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1 internet : nouvel espace démocratique? Le dossier de août/septembre 2011

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3 sommaire Introduction... 4 Enjeux... 5 Points de vue Entretiens et articles réalisés par Richard Robert Militer en ligne Ressources et limites des nouvelles formes d engagements Entretien avec Dominique Cardon Organiser sans organisations Note de lecture sur Clay Shirky La neutralité des réseaux, un enjeu citoyen Entretien avec Sébastien Bouniol «Difficile d évaluer les contours exacts du changement» Sur les conséquences sociales de l information Entretien avec Jannis Kallinikos Ce nouvel espace public exige une éthique Sur la blogosphère et les réseaux sociaux Entretien avec Romain Pigenel Contre la trahison de «l esprit du Net» Hackers et autres pirates du Web Entretien avec Rodolphe Durand «L altermondialisme est en partie l enfant d Internet» Les mouvements protestataires et l idéal du journalisme citoyen Entretien avec Eddy Fougier Cyberactivistes et société civile Les ambiguïtés de la révolution tunisienne Entretien avec Romain Lecomte Pour en finir avec la «Twitter revolution» Par Ulises Mejias Ne pas surestimer le rôle d Internet Quelques pensées sur la révolution tunisienne Par Evgeny Morozov Repères Quizz août/septembre

4 par Ariane Ioannides Rapidité, accessibilité et massification de l information depuis quelques années, Internet s est ouvert à de nouveaux publics : les journalistes publient des blogs, les citoyens commentent l actualité, les habitants d une localité dénoncent un projet, les militants appellent à la mobilisation La toile a, en effet, bouleversé les formes de partage du savoir. Entre ceux qui produisent l information et ceux qui la reçoivent, les frontières s estompent. Des amateurs deviennent la source de l information, comme sur Wikipédia où les participants, spécialistes ou non, sont évalués uniquement à partir de ce qu ils produisent. Une sorte d idéal démocratique pour certains où il n y a plus de hiérarchie verticale et où un système d auto-évaluation entre les internautes permet un tri des informations. De son côté, le web 2.0, via les réseaux sociaux, blogs et autres forums a élargi l espace public à de nouvelles formes de prises de parole. Internet, plus qu un média de communication et d information, a renouvelé les possibilités de critique et d action, devenant une forme politique à part entière. De la campagne d Obama aux révoltes arabes, de plus en plus d événements politiques et sociétaux se sont initiés ou développés sur le Net. Mais si la campagne numérique d Obama a permis à ses supporters de valoriser leurs contributions, en France, les partis politiques et les institutions ont encore du mal à se saisir de ces modalités d expression. Les formes de délibération citoyenne organisées sur la toile, type démocratie participative de Ségolène Royal en 2007 ou débat sur l identité nationale, se sont révélées plutôt décevantes. Car, dans ce nouvel espace politique, non seulement les internautes ne débattent pas sur commande mais ils définissent eux-mêmes leurs sujets et, surtout, ils prennent la parole sans qu on le leur demande. Même si les partis politiques traditionnels et les médias de masse ont retrouvé une certaine domination sur le web, l outil Internet interroge la légitimité des grosses structures et bouscule les modes de consultation conventionnels. Le Web répond à des attentes de démocratisation des citoyens. Outil de liberté pour les uns, utilisé pour mieux contrôler par d autres Internet est-il vraiment un nouvel espace démocratique? 4 août/septembre 2011

5 Ici et là-bas, un enjeu citoyen par Richard Robert Internet serait-il en train de changer le monde? S il faut se méfier des raccourcis un peu faciles qui ont transformé la vague d insurrections dans le monde arabe en «révolution Facebook», il est difficile de ne pas faire le lien entre ces événements et la révolution de l information associée aux nouvelles technologies et l essor des réseaux. L accès au savoir, les échanges sociaux, la nature même de l espace public ont connu depuis quinze ans des bouleversements spectaculaires. Des institutions essentielles de notre vie publique sont bousculées, à commencer par la presse, ce «quatrième pouvoir» dont les modèles économiques et la légitimité intellectuelle sont aujourd hui en crise. Dans les pays autoritaires, l émergence de nouveaux médias et l accès à une information mondialisée représentent une véritable bouffée d oxygène, à même de déstabiliser des régimes qui continuent à rêver d un contrôle total de l opinion. Ailleurs, la reconfiguration de l espace public apparaît plus ambiguë : on salue volontiers le dynamisme des nouveaux médias et la capacité accrue des internautes à la participation, mais on s inquiète des dérives communautaires, de la visibilité offerte aux nouvelles radicalités, ou encore des inégalités d accès. Le débat porte aussi, chez les spécialistes, sur la capacité réelle d Internet à changer les règles du jeu. Médias online et réseaux sociaux ne sont-ils que des outils, des accélérateurs en quelque sorte, ou quelque chose de différent et de radicalement nouveau est-il en train d advenir, qui ne toucherait pas seulement aux liens sociaux, aux flux d informations ou à notre rapport aux institutions intellectuelles ou politiques, mais à notre identité même? À toutes ces questions, le présent dossier n offre pas de réponse définitive. Son ambition est de poser des questions et de repérer des problèmes. D ores et déjà pourtant quelques leçons apparaissent, qu il convient de faire ressortir. La première porte sur la réversibilité et l ambivalence des évolutions. Par exemple, la capacité virtuelle de chacun à s exprimer porte en elle une possibilité de contrôle sans précédent : c est toute l ambiguïté de la redéfinition de l espace public et il convient aujourd hui d être très attentif à tout ce qui concerne la vie privée. La seconde porte sur la neutralité des réseaux, violée par les régimes autoritaires mais aussi attaquée dans son principe par de grands acteurs économiques : ce principe fondateur de l Internet survivra-t-il aux tentatives multiples de différencier les usages? C est l idée même d Internet comme bien public qui est en jeu ici. La troisième répond en quelque sorte aux deux premières, en pointant la nécessité d un apprentissage. Il y a autour d Internet un enjeu d éducation populaire, car les usages que nous en ferons détermineront le devenir des réseaux et des outils par lesquels nous y participons. Sur ce terrain comme sur d autres, les deux pôles de la participation peuvent se représenter à travers les deux figures symétriques du producteur et du consommateur. Internet offre des opportunités extraordinaires pour réactiver la première et échapper ainsi aux tendances profondes de l époque à nous réduire à des consommateurs. Ne nous y trompons pas, ce n est pas une question économique, mais bel et bien une question politique. août/septembre

6 Introduction Enjeux POINTS DE VUE Repères Quizz Militer en ligne Ressources et limites des nouvelles formes d engagements Entretien avec Dominique Cardon Espace relativement ouvert de rencontres et de débats, Internet offre des ressources nouvelles à l engagement et aux coopérations militantes et signe une différence avec les formes d organisations plus traditionnelles, qui conservent, quant à elles, une plus grande capacité à produire un discours fort. Mais de part et d autre, on assiste à des processus d hybridation. Dominique Cardon est sociologue au Laboratoire des usages de France Télécom R&D et chercheur associé au Centre d étude des mouvements sociaux de l École des Hautes Études en Sciences sociales. Il a notamment publié La Démocratie Internet. Promesses et limites (Seuil/ La République des idées, 2010) et Médiactivistes (avec Fabien Granjon, Presse de Sciences Po, 2010). Vous évoquez dans La Démocratie Internet un passage des coopérations fortes aux coopérations faibles. Comment s organise ce passage? Il faut se méfier de ces catégories qui décrivent des configurations idéales. Dans la réalité, les situations sont toujours entremêlées et moins caricaturales. Les «coopérations fortes» se réfèrent à la manière dont les collectifs se structurent dans le «monde réel» : on s engage au nom de valeurs, qui définissent la forme de l organisation, dans laquelle les personnes vont communiquer et partager. On pourrait parler d un engagement substantiel, avec un corpus idéologique, des valeurs structurantes, et la désignation d un ennemi. Cet engagement a un coût et il est marqué par une spécialisation des tâches. Or, les formes de coopération que l on observe sur Internet s inscrivent le plus souvent dans un modèle différent dans lequel les coopérations apparaissent plus «faibles». Celui-ci n est d ailleurs pas spécifique au monde virtuel. Il s observe depuis quelque temps dans les nouvelles formes de militantisme observées par Jacques Ion et d autres qui décrivent un engagement spécialisé, à moindre coût, marqué par un intérêt pour le concret, le réalisable. Les formes d association développées online sont en phase avec ces évolutions, avec notamment un rapport beaucoup plus individualisée aux valeurs de l organisation : celles-ci se définissent d une façon plus dynamique, dans le processus d engagement, lors de la mise en partage. Elles ne sont pas données d emblée, et ce n est pas en leur nom qu on s engage. L exemple de Wikipedia en est une bonne illustration : on devient Wikipédien en y venant souvent par la bande, en corrigeant un texte en ligne, avant de découvrir peu à peu des valeurs, un collectif, à travers les multiples échanges et responsabilités que les internautes prennent progressivement dans l encyclopédie. Par rapport à l engagement substantiel que je décrivais plus haut, ce qui se joue sur Internet relève plutôt de formes d engagements procédurales : on adhère moins à des valeurs qu à des façons de faire. Prenons par exemple le mouvement espagnol des Indignados : ce qui les définit c est d abord le respect scrupuleux de principes procéduraux, le respect de la parole de chacun, l idée d une démocratie d assemblée et le respect scrupuleux de l égalité. C est d abord cela qui les réunit. D abord cela et seulement cela? Il est vrai que cela ne constitue pas un programme politique, et que c est sans doute l une des limites du mouvement. Mais ce n est pas non plus nécessairement leur objectif. Ces formes de collectifs auto-organisés sont moins polarisées par la centra- lire la suite 6 août/septembre 2011

