Richard Abibon Don Quichotte, c est moi

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1 Richard Abibon Don Quichotte, c est moi Lors de la präparation du colloque Å Œdipe 1, le salon rencontre Don Quichotte É Alcala Ñ, notre amie DÄlia Kohen a laissä Ächapper deux assertions contradictoires sur la question du däsir de l analyste : comme psychanalyste, en tant que femme j y suis, et en tant que femme, je n y suis pas. Üa me semble une excellente conception du sujet, qui ne se construit que de se situer aux limites, comme le paradoxe de Russell situe la limite des mathämatiques dans leurs fondements, comme les transfinis de Cantor tentent de les prolonger dans leur extension. De la máme faàon notre ami Bernard Balavoine nous expliquait que l acte analytique se situe dans un suspend du däsir de l analyste pour permettre le däploiement du däsir d analyste. Dans le premier, le däsir de l analyste, le sujet y serait, tandis que dans le second le däsir d analyste c'est-é-dire däsir que l analyse se fasse, il n y serait pas. Ceci repräsente ce que j ai compris de ce qu il a dit et non la väritä de ce qu il a dit, que je lui laisse, bien sâr. Or, ce que nous indiquait Bernard Balavoine, dans les exemples qu il a citä, c est que le suspend de son däsir avait entrainä le suspend prämaturä de telle analyse. Le däsir Ätant toujours en appui instable sur le däsir de l autre, je comprends en effet que le suspend de l un suspende la mise en jeu du däsir de l autre. Je prätends que dans le däsir dit Å däsir d analyste Ñ, le däsir du sujet y est aussi. On ne peut suspendre le däsir, quel qu il soit : si on croit le suspendre, alors, c est qu on le refoule et il subsiste dans l inconscient. Ce däsir-lé s apparente É un däsir surmoäque commandä par l Äthique de la psychanalyse. Comme Freud l avait bien repärä, tout däsir surmoäque puise ses ressources dans le Äa. Le conflit de ces deux däsirs n est qu une autre repräsentation de la scãne sur laquelle montent les deux propositions contradictoires : j y suis et je n y suis pas. 1 Oedipe le Salon rencontre Don Quichotte É Alcala (Espagne, ville natale de Cervantãs). 24, 25 septembre Grand merci É Delia Kohen et É Serge Sabinus de l avoir organisä, et merci späcialement É Serge Sabinus d avoir poussä É la räflexion du cåtä du däsir de l analyste. 1

2 RÄalitÄ et fantasme, moulins et gäants, complexe d Œdipe et complexe de castration, saint Georges et saint Michel Au däcours d une discussion qui par contre, n avait rien É voir avec ce colloque en präparation, un collãgue me disait räcemment : je n y peux rien, si tu prends pour des gçants les moulins É vent que j aperäois clairement, ils sont lé dans ma clinique, il n y a qu É observer. Les choses sont comme Äa, je n y peux rien. Or, ce qu on observe, ce n est pas àa ; lorsque les choses sont dites comme àa, il ne faut pas oublier qu il reste qu elles sont dites. Elles ne sont donc pas comme àa, comme elles seraient sensäes Ñtre, mais comme elles sont dites. Dire qu elles sont comme elles sont, c est ce que Bachelard appelait l illusion de la transparence du räel. Dans toute Å observation Ñ du räel, on a toujours une thäorie implicite. C est bien pour àa qu en psychanalyse, on est passä de l observation É l Äcoute, car il ne s agit pas de donner un discours sur le monde extärieur, mais d entendre ce qu un sujet dit de son monde intärieur, qui, certes, entre näcessairement en dialectique avec ce qu il peut dire du monde extärieur. Il ne s agit pas d objectivitä mais de subjectivitä. Il faut donc distinguer : - une väritä d adäquation aux choses, dite objectivitä, fondement de la science. - une väritä d adäquation aux mots, dite väritä d Änonciation, fondement de la passcience, c'est-é-dire de la psychanalyse. Mais c est bien plus complexe encore. Si Don quichotte dit qu il a vu des gäants, c est faux du point de vue des choses car Sancho, qui a quelque bon sens de ce cåtä-lé, lui confirme que ce sont des moulins É vent. Mais il est vrai que Don quichotte, lui, dit que ce sont des gäants. L appräciation de väritä porte alors sur le discours et non sur les choses. Pour le dire autrement, l appräciation de väritä porte sur le sujet et non sur les objets dont il parle. C est lé qu intervient la notion de point de vue sur le monde extärieur. Des points de vue, il peut y en avoir autant que de sujets. Bon an, mal an, nous arrivons cependant É nous mettre d accord sur un point de vue commun que nous appelons räalitä. Comment y parvenons-nous? En nous parlant. Et encore y 2

3 parvenons-nous pour certaines choses, certainement pas pour toutes. En tämoignent les multiples conflits entre les humains, y incluant nos nombreuses discussions entre collãgues, dont la phrase rapportäe ci-dessus. Aussi la compagnie a-t-elle beau jeu de se gausser de Don Quichotte pour lequel la moindre auberge est un chçteau, un plat É barbe, le casque d un häros, et une thäorie de moulins É vent, une armäe de gäants. Lorsqu un däsaccord nous secoue, chacun est ainsi le Don Quichotte de l autre, assurä que nous sommes de notre point de vue sur la Å räalitä Ñ et tenant pour plus ou moins fou le point de vue de l autre. Üa va encore mieux si quelques uns soutiennent notre point de vue, tandis que quelques autres soutiennent le point de vue contraire. Je peux donc soutenir la väritä de mon dire de : - Ma propre parole. Je m autorise ainsi de moi-máme. VÇritÇ d Çnonciation ; ce que je dis est peut-átre faux du point de vue de l objet, mais il est vrai que je le dis et que cela me constitue comme sujet. - La parole de mes analysants, mais c est moi qui la rapporte. On peut parfaitement me dire que je n ai entendu que ce que je voulais bien entendre, É l aune de ce que j avais cru entendre de moi-máme. VÇritÇ d Çnonciation rapportçe. Le sujet qui parle reste moi-máme, et ce qu ils sont censä avoir dit reste l objet de mon discours. - De l autoritä d un tiers qui a dit la máme chose que moi : Freud ; et je peux aussi bien y ajouter Lacan et tous les autres auteurs psychanalystes qui ont fait couler des fleuves d encre sur le sujet depuis Freud. Mais c est comme se räfärer É la torah et aux livres de chevalerie. VÇritÇ du savoir faisant autoritç. - D ailleurs qu'est-ce qu un chevalier? c est un homme É cheval. C'est-É-dire quelqu'un qui a quelque chose entre les jambes. Se räfärer ici, sociologiquement cette fois au nombre considärable de petites filles inscrites dans des cours d Äquitation en comparaison du nombre incomparablement plus räduit de garàons. VÇritÇ statistique É laquelle on trouvera aussi toujours É objecter. - D un point de vue scientifique, c'est-é-dire d une observation objective, je ne peux dire qu une chose : les femmes n ont, certes, pas de pänis, mais elles ont un appareil gänital parfaitement constituä auquel il ne manque absolument rien. Les trois critãres de väritä ci-dessus sont en contradiction avec cet argument au point que, máme dans sa formulation, lorsque je fais räfärence É une absence de pänis, je fais implicitement räfärence aux arguties du petit enfant qui continue de comparer ce qui, pour une observation objective, est incomparable. C est ce qui fait qu il est quasiment impossible de parler de pänis : la comparaison est toujours lé, en filigrane et en termes de castration, ce qui fait que nous n avons finalement affaire qu avec le phallus, qui ne doit son statut É aucune essence, aucune objectivitä, mais au rapport entre fäminin et masculin Ätabli par l enfant que nous avons tous ÄtÄ. L objectivitä est subvertie par le point de vue subjectif, qui fourni une explication É l inexplicable. Explication fausse, mais porteuse d un sentiment de väritä si vif qu il subsiste toute la vie. VÇritÇ du sentiment. Enfin il y a ce sur quoi on s accorde dans un discours, lorsque l une des väritäs cidessus ou plusieurs, viennent É átre reconnues pour communes par deux interlocuteurs, par les 3

4 membres d une communautä quelconque, voire par le monde entier. Ce peut parfaitement átre quelque chose qui sera reconnu faux ultärieurement comme la centralitä de la terre dans l univers, la cräation de l homme par Dieu, ou l axiome d Euclide disant qu une seule parallãle passe par un point extärieur É une droite. Sur une base diffärente de ce qu on observe en räalitä, on peut construire un monde diffärent : Lobatchevski, Klein et PoincarÄ ont crää des modãles de gäomätrie dans lesquelles on peut tracer une infinitä de parallãles É une droite donnäe et passant par un máme point, comme dans la gäomätrie hyperbolique : Dans cette espace, les droites sont des hyperboles. Il existe donc une infinitä de droites qui, comme d1, d2 et d3, passent par le point M et sont parallãles É la droite D. Dans la gäomätrie elliptique de Riemann, c est le contraire. Ici les droites sont des grands cercles c'est-é-dire les cercles qui ont le máme centre que la sphãre. Il n'existe aucune droite passant par le point M et parallãle É la droite D. Elles vont toutes rencontrer la droite D. Il n y a donc pas de parallãles. Et puisque je parle d espace hyperbolique, il peut átre utile de rappeler l usage que Lacan fit de l hyperbole en son schäma I : un modãle de Å la structure du sujet au terme du processus psychotique 2 Ñ 2 Ecrits p 571 4

5 i M I 0 S P 0 m pour se rendre compte que, si on Äcrit cette hyperbole sur une sphãre, l infini de ses branches se recoupe, dälimitant deux espaces, certes cliväs, mais finis. I 0 P 0 VoilÉ qui mettrait un coup d arrát É la folie des grandeurs qui caractärise cette course É l infini des asymptotes. Oui, mais cela suppose la construction d un espace sphärique diffärent de l espace plan dans lequel nous avons l habitude de nous inscrire. Je laisse pour l instant de cåtä ce que pourrait signifier un tel espace au plan de la pratique psychanalytique avec la psychose. Il me suffit de constater que les mámes rãgles ne valent pas pour tous les espaces. Tout cela est venu de l interrogation de Russell, qui n admettait pas que les mathämatiques reposent sur des axiomes. En effet, ces gäomätries diffärentes montrent qu en prenant pour base un axiome diffärent, on construit un univers diffärent ayant sa cohärence propre. Cet univers est-il faux pour autant? Est-il fou pour autant? Un axiome, c est ce qu on ne peut pas prouver. La väritä, c est ce qui est prouvable, disait Russell. Or, qui va prouver que cet axiome (la phrase präcädente) est une väritä? Tout cela possãde une 5

6 Base structurale. La psychanalyse, via la bouche des enfants, ces enfants que nous sommes restäs dans l inconscient, nous apprend quelque chose de ce nœud qui place la subjectivitä en interdäpendance avec l objectivitä. Une premiãre dite Å observation Ñ va faire loi : ce qu Å on Ñ observe, c est en effet un gäant, le phallus, É la place de ce moulin É vent qu est le sexe fäminin. Or, comme l image du corps se place É l aune de toute chose, on peut en concevoir quelque doute sur la conception que nous avons de ce que nous appelons räalitä. Paradoxalement, c est la non-observation, c'est-é-dire l observation sur le corps d un rien (un dit-rien au lieu du sexe fäminin) qui entraêne l observation d un quelque chose (le phallus). L image du corps se construit donc sur ce concept faux du manque d une piãce essentielle, manque possible chez le garàon, manque accompli chez la fille. Mais il est vrai qu il en est ainsi pour l enfant, garàon ou fille, et donc pour l inconscient qui est l infantile en nous. C est vrai, car c est ce que j ai pu dire en analysant mes ráves, premier argument (subjectivitä), et c est vrai de ce que j entends de mes analysants et analysantes, deuxiöme argument (d une certaine objectivitä, tout É fait discutable) Ces deux arguments sont trãs fragiles, vous en conviendrez. Combien de personnes pourraient me rätorquer : mais, je n ai jamais vu àa dans mes ráves! J en ai renconträ beaucoup, en effet, y compris des personnes ayant fait une analyse. Du coup, le second argument rävãle aussi sa fragilitä : si mes analysants disent àa, il est vrai qu ils ne le disent pas tous. Moi, je pense que c est parce qu il y a ceux qui y sont arriväs et ceux qui n y sont pas arriväs. Est-ce parce que je le pense que j ai raison? Je pourrais alors me räfärer É ce qu on appelle l argument d autoritç : Freud dans ce domaine, fait autoritä, et il a Äcrit ce que je dis avoir trouvä dans mes ráves et dans pas mal des analyses que je conduis. Mais lé, est-ce que je ne fais pas autre choses que me räfärer aux livres, comme Don quichotte lui-máme qui ne voit sa vie qu É travers cette räfärence aux romans de chevalerie, dont on peut penser que s il en a fait sa passion, c est qu ils correspondaient É ses ráves? Mais ce n est pas tout. Cette Å observation Ñ de la dite castration se fait dans un contexte affectif bien particulier. J aime maman, qui s occupe tant de moi, mais pas autant que je ne le souhaiterais puisqu elle s occupe aussi de papa et de mes frãres et sœurs. Elle n est, hälas, pas toute pour moi. Il manque une piãce au puzzle corporel et il manque une piãce au puzzle social. La petite fille pourrait en dire autant de son propre corps et de son papa, pas tout pour elle. Ces grandes amours dites aussi Å complexe d Œdipe Ñ entrainent de grandes frustrations et donc l envie fortement räprimäe de tuer le parent et la fratrie rivale. Car on aime aussi le parent rival, et parfois aussi les membres de la fratrie. Cette contradiction 6

7 affective j aime et je hais en máme temps - ajoutäe au peu de crädit social accordä É la haine se traduit le plus souvent par le refoulement de la pulsion meurtriãre. Üa ne l empáche pas de continuer son cheminement souterrain dans l inconscient, jusqu É ressurgir en certaines occasions sous la forme de ráves, actes manquäs, et symptåmes. Ainsi le dälire de Don Quichotte peut-il átre peràu : sa propension É se mesurer aux gäants sonne comme un besoin de revanche É l Ägard d un parent, voire des deux. Lorsque nous Ätions petits, les parents nous apparaissaient en effet comme des gäants, non seulement par leur taille mais par l autoritä que nous pensions indue et excessive qu ils exeràaient sur notre territoire. C est ainsi que les gäants apparaissent dans l histoire de Don Quichotte : des tyrans. En ce sens Don Quichotte apparaêt comme un avatar plus moderne des Saints Michel et Georges, tous deux connus comme habiles pourfendeurs de dragons, comme dans cette miniature d auteur inconnu : On remarquera ici une condensation des complexes d Œdipe et de castration. En tuant le parent rival que repräsente la figure terrible du dragon, le chevalier prend soin d enfourner son arme dans la gueule ouverte de la báte, Ävidente mise en scãne du vagin dentä. Ceci lui permet donc une mätaphore de l acte sexuel avec la mãre, tout en se donnant une repräsentation de la castration qui signerait la sanction de son forfait par le pãre. Ici la castration a l avantage d átre repräsentäe dans un cas de figure qui en rend caduc les effets, l arme phallique triomphant toujours de la fäminine angoisse. Remplacez dragon et femme par gäant et moulin É vent, et vous avez le passage des mythiques romans de chevalerie au moderne räcit de Don Quichotte, qui se retrouve la plupart du temps rossä par ses adversaires. Le fantasme ne fait pas toujours loi. Voici, É titre d exemple d autres repräsentations de Saint Georges, par Paolo Ucello, vers : 7

8 Et vers : Et par Carapaccio : 8

9 Vous remarquerez la constante dans la rhätorique de l image : c est toujours la gueule du dragon qui est visäe et une jeune femme est toujours lé, qu il s agit de dälivrer. En fait, le dragon repräsente É la fois le rival É l Ägard de cette femme-mãre et le phallus qu elle n a pas, matärialisä par la forme serpentine de la báte avec sa gueule ouverte condensant en une máme figure la präsence et l absence de cet organe problämatique aussi bien pour les filles que pour les garàons. Pour tous, seule la castration, c'est-é-dire un acte d une violence inouäe, permet d expliquer la diffärence sexuelle, autrement impensable. En cette violence se reflãte la haine contre le parent rival se retournant sur le corps propre en une punition mutilatrice, particuliãrement bien mise en scãne chez Carpaccio, avec son däcor de corps morceläs. Chez Uccello, le dragon se place devant le ventre de la femme, attestant de sa symbolisation phallique tandis que chez Carpaccio, le cheval est venu remplacer une trop directe allusion. Et pourtant la queue du cheval semble sortir de dessous sa robe il ne faut pas oublier que le cheval est un animal que le chevalier place entre ses jambes, autre mätaphore, domestiquäe cette fois, du phallus. Dans l histoire, les repräsentations de ces Saints Georges et Michel sont innombrables, däclinant chacune É leur faàon ce fantasme fondamental que Don Quichotte dänonce de la faàon la plus comique. En allant un peu plus avant, on trouve dans ces repräsentations une tentative de repräsenter la repräsentation comme telle, c'est-é-dire l acte de repräsenter qui suppose le meurtre de la Chose, si souvent mis en scãne par l action destructrice des enfants et conceptualisäe par Freud sous le nom de pulsion de mort, par Lacan sous le nom de symbolique. Quand, lors d un tournoi, le chevalier se präcipite, lance bandäe, vers un autre chevalier qui fait de máme, il s agit de dämontrer É lui-máme et au monde entier qu il est le plus fort, c'est-é-dire que son phallus a su faire plier celui de l autre. Don Quichotte ne cesse de chercher la bagarre, sous cette forme codifiäe du däfi traditionnel courtois ou sous toutes les formes possibles. Son incomparable DulcinÄe est toujours l enjeu et le tämoin de ses exploits. Parfois un rival n a pas voulu admettre qu elle est la plus belle, mais toujours les vaincus sont requis d aller se präsenter É elle afin de lui raconter les exploits de son Äternel soupirant. Bref, il s agit de prouver É une femme, et späcialement É maman, qu on est un petit garàon qui a su Äviter la castration. Faire la preuve de la väritä de son átre dans le monde en la soutenant du phallus, cet argument axiomatique de la preuve. L incomparable et idäale beautä, aussi inexistante que le phallus fäminin, est en effet l ultime rempart contre la castration. En son nom, c est en se präcipitant contre son miroir que le chevalier s assure d une image phallique näcessaire É le soutenir dans sa geste. 9

10 C est de l avoir compris que Samson Carasco, sous le nom de Chevalier aux Miroirs, tente une premiãre fois de pänätrer dans le monde de Don Quichotte afin de le persuader de rentrer chez lui. Il adopte les codes vestimentaires et les discours du chevalier, afin de parler la mñme langue que lui. Il sait ainsi que l autre acceptera son däfi et se soumettra É sa sanction : s il perd la bataille, de retourner tranquillement chez lui, mettant en effet un terme É l asymptotique fuite en avant. Est-ce cela, construire une espace sphärique qui permet une inscription fermäe de l hyperbole? Se situer dans son espace afin de le courber Ce miroir qu offre le chevalier du máme nom n est pas seulement de surface räflächissante : il est aussi de parole, car c est une parole qu il s agit d engager, sachant toute la valeur qu un chevalier accorde É la parole donnäe. Acceptant de se situer sur la ligne a-a du schäma L, le thärapeute Samson Carasco n en oublie pas moins la ligne transverse A-S, non point tant dans son contenu de signifiä que dans sa tenue, celle qui tient un sujet parce que ce sujet la tient. (Es)S a utre Relation imaginaire inconscient (moi) a A utre Et lé, il s agit d un nouage borromäen et non d un enlacement. Je reviendrai plus loin sur cette distinction fondamentale. Ainsi finit-il par obtenir victoire, lors de sa deuxiãme tentative, et sous le nom cette fois de chevalier É la Blanche Lune. A contrario des repräsentations traditionnelles des saints Georges et Michel, le Don Quichotte de Dali en exprime toute la dätresse : il a perdu sa cuirasse, il est nu et tombä de cheval : 10

