EUROVISIONI 2013 DOCUMENTS FINAUX

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1 EUROVISIONI 2013 DOCUMENTS FINAUX

2 Atelier 1 Affirmer la force du service public face au tourbillon numérique Contenus: films, fictions, sport, etc. Président: Stefano Rolando Rapporteur: Gaetano Stucchi Le premier atelier, «Contenus : films, fictions, sport, etc.», est consacré aux problèmes évoqués dans le document initial de réflexion, à travers une série d interventions très rapides et efficaces des 8 participants. Le Président Stefano Rolando et le rapporteur Gaetano Stucchi présentent un certain nombre de points de discussion, regroupés en quatre thèmes : 1. Le risque inhérent à la définition de la mission de service public par une signalétique à l antenne appliquée à chaque programme, sans tenir compte de la nature globale et intégrée de cette mission. 2. Le deuxième risque, c est de pointer du doigt la publicité en tant que facteur de conditionnement négatif pour la qualité de la programmation, ce qui pourrait conduire à opérer une distinction entre les chaînes à financement entièrement public et les chaînes financées par la publicité. 3. L importance pour la mission de service public du soutien au système audiovisuel national (industrie et production indépendante), dont les télévisions publiques ne peuvent pas se désengager. 4. La nécessité que la pratique continue et déterminée de l innovation dans les produits ne reste pas un phénomène symbolique et épisodique, mais devienne un usage permanent et structurel des télévisions publiques. Lors de la première intervention, Frank Dieter Freiling, de la ZDF, confirme que la mission de service public doit couvrir l ensemble des genres et des zones thématiques qui composent la demande des usagers. Pour ce qui est des droits sportifs, M. Freiling souligne que les investissements gigantesques consentis par certaines chaînes publiques européennes pour acquérir les droits sur les grands événements sportifs se sont révélés efficaces en termes de taux d audience et de consolidation des marques des chaînes (avec validation a posteriori par les autorités de régulation et les décideurs politiques). Judith Louis, d ARTE France, rappelle la nature transnationale de sa chaîne, qui exclut certains genres de contenu en vertu de son cahier des charges (notamment les sports et le divertissement). L ensemble des contenus de la chaîne est actuellement soumis à un intense processus de modernisation au niveau de l approche et du langage télévisuel, à commencer par la distribution des contenus sur des plateformes numériques multiples. John Simenon, de Georges Simenon Ltd, présente le point de vue du détenteur des droits sur l ensemble de l œuvre de son père, Georges Simenon, pour lesquels les services publics sont tous des clients potentiels. Tout en reconnaissant l intérêt véritable exprimé par de nombreuses télévisions publiques à l égard de son catalogue, il souligne tout de même l attitude passive du management du service public face aux ingérences politiques. Jean-Baptiste Neyrac, de Neyrac Film Productions, décrit de manière efficace l une des conséquences du leadership de France Télévisions et d ARTE dans le soutien à la production indépendante française, en déclarant que les décideurs du service public sont pris d assaut par les producteurs. M. Neyrac souligne aussi l approche propre aux contenus (sportifs notamment), que les services publics proposent de plus en plus souvent enrichis d éléments numériques, ce qui va au delà de la simple restitution de l événement. M. Neyrac tient ainsi à mettre en lumière le rapport essentiel existant entre le service public et les contenus sportifs aux fins de la promotion et du soutien à la marque des télévisions publiques. Joachim Lang, de SWR prend ensuite la parole en sa double qualité de décideur de la chaîne SWR dans le cadre du consortium ARD et d auteur-producteur créateur, soulignant l importance, de ce double point de vue, de deux mots clefs : qualité et innovation.