7 lité de la compétition politique. Il reste des contenus substantiels forts et radicaux aux extrêmes, mais il est vrai que les formes démocratiques qui s élaborent en ligne, sur le modèle du partage et sur un modèle procédural, peuvent se révéler limitées quand il s agit d élaborer des positions. On en a eu un exemple en 2007 avec la tentative de construire en ligne le programme de Ségolène Royal. Mais il ne faut pas négliger les phénomènes d hybridation, qui voient des modèles procéduraux évoluer vers des formes plus substantielles. Un bon exemple en est le Réseau éducation sans frontières. Au départ, on a une coopération faible : un engagement local, émotionnel, sans réel corpus de valeurs ; au fil du temps, on commence à désigner des ennemis, à identifier des politiques publiques, à élaborer des propositions. Il y a là un mouvement de substantialisation. L hybridation peut aussi se jouer dans l autre sens. Ainsi des mouvements comme Attac, historiquement rattachés à des cultures politiques très substantielles, à un engagement idéologique fort, ont-ils connu des évolutions intéressantes en se développant sur Internet à travers les multiples réseaux d expertise du mouvement alter : les arguments ont été davantage soumis au travail des experts et aux règles de la discussion. Les arguments se sont affinés, améliorés. La confrontation avec les acteurs institutionnels et les autres collectifs militants ont contribué à augmenter le niveau d expertise. Mais, il est vrai aussi que la capacité à produire une vision du monde, autour de généralités politiques, s en trouve érodée. Est-ce à dire qu en dehors des extrêmes qui fonctionnent en cercle fermé, les formes démocratiques qui se développent en ligne ne peuvent plus s articuler autour de valeurs idéologiques marquées? Non, l idée qu il existe des généralités essentielles ne disparaît pas. Mais la contreépreuve apportée par l expérience acquiert une importance nouvelle, et les participants sont marqués par un doute, parfois une défiance face à la délégation. Ils s en laissent moins compter. Ils sont moins obsédés par l idée que faire de la politique passe par le centre. Le phénomène ne date pas d aujourd hui, mais il est en phase avec ce qui ressort des nouvelles formes de discussion en ligne. Par opposition aux formes militantes d il y a une quarantaine d années encore, caractérisées par un périmètre restreint et une culture commune forte, une évolution sensible s est jouée depuis quelques décennies, qu Internet a renforcée. On pourrait évoquer la façon dont les partis traditionnels cherchent aujourd hui à sortir de leur espace militant (les primaires), la façon dont le syndicalisme a été concurrencé par les coordinations : on perçoit bien que les formes fermées, à fort contenu idéologique, sont bousculées par des formes plus ouvertes. Les forums sociaux qui réunissent une palette d acteurs allant de l extrême gauche au centre droit, en sont un bon exemple. Dans ces nouvelles formes, et c est un phénomène sensible également sur Internet, la diversité prend une importance nouvelle, articulée à la mise en valeur de ce qui est en commun. Cette rencontre entre l évolution des formes militantes et les formes de discussion induites par Internet est-elle une simple coïncidence, un signe de l esprit de l époque? Cela va un peu plus loin. Il ne faut pas oublier ce que la culture Internet doit à la tradition libertaire des années 1960, marquées par des formes d engagement attentives à maintenir le plus possible l autonomie des individus. Il en résulte d ailleurs certaines confusions, un certain flou. Pour les formes militantes, on parle ainsi de «collectifs», mais le terme n est guère précis. De la même façon, on parle d auto-organisation, mais l expression peut prêter à des malentendus. Cela lire la suite août/septembre

8 conduit aussi vers toute une série de confusions, d ambivalences, de double-discours, chez les militants et les acteurs de l Internet. À commencer par la proximité entre libéral et libertaire, entre l idéal de l auto-organisation et celui du marché. De la culture des années 1960 et des pionniers du Web sont aussi sortis de grands acteurs mondiaux comme Google, dont l identité d entreprise est marquée par une référence au bien commun mais qui n en reste pas moins un monopole au pouvoir exorbitant. Et qui ont trouvé le moyen, sur l imaginaire du partage et de la gratuité, de gagner beaucoup d argent. Entre ces grands monopoles et la difficulté structurelle des formes démocratiques en ligne à produire des généralités, fautil craindre la généralisation d une sorte de pensée molle, attentive à l expérience individuelle mais incapable de produire un discours un peu tranchant? Je ne le crois pas : Internet ne définit pas à lui seul le monde politique contemporain et son rôle dans les campagnes électorales reste mineur. Il faut noter au fur et à mesure, on a vu apparaître un certain nombre de représentations inquiètes des dérives permises ou produites par Internet, et que ces représentations ont plutôt été démenties par les faits. Il y a eu ainsi il y a dix-quinze ans la crainte d une communautarisation du Web, qui reparaît aujourd hui avec les systèmes de filtrage et la personnalisation des réseaux sociaux. Mais quelle que soit la légitimité de ces craintes, les enquêtes empiriques montrent que nous sommes plus exposés à la diversité sur Internet que dans le monde réel. Ces craintes elles-mêmes suggèrent que l appel à la diversité n a jamais été aussi fort, ce dont on peut se féliciter. Avec bien sûr une nuance, formulée déjà par Bernard Manin : être exposé à des arguments différents des vôtres, c est bien, mais cela ne suffit pas dès lors qu on prétend parler de démocratie : l essentiel est dans une réelle délibération. Or, c est sans doute l une des limites d Internet. Il y a certes des exemples remarquables où la délibération a lieu, comme Wikipedia ; mais l horizon de cette délibération est la neutralité. Dessiner une politique est un peu plus compliqué mais je reste optimiste : il existe des dispositifs qui permettent d agréger les discussions, et en France même nous avons eu fin 2010 début 2011 un exemple remarquable, avec le projet de «révolution fiscale» mis en ligne par Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez, où chacun était appelé à simuler sa propre réforme afin de discuter le projet proposé par ces trois économistes. Le mouvement qui se fait jour pour l ouverture des données publiques va dans le même sens. Et si cette ouverture donne du grain à moudre à l idée de citoyenneté en offrant théoriquement à chaque internaute la possibilité de devenir un acteur du débat, il ne faut pas négliger que les organisations plus traditionnelles ont sans doute une carte à jouer sur ce terrain. Internet peut ainsi redonner de la vigueur au débat public. 8 août/septembre 2011

9 Organiser sans organisations Note de lecture sur Clay Shirky Enseignant à New York University, Clay Shirky est très actif dans les communautés spécialisées, académiques ou technophiles, mais aussi dans le débat public. Il publie régulièrement des tribunes dans la grande presse (New York Times, Wall Street Journal, Times de Londres, Harvard Business Review) et son livre peut se lire comme un ouvrage de vulgarisation. Une révolution dans l organisation sociale a commencé, et Clay Shirky en est assurément l un des plus brillants chroniqueurs. Avec Here Comes Everybody : The Power of Organizing Without Organizations (Penguin Press HC, 2008), il a donné un ouvrage de référence pour tous ceux qui tentent de comprendre la façon dont réseaux et nouvelles technologies reconfigurent les structures sociales. Il s appuie en effet sur des études de cas, racontant le monde nouveau dans lequel nous vivons afin d en comprendre le vocabulaire et surtout la grammaire. Car ce sont bien les liens sociaux qui se réinventent aujourd hui, et plus largement l articulation entre les personnes et les institutions (celles du savoir et du pouvoir en particulier). De nouveaux modes de coopération et de production apparaissent, dont il donne quelques exemples : le vol d un téléphone portable aboutit à la coalition d une communauté locale éphémère qui finit par localiser l objet et contraindre la police à agir ; des amateurs de cerfs-volants de tous les coins du monde mettent au point ensemble l amélioration la plus radicale de leur hobby depuis des décennies ; ou encore quelques personnes lancent une encyclopédie en ligne, à l échelle mondiale, à laquelle chacun est invité à participer et ça marche. Efficacité accrue pour d anciennes collaborations, nouvelles possibilités : le monde des nouvelles technologies révolutionne l art de faire vivre des collectifs, longtemps pétrifié dans des formes institutionnelles hiérarchiques telles que l entreprise ou le parti. Parmi les interactions qui définissent la vie humaine, collaboration et coopération acquièrent depuis une quinzaine d années une vitalité sans précédent, notamment avec le web 2.0 qui accroît sensiblement la participation des internautes. Échanger, faire ensemble, communiquer son savoir : si aux débuts d Internet on pouvait nourrir quelques doutes sur sa capacité à ouvrir les espaces sociaux, il est évident aujourd hui que la part virtuelle de notre existence est de plus en plus impactée par ces nouvelles formes d échange. Clay Shirky met en évidence la puissance de transformation associée à ces phénomènes. Si un Jannis Kallinikos s intéresse aux effets sur l identité (évolution du rapport au temps, à l espace, de la mémoire, de l organisation de la pensée, des masques sociaux, cf. l entretien qu il nous a accordé dans ce dossier), Clay Shirky s intéresse surtout à ce que nous faisons. D autres l ont précédé (on pense à Lawrence Lessig étudiant l effet des nouvelles technologies sur les régimes de la création culturelle), mais son approche est plus générale. Il interroge en fait la nature de ce qu est aujourd hui un groupe, la façon dont se tissent les liens qui le structurent et qui fondent son identité de groupe : ouverture/fermeture, durée, corps de doctrine ou croyances partagées, procédures, modes de constitution, de décision et de reconnaissance. La principale leçon, observable dans le monde économique et désormais dans la politique et la géopolitique, est le défi porté aux anciennes institutions. Car la révolution de l information et de la connaissance ne se joue pas simplement sur le domaine du savoir, mais constitue bien une révolution de l ordre social. Comment? En définissant un nouveau modèle d action collective, mar- lire la suite août/septembre

10 qué par le partage systématique des ressources et un moindre intérêt pour l exclusion (la propriété, le pouvoir exclusif sur un champ), plus de capacités à l inclusion et au partage. Ce qui confère aux collectifs ainsi formés une capacité d action, une «force de frappe» sans précédent, car en partie du fait de la réactivité des réseaux, en partie grâce à la souplesse de leur fonctionnement, ils s affranchissent des contraintes temporelles. Les effets de cette révolution sur les modèles institués sont déjà sensibles, et touchent à ce qui fait depuis les origines le fond du pouvoir hiérarchique : la possession, la rétention, la distribution de l information. Après avoir étudié ces effets dans la vie économique et sociale, Clay Shirky a été début 2011 un observateur attentif des révolutions arabes, dans lesquelles il voit une confirmation de son intuition : «la diffusion des téléphones portables et de la connectivité va reconfigurer la vie civique, en faisant évoluer la façon dont les citoyens interagissent les uns avec les autres». 10 août/septembre 2011

11 La neutralité des réseaux, un enjeu citoyen Entretien avec Sébastien Bouniol Le thème de la neutralité des réseaux est apparu dans le débat public avec les polémiques liées à la protection du droit d auteur ou à la censure exercée par certains régimes autoritaires. Mais loin de ne concerner que des pratiques illégales ou antidémocratiques, il s agit d un enjeu central si l on veut continuer à développer les immenses possibilités offertes par Internet. Et l éducation des utilisateurs est un point décisif. Sébastien Bouniol est responsable des stratégies Web à la Ligue de l enseignement. De quoi parle-t-on précisément quand on évoque la «neutralité des réseaux»? Pour vous répondre, il faut partir de quelques explications techniques, en commençant par préciser ce que c est qu un réseau. Internet en est un. Il y en a eu d autres, qui n ont pas décollé. Si Internet l a fait, c est parce qu il est fondé sur la commutation de «paquets», et non de circuits. Quand vous allez sur une page Web ou que vous envoyez un , les signaux que vous envoyez ou recevez sont répartis en paquets qui empruntent des routes potentiellement différentes, avant d être réunis. On est à la fois dans l instantané et dans le multiple. Ce principe est essentiel et constitue une différence avec le téléphone par exemple, qui fonctionne sur le principe de flux empruntant une route unique. Grâce à cette logique de paquets, Internet a pour particularité de pouvoir mettre en communication plusieurs «interlocuteurs» en même temps, dans plusieurs sens. Typiquement, avec un seul ordinateur, vous pouvez simultanément recevoir vos s, regarder une vidéo et naviguer sur quinze sites différents. Et des centaines de milliers de «clients» peuvent se connecter en même temps sur un même serveur. Ces éléments techniques sont fondamentaux, car ils permettent de comprendre ce qu est la «neutralité». Cela renvoie au fait que les paquets échangés le sont d une façon strictement indifférente : ce sont des paquets, avec une adresse d expéditeur et un destinataire, et rien de plus. Le réseau ne s intéresse pas à ce qu ils contiennent de la voix, du texte, une image pornographique ou un contenu politique subversif, ce ne sont que des uns et des zéros qui circulent. Cette circulation est d ailleurs intéressante, car elle se construit dynamiquement. La route empruntée par ces paquets n est pas déterminée d avance, elle se fait de voisin à voisin, de machine à machine, à chaque fois de façon optimale par rapport aux autres flux et aux possibilités du réseau. Deux paquets d un même fichier transitant par le réseau pourraient ainsi parfaitement emprunter des routes très différentes. Les paquets passent par la route la plus à même de les acheminer de manière optimale à un moment donné, et ils ont rigoureusement la même valeur que n importe quel autre. Voilà le principe. Et ce principe est-il menacé? Oui, et les atteintes possibles sont de plusieurs types. Le lobby du droit d auteur réclame ainsi un filtrage technique, sur certains types de contenus, afin de ralentir ou d entraver l accès à certains types de contenus (vidéo, musique). Mais filtrer, ne seraitce que certains contenus, impose d identifier l intégralité des données qui circulent lire la suite août/septembre

