (6) le ravail du seceur des biens non-échangeables du pays κ considéré. Pour chaque pays κ = G on résume les prix des faceurs de producion par le veceur ligne 1 6. De ce fai à la dae la foncion de producion des deux seceurs dans le pays κ peu êre représenée par la marice 2 6 (1) 0 (2) Coû uniaire oal nominal Nous consruisons aussi un indicaeur de coû uniaire oal (UC) qui ien compe à la fois du coû du ravail mais aussi des coûs de ous les biens inermédiaires uilisés dans le processus de producion (imporés e naionaux). À parir des marices précédenes le veceur 2 1 des coûs uniaires es donc : (avec X la ransposée de la marice X). κ ' UC = κ κ E V Nous avons donc quare veceurs de coûs pour le seceur exposé e pour le seceur abrié en rance e en Allemagne noées κi UC.

219 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 217 Le aux de marge dans chaque seceur pour chaque pays es noé μ κi (κ = G i = T NT e = ). Il es défini par le raio du prix du seceur rapporé aux coûs uniaires de la branche : κ i κ i P = κ i UC Indice de qualié enre la rance e l Allemagne Nous nous ournons à présen vers un élémen clé de l analyse : la qualié relaive des biens exporables français par rappor aux biens allemands sur le marché inernaional. Pour calculer ce indice nous considérons un modèle micro-économique ou simple. Si l élasicié de subsiuion des biens français e des biens allemands dans le rese du monde (RDM) es σ alors la foncion d uilié des imporaeurs du RDM es σ σ 1 σ 1 σ 1 T RDM ( ) σ G T RDM G H + ( ) σ X H X κt où H (κ = G) représene l indice de qualié implicie des biens RDMκ échangeables du pays κ X le volume d exporaions de biens de ce pays à desinaion du RDM e σ l elasicié de subsiuion enre les biens français e allemands dans l uilié du RDM. La conraine budgéaire du rese du monde es μ RDM G RDM G P X + P X = Y RDM où Y RDM représene les dépenses de consommaions pour les biens français e allemands à la période. La maximisaion de l uilié sous la conraine de budge donne les condiions du premier ordre qui permeen de rouver les évoluions de la qualié révélées par la dynamique des pars de marché. On obien la formule sandard 1 σ RDM H σ 1 σ 1 = X P RDM G G G H X P Les volumes e les prix P RDM X P G RDMG X éan des données de la compabilié naionale la seule valeur inconnue ici es l élasicié de subsiuion σ. (3)

220 218 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Graphiques addiionnels Graphique 7. Salaire individuel moyen dans le seceur exposé En milliers d'euros a) Seceur exposé b) Seceur abrié rance 36 rance Allemagne Allemagne Source : Insee Desais calculs des aueurs. Graphique 8. Indice d évoluion des volumes d exporaions allemands vers l Union européenne ou hors-ue 35 Indice 1993 T1 = 1 3 Exporaions hors UE en % PIB Exporaions vers l'ue en % PIB Source : Insee Desais calculs des aueurs.

221 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 219 Graphique 9. Évoluion du déflaeur des imporaions (consommaions inermédiaires imporées e imporaions desinées aux ménages) en niveau Indice 1993 T1 = a) En niveau b) En indice rance 110 Allemagne Allemagne 090 rance Source : Insee Desais calculs des aueurs. Marices des coefficiens echniques Nous reproduisons ci-après les marices des coefficiens echniques (auremen di le volume de consommaions inermédiaires de chaque caégorie d inpu en pourcenage de la producion du seceur) en se resreignan aux années 1993 e 2012 pour mere en avan les ransiions. Marice des coefficiens echniques : volume de consommaions inermédiaires en pourcenage de la producion en 1993 Tableau 4. rance 1993 Volume en % de la producion oale Seceur exposé Seceur abrié Inpus échangeables domesiques Inpus imporés Allemagne Inpus imporés rese du monde Inpus non-échangeables Tableau 5. Allemagne 1993 Volume en % de la producion oale Seceur exposé Seceur abrié Inpus échangeables domesiques Inpus imporés rance Inpus imporés rese du monde Inpus non-échangeables

222 220 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago Marice des coefficiens echniques : volume de consommaions inermédiaires en pourcenage de la producion en 2012 Tableau 6. rance 2012 Volume en % de la producion oale Seceur exposé Seceur abrié Inpus échangeables domesiques Inpus imporés Allemagne Inpus imporés rese du monde Inpus non-échangeables Tableau 7. Allemagne 2012 Volume en % de la producion oale Seceur exposé Seceur abrié Inpus échangeables domesiques Inpus imporés rance Inpus imporés rese du monde Inpus non-échangeables C. Décomposiion du coû uniaire Si le coû uniaire de producion de la rance dans le seceur échangeable à la période (noé CU ) es la somme des coûs sur N faceurs alors N i CU = λ p i=1 où λ es la quanié de faceur i acheée pour produire une unié i de bien échangeable e p es le prix de ce faceur en rance à la période. Pour l Allemagne on a N G G i G CU = λ p i=1 Dès lors la différence d évoluion des coûs uniaires peu s écrire G G G ( CU 2012 CU1993 ) ( CU 2012 CU1993 ) Δ = N N i i G i G G i G ( p p ) ( p p ) = λ λ λ λ i=1 i=1 = N N i G i G i G i G λ2012 p2012 λ2012 p2012 λ1993 p1993 λ 1993 p1993 i=1 i=1 N i i G G i G = ( λ2012 ( p2012 p2012 ) + ( λ2012 λ2012 ) p2012 ) i=1 N i i G G i G ( λ1993 ( p1993 p1993 ) + ( λ1993 λ1993 ) p1993 ) i=1 ( ) ( )

223 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 221 Ce que l on peu décomposer comme : un effe pondéré des changemens de prix + un effe pondéré des changemens de volumes ( ( ) ( ) Δ N G i i G i i G = λ 2012 p2012 p2012 λ 1993 p1993 p1993 i =1 Effe pondéré des changemens de prix ( ( ) ( ) ) N i G G G i G + p2012 λ2012 λ2012 λ1993 λ1993 p1993 i =1 Effe pondéré des changemens de volume Le résula de cee décomposiion es présené dans le exe. D. Le modèle Nous décrivons dans cee secion le modèle srucurel que nous uilisons pour décrire les économies française e allemande. Nous considérons 3 pays : la rance l Allemagne e le Rese du Monde (RDM). L économie es composée de rois ypes de consommaeurs. Les consommaeurs allemands français e du rese du monde e de six seceurs de producion. Il y a deux seceurs en rance e en Allemagne : le seceur des biens échangeable (T) e le seceur des biens non-échangeables (NT). Le RDM produi deux ypes de biens échangeables à des prix différens. Le premier ype es vendu à l Allemagne le second ype es vendu à la rance. Consommaeurs en rance e en Allemagne On suppose que dans chaque pays les consommaeurs iren leur uilié à chaque période de l acha d un agréga de quare ypes de biens : rois biens échangeables e le bien non-échangeable du pays considéré. Les biens échangeables peuven êre imporés du pays voisin (X G pour les consommaeurs français X G pour les consommaeurs allemands) du RDM (X κrdm ) ou consommés à parir de la producion domesique (X κκ ). Une hypohèse imporane es que chaque bien possède un indice de qualié H κi qui représene la compéiivié «hors-coû» du seceur produceur. Un bien de plus grande qualié appore plus d uilié (H GT es ainsi par exemple la qualié du bien allemand dans le seceur des échangeables). Le programme de maximisaion des consommaeurs français s écri donc :

224 222 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago max ( ) ( ) RDM RDM RDM α G T G H X H X NT T NT NT ( H X ) ( ) α α H X α G (4) T RDM RDM T G G T On uilise ici une foncion d uilié de ype Cobb-Douglas dans laquelle les coefficiens α j (j = RDM G N T) représenen la par de chaque ype de consommaion dans le revenu oal naional : les dépenses de consommaion des ménages son données par Le choix d une foncion Cobb-Douglas implique une élasicié de subsiuion uniaire en rance e en Allemagne enre les différens ypes de biens. Cee valeur de l élasicié es cohérene avec les esimaions (Ducoudré e Heyer 2014 enre aures) sur les séries emporelles. On suppose une foncion d uilié similaire pour les consommaeurs allemands avec des coefficiens α GRDM α GG α G α GNT. Ces coefficiens varien dans le emps. NT NT P X + P X + P X + P X = Y Y κ = P T RDM κ X κ RDM + P T G X κ G + P T κ + P κ NT Consommaion du rese du monde Le rese du monde (RDM) consomme des biens échangeables français e allemands. On suppose ici que le RDM impore ces biens pour maximiser son uilié (pour α 1) σ σ 1 σ 1 σ 1 RDM = T RDM ( ) σ G T RDM G U H + ( ) σ X H X Le programme es donc (avec la conraine budgéaire adéquae) max X RDM X RDM G RDM RDM G RDM G RDM P X + P X = Y où Y RDM représene les dépenses de consommaions pour les biens français e allemands à la période. H κt (κ = G) représene l indice de qualié implicie des biens échangeables du pays κ X RDMκ le volume d exporaions de biens de ce pays à desinaion U X X κ NT (5)

225 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 223 du RDM e σ l élasicié de subsiuion enre les biens français e allemands dans l uilié du RDM. Les condiions du premier ordre nous donnen : C es ce programme de maximisaion que nous uilisons pour calculer l indice de qualié relaive enre les biens français e allemands sur le marché mondial. Producion La producion du seceur i = TNT dans le pays κ = G es noée Q iκ. La foncion de producion es donnée par (2) e le veceur de prix es donnée par (1). On rappelle que le coû uniaire de producion es e l on fai l hypohèse que la srucure de la concurrence e la maximisaion du profi amènen les enreprises du pays κ = G dans le seceur i = TNT à choisir un prix qui es le coû uniaire de producion muliplié par un markup µ iκ Dès lors Équilibre de marchés Nous pouvons à présen décrire l équilibre de ce modèle. Pour chaque pays e pour chaque seceur la producion es disribuée enre les consommaions inermédiaires domesiques (chaque seceur uilisan chacun des deux ypes de biens dans sa RDM RDM G G T RDM T RDM G G T RDM G G T Y H P H P H P X P σ σ σ = RDM RDM T RDM G G T RDM T RDM T Y H P H P H P X P σ σ σ = ' V E UC κ κ κ = i i i UC P = κ κ κ μ

226 224 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago producion) les consommaions inermédiaires imporées par le voisin (dans le cas du seceur des biens échangeables) la demande domesique des consommaeurs e la demande du rese du monde (pour les biens échangeables une fois de plus) : T T T NT T G T T G NT T Q = CI + CI + CI + CI T G RDM + X + X + X (6) NT Q T NT NT NT NT = CI + CI + X (7) T G T T G NT T G G T T G G NT T G Q = CI + CI + CI + CI T G G G G RDM + X + X + X (8) NT G G T NT G G NT NT G G NT Q = CI + CI + X L inérê de ce modèle (relaivemen) simple es que ous les paramères peuven êre idenifiés à parir des données de compabilié naionale de rance e d Allemagne pour la valeur l élasicié de subsiuion reenue. (9) E. Soluion du modèle Condiions du premier ordre des consommaeurs e du Rese-du-Monde Les condiions du premier ordre du programme des consommaeurs français e allemands (4) nous donnen : (κ = G) α κ RDM α α α κ G κ T RDM κ RDM P X = κ Y T G κ G P X = κ Y T κ P X = κ Y T NT κ NT κ NT P X = κ Y

227 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 225 Les condiions du premier ordre du programme des consommaeurs du RDM son (programme 5) : De manière inuiive la demande du rese du monde pour les produis exporables français e allemands dépend donc du rappor qualié-prix de ces biens. Écriure maricielle des séries d oupu On rappelle la formule de l oupu de chaque seceur dans chaque pays : À parir des marices de coefficiens echniques on peu réécrire sous forme maricielle : RDM RDM G G T RDM T RDM G G T RDM G G T Y H P H P H P X P σ σ σ = RDM RDM T RDM G G T RDM T RDM T Y H P H P H P X P σ σ σ = T G NT T G T T NT T T T CI CI CI CI Q = RDM G T X X X NT NT NT NT T NT X CI CI Q = + + G T G NT G T G T G T NT G T T G T CI CI CI CI Q = G RDM G G G T X X X G NT G NT G NT G NT G T G NT X CI CI Q = + + G NT NT G G T G T NT NT T T T Q Q Q Q Q = λ λ λ λ RDM G T X X X + + +

228 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago 226 soi : avec : (10) On peu donc vérifier que la producion oale des quare seceurs es L emploi oal en rance des seceurs échangeables e nonéchangeables es (l emploi es la producion divisée par la producivié du ravail) : Enfin on calcule la VA naionale à parir des séries de producion : NT NT NT NT T NT T NT X Q Q Q = + + λ λ NT NT G T G T G NT G G NT G T G G T G T Q Q Q Q Q = λ λ λ λ RDM G G G G T X X X G NT G NT G NT NT G T NT G T G NT X Q Q Q = + + λ λ G NT RDM G G G G T NT RDM G T G NT G T NT T G NT G T NT T X X X X X X X X Q Q Q Q D Q Q Q Q = G NT NT G T NT G NT G G T G NT G T G NT NT T NT G NT G T NT T D = λ λ λ λ λ λ λ λ λ λ λ λ ( ) G NT RDM G G G G T NT RDM G T G NT G T NT T X X X X X X X X D Q Q Q Q = NT NT T T A Q A Q L / / = + NT NT T T P Q P Q VA = RDM T NT RDM T T G T NT G T T NT NT T NT NT T T T CI CI CI CI CI CI CI CI NT G G NT G T G T G P Q P Q VA = RDM T NT G RDM T T G T NT G T G T G NT NT G G T NT G G NT T G G T T G CI CI CI CI CI CI CI CI

229 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 227 soi : On calcule enfin le aux d épargne naional : s κ = 1 c κ avec c κ la par de la valeur ajouée naionale allouée à la consommaion des ménages : Tous les paramères du modèle son parfaiemen idenifiés à l excepion de σ. Ce résula imporan indique que l uilisaion de la compaibilié naionale seule des deux pays perme de déerminer uniquemen la valeur de ous les paramères (sans esimaions économériques).. Consrucion des conrefacuels : conrefacuel des salaires Les veceurs prix de chaque pays son à présen (iniialemen seuls les salaires allemands son modifiés) : NT NT T T P Q P Q VA = G T T G RDM T T RDM NT T NT T T T P P P P Q λ λ λ λ G T NT G RDM T NT RDM NT NT NT T NT NT P P P P Q λ λ λ λ NT G G NT G T G T G P Q P Q VA = G T G T G RDM G T G T RDM G NT G G T NT T G T G T P P P P Q λ λ λ λ G T NT G G G RDM T NT G G RDM NT G NT G NT T NT G G NT P P P P Q λ λ λ λ κ κ κ VA Y c = [ ] NT T NT T G T RDM T RDM G T W W P P P P P V = [ ] G NT G T G NT T G T RDM T RDM G T G W W P P P P P V = ~ ~ ~

230 228 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago avec ~ W ~ W T G = W T G 1993 I NT G NT G = W1993 T WT W I = T W1993 NT WNT W I = NT W1993 WT I WNT e on garde les srucures de producion à l idenique dans chaque pays : κ T λ RDM G λ κ E = κ NT λ RDM G λ κ T RDM κ NT RDM κ T κ T κ T κ T λ G λ λnt 1/ A 0 κ NT κ NT κ NT κ NT λ G λ λnt 0 1/ A Parce que les salaires allemands influen sur les prix allemands qui eux-mêmes enren en compe dans la srucure des coûs français une modificaion de la dynamique des salaires allemands dans les deux seceurs exposé e abrié enraîne une modificaion de la srucure complèe des prix allemands e français dans chaque seceur : ~ T G G T G T G T G T G T G T P = μ [ λ 0 λ λ λ 1/ A 0] RDM G NT T RDM G T RDM ~ T G ~ T ~ NT G ~ T G ~ NT G [ P P P P P W W ] ' ~ NT G G NT G NT G NT G NT G NT G NT P = μ [ λrdm 0 λg λ λnt 0 1/ A ] T RDM G T RDM ~ T G ~ T ~ NT G ~ T G ~ NT G [ P P P P P W W ] ' ~ T T T T T T T P = μ [ 0 λrdm λg λ λnt 1/ A 0] T RDM G T RDM ~ T G ~ T ~ NT T NT [ P P P P P W W ] ' ~ NT NT NT NT NT NT NT P = μ [ 0 λrdm λg λ λnt 0 1/ A ] T RDM G T RDM ~ T G ~ T ~ NT T NT P P P P P W W [ ] '

231 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 229 On peu alors réécrire sous forme maricielle : avec On obien alors les nouvelles séries de prix induies par un changemen de la dynamique des salaires allemands. La modificaion de la srucure des prix enraîne à la fois une modificaion du prix des biens français e allemands sur les marchés inernaionaux induisan un rééquilibrage de la demande du rese du monde pour les biens français e allemands e un changemen inerne des demandes des consommaeurs (à aux d épargne naional consan) : ( ) NT T G NT G T RDM T RDM G T NT T G NT G T W W W W P P B A P P P P = ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ NT NT NT NT NT NT G NT T NT T T T T G T NT G NT G NT G NT NT G NT G G NT G G T G T G T NT G T G T G G T A = λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ NT NT T RDM NT T T T RDM T NT G NT G NT G RDM NT G G T G T G T RDM G T A A A A B 1/ / / / 0 = μ λ μ μ λ μ μ λ μ μ λ μ RDM G RDM G T RDM T G RDM G T G T G RDM Y H P H P H P P X σ σ σ = ~ ~ ~ ~ ~ κ κ κ κ α = RDM T RDM RDM P Y X ~ G T G G P Y X = ~ ~ κ κ κ α

232 Mahilde Le Moigne e Xavier Rago 230 À l aide de ces nouvelles demandes on peu reconsruire les séries conrefacuelles de producion (à srucure producive inchangée) puis d emploi en iéran sur le revenu consommé : On peu alors rerouver le niveau de l emploi conrefacuel ainsi que reconsruire la VA de chaque pays ce qui nous perme de reconsruire de manière endogène le revenu naional e d iérer avec un aux d épargne naional consan : G. Consrucion des conrefacuels : conrefacuel sur les aux de marge On procède de la même façon que précédemmen en consruisan une série conrefacuelle de aux de marges pour le seceur abrié français : nous supposons qu ils suiven précisémen les variaions du aux de marge allemand. T P Y X = ~ ~ κ κ κ α NT T NT NT P Y X = ~ ~ κ κ κ α RDM G T X X X C = ~ ~ ~ + + ( ) NT G RDM G G G G T NT RDM G T G NT G T NT T X X X X X X X X D Q Q Q Q = ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ NT NT T T A Q A Q L / / = ~ ~ ~ + NT NT T T P Q P Q VA = ~ ~ ~ ~ ~ + ( ) G T T G RDM T T RDM NT T NT T T T P P P P Q ~ ~ ~ ~ λ λ λ λ ( ) G T NT G RDM T NT RDM NT NT NT T NT NT P P P P Q ~ ~ ~ ~ ~ λ λ λ λ NT G G NT G T G T G P Q P Q VA = ~ ~ ~ ~ ~ + ( ) G T G T G RDM G T G T RDM G NT G G T NT T G T G T P P P P Q ~ ~ ~ ~ λ λ λ λ ( ) G T NT G G RDM G T NT G RDM G NT G NT G NT T NT G G NT P P P P Q ~ ~ ~ ~ λ λ λ λ NTG NT NT I μ μ μ 1993 = ~ NT G NT G NTG I 1993 = μ μ μ

233 rance e Allemagne : une hisoire du désajusemen européen 231 En effecuan le même raisonnemen que précédemmen pour une srucure de producion e des salaires inchangés l imposiion d un nouveau aux de marge dans le seceur abrié français va modifier la srucure complèe des prix français e allemands dans les deux seceurs : avec : Cela nous perme à nouveau de calculer des demandes (domesiques e érangères) conrefacuelles de nouvelles séries de producion e un nouveau niveau de VA dans chaque pays. ( ) NT T G NT G T RDM T RDM G T NT T G NT G T W W W W P P B A P P P P = ~ ~ ~ ~ NT NT NT NT NT NT G NT T NT T T T T G T NT G NT G NT G NT NT G NT G G NT G G T G T G T NT G T G T G G T A = λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ λ μ ~ ~ ~ NT NT T RDM NT T T T RDM T G NT G NT G NT RDM G NT G T G T G T RDM G T A A A A B 2 1/ / / / 0 = μ λ μ μ λ μ μ λ μ μ λ μ ~ ~

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235 Parie 2 OÙ VA LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE? Les vens conraires de la croissance française Jérôme Creel e Éloi Lauren au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? Henri Serdyniak Le emps pour produire : réflexions analyiques sur les difficulés de reprise de l acivié économique Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno Sagnaion séculaire e accumulaion de capial Gilles Le Garrec e Vincen Touzé Vieillissemen de la populaion acive. Vers une baisse de la producivié? Sandrine Levasseur Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? Une (brève) revue de liéraure Guillaume Allègre Revue de l OCE 142 (2015)

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237 LES VENTS CONTRAIRES DE LA CROISSANCE RANÇAISE Jérôme Creel OCE Sciences Po e ESCP Europe Éloi Lauren OCE Sciences Po e Universié de Sanford Rober Gordon qui fu un scepique de la nouvelle économie il y a deux décennies prédi dans un aricle publié en 2012 que la croissance américaine pourrai quasimen disparaîre sous l effe de six «vens conraires» : démographie inégaliés éducaion mondialisaion coû de l énergie e dee seraien auan de marqueurs de la pere viesse de l économie américaine. Sans nous livrer au même exercice de chiffrage que Gordon nous enons d évaluer la naure l inensié e la direcion des vens conraires qui pourraien dans la perspecive de moyen-erme chère à Gordon conrarier la croissance française. Nous concluons sur cinq recommandaions. Mos clés : démographie inégaliés inégraion européenne poliique budgéaire financiarisaion. 1. Inroducion : en-deçà du PIB français Récemmen l'hypohèse d Alvin Hansen d une sagnaion séculaire dans les pays avancés a éé relancée enre aures par Larry Summers e Rober Gordon qui on idenifié un cerain nombre de faiblesses du côé de la demande ou de côé de l'offre de l'économie 1. D'une par l excès d'épargne exercerai une pression à la baisse sur le aux d'inérê ce qui rendrai le rendemen sur le capial fuur pluô faible e limierai donc la demande fuure e l invesissemen. Aussi l excès d épargne pourrai-il devenir permanen. D'aure par la récene vague d'innovaions echnologiques ne serai pas du niveau de celle inervenue au débu du XX e siècle noammen avec la diffusion de l'élecricié e des saniaires qui Revue de l OCE 142 (2015)

238 236 Jérôme Creel e Éloi Lauren on concouru à la hausse de la producivié e du niveau de vie. Nous prenons préexe du posiionnemen de Rober Gordon dans le déba sur la sagnaion séculaire pour discuer des vens conraires de la croissance française depuis une vingaine d années en adopan par ailleurs une vision prospecive à moyen erme. Pluô qu à un exercice de sousracion de la croissance fuure française par ses différens vens conraires avec oue l inceriude qu un el exercice implique nous cherchons à mere en exergue les freins e les moeurs passés e fuurs de l économie française. La grille de lecure de Rober Gordon suppose d accorder de la valeur au concep de produi inérieur bru (PIB) dans l évaluaion des performances d un pays. Or depuis de nombreuses années la mesure du PIB es rès criiquée e son dépassemen recommandé 2. Il y a au moins rois façons de comprendre la problémaique du dépassemen du PIB (e de sa croissance) comme indicaeur de référence du déba macroéconomique. Le premier dépassemen consise à considérer que la croissance du PIB n indui pas celle du bien-êre humain (auremen di le développemen économique n équivau pas au développemen humain). Le deuxième consise à considérer que le PIB ne nous renseigne en rien sur la souenabilié du développemen économique compe enu de la conraine écologique (le développemen économique n équivau pas au développemen souenable). Le roisième dépassemen moins usié dans le déba économique consise à reconnaîre que le PIB n es qu un indicaeur «de surface» du développemen économique la résulane angible de déerminans profonds qui son les vériables leviers de la croissance. Il ne s agi pas dans cee perspecive d aller au-delà du PIB mais pluô en-deçà de lui pour mere au jour non pas ses composanes mais ses déclencheurs. C es dans cee perspecive qu il fau comprendre le déba ouver par Rober Gordon il y a rois ans sur l avenir de la croissance américaine. 1. Teulings e Baldwin (2014) rassemblen plusieurs conribuions sur ce hème. La vision assez criique d Eichengreen moins commenée à nore connaissance que celles de Summers e Gordon es pariculièremen inéressane ; pluô qu à des discussions sur la valeur du aux d inérê réel d équilibre (Summers) ou à une vision pessimise sur la qualié des innovaions (Gordon) il préfère s en enir à l argumen selon lequel les Éas-Unis on besoin d invesir dans leurs infrasrucures dans l éducaion e dans la formaion. Conrairemen à celle de Gordon avec sa classificaion ransposable à d aures économies développées l analyse d Eichengreen es rès ancrée dans la siuaion américaine. 2. Voir Lauren e Le Cacheux (2015).

239 Les vens conraires de la croissance française 237 Rober Gordon qui fu un scepique de la nouvelle économie il y a deux décennies prédi dans un aricle publié en 2012 que la croissance américaine pourrai quasimen disparaîre passan de 18 % à 02 % en moyenne annuelle sous l effe des «vens conraires» (headwinds) qui produiraien une érosion du PIB. Les six vens conraires qu il idenifiai en 2012 son par ordre d imporance la monée des inégaliés (-05 poin) le poids de la dee (-03 poin) e pour un effe de sousracion égal à 02 poin respecivemen l épuisemen démographique la baisse du niveau éducaif l impac de la mondialisaion e la hausse des prix de l énergie (ableau 1). Tableau 1. Les six vens conraires de la croissance américaine selon R. Gordon En poins de croissance du PIB réel par habian pour 99 % de la populaion américaine Taux de croissance moyen consaé 18 Effe de la démographie 16 Effe de l'éducaion 14 Effe des inégaliés 09 Effe de la mondialisaion 07 Effe de l'énergie 05 Effe de la dee 02 Source : Gordon Il convien de noer que dans ce jeu d hypohèses la dynamique de l innovaion n es pas cenrale : d une par Gordon pense que la décéléraion des gains de producivié liée aux grandes innovaions de la première moiié du XX e siècle a déjà eu lieu ; d aure par les innovaions acuelles e fuures ne pourron pas selon lui relancer ces gains de producivié. En d aures ermes à en croire Gordon le changemen echnologique ne sera pas un faceur de ralenissemen ou d accéléraion de la croissance économique. La croissance poenielle américaine serai ralenie par la combinaison de phénomènes démographiques e d emploi adverses la baisse du niveau d éducaion la hausse de la fiscalié sous l effe du poids de la dee e des axes environnemenales frappan l énergie andis que la croissance effecive (bénéfician aux 99 % du «bas» de l échelle des revenus) serai amoindrie par l inégale répariion des gains irés de l ouverure inernaionale e le niveau hisoriquemen élevé des inégaliés de revenu dans le pays.

240 238 Jérôme Creel e Éloi Lauren Rober Gordon a par la suie affiné son hypohèse (Gordon 2014) 3 ne reenan que quare «vens conraires» sur les six iniiaux pour répondre aux criiques qui lui avaien éé adressées e ener d inscrire son éude dans le cadre plus large du déba sur la «sagnaion séculaire». Mais son éude de 2012 nous paraî plus inéressane que celle de 2014 : le cadre concepuel mobilisé es plus riche pour considérer les déerminans profonds du développemen économique américain il es donc plus aisémen applicable au cas français à la condiion de quelques adapaions. Sans nous livrer au même exercice de chiffrage (éminemmen hasardeux) que Gordon nous enons brièvemen dans ce aricle d évaluer la naure l inensié e la direcion des vens conraires qui pourraien dans la perspecive de moyen-erme chère à Gordon conrarier la croissance française. Nous choisissons pour ce faire le ableau de correspondance qui sui. Pluô qu une séparaion enre inégaliés e éducaion nous privilégions un raiemen join : les quesions d éducaion en rance ne peuven pas êre disjoines de celles relaives aux inégaliés de revenus de parimoine e donc in fine de errioires. Quan à la quesion de la mondialisaion elle es principalemen appréhendée en rance au ravers de l apparenance à l Union européenne sau d inégraion régional dans une phase d inensificaion des échanges mondiaux sur les marchandises les services e les capiaux. L inégraion européenne es difficilemen séparable de sa composane financière : après êre devenue une union douanière à la fin des années 1960 l Union européenne es devenue une zone de libre-échange pour les capiaux financiers à la fin des années Les vens conraires de la mondialisaion son aussi poeniellemen ceux de la globalisaion financière. L aure dimension à laquelle l inégraion européenne es coninuellemen raachée concerne les finances publiques : la zone monéaire fédérale avec sa Banque cenrale européenne n a pas pour l insan aboui à une union fédérale doée d un budge conséquen. Les poliiques budgéaires resen donc naionales mais pour ne pas enrer en conradicion avec les objecifs de la BCE elles son soumises à des règles resricives qui peuven donner lieu même 3. Gordon y reien les vens conraires suivans : démographie éducaion inégaliés e dee publique.

241 Les vens conraires de la croissance française 239 lorsqu elles ne son pas scrupuleusemen respecées à des vens conraires sur la croissance e le bien-êre d un pays. La rance n es malheureusemen pas en rese comme on va le voir. Tableau 2. Les vens conraires ableau de correspondance Gordon 2012 Creel e Lauren 2015 Démographie/emploi Démographie/emploi Éducaion Inégaliés de revenu e d éducaion Inégaliés Mondialisaion Inégraion européenne : a/ inances publiques Dee b/ inanciarisaion Energie/fiscalié Energie /fiscalié/ clima Source : Les aueurs. Nous passons en revue dans les pages qui suiven les argumens qui plaiden pour e conre un ralenissemen durable de la croissance française sous l effe de ces forces. 2. La fin du «dividende démographique»? Rober Gordon nous di d abord que l évoluion démographique es un frein puissan à la croissance américaine : «The demographic dividend is now in reverse moion.the original dividend was anoher one-ime-only even he movemen of females ino he labor force beween 1965 and 1990 which raised hours per capia and allowed real per-capia GDP o grow faser han oupu per hour.». Premier consa empirique : les données disponibles pour la rance ne confirmen pas l analyse faie par Gordon pour les Éas- Unis (graphique 1) : si l on reprend sa décomposiion du revenu par habian comme le produi de la producivié horaire e des heures ravaillées par habian on ne voi pas l effe supposémen posiif sur les heures ravaillées par habian de l enrée des femmes sur le marché du ravail à parir du milieu des années 1960 pas plus que sur la croissance répuée plus rapide du PIB par habian par rappor au PIB horaire (graphique 2).

242 240 Jérôme Creel e Éloi Lauren Graphique 1. Heures ravaillées par habian pour la rance Source : Toal Economy Daabase. Graphique 2. PIB horaire e PIB par habian PIB par habian en 1990 GK$ PIB par heure ravaillée en 1990 GK $ Source : Toal Economy Daabase. 0 Plus encore les prévisions de Gordon quan à l évoluion du revenu par habian peuven égalemen êre remises en causes. Gordon écri en effe au suje des Éas-Unis : «Bu now he baby-boomers are reiring no longer included in he ally of oal hours of work bu sill included in he popula-

243 Les vens conraires de la croissance française 241 ion. Thus hours per capia are now declining and any endency for life expecancy o grow relaive o he average reiremen age will furher augmen his headwind By definiion whenever hours per capia decline hen oupu per capia mus grow more slowly han produciviy.». Cee prédicion appliquée à la rance fai direcemen écho au déba ouver sur la quesion de l influence croisée de la producivié horaire e du nombre d heures ravaillées sur le revenu par habian des rançais. La Direcion du Trésor (2014) a récemmen fai paraîre une éude qui résume bien la posiion paragée par un cerain nombre d analyses sur ce qui serai un problème srucurel de l économie française. Après avoir noé «le choix fai en rance de diminuer le nombre d'heures ravaillées don la conribuion négaive au différeniel de aux de croissance a éé compensée par le dynamisme de la producivié horaire» les aueurs soulignen qu «au final en rance la faiblesse relaive des gains de producivié par habian (par rappor noammen au Royaume-Uni e à la Suède ainsi qu'aux Éas-Unis sur les 20 dernières années) n'a pas éé compensée par une nee amélioraion du aux d'acivié sur l'ensemble de la période (noammen par rappor à l'allemagne)». Le revenu par habian ralenirai donc en rance sous l effe d un rop faible volume horaire. Selon les données de l OCDE le PIB par habian aurai augmené de seulemen 05 % par an enre 2001 e 2013 alors que le PIB par heure ravaillée aurai augmené de +09 % par an. Commen se présene cee siuaion à l horizon des deux prochaines décennies e les prédicions raisonnées qui peuven êre faies confirmen-elles le pessimisme de Gordon? La réponse semble négaive. En effe l INSEE indique que les prévisions son favorables pour la populaion acive (graphique 3) e pour le aux d acivié des ans (graphique 4). L INSEE noe ainsi «à l'avenir lorsque ces cohores seron en âge de ravailler la démographie devrai jouer favorablemen sur le PIB par habian en rance relaivemen aux pays de l'ocde don la démographie es plus vieillissane.» Dès lors il es raisonnable de penser que si le ralenissemen du revenu par habian français s explique par un choix de sociéé visan à réduire le emps de ravail (e donc à augmener le

244 242 Jérôme Creel e Éloi Lauren bien-êre) choix qui n es plus compensé par une hausse de la producivié horaire l évoluion démographique à venir va permere de résoudre cee conradicion. Graphique 3. Populaion acive En milliers Observée Projeée Source : INSEE. Graphique 4. Taux d acivié des ans 72 En % Observé Prédi * Source : INSEE.

245 Les vens conraires de la croissance française 243 S il fallai formuler une recommandaion de poliique publique elle consiserai à ne pas casser le dynamisme démographique français e noammen à mainenir e améliorer les poliiques familiales e à mieux gérer les cycles économiques afin de permere aux généraions nombreuses à venir de rouver un emploi. Elle consiserai aussi à favoriser effecivemen l augmenaion des aux d emploi principalemen des jeunes 4 par une poliique éducaive d apprenissage e d inserion professionnelle ambiieuse e ou au long de la vie par la formaion professionnelle pour renforcer l appariemen e la roaion de la main-d œuvre. 3. Le riple frein des inégaliés Selon Gordon la monée en puissance des inégaliés de revenu aux Éas-Unis expliquerai à elle seule la pere de 05 poin de croissance : de ous c es le ven conraire le plus puissan. Ce effe es lié à la répariion inéquiable de la croissance effecive américaine : une fois sousraie la par des 1 % les plus riches il ne rese que peu de croissance pour les 99 % resans. Mais en raisonnan ainsi Gordon oublie que l effe des inégaliés peu aussi se faire senir en amon sur le niveau de la croissance poenielle. Il raie de plus la quesion du niveau éducaif séparémen de la problémaique des inégaliés alors même que les deux sujes son éroiemen liés. Il fau donc considérer selon nous rois enjeux relian inégaliés e croissance. D abord l impac néfase des inégaliés sur le niveau de la croissance. Pour auan que l on puisse l esimer 5 ce impac paraî modéré dans le cas français l écar de croissance des inégaliés avec les Éas-Unis éan de l ordre de 6 à 7 poins de pourcenage sur la période De plus pluô qu à un ven conraire on assiserai à un ven en poupe dans la mesure où la plus grande égalié en rance y favoriserai la croissance. Mais le deuxième impac des inégaliés via l éducaion donne des résulas plus néfases pour la rance. 4. En 2013 le aux d acivié des jeunes de ans éai de 373 % andis que leur aux d emploi éai de 284 % selon l INSEE. 5. Ce que s efforce de faire une éude récene de l OCDE (2014) en relian jusemen la quesion des inégaliés à celle de la capacié à invesir individuellemen e collecivemen dans l éducaion. Les inégaliés de revenu induiraien un accès différencié à l éducaion au dérimen des plus démunis ce qui nuirai in fine à la croissance économique.

