La première observation :
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- Jeannine Lapierre
- il y a 10 ans
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1 1 Dépistage organisé du cancer du sein et risque médicolégal. Faut-il améliorer la concertation entre les différents acteurs des mammographies de dépistage quant à leur interprétation? Avec notre collègue et ami du GERM le Docteur Eric Escolano nous venons au cours de ces derniers mois de participer comme co-experts à des réunions contradictoires à la suite de plaintes déposées par des patientes éligibles et prise en charge dans les programmes de dépistage du cancer du sein. Le motif de leur requête est un diagnostic retardé de leur cancer du sein malgré leur participation régulière à la campagne de dépistage. De ce fait elles sont convaincues, souvent par leur entourage, mais aussi par des confrères que de ce fait elles ont subi des préjudices variés dont une perte de chance Si le dépistage organisé fait le sujet de notre propos, le dépistage individuel lui aussi est la source de plaintes et fera le sujet d un autre billet La première observation : Il s agit d une patiente de 61 ans. Nous disposons de duplicatas fournis à la patiente du bilan de dépistage individuel de mai 2007.Il s agit de copies sur film de format 36x43 cm donc en agrandissement de clichés «numériques directs», c'est-à-dire la technique la plus performante de détection mammographique. Ces clichés permettent de retenir la présence de microcalcifications de distribution régionale disposées dans le quadrant supéro-externe du sein droit. Ces microcalcifications sont rondes à poussiéreuses au nombre d une dizaine. Compte tenu de leur aspect, de leur nombre, de leur distribution et de l absence de lésion associée, en particulier d une masse, le classement ACR3 (probablement bénin) est justifié avec proposition d un nouveau contrôle à 6 mois comme il est prescrit pour cette catégorie d anomalie mammographique. Nous disposons du bilan de dépistage organisé septembre 2007 ; Il s agit des 4 films originaux réalisé sur mammographe analogique dont on peut noter la qualité médiocre par, entre autres, un manque de contraste mais aussi des rayures sur l un des films (oblique externe droit). Ce bilan accepté par les 2 lecteurs concernant sa qualité est à la limite du CTI (cliché techniquement insuffisant). Ainsi, 4 mois après, pratiquement aucune des microcalcifications qui se révèleront le premier signe du cancer n est visible et à fortiori analysable Logiquement ce bilan sera classé ACR2 (bénin) par manque de détection Nous disposons du bilan de contrôle de janvier 2008 soit 7 mois après le bilan qui a logiquement comme nous l avons noté initié cette surveillance. Ce bilan du sein droit, réalisé avec la même technique numérique que le bilan de mai 2007 et selon les règles de l art avec agrandissement démontre comme il est d ailleurs noté sur le compte rendu une légère évolution de la distribution et nous pouvons ajouter de la morphologie des microcalcifications. La distribution tend à devenir linéaire et l on peut noter un caractère plus polymorphe des microcalcifications. L interprétation ajoute fort justement que cette évolution n est visible que sur une seule incidence, ce qui rend son caractère moins certain et donc moins péjoratif. Ainsi, le classement ACR3 est à notre sens, un peu optimiste et le classement ACR4 (il existe des arguments en faveur de la malignité) aurait pu être donné. L attitude conseillée par les radiologues en janvier 2008 est donc la poursuite de la surveillance à 6 mois mais aurait pu être celui de l indication d un prélèvement macro-biopsique par la technique du mammotome apportant un diagnostic de malignité près de 17 mois avant. Nous disposons, enfin, du bilan de diagnostic du cancer effectué en mai 2009 dans les mêmes conditions d excellence que les 2 autres bilans mammographiques hospitaliers.