3 Martin Ajdari, secrétaire général de France Télévisions, présente un certain nombre de diapos assez parlantes, illustrant bien la relation entre radiodiffuseurs publics et privés en France par rapport aux différents types de contenus. Dans la plupart des cas, à l exception, partiellement, de l information et du cinéma, la radio-télévision de service public est le plus grand financeur et distributeur de contenus originaux, tous genres confondus. Dans le cas du sport, M. Ajdari montre comment la concurrence entre public et privé est en train d amener les opérateurs commerciaux à se retirer du marché, découragés par le manque de rentabilité des retransmissions sportives (trop coûteuses malgré leurs retombées en termes d image et de prestige). Le service public, par contre, reste fidèle au sport, dont l attrait universel fédère les publics. Le défi posé par les coûts dissuade le secteur privé, mais non l audiovisuel public. Une réflexion analogue a été menée au sujet du divertissement, son pouvoir fédérateur et sa capacité de mettre en valeur l image de marque des chaînes publiques. Ceci ne dispense pas les chaînes publiques de s approprier ce genre de contenus, de même que d autres, sur la base de leurs propres valeurs fondatrices et selon leurs critères spécifiques. Il souligne également que la parité des sexes est mieux garantie en France par le service public (60% de la programmation) que par les télévisions commerciales (44-45% de la programmation totale pour TF1, M6 et Canal +.) Enfin, M. Ajdari analyse les données de la fiction, un genre mieux représenté par les chaînes privées qu à la télévision publique. Il signale cependant que 60 à 70% de la fiction programmée sur les chaînes privées provient d Amérique du Nord. Les statistiques doivent donc être analysées en conséquence. Luca Milano, de RAI Fiction, souligne l importance pour les services publics de générer des contenus de fiction en fonction des marchés nationaux et produits localement (contre toute forme de délocalisation). Le problème est donc de raconter des histoires fortement identitaires et nationales pouvant aussi être reprises par les marchés internationaux. Comment rendre compatible l objectif d inclusion sociale et culturelle, une priorité de RAI1, chaîne généraliste par excellence, avec les exigences de diversité et d innovation indispensables à la vitalité du genre? M. Milano rappelle que sur les 100 meilleures audiences de la RAI en 2012, 67 étaient des fictions nationales. C est le signe d une vision partagée par un public d adultes et d adolescents, mais dans une moindre mesure par les «jeunes adultes», plus sensibles à des formes de production et de distribution novatrices et transmédias (porteuses d audiences plus minoritaires et fragmentées). Réussir à gérer cette stratégie bipolaire comme en témoignent les nombreux exemples d expérimentation menés à bien par RAI Fiction («prequels», versions pour le web et les réseaux sociaux) passe par une régulation plus flexible et mieux adaptée au nouveau scénario technologique. M. Milano reste quand même optimiste pour le futur, au vu des récents succès internationaux obtenus par des fictions RAI. Se pose ainsi la question de savoir si les productions de RAI Fiction, fort appréciées en Italie mais peu connues à l étranger, pourront un jour concurrencer les fictions plus sophistiquées et adressées à des publics plus restreints qui émanent des câblo-opérateurs américains actifs sur les marchés internationaux, tels que HBO, Show Time, etc. Dernière intervenante du premier tour de table, Maria Pia Rossignaud, de l Observatoire Tuttimedia, qui passe en revue brièvement mais d une manière très efficace les nouvelles formes de consommation active s inspirant des habitudes des spectateurs (surtout jeunes) au niveau mondial, désormais très à l aise dans des pratiques fort différentes de la consommation traditionnelle, comme les mash up, le fandom, les citations sur les réseaux sociaux, etc. Paolo Garimberti, ex-président de la RAI et président actuel d Euronews, exprime sa satisfaction à l égard des 4 points initialement retenus pour réflexion par la présidence de l atelier. Il salue également le fait que la discussion ait porté finalement sur les contenus et non seulement sur les questions de financement de l audiovisuel public. Selon lui, trois types de contenu sont indispensables à la mission de service public : - une information réellement indépendante (il mentionne, à titre de contre-exemple, les défaillances de la CNN turque à l occasion des affrontements de la place Taksim) ; - des fictions à fort potentiel d identification pour les publics nationaux ; - une couverture intégrale des événements sportifs d importance nationale plutôt que locale (clubs) («Jeux Olympiques, Mondiaux de foot, etc. : accès libre et en clair aux matches de l équipe nationale»). Ces contenus ne doivent pas être gérés exclusivement selon des logiques commerçantes de «marchands du temple», comme c est le cas aujourd hui pour les fédérations sportives internationales. - Frank Dieter Freiling de la ZDF reprend la parole pour souligner son accord avec une revendication par chaque service public national de ces droits et obligations, selon l excellent exemple de la BBC. Pour Jean- Noel Dibie d Eurovisioni il existe un problème d application cohérente et efficace au niveau national des réglementations européennes existantes en la matière ; il souligne également que dans certains pays,