246 244 Jérôme Creel e Éloi Lauren On sai en effe que dans le cadre du programme PISA (Programme for Inernaional Suden Assessmen ou Programme pour l évaluaion inernaionale des éudians) don les enquêes permeen d évaluer selon des crières comparables les capaciés en mahémaiques en sciences e en compréhension de l écri des élèves âgés de 15 ans la rance affichai en 2012 un score moyen en mahémaiques de 495 poins qui la place juse au-dessus de la moyenne de l OCDE (494) au 23 e rang des pays évalués à égalié avec le Royaume-Uni mais loin derrière la Corée du Sud (554) le Japon (536) la Suisse (531) ou l Allemagne (514). Il en va de même en sciences pour lesquelles la rance aein le score de 499 poins au-dessous de la moyenne OCDE (501) e un peu mieux pour la compréhension de l écri (505 alors que la moyenne OCDE se siue à 496). Or les données de l OCDE monren que l école française ne parvien pas à réduire les inégaliés enre élèves : ainsi en mahémaiques si près de 129 % des élèves français avaien en 2012 des performances rès supérieures à la moyenne 224 % d enre eux n aeignaien pas le niveau 2 (sur 6) alors qu en Allemagne (score moyen 514 en mahémaiques) les pourcenages correspondans éaien respecivemen 175 % e 177 %. De même l influence de l origine sociale sur les performances éducaives des élèves es en rance neemen supérieure à celle des aures pays. L inerpréaion généralemen admise que les spécialises 6 fon de ces enquêes es que le sysème français es inefficace du fai de son caracère inégaliaire (une illusraion parmi d aures de ce que les inégaliés son non seulemen injuses mais inefficaces). Les inégaliés de revenu on donc en rance un impac modéré sur la croissance mais elles affecen le développemen économique via leur effe négaif sur le niveau d éducaion. Troisième e dernier angle à considérer : la répariion de la croissance effecive. La différence des siuaions française e américaine es ici assez nee : la rance connaî un niveau d inégalié (de revenu disponible enre les ménages) faible par rappor aux aures pays de l OCDE e qui a peu progressé au cours des 25 dernières années l indice de Gini éan sable au voisinage de 03 (OCDE 2014). L effe sur la répariion des fruis de la croissance en es d auan amoindri. 6. Voir noammen Baudelo e Esable (2009).

247 Les vens conraires de la croissance française 245 De ces perspecives d évoluion émanen quelques recommandaions simples de poliique publique consisan à mainenir à un niveau faible les inégaliés de revenu en rance pour qu elles ne diminuen pas la croissance en amon e qu elles ne l ampuen pas en aval ce qui suppose de mainenir un niveau élevé de redisribuion au moyen de l Éa-providence. Il convien aussi de concevoir des réformes éducaives qui visen en priorié à réablir l égalié enre élèves afin d améliorer le niveau de ous e la performance d ensemble du sysème français. 4. L impac de la crise climaique Au suje du frein que consiuerai la quesion environnemenale Rober Gordon écri noammen : «The consensus recommendaion of economiss o impose a carbon ax in order o push American gasoline prices up oward European levels will reduce he amoun ha households have lef over o spend on everyhing else.». L analyse apparaî ici à la fois limiée e erronée. Erronée parce que Gordon semble méconnaîre la réalié des réformes fiscales environnemenales menées noammen dans les pays nordiques qui n y on nullemen rédui le dynamisme économique. Limiée parce qu il y a bien d aures conséquences adverses à envisager pour la croissance lorsque l on considère la perspecive de plus en plus probable de chocs écologiques en pariculier climaiques de plus en plus inenses e fréquens. Le premier argumen de Gordon es conraire à l expérience de ous les pays ou localiés qui on condui des réformes fiscales bien pensées e bien menées. Andersen (2010) monre en pariculier que la Suède le Danemark la inlande mais aussi la Slovénie ou les Pays-Bas n on connu aucune enrave à leur développemen économique du fai de la réforme plus ou moins poussée de leur sysème fiscal pour des moifs environnemenaux. Au conraire de nombreuses éudes empiriques monren plus généralemen que la conraine environnemenale peu êre faceur d innovaion e de développemen économique (Ambec e al. 2013). En revanche il y a des raisons d êre bien plus pessimise que Gordon : le changemen climaique aura des effes économiques puissans e négaifs sur le développemen de la rance en l absence

248 246 Jérôme Creel e Éloi Lauren de poliique efficace d aénuaion au plan mondial (c es ou l enjeu de la COP 21 qui se iendra à Paris à la fin de l année). En oure l adapaion au changemen climaique aura égalemen un coû économique non négligeable d auan plus élevé que les effors d aénuaion auron éé faibles. La recommandaion de poliique publique es ici d accélérer la ransiion écologique du sysème fiscal français de manière inelligene e d accroîre l effor d adapaion au changemen climaique. À ce ire la gesion des quesions environnemenales doi pouvoir êre vue comme une opporunié pour la croissance française. Les simulaions du rappor iags (2015) d un choc carbone compensé pour les ménages e les enreprises par une baisse de la fiscalié ou par des subvenions monren que l économie française bénéficierai d un surcroî permanen de croissance du PIB de l ordre de 02 poin de PIB ; à cour erme une poliique fiscale plus généreuse à desinaion des ménages e des enreprises pourrai produire une amélioraion du PIB de l ordre de 08 poin après le choc carbone. 5. L impac de l inégraion européenne Il es indéniable que la mondialisaion e la monée de la dee publique qui figuren parmi les vens conraires de Gordon pour les Éas-Unis son inrinsèquemen liées pour ce qui concerne la rance au processus d inégraion européenne. Ce processus a produi deux avaars : une logique principalemen compable des finances publiques e une financiarisaion parfois excessive des économies européennes L ani-keynésianisme à rebours de l Hisoire Une des principales causes de la pere de croissance de l économie française réside dans la poliique budgéaire menée depuis 2011 (cf. Heyer e Sampognaro 2015 pour une analyse déaillée sur plusieurs pays des effes sur la croissance de plusieurs chocs macroéconomiques don la poliique d ausérié budgéaire). Alors même que les pays ouchés par la crise financière de avaien ous ou presque l Ialie ayan fai figure d excepion mis en œuvre des poliiques de relance en 2008 e 2009 qui avaien aboui à une reprise de l acivié mi-2009 les

249 Les vens conraires de la croissance française 247 injoncions compables de la Commission européenne e du MI la première dans le cadre du Pace de sabilié e de croissance e le second dans le cadre de programme d ajusemen on amené les pays européens à renverser l orienaion de leur poliique budgéaire dès Pour une économie comme celle de la rance en siuaion d écar enre le PIB effecif e le PIB poeniel (l oupu gap) négaif de aux d inérê faibles e dans un mouvemen synchrone de resricion budgéaire chez ses parenaires économiques les effes d une elle poliique sur la croissance économique avaien oues les raisons d êre désasreux (cf. Creel Heyer e Plane 2011). Les mécanismes du désasre éaien depuis longemps connus. En siuaion de basse conjoncure la relance budgéaire es une réponse appropriée au moins à cour erme ; à l inverse l ausérié accenue le ralenissemen économique au lieu de l aénuer. En siuaion de aux d inérê bas les chances de voir la baisse des besoins de financemen des adminisraions publiques les réduire un peu plus son au mieux minces au pire inexisanes. Il ne fau donc pas s aendre à voir les dépenses d invesissemen privé augmener suffisammen pour compenser la baisse des dépenses publiques. Enfin la synchronisaion des poliiques d ausérié ne perme pas d aendre de l éranger une accéléraion de la croissance par l inermédiaire du commerce exérieur : les baisses des demandes inerne e exerne se renforcen muuellemen au lieu de se compenser. Dans ces condiions le muliplicaeur budgéaire es élevé e supérieur à l unié. L aveuglemen dogmaique 7 de la Commission européenne e du MI peu après la crise financière a condui à des prescripions erronées de poliiques budgéaires qui son même allées au-delà de celles imposées par les raiés européens (cf. iags 2013). Il a fallu que le caracère conre-producif des poliiques d ausérié devienne éviden dans les chiffres de la croissance e dans l évoluion même des finances publiques malgré l ausérié budgéaire les raios de défici e de dee publique sur PIB on coninué d augmener 7. La croyance dans la neuralié de la poliique budgéaire voire dans les effes expansionnises aendus d une conracion budgéaire éai illusoire. L exisence de conraines de liquidié pesan sur les ménages suffi à rendre la poliique budgéaire non neure sur le PIB. Quan aux périodes au cours desquelles des conracions budgéaires expansionnises auraien eu lieu elles son oujours associées à des poliiques monéaires e/ou de change rès accommodanes (cf. Creel Ducoudré Mahieu e Serdyniak 2005) ce qui n éai pas le cas en dans la zone euro.

250 248 Jérôme Creel e Éloi Lauren pour qu un relaif assouplissemen budgéaire soi oléré. Enre emps la Grèce n aura pas éé la seule vicime de l ausérié budgéaire. Les coûs pour l économie française cerainemen moins ragiques qu en Grèce n en son pas moins exorbians. Le graphique 5 rend bien compe du renversemen de poliique budgéaire opéré en rance enre 2009 e Alors que l impulsion budgéaire donc la par discréionnaire du défici public es de 3 poins de PIB en 2009 elle es négaive de l ordre d 1 poin un an plus ard alors que l oupu gap resai sensiblemen négaif. Malgré de imides impulsions posiives en 2012 e en 2014 la poliique budgéaire française a éé rès resricive enre 2010 e 2015 avec une impulsion cumulée de près de 4 poins de PIB. Graphique 5. Impulsion budgéaire en pourcenage du PIB Noe : Solde srucurel primaire reconsiué à parir du solde primaire sur PIB de l'ocde de l'oupu gap de l'oce (DAP) e de la sensibilié de la composane cyclique à l'oupu gap de l'ocde. L impulsion budgéaire es la variaion du solde srucurel primaire enre deux daes. Une impulsion budgéaire posiive représene une relance. Source : OCDE OCE calculs des aueurs. Pour en mesurer les effes sur le PIB nous avons fai l hypohèse que l effe muliplicaeur éai de 05 lorsque l oupu gap es posiif ou nul e de 12 lorsqu il es négaif 8. Les effes simulés son présenés dans le graphique L effe muliplicaeur mesure l impac d une impulsion budgéaire sur le aux de croissance du PIB. Une revue récene de la liéraure sur ce effe es disponible dans Blo e al. (2014). La méa-analyse de Gecher e Rannenberg (2014) conclu à l augmenaion de l effe muliplicaeur lorsque la croissance économique raleni.

251 Les vens conraires de la croissance française 249 Les vens conraires imposés par la poliique budgéaire à l économie française son loin d êre négligeables sur longue période. Enre 1996 e 2015 en effe l effe cumulé de la poliique budgéaire sur la croissance économique a éé de -3 poins de PIB. Dans la période récene l effe a éé plus imporan : l économie française a perdu 45 poins de croissance enre 2010 e C es rès proche du monan évalué par in Veld (2013) à parir du modèle macro-économérique de la Commission européenne e par Heyer e Sampognaro (2015). Graphique 6. Impac de la poliique budgéaire sur le PIB 4 En % Source : OCDE OCE calculs des aueurs. La recommandaion de poliique budgéaire es évidene : elle consise comme pour oue poliique économique à ne pas négliger le fai que le conexe macroéconomique es crucial. Si le poids de l endeemen public peu effecivemen conraindre les auoriés publiques à mere en œuvre une poliique de conracion budgéaire l efficacié de celle-ci sera condiionnée par l éa de la conjoncure e par l orienaion des aures poliiques économiques. Une poliique d ausérié n es jamais plus efficace que lorsque les condiions macroéconomiques suivanes son réunies : la croissance es solide e les aures poliiques économiques son accommodanes à cour erme pour aénuer les effes réels de la poliique budgéaire. Si la première condiion n es pas réunie e qu une ension

252 250 Jérôme Creel e Éloi Lauren survien sur les aux d inérê des obligaions publiques les poliiques complémenaires prennen encore plus d imporance. C es ce qui a manqué à la Grèce mais aussi à la rance avan le démarrage de la poliique d assouplissemen quaniaif enreprise par la Banque cenrale européenne depuis mars La financiarisaion de l économie française une si longue hisoire La rance es parmi les pays don la financiarisaion s es produie rès ô. Au débu des années 1980 l'économie française a ouver ses marchés de capiaux aux capiaux érangers andis que les enreprises françaises commençaien leur expansion à l'éranger. Les banques françaises on éé rès ô impliquées dans les fusions e acquisiions qui on accompagné le développemen de grandes enreprises dans les seceurs de l'énergie du luxe de l'aéronauique e des élécommunicaions ou dans le seceur de la banque e de l'assurance. La rance a raversé un long processus de mondialisaion conformémen au mouvemen d inégraion européenne : son ouverure commerciale e financière a ainsi éé achevée à la fin des années Cee ouverure a produi un processus graduel de privaisaion de l'indusrie bancaire e une augmenaion de la concurrence dans le seceur de la banque de déail. Le sysème financier français ne fai donc pas excepion à ces endances européennes sauf que l'éa a longemps essayé de limier l'incidence de la mondialisaion sur la naure du capialisme français par l'inermédiaire de paricipaions croisées. Plus indirecemen l'éa es depuis longemps inervenu dans le seceur bancaire e de l'assurance (Grossman e Leblond 2011). Au débu des années 1980 l'économie française a subi un changemen srucurel dans la répariion de la valeur ajouée enre salaires e profis qui a jusemen bénéficié du lancemen du nouveau marché boursier français. Le diagnosic récurren de l économie française es celui d'une maladie don les sympômes srucurels seraien un déséquilibre des finances publiques un déséquilibre du commerce exérieur e un chômage élevé. Paradoxalemen le remède proposé les «réformes srucurelles» pour réduire les coûs salariaux ignore l'évoluion hisorique du parage des revenus (Cornilleau e Creel 2014). L'économie française a

253 Les vens conraires de la croissance française 251 sans doue subi au cours des années 1970 un déséquilibre srucurel bien connu dans la répariion du revenu enre salaires e profis avec une augmenaion des salaires sysémaiquemen supérieure au aux de croissance de la producivié qui a condui à un aux d'inflaion srucurel élevé à une déérioraion de la renabilié e de la compéiivié des enreprises françaises. Cependan une correcion massive es inervenue au débu des années 1980 e a produi les effes souhaiés : la renabilié des enreprises a engendré une augmenaion de l'invesissemen e avan la crise financière mondiale la rance a aein un aux de chômage relaivemen faible sans inflaion. Avan cee crise la croissance de l'économie française a éé fondée sur un équilibre enre la demande croissane permise par la disribuion aux salariés des gains de producivié e l augmenaion de l'offre garanie par des invesissemens renables en grande parie auo-financés. La croissance française n a pas reposé sur une bulle du crédi une bulle immobilière ou une bulle boursière. Seule la hausse récene des prix de l'immobilier aurai pu enraîner l économie française dans un cycle de croissance insouenable. Cela n'a pas éé le cas cependan ainsi qu en émoigne le mainien du aux d'épargne à 15 % du revenu disponible bru. Si la crise financière a eu des répercussions imporanes sur l économie française celles sur les banques on éé assez rapidemen neuralisées avec une proporion sable de prês non performans au bilan des banques (Creel Labondance Levasseur 2014) andis que les répercussions sur l économie réelle on éé principalemen dues à des chocs exernes sur le commerce exérieur via les flucuaions du prix du pérole e le ralenissemen de la croissance de la zone euro e à des chocs inernes consécuifs aux plans d ausérié budgéaire (Heyer e Sampognaro 2015). Le frein à la croissance française réside moins dans des déséquilibres inernes qu à la conraine exérieure résulan de la déflaion salariale excepionnelle inervenan dans de nombreux pays de la zone euro. La recommandaion de poliique réside donc plus dans une poliique européenne coordonnée qui permerai de mere fin aux exernaliés négaives des poliiques d ausérié budgéaire e salariale menées dans les pays de la zone euro.

254 252 Jérôme Creel e Éloi Lauren 6. Conclusions : cinq recommandaions De cee analyse de l économie française à l aune des crières de Rober Gordon cinq recommandaions de poliique publique on émergé : 1) le dynamisme démographique français es une force e l augmenaion des aux d emploi une nécessié ; elle passe par une poliique éducaive d apprenissage e d inserion professionnelle ambiieuse e ou au long de la vie par la formaion professionnelle pour renforcer l appariemen e la roaion de la main-d œuvre ; 2) les inégaliés de revenu pèsen sur la croissance aussi le mainien d un niveau élevé de redisribuion grâce à l Éaprovidence es-il une nécessié ; 3) la gesion des quesions environnemenales doi pouvoir êre vue comme une opporunié pour l innovaion e l emploi ; à cee fin la mise en place d un sysème fiscal inciaif e calibré pour affroner le défi du changemen climaique es une urgence ; 4) la poliique économique doi êre menée de manière coningene au conexe macroéconomique pluô qu idéologique ; l ausérié budgéaire ne peu se concevoir qu en période de croissance solide ; 5) la mise en œuvre d une poliique européenne coordonnée sur le plan budgéaire fiscal social e environnemenal permerai de mere fin aux exernaliés négaives des poliiques d ausérié budgéaire e salariale menées dans les pays de la zone euro. Références Ambec S. M. A. Cohen S. Elgie e P. Lanoie 2013 «The Porer Hypohesis a 20: Can Environmenal Regulaion Enhance Innovaion and Compeiiveness?» Review of Environmenal Economics and Policy Andersen M.S «Europe s experience wih carbon-energy axaion» S.A.P.I.EN.S [Online] 3.2. Baudelo C. e R. Esable 2009 L'éliisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons inernaionales coll. «La République des idées» Édiions du Seuil.

255 Les vens conraires de la croissance française 253 Blo C. M. Cochard J. Creel B. Ducoudré D. Schweisguh e X. Timbeau 2014 «iscal consolidaion in ime of crisis: is he sooner really he beer?» Revue de l OCE Cornilleau G. e J. Creel 2014 «inancialisaion and he inancial and Economic Crises: The Case of rance» ESSUD Sudies in inancial Sysems 22 décembre. Creel J. B. Ducoudré C. Mahieu e H. Serdyniak 2005«Doi-on oublier la poliique budgéaire? Une analyse criique de la nouvelle héorie ani-keynésienne des finances publiques» Revue de l OCE 92 janvier. Creel J. E. Heyer e M. Plane 2011 «Pei précis de poliique budgéaire par ous les emps. Les muliplicaeurs budgéaires au cours du cycle» Revue de l'oce 116 janvier Creel J.. Labondance e S. Levasseur 2014 «The rench banking and financial sysem and he crisis» Inereconomics Direcion du Trésor 2014 «Le décrochage du PIB par habian en rance depuis 40 ans : pourquoi?» juin. Gecher S. e A. Rannenberg 2014 «Are iscal Mulipliers Regime- Dependen? A Mea Regression Analysis» IMK Working Paper 139. Gordon R «Is U.S. Economic Growh Over: alering Innovaion and he Six Headwinds» NBER working paper aoû. Gordon R «The Demise of U. S. Economic Growh: Re saemen Rebual and Reflecions» NBER working paper février. Grossman E. e P. Leblond 2011 «European inancial Inegraion: inally he Grea Leap orward?» Journal of Common Marke Sudies 49(2) : mars. Heyer E. e R. Sampognaro 2015 «L impac des chocs économiques sur la croissance dans les pays développés depuis 2011» Éude spéciale Revue de l OCE 138 juin. iags [OCE ECLM e IMK] 2013 «ailed auseriy in Europe: he way ou» Revue de l OCE Analyse e prévisions février. iags [OCE ECLM e IMK] 2015 «A diverging Europe on he edge» Revue de l OCE Analyse e prévisions février. in Veld J «iscal consolidaions and spillovers in he Euro area periphery and core» European Economy Economic Papers 506 ocobre. Lauren É. e J. Le Cacheux 2015 Un nouveau monde économique Mesurer le bien-êre e la souenabilié au 21 e siècle Odile Jacob. OCDE 2014 ocus on inequaliy and growh Direcorae for Employmen Labour and Social Affairs décembre. Teulings C. e R. Baldwin (eds.) 2014 Secular sagnaion: facs causes and cures VoxEU.org Book CEPR Press.

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257 AUT-IL ENCORE UTILISER LE CONCEPT DE CROISSANCE POTENTIELLE? Henri Serdyniak OCE Sciences Po Les conceps de producion e de croissance poeniels resen rès uilisés dans les débas de poliique économique. La première parie de l aricle en discue les fondemens héoriques e en monre les ambiguïés. Il exise plusieurs définiions de la producion poenielle selon les conraines prises en compe. Celle-ci ne peu êre évaluée hors d une analyse macroéconomique complexe. La deuxième parie présene e discue les ravaux empiriques récens évaluan la croissance poenielle ; elle examine la façon don ils on passé la crise de 2008 e la manière don ils renden compe d une évenuelle rupure de la croissance poenielle. Elle monre les limies des méhodes uilisées qui abouissen souven à jusifier des poliiques conra-cycliques. La dernière parie présene le déba sur la croissance poenielle fuure. Elle monre que le problème n es pas an son évenuel ralenissemen que l incapacié des pays développés à élaborer une sraégie économique permean d aeindre une croissance de plein emploi compe enu des conraines induies par la mondialisaion. Mos clés : croissance poenielle gouvernance de la zone euro. Les conceps de producion poenielle e de croissance poenielle on survécu à la crise. Ils on éé figés dans le marbre par le Traié budgéaire européen qui se base sur l évaluaion du solde public srucurel par les services de la Commission évaluaion découlan quasi-direcemen de celle de la producion poenielle pour évaluer les poliiques budgéaires naionales dans un cerain mélange des genres enre un concep héorique une évaluaion empirique une validaion echnocraique e les sraégies de poliique économique. Revue de l OCE 142 (2015)

258 256 Henri Serdyniak Ce concep revi aussi dans les débas de poliique économique : la crise de 2008 a--elle à ce poin rédui la producion poenielle que les poliiques d ausérié deviennen nécessaires? La rance e la zone euro son-elles condamnées à une croissance médiocre dans les années à venir en raison de la faiblesse de leur croissance poenielle de sore que la priorié devrai êre non d impulser la croissance acuelle mais de renforcer la croissance poenielle? Pouran la Commission comme l OCDE e le MI ne semble pas capable d évaluer en emps uile le niveau de producion poeniel : son évaluaion de l écar de producion pour la rance en 2007 es passée de -02 % en 2008 à +31 % en La producion poenielle ne fai pas l obje d une mesure assurée une fois considéré que la populaion en âge de ravailler son aux d acivié sa compéence le sock de capial la producivié du ravail ne suiven pas des évoluions indépendanes de celle de la producion. Les exemples de l Espagne e de la Grèce monren qu il n exise pas de rajecoire de producion poenielle ne dépendan pas de la rajecoire effecive de l enrée dans l UE dans la zone euro puis de la crise financière. S il exise des méhodes saisiques qui permeen d exhiber an bien que mal des rajecoires de croissance poenielle il n exise pas de modèle explicaif qui jusifierai une rupure de croissance poenielle survenue en sauf à reconnaîre que cee rupure provien de la rupure de la croissance elle-même. Il exise plusieurs définiions de la producion poenielle selon les conraines e les délais pris en compe. Aussi la producion poenielle ne peu-elle êre évaluée hors d une analyse macroéconomique complèe e complexe. Il ne peu exiser des forces endogènes qui ramèneraien la producion vers une producion poenielle définie de façon an-hisorique. L aricle compore rois paries. La parie 1 discue les conceps de croissance e de producion poenielle. La parie 2 présene e discue les ravaux empiriques récens évaluan la croissance poenielle ; elle examine la façon don ils renden compe de la crise de 2008 e d une évenuelle rupure de la croissance poenielle. Elle monre les limies des méhodes uilisées qui abouissen souven à jusifier des poliiques conra-cycliques. La parie 3 présene le déba sur la croissance poenielle fuure.

259 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? Quel fondemen héorique 1? Par définiion la producion poenielle es le niveau maximal de producion aeignable à un insan donné e durablemen mainenable sans ensions excessives dans l économie en pariculier sans accéléraion de l inflaion. Le aux de croissance poenielle es le aux de croissance de la producion poenielle. L écar de producion es la différence enre la producion effecive e la producion poenielle. Quand l écar de producion es foremen négaif au dépar la croissance possible peu êre neemen supérieure à la croissance poenielle duran une longue période de sore qu il exise une ambiguïé sur cee noion qui inègre ou non le rarapage possible. La définiion fai référence à une producion aeignable. Elle oblige donc à imaginer une hypohéique poliique économique qui ramènerai la producion à son poeniel mais l opéraion modifierai la producion poenielle ; c es une première ambiguïé du concep. Ces noions on une double filiaion. Pour les keynésiens la croissance poenielle représene une rajecoire sable proche du plein emploi. Par conre l écar de producion qui peu êre grand indique qu une poliique économique vigoureuse es nécessaire. Pour les économises néo-classiques la croissance poenielle es une rajecoire compaible avec les conraines d offre qui ien compe du aux de chômage d équilibre (qui peu êre élevé) e du sock effecif de capial. L écar de producion es généralemen faible. La croissance poenielle peu désigner une croissance hypohéique réalisan un niveau d emploi saisfaisan. Elle peu aussi désigner de façon normaive l objecif que devrai se fixer la poliique économique de souien de la demande compe enu des conraines diverses. Elle peu désigner une rajecoire régulière de référence auour de laquelle gravie l économie qui ser de base pour évaluer la poliique budgéaire. Il n es pas éviden qu il faille uiliser la même mesure selon ces rois finaliés. Un pays don la compéiivié es dégradée peu êre obligé d acceper pendan un cerain emps un for chômage e donc une producion inférieure 1. Nous développons ici des analyses iniialemen présenées dans : Le Bihan Serdyniak e Cour (1997).

260 258 Henri Serdyniak à sa producion poenielle au sens de la première définiion. L évaluaion de son effor budgéaire doi cependan se faire selon la roisième définiion (la croissance endancielle). La producion poenielle n es pas une grandeur bien définie qu il s agi de mesurer. Son évaluaion repose sur de nombreuses hypohèses saisiques e définiions héoriques. La croissance poenielle es un concep (une croissance de référence sans déséquilibres jugés excessifs saisfaisan des conraines d offre que l on oppose à la croissance réalisée déerminée par la demande) qui s inscri dans un cerain schéma héorique : le modèle keynésien avec une courbe de Phillips amendée. Il n a guère de sens dans un modèle de cycle réel où la producion es oujours au niveau opimal e où l inflaion es déerminée par la poliique monéaire anicipée. Par ailleurs quels son les déséquilibres olérables? au-il se limier à la disponibilié des faceurs de producion e à l inflaion? La noion devien confuse si l économie souffre d une conraine de capial d une fore inflaion (du moins au-dessus de l objecif des auoriés monéaires) d une compéiivié dégradée d un défici public rop for (là aussi relaivemen à l objecif annoncé) d une disribuion inadéquae des revenus. La croissance de référence ne peu alors êre définie que dans le cadre d un cerain modèle économique de cerains déséquilibres pris en compe d une ceraine sraégie de poliique économique. L évaluaion de la producion poenielle peu se faire ex pos pour une période passée ; peu-elle dépendre alors de l évoluion économique des périodes suivanes? C es le cas si la méhode uilisée impose qu en moyenne la producion soi égale à la producion poenielle. La producion semble alors reourner auomaiquemen à la producion poenielle mais c es un arefac. À un insan où la producion effecive es Y il s agi d évaluer un niveau de producion poenielle Y* = f ( X Z Y -i ) el que : π = π -1 + β (Y Y* -1 ) + ε. X représene des variables exogènes (comme la populaion d âge acif) ; Z représene des variables d insiuions ou de poliiques économiques (comme l indemnisaion du chômage le niveau du SMIC les aux de coisaions l âge de la reraie). Ceci pose plusieurs problèmes : on ne peu se conener d évaluer la producion poenielle il fau expliquer ses déerminans. Il fau examiner dans quelle

261 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 259 mesure ils son exogènes dans quelle mesure ils son affecés par l évoluion conjoncurelle dans quelle mesure ils peuven êre modifiés par la poliique économique conjoncurelle ou srucurelle. Du fai des flux migraoires la populaion d âge acif es par exemple foremen influencée par la siuaion conjoncurelle ; rien ne prouve que le β de l équaion soi sable. Au conraire la héorie de l offre coudée nous di que β es for quand l écar de producion es posiif mais qu il devien nul quand l écar es foremen négaif. En siuaion de fore dépression l économère naïf va rouver que l écar de producion ne varie pas e donc que la producion poenielle sui la producion effecive ; quand l écar de producion es foremen négaif il es délica d évaluer la producion poenielle ; de plus cela n a guère de sens dans la mesure où la préendue producion poenielle augmenera avec la reprise de la producion ; il fau expliquer pourquoi la poliique économique es incapable de mainenir le niveau de producion poenielle. Il exise des obsacles à la poliique conjoncurelle e dans ce cas il fau choisir d inégrer ou non ces obsacles dans la producion poenielle. Considérons un pays qui se rouve au dépar en siuaion de fore inflaion de compéiivié dégradée de par de profis médiocres. Il devra pendan une période relaivemen longue acceper une croissance ralenie. Cee période doi-elle êre inégrée dans sa croissance poenielle? Le lien enre croissance poenielle e croissance effecive pose problème. La plupar des éudes empiriques abouissen à de fores flucuaions de la croissance poenielle foremen corrélées à celles de la croissance effecive. Soi on adme que la croissance es heurée effecivemen par des chocs exogènes de producivié de sore que la croissance effecive es la croissance poenielle soi c es un arefac : les préendues flucuaions de la croissance poenielle son le résula réversible de la croissance effecive. Une demande plus fore indui une croissance plus fore qui indui une plus fore accumulaion du capial augmene les aux d acivié aire des ravailleurs immigrés augmene la producivié apparene du ravail. Un lissage imparfai de ces effes indui des flucuaions de la croissance poenielle mesurée. La méhode sandard pour esimer la croissance poenielle es celle de la foncion de producion. Il s agi de déerminer la

262 260 Henri Serdyniak producion maximale possible en uilisan les faceurs de producion disponibles. Soi : Y* = A* K 1-α (U* T N H N L D ) α : K représene le sock effecif de capial une baisse de celui-ci indui par une baisse de l invesissemen elle-même provoquée par une baisse de la demande provoque ainsi une baisse de la producion poenielle esimée. Or l invesissemen peu reparir quand la demande augmenera. Il faudrai disinguer les siuaions où l invesissemen es effecivemen limié par une conraine financière du cas où il peu suivre la demande. Le sock de capial dépend aussi du coû du capial don la baisse devrai se raduire par une hausse de la producion poenielle. En fai l impac de la crise sur le coû du capial es problémaique : les aux d inérê on foremen diminué mais sans doue pas les aux d inérê corrigés de la croissance de l inflaion e du risque perçu ; le aux de profi requis a baissé mais il éai obenu naguère par des plus-values ficives. L D représene la populaion d âge acif ; dans de nombreux pays européens (Espagne Irlande Royaume-Uni) la période d avan-crise se caracérise par de fors flux migraoires enrans qui se son inversés avec la crise. La noion de populaion acive disponible devien floue ; H N représene la endance du emps de ravail qui connaî une évoluion srucurelle infléchie par des mesures de poliique économique ; T N représene la endance du aux d acivié ; celui-ci es foremen sensible à la siuaion du marché du ravail. Dans une perspecive de long erme l évoluion du aux d acivié dépend à la fois de la croissance effecivemen réalisée e de choix sociaux (quan à l âge de dépar à la reraie ou l emploi des femmes). auil se placer dans une économie cherchan à compenser la réducion de la croissance de la populaion acive par l immigraion le repor de l âge de la reraie ec. ou dans une sociéé choisissan volonairemen de permere le non-emploi? U* représene le aux de chômage d équilibre don l esimaion es problémaique. La praique courane es d esimer une équaion du ype : Δrulc = β (U U* ). (1) Le aux de chômage es supérieur au aux d équilibre si le salaire réel progresse plus vie que la producivié du ravail. Mais cee

263 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 261 méhode descripive n explique pas les évoluions du aux de chômage srucurel. La producivié du ravail raleni foremen en période de crise ; quand le aux de chômage es élevé ses flucuaions on peu d impac sur l évoluion du salaire réel de sore que la méhode considère que la hausse du aux de chômage es en rès grande parie due à une hausse du aux de chômage d équilibre. Selon la héorie de l hysérèse les chômeurs de longue durée deviennen progressivemen inemployables de sore que ce effe aurai des jusificaions héoriques. Le fai es qu il y peu de lien enre la jusificaion héorique e la méhode d esimaion. En sens inverse la persisance du chômage enraîne une baisse du salaire de réservaion des chômeurs qui devrai êre favorable à l emploi. L irréversibilié de l effe d hysérèse pose problème dans la mesure où les périodes de reprise de l emploi voien une baisse de ce préendu chômage d équilibre. Une parie des salariés connaissen sans doue des problèmes d employabilié qui peuven augmener à la suie de la dépression mais ce n es pas par la seule équaion de salaire que ceux-ci peuven êre mis en évidence ; A* représene la endance de la producivié globale des faceurs (PG) corrigée du aux d uilisaion des capaciés de producion. Il exise une fore corrélaion enre ce aux d uilisaion e l évoluion de la PG de sore qu il n es pas aisé de définir la endance. D une par A* diminue foremen en période de récession économique puisque les enreprises hésien à licencier ; la par de cee baisse qui es durable es difficile à définir ; d aure par on peu penser que A* dépend du aux de croissance (effe Kaldor-Verdoorn). Par ailleurs la endance de la PG dépend sur moyenne période des effors de R&D des enreprises sur long erme des effors d éducaion de sore que son caracère exogène es problémaique. Une méhode plus saisfaisane consise à rendre impliciemen endogène le sock de capial e à se polariser sur le marché du ravail : Y* = PT* (U* T N H N L D ). Par rappor à la méhode précédene elle évie de ne pas considérer que le ralenissemen de l accumulaion du capial en période de dépression es un ralenissemen de la croissance poenielle. La déerminaion de PT* la producivié apparene du ravail pose les mêmes problèmes que celle de A* pour le cour comme pour le long erme. En période de chômage de masse les pouvoirs publics incien les enreprises à

264 262 Henri Serdyniak mainenir l emploi en pariculier par des mesures spécifiques de réducion des coisaions employeurs sur les ravailleurs non-qualifiés de sore que l évoluion de la producivié apparene du ravail es freinée. Une enreprise en fore croissance peu plus facilemen inroduire des innovaions économisan l emploi qu une enreprise en demande sagnane où ces innovaions se raduisen par une baisse nee de l emploi donc des licenciemens. Aucune des deux méhodes n incorpore les conraines effecives à laquelle es soumise une économie à une période donnée conraines d offre comme la conraine exérieure celle de compéiivié celle de renabilié des enreprises ou de demande comme le solde public ou la dee publique ou l inadéquaion de la disribuion des revenus. Ces conraines pourraien donner lieu à d aures définiions de la producion poenielle qui dépendraien alors de la conraine la plus prégnane. Après la crise de e la dépression qui l a suivie l approche par la croissance poenielle pose rois alernaives : il fau choisir enre la hèse : la croissance d avan-crise éai saisfaisane proche du plein emploi e sans inflaion pour les pays les plus développés ; e la hèse : les économies éaien en surchauffe la croissance éai déséquilibrée. L écar de producion éai foremen posiif en 2007 mais personne ne s en éai aperçu ; il fau choisir enre la hèse : la croissance de la producivié globale des faceurs a subi une rupure à la baisse en qui coïncide par hasard avec la crise financière (mais ceci es difficile à prouver an que l économie es loin d un aux normal d uilisaion des capaciés de producion e de la main-d œuvre) e la hèse : cee rupure es liée à la réenion de main-d œuvre puis à la faiblesse de la croissance ellemême ; la croissance de la PG se redressera si la croissance elle-même se redresse ; il fau choisir enre la hèse : la producion poenielle a chué avec la crise car des capaciés de producion e des qualificaions son devenues périmées car le chômage a enraîné des peres irrémédiables de capial humain car la baisse de l invesissemen e de l effor d innovaion a enraîné des peres irrémédiables. E la hèse : la chue de la demande s es répercuée en chue de la producion e donc

265 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 263 des capaciés de producion e de l emploi mais ces chues son réversibles si la demande se redresse. La crise financière a provoqué une inflexion persisance de la demande ; le régime de croissance porée par la hausse de l endeemen e les bulles financières e immobilières n es plus possible ; la chue de la Bourse a appauvri les ménages e a fragilisé les bilans des enreprises ; de nombreux ménages e enreprises veulen se désendeer ; la dégradaion des finances publiques incie à une période prolongée d ausérié budgéaire. La faiblesse persisane de la demande se radui obligaoiremen en faiblesse persisane de la producion donc de l offre. Cerains désignen cee faiblesse comme une chue de la producion poenielle e une baisse de la croissance poenielle. Cela nous semble une erreur concepuelle. 2. Quelle producion poenielle? 2.1. La croissance poenielle e la Commission européenne Alors que la première version du Pace de sabilié reposai esseniellemen sur la limie de 3 % du PIB pour le défici public les réformes successives on inrodui puis augmené l imporance de la noion de défici srucurel (e donc de la producion poenielle). Ainsi les Éas membres doiven-ils se fixer un objecif de moyen erme de 05 % pour leur défici srucurel ; an que ce objecif n es pas aein ils doiven améliorer d au moins 05 % par an leur solde srucurel. Touefois la limie de 3 % subsise pour le défici nominal ; son franchissemen déclenche la Procédure de déséquilibre excessif. Comme cela a déjà éé maines fois écri (voir Mahieu e Serdyniak 2006) ces règles n on aucun fondemen économique. Elles son plus rigides que la règle d or des finances publiques (qui auorise un défici srucurel corrigé de la dépréciaion de la dee publique égal à l invesissemen public ne) plus rigides que la conraine de sabilié de la dee publique. Elles inerdisen oue poliique budgéaire discréionnaire de sabilisaion alors que celle-ci es nécessaire pour une sabilisaion saisfaisane (voir Mahieu e Serdyniak 2012). Elles ne se comprennen qu insiuionnellemen : l objecif es de priver les Éas membres de leur auonomie budgéaire pour concenrer la poliique économique au

266 264 Henri Serdyniak niveau de la Commission. Mais celle-ci es incapable de praiquer les poliiques différenciées e réacives qui seraien nécessaires au niveau de chaque pays ; sa sraégie acuelle «ausérié/réformes srucurelles» lui inerdi de mere en œuvre des poliiques budgéaires efficaces. Ceres la communicaion de la Commission du 13 janvier 2015 accepe que la réducion requise du défici srucurel dépende quelque peu de la conjoncure. Mais elle persise à ne pas auoriser de poliiques discréionnaires ; elle n affirme pas le principe selon lequel : «chaque pays peu e doi praiquer la poliique budgéaire requise pour se mainenir au niveau de producion poenielle». Le diable es dans les déails ; la quesion essenielle es celle du calcul de la producion poenielle. La Commission uilise la méhode de la foncion de producion qui aboui à une évaluaion fragile révisable e relaivemen proche de la producion effecive. Ainsi au prinemps 2008 l écar de producion de l économie française pour 2007 éai évalué à -02 % (ableau 1). Du fai de la crise boursière de la rance avai connu une croissance médiocre (16 % de 2000 à 2005). Elle avai rerouvé une croissance saisfaisane en le aux de chômage avai baissé à 8 % en 2007 e 75 % en Après la crise de la Commission modifie oalemen son évaluaion : l écar de producion es mainenan évalué à +31 % en 2007 ; la rance aurai éé en surchauffe de 1999 à Cee vision es érange ; duran la période l inflaion es resée proche de 2 % ; la par des salaires dans la valeur ajouée es resée sable (558 % en 1999 ; 553 % en 2007). Aucune race de surchauffe n apparaissai. Rese que la révision de la Commission modifie de 33 % le niveau de producion poenielle en 2007 soi de 17 poin le solde srucurel qui passe de -24 % à -41 %. Dans les esimaions acuelles de la Commission la croissance poenielle française éai déjà faible avan la crise : 17 % en (conre 2 % pour les esimaions faies avan-crise) ; elle a foremen chué en 2009 e n es depuis que de 1 %. La siuaion es pire pour d aures pays comme la Grèce l Espagne le Porugal e l Irlande. Les évaluaions faies avan 2008 ne meaien pas en garde ces pays conre un niveau de producion excessive. Aujourd hui la Commission esime que la croissance poenielle es devenue négaive pour l Ialie l Espagne le Porugal e surou

267 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 265 la Grèce (ableau 2). Cee évaluaion a des conséquences dramaiques sur l effor srucurel qu ils son censés effecuer. Une croissance poenielle de -1 % au lieu de +2 % diminue d environ 15 % l esimaion de l effor srucurel. Soi un pays où les dépenses publiques représenen 50 % du PIB un effor srucurel de 05 % du PIB es obenu en laissan augmener les dépenses publiques à 1 % l an en volume si la croissance srucurelle es de 2 % ; il fau une baisse de 2 % l an si la croissance srucurelle es évaluée à -1 %. Tableau 1. Esimaion de la croissance poenielle e de l écar de producion de la rance par la Commission * Prinemps 2008 Prinemps 2010 Prinemps 2012 Auomne 2014 PIB* PIB po** EP*** PIB Po** EP*** PIB po** EP*** PIB po** EP*** * aux de croissance du PIB ** aux de croissance du PIB poeniel*** écar de producion en %. Source : DG ECIN General governmen daa. En 2014 le défici public français éai de 4 % du PIB soi selon la Commission avec un écar de producion de 23 % un défici srucurel de 28 % pour un objecif de 05 % : la rance doi donc encore faire des effors de 23 % du PIB. En fai la rance a perdu 96 % de PIB par rappor à la endance d avan-crise ; selon cee esimaion son solde srucurel es déjà posiif de 08 % du PIB alors qu un défici de 21 % suffi pour sabiliser la dee publique à 60 % du PIB (avec une croissance nominale de 35 %).