12 sur le réseau. Les grandes entreprises européennes de télécom ont récemment rendu un rapport suggérant de différencier les usages, officiellement au nom de l innovation mais en réalité afin de faire surpayer certains types d usage, comme le streaming. Au demeurant, c est un peu ce que l on peut observer lorsque les accès «de base», comme l ADSL, sont volontairement bridés afin de stimuler l essor des «nouveaux» accès, comme la fibre optique ou le câble qui ne sont meilleurs que parce qu on dégrade volontairement le reste. Plus grave, ou en tout cas plus brutale, est la prise de contrôle du réseau de certains pays, soit par fermeture comme on l a vu une ou deux fois lors des révolutions arabes, soit par la mise en place de DNS (Domain Name System) «menteurs» : pour faire simple, cela signifie que vous êtes en Chine, vous voulez vous connecter au site du New York Times, et vous êtes redirigé vers une fausse page d erreur. Certains intermédiaires techniques du réseau IAP / ISP l (Internet Access Provider / Internet Service Provider) le font parfois, pour des raisons plus ou moins justifiées (comme dans le cas du DNS menteur SFR en 2009, qui avait reçu de vives critiques de la part de la communauté technique), mais on voit très bien qu un usage politique est possible aussi. Pour les citoyens des pays démocratiques, le risque est-il avéré ou reste-t-il virtuel? Pour le moment, Internet fonctionne d une façon globalement satisfaisante, notamment parce que très nombreux sont les acteurs, à commencer par les techniciens et ingénieurs en charge du réseau, qui font en sorte de respecter les règles et usages communs (établis par consensus, formant l ossature du réseau). Nous sommes également «garantis» par le fait qu Internet n a pas de centre, et qu un pays ou un fournisseur d accès Internet ne peut contrôler complètement qu une petite partie des flux. Mais les fragilités existent : par exemple, il n est pas très compliqué d usurper une adresse IP, c est-à-dire la «signature» virtuelle d un ordinateur. Autre fragilité, des changements institutionnels, c est-à-dire de nouvelles règles du jeu, poussées par des intérêts économiques comme ceux que j évoquais plus haut. Mais il existe une autre zone de fragilité, sur laquelle j aimerais attirer votre attention : c est celle qui vient du manque d éducation des utilisateurs, vous et moi, dans leur usage du réseau. Par exemple, utiliser les réseaux sociaux comme des services de messagerie n est pas très raisonnable car à l intérieur du réseau social, on n est pas dans un univers de neutralité technique, et les gestionnaires du réseau peuvent sans difficulté accéder au contenu de ce que vous envoyez (pas pour savoir ce que vous avez fait la nuit dernière, mais pour savoir quoi vous vendre), voire contrôler ce que vous envoyez. C est-à-dire exercer une censure. On pourrait faire la même remarque avec les chats comme MSN : sur MSN, vous n êtes pas simplement sur votre ordinateur, vous êtes chez Microsoft. Et les systèmes fermés sont potentiellement dangereux pour les libertés individuelles. C est précisément l avantage d Internet que d être un système ouvert. Il ne faut pas y renoncer! Bref, s il importe de rester sensible aux combats menés par les communautés spécialisées pour défendre nos libertés et l esprit d Internet, s il serait même bon que chacun s en mêle, l essentiel est peut-être pour vous et moi d apprendre à faire de ces outils un bon usage. Il y a là un enjeu citoyen, au double sens du terme. La réaction doit émaner de tous les citoyens, parce que la menace touche potentiellement tous les citoyens. Le risque, ce serait que seuls 5 % de «Geeks», de technophiles et d utilisateurs avertis, aient accès à un vrai Internet, et que les autres n usent ou ne se voient proposer qu une soupe publicitaire, sans s en rendre compte. Je crois à cet égard qu il serait illusoire de penser le problème en termes de protection lire la suite 12 août/septembre 2011

13 du consommateur, comme semble le faire la Commission européenne. Non que cela soit dangereux, mais c est tout simplement insuffisant. Le vrai enjeu, c est de valoriser en nous des producteurs de contenus, les véritables propriétaires du réseau, en somme, ceux qui en font la valeur. Et là encore, on peut mesurer les enjeux en considérant les offres commerciales : l ADSL qui nous est proposé aujourd hui est très sensiblement orienté sur les flux entrants ce que nous consommons au détriment des flux sortants ce que nous produisons ou ce que nous offrons aux autres utilisateurs. D aucuns diront que c est simplement un choix technique, reflétant les pratiques des utilisateurs. On peut aussi considérer que ce sont des choix politiques, ou des choix qui engagent un certain imaginaire politique de ce que sont les internautes : producteurs ou consommateurs, actifs ou passifs. Ce sont, là encore, des enjeux citoyens. août/septembre

14 «Difficile d évaluer les contours exacts du changement» Sur les conséquences sociales de l information Entretien avec Jannis Kallinikos Fragmentation du réel, recombinaison constante d éléments jadis organiquement liés, règne de l éphémère les conséquences de la place croissante des technologies dans notre vie quotidienne sont repérables. Mais il est encore trop tôt pour repérer les évolutions institutionnelles qui pourraient accompagner ce mouvement. Les sciences sociales gagneraient à s en préoccuper davantage. Jannis Kallinikos est professeur à la London School of Economics and Political Science. Il a publié ces dernières années deux livres importants sur les conséquences sociales des nouvelles technologies : The Consequences Of Information: Institutional Implications of Technological Change (Edward Elgar, 2006) et Governing Through Technology. Information Artefacts and Social Practice (Palgrave Macmillan, 2010). Votre travail décrit la fragmentation de la vie contemporaine, marquée par la croissance de flux d informations dont la recombinaison constante affecte les structures socio-économiques et institutionnelles. N est-ce qu une nouvelle étape dans le chemin bien balisé de la modernité, ou se passe-t-il réellement quelque chose de neuf? Il s agit certainement d un motif standard de l ordre social que nous appelons la modernité. Partition, analyse, contrôle, ces éléments imprègnent la modernité. Mais l emballement de ce motif amène des changements significatifs. Beaucoup de choses dans la vie sont souvent une question de degré ; un peu plus ou un peu moins, cela peut entraîner des résultats considérables. Une différence importante entre aujourd hui (où nous en sommes pour le moment) et alors (la modernité telle qu elle s est exprimée au XX e siècle) est imputable à la nature des nouvelles technologies de l information et de communication. Ce sont de purs produits de l esprit : on peut les réduire à des chiffres et des règles combinatoires, qui peuvent être décomposés, remaniés et manipulés d une façon rarement possible pour les entités physiques. Pensez aux plateformes mobiles comme l iphone et les nombreuses applications qui peuvent être attachées à la fonctionnalité de base de ce dispositif. Les composantes des produits physiques sont en règle générale plus étroitement couplées, leur architecture (les connexions entre les composantes) est étroitement associée à la constitution physique des composantes et aux inévitables contraintes de l assemblage final en un produit unique. Ces différences s appliquent à d autres domaines de la vie socio-économique de la prestation de services gouvernementaux à l architecture ou au cinéma. Il est aujourd hui possible, par exemple, de faire des films avec peu ou pas de tournage ; la base de données cinématographiques Manovich le permet par la recombinaison du matériel déjà tourné. Et l orientation analytique de l informatique a déjà des effets très profonds dans la segmentation des unités de base de la vie, des simples produits de consommation aux personnes elles-mêmes. L identité sur Facebook peut changer plus facilement que dans le café du coin. Avec l infiltration de ces avances technologies dans notre vie quotidienne, il y a un sentiment que tout a tendance à se désagréger, à s évaporer... lire la suite 14 août/septembre 2011

15 Cette désagrégation qui touche jusqu aux identités et aux liens sociaux ne va pas sans remodelage, reconnexion, recombinaison. Dans le domaine des structures sociales, comment se jouent ces recombinaisons? Doit-on craindre l émergence d une sorte de pouvoir technocratique, ou au contraire le retour des liens féodaux pré-modernes entre l individu et son environnement, comme le suggèrent les métaphores du village global ou des communautés? Ou tout simplement plus de liberté, avec de nouvelles institutions flexibles? Et dans ce cas quel type d institutions pourrait faire obstacle au «1984» de l éphémère? Tous ces thèmes apparaissent dans le débat contemporain et la littérature en sciences sociales. Mais qui ose dire ou prédire la forme exacte de l équation? La technologie compte énormément, en tant qu expression d une orientation fondamentale de la vie et en tant que pratique sociale durable : elle change les paramètres de base de la vie. Mais les institutions le font aussi. Et ces dernières ne sont pas seulement les résultats mécaniques des changements technologiques, elles ont toujours conservé un certain degré d autonomie par rapport aux infrastructures et aux tendances technologiques sous-jacentes. Il faut se garder d être trop déterministe ici. Ce que j observe dans mon travail et dans celui de nombreux autres collègues, c est que nous nous dirigeons vers une autre société, qui fait plus de place aux initiatives individuelles mais aussi aux nuisances, à la cacophonie, aux effets de Big Brother, à l expansion de l éphémère aux dépens de la mémoire. Dans son nouveau livre, Alone Together, la sociologue Sherry Turkle rapporte avec tristesse que l un des jeunes sur lesquels elle a mené son enquête lui dit que «RL» (c est ainsi qu il fait référence à la vie réelle, RL pour real life) est «juste une fenêtre», et généralement pas la meilleure. Est-ce la liberté? Il est facile d être pessimiste et technophobe tout comme il est facile d être optimiste et technophile. La difficulté est de discerner et d évaluer les contours exacts du changement que nous vivons. Je suis désolé je n ai pas une réponse claire à vos questions, mais il n existe pas de telles réponses, je crois. La vie m a appris à résister à la tentation du prophète! Dans votre dernier livre, vous écrivez que, cessant d être un simple outil par lesquelles les personnes exécutent ou contrôlent leurs tâches, l information devient un élément omniprésent et une plate-forme essentielle sur laquelle se développent de nouvelles relations sociales, administratives et économiques. Cela semble impliquer que les sciences sociales et les sciences politiques devraient accorder plus d attention aux connaissances développées par des experts des systèmes d information. Dans le domaine académique, quels sont les liens, les connexions, le dialogue entre ces disciplines? Il est certainement vrai que les experts dans le domaine des technologies de l information et de la communication fournissent une partie importante des prémisses sur lesquelles les profanes, les autres experts et les politiciens perçoivent le monde et agissent. On assiste aujourd hui à une fertilisation croisée entre les différents champs du social et des sciences humaines. Les politologues, comme Saskia Saseen, des sociologues comme Manuel Castells ou des théoriciens des médias comme Friedrich Kittler et Lev Manovich représentent de bons exemples. Un autre exemple intéressant est la sociologue et théoricienne italienne des médias Elena Esposito, qui a récemment déployé la théorie des médias et des idées de la science de l information et la technologie pour analyser les instruments financiers et leur implication dans la crise économique grâce à un processus qu elle décrit comme la «consommation du caractère ouvert de l avenir». Son excellent livre est disponible en anglais, allemand et italien, je crois. Mais il y a aussi de fortes résistances, intentionnelles ou non, une tendance forte à s en tenir à la division académique traditionnelle du travail. lire la suite août/septembre