4 notamment ceux qui ont récemment adhéré à l UE, il n y a pas eu de mobilisation suffisante en faveur d un élargissement des listes d événements sportifs «protégés» (qui doivent être offerts en clair). Judith Louis d ARTE France souligne l engagement de sa chaîne envers une exploration toujours plus exigeante de formes diverses de contenus, proposés selon des formules novatrices et transmédias sur plusieurs plateformes, mais sans oublier de susciter une forte implication de ses téléspectateurs. Pour garantir ce type de choix courageux, John Simenon rappelle la nécessité de mettre à disposition des télévisions publiques les moyens de remplir les missions qui leur sont confiées. M. Neyrac attire l attention des participants sur les effets indésirables de la suppression de la publicité dans la programmation de France Télévisions en soirée ; au lieu d inciter à une plus grande liberté dans l expérimentation et la réalisation de nouveaux contenus, les critères d audience sont devenus la seule boussole pour les choix stratégiques du secteur. M. Lang (SWR) rappelle la nécessité de respecter la dignité des opérateurs du secteur audiovisuel, en défendant leurs valeurs traditionnelles mais aussi en les encourageant à expérimenter de nouvelles formules. M. Ajdari précise que la réglementation européenne en matière de contenus sportifs se limite à interdire le monopole exclusif des télévisions payantes sur une liste d événements d intérêt public, sans les attribuer forcement aux télévisions de service public. Il reconnaît que la dictature de l audimat sur les stratégies éditoriales des operateurs publics, tout en étant fondée sur la nécessité de maintenir le contact avec l univers des téléspectateurs, ne doit pas empêcher la prise de risque ni constituer un obstacle à l innovation. M. Garimberti rappelle que cette situation est rendue plus compliquée encore par le taux élevé de nonpaiement de la redevance en Italie, où le montant de la redevance est pourtant l un des plus faibles d Europe. M. Milano rappelle la nécessité pour les radiodiffuseurs d entretenir des liens solides avec toutes les tranches d âges de leur audience, en se libérant des catégories imposées par les annonceurs. Il faut adopter une nouvelle approche envers le marché publicitaire, compte tenu du contexte financier et technique actuel. Mme Rossignaud y fait également référence, rappelant la discussion en cours à l échelon mondial sur le concept d identité numérique et ses rapports avec d autres phénomènes sociaux tels que la gestion et le contrôle de l usage des «big data». Le rapporteur Gaetano Stucchi, sur invitation du président Stefano Rolando, propose à la fin de l atelier un premier jet de conclusion, en rappelant les récentes discussions autour des formules adoptées par les pays émergents sur le marché des séries de fiction (Scandinavie, Turquie, Corée du Sud, etc.) dont le succès croissant paraît déterminé par une combinaison réussie d histoires, de personnages et de styles de narration étroitement liés aux identités locales/nationales, mais avec des thèmes et des passions fortement et profondément universels. En citant l allocution prononcée lors du récent Prix Italia par Lord Patten de Barnes, président de la BBC, M. Stucchi invite les chaînes publiques nationales à faire entendre leur voix, au nom des citoyens qu elles représentent, auprès des autorités de régulation et des institutions politiques nationales et européennes sur les questions plus générales des dynamiques et du futur du système global de communication audiovisuelle. Selon Lord Patten, «les radios-télévisions de service public ont le devoir d agir pour que le territoire d Internet reste un espace ouvert et démocratique». Et en ce sens, la bataille pour la «neutralité du Net» n est rien d autre qu une version pour l ère numérique du concept de «service public universel», fondement irrévocable du modèle européen de télévision publique. Président : Stefano Rolando, Secrétaire Fondation IULM Rapporteur : Gaetano Stucchi, Eurovisioni Participants: Martin Ajdari, Secrétaire General France Télévisions Frank-Dieter Freiling, Directeur des Relations Internationales, ZDF Paolo Garimberti, Président EURONEWS Joachim A. Lang, Directeur SWR Judith Louis, Fiction Manager ARTE France Luca Milano, Vice Directeur RAI Fiction Jean-Baptiste Neyrac, Producteur Neyrac Films Maria Pia Rossignaud, Vice Président Osservatorio TuttiMedia John Simenon, CEO Georges Simenon Ltd

