alternatives LE TRADING DE L OR NOIR DOSSIER p.04 Parler autrement de l énergie NUMÉRO 12 10

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1 NUMÉRO p. ÉLECTRON LIBRE Les réserves d uranium sont-elles suffisantes? Face aux tensions sur le marché des énergies fossiles, le nucléaire connaît un regain d intérêt. Les ressources sont-elles au rendez-vous? Le point de vue de Thierry Dujardin, de l AEN. 12 p. DÉCRYPTAGE Courants alternatif et continu : la complémentarité Quels sont les usages respectifs de ces deux types de courant et en quoi sont-ils complémentaires? Explications. 15 p. PERSPECTIVES Le double défi de l énergie en Inde Pour répondre à des besoins énergétiques exponentiels, l Inde doit pouvoir maîtriser ses approvisionnements, sans pour autant négliger l impératif d une meilleure gestion environnementale. alternatives Parler autrement de l énergie DOSSIER p.04 LE TRADING DE L OR NOIR

2 SOMMAIRE DOSSIER Pétrole LeTrading del or noir 04 Quels mécanismes régissent le commerce du pétrole? Enquête au cœur d un marché mondial complexe, dans lequel toutes les places boursières sont étroitement interdépendantes. alternatives 3 e trimestre 2006 Directeur de la publication Michel-Hubert Jamard Comité de rédaction Pierre Kohler (rédacteur en chef), ancien astrophysicien du CNRS. Directeur de Ciel & Espace (1982 à 1988). Chef du service Informations scientifiques de RTL (1981 à 2001). Thierry Piérard (rédacteur). Crédit photos K. Dannemiller/Réa (couv.),taillat JM/AREVA (p.3), J. Watson/AFP (p.4), B. David/SIPA (p.7), R. Rahman/AFP (p.7), D. J. Phillip/AP/SIPA (p.8), J. Trenholm (p.9), T. Ledoux (p. 10), G. Rolle/Réa (p.14), G. Elms/Getty images (p.15), Boethling/Still pictures/bios (p. 16), J. Derigny/Argos (p.16), Shinde/UNEP/Bios (p.17), PSA Peugeot Citroën-Direction de la Communication (p. 18), F. Lo Presti/AFP (p. 18). Illustrations A. Dagan (pp ). Conception et réalisation : DÉCRYPTAGE Courants alternatif et continu : V la complémentarité Contrairement aux idées reçues, le courant alternatif n a pas totalement supplanté le courant continu. Ils ont chacun des usages bien spécifiques et sont même souvent utilisés en association. Explications. L ESSENTIEL Des brèves pour apporter un autre éclairage sur l actualité de l énergie. 18 Les opinions exprimées dans ce magazine ne reflètent pas nécessairement celles d AREVA et n engagent que leur auteur. ISSN Conformément à la loi Informatique et Liberté, toute personne ne désirant plus recevoir Alternatives est priée d en informer T.M.S.qui annulera immédiatement son abonnement AREVACOM REPÈRES PRODUCTION MONDIALE ÉLECTRIQUE PAR SOURCE Source : World Nuclear Association (WNA), janvier 2005 Gaz 15% Charbon 40% Pétrole 10% Renouvelables 19% Nucléaire 16% ÉMISSIONS DE CO2 PAR SOURCE DE PRO- DUCTION ÉLECTRIQUE Source : AREVA d après le Conseil mondial de l énergie juillet 2004/analyse de cycle de vie de différentes sources de production d électricité 1 1

3 ÉDITO 10 Les réserves d uranium sont-elles suffisantes? À l occasion de la publication fin mai 2006 du Livre rouge sur l uranium, Thierry Dujardin, Directeur adjoint, Science et Développement, à l Agence pour l énergie nucléaire de l OCDE, fait le point sur les ressources de ce minerai. Sont-elles suffisantes pour accompagner une relance mondiale du nucléaire? 15PERSPECTIVES Le double défi de l énergie en Inde L enjeu énergétique auquel fait face le géant indien est à la hauteur du dynamisme de sa croissance économique. Ses besoins exponentiels en énergie lui imposent de concilier maîtrise des approvisionnements et impératif d une meilleure gestion environnementale. Quelle réponse pour demain? ( ( ÉLECTRON LIBRE 19 KIOSQUE Une sélection d ouvrages et de sites Internet pour approfondir les thèmes abordés dans ce numéro. S INTÉRESSER AUX IMPLICATIONS POLITIQUES, SOCIALES, ÉCONOMIQUES ATTACHÉES AUX QUESTIONS DE L ÉNERGIE. MICHEL-HUBERT JAMARD, Directeur de la Publication. Parler de l énergie autrement, sans a priori ni dogmatisme, telle était notre ambition en lançant Alternatives en Autrement aussi, parce qu une information à caractère technique ou scientifique peut être délivrée de façon claire et pédagogique. Autrement encore, parce que les aspects économiques, humains et environnementaux des enjeux énergétiques rendent stériles sinon obsolètes les polémiques idéologiques dont ces questions sont encore trop souvent l objet. Après quatre années d existence, forts de vos nombreux commentaires et des résultats d une enquête de lectorat menée ces derniers mois, il nous est apparu que le temps était venu de faire évoluer le magazine tout en conservant sa ligne directrice originelle. Après nous être livrés à un vaste tour d horizon des sources d énergie, nous nous intéresserons désormais davantage aux implications politiques, sociales et économiques attachées aux questions de l énergie. En particulier, la rubrique «Électron libre» offrira une tribune d expression à un expert de ces sujets Thierry Dujardin, ce trimestre et la nouvelle rubrique «Perspectives» apportera un éclairage sur les tendances énergétiques futures. Parallèlement, nous avons voulu améliorer votre confort de lecture en rendant la maquette d Alternatives encore plus claire, plus conviviale, avec, pour la plupart des articles, des renvois à des sites Internet pour vous permettre, si vous le souhaitez, d approfondir votre information. Nous espérons que la nouvelle formule d Alternatives emportera votre adhésion. Avant de vous laisser la découvrir, nous vous rappelons que vos avis et commentaires nous sont précieux. N hésitez pas à nous en faire part par courrier ou par Bonne lecture Lignite Charbon Pétrole Gaz 12,5 12 Hydro (barrage) Nucléaire 9 Éolien 5,1 Hydro (fil de l eau) +11,3 %* * Cours au 1 er janvier 2006 : 62,99 $ AUGMENTATION DU PRIX DU BARIL DE PÉTROLE BRUT sur les huit premiers mois de l année 2006 Source : Bloomberg (cours de référence : Brent de la mer du Nord) Cours le plus haut - 7 août 2006 Cours le plus bas - 15 février ,30 $ 58,15 $ Moyenne : 68,46 $

4 DOSSIER Un tour d horizon sur l un des enjeux liés à l énergie LE TRADING DE L OR NOIR 04 / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES Londres, Royaume-Uni Traders en activité à l IPE (International Petroleum Exchange). Un système de transaction similaire à celui des marchés financiers.