268 266 Henri Serdyniak Tableau 2. Esimaion de l écar de producion e de la croissance poenielle par la Commission Écar de producion 2007 (esimaion 2008)* Écar de producion 2007 (esimaion 2014)* Croissance poenielle 2007 (esimaion 2008)** Croissance poenielle 2007 (esimaion 2014)** Croissance poenielle 2013 (esimaion 2014)** Écar de producion 2014 (esimaion 2014)* BEL DEU IRL GRC ESP RA ITA NLD AUT PRT SVN IN GBR *en % ;**aux de croissance. Source : DG ECIN General governmen daa. La méhode de la Commission elle qu elle es appliquée aujourd hui es présenée dans European Economy (2014). Ce exe reconnaî l ambiguïé du concep : fau-il considérer le sock de capial comme fixe sachan qu il augmenerai en même emps que la producion? Il reconnaî que la méhode vise des bus insiuionnels donc que la simplicié a primé sur la perinence. Il esime que la croissance poenielle doi êre égale en moyenne à la producion effecive mais cela es conesable pour une zone qui a connu une dépression prolongée e une nee désinflaion. La producion poenielle es esimée selon la méhode de la foncion de producion avec les défaus déjà signalés. Les variaions des flux d immigraion jouen sur la producion poenielle. Le aux de chômage d équilibre esimé selon l équaion (1) sui grossièremen les évoluions du aux de chômage effecif. Il n es pas expliqué par des faceurs srucurels. Ainsi pour l Espagne baisse--il de 17 % en 1992 à 12 % en 2005 pour remoner à 26 % en Dans cerains pays le β n es pas significaif. À l année N la producion poenielle doi êre exrapolée pour les années N+1 N+2 ceci es fai à parir des projecions de la

269 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 267 Commission qui son naurellemen flucuanes e inceraines. La méhode de lissage de la producivié endancielle es pariculièremen fragile pour les années de fin de période. Ainsi les évaluaions de producion poenielle e de solde srucurel les plus inceraines son celles qui son cenrales pour l appréciaion que les insiuions européennes poren sur les poliiques budgéaires naionales 2. Le documen sous-revu ne donne aucune explicaion ni sur les révisions induies par la crise ni sur les résulas improbables pour la période Comme le monre le ableau 3 le for ralenissemen de la croissance poenielle selon la Commission es indui par la baisse de l accumulaion du capial (indui en fai par la chue de la croissance elle-même) e de la conribuion du ravail qui vien en parie du reournemen des flux migraoires en parie d une préendue hausse du aux de chômage d équilibre (88 % en % en 2015) ceci en dépi des nombreuses réformes du marché du ravail. Le ralenissemen de la croissance de la producivié globale des faceurs (PG) es un phénomène de long erme : elle passe de 15 % par en à 09 % en puis à 065 % en e serai de 05 % en malgré les réformes srucurelles envisagées. Tableau 3. Déerminans de la croissance poenielle de la zone euro selon la Commission En % Croissance poenielle PG Conribuion du capial Conribuion du ravail Source : European Economy (2014). Ce examen nous amène à quare conclusions. Le concep de croissance poenielle uilisée par la Commission es incapable de prendre en compe les conraines d offre auxquelles es confroné un pays. C es éviden quand on examine les évaluaions faies 2. L uilisaion des soldes srucurels pour analyser e guider la poliique budgéaire des pays membres es aussi criiquée par Hers e Suyker (2014).

270 268 Henri Serdyniak pour la Grèce l Espagne ou l Irlande avan la crise. Si la croissance de ces pays éai déséquilibrée ce déséquilibre n apparaî pas en an qu écar à une croissance de référence. La Commission n a pas de héories qui expliqueraien pourquoi la croissance poenielle a raleni en pourquoi elle es mainenan si faible. Elle ne disingue pas les évoluions dues à l évoluion conjoncurelle elle-même des évoluions srucurelles. Cela demeure vrai dans la période récene. Ainsi l évaluaion de la croissance poenielle de la Grande-Breagne qui avai chué à 09 % par an en 2010 pour les années suivanes remone mainenan à 2 %. La conraine que représene la producion poenielle s éloigne quand on s en rapproche. Ces défaus remeen en cause si besoin en éai encore la noion de croissance poenielle e son uilisaion pour la poliique économique. Soi la croissance poenielle es indépendane de la croissance effecivemen réalisée e on ne comprend pas pourquoi la Commission l a abaissée à ce poin après la crise. Soi elle en dépend : une récession enraîne une chue de l invesissemen donc une baisse des capaciés de producion ; une baisse de la populaion acive poenielle (puisque cerains ravailleurs renoncen à chercher un emploi en pariculier parmi les seniors les jeunes les mères ; puisque les flux de ravailleurs immigrés s inversen) ; un cerain ralenissemen de la producivié du ravail. Mais fau-il en conclure que la producion poenielle a diminué de façon permanene e qu il fau donc évier à l avenir oue fore hausse de la demande ou au conraire qu il fau une croissance vigoureuse pour relancer les capaciés de producion ramener sur le marché du ravail les ravailleurs découragés e évier que leurs capaciés de ravail ne se déérioren? Les esimaions de la DG ECIN volailes e peu fiables peuven êre uilisées pour définir des objecifs budgéaires. Une méhode plus fruse abouissan à une croissance poenielle plus sable serai nécessaire ; elle conclurai que les poliiques budgéaires devraien êre neemen plus expansionnises dans la zone euro ou elle obligerai à spécifier les raisons qui faisaien qu elles ne pouvaien l êre (comme les déséquilibres de solde couran). Il es peu perinen de demander à un pays de praiquer une poliique resricive pour saisfaire un objecif arbiraire de finances

271 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 269 publiques si le pays a un for chômage e une inflaion faible. L écar de producion pourrai servir de guide à la poliique économique si on applique la règle : un pays a le droi de praiquer une poliique expansionnise si son écar de producion es négaif. Ce n es pas la façon don le Traié budgéaire es rédigé. La quesion de la mesure de l écar de producion rese ouefois posée La croissance poenielle e les insiuions inernaionales L OCDE e le MI uilisen des méhodes semblables à celles de la Commission avec des résulas similaires (ableau 4). Les déséquilibres de l Espagne e de la Grèce ne son pas vus avan la crise ; après la crise les écars de producion d avan-crise son foremen revus à la hausse ; la croissance poenielle devien nulle ou négaive en Espagne e en Grèce. En uilisan la méhode e les données de l OCDE urceri e Mourougane (2012) esimen empiriquemen qu une crise financière a un impac permanen sur la producion poenielle de 15 à 24 % (38 % pour une fore crise). Mais une parie imporane de l effe provien de la baisse du sock de capial de sore que l on ne peu guère disinguer l effe offre e l effe demande. Tableau 4. Écars de producion selon la Commission l OCDE le MI En % Écar de producion 2007 (esimaion 2008) Écar de producion 2007 (esimaion 2014) Croissance poenielle 2007 (esimaion 2008) Croissance poenielle 2007 (esimaion 2014) Croissance poenielle 2013 (esimaion 2014) Écar de producion 2014 (esimaion 2014) Grèce CE OCDE MI Espagne CE OCDE MI rance CE OCDE MI Source : European Economy ( ) OECD Economic oulook ( ) IM World Economic oulook ( ).

272 270 Henri Serdyniak En avril 2015 l éude du MI (2015) disingue la noion de producion poenielle de celle de producion souenable (qui iendrai compe de l ensemble des déséquilibres) mais cee dernière n es pas évaluée. La producion poenielle es mesurée par un modèle à deux équaions qui a la faiblesse de reposer sur la linéarié de la courbe de Phillips : π = a + π e c (U U*) + e π U U* = τ (Y Y*) + e y Dans les pays développés la croissance de la producivié globale des faceurs aurai endanciellemen diminué avan la crise de 2008 en raison d un épuisemen des effes des NTIC e de l augmenaion de la par des seceurs à faible producivié (services à la personne consrucion services non-marchands). L éude du MI esime que la crise s es accompagnée d un for ralenissemen de la croissance poenielle ou pariculièremen dans la zone euro de 15 % l an à 07 % en Au oal la crise aurai rédui la producion poenielle de la zone euro de 775 % en L éude disingue des effes permanens comme le ralenissemen de la croissance de la populaion acive poenielle des effes emporaires comme le ralenissemen de l accumulaion du capial e de la croissance de la producivié des faceurs la hausse du aux de chômage srucurel la baisse des aux d acivié qui devraien héoriquemen êre réversibles mais qui semblen empiriquemen avoir des effes durables en niveau e même en aux de croissance. Touefois ces effes son jugés permanens en raison d un for pessimisme sur le ryhme de la croissance fuure don on ne sai s il provien de faceurs d offre ou de demande. C es la faible croissance qui enraîne une baisse du ryhme de l accumulaion du capial comme la baisse srucurelle de la populaion acive poenielle. Ball (2014) considère que les révisions de producion poenielle effecuées par l OCDE e le MI enre leurs évaluaions de décembre 2007 e de mai 2014 corresponden effecivemen à l impac de la crise sur la producion poenielle écaran ainsi oue remise en cause de la méhode d évaluaion. Il monre que les révisions son praiquemen ideniques pour les deux organismes : -35 % pour la Grèce e l Irlande (mais leurs croissances d avancrise éaien-elles exrapolables?) ; -30 % pour la Hongrie ; 22 % pour l Espagne e la République chèque ; -19 % pour la inlande ; -14 % pour le Porugal ; -12 % pour l Ialie e le Royaume-Uni ;

273 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? % pour le Japon ; -85 % pour la rance ; -55 % pour les Éas-Unis ;-35 % pour l Allemagne. Il en propose les explicaions habiuelles (réducion de l accumulaion du capial freinage des innovaions) mais il ne s inerroge ni sur la noion de croissance poenielle ni sur la méhode d évaluaion. Ollivaud e Turner (2014) cherchen eux aussi à esimer l impac de la crise financière sur la producion poenielle des pays de l OCDE. Ils disinguen l impac sur le raio capial par ravailleur celui sur l efficacié du ravail celui sur le aux de chômage srucurel e celui sur les aux d acivié. Selon eux une grande parie du ralenissemen de la croissance depuis 2007 s explique par l évoluion des écars de producion (rès posiifs en 2007 rès négaifs en 2014). Au oal l effe de la crise sur la croissance poenielle irai de +39 % en Allemagne (en raison de la hausse des aux d acivié e de la baisse du aux de chômage d équilibre) +11 % en rance (en raison de la hausse du aux d acivié) à - 25 % aux Éas-Unis -80 % en Espagne (en raison de la hausse du aux de chômage srucurel) -86 % en Grande-Breagne (en raison de la baisse de la producivié du ravail) e jusqu à -227 % en Grèce. L éude es peu convaincane puisqu elle ne perme pas de disinguer l effe de la crise de l effe d aures variables (les poliiques budgéaires resricives les réformes des reraies ou du droi du ravail la siuaion conjoncurelle elle-même) ou de phénomènes mal expliqués (le for ralenissemen de la producivié en Grande-Breagne) L inroducion de variables financières Borio e al. ( ) remarquen que les flucuaions de l inflaion reflèen mal les flucuaions de l acivié dans les pays développés duran ces 3 dernières décennies. Par conre les variables financières (le aux de croissance du crédi des prix de l immobilier le aux d inérê réel) jouen un rôle imporan an dans la dynamique de la demande que dans celle de l offre : une période de boom financier augmene foremen la demande mais aussi favorise l invesissemen ; elle peu s accompagner d une hausse du aux de change qui rédui l inflaion. En sens inverse un krach boursier rédui la demande mais aussi renforce les conraines financières poran sur les enreprises ce qui nui à l accumulaion du capial. Cela amène les aueurs à inroduire des

274 272 Henri Serdyniak variables financières dans un modèle expliquan l écar de producion. En noan φ les variables financières celui-ci s écri donc : Δy * = Δy* -1 + ε y y* = β (y -1 y* -1 ) + γφ + η Pour la période un el modèle a l avanage d induire un écar de producion posiif avan la crise e négaif depuis. Par conre s il perme d exhiber une série de croissance poenielle il n explicie pas ses déerminans. Il n inègre aucune variable représenan les ensions sur l offre. Le modèle ne prend pas en compe les faceurs impulsan le cycle aure que les variables financières. Il repose sur l hypohèse conesable que la producion es égale à la producion poenielle quand les variables financières son à leur valeur moyenne. On peu généraliser le modèle en inroduisan d aures variables conjoncurelles (ϕ) comme l impulsion budgéaire le aux de change réel les chocs du prix du pérole : y y* = β (y -1 y* -1 ) + γφ + δϕ + η Mais on rese dans un modèle descripif (e non explicaif) de la croissance poenielle. Surou on rese dans un posula non démonré : la demande es égale à la producion poenielle quand les chocs financiers exernes ou de poliiques économiques son nuls Les éudes empiriques sur l impac de la crise sur la croissance poenielle Halmaier (2012) se pose la quesion : «Do Recessions Affec Poenial Growh?». Pour nous la réponse es oui si la producion poenielle es mesurée selon la méhode des insiuions inernaionales (où la producion poenielle es affecée par le ralenissemen de l invesissemen e la hausse du chômage) ; la réponse es non par définiion si la producion poenielle es corrigée des effes conjoncurels. Touefois la récession peu ne pas êre que conjoncurelle ; elle peu marquer la fin d une période de fore croissance déséquilibrée : la quesion es alors ambiguë. En fai l éude empirique conclu que les récessions on en moyenne un impac négaif de 2 % sur la producion poenielle dans les pays développés impac qui dépend de la profondeur de la récession mais pas de son caracère financier. L aueur en dédui que la

275 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 273 présene récession coûerai 3 poins de PIB poeniel pour les pays développés ce qui es relaivemen faible compe enu du ralenissemen observé de la croissance. Pour ernald (2014) les Éas-Unis on connu une période de fors gains de la producivié du ravail de 1996 à 2005 en raison des indusries produisan ou uilisan les NTIC. Celle-ci a pris fin de sore que la croissance poenielle a raleni aux Éas-Unis mais l aueur reconnaî qu il es encore difficile de disinguer ce effe de celui de la chue de la demande indui par l éclaemen de la bulle financière La croissance poenielle française selon deux éudes de l INSEE Pour le moyen erme l éude de Cabannes Monau e Pionnier (2013) fourni une évaluaion de la croissance poenielle de 2015 à Selon les hypohèses celle-ci irai de 12 à 19 % l an soi 15 % pour le scénario cenral qui se décompose en 05 % de conribuion pour le faceur ravail 05 % pour le capial e 05 % de croissance de la producivié globale pure. Touefois l aricle ne prend pas posiion sur le niveau d écar de producion en De même il n explicie pas le lien enre croissance effecive e croissance poenielle. Une demande plus vigoureuse enraîne une accumulaion plus rapide du capial incie ceraines personnes à enrer (ou à reser) sur le marché du ravail auorise un flux enran d immigrés plus imporans peu permere d allonger la durée du ravail. Les deux quesions essenielles son omises : quels son les obsacles effecifs à la croissance? Veu-on plus de croissance à ou prix? L aricle de Lequien e Monau (2014) défini le PIB poeniel comme «le niveau de PIB que connaîrai l économie si les faceurs de producion (ravail e capial) éaien uilisés de façon maximale sans faire apparaîre de ensions sur les prix» inroduisan ainsi une symérie conesable enre ravail e capial. Son inérê es de confroner quare méhodes. L aricle conclu que la croissance poenielle es comprise enre 07 % e 13 % en 2014 (conre 2 % avan la crise) l écar de producion en 2014 éan compris enre -23 e -35 poins 70 % de la pere de producion due à la crise serai pérenne.

276 274 Henri Serdyniak La première es celle de la foncion de producion. Le sock de capial es exogène. Le aux de chômage srucurel repéré par l équaion π = a + bπ -1 c (U U* ) + e passe de 86 % en 2007 à 95 % en 2013 soi un poin de moins seulemen que le aux effecif. La producivié globale des faceurs passe d un aux de croissance srucurel de 1 % avan la crise à 0 ensuie. Cela indui un for ralenissemen de la croissance poenielle de 21 % à 06 % l an (ableau 5). Ce ralenissemen es repéré ; il n es pas expliqué. La deuxième es celle de l analyse du marché du ravail : maind œuvre disponible e producivié endancielle du ravail. En croissance équilibrée cee dernière serai de 11 % l an. Malheureusemen une méhode conesable aboui à une évaluaion de la croissance de celle-ci de -05 % en L écar de l ordre de 3 % la réenion d emploi de ces deux années doi-il êre sousrai à la croissance poenielle (comme le fon les aueurs) ou va--il s se résorber? La croissance de la populaion acive poenielle n aein pas les 04 % par an prévus par l INSEE mais seulemen 02 % du fai de la hausse du aux de chômage d équilibre. inalemen le aux de croissance poenielle reviendrai à 13 % en Tableau 5. Croissance poenielle e écar de producion selon Lequien e Monau en rance En % CP CP EP 2007 EP 2013 oncion de producion Travail Semi-srucurelle Direce CE OCDE MI Source : Lequien e Monau (2014). L approche semi-srucurelle uilise des informaions sur le aux d uilisaion des capaciés de producion (TUC) sur l évoluion de l inflaion sur le clima des affaires pour évaluer l écar de producion le PIB poeniel éan la somme de l écar de producion e du PIB effecif. Cee méhode es conesable : le TUC peu revenir à sa normale à la suie d une période prolongée de récession les enreprises n ayan pas de raison de mainenir des capaciés de

277 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 275 producion excédenaires cela ne signifie pas pour auan que la producion es à son poeniel du poin de vue du marché de l emploi ; les variaions du chômage influencen peu le aux d inflaion quand le chômage es for e l inflaion faible. Au oal la méhode puremen descripive fai courir le risque de sousesimer l écar de producion la producion poenielle suivan la producion effecive. L approche die direce consise à uiliser un grand nombre d indicaeurs conjoncurels pour consruire un indicaeur synhéique représenan le cycle économique. La mesure de l écar de producion consise à normaliser l indicaeur synhéique en uilisan la moyenne e l écar-ype de l écar de producion évalué selon la première méhode ce qui n a guère de jusificaion. La méhode n es pas auonome. Elle es conesable car la siuaion depuis 2008 s écare de la normale d une simple flucuaion conjoncurelle. L esimaion aboui à une croissance poenielle foremen insable puisqu elle ajoue la croissance effecive à l écar de producion ainsi évalué (23 % en 2002 puis 15 % en 2003 puis 26 % en 2004 par exemple) La croissance poenielle selon deux éudes de la Banque de rance L aricle de Cheouane Lemoine e La Serve (2011) décrivai une baisse de la croissance poenielle française de 17 % en 2007 à 07 % en 2012 en raison de la baisse de la croissance de la producivié des faceurs (de 03 % à 02 %) de la baisse de l accumulaion du capial (don la conribuion passai de 09 % à 06 %) e surou de la baisse de la conribuion du ravail (de 04 % à -01 %) don la baisse provien d une hausse du aux de chômage d équilibre e d une baisse des aux d acivié. Mais la méhode ne fourni aucun faceur explicaif. En ce qui concerne le marché du ravail la hausse du aux de chômage d équilibre provien du fai que la hausse du chômage ne s es pas raduie par une baisse imporane de l inflaion. L aricle de Chouard Casro Irac e Lemoine (2014) esime une équaion descripive de la croissance de la producivié des faceurs. Oure des endances e des variables indicarices deux variables explicaives son uilisées : l âge moyen du capial e le aux d uilisaion des capaciés de producion. La crise aurai indui

278 276 Henri Serdyniak une pere permanene (mais progressive) du niveau de la producivié des faceurs de 62 % (33 % d effe direc 29 % indui par l allongemen de l âge du capial). Il n y aurai pas d effe sur le aux de croissance de la producivié globale des faceurs (qui reserai à 1 %). Noons que l allongemen de l âge du capial n es pas éviden si les enreprises en période de demande faible peuven n uiliser que les équipemens les plus récens. Dans cee vision la producion poenielle subi un choc négaif lors de la crise ce qui s oppose à la méhode usuelle d une évoluion coninue suscepible d êre obenue par lissage. En mars 2015 la Banque de rance publie un ocus iniulé : La croissance poenielle une noion déerminane mais complexe. Le PIB poeniel e la croissance poenielle son des variables héoriques qu il es complexe d idenifier. Le exe précise que «la croissance peu êre insouenable même sans déséquilibre dans l économie réelle en cas de déséquilibre majeur dans la sphère financière». Le exe préconise une méhode de «foncion de producion avec crise» inégran une rupure de la PG en niveau. Le exe évoque la pere de compéence des chômeurs de longue durée l inadéquaion des offres e des demandes d emploi le déclassemen du capial la baisse de l invesissemen. Pour la rance la Banque de rance reprend la hèse d un écar de producion posiif de 1999 à 2007 puis d une croissance poenielle de 1 % l an ce qui aboui à un écar de producion de l ordre de -22 % en La croissance poenielle e l OCE L OCE n a jamais esimé de producion poenielle. Dans la mesure où il es difficile d esimer un aux de chômage d équilibre dans la mesure où il n y a aucune raison d inégrer les flucuaions du sock de capial dans l évaluaion de la producion poenielle cerains économises conserven une praique empirique qui consise à esimer que le aux de chômage d équilibre éai aein dans les années ; puis à prolonger la producion poenielle selon l évoluion prévue de la populaion acive selon l évoluion endancielle des aux d acivié e de la producivié apparene du ravail. La croissance de la populaion en âge de ravailler (les ans) baisserai de 08 % en 2006 à 04 % en 2015 mais le aux d acivié augmenerai endanciellemen de 02 % par an du fai des femmes e des seniors ; la croissance de la

279 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 277 producivié du ravail reserai de 1 % par an. Dans ces condiions l écar de producion aurai éé de l ordre de 6 % en 2010 ; de 95 % en 2014 (ableau 6 colonnes 2 e 3). Ce for écar se manifese en 2014 à la fois par un for aux de chômage une baisse des aux d acivié par rappor à leurs endances une baisse de la croissance de la producivié du ravail (soi du fai de sureffecifs soi du fai de l effe Kaldor-Verddon) qui serai réversible. Selon ce poin de vue il es difficile d évaluer la producion poenielle (si ce concep à un sens) en siuaion foremen déprimée dans la mesure où une fore hausse de la demande augmenerai les faceurs de producion disponibles du fai aussi de la non-linéarié des équaions de prix e de salaire en cas de for excès de d offre. Tableau 6. Évaluaion de la croissance poenielle de la rance En % Tendanciel Compromis Rupure franche PIB PIB po. EP PIB Po. EP PIB po. EP Source : calcul de l aueur. En décembre 2011 la prévision faie par le Déparemen analyse e prévision de l OCE se base effecivemen sur un écar de producion de -5 % pour Elle fai l hypohèse que endanciellemen ce écar se résorbera en 2 ans de sore que la croissance sponanée pour les deux années à venir sera de l ordre de 4 %. En décembre 2012 la prévision par d un écar de producion de 6 % en La hèse mainenan es que la fermeure de l écar de producion es au maximum de 15 % par an de sore que la croissance sponanée serai de 32 % par an ceci pendan 4 ans. Au prinemps 2013 la prévision ope pour un scénario inermédiaire avec une rupure de producion poenielle de l ordre de 3 % au momen de la crise puis une croissance poenielle de 14 %

280 278 Henri Serdyniak depuis voir ableau 6 colonne 4 e 5). L écar de producion serai de l ordre de 4 % en Une croissance sponanée de 26 % permerai de résorber l écar en 3 ans. En même emps une éude (Cochard e al. 2013) examine les écars du aux de chômage du aux d acivié e de la producion du ravail à leurs endances e conclu que l écar de producion s es creusé de 65 poin de 2007 à À l auomne 2014 la prévision se rapproche des esimaions convenionnelles (graphique). Elle accepe l idée d un écar de producion posiif de 1999 à L écar de producion n es plus que de 2 % en 2012 de 3 % en Les aueurs accepen une croissance poenielle de 14 % ou en évoquan une croissance sponanée de 24 % de 2010 à Graphique. Les évaluaions de l écar de producion de l auomne En % MI CE OCDE OCE Commission européenne MI OCDE OCE Source : Revue de l OCE 136. au-il acceper un écar de producion posiif de 1999 à 2007? au-il ralenir la croissance poenielle au fur e à mesure que la croissance effecive se révèle médiocre? Ceci provien sans doue d un souci de crédibilié mais qui nui à l uilié de la noion même de croissance poenielle. au-il acceper une rupure de producion poenielle en 2009? Cela oblige à considérer que la chue de la demande se radui par des peres irrémédiables e irré-

281 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 279 versibles en ermes de aux de chômage d équilibre e de producivié du ravail. L analyse repose souven sur l hypohèse implicie non prouvée que la producion rerouve auomaiquemen son niveau poeniel soi à un aux de x poins par an soi à en N années qui fai que la prévision peu s appuyer sur la noion de croissance sponanée. Si N=3 un écar de producion de 4 % e une croissance poenielle de 14 % permeen d évaluer la croissance sponanée à 27 % ; si x = 15 % la croissance sponanée es de 29 %. Mais cela suppose que la croissance poenielle e l écar de producion soien mesurables sans ambiguïé. Cela suppose aussi qu il exise des forces sponanées de reour à l équilibre. Celles devraien êre précisées : dans la zone euro ce ne peu guère êre ni la baisse du aux d inérê réel corrigé de la croissance ni les gains de compéiivié. La déflaion es lene e ses effes peuven êre posiifs (hausse des revenus des ménages effe d encaisse réel) comme négaifs (alourdissemen des dees). Le chômage provoque ceres une baisse du salaire réel mais là aussi les effes sur la producion son ambigus. Enfin la poliique budgéaire peu êre conraine de devenir pro-cyclique La croissance poenielle e le gouvernemen français Le gouvernemen français doi inégrer dans les documens qu il fourni à Bruxelles une évaluaion de la producion poenielle e de la croissance poenielle opéraion bizarre qui mêle la science économique e les compromis poliico-echnocraiques. Ainsi fin 2013 le gouvernemen esime à -2 % l écar de producion pour 2012 e à 15 % la croissance poenielle des 5 années à venir. Ce 2 % es rès faible puisque la rance a perdu environ 7 % de croissance par rappor à la endance d avan-crise. Par rappor à 2007 la pere es de 25 % en aux de chômage de 35 % en producivié du ravail de 1 % en aux d acivié. Avec un écar de producion de -7 % la rance aurai pu dire qu elle n a plus d effor budgéaire à fournir d auan plus qu un défici srucurel de 2 % du PIB suffi pour sabiliser la dee à 60 % du PIB ou pour saisfaire la vraie «règle d or» des finances publiques mais le gouvernemen n a pas voulu enrer en confli ouver avec la Commission.

282 280 Henri Serdyniak in 2014 le gouvernemen accepe de se caler sur les chiffres de la Commission. L écar de producion serai de 27 % en La croissance poenielle es de 1 % en de 12 % en Par rappor à une croissance poenielle à 16 % ceci oblige à un effor supplémenaire de 025 % par an en Pour conclure l examen de ces différens ravaux amène à des conclusions assez négaives. Il es peu crédible que l écar de producion ai éé posiif pour la rance comme pour la zone euro de 1999 à 2007 ; il es éonnan que les évaluaions de croissance poenielle soien à ce poin révisées ex pos après la crise de Les éudes enregisren généralemen une baisse de la producion poenielle en 2009 une rupure de la endance ensuie mais ne fournissen pas de faceurs explicaifs. On peu penser que dès que la dépression es imporane la producion poenielle n es plus mesurable. Il faudrai choisir clairemen enre rois poins de vue : la producion poenielle es un concep de cour erme elle reflèe l évoluion effecive de la producion de sore qu elle ne peu guider la poliique économique ; c es un concep de long erme qui reflèe des conraines pures d offre elle ne varie pas avec les flucuaions de la producion induies par celles de la demande ; la producion poenielle inègre l ensemble des conraines qui pèsen sur une économie (offre solvabilié des finances publiques sabilié financière compéiivié) dans ce cas la méhode de calcul devien beaucoup plus exigeane. 3. Une conraine de croissance poenielle à l avenir? À la mi-2015 deux poins de vue s opposen. Pour la Commission européenne le MI l OCDE e beaucoup d économises (par exemple CAE 2014 ; OCDE 2014a ; MI 2015) qui prolongen le for ralenissemen de la croissance poenielle qu ils croien voir depuis 2009 la quesion de la croissance poenielle es dès aujourd hui cruciale en raison du vieillissemen de la populaion (qui rédui la croissance de la populaion acive poenielle) du ralenissemen de l accumulaion du capial e de la croissance de la PG. L évoluion de la PG es ceres problémaique : elle sera ralenie à l avenir par les conraines écologiques la monée des prix des maières premières e de l énergie. Les innovaions en

283 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 281 maière de NTIC l on souenue avan la crise mais comme l on monré Rober Gordon ( ) e ernald (2014) leurs effes sur la producivié globale semblen s aénuer. Il en va de même selon Gordon pour les effors en maière d éducaion. Si la croissance poenielle de la zone euro n es plus que de 1 % l an dans les années à venir si l objecif de réducion à 60 % du raio dee/pib es mainenu alors même que le besoin de dépenses sociales (sané reraies) augmene endanciellemen la zone euro serai condamnée à une fore réducion des dépenses publiques qui merai en cause son modèle social. Aussi la priorié devrai-elle êre de ou faire pour augmener la croissance poenielle : inciaion à l emploi des ravailleurs non-qualifiés des femmes e des seniors effors d éducaion e de formaion coninue inciaion des enreprises à l innovaion e à la R&D réformes srucurelles pour déréglemener le marché des biens réforme du droi du ravail fore réducion des dépenses publiques (OCDE 2014a). Pouran l expérience récene a monré que la sraégie de consolidaion budgéaire généralisée à l ensemble de la zone euro éai rès coûeuse en ermes de croissance e peu efficace en ermes de raios dee/pib. La poliique préconisée compore des ransfers imporans au profi des enreprises e au dérimen des ménages des classes populaires (la baisse des impôs e coisaions sociales financée par la baisse des dépenses publiques e des presaions la baisse des salaires des ravailleurs non-qualifiés des services). Elle serai socialemen coûeuse ; elle se raduirai à cour erme par une baisse de la demande ; elle es non-coopéraive en Europe où chaque pays devrai réduire sa demande e ses salaires. Il es quelque peu hypocrie de préendre sauvegarder le modèle social européen en réduisan foremen les dépenses sociales. La mesure de la PG es problémaique (Mokyr 2014). Commen inégrer la démaérialisaion e la grauié permise par Inerne (par exemple le éléchargemen des biens culurels)? Avec cee sraégie l économie es condamnée à une fuie perpéuelle dans la croissance e l innovaion sans réflexion sur le conenu même de cee croissance. au-il ou faire pour incier le plus grand nombre de personnes possible à occuper le plus longemps possible des emplois marchands quand l informaisaion end à les faire disparaîre sans s inerroger sur le conenu même de ces emplois. Aucun piloage social ne serai souhaiable ou

284 282 Henri Serdyniak possible en maière d innovaion ou de conenu de la croissance. Il faudrai faire confiance aux enrepreneurs. Aussi cee fuie en avan devrai un jour se erminer dans le mur compe enu des conraines écologiques. Plusieurs éudes préenden évaluer le gain de croissance poenielle que pourraien apporer les réformes srucurelles. Elles refusen souven de enir compe de l uilié des régulaions des réglemenaions des dépenses publiques e sociales e considèren ainsi que ou changemen vers un hypohéique modèle pur d économie de marché es un progrès. Ainsi l OCDE (2014b) évalue le gain poeniel pour la rance des réformes srucurelles envisagées ou à venir à 37 % à horizon de 10 ans. Ce chiffre peu sembler élevé il fau cependan le comparer au 96 % que la crise financière a coûé à la rance. L éude n envisage aucune réforme du sysème bancaire e financier pouran responsable de la crise ; ni la quesion de la mauvaise gouvernance de la zone euro ni celle de la dislocaion du modèle indusriel français ni celle de la nécessaire ransiion écologique ne son abordées. Les réformes son limiées à l augmenaion de la concurrence dans l énergie (mais baisser le prix de l énergie es-il compaible avec la ransiion énergéique?) e dans les professions réglemenées (mais fau-il développer les professions juridiques?) ; à la simplificaion adminisraive e errioriale ; à la réforme de l assurance chômage (mais le problème français es le manque d emplois pas la réicence des ravailleurs à les occuper). Selon l éude de la Commission européenne (Varga e In Veld 2014) les réformes srucurelles pourraien augmener le PIB de la zone euro (de la rance) de 63 % (77 %) à horizon de 10 ans. Mais ceraines proposiions son difficilemen applicables en période de for chômage. Ainsi la hausse du aux d acivié des femmes des ravailleurs non-qualifiés des seniors augmenerai de PIB français de 23 % ; mais commen l obenir? La réforme des allocaions chômage es censée avoir un effe de +08 % sur le PIB mais par quels mécanismes dans un pays en défici d emplois. D aures son de rès long erme comme l augmenaion de la par des ravailleurs qualifiés e la baisse de celle des ravailleurs non-qualifiés (effe de +09 %). Ceraines son économiquemen e socialemen conesables comme augmener les impôs poran sur la consommaion au dérimen de ceux poran sur le ravail don l effe

285 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 283 serai de +17 % mais qui selon nous serai neure sauf si l indexaion des salaires e presaions sociales éai remise en cause (Serdyniak 2015). L éude du CAE (2014) repose sur la hèse que le ralenissemen de la croissance française es dû à des faceurs d offre. L effe de la demande (direce sur la producion e l invesissemen indirece sur la producivié du ravail e l offre de ravail) n es pas évoqué. Avec honnêeé le exe reconnaî qu il peine à rouver des explicaions convaincanes : il évoque cependan la faiblesse de la par de l indusrie le manque de lien enre l éducaion e l enreprise e les bas aux d acivié des ans e des ans (mais ceux-ci son un effe pluô qu une cause). Les recommandaions finales son peu convaincanes e sous-dimensionnées : faire éablir par un organisme indépendan une projecion des finances publiques reposan sur des hypohèses défavorables (e ensuie?) ; valoriser les filières professionnelles e ne garder que celles qui fournissen des débouchés ; adoper les formaions aux emplois ; incier les éudians à choisir les formaions avec débouchés ; facilier la formaion professionnelle (mais ce son des évidences) ; réduire la durée d indemnisaion chômage des plus de 50 ans e rendre le cumul emploi/reraie plus facile (mais cela suppose que les enreprises accepen d embaucher des seniors) ; améliorer le Crédi Impô Recherche (mais celui-ci n a guère impulsé la R&D des enreprises) ; rendre plus renable le capial-risque ; améliorer la réglemenaion des aciviés de ranspors e des professions libérales pour en réduire le coû pour l indusrie. L ensemble repose sur l idée que c es l offre de ravail qui pose problème e pas la demande. Auan la formaion es facile pour des emplois exisans correcemen rémunérés don la pérennié es assurée auan c es difficile en période de chômage d absence d embauche e d inceriude sur le fuur indusriel. La hausse des aux d acivié des seniors es déjà bien engagée ; le cumul emploi/ reraie es coûeux e il ne peu guère êre rendu encore plus favorable. Il n es pas éviden que la libéralisaion des professions

286 284 Henri Serdyniak libérales en réduise le coû pour les enreprises e la sociéé : fau-il développer les officines d opimisaion fiscale de délocalisaion e même les services juridiques des enreprises? Arus e Virard (2014) reprennen la hèse selon laquelle la croissance de la producion poenielle des pays développés sera faible dans les années à venir du fai de l épuisemen du progrès echnique. Bizarremen ils souiennen deux hèses conradicoires : la sagnaion séculaire frappe ous les pays développés ; la rance es aeine en raison du niveau rop élevé des salaires des dépenses publiques e sociales du droi du ravail de la régulaion. L ouvrage reconnaî que la financiarisaion e la croissance de la par du capial au dérimen de celle du ravail son les causes de la crise parou sauf en rance où au conraire le coupable serai une hausse excessive des salaires : les aueurs n osen pas dire que la rance avai rouvé le bon équilibre. Ils préenden que «la croissance es indispensable pour réduire les inégaliés» ce qui es saugrenu quand ils reconnaissen en même emps que les Éas- Unis pays le plus riche du monde compen 50 millions de pauvres quand ils préconisen d impulser la croissance en réduisan foremen l Éa-social. Ils esimen que la croissance poenielle de la rance ne sera plus que de 05 % l an dans les années à venir. Ceres il es possible d êre pessimise quan à l évoluion fuure de la PG mais fau-il oublier que la rance souffre d un défici de producion de l ordre de 10 % acuellemen comme le monre son aux de chômage le nombre de chômeurs découragés les sureffecifs dans les enreprises? au-il oublier les marges de manœuvres permises par le ravail subi à emps pariel par l emploi des femmes e des ans? Au lieu de chercher commen une croissance modérée e écologiquemen souenable peu êre compaible avec le plein emploi e le modèle social européen les aueurs proposen d impulser la croissance en rance ceci par des recees libérales classiques : baisser de 20 % le niveau du SMIC ceci éan compensé en mean les presaions sociales sous condiions de ressources pour les concenrer sur les ménages les plus pauvres. Mais c es oublier que des presaions réservées aux plus pauvres deviennen vie de pauvres presaions ; que le gain financier es nul si les classes moyennes soren du sysème pour s affilier à des caisses auonomes ;

287 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 285 invesir dans les formaions echniques. Mais ne fau-il pas d abord donner confiance aux jeunes sur l avenir de l indusrie en rance? réformer la formaion professionnelle en pariculier pour les chômeurs de longue durée. Mais ceux-ci n on pas besoin de davanage de sages mais d emplois effecifs ; reculer immédiaemen l âge de dépar à la reraie Mais cela a--il un sens quand le aux de chômage dépasse 10 %? inerdire aux enreprises d augmener les salaires de plus que la producivié du ravail. Mais on ne peu comparer des décisions d enreprises e un concep qui n a de sens qu au niveau macroéconomique. Commen évaluer la producivié d un professeur d une caissière? réduire les dépenses publiques de 120 milliards d euros pour ramener la rance à la moyenne de la zone euro. Mais c es oublier les spécificiés françaises qui fon qu en rance l éducaion la sané les reraies son publiques ; faire converger CDD e CDI vers un conra unique. Mais fau-il rendre plus fragile la siuaion des salariés mere en cause le conra salarial implicie qui lie l enreprise à ses salariés? Le recueil d aricles sur la sagnaion séculaire (Teulings e Baldwin 2014) émoigne que les problèmes américains son similaires à ceux des pays européens. La plupar des économises comme Gordon (2014) mélangen des argumens d offre (la croissance poenielle va ralenir du fai de l épuisemen du progrès echnique e du vieillissemen de la populaion) e de demande (la croissance des inégaliés la dee publique). Pour Summers (2014) l économie souffre d un excès d épargne par rappor à l invesissemen qu il es impossible de gérer par la poliique monéaire compe-enu du plancher 0 du aux d inérê nominal : la sagnaion séculaire es inéviable. Cerains préconisen des réformes srucurelles libérales pour impulser coûe que coûe la croissance. La plupar reconnaissen la responsabilié de l augmenaion des inégaliés e de la financiarisaion dans la crise acuelle mais refusen une remise en cause du modèle néo-libéral. Très peu préconisen une fiscalié redisribuive le développemen de la proecion sociale e de la reraie par répariion (pour limier la financiarisaion induie par les fonds de pension). Aucun ne reme

288 286 Henri Serdyniak en cause la sraégie des firmes mulinaionales de produire dans les pays à bas salaires e de faire pression sur les salaires des pays développés. Pour nous ni l économie européenne ni l économie française ne se heuren à une conraine de producion poenielle. En émoignen les menaces de désinflaion comme le bas niveau des aux d inérê. L Europe souffre de quare problèmes liés : la mondialisaion commerciale (qui perme de produire dans les pays émergens) comme la globalisaion financière (qui perme de choisir enre placemen réel e placemen financier) on augmené le aux de renabilié requis par les enreprises. En même emps celles-ci invesissen moins dans les pays développés an du fai du ralenissemen de la croissance que de l invesissemen dans les pays émergens. Le prix relaif des biens d invesissemen diminuen alors que se développen surou des seceurs de services où les besoins en capial son limiés. une parie imporane de la populaion a vu disparaîre ses emplois an du fai de la mécanisaion/informaisaion que de la concurrence des pays émergens. En sens inverse une couche éroie bénéficie de la mondialisaion. Les grandes enreprises e les personnes les plus riches s exonèren de plus en plus de la charge des dépenses publiques. Leur par dans la richesse augmene alors que leur aux d épargne es élevé. Un écar imporan s es creusé enre la disribuion des revenus qui découle des rappors de force acuels e celle qui serai requise pour permere une croissance équilibrée ; le défici de demande ainsi crée doi êre comblé soi par des bulles financières e l endeemen des ménages (soluion anglosaxonne) ; soi par des gains de compéiivié (la sraégie allemande) ; soi par l endeemen public. Après l éclaemen de la bulle financière après la crise des dees des pays du Sud de la zone euro après le Traié budgéaire qui fermen ces pises l Europe souffre d un défici de demande e d une compéiivié excessive des pays du Nord en pariculier de l Allemagne. ; le défici de demande nécessie une poliique monéaire expansionnise. Ceres les aux d inérê de cour erme on éé porés à zéro mais cela rese insuffisan compe enu de la faiblesse des perspecives de demande e d inflaion (voir Summers 2014).

289 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 287 Le bas niveau des aux d inérê fai courir le risque d une reprise fragile porée par la renaissance de bulles financières ou la reprise du surendeemen. Selon ce poin de vue la quesion n es pas celle du niveau de la croissance poenielle que celui de d avoir un aux de croissance suffisan pour employer la main-d œuvre disponible ce qui suppose de sorir des conraines imposées par la mondialisaion e la globalisaion financière. La poliique requise devrai comporer la baisse de la renabilié requise par les enreprises e les marchés financiers l augmenaion de la par des salaires dans la valeur ajouée des enreprises en pariculier dans les pays d Europe du Nord la fin de la concurrence fiscale sur les plus riches e les grandes enreprises le souien de l invesissemen innovan e écologique par les finances publiques mais surou par un seceur bancaire e financier dégagé de la spéculaion une poliique indusrielle redéfinissan la place de l Europe dans la fuure division inernaionale du ravail. La poliique budgéaire devrai renoncer à se fixer des objecifs arbiraires en ermes de solde ou de dee publique. La poliique monéaire devrai mainenir des aux d inérê bas an que nécessaire mais s accompagner d un conrôle macro-prudeniel pour évier le gonflemen des bulles spéculaives. Cee sraégie es aujourd hui de l ordre de l uopie compe enu de la dominaion du discours libéral e du rappor de force en Europe. La quesion des gains endanciels de producivié don la mesure es affaire de convenion compable a peu d imporance aujourd hui. Il es difficile de prévoir ce que pourrai êre la endance de la PG dans une siuaion proche du plein emploi où les enreprises seraien encouragées à la fois à économiser le ravail e à économiser l énergie e les dégâs écologiques. L Europe pourra dans les années à venir si elle le souhaie mobiliser l emploi des femmes e des seniors réduire le emps pariel non-choisi faire venir des ravailleurs immigrés. La quesion es cependan de savoir si effecivemen compe enu du niveau de développemen aein e des conraines écologiques les pays européens doiven ou faire pour maximiser la croissance e l emploi marchand ou si leur objecif ne doi pas êre au conraire de prendre ace de la limiaion nécessaire de la croissance de la producion maérielle e de s y adaper.

290 288 Henri Serdyniak Références Arus P. C. García-Peñalosa e P. Mohnen 2014 «Redresser la croissance poenielle de la rance» Noe du CAE 16 sepembre. Arus P. e M.-P. Virard 2014 Croissance zéro commen évier le chaos? ayard. Ball L «Long-erm damage from he grea recession in OECD counries» NBER Working Paper mai. Banque de rance 2015 La croissance poenielle : une noion déerminane mais complexe mars. Borio C. P. Disyaa e M. Juselius 2013 «Rehinking poenial oupu : Embedding informaion abou he financial cycle» BIS Working Papers 404. Borio C. P. Disyaa e M. Juselius 2013 «A parsimonious approach o incorporaing economic informaion in measures of poenial oupu» BIS Working Papers 442. Cabannes P.-Y. A. Monau e P.-A. Pionnier 2013 «Évaluer la producivié globale des faceurs : l appor d une mesure de la qualié du capial e du ravail» INSEE Références juin. Cheng K «rance s Poenial Oupu during he Crisis and Recovery» IM Counry Repor 11/212. Cheouane M. M. Lemoine e M.-É. de la Serve 2011 «Impac de la crise sur la croissance poenielle une approche par les modèles à composanes inobservables» Revue de l OCE 116. Chouard V. D.. Casro D. Irac e M. Lemoine 2014 «Assessing he losses in euro area poenial produciviy due o he financial crisis» Applied Economics 46(23). Cochard M. P.Madec M. Plane e D. Schweisguh 2013 «PIB défici dee chômage : où von les économies à moyen erme?» Revue de l OCE 129. European Commission 2015 Making he bes use of he flexibiliy wihin he exising rules of he sabiliy and growh pac 13 janvier. European Economy 2014 «The Producion uncion Mehodology for Calculaing Poenial Growh Raes and Oupu Gaps» Economic Papers 535 novembre. ernald J. G. 2014: «Produciviy and Poenial Oupu Before During and Afer he Grea Recession» ederal Reserve Bank of San rancisco juin. MI 2015 «Where are we headed? Perspecives on Poenial Oupu» WEO chaper 3 avril.

291 au-il encore uiliser le concep de croissance poenielle? 289 urceri D. e A. Mourougane 2012 «The effec of financial crises on poenial oupu: Nex empirical evidence from OECD counries» Journal of Macroeconomics 34. Gordon R. J «Is U.S. Economic Growh Over? alering Innovaion Confrons he Six Headwinds» NBER Working Paper aoû. Gordon R. J «The Demise of U. S. Economic Growh: Resaemen Rebual and Reflecions» NBER Working Paper février. Halmaier J «Do Recessions affec Poenial Oupu» Inernaional inancial Discussion Papers 1066 décembre. Hers J. e W. Suyker 2014 «Srucural budge balance: A love a firs sigh urned sour» CPB Policy Brief 2014/7. Le Bihan H. H. Serdyniak e P. Cour 1997 «La noion de croissance poenielle a--elle un sens?» Économie Inernaionale 69. Lequien M. e A. Monau 2014 «Croissance poenielle en rance e en zone euro : un our d horizon des méhodes d esimaion» Documen de ravail de l INSEE juille. Mahieu C. e H. Serdyniak 2006 «A European iscal ramework designed for sabiliy or growh?» in European Economic Policies Alernaives o Orhodox Analysis and Policy Conceps Meropolis- Verlag. Mahieu C. e H. Serdyniak 2012 «au-il des règles budgéaires?» Revue de l OCE 126. Moyr J «Secular Sagnaion? No in your life» in C. Teulings e R. Balwin op. ci. OCDE 2014 a «Growh prospecs and fiscal requiremens over he long erm» in OECD Economic Oulook 2014/1. OCDE 2014 b rance : Les réformes srucurelles : impac sur la croissance e opions pour l avenir ocobre. Ollivaud P. e D. Turner 2004 «The effec of he Global inancial Crisis on OECD Poenial Oupu» OECD Economics Deparemen working Papers Serdyniak H «The myh of ax reform in rance» Revue de l OCE 321. Summers L. H «US Economic Prospecs: Seculer Sagnaion Hyseresis and he Zero Lower Bound» Business Economics 49(2). Teulings C. e R. Balwin 2014 Secular Sagnaion: acs Causes and Cures CEPR Press.

292 Varga J. e J. in Veld 2014 «The poenial growh impac of srucural reforms in he EU» European Economy Economic Papers 541 décembre.

293 LE TEMPS POUR PRODUIRE RÉLEXIONS ANALYTIQUES SUR LES DIICULTÉS DE REPRISE DE L ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE 1 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno OCE Sciences Po Si l on veu répondre à la quesion du niveau de aux de croissance poeniellemen aeignable il impore de connaîre le profil de l invesissemen producif à quel horizon la nouvelle capacié de producion es consruie e donc disponible à quel horizon elle es déruie. Ainsi un vieillissemen du capial producif conséquence du ralenissemen des dépenses d invesissemen peu expliquer la faiblesse acuelle du aux de croissance poeniel andis que le emps nécessaire pour son rajeunissemen peu expliquer pourquoi cee faiblesse es durable. Mos clés : Crise invesissemen emps pour consruire croissance poenielle. Deux observaions on surgi dans le déba récen de poliique économique : la valeur du muliplicaeur budgéaire a éé sousesimée dans les modèles de conjoncure à quelques excepions près (voir noammen Creel e al. 2011) avec comme conséquence de sous-esimer l impac négaif des poliiques d ausérié sur le revenu e l emploi (Blanchard e Leigh 2013) ; lorsqu elle se manifese la reprise de l acivié es moins fore e plus lene qu elle ne l a éé au cours des cycles précédens. Manifesemen le reard enregisré ien à l aonie des dépenses d invesissemen. 1. Ce papier a éé finance par le sepième programme cadre de la Communié européenne (P7/ ) Programme Sciences Sociales e Humaines gran agreemen no (RASTANEWS). Revue de l OCE 142 (2015)

294 292 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno Cee difficulé des économies développées à rerouver le chemin de la croissance a condui nombre d économises à s inerroger sur une possible diminuion du aux de croissance à moyen ou long erme e à envisager la possibilié d une sagnaion séculaire (Gordon 2014 ; Summers 2014). Cee sagnaion serai suivan un premier ype d explicaion le résula d un épuisemen des gains de producivié poeniellemen conenus dans les nouvelles echnologies (ernald 2014). Une explicaion complémenaire sinon alernaive serai que le ralenissemen observé des gains de producivié serai moins un fai echnologique que la conséquence des difficulés de foncionnemen de l économie de marché de son incapacié à saisir les gains poeniels. Le creusemen des inégaliés l accroissemen des dépenses improducives l accroissemen des dees publiques e privées la récurrence de la formaion de bulles spéculaives seraien auan de sympômes de ces dysfoncionnemens e auraien pour effe cycle après cycle de réduire ce que l on coninuera à appeler le aux de croissance poeniel e d augmener le aux de chômage qualifié de naurel qui lui correspond. Sans doue ce ensemble de sympômes peu êre ramené à la dispariion d occasions d invesir en présence d une épargne abondane qui enraînerai la chue du aux d inérê réel assuran le plein emploi (Summers 2014). L hypohèse de ravail défendue ici es quelque peu différene. L accen es bien mis sur les décisions d invesir mais en faisan valoir que la clé du problème résiderai dans les disorsions apparues dans la srucure par âge du capial producif e dans la naure des dépenses effecuées selon qu elles son producives ou improducives. Ce serai ces disorsions au caracère récurren e le parage enre dépenses producives e improducives qui conribueraien à les déerminer don les effes feraien obsacle à la croissance. Il s ensuivrai que ni une relance de la demande ni une baisse des coûs ne consiueraien des soluions adéquaes car faisan absracion à la fois du emps pour produire e de l héérogénéié des dépenses. L aricle es organisé comme sui. La noion de croissance poenielle e la noion jumelle de aux de chômage naurel seron quesionnées au regard de l exisence d un effe d hysérèse signifian que la variaion des dépenses d invesissemen es suscepible d affecer durablemen la rajecoire à long erme de l économie

295 Le emps pour produire 293 (secion 1). La héorie du muliplicaeur sera alors revisiée de manière à faire place au jeu des socks e des phénomènes de dépendance emporelle qui en découlen (secion 2). L accen sera plus pariculièremen mis sur le fai que la producion prend du emps e qu une capacié producive doi êre consruie avan de pouvoir êre uilisée impliquan de bien disinguer l invesissemen producif de la consommaion finale (secion 3). La quesion de l impac de la dépense publique sera posée dans les nouveaux ermes (secion 4). En conclusion il sera fai éa de la perinence de cee problémaique quand il es quesion de faire concrèemen reposer la reprise de la croissance sur des invesissemens poreurs de nouvelles echnologies e répondan à de nouvelles configuraions de la demande. 1. Croissance poenielle e effe d hysérèse La noion de croissance poenielle es a priori au cœur du déba. Aux ermes de la synhèse néo-classique le aux de croissance poeniel es principalemen déerminé par les gains de producivié associés au progrès echnique. L'hypohèse sous-jacene à cee définiion apparemmen simple es que l'économie end à revenir rapidemen à un régime régulier caracérisé par une uilisaion «normale» des faceurs de producion. Seule l'augmenaion de la producivié qui découle du progrès echnique peu engendrer un aux de croissance poeniel plus élevé. Cee définiion condui à dissocier croissance e cycles e à aribuer les flucuaions auour de la endance de long erme aux variaions de la demande globale. La macroéconomie moderne mainien la référence à ce aux de croissance poeniel à un senier d équilibre don le profil es associé à des chocs posiifs ou négaifs de producivié. Les écars à la endance (par rappor à des flucuaions répuées «naurelles») son aribués à des rigidiés de prix qui résulen soi de mauvaises insiuions soi de comporemens raionnels en présence d une informaion imparfaie. Le même concep celui de aux de croissance poeniel (ou simplemen de produi poeniel) condui à formuler l idée qu il exise un oupu gap. Seule change la façon de le résorber : agir sur la demande globale par le moyen de la poliique budgéaire pour cerains ; suivre une règle de poliique monéaire e réformer le mode de foncionnemen des marchés afin de rendre l offre compéiive pour d aures.

296 294 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno En fai la noion de aux de croissance poeniel de même d ailleurs que la noion jumelle de aux de chômage naurel es quesionnable en raison de l exisence des effes d hysérèse faisan dépendre le aux de croissance poeniel de la séquence passée des aux de croissance courans (e le aux de chômage naurel de la séquence des aux de chômage passés) (Blanchard e Summers ; Delong e Summers 2012 ; Reifschneider Wascher Wilcox 2013). L idée la plus simple es que la durée du chômage en rendan ceux qui en son vicimes inemployables e donc en réduisan le capial humain pèse à la fois sur le aux de chômage srucurel e sur le aux de croissance. Cependan ce quesionnemen va plus loin e concerne la héorie de la croissance elle-même. Le déba pore sur la source même de la croissance : fau-il y voir le résula des préférences des agens économiques induies par les insiuions ou par la srucure des marchés ou bien fau-il y voir le résula des comporemens d invesissemen ou plus précisémen du profil emporel de ces comporemens? Dans la deuxième perspecive il y a bien un effe d hysérèse sur le aux de croissance qui passe par ce qu il advien au cours du emps du sock de capial. Si le aux de croissance couran devien de plus en plus faible il en es de même du aux de croissance qualifié de poeniel du fai de l effe négaif indui sur le sock de capial (son volume son âge sa qualié). Dans ces condiions il es impossible de rerouver un aux de croissance élevé correspondan à un poeniel echnologique sans qu'il y ai un surcroî durable des dépenses d'invesissemen qui meron nécessairemen du emps à rendre l'effe aendu. Le vieillissemen comme le rajeunissemen du capial producif doiven êre pris en compe pour éablir ce que peu êre le aux de croissance de moyen erme. C'es précisémen par son impac sur la srucure du capial producif que la demande peu avoir un effe sur la croissance poenielle. Ainsi quand l économie es soumise à une poliique monéaire resricive comme ce fû le cas dans les années 1980 pour faire face à des ensions inflaionnises (voire même seulemen à des anicipaions inflaionnises) impliquan des aux d inérê durablemen élevés le risque es grand que l invesissemen s en rouve pénalisé. Si el es le cas dans la phase de reprise de l acivié qui sui la conraine d offre e par la suie la barrière inflaionnise son aeines à un niveau du aux de croissance plus

297 Le emps pour produire 295 bas que précédemmen e un niveau du aux de chômage compaible avec la sabilié des prix plus hau. Ces niveaux de aux de croissance e de aux de chômage son alors assimilés respecivemen au aux de croissance poeniel e au aux de chômage naurel alors qu ils son le frui des événemens courans. Quand une économie a subi un ralenissemen persisan de la demande comme cela se produi depuis 2008 l invesissemen es rédui e avec lui la capacié de producion fuure. L offre poenielle des périodes fuures se rouve conraine par la demande de la période courane. Les effes de relance d une simulaion de la demande pourraien s en rouver foremen affecés du fai d une insuffisance d offre (de capacié) expliquan la difficulé de rebond au sorir de la récession. L hypohèse peu alors êre émise que le poeniel de croissance ne sera pas affecé par des récessions coures qui n affecen pas vériablemen le profil emporel du capial producif e qu il le sera en revanche si la récession es longue. Il y aurai ainsi un corridor de sabilié (de la croissance) au sein duquel les forces du marché préviendraien des disorsions dommageables de la capacié producive. La sorie de ce corridor serai en revanche synonyme de chue du aux de croissance poeniel ou si l on préfère d une endance baissière de ce aux de croissance au fil des flucuaions. C es ce qui aurai fai la différence d évoluion enre les Éas-Unis e les pays d Europe coninenale dans les années D un côé une poliique monéaire resricive bruale mais coure a provoqué une récession elle-même bruale e coure e donc sans effe durable sur l invesissemen au conraire de ce qui s es produi noammen en rance où la poliique de désinflaion a éé longue e a pesé longemps sur l invesissemen e la croissance poenielle. La héorie de la croissance sous-jacene es celle iniiée par Harrod héorie qui fai dépendre le aux de croissance garani (warraned) ou aux de croissance qui saisfai les enrepreneurs des comporemens d invesissemen de ces derniers. Cee héorie au demeuran rudimenaire fai éa du jeu conjoin du muliplicaeur e de l accéléraeur c es-à-dire de l effe de l invesissemen sur le revenu e de l effe du revenu sur l invesissemen. Aussi la vériable quesion concerne--elle le volume e la naure des invesissemens plus précisémen des invesissemens induis.

298 296 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno La demande joue ici un rôle esseniel mais pas celui que lui aribue la synhèse néo-classique. La quesion n es pas de combler une insuffisance de demande en présence de capaciés de producion inuilisées mais de savoir commen les variaions du revenu via la demande affecen la configuraion de la capacié producive e par la suie le niveau du aux de croissance. Dans ces condiions simuler la demande courane n a vériablemen de sens que si cee simulaion a pour corollaire la consrucion d une nouvelle capacié producive. 2. La héorie du muliplicaeur revisiée Cee percepion du problème condui à s inerroger sur la validié de la héorie du muliplicaeur ce don Hicks (1974) s éai enquis au seuil des événemens e des criiques qui allaien emporer la héorie keynésienne sandard. L esseniel de son message qui reprend les résulas de ravaux anérieurs (Hicks 1950) ien dans la considéraion que le muliplicaeur n opère qu avec le emps. L analyse se décline en plusieurs proposiions qui on en commun d inroduire ce qui es absen du modèle sandard : le rôle des socks. Suivan la héorie élémenaire du muliplicaeur à la suie d un invesissemen iniial (par exemple en logemens) les ravailleurs nouvellemen employés reçoiven des salaires qu ils von dépenser en achas de biens de consommaion suscepibles de simuler la producion de ces mêmes biens de nouvelles embauches e une nouvelle disribuion de revenus. La réalié du mécanisme du muliplicaeur dépend ouefois de l éa des socks e des comporemens induis. Si les produceurs de biens de consommaion procèden à une diminuion de leurs socks l effe sur l emploi de la dépense iniiale s en rouve affaibli. Ceres les produceurs de biens de consommaion son inciés à reconsiuer leurs socks mais leur réponse peu ne pas êre immédiae. Des délais parfois considérables peuven exiser qui affecen sinon le résula final sur le revenu e l emploi du moins la viesse avec laquelle il es obenu. Il en es des biens inermédiaires comme des biens de consommaion. L invesissemen iniial (la demande de logemens) exige des enreprises récepionnaires de la demande supplémenaire de

299 Le emps pour produire 297 disposer de davanage de biens inermédiaires. En l absence de socks disponibles de ces biens la dépense iniiale d invesissemen (la producion qui lui correspond) es bloquée e avec elle la créaion d emplois. Des biens inermédiaires supplémenaires doiven êre produis e cela prend du emps. À défau il fau les sousraire à d aures producions. S il s agi de la producion de biens d équipemen il y a simplemen subsiuion d un invesissemen à un aure. S il s agi de la producion de biens de consommaion la producion e l emploi dans ce seceur son réduis. Dans les deux cas l effe sur le revenu e l emploi es annihilé. Dans une économie ouvere échapper à ce dilemme es possible en imporan des biens inermédiaires ou des biens de consommaion. Un défici exérieur s ensui lequel peu n êre que ransioire le emps que les nouvelles capaciés producives soien consruies. Dans ce dernier cas l effe sur le revenu e l emploi peu êre faible (voire nul) à cour erme mais devenir significaif à moyen erme. La reconsiuion des socks e la consrucion de nouvelles capaciés de producion procèden de réacions don il a éé indiqué qu on n en connaissai ni l ampleur ni le momen. Une aure variable inervien alors qui commande le comporemen des enreprises : leur capacié financière. Un endeemen excessif es manifesemen la cause d un allongemen des délais. Globalemen dans un premier emps l épuisemen des réserves financières e le monan excessif des dees accumulées que renforcen des anicipaions pessimises expliquen l enrée en récession e l aggravaion progressive de cee dernière. Dans un deuxième emps le nécessaire réablissemen des bilans rend plus difficile la relance de l acivié par une simulaion de la demande. De ces considéraions il apparaî qu il exise des obsacles à la reprise qui iennen à l absence ou à l insuffisance des socks disponibles de biens inermédiaires de biens d équipemen e de biens de consommaion résulan d une par de desrucions opérées pendan la période de récession e liées à la durée évenuellemen longue de celle-ci d aure par des délais de réacion des enrepreneurs en réponse aux fuures opporuniés. Il exise ainsi un paradoxe apparen. L offre es ceres conraine par la demande (l insuffisance des débouchés). Mais une relance par la demande se heure au manque possible de socks réels e de capacié financière. Les effes s en rouven sinon sérieusemen affaiblis du moins

300 298 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno reardés. Une valeur élevée du muliplicaeur en réacion à la baisse des dépenses n implique pas que la valeur de ce même muliplicaeur soi égalemen élevée en réacion à leur hausse. En l occurrence c es le signe posiif ou négaif de l impulsion budgéaire qui es en cause plus que l éa de basse ou de haue conjoncure auquel il es le plus souven fai référence (Blo e al. 2014). La quesion qui apparaî comme cenrale concerne la façon don son déerminés les invesissemens induis par une dépense iniiale privée ou publique (une demande d invesissemen). Dans les ermes classiques poser cee quesion revien à rappeler que ce qu il advien du revenu e de l emploi dépend de l ineracion enre muliplicaeur e accéléraeur. Encore convien-il de ne pas en avoir une vision globale conduisan à fondre dans un même agréga l invesissemen auonome e les invesissemens induis : il ne fau noammen pas oublier qu un programme d invesissemen public ne peu êre condui avec oue l efficacié nécessaire que s il indui d aures invesissemens (Hicks 1950). Souligner ainsi l imporance des invesissemens induis requier de considérer les délais de gesaion de ces invesissemens celui qui sépare le signal de la décision e celui qui sépare la décision de la réalisaion don la longueur affece ce qu il advien finalemen du revenu e de l emploi. Ces délais seron d auan plus élevés que les invesissemens induis poren sur de nouveaux maériaux ou de nouveaux biens e véhiculen de nouvelles echnologies. Dans une économie en dépression caracérisée par un chômage massif e des excédens de capacié dans la oalié des seceurs d acivié il es clair que l on es confroné à un problème de communicaion enre salariés consommaeurs e produceurs qui peu êre résolu en disribuan un revenu aux ménages qui peuven ainsi signaler une demande pour des biens immédiaemen disponibles avec un effe muliplicaeur élevé. Il n en es pas de même dans une économie ceres en récession mais caracérisée par une inceriude empêchan qu un signal puisse donner lieu à une décision e à un résula immédias. Les enrepreneurs doiven s assurer de la réalié des demandes fuures qui resen pour une par laenes. Le caracère irréversible de cerains invesissemens (angibles ou inangibles) peu les incier à reporer leurs décisions dans l aene de plus d informaions préservan ainsi la gamme des choix fuurs

301 Le emps pour produire 299 éligibles (Hicks 1974) mais réduisan l impac sur le revenu e l emploi. La siuaion acuelle qualifiée de grande récession relève du deuxième cas de figure pluô que du premier. Ceci explique la difficulé noammen dans la zone euro mais aussi aux Éas-Unis e au Japon de faire redémarrer les dépenses d'invesissemen en dépi de poliiques monéaires rès expansionnises (e en dehors de la zone euro aussi de poliiques budgéaires accommodanes). 3. L effe des disorsions emporelles de la capacié producive Si l on veu répondre à la quesion du niveau de aux de croissance poeniellemen aeignable il impore de connaîre le profil de l invesissemen en fai de l invesissemen producif à quel horizon la nouvelle capacié de producion es consruie e donc disponible à quel horizon elle es déruie. Ainsi un vieillissemen du capial producif conséquence du ralenissemen des dépenses d invesissemen peu expliquer la faiblesse courane du aux de croissance poeniel andis que le emps nécessaire pour son rajeunissemen peu expliquer pourquoi cee faiblesse es durable. Il impore ensuie de prendre en considéraion la naure des dépenses effecuées. Imaginons à la suie de Hicks (1973) une économie globale en éa de croissance régulière dans laquelle le produi final es répari enre une masse salariale dédiée à payer les ravailleurs employés à consruire e uiliser la capacié de producion e un prélèvemen qui alimene la demande du même produi. La masse des salaires consiue ici une dépense producive. Le prélèvemen peu êre qualifié de dépense improducive dans la mesure où c es une dépense qui ne ser pas direcemen à consruire e uiliser une capacié de producion. Ce prélèvemen peu êre inerpréé comme la consommaion des capialises (la par des profis non-invesie) ou une consommaion sociale (des coisaions ou des impôs finançan des presaions ou des dépenses sociales). En régime régulier le prélèvemen n a pas d effe sur la croissance mais il affece la producivié du ravail. Plus il es élevé plus l épargne invesie es faible e plus la producivié du ravail es elle-même faible pour un niveau donné du aux de croissance. Quand le prélèvemen es posiif le aux de profi es supérieur au

302 300 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno aux de croissance. Quand ce prélèvemen diminue le aux de profi diminue e converge vers le aux de croissance e la producivié du ravail augmene. La chue de la producivié du ravail es ici associée ceres à une baisse du aux d épargne mais aussi à son corollaire qui es la hausse des dépenses dies improducives c esà-dire qui ne concouren pas à consruire e uiliser une capacié producive. De deux économies ayan le même aux de croissance mais disinguées par des niveaux différens de aux de prélèvemen celle don la par des salaires es la plus faible (don la par des dépenses improducives es la plus élevée) es aussi celle don le aux de profi es le plus élevé (Hicks 1973). Une préférence accrue pour la liquidié des ménages comme des enreprises manifesaion comme lors de la crise en 2008 d une conraine de désendeemen inrodui une rupure de ce régime régulier. Ce choc condui à des desrucions ou à des diminuions de aux d uilisaion de la capacié de producion opéraionnelle mais aussi à un recul des dépenses de consrucion de nouvelles capaciés (i.e. des invesissemens producifs). Un choc d offre va de pair avec un choc de demande. En l absence d une inervenion discréionnaire du gouvernemen des flucuaions prennen place qui se raduisen par une diminuion du aux de croissance moyen (e une hausse du aux de chômage) (Amendola e Gaffard 1988). Prévenir ces flucuaions ou simplemen la sagnaion suppose de rouver les moyens de souenir l invesissemen (Amendola e Gaffard ). Une soluion réside dans une diminuion du prélèvemen qui doi permere de dégager des ressources pour invesir. Ce déplacemen de ressources peu enraîner une diminuion de la consommaion finale e donc de l offre courane dès lors que la possibilié d augmener l invesissemen (e la masse salariale correspondane) se heure au manque de confiance des enrepreneurs ou à un goulo d éranglemen du côé des ressources humaines disponibles avec pour aure conséquence une hausse des liquidiés oisives. Le aux de croissance peu durablemen diminuer e une sagnaion séculaire s insaller. À l opposé un accroissemen du prélèvemen es suscepible de souenir une demande courane défaillane mais en subsiuan la consommaion finale à l invesissemen enraînan une disorsion dans la srucure emporelle de la producion qui se propage dans le emps avec des effes incerains sur l emploi. Le rebond ulérieur

303 Le emps pour produire 301 de l acivié es d auan plus difficile ; des flucuaions erraiques peuven prendre place. Le scénario le plus favorable es manifesemen celui dans lequel la diminuion du prélèvemen (de la consommaion improducive) s accompagne effecivemen d une augmenaion de l invesissemen dans de nouvelles echnologies (i.e. des sommes consacrées à la consrucion d une capacié producive) qui inervien sous condiion de relâchemen de la conraine de ressources humaines. Dans ce cas de figure le aux de croissance es sabilisé e l augmenaion des salaires es suscepible de faire évoluer les préférences des agens économiques qui von demander non pas davanage les mêmes biens mais une gamme élargie de biens faisan ainsi droi à l innovaion (Amendola e Gaffard 1988). L allongemen de la durée e la hausse des coûs de consrucion des capaciés producives oues choses égales par ailleurs ne peuven que réduire pendan un emps la capacié de producion en éa d uilisaion. Un invesissemen global consan en coû débouche sur un invesissemen en capacié moindre. L invesissemen en capacié ne sera mainenu qu à la condiion de disposer de moyens de financemen accrus e pourvu que les ressources humaines requises soien égalemen disponibles. Le recul de l acivié du fai de l accumulaion de liquidiés oisives peu êre inerpréé comme le résula d une insuffisance de la demande globale auquel cas le seul problème à résoudre es un problème de communicaion enre les enreprises e les ménages impliquan de rendre cohérenes enre elles leurs anicipaions à cour erme. Il se peu en revanche que la réicence à invesir de la par des enreprises e la réicence à consommer de la par des ménages reflèen une révision à la baisse des anicipaions à long erme en fai une inceriude radicale quan à la naure de la demande fuure comme de l offre. Il n y a pas d aure soluion alors que de parvenir à souenir non pas une demande vis-à-vis de laquelle une capacié de producion serai disponible mais la consommaion finale en même emps que l invesissemen enendu comme la consrucion d une nouvelle capacié producive afin de rendre viable le senier suivi. C es en ce sens que la maîrise du emps es indispensable. La poliique économique doi êre conçue de elle manière qu elle puisse assurer une ceraine régularié dans la consiuion de la nouvelle capacié producive.

304 302 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno Le défi es d auan plus difficile à relever qu'au besoin de coordinaion iner-emporelle propre à chaque économie vien se greffer une exigence de coordinaion inernaionale dans un espace inégré qui plus es soumis aux conraines impliquées par une union monéaire. En bref s il y a un risque de sagnaion qualifiée de séculaire ce serai bien davanage en raison de défaillances de coordinaion qu en raison d un épuisemen des opporuniés d innovaion épuisemen annoncé par les uns (Gordon 2014) mais conesé par d aures (Brynjolfsson e McAfee 2014). Conjurer ce risque requier de lisser les flucuaions de manière à évier les effes d hysérèse préjudiciables à la croissance en souenan l invesissemen producif. 4. De l influence de la dépense publique L effe d hysérèse affece naurellemen ce que l on peu aendre de la dépense publique. La proposiion es avancée que son exisence jusifie de limier le ralenissemen de l acivié en augmenan les dépenses publiques e ce d auan plus que les aux d inérê éan bas e le poids de la dee rédui ces dépenses seraien auofinancées (DeLong e Summers 2012 ; Inernaional Moneary und 2014). Cee analyse repose ouefois sur deux condiions liées : qu il exise des capaciés de producion inemployées qui permeen de répondre insananémen au supplémen de demande publique ; que la desrucion de capial humain e de capial physique n ai pas éé rop imporane auremen di que la durée du ralenissemen n ai pas éé rop longue. Or il n es pas sûr que ces condiions soien réunies noammen si le rebond de la croissance es aendu d invesissemens dans de nouvelles aciviés pour lesquelles les ressources producives ne son pas encore disponibles ou si l organisaion des pouvoirs publics condui à privilégier des dépenses publiques improducives. Dans les ermes de l analyse reenue le prélèvemen peu êre assimilé à l impô qui ser à financer la dépense publique. Le budge du gouvernemen ainsi inrodui es équilibré. La dépense publique y es conçue comme une pure dépense de consommaion. Si el es bien le cas la hausse de la dépense publique équilibrée par la hausse des impôs aura l effe décri plus hau de créer des disor-

305 Le emps pour produire 303 sions préjudiciables à la croissance. Cependan une fracion de la dépense publique les invesissemens en infrasrucures mais aussi les invesissemens dans le domaine de la recherche de l éducaion ou de la sané ou les subvenions à l invesissemen privé es une conribuion à l accumulaion de capial producif. Elle ne peu donc pas êre assimilée au prélèvemen dans la définiion qui en es ici donnée e le cas échéan s y subsiuer. Augmener cee fracion a le mérie de souenir la consommaion (par le versemen de salaires aux ravailleurs engagés dans la consrucion des nouvelles capaciés) en même emps que l invesissemen en an que consrucion de capacié. Par ailleurs la possibilié pour le gouvernemen d empruner à un coû faible voire nul dans un conexe où il exise des liquidiés oisives crée l opporunié de réaliser ces invesissemens sans qu il soi nécessaire de réduire la dépense publique non-producive. Les condiions d un rebond durable de la croissance peuven êre réunies. Il rese que la durée de gesaion de ces invesissemens publics en capial fixe comme en capial humain es vraisemblablemen plus longue que celle des invesissemens privés pariculièremen dans une période où les invesisseurs privés son réicens à s engager à long erme. 5. Conclusion Au regard de la naure e de l impac des disorsions de capacié sur le niveau e le profil de la croissance il es difficile de s en enir à une approche puremen globale signifian de fixer les objecifs e moyens de la poliique économique en se rapporan soi à l insuffisance de la demande globale soi au défau de compéiivié e de profiabilié. Quand le problème es de naure srucurelle e il l es généralemen l effe des poliiques économiques es luimême de naure srucurelle y compris lorsqu il s agi de poliiques globales monéaires ou budgéaires. Elles doiven êre jugées à l aune de leur efficacié à réablir un profil emporel cohéren de la capacié producive impliquan de rendre cohérenes enre elles e au cours du emps l offre e la demande. L objecif souven avancé d invesir dans les nouvelles echnologies noammen dans les echnologies poreuses de la ransiion énergéique pour assurer la reprise de la croissance s inscri claire-

306 304 Jean-Luc Gaffard e rancesco Saraceno men dans cee problémaique. Il es plus coûeux d inroduire ces nouvelles echnologies que de reproduire les anciennes ou de simplemen les amender. Le emps de leur consrucion (d apprenissage) es égalemen plus long. En oure un emps d apprenissage (d adapaion aux nouvelles echnologies mais aussi de co-producion) des cliens es nécessaire. La quesion es donc bien d ariculer offre e demande dans le emps e de concilier le souien à la consommaion courane avec le souien à l invesissemen (à la consrucion de capacié). Il es décisif que les invesissemens innovans puissen êre financés que les ressources humaines requises soien consiuées e qu il exise un noyau cenral de consommaeurs suffisammen grand pour souenir la demande de nouveaux biens e services. Références Amendola M. e J.-L. Gaffard 1988 The Innovaive Choice Oxford: Basil Blackwell. Amendola M. e J.-L. Gaffard 2008 «Sequenial Analysis and Ou-of-Equilibrium Pahs» in Markes Money and Capial Hicksian Economics for he Tweny-irs Cenury Cambridge: Cambridge Universiy Press. Blanchard O. e D. Leigh 2013 «Growh orecas Errors and iscal Mulipliers» IM Working Paper 13/1. Blanchard O. J. e L. H. Summers 1986 «Hyseresis and he European Unemploymen Problem» NBER Macroeconomics Annual 1 : Blanchard O. J. e L. H. Summers 1987 «iscal Increasing Reurns Hyseresis and Real Wages» European Economic Review 31(3) : Blo C. Cochard M. Creel J. Ducoudré B. Schweisguh D. e X. Timbeau 2014 «iscal consolidaion in imes of crisis : is he sooner really he beer?» Revue de l OCE 132. Brynjolfsson E. e A. McAfee 2014 The Second Machine Age: work progress in a ime of brillian echnologies New York: Noron and Cie. Creel J. Heyer E. e M. Plane 2011 «Pei précis de poliique budgéaire par ous les emps» Revue de l OCE Delong J. B. e L. Summers 2012 «iscal Policy in a Depressed Economy» Brookings Papers on Economic Aciviy. ernald J «Produciviy and Poenial Oupu Before During and Afer he Grea Recession» NBER Working Paper Series No Gordon R. J «The Turle s Progress: Secular Sagnaion Mees he Headwinds» in C. Teulings e R. Baldwin: Secular Sagnaion: acs Causes and Cures A VoxEU.org Book CEPR Press.

307 Le emps pour produire 305 Hicks J. R A Conribuion o he Theory of Trade Cycle Oxford : Clarendon Press. Hicks J. R Capial and Time Oxford: Clarendon Press. Hicks J. R The Crisis in Keynesian Economics Oxford : Blackwell. Traducion française (1975) : La crise de la pensée keynésienne Paris : ayard. Inernaional Moneary und 2014 World Economic Oulook Legacies Clouds Uncerainies Auomne. Reifschneider D. Wascher W. e D. Wilcox 2013 «Aggregae Supply in he Unied Saes : Developmens and Implicaions for he Moneary Policy» Inernaional Moneary und 14h Jacques Polak Annual Research Conference. Summers L. H «Reflecions on he New Secular Sagnaion Hypohesis» in C. Teulings e R. Baldwin: Secular Sagnaion: acs Causes and Cures A VoxEU.org Book CEPR Press.

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309 STAGNATION SÉCULAIRE ET ACCUMULATION DE CAPITAL 1 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé OCE Sciences Po La crise économique e financière de 2008 a provoqué une crise profonde caracérisée par une croissance poenielle affaiblie e une persisance de l oupu gap. Dans ce aricle nous proposons un modèle qui explique la crise e sa persisance par le passage d un équilibre de plein emploi à un équilibre de sousemploi. Dans ce dernier le aux d inérê réel d équilibre es négaif e l économie es en déflaion. La poliique monéaire visan à conrôler l inflaion devien alors inacive en raison d une conraine de non négaivié du aux direceur (zero lower bound). Ce équilibre de sagnaion séculaire es obenu en inroduisan dans le cadre d un modèle à généraions imbriquées deux imperfecions de marché : un raionnemen du crédi e une rigidié nominale des salaires. Pour sorir de la rappe à sagnaion séculaire nous éudions l impac de différenes poliiques économiques. Un accroissemen de la cible d inflaion (assouplissemen de la poliique monéaire) es efficace si la banque cenrale es suffisammen crédible. Des poliiques srucurelles elles qu un accroissemen de la producivié ou une réducion des rigidiés on des effes déflaionises conreproducifs. Enfin une poliique budgéaire redisribuive en souenan la demande globale peu aider l économie à sorir de la sagnaion séculaire. Touefois une elle poliique se fai aux prix d un affaiblissemen du poeniel de plein emploi en raison d une moindre inciaion à accumuler du capial. Mos clés : sagnaion séculaire accumulaion de capial zero lower bound. 1. Nous enons à remercier ou pariculièremen Xavier Rago e Jérôme Creel pour leurs échanges e commenaires qui on permis d améliorer une version préliminaire de l aricle. Revue de l OCE 142 (2015)

310 308 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé La crise économique e financière de 2008 a provoqué une sévère récession qui se caracérise par une reprise anormalemen lene (Summers 2013 e 2014 ; Dupra 2015 ; Rawdanowicz e al. 2015). Les inerrogaions sur les causes de cee reprise insuffisane son de deux naures. D abord la croissance poenielle aurai éé affaiblie raduisan une insuffisance de l offre. Ensuie l oupu gap serai anormalemen persisan comme l illusre le graphique 1a c es-à-dire que les économies auraien des difficulés à absorber des déficis de demande. Graphique 1. L hypohèse de sagnaion séculaire : persisance de l oupu gap avec rappe à liquidiés a) Oupu gap (% du poeniel) b) Taux direceur de la Banque cenrale (%) Éas-Unis Zone euro Zone euro Éas-Unis Sources : OCDE e banques cenrales. L affaiblissemen de la croissance poenielle pourrai résuler d une insuffisance des faceurs radiionnels (faibles gains en producivié hausse des inégaliés sociales vieillissemen de la populaion acive globalisaion rareé des maières premières ec.) ainsi que d effes d hysérèse : la crise aurai «abimé» de façon durable la croissance poenielle (desrucion de capial producif dépréciaion du capial humain des chômeurs). Quan à la persisance de l oupu gap elle révèlerai une incapacié à faire converger l économie vers le plein emploi ou ou au moins vers le aux de chômage fricionnel d où l hypohèse d une sagnaion suffisammen durable pour êre déclarée «séculaire». L hypohèse de sagnaion séculaire a éé pour la première fois envisagée en 1938 dans un discours de Hansen qu il publiera en 1939 dans un aricle iniulé «Economic Progress and Declining Populaion Growh». Ce dernier s inquièe alors d un invesisse-

311 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 309 men insuffisan aux Éas-Unis e d un déclin de la populaion après une longue e fore période d expansion économique e démographique. L hypohèse de sagnaion séculaire s inerprèe comme une abondance d épargne enraînan le aux d inérê réel «naurel» (celui compaible avec le plein emploi) en dessous de zéro. Or si le aux d inérê réel rese durablemen au-dessus du aux naurel il en résule un défici chronique de demande globale mais aussi d invesissemen avec ainsi un poeniel de croissance déprécié. Pour conrer une elle configuraion les auoriés monéaires on donc choisi dès le débu de la crise aux Éas-Unis avec plus de reard en Europe une poliique accomodane avec baisse du aux direceur (cf. graphique 1b). En effe une elle poliique es censée réduire les aux d inérê nominaux e donc souenir l acivié économique avec aussi une relance de l inflaion ce qui dans ous les cas rédui le aux d inérê réel puisque rappelons le il es égal au aux nominal moins l inflaion. Mais en aeignan la borne à zéro ou proche du aux d inérê direceur nominal la poliique monéaire convenionnelle aein sa limie d acion 2. De fai les banques cenrales ne peuven forcer les aux d inérê à êre rès négaifs sinon les agens privés auraien ou inérê à conserver leur épargne en billes de banque. Dès lors la rès faible inflaion observée voire la déflaion crédibilise d auan plus l hypohèse d une sagnaion séculaire. E si el es le cas des poliiques alernaives à la poliique monéaire convenionnelle son donc requises pour en sorir. Mais lesquelles? Les enjeux pour l analyse économique son muliples. Si les modèles pos-keynésiens vedees des années 1960 e 1970 on éé incapables d inégrer les épisodes sagflaionises pos-crise pérolière il semble que la césure opérée à parir des années 1980 par la nouvelle macroéconomie des anicipaions raionnelles e microéconomiquemen fondée a aussi laissé de nombreux espoirs déçus en ermes de prédicabilié e d analyse des crises (Mankiw 2006 ; Woodford 2009). En pariculier l approche sandard des flucuaions économiques s inéresse quasi-exclusivemen à la dynamique locale auour d un équilibre de long erme considéré comme unique e sable. Or la crise a remis sur le devan les approches 2. On noera ouefois qu en Suède la Riskbank es la première banque cenrale au monde à avoir fixé son principal aux direceur (repo) à un niveau négaif e ce depuis le 18 février 2015.

312 310 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé basées sur l exisence d équilibres muliples. Dans ce ype de modèle la crise es alors consiuée par le passage d un équilibre de plein emploi à un équilibre nooiremen inefficace qui se radui par un niveau de producion durablemen déprécié une inflaion faible e un chômage élevé. La longue sagnaion née de la crise reme ainsi en avan une macroéconomie fondée sur de nombreuses imperfecions de marché pour donner des fondemens aux déséquilibres macroéconomiques (Benassy 2003) ainsi que le besoin de comprendre les mécanismes sous-jacens à la macrodynamique globale pour dépasser les approches puremen locales. Ce changemen de perspecive es d auan plus imporan que les préconisaions de poliique économique peuven en êre affecées comme nous le monrons dans ce aricle. Le modèle développé par Eggersson e Mehrora (2014) paricipe à ce renouvellemen pour comprendre la muliplicié des équilibres e la persisence des crises. Oure l équilibre de plein emploi ils meen en évidence un équilibre di de sagnaion séculaire caracérisé par un oupu gap persisan e par de la déflaion. Cee dernière en ineragissan avec la rigidié nominale des salaires explique pourquoi il n y a pas de force de rappel vers l équilibre de plein emploi. Pour obenir ce résula dans un cadre dynamique ils uilisen un modèle à généraions imbriquées (Samuelson 1958 ; Diamond 1965 ; Galor 1992). Dans cee économie les ménages viven rois périodes consommen épargnen e paricipen à la producion d un bien de consommaion e d invesissemen. Ce cadre héorique perme de s éloigner de l hypohèse d agen représenaif. Cee approche perme aussi de dépasser le modèle d Eggersson e Krugman (2012) avec agens à horizon de vie infini qui n es pas en mesure d expliquer la persisance de la crise. Eggersson e Mehrora (2014) monren alors commen la prise en compe d agens posiionnés différemmen sur leur cycle de vie perme d obenir un équilibre saionnaire donc persisan de ype sagnaion séculaire. Ce aricle s inscri dans la droie lignée d Eggersson e Mehrora (2014). Nore approche se disingue de leur modèle par le fai que le capial producif a besoin d êre accumulé précédemmen avan d avoir un usage producif. Pour ce faire les individus doiven empruner pour acquérir du capial quand ils son jeunes capial qui deviendra producif uniquemen la période suivane.

313 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 311 Cee façon de modéliser l accumulaion de capial s inscri dans le cadre sandard des modèles de croissance. Nous pouvons alors éudier la dynamique globale d une économie caracérisée par une variable prédéerminée le capial e une variable libre l inflaion. Ce cadre héorique nous perme de caracériser les dynamiques ransioires e de ne pas se limier à l éude des seuls éas saionnaires comme le fon Eggersson e Mehrora (2014). L aricle es composé de quare paries. La première parie présene un modèle à généraions imbriquées de référence. Ce modèle sandard me au coeur du processus de croissance économique l accumulaion du capial producif. Il me égalemen en exergue l imporance de la producivié des faceurs de producion. Dans une elle configuraion les soluions pour sorir de la crise apparaissen clairemen : invesir pour accroîre la producivié e rerouver le niveau de croissance poeniel aendu avan la crise. La seconde parie s inéresse à la sphère monéaire e financière. Nous inroduisons une première imperfecion celle du marché du crédi avec un raionnemen sur le capial à rembourser. Cee dernière condui à un aux d inérê d équilibre inférieur à la producivié du capial. Le second vole concerne la poliique monéaire. Nous supposons que la banque cenrale mène une poliique monéaire visan à conrôler l inflaion grâce à la fixaion d un aux d inérê direceur nominal via une règle de Taylor sachan que le aux nominal ne peu pas êre négaif. Dans ce cadre nous monrons que le ciblage de l inflaion à l aide de la règle de Taylor mène génériquemen à deux équilibres : un localemen déerminé où la cible es aeine lorsque la règle de Taylor es acive un localemen indéerminé où l inflaion es plus faible que la cible e même possiblemen négaive lorsque la règle de Taylor es inacive c es-à-dire que le aux nominal es nul. Dans la lignée de Benhabib e al. (2001) un el résula suggère que bien que localemen déerminé l équilibre avec poliique monéaire acive n es pas globalemen déerminé e donc que la règle de Taylor compore un risque d insabilié monéaire pouvan mener vers une rappe à liquidiés. Néanmoins les deux équilibres mis en évidence dans cee parie éan caracérisés par le plein emploi on ne peu pas parler de sagnaion séculaire. La roisième parie inrodui une seconde imperfecion qui frappe le marché du ravail. Nous supposons une rigidié nominale qui se radui par l appariion de

314 312 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé chômage en siuaion de déflaion. Cee deuxième imperfecion conjuguée à la première es un faceur favorable pour faire apparaîre un équilibre de sagnaion séculaire qui sera localemen déerminé mais pas nécessairemen globalemen déerminé s il y a muliplicié d équilibres. La quarième parie discue des enjeux de poliiques économiques (monéaire srucurelle e budgéaire) pour sorir de la rappe à sagnaion séculaire. Sans enrer dans les déails nous monrons qu un accroissemen de la cible d inflaion peu êre uile mais uniquemen si la banque cenrale es suffisammen crédible que l accroissemen de la producivié ou la réducion des rigidiés peuven êre conreproducifs conrairemen à ce que suggère l approche sandard developpée dans la première parie e qu enfin oue réducion de l épargne dans l économie via par exemple une poliique redisribuive (des riches vers les pauvres) peu aider l économie à sorir de la sagnaion séculaire. La dernière parie conclu. 1. Croissance néoclassique : un modèle de référence 1.1. Les hypohèses de base Dans la lignée de Samuelson (1958) e Diamond (1965) on suppose que les individus viven rois périodes : ils son successivemen jeunes acifs puis reraiés. Le nombre de jeunes dans l économie à la dae es égal à N e évolue selon l équaion : ( 1 n) N 1 N = +. (1) Duran la première période les individus emprunen pour invesir dans du capial. Nous supposons pour cela que le emps ransforme de manière irréversible (1 pour 1) le bien (choisi comme numéraire) acheé en première période de vie en bien capial. On noera ce invesissemen sous forme de bien I -1. On peu penser par exemple à du capial humain mais pour simplifier on suppose que capial physique e humain son parfaiemen subsiuables. Une période plus ard le capial invesi es vendu aux enreprises pour le prix p k e el que k I -1. En praique ou se passe comme s il y avai deux foncions de producion. Une foncion déenue par les jeunes qui ransforme le bien en capial. Une foncion déenue par les enreprises qui ransforme le capial en bien.

315 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 313 Quand ils son acifs ils offren de manière inélasique une quanié de ravail l que l on normalise à l unié l =1 e ravaillen pour un aux de salaire réel w. Ils consommen c e 1 épargnen de sore à dégager un acif ne égal à a ils remboursen égalemen leurs empruns augmenés du faceur d inérê (noé R ). En dernière période de vie ils consommen une quanié de bien égale à d +1. Si l on suppose que chaque individu ravaille une durée idenique effecive l l leurs conraines budgéaires s exprimen ainsi : 1 a 1 = I 1 1 k 1 c + a = wl + p k + R a 1 (2) 1 d + 1 = R+ 1a où es l acif ne à la dae j d un individu né à la dae i. a i j On remarquera que pour une pure quesion de simplicié analyique nous avons supposé comme il es souven d usage dans ce ype de liéraure que les individus ne consommen pas en première période de vie (voir par exemple Boldrin e Mones 2005 e Docquier e al. 2007). Par ailleurs on a supposé qu il n y a pas d alruisme e ainsi les individus naissan avec un acif nul. Nous supposons que l uilié reirée de la consommaion es de forme logarihmique. Les préférences d un individu né en période 1 son alors représenées par la foncion d uilié suivane : U c 1 = log + log + 1 où β es le faceur d escompe qui caracérise l impaience. On monre facilemen que les condiions d opimalié du consommaeur obenues par maximisaion de l uilié (3) sous les conraines budgéaires (2) conduisen à l accumulaion suivane de parimoine : ( ) 1 k 1 a = s wl + p k + R a 1 (4) β où s = es le aux d épargne. 1+ β Côé offre nous supposons que le bien es produi dans un seceur concurreniel caracérisé par une echnologie Cobb- Douglas à rendemen consan don les faceurs son le capial e le ravail el que Y α ( ) 1 α = AK N l avec α < 1 e où A représene la producivié globale des faceurs (PG). La maximisaion du profi des enreprises es alors caracérisée par : β d (3)

316 314 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé e où K k = N α α ( 1 α ) k l l 1 w = A p k α 1 1 α = Aαk l es aussi le niveau de capial par ravailleur. (5) (6) 1.2. L équilibre walrasien À l équilibre walrasien ous les prix son considérés flexibles el qu au final ous les marchés de l économie son à l équilibre. Sous l hypohèse de flexibilié des prix on a ainsi l équilibre du marché du ravail déerminé par = 1 (7) l équilibre du marché du capial k = I 1 e l équilibre du marché du crédi N l 1 I 1 = 2 2a 1 (8). (9) Par ailleurs lorsqu on regarde les conraines budgéaires on k voi immédiaemen que si p > R alors I 1. À l inverse si k p < R alors I 1 = 0. Tou équilibre s enendra donc nécessairemen avec la condiion de non-arbirage p = R k. Dans une elle configuraion walrasienne l offre de bien normalisée par ravailleur es déerminée de manière évidene par l équaion : s α y = Ak. (10) Côé demande on vérifie immédiaemen par la consance des rendemens d échelle que cee dernière normalisée par ravailleur correspond à l équilibre d Y k α y = = wl + p k. N On en dédui donc à parir de l équaion (4) que la demande de bien (normalisée) à la dae s écri comme d = y a + R a 1. s En inégran alors les équilibres de marché (7)-(9) la condiion k de non-arbirage p = R ainsi que la dynamique de la populaion (1) on obien alors l équaion de demande globale suivane : N

317 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 315 L équilibre offre demande de bien dynamique du modèle comme sui soi encore : d 1 + n y = k +1 + αak s α ( 1 + n) α k αak Ak = +1 + s k s 1 + n + 1 = 1 (11) déermine alors la. (12) On en dédui un unique niveau de capial saionnaire par individu s 1 α A k = 1 + n pour ou k 0 > 0 (cf. graphique 2) soi un aux d inérê d équilibre égal à : α 1 + n R eq =. (13) 1 α s Ce dernier croî donc avec l imporance du capial dans la producion α qui va caracériser la demande de capial décroî avec le faceur d escompe β qui caracérise le niveau d épargne individuel s e croî avec la aux de croissane de la populaion n car il déermine un raio enre les épargnans e les ravailleurs de la période suivane. Noons enfin que dans une elle économie la règle d or s exprime comme R = 1 + n. Ce modèle sandard me au coeur du processus de croissance économique l accumulaion du capial producif : la par non consommée du revenu d aujourd hui es invesie dans le capial producif de demain (Solow 1956). Il me égalemen en exergue l imporance de la producivié des faceurs de producion. Dès lors si l on adme que la crise économique a pu déériorer durablemen cee producivié oure la pere immédiae de produi bien sûr iniiée le graphique 2 nous monre égalemen le déclin engendré de l invesissemen e du capial accumulé. Dans une elle configuraion une soluion pour sorir de la crise apparaî clairemen : invesir pour accroîre la producivié e rerouver le niveau de croissance poeniel aendu avan la crise. Sans renrer dans les déails on pensera alors à oue poliique favorisan les invesissemens en R&D (Aghion e Howi 1998) ou en capial s α y = y α ( α ) Ak 1 ( ) 1 α d

318 316 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé humain (éducaion formaion apprenissage ; Lucas 1988 ; Cohen e Soo 2007). On pensera égalemen aux invesissemens en capial public e infrasrucures (Barro 1990 ; Arslanalp e al. 2010). Néanmoins on poine souven du doig l insabilié financière comme source première de la crise économique de 2008 la pere de producivié n en éan qu une des conséquences. Nous éudions alors dans la secion suivane le rôle de l imperfecion des marchés financiers ainsi que la poliique monéaire. Graphique 2. Dynamique e impac d une baisse de la producivié globale des faceurs dans le modèle sandard k 1 A 0 0 k * 2. Sphère monéaire e financière : imperfecion du marché du crédi e poliique de la banque cenrale 2.1. Le raionnemen du crédi Une hypohèse souven privilégiée pour expliquer la crise économique e financière de 2008 es celle d une imperfecion des marchés financiers e en pariculier un surendeemen des ménages qui s es radui au final duran la crise par un raionnemen du crédi à ces même ménages. Pour raduire une elle hypohèse e éudier sa capacié à expliquer la crise dans le cadre d un modèle de croissance néoclassique sandard supposons à la suie par exemple d Aiyagari (1994) Krugman e Eggersson (2012)

319 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 317 ou encore Eggersson e Mehrora (2014) que le marché du crédi es raionné el que 3 : 1 D a 1. R Une elle conraine ne se focalise pas sur la quanié emprunable mais sur la capacié qu auron les ménages la période suivane à rembourser leurs empruns c es-à-dire à rembourser le capial empruné augmené des inérês. Si cee conraine mord k (on supposera bien sûr pour cela que p > R ) on a alors D I 1 = R e la demande se réécri de la façon suivane : y 1 + n D = s R d + +1 D. (14) À une normalisaion près (le aux d inérê) on noera que l on rerouve exacemen la demande elle qu exprimée dans Eggersson e Mehrora (2014). Par conre l offre es déerminée par : α s D y = A. (15) R Comme à l équilibre du marché du capial k = I -1 (équaion 8) la demande e l offre de bien s exprimen respecivemen comme d 1 + n s α y = k+1 + D e y = Ak s où k es prédéerminé en. La dynamique d équilibre s exprime alors par : s α k+ 1 = ( Ak D). (16) 1 + n Graphiquemen il es aisé de monrer que si D es suffisammen faible il exise un unique éa saionnaire sable k* pour ou k > k > 0 (cf. graphique 3). 0 ins Dans cee configuraion avec raionnemen du crédi oues les conclusions que l on a obenues précédemmen à la suie d un choc négaif de producivié (baisse de A) son mainenues. Non 3. Les héories microéconomiquemen fondées du raionnemen du crédi reposen en grande majorié sur l inobservabilié soi de l effor fourni par les individus (hasard moral) soi de leurs capaciés (ani-sélecion) (cf. Sigliz e Weiss 1981 ; Aghion e Bolon 1997 ; Pikey 1997). Elles on oues en commun d expliquer qu un collaéral plus élevé perme d empruner davanage.

320 318 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé seulemen c es un choc d offre négaif immédia mais ce choc rédui égalemen les inciaions à l invesissemen privé qui es un des moeurs cruciaux de la croissance économique. Que se passe--il s il y a resserremen de la conraine d endeemen? Paradoxalemen on observe que le sock de capial saionnaire sable es décroissan avec la conraine d endeemen : dk < 0. dd Ce résula provien du fai que l offre d épargne n es pas élasique au faceur d inérê andis que la valeur présene de la conraine d endeemen (demande de crédi) a une élasicié égale à 1 par rappor au aux d inérê. Augmener D implique de façon auomaique une augmenaion de la demande de crédi qui ne peu êre ajusée que par une hausse du aux d inérê. Par voie de conséquence les ménages se rouven plus endeés ce qui rédui leur capacié d épargne fuure e donc l accumulaion d épargne. Comme k = on en dédui égalemen qu à l éa saionnaire dreq dd >. Req D Enfin on peu monrer que si alors à l éa saionnaire on a R eq < 1 c es-à-dire que le aux d inérê d équilibre (r eq = R eq 1) devien négaif ce qui peu êre problémaique pour la poliique monéaire comme souligné en inroducion. En effe selon l équaion de isher on sai que R = 1 + i Π où i es le aux d inérê nominal e Π le faceur d inflaion. Or si l on adme que le niveau d inflaion es fixé à son niveau cible par les auoriés monéaires à l aide enre aure de la fixaion du aux d inérê nominal on voi qu un aux d inérê réel négaif peu D R eq 1 1 α A D < 1 + n 1 + s

321 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 319 êre associé à un aux d inérê nominal lui-même négaif ce qui apparaî peu probable (cf. inroducion). À la suie d une surabondance d épargne dans l économie la poliique monéaire peu êre menée vers sa limie à zéro e induire ainsi un équilibre de sousemploi de ype sagnaion séculaire. C es ce que nous allons éudier dans le poin suivan. Graphique 3. Dynamique e équilibre avec raionnemen du crédi k 1 R d y s y D 0 D 0 0 k ins k* k * y 1 1 D n 2.2. Banque cenrale : règle de Taylor e cible d inflaion Nous supposons que les auoriés monéaires souhaien conrôler le aux d inflaion. En suivan Eggersson e Mehrora (2014) nous exprimons la règle de Taylor de la façon suivane : φ ( ) (17) Π π 1+ i = max 1 1+ i Π où Π es le faceur d'inflaion observée Π 1 es l inflaion souhaiée par les auoriés monéaires e φ π > 1 un paramère caracérisan l aversion du banquier cenral à l inflaion. Lorsque ( ) π Π 1+ i = 1+ i Π la règle de Taylor es opérane e en ce sens on peu dire que la poliique monéaire es acive. Par conre lorsque i = 0 la banque cenrale es conraine par la borne à zéro du aux nominal. Dans ce cas on dira que la poliique monéaire es inacive. Suivan l équaion (17) on peu ainsi mere en évidence un niveau φ

322 320 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé ( ) 1 π d inflaion Π φ coude = Π 1+ i el que i 0 Π Π coude. De plus pour que la cible d inflaion soi aeine dans le régime non conrain on aura : 1+ i = ReqΠ. Une elle règle de Taylor signifie que la banque cenrale ne poursui qu un seul objecif : une cible d inflaion Π*. Suivan l équaion de isher on a égalemen : P 1+ i R+ 1 = ( 1+ i ) =. (18) P + 1 Π + 1 En combinan les équaions (17) e (18) on obien : φ 1 + i Π π φ R Π Π + 1 = π Π + 1 si Π Π coude sinon. (19) Sachan que D k + 1 = R+ 1 l inégraion de la dynamique du modèle éablie sous forme de capial (16) dans l équaion (19) nous perme de réécrire : ( 1 + i ) φ Π π α s Ak D si Π Π coude Π + Π + 1 n D 1 = α s Ak D sinon 1 + n D ou encore 1 φ Π π φ + Π n D π 1 1 = si Π Π ΔΠ + + s α coude 1 = 0 1 i Ak D α s Ak D Π = sinon. 1 + n D (20) Quand la poliique monéaire es acive ( Π Π coude ) la sabilisaion de l inflaion requier donc un niveau d inflaion d auan plus faible que le niveau de capial es élevé. Quand la poliique monéaire es inacive ( Π < Π coude ) cee relaion es alors inversée. Dans le plan des phases (kπ) comme représené sur le graphique 4 on observe immédiaemen que le ciblage de l inflaion à l aide de la règle de Taylor (17) mène génériquemen à deux équilibres : un où la cible es aeine lorsque la poliique moné-

323 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 321 aire es acive ; un où l inflaion es plus faible que la cible e même possiblemen négaive lorsque la poliique monéaire es inacive Π ind < Π. On monre alors que seul l équilibre acif ( k ) Π es localemen déerminé le second équilibre ( k ) Π ind éan localemen indéerminé 4. Pouran d un poin de vue plus global le plan de phases nous indique qu il exise une infinié de rajecoires d équilibre iniialemen rès proches de l équilibre acif qui von converger vers l équilibre caracérisé par la borne à zéro du aux d inérê nominal e une possible déflaion. De ce poin de vue dans la lignée de Benhabib e al. (2001) on peu considérer que la règle de Taylor compore un risque de désabilisaion alors même que son ambiion première es la sabilisaion. Graphique 4. Dynamique e déerminaion des équilibres avec la règle de Taylor 0 k 0 * coude ind k ins * k k Néanmoins même si l on accrédie l idée qu en période de désabilisaions l économie peu converger vers un équilibre poeniellemen déflaionnise l inroducion d un ciblage de l inflaion via une règle de Taylor ne perme pas à elle seule de caracériser de manière saisfaisane un équilibre de sagnaion 4. On vérifie bien en Annexe que l équilibre normal es associé localemen à une valeur propre supérieure à l unié e une valeur propre inférieure alors que le second équilibre es associé à deux valeurs propres inférieures à l unié.

324 322 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé séculaire. En effe la déerminaion de l équilibre réel es indépendane de la composane nominale puisque ce dernier es déerminé par l équaion d accumulaion du capial (16) dans laquelle ne figure pas le niveau d inflaion. À l équilibre l économie es donc oujours en siuaion de plein emploi quel que soi le niveau d inflaion. Dans cee configuraion une réducion de D mène oujours à un accroissemen de l acivié économique via une augmenaion de l épargne des ménages acifs ce qui favorise l accumulaion du capial physique comme synhéisé sur le graphique 3. C es pourquoi nous envisageons dans la secion suivane l inroducion de rigidiés sur le marché du ravail. 3. Rigidiés salariales déflaion e risque de sagnaion séculaire 3.1. Marché du ravail : négociaions salariales e rigidié nominale Chaque généraion de ravailleurs négocie un conra de ravail. Nous supposons qu à chaque débu de période s engage une négociaion salariale qui permera de définir le profil des salaires nominaux sur l ensemble de la période d acivié. Pour simplifier nous définissons W (0) e W (1) comme éan les niveaux de salaires nominaux respecivemen au débu e à la fin de la période. En supposan l exisence d une aversion à la baisse du salaire nominal duran la période le salaire en fin de période es déerminé suivan : W () 1 = max( W ~ W ) α où W = A( 1 α ) P k es le salaire de plein emploi e ~ W = γw () 0 + ( 1 γ ) W γ ( 01) caracérisan l aversion à la baisse du salaire nominal ou encore le degré de rigidié à la baisse des salaires nominaux. Si l on suppose que la négociaion salariale aboui à la fixaion d un niveau de pouvoir d acha du salaire consan sur la période W ( 0) W () 1 w = = P 1 P on obien alors : α ( 1 γ ) A( 1 α ) k w = max w (21) γ 1 Π

325 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 323 où w es le niveau de salaire réel de plein emploi. On observe immédiaemen que dans cee configuraion si l économie es en déflaion alors le niveau de salaire réel négocié va êre supérieur à son niveau de plein emploi : α ( 1 γ )( 1 α ) k w = ( 1 α ) k α γ 1 Π si Π 1. En effe en cas de déflaion le mainien à la fois du pouvoir d acha e du plein emploi signifie une baisse du salaire nominal. Si cee baisse es réduie e ce d auan plus que l aversion à la baisse nominale du salaire es fore alors le pouvoir d acha réclamé es plus for que celui qui permerai le plein emploi. Dans ce cas à l aide des équaions (5) e (21) on obien : l 1 α γ 1 = Π 1 γ 1 si Π 1. (22) On observe alors que la sous-uilisaion du faceur ravail es d auan plus imporane que la déflaion es fore L équilibre de sagnaion séculaire La rigidié nominale des salaires conjuguée à une conraine de posiivié du aux d inérê direceur nominal es un élémen déerminan pour faire apparaîre une siuaion de sagnaion séculaire. Le Lemme suivan donne la condiion nécessaire e suffisane d exisence d un el équilibre (déséquilibre au sens walrasien). Lemme 1 es une condiion nécessaire e suffisane pour qu un équilibre de sagnaion séculaire localemen déerminé exise. Si 1 R eq < Π coude > Π Π alors l équilibre de sagnaion séculaire es l unique équilibre de l économie e il es globalemen déerminé. 1 1 α A R eq < 1 condiion vérifiée si D < 1+ n 1+ s

326 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé 324 La démonsraion de ce lemme es évidene. En effe quand R eq < 1 es nécessairemen supérieur à l unié. Dans ce cas les demande e offre de bien s exprimen respecivemen comme sui : e Graphique 5. Dynamique de l équilibre de sagnaion séculaire unique (Π coude > Π*) k coude 1 ss 0 k 0 k pe k ss s y d y y pe y ss * π φ π φ = eq coude R Π Π Π + + Π Π + Π Π + + sinon 1 si 1 1 = 1 D D s n D i D s n y coude d π φ π φ ( ) ( ) Π Π Π Π Π Π Π Π Π + 1 si si si 1 = 1 1 α α α α α π φ π φ γ γ D A D A i D A y coude coude s

327 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 325 Dès lors on peu monrer que la condiion s A D < 1+ n 1+ s d ( ) ( ) es équivalene à y Π = 1 > y Π = 1. Or on peu monrer égalemen qu on a oujours y ( Π = γ ) > y ( Π = γ ) = 0. Les deux courbes d s éan monoones croissanes de Π 1 si l on adme pour simplifier s que la courbe y ( Π 1) n a au maximum qu un seul poin s d d inflexion alors l équaion y ( Π 1) > y ( Π 1) n a qu une racine. On monre alors (voir en Annexe) que l équilibre de sagnaion séculaire es bien associé localemen à une valeur propre inférieure à l unié e une aure supérieure. Ce dernier es donc bien localemen déerminé. d Par ailleurs sachan que y Π = y Π si e seulemen si Π Π coude si Π < Π coude il ne peu pas y avoir d aures équilibres que l équilibre de sagnaion séculaire (cf. graphique 5). L éude de la dynamique globale à l aide du plan des phases éend la conclusion de déerminaion de l équilibre au niveau global. En effe à l aide des équaions (14) e (22) on peu monrer que la dynamique d accumulaion du capial quand Π 1 devien : 1 α γ α 1 s Π α k + 1 = A k (23) D 1+ n 1 γ Si l équilibre de sagnaion séculaire exise il es possible de définir la relaion Δk = 0 qui exprime des niveaux saionnaires d accumulaion de capial pour un niveau d inflaion Π donné comme une foncion Γ( kπ) = 0 elle que : dπ Γk ( k Π) = 0 dk ΓΠ ( k où k* représene l équilibre sable en capial 5. Par ailleurs la dynamique du aux d inflaion quand 1 es donnée par l équaion : 1 1 α s ( ) ( ) Π 5. On peu monrer que dπ Γ ( Π) = k kins 0 dk ΓΠ ( kins où k ins représene l équilibre insable en capial (cf. graphique 3).