16 Cela est dû en partie à la technophobie inhérente à de nombreux sociologues, mais aussi à un fait rarement perçu : la plupart des solutions fournies par l information et les technologies contemporaines de communication restent volontairement inachevées, afin d être améliorées par les utilisateurs, comme on les appelle. Cela desserre la connexion entre la technologie et ses conséquences sociales, économiques, politiques et culturelles, donnant l impression que la technologie ne compte pas tant que ça. Une illusion bien pratique et fort répandue, souvent associée à une discrète arrogance humaniste. 16 août/septembre 2011

17 «Ce nouvel espace public exige une éthique» Sur la blogosphère et les réseaux sociaux Entretien avec Romain Pigenel Médias en ligne et réseaux sociaux sont l un des apports les plus visibles d Internet à l espace public. L intensité des échanges atteste la nature profondément sociale et collective d Internet, mais des questions se posent : les inégalités de participation notamment, mais aussi l imaginaire de la transparence dont les dérives exigent une éthique de la publicité. Romain Pigenel, ancien élève de l École normale supérieure, est conseiller politique et blogeur sur Variae ( L espace public qui se constitue aujourd hui, via les réseaux sociaux par exemple, vous semble-t-il davantage marqué par la fragmentation ou au contraire par les effets d agglomération? En première analyse, je retiens plus les effets d agglomération, tant pour les personnes que les idées. La première fragmentation à laquelle on pourrait penser est celle des différents réseaux et médias (blogs, Facebook, Twitter ), mais j observe qu à moyen terme, les personnes présentes sur l une de ces plateformes finissent par investir les autres. Quant à la fragmentation des personnes ou plus exactement de la société, elle est d un côté consubstantielle à l idée même de réseau (un réseau est par définition délimité), mais d un autre côté, je suis frappé par la prééminence de grands thèmes de discussion à un moment donné. Cela se voit particulièrement bien sur Twitter, où pour indexer leurs messages les internautes utilisent des «hashtags» (un dièse suivi d une clé d index, comme ceci : #démocratie). Quand survient une tragédie en Norvège, on peut être sûr que cela va être abondamment commenté sur la toile comme dans les médias classiques. Les grandes controverses nationales épargnent rarement les réseaux. J observe aussi des polémiques qui ne sortent pas ou peu de ces réseaux (que ce soit des sujets proprement politiques comme le Karachigate, qui a d abord été relayé sur les blogs, ou des buzz plus internes), mais qui sont elles aussi remarquablement fédératrices à leur niveau. Bien entendu, plus on descend dans «l infiniment petit», plus on découvre des sujets et des préoccupations très sectoriels. Il y a des débats qui ne sortent pas de Twitter ou de l univers de blogs «geek» (technophiles), par exemple. Mais ils font aussi, à leur niveau, du lien, et traduisent à mes yeux la nature profondément sociale et collective d Internet. Il est intéressant de voir, dans le domaine politique, que rapidement les blogueurs ont ressenti le besoin de se réunir «IRL» (in real life), comme on dit, avec des événements physiques comme la République des Blogs ou le Kremlin des Blogs, et une fédération des blogueurs de gauche, les LeftBlogs. Ou que le vieux principe de la chaîne épistolaire continue de fonctionner, avec des «chaînes de billet», une question à traiter qui passe de blog en blog. Cela étant, et pour relativiser, je me méfie d une fracture plus fondamentale entre les utilisateurs que je qualifierai d experts de ces réseaux, et une partie de la population qui y est présente mais moins intensément, ou pour un autre usage. Un inconditionnel de Twitter, un blogueur politique et lire la suite août/septembre

18 un blogueur spécialisé sur les hautes technologies peuvent avoir des points de rencontre, être touchés par des débats communs, même s ils ne fréquentent pas les mêmes cercles de sociabilité. Mais à côté de cela, je vois, y compris parmi mes propres amis Facebook (famille, amis d école retrouvés ), un nombre non négligeable de personnes qui n utilisent ces réseaux que pour partager les photos de leur dernier né ou de leurs vacances, et qui ne relaient (ni ne semblent suivre) des débats qui semblent pourtant embraser Internet. Probablement ne sont-elles concernées directement que par les plus gros sujets, ceux que traitent de toute façon les médias traditionnels. C est une réalité qu il faut toujours garder à l esprit car la partie la plus active d Internet, par sa pluralité et en même temps ses effets de convergence, peut vite être prise pour une représentation parfaite de la société. Dans un article récent consacré notamment à Wikileaks (9 juin), vous évoquiez la fin d une certaine culture du secret et l avènement de nouveaux acteurs. Vous appeliez de vos vœux une «régulation». Mais la caractéristique de ces acteurs, et du monde du hacking en général, est précisément d être aux marges de la légalité. Comment peut-on imaginer de les intégrer dans l espace public? Je n aime pas trop le terme de culture du secret, qui porte des connotations assez négatives. C est justement la victoire des partisans de la transparence érigée en dogme, de ceux que je qualifie d ultralibéraux de l information, que de faire croire qu il y a une «culture du secret» univoque, quand cela recouvre en fait des concepts fort différents : l intimité, la dissimulation à proprement parler, le secret professionnel Je ne pense pas, ensuite, que la question soit «d intégrer» au système les hackers (qui ont toujours existé sous une forme ou sous une autre) et Wikileaks (qui d ailleurs a de lui-même entrepris un rapprochement avec des médias plus institutionnels). Ils restent finalement peu nombreux au regard de la masse des utilisateurs qui bénéficient au bout du compte de leurs trouvailles. La question plus fondamentale à mes yeux est celle de la frontière entre privé et public, que les nouvelles technologies nous invitent allégrement à piétiner sans que nous nous en rendions vraiment compte. Avec les traces que laisse aujourd hui un internaute actif sur les réseaux sociaux, parlant sur des messageries publiques et s amusant avec une application de géolocalisation sur son téléphone portable, il n y aura plus besoin de Julian Assange demain pour révéler quoi que ce soit! Je vois une continuité entre le fait de considérer que mettre dans le domaine public des gigaoctets de correspondance diplomatique ne pose aucun problème, et la propension un peu inconsciente que nous avons tous à l exhibitionnisme sur les réseaux sociaux. Or ni l une ni l autre de ces pratiques ne mènent, à terme, à une société viable. Il y a donc un débat philosophique à avoir sur ce que l on accepte ou pas dans ce domaine, pour bâtir une éthique de la «publicité» qui fait cruellement défaut actuellement. En tant qu acteur, quelles vous semblent être les voies et techniques qui permettent de peser dans la blogosphère? Et de quelle façon la blogosphère pèse-t-elle sur la politique partisane et institutionnelle? Il faut déjà prendre «blogosphère» dans un sens très large car à bien des égards, elle s est intégrée, voire diluée, dans l univers plus vaste des réseaux sociaux. Pour espérer y peser si tant est que ce soit une fin en soi il faut à mon sens prendre acte de sa multimodalité, donc, mais aussi comprendre son essence profondément sociale que je mentionnais plus haut, et surtout y faire preuve d assiduité vu le rythme de cet univers, une production épisodique ne peut pas s imposer. Disposer d une assise institutionnelle plus classique aide aussi. Ce n est pas un hasard si beaucoup de blogueurs sont intéressés par des partenariats avec des organes de presse plus classiques (Marianne2, NouvelObs.com ). De même, j ai pu constater que le fait d être candidat à une élection peut aussi «booster» lire la suite 18 août/septembre 2011

19 son assise, ne serait-ce que parce que les journalistes sont désormais très présents sur ces réseaux, qui leur permettent finalement de faire du reportage en chambre. La question du poids que nous pouvons exercer sur les institutions partisanes est plus complexe. Un blogueur seul ne représente pas grand-chose, ou en tout cas pas plus que le poids des responsabilités politiques qu il peut avoir par ailleurs. Même en réseau (comme ce fut le cas récemment avec l opération «Unité2012») et avec le relais d organes de presse où ils sont repris, l influence des blogueurs sur les appareils reste faible tant que d autres relais plus institutionnels n entrent pas en jeu. Maintenant, il y a un intérêt croissant des partis politiques pour ces réalités, ne serait-ce que parce que des générations de responsables plus «geeks» arrivent progressivement aux commandes. Mais cet intérêt est souvent vu avec des lunettes quelque peu déformantes, celles de l effet de mode. Pour 2012 par exemple, tout le monde veut être sur Twitter, parce qu on en a parlé pendant l affaire DSK c est aussi simple que cela. Les partis n ont pas encore compris l intérêt du partenariat qu ils pourraient construire avec les blogueurs sous toutes leurs formes, sans se limiter à une demande de courroie de transmission («relayez nos informations»). Les blogs et les utilisateurs de réseaux sociaux sont à la fois des influenceurs et des capteurs fins pour saisir les mouvements d opinion. Le parti politique qui les intégrerait plus intelligemment que de façon strictement topdown dans sa stratégie d ensemble se doterait d un réel atout. août/septembre

20 Contre la trahison de «l esprit du Net» Hackers et autres pirates du Web Entretien avec Rodolphe Durand Le mouvement des Anonymous, qui a défrayé la chronique en relayant l initiative de Julian Assange et de Wikileaks, exprime l une des cultures les plus caractéristiques de la Toile. Attachés à la liberté d expression, technophiles, ces internautes anonymes font valoir une vision du Net comme bien public et ils n hésitent pas à franchir les bornes de la légalité au nom de cette vision. Rodolphe Durand est professeur à HEC. Il a notamment publié L Organisation pirate (Le Bord de l eau, 2010). Vous vous êtes intéressé au monde des hackers, ces «pirates du Web» dont les pratiques et les codes ne sont pas sans évoquer leurs prédécesseurs des mers du sud. Sous quel pavillon croisent-ils? L espace public qui se déploie sur Internet a ses caractéristiques propres, à la fois en termes de médias, d acteurs, et de débats. Pour les médias, ceux qui sont apparus (blogs, réseaux, forums, pure players de la presse en ligne) sont à la fois plus souples, plus dynamiques, et moins structurés. Parmi les nouveaux acteurs qui animent cet espace public 2.0, on note l apparition des «hackers» (dont nous avait parlé Tim Jordan dans votre dossier sur les nouveaux militants, ndlr), qui ne sont pas tant des délinquants du Net que les porteurs d un discours de contestation. J ai montré dans L Organisation pirate qu on peut analyser leurs pratiques sociales à l aune de la sociologie des organisations, en repérant la façon dont ils codifient leurs valeurs et dont ils inscrivent leur comportement dans des codes de conduite, dans une forme d organisation collective. Avec d autres, ces hackers ont soulevé des débats spécifiques, qui structurent aujourd hui une partie des polémiques autour d Internet. La plus importante est leur défense de ce qui appartient à tous : le code envisagé comme un langage, et non comme un texte qui relèverait du droit d auteur ou du copyright. À quoi s opposent d autres acteurs, économiques pour la plupart, qui insistent sur la nécessité de protéger le code au nom de la défense de l innovation. C est un débat très ancien, dont on peut trouver les premières formes dans une lettre de Bill Gates aux «hobbyistes», datée du 3 février L argumentation du fondateur de Microsoft porte sur la pénurie de logiciels, due à la difficulté de rémunérer leur création à l époque! On connaît la suite, et le succès mondial d une entreprise ayant appris à protéger sa production. Mais le retour des logiciels libres (type Linux) et l essor d Internet ont remis à l honneur l idée du partage : les hackers disent qu ils peuvent apporter de l innovation avec des standards ouverts, par opposition aux standards fermés développés par les entreprises comme Microsoft. Cette contestation peut se radicaliser jusqu à prendre la forme d attaques, de «raids» menés contre des acteurs qui auraient abusé de leur pouvoir économique ou trahi l esprit du Net. D un point de vue strictement légal, ces pratiques s apparentent à la cybercriminalité : un rapport récent de l OCDE en évalue les effets à 100 milliards de dollars. Mais pour les hackers il s agit d autre chose : ils considèrent leur action comme légitime. Comment ce débat spécifique sur les codes s articule-t-il à un discours politique de portée plus générale? lire la suite 20 août/septembre 2011