11 D un bras phallique soutenu par une bäquille, il däsigne l entrejambe du cheval, c'est- É-dire sa propre castration repräsentäe en son corps par l impuissance de ce bras É se tendre tout seul, tandis que, repräsentä par le cheval cabrä, le rival fait valoir sa puissance phallique. L image du corps morcelä, pçlissante, en miroir par rapport ce cheval bandä, semble átre la ranàon de cette chute. Dali nous donne É voir ce que Don Quichotte ne cesse de cacher sous ses exploits de pacotille : une passion qui brâle son corps sans enflammer sa bite. De tous temps les hommes ont abordä les femmes avec une lance (phallique) et avec une cuirasse, que celle-ci se nomme machisme ou romantisme et de tous temps, les femmes y ont räpondu par diverses tentatives castratrices. A moins que ce ne soit le contraire : de tous temps, les femmes ont repräsentä la castration pour les hommes qui, du coup, se cuirassent avant de s avancer la lance pointäe. Don quichotte, c est moi. Je me suis fait virer de pas mal d endroits, ou j ai ÄtÄ obligä d en partir, Ätant dans mis l impossibilitä de travailler : autant dire qu on me prenait pour fou. Pour telle chef de service se räfärant É la SPP 3, je ne respectais pas les í d heure de säance officiellement requis dans cette institution. Si àa avait ÄtÄ É l IPA, àa aurait ÄtÄ 50 minutes au lieu de 45. Telle autre chef de service se räfärait É son contråleur pour dire que je ne devais pas laisser les enfants sortir de mon bureau, sans prendre la peine de m interroger sur mes raisons d agir ainsi. Si elle l avait fait, j aurais pu lui expliquer que des enfants dits-autistes qui sont restä au bord du langage, ne peuvent rien entendre d une rãgle posäe dans le langage. Comme Samson Carasco, il me fallait accepter d aller dans ce monde du bord pour les y chercher, dans les 3 SociÄtÄ Psychanalytique de Paris, É laquelle Ämargeait cette chef de service. Cette sociätä Ätait la seule avant la scission provoquäe par l Äviction de Lacan sur ce motif essentiel de non respect par ce dernier des sacrosaintes 45 minutes däcidäes institutionnellement de ce cåtä ci de la Manche, 50 minutes de l autre cåtä. J Ätais donc le Don Quichotte de la Manche, präfärant me situer dans cette frontiãre plutåt que d un cåtä ou de l autre. 11

12 lieux oì ils le cherchaient eux-mámes : sur les bords, portes et fenátres, bordures de trottoirs et autres trous qu offrent l environnement (WC, cuisine, etc.) et qu on ne trouve guãre dans un bureau. Mais alors, lé, Don Quichotte, est-ce moi ou sont-ce ceux qui ont eu le pouvoir de m Äjecter au-delé des bords däfinis par des normes par ailleurs variables selon les humeurs et les räfärences de tel ou tel chef de service? Ici, l institution SPP, lé, le contråleur de madame, ceci n Ätant que deux exemples parmi une foule d autres aussi divers que divertissants, mais en aucun cas la Å räalitä Ñ que je rencontrais. C est moi, dans le sens oì je me räfärais É moimáme, je m autorisais de moi-máme et non de mon contråleur ou de l institution, et de ce qui m apparaissait comme räalitä dans un domaine oì il y avait, certes, une certaine folie É le faire. D un autre cåtä, c est eux, dans la mesure oì au lieu de se räfärer É la räalitä, ils se räfäraient É leurs livres präfäräs et aux autoritäs qui les empáchaient de s autoriser d euxmámes. Mais c est ce qu ils appelaient alors ÅrÄalitÄ Ñ. Je fais attention, parce qu il est toujours facile de dire que le fou, c est l autre, et je tente ici d interroger ce qu il y avait de folie dans ma position d alors. Interroger ce qu il y a de folie en nous, c est ce que Freud requerrait pour átre psychanalyste. Y a pas plus fou qu un ráve puisque, ráver, c est prendre ses däsirs pour des räalitäs. C est ce que fait Don Quichotte. Il a besoin d adversaires pour prouver sa valeur et faire comme dans ses livres de chevalerie ; s il n en trouve pas É sa mesure, alors il se les invente. Sont-ce vraiment des autres, ou seulement des repräsentants dans l extärieur des chimãres qu il porte É l intärieur? Sa räfärence princeps reste les livres de chevalerie comme, É mon sens, les gens qui m ont pris pour un Don Quichotte de la psychanalyse. Eux se räfäreraient en effet É la doxa dont les livres de psychanalyse sont remplis, faisant fi de la räalitä É laquelle, de mon point de vue, je me räfärais. Ceci pose la question cruciale de la räfärence, que la formule de Lacan pose dans toute son ambigîitä : le psychanalyste s autorise de lui-mñme, et de quelques autres. Car, d un point de vue logique, s il s autorise de lui-máme, alors, c est qu il n a pas besoin des autres ; il est máme crucial qu il puisse s en dägager, de ces autres qui se font repräsenter par les doxas aussi diverses que variäes se manifestant dans le champ social, räclamant qu on y agräe pour átre É son tour agrää. S il s autorise des quelques autres, alors il n est plus luimáme car il a dâ en rabattre pour complaire aux prä-requis de ces quelques autres. Et pourtant c est bien avec ce paradoxe qu il s agit de composer, non seulement pour s autoriser psychanalyste, mais pour entrer dans le champ du langage commun É tous les parlátres. Le nägativisme des enfants en tämoigne : dãs qu ils savent un peu parler, Å non Ñ est une de leur parole favorite, car la parole de l autre, c est celle de l autre, et y agräer par un oui, c est se nier soi-máme. Comme ils sont en pleine construction d eux-mámes, ce sont les autres qui en pçtissent. Ils disent non É une parole commune et de bon sens pour faire leur Don Quichotte et dire oui É un monde de jeux et de ráves, oì ils luttent contre des gäants et prennent des chçteaux forts afin de construire l enceinte oì ils mettront É l abri un moi chãrement conquis sur l adversitä. Je dois dire que lors de multiples interventions publiques, lorsque j en venais É citer cette formule, et que je posais un temps aprãs le Å lui-máme Ñ afin de faire entendre la virgule, il y avait toujours quelqu'un dans la salle pour compläter Å et de quelques autres Ñ, tant la präcipitation É la räfärence commune semble faire loi, bien plus fortement que la rävolutionnaire et dangereuse premiãre partie de la formule. Il est vrai que, dans toutes les autres disciplines, l autorisation se produit d un examen ou d un concours qui sanctionne quoi? Un savoir. Et que, au psychanalyste, on räclame aussi un savoir puisque la dämarche máme de l analysant repose sur cette supposition du savoir du psychanalyste. Or, ce savoir n est que supposä par l analysant. C est la demande de l analysant au psychanalyste, et il n est pas dit que ce doive átre la demande de ses pairs. La psychanalyse reste la seule discipline dans laquelle le praticien ne sait qu une chose, c est 12

13 qu il ne sait pas, quoiqu il en soit, d une part des savoirs qu il a pu accumuler par la lecture des livres de psychanalyse, d autre part du savoir qu il a pu mettre É jour sur lui-máme lors de son propre parcours analytique. En ce sens, il destitue non seulement le savoir des quelques autres, disons, en gros, le savoir admis dans la communautä analytique, mais aussi le savoir sur lui-máme. Pourtant la tentation est grande de sans cesse y faire retour, aussi bien É l un qu É l autre. Cela märite d y revenir un peu, ce que je räserve pour bientåt. Quelle räfärence? Å Le chevalier errant est le garant de la väritä Ñ dit Don Quichotte (P. 145, tome 2). Louable intention dans laquelle chacun d entre nous ne peut que se retrouver. Et pourtant, ce que Don Quichotte tient pour vrai est vrai pour lui. Sa räfärence n est autre que lui-máme ou sa mämoire, sous la forme des livres de chevalerie : c est d ailleurs en eux qu il puise cette däfinition du chevalier. Les autres, il est curieux de voir qu ils ne s acharnent pas É le dätromper, mais au contraire É le tromper pour aller dans le sens de sa väritä, soit dans l intention charitable de le ramener chez lui, soit dans celle plus discutable de s amuser de lui. Dans les deux cas, il est objet de l autre : objet de soins ou objet de divertissement. C est une väritä É laquelle il n a pas accãs puisqu on ne cesse de lui mentir, tandis qu il ne cesse de se mentir É lui-máme. Si les autres le dätrompaient, ils dächireraient la toile fragile de son moi, tandis que c est lui máme qui s acharne É essayer de la transpercer de la lance ou de l ÄpÄe, fragiles substituts d un phallus menacä. Ainsi, se voulant le maêtre du monde et se voyant däjé empereur, Don Quichotte ne fait que se mettre en position de se faire mettre. Il devient la marionnette de personnages puissants qui se servent de sa folie É des fins de divertissement. Comme Don Quichotte, les logiciens cherchent un discours qui se tienne tout seul, sans räfärence extärieure, tandis que les physiciens n en pincent que pour la räfärence extärieure. Or, c est justement aux limites entre intärieur et extärieur que se pose la question de la tenue du discours. Qu'est-ce qui va faire que je reconnais dans l intärieur, quelque chose de l extärieur, et inversement? Qu'est-ce qui me dit que je ne suis pas sans cesse en train de faire des projections de mon intärieur sur l extärieur, un peu comme Don Quichotte, qui reste persuadä que le monde est tel qu il l imagine? La räfärence É quelque chose d autre que moi semble näcessaire : l objet d une part, un autre d autre part avec lequel se mettre d accord sur la foi É accorder É l objet. Ceci me rappelle une conversation räcurrente avec mon petit-fils Joachim, dans le mätro. Il me demande toujours d oì va venir le mätro. Je lui räponds alors É gauche ou É droite selon ce que je sais de la station. En gänäral, il vient de la gauche. Eh bien en däpit de tout bon sens, il ne cessait de me räpliquer le contraire. Máme lorsqu un train venait de passer en face, indiquant clairement que, s il venait de la droite, le notre allait näcessairement venir de la gauche, il avait besoin de me contredire. La subjectivitä, la väritä de sa parole de sujet, avait nettement plus d importance que la väritä de l objet. En termes de räfärence, la sienne propre avait plus de valeur que celle d un autre ; quoique, il fallait bien faire valoir sa 13

14 räfärence propre, máme erronäe, auprãs d un autre auquel il demandait ainsi la reconnaissance de son point de vue sur le monde : une räfärence autre pour faire valoir sa räfärence propre. La räfärence au monde extärieur : qu'est-ce qu un espace? Voici donc venir la notion de point de vue. PoincarÄ däfinit l espace comme suit, en fonction des dimensions : un espace É n dimensions est un espace qui peut átre coupä par un espace É n-1 dimensions. L espace 3, le volume, est ainsi coupä par l espace 2, la surface, qui est elle-máme coupäe par l espace 1, la ligne, qui est elle-máme coupäe par l espace 0, le point. Chaque espace n est espace que par sa limite, l espace n-1 : on ne saisit un volume que lorsqu il est encadrä par des surfaces, une surface que si des lignes la parcourent, une ligne que si elle est bornäe par des points. Ainsi chaque espace est un lieu dans lequel je peux me situer, mais en máme temps, il est la coupure de l espace de dimensions supärieures. Si je suis un point, je peux me situer dans une surface, c'est-é-dire dans un espace, mais cet espace est aussi une coupure pour le volume. Autrement dit, je peux toujours avoir deux points de vue au minimum : cette espace-ci peut átre vue comme un espace ou comme une coupure (limite de l espace). De fait, la conjonction ou doit átre remplacäe par la conjonction et : toute espace est aussi une coupure, tout espace de dimension n suppose l existence de l espace de dimension n-1. La bande de Mœbius, É la fois coupure et surface, se propose alors comme modãle de ce double point de vue sur n importe quel espace. Ceux-ci sont tous en interdäpendances via la transmutation de chacun en coupure, c'est-é-dire en limite pour l espace de dimensions supärieures. Chacun fait räfärence É l espace voisin, le voisin de dessus et le voisin du dessous. Ce n est pas que de la politesse, c est la condition existentielle d un espace. Ainsi en est-il du ventre fäminin, qui peut átre lu É la fois comme une surface, ou comme une coupure, la castration : -1. Dans ce deuxiãme cas, il manque en effet une dimension É l espace volume qui fait du phallus une troisiãme dimension excädant de la surface. Il tämoigne ainsi, par sa präsence ici et son absence lé, de la perte de dimension entre un point de vue sur la räalitä, É trois dimensions, et un point de vue sur le point de vue, c'est- É-dire le corps plongä dans cet espace, mais coupä de cet espace par son contour, dit image du corps, surface É deux dimensions. Le point de vue dälimite toujours un espace en termes de surface. Ce n est que la conjonction de plusieurs points de vue, notamment par räfärence É ce que dit un autre de l objet que nous considärons en commun, que nous parvenons É la reconstruction d un point de vue global sur un monde en trois dimensions. C'est-É-dire que l átre parlant ne se räfãre pas seulement É son propre corps mais aussi au corps de l autre. Ce dernier, comme les adversaires de Don Quichotte, sera toujours une menace pour son átre dans le monde en tant qu il lui fait limite, qu il peut le faire disparaêtre de la surface du monde comme dimension excädentaire, ou supprimer son phallus comme dimension excädent de la surface du moi. En revanche, cet autre est indispensable comme limite de mon espace ; sans lui je ne saurais m orienter. Freud en avait rendu compte en son vocabulaire, distinguant deux libidos : la libido du moi et la libido d objet. Comme tout espace, l espace corporel ne peut donc átre autre chose que la conjonction des deux points de vue. L espace extärieur dans lequel le corps est plongä 14

15 ne prend sens que par la comparaison avec un autre corps, qui donne la clef de la relation entre les espaces : -1. L espace imaginaire parcouru par Don Quichotte sera donc une trace jalonnäe de coupures (les combats) partant de son village et retournant É DulcinÄe. Dans la räalitä, ce sera en fait la däcoupe de surface fermäe par le päriple qui retourne É son village ; comme tout un chacun, qui va du trou de la naissance au trou de la tombe. Si ce n est pas au máme lieu, c est toujours cependant le máme trou, le näant qui entoure la surface de notre temps d existence. La räfärence Ñ une femme : DulcinÄe On comprend dãs lors que Don Quichotte puisse choisir de rester dans un espace imaginaire dans lequel il lui faut sans cesse faire preuve de l existence de la troisiãme dimension et ceci par des coupures (-1) infligäes É des adversaires imaginaires. La castration, elle n est pas pour lui, mais pour les autres. Par-ceux-ci, il cherche sans cesse les limites de son espace : c est le prix É payer pour le däni de ses limites Å naturelles Ñ. DulcinÄe sera le garant de cet espace en tant qu elle n existe pas, comme la femme de Lacan : Don Quichotte se choisit un amour qu il ne saurait rencontrer, bien que se devant le tämoin de ses exploits. DulcinÄe est trãs exactement sa limite : elle est l ultime -1, sa non existence dans l espace de la räalitä portant mätaphore de l inexistence du phallus sur son corps et de la nonexistence qui entoure l existence, projection dans l avenir de la fin de la quáte, moment oì le häros recoupera son propre chemin en retrouvant son däpart. En ce sens, DulcinÄe, aussi intouchable que la mãre, est une mätaphore de celle-ci. C est donc É elle que Don Quichotte envoie ses adversaires däfaits c'est-é-dire coupäs, anticipation de sa propre venue. Elle doit átre le garant de ce seul point de vue : celui du volume, son soupirant ayant ferraillä contre l existence de la surface comme coupure. Ainsi les choses apparaissent-elles au häros selon son däsir d en däcoudre, c'est-é-dire selon son vœu de toute puissance dans la construction de l espace : les choses les plus anodines, moulins É vent, troupeau de mouton, outres de vin, comme limites de son espace, deviennent des adversaires É couper. Ainsi garde-t-il la maêtrise la castration : ce n est pas une femme qui la lui inflige, mais elle doit attester de ce qu il l a infligäe É des hommes. Ceci signifie bien cependant qu il a quelque idäe de la coupure, c'est-é-dire de la castration, mais que tout son effort va dans le sens de la dänier. Ainsi en vient-il É ce paradoxe de devoir sans cesse produire de la coupure en dehors de son espace corporel, afin de präserver ce dernier des Ävidentes limitations de la räalitä, qui commence par l admission du fäminin : räfärence princeps qui fonctionne comme telle, bien qu il n en veuille pas. Son engagement auprãs d elle se pose comme le garant d un non-engagement. Ainsi se le prouve-t-il imaginairement. Il n est pas en dialogue avec elle, mais avec une idäe, un idäal qu il a forgä lui-máme sur l enclume de son passä : en ce sens il ne fait pas räfärence É une autre, mais É lui-máme dans ce qu on peut appeler une autoräfärence É ce qu il considãre comme l infinie beautä. L enchantement de DulcinÄe qui, par la grçce de l enchanteur Sancho, s est transformäe en laideron puant, est un joli tämoignage de ce que la sublime beautä n est autre qu un rempart contre la castration. Rappelons que cet enchantement est le räsultat de la 15

16 tentative que fit Don Quichotte pour la rencontrer, au däbut de sa deuxiãme sortie. ChargÄ par Don Quichotte de la trouver dans son supposä village, Sancho, ne sachant qui elle est, lui indique la premiãre paysanne venue. Üa, c est une rencontre avec la castration! La laideur tient É distance autant que l infinie beautä. On comprend que le remãde indiquä par le malicieux Duc ne puisse átre que quelques milliers de coups de fouets assänäs au responsable direct : Sancho. Ils sonnent comme autant de coups de phallus que ceux perdus par l absence de rapport sexuel. Freud distinguait deux libidos, l une pour l amour d objet, l autre pour l amour du moi. En ce qui concerne Don Quichotte, l amour d objet s avãre ne pas s incarner en un objet de la räalitä, se ramenant donc plus ou moins É l amour du moi. Quant É ce narcissisme, sa räfärence ne parvient É s incarner en un objet-miroir qu au moment de la rencontre avec le Chevalier aux Miroirs, premiãre figure du chevalier É la Blanche Lune qui präcipitera sa chute. Autrement dit, sa säparation d avec l accessoire indispensable du chevalier, son cheval. D image en miroir, l adversaire devient brutalement un adversaire räel. Auparavant, en ne rencontrant pas plus d adversaire räel (ils les imagine) que de femme räelle, notre häros ne se confrontait jamais avec la castration : la räfärence princeps faisait däfaut, ce pourquoi elle Ätait recherchäe avec une telle constance, souvent suivie de ce demi succãs qu Ätait une rossäe. L ultime rossäe porte parce qu elle lui vient, finalement, É partir de lui-máme, pour däcouvrir qu il y a un autre. La liaison É l autre passe d une confrontation É l image (un alter ego) au respect de la parole donnäe É un autre. Pourquoi diable avait-il choisi ce nom de Rossinante pour son cheval? Parce qu il n y avait pas eu de telle rosse avant (Rossi Ante), nous dit-il au moment de choisir son nom. Or, il est bien clair qu un cheval, àa se met entre les jambes. La castration, c est comme le rhino : c est rosse. 16

