PARTICULES & NOYAUX du Big Bang aux étoiles
|
|
|
- Camille Beaudin
- il y a 9 ans
- Total affichages :
Transcription
1 Université Paris Sud MASTER 1 & MAGISTERE DE PHYSIQUE PARTICULES & NOYAUX du Big Bang aux étoiles NOTES DE COURS Chapitres E. KHAN 2013 / 2014
2 Ce cours est une synthèse de la physique subatomique contemporaine. Son originalité est d aborder la matière de l élémentaire au complexe. Il a bénéficié de remarques et corrections de collègues de T.D et de certaines figures du cours de C. Augier. Le lecteur pourra trouver certains approfondissements dans la référence suivante : Le monde subatomique & Noyaux et particules, de L. Valentin Par ailleurs certaines notions de physique quantique sont requises : Mécanique Quantique de C. Cohen-Tannoudji et al. : les notions relatives aux moments cinétiques et aux E.C.O.C. sont à voir en particulier Enfin, pour un public averti voulant creuser le formalisme au-delà du cours : Quarks & Leptons de F. Halzen et A.D. Martin L objectif de ce cours est d accéder, au niveau du M1, aux enjeux contemporains de la physique subatomique reliés à l histoire et à l exploration de la matière. Par ailleurs le lecteur intéressé trouvera d autres cours (hors-programme) du même auteur sur la relativité et la physique nucléaire à l adresse web :
3 Particules et noyaux : du Big Bang aux étoiles Chapitre 0 : Histoire de la matière 1. Introduction 2. Le Big Bang ; unification des interactions; matière/antimatière 3. Le plasma de quarks et de gluons 4. Le modèle des quarks ; Hadrogénèse 5. Nucléosynthèse primordiale 6. Nucléosynthèse stellaire 7. Et sur Terre? 8. Conclusion : principe du cours 9. Annexe : chronologie des découvertes des particules en physique subatomique 10. Annexe : unités et ordres de grandeurs, rappels de relativité restreinte 11. Annexe : Les applications à la vie quotidienne de la physique des «deux infinis» Chapitre 1 : Le modèle standard 1. Introduction 2. Symétries et lois de conservation : Noether et Casimir 3. Symétries d espace-temps a. Symétries continues b. Symétries discrètes i. Parité, hélicité et chiralité ii. Conjugaison de charge et antiparticules iii. Renversement du temps et théorème CPT 4. Symétries internes 5. Application : caractéristiques des particules élémentaires de la matière 6. Les symétries de jauge a. Qu est ce qu une symétrie de jauge? b. Application : les bosons de jauge et interactions fondamentales c. Brisure de symétrie électrofaible et masse 7. Etude expérimentale : Collisions, cinématique et lois de conservation 8. Conclusion : synoptique du modèle standard 9. Annexe : rappels de cinématique relativiste
4 Chapitre 2 : La synthèse des hadrons 1. Introduction 2. Le plasma de quarks et de gluons 3. Le modèle des quarks Les mésons Les baryons 4. Propriétés des hadrons La masse La couleur La mer 5. Preuves expérimentales Les partons et les quarks La couleur et les gluons 6. Phénoménologie des hadrons Le pion Les résonances baryoniques et mésoniques Etrangetés Les quarkonia Interaction faible et quarks 7. Conclusions 8. Annexe : récapitulatif des principales symétries en physique subatomique Chapitre 3 : L interaction nucléonique 1. Introduction 2. Nucléosynthèse primordiale 3. La persistance de la symétrie d isospin 4. De QCD à l interaction nucléon-nucléon a. Nouvelle échelle : nucléons et pions b. Le potentiel d interaction nucléon-nucléon c. Au dela du terme central 5. La superfluidité nucléaire 6. Conclusion
5 Chapitre 4 : La synthèse des noyaux 1. Introduction 2. Nucléosynthèse stellaire Histoire d une étoile Cycles pp La redoutable particule alpha 3. Le problème à N corps 4. Du champ moyen aux nombres magiques La structure en couches Spin et parité des états nucléaires 5. Une symétrie qui persiste : l isospin 6. Applications Une sonde expérimentale : les réactions de transfert Les noyaux étranges 7. Conclusion 8. Annexe : Les formes du noyau Chapitre 5 : Processus nucléaires dynamiques 1. Introduction 2. Réaction nucléaires a. Section efficace b. Réactions spontanées : la radioactivité i. Une dizaine de radioactivités ii. Activité, dangerosité d une source nucléaire 3. Approches de type physique statistique a. La goutte liquide i. Les paraboles de masses dans les désintégrations par interaction faible ii. La désintégration alpha iii. La fission et la fusion b. Gaz de Fermi c. Les phases de la matière nucléaire 4. Conclusions : nucléosynthèse stellaire explosive 5. Annexe : le modèle du gaz de Fermi
6 Chapitre 6 : Perspectives d étude de la matière 1. Introduction 2. Les mélanges de saveurs a. Saveurs de quarks : la violation de CP b. Saveurs de leptons : la masse des neutrinos 3. Au-delà du MS a. GUT b. SUSY c. Supercordes et gravité quantique à boucles 4. Physique subatomique et cosmologie a. Expansion de l Univers b. Courbure de l Univers c. Matière noire et énergie noire d. Les pulsars sont des noyaux géants en rotation e. Les rayons cosmiques 5. Les frontières de la matière a. Les noyaux exotiques b. Les noyaux superlourds c. L antimatière et la matière étrange d. La nucléosynthèse
7 Chapitre 0 : Histoire de la matière 1. Introduction La physique, et les sciences en général, débutent par des questions simples. Qu est ce que la matière? C est l interrogation centrale de ce cours. Mais les réponses aux questions simples sont souvent subtiles : l ensemble de ce cours représente une synthèse d une réponse qu apporte la physique à cette question. Le fil directeur du cours Particules et Noyaux est l histoire de la matière, depuis le Big Bang (et les particules élémentaires) jusqu aux noyaux les plus complexes synthétisés lors d explosions d étoiles massives. Cette approche permettra d introduire les notions de base de physique des particules, de physique nucléaire, et parfois d astrophysique nucléaire. La figure ci-dessous résume l histoire de la matière du Big Bang aux étoiles. Exercice (l espace coloré) : A quelle époque la température de l Univers était telle que le rayonnement cosmologique se situait dans le domaine du visible? On utilisera la relation approximative qui relie l age de l Univers à sa température (que l on peut vérifier sur le graphe ci-dessus) : t (s) (kT) -2 (ev). Cette approche de la physique subatomique est peu courante, car la plupart des ouvrages l abordent dans le sens chronologique : de la radioactivité de Becquerel au boson de Higgs. Il est pourtant naturel de l aborder dans le sens de l élémentaire au complexe, pour suivre la genèse de la matière dans l univers. Nous verrons par exemple que la physique des particules est un mélange de lois très élégantes, reposant sur les symétries, mais comporte aussi un aspect empirique. Ainsi le modèle standard est décrit à l aide de 18 constantes déterminées expérimentalement : il s agit d un modèle et non d une théorie. Les questions ouvertes de la physique subatomique émergeront alors naturellement, au prix d un petit effort conceptuel. L aspect historique sera cependant évoqué au travers d anecdotes significatives. Une annexe de ce chapitre fournit la chronologie des découvertes des principales particules de la physique subatomique. 1
8 Ce chapitre est une brève introduction aux notions de cours qui seront détaillées par la suite. L objectif est de capter les quelques idées directrices du cours. 2. Le Big Bang ; unification des interactions; matière/antimatière Il existe 4 interactions fondamentales : gravitation, électromagnétique, faible, forte. Leurs caractéristiques sont résumées dans le tableau ci-dessous. Les interactions se transmettent par échange de particules, appelées bosons médiateurs ou de jauge (photons, gluons, W +-, Z 0 ). 8 Il est important de distinguer les modèles bien établis (le modèle standard), des domaines où de nombreuses questions ouvertes subsistent, principalement parce qu il est difficile d obtenir des données expérimentales pour discriminer entre les modèles (à haute énergie). Ainsi une question ouverte est l unification des quatre interactions : aux basses énergies (en dessous de ev), les interactions seraient quatre facettes d une même interaction, comme lors des premiers instants de l Univers. Les phrases ci-dessous en italique présentent les questions ouvertes, en amont du modèle standard, qui sortent du cadre de ce cours. L unification de la gravitation avec les autres interactions n est pour l instant pas démontrée. Une approche possible est géométrique : la relativité générale étant une théorie géométrique, quelle est la géométrie des autres interactions? On imagine alors que notre Univers possède des dimensions supplémentaires repliées sur elles-mêmes (théorie des cordes). De même on suppose que les 3 interactions forte, faible et électromagnétique, proviennent de la même interaction, c est-à-dire que leurs constantes de couplage ont des valeurs similaires pour des énergies E~10 24 ev (figure ci-dessous, où les constantes α i sont reliées aux interactions électrofaible et forte). En effet, les constantes de couplage des interactions dépendent de l énergie. Nous verrons que ceci est dû à l habillage de chaque particule par un nuage de particules. Par exemple autour d un électron, la création de paires virtuelles e + -e -, tout en respectant le principe d incertitude d Heisenberg énergie/temps, engendre un effet d écrantage : l électron dans le vide attire les positrons et repousse les électrons des créations de paire. La constante de couplage de l interaction électromagnétique est modifiée : elle augmente lorsque l on s approche de l électron initial, donc à plus haute énergie. 2
9 GeV L extrapolation de la valeur des constantes de couplage des 3 interactions à des énergies de l ordre de ev (10 15 GeV sur la figure ci-dessus) montre qu elles convergent vers le même ordre de grandeur. Il est ainsi possible d envisager une unification à haute énergie de toutes les interactions hormis la gravitation : il s agit de la Grand Unified Theory (GUT). Une conséquence de GUT est la prédiction de bosons de jauge supplémentaires. Même si GUT n est pas expérimentalement établie, elle permet de décrire un possible mécanisme pour expliquer le déficit observé d antimatière. L hypothèse la plus commune pour la synthèse de la matière est qu à haute température les particules élémentaires et leurs antiparticules sont sans cesse créées et annihilées, car elles sont en équilibre thermique avec les photons du rayonnement cosmologique. Lorsque la température décroît en dessous de la masse d une particule, cet équilibre se rompt, et subistent alors les particules et antiparticules créées par les photons. Celles-ci s annihilent une dernière fois. Si un mécanisme permet un excédent de matière sur l antimatière à l issue de cette ultime annihilation, on comprend ainsi la synthèse de la matière. Ce mécanisme d excès de la matière n est pas encore bien compris à l heure actuelle, mais force est de l admettre, puisque l Univers observable est composé de matière. Une explication tient à une symétrie non respectée par l interaction faible, la violation de CP. Le tableau ci-dessous montre les températures au-dessus desquelles la production des particules n est plus «gelée» : leur abondance n est plus constante, et elles sont en permanence créées et annihilées par le rayonnement cosmique. En dessous de ces températures, seul un petit excès de particule subsiste, le reste s annihilant avec leurs antiparticules. 3
10 Les particules élémentaires se répartissent selon 3 familles de fermions dans le modèle standard (figure ci-dessous), qui repose donc en partie sur des constatations empiriques en l absence de théorie sous-jacente. Chaque famille se décompose en deux catégories : les leptons (électron et neutrino) qui ne sont pas sensibles à l interaction forte, et les quarks, qui sont sensibles à toutes les interactions. Pourquoi 3 familles et pas plus? Ainsi, si le quark charmé a été prédit (alors que le quark étrange était déjà découvert), la troisième famille fut découverte expérimentalement avec le quark beau, en 1977 à Fermilab. La question reste donc ouverte. Ce résultat minimal est pour l instant en accord avec l expérience, mais n est peut-être pas figé. De même les différences de masses entre les constituants élémentaires, ainsi que le nombre assez élevé des constantes (18) décrivant le modèle standard ne sont pour l instant pas expliqués. La matrice de mélange CKM, décrivant la violation de CP, prédisait l existence d au moins une 3 ème famille 4
11 Les interactions faible et électromagnétique sont unifiées au-dessus de ev, dans le cadre du modèle standard, c est le modèle GSW (Glashow, Salam, Weinberg). L une des confirmations les plus éclatante de l interaction électrofaible est la découverte des bosons médiateurs Z 0 et W +- au CERN, 10 ans après leur prédiction. Notons les 12 ordres de grandeur en énergie entre l unification électrofaible et la grande unification, ce qui reste une question ouverte. Comment engendrer théoriquement les bosons médiateurs associés aux interactions? Une façon naturelle est de supposer que chaque interaction est invariante par une certaine symétrie, appelée transformation de jauge locale (analogue à l invariance en mécanique quantique par changement de phase). Imposer l invariance d une interaction sous cette symétrie implique l apparition d un boson médiateur de masse nulle, comme le photon pour l électromagnétisme ou les gluons pour l interaction forte. La symétrie de jauge est donc la symétrie de la nature que l on considère comme fondamentale. Mais quid de l interaction faible dont les bosons médiateurs W et Z 0 ont une masse de l ordre de 100 fois celle du proton? Les masses des bosons de jauge et des autres particules apparaissent par un mécanisme subtil et élégant : la symétrie de jauge locale est brisée spontanément par un champ supplémentaire, le Higgs. Ainsi la solution du système n a pas la symétrie du système lui-même : comme une bille dans un chapeau mexicain, l état fondamental du système brise la symétrie du chapeau mexicain. Cependant une brisure spontanée de symétrie implique l existence d autres particules, les bosons de Goldstone. Ce sont des particules de masse nulle qui correspondent à une rotation au fond du chapeau mexicain. Mais dans le cas présent d une symétrie de jauge locale, le boson de Goldstone est «remplacé» par le boson de Higgs qui est massif. En résumé l invariance de jauge (locale) génère les bosons médiateurs, et la brisure (spontanée) de cette symétrie est nécessaire pour avoir des masses non nulle. Notons qu il ne s agit en fait pas seulement des masses des bosons médiateurs, mais aussi de celles des fermions élémentaires, car il n est pas possible de respecter une symétrie de jauge locale en donnant autrement des masses aux fermions. Il faut cependant noter que malgré son élégance, ce modèle qui permet à la fois de générer les médiateurs des interactions, d éviter les calculs de probabilité de réaction divergents (ou non 5
12 renormalisables), et d expliquer les masses non nulles de certains bosons de jauge et des constituants de la matière, ne permet pas de prédire explicitement les masses, ni même celle du boson de Higgs. Il faut donc encore une fois s appuyer sur l expérience pour déterminer ces grandeurs. Le boson de Higgs a ainsi été découvert au CERN en 2012 à une énergie de masse de 125 GeV, confirmant ainsi le modèle standard dans la totalité de ses particules élémentaires prédites. Quel est le nombre de bosons médiateurs? La réponse est encore donnée par les règles de symétries auxquelles obéissent les interactions. L interaction forte est invariante sous les transformations de jauge appartenant au groupe dit SU(3), qui possède 3 2-1=8 générateurs. Ce sont les 8 gluons médiateurs. Ils transmettent ainsi la charge de l interaction forte, appelée couleur. Les quarks peuvent avoir 3 couleurs (R,G,B). Dans le cas de l interaction électrofaible le groupe de symétrie est SU(2)xU(1) : il y a (2 2-1)+1=4 générateurs qui correspondent aux bosons médiateurs (le photon, Z 0,W +,W - ). 3. Le plasma de quarks et de gluons Les gluons, bosons médiateurs de l interaction forte (appelée ChromoDynamique Quantique, QCD) ont une charge de couleur, ce qui a des conséquences importantes : les gluons interagissent entre eux. Les quarks interagissent avec les gluons avec la même constante de couplage de couleur g. La valeur numérique de g dépend de l énergie (cela provient du mécanisme de renormalisation). Ce paramètre g n est pas petit, donc les gluons génèrent un fort champ de couleur. En raison de la charge des gluons, le vide est rempli de gluons virtuels, créés, interagissant puis disparaissant (polarisation du vide). Il est aussi composé de paires virtuelles de quarks-antiquarks chargés de couleurs, qui émettent et absorbent des gluons euxmêmes chargés. Le vide de QCD est en fait extrêmement compliqué, comme le montre la figure ci-dessous. Ce calcul très lourd a été effectué grâce à une discrétisation sur un réseau en espace et temps. Animations : La polarisation du vide en QCD conduit à représenter un quark chargé comme entouré d un nuage de gluons virtuels eux aussi chargés. La charge de couleur du quark est en quelque sorte «diluée» dans l espace. Ceci conduit à un effet inhabituel : lorsque deux quarks 6
13 s approchent, ils interagissent moins (liberté asymptotique) et lorsqu ils s éloignent, ils ressentent une interaction plus importante car la charge intégrée est plus grande (confinement). Pour des distances trop grandes (> quelques fm), la charge intégrée ne varie plus et l interaction forte devient négligeable en raison de sa courte portée. Une microseconde après le Big bang, apparaît donc à haute énergie très probablement un état où les gluons et les quarks n interagissent pas entre eux : c est le plasma de quarks et de gluons. Cet état déconfiné de la matière baryonique est envisageable à haute énergie car l interaction forte est asymptotiquement libre. En 1999 des indications expérimentales ont été obtenues au CERN, par collision à haute énergie (~30 TeV) de noyaux. Mais cela nécessite confirmation. La figure ci-dessous illustre une collision entre 2 noyaux, composés de nucléons, qui génèrent un plasma de quark et de gluons. 4. Le modèle des quarks ; Hadrogénèse Environ une microseconde après le Big Bang, alors que l Univers se refroidit à une température kt ~10 GeV, la matière telle que nous la connaissons prend forme : elle est composée de leptons et hadrons (états liés à base de quark et éventuellement d antiquarks). Si la description du vide en QCD est déjà analytiquement impossible et numériquement à peine esquissable (QCD sur réseau), il n est pas possible de décrire un système de 3 quarks (baryon comme le nucléon) ou une paire quark-antiquark (méson). De nombreuses observables du nucléon, comme le spin, ont une contribution importante de la part de la mer de quarks et de gluons. Si l on prend conscience qu un nucléon n est pas juste 3 quarks en interaction, mais une soupe influente de gluons et de quarks chargés, il n y a plus de forte justification à décrire l interaction entre 2 nucléons à partir de la QCD exacte. 7
14 A gauche - vue d artiste des interactions entre les 3 quarks de valence au sein d un nucléon ( A droite schéma de la réaction n+p d + γ (nucl-th/ ). La charge de couleur permet de décrire pourquoi les hadrons ne se présentent que sous forme de baryons (trois quarks) ou de mésons (paire quark-antiquark) : il faut que la couleur des hadrons composites soit blanche. Par exemple un quark rouge, un bleu et un vert peuvent former un nucléon. Existe-t-il d autres états liés à base de quarks? Cette question reste taraudante, comme l illustre la récente déconvenue des pentaquarks. Plusieurs questions ouvertes déjà évoquées nous obligent donc à faire un saut qualitatif : pourquoi 3 familles de quarks (et de leptons)? Pourquoi les masses des quarks sont-elles si différentes (il y a un facteur mille entre le quark le plus lourd et le plus léger)? A cela s ajoute la difficulté quantitative mentionnée ci-dessus : il est pour l instant impossible de modéliser précisément les contributions de la mer de quarks et de gluons dans un hadron. Ainsi, pour décrire les hadrons à partir des quarks, on est conduit à changer d échelle et à supposer une symétrie non fondamentale : la symétrie de saveur, où l on dénote 6 saveurs possibles pour un quark : up, down, strange, charm, bottom, top. Par exemple la symétrie SU(3) de saveur a comme représentation les quarks u, d et s. Cette symétrie est particulièrement bien respectée car masses des quarks u et d sont proches, alors que les symétries de saveur plus étendues sont approximées, car les masses des quarks c, b, et t sont beaucoup plus grandes. Néanmoins cette symétrie approximée de saveur permet de trouver, et a même permis de prédire, les nombreux mésons et baryons produits expérimentalement. Force est de constater que la saveur est un nombre quantique des quarks, et que l interaction forte la conserve. Néanmoins la question sur le nombre de famille peut-être reformulée par : pourquoi y a-t-il 6 saveurs de quarks? 5. Nucléosynthèse primordiale Les mésons et baryons produits se désintègrent vers des hadrons de masse plus faible par l interaction faible, qui au contraire de l interaction forte, peut changer la saveur des quarks. Le proton étant le baryon de masse la plus faible, il ne devrait subsister que des protons. Cependant le neutron a un temps de vie de l ordre de 15 min et il se désintègre en proton, mais se reconstitue par capture d électrons sur les protons. De même le neutron peut aussi se transformer en un proton en capturant un positron. Il s établit ainsi un équilibre avec six fois plus de protons que de neutrons pour T~1 MeV, en raison de la masse plus petite du proton par rapport au neutron. 8
15 A des températures de l ordre de quelques centaines de kev (t~qq minutes), les nucléons s assemblent pour former des noyaux, composés de neutrons et de protons, car la température n est plus assez élevée pour que les photons du rayonnement cosmologique ne leur arrache des nucléons. Les noyaux sont formés par réactions nucléaires : p + n -> γ + d d + p -> γ + 3 He 3 He + d -> p + 4 He d + d -> t + p t + 4 He -> γ + 7 Li Mais aucun noyau ayant 5 nucléons, ni 8 nucléons n est stable, pour des raisons propres à l interaction forte entre les nucléons, qui découlent de l interaction forte entre leurs quarks (de valence et de la mer). En effet A=5 impose un nombre impair de protons ou de neutrons, ce qui est défavorisé par la superfluidité nucléaire (où les nucléons préfèrent s apparier, comme deux électrons en supraconductivité). A=8 est défavorisé car un tel noyau gagne de l énergie en se désintégrant en 2 noyaux d Hélium 4, qui est très lié. La nucléosynthèse primordiale du Big Bang s arrête donc aux noyaux légers mentionnés dans les réactions ci-dessus. La figure ci-dessous détaille l évolution des abondances des noyaux légers lors de la nucléosynthèse primordiale. Il est donc nécessaire de trouver un autre mécanisme pour décrire la présence d éléments plus lourds comme le carbone, l oxygène, le plomb, etc. crédits : 6. Nucléosynthèse stellaire Les étoiles sont en quelques sortes des machines à remonter le temps, grâce à leur températures élevées, afin d achever la synthèse de la matière que le Big Bang n avait pas réussi à réaliser. Il faut attendre un environnement beaucoup plus dense que l univers (ρ~ 10 3 kg/m 3 lors de la nucléosynthèse primordiale) pour comprendre le mécanisme de création de la matière au-delà du Li : au cœur des étoiles (ρ~ 10 5 kg/m 3 ) formées au bout de quelques millions d années par la lente accrétion gravitationnelle, la pression et la densité sont suffisantes pour permettre aux protons de fusionner en surmontant leur répulsion coulombienne (cycle pp). L énergie dégagée permet à l étoile de compenser la pression gravitationnelle et aussi de briller (l énergie solaire provient donc de la fusion thermonucléaire). Les cœurs d étoiles contiennent ainsi des 4 He (de la nucléosynthèse primordiale, et aussi de la fusion des protons). 9
16 La réaction clé pour synthétiser les éléments plus lourds que A=8 est : 4 He + 4 He + 4 He -> 12 C* Ainsi le point de passage de synthèse des éléments carbone et au-delà est possible par fusion de 3 noyaux de 4 He dans les étoiles, où règne une densité élevée. Le noyau de 12 C est produit dans un état excité (état de Hoyle), qui suscite toujours de nombreuses questions quant à sa nature : état nucléaire standard, molécule nucléaire, condensat de noyaux de 4 He? Toujours est il que cet état est crucial pour la nucléosynthèse. La voie est alors ouverte à la fusion nucléaire, donnant des noyaux de plus en plus lourds accompagnés de processus astrophysiques que nous ne décrirons pas ici : 4 He + 12 C -> 16 O et ainsi de suite. Les noyaux fusionnent ainsi jusqu au au Fer (A=56). Au-delà, fusionner des noyaux engendre des systèmes composés de trop de protons, et la répulsion Coulombienne ne permet pas de les garder liés. Le processus n est donc plus exoénergétique, et l étoile n est plus en équilibre. Cherchons donc un autre processus pour expliquer la formation de noyaux plus lourds que le Fer, comme le Plomb. Il faut ainsi attendre la fin de vie d une étoile massive (au delà de ~5 masses solaires). Celleci se contracte alors, puisque aucune réaction de fusion ne stoppe l effondrement gravitationnel. La température augmente alors jusqu'à quelques MeV, et on retrouve une situation analogue à l univers primordial, où neutrons et protons sont produits par captures d électrons et de positrons. Le rebond de la contraction donne lieu à une explosion (supernovae), dans laquelle les noyaux (comme le fer) sont soumis à un fort flux de neutrons. Il est alors possible de synthétiser des noyaux plus lourds que le Fer par désintégration de neutrons en protons, dans les noyaux trop riches en neutrons (processus r). La figure cidessous montre une carte des noyaux, répartis selon leur nombre de proton et neutrons. La courbe partant du fer (Z=26) est le processus r : les noyaux sont soumis à un fort enrichissement de neutrons, en compétition avec des désintégrations β -, permettant la synthèse de noyaux lourds. 10
17 Après l explosion, le reste de l étoile massive est une étoile à neutrons ou un trou noir. Les étoiles à neutrons sont des sortes de noyaux géants de 10 km de rayon ; les pulsars sont des étoiles à neutrons en rotation. A l instar des étoiles standard, la physique nucléaire est essentielle pour comprendre leur fonctionnement. Exercice : sur Terre on trouve du carbone, du fer et aussi du plomb. Qu en déduisez vous sur son origine? 7. Et sur Terre? Accélérateurs de particules et de noyaux permettent d explorer la matière selon deux axes principaux. Le premier cherche à «remonter le temps» (i.e. augmenter l énergie de la réaction) pour comprendre les mécanismes de synthèse de la matière. Les réactions nucléaires permettent d étudier la synthèse de la matière dans les étoiles, alors que les réactions entre particules élémentaires ont pour but de comprendre la matière aux premiers instants après le Big Bang. Actuellement l accélérateur le plus puissant (le LHC) a une énergie de quelques TeV, ce qui permet de sonder expérimentalement l unification électrofaible. Les nombreux ordres de grandeurs restants pour atteindre GUT conduisent les physiciens à chercher des signatures à basse énergie de cette unification, car il n est pas possible de la sonder directement. Le second axe consiste à explorer les frontières de la matière : les noyaux très riches en neutrons (noyaux dits «exotiques») ont des propriétés inattendues (halos, bulle, ). Par ailleurs, quelle est la limite du nombre maximum de nucléons que peut avoir un noyau (noyau superlourd)? 11
18 Usine RIBF de noyaux exotiques à Tokyo, mise en service en Conclusion : principe du cours En suivant la synthèse de la matière au cours de l histoire de l Univers, nous aborderons l ensemble des connaissances de base de la physique subatomique. Nous verrons aussi comment les accélérateurs sur Terre permettent de reproduire certains processus (plasma de quark et de gluons, processus r), mais aussi d étudier par des effets de signature ceux qui restent inaccessibles expérimentalement. Gardons à l esprit un empirisme rémanent à toutes les échelles, du modèle standard aux noyaux lourds. Nous sommes ainsi passés du tableau des constituants élémentaires, au tableau périodique des éléments. Jusqu où va ce tableau? Cela dépend des noyaux superlourds. A l heure actuelle l élément Z=118 aurait été produit. Attention, dans le tableau ci-dessus, les chiffres correspondent à Z et non A 12
19 9. Annexe : chronologie des découvertes en physique subatomique De la découverte des photons à celle du quark top, il s est écoulé environ un siècle. On a trop tendance à représenter ceci comme une course à l élémentaire. La synthèse de la matière comporte en fait des questions ouvertes à toutes les échelles d énergie : pendant que les physiciens des particules essaient de mesurer les propriétés du boson de Higgs, les physiciens nucléaires essaient de reproduire les conditions stellaires pour mieux comprendre la synthèse des noyaux lourds, ou bien de créer de nouveaux états de la matière, comme l îlot de stabilité des noyaux superlourds. Tout cela avec des accélérateurs. Le graphe ci-dessous montre la chronologie des découvertes expérimentales des principales particules subatomiques. Découvertes des particules subatomiques. Les particules découvertes suite à une prédiction théorique sont en haut, et celles inattendues en bas. 10. Annexe : unités et ordres de grandeurs, rappels de relativité restreinte, Voici des unités souvent utilisées en physique subatomique : le fermi (fm) : 1 fm = m. L électron-volt (ev) ; c est l énergie qu acquiert un électron dans un potentiel de 1 Volt : 1 ev = 1, J. On utilise aussi le kev, MeV, GeV, TeV. Une constante utile dans ces unités est c 197 MeV.fm La relativité restreinte permet d imposer la conservation du quadrivecteur impulsion-énergie totale lors d une réaction. Par ces lois de conservations les masses des protagonistes peuvent être converties en énergie, et vice versa. On a par ailleurs les relations suivantes : où T est l énergie cinétique. Un noyau est composé de Z protons et N neutrons. A=Z+N est le nombre de nucléons (le nombre de masse). Des isotopes sont des noyaux ayant le même nombre de protons Z, des isotones le même nombre de neutrons N, et les isobares le même nombre de masse A. Un noyau se note Z A X N, ou plus simplement A X car à chaque élément X correspond un Z donné. Par exemple 14 C implique Z=6. Comme A=14, on en déduit N=8. Ainsi la masse d un noyau X est donnée par : m X c 2 = Z m p c 2 + N m n c 2 - B 13
20 où B est l énergie de liaison (équivalence énergie-masse). Si B>0 il faut fournir de l énergie au noyau pour le séparer en ses constituants (système lié). On définit aussi la masse atomique : M at c 2 = m X c 2 + Z m e c 2 B e où B e est l énergie de liaison des électrons à l atome : 3 kev/électron, ce qui est négligeable à l échelle de la physique subatomique. Il est commode de tabuler uniquement l excès de masse atomique qui par définition est : ΔM at c 2 = M at c 2 - A uma c 2 où 1 uma est 1/12 de la masse d un atome de carbone : 1 uma c 2 = 931,5 MeV. 11. Annexe : Les applications à la vie quotidienne de la physique des «deux infinis» L étude de l infiniment petit et de l infiniment grand semble exclusivement relever, au premier abord, de la physique fondamentale, contrairement à d autres disciplines comme la physique des solides. Il existe cependant de multiples relations entre la physique des «deux infinis» et la physique appliquée, notamment dans les systèmes de détection et d accélération, si bien qu il est difficile de considérer la physique fondamentale d une part et la physique appliquée de l autre. La physique subatomique et la cosmologie ont de plus généré des applications considérables à la vie quotidienne. Quatre d entre elles sont mentionnées ci-dessous. Le web (www) Créé au CERN en 1989, l objectif initial était de faciliter l échange d informations au sein des collaborations internationales en physique des particules. Le code informatique de développement étant ouvert, il a connu un essor important ces dernières décennies. Inutile de rappeler l impact de l existence des pages web sur notre quotidien. Le GPS Notre position est déterminée par une triangulation utilisant les signaux émis par plusieurs satellites. Sans les corrections dues aux relativités restreinte et générale, le GPS aurait une précision de quelques km, au lieu de quelques mètres. Cela est dû à la vitesse des satellites par rapport à la Terre, et au champ gravitationnel plus faible sur les satellites que sur Terre. L imagerie médicale Depuis la célèbre image du squelette de la main de Mme Röntgen, il existe de nombreuses applications : radiologie, scanner (radiologie tournante), Tomographie par Emission de Position (TEP), scintigraphie, La variété des sources radioactives utilisées engendre une variété de méthodes. Il s agit d un sujet de recherche actif (développement de mini gamma-camera, ). Le traitement du cancer Le développement des accélérateurs de particules (cyclotrons, synchrocyclotrons) avait pour objectif initial l étude de la matière à des échelles toujours plus petites. Ces accélérateurs permettent désormais d irradier une tumeur (hadronthérapie). L énergie de la particule accélérée dépend de la localisation et du type de tumeur. Ainsi le centre de 14
21 protonthérapie d Orsay irradie les tumeurs de l œil avec des protons de 60 MeV en sortie d un synchrocyclotron. Cette thérapie permet de conserver l œil pour plus de 90% des patients. La particule chargée (proton, carbone, ) dépose la majorité de son énergie dans une région spatiale localisée, appelée le pic de Bragg. Il faut noter que dans les quatre domaines ci-dessus, l objectif initial n était pas de réaliser une application. Il s agissait respectivement de i) transmettre des informations entre physiciens, ii) imposer la similitude des lois physiques entre tous les référentiels, iii) étudier les radioactivités, iv) développer des accélérateurs de particules. Il semble donc difficile d imposer à priori une direction de recherche pour les applications. Mais lorsque les applications sont engendrées, elles constituent des avancées considérables pour la société, comme en témoignent les quatre points cités ci-dessus. Les questions essentielles Quelles sont les principales étapes de la synthèse de la matière? Quelles sont les propriétés des 4 interactions fondamentales? Comment modéliser un nucléon à partir de quarks? Quelle est la différence entre la nucléosynthèse primordiale et la nucléosynthèse stellaire? Quelles sont les familles des constituants élémentaires? 15
22 Chapitre 1 : Le modèle standard 1. Introduction Environ s après le Big Bang, l énergie se présente sous forme de rayonnement, composé de photons. Leur énergie est suffisante pour produire matière et antimatière de toutes les particules élémentaires. C est ainsi que quarks, électrons, neutrinos et leurs antiparticules sont en permanence créés et annihilés au sein de ce bain thermique. Il y a eu un léger excès de matière sur l antimatière ce qui permet de comprendre pourquoi nous sommes entourés de matière. Cependant l origine de cet excès reste une question discutée. Le point de départ de ce chapitre est donc le modèle standard, dont nous allons étudier les notions de base. Certains aspects, comme le mélange des saveurs, mais aussi les approches au-delà du modèle standard seront abordés au dernier chapitre. 2. Symétries et lois de conservation : Noether et Casimir Il semble intuitif que l invariance de lois s appliquant à un système sous une symétrie implique la conservation d une quantité. Ainsi un système invariant par translation dans l espace implique que sa quantité de mouvement ne varie pas au cours du temps. L invariance par translation signifie que si l on translate l ensemble du système, les lois physiques qui s appliquent au système restent inchangées. L étudier à Paris ou à Strasbourg revient au même : le Lagrangien, l Hamiltonien, l équation du mouvement, le PFD, etc. sont invariants sous cette transformation. Si sa quantité de mouvement variait en fonction du temps, le système serait soumis à une force externe en un point donné de l espace. Celle-ci briserait l invariance par translation du système. Notons que le système lui-même peut bien sûr être inhomogène et avoir des forces internes. Emmy Noether formalisa en 1918 le lien entre l invariance sous une transformation (symétrie) et la quantité conservée, dans le cadre d un formalisme Lagrangien. Reprenons notre exemple de l invariance par translation, dans un espace à une dimension pour simplifier. Cela implique que L(x,v)=L(v), sinon le Lagrangien ne serait pas invariant par translation. Or l équation d Euler-Lagrange (équation du mouvement) s écrit : Par ailleurs dans le formalisme lagrangien, on a aussi : On en déduit donc, dans le cas d un lagrangien invariant par translation : La quantité de mouvement est conservée. Le théorème de Noether généralise cette démarche et permet d identifier la grandeur conservée associée à une symétrie quelconque. 1
23 Notons également que l invariance sous une transformation implique qu une grandeur n est pas observable. Par exemple l invariance par translation implique qu il n y a pas de position spatiale absolue. On retrouve ici l enchaînement des idées de la relativité : dans un référentiel Galiléen (pas de force externe) il n y a pas d espace absolu, donc pas de référentiel privilégié. Les lois de la physique (les équations du mouvement) sont les mêmes quel que soit le référentiel considéré. La relativité générale vient de l extension de cette idée à tous les référentiels. Une autre application importante du théorème de Noether est l invariance par rotation : les lois physiques qui s appliquent au système restent inchangées si on le tourne (le système peutêtre déformé). On montre que la quantité conservée est le moment cinétique total du système. La grandeur inobservable est l orientation dans l espace. En effet, si le moment angulaire n était pas conservé, le système subirait un moment de force non nul (théorème du moment cinétique), qui dépend par définition de l orientation du vecteur position. L invariance par rotation des lois physiques qui décrivent le système par rotation serait donc brisée. Le tableau ci-dessous donne quelques exemples de symétries, loi de conservation et grandeur non-observable associées. Invariance des lois Quantité conservée Grandeur inobservable physiques sous dans un système isolé Translation d espace Impulsion Position absolue Translation temporelle Energie Temps absolu Rotation d espace Moment cinétique Orientation absolue Rotation d isoespace Isospin Orientation absolue dans l isoespace En physique quantique, on exprime l invariance sous une transformation par le fait que son opérateur R commute avec l Hamiltonien H. En effet : Soit l opérateur de transformation (rotation, translation, ). Si les lois physiques décrivant le système ψ sont invariantes sous cette transformation, alors doit être solution de la même équation de Schrödinger que ψ (mêmes énergies propres, mêmes probabilités, etc.). On a donc les deux équations (on considère ici l équation stationnaire, pour simplifier) : De la deuxième équation, nous déduisons : En comparant avec la première équation, on obtient : L opérateur de la transformation commute avec l Hamiltonien. H est invariant sous cette transformation : il est équivalent de faire évoluer la fonction d onde transformée, ou de transformer la fonction d onde évoluée. Considérons la translation d espace-temps, qui consiste à effectuer les transformations : 2
24 où et t 0 sont des constantes qui représentent la translation. L opérateur de la translation d espace s écrit : En effet, si l on considère une translation infinitésimale d espace, on obtient d une part : et d autre part (à une dimension pour simplifier) : est donc bien l opérateur de translation dans l espace. p est appelé générateur du groupe des translations car toute translation peut être construite à partir de l opérateur p. Nous savons qu une invariance par cette transformation R implique, ou, ce qui est équivalent, La conservation de l impulsion découle ainsi de l invariance des lois physiques par translation. On retrouve le résultat du théorème de Noether. De même, on peut montrer que l opérateur rotation (agissant sur un système de moment cinétique total J ) d un angle θ autour de l axe quelconque u s écrit : Les 3 composantes du moment cinétique total J sont les générateurs des rotations : toute rotation peut s écrire à partir de ces opérateurs. Une rotation infinitésimale s écrit : Par conséquent [H,R]=0 équivaut à [H, J ]=0 : J est bien une constante du mouvement. Comme les composantes de J ne commutent pas entre elles, il est commode de former un ECOC en utilisant une composante de J (J z par exemple) et J 2 : [H,J 2 ]=0 et [H,J z ]=0. L opérateur scalaire J 2 qui commute avec les générateurs est conservé, et est appelé invariant de Casimir. Ses valeurs propres en j(j+1) permettent d étiqueter les états propres de H. Le raisonnement ci-dessus se formalise de manière générale par la théorie des groupes : chaque rotation est membre du groupe des rotations : elle peut-être calculée à partir des générateurs (J x, J y J z ) par applications successives de rotations infinitésimales (groupe de Lie). Dans le cas où J=1/2 il y a deux états de spin possible. Une rotation de ce système est donc représentée par une matrice 2x2. Celle-ci peut s écrire en fonction des générateurs que sont les 3 matrices de Pauli, correspondant à (J x, J y J z ). Le groupe de ces rotations qui conservent la norme des fonctions d onde (opérateurs Unitaires) et dont les représentations matricielles ont un déterminant Spécialement égal à 1 (comme les matrices de Pauli, à un signe près) est appelé SU(2). Comme ces rotations sont représentées par des matrices 2x2 (car il y a 2 états 3
25 de spin possible), il faut bien 2x2-1=3 générateurs (-1 vient de la condition imposée du déterminant). Par la suite nous allons considérer les deux types principaux de symétries afin de déduire les grandeurs conservées associées qui permettront de caractériser les particules élémentaires (spin, charge, isospin, couleur, hypercharge, ) : Les symétries d espace-temps : le système est invariant par une transformation qui agit dans l espace (x,y,z,t). Par exemple une symétrie de rotation permet de définir le spin d une particule puisqu il va commuter avec H Les symétries internes : le système est invariant par une transformation qui agit dans un espace abstrait, différent de l espace-temps. Par exemple les rotations dans l isoespace permettent de définir l isospin. On peut considérer des invariances par rotation plus générales que SU(2), comme SU(n). La dimension n du groupe définit la grandeur conservée : vecteur à 3 composantes pour SU(2), à 8 composantes pour SU(3), etc. puisque les générateurs commutent avec H. Il y a de plus les invariants de Casimir comme J 2 (scalaire) qui sont conservés. 3. Symétries d espace-temps Les symétries d espace-temps se répartissent elles-mêmes en deux catégories : continues (qui pourront donc être décrite par les groupes de Lie) et discrètes comme l invariance par renversement du temps ou de l espace. a. Symétries continues Nous en avons déjà étudié certaines à la section précédente : l invariance par translation dans l espace implique la conservation de la quantité de mouvement. De même l invariance par translation dans le temps conduit à la conservation de l énergie : en physique quantique de tels états, dits stationnaires, correspondent aux états propres de l Hamiltonien. L énergie associée reste justement constante. Nous avons de plus vu à la section précédente que l invariance par rotation entraîne la conservation du moment cinétique total. Rappelons que dans le cas d un système isolé, l invariance des lois physiques par translation et rotation d espace-temps est toujours vérifiée car aucune force externe ne vient briser ces symétries. Voilà pourquoi les lois de conservations du quadrivecteur énergie-impulsion, et du moment cinétique total sont toujours vérifiées pour un système isolé. Rappelons aussi que le système lui-même ne respecte pas forcément ces symétries (il peut être déformé, avoir des forces internes) : ces sont les équations du mouvement qui sont invariantes sous ces symétries. Pour un système non-isolé, ces lois de conservations ne sont plus respectées, sauf dans le cas particulier où le système est soumis à un champ central (électrons soumis au potentiel du proton dans l atome d hydrogène). L Hamiltonien reste invariant par rotation et le moment cinétique total du système, qui commute encore avec H, est conservé. 4
26 b. Symétries discrètes On distingue 3 symétries discrètes : la symétrie par inversion d espace P ( r - r ), la symétrie par conjugaison de charge C (particule antiparticule), et la symétrie par renversement du temps (t t). Il semble tentant à priori de postuler, comme pour les symétries continues, que les lois physiques (les interactions fondamentales) sont invariantes par ces transformations. Nous verrons qu il existe une exception notable : l interaction faible. i. Parité, hélicité et chiralité L inversion d espace P, ou opération de parité consiste à transformer r en - r : L équation aux valeurs propres impose donc π = +1 (fonction dite paire) ou -1 (fonction dite impaire). Nous avons vu que si des lois physiques décrivant un système sont invariantes sous une transformation (ici P ), alors Les vecteurs propres de H et de P sont donc communs, et les valeurs propres π de P permettent d étiqueter chaque état stationnaire. La parité π est conservée s il y a invariance sous P. Intuitivement cette invariance représente l impossibilité de privilégier la direction gauche ou droite. Notons que pour les systèmes composites, la parité est un nombre quantique multiplicatif et non additif. Un vecteur est dit polaire s il change de signe par l opération de parité, comme r. Il est appelé axial ou pseudo-vecteur s il reste inchangé. Par exemple la quantité de mouvement est polaire alors que le spin est axial (moment cinétique). L hélicité h est définie comme la projection du spin sur la direction de la quantité de mouvement : où les valeurs propres de sont par exemple +1 ou -1 pour le photon, en unités. La masse nulle impose en effet au spin d être soit parallèle soit anti-parallèle à l impulsion. Les 2 états d hélicité possible sont : 5
27 On appelle hélicité gauche l état de valeur propre négative, car cela correspond à tourner dans ce sens par rapport à la direction de la quantité de mouvement. Chaque particule se présente à priori avec une composante d hélicité droite et une de gauche. On passe de l un à l autre état par l opération de parité, comme on peut le vérifier sur la figure ci-dessus : la quantité de mouvement inverse sa direction alors que le spin reste inchangé. Notons que l hélicité n est pas invariante sous la transformation de Lorentz. C est la notion un peu plus générale de chiralité qui est en fait employée en théorie relativiste. La chiralité coïncide avec l hélicité uniquement dans le cas d une particule de masse nulle. Mais pour la suite de ce cours, il sera commode de raisonner avec l hélicité. L interaction faible n est pas invariante sous la transformation de la parité. La conséquence est que les neutrinos, qui ne sont sensibles qu à celle-ci, ne se présentent qu avec la seule hélicité gauche (valeur propre de h =-1/2 en unité ). De même l antineutrino ne se présente qu avec une hélicité droite. Un neutrino ne peut donc être un état propre de P puisqu il n existe pas d état d hélicité droite : il n a pas de parité bien déterminée ; l action de P sur un neutrino donne un état qui n existe pas dans la nature. ii. Conjugaison de charge et antiparticules Les antiparticules découlent des équations du mouvement relativiste (équation de Dirac). En effet, la relation relativiste E 2 = p 2 c 2 + m 2 c 4 implique une solution E>0 et aussi une solution E<0 pour une masse m et une impulsion p fixée. Cette dernière solution décrit en fait une antiparticule. La conjugaison de charge change une particule en son antiparticule. Elle n est reliée à l espace-temps qu indirectement, via le théorème CPT que nous verrons au prochain paragraphe. Les valeurs propres de l opérateur conjugaison de charge se conservent si le système est invariant sous cette transformation. Cependant il ne génère pas de nombre quantique supplémentaire affecté à une particule, car elles ne sont en général pas état propre de C (sauf des particules ayant toutes leurs charges nulles comme le photon : elles sont leur propre antiparticule). L intérêt de cet opérateur est plutôt de déduire les nombres quantiques des antiparticules à partir de ceux des particules. De manière analogue à la parité, les valeurs propres de l opérateur C sont donc +1 ou -1, puisque lorsqu il agit deux fois il correspond à l identité. Cet opérateur est défini de telle manière que l antiparticule ait tous ses nombres quantiques additifs (comme la charge électrique) opposés à la particule, sans changer sa position ni sa vitesse puisqu elle n agit pas directement dans l espace-temps. Ainsi la masse, le spin restent inchangés. La parité des antiparticules change de signe dans le cas des fermions et reste inchangée dans le cas des bosons. 6
28 L interaction faible n est pas invariante sous cette transformation C puisque les antineutrinos sont d hélicité droite alors que C ne change pas l hélicité. Cependant CP agissant sur un neutrino donne un état physique, l antineutrino comme on peut le vérifier sur la figure cidessous : L hamiltonien d interaction faible peut donc commuter avec CP, et il est à priori invariant sous cette transformation. iii. Renversement du temps et théorème CPT Cette opération consiste à changer t en t. Les lois de la physique devraient rester inchangées sous une telle transformation. Nous verrons à la fin de ce cours que ce n est pas exactement le cas pour l interaction faible. En pratique, comme il n est pas possible de remonter le temps, cette transformation correspond à changer les impulsions et les moments cinétiques, sans changer r. Il n y a pas de grandeur conservée ni de nombre quantique associé à cette symétrie. En effet on peut montrer que l opérateur T est anti-unitaire. Il ne conserve donc pas la norme, et on ne peut associer un nombre quantique à T. Le théorème CPT stipule que si l invariance de Lorentz est vérifiée en théorie quantique des champs, alors toute loi physique doit être invariante sous l action des 3 opérateurs consécutifs CPT (l ordre n est pas important) : un processus vu dans un miroir avec des antiparticules qui remontent le temps doit être équiprobable au processus initial. En termes de réaction élémentaire, que nous apprendrons à interpréter au cours de ce chapitre, on obtient par exemple : Une violation de CP entraîne donc une violation de T. Si l interaction faible est invariante sous CP, elle l est sous T. Nous verrons au dernier chapitre que l interaction faible viole très légèrement CP dans certains systèmes (taux de quelques pour mille). Pour les autres interactions C, P et T sont chacune conservées. 7
29 4. Symétries internes Ces transformations ont lieu dans un espace abstrait. L invariance d une interaction sous ces transformations permet d associer un nombre quantique conservé aux particules. Considérons ainsi un système invariant par rotation dans un espace abstrait (que nous appellerons isoespace), différent de l espace x,y,z. Supposons l interaction forte invariante par rotation dans l isoespace. Ceci a pour conséquence de conserver un moment angulaire «abstrait» l isospin T, qui commute avec H. Le formalisme est en tous points similaire à celui de J. T 2 est donc l invariant de Casimir et avec T 3 (l analogue de J z ) ils permettent de repérer les états stationnaires (états propres de H). Dans le cas de système d isospin T=1/2 c est donc le formalisme du groupe SU(2) qui s applique. Les états propres sont de dégénérescence 2 (isospin up et down) analogues à spin up et spin down. Ces deux états correspondent à un doublet de quarks (u et d). C est comme si un quark pouvait se mettre dans deux états différents mais dégénérés en énergie : les quarks u (isospin up) et d (isospin down). D autres nombres quantiques sont conservés par l interaction forte : les saveurs d une part et les nombres baryoniques et leptoniques d autre part. La conservation des saveurs par interaction forte se formalise en imposant invariance de cette interaction sous les transformations U(1), donc dans un espace abstrait de dimension 1 2 =1 définissant le scalaire étrangeté (ou charme, etc. ). U(1) est juste la multiplication par une phase : Le théorème de Noether permet d y associer un nombre quantique conservé (étrangeté ou charme, etc.). La phase α caractérise la transformation. Il y a donc une charge conservée et à toute invariance sous U(1) est associée la conservation d une charge, qui peut-être électrique ou une charge de saveur comme l étrangeté. Ainsi on ne peut pas grouper les quarks s et c (2 eme génération) comme un doublet de SU(2), mais plutôt comme deux singlets de U(1) d étrangeté et U(1) de charme. Ceci est dû aux masses voisines des quarks u et d, alors que celles de s et c sont très différentes. Il en va de même pour la 3 ème génération. Pour prendre une image, les quark u et d sont frères entre eux alors que c et s sont plutôt cousins entre eux (de même pour b et t). Donc l interaction forte est invariante sous une transformation de SU(2) (conservation de l isospin T ), et de 4 transformations de U(1) (conservation de l étrangeté S, du charme c, de la beauté b, et de la «topitude» t). Notons ici le rôle de l expérience car le nombre de saveurs (lié aux 3 générations de quarks), ainsi que leur conservation via SU(2) ou U(1), nous sont donnés empiriquement. Peut-être y en a-t-il d autres, et de nombreuses investigations théoriques vont dans ce sens. Il y a peut être une origine plus profonde au nombre de saveurs. Quant aux nombres baryoniques et leptoniques, ils expriment la conservation du nombre de quarks d une part et de leptons d autre part lors des réactions par interaction forte, électromagnétique, ou faible. 8
30 Notons finalement que les quarks u et d ayant une charge électrique différente, la valeur de T 3 est reliée à celle de q. C est la formule de Gell-Mann Nishijima : q/e = T 3 + Y/2 où Y, l hypercharge, est la somme du nombre baryonique et de l étrangeté, du charme, de la beauté et de la topitude : Y=B+s+c+b+t 5. Application : caractéristiques des particules élémentaires de la matière Munis des lois de conservations qui définissent les nombres quantiques, il est ainsi possible d établir les caractéristiques des particules élémentaires, les premières briques de matière produites après le Big Bang. Elles se divisent en deux catégories, les quarks (sensibles à toutes les interactions) : et les leptons (insensibles à l interaction forte) : 9
31 Les dernières particules élémentaires de la matière découvertes expérimentalement furent le quark top en 1995 et le neutrino τ en Le phénomène d oscillations de neutrinos sera décrit au dernier chapitre. Il faut de plus considérer pour chaque particule ci-dessus, son anti-particule associée. Il y a donc 24 particules élémentaires de la matière dans le modèle standard. Notons que ce sont tous des fermions, de spin ½. Nous avons vu l action de l opérateur : les nombres quantiques internes additifs sont opposés à ceux des particules, et les autres caractéristiques restent inchangées : ; la parité est changée car ce sont des fermions. Nous distinguons ainsi plusieurs types de particules élémentaires de la matière : Les quarks : ils sont chargés électriquement et sensibles à toutes les interactions : faible, forte et électromagnétique. Ils portent un nombre baryonique B=1/3. En effet nous verrons qu il faut 3 quarks pour faire un baryon. Les antiquarks ont donc B=-1/3. Les quarks sont à la base de la matière composite : baryons (3 quarks) et mésons (un quark et un antiquark) comme nous le verrons au chapitre suivant. Les baryons et mésons sont appelés de manière générique les hadrons. Ils n existent pas à l état libre. Les leptons chargés. Il y a 3 familles : l électron, le muon et le tau. Ces fermions élémentaires sont de spin ½ de charge Q/e=+1. L électron est stable et le muon et le tau sont instables (par interaction faible). Les leptons chargés ne sont pas sensibles à l interaction forte, ils ne subissent que les interactions électromagnétique et faible. Qu est ce qui différencie un muon d un état excité de l électron? On pourrait en effet imaginer une réaction de désexcitation du type mais elle n a jamais été observée. Il fut donc nécessaire de raffiner la loi de conservation du nombre leptonique en introduisant 3 «sous-nombres» (électronique, muonique, tauïque) qui sont à priori conservés séparément (et ce par toutes les interactions). Les leptons neutres. Ce sont les neutrinos (Q/e=0), répartis aussi en trois familles : ν e, νυ, ντ. Leur masse est à priori proche de zéro. Mais on a récemment eu des preuves expérimentales de leur masse non nulle, dont nous évaluerons les conséquences ultérieurement : oscillations des neutrinos entre les différentes familles, par violation des sous-nombres leptoniques. Ils n interagissent que par interaction faible, ce qui rend leur détection difficile comme nous le verrons au dernier chapitre (environ neutrinos en provenance du Soleil traversent notre corps chaque seconde). Réciproquement, toute réaction impliquant des émissions ou absorptions de neutrinos ne peut se faire que par interaction faible. Notons qu ils n existent qu avec une chiralité gauche. 10
32 Après le Big Bang, l Univers est donc empli de photons qui peuvent s annihiler pour former des paires leptons-antileptons, ou hadrons-antihadrons. C est ce que l on appelle l ère hadronique qui dure jusqu'à t ~10-4 s. Après cela les photons n ont plus assez d énergie pour produire des hadrons, ils sont donc gelés et seul subsiste éventuellement une petite surabondance de hadrons sur les antihadrons. Débute alors l ère leptonique qui dure jusqu à t~1s qui correspond à une température de l ordre de la masse des électrons. Ensuite il n y a plus d équilibre entre photons et leptons : on entre dans l ère radiative, où les photons sont émis et absorbés par la matière, notamment les cortèges électroniques autour des protons. A t~10 11 s, les atomes d hydrogène se forment, et la matière se découple des photons : le rayonnement cosmologique devient alors détectable dans toutes les directions. 6. Les symétries de jauge Les symétries de jauge (i.e. de phase) expriment l invariance des lois physiques par changement d une phase de la fonction d onde (en fait de champs en théorie quantique des champs). Elles ont à la fois une origine interne car elles ont attrait à des nombres quantiques internes comme la couleur ou la charge, mais dépendent aussi de l espace-temps (symétrie de jauge locale). Elles sont particulièrement importantes car les lois de conservations associées concernent les charges des 3 interactions fondamentales (charge électrique, de couleur, isospin faible et hypercharge faible). Elles permettent donc de générer les médiateurs de ces interactions qui véhiculent ces charges. Un autre avantage est qu elles permettent de comprendre l origine de la masse des particules et des médiateurs, via le mécanisme de brisure spontanée de symétrie. On peut en effet se poser les questions suivantes : d où provient la masse non-nulle des particules (élémentaires)? Peut-on expliquer leurs différences de masse, entre les quarks par exemple? Nous verrons que si la première question trouve une réponse, la deuxième reste ouverte. a. Qu est ce qu une symétrie de jauge? Tout au long de ce chapitre, nous avons déjà considéré des symétries de jauge sans le savoir. En effet, une symétrie de jauge est une transformation qui multiplie une fonction d onde (ou un champ en TQC) par une phase, de la forme e iα. Toutes les transformations que nous avons vues précédemment peuvent se mettre sous cette forme, comme nous l avons vu dans le cas de la translation et de la rotation. Ces invariances de phase (inutilement appelée de jauge pour des raisons historiques) sont donc à l origine de toutes les transformations. Ces transformations que nous avons vues sont appelées transformation de jauge globale car elles agissent de la même manière en tout point du système. Considérons ainsi un ruban en caoutchouc. La translation de l ensemble du ruban est une transformation de jauge globale, qui ne modifiera pas le système, comme nous l avons vu. Notons aussi que les symétries internes comme SU(2) d isospin sont des transformation de jauge globale : L idée, pour parvenir aux charges des interactions fondamentales, est de généraliser ces transformations en considérant des transformations de jauge locale. Dans ce cas, la phase de l exponentielle peut dépendre des coordonnées de l espace-temps (x,y,z,t). Ces transformations, incongrues à priori, permettent en fait de générer les médiateurs des interactions. Reprenons l exemple du ruban : en effectuant une transformation de jauge locale, par exemple une translation qui dépend du point d application, le ruban va se déformer. Si on 11
33 lui impose d être invariant sous cette transformation, nous devons naturellement générer des forces pour compenser cette déformation, afin que le ruban ne se déforme pas au final. On comprend donc qu imposer l invariance de jauge locale génère nécessairement une interaction. En théorie quantique des champs ce sont les médiateurs de l interaction (les bosons de jauge) qui sont générés de cette manière. On peut ainsi montrer que l équation de Schrödinger pour une particule de spin nul et de charge q, à laquelle on aurait enlevé le terme d interaction : n est pas invariante sous la transformation de jauge locale U(1): Il est justement nécessaire d introduire le terme d interaction comprenant les potentiels vecteurs et scalaires des équations de Maxwell. On peut montrer, après un calcul un peu lourd, que l équation de Schrödinger : est alors invariante sous la transformation de jauge locale. En théorie quantique des champs, représente le photon. Il est donc généré par l invariance des lois physiques sous la transformation de jauge. La conservation de la charge est obtenue par le théorème de Noether appliqué à la symétrie U(1) comme nous l avons vu. Les symétries de jauge sous lesquelles les interactions sont invariantes seront des symétries internes, comme SU(2), mais en tant que transformations de jauge locale, ses phases dépendront des coordonnées d espace-temps. Elles tiennent donc à la fois des symétries internes et d espace-temps. b. Application : les bosons de jauge et interactions fondamentales Nous allons voir comment caractériser l interaction forte (appelée QCD, chromodynamique quantique en théorie des champs) à l aide d une symétrie de jauge locale. Il s agit de la symétrie SU(3) qui agit donc dans l espace des couleurs, qui sera la charge de l interaction forte. Il y a ainsi 3 champs de quarks différents, associés aux 3 charges de couleurs (Red, Green, Blue), qui n ont rien à voir avec les couleurs usuelles. La symétrie SU(3) possède 9 2-1= 8 générateurs. La transformation de jauge locale sous laquelle l interaction est invariante est la transformation qui change le champ de quark ψ(x): 12
34 En imposant cette invariance, et par un calcul analogue à ce qui a été fait précédemment dans le cas de ELM, on aboutit à l existence de 8 médiateurs (les gluons) de masse nulle, associés aux 8 générateurs F j de SU(3) (attention les gluons ne sont pas exactement les générateurs eux-mêmes mais une combinaison de ceux-ci). Spécificité de QCD, les gluons portent euxmêmes des charges de couleur : Le tableau ci-dessous résume les caractéristiques des interactions fondamentales. Dans le cas de l interaction faible, nous verrons que c est aussi l invariance de jauge locale qui prévaut, mais doublée d un mécanisme subtil. Dans le cas de l interaction forte, l idée de 3 charges de couleurs vient de la constatation qu il n y a pas de quark isolé dans la nature. Ils se présentent uniquement sous forme de baryon ou de mésons. On fait la synthèse de cette situation en imposant que la couleur des hadrons dans la nature, doit être blanche : R+B+G ou couleur+anticouleur. La particularité que les gluons soient chargés de couleur, amène comme nous l avons vu dans le chapitre d introduction, à la liberté asymptotique : les quarks ne sont libres qu aux très petites distances. La figure de gauche ci-dessous montre l évolution de la constante de couplage de l interaction forte en fonction de la distance entre les 2 particules. La figure de droite est la correspondante expérimentale en fonction de l énergie de l interaction. 13
35 De manière générale, on caractérise l intensité d une interaction par un nombre sans dimension. Si V est le potentiel d interaction, ce nombre est : avec c=197 MeV.fm. On peut ainsi comparer les valeurs de α pour les 4 interactions. Dans le cas de la gravitation et de l interaction ELM, cela est bien commode car α ne dépend pas de r, puisque leur potentiel est en 1/r. Mais il dépend des valeurs des masses et des charges. On obtient : pour deux protons. Elle est donc négligeable (on pourra calculer la valeur pour deux quarks tops en exercice). Pour l interaction électromagnétique entre 2 particules de charge élémentaire, on obtient : On l appelle aussi constante de structure fine. Notons que α ELM dépend de l énergie (polarisation du vide). Ainsi pour E~100 GeV, on a α ELM ~ 1/128. Pour l interaction forte, on obtient : où g S est la constante de couplage de couleur entre les quarks et les gluons. Comme nous l avons vu, α S dépend aussi de l énergie et varie entre 0,1 (hautes énergies) et 1 (basses énergies). Enfin, pour l interaction faible, la constante à basse énergie G F est homogène à des Joules.mètre 3. On obtient donc qui vaut pour l électron et 10-5 pour le proton. On en conclut donc que l interaction forte prédomine, suivie de l interaction électromagnétique. L interaction faible a un effet négligeable en comparaison, mais nous verrons qu elle peut ouvrir de nouveaux canaux de 14
36 réactions car elle n est pas invariante sous autant de symétries que les autres interactions ; il y a donc des nombres quantiques qu elle ne conserve pas. Quant à l interaction gravitationnelle, elle est négligeable. En résumé, l interaction gravitationnelle est environ 30 ordres de grandeur moins intense que l interaction faible, elle-même environ 10 ordres de grandeur moins intense que l interaction forte. Notons que dans le cadre d une interaction, les bosons de jauge sont virtuels. On ne peut les observer car ils sont émis et toujours absorbés. Par contre on peut espérer les observer dans des processus d émission ou d absorption en tant que particules réelles, donc pas en tant que médiateur d une interaction. Elles peuvent alors se présenter comme des résonances avec une largeur qui dépend du nombre de canaux de désintégration. De manière générale, on peut relier la portée d une interaction à la masse de son médiateur. Ainsi en considérant la particule comme virtuelle (médiateur d interaction), elle est créée pendant un temps Δt = /mc 2. En première approximation, cette particule virtuelle se déplace à la vitesse c. Elle parcourt donc une distance d=cδt= /mc. On retrouve bien que la portée est infinie pour une particule de masse nulle, comme le photon. Par exemple dans le cas de l interaction faible où les médiateurs ont une masse mc 2 de l ordre de 100 GeV, on obtient d=10-3 fm. La figure montre un diagramme de Feynman qui permet de représenter une réaction précise et de calculer sa probabilité, appelée section efficace. D après les règles de Feynman, qui provient de la Théorie Quantique des Champs (TQC) la section efficace s écrit comme le produit des points d interaction (appelés vertex) avec le propagateur. On obtient ainsi l amplitude de diffusion électron-positron par interaction électromagnétique : D où la section efficace de réaction (probabilité de réaction) : 15
37 c. Brisure de symétrie électrofaible et masse Il reste cependant un problème : toute particule massique brise la symétrie de jauge locale. Intuitivement on comprend que donner une masse, par exemple au boson médiateur, introduit des termes supplémentaires susceptibles de briser cette symétrie dans le lagrangien. Or cette symétrie est cruciale car sans elle, les calculs de section efficace divergent (ils sont dits nonrenormalisables). D où viennent donc les masses des bosons électrofaibles et des particules élémentaires? Dans le cas de l interaction électrofaible, nous sommes donc confrontés à un problème : les bosons de jauge de cette interaction sont massifs, on le sait empiriquement. Comment leur donner une masse, tout en respectant la symétrie de jauge locale? La solution est de briser spontanément cette symétrie, c est-à-dire que la solution du système fasse apparaître des champs massifs, bien que le système (lagrangien) possède toujours cette symétrie (on parle de symétrie cachée, par exemple le flambage d une poutre). Apparaît, lors de cette brisure, un boson supplémentaire, en plus des bosons de jauge : le boson de Higgs. