Thème 2. Gérer les ressources terrestres
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- Joëlle Lajoie
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1 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 1. Nourrir les hommes Mise au point scientifique I. Croissance des populations, croissance des productions I.1. Des disponibilités alimentaires globalement satisfaisantes grâce à la seconde révolution agricole I.2. Quel équilibre entre production alimentaire et besoins des populations à l horizon 2050? II. Assurer la sécurité alimentaire II.1. Qu est-ce que la sécurité alimentaire? II.2. Une sécurité alimentaire aujourd hui très inégalement assurée II.3. Comment mieux assurer la sécurité alimentaire? III. Développer des agricultures durables? III.1. Les limites de l agriculture productiviste III.2. Vers une agriculture durable III.3. Entre OGM et «révolution doublement verte» Documents de la mise au point Document 1. Document 2. Document 3. Document 4. Document 5. Document 6. Pistes pédagogiques La disponibilité alimentaire dans le monde. La mise en culture de nouvelles terres. La sous-alimentation dans le monde. Terres louées ou achetées à l étranger. Les trois composantes de la durabilité en agriculture. Les pays producteurs d OGM. Piste 1. Exploiter des images de presse sur les agrocarburants. Piste 2. Construire un récit en géographie autour d une situation de crise alimentaire. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
2 Mise au point scientifique Nourrir les hommes 1. Mise au point scientifique Nourrir les hommes La question de l alimentation mondiale, en lien avec la croissance démographique est centrale en termes de développement durable. Comment assurer aujourd hui et encore plus demain la satisfaction de ce besoin élémentaire? Cette question renvoie à la notion de ressource alimentaire* et fait donc partie au sens large d une géographie des ressources à laquelle s intéresse l ensemble du thème 2 du programme. Au même titre que l eau, l énergie, les matières premières, la nourriture constitue une ressource, c est-à-dire un moyen dont dispose une personne ou un groupe humain pour subsister. La ressource alimentaire existe à l état latent dans la nature mais c est l homme qui la mobilise, la transforme en fonction de ses besoins et de ses capacités techniques. La manière dont l homme mobilise cette ressource alimentaire a profondément évolué au cours des temps. La cueillette, la chasse et la pêche ont précédé la culture, l élevage ou l aquaculture. Les deux premières activités prédatrices ont beaucoup décliné depuis la révolution néolithique même si elles subsistent encore chez quelques populations de la forêt dense tropicale comme ressource principale. Dans les pays développés, elles peuvent subsister comme activités de loisirs ou comme revenus d appoint. Dans les pays pauvres, elles peuvent compter davantage notamment en période de disette pour compléter des ressources agricoles insuffisantes. La ressource halieutique* demeure la principale ressource alimentaire obtenue de manière traditionnelle sans renouvellement suffisant même si les techniques de prises ont considérablement évolué depuis 50 ans. L aquaculture* doit absolument suppléer à la raréfaction de la ressource naturelle. Les cultures et les élevages, qui ont impliqué une sélection et une domestication de variétés ou d espèces naturelles, constituent aujourd hui l essentiel de la ressource alimen- taire. Au cours du xx e siècle de spectaculaires progrès techniques leur ont permis de réduire les contraintes naturelles voire de s en affranchir. Les élevages peuvent être hors sol. Les cultures peuvent être sous serres ou même sans sol. Pendant très longtemps, l alimentation humaine s est faite à partir de produits bruts. La formidable progression des industries agroalimentaires dans la deuxième partie du xx e siècle a considérablement réduit la part de ces produits bruts au profit de produits transformés (conserves, produits congelés ou surgelés). La manière de se nourrir, en particulier dans les pays développés a donc été radicalement modifiée, d autant plus qu une part croissante des repas est prise hors du domicile soit en restauration collective, dans des restaurants ou fast-food. Le programme invite à s intéresser à trois questions. 1. Comment a-t-on pu assurer jusqu à aujourd hui un équilibre entre la croissance de la population mondiale et celle de la production alimentaire mondiale? Cet équilibre pourra-t-il être préservé à l horizon 2050 alors que la planète comptera sans doute plus de 9 milliards d habitants? 2. Comment peut-on assurer la sécurité alimentaire des populations? La notion de sécurité alimentaire* répond à une définition précise de la FAO qui devra être analysée. 3. Face aux risques que fait peser l agriculture productiviste* sur l environnement et la santé des consommateurs, comment mettre en place des formes d agricultures plus durables tout en garantissant une production mondiale suffisante pour faire face aux besoins? Par Gérard Granier agrégé de géographie. ** Ressource alimentaire Ensemble des moyens dont dispose l homme pour se nourrir. Une ressource peut être en réserve, exploitée ou surexploitée. ** Ressource halieutique Les ressources vivantes issues de l eau. Elles peuvent être maritimes ou continentales. ** Aquaculture Culture ou élevage par l homme en milieu aquatique. ** Sécurité alimentaire Chaque individu peut disposer à tout moment d une alimentation suffisante en quantité comme en qualité. ** Agriculture productiviste Agriculture mettant en œuvre le maximum de moyens techniques (intrants, machines, etc.) pour obtenir des rendements les plus élevés possibles. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
3 2. ** Disponibilité alimentaire Ce dont peut disposer une population pour se nourrir en prenant en compte la production nationale et le commerce extérieur de produits alimentaires. I. Croissance des populations, croissance des productions La question du rapport entre la croissance démographique et la disponibilité alimentaire se pose de façon récurrente dans l histoire. En Europe, on a connu jusqu au xviii e siècle des crises conjoncturelles («crise de subsistances»), liées à des aléas climatiques (étés anormalement humides, gelées printanières, etc.) conduisant à des famines ou disettes. Sur le long terme, le rythme de croissance démographique a pu connaître des irrégularités liées à un déséquilibre plus structurel entre population et production agricole. En Europe occidentale, on établit un lien entre les progrès agricoles du xi e au xiii e siècle et l accroissement démographique. Au xx e siècle, malgré une croissance démographique exceptionnellement élevée (surtout durant la deuxième partie de ce siècle), la disponibilité alimentaire a plutôt progressé grâce à des progrès agricoles spectaculaires. Les prévisions pessimistes, qu elles émanent des démographes ou des agronomes comme René Dumont, ont donc été jusqu alors démenties. De plus, les progrès des prévisions de récoltes (rôle des images satellitales) et des transports de marchandises devraient permettre de secourir les régions risquant d être localement démunies au moment de la soudure, par exemple. On dispose donc collectivement des moyens pour éviter les famines. Celles-ci sont aujourd hui le produit de conflits armés ou d une mauvaise gouvernance des États qui empêchent ou désorganisent l arrivée de l aide alimentaire aux populations dans le besoin. Elles ne devraient plus être liées aux aléas climatiques. I.1. Des disponibilités alimentaires globalement satisfaisantes grâce à la seconde révolution agricole La disponibilité alimentaire* moyenne est un indicateur très pertinent calculé par la FAO. Il correspond, pour une année et un pays, à la production nationale, à laquelle Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 1. Nourrir les hommes on ajoute les importations et les stocks initiaux et dont on retire les exportations, ce qui est destiné à la nourriture animale et aux semences ainsi que les pertes (souvent énormes) et les stocks finaux. On estime ainsi ce qui reste effectivement disponible pour l alimentation humaine. On peut aussi calculer une disponibilité alimentaire par jour et par habitant en divisant la nourriture annuelle disponible par le nombre d habitants et le nombre de jours de l année. Selon la FAO, cette disponibilité alimentaire moyenne mondiale serait de kcal/ jour pour des besoins théoriques estimés à cal/jour avec des différences sensibles selon l âge et le sexe des personnes. Avec toutes les précautions dans l analyse qu exige un tel indicateur techniquement difficile à produire pour des pays où l appareil statistique est d une fiabilité toute relative, on pourrait donc en déduire que les besoins alimentaires pour les 6, 9 milliards d habitants de la planète sont actuellement largement couverts. Plus significatif encore, cette disponibilité alimentaire s est fortement améliorée sur le dernier demi-siècle puisqu elle était estimée à seulement cal/jour en Document 1. La disponibilité alimentaire dans le monde Cette amélioration globale de la situation est très liée aux progrès agricoles, et beaucoup plus secondairement de la pêche, qui ont permis, durant la même période de multiplier par 2,6 la production agricole mondiale. Pour obtenir de tels résultats on a pu jouer sur quatre leviers principaux : L augmentation des superficies cultivées. Dans une économie traditionnelle où les rendements ne progressent que très peu, c est le principal levier. On défriche des forêts ou des savanes, on aménage des pentes fortes à l aide de terrasses, on draine des zones humides. En Europe, la suppression progressive des jachères a constitué la principale manière d augmenter les surfaces cultivées. Dans le Nouveau Monde, la conquête Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
4 Mise au point scientifique Nourrir les hommes 3. des «Terres vierges» avait marqué tout le XIXème sicle, ce mouvement se prolongeant aujourd hui dans les zones tropicales par des «fronts pionniers». Mais depuis une trentaine d années ce mouvement s est bien ralenti. Selon la FAO, les superficies cultivées dans le monde n ont augmenté que de 4,5 % entre 1980 et Les défrichements, de l ordre de 13 à 15 millions d ha par an, sont en effet de plus en plus annulés par des pertes grandissantes de surfaces pour trois raisons principales : l étalement urbain, la dégradation des sols (érosion, salinité excessive de périmètres mal irrigués) et l abandon de terres cultivées dans les hautes latitudes (Canada, Scandinavie, Sibérie) avant une éventuelle reprise qui pourrait être associée au réchauffement climatique global. Document 2. La mise en culture de nouvelles terres De plus faut-il tenir compte de l importance grandissante des cultures dites industrielles qui ont pour effet de soustraire autant de surfaces pour les cultures alimentaires. Certaines de ces cultures (plantes textiles comme le coton, plantation d hévéas par exemple) sont anciennes. Mais la progression récente des agrocarburants* (canne à sucre pour la production d éthanol au Brésil par exemple) aggrave le phénomène. L augmentation des rendements a constitué dans la deuxième partie du xx e siècle le phénomène majeur qualifié de seconde révolution agricole* dans les pays développés ou de Révolution verte* dans les pays en développement. À titre d exemple, le rendement moyen du maïs à l échelle mondiale est passé de 25 à 140 q/ha entre 1950 et 2005 ; en Asie Orientale les rendements du riz sont passés de 17 t/ha/an en 1961 à 39 t/ ha/an en Selon J.-P. Charvet, ce levier a représenté à lui seul 90 % des gains de production. Ces progrès sont liés eux-mêmes à un ensemble de facteurs parmi lesquels figurent les progrès de l irrigation, la recherche agronomique ayant permis de sélectionner des variétés ou des espèces animales plus productives, une meilleure formation technique des agriculteurs. Malgré une forte croissance démographique, en Asie, la production de riz par habitant est ainsi passée de 113 kg/hab en 1961 à 151 en L amélioration des structures d encadrement de la production. Depuis le milieu du xx e siècle, la production agricole s est trouvée de plus en plus encadrée par un ensemble d acteurs qui ont fortement contribué à la faire évoluer : les États ou les associations d États comme l Union européenne qui ont fait évoluer les prix et les structures de production (rôle de la PAC), les industries agroalimentaires qui ont développé des liens de plus en plus étroits avec les producteurs. L intégration de la production en amont (fourniture d intrants*) aussi bien qu en aval (grande distribution par exemple) a marqué les dernières décennies, d abord dans les pays développés mais aussi de plus en plus dans les pays du Sud. L intensification des échanges commerciaux internationaux de produits agroalimentaires a permis de mieux ajuster localement la demande à l offre. La valeur des échanges mondiaux des produits agricoles a progressé spectaculairement de 30 milliards de dollars en 1960 à 600 milliards en 2004 en répondant à deux logiques différentes : fournir à l Occident des produits tropicaux comme le café ou le cacao, compenser les insuffisances de la production nationale, aussi bien dans certains pays développés comme le Japon que dans la majorité des pays en développement. Les raisons d être de ce commerce international peuvent donc être bien réelles. Mais, plus récemment, ce commerce s est trouvé gonflé par le succès des échanges qui relèvent davantage d une habile politique de marketing comme les importations en Europe de fruits et légumes de contre saison (raisin du Chili, haricots du Sénégal, etc. ) que de la satisfaction de besoins fondamentaux. ** Agrocarburant Carburant issu de productions agricoles comme le colza, la canne à sucre, la betterave à sucre, le maïs qui peut faire fonctionner en particulier des moteurs diesel ou des moteurs à essence (bioéthanol). ** Seconde révolution agricole Ensemble des progrès techniques survenus en Europe après la Seconde Guerre mondiale qui ont permis une forte augmentation de la production. ** Révolution verte Ensemble des progrès techniques (irrigation, semences sélectionnées, etc.) ayant permis une forte augmentation des rendements dans les pays en développement. ** Intrant Ensemble des produits utilisés pour obtenir une production agricole (engrais, pesticides, carburant, semences, etc.). Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
5 4. ** Sous-alimentation (ou sous-nutrition) Alimentation quantitativement insuffisante (inférieure à à 2000 calories/jour) qui provoque des carences dans le développement des enfants et affaiblit les adultes. ** Transition alimentaire Passage d un régime alimentaire composé principalement de végétaux à un régime faisant une place grandissante aux viandes. I.2. Quel équilibre entre production alimentaire et besoins des populations à l horizon 2050? I.2.1. Une demande alimentaire en forte croissance à l horizon 2050 La demande alimentaire devrait fortement progresser sous l effet de trois facteurs : une progression presque «mécanique» en raison de la croissance démographique. Selon le Population Reference Bureau (www. prb.org), organisme américain indépendant qui synthétise des données issues de plusieurs sources dont celles de l ONU (Révision 2008), la population mondiale pourrait atteindre 9, 4 milliards en 2050, soit une augmentation de 36 % par rapport aux 6, 88 milliards de fin 2010 ; de plus, cette augmentation portera principalement sur des États ou continents comme l Afrique où sévit encore la sous-alimentation*. La réduction évidemment nécessaire de cette sous-alimentation contribuera aussi à faire augmenter la demande ; enfin devrait jouer le rôle de la transition alimentaire*, terme qui désigne le processus de substitution croissante de calories d origine animale aux calories d origine végétale dans les régimes alimentaires. La part des protéines animales dans la ration quotidienne varie encore énormément d un pays à l autre (États-Unis : kcal, Afrique subsaharienne : 145 kcal) mais devrait s atténuer à l avenir avec les progrès du niveau de vie et l urbanisation. Or la production d une calorie animale est beaucoup plus exigeante. Il faut de 3 à 10 calories végétales pour produire une calorie animale, avec des variations selon les espèces animales. Actuellement, 38 % de la production céréalière sert déjà à alimenter des élevages, notamment industriels. Selon le calcul de Philippe Collomb (Une voie étroite pour la sécurité alimentaire d ici 2050, Economica-FAO, 1999), il faudrait être en mesure de doubler la production alimentaire durant la première moitié du xxi e siècle. Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 1. Nourrir les hommes I.2.2. Cette demande pourra-t-elle être satisfaite? Face à ce défi alimentaire, les opinions des experts divergent. Si la géographe Sylvie Brunel affiche un certain optimisme («L avenir alimentaire de la planète n est pas inquiétant même avec 10 milliards d êtres humains») d autres se montrent plus réservés. Pour l agronome Michel Griffon, «le modèle agricole des années 1960 qui a permis de négocier assez efficacement le passage de 3 à 6 milliards d individus dans le monde est épuisé». Plus pessimiste encore, Lester Brown, agroéconomiste américain fondateur de l Institut Worldwatch, craint une crise alimentaire majeure si les États émergents comme la Chine se rapprochent trop du modèle de consommation américain, et plaide pour une stabilisation de la population mondiale, sans doute illusoire, autour de 7 milliards d habitants. Des voix s élèvent aussi pour inciter à une réduction de la consommation de viande. Faudra-t-il «manger moins de viande pour sauver la planète»? (Le Monde, ) En réalité, il pèse de fortes incertitudes sur les deux leviers majeurs. Quelles superficies agricoles nouvelles pourraient être mises en valeur? Selon les calculs de Michel Griffon, on pourrait d ici 2050 mettre en valeur millions d hectares supplémentaires, pour une superficie cultivée de millions d ha en 2000, soit une progression de 83 %, quasi exclusivement en Afrique et en Amérique latine, alors que les besoins alimentaires sont d abord en Asie. Mais cette estimation équivaudrait à une forte réduction des forêts tropicales, qui est très combattue par les écologistes. On pourrait sans doute espérer quelques gains, mais insuffisants, du côté de la Russie, de l Ukraine ou du Kazakhstan en lien avec le réchauffement climatique. Il faudrait aussi que les sols de ces superficies cultivées conservent leur qualité. Or on observe une tendance à la dégradation : 20 % de l ensemble des terres dans le monde sont plus ou moins dégradées (érosion avec l appa ri tion de phénomènes de type bad- Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
6 Mise au point scientifique Nourrir les hommes 5. lands, salinisation des terres irriguées par apport excessif d eau, dégradation de sols par raccourcissement ou disparition des jachères, etc.). Enfin, les conquêtes de nouvelles terres sont partiellement annulées par les pertes dues à l étalement urbain. «Chaque année, environ 12 à 13 millions d ha de terres agricoles sont ainsi perdus, valeur à comparer aux 15 millions d ha conquis annuellement, principalement aux dépens des forêts tropicales» (Guy Baudelle et Michel Deshaies, in Nourrir les hommes, Wackermann, Ellipses, 2008). Il serait donc important que ces superficies nouvelles ne soient pas «confisquées» par les agrocarburants comme c est en partie le cas au Brésil. Quelle évolution des rendements? Après de spectaculaires progrès, la tendance actuelle est à un ralentissement, voire une stagnation de cette progression des rendements. Il faudrait donc s acheminer vers une Révolution doublement verte* selon la formule de l économiste britannique Gordon Conway, en associant irrigation, variétés à haut rendement et préservation de l environnement. Mais il est difficile d estimer précisément ce que pourra apporter la recherche dans ce domaine dans les décennies futures et le poids des résistances plus ou moins justifiées comme le montrent les débats confus sur les OGM (cf. 3 e partie). En regard de ces incertitudes, on sait en revanche qu il ne faut pas attendre de miracle du côté des ressources aquatiques. La pêche est condamnée au mieux à une certaine stagnation. Selon François Carré, «beaucoup d auteurs se rejoignent sur un plafond théorique de 100 à 120 Mt/an» et l aquaculture intensive est trop dépendante des farines et huiles de poissons. Ce qui n empêche pas des progrès locaux comme l élevage de la carpe en Chine (29 Mt/an). Pour mieux nourrir des hommes plus nombreux, il reste aussi une marge de manœuvre non négligeable du côté de la réduction des pertes alimentaires. Dans les pays riches, 20 % de la nourriture serait jetée. Dans les pauvres, les mauvaises conditions de récolte, de stockage, de transport seraient à l origine de 10 à 60 % de pertes. II. Assurer la sécurité alimentaire II.1. Qu est-ce que la sécurité alimentaire? Cette notion est principalement portée par les organisations internationales comme la FAO et relève aussi de la responsabilité politique des États. La FAO en propose la définition suivante : «la sécurité alimentaire est atteinte lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de satisfaire les besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires afin de mener une vie saine et active». Cette définition dense et précise fait donc référence à quatre dimensions. Une dimension quantitative, à savoir une disponibilité alimentaire suffisante. Cette notion a été définie ci-dessus. Elle inclut les échanges commerciaux et ne se confond donc pas avec l autosuffisance alimentaire qui impliquerait un équilibre entre production et consommation au plan local ou national, qui n aurait plus grand sens dans une économie mondialisée. Une nourriture quan ti tati vement insuffisante conduit à la sous-alimentation ou sous-nutrition. Une dimension qualitative qui relève d une problématique de santé publique. La nourriture disponible doit être saine et équilibrée. Les aliments ne sont pas toujours sains, notamment pour des raisons de médiocres conditions de conservation mais aussi, aujourd hui, en lien avec les conditions de production. On se souvient de l affaire de la «vache folle». Une nourriture trop monotone ou trop pauvre en protéines conduit à la malnutrition*. La définition de la FAO prend aussi acte des préférences alimentaires, qui varient selon les cultures et les religions. Elles se trouvent ainsi affirmées comme un droit. Ces deux premières dimensions sont bien distinguées par la langue anglaise au travers ** Révolution doublement verte Progrès agricoles permettant d assurer de hauts rendements tout en préservant l environnement. ** Malnutrition Alimentation quantitativement suffisante mais déséquilibrée. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
7 6. ** Souveraineté alimentaire Capacité d un État à définir librement sa politique agricole et alimentaire afin de s assurer les moyens de nourrir sa population, sans nuire aux autres États. des termes food security (aspect quantitatif) et food safety (aspect qualitatif). Une dimension économique : il faut en effet que les produits alimentaires puissent être physiquement et financièrement accessibles. La crise de 2008 et ses «émeutes de la faim» (Égypte, Sénégal, etc.) liées à l augmentation brutale des prix des produits de base (blé, riz) ont bien montré l importance de cette dimension. La FAO estime donc à environ cal/jour par personne le «seuil économique» en deçà duquel les prix risquent de flamber rendant la nourriture inaccessible aux populations les plus fragiles. Une dimension temporelle : la sécurité alimentaire ne peut être considérée comme assurée que si elle est stable dans le temps. Or nombre de pays, notamment de l Afrique sahélienne, sont encore trop soumis aux aléas climatiques, comme le montre encore la menace de famine au Niger à l été Compte tenu des nombreuses contraintes qui pèsent sur les approvisionnements, on verra ci-dessous que la sécurité alimentaire est loin d être assurée aujourd hui partout dans le monde. C est encore plus vrai de la souveraineté alimentaire*, notion plus géopolitique mise en avant par les altermondialistes. Il s agirait d un droit des peuples, d abord ceux des pays pauvres, à choisir leur propre politique de développement agricole, en évitant qu il puisse avoir un impact négatif sur les populations d autres pays. Cette idée s oppose donc à l organisation des marchés agricoles promue par l OMC, qui repose en particulier sur la théorie de Ricardo sur les avantages comparatifs. II.2. Une sécurité alimentaire aujourd hui très inégalement assurée II.2.1. Les insuffisances quantitatives : la sous-alimentation Selon la FAO, en fonction de l âge, du sexe, de la taille et du type d activité des individus, le seuil de la sous-alimentation varie de 1600 à 2000 calories/jour, par rapport à des besoins physiologiques estimés Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 1. Nourrir les hommes entre 1900 et 2400 calories/jour. Elle peut provoquer de graves carences de santé à l origine d une surmortalité des enfants et d un affaiblissement des adultes, qui deviennent moins aptes au travail physique. Il s agit souvent malheureusement d une situation chronique, qui doit être cependant distinguée de la famine, caractérisée par une rupture d alimentation brutale qui peut conduire à la mort. Aujourd hui les famines sont plus d origine politique (guerre, incurie des gouvernements) que climatique car le système d aide alimentaire d urgence (par exemple celui du PAM, Programme alimentaire mondial) doit permettre d anticiper et d acheminer des vivres y compris en des lieux relativement isolés. Dans les années 1950, la sous-alimentation était encore massive. Elle concernait 1,5 milliard d habitants pour une population mondiale alors inférieure à 3 milliards. Elle avait considérablement diminué, en grande partie grâce à la Révolution verte, pour ne plus atteindre que 840 millions de personnes au début des années Toutefois la crise des prix agricoles des années et la crise économique mondiale sont venues brusquement faire remonter ces chiffres. La FAO avait estimé en 2009 que la barre symbolique du milliard d habitants était de nouveau dépassée pour annoncer un léger recul en 2010 (925 millions de sous alimentés). On est encore loin de l objectif du Millénaire pour le développement (OMD) qui en 2000 avait fixé comme objectif une réduction de moitié du nombre de sous alimentés à l horizon Document 3. La sous-alimentation dans le monde En valeur relative, la sous-alimentation frappe d abord l Afrique subsaharienne où elle touche une personne sur trois et dans une certaine mesure l Amérique andine ou l Asie méridionale (Inde, Bangladesh). En valeur absolue, le nombre de sous-alimentés dépend évidemment des densités de population. On ne s étonnera donc pas de les recenser d abord en Asie (Inde : 231 millions, Chine : Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