5 Atelier 2 Affirmer la force du service public face au tourbillon numérique: financements et plateformes de distribution Présidents: Bernard Miyet et Luciana Castellina Rapporteur: Jean-Noël Dibie Selon Carolina Lorenzon de Mediaset: «Ce sont les contenus produits par les grandes chaînes de télévision qui permettent la démultiplication d offres audiovisuelles légales ou non». Ce point de vue est partagé par Claudio Cappon de l UER et de la RAI, qui souligne la discontinuité dans les modes de diffusion et de consommation linéaires et non linéaires de l offre audiovisuelle. Il évoque également le rôle particulier joué par le service public, rappelant qu en France, France Télévision finance 60% des fictions TV patrimoniales. Bernard Miyet de Valarda Consulting introduit les travaux de l atelier en posant la question du partage harmonieux et légitime des coûts et des recettes d une œuvre audiovisuelle. Eric Lambert de Silver Lining Project indique qu en Europe, à l exception de la BBC, les principaux opérateurs de service public s interrogent encore sur la complémentarité de leur diffusion hertzienne avec la multidiffusion en ligne. Il met en évidence les facteurs de succès de cette diffusion : les économies d échelle dans la gestion des coûts techniques et dans les négociations des droits ; la vitesse d exécution. Alain Modot de Media Consulting Group, évoquant les trois niveaux de financement de la production de fiction de qualité, marché national, plateformes régionales et distribution internationale, expose la possibilité de les optimiser par des partenariats fondés sur un partage des risques et des retours sur investissements (financiers et/ou culturels). Bernard Miyet déplore que cela ne puisse être un modèle adapté au nouveau développement de l audiovisuel numérique, d autant que celui qui possède les contenus a, de fait, une position dominante pouvant favoriser la distribution directe.

6 Lieven Vermaele de SDN Square, revenant sur les critères de succès de la diffusion en ligne présentés par Eric Lambert, recommande vivement aux grands radiodiffuseurs publics et privés de développer des plateformes nationales communes facilitant l interface avec «les clients» et les négociations avec les fournisseurs. Jean Stock introduit son intervention en rappelant que lors de la création d EUROVISIONI, il y a 27 ans, les téléphones mobiles en étaient à leurs balbutiements. Aujourd hui, il y a 4,3 milliards de smartphones dans le monde, dont la moitié en Asie. Pour autant, la consommation quantitative de produits audiovisuels demeure stable, nonobstant les quelque 500 chaînes accessibles en ligne aux téléspectateurs «branchés». C est irréversible, personne ne pouvant accepter de perdre la liberté de choix qui lui a été ainsi ouverte. Cela étant, il convient non plus de raisonner en termes d audience instantanée mais d audience cumulée. La VOD et/ou la S.VOD qui se généralise en Chine où les paraboles sont interdites doivent être également prises en compte dans le calcul de cette audience cumulée. Jean Stock propose un nouveau défi aux radiodiffuseurs de service public en Europe, devenir les chefs de file de la très haute définition (4K), qui devrait être la nouvelle norme mondiale en matière de télévision. Bernard Miyet le remercie de son intéressante suggestion, qui toutefois ne répond pas à la question posée du financement de contenu audiovisuel à l ère de la convergence. Andrea Fabiano (RAI) exprimant les engagements de la RAI en faveur de la multidiffusion multiplateforme, fait valoir que le capitaine doit affronter non seulement les tempêtes mais les peurs que celles-ci suscitent dans son équipage. Les radiodiffuseurs historiques comme la RAI doivent, pour faire face au tourbillon numérique, constituer de la valeur publique avec les nouveaux acteurs du secteur. Lieven Vermaele, rebondissant sur cette idée, précise qu aux Etats-Unis, les «câblo» paient les contenus qu ils diffusent et que les ménages américains dépensent trois fois plus que les Européens pour accéder au contenu audiovisuel. J.N. Dibie, rapporteur, à la demande de Bernard Miyet, président, synthétise l atelier en remerciant les participants pour leurs contributions qui ouvrent de nouvelles pistes de financement de la production en aval, mais sans proposer, du moins dans l immédiat, d autres alternatives de financements en amont que ceux apportés par le premier radiodiffuseur, qui reste pour l heure irremplaçable. Présidents: Luciana Castellina, Eurovisioni Bernard Miyet, Valarda consulting Rapporteur: Jean Noel Dibie, Eurovisioni Participants: Andrea Fabiano, Directeur adjoint du Marketing RAI Eric Lambert, Manager The Silver Lining Project Alain Modot, Vice President Media Consulting Group Jean Stock, President LUXE.TV Lieven Vermaele, CEO et co-fondateur SDNsquare

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