2 2 17 mois après, nous pouvons constater l extension des microcalcifications du sein droit prenant une disposition linéaire vers le mamelon, un polymorphisme des calcifications, une augmentation de leur nombre et une densité associée faisant suspecter le caractère invasif de la lésion qui sera confirmé mais heureusement très limité au regard du délai et surtout du type histologique (triple négatif).le bilan de mai 2009 rend plus évocateur l évolution discrète entre les bilans de mai 2007 et de janvier 2008 s agissant du même type de changement en plus évident. Ce qui doit tempérer la divergence de conclusion, entre le compte rendu original de janvier 2008 et notre propre appréciation (l analyse rétrospective est toujours beaucoup plus facile). Concernant le bilan de dépistage organisé de septembre 2007, celui-ci a été régulièrement proposé. En effet, il n existe pas de communication aux Centres de Gestion du Dépistage Organisé des bilans de dépistage individuel réalisé par la patiente. Le bilan de dépistage de mai 2007 n était donc pas connu ni du Centre de dépistage, ni du 1 er ni du 2 ème lecteur. Ce bilan est de qualité médiocre, en raison de paramètres vraisemblablement multiples parmi lesquels on peut retenir un manque de contraste et la présence d artéfacts sur un des 4 clichés. On ne peut retenir, en revanche, la qualité du matériel, celui-ci ayant passé avec succès le contrôle technique semestriel obligatoire. La qualité du bilan est à l origine du manque de détection et à fortiori de caractérisation des microcalcifications du sein droit, seul marqueur précoce du cancer dans ce cas. Concernant le délai s écoulant entre le premier contrôle de janvier 2008 et le diagnostic du cancer lors du bilan de mai 2009, il ne correspond pas aux recommandations du dépistage et de la norme Birads de l ACR. Le délai prescrit et inscrit sur le compte rendu de janvier 2008 est de 6 mois. Il n y a donc pas de faute au niveau du bilan sénologique même si l on peut regretter le classement en ACR3 alors que le classement en ACR4 aurait pu permettre une discussion collégiale multidisciplinaire préalable obligatoire réglementairement à un prélèvement macrobiopsique par mammotome. Le problème a été le manque de communication. En premier lieu, le service de médecine interne hospitalier, destinataire de la mammographie. En second lieu, le gynécologue que la patiente a consulté postérieurement à son classement ACR3 qui aurait du s enquérir de la réalisation d une mammographie et du résultat de celle ci en la confrontant à son examen clinique. Et enfin du médecin traitant, carrefour des bilans de sa patiente même s il n était pas directement destinataire des mammographies pertinentes dans ce dossier, la mammographie de dépistage organisé jouant malencontreusement un rôle de leurre, de ce fait il est à exclure des responsabilités. Avis des experts : Du fait de la mauvaise qualité des mammographies du dépistage, ces mammographies ont joué plus un rôle de leurre que d aide au diagnostic. Le problème a été aussi le manque de communication. En premier lieu, avec le service hospitalier, destinataire de la mammographie. Le Classement ACR3 limite, de la mammographie de l AP-HM de janvier 2008 était possible mais délétère car ne permettant pas la discussion collégiale de la commission mammotome. En second lieu, le gynécologue que la patiente a consulté postérieurement à son classement ACR3 aurait du s enquérir de la réalisation d une mammographie et du résultat de celle ci en la confrontant à son examen clinique. Les radiologues n'étant pas en cause sur ce point.
3 3 Le centre de dépistage par son courrier de 2007 a rassuré à tort la patiente quant aux examens de dépistage de 2007 en reportant à deux ans un autre examen de contrôle nous citons : «une nouvelle mammographie vous sera proposée dans deux ans», de ce fait la tumeur du sein droit a évoluée du stade in situ au stade invasif: ptlb bifocal G3-pNO RE=0%-RP=0 -Her2négatif MO. Le mauvais pronostic du cancer du sein est rattaché avant tout aux caractéristiques biologiques plus «agressives» de son cancer du sein du fait de l existence d une triple négativité des marqueurs biologiques RE=0%-RP=0- et une absence de surexpression significative de HER 2. La perte de chance concerne la survie à 5 ans sans récidive, cette probabilité de survie passe de 95 % pour le stade in situ grade 3 de la classification de Van Nuys à % pour les tumeurs infiltrantes canalaires ptlb bifocale G3-pN0 M0 RE=0% RP=0%-Her2négatif. Avis des experts : Il ne s agit donc pas d un cancer de l intervalle (cancer développé entre deux périodes de dépistage) mais bien d un faux négatif du dépistage du cancer du sein. Il s agit donc dans ce cas d un accident de la méthode de dépistage du cancer du sein tel que le cahier des charges est proposé en France depuis La seconde observation : En 2008, Madame X 52 ans se présente pour une mammographie de dépistage au Centre de dépistage départemental. Sa précédente mammographie date de 3 années, 12/2005. La mammographie de dépistage est réalisée dans un cabinet de radiologie du Docteur Y. Le Docteur Y est aussi le premier lecteur et son interprétation est la suivante «MOTIF DE L EXAMEN Dépistage organisé. Pas de facteur de risque personnel ou familial. Ménopause sans THS. Tumorectomie bénigne à droite en 1994 ; pneumothorax gauche récent. RESULTATS Hypotrophie ++. Morphotype fibreux micro-nodulaire diffus, non modifié par rapport à l examen précédent. Absence d opacité stellaire suspecte d apparition récente ou d autre distorsion architecturale. Persistance de nombreuses micro-calcifications bilatérales de type nécrotique (type I de Le Gal). Microadénopathies bénignes du creux axillaire droit ; creux axillaire gauche libre. CONCLUSION Absence de signe de malignité. Pas de modification par rapport au bilan précédent. A classer ACR 2 à droite et à gauche.» En 05/2008, le Docteur Z, second lecteur fait donc une seconde lecture et le compte-rendu précise ACR3. le médecin Coordonnateur du Centre de dépistage adresse un courrier à Madame X pour lui demander de consulter à nouveau le Docteur Y pour de nouveaux examens de contrôle en précisant «Après relecture de vos clichés, il a été vu une anomalie au niveau du sein droit, nécessitant une surveillance rapprochée.» Les copies de cette lettre sont adressées au Docteur Y et au médecin traitant. Le 02/09/2008 un questionnaire est adressé par le médecin Coordonnateur du Centre de dépistage à Madame X pour connaître le résultat des investigations complémentaires et le diagnostic retenu. Madame X ne répond pas.