21 Les causes qu ils défendent se formulent le plus souvent en termes à la fois précis et généraux, à portée universelle, et elles sont conçues comme fondamentalement politiques. Récemment, ils se sont attaqués à des États, et par ailleurs leurs attaques ne portent pas sur n importe quelles entreprises. Ils s attachent à dénoncer les crimes économiques commis par des firmes qui utilisent des données personnelles, qui violent la vie privée, qui abusent de leur position On est d emblée ici sur des principes qui appartiennent aux droits fondamentaux. Et sur ce point, les hackers ou les communautés les plus averties apparaissent comme des révélateurs des principes démocratiques. Sur certaines questions très sensibles aujourd hui, comme la liberté d expression ou la vie privée, dont les problèmes se jouent essentiellement en ligne, ils jouent un rôle important dans l élaboration de débats ou de positions politiques, que ne jouent guère les partis traditionnels. Ce qui est intéressant, c est la mobilité des frontières et des rôles : Google, qui s était notoirement plié aux injonctions des autorités chinoises et apparaissait à certains hackers comme l incarnation même de la collusion entre les abus du pouvoir politique et ceux du pouvoir économique, a joué en Égypte un rôle différent, qu on pourrait assimiler à celui des corsaires jadis : un rôle de pirate, en partie illégal, mais associé à un pouvoir politique (en l occurrence les États-Unis). Leurs pratiques permettent de faire bouger les lignes, de faire apparaître les débats, de bousculer les institutions et les pouvoirs en place. Permettent-elles d institutionnaliser le changement? Certaines organisations militantes ont incontestablement pris une dimension nouvelle en jouant la carte des réseaux ; je pense par exemple aux écologistes dans les années 1980, à Act Up. Mais en revanche, je ne crois guère que les blogs ou les débats de la démocratie participative soient des phénomènes suffisants pour instituer une nouvelle pensée, ou pour se substituer aux formes traditionnelles (presse, représentation). Ce ne sont que de nouveaux instruments, qui enrichissent nos pratiques et nos réflexions. Cela étant les réseaux amènent aussi de nouvelles façons de construire le discours, et c est un phénomène majeur : depuis Foucault, on sait à quel point l organisation du savoir influe sur celle du pouvoir. On peut repérer deux traits structurants. Le premier est la constitution d une bibliothèque de connaissances, de références, la diffusion plus aisée et plus rapide d une culture qui organise différemment la publicité de l information. Le second est la possibilité renforcée de rentrer en rapport avec des contradicteurs éventuels. Les actions sont commentées, les groupes sont fracturés, on note une ouverture plus grande de l espace public par rapport aux événements portés par le Net. Mais cette vitalité des débats ne concerne-t-elle pas qu une communauté d initiés? Non, car si on observe bien une dynamique de resserrement communautaire et que par ailleurs l évolution des moteurs de recherche va vers une forme de personnalisation (le moteur connaît les goûts de l utilisateur et le dirige vers son univers de référence), on ne peut méconnaître l autre dynamique, celle des échanges et des mouvements centripètes qui portent les débats vers l extérieur, vers la place publique. Cette «publicité» me semble au total l emporter, et c est quelque chose de très importants du point de vue de la démocratie. Car elle va de pair avec ce que les anglophones nomment accountability, c est-à-dire une capacité et une obligation de rendre des comptes, d assumer publiquement la responsabilité de ses actions. août/septembre

22 «L altermondialisme est en partie l enfant d Internet» Les mouvements protestataires et l idéal du journalisme citoyen Entretien avec Eddy Fougier Le mouvement altermondialiste a trouvé sur Internet des ressources nouvelles, qui lui offrent des canaux de communication mais permettent aussi le développement d une autre vision de l information, proche de celle rêvée par le linguiste américain Noam Chomsky dans les années Mais le rêve d un journalisme citoyen ne fait pas disparaître un intérêt pour les grands médias. Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l IRIS. Spécialiste de l altermondialisme auquel il a consacré plusieurs ouvrages, il s intéresse aussi au traitement médiatique de l actualité internationale et européenne. Il enseigne à Audencia Nantes- École de management, à l Institut d études politiques d Aix-en- Provence et à l Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris). Les mouvements contestataires se méfient des médias traditionnels. Comment formulent-ils cette méfiance? Pour eux, les médias dits traditionnels, qui appartiennent souvent à de grands groupes, véhiculeraient l «idéologie dominante» et participeraient donc à ce qu ils appellent la «propagande médiatique» et en conséquence à la «fabrication du consentement» du grand public. C est une idée que l on rencontre chez Noam Chomsky par exemple ; en France, deux autres auteurs sont très influents sur ces questions dans les mouvements altermondialistes. Il s agit d Ignacio Ramonet, l ancien directeur du Monde diplomatique, qui a beaucoup écrit sur les médias, l information et la communication «marchandisés» ce qu il a appelé les «propagandes silencieuses» et la «tyrannie de la communication». Le second est le célèbre sociologue critique Pierre Bourdieu, disparu en 2002 mais dont l influence reste forte, et dont l essai Sur la télévision (Raisons d agir, 1996) reste une référence. Ces différents auteurs reprennent l analyse du marxiste italien Antonio Gramsci qui expliquait que la bourgeoisie se maintenait au pouvoir non seulement par la force, mais aussi en raison de sa domination sur le plan culturel (qu il appelait «hégémonie culturelle»). Or, les médias, à l instar de l École ou de l Église, jouaient de son point de vue un rôle décisif dans leur capacité à susciter un consentement de la part des «dominés» qui acceptent leurs conditions sans rechigner et à leur faire croire que l «idéologie dominante», celle de la bourgeoisie, est quelque chose de «naturel», qui relève du bon sens. Les mouvements contestataires se donnent ainsi pour objectif de dévoiler cette supercherie et cette «propagande silencieuse» en créant des organismes spécialisés de critique des médias, comme Acrimed. Il existe également une presse militante ou qui joue simplement un rôle de «compagnon de route» comme on le disait à une certaine époque pour le PCF. Des journaux comme Alternatives économiques, Charlie Hebdo, Le Monde diplomatique, Politis ou Témoignage chrétien sont, par exemple, membres du Collège des fondateurs d Attac, qui regroupe un grand nombre de mouvements contestataires en France. Le développement d Internet semble avoir en partie réalisé les rêves de Noam Chomsky qui, à l époque de la guerre du Vietnam et face à la «désinformation» propagée par les grands médias, pro- lire la suite 22 août/septembre 2011

23 phétisait l émergence d une information alternative, nourrie des témoignages de simples citoyens. Comment se présente aujourd hui ce «deuxième monde» de l information? Le rêve de Chomsky s est en grande partie réalisé. Tout d abord, Internet a permis de donner une nouvelle visibilité à cette forme de contestation par le biais des sites Internet de mouvements comme Attac, des médias critiques classiques comme Le Monde diplomatique ou même d agences de presse alternatives telles que IPS (Inter Press Service), mais aussi de «pure players». C est le cas par exemple de basta!, qui se présente comme une agence d informations sur les luttes environnementales et sociales, et du plus célèbre d entre eux, Indymedia. Indymedia a été créé à l occasion des manifestations de Seattle en 1999, considérées par beaucoup comme le début du mouvement altermondialiste, pour couvrir ces mobilisations par défiance vis-à-vis des médias traditionnels. D un certain point de vue, on peut dire également qu Indymedia a été une sorte de réseau social avant l heure et d ancêtre du journalisme citoyen puisque n importe qui pouvait poster des infos, des photos ou des vidéos sur le site, ce qui a d ailleurs conduit à quelques dérives. Internet a constitué une aubaine pour les mouvements contestataires. Il leur permet de diffuser leur message sans avoir à passer par les médiateurs habituels, de contourner les médias nationaux en cherchant à diffuser leur message à l échelle internationale et de pouvoir le faire à un coût extrêmement réduit. Internet a également été une «arme», dont se sont abondamment servis les militants avant Facebook ou Twitter. Les mobilisations contre tel ou tel sommet s organisaient via des sites Internet spécialement créés à cet effet. Avant Wikileaks, les mouvements ont également cherché à mettre en ligne des textes, par exemple de projets en cours de négociations, conformément à une stratégie qu ils ont définie comme la «stratégie Dracula» : un texte secret mis en pleine lumière perdrait alors toute consistance. On peut ainsi considérer que l altermondialisme par exemple est en partie l enfant d Internet. Comment cet imaginaire de l information s articule-t-il au monde de la presse traditionnelle? Il existe une ambiguïté en la matière. Les contestataires reprochent généralement aux médias traditionnels d être au service du «système» et notamment des intérêts économiques du groupe auxquels ils appartiennent et donc de sciemment déformer leur message, de présenter par exemple les mobilisations à travers un «cadrage» de nature sécuritaire (menaces de violence, débordements violents, déploiement de forces de sécurité, etc.) ou même de les ignorer de façon délibérée. En même temps, de nombreux contestataires jouent le jeu de ces mêmes médias dans l objectif d atteindre un public beaucoup plus large que ce qu ils pourraient obtenir par l intermédiaire de médias spécialisés ou online, mais aussi de gagner une certaine forme de légitimité aux yeux du grand public, un peu comme si un sigle «vu à la télé» permettait à un militant d avoir une plus forte crédibilité pour le public, mais aussi sans doute pour les autres militants, même si ceux-ci ne l avoueront jamais. Tout d abord, ils peuvent trouver dans les médias traditionnels des «passeurs» de leurs idées. On peut penser par exemple au journaliste Hervé Kempf du Monde par rapport au mouvement anti-ogm, à Arte qui diffuse le reportage de Marie-Monique Robin sur Le Monde selon Monsanto, à Libération par rapport à d autres mouvements, etc. etc. Ensuite, ils peuvent tenter d instrumentaliser les médias traditionnels en vue d atteindre un vaste public en étant ce que les médias appellent de «bons clients». On pense immédiatement de ce point de vue à une personnalité comme José Bové, qui se situe bien dans de l air du temps télévisuel de la «provoc bon enfant» ou de la polémique tous azimuts. août/septembre