17 La räfärence aux livres La räfärence, àa peut átre la räalitä, une femme, les livres. Et les livres de chevalerie, àa peut átre un fantasme. La superpuissance du häros (que nous retrouvons aujourd hui chez Superman, Batman, Spiderman, Ironman 4, etc.) est une surcompensation de la castration : c est quelqu'un qui n en subit pas les limites, avec pour consäquence les fameux enchantements qui poursuivent Don Quichotte, et qui peuvent transformer toute chose pour expliquer les distorsions de perception entre fantasme et räalitä. Mais l essentiel reste que sa räfärence principale va aux livres de chevalerie, ou plus exactement É ce qu il en a retenu, affectä de l Ätiquette Å väritä Ñ. Ces derniers ont la platitude de toute repräsentation, qu elle soit d Äcriture ou d image. Dans la repräsentation, tout est possible, sauf la räalitä, et dans cette derniãre, des foules de choses sont impossibles, É commencer par la phallicitä d une femme, ce pourquoi il vaut mieux se tenir aussi loin que possible de la femme räelle. Comme l avait bien repärä Freud, perception et mämoire s excluent mutuellement. La premiãre suppose un flux continu, la seconde la permanence de l inscription. La repräsentation, matäriau de la mämoire, fait office de pivot autour duquel tournent les flux venus de la räalitä. A partir de la mämoire, on reconnait des choses peràues dans la räalitä, ou l on projette dans la räalitä des choses peràues É partir de la mämoire. La diffärence entre ces deux espaces, comme toujours, sera de -1 : cette dimension troisiãme qui manque É toute inscription par rapport É la räalitä. D une certaine faàon, Don Quichotte a fait des livres sa propre mämoire. J en sais quelque chose, ayant pu repärer É travers de multiples ráves personnels, É quel point les livres peuvent repräsenter la mämoire : räcit d un passä dans une Äcriture au code perdu et inscriptions chaotiques en quáte de code. Or, le roman de Don Quichotte s inaugure, peu aprãs sa premiãre sortie d aventure, sur un de ces autodafäs qu on appelait plutåt É l Äpoque Å bâcher des vanitäs Ñ. Le curä de son village ayant appris que les livres sont la source de sa folie, däcide de faire une descente dans sa bibliothãque et de brâler tous les ouvrages qui ne traiteraient pas de la räalitä. A considärer l ensemble de l ouvrage comme un fantasme de Cervantãs, ces livres sont la mämoire de l auteur aussi bien que celle de son personnage qui ne cesse de s y räfärer, exactement comme nous nous räfärons É notre histoire : de la máme faàon, nous avons refouläs certains ÄlÄments de celle-ci qui nous paraissaient trop douloureux. Ainsi avons-nous brâlä tout ce que Freud appelait les thäories sexuelles infantiles, c'est-é-dire les repräsentations imaginaires par lesquelles nous nous expliquions la diffärence des sexes (par la castration), la conception, la naissance, la nomination. Le curä du village ne fait rien d autre qu opärer une censure, et en ce sens il repräsente cette instance psychique interne qu on appelle le surmoi. La mätaphore du bâcher a ses limites. Car les livres racontant les thäories sexuelles infantiles ne sont pas väritablement bruläs, ils sont seulement rendus inaccessibles par le refoulement, comme si le curä, au lieu d y mettre le feu, les avaient simplement däplacäs dans une piãce retiräe de la bibliothãque, inaccessible É son propre propriätaire. Les bibliothãques d autrefois possädaient ainsi une salle räserväe aux ouvrages licencieux et É quelques initiäs seulement. Elle se nommait Leones, les lions, autrement dit les monstruositäs, ce qui nous 4 Il est remarquable que tous ces super häros sont dotäes de DulcinÄes aussi absentes que la gänärique. 17

18 rappelle que Don Quichotte, aprãs avoir ÄtÄ le chevalier É la Triste Figure, a däcidä, aprãs une victoire sans combat sur un lion fort paresseux, de se nommer lui-máme le Chevalier aux Lions. La quáte de Don Quichotte montre par elle-máme qu elle est sous-tendue par ce savoir insu, qui n est pas brulä, mais conservä en quelque arcane de la mämoire. Les gäants (par leur taille) et les enchanteurs (par leur pouvoir), DulcinÄe (par son råle de boussole) en sont les tämoignages peut-átre les plus Ävidents, en tant que repräsentants däguisäs des parents et de la castration. Au contraire de la mämoire Äcrite dans les livres, É l inverse des Äcritures rendues inaccessibles par la censure, il y a une mämoire qui ne saurait trouver place dans aucun livre : celle de notre conception, de notre naissance, de ce qui a präsidä É notre nomination, et enfin, de ce que nous räserve la mort. L absence de repräsentation de l origine comme de la fin nous renvoie É l absence de repräsentation du sexe fäminin, lieu de l origine par excellence, que Don Quichotte place en une femme qui, par mätonymie, präsente les mámes caractäristiques d absence que son sexe. Toutes ces choses sont sans repräsentation, ce qui n empáche pas d en fabriquer des foules en compensation, sans que cela remplace le moins du monde la repräsentation originaire absente, que Freud dänommait justement le refoulement originaire. Ces livres ne sont pas absents parce qu ils auraient ÄtÄ brâläs, mais parce qu ils n ont jamais ÄtÄ Äcrits, laissant une place vide É la base de toute bibliothãque, ouvrant le vide des rayons É des accumulations de savoirs substitutifs. Ainsi Don Quichotte a-t-il une propension É la nomination, substituant des noms de son invention É lui-máme et aux gens de son entourage. Ainsi ses aventures sont-elles väcues essentiellement pour átre Äcrites, au point qu elles ponctuent le deuxiãme tome de la präsence, non seulement du premier tome, mais d un volume d aventures apocryphes qui influent tous ceux qui ont lu l un ou l autre dans leur abord du personnage principal. La räfärence aux livres est telle que Don Quichotte n est pas loin de l idäe que, tout vivant, il est däjé un livre. Nous nous approchons donc progressivement d une conception de Don Quichotte comme avatar de l autoräfärence : il ne cesse de faire räfärence É ses livres de chevalerie (c'est-é-dire, sa mçmoire) et aux livres qui racontent sa propre histoire de chevalier. Pourtant il pourrait faire räfärence É une mämoire de la räalitä il se fait que, pour lui, ces contes sont la räalitä, comme les thäories sexuelles infantiles, quoiqu imaginaires, sont encore, pour l enfant que nous sommes restäs, une räalitä. Ce en quoi nous ne sommes, finalement, pas trãs diffärents de lui. Pour distinguer, nous appellerons väritä cette räalitä lé, celle du fantasme. AutorÄfÄrence De ne pas faire räfärence aux autres, Don Quichotte en vient É átre instrumentalisä sans cesse par des gens qui font räfärence É lui, soit pour le sauver, soit pour s amuser É ses däpends. C est en ce sens lé qu ils feignent d adopter son point de vue É seule fin d entrer dans un dialogue, par lequel ils vont exploiter sa crädulitä ou celle de Sancho. Don Quichotte pratique ainsi l autoräfärence qu on appelle psychose, au moins pour ce qui est de sa vocation et de son erre de chevalier. Car pour le reste, il a des interlocuteurs et manifeste alors une grande sagesse. 18

19 Je trouve que dans le suspend du däsir tel que le propose Bernard Balavoine, on risque de confiner l autre É une pure autoräfärence dont il ne peut se sortir qu en s en allant de maniãre prämaturäe. Ma position consiste plutåt É entrer dans les räfärences de l autre, c'est-é-dire dans le dälire de l autre comme Samson Carasco, qui, Chevalier aux Miroirs, lui renvoie son image de chevalier, ce qui lui permet d átre son interlocuteur au sein mñme du dçlire, inaugurant la paranoäa dirigäe dont parlait Lacan. Sauf que nous, nous n aurions aucun but moralisateur ou thärapeutique (ce qui est l objectif du dit bachelier), mais un but d aide É la connaissance de soi, ce qui est näanmoins soulageant. Il s agit donc de s y investir, un peu É la maniãre de Samson Carasco c'est-é-dire d Å Äpouser Ñ le däsir de l autre, d accepter de lui donner un support en s en faisant l objet. Ce qui suppose, de notre cåtä, d avoir ce däsir d átre l objet du däsir de l autre. Entrer dans les räfärences de l autre de faàon É ce que cet autre en vienne É faire räfärence É vous. Ainsi l autre, l analysant, peut faire räfärence É notre däsir dont nous lui avons laissä quelque indice afin qu il y appuie le sien. Ainsi au sein de son dçlire ou de son fantasme l analysant peut sortir de l autoräfärence au sein de l analyse, et donc moudre le grain dont l analyse se pätrit, au lieu d attaquer le gäant qui se moque de lui, base de la paranoäa commune. Bernard Balavoine nous donne l exemple suivant : en Äcoutant un analysant, il a eu l envie de räpliquer par un jeu de mots mettant en scãne ce qu il venait d entendre. Et il nous fait part de son abstinence dans ce moment. Son däsir Ätait en jeu, disait-il, au sens de sa propension aux jeux de mots, et il ne voulait pas que ce surgissement fasse irruption sur la scãne de l autre. Or, il nous indique que la consäquence de cela, dans deux cas, (je ne me rappelle plus le second), àa a ÄtÄ l arrát prämaturä de l analyse. Donc, ce qu il professe, le suspend du däsir, entraêne le suspend de l analyse. Il n en däduit pas que àa aurait pu átre, au contraire, la mise en jeu de son däsir d analyste qui aurait pu faire que l analyse se poursuive. Evidemment, il fait cette distinction : däsir d analyste et däsir de l analyste. Si j ai bien compris, dans l exemple qu il a citä, ces deux däsirs Ätaient en conflit : - Le däsir de l analyste, son däsir de sujet, voulait faire un bon mot. (homme-sujet, il y est) ; plutåt qu un däsir àa me semble átre un souhait du moi. - Le däsir d analyste voulait präserver la poursuite de l analyse, en laissant tout son champ É l autre. (homme-sujet, il aimerait dire : je n y suis pas. Je dis : il y est d une autre maniãre). Üa me semble aussi átre un autre souhait, d ordre moäque, car il est tout aussi conscient que le präcädent. C est peut-átre l inverse dans les dänominations, il faudrait le lui demander, ce que je vais faire, si j en ai l occasion. - enfin, il y aurait lieu de tenir compte selon moi, du däsir tel que däfini dans la psychanalyse c'est-é-dire le däsir inconscient ; celui-ci ne se rävãle pas comme àa en pleine säance, sauf parfois par un lapsus de l analyste ou un acte manquä, un rendez vous manquä par exemple. Quoiqu il en soit, nous Ätions bien en präsence de deux souhaits contradictoires. Il peut y avoir aussi deux däsirs contradictoires au niveau inconscient, c'est-é-dire au niveau du däsir de l analyste. Rien de tel qu un ráve pour le räväler. Mais notre däsir d analyste ne s appuie-t-il pas sur le däsir de l analyste? Si l un n Ätait pas contradictoire É l autre, cela pourrait-il fonctionner? Il nous faut bien le garde-fou de l un pour accepter le däploiement de l autre. Et l analysant ne s appuie pas seulement sur le garde fou, il lui faut aussi däployer le champ de sa folie afin que, bien adossä É l un, il ou elle puisse mesurer l Ätendue de l autre. J avais interprätä les gäants de Don Quichotte comme des figures des parents. Je pourrais continuer de filer la mätaphore. Le däsir de l analyste serait ainsi les forces du àa, qui 19

20 peuvent aller jusqu É däsirer ou dätruire le corps de l autre, tandis que le däsir d analyste, serait la force du surmoi, la puissance de l Äthique du psychanalyste qui ne se laisse pas aller É imposer ses interprätations et ses fantasmes É son analysant. Comme Freud l avait bien remarquä, puisqu il est l auteur du concept, les forces du surmoi puisent leur Änergie dans le àa. Pas si facile de les dissocier! De plus, vouloir suspendre un däsir dit personnel pour laisser la place au däsir dit de l autre, c est effectuer une censure dont on sait quels sont les effets : le refoulement, c'est-é-dire le travail souterrain de la repräsentation refouläe et le travail masquä de l affect qui va s attacher É une autre repräsentation. Le däsir, a Ämis Lacan, c est le däsir du däsir de l autre. Quoiqu il en soit de cette formule, le däsir s avãre toujours däpendant du däsir de l autre. S il y a däsir, c est qu il y a räfärence É l autre. Complãtement ou non, c est ce que la formule É l emporte piãce de Lacan occulte un peu. NÄanmoins, le conflit entre le àa et le surmoi, gänärateur de la nävrose commune, le conflit entre le moi et monde extärieur, gänärateur de la psychose commune, se präsentent comme variantes l un de l autre : le surmoi n est autre qu une entitä reprenant É l intärieur les exigences des parents, situäs dans le monde extärieur. S il faut conserver cette distinction, je dirais que le däsir d analyste repräsente ce däsir des parents qui suspend le passage É l acte É l Ägard des enfants tandis que le däsir de l analyste serait celui qui pourrait inciter au passage É l acte s il n Ätait bridä par le präcädent. Les parents, en effet, contribuent pour leur part É la mise en place de l Œdipe par leur amour pour l enfant, amour tout É fait sexuä qui est É l origine des cçlins si forts räclamäs par les enfants. Mais àa en reste lé du fait de l autre däsir des parents, däsir de transmettre un patrimoine, däsir que les enfants aient un destin plus cläment, une meilleure räussite, etc. Ceci est une faàon de parler du däsir de räunion (amour) s opposant au däsir de säparation (indäpendance), ou encore : däsir de laisser l enfant dans son statut de phallus de la mãre s opposant au däsir qu il puisse se manifester dans une position phallique pour lui-máme, en l ayant (garàon) ou en ne l ayant pas (fille). Nous avons fait de Lacan notre häros et, É ne nous räfärer qu É lui et É ceux qui se räclament de lui, nous risquons l autoräfärence. C est le problãme de la räfärence unique, qui n est pas autoräfärence, mais fini par le devenir. Certes, Lacan s est räfärä É de multiples auteurs, mais pas É la pratique, ce que j appellerais räalitä. Pluri räfärence d un cåtä certes, mais toujours räfärence aux livres, sans lien avec la räalitä autre que päremptoire. Lorsque Lacan nous dit, comme il le fait parfois, que tout ce qu il nous raconte, il le puise dans sa pratique, nous sommes requis de le croire, car il n en dit pas plus. Certes, un compte rendu de l expärience requiert notre crädulitä d une semblable faàon et pourtant pas tout É fait semblable, car elle exige de l autre cåtä un effort de mise en parole de la part du locuteur, qui n est pas sans effet. Hilbert, le grand mathämaticien allemand qui, avec Russell et Whitehead, pensait pouvoir donner des fondements solides aux mathämatiques en contournant le paradoxe, disait, lorsqu on compatissait devant lui É propos de son fils schizophrãne : Å je n ai pas de fils Ñ. Sans se rendre compte, ce parangon de la logique du tiers exclu soutenait un paradoxe. Le fils de Russell fut lui aussi ÄtiquetÄ schizophrãne, et aussi celui d Einstein. Peut-on rappeler que Lacan est quelqu'un qui, quand máme, a quelque peu oubliä ses enfants? Tous ces exemples ne sont pas des exceptions. Il suffit de rappeler la folie de Cantor, celle de Frege, celle de Wittgenstein, et celle de Nash, chacune avec ses caractäristiques, pour se poser quand máme la question de la proximitä du gänie et de la folie. Vieux sujet de philosophie, certes, mais que les dits mathämaticiens ont balisäs en nous donnant de nouveaux outils pour le penser. Le paradoxe est toujours un effet de l autoräfärence. Pour átre gänial, il est en effet näcessaire de quitter les sentiers battus de la räfärence commune. Pourtant, n est pas gänial qui veut : si cet Äcart est näcessaire, il n est pas suffisant. Est-ce mieux si on ne se räfãre qu É soi-máme, par exemple É sa propre folie, c'est-é-dire É la faàon dont on est soi-máme confrontä au paradoxe? celui-ci peut se sous-tendre du paradoxe de la limite telle que la 20

21 thäorie des ensembles de Cantor a permis de le formuler : l ensemble de tous les ensembles qui ne se contiennent pas eux-mámes se contient-il lui máme? Logique de l autoräfärence Parler de ses ráves, comme je vais le faire plus loin, c est certes une auto räfärence É sa propre folie, mais c est aussi en parler É d autres, et donc aller traquer dans des repräsentations refouläes cette rencontre avec la castration que, comme tout le monde je redoute. La croyance en la castration est une folie : mon phallus ne risque rien et pour une femme, elle n a jamais ÄtÄ casträe. Cependant, il est vrai, que, comme tous les enfants, j ai cru en cela et que cette ancienne croyance continue É faire son chemin dans l inconscient et É parfois influencer ma faàon d átre dans le monde. Ce serait folie que de dänier cette väritä qui se rävãle encore aujourd hui dans mes ráves, constituant la räfärence princeps de mon Äcoute de l autre. Faire des ráves de grandeur et de gloire, comme Don Quichotte, c est s imaginer invincible et non casträ. Mieux : c est däfier la castration. La non-castration de DulcinÄe soutient cette quáte : sa beautä tient lieu de rempart contre la castration d autant plus qu elle est imaginaire. Avec cet adversaire-lé, au moins, il n y aura pas de rencontre. L autoräfärence, c est toujours ce qui se passe aux limites, et l analyse travaille toujours aux limites. La limite, c est l ensemble de tous les ensembles qui ne se contiennent pas eux-mámes. Cet ensemble est-il contenu dans l ensemble? Logiquement, il devrait, puisqu il värifie la däfinition. Et si c est le cas, alors il se contient lui-máme, dämentant la dite däfinition. Autrement dit, s il est dedans, c est qu il est dehors : une belle illustration de la psychose qui fait le socle de toute nävrose : le dämon qui m habite, je ne le vois que dans l extärieur, soit dans l inouä d une hallucination, soit dans l illusion d une projection sur un autre mächant qui me fait apercevoir dehors ce que je ne peux concevoir dedans. Par exemple, les enchanteurs qui me persäcutent, dit Don Quichotte. Et la limite c est le n-1 de l espace faisant limite É l espace n. Pas moyen de däfinir l espace de dimensions n in abstracto : il faut faire räfärence É sa coupure, l espace de dimensions n-1. La castration du -1 est au fondement de l espace. On pourrait le dire de faàon plus abstraite en parlant du -1 de l absence, toute absence quelle qu elle soit, mais il se trouve que c est cette absence sur le corps qui va faire räfärence princeps, car elle est au fondement du corps, qui au fondement de notre präsence dans le monde. Ce qu on dänomme par Å ensemble Ñ est en effet ce qui, comme le moi, fait tenir ensemble un certain nombre d ÄlÄments. C est une fonction, ce n est pas un objet, máme si on a l habitude de le repräsenter par une patate, c'est-é-dire par un objet. C est tout le problãme de la fonction sujet, en tant qu elle s appuie sur un moi, objet du narcissisme. L image du corps, matrice du moi, peut ainsi átre comparäe É cette patate qui fait tenir ensemble, tandis que le sujet peut átre rapprochä du vide qui, non seulement permet de maintenir les ÄlÄments säparäs, mais de les articuler entre eux par une loi de composition interne, autrement dit, de les faire parler. C est pourquoi ce problãme des limites n est pas un problãme marginal : c est le problãme au fondement de tout sujet, comme c est celui du fondement des mathämatiques. Entre le moi et le sujet se glisse la fine lamelle patatoäde de l image du corps estampilläe du 21