4 4 Au mois de février 2010, soit 21 mois après le bilan de dépistage madame X consulte un Gynécologue- Obstétricien pour une masse du sein droit. Il prescrit un bilan sénologique. Le 15/02/2010 le bilan mammographique précise: «SENOGRAPHIE - ECHOGRAPHIE MAMMAIRE appareil TOSHIBA Xario mis en service Janvier 2008 Technique numérique système de lecture CR Kodak Direct View CR 850 Dosimétrie mesurée par le (-pour une exposition (format 18x24) 8.48 mgy pour une exposition (format 24x30) = 8.82 mgy) Clinique :Masse ferme du sein droit dans la région rétro-aréolaire et la région externe, apparue il y a quelques mois.mammographies : Zone de surdensité radiographique irrégulière, hétérogène, occupant la région rétroaréolaire et la région adjacente du quadrant supéro-externe du sein droit s accompagnant de nombreuses calcifications microscopiques, polymorphes. L aspect traduit une formation tissulaire hétérogène irrégulière, qui se retrouve échographiquement sous forme d une plage bilobée hétérogène, s étendant sur un peu plus de 4cm de grand axe global, formé par la juxtaposition de deux zones macronodulaire5 de 19 à 20mm de diamètre pour chacune d entre elles. En topographie un peu plus supéro-externe, il existe une autre zone tissulaire de l2 mm de diamètre maximal distante d environ 15mm de la masse précédente. A noter également deux formations d allure kystique à l union des quadrants internes (4mm) et dans le quadrant inféro-inteme (11mm) du même sein droit. Du côté gauche, il existe radiographiquement quelques calcifications microscopiques relativement éparses et une petite formation hypoéchogène régulière de 4mm de diamètre située dans le quadrant inféro-interlle. Masse tissulaire hétérogène irrégulière du sein droit intéressant la région rétro-aréolaire, avec rétraction mamelonnaire et se prolongeant vers la région para-aréolaire supéro-externe ; classification radiographique ACR5. Possible autre localisation tissulaire supéro-externe distante de l5mm de la masse précédemment notée. A gauche, quelques calcifications microscopiques éparses ; classification radiographique ACR2 ; petite zone nodulaire hypo-échogène non spécifique de 4mm de diamètre dans le quadrant inféro-interne du sein gauche.» Le 21/02/2010 Madame X qui a refusé la micro-biopsie est hospitalisée où elle est opérée le 22/02/2010 «INDICATION : Volumineuse tumeur du sein droit avec rétraction cutanée et «mobile par rapport au plan profond: mastectomie, biopsie extemporanée, curage. Patiente présentée en RCP le 19/02/2010 refusant obstinément une biopsie préalable. «TECHNIQUE : Anesthésie générale. Décubitus dorsal. Préparation cutanée par protocole bétadiné. Incision de Patey avec résection de l aponévrose résection des 1 ères fibres du grand pectoral. Examen extemporané: tumeur néoplasique maligne et de plus de 4 cm de grand axe, exérèse en zone saine. Curage «axillaire après mise en évidence de la veine axillaire, contrôle et respect des nerfs de la région. Ce curage ramène des adénopathies qui semblent pathologiques. Fermeture à points séparés sur 2 redons aspiratifs.» L examen anatomopathologique confirme: «II s agit d un carcinome canalaire infiltrant de 7 cm de diamètre grade III selon Scarff et Bloom modifié par Elston & Ellis (différenciation 3, atypies 3, mitoses 2). Carcinome canalaire in situ de type comédocarcinome, de haut grade (DIN3), avec nécrose. Maladie de Paget du mamelon associée. Présence d emboles néoplasiques intra-vasculaires péri-tumoraux. Les limites d exérèse passent toutes en zone saine avec une marge de1mm (plan profond) pour les structures carcinomateuses infiltrantes, et comprise entre I et 2mm pour la composante in situ (plan profond). Les structures carcinomateuses infilfrantes et in situ s observent à plus de 0.5cm des autres berges. Présence de récepteurs pour les œstrogènes 98 % et la progestérone 10 %.» L examen anatomopathologique des ganglions est positif, 4 ganglions sur 16 présentent des métastases dont 2 avec rupture capsulaire. Il existe une forte sur-expression de la protéine HER2 (Score 3).