5 Cotation Brent, marché de Rotterdam, stocks stratégiques : autant d expressions familières aux experts du domaine pétrolier, mais bien difficiles à cerner pour un profane. Comme pour la finance, il existe une «bourse» du pétrole. Comment fonctionne-t-elle? Qui fixe les prix du pétrole brut? Enquête. Depuis les années 1970 et la nationalisation des moyens de production de pétrole brut, la vente de brut s opère soit d État à État, soit par contrat, d État à société pétrolière, soit d État à négociants les traders qui achètent et revendent le pétrole sur les marchés mondiaux. Le pétrole en lui-même, une fois raffiné, génère de nombreux produits qui ne sont plus seulement des sources d énergie mais des produits de base dits «produits blancs» alimentant tout le secteur de la pétrochimie. Ces produits sont également pris en charge par les sociétés de trading. Entre producteur de brut, intermédiaire et consommateur final, il existe donc un marché complexe de transactions internationales et d échanges. TRADING signifie «commerce». Le trading pétrolier désigne les opérations financières liées au commerce des cargaisons d hydrocarbures. Traders, qui sont-ils? Toutes les grandes compagnies pétrolières possèdent des filiales de trading. Elles sont chargées d assurer l approvisionnement en brut des raffineries, d écouler les surplus sur le marché et d échanger avec leurs confrères les bruts et les produits dérivés afin d éviter les transports inutiles. Mais il existe également des sociétés de trading totalement indépendantes de l industrie pétrolière, dont les objectifs sont purement financiers. Leurs courtiers cherchent alors à acheter à l avance des cargaisons de pétrole pour les revendre le plus rapidement possible sur les marchés mondiaux à des acheteurs suffisamment pressés pour consentir un surcoût. Un trader peut donc très bien acheter une cargaison de pétrole à un prix plutôt bas pour la revendre rapidement avec un bénéfice, si d autres ont plus besoin que lui de cette cargaison et sont prêts à y mettre le prix. Il n est donc pas rare qu une cargaison de brut change de propriétaire pendant son transport, parfois plusieurs fois. Le trading peut ainsi générer d importants profits. Marchés spots et à terme, comment ça fonctionne? Une bonne partie du pétrole produit est vendue sur le marché libre, selon la loi de l offre et de la demande. Il s agit du «marché spot»: les opérations s y font de gré à gré, sur des quantités de pétrole qui existent physiquement et dont le transport va avoir lieu très prochainement ou est même déjà en cours. Mais entre la date d achat du brut et la livraison des produits raffinés issus de cette cargaison, il se passe généralement plusieurs mois au cours desquels le prix du brut a pu varier. Pour se prémunir contre ce risque, un mécanisme financier appelé «couverture», mis en œuvre sur un marché spécial appelé «marché à terme», a été créé. Les sociétés pétrolières établissent alors avec les pays et/ou sociétés producteurs des accords d achats ou de ventes, à plus ou moins long terme (3 mois, 6 mois, 1 an ), d une certaine quantité de pétrole à un prix fixé au moment de la signature du contrat. Depuis le début des années 1980, les contrats à terme sur le pétrole brut et les produits pétroliers se sont développés au point que les prix de ces contrats sont souvent utilisés en référence, directe ou indirecte, dans la formation du prix des transactions physiques. Comme pour les opérations financières, les transactions entre traders s effectuent par téléphone ou Internet. Les cotations se font 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L agence Platts les diffuse quotidiennement dans un journal spécialisé : le Platts Oilgram. Cette société est spécialisée dans la publication de prix dans le secteur de l énergie sur les marchés Caractéristiques des principaux pétroles Le pétrole est classé selon ses composants majoritaires et sa viscosité (voir «mot à mot») par l échelle dite «API» (du nom de l American Petroleum Institute). Un pétrole est qualifié de léger (light) si son degré API est supérieur à 31,1, de moyen (medium) s il est compris entre 22,3 et 31,1, de lourd (heavy) s il est compris entre 10 et 22,3 et d extra-lourd (extra heavy) s il est inférieur à 10. La teneur en soufre a également son importance : les pétroles ayant une teneur en soufre inférieure à 0,5 % (en poids) sont qualifiés de doux (sweet) et, au-delà, sont dits sulfurés (sour). Nom du pétrole Brent West Texas Intermediate (WTI) Dubaï West Texas Sour (WTS) Alaska North Slope (ANS) Gravité API 38 36, ,2 24,8 Teneur en soufre (% du poids total) Source : Secrétariat de la CNUCED, Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement. 0,4 0,48 2,00 1,5 1,04 Appellation léger doux léger doux moyen sulfuré moyen sulfuré moyen sulfuré NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES / 05

6 DOSSIER physiques et à terme. La plupart des pétroliers sont également abonnés aux dépêches de l agence Reuters et de Petroleum Argus (autre agence spécialisée), qui fournissent cette cotation après collecte auprès des courtiers et des différents acteurs du marché. En Europe, les traders négocient le matin avec l Asie et, après l ouverture du marché de New York, avec les États-Unis. Ce système de transaction est similaire à celui des marchés financiers. Où se trouvent les bourses d échange? Le commerce international du pétrole brut, ainsi que celui des produits pétroliers intermédiaires et des produits finis, est centralisé sur deux marchés, situés à New York et à Londres. Pour New York, c est le NYMEX (New York Mercantile EXchange) et pour Londres, l IPE (International Petroleum Exchange), fondé en 1980 par un groupe d entreprises liées aux secteurs financier et énergétique. Ils sont depuis peu concurrencés par des bourses électroniques. L une d elles l Intercontinental Exchange, basée à Atlanta (États-Unis), a pris beaucoup d importance sur le marché mondial depuis avril 2001, en rachetant l IPE. Cette bourse est financée par de grandes compagnies pétrolières et des institutions financières. Elle combine les outils de gestion de risque avec les facilités du portail électronique. Le volume de ses transactions pour le pétrole brut dépasse aujourd hui celui du NYMEX. VRAI ou FAUX? Le NYMEX, principale bourse d échange de produits pétroliers, a commencé par gérer des produits laitiers. Vrai : Le NYMEX était à l origine le Butter and Cheese Exchange of New York, fondé en 1872 par un groupe de négociants en produits laitiers, afin de standardiser leurs échanges sur ce marché. Dix ans plus tard, il commença à échanger d autres produits agricoles et fut rebaptisé New York Mercantile EXchange (NYMEX). Aujourd hui, il ne propose plus de contrats sur des matières premières agricoles mais a recentré ses activités sur les produits industriels, essentiellement énergétiques (dont le pétrole) et métalliques, notamment l or. Le commerce du pétrole compte d autres places stratégiques: Houston («capitale» du pétrole américain), Singapour (important lieu mondial de transit et de raffinage), Tokyo ou Rotterdam (plus important marché «spot» pour l Europe du Nord). Leur position géographique est en relation avec les capacités de raffinage pour ces zones, mais tous passent par les deux marchés principaux, via le réseau Internet. Les cours de référence, de quoi s agit-il? Les cours du pétrole brut exprimés en dollars par baril sont donc fixés au niveau international. Leur détermination est complexe, car il existe près de 450 bruts dans le monde. Certains d entre eux servent d étalon pour établir le prix moyen du pétrole en provenance d une région donnée. C est le cas de l Arabian Light (brut de référence du Moyen-Orient), du West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, et surtout du Brent. Le Brent, qui doit son nom à un gisement de pétrole découvert en 1971 en mer du Nord, est le référent non seulement sur le marché européen, mais également sur le marché mondial: son prix détermine celui de 60 % des pétroles extraits dans le monde, malgré une production limitée 1. Les bruts de référence sur les autres marchés varient selon la nature du pétrole extrait (voir encadré «Caractéristiques des principaux pétroles»). Ainsi, les pétroles Brent et le WTI (West Texas Intermediate) déjà cités servent de référence pour la catégorie des légers et doux. Pour les pétroles plus lourds et plus riches en soufre, on retient le Dubaï, le WTS et l ANS (Alaska North Slope). Dans le golfe Persique, c est le brut Dubaï qui sert de base pour fixer le prix des bruts à destination de l Asie, car c est l un des rares pétroles du golfe qui soit vendu au comptant, la plupart des autres faisant l objet de contrats à long terme. Acteur fondamental du marché du pétrole, l OPEP (voir «mot à mot») calcule également un prix de référence appelé «panier OPEP». Depuis juin 2005, sa base de référence inclut 11 prix de bruts produits par ses membres (contre 7 auparavant). Le panier OPEP inclut désormais le Saharan Blend (Algérie), le Minas 1. La société Platts vient de modifier légèrement la base de ses calculs, et l on doit désormais parler du BFO (Brent Forties Oserberg). New York, États-Unis Salle des marchés du NYMEX. Avec l IPE de Londres, il s agit d une des principales bourses d échange de produits pétroliers. Singapour Un tanker mouille à proximité d une raffinerie. 06 / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES

7 (Indonésie), l Iran Heavy (Iran), le Basra Light (Irak), le Kuwait Export (Koweït), l Es Sider (Libye), le Bonny Light (Nigeria), le Qatar Marine (Qatar), l Arabian Light (Arabie Saoudite), le Murban (Émirats arabes unis) et le BCF 17 du Venezuela. L écart entre les prix du Brent, du WTI et celui du panier OPEP est minime et ne dépasse pas quelques pour-cent. ZOOM Des «marqueurs» de référence La formation des prix à long terme et des prix «spots» est étalonnée autour d un certain nombre de grands «marqueurs», comme le gisement de Brent en mer du Nord, qui servent de référentiels aux marchés. Par exemple, une cargaison de brut d Afrique de l Ouest se négociera au prix du Brent plus un supplément de 25 US cents/baril, qui valorise la qualité du brut africain plus le coût du fret. Les grands marchés «spots» du pétrole Les produits pétroliers font également l objet de cotations sur des marchés régionaux. Il n existe pas un marché au comptant pour chaque type de brut, mais sept marchés physiques principaux, qui reflètent chacun les prix d un «bouquet» de plusieurs bruts. Ainsi, le marché américain traite la plupart des pétroles produits aux États-Unis, dont le West Texas Intermediate (WTI), l Alaska North Slope (ANS) et quelques autres provenant d Amérique latine. Le marché de la mer du Nord concerne surtout les pétroles de Norvège et du Royaume-Uni, le Brent étant le plus traité. Rotterdam est également à la pointe du trading des produits dérivés du pétrole. Le marché méditerranéen traite des bruts d origines russe, libyenne ou iranienne, aux qualités très variables. Le marché du golfe traite essentiellement des bruts provenant d Oman et des Émirats arabes unis, ceux d Arabie saoudite étant peu présents sur ce marché. Le marché d Extrême-Orient importe la majorité de ses bruts du Moyen-Orient. Le marché d Afrique de l Ouest traite une partie de ses exportations pour les bruts du Nigeria et de l Angola, bien que la majorité des bruts africains soit négociée en référence à certains contrats à terme. Mais il existe une réelle corrélation entre ces différents marchés. Compte tenu des échanges de produits, ils connaissent généralement des évolutions parallèles. Comment sont fixés les cours du brut? Depuis le milieu des années 1990, les prix des marchés physiques, qui servaient de référence, sont de plus en plus remplacés par les cours négociés sur les marchés à terme. Le prix final, porté dans les contrats, est calculé à partir d une formule basée sur un ou plusieurs cours de référence, auxquels on ajoute un différentiel. Ce facteur d ajustement est lié à de multiples variables. La différence de qualité ou les différences de possibilités au raffinage figurent au premier rang d entre elles. Le prix d un brut dépend donc surtout de ses caractéristiques physicochimiques, que le premier propriétaire est tenu de fournir à l acheteur. Pour simplifier, on peut dire que plus le brut est léger ÉCLAIRAGE Comment se calcule le prix du brut à livrer? La formule utilisée pour calculer le prix du brut à livrer comporte quatre facteurs clés : le lieu de vente (qui influe sur le coût du transport) ; le choix du prix de référence (souvent dicté par la destination et la qualité du brut vendu : un brut léger et doux à destination de l Europe aura comme prix de référence le Brent, alors qu à destination des États-Unis, la référence sera le West Texas Intermediate) ; l intervalle entre la date de chargement et celle à laquelle le prix sera définitivement fixé ; un ajustement correspondant à la différence de qualité et de lieu de livraison par rapport au brut de référence. NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES /07

8 DOSSIER HOUSTON, ÉTATS-UNIS Un remorqueur convoie un tanker koweïtien à l entrée du port de Houston, place stratégique du commerce de l or noir. (c est-à-dire apte à fournir, après traitement, une grande quantité de produits à forte valeur marchande), plus il est cher. D autres facteurs ont leur importance, notamment la teneur en soufre. Les pétroles doux sont les plus intéressants, car plus facilement raffinables. D autant que les normes environnementales en vigueur dans de nombreux pays consommateurs imposent de faibles teneurs en soufre pour les produits raffinés. Il faut encore ajouter à ce prix de base l assurance, les frais de raffinage, la marge du raffineur et, surtout, le coût du transport. Le coût du fret maritime pétrolier est basé sur une échelle révisée chaque année qui donne un prix de fret pour la quasitotalité des routes maritimes. Cette échelle est connue sous le nom de New Worldwide Tanker Nominal Freight Scale (Nouvelle échelle mondiale nominale du fret par tanker) ou Worldscale. Le coût du fret par cargo est calculé entre deux ports sur la base d un cargo type en référence à sa taille, son âge, sa vitesse, etc. Le coût d un transport s exprime en pourcentage du coût Worldscale. Dernier paramètre à prendre en compte, un brut peut être vendu «FOB» (Free On Board) ou «CIF» (Cost, Insurances and Freight). Dans le premier cas, c est l acheteur qui paie les charges (affrètement du navire, assurance de la cargaison); dans le second cas, le vendeur règle tout au départ. Le prix du pétrole est donc la résultante de la combinaison de critères multiples. Reste qu il varie en Le saviez-vous? permanence, sous l influence de nombreux autres facteurs beaucoup moins maîtrisables: production excédentaire ou déficitaire, crise politique dans un pays (pas forcément producteur), intempéries, terrorisme, et Le prix du pétrole est également lié à la «réserve de guerre». La plupart des pays imposent juridiquement aux sociétés de raffinage de garder une réserve représentant au minimum 3 mois de consommation nationale, afin d éviter, en cas de guerre, que l armée soit à court de carburant. C est ainsi que le prix des bruts fluctue au gré de la montée ou de la baisse des réserves américaines (Strategic Petroleum Reserve). Le commerce du pétrole mondial se chiffre en dizaines de milliards de dollars par jour. Une seule cargaison d Arabian Light de tonnes (capacité d un supertanker) peut valoir jusqu à 80 millions de dollars, et les traders du monde entier traitent des centaines de cargaisons de cette importance par jour. Des variations infimes du cours du baril peuvent ainsi se traduire par des sommes considérables rapportées à la capacité d un tanker. mot à mot BARIL Ce volume, devenu un standard international en matière de commerce du pétrole, correspond à l utilisation de tonneaux de vin de 42 gallons américains dans les premiers champs pétroliers de Pennsylvanie. Converti en système métrique, un baril correspond à un tout petit peu moins de 159 litres. 08 / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES OPEP L Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole est une organisation intergouvernementale gérant la production de pétrole, créée en 1960 à l initiative du shah d Iran. Son but : éviter que les compagnies pétrolières n imposent leurs prix aux pays producteurs en fixant unilatéralement le cours du pétrole. L OPEP cherche ainsi à réguler les cours par un effort coordonné de ses pays membres, notamment en instaurant un système de quotas de production. Les pays membres possèdent 75 % des réserves estimées et fournissent aujourd hui 40 % de la production mondiale. TANKER Navire citerne spécialisé dans le transport du pétrole ou de produits raffinés. Il en existe plusieurs types, selon qu ils transportent du pétrole brut des champs de production jusqu aux raffineries (sur de grandes distances, avec une capacité dépassant tonnes), des produits sortis des raffineries jusqu aux consommateurs, ou des résidus du raffinage. VISCOSITÉ Dans le cas du pétrole, elle est liée à la longueur des chaînes carbonées de ses composés : plus ces chaînes sont longues, plus le pétrole est «lourd».