24 Cyberactivistes et société civile Les ambiguïtés de la révolution tunisienne Entretien avec Romain Lecomte On a beaucoup parlé d Internet dans la révolution tunisienne, mais les cyberactivistes ont principalement joué un rôle de relais et il ne faudrait pas sous-estimer par ailleurs les efforts d une société civile organisée certes fragile mais dont le savoir-faire militant fut décisif. Dans la reconfiguration actuelle de l espace public tunisien, réseaux sociaux et nouveaux médias peuvent tenir une place importante, mais qui n est pas sans ambiguïté. Romain Lecomte est chercheur en sociologie à l Université de Liège (Belgique). Il finit actuellement une thèse sur les usages contestataires d Internet par les Tunisiens (en Tunisie et à l étranger), sujet à propos duquel il a publié plusieurs articles. Quel fut le rôle d Internet lors de la révolution tunisienne? Dans le contexte autoritaire tunisien, où les médias traditionnels étaient sous la mainmise du pouvoir, Internet, malgré les multiples tentatives du pouvoir de le contrôler, a constitué un espace public alternatif permettant à l information de circuler à l échelle nationale et internationale. Il a également pu faciliter la coordination de mobilisations protestataires. Cependant, les médias, avec le recours de certains experts, ont selon moi contribué à diffuser une vision très simplificatrice d un processus révolutionnaire nécessairement complexe, en se focalisant souvent sur une variable explicative et en ignorant les différentes séquences de ce processus. Par rapport à certaines analyses en vogue de la révolution tunisienne, je souhaiterais ici faire deux remarques, probablement valables aussi pour les autres pays arabes en révolte. Tout d abord, le rôle des «médias sociaux» a selon moi été surdimensionné (ainsi a- t-on pu parler de «Révolution Facebook», «Révolution Twitter», «Révolution 2.0.», «e-revolution», etc.) au détriment d autres éléments. Certaines analyses, focalisées sur la nouveauté, insistant sur la dimension «cybernétique» de cette révolution, ont laissé planer l image d une révolution désincarnée, d une révolution où la lutte des corps aurait été finalement bien secondaire comparée à la guerre informationnelle menée en ligne. Or, cette révolution tunisienne était tout sauf désincarnée. Pour comprendre le processus qui a conduit à la chute de Ben Ali, il faudrait ainsi commencer par redonner à la «chair» la place qu elle mérite. Les corps ont évidemment joué le rôle principal, en tant que véhicule d expression du mécontentement et de l indignation et en tant que victimes de la violence des forces de l ordre. Sans entrer dans les détails, pour illustrer ce rôle majeur des corps et de la rue, j évoquerai ici ce qui demeure probablement les deux moments les plus marquants du processus révolutionnaire. Tout d abord, bien entendu, l immolation éminemment symbolique par le jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, de son propre corps. Ensuite, lors du week-end des 8 et 9 janvier, la répression extrêmement sanglante subie par les habitants des villes de Kasserine, Thala et Regueb. Ces violences commises sur les corps ont eu un effet décisif sur la suite des événements. Les nouveaux moyens de communication (téléphones portables, appareils photo numérique, Internet, chaînes satellitaires) ont surtout permis d amplifier la charge émotionnelle suscitée par cette répression, de diffuser les images, parfois extrêmement difficiles à supporter, de ces corps violentés, mais aussi de familles criant ou pleurant de tristesse. Ensuite, plutôt que de vouloir isoler les lire la suite 24 août/septembre 2011

25 médias sociaux ou les chaînes satellitaires comme le média de la révolution, on gagnerait à analyser plus en profondeur l articulation entre ces moyens de communication. À l aide de téléphones portables et d appareils photo numériques, les habitants des régions en colère se sont improvisés journalistes citoyens, ils ont mis en ligne des photos et des vidéos, parfois simplement sur leur compte Facebook personnel. Des cyberactivistes, déjà actifs pour la plupart bien avant la révolution, parfois depuis l étranger, ont réalisé un travail important de veille, de vérification, de centralisation et parfois même de traduction de ces informations (images, témoignages, etc.) éparpillées sur les réseaux sociaux. En Tunisie, le collectif illustrant peut-être le mieux ce type de cyberactivistes, que l on désigne parfois par le terme curators en anglais, est Nawaat. À leur tour, les chaînes satellitaires à l étranger se sont très largement approvisionnées sur les médias sociaux et surtout auprès de ces «curateurs», de ces collecteurs-diffuseurs d informations. Or, ces chaînes satellitaires en particulier Al Jazeera et France 24 ont constitué un relai très important, permettant d augmenter la portée des informations, des images diffusées sur Internet, média dont l accès n était pas aussi large que j ai pu le lire ici et là. En effet, d une part, la censure très importante qui touchait le Web tunisien (y compris de nombreuses pages Facebook, parfois aussi piratées) a réduit le nombre de Tunisiens accédant à ces informations. Tous ne souhaitaient pas utiliser des outils de contournement de la censure pour accéder à ces informations «sensibles». D autre part, et surtout, bien que la Tunisie possédait le taux de connexion à Internet le plus important d Afrique, Internet y demeurait un média relativement élitiste ( «utilisateurs» mi-2010, mais beaucoup moins de personnes régulièrement connectées) et, de plus, très inégalement distribué entre les différentes régions. Par exemple, suivant l enquête nationale sur la population et l emploi de 2008, les deux gouvernorats comportant le plus faible taux de ménages connectés n étaient autres que Sidi Bouzid (un taux de connexion près de 10 fois inférieur à celui de Tunis) et Kasserine, dont on connaît le rôle crucial qu ils ont joué lors de la révolution. Dans ces régions, notamment, chaînes satellitaires et téléphones portables ont permis de décupler la portée des informations accessibles en ligne. La société civile organisée, officielle ou non, a-t-elle su trouver sa place dans ces nouvelles formes de communication? Il faut souligner que le cyberactivisme tunisien a une histoire ancienne de déjà plus d une décennie et que, depuis la fin des années 1990, les cyberactivistes sont très critiques vis-à-vis de l opposition tunisienne «classique» (associations et partis politiques indépendants, qu ils soient reconnus ou non), notamment vis-à-vis de leurs modes d action et de communication jugés dépassés. Il est vrai que, globalement, les opposants traditionnels n ont pas saisi pleinement l opportunité que représentait Internet pour recréer un contact avec les citoyens, dont ils avaient été coupés par des décennies d autoritarisme. Seule une partie des rares jeunes militants de l opposition s y sont fortement investis. Lors de la révolution, ces organisations ont, par la force des choses, davantage investi le cyberespace, et tout particulièrement Facebook. Cependant, en comparaison aux blogs et pages Facebook d activistes tunisiens «non encartés» (pour reprendre une expression parfois employée par les cyberactivistes), il faut bien constater que les organisations de l opposition se sont faites plutôt discrètes. À nouveau, ce sont plutôt des jeunes militants de l opposition qui se sont illustrés individuellement, non pas tant en tant que leaders et organisateurs de mobilisations qu en tant que journalistes. Ce constat ne signifie pas pour autant que les usages contestataires d Internet lors de la révolution ont surgi «spontanément», de nulle part. En plus d une décennie de cyberactivisme, un savoir-faire et des collectifs citoyens plus ou moins informels se sont notamment constitués. lire la suite août/septembre

26 Par ailleurs, si la direction de l UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens), la centrale syndicale tunisienne, s était compromise avec le régime de Ben Ali, ses militants de base, au niveau des structures régionales et sectorielles, ont joué un rôle actif pour accompagner et non pour déclencher la révolution tunisienne, dans la rue surtout, mais aussi en ligne. Des appels à manifester ont ainsi été lancés par des militants de l UGTT sur Facebook et des syndicalistes de différentes régions en colère ont également approvisionné la plateforme numérique préférée des Tunisiens en vidéos, photos et autres informations écrites. Mais l apport des militants de l UGTT fut, selon moi, surtout notable dans la rue, là où ils ont pu faire davantage parler leur expérience militante et fournir un appui logistique. Si les organisations de la société civile, et les partis d opposition exclus de fait d un champ politique complètement verrouillé, n ont donc pas été absentes du mouvement de protestation en ligne, je suis donc d accord avec l idée qu elles n y ont globalement pas joué un rôle central. Qu en est-il de la suite du mouvement : les espaces de communication et de discussion online jouent-ils un rôle aujourd hui et si c est le cas, comment s articulent-ils aux médias et à la discussion politique du «monde réel»? Je pense en effet que ces espaces de communication en ligne jouent actuellement un rôle, mais ce rôle est très différent de celui qu ils ont été amenés à jouer avant et pendant le mouvement de contestation qui a débouché sur le départ de Ben Ali. Depuis six mois, on assiste à une reconfiguration importante de l espace public tunisien. Non seulement la peur des citoyens de parler politique hors de la sphère privée s est largement dissipée, mais les médias traditionnels sont désormais beaucoup plus ouverts. Bien entendu, d anciens réflexes persistent, par exemple, l autocensure dans les médias traditionnels n a pas complètement disparu, tout comme la répression de certaines manifestations de rue. Mais on observe une réelle ouverture de l espace public tunisien dans son ensemble, qui modifie le rôle des médias sociaux. Le cyberespace ne constitue plus désormais une exception, cet îlot de relative liberté dans un espace public globalement sous la mainmise du pouvoir. L ouverture de l espace public tunisien a pour conséquence un décloisonnement de ses différentes composantes, une circulation beaucoup plus intense des personnes, des informations et des opinions entre les différents espaces publics partiels. Par exemple, les blogueurs tunisiens sont désormais habitués à venir donner leur avis sur les plateaux de télévision, à la radio, dans la presse écrite. Il est également de plus en plus fréquent que des blogueurs cumulent journalisme citoyen et journalisme professionnel. Et, désormais conscients de l importance des réseaux sociaux, les responsables du gouvernement, de l administration et les représentants de partis politiques y sont beaucoup plus présents, pour présenter leurs idées, leurs projets, mais aussi pour rendre des comptes aux citoyens. Les appels à manifester sur Facebook ont plus de chances qu auparavant de se concrétiser dans la rue, puisque la peur d investir la rue est moins prégnante. Les frontières entre le cyberespace et la rue et entre le cyberespace et les médias traditionnels sont donc désormais plus poreuses. Un peu plus de la moitié de la population tunisienne a moins de 30 ans : Internet constitue et constituera le média privilégié de cette jeunesse qui a constitué de moteur de la révolution, un média dont l accès devrait encore se démocratiser dans les années à avenir. Cependant, à côté de ces constats positifs, ces changements touchant l espace public en ligne posent également de nouvelles difficultés. En particulier, l inflation du débat politique et des informations, favorisée par les réseaux sociaux, contribue à la prolifération de rumeurs, à l instauration d une incertitude généralisée. Chaque jour, de «nouveaux journalistes citoyens» ou «cyberactivistes» émergent et, contrai- lire la suite 26 août/septembre 2011