5 5 Au total, il s agit donc d un cancer canalaire infiltrant du sein droit pt4b pn2a M0, SBR III, RE + 98 %, RP + 10%, c-erbb2 + (Score 3+). Les suites opératoires ont été simples et Madame X sort de la clinique avec un traitement d Herceptine et d Arimidex. Commentaires : Ces deux observations qui ont fait chacune le sujet d une plainte auprès des Comités Régionaux de Concertation et d Indemnisation posent deux questions : celle du fonctionnement des centres de dépistage et à l évidence la question des faux négatifs du dépistage. 1- Qu en est-il pour les centres du dépistage organisé? En cas de plainte, les juristes des Instances Judiciaires et les avocats de la partie plaignante mettent toujours en cause les centres de dépistage. Ces organisations fonctionnent selon les règles des associations régies selon la loi de Les modalités de fonctionnement sont précisées sur un cahier des charges qui est validé sur le plan national et le bureau national veille par une supervision à la bonne application. Le point majeur concerne le fait qu ils n ont qu une responsabilité administrative. En effet chaque radiologue agréé qu il soit premier ou second lecteur est responsable de la qualité des clichés mammographiques et de leur interprétation. L assurance en responsabilité civile est donc celle des médecins lecteurs et non celle du centre de dépistage. Ainsi, le point très important est que l organisation administrative : président, trésorier et secrétariat, ne peuvent pas être mis en cause en cas de clichés techniquement insuffisants CTI ou de lecture erronée des clichés. En pratique, le président du centre de dépistage n a donc pas la possibilité lors des différents accedits de représenter les médecins qui pourtant sont agréés par lui pour travailler dans le centre. En conséquence, en cas de litige, les deux lecteurs doivent être mis en cause et donc ils doivent en informer leur compagnie d assurance individuelle en RCP. En conséquence de ces faits, les centres de dépistages qui appliquent les règles strictes et bien établies dans la gestion des résultats et la planification des convocations ont toujours été mis hors de causedans tous les dossiers que nous avons eu à expertiser jusqu à ce jour. 2- Le taux des faux négatifs du dépistage du cancer du sein dans les départements et sur le plan national, n est pas connu. En effet, ce taux de faux négatifs est dépendant des pourcentages des dépistages individuels, des dépistages organisés et surtout du taux de participation des femmes aux campagnes de dépistage, pour l année considérée les taux de participation des femmes pour le fichier.et pour les invitées au dépistage. Pour répondre à la question du taux des faux négatifs, il faudrait étudier sur plus de 10 années une population identique à taux de participation au dépistage de 100% (le taux de participation est actuellement dans les meilleurs départements de l ordre de 60% et seulement 40% ont répondu à deux invitations consécutives), et donc pour connaître le taux de faux négatif, il faudrait connaître le nombre de diagnostics de cancers in situ et invasifs
6 6 diagnostiqués en dehors du dépistage chez cette population constante de femmes ayant participé à 100 % au dépistage. S il est bien évident que le second lecteur doit faire son interprétation en toute indépendance de celle du premier lecteur, quel devrait être la conduite à tenir en cas de divergence des résultats pour éviter sinon au moins réduire ces écueils que représentent les faux négatifs? Une proposition serait de faire pour ces cas rares, une réunion collégiale des deux lecteurs avec un troisième radiologue et la patiente pour réaliser un nouvel examen clinique et une relecture des clichés. La réunion se terminerait par la rédaction d une synthèse avec des recommandations bien expliquées et acceptées par la patiente. Ce protocole réhabilitant l étude clinique et la concertation radiologique éviterait les incompréhensions et des plaintes dont-il n est pas toujours aisé d obtenir secondairement une conciliation de la part des parties.
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