22 (-1) de la surface par rapport au volume, ce dont la castration devient immädiatement le symbole. C est tout le problãme lorsque je cherche É me däfinir. Je suis l un de ces ensembles qui ne se contiennent pas eux-mámes. Une grande partie de moi m Ächappe, que je ne reconnais pas, sauf sous le registre de àa : Å àa m a ÄchappÄ Ñ, ou de l autre : Å le coupable de cette bátise, c est pas moi, c est l autre Ñ. Lorsque je fais räfärence É moi, autoräfärence, je me transporte automatiquement aux limites, de Å oui-moiñ, É Å non-moi Ñ, et la psychanalyse m apprend que sur cette limite oì je me constitue, oui et non sont vrai en máme temps. C est d autant plus vrai que je mettrai plus d Änergie, comme Don Quichotte, É dänier que cet autre auquel je m attaque, c est moi : ce moulin É vent, figure des parents vu comme des gäants, fait räfärence É un souvenir d enfance inclus de ma mämoire, ÄlÄment de l ensemble que j ai exclu, de sorte qu il revient depuis l extärieur comme la menace que j avais tentä d Äcarter par l exclusion. C est tout le problãme lorsque je cherche É däfinir la väritä : Å c est ce qui est prouvable Ñ et, par autoräfärence, il faudrait pouvoir prouver cela! Ce Å j y suis et je n y suis pas Ñ est au fondement de tout sujet. Quoi de plus naturel donc, que je le mette en jeu, et nous le mettons en jeu, que nous le voulions ou non. Le däsir ne se suspend pas, car alors si nous voulons le suspendre, il ne cesse pas : il devient inconscient. C est le fondement de la däcouverte freudienne : la volontä n est pas le däsir, elle y est plutåt gänäralement contradictoire. Don Quichotte ayant pris un plat É barbe pour le heaume de Mambrin, il nous propose avec 5 siãcles d avance le paradoxe du barbier de Russell. C est un plat É barbe et c est le heaume de Mambrin. Pour comprendre cette histoire d ensemble qui ne se contient pas luimáme, il faut revenir É l histoire des mathämatiques, au moment oì elle a ÄtÄ bouleversäe par Russel et son paradoxe : E E. Bien que präsent depuis l antiquitä par le fameux exemple d EpimÄnide le crätois (Å tous les crätois sont menteurs Ñ), le paradoxe montrait lé pour la premiãre fois son visage de destructeur des fondements des mathämatiques. Bertrand Russell en däcouvrit la raison vers 1901 et la publia en Freud avait publiä son Å InterprÄtation des ráves Ñ en 1900! Il y däcrivait sa däcouverte du fonctionnement de l inconscient : il ne connait ni le temps, ni la contradiction. L autoräfärence, c est justement l Äcueil sur lequel achoppaient les mathämatiques au däbut du 20 ãme siãcle, avec ce paradoxe du barbier. Dans ce pays de Russell, les gens qui se rasent eux-mámes ne vont pas voir le barbier et ceux qui ne se rasent pas eux-mámes vont se faire raser par le barbier. Et aux limites? C est-é-dire : le barbier, la limite de l ensemble? S il se rase lui-máme, comme il est censä ne raser que tous ceux qui ne se rasent pas eux-mámes, c est qu il ne se rase pas lui-máme. S il ne se rase pas lui-máme, c est qu il va voir le barbier, donc il se rase lui-máme. C est le problãme de la distinction de la fonction : raser, ou couper le poil et de l objet qu on rase. Le barbier est le repräsentant de la fonction dans la chaêne, et donc logiquement, il ne peut pas y átre sous peine de contradiction. Il ne peut y avoir un objet qui repräsente la fonction. Car alors, ce n est plus la fonction, c est un objet. La fonction est du cåtä du sujet, l objet du cåtä du moi. Je voudrais remercier ici Jean Jacques LECONTE pour son intervention en notre colloque É Alcala, intituläe : Le baume fierabras est sans effet sur le sujet divisç. Il faut rappeler ici que ce baume est invoquä par Don Quichotte comme souverain pour toute blessure de chevalier, máme lorsque celui-ci a ÄtÄ coupä en deux. Il est vrai que máme la psychanalyse ne räpare pas la division structurale du sujet. Cependant la parole É cette vertu de faire tenir ensemble, bien que de maniãre säparäe, les ÄlÄments de l ensemble qui du coup s intitulera Å moi Ñ. 22

23 Il n Ächappera pas aux psychanalystes que, si Russel a proposä son paradoxe Å innocemment Ñ, l exemple n est quand máme pas tout neutre : la barbe est un symbole de virilitä. La couper est une faàon d assumer la castration, c'est-é-dire d assumer d en avoir un, de phallus, tout en coupant tous les jours son symbole, ce qui devient par antiphrase symbole de virilitä. Ne pas la couper est une autre faàon d assumer le symbole de la virilitä, en affirmant haut et fort la präsence du phallus par la präsence du poil. Perso, je m arrange en ce moment pour la couper et ne pas la couper en m arrangeant pour toujours avoir l air pas rasä de trois jours. Je me rase et je ne me rase pas. Certains vous diront : c est de la couper qui est un symbole de virilitä donnant prätexte qui la mode, qui l assomption de la castration ; d autre vous diront que c est de ne pas la couper qui est au contraire une assomption de la castration au sens d assumer sa virilitä et d avoir du poil sur le menton ; entre tout et rien il y a la grande foule, dont je suis en ce moment, des pas-tout et des un-peu. Quoi qu on choisisse, on se situe fatalement dans le rapport : raser, ne pas raser, mätaphore de la diffärence sexuelle. Je reàois depuis quelques annäes un monsieur qui, un jour, a pätä les plombs É la suite d un cauchemar dans lequel il voyait un barbu conduit É la guillotine. Il s Ätait räveillä en hurlant Å on va me couper la táte! Ñ. Ensuite il a passä sa vie É se poser la question : est-ce que je me rase ou pas? Si je ne me rase pas, je suis ce barbu qu on mãne É la guillotine ; si je me rase, j approche le couteau de ma gorge. Parfois il se rasait, parfois non, jamais satisfait, jusqu É ce qu il trouve une solution mädiane : se laisser pousser le bouc. Comme àa, il se rase et il ne se rase pas. On pourrait en dire autant avec la position fäminine : la mascarade fäminine, on en rajoute ou n en rajoute pas, on peut máme en ajouter sans en rajouter (maquillage, bijoux, etc). En bref, il s agit toujours de donner É voir donner É voir quoi? Qu il y a ou qu il n y a pas, mais toujours dans une räfärence É ce qui se voit, sachant que àa pourrait ne pas se voir. Il s agit toujours de faire voir un gäant lé oì il n y a que moulin É vent, quitte É user du stratagãme de faire voir qu on a coupä ce qu il y avait É voir : faire voir une absence (de poil) pour mieux faire ressortir une präsence (de phallus). Au-delÉ de cette question sexuelle se tient celle de la fonction : celle de l ensemble, c est de rassembler, mais aussi d articuler ses ÄlÄments entre eux par des lois de composition interne. En quelque sorte, pour cet ensemble que nos appelons Å moi Ñ, c est la fonction sujet qui depuis l extärieur autant que depuis l intärieur, permet une organisation en däcidant de ce qui est dedans et de ce qui est dehors, donc de ce qui entre et de ce qui sort, alimentation, excrätion, sexualitä. Le sujet, tout sujet, se situe ainsi toujours aux limites : c est la limite qui le constitue comme sujet. Å Le chevalier errant doit átre le garant de la väritä Ñ. Il touche de prãs le paradoxe, lui qui ne cesse de voir dans les choses des choses que les autres ne voient pas, mais c est É Sancho que reviendra la tçche d átre confrontä au paradoxe comme tel (tome 2 page 409). Lorsqu il est gouverneur, il devra affronter l Änigme suivante malicieusement präparäe par le duc : la loi dit que celui qui passe tel pont, s il dit la väritä sur l endroit oì il va, on le laisse passer. S il est convaincu de mensonge, il doit átre immädiatement pendu. Or, voici qu on homme le confronte aux limites : il däclare vouloir passer le pont pour aller se faire pendre. Donc, s il dit la väritä, on doit le laisser partir, mais alors on ne le pend pas et c est donc qu il a menti. S il ment, on doit le pendre mais alors, c est qu il a dit la väritä et on doit le laisser partir. Sancho s en sort trãs bien, en sortant de la logique pour faire appel É ce qu il appelle la misäricorde, ce qui est tout simplement son däsir. Or, nous savons que le däsir suit lui aussi une certaine logique qui est justement celle du paradoxe : j y suis et je n y suis pas. C est la 23

24 logique du fantasme, mais É un niveau supärieur, puisqu il s agit cette fois de dire : dans la logique, j y suis et je n y suis pas. Le travail de l analyse consisterait aussi É sortir de cette logique, en acceptant de se rendre compte qu il ne s agissait que d un jeu : nulle vie n est en jeu dans le fantasme, pas plus que dans la scãne imaginäe par le Duc pour mettre É l Äpreuve Sancho. Il s agit juste de se rendre compte que le gäant n Ätait qu un moulin É vent et que cette histoire de potence n Ätait qu une mise É l Äpreuve pour tester les limites. Comme un enfant peut s apercevoir que le cheval ou le loup dont il a peur, eh bien, ce n est qu un cheval et ce n est qu un chien parce que, finalement, ce n est qu un pãre. Bref, toute cette histoire imaginäe par le Duc c est elle, le vrai mensonge, celui de la beautä infinie d une femme ou d un paysage, esthätique ou Äthique sous laquelle il faut cacher la lutte pour sa place, c'est-é-dire la lutte du däni de la castration pour la conquáte du phallus. 24

25 Les räfärences de l analyste Voici donc un exemple de travail d analyse. Au cours d une säance, une analysante me raconte un ráve. En l entendant, je ne peux m empácher de penser É un ráve que j ai fait moi-máme quelques mois auparavant, et qui me semble de máme structure. C est d ailleurs pour cela qu il surgit : parce qu il est de máme structure. C est donc une räfärence qui s impose lé malgrä moi et elle va me servir, toujours malgrä moi, É appräcier la valeur de väritä ou de räalitä du discours que j entends. De la máme faàon que les livres de chevalerie servent d outil É Don Quichotte pour appräcier la räalitä? C est toute la question. Examinons donc ces deux ráves. L analysante : je sors d une sçance avec vous, mais avant de sortir vous prenez une veste. Ensuite sur le trottoir nous marchons la main dans la main et vous vous baissez pour ramasser un collier cassç, que vous me rendez. Je suis dans le mçtro et lé le m aperäois que j ai perdu une chaussure ; donc je la cherche. OÜ? Dans le trou, c'est-é-dire dans l intervalle entre les quais, sur les rails. Et lé je dçcouvre, horreur, qu il y a deux Çpaisseurs de rails l une au dessus de l autre et que entre ces deux Çpaisseurs, il y a une femme et son enfant. Horreur supplçmentaire, un mçtro arrive! Alors le rñve passe É autre chose. Je lui demande : c est quoi ce mätro? Elle räpond : un phallus. J ajoute sans räflächir : oui, mais alors c est un gros! c est le phallus du pãre, complãte-t-elle spontanäment. - Pourquoi est-il menaàant? Mais lé, elle ne sait pas räpondre. Elle poursuit, cependant : ce collier cassä, c est le phallus ; pourquoi est-ce que vous m en rendez un, j ai fait assez de travail, ici, pour faire un sort É cette envie de phallus!!! Puisqu avoir le phallus, c est átre indäpendant enfin, c est l idäe que je m en faisais. C est 25

26 aussi une chaêne : je voudrais me säparer de vous et c est vous qui me tendez encore une chaêne! Et puis, je sors de säance, je suis donc censä vous quitter et pourtant vous venez avec moi. On se retrouve máme main dans la main, mais j avais pris soin de vous faire prendre une veste! Elle me souligne le sens mätaphorique de cette derniãre expression, employäe lorsqu un garàon entreprenant s entend räpondre une fin de non recevoir par une dame. Jusque-lÉ, je n ai fait que rapporter ce que je crois me souvenir de ce que j ai cru entendre de ce qu elle m a dit. J y fais räfärence en essayant d y átre le plus fidãle possible, telle qu elle s est Äcrite dans un de mes livres de mämoire. Je ne suis pas complãtement dupe de mon propos, comme en tämoigne la premiãre phrase de ce paragraphe, É laquelle je fais É präsent räfärence. Je pourrais dire : mon räcit n est pas fidãle, j y ai forcäment introduit des distorsions et des omissions. Cette remarque serait tenable dans le cadre d une discipline faisant räfärence É l objectivitä : en gros, une science. Mais je fais räfärence É la psychanalyse, une discipline dans laquelle la subjectivitä a retrouvä toute sa valeur. Par consäquent, dans ce cadre, le rapport subjectif de ce que j ai entendu a tout son intärát, sauf que ce dernier s est däplacä : il n est plus question de l objet Å patiente Ñ, ni de l objet Å son ráve Ñ, il est question du sujet analyste qui ici s avãre analysant de son acte. Mais, disant cela, est-ce que je ne retourne pas É l autoräfärence de Don Quichotte? Et pourtant je fais räfärence É mon analysante, puisque je dis Å elle m a dit Ñ, Å c est son ráve Ñ. Suffit-il d ajouter : eh bien, nous sommes en präsence d un paradoxe? Le paradoxe serait : il s agit d elle et il s agit de moi. En le däcortiquant ainsi, je fais räfärence É une thäorie trãs commune instituant une säparation radicale des Å moi Ñ. Moi, c est moi, et toi, tais-toi, dit malicieusement l adage. Parler de la Å patiente Ñ É partir de lé reviendrait en effet É la faire taire, puisque, ici, elle n est pas lé. Elle serait Å patiente Ñ en effet, souffrant que j ai fini mon exposä sans pouvoir moufter, objet de mes interprätations. Au contraire, analysante, je lui laisse toute sa place au lieu oì elle peut s exprimer, dans ses säances. Ici, il n y a que moi qui m exprime, máme si je fais räfärence É mes rencontres avec elle. Cependant, en se fiant É ce que j ai retranscris de son propos, puis en faisant confiance É ce que j ai dit de l association É mon propre ráve, on pourrait en däduire une autre thäorie dans laquelle, ce dont nous parlons n est pas ce moi-ci, ni ce moi-lé, mais la chaêne signifiante qui circule de l un É l autre, ce collier dans le ráve, repräsentant lui-máme au sein du ráve la structure de celui-ci, faite d une enfilade de räunions et de säparations : le grand Autre. Mais en employant le terme Å chaêne signifiante Ñ ne fais-je pas räfärence É une thäorie toute constituäe, celle de Lacan, que je plaquerais ici sur un ÄlÄment de ma pratique que je n aurais choisi que pour sa valeur justificatrice de la dite thäorie? Acceptons-en cependant le risque, car je ne vois pas aucun moyen d y Ächapper. Au risque, pas É la dite thäorie. Je vais alors m autoriser É reformuler son ráve ainsi : du point de vue du ráve, c'est-édire du point de vue de l inconscient, il y a, dans son ráve Å un collier Ñ : ce n est pas son collier, ce n est pas mon collier, c est Å un collier Ñ. Pourtant, selon elle, c est moi qui le ramasse pour le lui rendre. Donc, d elle É moi, de moi É elle, c est une chaêne qui fait des allers et retours, c est le lien qui nous lie. Sans doute est-il fait, comme tout collier, de perles et d intervalles, exactement comme la structure du ráve, forgäe de räunions et de säparations successives : si elle sort de chez moi, c est qu elle devrait átre en train de me quitter ; or, je la suis, je sors avec elle (expression qu elle ne souligne pas, mais que j entends ici aussi dans son sens mätaphorique, compte tenu du contexte) ; je sors avec elle, mais elle me fait prendre une veste ; nous devrions átre säparäs, mais nous sommes main dans la main ; un collier est lé, mais il est cassä ; il est perdu, mais je le lui rends. Ce modãle pourrait Ävoquer ces petits personnages de papier des guirlandes : pliäs, on ne voit qu un seul personnage, däpliä c est une guirlande dont on peut se faire un collier, une guirlande de petits personnages qui se tiennent par la main. Mais pour la fabriquer, il a fallu, une fois le pliage accompli, actionner les ciseaux pour donner forme au personnage, c'est-é- 26

27 dire introduire des trous dans le papier. Le transfert, originairement c est àa : mettre en jeu le manque s exprimant sous la forme du däsir, et du coup, derriãre le psychanalyste vont se cacher tous les personnages sensäs venir combler le manque : le pãre et la mãre et tout aussi bien, les enfants, le mari, le compagnon, la femme, et l amant. La däcoupe empáche qu ils ne soient tous complãtement colläs et indistincts. Derriãre l analysante se cachent aussi tous les personnages cliväs auxquels elle s identifie, ce dont elle ne s aperàoit pas forcäment. Derriãre mon Äcoute, pas moins. Cette chaêne qui nous lie est cassäe. C est lé oì c est paradoxal : comment quelque chose de cassä peut-il nous lier? Le mot Å cassä Ñ attribuä au collier renvoie É la trouure que le ciseau introduit dans le papier et reflãte toute la structure du ráve, peut-átre máme toute la structure du langage. Comment? Elle interroge la liaison É partir de la cassure de cette liaison ; elle interroge le nœud É partir de sa tenue ou non. Un nœud tient-il É partir du moment oì il ne tient pas? Telle est sa faàon de poser la fameuse formule de Lacan : il n y a pas de rapport sexuel. Qu il n y ait pas de rapport, dit Lacan, àa ne veut pas dire que les gens n ont pas de relation sexuelle. Il est luimáme dans le paradoxe, mais on ne retient trop souvent que le premier membre de son assertion. Ce collier qui la lie É moi, outre la mätaphore de la guirlande, peut-il me permettre de faire räfärence É ce nœud qu on appelle une chaêne borromäenne? Nous examinerons cette question un peu plus loin. Pour l instant, examinons la räfärence qui m est venue directement dans la säance, ce ráve que j avais fait plusieurs mois auparavant : J assiste É une exçcution É laquelle je suis moi-mñme promis : É la hache, non dans le cou mais dans le milieu du cráne, le bourreau faisant face au condamnç. Quelqu'un me dit d ailleurs que c est horrible parce qu on ne meurt pas tout de suite. Le bourreau doit s y reprendre É plusieurs fois. Une vraie boucherie. Je vois un autre type courir avec une hache plantçe dans le dos. Celui-lÉ, on est sàr qu il ne va pas mourir. Je suis en Pologne avec Martine, l une de mes anciennes compagnes. Elle est partie É la gare la premiöre ; on doit s y retrouver. Je la cherche longuement dans une bibliothöque qui fait aussi Conforama. On y vend des lits. Je vois un lit aux montants de fer forgçs tarabiscotçs. Partout, des gens parlent franäais, mais ce sont des touristes. A la gare, c est curieux, il n y a pas de voie entre les quais. A la place, une mauvaise route, presque un chemin de campagne avec des orniöres boueuses et de l herbe au milieu. Je traverse cette route É la recherche du train ; en tout cas, pas de Martine. Je veux lui tçlçphoner et c est alors que je me rends compte que je ne l ai pas mise dans mon nouveau tçlçphone. Je retourne dans la gare. Le haut-parleur dit des choses en franäais, tandis qu un train entre en gare. Je suis ÇtonnÇ d entendre les haut-parleurs s exprimer en franäais alors que nous sommes en Pologne. Mon Çtonnement ne se borne pas lé : je croyais qu il n y avait pas de voies, alors sur quoi donc roule le train dont l entrçe en gare est signalçe? Alors que je sors de la gare pour retourner É l hâtel oü je sais trouver le Nä de Martine, le haut-parleur de la gare cite Proust en franäais. Je traverse un carrefour compliquç oü plus de 4 voies convergent, dont deux É ma gauche, presque parallöles. BÑtement, je traverse en plein milieu de la place au lieu de traverser chaque voie l une aprös l autre et je me trouve pris dans un flot de voitures qui viennent É la fois des deux voies sur ma gauche. Je manque de me faire Çcraser. Une petite fille a traversç aussi en courant, É ma droite ; je reste non loin d elle pour la protçger du flot voitures qui dçferle de la gauche. Au moins, j aurai fait Äa! De l autre câtç, je trouve mon chemin vers l hâtel que je sais sur l une de ces voies de gauche que je n ai pas pu rejoindre tout É l heure. Mais ce n est pas grave : je sais que je peux rejoindre par lé. Je dois longer un Çtroit bras de riviöre qui isole une ãle. Il me semble qu il s agit de l ãle de la CitÇ, mais je l Çcarte aussitât puisque je suis en Pologne. Je passe vraiment juste au bord, dans la boue qui matçrialise un Çtroit sentier entre l eau et l herbe du talus. Je manque de me mouiller les chaussures. C est de justesse. Mais je me rapproche de ma rue. RÄveil avec mal au crçne, trãs mal. 27

28 Si j ai pensä É ce ráve en Äcoutant le räcit du sien, c est qu il y a une liaison entre les deux. Vraie ou fausse, il est vrai que cette association m est venue. Elle fait donc partie du collier, c'est-é-dire de la liaison qui nous räunit. Le mal de crane est la consäquence logique du coup de hache qui ouvre le ráve. Je mets en scãne la douleur que j Äprouve däjé et dont je ne prendrais conscience qu au räveil. Cette douleur elle máme ne peut átre qu en rapport avec la suite du ráve. Elle est une consäquence des efforts du refoulement qui räsiste jusqu au dernier moment pour ne pas mettre en scãne ce qui pourtant va venir en repräsentation. La scãne du ráve s ouvre en Pologne ; cela voudrait dire que, derriãre Martine, une ancienne compagne, se profile ma mãre, d origine polonaise, que je voudrais retrouver, et que je ne retrouve pas. Etant moi-máme le metteur en scãne du ráve, je suis obligä d admettre que, si je ne la retrouve pas alors que je däploie bien des efforts pour la chercher, c est que je souhaite É la fois la retrouver et ne pas la retrouver. Il se trouve que dans les jours präcädents ce ráve, un lecteur polonais m avait Äcrit pour m acheter tous mes livres, et que je venais de recevoir de lui un guide de la Pologne en franàais, avec invitation au voyage. Je lui avais räpondu que c Ätait trãs gentil, mais que je n aimais pas voyager en touriste : s il y avait des confärences É donner, oui, àa justifierait le voyage É mes yeux. Sinon, je ne m y voyais pas. Mon correspondant polonais m avait demandä d oì ma mãre et mon grand pãre Ätaient originaires. Coäncidence, il venait lui-máme du máme coin, la SilÄsie. Je lui avais envoyä une vieille photo de mes parents, mon grand pãre et moi dans un champ, non loin du petit village de mon grand pãre. J avais 7 ou 10 ans. Il est clair que tout cela ne pouvait que me rappeler les origines de ma mãre et le voyage que j y avais fait. Je suis interpellä par cette insistance sur les voies. Pas de rails, et ensuite, des voies dangereuses qui se croisent en ce carrefour. Elle se redouble en jouant de l homophonie sur la voix du haut-parleur. Ma mãre m a parlä en franàais au lieu de me parler en polonais. Elle n a pas fait un mauvais choix, aprãs tout, car, É quoi aurait pu me servir le polonais? D autres membres de sa famille, immigräs en France, ont gardäs de forts liens avec la Pologne oì ils vont räguliãrement : lé, àa präsente quelque utilitä. Mais ma mãre, mariäe É un franàais, au contraire du reste de sa famille dans laquelle les mariages s Ätaient faits entre immigräs polonais, avait, É ce qu il semble, accompli un certain deuil de sa terre d origine. Elle avait donc fait le choix de me parler en franàais et n avait commencä de m initier au polonais que lorsque, É l enträe en 6 ãme, je däbutais l apprentissage d une langue Ätrangãre, l allemand. Croyant bien faire, elle avait modälisä son enseignement exactement sur ce que je faisais É l Äcole. Tout mot appris en allemand devait l átre Ägalement en polonais. Pour moi, tout cela ne repräsentait qu un travail supplämentaire auquel je ne voyais nul intärát. J avais trãs vite laissä tomber. Proust repräsente pour moi le paradigme de l auteur franàais, le parangon de la belle langue. Une idäe me traverse : ma mãre m aurait-elle näanmoins parlä polonais? Cet Äpisode serait-il une mämoire irrämädiablement perdue, totalement refouläe de maniãre originaire? Ceci expliquerait mon Ätonnement au sein du ráve máme, issu du contraste entre le pays et la langue d expression que j entends partout, que ce soit dans le magasin ou dans les hautparleurs de la gare. Le pays esquissä dans le ráve pourrait átre lu comme la mämoire de ce que j ai entendu en polonais, däpourvu de sens parce qu entendu É une Äpoque trop archaäque. Comme si ma mãre avait claironnä du franàais par-dessus des chuchotements en Polonais, ceux-ci ayant cependant articulä les contours du pays de mon enfance la plus tendre. Il est vrai qu il me reste en mämoire quelques mots de polonais däsignant justement des choses dont l abord suppose quelque refoulement : bouzet, le sein, babock, la crotte de nez (je n ai aucune idäe de l orthographe räelle de ces mots). Ces mots-lé, je sais que je ne les ai pas appris lors 28

29 de mes deux säjours en Pologne, É l çge de 7 et 10 ans, ni lors de la tentative d apprentissage du polonais, langue Ätrangãre. Ces mots-lé n avaient Ävidemment rien d Ätranger ; au contraire, ils faisaient räfärence au plus intime de la relation. En matiãre de scãne primitive, ce ráve me plonge au cœur de la naissance du sujet, celle-ci Ätant corolaire de l enträe dans le langage. Est-ce un hasard si les mots que j ai retenus sur le seuil de ce monde parlä font allusion aux marges du corps? Au sein est associäe la bouche, É la crotte de nez, la crotte tout court, et donc l anus. Entre les deux, le corps. Vu l attention portäe par ma mãre É la pseudo-constipation induite par cette präoccupation máme, on peut comprendre que j ai gardä en mämoire une trace parläe de cet investissement, avec un läger däplacement dâ au refoulement. La boue des orniãres entre les quais de la gare en fournit le tämoignage visuel. Elle resurgira un peu plus loin dans mon päriple en direction de l håtel. L herbe peut rappeler les poils pubiens ; elle ne fait pas däfaut dans la deuxiãme apparition de la boue. C est de lé que l on peut saisir la signification de l absence de rails en ce lieu oì ils sont pourtant attendus : c est bien de l absence de phallus dont il est question. La mätaphore n a rien de visuel comme pourrait l átre un cigare, un Zeppelin, une banane. Elle s Ärige de la seule alternance virtuelle d un objet absent lé oì il est considärä comme naturellement präsent. Par ailleurs, la perception enfantine n avait Ävidemment pas fait la diffärence entre les organes excräteurs et les organes sexuels. Dãs lors, qu'est-ce que la gare? Ce n est rien d autre que ma mãre, räduite É la zone sexuelle et É la voix. Me voilé en mesure d expliquer ma recherche dans la bibliothãque qui fait aussi office de Conforama. Des ráves präcädents m avaient rendu familiãre cette image comme mätaphore de la mämoire. Ici, en plus, on vend des lits. Il s agit donc de quelque chose inscrit dans la mämoire, ayant trait au lit. Les montants de fers forgäs tarabiscotäs me font penser aux montants en bois sculptä du lit de mes parents. Le fer forgä n est qu une ruse de la censure, tandis que la väritä transparaêt dans le Å tarabiscotä Ñ. Donc, dans cette bibliothãque, sous couvert de chercher Martine, je cherche quelque chose inscrit dans ma mämoire et je ne parviens pas É le trouver, quelque chose ayant trait au lit, que je finis peut-átre par trouver É la gare. Fer forgä chemin de fer voie.voix du haut-parleur en franàais pas de voie entre les quais (entre les jambes), pas de voix venant du lit de mes parents, pas de voix en polonais. La trace effacäe dans la mämoire correspond donc autant É l absence de phallus qu É l absence de mot en polonais, sauf les deux restes dont j ai parläs, surnageant de ce qui pourrait se präsenter comme un tissage däpourvu de signification mais bien präsent comme cadre de la scãne sur laquelle a pu monter le franàais. Alors le train qui entre en gare, il roule sur quoi? Sur des souvenirs effacäs, tandis que le haut-parleur tonitrue du franàais. Et qu estil donc ce train? Rien d autre que le phallus de mon pãre. C est quand máme lui la räfärence du franàais, s exprimant dans le haut-parleur au moment máme oì j entends le train entrer en gare. La suite du ráve permet d en confirmer l interprätation. Üa insiste dans ce curieux carrefour oì convergent toutes ces voies-voix dont le trafic risque de m Äcraser et d Äcraser la petite fille. Le premier enfant de ma mãre avait ÄtÄ une fille et elle Ätait morte É l çge de trois jours. Bien qu elle n en ait jamais parlä, je suppose É ma mãre un regret ineffaàable de cet enfant et le souhait d avoir É nouveau une petite fille, ce que le destin ne lui a pas accordä. Dans mon ráve, je protãge cette enfant mythique, sans doute parce, quelque part, je crois que c est moi. J eusse aimä que ce fât moi : peut-átre aurais-je ÄtÄ un peu plus aimä, plutåt que de venir en position troisiãme aprãs däjé deux garàons. Mais comment comprendre la complexitä de ce carrefour, avec ce soudain flot de voitures? Ce sont les remarques topologiques (il vient de gauche, la petite fille est É droite) associäe É l interprätation du lit de Conforama qui me donnent la clef. Je pense É ce pied de lit tarabiscotä, en fer forgä dans le ráve, en bois dans la räalitä : c Ätait ce que je voyais tous les 29

30 soirs en m endormant, tous les matins en me räveillant, car mon petit lit d enfant Ätait situä au pied du grand lit de mes parents, de faàon É ce qu il se situe É ma gauche lorsque j Ätais couchä É plat dos, ce qui Ätait le cas la plupart du temps. J ai donc dâ entendre É quelques reprises un sacrä trafic É ma gauche, un remue mänage effrayant qui aurait peut-átre pu me prendre la vie, c'est-é-dire ne pas me la donner, puisque je connaissais l exemple de cette sœur qui n Ätait näe que pour mourir. Me voilé en präsence de traces de la scãne primitive au sens strictement freudien du terme. N ayant pas compris la signification de cette angoissante agitation, je l avais reconstruite comme un danger en lui donnant la forme sur laquelle les parents insistent toujours lorsqu on est dans la rue : ne traverse pas sans me donner la main! Ne traverse pas sans regarder! Regarde toujours d abord É gauche! Ainsi se complãte l interprätation de la gare : le train phallique du pãre y entre, empruntant cette voie sans rails que je prenais pour un cloaque. L êle de la citä est au milieu de la Seine primitive puis-je É präsent compläter, tout en Äcartant l idäe, puisqu il s agit bien de la Pologne, c'est-é-dire de ma mãre. J ai poursuivi mon päriple en gardant un œil sur la voie de gauche (àa insiste) que j ai du mal É rejoindre, comme si quelque chose que je ne m explique pas m empáchait d y accäder. On comprend maintenant de quoi il s agit. Dans le máme temps j y accãde, puisque je trempe mon pied dans le cloaque, non sans quelques räticences. Mon ráve räalise ainsi le däsir de me mouiller lé oì mon pãre prend son pied, tout en tenant compte de l interdit que sa seule präsence impose (le train), mais qu il a bien dâ me faire savoir par son haut-parleur. Üa s appelle le respect que j ai toujours tämoignä É la culture que je lui savais, dont Proust ici se fait le porte parole. Je devrais corriger : la culture que je lui attribue, car je n ai jamais su s il avait lu Proust ou non. Je ne suis sâr que d une chose c est que moi, je l ai lu, et que lui, il avait beaucoup lu. Le respect ne serait sans doute pas grand-chose sans la crainte de la castration qui s exprime ici É travers mon dägout pour la boue et ma crainte de me mouiller. La fin du ráve ouvre sur le räveil et le mal au crçne qui me renvoie É son däbut : des coupures abominables dont on me fait clairement savoir qu on n en meurt pas tout de suite. Telle est en effet la faàon dont il faut vivre avec l angoisse de castration, däcouverte lors de cette observation des rapports parentaux mettant en Ävidence une diffärence que je ne pouvais m expliquer autrement que par un coup de hache laissant le blessä s enfuir avec l instrument de sa souffrance plantä dans le dos. L organe coupä, le phallus, s est identifiä É l instrument coupeur. Ainsi, comme dans la fameuse histoire de l homme aux loups, je peux en däduire que j ai pu observer un coåtus a tergo. Oui, celui-lé qui s enfuit avec une hache dans le dos, on est sâr qu il ne va pas mourir. J en sais quelque chose : c est moi, ici identifiä É ma mãre comme victime des coups de mon pãre. 30

31 D un röve Ñ l autre : transfert de signification ou identitä structurale? Je vous ai racontä son ráve et je vous ai racontä le mien. Ce dernier en plus dätaillä ainsi que les associations et däductions qui en däcoulent. Cette disproportion est logique : j ai beaucoup plus facilement accãs É la bibliothãque de ma mämoire. Que le mien ne soit pas É son sujet ne change rien É l affaire. Il tente d Äcrire aussi quelque chose qui tienne, entre la vie et la mort, entre le bord extrámes de la vie : la conception É un bout, la disparition É l autre bout. La conception, c est la scãne primitive que ce ráve me rävãle ou construit de toutes piãces sachant que cependant les piãces sont lé. Puisque ce ráve m est venu au moment oì mon analysante racontait le sien, dois-je en däduire les mámes significations? Soyons clairs : les significations relatives É mon analysante lui appartiennent. Plus que cela, le sens lui appartient, au sens oì le mot sens ne renvoie É aucune signification concrãte, mais É une orientation dans un parcours, celui de sa parole, qui ne peut átre accompli que par elle-máme. Cependant je suis intervenu. C est cette intervention que je veux interroger ici, en me posant la question : dans ce qui se präsente ainsi É l horizon du paysage, les moulins É vents que construit mon analysante É son propre usage, est-ce que mon ráve n y induit pas, ne serait-ce qu É mon seul emploi, ces gäants que furent mes parents dans leur coät inaugural? Est-ce que je n y prends pas matiãre É la rouler dans la farine? La chaussure perdue ne faisait aucun mystãre pour elle : oui, il s agissait aussi de sa propre castration. Elle l interprãte aussitåt, exactement comme moi : ce trou entre les quais est le sexe fäminin peràu aussi sous les auspices de la castration c'est-é-dire du manque. Je ne me souviens pas de l exactitude de nos Ächanges ; mais je sais que j avais procädä par simple question sur la nature de cet accessoire baladeur. J avais en táte une räfärence É de multiples ráves faisant Ätat de chaussures, les miens comme ceux de mes analysants. J avais fait de mon mieux, je crois, pour ne rien laisser passer de cette räfärence personnelle. Elle Ätait cependant lé au sens oì c est elle qui m amenait É lui poser question lé-dessus. Le manque ainsi repärä entre les quais, je fais l hypothãse que c est la cassure dont il est question dans le collier. Paradoxalement, c est bien le manque qui fait la liaison, puisque 31

32 c est de l autre qu on attend un comblement de son manque, sachant que c est aussi ce dont on ne voudrait pas, car c est ainsi perdre une indäpendance É laquelle on tient. C est vrai pour tout le monde mais c est exactement comme àa que cette dame me le dit. Son mätro avec son Å trou Ñ entre les quais m avait immanquablement fait penser É ma gare, avec son absence de rails. Ce pourquoi m est venue ma premiãre question : qu'est-ce qu un mätro? non pas interprätation, mais interrogation de ce que chacun de son cåtä Å voit Ñ dans son intärieur, de faàon É ce que la parole puisse Ätablir un pont entre ces deux visions, la sienne Ätant, dans le cadre de son analyse, le seul garant de la väritä en ce qui la concerne. De mon cåtä, dans ce train entrant en gare, j avais entendu le phallus de mon pãre, máme si, dans mon ráve, je ne le voyais pas. Sa räponse me surprend par sa spontanäitä allant directement dans mon sens : Å un phallus Ñ. Certes, elle ne präcise pas É qui appartient ce phallus, alors, au lieu de poser bátement la question, je räponds par une exclamation qui traduit mon Ätonnement du moment : Å un gros, alors! Ñ. Est-ce une interprätation? Sans doute, mais pas au sens de l apport d un signifiä sur un signifiant. Au contraire, plus que la surprise de voir un si petit organe däcrit par un si Änorme engin, c est la stupäfaction de nos concomitances qui me guidait, sans la moindre räflexion. Sa räponse m Ätonne encore plus, de l entendre confirmer ma propre analyse : Å c est le phallus du pãre Ñ. J avais continuä mes interrogations sur la configuration de son ráve qui, au moment de la säance, me laissait pantois : que penser de cette double paire de rails et de ce couple mãrefille coincä entre les deux? Malheureusement, lé, elle n a pas pu me räpondre. Il faut dire qu É ce moment, moi-máme je n avais aucune räponse, perturbä que j Ätais, aprãs tant de coäncidences, par la dissonance de notre perception de l entre-deux-quais. C est aprãs-coup que j ai eu cette lumineuse association logique : lé oì je ne vois rien, ce que j interprãte comme l attente däàue d un phallus, le däsir metteur en scãne de son ráve rajoute une double couche de rails, double couche phallique dont l effet räfärentiel ne manque pas d Äcraser tout ce qui se präsente comme d ordre fäminin, une mãre et une fille. Mais c est moi qui ai eu cette association. Je n ai donc aucun droit É la faire valoir. Pourtant, si j avais eu cette association sur le moment, máme inconsciemment, je crois que j aurais su poser de meilleures questions. Par contre, son ráve produit un effet de contrecoup sur l analyse du mien. Effet interprätatif, pourrais-je dire aussi bien. Et lé, je peux m autoriser É l interprätation. Je pourrais máme m aventurer É däployer une comparaison structurale de nos deux ráves, comme LÄvi-Strauss le faisait pour les mythes de deux populations ÄloignÄes. Je cherche ma femme, elle cherche sa chaussure : jusque-lé c est identique, et l un comme l autre, nous ne trouvons pas. Il en räsulte que la seule diffärence entre nous nous amãne simplement É poser une Äquivalence É valeur universelle : une chaussure est un phallus, et un phallus, c est une femme. Elle a besoin de retrouver quelque chose de perdu, d ordre phallique, et j ai besoin de la máme chose. J ai ÄtÄ däsaràonnä par cette diffärence entre le vide et le plein, le contenu respectif de notre entre-deux quais. Pourtant, le risque d Äcrasement, chez moi, il se trouve simplement un peu plus loin, au moment oì je traverse ce carrefour. Similitude encore, c est une petite fille qui risquait de se faire Äcraser. J ai interprätä l arriväe des multiples vähicules comme le trafic menä par mes parents dans leur coät inaugural. Elle avait interprätä l arriväe du mätro comme celle du phallus du pãre. A peu de choses prãs, nous sommes bien dans les mámes eaux. Chez elle, ce phallus entre dans une cavitä oì sont en gestation une fille et une mãre. Moi, j avais trouvä prudent de m Äloigner de la dite cavitä dans la gare, sans y parvenir, puisque je retrouvais la máme problämatique au niveau de la place que je devais traverser. N oublions pas un dätail : dans mon ráve, j ai traversä cet entre-deux quais sans utiliser le passage souterrain. J y Ätais, dedans, au máme titre que mon analysante. Je me suis simplement arrangä pour diffärer l arriväe du train qui se produit lorsque je sors, au moment máme oì je 32