27 rement à avant, les internautes tunisiens ne savent plus à quel sein de vouer. Cet état de désordre informationnel est l un des nombreux défis qui vont devoir être relevés dans les mois et les années à venir, et le rôle des «curateurs», de collecteurs et filtreurs d informations en ligne ayant acquis avec le temps une certaine légitimité, va certainement s avérer déterminant. Le couvercle peut-il se refermer, les autorités peuvent-elles prendre le contrôle des réseaux? (et cette crainte existet-elle dans le monde arabe?) Tout d abord, je pense que, et ce n est pas faute d avoir essayé, les Etats arabes n ont jamais pu complètement refermer le couvercle, celui-ci est toujours demeuré entrouvert. La contestation en ligne en Tunisie a déjà une histoire ancienne et, au fil des années, le nombre et la diversité des critiques et des actions collectives en ligne se sont accrus, alors que le pouvoir enrichissait le répertoire de ses pratiques de surveillance et de contrôle. La censure à l emporte-pièce du Web tunisien, par exemple, a davantage généré de mobilisations protestataires qu elle n en a fait taire. Evidemment, cela ne veut pas dire que ces pratiques liberticides ont été sans effet, en particulier pour générer de l autocensure et des formes de critique déguisées, indirectes, et donc moins percutantes. Pour revenir à votre question, je pense que oui, la crainte du retour d une gestion autoritaire du cyberespace existe, et cette crainte me paraît assez compréhensible. Le 13 janvier, Ben Ali a pris la décision de lever intégralement la censure d Internet en Tunisie, ce qui a eu le l effet contraire de celui qu il espérait Mais, depuis, la censure est déjà revenue par la petite porte. Tout d abord, ce sont quelques pages Facebook particulièrement virulentes, notamment vis-à-vis de l institution militaire, qui ont été bloquées, suite à une réquisition du juge d instruction auprès du tribunal militaire. Et c est désormais le blocage des sites pornographiques qui pourrait bien être confirmé par la cours d appel dans les semaines qui vont suivre. Le danger est bien évidemment que cette censure, effectuée au nom de la «morale» et des bonnes mœurs, trace la voie à une censure de plus en plus étendue. Selon moi, informer les parents sur les outils permettant de restreindre l accès de leurs enfants à certains contenus serait une bien meilleure solution. Malgré ces risques, et malgré d autres difficultés que rencontrent inévitablement le processus de transition en Tunisie, je demeure cependant optimiste. Jusqu à maintenant, les Tunisiens, notamment les jeunes, ont su faire preuve de vigilance. Comme beaucoup de cyberactivistes me l ont expliqué, ils ne veulent plus revivre le scénario du «Régime du Changement» où, séduits par les promesses et signes d ouverture proposés par Ben Ali au début de son règne, eux ou leurs parents n ont pas vu venir le retour à un régime autoritaire, un régime dont la répression s était dans un premier temps essentiellement focalisée sur les islamistes août/septembre

28 Pour en finir avec la «Twitter revolution» par Ulises Mejias Les révolutions arabes ont souvent été associées à Facebook ou Twitter. Mais il ne faut pas se laisser abuser par ces labels, qui peuvent aveugler les représentations. Si les réseaux numériques augmentent les possibilités de participation, ils accroissent aussi les inégalités et offrent aux autorités plus de possibilités de contrôle. Ulises A. Mejias est professeur assistant à la State University of New York (Oswego). Il est l auteur de nombreux articles et d un livre à paraître : The Limits of Nodes: Unmapping the Digital Network. Il tient un blog ( ulisesmejias.com/) sur lequel est parue une première version (en anglais) de ce texte. Avez-vous déjà entendu parler de la Révolution Leica? Non? C est probablement parce que des gens qui ne connaissent rien au «branding» insistent pour l appeler la Révolution mexicaine. Environ deux millions de personnes sont mortes dans cette longue lutte ( ) visant à renverser un gouvernement despotique pour engager des réformes. Mettons-nous à la page : pourquoi ne renommerions-nous pas cette révolution non plus d après le peuple qui l a menée, mais d après le «média social» qui eut un si grand impact dans la publicité mondiale donnée à cette lutte, l appareil-photo? Mieux encore, ne nommons pas la révolution d après ce média, mais d après le fabricant des appareils qui ont permis à des gens comme Hugo Brehme de documenter les atrocités de la guerre. Viva Leica, cabrones! Mes sarcasmes, bien sûr, sont une tentative à peine voilée de souligner combien il est absurde de se référer aux événements d Iran, de Tunisie, d Égypte et d ailleurs comme la «Révolution Twitter», la «Révolution Facebook», et ainsi de suite. La façon dont nous nommons les choses, les noms que nous utilisons pour les identifier, ont une incroyable puissance symbolique et, pour ma part, je refuse d associer des marques commerciales avec les luttes pour la dignité humaine. Certes, comme l ont noté certains commentateurs, il semble y avoir plus de scepticisme que de soutien à l idée que ce sont des outils comme YouTube, Twitter et Facebook qui ont mis le feu aux poudres. Mais cela n a pas empêché l intelligentsia Internet de s engager dans de longs développements sur le rôle que la technologie joue dans ces événements historiques. Un camp, composé de gens comme Clay Shirky, semble faire la part de ce que Cory Doctorow appelle «le pouvoir spécial d Internet pour connecter et libérer». De l autre côté, des auteurs comme Ethan Zuckerman, Malcolm Gladwell et Evgeny Morozov considèrent que si les médias numériques peuvent jouer un rôle dans l organisation de mouvements sociaux, on ne peut pas compter sur ces médias pour construire des alliances durables, ou même de protéger les militants une fois que les autorités commencent à utiliser les mêmes outils pour sévir contre la dissidence. Les deux parties ont sans doute en commun de s engager un peu vite dans une sorte de déterminisme technologique, la première en surévaluant le rôle de la technologie, la seconde en la diminuant. La vérité, comme toujours, se situe quelque part entre les deux, et il y a déjà longtemps que les philosophes de la technologie ont réglé la question de savoir si la technologie modèle la société (déterminisme technologique) ou si la société modèle les technologies (matérialisme culturel) : la technologie et la société se déterminent l une l autre mutuellement et constamment. Pourquoi alors l image d une révolution déclenchée par les réseaux sociaux continue-t-elle à faire les manchettes et à susciter l intérêt des spectateurs occidentaux, et quels sont les dangers d employer une lire la suite 28 août/septembre 2011

29 telle imagerie? Ma crainte est que le battage médiatique au sujet d une révolution Twitter / Facebook / YouTube aient deux effets : dépolitiser notre compréhension des conflits, et faire oublier le rôle parfois trouble du capitalisme dans la suppression de la démocratie. Le discours de la révolution des médias sociaux est une forme d empathie autocentrée dans laquelle nous voyons dans l autre (dans ce cas, un citoyen tunisien ou égyptien) une simple projection de nos propres désirs, un instant dépolitisé dans notre propre devenir. Quelle belle affirmation de nous-mêmes, que de croire que les personnes engagées dans une lutte désespérée pour la dignité humaine utilisent les mêmes produits du Web 2.0 que nous! Cette empathie se mobilise sur la base du consumérisme non de ce que nous faisons, mais de ce que nous consommons. Par extension, nous en venons à voir dans la démocratie un simple sous-produit de produits médiatiques d expression de soi. Et, à considérer comme allant de soi que les entreprises qui créent ces produits médias ne puissent prendre le parti des gouvernements contre leur propre peuple. Il est temps de se réveiller : même si l architecture originale d Internet encourage bien l ouverture, elle est marquée aujourd hui par une forte tendance à la privatisation et à la centralisation. S il est vrai que cet Internet contrôlé par une poignée de conglomérats de médias peut toujours être utilisé pour promouvoir la démocratie (comme font les gens en Tunisie, en Égypte et partout dans le monde), il nous faut reconsidérer le rôle que les entreprises de médias sociaux comme Facebook et Twitter joueront dans ces luttes. Le meilleur moyen de comprendre ce rôle est simplement de regarder le rôle passé et actuel joué par les nouvelles technologies pour «faciliter» la démocratie. Aujourd hui, nos exportations englobent non seulement les armes antiémeutes utilisées pour maintenir en place des dirigeants corrompus, mais des outils de surveillance d Internet comme Narusinsight, produit par une filiale de Boeing et utilisé par le gouvernement égyptien pour traquer et faire disparaître des dissidents. Même sans citer des exemples d entreprises Web spécifiques qui ont aidé les gouvernements à surveiller et persécuter leurs citoyens, je voudrais simplement rappeler ici que la structure du marché émergent de l Internet menace son potentiel à être utilisé comme un outil pour la démocratie. Plus les monopoles (une structure de marché caractérisée par un seul vendeur) contrôlent l accès et les infrastructures, plus les monopsones (une structure de marché caractérisée par un seul acheteur) contrôlent l agrégation et la distribution des contenus générés par les utilisateurs, et plus aisément les autorités pourront retirer la prise, comme cela vient de se passer en Egypte. Je me rappelle de la première des «révolution Internet». Presque cent ans après la Révolution mexicaine, l Armée zapatiste de libération nationale a lancé une insurrection dans le Chiapas pour tenter de résoudre certaines des injustices que la première révolution n avait pas résolues, et qui demeurent. En 1994, le sous-commandant Marcos et le reste de l EZLN n avaient pas de profils Facebook, de comptes Twitter pour communiquer ou s organiser. Peut-être que leur mouvement aurait été plus efficace si cela avait été le cas. Ou peut-être aurait-il réussi à rester en vie grâce à la nature décentralisée des réseaux utilisés par l EZLN et ses partisans? À mesure que les réseaux numériques se développent, ils deviennent de plus en plus centralisés et de plus en plus privatisés. Cela augmente certes les possibilités de participation, mais cela accroît les inégalités et surtout il est de plus en plus facile pour les autorités de les contrôler. Ainsi, le vrai défi va être de trouver comment continuer la lutte, après que le réseau a été coupé. On pourrait même dire que la lutte se jouera contre ceux qui possèdent et contrôlent le réseau. Si la lutte ne peut pas continuer sans Facebook et Twitter, alors elle est condamnée. Mais je soupçonne que contrairement à nous, les Iraniens, les Tunisiens et les Égyptiens le savent déjà. août/septembre

30 Ne pas surestimer le rôle d Internet Quelques pensées sur la révolution tunisienne par Evgeny Morozov Si les réseaux sociaux ont joué un rôle dans l émergence et la réussite des révolutions arabes au printemps dernier, il convient de ne pas surestimer ce rôle. Il serait dangereux de négliger les possibilités offertes par Internet aux régimes autoritaires, de la dépolitisation des citoyens au contrôle et à la propagande. Originaire de Biélorussie, Evgeny Morozov est chercheur invité à l université de Stanford et membre de la New America Foundation. Il tient le blog Net Effect sur le site du magazine américain Foreign Policy. Au moment où paraissait la version originale du texte que nous publions, il a publié The Net Delusion: The Dark Side of Internet Freedom (Public Affairs, janvier 2011), qui explore les usages d Internet par les régimes autoritaires. Dès le début de la Révolution du jasmin, on a lu de nombreuses réflexions sur le rôle joué ou non par Internet dans son déclenchement. Une chose à garder à l esprit est que les révolutions se poursuivront et que Twitter ne va pas disparaître de sitôt. Il est donc raisonnable de supposer qu on observera une certaine activité des nouveaux médias pour toute agitation sociale ou politique. Mais la corrélation, nous le savons tous, ne signifie pas toujours la causalité. Des vidéos sur YouTube, des photos sur Flickr, des tweets et des messages écrits par des gens sur le terrain ou de l extérieur accompagneront toute révolution, réussie ou non. Nier cela serait stupide. Mais ce qui me frappe au sujet des événements en Tunisie, c est que les médias sociaux semblent avoir échoué dans ce que beaucoup d entre nous pensaient devoir être leur plus grande contribution, en dehors de la mobilisation sociale proprement dite : aider à générer et à définir la couverture des événements dans les médias traditionnels. Au contraire, malgré tout le buzz sur Twitter, il a fallu quatre semaines pour que les événements en Tunisie atteignent les premières pages des grands journaux aux États-Unis (la situation en Europe était un peu meilleure, et elle était bien meilleure au Moyen-Orient, pour des raisons évidentes). Revenons un peu en arrière. Une grande partie de l enthousiasme lié aux «Révolutions Twitter» en Moldavie et en Iran était fondée sur l idée que les médias sociaux permettraient d inscrire ces événements à l agenda des médias traditionnels et cela fut bien le cas. En 2011, cependant, je pense que l effet «nouveauté» a disparu, ce qui diminue l appétence des grands médias et dégonfle donc la bulle médiatique. D autant que la Tunisie importe moins que l Iran, pour la plupart des médias, même si c était aussi le cas de la Moldavie. Sans doute de nombreuses personnes ont suivi les événements tunisiens sur Twitter. Mais ne nous faisons pas d illusions : les personnes qui s intéressent à la politique étrangère forment un public très restreint ; je parierais volontiers que 90 % des utilisateurs de Twitter n en sont pas, et ce pourcentage va augmenter à mesure que l usage de Twitter se répand. Donc, si nous l évaluons en termes de sensibilisation par la valorisation et la construction hors des grands médias, l idée d une «révolution Twitter» en Tunisie n a guère de sens. Je suis curieux en revanche de voir les données sur le rôle que les médias sociaux ont joué dans la mobilisation des manifestants. Mais pour être franc, il me semble improbable que certaines personnes en Tunisie aient eu une chance plus élevée de faire leur apprentissage politique sur Internet que dans les rues, au hasard des conversations. Il y a eu des morts et la situation était très lire la suite 30 août/septembre 2011