8 Mise au point scientifique Nourrir les hommes millions, contre 178 millions au début des années 1990) mais aussi en Afrique subsaharienne (265 millions) II.2.2. Les insuffisances qualitatives : la malnutrition La malnutrition est un état pathologique causé par la déficience ou l excès d un ou plusieurs éléments nutritifs. Elle concernerait environ 3,6 milliards de personnes, soit plus de la moitié de l humanité. La malnutrition liée à des insuffisances alimentaires (qui touche environ 2 milliards de personnes) est caractéristique des pays pauvres où les apports en protéines, notamment d origine animale, restent souvent insuffisants. Mais elle touche aussi certains pays développés dits en «transition» comme les anciens pays du bloc communiste ou même des populations pauvres en Occident. (En France, personnes sont considérées comme malnutries). La malnutrition liée à des excès d apports caloriques et à des déséquilibres alimentaires toucherait environ un milliard de personnes confrontées au problème du surpoids ou de l obésité. Selon l OMS (Organisation mondiale de la santé), on compterait 1, 6 milliard de personnes en surpoids dont 400 millions d obèses. L obésité, liée surtout à une alimentation trop sucrée, concerne, non seulement les pays développés comme les États-Unis, où cette maladie frappe d abord les plus pauvres, mais aussi, de plus en plus, les pays émergents : 90 millions d obèses en Chine (+92 % depuis 1997). gratuits (2 millions de bénéficiaires à titre permanent ou temporaire en France). Dans les pays pauvres, le principal intervenant est le Programme alimentaire mondial, (PAM) créé en 1963, qui dépend de l ONU, ce qui n exclut pas les aides d urgence bilatérales. Cet organisme, principalement financé par les États-Unis, apporte d abord des aides d urgence lors de crises alimentaires ou de catastrophes naturelles mais développe aussi des programmes sur une plus longue durée destinés à réduire la sous-alimentation. En 2009, le PAM a aidé près de 100 millions de personnes notamment dans la corne de l Afrique. Si elle devient trop structurelle, cette aide peut avoir des effets pervers sur les productions locales, qui ne peuvent trouver preneur, étant concurrencées par des dons qui, en plus, contribuent aux changements des habitudes alimentaires, comme la généralisation du pain, issu du blé tendre non produit sur place, dans les villes africaines, au détriment des céréales traditionnelles. L achat ou la location de terres cultivables à l étranger constitue, pour certains pays émergents, une solution nouvelle pour garantir leurs approvisionnements. Cette tendance ancienne s est accentuée à l occasion de la crise de qui a en effet conduit certains exportateurs comme l Inde à suspendre leurs ventes, faisant planer une menace sur la libre circulation des marchandises. Des pays très peuplés, comme la Chine ou l Inde, ou riches comme les pays pétroliers du Proche- Orient ou le Japon se montrent donc très intéressés. II.3. Comment mieux assurer la sécurité alimentaire? Assurer la sécurité alimentaire des populations relève clairement des pouvoirs publics, nationaux ou internationaux, ou des ONG, qui peuvent mettre en œuvre différentes politiques. L aide alimentaire*, qui fournit une alimentation gratuite est en place depuis des décennies. Dans les pays riches, une fraction non négligeable de la population, en situation de précarité, continue d avoir besoin de repas Document 4. Terres louées ou achetées à l étranger Selon les estimations, 15 à 20 millions d ha auraient fait l objet de transactions lors des trois dernières années, essentiellement en Afrique. La Chine aurait acheté 2, 8 millions d ha en République démocratique du Congo pour y implanter la plus grande exploitation mondiale d huile de palme et regarde aussi vers la Russie. Cette ruée vers des nouvelles terres inquiète la FAO qui ** Aide alimentaire Transfert de produits alimentaires à titre gratuit ou presque, d un pays donateur vers un pays bénéficiaire. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
9 8. insiste pour que ces transactions, dont elle dénonce l opacité, s accom pagnent de politiques de développement de l emploi local. Ces spéculations foncières ne sont pas sans risques pour les pays africains. Le projet du groupe sud-coréen Daewoo à Madagascar (location de 1, 8 millions d ha) a été à l origine de la chute du président et une priorité aux cultures d exportation, voire aux agrocarburants, n est pas dans l intérêt des populations locales. Une meilleure organisation des marchés internationaux. La sécurité alimentaire, qui passe nécessairement par une augmentation des revenus des agriculteurs les plus pauvres, impliquerait aussi une meilleure organisation des marchés mondiaux qui souffrent de deux problèmes majeurs : les fluctuations des cours, fixés dans des bourses éloignées des lieux de production et soumis à des dérives spéculatives comme on l a vu en Depuis 30 ans, le prix du sucre a pu varier dans des proportions de 1 à 30! La loi dite de King (du nom du premier grand statisticien économique) veut en effet qu une faible variation de la production se traduise par une variation beaucoup plus importante des prix. En 2007, une diminution de la production mondiale de blé de 2 % s est traduite par un doublement des prix ; l illusion d un marché ouvert, soumis à la libre concurrence, alors que les écarts de productivité entre le farmer américain et le paysan de Burkina Faso peuvent être de 1 à 3 000! Certains spécialistes en viennent donc à recommander que des barrières douanières protègent les agricultures les moins productivistes et qu on s en tienne à des marchés régionaux du type Union européenne ou MERCOSUR, plutôt que de promouvoir une mondialisation complète qui ne profite qu aux plus forts. Plus globalement, il s agit de réhabiliter les agricultures paysannes à base vivrière capables d approvisionner des marchés locaux. Des politiques agricoles plus volontaristes. Dans de nombreux pays pauvres l agriculture a été longtemps négligée au profit de l industrie. Les gouvernements se Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 1. Nourrir les hommes montraient plus soucieux du sort des populations urbaines, qui risquaient de les menacer davantage, que les sociétés paysannes. La politique de prix des denrées de base, maintenus artificiellement bas, a eu des conséquences négatives sur l agriculture. Depuis peu, notamment en Afrique, on mesure la nécessité de compter sur ses propres forces pour assurer la sécurité alimentaire. En 2003, les chefs d État africains ont pris l engagement de consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux à l agriculture. En 2010, 11 États ont atteint ce seuil. L ancien secrétaire général de l ONU, le Ghanéen Kofi Annan préside «l Alliance pour une révolution verte en Afrique». ** Biodiversité Diversité naturelle des organismes vivants. III. Développer des agricultures durables? III.1. Les limites de l agriculture productiviste Pendant plusieurs décennies l agriculture productiviste a rendu de grands services à l humanité puisqu elle a permis d assurer une alimentation plus abondante à une population beaucoup plus nombreuse. Mais des limites à la fois techniques, sociales et environnementales semblent atteintes aujourd hui. Fait significatif : après avoir progressé de 2,3 % par an entre 1960 et 2000, la croissance de la production agricole mondiale est tombée en moyenne à 1,5 % par an durant les années Les effets négatifs de l agriculture productiviste sur l environnement sont le plus souvent dénoncés : augmentation des teneurs en nitrates des nappes phréatiques du fait de la trop forte utilisation d engrais, avec les conséquences sur la qualité des eaux pourtant déclarées potables ; dégradation de certains paysages agraires comme le bocage breton ; inondations plus fréquentes du fait de l abondance du ruissellement superficiel ; réduction de la biodiversité* du fait de l utilisation massive des produits phytosanitaires La qualité sanitaire ou gustative de nombreux produits agricoles standardisés, notamment des fruits et légumes, est également dénoncée, de même Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
10 Mise au point scientifique Nourrir les hommes 9. que les effets de l utilisation massive des pesticides sur la santé publique, à commencer par celle des agriculteurs, touchés par de cancers professionnels. Les conséquences sociales ne doivent pas être négligées : augmentation des inégalités sociales, en Inde par exemple en lien avec la Révolution verte ; diminution massive du nombre d actifs agricoles dans les pays industrialisés, ce qui contribue à la désertification de certaines campagnes. Enfin, sur le plan économique, des situations de surproduction chronique dans certaines filières, la nécessité d un soutien coûteux aux prix agricoles comme dans l Union européenne constituent autant d effets pervers d une réussite globale. Une remise en cause des pratiques de cette agriculture, dite encore conventionnelle, commence donc à faire consensus. III.2. Vers une agriculture durable* Pour satisfaire aux trois dimensions du développement durable, elle doit d abord permettre une gestion plus prudente de l envi ron nement sans oublier les deux autres volets. Sur le plan social, il faut garantir le maintien d un nombre significatif d agriculteurs afin de garder des campagnes vivantes, ce qui implique de privilégier l agriculture familiale dans le cadre d exploitations de taille moyenne. Il faut aussi qu elle assure un revenu suffisant aux producteurs. Sur le plan économique, elle doit répondre aux besoins du marché mondial, c est-à-dire satisfaire des besoins en forte augmentation. Enfin, une composante éthique est revendiquée par nombre de tenants de cette agriculture durable. Elle doit par exemple permettre d établir des relations plus étroites entre producteurs et consommateurs, entre citadins et ruraux et de développer une solidarité Nord-Sud au travers de nouveaux circuits de commercialisation comme ceux du commerce équitable*. Document 5. Les trois composantes de la durabilité en agriculture III.2.1. L agriculture biologique* est-elle condamnée à une «impasse productive» (J.-P. Charvet)? L agriculture biologique exclut l usage d engrais chimiques, de pesticides de synthèse ou de graines OGM. Elle est souvent présentée comme une alternative indispensable à l agriculture productiviste. Qu en estil aujourd hui? Il faut d abord distinguer l agriculture (ou l élevage) biologique labellisée qui ne représente qu une infime partie de la production mondiale et les agricultures et élevages traditionnels de nombreux pays pauvres, notamment en Afrique qui sont de facto des agrosystèmes* biologiques. Cette deuxième catégorie concerne des centaines de millions de paysans ou d éleveurs. Le paradoxe est que, pour eux, la tendance serait plutôt de délaisser ces méthodes naturellement bio pour passer à des méthodes plus productivistes à base d intrants chimiques. Scientifiquement définie dès l entre-deuxguerres, l agriculture biologique s est fédérée au plan mondial dès Il s agit donc d une des formes les plus anciennes d agriculture durable. Les agriculteurs bio doivent solliciter un label, correspondant à un cahier des charges rigoureux. À l échelle mondiale, ce système ne couvre que 32 millions d ha en 2007 soit moins de 1 % de la SAU mondiale. De plus il ne s agit pas seulement de cultures mais aussi de grands élevages extensifs tournés vers la viande comme en Australie ou en Argentine. En Europe, c est en Suisse et en Autriche, pays riches et montagnards, où l agriculture est depuis longtemps fortement soutenue dans le cadre d exploitations de taille moyenne, que l agriculture bio est la mieux implantée (plus de 10 % des superficies cultivées). L Union européenne cherche aussi à la promouvoir y compris au moyen d un nouveau logo unique applicable en 2010, et les progrès sont rapides (4 % de la SAU). La France est plutôt en retard : 2, 5 % de la SAU et seulement producteurs en On est encore loin de l objectif de 6 % de la SAU en 2012 préconisé par le Grenelle de l Environnement. ** Agriculture durable Agriculture capable de concilier des productions abondantes et de qualité, le maintien d une société paysanne (agriculture familiale) et une préservation de l environnement. ** Commerce équitable Système d échanges visant à assurer des revenus décents aux producteurs des pays en développement. ** Agriculture biologique Agriculture qui exclut de recourir à des produits chimiques fournis par l industrie (engrais, pesticides). ** Agrosystème Écosystème transformé depuis des siècles ou des millénaires par les agriculteurs ou des éleveurs. Il associe donc des données naturelles (climat, substrat géologique) et des données humaines. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
11 10. ** Agriculture de qualité Agriculture liée à des terroirs particuliers ou à des labels spécifiques qui permet de garantir un bon revenu au producteur. ** Agriculture raisonnée Agriculture ayant un recours limité aux intrants chimiques afin de réduire son impact négatif sur l environnement. Si les qualités nutritionnelles de l agriculture biologique sont largement admises, sa reconnaissance comme alternative générale à l agriculture conventionnelle pose trois types de problèmes : ses prix de vente, alourdis par des conditions de production plus exigeantes, sont relativement élevés et restent peu accessibles aux catégories sociales moins favorisées ; les rendements pouvant être obtenus font débat. Pour Jean-Paul Charvet, l agriculture biologique se heurte à une «impasse productive» du fait de ses rendements «en moyenne de 20 à 40 % inférieurs à ceux de l agriculture conventionnelle. On ne peut lui demander de nourrir le monde». Mais d autres spécialistes estiment que, disposant de marges de progrès, ces rendements pourraient fortement progresser. Les conditions de commercialisation interviennent également. Il arrive trop souvent que les produits bio soient consommés très loin de leur lieu de production contribuant à l augmentation des émissions de CO 2. Une agriculture biologique durable doit donc être une agriculture de proximité, qui permet aussi de raccourcir les circuits de commercialisation et de réduire le conditionnement, à l image des objectifs d une organisation comme les AMAP (associations pour le maintien d une agriculture paysanne) en France. III.2.2. D autres formes d agriculture durable sont-elles possibles? Si l agriculture biologique ne peut sans doute pas être généralisée, nombre d agriculteurs s orientent vers des solutions intermédiaires et plus faciles à mettre en œuvre, au moins à court terme. Les agricultures de qualité* Ce terme désigne des agrosystèmes liés à des terroirs particuliers ou à des labels spécifiques. Ils ne sont pas nouveaux mais tendent à se développer fortement. En France, ils concerneraient un quart des exploitations. Leur gros avantage est de garantir des prix plus élevés aux producteurs et aussi, sans Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 1. Nourrir les hommes doute, de rassurer le consommateur. Cette orientation permet aussi au producteur de se prémunir contre les dangers d une concurrence mondiale qui affecte les produits standardisés comme certains blés. Les agricultures de qualité peuvent prendre des formes très variées. En France, les appellations d origine contrôlée (AOC) valorisent les vins et les fromages. Elles sont suivies par l INAO (Institut national de l origine et de la qualité). À l échelle de l Union européenne, on a créé en 1992 une référence commune : l Indication géographique protégée (IGP) qui est surtout appliquée dans les pays méditerranéens aux conditions climatiques plus favorables et aux terroirs très diversifiés. Cependant ces appellations ne sont pas nécessairement synonymes d agricultures durables car l utilisation d intrants chimiques n est pas exclue, même si la tendance est à l évolution de ces techniques agricoles vers des formes plus raisonnées. Les agricultures raisonnées* Ce terme récent désigne des agrosystèmes qui cherchent à limiter les intrants industriels mais sans y renoncer. En France, cet objectif est promu par des structures associatives comme le «Réseau agriculture durable» ( qui regroupe environ exploitations ou l association FARRE (Forum de l agriculture raisonnée respectueuse de l environnement, www. farre.org), environ membres. Elles diffusent des cahiers des charges reposant sur le respect de l environnement mais aussi la santé des agriculteurs, le bien-être des animaux, etc. La mise en place d une agriculture raisonnée implique une forte technicité et un recours aux apports de l informatique : connaissance fine des sols pour mieux moduler les apports d intrants, irrigation mieux dosée pour réduire la consommation d eau, etc. Elle suppose donc un haut niveau de formation initiale et continue des agriculteurs. Bien qu elles progressent, ces pratiques ne concernent encore qu une minorité d agriculteurs dans le monde. Toutefois, au sein de Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
12 Mise au point scientifique Nourrir les hommes 11. l Union européenne, la réforme de la PAC, issue de l accord de Luxembourg en 2003, a changé profondément la donne : pour toucher les aides financières auxquelles ils ont droit, les agriculteurs doivent répondre à des critères «d éco-conditionnalité». Par exemple, ils doivent éviter de laisser le sol à nu entre deux cultures afin d éviter l érosion. Un couvert végétal intermédiaire, ensuite retourné lors du labour suivant, permet un apport d engrais vert qui va limiter le recours aux engrais chimiques. Quelques progrès en faveur de l environnement en résultent : l utilisation de produits phytosanitaires diminue en France bien qu elle reste la plus élevée d Europe, les coquelicots réapparaissent sur le bord des chemins III.3. Entre OGM et «révolution doublement verte» On voit bien que, dans le cadre d un objectif général de «durabilité», l agriculture mondiale ne doit jamais perdre de vue l objectif premier de nourrir la planète. Le souci environnementaliste doit donc rester compatible avec la satisfaction des besoins alimentaires. D où l idée de «révolution doublement verte» capable de concilier rendements élevés et respect du vivant, ce qu on peut encore appeler une agriculture écologiquement intensive. Mais une autre voie s ouvre et progresse vite, celle des cultures OGM, aux antipodes d une agriculture biologique. L avenir n est donc pas sûr. III.3.1. Les OGM pour nourrir le monde? Les cultures d organismes géné ti quement modifiés relèvent de la technique dite de «génie génétique». Elle consiste à introduire un ou plusieurs gènes provenant d une autre espèce dans le patrimoine génétique d un organisme animal ou végétal afin d en améliorer les performances. Le recours aux OGM va évidemment à l encontre de nombre de principes de l agriculture durable. Il rend les agriculteurs dépendants des grands groupes mondiaux de semenciers comme Monsanto. Il favorise la concentration des exploitations en permettant de travailler plus vite sur des surfaces plus grandes. Il sème le doute sur ses effets à long terme sur la santé humaine. Mais, paradoxalement, les cultures OGM présentent aussi quelques aspects positifs en termes d agriculture durable. Elles permettent de réduire l usage des pesticides. Par exemple, les maïs Bt sont capables de résister par euxmêmes aux attaques de la pyrale, chenille qui peut provoquer de gros dégâts. D autres plantes OGM sont tolérantes à des herbicides à large spectre, biodégradables sur des périodes relativement courtes, qui sont appliqués dès les semis. Elles permettent aussi de diminuer les émissions de CO 2 puisque les passages d engins mécaniques pour des labours ou des traitements phytosanitaires sont moins nombreux. Elles limitent les risques d érosion des sols en réduisant les labours. À partir des années 2010, des OGM dits de seconde génération, en particulier des maïs moins sensibles au stress hydrique, devraient permettre de réduire la consommation d eau d irrigation. Malgré les réticences, voire les oppositions violentes de certains consommateurs, ces atouts des OGM expliquent l exceptionnelle rapidité de leur diffusion dans le monde, que leur très faible présence en Europe ne doit pas faire oublier. Document 6. Les pays producteurs d OGM On est passé en effet de 1, 5 million d ha dans le monde en 1996, année de la première commercialisation à 134 millions d ha en 2009 (soit près de 10 % des superficies cultivées dans le monde et 4 fois plus que l agriculture bio labellisée). Pour autant, la diffusion des OGM reste pour le moment cantonnée à un petit nombre de pays. Les cinq premiers producteurs (États-Unis, 55 % des surfaces cultivées, Brésil, Argentine, Inde, Canada) concentrent 92 % des surfaces. De même le nombre d espèces végétales cultivées est limité : soja (77 % de la production mondiale), maïs, colza coton, et elles sont plutôt desti- Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
13 12. nées à l alimentation animale. Mais la Chine a autorisé récemment un riz génétiquement modifié Bt, ce qui pourrait changer for tement la donne pour l alimentation humaine. D autre part, le fort commerce mondial portant sur ces espèces végétales a pour effet de les diffuser bien au-delà des vingt-cinq pays producteurs, qui rassemblent déjà la moitié de la population mondiale, puisque trentedeux pays supplémentaires autorisent leurs importations. Au-delà des polémiques sur la dangerosité éventuelle des OGM, la question de fond est de savoir s ils peuvent contribuer à réduire la faim dans le monde. C est ce que soutiennent les tenants des OGM. En revanche les sceptiques ou les opposants font observer que les rendements des plants OGM ne sont pas très supérieurs à ceux des variétés non OGM et que, de toute manière, «la faim ne peut être réglée par des solutions techniques» (Sylvie Brunel). III.3.2. Vers une «révolution doublement verte»? Pour faire face à l inévitable augmentation de la demande alimentaire dans les décennies futures, et face aux limites de l agriculture productiviste ou de l agriculture biologique et à l essoufflement de la Révolution verte, de nombreux agronomes ne voient pas d autre issue qu une «agriculture écologiquement intensive» qui équivaudrait à une «révolution doublement verte». D autres parlent d une «agroécologie» (CIRAD, centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, basé à Montpellier). Sous ces différents vocables, l objectif est le même : «accroître les productions sans diminuer les potentialités des milieux et la biodiversité, pour les générations futures» (Michel Griffon et Jacques Weber, CIRAD, 1996), autrement dit allier les acquis de la révolution verte (de hauts rendements) et le souci de préservation de l environnement. Cela suppose de privilégier les techniques agricoles à faibles intrants tout en veillant à un maintien de la qualité des sols, de davantage s appuyer sur les savoirs Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 1. Nourrir les hommes traditionnels des paysanneries, d intégrer les coûts environnementaux dans le système des prix. Cela n exclut pas de poursuivre de recherches agronomiques vers la sélection de variétés, à la fois robustes et à hauts rendements mais si possible sans transgénèse. Document 7. Interview de Michel Griffon, Pour une agriculture écologiquement intensive (sur le site de l Usine nouvelle). Document 8. La faim, une préoccupation secondaire, voire absente (Sylvie Brunel). Ces nouvelles voies représentent sans doute un avenir incontournable mais elles demanderont du temps pour s imposer et impliqueront de reconsidérer complètement la formation des agriculteurs dans les pays développés et des gros efforts à destination des sociétés des pays du Sud. Conclusion Nourrir les hommes aujourd hui comme demain semble techniquement possible. Les enjeux majeurs sont de deux ordres. Il s agit d abord d assurer les équilibres locaux entre besoins et disponibilités alimentaires. Il faut aussi pouvoir garantir des prix suffisamment rémunérateurs aux paysans, capables à la fois de les sortir de la misère chronique qui caractérise la majorité d entre eux et, en même temps, de les inciter à produire plus. La question de l évolution des règles d un commerce international souvent injuste est donc fondamentale. Et le commerce équitable, qui assure au producteur un revenu pouvant être de 30 à 40 % au commerce concurrentiel classique est un progrès intéressant, mais il ne concerne encore que 1, 5 millions de producteurs dans le monde. L avenir de la production de nourriture pour l humanité dépend donc à la fois des progrès techniques à l échelle de l exploitation et d une meilleure régulation des marchés à l échelle mondiale. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
14 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 1. La disponibilité alimentaire dans le monde Question 1. Nourrir les hommes Retour Mise au point
15 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 2. La mise en culture de nouvelles terres Question 1. Nourrir les hommes Retour Mise au point
16 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 3. La sous-alimentation dans le monde Question 1. Nourrir les hommes Retour Mise au point
17 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 4. Terres louées ou achetées à l étranger Question 1. Nourrir les hommes Retour Mise au point
18 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 5. Les différentes combinaisons des trois composantes de la durabilité en agriculture Question 1. Nourrir les hommes Retour Mise au point Composante sociale Réformes agraires égalitaires VIVABLE Agriculture paysanne «traditionnelle» fermée DURABLE ÉQUITABLE Agriculture paysanne modernisée ouverte Agriculture biologique VIABLE Agriculture raisonnée Agriculture «productiviste» Composante environnementale Composante économique Source : Jean-Paul Charvet, Agriculture et développement durable, in Veyret Yvette, Le développement durable, SEDES, 2007, p. 123.
19 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 6. Les pays producteurs d OGM Question 1. Nourrir les hommes Retour Mise au point
20 19. Piste pédagogique 1 Exploiter des images de presse sur les agrocarburants Piste pédagogique 1 Exploiter des images de presse sur les agrocarburants Problématique d ensemble «Assurer la sécurité alimentaire» Capacités travaillées Identifi er des documents. Prélever, hiérarchiser et confronter des informations. Cerner le sens général d un document ou d un corpus documentaire, et le mettre en relation avec la situation géographique étudiée. Critiquer des documents. Utiliser de manière critique les moteurs de recherche et les ressources en ligne. Présentation de l activité Les élèves mènent un double travail. Sur le plan de la méthode, ils analysent de façon critique deux documents parus dans la presse et présentant le bioéthanol de façon antagoniste : l un défend la sécurité alimentaire de la population, l autre émane d un grand groupe industriel ayant beaucoup investi au Brésil pour obtenir un carburant issu de produits alimentaires. Du point de vue scientifi que, ils identifi ent différents acteurs de l agriculture dont les logiques s opposent et qui illustrent la compétition pour utiliser les terres cultivables. Cette activité permet aussi d aborder indirectement la question énergétique au cas où elle ne serait pas étudiée puisqu il s agit d une question au choix (voir aussi la piste pédagogique n 2 du chapitre L enjeu énergétique). Documents supports Document 1 : l affi che de la campagne publicitaire de l organisme France betterave, disponible à l adresse : L enseignant devra auparavant isoler l affi che pour une utilisation en classe sur un vidéoprojecteur. Document 2 : dessin humoristique du dessinateur Chapatte intitulé «Les bioéthanols sont-ils la solution?», publié le 20 décembre 2007 dans le journal Le Temps (Genève), disponible à l adresse : Pour trouver ce document, utiliser le moteur de recherche en indiquant le mot éthanol. Premier temps. Présentation des documents Il convient de commencer par l étude du document en lui-même pour donner du sens au message qu il transmet. 1. Relever les indications suivantes pour chacun des documents La nature du document de façon la plus précise possible (affi che, photographie, caricature, dessin humoristique ). La date de publication. La source. L auteur du message. 2. Utiliser un moteur de recherche pour mieux appréhender les auteurs ou commanditaires des documents Pour cerner le premier document, il faut se rendre sur le site suivant : indiqué en bas de l affi che. Sur le site, est indiquée la rubrique «Qui sommes-nous» en bas de page.