33 suis confrontä É la traversäe du carrefour. Comme souvent dans les ráves, lorsqu on cherche É se mettre É l abri d une menace ou d un dävoilement, on ne fait que reculer pour mieux sauter, le problãme se reposant sous une autre forme dans la suite du ráve, et sinon, dans le ráve d une nuit suivante. J Ächappe É la scãne primitive, je m en vais, j en fais rächapper cette fille, et pourtant j y suis encore et encore, de plus belle, lorsque je me retrouve sur les bords boueux de la Seine primitive. Je quitte ce lieu oì j ai connu la castration et, croyant le quitter, je m y replonge. Encore Mon ráve est un peu plus dätaillä en ce qui concerne les souvenirs de scãne primitive, grçce É cette recherche dans la bibliothãque-conforama, mais elle-máme la met en scãne d une faàon plus abrupte par l enträe du mätro en station. De cette confrontation sexuelle au risque meurtrier, je me tire en sauvant une petite fille. Ici, me revient la suite du ráve de mon analysante, que je n avais pas notäe et qui avait eu du mal É rester dans ma mämoire sans cette aide artificielle. Je m aperàois aujourd hui que je n avais nul besoin d aide, car il me revient, du fait de cette Äcriture, que dans la suite de son ráve, sans transition, elle s occupait de l inscription de sa fille É une activitä dans un MJC. Une faàon comme une autre d Äcrire le nom de sa fille dans un registre, de faàon É la symboliser, autre faàon de la faire naêtre. Renaêtre pourrait átre mon mot en ce qui me concerne, puisque tel est mon däsir dans mon propre ráve. Mais pas seulement, car il me vient, nouvel effet interprätatif du ráve de mon analysante sur le mien, que si je n ai pu ramener É la vie la petite fille morte de ma mãre, j ai moi-máme eu une fille, sauväe ainsi du ventre maternel et des coups incomprähensibles du pãre. La máme structure, dans mon ráve et dans le sien, entre deux trous, celui de naissance, voire de la conception et celui de la mort. Sous räserve que je ne fais pas tout pour faire en sorte que àa corresponde mais alors c est une tentative É mettre au compte de mon däsir dans cette cure ; däsir que nous soyons liäs par le máme collier. Le däsir n est pas autre chose que däsir du däsir de l autre. Dans cette comparaison structurale, la plus extráme prudence serait de mise. En comparant ainsi mes gäants et les siens, il est possible que nous ayons affaire tous deux qu É des moulins É vent. Il reste possible aussi que ses gäants n aient pas les mámes caractäristiques que les miens. Mes constats de similitudes ne seraient alors que de l ordre du däsir d analyse tel qu il se manifeste chez Samson Carasco, adoptant les codes et discours de son Å patient Ñ Don Quichotte, afin de le ramener dans les filets de la parole. Quoiqu il en soit, il ne s agit pas d aboutir É des affirmations, mais de permettre que le discours se däveloppe, produisant du sujet. Le präsent travail me permet cependant de me rendre compte comment j ai pu me trouver figä dans le mitan de la säance au moment oì la diffärence de ráves me laissait coi. Aujourd hui, je sais que j aurais pu dire quelque chose comme : eh bien, vous en rajoutez une couche, vous, avec vos rails! Quelque part ce n aurait ÄtÄ que reprendre ce qu elle avait dit avec ses propres termes, en y rajoutant un ton gauchissant lägãrement le message en lui donnant Äventuellement l occasion de rebondir. 33

34 LE PARADOXE DE LA CASTRATION Dans les deux cas, repräsentation de la scãne primitive, repräsentation du sexe fäminin et repräsentation de la mort, c'est-é-dire les repräsentations de l origine et de la fin restent absentes, d oì le travail räpätitif du ráve, comme des säances d analyse : Encore, pour trouver une repräsentation de l irrepräsentable. Un travail qui se fait É deux, forcäment, chacun tenant un bout de la chaêne avec cette chaêne elle-máme comme tiers, Autre pour tous les deux. Si je n avais pas ÄtÄ conàu, je ne serais pas lé. Si j avais ÄtÄ ÄcrasÄ, comme la petite fille, je n aurais pas ÄtÄ lé. J ai pris appui sur cette petite fille morte de mon histoire, mais le ráve de mon analysante m informe sur ma condition fäminine : elle est enfermäe entre deux paires de rails, c'est-é-dire É la place du trou, dans le trou c'est-é-dire É la place du phallus. Pour elle comme pour moi, c est le corps fäminin qui est en place du manque phallique, l átre le phallus dans sa dialectique avec l avoir ou pas. Quand je lui demande : alors c est quoi ce mçtro? elle rçpond sans hçsitation : bah, c est un phallus ; et moi, du tac au tac : alors c est un gros! Oui, c est celui du pöre dit-elle ; celui qui vient faire concurrence et prendre la place des filles dans le trou de la mãre ; elles sont lé, et si elles n avaient pas ÄtÄ conàues par ce phallus du pãre, elles n y seraient pas, comme le phallus qui y serait, si elles Ätaient näes garàon, et qui n y est pas parce qu elles sont näes filles. Mon cas particulier (la petite sœur morte) est en prendre en considäration comme tel bien sâr, mais il n empáche qu il rejoint la problämatique du phallus dans sa formulation 34

35 paradoxale telle que je vous la propose. En ce qui la concerne, la petite fille et sa mãre sont en menace de mourir. Je vous propose ces formules du paradoxe de la castration, entre átre et avoir : La fille a un phallus et la fille n a pas de phallus. ( x x - x x) (attribution) La fille est un phallus et la fille n est pas un phallus. ( x x - x x) (existence) Le garàon est un phallus et n est pas un phallus ; ( x x - x x) (existence) Le garàon a un phallus et n a pas de phallus, alors c est une fille. ( x x - x x) (attribution) VoilÉ 4 formules de la sexuation qui Äcrivent toutes le rapport sexuel soit de la faàon 0/1=0 : il n y a pas de rapport sexuel, puisque le rapport s Äcrit de maniãre Äquivalente É l un des termes, soit de la faàon 1/0 = : s il y a un rapport sexuel il est insaisissable, car de l ordre de l infini. D oì, l infini de la recherche d une repräsentation de ce paradoxe qui ne saurait en trouver, sauf avec les formules plus nuancäes du Å un peu Ñ et du Å pas tout Ñ, autre faàon d Äcrire la carrä ontique d Aristote. Car si on Äcrit la premiãre formule de cette särie de faàon purement nägative : x x, ce qui est logiquement l exact Äquivalent du x x, cette maniãre de l Äcrire entraêne cependant de la particularitä. Au lieu de : Å tous les x Ñ, nous avons : Å il n y a pas un seul x qui Ñ. Ce qui laisse entendre, comme toute proposition nägative, que le positif pourrait exister : x x, Å il y a au moins un x qui Ñ. Ainsi le petit garàon qui voit sa mãre ou sa sœur nue pensera que c est une exception qui peut se produire : É partir de son propre cas il däduit : x x, É partir de l observation contradictoire, il va la placer dans l ordre de l exception : x x, mais d une exception qui pourrait bien lui arriver aussi. La petite fille, É partir de son propre cas, ne peut penser autrement qu É un universel, elle aussi. Il se trouve que d universel il ne peut y en avoir qu un! La plupart des femmes que j ai entendues sur mon divan se disent avoir ÄtÄ, soit des Å garàons manquäs Ñ, soit que, petite, la question de la sexuation ne se posait tout simplement pas : elles Ätaient des garàons, tout simplement. Je dis Å la plupart Ñ car je ne fais pas de statistiques, ce qui veut dire : beaucoup, mais peut-átre pas toutes, x x. 35

36 ATTRIBUTION Tout näcessaire x x Pas tout Contingent x x Un peu Possible x x Rien (0) Impossible ( x x) Je ne prätends pas ici faire œuvre de logicien. J essaie juste de mettre au clair quelques idäes, et ce faisant, je m aperàois que c est loin d átre Ävident. On aura remarquä que je n ai pas reproduit ci-dessus les 4 formules avancäes par Lacan dans Encore. Ces derniãres Ätaient un exercice de subversion des modalitäs d Aristote dans leurs formalisations proposäes par Pierce, et en ce sens elles ont sârement leur valeur. J ai cependant trouvä qu avec le temps, elles avaient fini par faire catächisme au sein de la gent psychanalytique. Comme àa, mes 4 formules se bouclent : elles forment un collier de paradoxes. Et puis, elles se mädiatisent par des formules non absolues qui datent de cette Äpoque archaäque oì les hommes ne savaient pas compter, temps qui se parcourt É nouveau au moment de l enfance, formules qui restent bien utiles pour exprimer des nuances É l çge adulte : un peu, beaucoup, pas tout. Ce collier, ce n est pas le sien, ce n est pas le mien, c est celui de la structure, c'est-édire de ce qui lie les humains entre eux, c'est-é-dire les átre parlants : c est donc la structure du transfert, c'est-é-dire encore la structure du langage. C est la seule raison qui m autorise É faire Ätat de son ráve et de l interpräter dans son rapport au mien. L interprätation devient un däveloppement de la structure et non la rävälation d une signification cachäe concernant celle-ci ou celui-lé. Ce faisant, je produis du sujet, ce sujet qui se situe dans un vide autour de moi-máme ou dans moi-máme. Il s agit de la fonction sujet et non du moi comme objet du narcissisme. Si, comme l indiquait Freud, le moi est une surface basä sur l image du corps, le sujet est un trou, faisant de ce moi un objet vivant. Pas de surface sans trou et pas de moi sans sujet, mais si je veux me däfinir, je suis aussi sans cesse sur ce paradoxe de me däfinir É la fois comme surface et comme trou. Surface avec un trou, c'est-é-dire sujet qui n est sujet que d Äprouver un manque et donc, de ce fait, appendu É l autre, liä É l autre par un collier. Et, mieux : partie intägrante du collier qui me lie É l autre, l un des maillons de cette chaêne que nous tissons É deux. Si j ai quelques difficultäs avec la logique, je me sens plus É l aise avec la topologie. 36

37 A partir de l extrait d Encore ci-dessous, j avais, dans une premiãre lecture, souscrit É la conclusion que Lacan Änonce É la fin : vous obtenez alors une chaãne homogöne de ronds plies. Encore, p Aprãs le premier pliage, vous pourriez avec le troisiãme rond faire un pliage nouveau, et le prendre dans un quatriãme. Avec quatre comme Figure 4 Figure 5 avec trois, il suffit de couper un des nœuds pour que tous les autres soient libres. Vous pouvez en mettre un nombre absolument infini, ce sera toujours vrai. La solution est donc absolument gänärale, et l'enfilade aussi longue que vous voudrez. Dans cette chaêne, quelle qu'en soit la longueur, un premier et un dernier se distinguent des autres chaênons alors que les ronds mädians, repliäs, ont tous, comme vous le voyez sur la figure 4, forme d'oreilles, les extrámes, eux, sont ronds simples. Rien ne nous empáche de confondre le premier et le dernier, en repliant l'un et le prenant dans l'autre. La chaêne dãs lors se ferme. La räsorption en un des deux extrámes laisse pourtant une trace dans la chaêne des mädians, les brins sont affrontäs deux É deux, alors que, lé oì elle se boucle sur le rond simple, unique maintenant, quatre brins sont de chaque cåtä affrontäs É un, celui du cercle. Cette trace peut certes átre effacäe vous obtenez alors une chaêne homogãne de ronds plies. Je n Ätais pas sâr de cette conclusion, faisant confiance É Lacan. Aujourd hui, j ai fait l expärience, et aprãs un Ächec avec des ficelles j y suis parvenu en faisant d abord le dessin. 37

38 Il est important de noter que c est de la construction de dessin que m est venu la mäthode pour passer É la pratique sur les ficelles. Donc, reprenons : Je propose ici le dessin manquant dans l exposä de Lacan, lorsqu il parle de l enfilade Å aussi longue que vous voulez Ñ : P mais c est moi qui ai nommä et P, le phallus et le Nom-du-Pãre, les deux ronds extrámes, en räfärence au schäma R. On y retrouve les exträmitäs de la vie comme irrepräsentable ainsi qu elles se manifestaient dans les ráves respectifs de mon analysante et de son analyste :, l instrument de la conception, de la nomination l absence d une repräsentation du sexe fäminin et donc de l origine ; P, le Nom-du-Pãre, puisqu il n est de pãre que mort, car c est ainsi qu il est possible de procäder É la symbolisation de toute chose, par le meurtre de la Chose. et P sont les deux lettres marquant le forclusion dans le schäma I. trou, dit Lacan É ce moment de sa rädaction, mais il vaudrai mieux dire absence de repräsentation, le trou venant dans sa conception plus tardive comme place qui engloutit le Chose dans le processus de symbolisation. Les pointilläs au centre repräsentent un nombre indäfini de ronds pliäs, autant qu on voudra. Si on veut unifier les deux ronds extrámes, c est possible ainsi, selon le schäma de la p. 113 de Encore : Si on veut plier le rond de raboutage pour le rendre homologue aux autres ronds, on n y parvient pas. Du moins, je n y suis pas parvenu. Si quelqu'un y arrive, qu il me fasse parvenir la mäthode, SVP! Moi, je n y suis parvenu qu en le coupant et en reconstruisant le montage selon le schäma suivant : 38

39 P Les pointilläs repräsentent toujours un nombre indäfini de ronds pliäs comme dans la chaêne linäaire. Il suffisait de comprendre la dissymätrie de repräsentation de chaque rond, qui präsente d un cåtä un Å dos Ñ, de l autre, deux Å oreilles Ñ. Pour rabouter de faàon homogãne, il fallait faire passer un cåtä Å dos Ñ lé oì la rupture de la chaêne präsentait des oreilles (en ), et des oreilles lé oì la chaêne präsentait un cåtä dos (en P). On voit en effet la particularitä du rond däcoupä et raboutä se dissoudre dans la chaêne. Donc, É se fier É la topologie, que devient le Nom-du-Pãre? Ce n est que le repräsentant de la fonction qui permet le fonctionnement de la chaêne signifiante, un nom donnä qui n a aucune particularitä späciale : c est un signifiant parmi les signifiants. En quoi, Lacan avait aussi raison de dire : il n y a pas de mätalangage. Il n y a pas de rond qui se distingue dans la chaêne pour dire la chaêne. Pour Äviter le paradoxe, Russell avait eu l idäe de produire une thäorie des classes : il fallait imposer É la Å sociätä Ñ cette rãgle, que personne ne pouvait átre rasä par quelqu'un de sa classe, mais par quelqu'un d une classe infärieure. Ainsi, il n y avait plus aucun risque de tomber sur l occurrence d une confusion de la fonction et de l objet, c'est-é-dire l autoräfärence. Si on en croit le modãle topologique exposä ci-dessus, la tentative de Russel tombe d elle-máme. Dans la chaêne fermäe par un rond non pliä, on peut repärer le barbier, l opärateur de la fermeture : c est ce rond non pliä. Lorsqu on a pliä ce rond pour le rendre semblable aux autres, on ne peut plus isoler de barbier quelque part : chaque rond peut-átre le barbier ou ne pas l átre. En fait, c est É Gòdel que revient le märite d avoir fait un sort É la thäorie des classes. On voit simplement ici la thäorie des nœuds se trouver en accord avec le 39

40 thäorãme de Gòdel : tout systãme formel est näcessairement incomplet, incluant soit un indäcidable, soit une contradiction. Il n y a pas de contradiction dans cette chaêne ; par contre il y a de l indäcidable : si on cherche le rond d accroche, ce n est ni celui-ci, ni celui-lé, ni aucun autre autrement dit, si on cherche la limite, il n y en a pas. En máme temps, c est l ensemble dans son entier qui fait limite, en fabriquant une signification. Mais ce peut-átre celle-ci ou celle-lé ou n importe quelle autre : il suffit d augmenter ou de diminuer les ronds ; ou de remplacer un ou plusieurs rond par un ou plusieurs autres. Ou d entendre les ronds tantåt d une oreille, tantåt d une autre. Il me vient l idäe que ce rond est celui du transfert, par lequel l Äcoute de l un permet É la signification de l autre de se boucler. En ce sens la boucle est la máme pour l un et pour l autre, le transfert qui passe de l un É l autre passe dans chaque signifiant, il n est pas un ÄlÄment Ätranger É la chaêne qui se noue de son fait. Dans la chaêne, du fait de cette homogänäisation, il manque donc un rond de däbut et un rond de fin. La conception et la mort sont absentes de la chaêne. La conception, c'est-é-dire l origine du monde, c'est-é-dire le sexe fäminin en tant qu irrepräsentable. On peut en trouver autant de substituts que de ronds divers. Mais ce n est pas parce qu il n y a pas de repräsentation du däbut et de la fin que c est une chaêne infinie. Elle est parfaitement circonscrite, au contraire d une chaêne qu on pourrait dire psychotique. Elle est pure mädiation tandis qu une chaêne psychotique serait pur bord, fixäe É la question de la conception et de la mort comme chez le präsident Schreber : une chaêne non fermäe, comme la premiãre repräsentäe ci-dessus, avec une infinitä de ronds qui ne parvient pas É boucler un quelconque signifiä. Autrement dit, certains discours, ceux qu on appelle nävrotiques, peuvent se contenter des substituts, pourvu qu ils ferment le collier, tandis que d autres courent sans fin vers un rond späcial qui serait sensä assurer cette fonction de fermoir. S il y avait un fermoir au collier, s il y avait un rond de däbut et un rond de fin, on pourrait dire : voilé l accroche, voilé le bout. C est le Nom-du-Pãre (P), c est la castration ( ). Ce qui menace, dans les deux ráves, le mien et celui de mon analysante c est justement cette collusion d un phallus avec un Nom-du-Pãre, du phallus en tant que c est celui du pãre. C est le risque de comblement de la place vide (en ce qui me concerne, je suis en effet sur une place, tandis qu elle est dans un vide). Dans la chaêne borromäenne gänäralisäe, comme dans tout nœud borromäen, la fonction nouage, ce qui fait que àa tient, est assuräe par l ensemble et non par l un ou plusieurs des ÄlÄments ; c est l ensemble lui-máme, en tant qu il n est pas inclus dans l ensemble. Il n y a pas dans l ensemble une repräsentation de la fonction nouage. Ce n est donc certainement pas le pãre, le personnage, qui vient É cette place du nouage, lorsque celui-ci se referme, ne formant qu un ensemble de rond pliäs homogãnes. Et si c est le phallus, il ne s agit pas de l organe mais de ce nom qu on met É la place du manque. Du coup, il n apparait pas comme manque, mais c est une illusion : l illusion phallique par excellence, celle qu on retrouve dans l usage de la perspective : il y a lé une profondeur, une troisiãme dimension qui pourtant n y est pas. Elle y est et elle n y est pas. Il peut aussi y avoir un nombre indäfini de ronds, mais il ne peut pas átre infini. Le sujet est absent de la chaêne, mais il est fini. L ensemble Å nœud borromäen Ñ est incomplet. Il fait partie de l ensemble de tous les ensembles qui ne se contiennent pas eux-mámes. C est pourquoi un sujet est toujours en däsäquilibre et qu il lui faut un moi sur lequel s appuyer. Si le moi n est pas facile É däfinir, au moins peut-on en proposer des repräsentations : le nom, le pränom, l image du corps, qui font partie de la chaêne. L image du corps est la surface que la chaêne enserre et que le nom däsigne dans la chaine. Mais ce qui anime tout àa, le sujet, lui, il n est pas lé. Ce pourrait átre Äa ou Surmoi, mais ce sont aussi des substituts. DÄs qu on däsigne une repräsentation, celle-ci 40