9 AVIS D EXPERT ÉTIENNE AMIC Actuellement Directeur Général des Activités de marché des matières premières de la banque de financement et d investissement CALYON à Londres, Étienne Amic est à l origine du développement des activités de trading de l énergie du groupe Total en Europe. Il y a dirigé une équipe de traders spécialisés dans les options et les opérations d arbitrage à grande échelle portant sur le pétrole et le gaz naturel. LE TRADING DU PÉTROLE, entre risques et réalité Vendu sous forme de cargaisons de brut ou de produits raffinés, le pétrole fait l objet d un commerce aux opérations complexes, qui reflète l ajustement permanent de l offre à la demande, dans un contexte international nourri d incertitudes et de risques. Alternatives : Pourquoi et comment des cargaisons de pétrole peuvent-elles changer de propriétaire en cours de route? Étienne Amic: Contrairement à ce que l on croit, l immense majorité des cargos ne change pas de propriétaire en chemin. Il s agit d une industrie lourde, où les ordres des raffineurs se prévoient longtemps à l avance, et ce sont des circonstances exceptionnelles, comme par exemple le cyclone Katrina en septembre 2005, qui imposent de dérouter, pour la restocker ailleurs ou la revendre, une cargaison achetée. Les contrats de shipping prévoient d ailleurs ces redirections moyennant le paiement d une soulte à l armateur. En fait, ce sont des cargos virtuels qui changent de mains avant de devenir des cargos réels qui rejoindront directement leur destination finale. Le trading du pétrole ne serait donc pas qu une activité purement financière? É. Amic: C est une activité très complexe qui concerne avant tout un marché «physique»: celui du pétrole brut chargé sur des tankers ou directement envoyé dans des pipe-lines, et celui des produits raffinés, lorsque ceux-ci sont exportés. Sur les quelque 85 millions de barils de brut produits chaque jour, environ 35 millions sont échangés via le trading, tandis que le marché des produits essentiellement régional, car les raffineries sont proches des zones de consommation ne représente que près d un tiers de celui du brut. Ce marché physique se scinde en contrats à long terme (en fait, un ou deux ans) et contrats «spots» (ventes au plus offrant). Deux autres «compartiments» de marchés complètent le paysage. Les contrats à terme, les futures, négociés sur des places organisées, portent sur de petites quantités (environ 1000 barils, alors qu un supertanker en emporte deux millions). Ils font intervenir divers instruments de couvertures (ou dérivés) assez sophistiquées (swaps, options ) pour se prémunir contre les différences de prix à venir. Ils servent également de supports d investissements, par exemple pour des fonds de pension. Enfin, les forwards (contrats de gré à gré) physiques s intéressent à l achat/vente de brut avant chargement des cargos. Ce sont donc également des marchés à terme, mais ils concernent des cargaisons physiques entières à venir et portent évidemment sur des sommes importantes. Le rôle du trader influe-t-il directement sur le marché? É. Amic: Comme ce sont les prix du pétrole à terme qui intéressent le plus les acheteurs par exemple les compagnies aériennes, c est bien aux acteurs du marché qu il revient d évaluer les primes de risques au travers des représentations qu ils se font de l avenir de ce marché. On sait ainsi parfaitement que la limitation des réserves et l augmentation des besoins seront synonymes de hausse. L arbitrage entre les compartiments de marchés est globalement très efficace, et le trading n est donc pas de la pure spéculation. Mais ce n est pas non plus une science exacte, d autant que les marchés sont très volatils et que des événements tragiques, comme en septembre 2001, peuvent entraîner la révision drastique des paramètres de ce marché. Le trading n est pas de la pure spéculation, mais ce n est pas non plus une science exacte. NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES /09

10 ÉLECTRON LIBRE LES RÉSERVES D URANIUM S 10 Dans un contexte de tensions géopolitiques sur les marchés des énergies fossiles (particulièrement gaz et pétrole) et d inquiétude croissante sur le réchauffement climatique, l électronucléaire bénéficie d un important regain d intérêt. Conscients de leur addiction au pétrole et victimes à plusieurs reprises de gigantesques black-out, les États-Unis, par la voix de leur président, déclarent vouloir «avancer de façon agressive dans la construction de nouvelles centrales nucléaires 1». L Europe a entériné la construction de nouvelles centrales (Finlande et France) et les pays plus réservés (Allemagne, Belgique, Suède ) ont manifesté de meilleures dispositions à cet égard. Enfin, l Asie recèle le plus grand nombre de chantiers nucléaires potentiels en cette première moitié du XXI e siècle. Autant d indications qui présagent d une forte augmentation de la consommation d uranium, combustible de base de la filière. Mais les ressources sont-elles au rendez-vous? / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES Le Livre rouge, publié conjointement par l AEN (Agence pour l énergie nucléaire) et l AIEA (Agence internationale de l énergie atomique) fin mai 2006, sur les ressources, la production et la demande d uranium, tire ses chiffres d une analyse objective (43 pays) et énonce en filigrane un postulat qui peut paraître surprenant. Si la «finitude» d une ressource énergétique existe bien sûr physiquement, elle n a pas de réelle signification aux sens économique et stratégique! Et ceci, pour une raison évidente : on ne peut parler de ressources disponibles sans parler de prix. Autrement dit, si les prix augmentent, les ressources mobilisables augmentent aussi. L histoire des matières premières l a souvent démontré. Les ressources en uranium identifiées par les géologues sont catégorisées en fonction d un niveau de confiance décroissant ressources prouvées, estimées, pronostiquées, spéculatives Et ces catégories sont elles-mêmes liées à des catégories de coûts dans une fourchette allant de moins de 40 $ jusqu à 130 $ pour le coût d extraction au kilo. Ce qui signifie que, selon le prix, la ressource exploitable varie considérablement et, dans ce contexte, on voit bien que certains arguments sur la «finitude» des ressources d uranium