21 20. Piste pédagogique 1 Exploiter des images de presse sur les agrocarburants Pour cerner le deuxième document, les élèves doivent trouver quelques informations sur le dessinateur. Pour éviter les homonymes, il est bon de préciser que les mots-clés à indiquer peuvent être par exemple «Chapatte + dessinateur». Le premier site indiqué recense les dessins humoristiques : et donne quelques indications biographiques sur la rubrique à droite (illustrée par le «penseur»). Deuxième temps : lecture de l image Dans ce deuxième temps, les élèves s intéressent au sens de deux images et doivent décrypter les symboles utilisés. Document 1 Document 2 Analyse de l image Analyse du message écrit Relever tous les éléments servant à mettre en valeur le baril de carburant : animaux, couleur, plantes. Sur quel aspect du bioéthanol mettent-ils l accent? Quel est le message principal en tête d affiche? Quels sont les arguments utilisés pour défendre cette production? Montrer que ces arguments correspondent aux trois axes du développement durable. Quels attributs du personnage de gauche permettent d affirmer qu il est riche? Qui personnifie-t-il? Quels attributs des deux personnages de droite permettent d affirmer qu ils sont pauvres? Qui personnifient-ils? Quel est le carburant utilisé par la voiture? De quel produit faut-il réduire la consommation? Dans quel but? Troisième temps : analyse critique Ce troisième temps vise à mettre en évidence les arguments mis en œuvre par les différents acteurs dans le combat qui les opposent pour l occupation des terres cultivables 1. À l aide d un tableau de synthèse reformuler en une phrase les critiques faites à l encontre de l affiche et par là même aux producteurs de bioéthanol? Ce document a été élaboré à partir du jugement rendu par le jury de déontologie publicitaire appelé à statuer sur les plaintes émises par le public (individuel ou association) à l encontre des publicités. L avis de ce jury est consultable sur le site : 2. Quel enjeu du biocarburant est par ailleurs mis en avant dans le texte «Les biocarburants affament-ils le monde?» et qui n apparaît pas du tout dans la campagne publicitaire des betteraviers? 3. À l aide du document 2 et du texte «Les biocarburants affament-ils le monde?», quel risque le développement du bioéthanol engendre-t-il pour l alimentation mondiale? 4. Conclure sur les limites propres à des documents qui prennent parti. Pour cela réfléchir aux questions suivantes : en quoi la campagne de publicité menée en faveur du bioéthanol ne peut-elle être que partielle? Pourquoi le dessin de Chapatte ne peut-il être que critique?
22 21. Piste pédagogique 1 Exploiter des images de presse sur les agrocarburants Les biocarburants affament-ils le monde? Quelles surfaces pour les biocarburants? La consommation actuelle de biocarburant est de 15,5 millions de tonnes/an : 6,4 millions au Brésil, 6,8 aux États- Unis et 2 dans l Union européenne. Mais les biocarburants ont aussi une grande faiblesse : ils entrent en concurrence avec les cultures alimentaires à un moment où l on assiste à une mondialisation des goûts et à une demande de plus en plus forte, en Chine et en Inde, de viande et de pain dont les productions sont fortement utilisatrices de terres agricoles. Si la France voulait remplacer 10 % des carburants pétroliers par des biocarburants, elle devrait y consacrer 2,7 millions d hectares soit 18,5 % de sa surface agricole utile (SAU) contre hectares actuellement qui couvrent 0,97 % des besoins en carburant. Dans l état actuel de productivité des agrocarburants, il faudrait deux fois la surface totale de la SAU française pour couvrir l ensemble des besoins en carburant. Les aliénés du moteur à explosion À l échelle mondiale, la FAO a calculé que la SAU planétaire pourrait nourrir environ 10 milliards d individus. Il faudrait donc trois planètes Terre toujours dans les termes de productivité actuelle pour couvrir à la fois la demande alimentaire et les besoins en biocarburants. René-Eric Dagorn, Sciences humaines, n 195, juillet Retour Piste pédagogique Géographe et historien, René-Eric Dagorn est enseignant en classes préparatoires et à l Institut d études politiques de Paris.
23 22. Piste pédagogique 1 Exploiter des images de presse sur les agrocarburants Tableau de synthèse : décrypter les symboles utilisés. Élément de la publicité sur l affiche «Un carburant moins cher : - 30 % à la pompe» Jugement rendu par le jury Retour Piste pédagogique Concernant l affirmation selon laquelle le bioéthanol est un carburant moins cher, l annonceur a fait valoir qu il ressort des données de l observatoire sur les prix des carburants à la pompe que le super éthanol E85 a été vendu à la pompe en moyenne 37,4% moins cher en 2008 que le supercarburant sans plomb 95. Il a reconnu, lors de la séance, que le bilan kilométrique du super éthanol E85 est inférieur à celui de l essence mais indiqué que, grâce au prix inférieur, le consommateur qui utilise le super éthanol E85 ne supporte aucun surcoût. Le Jury estime en conséquence que sur ce point, l affiche critiquée ne respecte pas les recommandations de l ARPP selon lesquelles la publicité ne doit pas tromper le public sur la réalité des actions de l annonceur en faveur du développement durable, ni sur les propriétés de ses produits et de ses services en la matière. Sur le visuel de l affiche France Betteraves soutient que l utilisation de la couleur verte est légitime puisque son activité ressort du secteur agricole à laquelle elle est traditionnellement associée. Elle ne se rattache pas à l innocuité du produit mais à son origine. Elle justifie la présence de la coccinelle et des papillons par le fait que le baril est situé dans un champ où la présence de ces insectes est commune. Le Jury relève, toutefois, que ces éléments de couleur et de faune associés sont de nature à induire l idée qu au-delà de la production agricole de la betterave dont l éthanol est issue, celle-ci s effectue selon les règles de l agriculture biologique ce qui n est pas exact et que sa production est totalement inoffensive pour l environnement, ce qui n est pas non plus démontré. Il relève que la documentation produite par France Betteraves comme permettant de justifier ses affirmations n apporte aucun argument sur la réalité de l affirmation relative à la contribution à la diversité biologique. Il considère en conséquence que l affiche ne respecte pas les recommandations rappelées ci-dessus en ce qu elles précisent que la publicité doit proscrire toute déclaration de nature à tromper directement ou indirectement le consommateur sur la réalité des avantages ou propriétés écologiques des produits ainsi que sur la réalité des actions que l annonceur conduit en faveur de l environnement.
24 23. Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie : situation de crise alimentaire Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie autour d une situation de crise alimentaire Problématique d ensemble «Assurer la sécurité alimentaire» Capacités travaillées Sélectionner des informations. Prélever, hiérarchiser et confronter des informations. Décrire et mettre en récit une situation géographique. Présentation de l activité Les élèves rédigent un récit géographique sur une crise alimentaire. À partir d un corpus documentaire, ils doivent réaliser un travail d investigation et de mise en récit pour produire un article de presse dont le titre imposé est : «Comment assurer la sécurité alimentaire de la population du Niger?». Outil Pour construire le récit, les élèves pourront s aider du logiciel XMind qui permet de réaliser des schémas ou «cartes heuristiques» ; depuis septembre 2010, il est téléchargeable gratuitement en version française sur le site de l École française de l heuristique. Documents supports Un corpus documentaire à proposer aux élèves ; celui présenté ici illustre les principes nécessaires à la réalisation de l activité. 1. Connaître les règles du récit Pratiqué en français et en histoire dès le collège, le récit peut donner lieu à plusieurs entrées pédagogiques. Il peut ainsi reposer sur «un triangle de compétences» associant : description (des faits, hommes et événements) ; explication (idées) ; argumentation (liaisons, interprétations) (voir Chantal Février, Jean Sérandour : Production du récit et construction du sens en histoire, Colloque concepts, modèles, raisonnements, INRP 1997). Pour cette activité, il a été privilégié la structuration suivante, se décomposant en plusieurs phases : la structure initiale, marquée par la présentation des différents acteurs, la description d un contexte initial et l expression d une certaine stabilité ; éventuellement, un élément perturbateur modifi e la structure initiale, la narration insistant sur l idée de rupture ; une succession d événements qui s insèrent dans une chronologie précise ; la résolution du problème avec un certain retour à la stabilité ; la situation fi nale qui exprime un retour à la situation initiale ou une nouvelle stabilité. La construction du récit s inscrit dans une fi nalité particulière. Selon C. Février et J. Sérandour, «L interrogation essentielle pour l élève dans cette recherche est : que puis-je communiquer? Et comment? Il doit changer radicalement de position et se demander comment transmettre l essentiel des faits et problèmes à quelqu un qui serait sans aucune familiarité avec le sujet.» Il est aussi essentiel de respecter les temps correspondant à chaque moment du récit.
25 24. Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie : situation de crise alimentaire 2. Savoir les adapter à un récit géographique Pour réaliser cette activité, le professeur doit respecter certaines étapes : choisir une situation géographique à transformer en récit ; construire un corpus documentaire à partir duquel les élèves vont réaliser le récit ; se familiariser avec le logiciel XMind s il veut faire travailler sa classe avec les nouvelles technologies. Un exemple est proposé ci-dessous. Il aborde la question de la sous-alimentation dans le monde (voir dans la partie Mise au point scientifique le document 3 : La sous-alimentation dans le monde). Il détaille les différentes étapes d élaboration et les contraintes qui en découlent. 3. Faire élaborer un récit géographique Passer de la situation géographique à la réalisation d un récit suppose le respect de certaines contraintes : localiser les faits évoqués ; replacer, le cas échéant, les faits majeurs à différentes échelles (locale, régionale, mondiale) ; identifier chacun des acteurs de la situation géographique, présents aux différentes échelles spatiales, et préciser leur rôle ; utiliser un vocabulaire disciplinaire pour décrire et expliquer la situation géographique. Ici les termes et les notions clés sont : famine, crise alimentaire, croissance démographique, sécheresse, malnutrition, sous-alimentation, sécurité alimentaire, autosuffisance alimentaire. 4. Constituer un corpus documentaire Pour être pertinent, le corpus doit être composé de documents de nature différente, présentant le point de vue d acteurs différents et abordant la situation géographique à différentes échelles. Il est ainsi possible de proposer : des cartes portant sur la crise alimentaire dans le monde, en Afrique et plus précisément au Niger. Par exemple : une carte (présente dans de nombreux manuels) sur les crises alimentaires en Afrique subsaharienne ; une carte sur la famine au Niger (2010), consultable à l adresse : des textes exprimant différents points de vue : journaliste, politique nigérien, ONG et OIG ; ils sont respectivement disponibles en ligne :. Le regard de l IRIN (organisme lié à l ONU) 17 août La FAQ sur la faim (site du PAM).. Un article du journal La Croix sur les causes de la famine 24 mars Un article de Courrier international du 12 mai La brochure d Afrique Verte Des images :. Une photographie de presse : voir sur le site d Oxfam.. Une affiche d une ONG comme les photographies. 5. Se familiariser avec le logiciel XMind La simplicité de l interface de ce logiciel gratuit et la facilité à construire des schémas le rendent d utilisation aisée en classe. Un didacticiel (en français) en ligne permet une prise en main rapide. 6. Mettre en œuvre l activité Faire rédiger le récit géographique, en équipes et en plusieurs étapes Étape 1. Mise en place des équipes de rédaction. Il est souhaitable de constituer des groupes associant des élèves de niveaux différents ; les acquis de la sociométrie peuvent être aussi sollicités pour éviter les situations de blocage. Étape 2. Chaque groupe dispose d un corpus documentaire, qui est analysé en fonction de la problématique (le titre de l article à rédiger) ; les élèves relèvent les informations importantes et confrontent leurs regards et sélections.
26 25. Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie : situation de crise alimentaire Étape 3. À l aide du logiciel XMind, les élèves composent un schéma par phase du récit en utilisant la méthode des 5 W + 1 (What, Where, Who, When, Why + How) ou celle du QQOQCP (Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Pourquoi) ; la construction est individuelle. Étape 4. Chaque schéma est repris et enrichi, à l aide du dossier, par le groupe tout entier ; une cohérence s établit entre différentes phases du récit. Important : les mots-clés et notions issus du vocabulaire géographique doivent être placés sur chaque schéma. Étape 5. Chaque élève entreprend la rédaction d un article de presse, soit à l aide des cinq schémas, soit avec le déroulé linéaire et organisé (structure) des informations, proposé par XMind. Premier temps Les élèves réalisent avec XMind des schémas emboîtés ou cartes heuristiques ; chacun développe l une des étapes du récit. Trois diapositives sont ainsi élaborées : Diapositive 1 : la carte principale organisant le récit et «ouvrant» vers chaque partie. Diapositive 2 : un exemple de carte secondaire, la première partie du récit. Diapositive 3 : les élèves disposent de la structure linéaire de l argumentation réalisée sous la forme de carte heuristique. Deuxième temps Rédaction du récit. L objectif est de tendre vers le type de texte du document «Comment assurer la sécurité alimentaire de la population au Niger?»
27 26. Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie autour d une situation de crise alimentaire 1. La carte principale organise le récit et «ouvre» vers chaque partie. Retour Piste pédagogique
28 27. Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie autour d une situation de crise alimentaire 2. Exemple de carte secondaire : la première partie du récit. Retour Piste pédagogique
29 28. Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie autour d une situation de crise alimentaire 3. Structure linéaire de l argumentation réalisée sous la forme de carte heuristique Retour Piste pédagogique
30 29. Piste pédagogique 2 Construire un récit en géographie : situation de crise alimentaire Comment assurer la sécurité alimentaire de la population au Niger? Le Niger connaît depuis longtemps un équilibre précaire qui se traduit par une situation de malnutrition chronique. Les pluies insuffisantes et une agriculture rudimentaire contribuent à cet état. Une rapide croissance démographique est entretenue par la culture musulmane qui limite la contraception. L urbanisation a provoqué des changements dans les habitudes alimentaires occasionnant une augmentation des importations de produits agricoles. Dans le même temps, l augmentation du prix des céréales (+157% pour le blé) a touché les populations les plus pauvres. De plus, l insécurité empêche l intervention des ONG.. Ces disettes régulières se produisent lors des périodes de soudures et provoquent parfois de véritables crises comme en À la fin de l année 2009 et au début de l année 2010, la situation va rapidement s aggraver. La sécheresse, causée par des pluies insuffisantes (baisse de 70% des précipitations) provoque une chute de 30% de la production céréalière. Près de 7,5 millions de personnes sont touchées par cette crise, qui touche l ensemble du Sahel, en particulier le Tchad. La famine se déclare alors au Niger. Plus de la moitié de la population nigérienne, surtout les enfants, souffre de sous-alimentation et de malnutrition. Elle est présente dans tout le Sahel, comme dans les villages du désert et les quartiers pauvres de Niamey. Souvent, l alimentation est constituée d un seul repas par jour, composé de feuilles ou de baies bouillies. Le nouveau gouvernement nigérien réclame l aide internationale. Il faut répondre à l urgence avec une aide extérieure. Le gouvernement est soutenu par l ONU et les ONG. Dès le 1 er mars, l aide intervient sous la forme de distribution gratuite de nourriture, d argent liquide et de semences et de vente de céréales à un prix modique. Le gouvernement affirme sa volonté de rétablir la paix dans le pays, afin de limiter les difficultés d intervention que rencontrent les ONG dans le nord. Mais pour assurer définitivement la sécurité alimentaire de la population, des mesures importantes doivent être prises. L objectif de permettre à toutes les personnes d avoir accès à tout moment à une nourriture suffisante, saine et nutritive pour couvrir les besoins alimentaires leur permettant de mener une vie active. Il faudrait encourager les habitants à se rendre dans les centres de santé et tenter de réduire la natalité. Sur le plan économique, il faudrait développer le commerce des produits alimentaires entre les pays du Sahel et permettre aux agriculteurs de travailler différemment. Si l Asie et l Amérique latine ont réussi à limiter les crises alimentaires, le problème reste important en Afrique subsaharienne. Pourtant, il suffirait, dans un premier temps, de distribuer des compléments alimentaires pour limiter les carences. La situation initiale L élément perturbateur Une succession d événements La résolution du problème La situation finale Retour Piste pédagogique Pourquoi? Comment? Où? Quand? Quoi? Qui?
31 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 2. L eau, ressource essentielle Mise au point scientifique I. Inégalité de répartition et d exploitation de la ressource I.1. L eau est une ressource renouvelable en accès limité I.2. L eau est inégalement répartie I.3. L eau, une ressource inégalement exploitée II. Maîtrise de l eau et transformation des espaces II.1. Un accroissement de la demande II.2. nécessitant des aménagements spécifiques de plus en plus coûteux II.3. Des paysages hydrauliques originaux III. Gérer une ressource convoitée et parfois menacée III.1. Économiser et préserver l eau III.2. L eau, un bien universel? III.3. Une ressource finie? Conclusion : l eau une ressource durable? Documents de la mise au point Document 1. Document 2. Document 3. Document 4. Document 5. Document 6. Eau et développement durable Estimation du volume d eau sur Terre et des flux annuels par grands réservoirs Rapport prélèvement/ressources en eau potable L indice de pauvreté en eau Le taux d accès à une eau potable améliorée Typologie des États selon le mode de consommation Document 7. Évolution de la consommation mondiale d eau Pistes pédagogiques Piste 1. Sélectionner des informations sur une page web et construire un fichier «Google Earth» sur le thème des inégalités de répartition et d accès à l eau. Piste 2. Construire des organigrammes sur le problème de l eau au Congo-Brazzaville. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
32 Mise au point scientifique L eau, ressource essentielle 31. Mise au point scientifique L eau est indispensable à la vie. Pourtant inégalement répartie sur la planète, elle est à la base de l ensemble des activités humaines. Alors que les besoins en eau augmentent plus rapidement que le rythme de la croissance démographique, l accès à une eau douce potable n est pas encore assuré pour tous les hommes. Comment garantir à l échelle de la planète aujourd hui et pour les générations futures la satisfaction de ce besoin élémentaire? L accès à l eau renvoie d abord à des données physiques. Plus de 97 % de l eau présente sur Terre est salée contre moins de 3 % d eau douce. Mais seule une infime partie de cette eau douce est directement utilisable par l homme : les cours d eau et les nappes phréatiques souterraines ne constituant que 1 % du volume. À la quantité d eau disponible s ajoute la notion de qualité. Une eau potable est une eau devant satisfaire à un certain nombre de caractéristiques la rendant propre à la consommation humaine. Mais l absence d assai nis sement et les risques de contamination d origine microbienne ou chimique peuvent être responsables de maladies mortelles, notamment chez les jeunes enfants. Or la qualité de l eau est de plus en plus dégradée : la moitié des grands fleuves et lacs mondiaux sont pollués. L accès à l eau se détermine aussi en fonction de ses usages. L eau douce est utilisée à 70 % par l agriculture au niveau mondial. Mais l urbanisation croissante entraîne une augmentation des besoins. L accès à l eau renvoie enfin à des données socio-économiques. Les plus riches de la planète peuvent consommer entre 150 à 400 litres d eau par jour et par personne quand les plus démunis subsistent avec moins de 19 litres. Aujourd hui on estime que 1, 2 milliard d êtres humains n ont pas accès à une source d eau améliorée* et que 3 milliards n ont pas l eau courante à domicile. L eau, ressource essentielle L accès à l eau, enfin, a des résonances culturelles. L eau, présente dans la plupart des mythes fondateurs des civilisations, est un symbole de fécondité et de fertilité et peut revêtir un caractère sacré, autant d images qui peuvent être exploitées à des fins commerciales. Document 1. Eau et développement durable Le programme invite à s intéresser à trois questions : Peut-on parler de ressource renouvelable pour l eau? À quelles échelles? De quelle eau s agit-il? Quels sont les usages de l eau dans le monde? Par quelles techniques les hommes mobilisent-ils cette ressource? Quelles en sont les traductions spatiales? Quels sont les enjeux en termes d acces si bi lité et de qualité et les acteurs d une gestion durable de l eau? I. Inégalité de répartition et d exploitation de la ressource I.1. L eau est une ressource renouvelable en accès limité La Terre est la seule planète du système solaire à posséder de l eau présente sous tous les états : liquide, solide et gazeux. Le cycle de l eau* est constitué par cet échange permanent entre les différents réservoirs de la planète : l atmosphère, la biosphère, l hydrosphère et la lithosphère. La vapeur d eau issue de l évaporation des océans est transportée par les vents. Elle se condense, forme les nuages, et retombe en précipitations dont le volume annuel est évalué à km 3 (1 km 3 = 1 milliard m 3 ) : 80 % retourne à l océan, et 20 % tombe sur les continents. Environ 70 % de l eau précipitée sur les continents est rapidement réintroduite dans l atmosphère par évaporation et évapotranspiration. Le reste s écoule en direction de la Par François Sirel IA-IPR histoire et géographie. ** Cycle de l eau Circuit naturel de l eau dans ses différents états (liquide, gazeux et solide) entre les océans, l atmosphère et les continents. ** Source d eau améliorée Accès par la population à un point d eau protégé : eau courante, borne-fontaine, puits, citerne d eau de pluie, source à l écart des animaux. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
33 32. mer, par ruissellement ou par infiltration dans les sols ou est stocké sous forme de glace et de neige. Les eaux superficielles, présentes dans les lacs, les zones humides, les sols et les cours d eau sont directement utilisables mais ne représentent qu une petite partie de la ressource. ( km 3 ). La majorité de l eau est stockée dans des nappes souterraines, de dimension et de profondeur variables. Certaines ne sont plus alimentées par le cycle de l eau, ces nappes d eau fossiles sont piégées sous terre, parfois depuis des millions d années. Au total, le volume d eaux douces accessibles est estimé à km 3 quand les besoins planétaires se montent à km 3 par an. I.2. L eau est inégalement répartie À l échelle mondiale, les ressources en eau sont largement fonction de la répartition des précipitations à la surface de la planète, donc Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 2. L eau, ressource essentielle des climats. Les régions qui manquent le plus cruellement d eau sont situées le long des tropiques. Ce sont les régions arides des grands déserts chauds de l Afrique du Nord et du Sud, de l Australie et du Moyen-Orient (31 % des terres émergées de la planète). Le bilan hydrique* annuel (différence entre la quantité d eau apportée par les précipitations et celle qui est perdue par évaporation) est négatif (évaporation très forte et précipitations très rares). Le monde arabe, qui représente 4 % de la population mondiale, ne dispose que de 0, 7 % des ressources en eau. D autres régions encore ont des bilans négatifs, notamment au centre du continent eurasiatique où les précipitations sont faibles en hiver et l évaporation forte en été. Toutes les autres régions du globe ont des bilans annuels positifs, même si les rythmes saisonniers sont très différents de l une à l autre et que l apport d eau ne se fait donc pas de manière identique. Les Document 2. Estimation du volume d eau sur Terre et des flux annuels par grands réservoirs ** Bilan hydrique État des ressources en eau compte tenu des gains et des pertes. Milieux Volumes (en km 3 ) % du Temps de résidence Flux annuel total moyen (en km 3 ) Océans millions 96, ans Glace de l Antarctique Glace du Groënland Glaciers de montagne 25 millions 3 millions à , ans ans 100 à 300 ans Permafrost Eaux souterraines 15 millions 1, ans Eaux de tous les lacs ,01 30 ans d eau douce Eau présente dans les ,01 1,8 an sols Mers intérieures ,01 Inconnu Eau présente à ,5 jours tout instant dans l atmosphère Eau présente à tout jours instant dans toutes les rivières Eau des cellules Quelques heures vivantes Total Ces chiffres sont bien sûr des estimations, avec des fourchettes d incertitude qui peuvent aller de 2 % à 20 %, la valeur la plus incertaine étant celle des eaux souterraines contenues dans les roches, dont les estimations vont de sept millions à 330 millions de kilomètres cubes. Source : Ghislain de Marsily, L eau, un trésor en partage, Dunod, 2009 Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