328 326 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé ce qui perme de définir ΔΠ = 0 comme une foncion où lim k = + Π γ 6. Π ( 1+ n) γ 1 Π A 1 γ 1 α α α + 1 = k D k = D s ( 1+ n) D Π + D s γ 1 A Π 1 γ 1 α α 1 α (24) Proposiion 1 Toues choses égales par ailleurs oue diminuion suffisammen imporane de D peu faire renrer l économie en sagnaion séculaire. La possibilié d un équilibre de sagnaion séculaire es ici cruciale (Proposiion 1). En effe on a déjà pu voir qu une diminuion de D que l on inerprèe comme un resserremen de la conraine de crédi avai endance à accroîre la richesse poenielle dans l économie pour les raisons déjà invoquées. Par conre la baisse du aux d inérê engendrée si elle fai passer ce dernier en deçà de l unié fai apparaîre un équilibre de sagnaion séculaire caracérisé par un sous-emploi du faceur ravail e donc un produi inférieur à son poeniel dans l économie. Si l on suppose par ailleurs que 1 Π coude > Π Req < Π on sai que ce équilibre es l unique équilibre de l économie (cf. graphique 5). Dans ce cas la baisse de D non seulemen fai apparaîre du chômage dans l économie mais rédui égalemen la richesse effecive alors même que le poeniel s accroî. On noera que ce équilibre comme dans Eggersson e Merhora (2014) e conrairemen à Krugman e Eggersson (2012) es un équilibre qui persisera an que la baisse de D dure. De ce poin de vue des poliiques acives conre la raréfacion oues choses égales par ailleurs 6. Sur le graphique 5 nous avons supposé de surcroî que dk 0 γ < Π 1. dπ

329 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 327 du crédi s avèren donc ici cruciales pour luer conre la sagnaion séculaire. Mais les condiions d exisence d un équilibre de ype sagnaion séculaire ne son pas dues uniquemen aux effes de la crise financière. En pariculier une diminuion de la croissance de la main-d œuvre (diminuion de n) ainsi qu une augmenaion de l espérance de vie (assimilable à une hausse de β) paricipen égalemen à expliquer la sagnaion séculaire. Ce qui fai dire à Larry Summers en 2013 dans le inancial Times que la sagnaion pourrai bien êre devenue la nouvelle normalié de l économie. En complémen à la sabilisaion des marchés financiers oue aure poliique économique qui pourrai s avérer efficace à luer conre la sagnaion séculaire doi donc êre envisagée. On pensera en premier lieu à la poliique monéaire mais aussi à des poliiques plus srucurelles qui viseraien à flexibiliser le marché du ravail ou encore à favoriser la producivié dans l économie. 4. Enjeux de poliique économique 4.1. La poliique monéaire Supposons que l économie soi caracérisée par un équilibre unique qui es un équilibre de sagnaion séculaire déflaionnise comme représené sur le graphique 5 (Π coude > Π*). Pour sorir d un el équilibre sous-opimal les auoriés monéaires peuven choisir une poliique qui viserai à accroîre la cible d inflaion Π*. Dans un el cas on observe que cee hausse de la cible d inflaion accroî égalemen Π coude mais moins que proporionnellemen : dπ coude Πcoude 1 = 1 < 1. dπ φ π Π Paran d une siuaion caracérisée par Π coude > Π* deux configuraions peuven alors advenir. Soi la hausse de Π* n es pas suffisane e ainsi Π coude rese inférieur à Π*. Dans ce cas l équilibre de sagnaion séculaire rese unique e inchangé e la poliique monéaire es inefficace. Soi la hausse de Π* es suffisane el que Π + devien supérieur à Π coude. Dans ce cas comme représené sur le graphique 6 l équilibre de plein emploi réapparaî. Cela ne veu pouran pas dire que la poliique monéaire va êre nécessairemen

330 328 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé efficace. On observe en effe que l équilibre de sagnaion séculaire exise oujours. Dès lors rien n indique que les anicipaions d inflaion von auomaiquemen sauer en Π ~ pour ensuie converger vers Π ~ + < Π en suivan la rajecoire poin-selle. D abord parce que l équilibre de sagnaion séculaire es localemen déerminé. Ensuie parce qu en dehors de Π ~ une infinié d aures ~ niveaux d inflaion Π ( Π ss Π) amènen sur des rajecoires poeniellemen convergenes vers Π ind < Π +. Dans une elle configuraion l ancrage des anicipaions des agens privés pour mener vers le bon équilibre peu s avérer êre une âche ardue pour les auoriés monéaires. Pour que le ciblage d inflaion soi efficace il es crucial en pariculier que la banque cenrale soi suffisammen crédible (Woodford 2004). En effe si les agens privés ne croien pas la banque cenrale lorsqu elle annonce une nouvelle cible d inflaion il es for probable que l inflaion obenue ne soi pas égale à la cible. La crédibilié de la banque cenrale es alors direcemen liée à sa capacié passée à réaliser sa cible. En siuaion de sagnaion séculaire la banque cenrale ne peu pas par définiion réaliser sa cible (la poliique monéaire es inacive). Cela suggère donc que celle-ci doi réagir suffisammen précocemen pour évier la rappe déflaionnise. Graphique 6. Sagnaion séculaire e poliique monéaire 0 k 0 d y s y * coude ind 1 ss k ss k pe k y ss y pe

331 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial Les poliiques srucurelles Pour sorir de la sagnaion séculaire on pensera naurellemen comme on l a fai dans la secion 2 de ce aricle à oue poliique favorisan la producivié A. Touefois en sagnaion séculaire on aboui alors à un paradoxe qui a éé sipulé pour la première fois par Eggersson (2010) sous la forme «si les ménages veulen ous ravailler plus alors il y aura moins de ravail à l équilibre». Plus généralemen dans une configuraion de ype sagnaion séculaire oue augmenaion de producivié enraîne des effes récessionises dans l économie car elle engendre des ensions déflaionnises. Par voie de conséquence comme la poliique monéaire es conraine par une borne nulle de aux d inérê nominal la déflaion s accompagne d une augmenaion du aux d inérê réel (R = 1 / Π) ce qui end à réduire la demande à l équilibre (cf. graphique 7a). Graphiquemen puisque le aux d inérê naurel es rédui par une hausse de la producivié on noera que Π coude augmene. Par ailleurs la hausse de la producivié a bien sûr un impac posiif sur le produi poeniel même si l impac effecif es inverse. Une aure idée naurelle pour réduire le chômage la flexibilisaion du marché du ravail es égalemen baue en brêche lorsqu on considère une configuraion de ype sagnaion séculaire. En effe comme représenée sur le graphique 7b une diminuion de la rigidié salariale γ end à réduire le produi dans l économie. On peu êre surpris par un el résula. En effe lorsqu il n y pas du ou de rigidié c es-à-dire γ = 0 le produi es oujours égal à son poeniel. Le résula s explique cependan aisémen : une plus fore flexibilié des salaires nominaux va réduire les anicipaions d inflaion accroîre la déflaion e donc le aux d inérê réel ce qui rédui encore une fois la demande e donc le produi à l équilibre. On noera alors paradoxalemen qu une plus fore flexibilié des salaires nominaux se radui par un accroissemen du salaire réel de l équilibre de sagnaion séculaire Poliique budgéaire Dans ce modèle la poliique budgéaire n es pas explicie. Une façon d inroduire une poliique de souien de la demande globale consise à inroduire de l héérogénéié des ravailleurs en ermes de producivié e d espérance de vie. Si l espérance de vie es posi-

332 330 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé ivemen corrélée à la producivié il en ressor que oue poliique budgéaire qui vise à redisribuer les revenus des haus salaires vers les bas salaires diminue l épargne agrégée e augmene la demande globale. Il es aisé de voir qu une elle poliique aura des effes inflaionnises qui s ils son suffisammen fors pourron permere de sorir de la siuaion de sagnaion séculaire. Touefois on noera qu une elle poliique se fera au dérimen du poeniel de long erme. Graphique 7. Paradoxes keynésiens d y s y d y s y coude * coude * 1 1 ss ss y ss y pe y ss y pe a) Choc de producivié posiif : da 0 b Choc de flexibilié d 0 5. Conclusion L hypohèse de sagnaion séculaire invie à repenser l analyse macroéconomique classique e donc la concepion des poliiques économiques. Dans ce aricle nous avons développé un modèle d accumulaion de capial qui inègre deux ypes d imperfecions de marché qui frappen respecivemen le marché du crédi (raionnemen) e le marché du ravail (rigidié nominale). Les enseignemens de ce modèle son muliples. L appariion d un aux nominal proche de zéro (zero lower bound) laisse craindre une dispariion de l efficacié de la poliique monéaire «convenionnelle» basée principalemen sur la fixaion

333 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 331 d un aux direceur. Dans un conexe où le aux d inflaion effecif e le aux d inérê d équilibre de plein emploi son négaifs la dynamique macroéconomique peu conduire à des rajecoires de sous-emploi permanen synonymes de sagnaion séculaire. Ensuie pour évier la ZLB il y a un besoin de créaion urgene d inflaion ou en évian les «bulles» spéculaives sur les acifs (Tirole 1985) ce qui pourrai nécessier une régulaion pariculière (Gali 2014). L exisence d un équilibre déflaionise invie à s inerroger sur le bienfondé de règles de poliique monéaire rop cenrées sur l inflaion (Benhabib e al. 2001). Le modèle que nous avons développé nous apprend aussi qu il fau se méfier des effes déflaionises des poliiques d accroissemen de la producion poenielle. Le bon policy-mix consise à accompagner les poliiques srucurelles d une poliique monéaire suffisammen accomodane. Réduire l épargne pour faire remoner le aux d inérê réel (par exemple en facilian l endeemen) es égalemen une pise inéressane mais il ne fau pas négliger l impac négaif sur le PIB poeniel. Il exise un arbirage éviden enre sorir de la sagnaion séculaire e déprimer le poeniel. Une soluion inéressane peu consiser à financer des poliiques d infrasrucure d éducaion ou de R&D (hausse de A) par de l emprun public (hausse de R eq ). En effe une fore poliique d invesissemen (public ou privé) financée de façon à faire remoner le aux d inérê naurel perme de saisfaire le double objecif : souenir la demande globale e développer le poeniel producif. Concernan l affaiblissemen de la croissance à long erme le vieillissemen démographique peu laisser craindre une baisse de la producivié avec noammen l obsolescence du capial humain (Sala-i-Marin 1995 ; de la Croix e al. 2012). En même emps le développemen de la silver economy pourrai consiuer une nouvelle source de croissance avec des nouveaux besoins (Hashimoo e Tabaa 2010) e des enjeux pariculiers de R&D. À long erme la rareé des ressources erresres (réserves énergéiques conraine environnemenale) dans le conexe d une populaion mondiale nombreuse consiue égalemen une craine majeure de l affaiblissemen du poeniel.

334 332 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé Deux exensions de ce modèle mérien une aenion pariculière. Tou d abord il serai uile d inroduire un effe d hysérèse à la suie d un choc sur la producion ou la demande. L hysérèse signifie la persisance des conséquences alors que les causes on disparu. Le coû du emps peu se raduire en déqualificaion des ravailleurs sans emploi e desrucion de l ouil producif non uilisé. Le poeniel s affaibli alors naurellemen. L enlisemen dans la crise es alors pariculièremen néfase e nécessie de fermer rapidemen l oupu gap si on ne veu pas voir les effes négaifs s accumuler même si paradoxalemen les chocs négaifs de producivié on des effes inflaionnises poeniellemen favorables à une sorie de la déflaion. Ensuie ce modèle oublie la dimension inernaionale en se préoccuppan seulemen des faceurs affecan l invesissemen domesique en capial e les dépenses des ménages. Bernanke (2015) affirme ainsi que l opporunié de placemens renables en dehors des fronières naionales rédui la perinence de l hypohèse de sagnaion séculaire. Néanmoins il es indéniable que l ouverure des fronières a profondémen modifié les forces d équilibre macroéconomique. S inerroger sur un effe pervers de la globalisaion en ermes de sagnaion séculaire rese donc inéressan. La réducion permanene de la demande globale en biens naionaux a provoqué une désindusrialisaion (baisse imporane du poeniel dans cerains seceurs) une imporaion de chômage une dégradaion du solde couran synonyme d enrée massive de capiaux dans un conexe de monnaie fore par rappor aux pays émergens e de aux d inérê bas. Par ailleurs l analyse en économie ouvere invie à s inerroger sur les ineracions des poliiques monéaires e noammen leur impac sur le aux de change. En effe une fore hausse de la valeur d une monnaie naionale par rappor aux aures monnaies n es pas sans conséquence en ermes de déflaion imporée. References Aghion P. e Bolon P «A rickle-down heory of growh and developmen wih deb-overhang» Review of Economic Sudies 64(2) :

335 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 333 Aghion P. e Howi P Endogenous growh heory MIT Press. Aiyagari R. «Uninsured idiosyncraic risk and aggregae saving» Quarerly Journal of Economics 109(3) : Arslanalp S. Bornhors. Gupa S. e Elsa Sze E «Public capial and growh» IM WP/10/175 juille. Barro R «Governmen spending in a simple model of exogenous growh» Journal of Poliical Economy 98 S103-S125. Benassy J.-P The macreconomics of imperfec compeiion and nonclearing Markes. A dynamic general equilibrium approach MIT Press. Benhabib J. Schmi-Grohé S. e Uribe M «The perils of he Taylor rules» Journal of Economic Theory 96(1) : Bernanke B Why are ineres raes so low par 2: Secular sagnaion Brookings Blog mars. Boldrin M. e Mones A «The inergeneraional Sae educaion and pensions» Review of Economic Sudies 72(3) : Cohen D. e Soo M «Growh and educaion good daa good resuls» Journal of Economic growh 12(1) : Diamond P «Naional deb in a neoclassical growh model» American Economic Review 55(5) : Docquier. Paddison O. e Pesieau P «Opimal accumulaion in an endogenous growh seing wih human capial» Journal of Economic Theory Dupra M.-H «La zone euro face à une "sagnaion séculaire"?» Econoe (Sociéé Générale) 28 mars. Eggersson G The paradox of oil Saff Repor ederal Reserve Bank of New York. Eggersson G. e Krugman P «Deb deleveraging and he liquidiy rap: a isher-minsky-koo approach» Quarerly Journal of Economics 127(3) : Eggersson G. e Mehrora N «A model of sagnaion secular» NBER WP n20574 ocobre. Gali J «Moneary policy and raional asse price bubbles» American Economic Review 104(3): Galor O «A Two-Secor Overlapping-Generaions Model: A Global Characerizaion of he Dynamical Sysem» Economerica 60(6): Hansen A «Economic progress and declining populaion growh» American Economic Review 29(1) : Lucas R. E «On he mechanics of economic developmen» Journal of Moneary Economics Mankiw N G «The Macroeconomis as Scienis and Engineer» Journal of Economic Perspecives 20(4) :

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337 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 335 ANNEXE Éude des rajecoires au voisinage des éas saionnaires Cas 1. Plein emploi avec cible d inflaion saisfaie ( i 0 l = 1) : L équaion (19) peu se réécrire comme D 1+ i Π φ π =. k φ + 1 Π π Π+ 1 Sa log-linéarisaion nous donne : ~ ~ π ~ + 1 = φπ π + k + 1 La log linéarisaion de l équaion (16) donne : ~ ~ k +1 = μk α αak où η =. α Ak D (25) (26) Mariciellemen la dynamique locale peu s exprimer de la façon suivane : ~ π ~ + 1 φπ η π ~ = ~ k η k où λ 1 = η e λ 2 = φ π son les deux valeurs propres ( de( M ) = φ π η = λ1λ 2 e r( M ) = φ π + η = λ1 + λ2 ). Comme au voisinage de l équilibre sable on a η < 1 (cf. graphique 1) e φ π > 1 l équilibre de plein emploi avec cible d inflaion saisfaie es bien déerminé. Cas 2. Plein emploi avec cible d inflaion non saisfaie (i = 0 l =1) : Dans ce cas l équaion (16) es oujours valide e donc sa linéarisaion (26) égalemen. Par conre l équaion (25) es remplacée par l équaion (26). On a donc D 1 =. On en dédui : k + 1 Π +1 ~ ~ π = k (27)

338 Gilles Le Garrec e Vincen Touzé 336 Dans ce cas la dynamique locale es caracérisée par le sysème suivan : où λ 1 = η e λ 2 = 0 son les deux valeurs propres. Dans ce cas la dynamique es indéerminée. Cas 3. Equilibre de sagnaion séculaire (i = 0 ) : Sachan que on dédui de l équaion (14) que : (28) où. Par ailleurs on a on a donc. La maximisaion du profi donne e ainsi. On a ainsi e donc : (29) Par ailleurs éan donnée la rigidié nominale sur les salaires on a w = γ w. On a donc où. + + k k ~ ~ 0 0 = ~ ~ 1 1 π η η π <1 l 1 1 = + + R D k 1 ~ = ~ + k y ν < 1 1 = D n s k k + + ν α α 1 = s l Ak y ( ) l k y ~ 1 ~ = ~ α α + ( ) w l k = 1 α α α k w l α α 1 1 = k w l ~ 1 ~ = ~ + α ( ) w k k w k y ~ 1 ~ = ~ ~ 1 1 ~ = ~ α α α α α + + ( )( ) α α γ k + Π ( ) ( )( ) k w k w w ~ 1 1 ~ ~ = ~ α α α γ π γ + Π ( )( ) α γ γ α Π = w k

339 Sagnaion séculaire e accumulaion de capial 337 On obien donc :. (30) En inroduisan l équaion (30) dans l équaion (29) on obien :. Avec l équaion (28) on en dédui que :. En uilisan l équaion (27) on obien alors la dynamique locale sous sa forme maricielle :. Comme le déerminan de la marice de référence es nul on en dédui immédiaemen que les deux valeurs propres associées son e λ 2 = 0. Une condiion nécessaire e suffisane pour que l équilibre soi déerminé es alors que λ 1 > 1 soi :. Cee condiion es équivalene à l observaion dans le plan (YΠ) d une pene de la demande (1 / v) supérieure à celle de l offre ce qui es oujours le cas quand l équilibre de sagnaion séculaire exise (cf. Lemme 1). k w π γ γ α ~ 1 ~ = ~ Π Π k y π γ γ α α α ~ 1 1 ~ = ~ Π Π + k k π γ γ αν α ν α ~ 1 1 ~ = ~ 1 Π Π + + Π Π Π Π + + k k ~ ~ = ~ ~ 1 1 π ν α γ γ αν α ν α γ γ αν α π ν α γ γ αν α λ + Π Π 1 1 = 1 Π Π + γ γ α α α ν 1 1 <

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341 VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ACTIVE VERS UNE BAISSE DE LA PRODUCTIVITÉ? Sandrine Levasseur OCE Sciences Po Le vieillissemen de la populaion acive pose des défis imporans pour nore poeniel de producivié macroéconomique noammen si comme cerains l'avancen la producivié au ravail diminue à parir d un cerain âge. Dans ce aricle nous nous inéressons ou d abord aux résulas des éudes de neurosciences poran sur l évoluion des capaciés cogniives (e physiques) chez le suje vieillissan. Puis nous passons en revue la liéraure empirique sur le lien enre âge e producivié au ravail. Nous concluons que si la liéraure fai consensus sur la baisse des capaciés cogniives e physiques au fur e à mesure du vieillissemen il n en va pas de même pour le lien empirique enre âge e producivié au ravail. Enfin dans le cadre d un ravail saisique simple nous avons analysé les réponses acuelles au vieillissemen de la populaion acive en ermes de roboisaion e de recours à l immigraion. Nous rouvons que la densié roboique es posiivemen e significaivemen corrélée au vieillissemen de la populaion acive fuure andis que l immigraion au cours des ving dernières années a considérablemen raleni le vieillissemen de la populaion de cerains pays développés. inalemen nore poeniel de producivié macroéconomique nous semble moins lié au vieillissemen de la populaion acive qu aux progrès de la roboique e de l inelligence arificielle. Mos clés : vieillissemen populaion acive producivié capaciés cogniives roboisaion immigraion. Au-delà des défis qu il pose en maière de reraie e de sané 1 le vieillissemen de la populaion pose aussi des défis imporans pour le marché du ravail (Blanche 2002). Il peu en effe induire 1. Sur la quesion des reraies (noammen de leur financemen) le leceur pourra consuler les nombreux ravaux de l OCE. Sur les quesions liées à la sané le leceur pourra consuler les ravaux de l INED. Revue de l OCE 142 (2015)

342 340 Sandrine Levasseur une insuffisance de populaion acive dans les pays proches du plein-emploi e donc un problème quaniaif de disponibilié de la main-d œuvre. Mais il peu aussi poser un problème plus qualiaif si comme cerains l'avancen la producivié au ravail diminue au-delà d un cerain âge. Ce aricle s inéresse spécifiquemen à la quesion de la producivié des ravailleurs «âgés». C es en effe elle qui dans un conexe de vieillissemen de la populaion acive condiionne le poeniel de producivié macroéconomique e les soluions à y apporer si besoin en maière de recul de l'âge de dépar à la reraie e/ou de recours aux populaions acives immigrées. Noons que la roboisaion qui consiue sans aucun doue la prochaine «grande» révoluion echnologique consiue aussi une soluion alernaive au mainien d un niveau de producivié élevé (Sachs e al. 2015) e ce indépendammen de l âge des ravailleurs. La première parie dresse un éa des lieux saisique sur le vieillissemen de la populaion acive française en projecion e en comparaison inernaionale. Il s agi noammen de savoir commen se posiionne la rance en ermes de vieillissemen de sa force de ravail si elle bénéficie en la maière d un avanage relaivemen aux aures pays avancés. La seconde parie considère le lien enre âge e producivié au ravail. Elle s appuie sur les enseignemens des éudes de neuro-sciences ou des ess psychomériques relaifs à l évoluion des capaciés cogniives e physiques chez le suje vieillissan. Elle es compléée par une revue de la liéraure empirique sur le lien enre producivié e âge. La roisième parie analyse les réponses acuelles au vieillissemen de la populaion acive en ermes de roboisaion e de recours à l immigraion. Pour ce faire nous effecuons un ravail saisique simple sur la base d un échanillon de 17 pays qui consise à calculer les corrélaions enre densié roboique e vieillissemen de la populaion d une par e enre migraions e vieillissemen de la populaion d aure par. Nous rouvons que la densié roboique es posiivemen e significaivemen corrélée au vieillissemen de la populaion acive fuure andis que l immigraion au cours des ving dernières années a considérablemen raleni le vieillissemen de la populaion de cerains pays. La quarième parie souien que nore poeniel de producivié macroéconomique es moins lié au vieil-

343 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 341 lissemen de la populaion acive qu aux progrès de la roboique e de l inelligence arificielle. La cinquième parie conclu. 1. Éa des lieux sur le vieillissemen de la populaion acive française 1.1. La populaion acive française observée e projeée Au cours des ving dernières années la populaion acive française a (beaucoup) vieilli. C es en effe au milieu des années 1990 que l on observe le poin de reournemen de la par des ravailleurs «vieillissans» dans la populaion acive. La par des plus de 50 ans dans la populaion acive française es passée de 16 % en 1995 à 27 % en 2012 (dernier chiffre disponible) e celle des plus de 55 ans de 8 % à 13 % sur la même période (graphique 1). En 20 ans la par des ravailleurs «vieillissans» a ainsi quasimen doublé. Graphique 1. Par de la populaion acive vieillissane dans la PA française 30 En % 27 % 25 Par des plus de 50 ans dans la PA % 8 % Par des plus de 55 ans dans la PA 13 % Source : INSEE calculs de l aueur. Le milieu des années 1990 correspond à l enrée progressive des premières généraions de baby-boomers dans le groupe des plus de 50 ans alors même que les généraions nées après 1975 son légèremen moins nombreuses (Blanche 2002). Cela explique le poids croissan des plus de 50 ans dans la populaion acive française au cours des ving dernières années. Le processus de vieillissemen de

344 342 Sandrine Levasseur la populaion acive a ouefois commencé à décélérer du fai des dépars à la reraie d une grande parie des baby-boomers e les projecions monren que l esseniel du vieillissemen de la populaion acive es déjà réalisé (graphique 2). Aujourd hui pour un acif de 55 ans e plus la populaion acive française comprend 65 acifs de 15 à 54 ans (conre 12 en 1995). Ce raio devrai se sabiliser aux alenours de 45 à parir de Graphique 2. Raio «acifs âgés de ans» sur «acifs de 55 ans e plus» en rance En % 12 % % 46 % 4 En poinillés : projecion Source : INSEE projecions réalisées en 2010 calculs de l aueur. Les ravailleurs de plus de 65 ans représenen aujourd hui 08 % de la populaion acive française (graphique 3). Cee par es en augmenaion depuis 2006 année où elle avai aein son poin bas (036 %). En nombre absolu cela correspond à ravailleurs de plus de 65 ans en L assouplissemen du régime de cumul «acivié salariée/reraie» en 2009 explique en grande parie l augmenaion des acifs âgés de plus de 65 ans dans la populaion acive : les plus de 65 ans représenen en effe la moiié de ceux qui cumulen acivié salariée e reraie (source : CNAV). Les hommes e les femmes cumulen à peu près à par égale : 53 % de ceux qui cumulen son des hommes. En projecions pour 2060 l INSEE prévoi un aux d acivié de 18 % pour les hommes âgés de 65 à 69 ans (conre 55 % aujourd hui) e de 13 % pour les femmes du même âge (conre 35 % aujourd hui) soi une muliplicaion

345 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 343 par un faceur enre 3 e 4 du aux d acivié des personnes de cee ranche d âge. Graphique 3. Par des ravailleurs de plus de 65 ans dans la PA française 25 En % % Source : INSEE; calculs de l aueur La populaion (acive) française en comparaison inernaionale Pour effecuer des comparaisons inernaionales nous ne disposons pas de données de populaion acive homogènes par ranche d âge ni pour décrire le passé ni en projecion. Nous uilisons donc les données de populaion de la Banque mondiale : la par de la populaion âgée de 50 à 64 ans dans la populaion des ans es uilisée comme proxy de la populaion acive vieillissane dans les pays considérés 2. Les résulas son reporés dans le ableau 1. Avec une par des ans dans la populaion des ans de 33 % la rance es aujourd hui (i.e. en 2013) légèremen plus âgée que la moyenne des pays de l échanillon (32 %). En 2025 elle aeindra son pic de vieillissemen avec une par des ans de 35 %. Mais fai noable le pic aein par la rance es bien inférieur à celui que devraien connaîre l Espagne (42 %) l Ialie ou le Porugal (41 %) l Allemagne ou la Grèce (40 %). 2. L échanillon de pays es celui de Graez e Michaels (2015) à l excepion du Porugal de façon à pouvoir mere en relaion les données de roboisaion présenée dans Graez e Michaels (2015) avec celles du vieillissemen de la populaion acive (voir parie 3 de ce aricle).

346 344 Sandrine Levasseur Tableau 1. Par de la populaion des ans dans la populaion des ans En % Pic après 2013 (année) DEU (2020/2025) AUS (2045) AUT (2020/2025) BEL (2020/2025) KOR (2035/2050) DNK (2025) ESP (2030/2035) USA Pas de pic IN Pas de pic RA (2025) GRC (2030/2035) HUN (2040) ITA (2025/2030) IRL (2035) NLD (2020/2025) PRT (2035) GBR (2025) SWE (2020/2030) Moyenne (2030) Noe : L'échanillon de pays es celui de Graez e Michaels (2015) à l'excepion du Porugal. Source : Banque mondiale calculs de l'aueur. Une modificaion des comporemens démographiques e migraoires pourrai cependan modifier le vieillissemen de la populaion acive poenielle. Les projecions de populaion présenées ici reposen en général sur des flux migraoires assez proches de ceux observés au cours des deux dernières décennies. Or les poliiques migraoires peuven évoluer pour jusemen pallier le vieillissemen de la populaion. De plus les individus eux-mêmes peuven réagir à ce vieillissemen e privilégier les pays où il crée des opporuniés d emplois e/ou de salaires. Les comporemens démographiques noammen en maière de naalié son égalemen difficiles à prévoir. Pour ces raisons les projecions de populaion e donc de vieillissemen de la populaion pays par pays à l horizon de 2050 doiven êre considérées avec beaucoup de prudence. Les projecions à l horizon de 2020 son un peu moins sujees à cauion. Malgré ous ces préambules la démogra-

347 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 345 phie naurelle de la rance du fai de sa fore naalié nous perme d aniciper un moindre vieillissemen de la populaion acive française y compris à des horizons assez loinains. 2. Quel lien enre producivié e âge? 2.1. Résumé du déba Le déba sur le lien enre producivié e âge des ravailleurs n'es pas nouveau (voir par exemple Godelier 2007). Déjà dans les années 1970 il s agissai de «gérer la pyramide des âges». Il a cependan gagné en imporance au débu des années 2000 lorsqu'il es apparu que le vieillissemen de la populaion acive dans les économies développées éai non seulemen avéré mais aussi irréversible au regard des projecions démographiques. Pour rappel ce déba inervien dans un conexe pariculier celui de l'inroducion massive des nouvelles echnologiques de l informaion e des communicaions (TIC) dans les enreprises. Le problème d'employabilié don souffren alors cerains seniors e qui se radui par un aux d'emploi anormalemen faible des personnes de plus de 50 ans dans beaucoup de pays européens soulève des quesions quan à la producivié des ravailleurs vieillissans e à leur capacié d'adapaion aux nouvelles echnologies 3. Ainsi selon Skirbekk (2003) l expérience au ravail qui consiuai auparavan un aou pour le ravailleur vieillissan es devenu un faceur de second ordre relaivemen à «sa capacié à absorber de nouvelles echnologies». Dans la mesure où l adapaion aux changemens echnologiques sollicie des capaciés cogniives qui diminuen avec l âge le ravailleur «vieillissan» es perçu comme poeniellemen moins producif qu un ravailleur «jeune» qui en oure es davanage éduqué. C es dans ce conexe résumé ici de façon un peu caricaurale que doi êre replacé le déba sur le vieillissemen de la populaion acive e ses conséquences poeniellemen négaives sur le niveau de producivié agrégée. La roboisaion des processus producifs e les progrès en maière d auomaisaion relancen le déba mais de manière un peu renouvelée : la subsiu- 3. Voir Levasseur (2008) pour une réflexion sur l employabilié des seniors dans un conexe de changemens echnologiques e organisaionnels. Voir Guillou e Levasseur (2008) sur le lien enre inensié echnologique des seceurs e aux d emploi des seniors.

348 346 Sandrine Levasseur ion du capial au ravail résulan de l inroducion des robos e des processus auomaisés pourrai êre plus imporane que celle due à l inroducion des TIC (Graez e Michaels 2015 ; rey e Osborne 2013 ; Bakhshi e al. 2015). Lors des prochaines décennies les ravailleurs vieillissans seraien ainsi encore davanage concurrencés par les jeunes ravailleurs pour la réalisaion des âches (cogniives) non rouinières mais surou c es l ensemble des ravailleurs (jeunes vieux) qui pourrai êre concurrencé par les robos e l inelligence arificielle La baisse des capaciés cogniives avec l âge : les enseignemens des éudes en neurosciences Les capaciés cogniives enendues dans un sens large se réfèren au foncionnemen inellecuel de l individu. Elles désignen un ensemble d habileés menales «basiques» (elles que la percepion l aenion la concenraion la mémorisaion) e les foncions inellecuelles de hau niveau (elles que la prise de décision e la résoluion de problèmes). Or il es mainenan largemen acquis au regard des ess psychomériques e des nombreuses éudes en neurosciences que les capaciés cogniives de l individu diminuen avec l âge après avoir aein leur maximum généralemen aux alenours de 30 ans. Toues les capaciés cogniives suiven cee endance mais cependan à des degrés divers. Les données relaives à l offre des capaciés cogniives (e physiques) en foncion de l âge peuven êre synhéisées en uilisan les résulas du es d apiude générale (General Apiude Tes Baery ou GATB 4 ). Seules les capaciés ayan une perinence du poin de vue du marché du ravail son considérées ici. Au regard du graphique 4 fondé sur les données du GATB il apparaî que les classes d âge de plus de 35 ans connaissen une baisse relaivemen marquée de leurs capaciés relaivemen à celle des ans. Noammen pour la classe des ans la baisse de capaciés la plus prononcée concerne la dexérié des doigs e la dexérié manuelle suivie des apiudes numériques e de 4. Le GATB consise en une évaluaion déaillée des capaciés de plus de ravailleurs américains de sexe masculin e féminin âgés de 16 à 65 ans différens par leur emploi e leur éducaion.

349 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 347 percepion visuelle. À l inverse les capaciés managériales (qui fon esseniellemen référence aux apiudes verbales) demeuren praiquemen inchangées ou au long de la vie acive. Graphique 4. Offre des capaciés en foncion de l'âge relaivemen à la moyenne des ans Mesurées en % de l'écar-ype des capaciés des ans Dexérié manuelle 010 Capacié managériale Capacié numérique Percepion visuelle -110 Dexérié des doigs Source : Prskawez e Lindh (2006). Les ess psychomériques qui disinguen capaciés fluides e crisallisées confirmen les résulas précédens (ableau 2). Les capaciés crisallisées (i.e. celles qui s amélioren avec la connaissance accumulée elles que l aisance e la significaion verbales) demeuren à un hau niveau foncionnel jusqu à des âges avancés. Par opposiion les capaciés fluides (i.e. celles qui concernen la performance e la viesse de résoluion des âches liées à de nouveaux maériaux) son foremen réduies aux âges avancés (Schwarzman e al ; Rohwedder e Willis 2010). L impac déléère de l âge sur les capaciés fluides ransie en grande parie par une réducion de la «mémoire de ravail» (MDT) soi l insance du sysème cogniif où son sockées e manipulées les informaions en vue d accomplir une âche cogniive quelconque (Braver e Wes 2007). Deux aures faceurs conribuen à la baisse des capaciés cogniives avec l âge : une diminuion de l aenion e de la viesse de raiemen (Lemaire 1999). Une fois aein l âge adule l individu vieillissan a ainsi davanage de difficulés à mainenir en MDT les informaions lui permean de rouver la

350 348 Sandrine Levasseur soluion à un problème. De plus il n uilise pas les sraégies de résoluions des problèmes les plus efficaces ou alors exécue ces sraégies moins efficacemen qu un jeune adule. La réducion de la MDT avec l âge serai imporane de l ordre de 10 % (Lemaire 1999 p. 104). Tableau 2. Résula au es psychomérique de Wechsler (es de WAIS*) Épreuves Corrélaion avec l âge Vocabulaire -009 Informaions -010 Compréhension -010 Raisonnemen arihméique -013 Resiuion d une lise de chiffres -018 Analogie -027 Classemen d images -037 Complèemen d images -038 Assemblage de cubes e d objes -041 Subsiuion de chiffres -054 * Le WAIS consise en une baerie de ess à l'aenion des adules afin de mesurer leur QI verbal (culurel) e leur QI de performance (aculurel). Wechsler invena un mode de calcul par ranche d'âge jusqu'à 59 ans permean de ransformer les scores obenus en une seule noe don la référence éai fixée à 100 comme pour le QI. Ce es consiuerai une analyse plus fine du ype d'inelligence de la personne évaluée. Source : Kaufman Reynolds e Mac Lean (1989). En grisé apiudes verbales. Au regard de la problémaique qui nous inéresse deux aures résulas issus des éudes en neurosciences son plus encourageans. D une par le déclin des capaciés cogniives avec l âge es d auan moins prononcé que le niveau iniial de formaion du ravailleur es élevé (Salhouse 1985 ; Adam e al. 2007). Selon riedland (1993) l'éducaion augmene la densié synapique e se radui par une acivié neuronale ou au long de la vie qui es physiologiquemen bénéfique : les lésions cérébrales son moindres e les capaciés cogniives son davanage mainenues à un âge avancé. D aure par même les individus ayan un niveau de formaion iniiale peu élevé peuven freiner la baisse de ceraines capaciés par un «enraînemen» coninu (Skirbekk 2003 ; Le Carre e al. 2003). Selon Murray e al. (2005) ce enraînemen coninu (ou son absence) explique pourquoi les professions inellecuelles son moins ouchées par le déclin cogniif que les professions manuelles : en exerçan davanage ses capaciés cogniives au quoidien le ravailleur inellecuel connaî une baisse moins prononcée de ses capaciés cogniives. Ainsi

351 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 349 andis que le niveau d éducaion n a pas d effe sur les performances des jeunes adules pour la réalisaion de âches de raisonnemen les adules âgés ayan un niveau d éducaion élevé on de meilleures performances que ceux ayan un niveau d éducaion faible (voir les références ciées par Lauverja e al. 2005).. Dans un conexe de changemens echnologiques rapides e imporans les recommandaions en maière de poliiques son claires : non seulemen il fau veiller à ce que le niveau d éducaion iniiale des individus soi élevé mais il fau aussi leur assurer une formaion professionnelle coninue e ce d auan plus que la formaion iniiale a éé déficiene (Pellean e Villemeur 2012 ; Hämäläinen e al. 2014). Concernan la formaion iniiale Teichler (2007) avance en oure que du fai de l obsolescence rapide des connaissances e des besoins fréquens de s adaper à un nouvel environnemen echnologique les éudians doiven de plus en plus «apprendre à apprendre» andis que les compéences immédiaemen mobilisables pour un usage professionnel son de moins en moins perinenes. Les avancées echnologiques acuelles noammen celles liées à la roboique posen quesion quan à la capacié de nos sysèmes éducaifs à s adaper rapidemen (rey e Osborne 2013) Les enseignemens des indicaeurs d espérance de vie Les espérances de vie parielles (EVP) des individus âgés de 50 ans pour les 15 ans à venir (i.e. EVP ans) consiuen une aure façon de synhéiser l impac du vieillissemen sur les limiaions foncionnelles en fin de vie professionnelle (ableau 3) 5. Les limiaions physiques (définies comme les difficulés à marcher se 5. Les limiaions foncionnelles son éablies sur la base d auo-évaluaions des personnes enquêées. De ce fai les limiaions déclarées ne corresponden pas forcémen aux «vraies» limiaions des personnes. Elles présenen néanmoins un inérê y compris dans ce cas puisqu elles corresponden au resseni de la personne enquêée à la façon don elle se perçoi «limiée» ou non. Or ce aspec a des répercussions imporanes sur sa moivaion au ravail e in fine sur sa producivié au ravail. Les résulas de deux enquêes son présenés. En effe au-delà du resseni de la personne enquêée la formulaion des quesions es imporane. Ainsi l enquêe ESPS ne fai pas de disincion dans le niveau de sévérié de la limiaion à l inverse de l enquêe HSM. Par exemple dans le cadre de l évaluaion des limiaions cogniives l enquêe ESPS explore le fai de ne pas arriver à se souvenir du momen de la journée andis que l enquêe HSM compore le degré «souven» (Sieurin Cambois e Robine 2011 p. 26). A noer que dans les deux enquêes seules les limiaions foncionnelles ne pouvan pas êre compensées par des aides echniques (appareillage audiif ophalmologique ) son considérées.

352 350 Sandrine Levasseur pencher araper...) son relaivemen imporanes e peuven représener jusqu à 45 années pour les femmes selon l enquêe HSM. Auremen di une femme âgée aujourd hui de 50 ans passera en moyenne au cours des 15 prochaines années plus de 30 % de son emps (professionnel) avec des limiaions physiques conre 17 % pour un homme du même âge selon l enquêe HSM. La différence homme/femme en ermes de limiaions physiques es cependan beaucoup moins marquée selon l enquêe ESPS qui ne fai pas de disincion dans le degré de sévérié de la limiaion. Les limiaions cogniives (définies comme les difficulés à se souvenir comprendre s oriener ) moins imporanes que les limiaions physiques son un peu supérieures à une année. Du fai des EVP les individus âgés de 50 ans aujourd hui hommes comme femmes passeraien ainsi enre 8 à 10 % de leurs 15 prochaines années avec des roubles cogniifs déclarés comme pahologiques. Tableau 3. Espérance de vie parielle (50-65 ans) avec e sans limiaions foncionnelles Limiaions cogniives Hommes Années (% EVP ans) emmes Années (% EVP ans) Sans Avec Sans Avec Différence d'evp* avec limiaion enre les hommes e les femmes de 50 ans (en années) Enquêe ESPS 131 (92 %) 115 (8 %) 131 (90 %) 145 (10 %) -03 Enquêe HSM 128 (90 %) 145 (10 %) 134 (92 %) 115 (8 %) 03 Limiaions physiques Enquêe ESPS 124 (87 %) 185 (13 %) 124 (85 %) 215 (15 %) -03 Enquêe HSM 118 (83 %) 245 (17 %) 101 (69 %) 445 (31 %) -20 * EVP pour «espérance de vie parielle» (ici espérance de vie pour les personnes âgées de 50 ans jusqu'à leur 65 e année). Les EVP ans son pour les hommes e les femmes de respecivemen 95 % e 97 %. Les EVP ans sans e avec limiaion ne son donc pas égales à 15 ans (mais 1425 ans e 1455 ans respecivemen). Source : Sieurin Cambois e Robine (2011); calculs de l'aueur. Selon Cambois e al. (2010) les espérances de vie en bonne sané (qui son des indicaeurs assez proches des espérances de vie sans limiaion foncionnelle) son de bons prédicifs des comporemens de cessaion d acivié des ravailleurs français. En la maière seuls les agriculeurs fon excepion avec une espérance de vie en bonne sané dégradée e un âge de dépar à la reraie parmi les plus élevés. «Ainsi par rappor aux personnes déclaran avoir

353 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 351 cessé leur acivié parce qu elles avaien aein l âge de la reraie la cessaion d acivié pour moif de sané se radui par une cessaion d acivié anicipée de 5 ans chez les hommes e de 45 ans chez les femmes oues choses égales par ailleurs» (Cambois e al. 2010). En oure selon Barnay (2008) une mauvaise sané perçue joue un rôle négaif rès significaif sur la probabilié d êre en emploi pour un homme après 50 ans en la diminuan de 28 %. Il es imporan de noer que ces résulas relaifs à l éa de sané de la populaion e ses conséquences en ermes d emploi des ravailleurs «âgés» dépenden en parie des insiuions mises en place (e.g. sysème public de pré-reraie avan 2003 possibilié de percevoir une pension d inapiude ). Dans ce sens on ne peu que souscrire à Gaullier (1988) e Godelier (2007) qui avancen que le concep de ravailleur «âgé» e donc «inape au ravail» es une consrucion sociale qui varie hisoriquemen selon les besoins des enreprises e l'éa du marché du ravail. «Dès lors que l'âge devien direcemen ou indirecemen un crière de gesion e de sélecion dans l'enreprise ( ) il amène les individus à inérioriser leur propre dévalorisaion» (Gaullier 1988). De ce poin de vue les résulas des éudes de neurosciences consiuen une mesure bien meilleure des capaciés cogniives que les indicaeurs d espérance de vie précédens : ils son non dépendans de la subjecivié des personnes enquêées don les réponses en oure s inscriven dans un conexe social e insiuionnel donné Les limies des éudes de neurosciences au regard de nore problémaique Les éudes de neurosciences comporen une limie imporane au regard de la problémaique qui nous inéresse : malgré la baisse des capaciés cogniives avec l âge il es ou à fai possible que l individu «vieillissan» dispose d un sock de capaciés suffisan pour mener à bien ses âches e ce de manière ou aussi efficace qu un ravailleur plus jeune. Poffenberg (1942) noai que si l individu perd chaque année 1 à 15 % de ses capaciés cogniives enre 25 e 50 ans il ravaille de oue façon raremen à sa capacié cogniive maximale. Si depuis lors les modes de producion on évolué pour incorporer un for biais echnologique exigean de plus en plus de capaciés cogniives «haues» il es encore malgré

354 352 Sandrine Levasseur ou vraisemblable que les capaciés cogniives soien suffisanes à un âge avancé pour ravailler de manière efficace e producive. Au-delà de cee quesion du sock des capaciés l individu au ravail peu mere en place des mécanismes de compensaion lui permean de réaliser sa âche aussi efficacemen qu un ravailleur plus jeune (i.e. don les capaciés son moins amoindries). Salhouse (1984) remarquai ainsi que ce son des mécanismes de compensaion qui permeen aux secréaires «âgées» d avoir une aussi bonne performance au ravail que les plus jeunes malgré une viesse de sénographie plus lene. La mise en place des mécanismes de compensaion es largemen permise par la connaissance accumulée auremen di par l expérience au ravail. C es aussi l expérience au ravail qui peu permere de compenser la diminuion de la viesse de raiemen de l informaion nécessaire pour mener à bien des âches cogniives (Lemaire 1999). Selon Prskawez e Lindh (2006) à la fin des années 1990 l expérience au ravail consiuai oujours le premier faceur d employabilié d un individu américain loin devan les aures faceurs demandés par les enreprises (e.g. «la fixaion de normes limies e seuils de olérance» «la connaissance des mahémaiques» ou encore «la dexérié des doigs»). De plus l imporance relaive de l expérience au ravail n a que peu diminué par rappor au débu des années Plus généralemen les esimaions monren que c es à l issue de dix années en moyenne que l expérience au ravail aein sa «valeur maximale de marché» (Skirbekk 2008). Dans les enreprises uilisan des echnologies avancées l expérience au ravail es cependan moins valorisée e donc demandée (Abowd e al ; Daveri e Malirana 2006) : le ravailleur âgé perdrai ainsi son principal aou par rappor à un ravailleur plus jeune (Skirbekk 2003). In fine la quesion de la producivié au ravail en foncion de l âge du ravailleur es de naure empirique. Tou dépend du pose de ravail de l évoluion de son conenu en âches de la complémenarié ou subsiuion enre les âches effecuées par «la echnologie» e celles réalisées par l individu dans un conexe de baisse des capaciés cogniives avec l âge mais poeniellemen 6. Sur la quesion de l expérience au ravail le leceur pourra consuler Levasseur (2008 p ) pour davanage de déails.

355 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 353 suffisanes e/ou compensées par la connaissance accumulée. La moivaion au ravail consiue aussi un faceur imporan de la producivié d un individu e dans ce sens la consrucion sociale de ce qu es «êre vieux» joue un rôle imporan Les enseignemens des éudes empiriques sur le lien enre âge e producivié au ravail Les ravaux réalisés au niveau de l enreprise Ces ravaux reposen ous sur la même méhodologie : la producivié des ravailleurs au niveau de l enreprise (mesurée en général comme sa producion ou sa valeur ajouée divisée par le nombre de ravailleurs) es régressée sur la par des ravailleurs de différenes ranches d âge (évenuellemen l âge moyen des ravailleurs). Plus précisémen ces ravaux mesuren la conribuion des différenes ranches d âge (e.g. ravailleurs «jeunes» «maures» «âgés») à la producivié globale de l enreprise. Auremen di ces ravaux ne fournissen pas une mesure direce de la producivié d un ravailleur «âgé» comparaivemen à celle d un ravailleur plus jeune (à pose de ravail donné par exemple). Les esimaions son rès souven conrôlées par ou un ensemble de faceurs : le niveau d éducaion des ravailleurs e leur sexe l âge de l enreprise e son seceur d acivié (pour les esimaions en panel). Le cas échéan les esimaions peuven êre conrôlées par le sock de capial physique l uilisaion des TIC ou encore par des chocs de producivié exogènes. On dénombre une vingaine d éudes reposan sur cee méhodologie éudes qui couvren différens pays (rance inlande Allemagne Belgique ). Le nombre d éudes e de modèles esimés perme de réaliser une méa-analyse don les résulas son résumés dans le ableau 4 7. Sur les 48 modèles esimés dans les 18 éudes il ressor que 24 modèles meen en évidence une relaion en U inversée. En d aures ermes dans 50 % des modèles esimés la producivié augmene jusqu à un cerain âge puis diminue ensuie. Généralemen les esimaions enden à monrer que la 7. Le leceur inéressé pourra soi consuler chacune des éudes soi considérer les ableaux de Ours e Soeldraijer (2010) ou ceux de Pfeifer e al. (2012) qui fournissen le cadre (pays période ype e nombre d observaions esimaeur variable expliquée variables explicaives) de la plupar des éudes empiriques uilisées pour nore méa-analyse.

356 354 Sandrine Levasseur producivié commence à diminuer à parir de 50/55 ans. Mais dans cerains cas e cela consiue la première limie de ces ravaux ce résula es direcemen lié à la disponibilié des données : les ranches d âge son larges avec une césure à 50 ou 55 ans e la ranche des ravailleurs «âgés» incorpore ous les ravailleurs de plus de 50 ans (ou 55 ans selon). Dès lors l âge précis à parir duquel la producivié baisse es rès incerain. La seconde limie plus fore que la première es que ces ravaux reposen ous sur le nombre de ravailleurs par ranche d âge e non sur leur nombre d heures ravaillées. Or dans un cerain nombre de pays les insiuions permeen aux ravailleurs d exercer ardivemen une acivié (e.g. après 70 ans en Suède) de bénéficier d un aménagemen du emps de ravail ou d un disposiif de dépar à la reraie progressif. Dès lors dans l esimaion de ces modèles un nombre donné de ravailleurs «âgés» ravaillan à mi-emps ne pourra avoir qu une conribuion négaive à la producivié de l enreprise comparaivemen à un même nombre de ravailleurs «jeunes» mais exerçan à plein emps. Le biais lié à la non prise en compe des heures ravaillées apparaî encore plus vraisemblable lorsque l on sai que ces ravaux lorsqu ils cherchen aussi à évaluer l exisence d un différeniel de producivié hommes/ femmes concluen presque oujours en faveur d une conribuion négaive des femmes à la producivié de l enreprise 8. Or il es bien connu que du fai de leur plus grande propension à ravailler à emps pariel les femmes effecuen en moyenne moins d heures de ravail au sein des enreprises que les hommes. Enfin soulignons que la méhode d esimaion joue un rôle crucial dans l évaluaion du lien empirique enre producivié e âge (ableau 4). Si l on ne considère que l esimaeur MMG (Méhode des Momens Généralisés) la relaion devien alors majoriairemen (i.e. à 54 %) non significaive. On ne peu donc plus conclure que la producivié diminue avec l âge du ravailleur comme dans 60 % des cas avec l esimaeur MCO (Moindres Carrés Ordinaeurs) 9. Auremen di si l on considère que l esimaeur MMG consiue un meilleur esimaeur que celui des MCO car 8. Voir le ableau 1 de Pfeifer e al. (2012). 9. Nagarajan e al. (2013) noen aussi que le signe de la relaion enre producivié e âge dépend foremen de la méhode d esimaion uilisée les méhodes de ype MCO ayan pluô endance à éablir une relaion négaive.

357 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 355 permean de résoudre les biais d endogénéié (e de variables inobservables) alors la conclusion qui s impose es celle d une absence de relaion enre producivié e âge au ravail. Tableau 4. Méa-analyse des esimaions empiriques sur le lien «producivié/âge des ravailleurs» (éudes menées au niveau de l enreprise ou de l éablissemen)* Relaion U inversée** Relaion concave croissane** Relaion non significaive Toal Toal don MCO (panel variables insrumenales; niveau e 1 re différence) MMG (1 re différence dynamique) Toal 50 % 25 % 25 % 100 % don MCO (panel variables insrumenales; niveau e 1 re différence) MMG (1 re différence dynamique) 60 % 26 % 14 % 100 % 23 % 23 % 54 % 100 % * Méa-analyse réalisée à parir de 48 modèles e 18 éudes. ** Relaion en U inversée: la producivié augmene jusqu'à un cerain âge puis diminue ensuie. Relaion concave croissane: la producivié augmene avec l'âge mais de moins en moins vie. Source : 18 éudes don la lise es disponible auprès de l'aueur; calculs de l'aueur. Les éudes au niveau du seceur Ces éudes au nombre de rois reposen sur une méhodologie proche de celle des éudes menées au niveau de l enreprise : elles évaluen ainsi la conribuion de chaque classe d âge à la producivié mesurée au niveau secoriel. Sur données néo-zélandaises la relaion es non significaive selon Tipper (2012). Sur données aurichiennes Mahlberg e al. (2011) meen en avan une corrélaion posiive enre la par des ravailleurs âgés e la producivié secorielle andis que cee relaion es non significaive pour les ravailleurs plus jeunes. Sur données finlandaises Gronqvis (2009) rouve que les ravailleurs âgés on eu un impac négaif sur la producivié au cours de la période e que le pei rajeunissemen de la populaion acive dans le fuur (voir nos données dans le ableau 1) aura un effe posiif sur la producivié au cours de la période

358 356 Sandrine Levasseur Les éudes au niveau macro-économique Les éudes au niveau agrégé son rares comme dans le cas précéden. L éude de Maesas e al. (2014) pore sur les Eas Unis e s inéresse au lien empirique enre pourcenage de populaion âgée de plus de 60 ans e croissance du PIB par êe au niveau des Eas sur la période Les aueurs rouven qu une augmenaion de 10 % de la populaion âgée de plus de 60 ans se radui par une baisse du PIB par êe de 57 %. Cee baisse s expliquerai pour moiié par la réducion de l offre de ravail (mesurée par le nombre de ravailleurs par habian les heures ravaillées par personne ou les revenus salariaux par êe) e pour l aure moiié par la baisse de la producivié du ravail (mesurée comme le PIB par ravailleur ou par heures ravaillées). eyrer (2007) rouve que les modificaions de la srucure par âge de la populaion acive son significaivemen corrélées avec les modificaions de la producivié agrégée. Noammen une augmenaion de la populaion âgée de 40 à 50 ans se raduirai par une plus fore croissance de la producivié. Les différences de srucures démographiques expliqueraien 25 % de la différence de producivié enre pays de l OCDE e pays à faible revenus la plus faible producivié de ces derniers s expliquan par la jeunesse de leur force de ravail. Lisenkova e al. ( ) uilisen un modèle d équilibre général calculable à généraions imbriquées pour mesurer l impac du vieillissemen de la populaion (en ermes quaniaif e qualiaif) sur la producivié (mesurée par le PIB par êe) en Ecosse. Les aueurs concluen en faveur d un (for) impac négaif du vieillissemen de la populaion sur la producivié e ce même si les généraions vieillissanes accumulen du capial en vue d accroîre l inensié capialise dans un conexe de moindre croissance de la populaion acive. À l horizon de 100 ans la baisse de la producivié en Ecosse serai de l ordre de 15 % soi une «pere de bien-êre considérable» (Lisenkova e al ). Boersch-Supan (2001) don l éude pore sur l Allemagne esime que la populaion acive allemande devra êre 15 % plus producive en 2035 qu en 2010 du fai de sa raréfacion si l objecif es de mainenir consan le niveau de consommaion par habian. Cela exigera de

359 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 357 rouver 045 poin de croissance annuelle de la producivié. La simulaion d un modèle à généraions imbriquées monre que l augmenaion de l inensié capialise ne permera pas d en obenir plus de 02 poin. La srucure par âge de la populaion acive (i.e. une moindre producivié des cohores vieillissanes) a peu d impac sur le résula l esseniel de l effe du vieillissemen sur la producivié ransian par la réducion de la force de ravail. Que fau-il en conclure? Cee revue de la liéraure monre que la relaion enre producivié e âge des ravailleurs n es pas clairemen éablie au niveau empirique. Tou dépend de la méhode uilisée (MCO versus MMG) e du niveau d analyse considéré (enreprise seceur pays/ éa). En oure les esimaions menées dans le cadre de modèles d équilibre général calculable à généraions imbriquées amènen pluô à conclure que le vieillissemen de la populaion (acive) a un impac négaif sur la producivié mais davanage d un poin de vue quaniaif (raréfacion de la force de ravail) que qualiaif (baisse de la producivié avec l âge). Dans la mesure où les modèles d équilibre général calculable «boucle» le sysème explicie les comporemens e inerelaions enre différens ypes d agens e son calibrés sur des données effecivemen observées ils fournissen des informaions uiles quan à l impac du vieillissemen de la populaion sur la producivié. Conjoinemen aux esimaions MMG ils enden à relaiviser l effe déléère de l âge sur la producivié des ravailleurs : l impac du vieillissemen de la populaion semble plus d ordre quaniaif que qualiaif. 3. Les réponses acuelles au vieillissemen de la populaion acive en ermes de roboisaion e d immigraion Roboisaion des processus producifs e immigraion consiuen deux soluions face au vieillissemen de la populaion acive. L'Allemagne consiue sans aucun doue l'exemple le plus emblémaique du recours à ces deux soluions afin de luer conre le vieillissemen de sa populaion acive mais aussi sa diminuion Le vieillissemen de la populaion acive allemande es une préoccupaion ancienne. Voir par exemple Boersch-Supan (2001) qui dans son scénario cenral envisageai une baisse de populaion acive allemande de 10 millions enre 2010 e 2050 soi une baisse de 25 % de la populaion acive en 40 années. Voir aussi uchs (2001).

360 358 Sandrine Levasseur L'immigraion de jeunes ingénieurs originaires de l UE (Espagne Grèce ) a éé largemen relayée par les médias : elle présene un double avanage puisque ces jeunes ingénieurs permeen aux enreprises allemandes de créer de produire e de mainenir les robos don elles on besoin pour pallier le vieillissemen de la populaion acive 11. Cependan l immigraion en Allemagne concerne aussi des populaions moins qualifiées originaires d Europe de l Es pour y ravailler par exemple dans les seceurs de la consrucion. Mais plus généralemen qu'en es-il du lien enre vieillissemen de la populaion e roboisaion d une par e enre vieillissemen de la populaion e immigraion d aure par? Répondre à ces deux quesions n es pas facile. Les données relaives à l immigraion son fragiles e incomplèes ne couvran que les flux légaux e négligean les flux infra-annuels de populaion 12. Les saisiques relaives à la roboisaion des processus producifs son encore rès rares. Dans ce qui sui nous uiliserons les données de migraions nees de la Banque mondiale ce qui perme d avoir des données homogènes e cohérenes avec celles du vieillissemen de la populaion présenées dans le ableau 1. Les saisiques relaives à la roboisaion son celles fournies par Graez e Michaels (2015 ableau 1) : elles poren sur deux années (i.e e 2007) pour 17 pays (i.e. Ausralie Auriche Belgique Danemark inlande rance Allemagne Grèce Hongrie Irlande Ialie Pays Bas Corée du sud Espagne Suède Royaume Uni e Eas-Unis). L exercice saisique que nous réalisons es élémenaire : il consise à calculer de simples corrélaions. Seuls les seuils de significaivié de 1 e 5 % son considérés comme perinens (même si les seuils de 10 % son égalemen reporés) Roboisaion e vieillissemen de la populaion On observe une corrélaion élevée (de l ordre de 05-07) enre la densié roboique du pays (mesurée comme le sock de robos par million d heures ravaillées) e le vieillissemen de sa populaion à l horizon de 6 ou 8 ans (le vieillissemen éan mesuré 11. À côé du Japon e des Éas Unis l'allemagne es en effe l'un des rois leaders mondiaux en maière de producion des robos indusriels (rance Robos Iniiaives 2013). La producion de robos de service encore balbuiane es moins concenrée e compore davanage d'aceurs. 12. Noammen les flux infra-annuels de populaion acive son nombreux enre l Europe de l Es e l Europe de l Oues.

361 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 359 comme la par des ans dans la populaion des ans ; ableau 5). La roboisaion des processus producifs s inscrirai comme une réponse «anicipée» des enreprises au vieillissemen de leur force de ravail. Cee réponse anicipée aurai éé plus fore en 2007 qu en 1993 ce qui ne serai pas surprenan au regard de la fore baisse du prix des robos observée enre les deux années. Graez e Michaels (2015) esimen ainsi que le prix des robos a baissé de 50 % sur la période e même de 80 % si l on considère des prix ajusés de la qualié des robos. La baisse du prix relaif des robos a en oue vraisemblance augmené la subsiuion capial/ravail. Tableau 5. Corrélaion enre la densié roboique de 1993 ou 2007 e le vieillissemen de la populaion (projecé après 2013) En % Viellissemen de la populaion Densié roboique de ** 056** 052** ** Viellissemen de la populaion Densié roboique de ** 067*** 068*** 050* Le vieillisemen de la populaion es calculée comme la par des ans dans la populaion des ans pour l'année considérée. * ; ** ; *** Significaif à 10 % 5 % e 1 % respecivemen. Source : calculs de l'aueur à parir des données de la Banque mondiale pour la populaion e Graez e Michaels (2015) pour la densié roboique. Il fau noer que andis que la densié roboique de 1993 es négaivemen e significaivemen corrélée au aux de croissance fuur de la populaion acive (voir ableau 6) ce n es plus le cas lorsque l on considère la densié roboique de Auremen di andis que l anicipaion d un moindre accroissemen de la populaion acive serai allée de pair avec une plus fore roboisaion en 1993 la roboisaion de 2007 ne semblerai pas avoir répondu de manière significaive à l anicipaion d une moindre croissance fuure de populaion. Une elle conclusion nécessierai de vérifier que la roboisaion ne répond plus aux mêmes déerminans qu au débu des années En résumé aujourd hui la plus ou moins grande disponibilié de la main-d œuvre ne semblerai plus êre un déerminan significaif de la roboisaion andis que la srucure de la main-d œuvre (au ravers de son vieillissemen) a bel e bien un impac rès significaif.

362 360 Sandrine Levasseur Tableau 6. Corrélaion enre la densié roboique de 1993 ou 2007 e le aux de croissance fuur de la populaion des ans (aux observé jusqu'au 2013) En % Croissance de la populaion Densié roboique de 1993 Croissance de la populaion Densié roboique de / / / / / / *** -065*** -062*** -058*** -054** -053** 2007/ / / / / / La populaion considérée es celle des ans. La variable uilisée es le aux de croissance annuel moyen sur la période spécifiée. * ; ** ; *** Significaif à 10 % 5 % e 1 % respecivemen. Source : calculs de l'aueur à parir des données de la Banque mondiale pour la populaion e Graez e Michaels (2015) pour la densié roboique Immigraion e vieillissemen de la populaion acive Le ableau 7 me en avan une assez fore corrélaion négaive e significaive enre migraions nees (M ) e vieillissemen de la populaion «anicipée» (V +i ). Seules les migraions nees observées à la fin des années 1980/au débu des années 1990 fon excepion : dans ce cas la corrélaion enre les migraions e le vieillissemen fuur de la populaion es clairemen posiive e significaive. En d aures ermes à cee excepion près l immigraion irai de pair avec un rajeunissemen de la populaion du pays d accueil. Il fau noer que la relaion posiive enre les migraions nees de la période 1988/1992 e le vieillissemen de la populaion du pays d accueil pourrai s expliquer par les reours des populaions d Europe de l Es vers leur pays d origine du fai de la chue du Mur de Berlin. Ainsi la corrélaion posiive chue foremen pour devenir non significaive lorsque l Allemagne e l Auriche son exclues de l échanillon. Ces migraions du débu des années 1990 on répondu à des moifs poliiques e non économiques. Elles on concerné des populaions âgées (voire rès âgées) e pas seulemen de poeniels acifs (avec leur enfans). Elles n on donc pas pu conribuer à freiner le vieillissemen de la populaion du pays d accueil à l inverse de ce que l on a observé pour les migraions ulérieures. Un exercice de régression linéaire suggère qu un poin de migraions nees supplémenaire (en pourcenage de la populaion) sur la période 1993/2012 s es radui par une baisse du aux de vieillis-

363 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 361 semen de la populaion (mesuré comme la par des ans dans la populaion des ans) de 109 poin en Pour cerains pays de nore échanillon le frein consiué par les migraions nees en ermes de vieillissemen de la populaion es non négligeable. Ainsi en 2013 en l absence de migraions nees l Espagne e l Ausralie auraien eu une par des ans dans la populaion oale supérieure de 4 poins (voir ableau 1). En Irlande cee par aurai éé supérieure de 3 poins e aux USA e en Ialie supérieure de 2 poins 13. Si l objecif des gouvernemens es de luer dans les années à venir conre les pics de vieillissemen exposés dans le ableau 1 le recours à l immigraion devra êre pariculièremen imporan dans cerains pays. Tableau 7. Corrélaion enre migraions nees e vieillissemen En % Migraions nees M Vieillissemen 1988/ / / / / / / ** ** ** * V ** ** *** -41* ** -45* ** -46* * -44* * -49** -49** ** -54** -50** Le vieillissemen de la populaion es calculée comme la par des ans dans la populaion des ans pour l'année considérée. Les migraions nees son exprimées en pourcenage de la populaion oale au cours de la période (de 5 ans) considérée. * ; ** ; *** Significaif à 10 % 5 % e 1 % respecivemen. Pour des raisons de lisibilié seules les corrélaions significaives à ces seuils son reporées dans le ableau. Source : Calculs de l'aueur à parir des données de la Banque mondiale pour la populaion e les migraions nees. 13. Les résulas son qualiaivemen équivalens si l on considère la moyenne des migraions nees sur la période 1998/2012.

364 362 Sandrine Levasseur 4. De l inroducion massive des TIC à la roboisaion e à l auomaisaion 4.1. Quels enseignemens irer de l inroducion massive des nouvelles echnologies dans les enreprises? Au cours des 20 dernières années l inroducion dans les enreprises des nouvelles echnologies (TIC ordinaeurs robos ) a eu un impac majeur sur le conenu en âches d un grand nombre de poses de ravail ainsi que sur les capaciés requises pour exercer un emploi (Auor e al ; Goos e Manning 2007; Auor e Dorn 2013). Dorénavan dans les seceurs manufacuriers un cerain nombre de âches rouinières son effecuées grâce à l usage des nouvelles echnologies (Goos 2013). Du fai de l auomaisaion e de la programmaion par ordinaeur des âches rouinières elles que la fabricaion l assemblage ou le conrôle la subsiuion «capial/ravail peu qualifié» a éé fore dans des seceurs els que l auomobile l élecronique la méallurgie ou encore l agroalimenaire. En revanche l inroducion des nouvelles echnologies a relaivemen épargné les aciviés de service nécessian assez peu de qualificaions mais requéran une ceraine flexibilié e adapabilié physiques (soins à la personne magasinage gardiennage ec.). Enfin l ordinaeur e plus généralemen les TIC se son inscris en complémens pluô qu en subsiu du ravailleur qualifié. Les ravailleurs les plus qualifiés on ainsi vu leur emploi préservé mais aussi leur producivié augmener puisque l usage des TIC leur perme de réaliser leurs âches cogniives non rouinières de manière plus efficace. Les ravailleurs moins qualifiés des seceurs manufacuriers on perdu leur emploi lorsque les nouvelles echnologies les on remplacés dans leurs âches rouinières ou alors on changé d emploi pour ravailler dans les services inensifs en ravail manuel non concurrencés par les nouvelles echnologies (Auor e Dorn 2013). En résumé du fai de l inroducion de l ordinaeur on a assisé à une polarisaion de l emploi aux deux exrêmes de l échelle des qualificaions. Cee polarisaion de l emploi a éé observée sur données américaines (Auor e al ; Auor e Dorn 2013) e européennes (Goos e al. 2009). Si dans les premiers emps de l inroducion des nouvelles echnologies un effe «ani-âge» a pu apparaîre au sein des enreprises noammen à l enconre des ouvriers âgés de plus de 50 ans

365 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 363 (Ananian e Auber 2006) les effes «ani-âge» semblen s êre amoindris au fil du emps. Tou d abord les seniors d aujourd hui on dorénavan 20 ans d expérience au ravail avec les TIC ce qui n éai pas le cas des seniors de la seconde parie des années Ils on aussi un niveau d éducaion iniiale (bien) supérieur. Enfin les insiuions en place on pu favoriser le biais «ani-âge» au sein des enreprises au momen où elles inroduisaien massivemen les nouvelles echnologies. Par exemple en rance le sysème public de pré-reraie a pu pousser hors du marché du ravail les ravailleurs qui se pensaien inapes à l uilisaion des nouvelles echnologies. De même la conribuion Delalande en insauran des coûs de licenciemens plus élevés pour les ravailleurs de plus de 50 ans a pu dissuader les enreprises «innovanes» d embaucher des ravailleurs âgés afin de ne pas risquer d êre redevables ulérieuremen de cee axe (Behagel e al. 2004) Quelle employabilié e producivié des ravailleurs (vieillissans) dans un conexe de roboisaion e d auomaisaion? Depuis quelques années les progrès en roboique suscien des ravaux de recherche (pour l'insan esseniellemen héoriques) don l'un des objecifs es d'en évaluer l'impac sur l'emploi. Si cee liéraure ne raie pas spécifiquemen de la quesion de l'employabilié e de la producivié des ravailleurs vieillissans elle perme cependan de irer quelques enseignemens quan aux capaciés e qualificaions requises pour exercer un emploi dans les prochaines décennies. Le premier consa de cee liéraure es que jusqu à mainenan l ordinaeur s es principalemen subsiué aux âches rouinières (à la fois physiques e cogniives) c es-à-dire aux âches répéiives clairemen définies pouvan faire l obje d une programmaion andis qu il es devenu complémenaire au ravail humain pour la réalisaion de âches cogniives non rouinières. Le second consa es que les progrès echnologiques fuurs n auron pas pour conséquence une simple accenuaion des endances passées (Graez e Michaels 2015 ; rey e Osborne 2013). Selon les «alarmises» les progrès en roboique e en inelligence arificielle 14. Duran les années 2000 l'accès aux disposiifs publics de pré-reraie a éé de plus en plus resrein (andis que les pré-reraies «maison» son devenues de plus en plus axées). La conribuion Delalande a éé supprimée à comper du 1 er janvier 2008.

366 364 Sandrine Levasseur auron un effe dévasaeur sur l emploi. D une par les ravailleurs peu qualifiés qui exerçaien jusqu à mainenan dans les seceurs de service (gardiennage ménage soins à la personne ) seron en concurrence direce avec les robos pour la réalisaion de leur âche les robos éan de plus en plus «auonomes» capables d opérer dans un environnemen changean d inerpréer des scènes complexes e d en déduire l acion appropriée. Le robo e plus généralemen la «machine inelligene» se subsiueron donc au ravailleur pour la réalisaion de âches non rouinières e cela concernera aussi les ravailleurs qualifiés (par exemple pour la réalisaion d un diagnosic médical). inalemen seuls «le sacerdoce la psychologie e l éducaion» échapperon à ce mouvemen de roboisaion e d auomaisaion des âches (Sachs e al. 2015). Si rey e Osborne (2013) offren une vision du mouvemen à l œuvre plus empérée en ermes d effes sur l emploi ils soulignen en même emps que «la capacié des programmeurs à écrire l ensemble des règles e procédures qui dirigen efficacemen la echnologie dans chaque évenualié possible» e qui donc condiionne la capacié des ordinaeurs à réaliser des âches non rouinières ne doi pas êre sous-esimée y compris dans un fuur proche. À ire d exemple rey e Osborne (2013) donnen celui des voiures auonomes qui il y a dix ans semblai relever de la science-ficion mais qui es aujourd hui une réalié. rey e Osborne (2013) on évalué la probabilié d auomaisaion de 702 professions exercées aux Eas-Unis e rouven qu à erme 47 % des emplois américains son menacés. Le même exercice reprodui pour le Royaume-Uni pore à 35 % les emplois menacés par l auomaisaion (Knowles-Culer e al. 2014) e à 42 % pour la rance (Roland Berger Insiue 2014). L impac sur l emploi es donc poeniellemen non négligeable. Les professions exigean de «la créaivié du sens arisique ou de l inelligence sociale e du conac humain qu elles se rapporen à un méier manuel e inellecuel peu ou bien qualifié» seron épargnées par l auomaisaion (Roland Berger Insiue 2014) 15. Dans la mesure où beaucoup de ces professions exigen des capaciés cogniives qui diminuen peu avec l âge (i.e. des capaciés crisallisées) la quesion de l âge «opimal» du ravailleur pour exercer ces professions 15. Voir Bakhshi e al. (2014) pour un même consa.