11 ONT-ELLES SUFFISANTES? L AVIS DE THIERRY DUJARDIN, Directeur adjoint, Science & Développement, à l Agence pour l énergie nucléaire (AEN) de l OCDE. ne tiennent pas la route, d autant moins que l impact du coût de l uranium sur le coût du kwh nucléaire est très faible, inférieur à 5 %. Concrètement, en n exploitant que les ressources identifiées extractibles à moins de 130 $/kg, certes on ne dépasse guère 85 années de réserve au rythme de consommation actuel. Mais, en élargissant l exploitation au total des ressources conventionnelles, on monte à 270 années. Et si l on devait un jour extraire l uranium des phosphates, ce qui paraît faisable à un coût proche du prix actuel du marché «spot» de l uranium, 675 années de réserve s annonceraient. Allons encore plus loin. Avec les technologies du futur les réacteurs surgénérateurs à neutrons rapides avec un cycle fermé du combustible, ces chiffres passeront respectivement à 2 500, et même ans! Donc, le constat est clair : il y a assez d uranium! Ce n est pas pour autant une raison pour le gaspiller! Le développement durable consiste à utiliser au mieux les ressources naturelles tout en minimisant la production de déchets : c est l ambition des technologies nucléaires du futur. Par ailleurs, à la différence des combustibles fossiles, spécialement le gaz et le pétrole, une part importante des ressources en uranium est géopolitiquement «confortable», dès lors qu elles sont localisées dans des pays démocratiques et stables : Canada et Australie notamment. Mais revenons sur les prix. Comme pour d autres matières premières, l équilibre tend à s instaurer de lui-même entre les ressources disponibles et la vision qu ont les marchés sur les besoins d investissement pour accroître ces ressources. Le rapport entre les ressources disponibles et la consommation ne cesse d osciller. Sa baisse incite à prospecter et à extraire davantage, tandis que sa hausse réduit les efforts d exploration. Ainsi, les prix «spot» de l uranium ont été multipliés par 5 en cinq ans. Dans le même temps, entre 2002 et 2004, les investissements d exploration ont augmenté de 40 %, et nous disposons aujourd hui d une véritable collection d annonces de projets, provenant d une industrie minière revitalisée. Mais c est sans doute là que risquent de surgir des difficultés potentielles. Après une période d abondance due à la disponibilité de stocks importants, dont notamment ceux issus des programmes à finalité militaire, la croissance des besoins en électricité, tirée notamment par la demande asiatique, relance l opportunité des investissements. Depuis le début des années 1990, le niveau de production d uranium est durablement passé au-dessous du niveau de consommation mondiale. Donc les prix ont augmenté et avec eux la relance de l exploration et des investissements. Aussi, aujourd hui, la question est-elle moins de savoir si les ressources existent dans le sous-sol mais davantage de savoir si elles seront rendues disponibles pour les marchés. Et cela conduit à se poser le problème de la disponibilité effective de ces ressources, car, entre une décision de mise en exploitation et l extraction à partir d un gisement, les délais ne cessent de s allonger et peuvent dépasser la dizaine années. De façon plus générale pour l énergie nucléaire, sur le plan technico-économique, les choses sont claires. Le nucléaire, dès lors qu il répond aux critères de sûreté, a fait la preuve de sa fiabilité et de sa compétitivité. Les centrales d aujourd hui sont extrêmement rentables et leur technologie est mature. En revanche, la gestion des déchets génère des préoccupations sociétales légitimes, qui n ont pas encore reçu de réponses pleinement satisfaisantes et interpellent les politiques. C est le point clé pour que l énergie nucléaire apporte une contribution accrue au développement, mais peut-on raisonnablement continuer à dépendre essentiellement de combustibles fossiles provenant de pays peu stables, transportés sur des tankers qui empruntent les très sensibles détroits d Ormuz ou de Malacca? En conclusion, les ressources existent, les technologies existent, la compétitivité est réelle, mais le nucléaire a besoin de davantage de stabilité politique et réglementaire pour apporter une contribution significative au développement durable. 1. Discours prononcé le 24 mai 2006 à Limerick (Pennsylvanie, États-Unis). Agence pour l énergie ZOOM Agence pour l énergie nucléaire Créée à l origine dans un contexte essentiellement européen, l AEN a acquis depuis une dimension plus large. Elle offre un cadre privilégié pour les échanges d informations et d expériences et a pour mission d aider ses pays membres à maintenir et à approfondir, par l intermédiaire de la coopération internationale, les bases scientifiques, technologiques et juridiques indispensables à une utilisation sûre, respectueuse de l environnement et économique de l énergie nucléaire à des fins pacifiques. On ne peut parler de ressources disponibles sans parler de prix. NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES /11

12 Courants a V DÉCRYPTAGE Un guide pour mieux comprendre un phénomène naturel, une technique, un mécanisme Courant alternatif (CA) Phase Neutre Prise de terre Courant électrique qui change de sens plusieurs fois par seconde. Pour les applications domestiques, le CA est distribué en monophasé, avec seulement deux fils, la phase et le neutre, en 110 V (Amérique du Nord) ou 230 V (Europe). Pour les applications industrielles, il est distribué via quatre câbles : un pour chacune des trois phases, plus un pour le neutre. Ceci permet de véhiculer plus d énergie. LA COMP Courant continu (CC) Accumulateur Courant électrique s écoulant en permanence dans le même sens. Le CC peut être produit à partir d une dynamo, de piles ou d accumulateurs, ces deux derniers capables d emmagasiner l énergie électrique. Les piles sont généralement à usage unique, tandis que les accumulateurs sont rechargeables (batteries automobiles). Onduleur Piles Dynamo Redresseur Liaison HVDC Une interconnexion HVDC (High-Voltage Direct Current, haute tension en CC) se compose d un redresseur, d une ligne de transmission proprement dite en CC et d un onduleur. Convertisseur alternatif-continu Ce type de convertisseur est utilisé pour l électronique grand public (téléphone mobile par exemple). 12 / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES Hacheur (ou convertisseur continu-continu) Dispositif d électronique de puissance : modifie la vitesse d un moteur à courant continu (ex. : moteur de locomotive). C est l homologue du transformateur pour le CA. En augmentation de tension, on parle de survolteur ; dans le cas contraire, de dévolteur. Redresseur Transforme le courant alternatif en courant continu. Onduleur (à droite) Transforme le courant continu en courant alternatif. Liaison France-Angleterre Longueur : 78 km Type : câble sous-marin Tension : ± volts (270 kv) Puissance : MW

13 lternatif et continu LÉMENTARITÉ Le premier accompagne notre quotidien, de la source de production jusqu à l utilisation finale, et constitue la norme la plus usitée. Le second s impose aux nœuds stratégiques de l interconnexion et reste irremplaçable dans de nombreuses applications. Onduleur Redresseur Si le courant continu a été produit dès 1799 par la pile électrique du comte italien Alessandro Volta, il a fallu attendre un peu plus d un siècle, en 1882, avec l alternateur conçu aux États-Unis par le Serbe Nikola Tesla, pour que le courant alternatif démontre ses avantages décisifs pour le transport d énergie (de «force» selon la terminologie de l époque). Aujourd hui pourtant, bien que le courant alternatif (CA) l emporte dans presque tous les domaines pour la production et le transport d électricité, le courant continu (CC) n a pas dit son dernier mot. Pour se remémorer les spécificités de chacun, on se connectera avec intérêt sur le site : aktuell.html. Alternatif: le plus souple d emploi Pour la production d énergie, le score est sans appel : l alternatif règne en maître quasi absolu avec toutes les machines rotatives (alternateurs) convertissant une énergie mécanique (turbines à gaz, à vapeur, hydrauliques, éoliennes) en énergie électrique. Pour le transport et l utilisation finale, sa souplesse est par ailleurs incomparable, puisqu il se prête aisément à toutes les modifications possibles de ses caractéristiques de tension et d intensité, selon les distances à parcourir et les puissances souhaitées en bout de ligne. Les postes de transformation tout au long du réseau augmentent la tension (225, 400 kv) autant que nécessaire pour limiter les pertes en ligne et la modulent ensuite selon qu elle est destinée à des usages industriels ( kv) ou domestiques ( V en Europe). Continu: de nouvelles opportunités Le courant continu est encore très présent dans de nombreux types de moteurs, notamment les moteurs de traction (ferroviaire) et de levage, de par sa capacité à offrir un couple élevé (voir «mot à mot» page 14) au démarrage et à vaincre les à-coups, la vitesse du NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES /13