34 Mise au point scientifique L eau, ressource essentielle 33. régions les plus favorisées sont les régions tempérées et intertropicales. L inégalité de répartition existe aussi entre continents. L Asie, avec 60 % de la population mondiale, ne dispose que de 36 % de l eau de la Terre quand l Amérique latine dispose de 36 % des eaux de la planète pour 6 % de la population mondiale. Cette inégalité se retrouve entre États. Alors que douze États contrôlent les trois-quarts de l écoulement terrestre les trois premiers étant le Brésil, la Russie et le Canada la plupart des États du Moyen-Orient, du Maghreb ou de l Asie centrale sont dans une situation dite de stress hydrique*. À l échelle nationale, la diversité des conditions naturelles et la répartition des sites d utilisation d eau entraînent des situations internes contrastées, à l exemple du Brésil. Cet État est considéré comme un pays très riche d un point de vue hydrologique car il possède près de 12 % de l eau douce qui s écoule à la surface du monde. Le problème, c est que cette quantité est répartie de façon inégale : on en trouve 70 % en Amazonie, région où vit moins de 7 % de la population nationale, 15 % dans le Centre-Ouest, 6 % dans le Sud et le Sud-Est et à peine 3 % dans le Nordeste, dont les deux tiers sont situés dans le bassin du fleuve São Francisco. À l échelle locale, les contrastes sont aussi forts. À titre d exemple, Mexico est confrontée à un déficit hydrique sévère : sur les hauteurs de la Sierra de Guadalupe, l eau courante a été remplacée par l approvisionnement au camion-citerne. Aux disparités géographiques s ajoutent les variations saisonnières présentes sur toutes les régions du globe, l exemple le plus marquent étant les pays de mousson où une saison de pluies très violentes succède à la saison sèche longue de plusieurs mois. En cas de déficit saisonnier, les pays au bilan hydrique annuel positif peuvent en effet toujours avoir recours de façon temporaire à leurs réserves, et en particulier à leurs réserves souterraines. En revanche, dans les régions au bilan hydrique annuel déficitaire, le recours aux réserves ne peut conduire qu à leur épuisement à plus ou moins long terme puisque celles-ci ne peuvent se reconstituer. I.3. L eau, une ressource inégalement exploitée Au-delà du ratio établi entre ressources disponibles en eau et nombre d habitants qui permet de parler ou non de pénurie d eau aujourd hui ou dans le futur, il est utile de connaître le rapport entre l état de la ressource et l importance de la demande, en confrontant les prélèvements en eau, ou la consommation finale (c est-à-dire la part des eaux prélevées non retournées aux eaux continentales, après usage) aux flux moyens de ressources exprimés en %. La pression humaine sur les ressources en eau, à l échelle de chaque pays, est un point central en termes de durabilité. Deux types de situations problématiques peuvent être relevés : les pays ou les prélèvements sont supérieurs à 75 % de la ressource, celle-ci étant limitée pour des raisons physiques. Il peut s agir de pays pauvres comme en Asie centrale ou d une partie d un pays riche comme le Sud- Ouest des États-Unis ; les pays incapables de mobiliser la ressource, qui peut être abondante comme dans les pays tropicaux, pour des raisons économiques. Il s agit de pays pauvres d Afrique noire, d Amérique latine ou de l Asie méridionale. Document 3. Rapport prélèvement/ressources en eau potable. Cette maîtrise de l eau est liée autant aux capacités techniques et économiques qu à la volonté politique des États. Fin 2002, le Centre britannique pour l écologie et l hydrolo gie a lancé le premier indice de pauvreté en eau* (IPE). En dessous de 48, l indice traduit une situation critique. Au-delà de 68, l indice est dit faible et la situation jugée bonne. L opposition entre pays du Nord et pays du Sud reste marquée ; les États africains se distinguent par leur manque de ressources et leur difficulté à la mobiliser. Les ** Stress hydrique Situation dans laquelle un pays dispose de moins de m 3 par an et par habitant. ** Indice de pauvreté en eau Créé en 2002 par les chercheurs du Centre britannique d écologie et d hydrologie, il s agit d un indice composite, combinant critères physiques, techniques, économiques, sociaux et environnementaux : état des ressources ; accès à l eau des populations ; capacité à mobiliser les ressources ; types d utilisation ; impact sur l environnement. Le résultat est exprimé entre 0 et 100. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
35 34. ** Irrigation Apport artificiel d eau à des végétaux cultivés, afin d augmenter les rendements. États latino-américains se distinguent avant tout par l importance des ressources en eau disponibles. Document 4. L indice de pauvreté en eau. Il n y a pas pour autant de corrélation automatique entre croissance économique et accès à l eau. Ainsi, la Chine affiche un PIB par habitant plus élevé que celui de l Égypte, mais son taux d accès à l eau potable est inférieur. De même, l Inde a connu ces dernières années une croissance économique sans commune mesure avec celle de son voisin bangladeshi, mais l assainissement a progressé de manière bien plus rapide au Bangladesh. II. Maîtrise de l eau et transformation des espaces II.1. Un accroissement de la demande Au plan global, l ensemble des prélèvements représentent environ 9 % des ressources renouvelables. Mais ils varient considérablement d un usage à l autre. L agriculture absorbe 70 % de l eau consommée dans le monde, en premier lieu pour l irrigation*, qui couvre 18 % des terres cultivées et assure la moitié de la production agricole. L irrigation est la réponse à l irrégularité ou l insuffisance des précipitations et permet aussi d intensifier les cultures. Elle s est généralisée plus récemment dans les zones à pluies suffisantes pour augmenter les rendements, par exemple du maïs. On peut dans ce cas parler d irrigation «de complément». L industrie et l énergie constituent ensuite les deux grands utilisateurs avec 20 % du total des prélèvements. L eau est utilisée dans de nombreux processus industriels comme dans les secteurs de la chimie et de la métallurgie, l industrie papetière étant la première consommatrice. : un kilo de papier demande 324 litres ; à titre de comparai son, un kilo de plastique nécessite 185 litres, une puce électronique de 2 grammes consomme 32 litres d eau. Les principales Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 2. L eau, ressource essentielle filières de production d énergie et d électricité ont besoin d eau pour le nettoyage, le refroidissement ou pour la génération même de la source d énergie (dans le cas de l énergie issue de la biomasse). Enfin, pour 10 %, l eau est consommée pour des usages domestiques par les collectivités (écoles, hôpitaux, lavage des rues) et les foyers (hygiène, nettoyage, alimentation). Derrière ces données se cache une inégalité, celle de l accès à l eau pour la population. Ainsi, dans le monde, le rapport conjoint OMS/Unicef (2008) recense environ quatre fois plus de personnes en zone rurale (746 millions environ) sans accès à des sources d eau améliorées en d autres termes l accès à l eau potable protégée des contaminations animales, qu en zone urbaine (137 millions environ). Les pays du Nord disposent d un accès universel, généralement garanti par la loi, avec un service continu et de bonne qualité. À l opposé, les pays du Sud, connaissent en ville un service discontinu (eau le matin ou le soir, coupure de plusieurs jours nécessitant d avoir un réservoir et une pompe à domicile) et de qualité variable. En milieu rural, le taux d accès à l eau potable peut tomber à 12 % de la population comme au Sénégal. Les villes du Sud présentent des contrastes énormes, tant dans l accès à l eau que dans la quantité d eau consommée par les différents quartiers. La ségrégation y est très lisible entre quartiers chics, équipés de piscines et de pelouses arrosées et secteurs d habitat précaire, édifiés sans plan d aménagement préalable, qui consomment dix fois moins d eau que les premiers. L accès de façon durable à une source d eau améliorée est l un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Il s agit de diminuer de moitié, d ici 2015 (par rapport à 1990), la proportion des individus n ayant pas accès à une source d eau potable. D où l importance de la notion d accès à l eau «raisonnable» : c est, pour l OMS, disposer de 20 litres d eau par jour et par personne à partir d un point d eau naturel ou aménagé, situé dans un rayon d un kilomètre maximum de son domicile. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
36 Mise au point scientifique L eau, ressource essentielle 35. Document 5. Le taux d accès à une eau potable améliorée D une région à l autre, les niveaux de consommation sont disparates, selon la disponibilité naturelle, le niveau de dévelop pement, la densité de population et le mode d agriculture. À l échelle des continents, l Asie se place loin devant l Amérique et l Europe en utilisant près de 68 % de l eau consommée dans le monde, du fait de la densité de sa population (61 % du total mondial) et du recours massif à la riziculture, fortement consommatrice d eau. En revanche, les usages industriels sont concentrés à 60 % dans les pays du Nord tandis que la faiblesse des usages domestiques est un indicateur de la pauvreté. Ainsi, les États-Unis se placent au 3 e rang des pays les plus gros consommateurs d eau (chaque habitant disposant de 400 litres par jour), d abord en raison de son mode de vie, l irrigation ne représentant que 40 % de la consommation. À l opposé l Égypte utilise 98 % de son eau pour l irrigation et ne fournit que 27 litres par jour pour la consommation personnelle. Document 6. Typologie des États selon le mode de consommation Les besoins en eau vont croissant. Au cours du vingtième siècle, la demande en eau, à l échelle mondiale, a été multipliée par six dans le secteur agricole et par 30 dans le secteur industriel alors que la population a été multipliée par trois. Des conflits d usages* apparaissent à différentes échelles : concurrences pour l utilisation, notamment entre agriculture et tourisme comme entre agriculture et alimentation urbaine. En Espagne, en Tunisie, les conflits sont âpres entre agriculteurs et promoteurs touristiques qui font gonfler le nombre d usagers de l eau à la période précise, l été, où elle est plus rare. L irrigation est nécessaire aux huertas* espagnoles, mais il faut compter avec les centaines de milliers de touristes qui arrivent sur les côtes en été. Pour répondre à ces nouveaux besoins des citadins la consommation d eau a triplé en moins de vingt ans dans les villes. il faut aller chercher l eau toujours plus loin, et c est souvent l eau des campagnes qui est redirigée vers les agglomérations. Ainsi, Nouakchott dépend, pour son approvisionnement, de la nappe souterraine du Trarza, exploitée à Idini, à une soixantaine de kilomètres de la capitale de la Mauritanie. Le deuxième conflit le plus important est le conflit privé-public/communautaire. Dans les zones rurales, l accès à l eau des communautés villageoises est souvent menacé par l utilisation de l eau par des entreprises privées, notamment minières. Dans les zones urbaines, c est la gestion de l eau par des entreprises transnationales privées qui entre en conflit avec les objectifs d une gestion publique de l eau. Mais les conflits peuvent être d autres natures : la municipalité de São Paulo doit faire face à la venue des migrants s installant sur les zones de captage d eau potable de la ville et déversant leurs eaux usées dans les ruisseaux et réservoirs. Les tensions géopolitiques naissent quand un bassin-versant* d un fleuve traverse plusieurs États. La Californie profite de 30 % du débit du Colorado, essentiellement à des fins urbaines, alors que le Mexique n en reçoit que 9 %. Aux premières contestations du Mexique, qui datent de la fin du xix e siècle, les États-Unis répondirent qu un État est libre d employer l eau qui se trouve sur son territoire comme bon lui semble : la ressource n est pas du tout conçue comme commune. Cette doctrine de la souveraineté territoriale absolue sur le territoire et ses ressources est invoquée de nos jours par la Turquie dans le litige qui l oppose à la Syrie et à l Irak sur le Tigre et l Euphrate. Le Tadjikistan agit de même, envisageant même de facturer son voisin en aval, l Ouzbékistan, pour l eau du Syr Daria et de l Amou Daria qui traversent son territoire. Document 7. Évolution de la consommation mondiale d eau ( ) ** Huerta En milieu méditerranéen, espace agricole irrigué spécialisé dans les productions maraîchères et fruitières. ** Conflit d usage Rivalité entre différents acteurs spatiaux sur l utilisation d une ressource (ici l eau). ** Bassin-versant Étendue drainée par un cours d eau et l ensemble de ses affluents dont la limite est fixée par la ligne de partage des eaux. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
37 36. ** Nappe phréatique masse d eau contenue dans le sous-sol, reposant sur une couche imperméable et accessible par forage ** Nappe fossile eaux souterraines résultant d une longue accumulation et ne se renouvelant peu ou pas II.2. nécessitant des aménagements spécifiques de plus en plus coûteux Depuis l Antiquité les sociétés se sont organisées pour pomper et distribuer l eau des nappes alluviales et des nappes phréatiques*, d abord par simple élévation noria, puits à poulie, motopompe aujourd hui puis par stockage depuis l édification d une digue de sable pour capter et filtrer l eau de pluie jusqu à l édification de barrages créateurs de lacs réservoirs. Entre 1950 et 1995, 540 ouvrages ont été créés, dont 360 avant Les barrages, hier synonymes d indépen dance énergétique et d apport d eau pour l irrigation, sont aujourd hui décriés pour leur impact social et environnemental. L exemple le plus emblématique est le barrage des Trois Gorges, sur le Yangzi Jiang en Chine, le plus grand du monde et qui a donné lieu à des débats sévères. Il répond à trois préoccupations : prévenir les crues (1 500 morts en 1998), produire de l électricité, et créer un espace navigable de 660 km de longueur. Mais l impact humain (entre 1,2 et 1,9 million de personnes déplacées), environnemental (disparition d espèces endémiques) et patrimonial (ennoyage de vestiges vieux de ans) a été d une ampleur sans précédent. Employés systématiquement par les Romains pour l alimentation en eau des villes, les aqueducs présentent l avantage de limiter les pertes en ligne mais il faut construire l infrastructure, construire également le barrage et le réservoir de captage de l eau, et finalement pomper l eau sur de grandes distances, et parfois de grandes dénivellations. Ainsi, l Aqueduc de Californie franchit-il une dénivelée de 593 m par-dessus les monts Tehachapi, grâce au plus important pompage au monde. Construit de 1956 à 2003, l aqueduc a coûté 6,2 milliards $. L Arabie Saoudite, pays presque entièrement désertique, qui se trouvait dans une totale dépendance alimentaire, illustre un autre choix : le pompage dans les nappes fossiles*. Depuis 1980, elle a fait de considérables investissements dans le déve lop pement de Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 2. L eau, ressource essentielle l agriculture irriguée. Son extension a été fulgurante (de ha en 1970 à près de 2 millions). Aujourd hui, l Arabie Saoudite assure une grande partie de sa consommation de légumes, de fruits, de poulets et de produits laitiers. Elle parvient même à exporter du blé dans les autres pays du Golfe Persique. Les nappes fossiles extrêmement profondes fournissent l eau nécessaire à un arrosage de seize heures quotidiennes. Le prix de revient est énorme : la tonne de blé revient à 600 dollars alors que le cours du blé importé est à 100 dollars. Mais, problème majeur, la ressource fossile ne se renouvelle pas. C est véritablement une agriculture «minière» : les risques d épuisement et de pollution de la nappe sont considérables : une telle expérience ne peut se généraliser. Transporter l eau peut donner lieu à des chantiers gigantesques. En Libye, la «Grande-Rivière» artificielle composée de km de canalisations sous le désert est programmé sur 25 ans. L objectif est d utiliser les réserves d eaux fossiles du Sahara pour alimenter la frange côtière du pays, plus propice à l agriculture et où aussi se concentrent les trois-quarts de la population (6 millions d habitants dont 1 million d immigrés). En Chine, il est prévu de transférer une partie de l eau stockée derrière le barrage des Trois Gorges sur le Yangzi Jiang vers la plaine de la Chine du Nord ainsi que vers les villes de Pékin et de Tianjin, à partir d un canal long de km. Des navires citernes ou aquatiers sont également utilisés pour approvisionner les régions déficitaires en eau. Ainsi la Catalogne, face à une situation de sécheresse au printemps 2008, fit venir des bateaux de tpl (tonnes de port en lourd) depuis Marseille et Tarragone. Le groupe canadien Global Water Corporation exporte par an 18,2 millions m 3 d eau provenant de lacs d Alaska à destination d une usine d embouteillage en Chine. Aujourd hui les îles grecques proches du port du Pirée sont ravitaillées en eau potable par des navires tirant d énormes citernes souples de polyuréthane contenant 790 m 3 à 2200 m 3 Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
38 Mise au point scientifique L eau, ressource essentielle 37. d eau. Le nord de Chypre est alimenté de la même façon depuis la Turquie. Grâce aux usines de dessalement, 300 millions de personnes utilisent aujourd hui de l eau de mer ou issue de sources souterraines saumâtres, soit deux fois plus qu il y a dix ans. Les techniques se sont diversifiées mais restent coûteuses. La plus répandue est celle de la distillation, les plus récentes font appel à l osmose inverse : l eau est projetée à travers une membrane qui retient le sel. L Arabie Saoudite produit 17 % de l eau de dessalement à l échelle du globe. Une trentaine d usines de dessalement installées le long de la mer Rouge couvrent presque la moitié des besoins en eau du pays pour l usage domestique et urbain. Après la sécheresse de 2008, la Catalogne a investi dans une unité capable de produire 60 millions m 3 /an soit 20 % des besoins en eau de Barcelone. II.3. Des paysages hydrauliques originaux La maîtrise d une eau, abondante ou non, explique en partie les formes d organisation de l espace. Traditionnellement, on distingue quatre grands types de civilisations agricoles. Les «sociétés hydrauliques» de l Asie des moussons se sont organisées pour endiguer les fleuves, aménager les rizières et entretenir les canaux de drainage. Les civilisations de l irrigation de l Asie centrale à la Méditerranée ont mis en valeur les vallées et les oasis permettant de nourrir une population nombreuse. Aujourd hui l irrigation par aspersion à partir des nappes souterraines fossiles est créatrice d îlots de verdure dans le désert : grands périmètres irrigués du Sahara ou de l Arabie saoudite. L arrosage automatique par pivot central permet d irriguer jusqu à 60 hectares sur de vastes parcelles circulaires. Mais le risque d épuisement des ressources en eau existe : le lac Tchad est devenu 20 fois plus petit qu il n était il y a 30 ans à cause d une diminution des précipitations et de l accroissement de la pression sur les ressources en eaux de la région. De même les prélèvements effectués sur les deux fleuves qui alimentaient la mer d Aral ont abaissé de 15 mètres le niveau de la mer et diminué sa surface de 40 %. Les civilisations d Afrique tropicale ne se sont pas implantées le long des cours d eau et pratiquent des cultures «sous pluie». La quatrième civilisation agricole, de l Europe à l Amérique, bénéficie de sols qui «stockent» une quantité variable d humidité et a pu se passer de l irrigation. Ces aménagements sont très anciens. Le plus ancien barrage, installé sur le Nil, date d au moins quatre mille ans. Les premiers systèmes d irrigation souterrains en Iran, les qanats, remontent au premier millénaire. Sur l altiplano bolivien, les Indiens ont conçu un système d irrigation très perfectionné, adoptant une inclinaison très précise permettant aux pierres de réchauffer l eau et de lutter contre le gel. Sept grands foyers d innovation ont existé : le bassin méditerranéen, l Asie centrale, la Mésopotamie, l Inde du Sud, la Chine, les Andes et l Amérique centrale. Les échanges commerciaux et les conquêtes ont permis la diffusion des techniques. Les aqueducs, connus des Grecs, ont été diffusés par les armées romaines. La colonisation européenne a répandu la plupart des techniques. À ces paysages agraires visibles, il faut ajouter les aménagements urbains. Les réseaux d eau, ou du moins les adductions jusqu à des fontaines publiques, existent depuis l antiquité romaine et font partie du domaine public. Par la suite les rois ou certains princes ont fait réaliser des aqueducs en pierre et détourner vers leurs châteaux, accessoirement vers des fontaines publiques, de l eau captée au loin, éventuellement dans un autre bassin versant : aqueduc des eaux libres à Lisbonne, aqueduc de Marie de Médicis à Rungis. L approvisionnement à domicile reste considéré comme un luxe, laissé à l initiative privée qui obtenait des concessions du fait qu il fallait passer les canalisations sous l espace public. En contrepartie, les municipalités, peu intéressées par le sujet, demandaient à ces entrepreneurs de prendre en charge l entretien des fontaines publiques gratuitement. Avec la révolution hygiéniste du xix e siècle, l idée d un approvisionnement Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
39 38. à partir de sources éloignées des villes s est développée. Plus une ville croissait, plus elle devait aller chercher loin son eau. Mais le développement des usines de traitement de l eau, a permis de prélever l eau de surface, même de relativement mauvaise qualité, à proximité des villes. Les coûts de fonctionnement devenant plus importants, cela a renforcé l idée que le service assuré par les municipalités devait être payé proportionnellement au volume consommé. Parallèlement, la solution du tout-à-l égout a été adopté et assurée par des services publics financés par les impôts locaux. Il devenait urgent d éviter le maintien des fosses d aisance en milieu urbain densément peuplé en évacuant les déchets humains dilués dans l eau. Dans les pays du Sud, ces réseaux d adduction et d assainissement ont pu être financés par le secteur public ou parapublic jusqu aux années Mais, depuis, les investissements publics se sont réduits et les réseaux sont incomplets. Trois types de situation existent. Dans le premier cas, comme au Chili ou en Afrique du sud, les réseaux sont quasi complets, l obstacle majeur à l accès à l eau est le pouvoir d achat des populations. Dans le deuxième cas, comme au Brésil ou au Maroc, de vastes zones très pauvres ou illégales ne sont pas desservies. Enfin, troisième cas, les réseaux restent à construire, comme dans l Afrique de l Ouest et les plus pauvres payent leur eau 10 à 20 fois plus chère que les ménages raccordés. À Nouakchott, ( habitants) moins d un quart de la population est connecté au réseau, sans toujours une garantie de débit. Des milliers de charretiers parcourent la ville avec leurs fûts de 200 litres traînés par des ânes. Ils transportent l eau en provenance des bornes fontaines les plus proches du réseau de distribution et la revendent aux particuliers en fonction de la demande. Le prix peut alors osciller de 1 à 7 selon le contexte de pénurie ou non. De plus, dans la plupart des villes du Sud, l assainissement y est insuffisant et de mauvaise qualité. La Banque asiatique de développement (ADB) estime qu entre 80 et 89 % des eaux non traitées en Asie du Sud-Est et Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 2. L eau, ressource essentielle en Asie du Sud fuient et se mélangent à l eau douce. À Yaoundé, capitale du Cameroun, les dix stations de collecte et d épuration vieillissantes ne récupèrent que 30 % des eaux usées. Le reste, chargé en pollutions, est rejeté dans le sol alors que 60 % de la population ne dispose pas de l eau courante et s alimente par des puits et des sources. III. Gérer une ressource convoitée et parfois menacée La demande en eau n a jamais été aussi forte. Chaque année, en raison de la croissance démographique et du développement économique, 64 milliards de mètres cube supplémentaires par an sont nécessaires, alors que la baisse du niveau des nappes phréatiques est générale le rythme de prélèvement annuel a plus que doublé entre 1960 et 2000 et que la qualité de l eau se dégrade. On estime qu en 2025 les disponibilités en eau pour chaque être humain auront diminué de 25 %. Un des points de tensions futurs pourrait être l approvisionnement en eau des villes, qui abriteront 60 % de la population mondiale en L eau devient donc de plus en plus une ressource à préserver et à partager. III.1. Économiser et préserver l eau Sur la totalité des prélèvements effectués, seuls 55 % sont réellement consommés. Les 45 % restants sont restitués au milieu après usage (par exemple l eau utilisée pour le refroidissement des centrales électriques) ou perdus par évaporation lors de l irrigation et par fuites dans les réseaux de distribution d eau potable qui peuvent atteindre jusqu à 70 % du débit dans les villes du Sud. Économiser l eau, moins gaspiller et recycler sont des solutions déjà mises en œuvre dans l agriculture (goutte à goutte, contrôle de l irrigation par ordinateur) qui se conjuguent avec la recherche de variétés résistantes à la sécheresse. Mais elles ont un coût élevé, il est plus simple pour les habitants des campagnes du Sud de stocker l eau Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
40 Mise au point scientifique L eau, ressource essentielle 39. de pluie ou de rosée et d associer des plantes différentes, avec des successions de multiples cultures au long des années. Dans les pays du Nord, l industrie a réduit d un tiers ses prélèvements d eau nécessaires à la fabrication des produits. Le ralen tissement de certaines activités industrielles, l amélioration des process et le recours croissant aux circuits fermés avec recyclage de l eau ont permis d obtenir de tels résultats À l échelle d un État ou d une ville, il devient possible de réutiliser les eaux usées qui, d ordinaire, partent dans les rivières, après traitement dans les stations d épuration. Israël réutilise 80 % de ses eaux usées pour irriguer, ce qui couvre 25 % de ses besoins. La ville de Singapour a construit ses premières usines de recyclage en 2000, après que les avancées technologiques (membranes) aient permis de faire baisser significativement le coût du recyclage de l eau. Une cinquième usine a été inaugurée en juin En 2010, 30 % de l eau potable de Singapour est issue de ces unités de retraitement des eaux usées. L agence de l eau du comté d Orange en Californie, face à une augmentation régulière de la demande d eau du fait de l urbanisation et du prix de l eau venant de Californie du Nord ou du fleuve Colorado, a opté pour le recyclage de l eau. La construction de l usine a coûté 480 millions de dollars US, et les coûts annuels d opération de l usine sont estimés à 29 millions. L usine a une capacité de production de 320 millions de litres d eau par jour, ce qui correspond seulement à 10 % de la demande des 2,3 millions d habitants du comté. Il s agit toutefois d un approvisionnement sûr, non soumis aux risques de sécheresse, un facteur décisif en Californie. L eau ainsi produite est, pour moitié, injectée dans des aquifères côtiers pour y contrecarrer les intrusions d eaux salées, et, pour l autre moitié, acheminée vers un lac, d où elle s infiltre lentement dans le sol et rejoint les aquifères et le cycle hydrologique naturel, bénéficiant de l effet supplémentaire de filtration du sol. On a calculé qu il faut environ 6 mois pour que l eau traitée dans l usine revienne dans les robinets des particuliers. Dans les villes du Sud, au-delà du contrôle des fuites dans les réseaux urbains, on constate que l eau est davantage gaspillée lorsque l approvisionnement est intermittent. Quand de l eau fraîche est de nouveau disponible, l eau stockée qui a croupi est jetée. Ce constat milite pour la mise en place d un réseau complet et un approvisionnement permanent. Mais l absence conjointe de réseaux de distribution et d assainissement constitue une menace directe sur la santé : 80 % des maladies des pays en développement sont liées à l eau, provoquant 1,7 million de décès annuels, les enfants étant les premiers touchés. Parallèlement les cours d eaux et les nappes phréatiques sont le réceptacle des eaux usées d origine domestique et industrielle mais aussi des engrais et des pesticides d origine agricole. Préserver durablement la qualité de l eau suppose une volonté politique constante. Ainsi les États de l Union européenne se sont engagés à restaurer le bon état écologique et chimique des milieux aquatiques d ici 2015, selon une directive-cadre adoptée en Si on assiste à l émergence de doubles réseaux d eau potable et non potable, de doubles, voire de triples, réseaux de collecte des eaux usées et pluviales, les stations d épurations s avèrent incapables d éliminer toutes les substances pharmaceutiques rejetées et retrouvées ensuite dans la chaîne alimentaire. Dans les États industriels, la gestion par bassin-versant s est peu à peu imposée. La création d une institution spécifique (comme les agences de l eau en France) a pour objectif de gérer tous les formes de demande et d optimiser ces usages, voire d arbitrer les usages conflictuels ainsi que les risques liés à l eau. Mais ce modèle de gestion se heurte aux contingences politiques : la mise en œuvre des politiques de l eau se fait souvent en ménageant le secteur agricole, pourtant principal pollueur, alors qu il bénéficie de nombreux travaux et d aménagements pour la mise en valeur de la ressource, voire d une applica- Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
41 40. tion plus ou moins laxiste de la réglementation environnementale. Il est encore difficile d intégrer l ensemble des composantes de la demande, de la protection de l environnement, dans un contexte de compétition croissante pour la ressource. III.2. L eau, un bien universel? L accès à une eau de qualité suppose des investissements massifs. Le programme «Vision mondiale de l eau», présenté au Conseil Mondial de l Eau au sommet de la Haye en 2000, estime à 105 milliards de dollars par an la somme nécessaire durant 25 ans pour raccorder le plus grand nombre d usagers aux réseaux d aqueducs et d assainissement. Mais qui doit payer pour les populations non solvables? L État, le consommateur final, l entreprise privée? Et à quel prix? L eau est-elle une marchandise comme les autres? Dès 1977, lors de la première conférence sur l eau à Mar del Plata en Argentine, l eau a été définie comme un «bien commun» auquel chaque individu à un droit d accès. Au cinquième Forum mondial de l eau en mars 2009 à Istanbul, les États affirment, pour la première fois «le besoin d atteindre la sécurité hydrique», dans un monde qui fait face à des «changements rapides et sans précédents : croissance de la population, migration, urbanisation, changement climatique, désertification, sécheresses, dégradation des sols, changement des modes de vie et des habitudes de consommation». Ils s engagent à agir pour «économiser l eau», notamment dans le secteur agricole, alors que la politique de progression de l offre, par la construction de barrages ou les transferts d eau, a jusqu à présent été la seule option envisagée dans de nombreux pays. Ils promettent aussi, et de façon inédite, de préserver les écosystèmes aquatiques et de lutter contre les pollutions. Le renforcement des lois sur l eau, la réforme de la gestion institutionnelle du secteur, la lutte contre la corruption, et une participation du public aux décisions concernant l eau font également partie des engagements d Istanbul. Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 2. L eau, ressource essentielle Mais les États signataires restent libres d agir à leur guise, alors que l ONU appelait dans le dernier rapport sur les ressources en eau (mars 2009) à «agir d urgence» contre la menace d une crise mondiale de la ressource, due à l augmentation des besoins et aux effets du changement climatique. En juillet 2010, l Assemblée générale des Nations Unies a approuvé une résolution présentée par la Bolivie consacrant le droit à l eau et à l assainissement comme «droit humain». Mais cette résolution n a juridiquement aucune valeur contraignante, La mise en œuvre de ce droit sera un des enjeux majeurs du prochain forum mondial de l eau qui se déroulera en France, à Marseille, en mars Plusieurs constitutions ou lois garantissent le «droit à l eau». Ainsi en Afrique du Sud, les usagers bénéficient de 25 litres journaliers d eau gratuite, mais l appli ca tion de ce droit est limitée par l état des équipements et ne couvre pas les besoins des familles nombreuses. L État qui respecte le droit à l eau n est pas tenu d offrir de l eau potable à tous, partout et tout le temps. Il doit en revanche mettre en œuvre ses obligations relatives à l eau de façon non discriminatoire et s intéresser aux régions où le manque d accès à l eau est le plus cruel. À l échelle mondiale, la majorité des réseaux d assainissement et de distribution de l eau sont encore en mains publiques. Cependant, deux sociétés privées françaises, Veolia Environnement et Lyonnaise des Eaux, filiale de Suez Environnement, ont étendu leurs réseaux à la faveur des politiques de privatisation notamment en Amérique latine et en Afrique du Nord. Plusieurs critiques ont été émises à l encontre de cette «marchandisation de l eau» : la hausse des prix provoquée par une nouvelle régie : à Cochabamba, en Bolivie, la privatisation a eu pour conséquence que le prix de l eau absorbe 20 % des revenus des ménages ; la corruption qui s installe dans cette activité (falsification des volumes consommés, collusion et favoritisme dans l obtention des marchés publics) : jusqu à 30 % des Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
42 Mise au point scientifique L eau, ressource essentielle 41. budgets peuvent être détournés pour cause de corruption ; la qualité de l eau potable n est pas toujours à la hauteur du prix payé, y compris dans les pays développés (problèmes des teneurs excessives en nitrates par exemple dans les régions d agriculture productiviste) ; le niveau de gestion le plus pertinent. Bien que les collectivités locales, proches des usagers, soient souvent considérées comme les plus aptes à gérer les réseaux d eau, ce qui est majoritairement le cas dans les pays développés, certains États, notamment au Sud, ne sont pas prêts à décentraliser cette compétence. Aujourd hui, les réflexions portent sur l intérêt dans les villes du Sud de combiner plusieurs offres en fonction des revenus et des contraintes physiques des quartiers : régie municipale associée à des organisations de quartiers à Port-au-Prince ; petits opérateurs privés au côté d un grand opérateur couvrant les trois quarts de la population à Maputo (Mozambique). La pauvreté reste un facteur discriminant. Même avec un réseau étendu comme à Amman, si l eau n est fournie qu une fois par semaine, il faut pouvoir s équiper en réservoirs ou recourir aux marchands d eau. La question du droit à l eau est donc intimement liée à celle de son prix ou de sa gratuité III.3. Une ressource finie? Aujourd hui, la crise de l eau est davantage liée à la capacité de mobilisation (révélé par l indice de pauvreté en eau) qu aux ressources brutes. Mais quelles sont les perspectives à long terme? Selon le GIEC, le manque d eau pourrait concerner entre 1,1 et 3, 2 milliards de personnes dans le monde d ici la fin du siècle si les températures devaient augmenter de 2 à 3 C. Dans ce cadre, trois hypothèses sont généralement retenues. La première, en lien avec les changements climatiques, envisage une accentuation des problèmes : excès de précipitations, sécheresses et pénuries. La seconde mise sur les avancées techniques pomper, transférer, dessaler ou recycler l eau pour répondre aux besoins malgré un coût énergétique et financier élevé. La troisième table sur des investissements insuffisants pour pallier l augmentation des pollutions et la baisse de rendement de l agriculture irriguée. Autant d hypothèses qu il faut croiser avec les écarts de développement entre les États et leur situation hydrique. Actuellement 700 millions de personnes dans 43 pays, soit environ 9 % de la population mondiale, vivent dans des pays soumis à un stress hydrique (moins de m 3 d eau douce par habitant et par an). D ici à 2025, plus de 3 milliards de personnes, soit environ 38 % de la population mondiale (estimée à 8 milliards) pourraient vivre dans des pays soumis au stress hydrique. D ici à 2080, 1,8 milliard de personnes supplémentaires pourraient vivre dans une région où l eau sera raréfiée. Plusieurs pays situés dans des régions déjà sous stress hydrique, notamment au Moyen-Orient, risquent de connaître une grande pénurie d eau (moins de m 3 d eau douce par habitant et par an). L interrogation porte aussi sur «les conflits d eau» entre États. Plusieurs cas de tensions montrent que l eau est un élément conflictuel majeur dans le monde du xxi e siècle : bassins du Gange, du Nil, du Jourdain, du Tigre, de l Euphrate, de l Amou et du Syr Daria. Ces systèmes fluviaux sont aussi transclimatiques : comme en Égypte, la dépendance d un pays en aval peut être totale. La Californie et le Mexique ne sont pas situés de manière équitable sur le Colorado, qui arrive en aval pollué et saturé de produits chimiques agricoles. Au Moyen-Orient, l eau est l un des mobiles de tensions permanentes. Les pays concernés forment un «arc de crises» dont celle de l eau : Israël, Jordanie, Syrie, Liban, Irak, Turquie. La région est soumise à une très grande aridité et la répartition des pluies est très irrégulière. Depuis 1947, la population a été multipliée par 6 en Israël, par 4 pour l ensemble de la région. De gigantesques travaux d aménagement ont été réalisés, en grande partie pour l agriculture. Le problème de l irrigation est en effet fondamental : la Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
43 42. consommation de l eau par les populations urbaines ne représente que 10 à 15 % du total de la consommation, malgré la forte urbanisation récente. Les États sont tous plus ou moins dans une situation de dépendance vis-à-vis de leurs voisins, la plupart des cours d eau étant partagés entre plusieurs États (Jourdain, Oronte). Mais la seule guerre véritable liée à l eau remonte à plus de ans entre deux cités de Mésopotamie! Aujourd hui, dès qu un seuil de tension est dépassé, un mécanisme de concertation se met en place pour aboutir à un plan de coopération ou à un statu quo. Les États-Unis et le Mexique ont adopté une approche officieuse de gestion des volumes combinés du Rio Grande et du Colorado. Dans le cadre de «l Initiative du Bassin du Nil» mise en place en 1999, les deux États rivaux, l Égypte et l Éthiopie se sont rapprochés, l Égypte reconnaissant ainsi le droit à l Éthiopie d accéder à l eau du Nil bleu et l Éthiopie acceptant de tenir compte des besoins égyptiens, renonçant ainsi au principe de la souveraineté territoriale absolue. La Convention «sur les Utilisations des Cours d eau internationaux à des fins autres que la navigation» ou Convention de New York, votée par l Assemblée générale des Nations Unies le 21 mai 1997 est en cours de ratification. Elle pose comme principe de gestion la reconnaissance de bassins versants. Parmi les solutions proposées pour corriger la distribution inégale de l eau entre les pays, la notion d «eau virtuelle» est mise en avant. Elle associe aux produits finis la quantité d eau nécessaire à leur réalisation. Par exemple, produire un kilo de viande de bœuf requiert en moyenne litres d eau ; exporter cette viande revient donc à exporter autant d eau «incorporée» à cet aliment. À l échelle continentale, les Amériques, l Australie, et l Asie du Sud-est «exportent» une partie significative de leur eau vers l Europe, l Afrique du Nord et l Asie centrale et du Sud. Cette notion d eau virtuelle permettrait aux autorités de calculer où vont les ressources en eau, et éventuellement de les redistribuer et éviterait également la mise en Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 2. L eau, ressource essentielle œuvre de gigantesques projets de barrages, de détournement de fleuves ou de dessalement. L État d Israël décourage par exemple les exportations d oranges, grandes consommatrices d eau. Mais les critiques sont nombreuses. Le calcul de l eau virtuelle ne tient pas compte du caractère soutenable ou non des extractions d eau. Il présuppose qu une eau non utilisée dans un secteur pourra l être automatiquement dans un autre. Il renvoie aussi à la logique des avantages comparatifs liés à la géographie, qui voudrait que les pays les plus riches en eau assurent l essentiel de l agriculture et des autres productions requérant beaucoup d eau. L eau deviendrait alors un bien marchand comme un autre. Conclusion : l eau une ressource durable? À l échelle globale, l eau, circulant en circuit fermé sur la Terre, constitue une ressource renouvelable. Mais à des échelles plus grandes, sa renouvelabilité est loin d être évidente. Alors que l offre augmente, la pression sur la ressource eau continue de s accentuer. L accès à l eau dépend essentiellement du niveau de développement économique des sociétés.. Au Forum mondial de l eau en 2006, il a pu être rappelé que «l absence ou l insuffisance d eau potable tue dix fois plus que l ensemble des conflits armés». Si l objectif du Millénaire pour le déve lop pement (OMD) en matière d eau potable est en voie d être atteint, avec 87 % de la population mondiale ayant accès à l eau potable, près de 39 % de la population mondiale, soit plus de 2,6 milliards de personnes restent toujours dépourvues d accès à un système d assainissement amélioré. Mais sans amélioration du niveau de vie des populations, aucune adduction ne sera durable. La réponse passe par une gestion intégrée des ressources en lien avec des choix de gouvernance. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
44 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 1. Eau et développement durable Question 2. L eau, ressource essentielle Retour Mise au point Société 1 2 Ressource Usages DURABILITÉ Environnement Gestion Économie 3 1. Entre environnement et société, l eau ressource et ressources en eau : quand le renouvelable interroge le durable. 2. Les enjeux sociaux-économiques de la ressource en eau : quelle durabilité d un bien aux usages multiples? 3. Réconcilier l économie et l environnement, quels principes, quels modes de gestion, quels prix pour une gestion durable de la ressource? Source : Véronique André-Lamat, Sandrine Vaucelle, «Eau et développement durable», in Yvette Veyret, Le développement durable, SEDES, 2007, p. 58.
45 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 3. Le rapport prélèvement/ressources en eau potable Question 2. L eau, ressource essentielle Retour Mise au point
46 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 4. L indice de pauvreté en eau Question 2. L eau, ressource essentielle Retour Mise au point
47 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 5. Le taux d accès à une eau potable améliorée Question 2. L eau, ressource essentielle Retour Mise au point
48 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 6. Typologie des États selon le mode de consommation Question 2. L eau, ressource essentielle Retour Mise au point
49 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 7 Évolution de la consommation mondiale d eau ( ) Question 2. L eau, ressource essentielle Retour Mise au point
50 49. Piste pédagogique 1 Construire un fichier «Google Earth» sur le thème des inégalités d accès à l eau Piste pédagogique 1 Construire un fichier «Geogle Earth» sur le thème des inégalités d accès à l eau Problématique d ensemble «Inégalité de répartition et d accès à la ressource» Capacités privilégiées Prélever, hiérarchiser et confronter des informations Rédiger un paragraphe Utiliser de manière critique les ressources en ligne Présentation de l activité On cherche à appréhender les inégalités d accès à l eau à partir de l action d une ONG. En s appuyant sur le site d une association, les élèves sont invités à réaliser un fi chier kmz sur Google Earth, localisant les actions entreprises en les replaçant dans le contexte plus global des inégalités d accès à l eau potable, de leurs causes et de leurs conséquences. Ce travail peut permettre : de percevoir à l échelle locale les causes et conséquences des inégalités d accès à l eau potable ; de comprendre à l échelle mondiale les enjeux liés à l accès à l eau potable ; de se placer dans une perspective de développement durable en insistant sur les actions réalisées à différentes échelles. Outil Google Earth, globe virtuel utilisable facilement avec des élèves, offre de nombreuses possibilités d exploitation pédagogique en géographie, allant de la simple localisation à une perception plus précise de l aménagement d un territoire. Toutefois, l utilisation de cet outil présente quelques limites, comme l absence d échelle, une précision très inégale selon les régions étudiées ou une base de lieux référencés à la richesse très variable selon les pays. Certains didacticiens se sont interrogés sur les limites de l utilisation de Google Earth en classe. L un des enjeux de l activité proposée, est aussi d apprendre à porter un regard critique sur les localisations suggérées par Google Earth. Confrontés à la faiblesse de la base de données, surtout pour les pays du Sud, les élèves devront chercher sur internet des sources permettant de préciser la localisation de certaines des actions. Maîtriser la réalisation d un fi chier kmz simple Le site académique de Montpellier propose une fiche méthode facilement exploitable pour réaliser un fi chier kmz. Elle permettra aux élèves d implanter un repère géographique pour chaque action de l ONG étudiée, puis d ajouter des images et des renseignements descriptifs sur chacune d entre elles. Documents supports Site de l ONG CARE France. (On pourrait aussi s appuyer sur une autre ONG spécialisée dans le domaine de l eau en consultant le site suivant). Démarche 1. Repérer les causes et les conséquences d une action Chaque action conduite dans le domaine de l eau est accompagnée d une fi che descriptive permettant de repérer aisément les causes et les conséquences attendues par l ONG.
51 50. Piste pédagogique 1 Construire un fichier «Google Earth» sur le thème des inégalités d accès à l eau 2. Confronter les apports du site de l ONG avec d autres données Il est d usage que chaque ONG valorise son action, en particulier sur sa page d accueil ; elle replace aussi chacune de ses actions dans un cadre plus global. Afin d apprendre à porter un regard critique sur une page web, les élèves seront invités à confronter les informations prélevées avec celles présentes dans d autres sources : par exemple le manuel en usage dans la classe, ouvrage de référence pour eux ou bien une carte des disponibilités en eau potable (par exemple un planisphère de l indice de pauvreté en eau), ou bien l image proposée par Google Earth. Ces documents permettront de replacer l action étudiée dans le contexte national et mondial. 3. Construire un argumentaire sur une situation donnée Il est demandé aux élèves de construire un argumentaire court permettant de justifier l action étudiée. Il s agit ici de privilégier les liens de causalités. Exemple d application de la démarche à partir du site de l ONG CARE FRANCE Le site de cet ONG recense 21 actions concernant l eau. Lire au préalable la rubrique «Qui sommes-nous?» pour connaître l histoire particulière de cet important réseau international. Étape 1 : comprendre l action de l ONG Dans quels pays, l association CARE intervient-elle et pour y faire quoi? Pour répondre à ces questions, deux pistes au choix sont envisageables. 1. Une étude simple des objectifs d intervention de l ONG. Classer les actions par pays et par nature d intervention. Pour chaque action, l élève peut placer une ou deux croix dans le tableau. Pays Accès à l eau potable Assainissement Hydraulique agricole Aide à la gestion Maroc Liban Palestine Togo Côte d Ivoire Tchad Mali Haïti Pérou Inde Voir le tableau 1 renseigné. 2. Une étude plus fine, par espace d intervention. On peut s appuyer, au choix sur le pays ou groupe de pays suivants, en posant à chaque fois les deux questions des raisons de ces interventions et des conséquences espérées : Maroc : 11 interventions différentes recensées. Moyen Orient : 7 interventions. Amérique latine-caraïbes : 2 interventions. Afrique subsaharienne : 8 interventions. Inde : 1 intervention.
52 51. Piste pédagogique 1 Construire un fichier «Google Earth» sur le thème des inégalités d accès à l eau Pays d intervention Pour quelles raisons? Quelles conséquences espérées? Maroc Moyen-Orient Afrique subsaharienne Amérique latine Caraïbes Inde Voir le tableau 2 renseigné. Les causes et conséquences peuvent ensuite être classées selon une typologie définie par l enseignant ou proposées par les élèves. Étape 2. Utiliser Google Earth Réaliser un fichier kmz, localisant quelques actions de CARE France (nombre à déterminer par le professeur, sur les quatre proposées, en fonction du degré de maîtrise de Google Earth). Une localisation simple : par exemple Tombouctou et Goundam. Une localisation demandant un choix : par exemple Choquehuanca. Une localisation «erronée» : par exemple Bethléem (solution Google Earth Bethléem). Une localisation non proposée par Google Earth : par exemple Oulad Saleh (information complémentaire avec Viamichelin). Proposer pour ces actions un rapide descriptif, précisant les causes et les conséquences attendues de chaque action. Insérer cette description dans le fichier. Exemples de réalisation
53 52. Piste pédagogique 1 Construire un fichier «Google Earth» sur le thème des inégalités d accès à l eau
54 53. Piste pédagogique 1 Construire un fichier «Google Earth» sur le thème des inégalités d accès à l eau Tableau 1 renseigné Pays Accès à l eau potable Assainissement Hydraulique agricole Aide à la gestion Maroc XXXXXX XXX XX Liban X Palestine XXXX XX Togo X Côte d Ivoire X X Tchad X XXX Mali X Haïti X X Pérou X Inde X X Tableau 2 renseigné Pays d intervention Pour quelles raisons? Quelles conséquences espérées? Retour Piste pédagogique Maroc Moyen-Orient Afrique subsaharienne Amérique latine Caraïbes Absence de connexion au réseau d eau potable. Absence de réseaux d assainissement. Mauvaise utilisation par l agriculture irriguée. Demande croissante des populations urbaines. Gestion désorganisée de la ressource. Eau disponible peu accessible. Réseaux détruits par la guerre. Problèmes d assainissement/prolifération des insectes/développement des maladies hydriques/ soucis de santé publique et de pollution. Problèmes d approvisionnement liés aux tensions politiques/mauvais partage de l eau. Sécheresse. Réseaux d approvisionnement vétustes/beaucoup de pertes. Mauvaise gestion des eaux de pluies et des eaux usées. Environnement urbain insalubre/absence de systèmes d évacuation des eaux usées. Non-accès à l eau potable en zones urbaines et rurales/graves problèmes de santé. Populations déplacées en situation de pénurie. Pénurie en période de sécheresse. Conflit pour l utilisation de la ressource. Absence de traitement des eaux usées/maladies, pollution des eaux de surface. Maladies hydriques (malaria, diarrhée, typhoïde) = une des premières causes de mortalité infantile et de morbidité en Haïti. Mauvais approvisionnement en eau potable/utilisation d eau contaminée. Meilleure hygiène, meilleure salubrité. Meilleure scolarisation (en particulier des filles). Utilisation plus rationnelle de la ressource. Développement social et économique local. Amélioration de la situation sanitaire/de l hygiène. Accès régulier à la ressource pour les populations les plus vulnérables. Meilleure salubrité/meilleures conditions de vie. Lutte contre les épidémies liées à l absence d assainissement. Accès régulier à la ressource. Permettre l accès de tous à la ressource. Amélioration de la qualité de vie des populations/ recul des maladies hydriques. Réduction de la pollution. Inde Destructions liées au tremblement de terre de 2001 : systèmes d irrigation, d adduction d eau. Sécheresse. Reconstruction. Meilleure gestion de la ressource par l agriculture. Retour Piste pédagogique
55 54. Piste pédagogique 2 Construire des organigrammes sur le problème de l eau au Congo-Brazzaville Piste pédagogique 2 Construire des organigrammes sur le problème de l eau au Congo-Brazzaville Problématique d ensemble «Maîtrise de l eau et transformation des espaces» Capacités et méthodes travaillées Prélever, hiérarchiser et confronter des informations Cerner le sens général d un document et le mettre en relation avec la situation géographique étudiée Lire un document et en exprimer par écrit les idées clés, les parties ou composantes essentielles. Utiliser des tutoriels et logiciels pour confectionner des organigrammes Présentation de l activité Il s agit de montrer aux élèves que, même si un espace est bien pourvu en eau, cela n induit pas systématiquement un accès généralisé pour la population à l eau potable. Le Congo Brazzaville, appelé aussi République du Congo, peut illustrer ce paradoxe. La population du Congo Brazzaville n est pas raccordée à l eau majoritairement (le taux de couverture en eau potable au Congo est estimé à 40% en milieu urbain et 14% en milieu rural) alors que le pays possède le fl euve Congo, deuxième fl euve du monde après l Amazone. D un point de vue méthodologique, afi n de favoriser la compréhension d un phénomène voire sa complexité, les élèves sont invités à construire deux organigrammes (ou schémas hiérarchiques) permettant de repérer, hiérarchiser et mettre en relation des informations par un jeu de fl èches. L enseignant pourra, selon le niveau de ses élèves, fournir le cadre préétabli ou demander une construction plus autonome. Outils L organigramme hiérarchique d une suite bureautique (Word, PowerPoint ou OpenOffi ce). Le portail histoire-géographie éducation civique de l académie d Amiens propose des tutoriels afi n de travailler avec de tels outils : Usage éventuel du TBI (tableau blanc interactif). Documents supports Pour construire le premier schéma hiérarchique, article et photo sur le site : Pour construire le deuxième schéma hiérarchique, texte sur le site : Démarche Premier temps : les pénuries d eau à Brazzaville Analyser le titre de l article : quelle contradiction ou quel paradoxe pouvez-vous repérer? Sélectionner et classer les informations s appliquant : aux ressources du territoire : en vert ; au constat effectif, révélant le paradoxe : en bleu ; aux conséquences pour la population: en jaune ; Ne pas oublier d observer la photographie comme source informative.
56 55. Piste pédagogique 2 Construire des organigrammes sur le problème de l eau au Congo-Brazzaville Compléter les cases du schéma hiérarchique ci-dessous, en contractant vos informations à travers des mots clés. Les paradoxes de l eau au Congo-Brazzaville Des ressources Un problème politique De multiples conséquences Deuxième temps : Quelle stratégie pour améliorer le réseau d eau potable et d assainissement au Congo? Se rendre sur le site : et relever les informations afin de compléter le deuxième schéma hiérarchique ci-dessous : Quelle stratégie? L adduction d eau : produire plus Des acteurs nombreux L assainissement de l eau
57 56. Piste pédagogique 2 Construire des organigrammes sur le problème de l eau au Congo-Brazzaville Exemples de réalisation Des ressources Les paradoxes de l eau au Congo-Brazzaville Un problème politique Absence d eau potable à domicile Des ressources hydrauliques importantes dont le fleuve Congo De multiples conséquences Un budget municipal dans le cadre de la décentralisation Des revenus pétroliers Perte de temps / Absentéisme scolaire pour les enfants Faiblesse des équipements : transport par bidons Maladies et victimes : épidémie de choléra Non-respect du droit de l homme à l accès à l eau Quelle stratégie? La Banque africaine de développement L adduction d eau : produire plus Installations nécessaires à l'hygiène corporelle et à la propreté des habitations Des acteurs nombreux La Banque mondiale La Banque arabe pour le développement économique de l Afrique Les pouvoirs publics congolais Concertation et fonds débloqués L assainissement de l eau Réhabilitation des réseaux primaire et secondaire Mise en place de latrines familiales Mise à disposition de 360 latrines publiques dans les écoles, les centres de santé et les marchés. Construction des stations de traitement de matières de vidange Drainage et évacuation des eaux de pluie
58 57. Piste pédagogique 2 Construire des organigrammes sur le problème de l eau au Congo-Brazzaville Pénurie d eau à Brazzaville : La population de la capitale ressemble à une gazelle assoiffée au bord d une rivière * Le pays est bercé par le fleuve Congo et d autres sources importantes d eau * Les municipalités sont dotées de pas moins de 44 milliards de FCFA des budgets dans le cadre de la forte décentralisation * L Etat encaisse plus de 2000 milliards de FCFA des revenus pétroliers «Notre pays est doté de ressources hydrauliques inépuisables» dit Nadine, une brazzavilloise de 15 ans résidente à Moukondo, un des quartiers chics de la capitale. «Pourtant, depuis plusieurs années, nous manquons d eau», tempête-t-elle, en poussant une brouette remplie de bidons jaunes à la recherche de la denrée rare. Ce mardi, Nadine n est pas allée à l école «puisque l eau manque depuis une semaine», dit-elle. «Ici, on passe le temps à crier que l eau c est la vie entre temps nos robinets sont des objets de musée et personne ne dit rien» gronde Bafouka, âgé de 17 ans qui s est, lui aussi, absenté de classe alors qu il prépare son bac A. Ses mains sont chargées de deux gros bidons qu il dit avoir remplis d eau de puits dans le quartier voisin, à Talangaï. Dans plusieurs quartiers, on assiste à la même scène. Mireille, animatrice d émission dans une radio privée a déclaré sous l anonymat que «les gens se réveillent à des heures prohibitives de la nuit pour vérifier si l eau coule des robinets, mais rien». Confirmation de Pierre, proviseur dans un lycée public : «Les élèves qui veillent presque dehors à la recherche d eau somnolent en classe, et nous nous sentons coupables d infliger des punitions» a-t-il déclaré non sans peine. Silence radio du côté des pouvoirs publics! La pénurie d eau a déjà eu des conséquences dramatiques dans ce pays bercé par le fleuve Congo, plusieurs rivières et ruisseaux. En 2007, une épidémie de choléra avait atteint personnes et provoqué 92 décès dans plusieurs parties du pays selon des statistiques disponibles au ministère de la santé. A Pointe-Noire, la principale ville économique du pays, on déplore le même fléau. Lors de la célébration de la 15è journée mondiale de l eau, en mars 2007, les sœurs religieuses catholiques de cette région, avaient brisé l omerta pour interpeller le gouvernement. Dans une déclaration aux accents politiques, la sœur Maria Theresa, Présidente de l union diocésaine des sœurs de Pointe-Noire, avait déclaré : «Conscientes de notre rôle de communicatrices et gardiennes de la vie dans l église et dans la société, nous sommes choquées de constater que le quotidien des habitants de Pointe-Noire est fait du manque d eau et des bidons jaunes à transporter à la recherche de l eau qui représente, à nos yeux, la vie!» Maria Theresa débarrassée de tout esprit de timidité n y était pas allée avec le dos de la cuillère. Elle avait rappelé le caractère sacré de l eau «qui existait déjà avant les autres éléments de la création divine». Sans oublier la place de choix qu elle occupe dans les instruments juridiques internationaux comme «droit de l homme inaliénable» sans lequel, «la vie n existe pas». Mais, la religieuse avait poussé le questionnement plus loin : «Comment comprendre qu avec 44 milliards de FCFA alloués à la municipalité dans le cadre de la décentralisation, Pointe-Noire ne soit pas en mesure de résoudre le problème de fourniture d eau?» Avant d enfoncer le clou : «Comment comprendre qu avec des revenus pétroliers de plus de 2000 milliards de FCFA, le gouvernement ne soit pas en mesure de résoudre ce problème», avait-t-elle lancé. Alpha Kaloba et Eric Mwamba
59 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3. L enjeu énergétique Mise au point scientifique I. Besoins en énergie et gestion des ressources I.1. Des besoins en très forte croissance durant les 50 dernières années I.2. Comment satisfaire les besoins à l échelle des États? L importance des bilans énergétiques II. Impacts environnementaux et tensions géopolitiques II.1. L énergie, un enjeu géopolitique majeur II.2. De sérieux impacts environnementaux à toutes les échelles III. Quels choix énergétiques pour l avenir? III.1. La raréfaction progressive des réserves fossiles III.2. Le débat sur les potentialités des énergies renouvelables III.3. Agir sur la demande énergétique Documents de la mise au point Document 2. Document 3. Document 4. Document 5. Document 6. Document 7. Document 1. La consommation énergétique par pays et par habitant en Les principaux producteurs et consommateurs d énergie. Le pétrole, enjeu géopolitique au Moyen-Orient. L approvisionnement de l Europe en gaz russe. Les émissions de CO 2 dans le monde. Les ressources ultimes récupérables. Les cinq types d énergies renouvelables. Document 8. La consommation énergétique à l horizon Pistes pédagogiques Piste 1. Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement. Piste 2. Utiliser de manière critique des moteurs de recherche sur la question des biocarburants. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
60 Mise au point scientifique L enjeu énergétique 59. Mise au point scientifique L enjeu énergétique L utilisation des ressources énergétiques est souvent considérée comme une des bases du développement. Le charbon a été à l origine de la révolution industrielle, le pétrole à permis la révolution automobile et l électricité, dont une part très importante de l humanité reste privée, est un des symboles du bien-être. Le fait d être bien pourvu en sources d énergies constitue donc un atout indéniable pour un État. Il n est pas pour autant une garantie de développement, comme le montre la médiocre situation de nombreux pays pétroliers africains. La consommation énergétique étant très inégale d un pays à l autre et les lieux de consommation souvent très éloignés des lieux de production, la question de l accès à la ressource est fondamentale pour les nombreux pays dont le bilan énergétique* est déficitaire. Le marché de l énergie comporte donc une forte dimension géopolitique. Il peut être source de tensions, voire de conflits. En termes de développement durable, l enjeu énergétique est de deux ordres : aujourd hui, l activité énergétique est à l origine de nombreux risques majeurs technologiques (voir le chapitre sur Les espaces exposés aux risques majeurs) : explosions, marées noires, etc. et les impacts environnementaux de l exploitation, du transport et de la consommation énergétique sont multiples et très lourds, non seulement localement mais aussi mondialement avec les rejets de gaz à effet de serre additionnel* ; à l avenir, se posera la question de la contradiction entre une inévitable augmentation des besoins énergétiques et un non moins inévitable épuisement des ressources fossiles. Il est de la responsabilité des États d anticiper ces phénomènes et donc de mettre en œuvre des politiques énergétiques volontaristes. I. Besoins en énergie et gestion des ressources I.1. Des besoins en très forte croissance durant les 50 dernières années La notion de besoin demande réflexion. Comme le suggère la définition du Petit Robert : «exigence née de la nature ou de la vie sociale», un besoin peut-être fondamental, imposé par l existence même (se nourrir, se loger, se chauffer) ou, à l opposé, être ressenti comme un manque du fait du conditionnement publicitaire. La satisfaction des besoins engendre une consommation qui peut donc être en partie artificielle et excessive. La consommation énergétique dans le monde avait connu une première phase de croissance avec la révolution industrielle au xix e siècle. Son augmentation a été beaucoup plus spectaculaire depuis les années 1960 puisqu elle a presque triplé. D abord portée par les pays industrialisés, elle a ensuite été relayée par les pays émergents. Les chocs pétroliers, le ralentissement de la croissance économique dans les pays industrialisés, les progrès techniques permettant un meilleur rendement énergétique des machines n ont donc pas empêché la croissance d une consommation passée de 5, 7 milliards de Tep* en 1973 à 11,1 milliards en 2009, soit une augmentation annuelle moyenne de l ordre de 2,7 % avant la crise actuelle. En 2009, la consommation mondiale a chuté de 1,1 % (- 5 % dans les pays de l OCDE mais + 8,7 % en Chine). I.1.1. Une consommation géographiquement très inégale La consommation énergétique est depuis longtemps considérée comme un excellent indicateur de développement. À l aune du développement durable, ce critère mériterait d être remis en cause car il implique de puiser toujours plus dans les réserves fossiles. Une Par Gérard Granier agrégé de géographie. ** Bilan énergétique Pour un pays, rapport entre la production et la consommation énergétique nationale. Le bilan énergétique permet de déterminer le niveau d indépendance énergétique. ** Effet de serre additionnel Renforcement de l effet de serre, un phénomène naturel, du fait des activités humaines qui génèrent des émissions de gaz dans l atmosphère dont le CO 2. ** Tep Tonne équivalent pétrole. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
61 60. ** Énergie secondaire Énergie produite à partir de l utilisation d une autre source d énergie, par exemple l électricité produite dans une centrale thermique à partir de la combustion du pétrole ou du charbon. ** Énergie fossile Sources d énergies présentes dans le sous-sol, constituant un stock non renouvelable résultant de la décomposition de la matière organique pendant des millions d années (charbon, hydrocarbures). économie durable devrait donc être moins exigeante en énergie. Les besoins énergétiques par habitant sont donc actuellement le fidèle reflet des inégalités de développement. Document 1. La consommation énergétique par pays et par habitant en 2007 Les pays du Golfe affichent les niveaux de consommation les plus élevés. Mais leur petit nombre d habitants fait que leurs gaspillages ne comptent pas pour beaucoup à l échelle mondiale. En revanche, un habitant des États-Unis (7,8 tep/hab) à des «besoins» deux fois supérieurs à ceux d un Européen (3,8) et presque 8 fois supérieur à ceux d un brésilien (1,1) sans parler du Sénégalais (0,3) En valeur absolue, la consommation dépend du niveau de développement mais aussi du poids démographique comme le suggère le tableau ci-dessous. Zone Millions de géographique tep en 2009 % Asie-Pacifique ,1 Europe et Eurasie ,8 Amérique du Nord ,9 Amérique du Centre et du Sud Moyen-Orient 659 5,9 Afrique 360 3,2 Source : BP, Statistical Review of World Energy, Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3 : L enjeu énergétique À la faveur de la crise, le poids de l Asie- Pacifique, qui inclut aussi bien des pays développés comme le Japon ou l Australie que des pays émergents comme l Inde ou la Chine (dont la consommation est devenue en 2009 l équivalent de celle des États-Unis!), s affirme plus que jamais. L Union européenne consomme nettement moins que la seule Chine (1 622 Mtep contre Mtep) qui a augmenté de 133 % sa consommation durant les 10 dernières années. On voit le poids que fait peser ce pays sur le marché mondial. Toutefois, les États-Unis consomment encore 19,5 % de l énergie mondiale alors qu ils ne représentent que 4 % de la population. I.1.2. Une consommation qui répond à des usages très variés La consommation d énergie répond à quatre grands types d usages : par ordre d impor tance, la production d électricité (29 % de la consommation totale d énergie) qui est majoritairement une source d énergie secondaire*, le secteur résidentiel et tertiaire (26 %), l industrie (25 %) et les transports (16 %). Les usages dits captifs, qui dépendent très majoritairement d une seule source d énergie (comme les transports, liés à 96 % au pétrole) posent problème en terme d avenir car toute évolution suppose de trouver des énergies de substitution et peut demander beaucoup de temps. I.1.3. Une consommation qui repose essentiellement sur des énergies non renouvelables Sources d énergie Consommation commerciales en 2009 (Mtep) % Pétrole ,7 Gaz naturel ,8 Charbon ,4 Électricité nucléaire 610 5,5 Hydroélectricité 740 6,6 Total Monde Source : BP, Statistical Review of World Energy, Pour satisfaire des besoins croissants, on a puisé presque exclusivement parmi les énergies fossiles*. Les hydrocarbures viennent largement en tête avec 58,5 % de la consommation en 2009, une proportion qui n a que légèrement baissé. Bien que restant prédominant, le pétrole a vu sa part relative légèrement décliner, surtout au profit du gaz naturel, passé de 16,4 % en 1965 à 23,8 % en Énergie plus propre mais plus difficile à transporter que le pétrole, le gaz est aussi moins poly valent dans ses usages. Il n est pratique- Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
62 Mise au point scientifique L enjeu énergétique 61. ment pas utilisé dans les transports, secteur économique pourtant vital. Le charbon n a certes plus la place centrale qui était la sienne au xix e siècle. Il reste cependant fondamental et sa consommation a augmenté de 45 % depuis 10 ans, essentiellement du fait de la Chine qui, à elle seule, représente 47 % de la consommation mondiale! Cette véritable renaissance du charbon pose un gros problème puisqu il s agit de la source d énergie la plus polluante en termes d émissions de CO 2. L énergie nucléaire, qui dépend de l uranium, peut être considérée comme une énergie non renouvelable. Elle ne satisfait que 5,5 % des besoins énergétiques mondiaux. Sa consommation a augmenté des années 1960 aux années 1990 puis stagné ensuite, après Tchernobyl. Du fait de sa dangerosité et de sa technicité sa consommation reste limitée à un petit nombre de pays (30) dominés par les États-Unis (1/3 de la consommation mondiale) et la France (2 e rang mondial). L hydroélectricité est la seule énergie primaire* renouvelable qui compte aujourd hui. Sa consommation stagne en Amérique du nord et en Europe où le niveau d équipement est déjà élevé mais progresse rapidement dans les pays émergents d Asie, comme la Chine, de loin au premier rang mondial. Ce rapide survol ne doit pas faire oublier que dans de nombreux pays pauvres, notamment en Afrique, le bois, voire les bouses séchées, non recensées dans la plupart des statistiques internationales, constituent la première source d énergie consommée par les habitants. I.2. Comment satisfaire les besoins à l échelle des États? L importance des bilans énergétiques Pour répondre à ses besoins énergétiques, un pays peut s appuyer sur sa production nationale ou sur ses échanges extérieurs. Le bilan (ou balance) énergétique mesure le rapport entre la consommation et la production nationale d énergie et peut donner lieu au calcul d un taux d indépendance énergétique. Il est le moteur de marchés internationaux très puissants puisque la majorité des États sont déficitaires et que les lieux de consommation sont souvent très éloignés des lieux de consommation. Ce bilan est fondamental en termes financiers et donc aussi géopolitiques. Malheureusement on ne dispose pas de données statistiques, complexes à établir, pour tous les pays mais seulement pour un nombre limité de pays développés. Au plan géopolitique, l important est de repérer les grands pays excédentaires et les grands pays déficitaires qui vont peser sur les échanges. Trois types de situations sont observés. La majorité des pays, et en particulier des pays industrialisés, sont déficitaires. Le Japon, troisième puissance économique du monde, ne couvre que 19 % de ses besoins, l UE 50 % (c est-à-dire le même niveau que la France). Ces États jouent donc le rôle de pompe aspirante. Les États excédentaires. Il s agit souvent de pays peu peuplés, grands producteurs, comme les pays pétroliers du Moyen-Orient, Arabie Saoudite en tête, la Norvège (qui produit 854 % de ses besoins), l Australie, le Canada. La Russie est dans une situation particulière puisque, malgré une surconsommation liée à la fois à la rudesse de ses conditions climatiques et à l obsolescence de nombre de ses équipements, elle présence un bilan énergétique largement positif. Les exportations énergétiques représentent même sa principale ressource de devises. Quelques grands États sont dans une situation particulière, à la fois grands producteurs mais aussi gros consommateurs. Document 2. Les principaux producteurs et consommateurs d énergie C est en particulier le cas de pays émergents comme le Brésil, l Inde ou la Chine. La Chine est très grande productrice de charbon mais son boom économique la rend très dépendante sur le plan des hydrocarbures. Quant aux États-Unis, leur taux d indépendance énergétique ne cesse de baisser (71 % ** Énergie primaire Énergie libérée directement par une source d énergie, par exemple la production d électricité à partir de l énergie hydraulique. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
63 62. en 2006) mais il est meilleur qu en Europe. Ce pays reste en effet encore un très grand producteur. II. Impacts environnementaux et tensions géopolitiques II.1. L énergie, un enjeu géopolitique majeur La forte dimension géopolitique de la question énergétique est liée à la fois au caractère central de l énergie dans tout fonctionnement économique et à la séparation grandissante entre lieux de consommation et lieux de production. Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3 : L enjeu énergétique à l origine, en France, de la création du terminal pétrolier d Antifer. Aujourd hui, le Moyen-Orient reste une importante zone de tensions, liées à la conjonction entre des rivalités politiques et religieuses dans la partie du monde qui continue de posséder les plus importantes réserves d hydrocarbures au monde. Le détroit d Ormuz, par où transite 30 % du trafic pétrolier mondial, fait l objet d une surveillance particulière qui justifie une présence militaire permanente des États-Unis. Document 3. Le pétrole, enjeu géopolitique au Moyen-Orient II.1.1. Quatre sources de tensions géopolitiques La question du prix. Le prix de l énergie, qui a été globalement très bas depuis deux siècles, est soumis depuis le premier choc pétrolier de 1973 à de fortes variations. Lors du troisième choc pétrolier, en 2008, les prix ont atteint 150 dollars le baril sur le marché de Rotterdam. Les prix du gaz suivent grossièrement les mêmes fluctuations. Ces prix ne sont pas seulement soumis à la loi de l offre et de la demande mais aussi aux effets de la spéculation, aux tensions politiques (guerre du Kippour en 1973) et secon dairement, aux conditions géologiques plus difficiles d extraction. Le rapport entre l état des réserves et l évolution des prix étant établi, il peut conduire à de fausses déclarations sur la réalité de ces réserves. Entre 1983 et 1988, les réserves «prouvées» de l OPEP ont augmenté de 62 % dans les déclarations des pays membres sans véritables découvertes géologiques nouvelles. La question de la sécurité des routes d acheminement des produits énergétiques. Il s agit surtout de routes maritimes pour le pétrole et secondairement le gaz naturel. On se souvient par exemple de la fermeture du canal de Suez en puis , en lien avec le conflit israélo-arabe, qui avait obligé les pétroliers à faire le détour par le cap de Bonne Espérance et suscité une forte augmentation du tonnage des navires Les itinéraires choisis pour les nouveaux oléoducs ou gazoducs dépendent aussi étroitement de considérations géopolitiques. Pour éviter le passage de son gaz par l Ukraine, pays avec lequel les relations sont difficiles, la Russie privilégie le projet «South Stream» sous la Mer Noire puis transitant par les Balkans pour alimenter l Europe occidentale. La question de l accès aux réserves. Pour garantir leur approvisionnement, de nombreux pays cherchent à conclure des partenariats durables avec des pays détenteurs de ressources et faibles consommateurs. L Afrique devient ainsi un «terrain de chasse» privilégié d un pays comme la Chine. Elle lui fournit déjà un tiers de ses importations de pétrole. Sinopec, une société chinoise, a accepté de verser au gouvernement angolais deux milliards de dollars pour extraire de l or noir dans les eaux territoriales de ce pays. Ce faisant, cette puissance émergente ne fait que s inscrire dans les pas des États-Unis, du Royaume-Uni ou de la France (rôle déjà ancien d Elf, absorbé par Total, dans le golfe de Guinée). Dans un autre registre, l approvisionnement de l Europe occidentale en gaz russe ou d Asie centrale constitue un enjeu géopolitique majeur. L Union européenne soutient le projet de gazoduc Nabucco qui puiserait le gaz en Azerbaïdjan et en Irak et lui permettrait de s affranchir d une certaine dépendance à Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
64 Mise au point scientifique L enjeu énergétique 63. l égard de la Russie (Le Figaro, 8 avril 2010). Cependant, Moscou avance rapidement dans son double projet de livraison de gaz russe à l Europe occidentale via le North Stream sous la Baltique et le South Stream sous la mer Noire (Le Monde, 26 novembre 2009). Document 4. Les gazoducs en provenance de Russie et d Asie centrale. La question spécifique du nucléaire. Sa dangerosité et ses liens techniques possibles avec l arme nucléaire font de cette source d énergie un enjeu géopolitique permanent. Dépendante de l uranium, elle pose tout d abord la question de l accès à la ressource première et ne garantit pas une réelle indépendance énergétique (La France doit importer 100 % de ses besoins en uranium). D autre part, l accès au nucléaire civil peut être l occasion de graves tensions comme on le voit bien actuellement avec l exemple de l Iran. Il fait l objet d une surveillance attentive d une organisation directement rattachée aux Nations unies, l Agence internationale pour l énergie atomique (AIEA). Enfin, lorsqu un nouveau pays se voit reconnaître la faculté de développer une filière nucléaire, la construction des usines fait l objet d une vive concurrence entre les rares détenteurs de la technologie et la signature des contrats donne lieu à des marchandages dont la dimension politique est forte. L ambassade de France à Pékin dispose d un «service nucléaire». II.1.2. Le jeu des acteurs Dans le domaine énergétique comme dans beaucoup d autres domaines économiques, deux types d acteurs sont déterminants : les grandes entreprises multinationales et les institutions politiques. Les multinationales énergétiques. Elles comptent parmi les plus puissantes et les plus rentables au monde. Dans le domaine pétrolier, leur particularité est d avoir très tôt réalisé une forte intégration verticale depuis la prospection jusqu à la distribution en passant par l extraction, le raffinage et le transport. Le temps des «Majors», essentiellement anglo-américaines est un peu révolu (elles ne représentaient plus que 15 % de la production mondiale en 2000) et des compagnies nationales ou privées, notamment chinoises, se sont fait une place au soleil, comme le montre le classement ci-dessous. Les acteurs institutionnels. Le caractère vital du secteur énergétique a depuis longtemps incité les États à s y intéresser, quelle que soit par ailleurs leur orientation idéologique. Les pays producteurs et exportateurs ont cherché à mieux contrôler la production et à mieux tirer profit des revenus pétroliers ou gaziers. Cela a pu passer par des nationali- Les grandes compagnies pétrolières en 2009 parmi les 20 plus grandes entreprises mondiales Rang mondial Nom Pays Chiffres d affaires (en milliards de dollars US) Nombre d employés 2 Shell Pays-Bas Exxon États-Unis British Royaume-Uni Petroleum 7 Sinopec Chine China National Chine Petroleum Corporation 11 Chevron États-Unis Total France ConocoPhillips États-Unis Source : Fortune, Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
65 64. sations conflictuelles : Iran (1951) Algérie (1971), ou plus récemment Bolivie après l arrivée au pouvoir du président Morales en La création de l OPEP en 1960 (12 membres aujourd hui) avait représenté la première tentative de concertation entre pays exportateurs en développement. Bien qu assurant encore 43 % de la production mondiale, le rôle de ce cartel dans la fixation des prix a beaucoup diminué puisque ces derniers dépendent surtout de l évolution de la demande. Les grands pays importateurs cherchent aussi à garantir leur approvisionnement aux meilleurs prix. Les États-Unis, premier importateur mondial, jouent un rôle déterminant et la présidence de George Bush a été marquée par l étroitesse des liens tissés entre son administration et les milieux pétroliers, les interventions militaires au Koweit et en Irak ayant eu aussi une dimension énergétique. Par sécurité, et pour pouvoir peser un peu sur les prix, les grands pays ont pris l habi tude, depuis la crise pétrolière de 1973, de détenir des stocks stratégiques (90 jours aux États-Unis, 150 jours au Japon). Au plan international, l Agence internationale de l Énergie (AIE), créée en 1974 au sein de l OCDE, cherche à promouvoir des formes de solidarité entre ses membres et des politiques plus rationnelles. Elle produit des études et des statistiques sur l avenir énergétique de la planète. À l échelle de l Union européenne, on peine à mettre en place une réelle politique commune alors que l énergie avait joué un rôle pionnier dans la construction européenne (CECA en 1951, Euratom en 1957). II.2. De sérieux impacts environnementaux à toutes les échelles Comme d autres activités humaines, l exploi ta tion des sources d énergie a été depuis la révolution industrielle source de graves nuisances pour l environnement mais aussi pour l homme. Il suffirait d évoquer les catastrophes dans les mines de charbon (celle de Courrières, la plus importante d Europe, Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3 : L enjeu énergétique en 1906, fit officiellement morts) ou la surmortalité due au smog (brouillard et poussière de charbon) dans les villes britanniques (4 000 décès supplémentaires enregistrés à Londres en décembre 1952). Pour s en tenir aux impacts environnementaux directs, qui peuvent évidemment avoir indirectement des effets sur la vie humaine, on observera qu ils concernent d abord la dégradation de la qualité de l air. On peut aussi distinguer les nuisances chroniques, d ordre structurel et ce qui relève des «risques majeurs technologiques» qui peuvent provoquer des accidents ou des catastrophes. Le plus souvent, les impacts environnementaux du secteur énergétique s observent à l échelle locale ou tout au plus régionale. Mais les liens entre rejets massifs de dioxyde de carbone (CO 2 ) et changement climatique conduisent à prendre aussi en considération l échelle mondiale Ces nuisances ont longtemps été tolérées car considérées comme le prix du «progrès». Il a fallu attendre les années 1970 pour qu une prise de conscience des problèmes environnementaux se fasse jour. II.2.1. À l échelle locale ou régionale, des pollutions diverses, des accidents et des catastrophes Le charbon et le pétrole sont les sources d énergie les plus polluantes au plan des nuisances permanentes. L extraction souterraine du charbon est à l origine d affaissements de terrains et les immenses «découvertes» d Australie ou des États- Unis repré sentent une atteinte majeure aux paysages. L extraction ou le transport du pétrole peuvent être à l origine de graves marées noires. Les naufrages du Torrey Canyon en 1967 au large des Îles Scilly en Grande-Bretagne ou de l Amoco Cadiz en 1978 en Bretagne ( tonnes perdues) ont marqué les mémoires. La généralisation de l extraction du pétrole offshore (un tiers de la production mondiale) accentue le danger comme l a montré en avril 2010 l explosion de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique qui a provoqué durant plus Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
66 Mise au point scientifique L enjeu énergétique 65. de trois mois le rejet d environ 5 millions de barils de pétrole, causant la plus grave marée noire de l histoire des États-Unis. La combustion du charbon et du pétrole provoquent aussi des rejets de dioxyde de soufre (SO 2 ) et d oxydes d azote qui peuvent être une des causes des «pluies acides» qui affectent les régions industrielles et même des régions rurales éloignées, la construction de hautes cheminées dans les centrales thermiques ayant eu pour effet une plus grande dispersion des polluants sur des centaines de kilomètres. Les pluies acides en Scandinave trouvent principalement leur origine au Royaume-Uni. Elles ont été mises en cause dans le dépérissement des forêts européennes dans les années 1980, lequel était sans doute lié aussi à d autres facteurs comme des épisodes de sécheresse. Des normes plus strictes en matière de rejets acides (pots catalytiques, filtres dans les cheminées des centrales thermiques) ont permis une sensible amélioration. Comme d autres activités industrielles, les sites charbonniers ou pétroliers donnent lieu aussi fréquemment à des pollutions locales des sols ou des nappes phréatiques qui peuvent poser problème pour la réaffectation des friches industrielles. Le gaz naturel est considéré comme la plus propre des énergies fossiles malgré le danger d explosion. En terme environnemental, l électricité nucléaire pose deux types de problèmes majeurs. Tout d abord, que faire des déchets radioactifs, dangereux pour des milliers d années pour certains? Le stock accumulé au plan mondial atteint déjà tonnes et l enfouissement souterrain à long terme n est pas encore opérationnel. D autre part, malgré les précautions prises, l accident nucléaire reste possible comme l ont montré celui de Three Mile Island en Pennsylvanie en 1979, classé niveau 5 (accident entraînant un risque hors du site), qui ne fit pas de victime, et surtout Tchernobyl en 1986, classé niveau 7, le plus élevé, aux conséquences humaines et écologiques très graves (de à décès selon les estimations). Parmi les sources d énergie renouvelables, l électricité hydraulique, surtout lorsqu elle prend la forme de grands barrages, peut poser de sérieux problèmes environnementaux : inondation de vallées sur de longues distances avec des déplacements massifs de population ( personnes pour le barrage des Trois Gorges en Chine dont le lac-réservoir s étire sur 660 km) ; perturbation des écosystèmes aquatiques en aval du barrage comme ce fut le cas sur le bas Nil après la construction d Assouan. II.2.2. À l échelle mondiale, la question du changement climatique Depuis le début de l ère industrielle et l utilisation massive de combustibles carbonés fossiles (charbon, pétrole, gaz), l homme aurait contribué à une augmentation de 35 % du stock de CO 2 dans l atmosphère. Selon le quatrième rapport du GIEC (2007), le réchauffement climatique serait imputable (9 probabilités sur 10) aux activités humaines. Aujourd hui, deux tiers des émissions sont liées à la production et à la consommation d énergie par les transports, l industrie et l habitat (chauffage, climatisation). La répartition géographique des émissions de CO 2 reflète bien les inégalités dans les niveaux de consommation énergétique. Document 5. Les émissions de CO 2 dans le monde En valeur absolue, pour un total mondial de 29,3 milliards de tonnes de CO 2 émis en 2007 deux types de pays dominent largement : les pays industrialisés avec de très loin en tête les États-Unis (5, 8 milliards t), et loin derrière la Russie (1,6) ou le Japon (1,3), les pays émergents. La progression de la Chine est particulièrement spectaculaire avec sa construction massive de centrales thermiques à charbon ; elle a depuis peu dépassé les États-Unis. L Inde vient derrière (1,2). La carte montre bien que l essentiel des émissions est concentré dans un petit nombre de pays. L Afrique (sauf l Afrique du Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
67 66. Sud), l Amérique latine (sauf le Brésil) sont presque absents. En valeur relative, ce sont les petits pays de la péninsule arabique qui affichent les plus gros scores mais beaucoup plus déterminantes sont les très fortes émissions par habitant des États-Unis (19,1 t/hab), en même temps le troisième pays de la planète quant à sa population. L Union européenne présente un paysage contrasté : émissions rela ti vement faibles en France (5,8 t/hab) du fait de l importance de l énergie nucléaire, considérée comme non émettrice, émissions presque deux fois plus fortes en Allemagne (9,7 t/hab) à cause du charbon et malgré les efforts réalisés en matière d éolien ou de solaire. À l avenir, il serait donc fondamental de réduire les émissions de CO 2. Selon le GIEC, en application du principe de précaution, qui consisterait à faire en sorte que la température moyenne mondiale n augmente pas de plus de 2 C, il faudrait pouvoir stabiliser le niveau de concentration du CO 2 dans l atmosphère à 450 ppm (parties par millions). Pour y parvenir, certains spécialistes font reposer beaucoup d espoirs sur la capture et le stockage souterrain du CO 2 à la source, c est-à-dire par exemple à la sortie des centrales thermiques au charbon. Mais cette solution n est pour le moment qu expérimentale et ne résout pas le problème des émissions dispersées. Il reste donc fondamentalement une seule solution : diviser par deux les émissions mondiales d ici à La poursuite de l augmentation des émissions des pays en développement étant inévitable, et dans une certaine mesure légitime, atteindre cet objectif supposerait un très gros effort des pays développés. Le protocole de Kyoto, signé en 1997, mais entré en application seulement en 2005 après sa ratification par la Russie, a constitué la première tentative volontariste pour réduire les émissions de CO 2. Non ratifié par les États-Unis, il visait à réduire de 5 % par rapport au niveau 1990 les émissions mondiales de GES à l échéance Les pays émergents, et a fortiori les autres pays Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3 : L enjeu énergétique en développement, n étaient pas concernés par cet engagement car considérés comme historiquement non responsables de la situation actuelle. La conférence de Copenhague (décembre 2009) n a pas permis de progresser vers des engagements précis au-delà de Au niveau de l Union européenne, des engagements plus ambitieux ont été pris. Un «paquet climat» a été adopté en décembre D ici 2020, il vise à réduire les émissions de GES de 20 %, la consommation d énergie de 20 % et à augmenter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale. En France, le Grenelle de l Environnement en 2007 a confirmé l objectif de réduction d un «Facteur 4» (division par 4 des émissions de GES d ici à 2050). Des résultats actuellement très insuffisants. Entre 1990, année de référence pour le protocole de Kyoto, et 2008, les émissions de CO2 ont augmenté de 40 %, (et de 29 % depuis 2000) selon le rapport annuel du Global Carbon Project alors que les «puits naturels» de carbone (océans, végétation terrestre) perdent en efficacité en absorbant seulement 40 % de ces émissions (au lieu de 45 % il y a 50 ans). On est donc au-delà du plus pessimiste des scénarios du GIEC dans ses rapports successifs aura constitué une exception avec une diminution de 2,8 % des émissions, exclusivement à cause de la crise économique mondiale. L accélération du rythme des émissions (+ 3 à 4 % an) est fondamentalement liée au charbon (qui représente 40 % des émissions) massivement exploité par la Chine et l Inde. Depuis 2006, les pays en développement émettent plus de CO 2 que les pays développés. Du côté des pays développés, seule l Union européenne affiche une stabilisation des émissions avec des différences notables selon les pays. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
68 Mise au point scientifique L enjeu énergétique 67. Évolution des émissions de CO 2 dans quelques pays de l OCDE Objectifs Kyoto Niveau réel en 2007 (par rapport à 1990) États-Unis 7 % + 17 % Canada 6 % +29 % Japon 6 % + 6 % Espagne +15 % + 54 % Italie 6,5 % + 8 % France 0 % 5 % Royaume 12,5 % 17 % Uni Allemagne 21 % 21 % Source : GIEC. Les chiffres ci-dessus doivent être relativisés car ils ne prennent en compte que les émissions directes. Or la mondialisation a pour effet de délocaliser vers les pays émergents les émissions liées à la fabrication de produits manufacturés ensuite exportés vers les pays développés. III. Quels choix énergétiques pour l avenir? Cette question s impose en termes de développement durable. Elle reste cependant particulièrement délicate car devant s appuyer sur des scénarios peu sûrs et polémiques dont la dimension catastrophiste n est pas absente. Compte tenu de la forte inertie des modèles de production et de consommation, une anticipation s impose pour éviter de brutales pénuries. Sans approfondir une question d une grande complexité, on se contentera ici de poser les termes de débats dont certains sont loin d être tranchés. III.1. La raréfaction progressive des réserves fossiles La question des réserves est une des plus polémiques et il règne une grande incertitude méthodologique. On ne peut en effet s en tenir aux réserves dites prouvées, c est-à-dire exploitables selon le prix et la technologie du moment. Toute augmentation du prix les augmente mécaniquement puisqu elle rend exploitables d autres réserves géo logi quement existantes mais techniquement difficiles d accès. Il faut donc bien distinguer les réserves prouvées des ressources ultimes récupérables, qui englobent des gisements vraisemblablement existants pour des raisons géologiques non encore découverts et des gisements non rentables. Document 6. Les ressources ultimes récupérables D autre part, les statistiques publiées reposent sur les déclarations des États et des entreprises et peuvent faire l objet de manipulations à des fins commerciales ou géopolitiques. La seule vérité établie est que, par définition, des réserves fossiles sont des réserves finies. L état des réserves prouvées est en fait très variable selon les sources d énergie fossile. Les réserves de charbon et de lignite restent considérables à l échelle mondiale (826 milliards de tonnes en 2009) et garantissent au moins deux siècles de consommation au rythme actuel, et bien davantage si on prend en compte les réserves de lignite. D autre part ces réserves sont assez bien réparties dans le monde et le deuxième consommateur, les États-Unis, est aussi celui qui possède les plus importantes réserves. Ces données géologiques ne plaident donc pas en faveur d une réduction des émissions de CO 2. La situation des hydrocarbures est beaucoup moins favorable avec toutefois une différence sensible entre le gaz et le pétrole. Concernant le gaz, les réserves prouvées assureraient encore 63 ans de consommation au rythme actuel (source British Petroleum) mais en 1985, cette espérance était seu lement de 60 ans car, à la différence du pétrole, les découvertes de gisements gaziers sont encore nombreuses. La limite principale du gaz est sa non-utilisation pour les transports qui sont et resteront le demandeur principal. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
69 68. ** Énergie renouvelable Sources d énergie constamment disponibles dans la nature (l énergie hydraulique, éolienne, solaire). Le problème principal réside donc bien dans la faiblesse des réserves prouvées de pétrole : 46 ans en 2009 selon BP. Mais ce chiffre est à prendre avec la plus extrême précaution. Selon les plus pessimistes, au nombre desquels figure l ASPO (Association for the Study of Peak Oil) le pic de production (maximum de la production mondiale et début d un déclin inexorable) pourrait être atteint dans dix ans voire plus vite. Les plus optimistes font observer que les réserves n étaient estimées qu à 38 ans en 1983 et qu après le premier choc pétrolier on annonçait la fin du pétrole vers l an Il est certain qu un pétrole durablement plus cher (autour de 62 dollars le baril de brut en 2009) rend exploitable le pétrole dit non conventionnel, comme les sables asphaltiques du Canada, mais au prix d une sérieuse dégradation de l environnement local. Réserves prouvées, pour les cinq premiers pays, en % des réserves mondiales (2009) Charbon Pétrole Gaz naturel 1 États-Unis 28,9 Arabie 19,8 Russie 23,7 Saoudite 2 Russie 19 Venezuela 12,9 Iran 15,8 3 Chine 13,9 Iran 10,3 Qatar 13,5 4 Australie 9,2 Irak 8,6 Turkmenistan 4,3 5 Inde 7,1 Koweit 7,6 Arabie Saoudite 4,2 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3 : L enjeu énergétique D autre part les réserves de pétrole sont les plus inégalement réparties des trois énergies fossiles, ce qui ne peut qu accentuer les tensions géopolitiques. Le Moyen-Orient détiendrait à lui seul 56,6 % des réserves alors que l Asie-Pacifique où la consommation risque d augmenter le plus, n en détiendrait que 3,2 %. Si l on fait le bilan de la répartition géographique des réserves énergétiques fossiles, à l échelle mondiale, en la mettant en relation avec la répartition de la population, donc des besoins, trois grandes régions paraissent bien dotées : le Moyen-Orient, l ex-urss et l Amérique du Nord. En revanche, l Asie-Pacifique, à cause de son poids démographique, l Afrique et l Amérique du Centre et du Sud, pour des raisons géologiques, sont moins bien dotées. À vrai dire, la question des réserves n est peut-être pas aussi grave qu on le dit souvent dans les médias. Si l on en croit le GIEC, la question des émissions de CO 2 et du chan gement climatique, pourrait conduire à renoncer prématurément, au moins partiellement, à l exploitation de ces ressources fossiles pour éviter des préjudices graves pour l ensemble de l humanité. Source : BP, Statistical Review of World Energy, 2010 III.2. Le débat sur les potentialités des énergies renouvelables* Tout le monde s accorde à reconnaître que l avenir énergétique passe néces sai rement par un fort développement des énergies renouvelables, qui viennent d ailleurs de justifier la création en 2009 d une organisation intergouvernementale spécifique : l Agence internationale de l énergie renouvelable. Elles ne représentent actuellement que 13 % de la consommation énergétique, en incluant les combustibles renouvelables comme le bois, donc la biomasse, qui représenteraient à eux seuls 10 % de la consommation finale totale compte tenu de leur importance dans les pays pauvres. L hydroélectricité viendrait en deuxième position avec 2,5 % et les autres énergies renouvelables, dont on parle tant, comme l éolien, le solaire, la géothermie seulement 0,5 % (Source AIE 2006). On mesure le chemin à parcourir et on comprend que les avis puissent diverger sur leur capacité à remplacer les énergies fossiles. Document 7. Les cinq types d énergies renouvelables Le recours aux énergies renouvelables, outre le fait qu il permet de diminuer fortement les rejets de CO 2, répond à deux grands objectifs. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
70 Mise au point scientifique L enjeu énergétique 69. III.2.1. Produire de nouveaux carburants Il s agit principalement de faire fonctionner des moteurs ou de produire de la chaleur. La biomasse (qui peut provenir des forêts, de l agriculture ou des déchets) peut répondre à cette demande. (Elle est à la fois la plus ancienne et la plus importante aujourd hui des ressources renouvelables, principalement parce que dans les pays pauvres tropicaux elle fournit du bois de feu pour la cuisine à plus de 2 milliards de personnes). Dans les pays développés et froids en hiver, son potentiel comme bois de chauffe est considérable. Beaucoup plus polémique est la question des biocarburants, que certains préfèrent appeler agrocarburants (cf. piste pédagogique n 2) lorsqu ils proviennent de l agriculture. Les techniques sont multiples. On distingue notamment la filière huile, qui produit du biodiesel ou diester (à partir du palmier à huile, du tournesol, du colza ou du jatropha), dont l Allemagne est le premier fournisseur mondial et la filière alcool qui donne du bioéthanol (à partir de la canne ou de la betterave à sucre, du maïs ou du blé) dont les États-Unis et le Brésil sont les deux grands producteurs. La filière biogaz (par méthanisation des déchets) est encore plus marginale. Au niveau de l Union européenne, ces agrocarburants ne représentent encore que 4 % de la consommation totale de carburants pour les transports routiers (2008) et la Commission européenne s est limitée à un objectif de 10 % en En effet, après avoir soulevé beaucoup d espoirs, notamment auprès des agriculteurs européens, ces agrocarburants de première génération sont maintenant ouvertement discutés. On leur reproche de retirer de la production alimentaire des surfaces agricoles considérables (cf. le thème Nourrir les hommes) et de nécessiter beaucoup d énergie pour les obtenir. À moyen terme, on ne voit donc pas comment les biocarburants pourraient relayer massivement le pétrole pour les transports. III.2.2. Produire de l électricité renouvelable Différentes techniques sont possibles. L hydroélectricité, utilisée depuis le xix e siècle, représente 86 % de l électricité renouvelable. Sa production a très sensiblement augmenté dans les vingt dernières années mais nettement moins vite que la consommation globale d électricité. Certes son potentiel théorique est cinq fois supérieur à la production actuelle. Mais on ne peut guère espérer sa mise en valeur complète (une croissance de + 50 % est envisagée à l horizon 2030 par l AIE) car, dans les pays développés, le niveau d équipement des sites naturels propices est déjà élevé et les impacts environnementaux sont davantage dénoncés qu aupa ra vant. Par ailleurs les investissements énormes que nécessitent les grands barrages (de l ordre de 500 millions à 2 milliards de dollars) sont hors de portée de nombreux États du Sud qui ne peuvent pas toujours compter sur un financement privé ou d OIG comme la Banque mondiale. Ce potentiel se trouve cependant beaucoup dans les pays tropicaux humides, en même temps émergents, comme le Brésil et la Chine qui comptent bien l exploiter. La biomasse sert aussi à la production d électricité, à partir de la chaleur que peut produire sa combustion (6 % de la production d électricité renouvelable au plan mondial). L énergie éolienne (5,7 % de la production mondiale d électricité renouvelable) connaît un développement spectaculaire en particulier aux États-Unis et en Europe (56 % de la production mondiale). Tout récemment la Chine a fait des progrès très rapides et atteint en 2009 le 2 e rang mondial devant l Allemagne Les perspectives sont incontestablement intéressantes, notamment off shore. Une éolienne peut représenter une puissance installée de 1 à 2 MW et il est possible de disperser les installations ou au contraire de les regrouper en «parcs» de plusieurs dizaines d engins. Le plus grand site du monde, Horns Rev 1 et 2, construit en 2002 puis 2009 pour la deuxième tranche à 30 km de la côte danoise, compte 170 turbines et Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
71 70. dispose d une puissance installée de 370 MW qui permet d alimenter en électricité foyers. Les éoliennes construites à terre sont davantage contestées, notamment en France, à cause de leur atteinte au paysage. La géothermie fournit 1,7 % de l électricité renouvelable. Ses perspectives de croissance sont intéressantes mais limitées principalement aux régions volcaniques. Cette source peut aussi alimenter des chauffages individuels. L énergie solaire est actuellement encore très marginale (0,3 % de l électricité renouvelable en 2008) mais elle offre un potentiel sans limite à condition que les problèmes techniques et financiers (surcoût de la production du kwh) soient surmontés. Elle repose sur deux filières distinctes : les panneaux photovoltaïques (dont la Chine est devenue le premier producteur mondial), la filière majoritaire, et la conversion thermodynamique. Le solaire représente un réel espoir pour les pays pauvres souvent bien ensoleillés. Bien connue en France grâce au barrage construit sur l estuaire de la Rance en 1966 (puissance installée de 240 MW) l énergie marémotrice est anecdotique au plan mondial et n est pas promise à un grand avenir du fait du fait de la rareté des sites potentiels. Les autres perspectives énergétiques (énergie des océans, hydrogène, fusion thermonucléaire, etc.) relèvent encore de la recherche. Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3 : L enjeu énergétique réacteurs de troisième génération (EPR) sont en construction (Finlande, France) et d aucuns plaident pour une quatrième génération qui réduirait les volumes et la durée de vie des déchets. Malgré leur coût élevé, de nombreux projets de centrales nucléaires voient le jour (quarante-sept centrales en construction recensées en 2009), notamment dans les pays émergents à forts besoins comme l Inde où Chine. Dans ce dernier pays au moins une vingtaine de centrales seraient construites d ici 2020, ce qui ferait seulement passer le nucléaire de 2 à 4 % de la puissance électrique installée tant les besoins sont énormes. Il reste, qu au niveau mondial, le nucléaire ne pourra constituer qu un appoint dans le mix énergétique* puisqu il continuera d être réservé à un petit nombre de pays. Par ailleurs, la question principale, celle du stockage des déchets radioactifs demeurera et suscite l opposition d une partie de l opinion publique. Enfin, les réserves d uranium, dont la durabilité fait débat (60 ans? 280 ans?) ne sont pas inépuisables et seul le passage aux réacteurs à neutrons rapides (quatrième génération), fonctionnant au plutonium produit par les réacteurs actuels, permettrait de s affranchir de cette dépendance. On comprend que certains experts préconisent un développement beaucoup plus volontariste des énergies renouvelables. III.3. Agir sur la demande énergétique ** Mix énergétique (ou bouquet énergétique) Combinaison des différentes sources d énergie qui permettent de couvrir les besoins. ** Efficacité énergétique Rapport entre l énergie effectivement produite et l énergie consommée. III.2.3. Le retour de l électricité nucléaire? Face aux limites des énergies renouvelables, au moins à moyen terme, le nucléaire est souvent présenté comme «inévitable» dans les prochaines décennies pour compenser le déclin souhaitable du thermique classique, émetteur de CO 2 et menacé d un fort renchérissement. En 2010, l Allemagne, où l opinion antinucléaire est forte, a pourtant décidé de repousser de douze ans en moyenne la durée de vie de ses dix-sept centrales qui devaient être fermées à l horizon 2021 en fonction d une décision prise en Des III.3.1. Une augmentation inévitable des besoins Dans les futures décennies l évolution de la demande mondiale dépendra de nombreuses variables parmi lesquelles : la croissance démographique : 2 milliards de consommateurs supplémentaires entre 2012 et 2050 ; l évolution du niveau de vie et la réduction des inégalités Nord-Sud. La question du développement des Sud selon un modèle productiviste est donc au cœur de cet enjeu. Comment rendre possible l accès à l électri- Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
72 Mise au point scientifique L enjeu énergétique 71. cité pour le quart de l humanité qui en est privée actuellement? l amélioration de l efficacité énergétique* qui permettrait de consommer mieux et moins ; l évolution des prix, une variable déterminante à la fois pour réorienter la consommation des énergies fossiles vers les énergies renouvelables et pour promouvoir les économies d énergie, éventuellement en taxant davantage la consommation (instauration éventuelle d une taxe carbone au sein de l Union européenne). En intégrant ces données, de multiples scénarios prospectifs sont élaborés par des organisations internationales comme l agence internationale de l énergie (AIE) ou le conseil mondial de l énergie, par des États ou des grandes entreprises. Ils sont fortement influencés par les présupposés culturels et idéologiques de leurs auteurs ou par les pressions des lobbies. (Un article du Guardian le 9 novembre 2009 soutenait que l AIE aurait délibérément surestimé la capacité de production pétrolière mondiale en 2030 dans son dernier World Energy Outlook 2009 pour ne pas déplaire aux Américains ) Les scénarios «d abondance» envisagent à l horizon 2050 une consommation mondiale de 22 à 25 milliards de tep (pour 11 aujourd hui). Les scénarios les plus «sobres» se situent autour de 12 à 15 milliards. À l horizon 2030, plus prévisible, l AIE propose deux scénarios : un scénario tendanciel marqué par une augmentation de 60 % de la demande mondiale soit +1,6 % par an. Les énergies fossiles continueraient de représenter 80 % de la consommation (88 % actuellement) ; un scénario plus vertueux limiterait l augmentation de la consommation à 0,8 % an, essentiellement grâce à des progrès de l efficacité énergétique. Les énergies renouvelables resteraient cependant encore marginales et l AIE compterait davantage sur le nucléaire et le stockage souterrain du CO 2 pour réduire les émissions de GES. Document 8. La consommation énergétique à l horizon 2030 III.3.2. Deux pistes pour maîtriser la demande énergétique Pour maîtriser la demande, ou même la réduire dans certains pays développés, on doit s appuyer sur deux leviers fondamentaux : économiser l énergie. On sait que les gaspillages sont énormes. Selon certaines associations (cf. negawatt. org), on pourrait en France réduire de 70 % la consommation future par rapport aux tendances actuelles. Sans revenir à un mode de vie ancestral, on peut agir sur les postes les plus énergétivores : les transports et le chauffage des habitations (20 % de l énergie finale consommée en France). Les pistes sont multiples et commencent à se populariser, au moins en Europe occidentale : déve lop pement des transports en commun, covoiturage, amélioration de l isolation thermique, constructions de maisons dites «passives» qui produisent pratiquement autant d énergie qu elles en consomment, notamment grâce aux panneaux photovoltaïques dont elles sont équipées. La généralisation de ces économies impose cependant un profond changement dans les comportements des entreprises mais aussi des consommateurs. En France, c est la raison d être principale d un établissement public, l ADEME, créée dès améliorer l efficacité énergétique. Globalement, en 2004, pour une production de 11, 4 milliards de tep la consommation utile n était que de 4, 6 milliards de tep soit un rendement de 40 %. D un pays à l autre la différence est énorme entre une certaine efficacité européenne (0,146 kep consommé par dollar de richesse produite) et une certaine gabegie états-unienne (0,244 kep/ dollar) et plus encore chinoise (0,834 kep/ dollar). Selon la Commission européenne, les gains d efficacité énergétique pourraient à eux seuls réduire de 20 % l énergie consommée d ici Concrètement, il peut s agir de la production de moteurs de voiture ou d avions consommant moins de carburants, d ampoules basse consommation, etc. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
73 72. III.2.3. L exemple des choix énergétiques de la France La France n extrait quasiment pas d énergie de son sous-sol. Les dernières mines de charbon ont fermé en 2004 et la production d hydrocarbures se limite à 2 Mtep en Elle doit donc importer massivement du charbon, du pétrole et du gaz naturel (142 Mtep) Suite à la première crise pétrolière en 1973, la France s est engagée, sous le gouvernement Messmer, dans un grand plan de construction de centrales nucléaires (51 tranches sur 21 sites en 2008) qui en fait le deuxième producteur au monde (115 Mtep en 2008 soit 76 % de sa production électrique totale). Son bilan énergétique est fortement négatif (137 Mtep pour la production nationale, 274 Mtep pour la consommation) mais plutôt moins que dans nombre de pays développés du fait du poids du nucléaire. Les importations énergétiques pèsent lourd dans le déficit commercial du pays, ce qui constitue une incitation supplémentaire à la promotion des énergies renouvelables. Le Grenelle de l Environnement a fixé un objectif de 23 % d énergies renouvelables dans la consommation finale d énergie d ici L énergie éolienne sera particulièrement sollicitée : on prévoit éoliennes à l horizon 2020 qui devraient permettre de réduire de 16 millions de tonnes les émissions françaises de CO 2. Thème 2. Gérer les ressources terrestres Question 3 : L enjeu énergétique Conclusion Il n existe donc pas de solution unique pour réduire la dépendance au pétrole des économies développées. Il faut agir à la fois au niveau de l offre en amont, en diversifiant les approvisionnements énergétiques et en favorisant clairement le renouvelable, et au niveau de la demande en aval par des économies et un meilleur rendement des machines. Cela implique de prendre conscience de l impasse auquel conduirait le prolongement du modèle de consommation sans limite que connaît le monde développé depuis la révolution industrielle en s appuyant sur une énergie à très (trop) bas prix. La question de l avenir énergétique conduit donc à repenser profondément les systèmes productifs et les formes de mobilité. L incertitude sur les réserves et plus encore le risque d un changement climatique donnent le sentiment que l humanité se trouve à un tournant et se doit d entrer dans une nouvelle ère. Enseigner le développement durable. Géographie 2 de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens, 2010.