31 émotive : je ne vois guère ce que des tweets et autres messages de blog pourraient avoir ajouté à cette émotion collective. Je ne nie pas qu Internet peut avoir joué un rôle dans la diffusion des manifestations en Tunisie. Mais les conditions dans lesquelles ont eu lieu ces manifestations n ont pas été définies par les posts des dirigeants du mouvement de protestation qui indiquaient où et quand se rencontrer. L information passait aussi autrement. Et elle ne passait pas toujours, d ailleurs : peut-être que je me trompe, mais tout cela semblait être un peu chaotique et décentralisé. Une fois encore, ce serait bien d avoir davantage de données sur ce sujet. Mais il serait périlleux de confondre notre appréhension des événements (où Internet joue un grand rôle parce que c est notre façon principale d y accéder) et la réalité sur place. Ce qui me semble aussi très bizarre, c est que début janvier le gouvernement tunisien a été assez audacieux et assez puissant pour percer les comptes de messagerie des militants tunisiens. Les autorités pouvaient éteindre l Internet dans l ensemble du pays si elles voulaient vraiment et si elles y voyaient réellement une menace mortelle. Cela témoigne soit de leur erreur de jugement sur la situation, soit du fait qu elles n aient pas considéré Internet comme un outil de mobilisation ce qui, étant donné le profil de ceux qui ont commencé les manifestations (principalement des pauvres et des chômeurs), ne me semble pas une hypothèse déraisonnable. La question de la mobilisation sociale est une question difficile, et nous devrions continuer à la travailler. Mais nous ne devrions pas oublier que les conditions structurelles notamment l aggravation de la situation économique en Tunisie sont un probablement un facteur décisif dans le déclenchement d une telle révolution. On peut alors s interroger : la révolution aurait-elle pu commencer sans Facebook et Twitter? Je pense que c est une question-clé. Si la réponse est «oui», alors la contribution d Internet était mineure, cela me semble clair. Et en suivant cette logique, nous ne devrions pas attendre des résultats similaires dans d autres pays, simplement parce qu ils ont eux aussi des collectivités dynamiques de cyberactivistes. Enfin, je pense que nous ne devrions pas perdre de vue le plus large impact politique et social de l Internet avant la mobilisation. Une partie de l argument que je développe dans The Net Delusion, c est qu il est erroné d apprécier le pouvoir politique de l Internet sur sa seule contribution à la mobilisation sociale. Nous devrions également examiner comment Internet favorise les régimes autoritaires à travers la surveillance, la déresponsabilisation des citoyens par le biais du divertissement, la transformation de la nature de la dissidence en le déplaçant dans un univers plus virtuel, l amélioration de la propagande gouvernementale, et ainsi de suite. Tout cela pourrait diminuer à terme la probabilité de voir se répéter de nouvelles situations révolutionnaires même si Internet peut aussi être une aide précieuse dans la mobilisation sociale. Mon idée centrale, en fait, c est que même si Internet pourrait rendre la prochaine révolution plus efficace, il pourrait également la rendre moins probable. (Oui, je sais aussi que d autres facteurs, surtout économiques et politiques, sont de toute façon probablement beaucoup plus influents qu Internet pour déterminer les chances d une situation révolutionnaire). C est en partie une leçon que je tire des événements au Bélarus en décembre 2010 : il y avait beaucoup d activité sur Twitter, il y avait un réel potentiel de mobilisation mais ne voir que cela, en ignorant les sinistres méthodes des autorités biélorusses pour exploiter Internet et dépolitiser les citoyens, serait manquer le vrai rôle qu Internet a joué dans le pays. Bien entendu, j espère que les événements de Tunisie serviront d inspiration aux citoyens de Biélorussie et d ailleurs. août/septembre

32 À lire La Démocratie Internet. Promesses et limites, Dominique Cardon, Seuil/La République des idées, 2010 Entretien avec Laurent Mauriac et Pascal Riché sur le journalisme en ligne : La lettre de Bill Gates en 1976, qui se plaint déjà du piratage informatique : Quelques sites Agoravox, le média citoyen : Le Forum social européen : Independent media center, collectif regroupant des organisations de médias indépendants : Observatoire citoyen de l activité parlementaire : La Quadrature du net (organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet) : Des blogs Une fédération des blogueurs de gauche, les LeftBlogs : Unité2012 : 32 août/septembre 2011

33 Questions 1/ Quand est né le Web? r A : 1970 r B : 1980 r C : / Quel est le pionner des navigateurs? r A : Netscape r B : Mozilla r C : Christophe Colomb 2/ Où a été inventé le web (www)? r A : Au Pentagone, à Washington r B : Dans la Silicon Valley, à San Francisco r C : Au CERN, en Suisse 3/ Quel était le contenu du premier envoyé? r A : Hello Internet! r B : QWERTY r C : C est 10 dollars 4/ En quelle année le premier Spam a-t-il été envoyé? r A : 1978 r B : 1994 r C : / Quel est le premier «annuaire Internet»? r A : Yahoo! r B : Hotmail r C : Wanadoo 7/ D où vient le nom du célèbre moteur de recherche Google? r A : Il est dérivé d une unité de mesure signifiant 10 puissance 100 r B : C était le nom du chien de l un de ses fondateurs (Larry Page) r C : C est l abréviation de General Optimized Outsources Global Links for Experts 8/ Qu est-ce qu un wiki? r A : Un petit panda r B : Une encyclopédie r C : Un site web en écriture collaborative 9/ Qu est qu un «twit»? r A : Un post sur Facebook r B : Un message court et instantané r C : Une danse twit à Saint-Tropez? 10/ Combien la France compte-t-elle d internautes? r A : 20 millions r B : 30 millions r C : 40 millions août/septembre

34 Réponses 1/ Réponse C. En 1989, le chercheur Tim Berners-Lee conçoit l idée de naviguer simplement d un espace à un autre d Internet à l aide de liens hypertextes et grâce à un navigateur. Tim Berners-Lee parle de la création d une toile : tout internaute pouvant aller d un contenu à l autre suivant des voies multiples. Son projet est présenté en / Réponse C. Si Internet trouve ses origines aux Etats-Unis (réseau Arpanet de l armée), le World Wide Web (www) a été inventé au Centre européen de Recherche Nucléaire (CERN) en Suisse. Son inventeur est Tim Berners-Lee qui a mis au point le protocole HTML facilitant ainsi largement la navigation entre sites grâce aux liens. Il présentera son projet au CERN en novembre Pendant les trois années suivantes, il travaillera à l apparition du World Wide Web, «toile d araignée mondiale». 3/ Réponse B. Tout simplement QWERTY, c est-à-dire les premières lettres disponibles sur les claviers américains. 4/ Réponse A. Le premier Spam de l histoire a été envoyé en 1978 par Gray Thuerk qui avait alors eu l idée de récupérer les adresses de 600 utilisateurs du réseau Arpanet pour leur envoyer le même . Le premier Spam commercial date de Deux avocats américains imaginent alors utiliser l pour contacter des immigrants souhaitant vivre aux Etats-Unis et envoient plusieurs millions de messages dans l année. 5/ Réponse A. En 1994, deux étudiants de Stanford, David Filo et Jerry Yang, créent l annuaire Internet Yahoo! Celui-ci doit permettre aux Internautes de trouver rapidement des sites grâce à un classement hiérarchique. En 1996, Yahoo! fait son entrée en bourse, année de son arrivée en France. 6/ Réponse A. Le premier véritable navigateur fut créé en 1992 par le NCSA (National Center for Supercomputing Applications), un département de l Université de l Illinois. Il s appelait Mosaic. Le projet était dirigé par Marc Andreessen qui, une fois ses études terminées, fonda l entreprise Netscape. Le succès est fulgurant mais Microsoft crée très vite son propre navigateur, Internet Explorer. En 1998, Netscape décide d ouvrir son code pour fonctionner comme les logiciels libres. Elle fonde Mozilla. Netscape, racheté par AOL, ne reprendra jamais le dessus face à son concurrent et l entreprise disparaîtra en / Réponse A. Google est un néologisme créé à partir du mot «googol» qui désigne le nombre composé du chiffre 1 suivi de 100 zéros. Google a choisi ce terme pour symboliser sa mission : organiser l immense volume d informations disponibles sur le Web et dans le monde. Google Inc. a été fondée en 1998 et fait son entrée en bourse en / Réponse C. Un site web en écriture collaborative 9/ Réponse B. Un twit (ou tweet) signifie «gazouillis» en anglais. Ce sont des messages brefs, envoyés gratuitement par Internet, par messagerie instantanée ou par sms. Twitter est un outil de réseau social et de microblogage fondé en / Réponse C. Selon Médiamétrie, la France comptait 38,23 millions d internautes en février 2011, soit une hausse de 8 % par rapport à février Cela représente 71,3 % des Français de 11 ans et plus. Le taux de pénétration du haut-débit à domicile atteint 89,1 % de la population internaute. 34 août/septembre 2011

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36 les dossiers de la ligue de l enseignement Nucléaire : peut-on faire autrement? Comment répondre à l angoisse scolaire? Quelle place pour les aînés? Comment réduire les inégalités Nord-Sud? Nouveaux militants : la fin du politique? Quel rythme de vie pour les élèves? Le sport peut-il tenir ses promesses sociales? Qu attend-on de la prison? Éducation au genre : l école est-elle prête? Quels territoires pour demain? Le modèle associatif est-il viable? Identité nationale : le débat démocratique est-il menacé? Comment faire vivre la mixité à l école? Quel avenir pour le commerce équitable? L école peut-elle réaliser l idéal républicain? Quelle politique pour la jeunesse? Hadopi : quelle économie pour la culture? La justice des mineurs doit-elle changer? Directeur de la publication : Jean-Michel Ducomte Responsable éditoriale : Nadia Bellaoui Rédacteurs en chef : Ariane Ioannides et Richard Robert Photo : Flore-Aaël Surun/Tendance Floue Maquettiste : Brigitte Le Berre N ISSN : X

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