14 V DÉCRYPTAGE Alimentation des TGV Les trains à grande vitesse sont alimentés en courant alternatif volts- 50 hertz. C est ce que l on appelle le courant de traction. Les sous-stations, situées le long de la Ligne à grande vitesse Est européenne, permettent de transformer le courant très haute tension (THT) ou volts du réseau électrique RTE en courant de traction pour les caténaires de la ligne. La caténaire transmet ensuite le courant au moteur du TGV par l intermédiaire du pantographe (dispositif articulé) situé sur la toiture des motrices. moteur s adaptant à la charge. Le CC alimente ainsi de nombreuses lignes de chemins de fer en France (1500 V) et en Europe (3000 V), même si une norme européenne ( V triphasé) se met en place. Associés à des variateurs, les moteurs à CC se révèlent aussi très intéressants pour les applications modernes à basse vitesse et à très longue durée de vie, nécessitant une compacité élevée: petite robotique, bureautique, manutention, etc. Le CC a en outre fait un retour spectaculaire dans les années 1960, pour la transmission et l interconnexion à très haute tension (au-dessus de 200 kv) de fortes puissances (souvent supérieures à MW), sur les très longues distances (40 km en câble et 600 km en ligne aérienne), ainsi que dans les cas de traversées sous-marines ou enterrées. Les lignes à CC s y révèlent en effet fiables, économiques et peu encombrantes. La tension est maintenue à son niveau nominal quasiment tout au long du trajet (les pertes en ligne sont très réduites). Deux conducteurs contre trois en alternatif sont nécessaires et il y a moins de contraintes sur les isolants. Par exemple, un câble sous-marin de 200 kv à CC relie la France et l Angleterre. De plus, avec l intégration croissante des réseaux (qui sont toujours en CA), le CC permet d assurer l inter connexion «dos à dos» (back-to-back) entre régions électriques non directement connectables entre elles. Cela, en raison de leurs instabilités respectives (Inde) ou de différences de méthodes de pilotage (Amérique du Nord) et, surtout, entre réseaux de synchronismes différents (50 Hz et 60 Hz), comme c est le cas en Arabie saoudite. Le CC reste également très présent avec les différents types de piles qui alimentent les «objets nomades» de notre vie quotidienne: appareils photos, caméscopes, baladeurs, calculettes, etc. Enfin, avec le développement de l électronique de puissance, courants continu et alternatif sont plus que jamais utilisés en association, grâce à des dispositifs à convertisseurs statiques permettant d adapter la forme du courant (tension, intensité) à des applications spécifiques: gestion de réseaux de distribution d électricité (filtrage, amélioration du facteur de puissance), électroménager (variateurs, plaques de cuisson à induction, etc.), appareils portables (chargeurs, convertisseurs très basse tension), automobile VRAI ou FAUX? Tous les modes de production industrielle d électricité fournissent du courant alternatif. FAUX : Les panneaux photovoltaïques transforment l énergie solaire en courant continu. Un onduleur est alors nécessaire pour produire un courant alternatif injectable dans le réseau commercial ou domestique privé. C est aussi le cas d une pile à combustible. mot à mot PERTES EN LIGNE Puissance dissipée par échauffement des câbles (effet Joule). En France, ces pertes sont estimées à près de 2,5 % de la consommation globale, soit environ 13 TWh/an. 14 / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES ÉLECTRONIQUE DE PUISSANCE Branche du génie électrique qui permet le pilotage de la tension et du courant fournis par des générateurs de puissance vers des récepteurs (à courants alternatif ou continu) à l'aide de dispositifs semi-conducteurs spécifiques (diodes de puissance, transistors, thyristors, etc.). COUPLE ÉLEVÉ Effort en rotation appliqué à un axe par deux forces égales et opposées. Au contraire des moteurs thermiques, les moteurs électriques peuvent fournir leur couple maximum à vitesse nulle ou très faible. Cela permet le démarrage en douceur de charges importantes comme celles trouvées en traction et en levage. Courants continu et alternatif sont plus que jamais utilisés en association.

15 ( ( PERSPECTIVES Un éclairage sur les tendances énergétiques futures Pakistan New Delhi Népal Chine L urbanisation croissante Deuxième pays le plus peuplé au monde, l Inde connaît un exode rural qui accroît son défi énergétique. Mer d Oman Bombay Sri Lanka Calcutta Golfe du Bengale Le double défi de l énergie EN INDE Garantir et sécuriser l approvisionnement énergétique pour soutenir une croissance économique parmi les plus dynamiques de la planète, mais aussi améliorer au plus vite une gestion environnementale complexe. En Inde, l ampleur des défis est à la mesure des besoins. Géant économique en devenir, l Inde témoigne d un formidable appétit énergétique qui vient bouleverser toutes les données communément admises. Car le défi est de taille. Deuxième pays le plus peuplé au monde après la Chine, avec un peu plus d un milliard d habitants, l Inde connaît une croissance économique annuelle de 6 % en moyenne depuis dix ans. Mais elle fait face à des situations contrastées sur le plan des infrastructures, de l évolution démographique, de l organisation sociologique ou du climat (irrégularités de la mousson). Elle condense donc à elle seule une bonne part des problématiques énergétiques du début de ce siècle. D ici vingt ans, l Inde devrait devenir le deuxième acheteur mondial d énergie. Approvisionnement énergétique: le défi géopolitique Si la population est le premier atout pour le développement économique du pays, celleci est très inégalement répartie sur le territoire avec 60 % de ruraux et une urbanisation qui doit être maîtrisée. Un chiffre résume cette inégalité : l électrification ne couvre aujourd hui que 44 % de la population. Le ministère de l Énergie entend combler ce déficit, d une part, en réduisant les déperditions électriques sur les réseaux, d autre part, en favorisant les investissements dans la transmission et la distribution. Corollaire d un taux de croissance élevé, la demande d énergie est très soutenue, mais, si les ressources énergétiques ne manquent pas, elles sont insuffisantes pour satisfaire NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES /15

16 (( PERSPECTIVES la demande. Ainsi, d ici une vingtaine d années, l Inde devrait devenir le deuxième acheteur mondial d énergie, derrière la Chine. Les besoins énergétiques de ces deux pays dépasseront toujours leurs ressources propres avec les conséquences directes qu implique cette situation sur les cours de l énergie, les échanges mondiaux et les flux d investissements. L augmentation des coûts de l énergie importée risque de compromettre un développement économique fondé sur une «matière grise» abondante et de qualité, mais surtout sur des coûts de main-d œuvre encore très bas. L équilibre géopolitique de la zone risque de s en trouver modifié. L appétit énergétique de l Inde à l instar de son voisin chinois la poussera immanquablement à vouloir sécuriser ses approvisionnements et à faire des choix stratégiques qui ne seront pas neutres. À noter également que l Inde, bien qu ayant ratifié le Protocole de Kyoto, ne s est pas engagée sur des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de ne pas entraver son développement économique. Elle s est par ailleurs retirée du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP). Un pionnier des énergies renouvelables L Inde fait massivement appel au charbon (la moitié de son énergie commerciale et un tiers de son énergie globale), dont elle est le troisième producteur mondial. Mais le minerai est de mauvaise qualité et les centres de production très éloignés des zones de consommation. Du fait d équipements souvent obsolètes, le charbon est en outre un facteur important d émissions polluantes (CO 2 ). Le pays est bien doté en sites de production hydraulique 15 % seulement de la capacité est exploitée mais, compte tenu de l impact de la construction de grandes retenues d eau sur les populations, c est surtout la petite hydroélectricité (moins de 10 MWe) qui offre un potentiel important pour des réalisations locales. Enfin, l Inde est dépendante des importations pour son pétrole (à 70 %) et pour son gaz naturel. Les énergies renouvelables comme le solaire et l éolien font l objet d importants programmes de développement (voir encadré). ÉCLAIRAGE Des solutions qui passent par l é Rajasthan, «collège aux pieds nus» Ce campus est entièrement électrifié à l énergie solaire. Plusieurs femmes ont été formées à la pose et à l entretien des panneaux. Consciente de l ampleur des défis énergétiques et de leurs conséquences environnementales, l Inde se distingue par ses initiatives en faveur des énergies renouvelables. Le gouvernement indien est ainsi le seul à leur avoir dédié un ministère exclusif pour favoriser les énergies solaire, éolienne, la biomasse pour la production d électricité, et la petite hydroélectricité pour alimenter des campagnes où l approvisionnement en électricité sera, pour longtemps encore, difficile et coûteux. C est pourquoi l ambitieux programme gouvernemental «Electricity for All in 2012 *» vise à un quasi-doublement de la capacité installée (de 122 GW à 221 GW), en renforçant en parallèle le réseau d électricité national et des réseaux d électrification rurale exploitant les énergies renouvelables et les sources non conventionnelles. Cet effort a créé une industrie locale dans 16 / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES

17 L Inde des contrastes L Inde est le 3 e producteur mondial de charbon et l utilise pour un tiers de son énergie globale. Le potentiel des énergies renouvelables est encore peu exploité. ducation Village de l Uttar Pradesh Les bouses de vache que font sécher ces femmes sont utilisées pour le chauffage et la cuisson des aliments. le domaine de l éolien et de la production d électricité à partir de la biomasse, qui exporte déjà ses compétences en dehors de l Inde. Le nucléaire, qui ne représente qu environ 3 % de la capacité totale installée, fait aussi l objet de projets de développement, et des coopérations avec les industriels occidentaux sont recherchées. Au final, toutes les technologies non émettrices de CO 2 sont prises en compte et les initiatives ne manquent pas, encouragées par le caractère foncièrement social du mouvement écologique indien. Mais, compte tenu des spécificités sociologiques et des habitudes de vie, la mise en œuvre et le succès de ces indispensables solutions passent par un immense travail d éducation. * Voir Alternatives n 10, entretien avec V. Ramakrishna, Central Electricity Authority, Inde : «Quels réseaux pour soutenir la croissance? L exemple indien.» Toutefois, leur caractère intermittent et le fait que ce sont des énergies secondaires n en font pas encore une alternative à la biomasse, combustible spécifique aux pays en développement. La biomasse essentiellement des résidus de bois, pailles et autres végétaux, et des déchets organiques d origine animale (bouses) représente à elle seule près de 40 % de la fourniture globale d énergie et 85 % de l énergie domestique. 60 % de la population (soit 595 millions de personnes) y a recours pour se chauffer et cuire les aliments. Même si, à terme, sa part relative dans le bouquet énergétique est appelée à décroître au profit du charbon, du gaz et du pétrole, les volumes utilisés augmenteront en valeur absolue, croissance démographique oblige. L utilisation de ce combustible dans des installations rudimentaires domestiques est toxique pour les populations. Des programmes de coopération internationale visent à améliorer la situation en développant et diffusant des réchauds plus efficaces et surtout moins polluants, avant de promouvoir des solutions plus modernes (GPL, GNC) 1 dont le coût d usage reste, pour l heure, hors de portée de la majorité du monde rural. Le gouvernement indien estime à près de MWe le potentiel de production d électricité provenant de l important gisement de biomasse. La création de centrales électriques exploitant uniquement comme combustibles les déchets des différentes activités agricoles locales (riz, coton ) offre de fait les perspectives les plus intéressantes, faisant de l Inde un pionnier en la matière depuis le début des années L équation complexe de l urbanisation L urbanisation croissante génère une production importante de déchets urbains, que les actuelles infrastructures ne permettent ni de traiter ni d éliminer suffisamment. La qualité de l air dans les villes est par ailleurs sérieusement dégradée par un parc automobile conséquent et souvent équipé de moteurs à deux temps (les plus polluants) ou de moteurs Diesel mal réglés. Pour remédier en partie à cette forme de pollution, le gouvernement avait lancé un ambitieux programme de biocarburants (bio-éthanol). Mais de mauvaises récoltes et une fiscalité peu incitative le freinent. Et, pour l heure, les améliorations significatives proviennent des carburants à base de GPL ou de GNC, en particulier pour les transports en commun, à New Delhi par exemple. 1. GPL : Gaz de pétrole liquéfié. GNC : Gaz naturel comprimé ou Gaz Site de l Institut de l énergie et de l environnement de la francophonie (IEPF) pour toutes les informations sur la politique et les ressources énergétiques : Site du Centre for Science and Environment, ONG très active en matière d environnement : NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES /17

18 L ESSENTIEL SCIENCES Batteries à virus Les batteries de téléphones mobiles du futur pourraient être du type lithium-ion-virus. Ce mariage surprenant semble offrir en effet de belles perspectives, suite aux recherches d une équipe du célèbre MIT américain (Massachusetts Institute of Technology), qui a isolé un virus génétiquement modifié, le M13, dont l une des protéines peut s associer à certains ions métalliques. Un assemblage de tels virus peut ainsi constituer une électrode microscopique, utilisable dans une batterie de type lithium-ion. L équipe du MIT assure que ces minuscules batteries pourront alors stocker deux à trois fois plus d énergie. RECHERCHE PSA s intéresse à la pile à combustible pour après-demain Le constructeur automobile français PSA Peugeot Citroën a ouvert à Carrières-sous-Poissy (Yvelines) un centre de recherche sur la technologie de la pile à combustible. Quelques centaines de véhicules roulent déjà avec une pile à combustible, mais le développement de cette technologie reste très coûteux et le stockage de l hydrogène à bord pose encore des problèmes aux constructeurs. Pour ces raisons, ce type de voiture apparaît comme une solution privilégiée à long terme, plus qu à moyen terme, selon M. Folz, PDG de PSA. Ce véhicule électrique pourrait atteindre une autonomie de 500 kilomètres avec la pile Genepac, issue du partenariat entre PSA et le CEA (Commissariat à l énergie atomique). C est une pile formée de quatre modules développant 20 kw, qui se situent au meilleur niveau mondial en termes de performances. Mais en l état actuel des technologies, le prix d un tel véhicule serait le triple d un véhicule classique. TECHNIQUE Une éolienne horizontale sur un immeuble Une éolienne horizontale d une puissance de 9 MW a été installée voici quelques mois sur le toit d un immeuble HLM d Equihen-Plage (Pas-de-Calais). L installation d une éolienne en milieu urbain, qui ÉNERGIE Électricité verte pour Aéroports de Paris En optant pour la fourniture de son électricité par l opérateur belge Electrabel, le groupe ADP (Aéroports de Paris) a choisi une formule incluant 25 % d électricité verte, fournie par des sources d énergies renouvelables (éolienne, solaire et hydroélectrique). ADP consomme près de MWh pour ses deux plates-formes d Orly plus est sur un immeuble, est une première en France. Cette éolienne, construite par la société néerlandaise WindWall, évoque un fouet à pâtisserie couché sur le côté. Elle sera raccordée au réseau EDF. Equihen-Plage Première éolienne française en milieu urbain. et de Roissy, soit l équivalent d une ville de habitants. À l aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, ADP dispose déjà de turbines de cogénération (production simultanée de chaleur et d électricité) et installe à Orly un système de récupération de chaleur par traitement des déchets. MARCHÉ Pénurie de silicium Le marché mondial du solaire photovoltaïque a connu l an dernier une hausse sensible : + 35 % par rapport à 2004, ce qui conduit à une puissance maximale disponible de MW. Pour 2006, cette croissance de production devrait retomber à 5 %, essentiellement en raison d une pénurie de silicium, élément principal dans la fabrication des cellules solaires photovoltaïques. Le marché ne devrait retrouver un approvisionnement régulier que fin La firme chimique allemande Warker a ainsi augmenté à 9000 tonnes/an sa capacité de production, afin de faire face à cette forte demande. Mais la nouvelle unité n entrera en service que début / NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES

19 KIOSQUE Lire, voir, découvrir INTERNET LA SÉLECTION D ALTERNATIVES Le trading du pétrole ÉDITION Site en anglais // Ce site fournit de nombreuses données numériques sur l évolution des cours du pétrole, Brent et autres. Il permet également de suivre au jour le jour l évolution des cours du NYMEX, entre autres. Site en anglais // Site de la Direction Trading de Total, l un des acteurs majeurs du marché pétrolier mondial. Site en français et anglais // Ce site donne de nombreuses informations sur les énergies dont le pétrole et le gaz, avec des explications claires sur le rôle des traders. Marie Curie et les conquérants de l atome, Jean-Pierre Poirier, éditions Pygmalion Courants alternatif et continu Outre les manuels scolaires, qui vont du plus simple au plus compliqué, on trouve des informations très complètes sur le Web. Sur l électricité en général et la théorie, on peut se reporter au site suivant, très complet : Site en français, allemand et italien // «L Inde énergétique» Pour mieux connaître les problématiques énergétiques de l Inde dans leurs contextes culturel et sociologique et comprendre ainsi les gigantesques défis que ce pays doit relever : Site en français // Site du ministère des Affaires étrangères français pour toutes les données économiques et politiques par zones géographiques et par pays. Site en français, anglais et espagnol // Site du magazine du Programme des Nations Unies pour l environnement (PNUE). Site en anglais // Site du Centre for Science and Environment de New Delhi.ONG très active en matière d environnement. À travers des documents d époque, des correspondances, des témoignages et des études savantes, Jean-Pierre Poirier raconte, dans un langage accessible à tous, l une des plus extraordinaires et passionnantes sagas du XX e siècle, celle de l atome. Explorant la radioactivité sous ses aspects naturels puis artificiels, l auteur dépasse le destin de Marie Curie et de ses descendants pour se pencher également sur l aspect énergétique de l atome et ses applications progressives dans la France de la seconde moitié du XX e siècle. Un ouvrage utile pour revenir sur les raisons qui ont conduit la France à choisir le nucléaire. Our Petroleum Challenge, Sustainability into the 21 st Century Cette 7 e édition propose une vue d ensemble des ressources en pétrole brut et gaz naturel au Canada. Cette brochure a été traduite en français sous le titre «Défi à notre industrie pétrolière. La durabilité au XXI e siècle». Sur 136 pages, ce document se veut une introduction générale à l industrie canadienne du pétrole brut et du gaz naturel. On apprécie la présence de nombreuses cartes, tableaux de données statistiques, parfaitement à jour. Disponible sur commande sur le site : NUMÉRO 12 / ALTERNATIVES / 19

20 interactif Des réponses à vos questions Par rapport à la question posée dans le précédent Interactif, j ai bien compris que les «carburants» utilisés pour obtenir une réaction de fusion nucléaire étaient le deutérium et le tritium, isotopes de l hydrogène. Je suppose que, comme l hydrogène, ceux-ci n existent pas à l état naturel et qu il faut donc les produire. Comment? M. Raymond Bodard Touvre (France) Ces deux isotopes de l hydrogène n existent en effet pas dans la nature à l état brut, et il faudra donc les extraire. Ce sera relativement facile pour le deutérium, puisque chaque litre d eau de mer en contient 35 mg. Le tritium sera un peu plus difficile à obtenir, car il est instable avec une période À propos de la brève sur la construction du plus grand parc éolien d Amérique latine (Alternatives n 11, page 8), il est précisé que la Banque nationale du Brésil a apporté le financement de cette installation. Quel est le montant de ce financement? M. Elie Marion Tours (France) Le coût total de cette réalisation sera de 295 millions de dollars, le président brésilien en personne, Luiz Lula da Silva, ayant octroyé un crédit de 205 millions de dollars (465 millions de reals) qui sera fourni par la Banque nationale de développement économique et social du Brésil (banque publique) à l entreprise Vento do Sul Energia, spécialement créée pour (demi-vie) de seulement 12 ans, et ne pourra donc être stocké. On envisage de l obtenir à partir du lithium (élément relativement abondant) en bombardant ce dernier par des neutrons ; le plus simple serait d en revêtir les parois du réacteur, ce qui permettrait d en obtenir in situ, sans avoir à le manipuler. la mise en œuvre du projet. Le complément, soit 90 millions de dollars, sera fourni par les entreprises actionnaires de Vento do Sul : la compagnie espagnole Enerfin Enervento, les compagnies brésiliennes Wobben (filiale du groupe allemand Enercon) et CIP Brasil. L électricité produite sera commercialisée par l entreprise publique Electrobras. Dans le n 11, page 13, le témoignage de M. d Oliveira donne un ensoleillement favorable de 170 kcal/cm 2. Bien qu utilisateur du système CGS (centimètre-gramme-seconde) en cours dans les années 1970, j ai bien du mal à comprendre de quoi on parle. Pouvez-vous préciser, en flux moyen en kwh sur l année, par exemple? M. Jean-Claude Chaix Venelles (France) Dans son interview, M. José 711 kj. Comme par ailleurs 1 Wh Lima d Oliveira aurait dû en effet équivaut à 3,6 kj, nous obtenons utiliser des unités du système 198 Wh/cm 2, qu il faut bien MKS, car, depuis 1964, et officiellement depuis 1978, les joules rester dans le système MKS, entendu convertir en m 2 pour ont remplacé les calories de ce que nous pouvons arrondir l ancien système CGS. Toutefois, à 2000 kwh/m 2. Sachant enfin s agissant d une interview, que dans cette région du Portugal nous sommes tenus de reprendre l ensoleillement moyen est de textuellement les propos de 2600 heures, nous obtenons nos interlocuteurs. Pour votre finalement 5,2 MWh par mètre information, la conversion est carré et par an de production la suivante: sachant qu il faut d énergie. En précisant qu il appliquer un coefficient de 4,184 s agit là de l énergie reçue, aux kcal pour obtenir des kj et non de l énergie fournie, (kilojoules), les 170 kcal évoquées qui doit entre autres tenir compte par M. d Oliveira deviennent du rendement de l installation. POSEZ-NOUS VOS QUESTIONS Cette rubrique étant la vôtre, vous êtes invité(e) à nous faire part de vos interrogations. Nous y répondrons au fil des prochains numéros. Magazine Alternatives // T.M.S. //? BP Saint-Ouen Cedex - prochain numéro Dans le prochain numéro Dans le prochain numéro Dans le prochain en attente E E L accès à l énergie, condition du développement L énergie est l une des ressources les moins bien partagées: le quart de la population mondiale consomme presque les deux tiers des richesses. Un habitant du continent africain consomme, en moyenne, treize fois moins d énergie qu un Européen et vingt-six fois moins qu un Américain! Un système énergétique qui révèle de telles inégalités n est ni durable ni acceptable parce qu il n y a pas de développement sans énergie. Elle permet de transformer le chaud en froid (et vice versa), de déplacer les hommes et les objets, d éclairer et de communiquer Malheureusement, avec l augmentation de la population mondiale et la croissance de la demande, les obstacles à sa disponibilité ou à son utilisation sont aujourd hui plus importants que jamais.

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