41 devient objet de la däsignation, elle cesse donc d átre la fonction de däsignation comme telle. Chaque rond ne tient que de son appartenance É l ensemble, ce que räsume la formule : S1 S2. Il n y a pas d essence du signifiant : le signifiä n est que la surface provisoire qu entoure un certains nombre de ronds, de la máme faàon que le moi circonscrit le signifiä de l ensemble de ce que je peux dire. Le signifiant ne se contient pas lui-máme. Pour donner É comprendre la diffärence entre les ensembles qui se contiennent euxmámes ceux qui ne se contiennent pas eux-mámes, Russell proposait l exemple suivant : l ensemble de toutes les idäes est une idäe : il se contient donc lui-máme. Mais l ensemble de tous les oiseaux n est pas un oiseau : il ne se contient donc pas lui- máme faux! Car c est bien l idäe d oiseau dont il s agit comme ÄlÄment de l ensemble, non l oiseau räel. En däfinitive, il n y a pas d ensemble qui ne se contienne pas lui-máme : ils se contiennent tous eux-mámes, car il n y a d ensemble que de repräsentations, et l ensemble des repräsentations est lui-máme une repräsentation. D un autre cåtä, ce qui rassemble toutes ces repräsentations est une fonction, tandis que chaque ÄlÄment de l ensemble reste un objet. Donc aucun ensemble ne se contient lui-máme : l ensemble des idäes est certes une idäe, mais cette idäe-lé ne peut átre contenue dans l ensemble, car le contexte n Ätant pas le máme ne lui donne pas le máme statut ni le máme sens. L idäe-signifiant n est pas l idäe-signifiä. L oiseau signifiant (ce que j entends) n est pas l oiseau signifiä (ce que je comprends quand on me parle d oiseau) et ni l un ni l autre ne sont l oiseau räel. Entre les trois, on change d espace. La castration est la fonction de repräsentation comme telle. Autrement dit, loin d átre un problãme limite, le paradoxe est toujours präsent dans tout discours ; je parle de l autre mais ce n est pas de l autre dont il s agit. Et c est pourquoi j ai pu vous citer un ráve de l autre en sachant fort bien que ce n est pas de cet autre dont je vous parle, mais de l effet que cet autre a produit sur moi, notamment par un remaniement de ma mämoire. Le problãme du ráve, d oì je suis parti, est exactement celui de l autoräfärence, c'est- É-dire celui de la confusion de la fonction et de l objet. Dans l ensemble, la fonction, en fait, elle y est et elle n y est pas. Elle y est É l Ätat de fonctionnement, mais il n y est pas É l Ätat d objet. Le train qui entre en gare, dans mon ráve, il y est mais il n y est pas car je ne le vois pas. La voix du haut parleur, autre tenant lieu, je l entends, mais ne la vois pas et je ne vois pas plus ce qu elle veut dire. Donc le nœud borromäen gänäralisä präsente, d une part un indäcidable : on ne sait pas quel rond pourrait repräsenter le nouage ; d autre part une contradiction : s il y en a un, alors ce n est pas celui-lé. Je veux dire : si c est du pänis qu il s agit, alors ce n est pas le pänis, c est le phallus. Si c est du pãre qu il s agit, alors ce n est pas le pãre, c est la fonction du Nom-du-Pãre. Et dans les deux cas, fonction de castration et fonction de Nom-du-Pãre, les deux sont hors la chaêne, hors l ensemble. On retrouve ici les ambigîitäs de nos ráves respectifs qui sont finalement le ráve : il y a un collier, mais il est cassä. Je prends une veste mais je sors avec elle. Elle a perdu le collier mais je le retrouve. Je cherche Martine, mais je ne la trouve pas ; je cherche une voie mais il n y en a pas lé oì il devrait y en avoir. Ou alors il y en a deux, c'est-é-dire trop, qui sont des objets et non des fonctions. Je cherche une existence mais je risque ma vie, sous la forme d une petite fille. Elle cherche aussi un tämoin de son existence, comme mãre ou comme fille et elle est coincäe entre ces deux repräsentations car elle n est ni mãre ni fille, elle est sujet. En máme temps, il est indäniable qu elle est mãre et fille, en máme temps. Quelle place alors pour la femme? Je cherche le fermoir du collier, c'est-é-dire, soit ce moment de la conception dans la scãne primitive, soit le moment qui me sauve de la mort, mais àa me renvoie É la nonexistence, c'est-é-dire É la mort possible. Il y a bien la máme structure entre nous et c est en cela que je m autorise É citer son ráve, non comme tämoignage de son däsir ou de sa personnalitä, mais tämoignage de la faàon 41

42 dont nous sommes attachäs, modalitä d accrochage de laquelle je participe, son däsir s appuyant sur mon däsir et räciproquement. Le problãme de l autoräfärence reste entier. Dans le ráve, nous fonctionnons en totale autoräfärence. Mais nous mettons en scãne la faàon dont nous imaginons que ce pourrait ne pas átre autoräfärentiel, sachant que nous ne pouvons exister sans l autre mais que l autre ne va pas toujours se conformer É nos däsirs. Nous le souhaiterions et en máme temps nous ne le souhaitons pas, car il cesserait alors d átre autre ; et s il n est plus autre, alors nous ne pouvons plus átre sujet. Le suspend du däsir Je voudrais revenir sur un autre paradoxe que je n ai pas pu m expliquer, celui mis en scãne par Bernard Balavoine entre däsir de l analyste et däsir d analyste. Je crois que nous en sommes tous lé, dedans, sous les modalitäs les plus diverses. Quand je dis que j ai envie de coucher avec telle ou telle de mes analysantes (ou analysants), ce peut átre conscient ou parfaitement inconscient et ne se rävãle qu É l analyse de ráves. A ce däsir s oppose bien sâr le däsir d analyste qui interdit cela et qui me place (comme nous tous) dans cette situation de parent qui a du däsir pour l enfant et pour lequel l enfant a du däsir, mais que l interdit de l inceste bloque dans l œuf. Bref, homme j y suis, avec mon däsir, et en máme temps, je n y suis pas, je m en abstrais, mais c est un autre däsir qui permet cette abstraction : le däsir que cette analyse se fasse, de máme qu un parent suspend l acte sexuel envers l enfant, ce suspend Ätant guidä par le däsir d Äducation, disons, pour faire bref dans l instant. DÄsir de survivance de l enfant aprãs notre mort, däsir qu il reste notre átre-lephallus, ce qui permet de ne pas mettre en jeu le fait de l avoir ou pas. C est ce däsir-lé qui se transmute en däsir d analyste. Qui va dire la väritä sur le däsir? Nous n allons pas confondre väritä et räalitä, máme si nous pouvons souhaiter que cela se confonde. Il y a väritä objective et väritä d Änonciation c'est-é-dire subjective. Ce pourquoi dans nos däbats la seule Änonciation du collãgue est respectable máme si je n y souscris pas, car je ne sais que trop que la väritä d Änonciation a son prix. C est É ce prix lé que Samson Carasco a pu átre thärapeutique. Il a acceptä la väritä d Änonciation de Don quichotte en la partageant : àa revient É parler sa langue. Il a acceptä le code de la chevalerie se däguisant en chevalier et tenant des propos de chevalier, seule faàon d átre entendu de Don Quichotte. C est ainsi qu É ma petite mesure j essaie de reprendre les propos de mes collãgues, montrant que je les ais entendus afin de me faire entendre. Mon but n est pas de les ramener É mes fins, c'est-é-dire É ma väritä, ce qui est le but de Carasco, mais de pouvoir Änoncer É mon tour ma version de la väritä É partir de la version de l autre. C est toute la diffärence entre psychanalyse et psychothärapie. 42

43 Le collãgue qui me disait : pourquoi vois-tu des gäants lé oì il n y a que moulins É vents? C Ätait sa väritä qu il prenait pour la räalitä, ce qu il appelait la räalitä de la clinique ; je pensais la máme chose É son endroit, Ävidemment et ainsi sommes-nous souvent dans nos däbats comme des chevaliers se lanàant l un contre l autre : le chevalier est le garant de la väritä. Avec un peu de recul, disons que chacun est garant de la sienne propre et fait usage de sa force pour räduire l adversaire É sa merci. En opärant un circuit qui serait : reprise de la parole de l autre, puis, nouvelle parole se basant lé-dessus, j espãre suivre le modãle psychanalytique plutåt que le modãle häroäque. C est le modãle du nouage contre celui de l enlacement, diffärence topologique que nous allons Ätudier plus loin. Ce qui se dägage de ce que je viens de dire, c est que le conflit se situerait entre l átre le phallus (position fäminine) et l avoir (position masculine), deux däsirs contradictoires (präsent chez les deux sexes) qui font avancer-reculer l analyse en fonction des circonstances et de la faàon dont on s arrange avec, que l on soit homme ou femme. L insuspendabilitä du däsir Ce que je suspends, dans ma pratique, c est l acte, mais non pas le däsir, dont je sais la permanence, quoiqu il en soit de ma volontä. Ce que je cherche É dire, c est que, quelle qu en soit la forme, on y est avec son däsir, que ce däsir est sexuä, que nous le voulions ou non et que tout däsir s appuie sur le däsir de l autre. Si nous ne prenons pas en compte ce däsir qui ne se noue que d un rapport, nous passons É cåtä de la plaque. Le däsir n est jamais celui de l individu ou de la personne, comme si celle-ci Ätait un isolat, il est toujours fonction de l objet du däsir qui s incarne en l interlocuteur, au moins lorsque celui-ci veut bien s y práter. Autre exemple, au däcours d un ráve : Je reäois un analysant. Je traverse tout le couloir pour le chercher dans la salle d attente. C est le couloir de la maison de mes parents. C est ma möre qui a du le faire entrer. Je peste un peu contre elle car elle n a pas suivi mes instructions. je l entends parler derriöre le porte fermçe du salon. L analysant attend dans le couloir aprös un coude ; il m est familier, un jeune homme aux cheveux trös courts. TrÖs sympathique. Impossible de lui trouver un nom. Pourtant aujourd hui je vois qui Äa peut Ñtre, ce gars d Aubervilliers qui Çtait cinçaste, artiste je l accompagne É travers une sçrie de salles trös vastes, dçsertes, la derniöre salle est particuliörement vaste et dçserte, avec des gravas et des petites feuilles 43

44 mortes. Je me dis que Äa pourrait Ñtre autrement quand mñme mais si Äa me göne une peu, c est pas trop quand mñme. On arrive enfin É mon bureau qui est un dedans dehors. Comme sur une lande É flanc de colline, un espace un peu plus dçgagç. Je m aperäois que, si j ai fait du feu le matin, il s est presque Çteint. Je n ai pas pensç É l alimenter. Zut, il va faire froid. Heureusement, dans un coin, de la piöce, qui n en est pas une, des braises rougissent encore. Je ramasse du bois ici et lé, j en cherche du sec, et c est pas facile, vu qu il a plu. J en trouve pourtant É la limite d un toit que je ne vois pas, qui n est dçlimitç au sol que par une diffçrence sec mouillç (sexe mouillç). L analysant en trouve aussi de l autre câtç de la è piöce ê. Il a fait repartir des feux de son câtç. Moi, je le fais repartir sur des braises situçes sous une Çnorme souche. ëa va flamber! Avec des feux aux quatre coins de cette erre dçgagçe. Je l appelle pour qu il me rejoigne et nous allons pouvoir commencer. Alors arrive (on m annonce) la suivante, Isabelle. Je la vois se pointer sous son capuchon noir, grand manteau noir, protçgeant ses cheveux longs, blonds et trös bouclçs. Elle tient un sac, elle semble surgir du brouillard, sous la pluie ou la neige. Je la reäois et je lui dis que la salle d attente est lé, de l autre câtç de la zone qui dçlimite mon è bureau ê, c'est- É-dire les 4 feux des 4 coins. Je la prends par les Çpaules pour lui faire faire volte face. LÉ bas, mñme s il n y a pas de murs, elle n entendra rien. Je lui indique la partie basse du terrain, quand nous sommes dans la partie haute. Isabelle, c est DulcinÄe, elle repräsente l archätype de la beautä. Elle ressemble É une pub pour un parfum ou quelque chose comme àa. Un idäal, pas une vraie femme. Pourquoi doit-elle attendre??? Parce que le däsir d analyse commande. Cependant, l analysant c est moi, comme reste d inanalysä chez moi. Le crane rasä du jeune homme est lé en antithãse de mes cheveux longs, histoire de faire en sorte que je ne me reconnaisse pas. A la fin de son analyse, cet homme-lé, dont j ai l image dans mon ráve, s Ätait laissä pousser les cheveux, sans doute par identification. Ce reste d inanalysä fait que, quand j accueille mes analysants, et quoi que j en veuille, c est chez mes parents et avec ma mãre comme Å secrätaire Ñ qui ne suit pas mes instructions. ForcÄment, je n ai pas ÄtÄ satisfait de ma mãre, comme tout le monde, puisqu elle n a pas räpondu É mon däsir incestueux comme je l aurais voulu. Mon bureau est un dedans dehors, c'est-é-dire une bouteille de Klein. C est le lieu du grand Autre. Ce n est pas dans moi, ce n est pas hors de moi et de toute ma fantasmagorie personnelle. ForcÄment, c est ma mãre qui accueille l analysant, comme sans doute j aurais souhaitä átre accueilli par elle, et comme j aurais aimä däsirä átre accueilli par mes analystes. La mãre joue toujours le råle de grand Autre : le langage, commun É tous est pourtant, au däpart, Ätranger É chacun, Autre. C est avec cette langue commune que nous accueillons l analysant, cette langue de l Autre que Lacan nommait aussi lalangue, däpositaire de l archätype de la beautä c'est-é-dire du däni de la castration. Oui, celle-lé, elle peut attendre un peu. Mais rien ne changera le fait que j ai ÄtÄ accueilli dans le 44

45 monde par ma mãre, et que c est elle qui m a appris É parler avec cette petite ambigîitä sur la modalitä : franàais ou polonais. Quelque part, on vient en analyse, en effet, pour apprendre É parler. Cet Autre, incarnä ici par ma mãre, me vole un peu ma place, et c est bien normal, puisque je ne suis pas sans lui et je ne suis pas sans elle. Le langage est cet outil qui m est venu de l Autre, via cet autre appelä maman. Il vient donc de dehors, mais il a fallu que je le fasse mien, en le mettant dedans. Et la meilleure faàon de le faire mien c est de parler c'est-édire de mettre dehors ce que j Äprouve dedans. Il n y a qu É cette condition que je reconnaitrais moi-máme ce dedans du Å àa Ñ et du Å surmoi Ñ que je ne veux pas reconnaitre de prime abord, le considärant comme Å dehors Ñ selon l adage bien connu : c est pas moi, c est l Autre. J attends un peu de chaleur de cet accueil. Pas facile, mais l analysant m aide É faire repartir les feux. Je regrette la froideur de mes analystes et c est donc avec chaleur que je däsire accueillir mes analysants. Mais c est É deux que nous soufflons sur les feux du däsir : ainsi se construit le transfert. J accueille donc les analysants via ma mãre, dans l appartement de mon enfance, c'est-é-dire dans lalangue telle qu elle me l a apprise. Ce n est pas un constat päjoratif. Je considãre au contraire que c est en accueillant les analysants dans ce lieu lé qu ils seront É máme de revenir pour leur propre compte É ce qu a ÄtÄ ce máme lieu pour eux. Autrement dit je ne fais pas autre chose que cde qu a fait Samson Carasco É l Ägard de Don Quichotte : pour ramener les gens É leur village natal, je parle d abord cette langue dans laquelle ils se situent du point de vue de l inconscient, c'est-é-dire pour nos chevaliers, le langage codä de la chevalerie. Ce langage n est autre que celui du däfi permanent que le sujet porte É la figure du grand Autre, les gäants, les parents, afin de räcupärer la place dont il s est senti dälogä. Autre exemple : Je retrouve Annie en ville (c est une analysante), dans un hall de supermarchç ou un MacDo. On s en va. Le camion poubelle recule dans cette entrçe. J ai pas eu le temps de reprendre mon sac É dos gris ; je leur fais donc signe de s arrñter mais ils ne me voient pas ; le camion fait toute une manœuvre, et finalement aprös qu il se soit ÇloignÇ je retrouve mon sac intact : il n a pas passç dessus ; il a ÇtÇ trainç un peu, mais Äa va. Il commence É pleuvoir. Qu allons-nous faire? Je propose d aller aux halles voir un film. On se retrouve dans le camion. Mais je suis dans une nacelle en verre, seul sur le devant du camion, lé oü il n y a qu une place debout, comme dans le nez d un Dornier, un bombardier de la derniöre guerre. La place du mitrailleur de nez. On est sur les routes du Jura. Comme je suis debout devant, c est É moi de prçsider la manœuvre. ëa descend. A chaque virage mes pieds touchent la route qui est devenue minuscule, et je dois nçgocier le lacet de faäon É ce que Äa passe. En face, sur l autre versant de la vallçe, il y a un village magnifique. J espöre que c est lé oü ils vont nous dçposer. Paradoxe, je suis censç conduire et je me demande oü ils vont me conduire. A un moment je crois bien que je saute d un bout de route supçrieur É un bout de route infçrieur, sans passe par les Çpingles É cheveux. C est trös pçrilleux. Finalement ils nous ont laissçs sur la grande place du petit village en face. Finalement c Çtait un bus de tourisme. Annie est une analysante dont le problãme Ätait : manipuler le gens pour faire en sorte qu ils fassent ce qu elle veut qu ils fassent, y compris son mari et ses enfants. Attitude qui entraêne fatalement de nombreuses däceptions, car les autres ne sont pas toujours des marionnettes É disposition. Un jour, elle a pu le formuler ainsi, et j ai pu le lui souligner. Depuis, àa s amäliore un peu, elle a cessä de penser qu elle pouvait diriger le monde et les autres comme des pantins. C'est-É-dire comme des parties d elle-máme, c'est-é-dire comme 45