367 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 365 ne se pose pas. À cerains égards on peu même considérer qu un ravailleur expérimené puisse bénéficier d un avanage comparaif par rappor à un ravailleur plus jeune. Par exemple un médecin «âgé» pourrai faire preuve de plus d empahie qu un jeune médecin pour annoncer à son paien qu il es aein d une maladie grave diagnosiquée par une «machine inelligene». À l opposé de cee vision «alarmise» Auor (2014) souien qu un grand nombre de âches ne pourron faire l obje d une programmaion ou simplemen parce que reprenan à son compe Polanyi (1966) nous en savons plus que ce que nous sommes en mesure d exprimer 16. «Nore connaissance acie de la façon don le monde foncionne dépasse rès largemen nore compréhension explicie» (Auor 2014). De ce fai les âches qui exigen flexibilié jugemen e bon sens (i.e. des qualificaions que nous connaissons seulemen aciemen) pour par exemple développer une hypohèse ou organiser un placard seron rès difficiles à programmer. Selon Auor (2014) l ordinaeur coninuera à jouer le rôle qu il a joué jusqu à mainenan : il s inscrira comme un subsiu au ravail humain pour les âches rouinières andis qu il amplifiera l avanage comparaif des ravailleurs pour la résoluion des âches exigean raisonnemen adapabilié e créaivié. En conséquence la polarisaion du marché du ravail avec d une par des ravailleurs qualifiés e bien rémunérés e d aure par des ravailleurs peu qualifiés e mal rémunérés s accenuera. Plus généralemen les ravaux ayan rai aux conséquences de la roboisaion sur l emploi remarquen que jusqu à mainenan la sociéé a oujours su faire preuve d ingéniosié pour s adaper aux changemens echnologiques majeurs e ce conrairemen aux prédicions de Keynes : il n y aurai donc aucune raison d envisager «une massificaion du chômage echnologique» y compris dans un monde rès roboisé Des gains de producivié esseniellemen liés aux avancées echnologiques La liéraure fai clairemen consensus sur un poin : la roboisaion des processus producifs e l auomaisaion des âches se raduiron par des gains de producivié subsaniels (Sachs e al. 16. Plus précisémen Polanyi (1966) écri «We can know more han we can ell».

368 366 Sandrine Levasseur 2015 ; rey e Osborne 2013 ; Graez e Michaels 2015). Déjà au cours des 20 dernières années la roboisaion a conribué de façon significaive à la producivié du ravail. Ainsi selon Graez e Michaels (2015) cee conribuion a éé de 036 poin de pourcenage en moyenne annuelle depuis Ceres cee conribuion a éé bien inférieure à celle des TIC esimée par exemple à 06 poin dans le cas européen e 1 poin dans le cas américain par O Mahony e Timmer (2009) mais pour une valeur des TIC cinq fois supérieure à celle des robos. A l aune de cee esimaion (la seule qui exise à nore connaissance) les gains en ermes de producivié liés à une roboisaion accrue des processus producifs e à l auomaisaion des âches son donc imporans. En résumé dans les prochaines décennies la producivié de nos économies nous semble bien moins liée à la srucure par âge de la populaion acive qu aux fuures avancées echnologiques. 5. Conclusion Ce aricle s es aaché à analyser l impac du vieillissemen de la populaion acive sur nore poeniel de producivié macroéconomique e donc nore niveau de vie. Tandis que les éudes de neurosciences e les ess psychomériques éablissen un consensus clair sur la baisse des capaciés cogniives avec l âge le lien enre producivié au ravail e âge du ravailleur n es pas clairemen éabli au niveau empirique. La producivié au ravail dépend en effe d ineracions complexes enre faceurs spécifiques à l individu (ses capaciés son expérience sa moivaion) e spécifiques à l enreprise (son inensié echnologique son seceur d acivié). De ce fai la variabilié iner-individuelle apparaî fore : cerains ravailleurs vieillissans demeuren rès producifs andis que d aures perden en producivié faue de moivaion e de capaciés à s adaper aux changemens echnologiques e organisaionnels. À ce ire le niveau d éducaion iniiale semble êre un faceur imporan du mainien de la producivié à un âge avancé. En oure la formaion professionnelle coninue es cruciale pour permere l adapabilié des ravailleurs aux changemens echnologiques de plus en plus rapides mais aussi de plus en 17. L esimaion es réalisée sur un échanillon de 17 pays e 14 indusries sur la période

369 Vieillissemen de la populaion acive : vers une baisse de la producivié? 367 plus imporans. De ce poin de vue les progrès à venir en maière de roboique e d inelligence arificielle posen des défis imporans. Impulsée par l inroducion massive des TIC la demande de capaciés analyiques non rouinières coninuera à augmener. Mais par rappor aux TIC nous assiserons probablemen à un sau qualiaif car l individu sera en parie concurrencé par la «machine inelligene» pour la réalisaion de ceraines âches y compris non rouinières. Les qualificaions requises seron de plus en plus spécifiques e poinues pour que l ordinaeur s inscrive en complémen du ravailleur e non en subsiu. Les âches exigean créaivié inelligence sociale e conac humain seron largemen préservées du processus d auomaisaion. Ces âches pourron coninuer à êre exercées par des individus quel que soi leur âge. Références Abowd J. J. Haliwanger J. Lane K. L. Mac Kinney e K. Sanddusky 2007 «Technology and he demand for skill: an analysis of wihin and beween firms differences» NBER Working Paper Series Ananian S. e P. Auber 2006 «Travailleurs âgés nouvelles echnologies e changemens organisaionnels : un réexamen à parir de l enquêe Réponse» Economie e Saisique Adam S. E. Bonsang S. Germain e S. Perelman 2007 «Reraie aciviés professionnelles e vieillissemen cogniif : Une exploraion à parir des données Share» Economie e Saisique Auor D. H 2014 «Polanyi s paradox and he Shape of employmen growh» NBER Working Paper Auor D. e D. Dorn «The growh of low skill service jobs and he polarizaion of he US labor marke» American Economic Review 103(5): Auor D. H. L.. Kaz e M. S. Kearney 2006 «The Polarizaion of he Labour Marke» Discussion Paper January NBER. Bakhshi H. C. B. rey e M. Osborne 2015 Creaiviy versus Robos NESTA. Disponible à: hps:// vs._robos_wv.pdf Barnay T «Chômage e invalidié après 50 ans : deux disposiifs alernaifs de sorie de l emploi pour les seniors en mauvaise sané?» Economie e Saisique Behagel L. B. Crépon e B. Sédillo 2004 «Conribuion Delalande e ransiions sur le marché du ravail» Economie e Saisique 368 dossier Les Travailleurs âgés face à l emploi

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373 IMPACT DES INÉGALITÉS SUR LA CROISSANCE : QUE SAIT-ON VRAIMENT? UNE (BRÈVE) REVUE DE LITTÉRATURE Guillaume Allègre OCE Sciences Po Le fai que les inégaliés aien un impac négaif sur la croissance es en rain de s imposer comme nouvelle opinion commune dans le déba public en économie. Le consensus à ce suje a évolué rapidemen. Plusieurs canaux héoriques lian inégaliés e croissance peuven êre disingués : le canal de l épargne e de l invesissemen le canal des inciaions le canal de l économie poliique le canal de la cohésion sociale e celui des imperfecions du marché du crédi. Les canaux relian inégaliés e croissance semblen rop complexes pour pouvoir esimer de façon économérique un impac causal pluô qu une corrélaion. Mos clés : croissance inégaliés redisribuion. Si les économises redécouvren aujourd'hui la quesion des inégaliés c'es qu'ils s'en éaien assez largemen désinéressés au cours du dernier demi-siècle. Avec la longue période de croissance qui a suivi la Seconde Guerre mondiale les condiions maérielles se son rapidemen améliorées pour ous. Même avec 2 % de croissance par an rene-six ans suffisen pour doubler le revenu moyen de la populaion. Dans ces condiions il n'es pas difficile de faire en sore que chacun ai des condiions maérielles meilleures que celles de ses parens si bien que la quesion des inégaliés devien moins prégnane. Aujourd hui les économies développées connaissen à la fois une croissance relaivemen faible e des inégaliés croissanes. Par conséquen dans un grand nombre de pays le revenu des classes moyennes sagne voire recule. La héorie Revue de l OCE 142 (2015)

374 372 Guillaume Allègre du ruissellemen selon laquelle l enrichissemen des plus aisés es in fine bénéfique pour les moins aisés devien beaucoup moins convaincane. À l inverse comme la croissance raleni e les inégaliés progressen les argumens selon lesquels les inégaliés peuven même êre nocives pour la croissance on endance à êre plus enendus. Le fai que les inégaliés aien un impac négaif sur la croissance es en rain de s imposer comme nouvelle opinion commune dans le déba public en économie. Sur ce poin le consensus a évolué rapidemen de façon corolaire à la monée en puissance du hème dans les grandes insiuions inernaionales (MI OCDE). En décembre 2014 e sur la base d un documen de ravail (Cingano 2014) l OCDE sor un communiqué de presse iré «Les inégaliés pèsen sur la croissance économique selon l'ocde» 1. En 2012 l avis de l OCDE sur la quesion éai moins ranché. Une éude spéciale soulignai que «malgré un grand nombre d éudes sur le lien enre les inégaliés e la croissance il n y a pas unanimié sur ce suje e les données angibles son peu concluanes» (OCDE 2012). Paul Krugman a égalemen évolué sur la quesion. En aoû 2014 il écri dans le New-York Times qu il y a des preuves de plus en plus imporanes pour une «nouvelle vue» sur le lien enre inégaliés e croissance : «il exise des preuves solides provenan d endrois comme le onds monéaire inernaional qu un niveau élevé d inégaliés es un frein à la croissance e que la redisribuion peu êre bonne pour l économie» 2. C es un documen de ravail du Déparemen de recherche du MI (Osry e al. 2014) qui semble avoir convaincu Krugman. Pouran jusqu ici il n éai pas un ferven défenseur de ce argumen. En 2013 sur son blog il s éai opposé à Sigliz sur le rôle des inégaliés dans la faible reprise. Il n es noammen pas persuadé par l argumen macroéconomique e souligne que le plein-emploi es compaible avec la consommaion de yachs voiures de luxe e services à la personne. Il qualifie l argumen de Sigliz de «fable morale» 3. En décembre 1. Communiqué de presse du 09/12/2014 (hp:// La communicaion es surprenane car comme dans ous les documens de ravail OCDE il y es indiqué que le documen ne représene pas «les vues officielles de l OCDE». 2. «Inequaliy is a drag» The New-York Times 8 aoû «Inequaliy and recovery» : hp://krugman.blogs.nyimes.com/2013/01/20/inequaliyand-recovery/ janvier 2013.

375 Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? il se déclare de nouveau «scepique sur la proposiion les inégaliés son mauvaises pour les performances économiques ( ) Il es imporan de réaliser que même l absence de relaion es un grand changemen par rappor à l opinion commune mais que sai-on vraimen sur le cas conraire?» 4. Ce scepicisme semble êre l aiude la plus raisonnable aujourd hui. En effe si les données angibles éaien peu concluanes en 2012 es-il plausible que sur la base de deux nouvelles éudes nore connaissance sur la quesion soi devenue «solide»? Pour se faire une idée il convien de revenir sur les canaux héoriques relian inégaliés e croissance (I). On pourra alors comprendre que l esimaion empirique du lien causal enre inégaliés e croissance pose des problèmes à la fois héoriques e praiques (II). En conclusion il es souligné que plus grave encore la quesion elle qu elle es généralemen posée n a peu-êre pas beaucoup de sens. 1. Impac des inégaliés sur la croissance : canaux poeniels héoriques Une liéraure économique relaivemen large s es inéressée aux relaions enre inégaliés e croissance. Examiner les canaux poeniels els que disingués dans la liéraure perme de comprendre pourquoi la héorie es ambiguë sur l impac causal des inégaliés sur la croissance Le canal de l épargne e de l invesissemen Selon Kaldor dans un modèle sous hypohèse de plein-emploi les plus aisés ayan une proporion à l épargne plus imporane une augmenaion des inégaliés e de la par dans le revenu naional des plus aisés augmene oues choses égales par ailleurs l épargne e par conséquen l invesissemen e la croissance (Kaldor 1957). Mais pour que ce canal foncionne il fau (1) que l augmenaion du revenu des plus aisés ne s accompagne pas d une baisse équivalene de leur épargne (2) que l augmenaion d épargne se raduise par une augmenaion de l invesissemen producif e (3) que l augmenaion de l invesissemen se raduise 4. «Inequaliy and Economic Performance» : hp://krugman.blogs.nyimes.com/2014/12/ 02/inequaliy-and-economic-performance/ décembre 2014.

376 374 Guillaume Allègre par une augmenaion de la croissance (e non pas seulemen par une croissance plus capialisique). Ce canal ne foncionne donc que sous ceraines condiions macroéconomiques (régime de sousaccumulaion) ; e/ou lorsque le progrès echnique es incorporé à l invesissemen (la plus fore inensié capialisique a pour effe d augmener l innovaion e le progrès echnique). À l inverse en cas d excès d épargne (savings glu) l augmenaion des inégaliés pourrai avoir un effe négaif sur la croissance. Pour Summers (2014) l augmenaion des inégaliés es ainsi un faceur de risque de sagnaion séculaire noion reprise de Hansen (1939). Chez l aueur la sagnaion séculaire es définie par le fai que la poliique monéaire ne perme pas d aeindre l équilibre de plein-emploi : le aux naurel d inérê auquel le désir d épargne e le désir d invesissemen son égaux à la pleine capacié des faceurs de producion (plein-emploi pleine uilisaion des équipemens) es négaif. Dans ces condiions le aux réel d inérê es plus élevé que le aux naurel e la consommaion es rop faible pour permere l uilisaion complèe des faceurs de producion. La croissance es donc plus faible que son poeniel. De plus la non-uilisaion complèe des faceurs de producion peu réduire le poeniel de croissance par des effes d hysérèse. En cas de sagnaion séculaire une baisse des inégaliés si elle a pour conséquence une réducion de l épargne a alors un impac posiif sur la croissance. Mais c es aussi le cas d une augmenaion de la consommaion des plus aisés (en yachs personnels domesiques par exemple). Il y a de nombreux canaux pour sorir d une sagnaion séculaire. La proposiion de réduire les inégaliés pour sorir de la sagnaion séculaire en di finalemen plus sur l idée de «bonne sociéé» des personnes qui la pore que sur l avanage comparaif de l insrumen pour poursuivre l objecif de sorie de sagnaion séculaire Le canal des inciaions Les inégaliés peuven accroîre la croissance en fournissan les inciaions à l effor l innovaion e l enreprenaria. Il y a ainsi arbirage enre équié e croissance inciaion e redisribuion 5. Sur la sagnaion séculaire voir le ebook publié par VoxEU sous la direcion de Teulings e Baldwin (2014).

377 Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? 375 parage e aille du gâeau. Une version de ce argumen a noammen éé développée dans Equaliy and Efficiency: The Big Tradeoff (Okun 1975). L idée d Okun es que le marché es à la fois inégaliaire e efficace ; vouloir réduire les inégaliés par rappor à l équilibre de marché a un coû en ermes d efficacié. C es la réducion des inégaliés par l inervenion de l Éa (e non l égalié elle-même) qui es coûeuse en ermes d efficacié. Chez Okun l inervenion de l Éa ne se limie pas à la redisribuion sociale e fiscale : au conraire. Il commence par discuer l aribuion de «drois» inefficiens. La sociéé s inerdi d éendre le principe de marché à ous les aspecs de la vie sociale (l éducaion publique les pompiers les monumens naionaux le voe ) au nom de l égalié enre cioyens. Mais d un poin de vue économique l aribuion de ces drois a un coû en ermes d efficience ou plus précisémen il exise une fronière sur laquelle il y a arbirage : les deux objecifs sociaux (égalié efficacié) son en parie mais en parie seulemen anagonises. Il fau promouvoir l égalié jusqu au poin ou le bénéfice de plus d égalié es juse égal au coû d une plus grande inefficacié. En ce qui concerne la redisribuion socio-fiscale l arbirage es illusré par la méaphore du seau percé (Leaky Bucke) : imaginons un ransfer des riches vers les pauvres où les 5 % des familles les plus aisées don le revenu moyen es de dollars paieraien en moyenne dollars pour que les 20 % des familles les plus pauvres (revenu moyen : dollars) reçoiven dollars chacune. Malheureusemen la echnologie de ransfer a un coû lié à la disorsion des prix : comme le seau fui une parie de l argen disparaî dans le ransfer. L arbirage enre égalié e efficience se résume à la quesion suivane : quel pourcenage de fuie peu-on acceper pour coninuer à consenir à ce ransfer? En caricauran l aueur souligne que riedman s opposerai au ransfer (même en l absence de fuie) andis que Rawls acceperai ou ransfer ayan une fuie inférieure à 100 % (selon le principe du maximin). L aueur siue sa préférence pour l égalié en mean une limie à 60 % mais ajoue que cee limie serai plus élevée si l impô concernai non pas les 5 % les plus aisés mais seulemen les 1 % 6. Noons que conrairemen à la discussion sur la disribuion 6. On peu égalemen supposer que le pourcenage de fuie oléré dépende du monan ransféré.

378 376 Guillaume Allègre de drois dans la méaphore du seau percé proposée par Okun les objecifs d équié e d efficience son nécessairemen anagonises Le canal de l économie poliique En compléan l argumen d Okun avec des effes d économie poliique Melzer e Richard (1981) arriven à une conclusion apparemmen opposée. L inégalié serai cee fois mauvaise pour la croissance car elle augmenerai la pression en faveur de la redisribuion. Dans le modèle de Melzer e Richard la aille des ransfers es déerminée par un voe majoriaire dans lequel les éleceurs cherchen à maximiser leur uilié. L idée de base es ancienne : plus l inégalié es élevée plus les cioyens voudron une redisribuion fore. Or la redisribuion «rédui les inciaions à ravailler e donc abaisse le revenu naional». Dans le modèle héorique de Melzer e Richard plus le raio du revenu moyen sur le revenu médian es élevé plus la redisribuion sera fore (selon l hypohèse que l éleceur médian es décisif) e plus le revenu naional sera faible. Dans ce modèle l inégalié qui compe es l inégalié primaire avan redisribuion. Bien qu elle puisse paraîre conradicoire la conclusion que les inégaliés son mauvaises pour la croissance es compaible avec le cadre d analyse d Okun : dans les deux cas c es la redisribuion qui es mauvaise pour la croissance. On peu aussi noer que dans le modèle de Melzer e Richard la relaion enre inégaliés e croissance dépend du ype de régime poliique : si les riches conrôlen le régime (plouocraie) alors la relaion es censée s inverser. Sigliz (2012) souligne que c es le cas aux Éas-Unis. Plusieurs aueurs on proposé des modèles héoriques proches. Chez Alesina e Rodrik (1994) les cioyens son inégalemen doés en capial e l imposiion finance à la fois la redisribuion e les dépenses publiques. L augmenaion des inégaliés de capial augmene le aux d imposiion e rédui la croissance mais seulemen pour des niveaux élevés d imposiion : à des niveaux plus faibles l imposiion e les dépenses publiques corolaires augmenen la croissance. Persson e Tabellini (1994) proposen un modèle similaire s appuyan égalemen sur l hypohèse d éleceur médian. Peroi (1996) examine ce canal de façon empirique e conclu que les résulas ne son pas rès probans (voir infra).

379 Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? Le canal de la cohésion sociale ou de l insabilié poliique Il exise un aure canal héorique d économie poliique en parie conradicoire avec celui proposé par Melzer e Richard. Selon cee deuxième école l augmenaion des inégaliés rédui la cohésion sociale e/ou augmene l insabilié poliique ce qui pèse sur la croissance. Pour Alesina e Peroi l inégalié produi de l insabilié sociopoliique qui menacerai les drois de propriéé. Cee menace réduirai l invesissemen e par conséquen la croissance (Alesina e Peroi 1996 ; Peroi 1996). Barro (2000) souligne que la redisribuion rédui le crime e les aciviés ani-sociales. Les sociéés inégaliaires auraien plus de mal à mener à bien des réformes nécessaires à la croissance (Rodrik 1999). L aueur prend l exemple d une économie confronée à un choc exerne. Les poliiques publiques permean de répondre aux chocs exérieurs on des conséquences redisribuives. La possibilié de les mere en œuvre dépend grandemen du clima social. S il es mauvais e qu il s avère impossible de mere en place des réformes l économie peu êre paralysée pendan des années. La réducion de la cohésion sociale réduirai le financemen de biens publics ce qui serai défavorable à la croissance (Punam 2000). Sur données expérimenales Anderson e al. (2008) monren que l inégalié lorsqu elle es rendue publique rédui la conribuion à un bien public de ous les paricipans. Si l on en croî Anderson c es l injusice perçue e non les inégaliés en ellesmêmes qui réduisen le consenemen à financer des biens publics e par conséquen la croissance Le canal des imperfecions du marché du crédi Un aure canal héorique es celui du sous-invesissemen lié aux imperfecions du marché des capiaux. En présence d imperfecions e de frais fixes à l éducaion les pauvres invesissen moins lorsque les inégaliés augmenen noammen dans leur éducaion e dans l enreprenaria mais aussi dans leur sané e celle de leurs enfans. Galor e Zeira (1993) proposen un modèle héorique décrivan ce mécanisme. Le fai que les agens les plus pauvres ne puissen pas faire cerains invesissemens renables rédui la croissance e la rend inégaliaire. Ce ype d économie es

380 378 Guillaume Allègre caracérisé par la présence de «rappes à pauvreé» : les familles qui son iniialemen pauvres demeuren pauvres. La richesse iniiale des individus déermine leur capacié à invesir ce qui pose égalemen le problème de l égalié des opporuniés : ce ne son pas nécessairemen les individus les plus alenueux qui invesissen ce qui peu égalemen avoir un impac sur la croissance. Dans le modèle de Galor e Zeira les inégaliés on un impac différen sur la croissance dans les pays pauvres e les pays di développés. L impac des inégaliés sur la croissance es le plus for dans les pays pauvres dans lesquels beaucoup de ménages son conrains financièremen. Dans les pays développés par consrucion peu de ménages son conrains : la plupar des ménages reçoiven un hériage qu ils peuven uiliser pour réaliser des invesissemens en capial humain. Chez Pikey (1997) la disribuion iniiale de parimoine a des effes sur le aux d inérê d équilibre en présence d imperfecions sur le marché du crédi. Si le parimoine es rès inégalemen paragé la demande de capial sera plus fore que l offre e le aux d inérê sera plus élevé. Dans ce cas l accumulaion du capial es moins fore ce qui rédui la producion e la croissance (par exemple si l inensié capialisique accroî l innovaion). 2. L impossible esimaion empirique d un impac causal Le graphique 1 résume les canaux héoriques enre inégaliés e croissance. Si l on s inéresse ici à l impac des inégaliés sur la croissance il fau aussi noer que la causalié inverse a aussi éé éudiée. Selon la fameuse courbe de Kuznes la croissance augmene les inégaliés dans un premier emps puis les rédui (Kuznes 1955). Une fore croissance peu égalemen réduire les inégaliés via la baisse du chômage ou en augmenan le consenemen à la mise en place d un Éa social. Le graphique monre aussi des causaliés doubles. L inégalié peu peser sur la croissance via des conraines de crédi chez les pauvres. À l inverse la croissance rédui les conraines de crédi chez les pauvres. La croissance peu aussi augmener l égalié des chances en remean en cause les phénomènes d exracion de rene. Enfin la croissance es aussi un veceur de cohésion sociale. Sans croissance les réformes srucurelles fon des gagnans e des

381 Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? 379 perdans ou au long de l échelle de revenus. La croissance perme de faire des réformes sans perdans noammen dans le bas de l échelle. Le graphique e la discussion monren qu il es quasimen impossible d évaluer l impac causal global des inégaliés sur la croissance à l aide d un modèle srucurel comple. Les canaux héoriques son rop nombreux e chaque canal nécessierai d inclure des variables de conrôle. De plus les données sur les inégaliés son assez peu fiables en dehors de celles des pays de l OCDE. À la limie le nombre de variables de conrôle qu il faudrai inégrer dépasse le nombre de pays pour lesquels on dispose de données fiables. Graphique 1. Canaux héoriques enre inégaliés e croissance I N E G A L I T E S + Epargne + + Inciaons + Demande de - redisribuon - - Classe moyenne - Possibiliés de crédis - - Egalié des chances puis - - Cohésion sociale Effe Kuznes Chômage - + Éa social + - C R O I S S A N C E Lecure : L augmenaion des inégaliés accroî les inciaions financières ce qui aurai un effe posiif sur la croissance. Les causaliés doubles apparaissen en gris clair. Les causaliés inverses en gris foncé Esimaion de l impac global des inégaliés sur la croissance Malgré ces difficulés un cerain nombre d éudes on ené d esimer l impac global des inégaliés sur la croissance. Ces éudes se disinguen par la srucure des données (en coupe ou en panel) par l inégalié mesurée (revenu propriéé foncière capial humain) par l indicaeur uilisé (Gini par du Nième quinile) e par la méhode économérique d esimaion (Cingano 2014).

382 380 Guillaume Allègre Avan les années 1990 l opinion commune éai que les inégaliés éaien bonnes pour la croissance car inciaives à l effor e à l épargne. Les esimaions empiriques dans les années 1990 von faire émerger une nouvelle vue. Alesina e Rodrik (1994) esen un modèle d économie poliique selon lequel les inégaliés de parimoine e de revenu augmenen le aux d imposiion e rédui la croissance. Selon les résulas empiriques les inégaliés de propriéé foncière e de revenu (mesurées par le Gini) son négaivemen corrélées avec la croissance dans l échanillon comple ainsi que parmi les pays démocraiques e les non-démocraiques. Persson e Tabellini (1994) abouissen à la même conclusion sur données de panel e données longiudinales. Clarke (1995) conclu égalemen que l inégalié es négaivemen corrélée avec la croissance à la fois dans les pays démocraiques e les pays non-démocraiques mais ajoue que la magniude de la relaion es relaivemen faible e le sens de la causalié es ambigu. Deiniger e Squire (1998) rouven une fore relaion enre la croissance à long erme e l inégalié iniiale du revenu e de la propriéé foncière. Ils monren que l inégalié rédui la croissance du revenu pour les pauvres mais pas pour les riches. La relaion n es ainsi pas significaive dans les pays riches. Les aueurs rejeen la causalié inverse soi l hypohèse de Kuzne. Ils concluen que des poliiques publiques facilian l accès aux acifs des pauvres a pour double effe d accroîre la croissance e de réduire la pauvreé. Sur données de panel Barro (2000) rouve peu ou pas d effe de l inégalié (mesuré par le Gini) sur la croissance e l invesissemen au niveau global. L aueur uilise un indice de sécurié juridique (rule of law index) un indice de démocraie le aux d inflaion le nombre moyen d années d éudes le log du aux de fécondié le aux d invesissemen dans le Pib comme variables de conrôle. Cependan une plus fore inégalié aurai pour effe de rearder la croissance dans les pays pauvres e de l encourager dans les pays riches. Les inégaliés auraien un rôle négaif sur la croissance lorsque le PIB par êe es inférieur à dollars e posiif si le PIB par êe es supérieur à ce monan. Dans les pays riches il y aurai ainsi un arbirage enre croissance e égalié alors que les deux seraien complémenaires dans les pays pauvres.

383 Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? 381 On voi ainsi que dans les années 1990 une nouvelle vue sur les inégaliés émerge. Les éudes soulignen le caracère négaif des inégaliés au moins sur les populaions dans les pays les plus pauvres. Elles meen ainsi en avan le canal de l imperfecion des marchés e de l invesissemen dans le capial humain. Touefois cee nouvelle vue va êre remise en cause à la fin des années 1990 par des éudes en données de panel. Sur données de panel Li e Zou (1998) rouven une relaion posiive enre l inégalié iniiale de revenu e la croissance économique mais meen en garde sur l inerpréaion causale. Dans l AER orbes (2000) souligne que sur données de panel en conrôlan l effe pays les résulas suggèren qu à cour e moyen erme une augmenaion de l inégalié a un effe posiif sur la croissance économique. Dans les années 2010 de nouvelles éudes en données de panel conredisen cee remise en cause. Casello (2010) rouve un effe négaif de l inégalié de revenu e de capial humain dans ou son échanillon ainsi que dans les pays à bas-revenus. L effe disparaî ou devien posiif dans les pays à haus revenus. Touefois l effe posiif dans les pays à haus revenus n es pas robuse : il es affecé par quelques observaions aypiques. Osry e al. (2014) dans un documen de ravail du MI monren qu un niveau plus bas d inégalié es corrélé de façon robuse à une croissance plus rapide e durable pour un niveau donné de redisribuion. Par conre les pays à fores inégaliés enden à redisribuer davanage. Touefois les aueurs monren égalemen que la redisribuion n a d effe sur la croissance que dans des cas exrêmes. En combinan effes direc e indirec via la baisse des inégaliés les aueurs monren que la redisribuion es en moyenne favorable à la croissance. Enfin dans un documen de ravail de l OCDE Cingano (2014) monre que l inégalié es défavorable à la croissance. Selon l aueur ce qui compe le plus es l écar enre la populaion à bas-revenus e le rese de la populaion. Par conre les inégaliés en hau de l échelle n auraien pas d influence sur la croissance. Les éudes ciées ci-dessus examinen le lien enre inégaliés e croissance. Ceraines rouven une corrélaion posiive e d aures une corrélaion négaive. Il n es ouefois pas possible d inerpréer ce lien en ermes de causalié sans un modèle srucurel. Une aure méhode comme celle suivie par Cingano consise à

384 382 Guillaume Allègre examiner les canaux causaux. Les deux canaux principaux son ceux de l économie poliique (ension sociale pression pour la redisribuion) e celui de l imperfecion sur le marché du crédi Esimaion des différens canaux Alesina e Peroi (1996) esen un modèle d économique poliique dans lequel les inégaliés provoquen de l insabilié sociopoliique qui rédui l invesissemen e donc la croissance. L insabilié socio-poliique es mesurée par l alernance poliique (consiuionnelle ou par coups d Éa) ou par un indice de «roubles sociaux» (social unres). Les aueurs concluen que leur hypohèse es valide : l inégalié économique augmene l insabilié socio-poliique e rédui l invesissemen. Les aueurs expliquen ainsi le succès des «quare dragons» (Hong Kong Singapore Corée du Sud e Taïwan) par les réformes agraires à la suie de la Seconde Guerre mondiale. D un poin de vue normaif les aueurs soulignen que la redisribuion en réduisan l inégalié peu apaiser le clima socio-poliique ce qui es favorable à l invesissemen. L effe ne de la redisribuion sur l invesissemen es donc ambigu si l on prend égalemen en compe l effe direc de disorsion fiscale. Peroi (1996) explore plusieurs canaux d économie poliique : la poliique budgéaire endogène l insabilié socio-poliique les conraines de crédis e la fécondié endogène. La conclusion de l aueur es qu il exise une fore présompion empirique pour deux de ces canaux : l insabilié socio-poliique e la décision d éducaion/fécondié. Un roisième canal l imperfecion du marché du crédi a moins de souien empirique. Par conre le canal de la poliique budgéaire es rejeé. Deininger e Squire (1998) esen deux canaux : le canal de l invesissemen en acifs pour les pauvres e celui de la paricipaion poliique. Les aueurs rouven que l inégalié foncière a un effe significaif sur l invesissemen en capial humain e par conséquen sur l invesissemen e la croissance. L inégalié e la croissance son endogènes : les 20 % les plus pauvres bénéficien de la croissance à moyen erme. L inégalié iniiale es défavorable aux pauvres mais pas aux riches. L invesissemen es associé à plus de croissance pour ous mais bénéficie davanage aux pauvres qu aux riches. Une diminuion d un écar-ype de l inégalié

385 Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? 383 iniiale de propriéé foncière augmene la croissance du revenu du quinile inférieur de 105 % par an. Par comparaison une augmenaion d un écar-ype de l invesissemen l augmene de 18 %. La conclusion des aueurs es qu en ermes de lue conre la pauvreé il vau mieux créer de nouveaux acifs pluô qu essayer de redisribuer ceux déjà exisans. 3. Conclusion : au fai ce que l on essaye (en vain) de mesurer a--il un sens? Pour conclure il es enan de reprendre la conclusion de l OCDE en 2012 : «Malgré d abondans ravaux héoriques sur les liens enre l inégalié e la croissance aucun consensus ne s es dégagé e les données empiriques ne son pas concluanes. Ceraines réformes apparaissen comme gagnan-gagnan d aures en revanche peuven comporer un arbirage». Touefois on peu égalemen se demander si la quesion de l impac des inégaliés sur la croissance a beaucoup de sens. Dans ce conexe la définiion des inégaliés ne pose pas rop de problèmes. Selon les éudes le Gini de revenu disponible ou de revenus primaires es uilisé. Par conre la croissance mesurée par le PIB peu-êre rompeur. La méaphore généralemen uilisée es celle de la aille e des pars du gâeau. Il y aurai au moins dans les pays développés un arbirage enre la aille du gâeau e la façon plus ou moins égaliaire don on le découpe. Cee méaphore es rompeuse dans la mesure où l hypohèse implicie es que l on parle du même gâeau avec les mêmes ingrédiens. Or dans une économie plus inégale ce ne son pas les mêmes biens e services qui son consommés : pour reprendre la méaphore pâissière la recee du gâeau change. Même si les plus pauvres peuven consommer le même panier de biens e services les plus riches von consommer un aure panier avec plus de services à la personne que dans une sociéé de classes moyennes ce qui veu dire que les emplois des plus pauvres changen avec plus de services à la personne e d emplois dis domesiques. Auremen di la aille du Pib es un mauvais indicaeur de bien-êre lorsque la disribuion du revenu change. aire enrer la aille du Pib e les inégaliés dans une foncion de bien-êre social [W= f (Pib inégaliés)] n a donc pas beaucoup de sens. Si le Pib es esseniellemen

386 384 Guillaume Allègre consiué de yachs e de services domesiques aucune augmenaion du Pib ne peu compenser l augmenaion des inégaliés pour les plus pauvres. Dans l arbirage enre Pib e inégaliés il manque un crière de jusice sociale. Par exemple chez Rawls les inégaliés ne son jusifiées que si elles procuren le plus grand bénéfice aux membres les plus désavanagés de la sociéé (Rawls 1971). Références Alesina A. e R. Peroi 1996 «Income disribuion poliical insabiliy and invesmen» European Economic Review 40(6) : Alesina A. e D. Rodrik 1994 «Disribuive poliics and economic growh» Quarerly Journal of Economics CIX(2) : Anderson L. J. Mellor e J. Milyo 2008 «Inequaliy and public good provision: an experimenal analysis» The Journal of Socio-Economics (37) : Barro R 2000 «Inequaliy and growh in a panel of counries» Journal of Economic Growh 5(1) : Caselló A «Inequaliy and growh in advanced economies: an empirical invesigaion» Journal of Economic Inequaliy 8(3) : sepembre. Cingano «Trends in Income Inequaliy and is Impac on Economic Growh» OECD Social Employmen and Migraion Working Papers n 163 OECD. Clarke G «More evidence on income disribuion and growh» Journal of Developmen Economics 47(2) : Deininger K. e L. Squire 1998 «New ways of looking a old issues: inequaliy and growh» Journal of Developmen Economics 57(2) : orbes K «A reassessmen of he relaionship beween inequaliy and growh» American Economic Review 90(4) : Galor O. e J. Zeira 1993 «Income disribuion and macroeconomics» Review of Economic Sudies 60(1) : Hansen A 1939 «Economic Progress and Declining Populaion Growh» American Economic Review 1939 pp Kaldor N «A Model of Economic Growh» The Economic Journal 67 p Kuznes S «Economic Growh and Income Inequaliy» American Economic Review 65(1). Li H. and Zou H. (1998) «Income inequaliy is no harmful for growh: heory and evidence» Review of Developmen Economics 2(3) :

387 Impac des inégaliés sur la croissance : que sai-on vraimen? 385 OCDE 2012 «Peu-on à la fois réduire les inégaliés de revenu e simuler la croissance» dans Réformes économiques Objecif croissance Ediions OCDE. Melzer A. e S. Richard 1981 «A raional heory of he size of governmen» Journal of Poliical Economy 89(5) : Okun A Equaliy and efficiency: The big rade-off Washingon DC: Brookings Insiuion. Osberg L. T. Smeeding e J. Schwabish 2003 Income disribuion and public social expendiure: heories effecs and evidence Documen de ravail Maxwell School Syracuse Universiy. Osry J. A. Berg e C. Tsangarides 2014 «Redisribuion Inequaliy and Growh» IM Saff discussion noe évrier Persson T. e G. Tabellini 1994 «Is inequaliy harmful for growh?» American Economic Review 84(3) : Peroi R «Growh income disribuion and democracy: wha he daa say» Journal of Economic Growh 1(2) : Pikey T «The Dynamics of he Wealh Disribuion and he Ineres Rae wih Credi Raioning» Review of Economic Sudies 64(2) : Punam 2000 Bowling alone: The collapse and renewal of American communiy Simon and Schuser. Rawls 1971 A Theory of Jusice Harvard Universiy Press. Rodrik D «Where Did All he Growh Go? Exernal Shocks Social Conflic and Growh Collapses» Journal of Economic Growh 4(4) : Sigliz J Le prix de l inégalié Les liens qui libèren. Summers L «U.S. Economic Prospecs: Secular Sagnaion Hyseresis and he Zero Lower Bound» Business Economics 49(2). Teulings C. e R. Baldwin (ed.) 2014 Secular Sagnaion. acs Causes and Cures A VoxEU.org Book: hp:// Vox_secular_sagnaion.pdf

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