74 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 1. La consommation énergétique par pays et par habitant en 2007 Question 3. L enjeu énergétique Retour Mise au point
75 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 2. Les principaux producteurs et consommateurs d énergie Question 3. L enjeu énergétique Retour Mise au point
76 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 3. Le pétrole, enjeu géopolitique au Moyen-Orient Question 3. L enjeu énergétique Retour Mise au point
77 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 4. Les gazoducs en provenance de Russie et d Asie centrale ide ffert no cime l a avec RE D D Ca de la s FO den. Question 3. L enjeu énergétique Retour Mise au point Spe Enseigner le développement durable. Géographie 2de Sociétés et développement durable CRDP de l académie d Amiens,
78 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 5. Les émissions de CO 2 dans le monde Question 3. L enjeu énergétique Retour Mise au point
79 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 6. Les ressources ultimes récupérables Question 3. L enjeu énergétique Retour Mise au point
80 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 7 Les cinq types d énergies renouvelables Question 3. L enjeu énergétique Source d énergie Modes de capture et de transformation Utilisations Chaleur Électricité Carburant Retour Mise au point Biomasse Hydraulique (continents et océans) Éolien (continents et océans) Géothermie Solaire Photovoltaïque Thermique Chaudière Distillation (céréales, betterave, canne à sucre ) Méthanisation (déchets organiques ) Moulin à eau Centrale hydroélectrique Moulin à vent Aérogénérateur Pompes à chaleur, centrales basse et moyenne énergie (130à 150 C) Centrales haute énergie (plus de 150 ) Cellules photovoltaïques Capteurs solaires Chauffage Électricité par cogénération Agrocarburants pour les transports Biogaz pour les transports, le chauffage, ou l électricité Force mécanique (mouture de céréales ) Électricité Force mécanique (pompage de l eau ) Électricité Chauffage, climatisation Chauffage Électricité Électricité Eau chaude, chauffage Source : d après Observ ER, observatoire des énergies renouvelables.
81 Thème 2. Gérer les ressources terrestres Document 8. La consommation énergétique à l horizon 2030 Question 3. L enjeu énergétique Retour Mise au point
82 81. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement Piste pédagogique 1 Construire un croquis : «Le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement» Problématique d ensemble «Impacts environnementaux et tensions politiques». Cette piste pédagogique peut aussi trouver place dans le cadre du nouvel enseignement d exploration «Littérature et société 1. Écrire pour changer le monde : l écrivain et les grands débats de société (les écrivains face aux progrès scientifi ques et techniques)» BOEN spécial n 4 du 29 avril Capacités travaillées Prélever, hiérarchiser et confronter des informations. Cerner le sens général d un document ou d un corpus de documents et le mettre en relation avec la situation géographique étudiée. Réaliser des cartes, croquis et schémas cartographiques à l aide d un logiciel. Présentation de l activité Cet exercice a pour fi nalité de faire construire par les élèves un croquis sur l organisation spatiale d un site nucléaire, et les aménagements développés par les hommes pour faire face aux exigences de ce type de site. Il se déroule en trois étapes : première étape : la sélection d informations textuelles et leurs classements ; deuxième étape : leurs traductions en langage cartographique ; troisième étape : l élaboration du croquis. Dans le cadre d un enseignement d exploration, cette activité peut être l occasion d une confrontation entre données documentaires et témoignages d écrivains. Cette activité peut être enrichie par la lecture d un extrait du roman d Élisabeth Filhol, La Centrale (éditions POL, 2010). Les pages 101 à 106 permettent de compléter la découverte du site nucléaire du Blayais. Outil Scribble Maps ( qui permet de créer des cartes personnalisées sur les bases des cartes de Google Maps. Un tutoriel vidéo est disponible sur le blog à l adresse suivante : On peut aussi consulter un exemple d utilisation scolaire de ce logiciel à l adresse suivante : Documents supports Dans le cadre d une activité s appuyant sur des sites internet : Document 1. Trois captures d écran à trois échelles différentes : Document 2. Site d EDF : La présentation de la centrale ; la surveillance de l environnement. Document 3. Site de l Insee : hercher=rechercher
83 82. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement Dans le cadre du nouvel enseignement d exploration : Document 1. Il est possible de prendre appui sur un extrait du roman d Élisabeth Filhol, La Centrale (POL, 2010). Par exemple la lecture des pages 101 à 106 permet la découverte du site nucléaire du Blayais. Document 2. Site d EDF : La présentation de la centrale ; la surveillance de l environnement. Document 3. Site de l Insee : hercher=rechercher Démarche Dans le cadre d une activité s appuyant sur des sites internet : Les élèves relèvent des informations sur la centrale du Blayais, afi n de construire un croquis, en observant les trois captures d écran à trois échelles différentes et le plan de la centrale. L enseignant peut fournir ces documents ou proposer aux élèves l adresse leur permettant de modifi er eux-mêmes les échelles d analyse. Puis les élèves classent leurs informations, selon les éléments architecturaux, le site et la situation de la centrale du Blayais. Dans le cadre du nouvel enseignement d exploration : L enseignant lit à haute voix les pages du roman d Élisabeth Filhol. Pendant la lecture les élèves repèrent les éléments qui peuvent compléter le travail de construction d un croquis géographique. Cette lecture offre une base à partir de laquelle ils peuvent réfl échir aux spécifi cités d un site nucléaire et aux incidences sur l environnement. Première étape : relever des informations pouvant être cartographiées 1. Repérer dans le document 1.a et 1.b les informations permettant de décrire la centrale du Blayais, en vue de construire un croquis géographique. 2. Classer et synthétiser les informations géographiques dans le tableau ci-dessous en différenciant l édifi ce nucléaire, le site et sa situation. Ce classement permettra de structurer la future légende. Classer et synthétiser les informations géographiques dans le tableau ci dessous en différenciant l édifi ce nucléaire en lui-même, le site et la situation. Ce classement permettra de structurer la future légende. Dans les tableaux ci-dessous, les réponses attendues sont en rouge. L architecture de la centrale Terrain clôturé. Quatre réacteurs + bâtiments annexes. Stations de pompage. Départ des lignes à haute tension. Parking de la centrale. Le site de la centrale [définit les qualités propres à l emplacement, il est toujours à l échelle locale] Un plat pays. Des terres mises en culture (champs de maïs, vignes ). Marais. Le bord d un fl euve * (les eaux de la Gironde). La situation de la centrale [définit des relations avec l environnement proche ou lointain] Un village. Une grande agglomération : Bordeaux. La Gironde * (l estuaire de). La voie express et l autoroute A10. La départementale. * La centrale du Blayais est dans une situation d estuaire, mais sur un site de rive (la rive droite de l estuaire de la Gironde), à l échelle locale. 2. Compléter le relevé d informations sur la CPN du Blayais en consultant le site EDF. Cliquer sur le marqueur localisant le site du Blayais. Consulter les pages concernant : la présentation de la centrale ; la surveillance de l environnement avec les balises. Relever : les impacts économiques de la centrale : production de plus de 21 milliards de kwh, 1,5 fois les besoins annuels de la région Aquitaine :
84 83. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement les impacts sociaux de la centrale : emplois (1 200 agents prestataires) ; les impacts sur l environnement de la centrale : surveillance accrue de la faune, de la flore des eaux et de l air sur un rayon de 5 à 10 km, pas d émission de CO2. premiers villages dont Braud-et-Saint-Louis à 5 km de la centrale. 3. Observer l évolution de la population de Braud-et-Saint-Louis en consultant le site de l Insee : chercher=rechercher Population de Braud-et-Saint-Louis (33 073) (Source : Insee) Population Densité moyenne (hab/km²) 21,1 20,1 35,6 25,6 26,5 27,8 La centrale du Blayais a été mise en service le 21 juin Quelle est l incidence pour la commune la plus proche du site? Pourquoi? 4. Compléter le tableau de relevé d informations de la CPN du Blayais, puis proposer un titre précis qualifiant à chaque fois les espaces pour chacune des colonnes. L architecture de la centrale Le site de la centrale [définit les qualités propres à l emplacement, il est toujours à l échelle locale] La situation de la centrale [définit des relations avec l environnement proche ou lointain] Un espace aux équipements spécifiques Un espace rural sous surveillance Un espace productif intégré «à distance» à des pôles par des axes. Un terrain clôturé. Quatre réacteurs + bâtiments annexes. Stations de pompage. Départ des lignes à haute tension. Parking de la centrale. Un plat pays. Des terres mises en culture (champs de maïs). Des marais. Le bord d un fleuve. Surveillance accrue de l environnement (prélèvements air, eau, faune, flore). Un village : Braud-et-Saint-Louis en croissance démographique. Une grande agglomération : Bordeaux. La Gironde (l estuaire de). La voie express et l autoroute A10. La route départementale. Approvisionnement en énergie (région Aquitaine). Flux de main-d œuvre. Deuxième étape : s appuyer sur l exploitation des trois sources documentaires et choisir les modes d implan ta tion de la légende du futur croquis. Scribble Maps ( va permettre de créer un croquis géographique de la CNP du Blayais et ses impacts sur l environnement. On peut consulter un tutoriel vidéo qui est disponible sur le blog hgv85. et donne une idée des possibilités de Scribble Maps. Quelques recommandations techniques Il est nécessaire d attribuer aux relevés d informations qu on vient d effectuer des objets géométriques afin d élaborer la légende du croquis. Scribble Maps met à disposition différents objets géométriques : ponctuels pour toute implantation ponctuelle : agglomération de surface pour toute implantation zonale, pour des phénomènes étendus : espace rural, relief linéaires pour toute implantation linéaire : limites, flux, axes Utiliser un seul mode d implantation par information retenue. On dispose d une large gamme de couleurs qu il faut choisir à propos selon l information représentée. Par exemple : les marais peuvent être réalisés avec un mode d implantation de surface de couleur bleue.
85 84. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement Une hiérarchisation est possible en jouant sur l opacité et le mode fondu (blend modes). Par exemple : pour distinguer l autoroute de la départementale, on peut jouer sur l épaisseur du trait, tout en choisissant la même couleur. 1. Compléter le tableau ci-dessous Un espace aux équipements spécifiques Terrain clôturé Quatre réacteurs + bâtiments annexes. Stations de pompage Départ des lignes à haute tension Parking de la centrale Modes d implantation/couleur/hiérarchisation Ponctuel Surface linéaire Quatre cercles noirs Un espace rural sous surveillance Plat pays Terres mises en culture (champs de maïs) Marais Bord d un fleuve Espace de contrôle systématique de la faune, de la flore, de l air et de l eau Modes d implantation/couleur/hiérarchisation Ponctuel Surface linéaire Ex : plage de couleur verte Un espace productif intégré «à distance» à des pôles par des axes Village en croissance : Braud-et-Saint-Louis Grande agglomération : Bordeaux Estuaire de La Gironde Voie express et autoroute A10 Départementale Approvisionnement en énergie/région Aquitaine Flux de main-d œuvre Modes d implantation/couleur/hiérarchisation Ponctuel Surface linéaire Ex : cercle de petite circonférence rouge. Ex : cercle de plus grande circonférence rouge. Ex : flèche 2. Proposer un titre Il doit répondre à la problématique de départ : comment l espace d une centrale de production nucléaire est-il organisé? Quels sont les aménagements et infrastructures que les hommes ont dû développer pour faire face aux exigences du site? Troisième étape : s appuyer sur le travail précédent et construire le croquis géographique Pour réaliser un travail lisible et imprimable, il est nécessaire de prévoir deux croquis : le site nucléaire lui-même ; sa situation, incluant l agglomération de Bordeaux. Sur Scribble Maps, taper «estuaire de la Gironde» et passer à la réalisation du croquis en appliquant la méthode décrite dans le tutoriel vidéo hgv85.
86 85. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement Exemple de réalisation Titre : Le centre de production nucléaire du Blayais et son impact sur l environnement La situation Braud-et-Saint-Louis Bordeaux Le site CPN du Blayais Braud-et-Saint-Louis
87 86. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement Légende I. Un espace aux équipements spécifiques Terrain clôturé 4 réacteurs + bâtiments annexes Stations de pompage Départ des lignes à haute tension Parking de la centrale III. Un espace productif intégré «à distance» à des pôles par des axes Village en croissance démographique Grande agglomération II. Un espace rural sous surveillance Plat pays Terres mises en culture Marais, réserve de chasse ou ornithologique Bord du fleuve Autoroute Départementale Estuaire Approvisionnement en énergie Flux de main-d œuvre Espace de contrôle systématique de la faune, de la flore, de l air et de l eau
88 87. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement Document 1. Plan du CPN du Blayais 4,75 NGF Lignes électriques à haute tension 4,75 NGF 4,75 NGF Accès au site Digue 4,75 NGF ,50 NGF Nord 5,20 NGF 5,20 NGF Prises d eau La Gironde Source : Autorité de Sûreté nucléaire, 2000.
89 88. Piste pédagogique 1 Construire un croquis : le centre de production nucléaire (CPN) du Blayais et son impact sur l environnement Terrain clôturé Document 1. Départ des lignes à haute tension Parking Bord de fleuve 4 réacteurs + bâtiments annexes Marais Plat pays Terres mises en culture Centrale du Blayais Village le plus proche Route départementale La Gironde Autoroute Grande agglomération : Bordeaux
90 89. Piste pédagogique 2 Utiliser de manière critique les moteurs de recherche sur la question des biocarburants Piste pédagogique 2 Utiliser de manière critique les moteurs de recherche sur la question des biocarburants Problématique d ensemble «Quels choix énergétiques pour l avenir?» Capacités travaillées Prélever, hiérarchiser et confronter des informations. Critiquer des documents. Utiliser de manière critique les moteurs de recherche et les ressources en ligne. Développer un discours oral construit et argumenté, le confronter à d autres points de vue. Présentation de l activité Les élèves sont invités à réfl échir à une situation-problème : «les biocarburants ou agrocarburants sont-ils un bon choix énergétique pour l avenir?». Pour atteindre cet objectif, ils disposent d un ordinateur et travaillent en priorité à partir des moteurs de recherche. Les premier et deuxième temps de l activité peuvent être réalisés en travail préparatoire à la séance ou dans le cadre de l accompagnement personnalisé. Le troisième temps consiste à organiser un court débat en classe. Cette activité peut être menée sur d autres sources d énergie, considérée comme solution pour l avenir et donnant lieu à débat (le nucléaire, l énergie éolienne ). Outil Moteurs de recherche Google, Yahoo, Orange. Démarche Les élèves effectuent une recherche à partir des mots clés biocarburant et agrocarburant. 1. Comparer les résultats obtenus en utilisant des moteurs de recherche différents En confrontant les résultats pour les deux mots clés. En confrontant le nombre et la nature des liens sponsorisés ou commerciaux. En classant par nature les cinq premiers liens non sponsorisés indiqués.
91 90. Piste pédagogique 2 Utiliser de manière critique les moteurs de recherche sur la question des biocarburants Exemple réalisé le 20 septembre 2010 Biocarburant Google Sites encyclopédiques Sites d entreprises d un secteur lié à l énergie Sites associatifs ou personnels Sites scientifiques Sites de presse Sites non opérants Wikipedia R Total P Biocarburant. over-blog N IFP énergies nouvelles P techno-sciences N caradisiac.com Yahoo Wikipedia R Peugeot Smart Mercedes Total Biocarburant.be C Caradisac.com biocarburant.com 2100.org Orange Wikipedia N orange Total FlexFuel mercedes Eco-mobilite TV (Renault) Colloque biomasse (ADEME) ademe P Moteurnature biocarburant.com biocarburantenligne Agrocarburant Sites encyclopédiques Sites d entreprises d un secteur lié à l énergie Sites associatifs ou personnels Sites scientifiques Sites de presse Sites non opérants Google Ekopedia N wikipedia N Goodplanet C agrocarb C caradisiac Yahoo Wikipedia R ekopedia R wiktionary.org wikibis (même texte que wikipedia) Peugeot Lesmotsontunsens C Orange Colloque bioenergie (ademe) Ecomobilite TV Peugeot Flexfuel paysan.ch C images en somme N sucre ethique C argus auto auto moto P En italique : les sites en liens commerciaux ou sponsorisés. R : répétition C : plutôt hostile P : plutôt favorable N : plutôt partagé ou sans avis exprimé. 2. Exploiter les résultats obtenus Sur les pages proposées pour les deux mots : 1. Combien de pages paraissent inutiles? 2. Quelles sont les pages mentionnées par au moins deux moteurs de recherche sur trois? 3. Combien de pages semblent plutôt favorables aux agrocarburants/biocarburants? À quelle famille de sites appartiennentelles? 4. Combien de pages semblent y être plutôt hostiles? À quelle famille de sites appartiennent-elles? 5. Combien de pages semblent avoir un avis mesuré ou neutre? À quelle famille de sites appartiennent-elles?
92 91. Piste pédagogique 2 Utiliser de manière critique les moteurs de recherche sur la question des biocarburants Correction Question pages sans informations directement liées au sujet. 7 pages répétées. Ne restent que 13 pages utiles. Question 2. Pour «biocarburant» : wikipedia, caradisiac. Pour «agrocarburant» : wikipedia, ekopedia. Question 3. 4 pages (sites d entreprises d un secteur lié à l énergie, sites scientifiques et sites de presse). Question 4. 4 pages (sites associatifs et personnels, sites de presse). Question 5. 5 pages (sites encyclopédiques, sites associatifs et personnels, sites de presse). 3. Préparation d un débat Chaque élève est amené à jouer un rôle lors d un débat mené en classe sur le thème : les agrocarburants/biocarburants sont-ils un bon choix énergétique pour l avenir? Il choisit de jouer l un des rôles suivant : un agriculteur désireux de développer la production d agrocarburant/biocarburant ; un membre d une association de défense de l environnement ; le premier ministre brésilien ; un Mexicain à faible revenu. Étape 1 : pour préparer son argumentaire, l élève doit : Préciser le sens des termes agrocarburants et biocarburants et choisir de privilégier l un des deux. Sites de référence : sites encyclopédiques, site ADEME, site «techno-sciences», site «auto moto». Relever sur les différentes pages identifiées comme utiles, les informations permettant de préciser son point de vue. Classer ces informations pour proposer un argumentaire cohérent. Correction Exemples d informations recensées sur les différents sites. Favorables Capacité à remplacer le pétrole. Réduction des émissions polluantes (GES). Développement parallèle de produits chimiques et de produits alimentaires pour les animaux. Atout pour de nouvelles puissances agricoles (Brésil). Filières de deuxième génération. Hostiles Déforestation (Malaisie). Croissance des prix de produits agricoles utilisés (Mexique). Concurrence pour les productions vivrières. Disparition des prairies, zones humides et forêt. Étape 2 : le débat L agriculteur présente son point de vue et engage le débat. Les trois autres acteurs interviennent pour présenter leur point de vue Les autres élèves prennent en note les arguments hostiles et favorables qu ils n auraient pas relevés lors de l étape 1 Étape 3 : expression d un point de vue personnel Chaque élève doit rédiger un court paragraphe exprimant son point de vue personnel. Il doit respecter les règles suivantes : exprimer les points de vue contradictoires ; faire un choix et le justifier ; utiliser des termes spécifiques et percevoir les enjeux à différentes échelles.
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