46 son phallus. A moins de considärer ce qu elle parvient É leur faire faire comme un tämoignage de son pouvoir sur le monde, donc de son phallus. Mon sac É dos gris est une partie de moi-máme que j emporte toujours avec moi. Tout est dedans : clefs, ordinateur, pull s il fait froid, lunettes de soleil, etc. C est l accessoire de mon accãs au monde, donc mon phallus. J ai peur que le camion poubelle ne me l Äcrase, ce qui veut dire que le camion poubelle, c est elle, c est Annie. Manœuvre du camion s entend donc comme une manipulation d Annie. J en rächappe enfin je souhaite d en rächapper, de cette castration dont je sens qu elle la programme É mon Ägard. SupermarchÄ, MacDo : je la sens comme quelqu'un qui va faire son marchä chez les autres pour leur couper le zizi et en faire son quatre-heure. Ou quelqu'un qui va vous foutre É la poubelle sans aucun scrupule. Quand je lui fais signe de s arráter, Ävidemment, elle ne me voit pas! Je dis àa, car elle est autant É cåtä de moi que le chauffeur invisible de ce camion poubelle. Elle recule, elle re-cul, en bref, elle encule, elle aussi! ô l aveugle, c'est-é-dire qu elle ne voit pas sa place ni sa participation É ce terrorisme qu elle fait rägner autour d elle. Elle est práte É enculer mon sac É dos paradoxe, car c est comme avec un trou É ordure, un anus, qu elle va avaler mon sac, et máme mon moi tout entier. A l inverse, on peut y lire mon däsir de lui retourner l amabilitä, en offrant mon phallus-sac-é-dos É la bäance de son derriãre. Ainsi mon däsir peut-il fonctionner sur la máme ritournelle que le däsir de l Autre : c est pas moi, c est l Autre, qui a un tel däsir. Et puis, c est moi qui la vois comme un camion poubelle. On dit, Å belle comme un camion Ñ, c est une formule trãs ambigîe (et obsolãte aujourd hui), car le camion est gros et puissant comme un homme, mais aussi beau et rutilant comme une femme qui en rajoute. Bref, si on dit àa, c est que àa s adresse É une femme phallique. Mon ráve la däcrit comme certainement plus mächante qu elle n est. Telle est, du moins, la faàon dont l inconscient l a peràue ; loin de moi l idäe de la räduire objectivement É cela. C est ma terreur que je däcris, plus que ce qu elle est elle-máme. Terreur de son däsir É mon Ägard, terreur de comprendre que j aimerais bien, finalement, lui retourner ce que je suppose de son däsir. Dans le conscient, je ne suis Ävidemment pas terrorisä, puisque je ne me rends absolument pas compte de ces repräsentations inconscientes. Compte tenu du ráve präcädent, il est possible aussi que j aie ainsi accueilli en moi une image d elle condensäe avec celle de ma mãre lorsque, se präoccupant un peu trop É mon gout, de ma Å constipation Ñ elle m enfonàait räguliãrement une canule dans le cul au prätexte de lavement. C est aussi une forme de manipulation, celle dont j ai le souvenir profondäment et douloureusement gravä dans ma mämoire. Autant le savoir afin de tenter d effectuer une partition des choses. Cette räfärence-lé m aide autant qu elle me nuit dans ma faàon de recevoir les dires de mon analysante. Elle nous nuit si je n en sais rien et si, croyant lui räpondre, je räponds É ma mãre, me däfendant d une agression potentielle. Elle nous aide, en revanche É apprähender l effet que cette femme peut produire sur son entourage sans s en rendre compte. Pour me sauver, je propose d aller aux halles voir un film : on retrouve le hall du supermarchä, mais les halles, c est le centre commercial du centre de Paris ; moi, si j y allais É une Äpoque, ce n Ätait pas pour le shopping, mais pour le cinäma. Pour Ächapper É la pluie, c'est-é-dire Äviter de me mouiller dans cette histoire, c'est-é-dire esquiver la castration menaàante par cette dame ; je präfãre aller au cinäma, c'est-é-dire me faire un film, un fantasme, celui dans lequel je serais d Çvidence le conducteur du camion. C est le cas, bien que je sache que le conducteur est derriãre moi, comme si àa inversait le sens de l analyse, car dans la säance, c est moi qui suis derriãre. Toujours la peur de me faire enculer quelque part, mais lé je me place dans cette position ambigîe : je conduis, mais par dälägation du conducteur, qui sait bien qu il voit moins bien la route que moi. Au fond, c est une bonne description de l analyse. De ce que je dçsire que soit l analyse! Ainsi je saute des Ätapes, je saute d un bout de chemin É un autre, en Ävitant les boucles, dites aussi Äpingles É cheveux. 46

47 J Ävite ainsi de me faire Äpingler (de me faire avoir). Je voudrais Äviter les lenteurs et les mäandres de l analysante. Je saute des Ätapes. Je suis sur le devant de ce camion comme un appendice, comme le phallus de l autre, et pourtant je cherche É faire valoir mon phallus, c'est-é-dire le fait d en avoir un, en imprimant au vähicule un chemin conforme É mes däsirs. Je nous place dans un paysage trãs beau, c'est-é-dire dans l illusion, dans ce que je souhaite voir, autre avatar de l Isabelle du ráve präcädent. On pourrait aussi en parler en termes d archätype, le beau paysage comme la belle femme. Je me demande si le camion va vers ce si beau village, c'est-é-dire si c est le däsir du conducteur ; comme par hasard, il y va, c'est-é-dire qu il a accompli mon däsir et non le sien. J ai donc inversä le processus de manipulation que cette dame me däcrit - du moins tel que je l ai entendu - dans ce qu elle met en scãne de sa vie : pour m Äviter la castration. C est donc que je me suis complãtement identifiä É cette dame : le manipulateur, c est moi. L image du mitrailleur de nez d un bombardier qui me vient au moment de däcrire la situation est explicite : on est en guerre, et s il y a un mitrailleur, c est moi, celui qui tire dans tous les coins, identifiä É SON phallus, puisque je suis l organe qu elle trimbale sur son devant, celui capable de tirer un coup (= faire l amour). Donc ce n est pas moi, je ne suis que son organe. C'est moi et ce n'est pas moi. Peut-átre pourrais-je en däduire qu elle fait tout àa pour s Äviter É elle-máme la castration. Je me bornerais É repärer ce qu il en est de ma position par rapport É elle. Bref, mon däsir n est pas joli-joli, lé, mais c est la caractäristique de tout däsir. Si je ne fais que lui renvoyer en miroir sa propre attitude, àa va pas aller bien loin ; or, ce n est pas ce que j ai fait, il semble, puisqu elle en est sortie, de cette attitude, en partie du moins. Alors le ráve vient dire que je refoule ce däsir, parce que le däsir que l analyse avance est le plus fort, le prix É payer Ätant ce refoulement. Ce serait la diffärence entre le däsir de l analyste lui renvoyer en miroir sa manipulation et le däsir d analyste lui permettre d analyser son attitude. Pourtant le ráve indique que ce qui n est pas analysä, dans son analyse, c est ce rapport É moi dans lequel je sens ou je crains? qu elle ne m instrumentalise comme les autres ; c est É l Ägard des autres qu elle a analysä le truc, pas É mon Ägard. Alors, on pourrait dire que c est le boulot inconscient de l analyste que de devancer un peu l analyse de l analysante : átre devant malgrä l Äthique qui voudrait que ce soit É elle d átre devant! Bref le däsir de l analyste est mis en scãne autant que le däsir de l analyste ; tout deux sont präsents et contradictoires, source des räsistances de l analyste. Faut bien faire avec. Le däsir est donc präsent, double et contradictoire, däsir de l analyste et däsir d analyste, disons däsir d analyse. Il est sexuä, car il s agit de savoir qui est le phallus de qui, et qui ayant risquä de perdre son phallus, cherche É se le räcupärer dans un film c'est-é-dire un fantasme, c'est-é-dire dans un ráve dans lequel le fait d átre conduit (manipulä, n avoir pas le phallus, c'est-é-dire átre celui de l autre) se combine avec le fait de conduire (avoir le phallus räaliser son däsir, tout Ätant le phallus de l autre, qui räalise ainsi lui aussi son däsir, tel que je l imagine, de manipuler l autre). DÄsir inconscient de l analyste, qui est däsir de maêtrise, däsir d aller plus vite, däsir d átre celui qui conduit et non celui qui se laisse conduire, däsir d accueillir comme j aurais souhaitä átre accueilli, par ma mãre et par mes analystes. Tout cela, il faudrait que ce soit dehors, eh bien malgrä moi, c est dedans, comme dans toute relation transfärentielle. Ainsi en est-il de Samson Carasco. Il se präcipite la lance en avant contre Don Quichotte, afin de se dämontrer le plus fort et faire valoir sa lance contre la sienne, son phallus contre le sien, sa parole contre la sienne, et ainsi faire en sorte qu il revienne É son village natal. Lors de son dernier combat victorieux, l auteur nous signale que, juste avant le choc de la rencontre des chevaliers, il relãve sa lance afin de ne pas blesser Don Quichotte, le 47

48 but Ätant de seulement le faire rouler É terre. Ainsi en est-il de l analyste qui, averti par l analyse qu il a fait de son propre transfert, Ävite de se präcipiter contre l autre en lui renvoyant l exact miroir de son image. Il opãre le petit pas de cåtä par lequel l analysant va se rendre compte de lui-máme en retournant sur la scãne oì il nä. Certes, la premiãre motivation de Samson Carasco est charitable : faire revenir Don Quichotte chez lui. Mais au colloque, Annick Bianchini nous avait rappelä que, ayant ÄtÄ däfait lors de sa premiãre tentative de combat, notre aimable bachelier avait aussi nourri en son sein le serpent de la vengeance. Sans cet auxiliaire venimeux, se serait-il risquä É une seconde aventure? sans un däsir de l analyste, se lancerait-on É poursuivre un däsir d analyse? Note technique (Dont on verra qu elle n est finalement pas si technique que àa) Reprenons le dessin manquant É la dämonstration de Lacan rapportäe dans Encore :. P Outre le raboutage non encore opärä, on remarquera deux diffärences entre la chaêne dessinäe ci-dessus et le dessin proposä dans Encore : PremiÜre diffärence Dans ce dernier, chaque rond pliä est reliä au suivant par ce qui apparait comme une alternance de dessus dessous : 48

49 Ceci donne une impression de relief accrue, et c est peut-átre cela qui Ätait recherchä par le dessinateur. Le message subliminaire qui est ainsi transmis par ce dessin, c est qu il ne s agit pas d un dessin et que nous travaillons sur les nœuds räels. Or, il s agit bien d un dessin. Comme dans l usage de la perspective en peinture, l artiste donne l illusion d une troisiãme dimension lé oì elle n est pas. Autant dire que nous sommes devant l un des fondements de l humanitä que la chaêne essaie de traiter d une autre faàon : la castration, c'est-é-dire le fait que tout le monde, garàons et filles, situent, dans l enfance, un phallus lé oì il n est pas : sur le corps fäminin. Il se trouve que je considãre le nœud räel, celui dont on parle comme Ätant construit de ronds de ficelles, n a qu une dimension ; (coupä) - (non coupä). Je rappelle que je däfinis la dimension comme cette coupure qui säpare deux påles : dessus-dessous, haut-bas, devantderriãre. Or, du nœud räel on ne peut dire qu une chose : -si on en coupe un, tous sont libres : alors c est un nœud borromäen -si on en coupe un, seul celui lé se dätache occasionnant une rupture dans la chaêne, mais de chaque cåtä, les autres restant accrochäs. Alors ce n est pas un nœud borromäen, c est un enlacement. Ceci constitue É proprement parler LA dimension rçelle du nœud : comme les autres dimensions, qui sont des polaritäs, (haut-bas, dessus-dessous, devant-derriãre), la dimension nodale se joue sur cette polaritä : coupä/non-coupä. Car, si nous apprähendons un nœud borromäen dans l espace, nous oublions en gänäral, comme pour tout objet, que NOUS apprähendons, c'est-é-dire que nous däveloppons un point de vue et que ce point de vue Ätablit É notre insu une mise É plat. Par exemple, nous voyons tel brin dessus par rapport É nous, qui regardons. Car, pour quelqu'un situä en face de nous, ce brin sera dessous. Idem pour droite et gauche. Par consäquent, dans le dit räel, les dimensions que nous ajoutons sont le fait de notre point de vue, ce qui revient É une mise É plat. Ce räel n est pas le räel, il est däjé un imaginaire structurä par le symbolique. Par contre, lorsque nous nous cantonnons É une seule dimension (coupä) - (non coupä), ce n est pas qu il s agit du räel comme tel, qui, selon la däfinition de Lacan, reste impossible, mais c est une räalitä se situant É la limite de son champ avec celui du räel. La coupure occasionnäe par la mise É plat c'est-é-dire par la perte de la troisiãme dimension, s apparente É cette premiãre coupure qui, distinguant un sujet et un autre, met en präsence un sujet et un objet. C est la coupure qui cräe de la dimension en säparant des påles. C est donc la coupure qui cräe l espace, celui de la räalitä telle que nous la concevons faite de räel nouä É l imaginaire et au symbolique. Nous retrouvons ici le däfinition de l espace de PoincarÄ. Ainsi, dans l enlacement, cette coupure n est-elle pas opäräe, et on ne peut pas l y opärer. Chaque rond pänãtre dans le trou d un autre qui le pänãtre en retour. L usage de ce mot, pänätrer, n est pas sans quelque Ävocation sexuelle. J y lis la structure de ce qui apparaêt 49

50 si souvent au däcours d une cure, celle d un viol subi dans l enfance et situä comme la source des tourments du sujet. De lé É ce que le sujet y situe sa propre naissance, il n y a qu un pas. Souvent, ce viol ne fait que donner une forme mätaphorique É un viol auquel le sujet pense avoir assistä : la scãne primitive, autrement dit, un coät des parents censä átre celui de la conception máme du sujet qui y assiste. Qu il y ait räellement assistä ou non, qu un viol räel soit venu dans son histoire donner une consistance É ce fantasme, cela n en constitue pas moins le socle et le fondement de tout un chacun. J ajouterai, le fondement paranoåaque de tout un chacun. Tel est l enlacement. Ainsi une chaine borromäenne constituant l histoire d un sujet peut-elle átre barräe d un ou plusieurs fermoirs en forme d enlacement. Ce sont les symptåmes. Elle peut átre constituäe uniquement d enlacements, et c est la paranoäa envahissant toute la vie d un sujet. Une coupure dans le fermoir, s il n y en a qu un, occasionne la libäration de toute la chaêne, ce qu on appelle schizophränie. Mais il peut y avoir plusieurs fermoirs qui donnent ici un symptåme nävrotique, lé un symptåme paranoäaque, avec des coupures schizophräniques localisäes, laissant subsister des ÄlÄments de chaine entre deux fermoirs intacts. DeuxiÜme diffärence Essayez d isoler l un des accrochages, tels que dessinä dans Encore : Tirez la demi-lune de gauche par l un de ses bouts : vous la verrez sortir sans peine de la demi-lune de droite. Ceci tämoigne de cette caractäristique borromäenne : aucun rond ne pänãtre le trou de l autre. 50

51 Dans l Äcriture que j ai proposäe, car je la tenais pour plus lisible, on a exactement la máme caractäristique räelle : si l on tire la demi lune de gauche par l un des bouts, elle va sortir sans peine de celle de droite : Par consäquent ces deux Äcritures sont, sur le plan de la räalitä, Äquivalentes. Elles sont borromäennes toutes les deux. Sauf au moment oì la chaêne homogãne rencontre un hätärogãne É savoir le rond non pliä : pliä : Car le rond suivant n Ätant plus pliä, il ne peut pas sortir des oreilles du dernier rond 51

52 Ou, dans une autre manœuvre, il n est pas possible de räduire la pliure en rabattant le bord interne du rond pliä vers la gauche. Il s agit d une erreur dans le dessin publiä dans Encore, erreur qui introduit ici un enlacement au sein du nœud borromäen 5, lui faisant perdre sa caractäristique borromäenne É cet endroit lé. Partout ailleurs, si on en coupe un, tous sont libres, sauf ici : les deux continuent É tenir ensemble. Inversement, si on coupe ici, on supprime l enlacement et alors tous sont libres. Ceci pourrait s interpräter comme une fixation comparable É un symptåme. Par exemple un signifiä qui serait toujours le máme, impossible É dänouer, comme une phobie : le cheval däclenchera toujours l angoisse, malgrä tout ce qu on pourra dire sur l aspect inoffensif de chevaux, car le cheval est accrochä É une seule signification insue : le pãre comme rival renvoyant au sujet sa propre agressivitä. On voit en quoi consiste alors le travail de l analyse : redonner É ce rond son aspect pliä de faàon É ce qu on puisse l entendre de deux oreilles : le pãre, le cheval, ce qui rend la libertä É l ensemble. C est pourquoi j avais präfärä l autre modalitä, symätrique, d accrochage de ronds : Car, en parvenant au rond non pliä, elle conserve la caractäristique borromäenne : Ici, on peut parfaitement rabattre la partie interne du rond pliä vers la gauche, libärant ainsi les deux l un de l autre. 5 Merci É Marie-Laure Caussanel de m avoir signalä cette erreur, ainsi que pour toute la discussion autour de cette chaêne qui m a permis d aboutir É la finalisation de ce texte. 52

53 Conclusion C est ainsi que je suis Don Quichotte : comme lui, je m invente un monde de ráve, É cette diffärence prãs que, pourrais-je dire, je sais que le mien est un monde de ráve, tandis qu il prend la räalitä pour ce qu il ráve É partir des romans de chevalerie. Je peux le dire, une fois ÄveillÄ ; mais au moment du ráve, É ce monde de gäants et d enchanteurs, j y crois. Et qui me dit que, une fois räveillä, je ne vais pas refouler ce monde qui va continuer son travail de faàon souterraine, dictant É mon insu mes silences autant que mes räponses au moment de l acte analytique? Qui nous dit que, en nous räfärant essentiellement aux chevaliers de l inconscient, Freud et Lacan, nous ne nous bçtissons pas un monde semblable É celui des romans de chevalerie? Notamment lorsque nous ne travaillons que sur la thäorie sans jamais nous mettre en jeu dans la räalitä de notre pratique? De s inventer un monde conforme É ses däsirs, Don Quichotte s en fait le maêtre putatif (empereur) au prix de devenir la marionnette des habitants du monde räel qui sont les väritables enchanteurs, ne cherchant qu É le duper, soit É des fins de confort Ägoäste, comme Sancho, soit É des fins thärapeutiques, pour le ramener É son village, soit É des fins de pur divertissement. La väritable thärapie a consistä É se faire son alter ego, le chevalier aux miroirs, puis chevalier É la blanche lune, allant chercher Don Quichotte dans son monde de ráve en en acceptant les codes, c'est-é-dire la langue. De máme ai-je fait en allant chercher les codes de la langue commune que nous avons bçtie, l analysant et moi, tous les deux dupes de cette langue cryptäe par nos propres soins insus. samedi 30 octobre

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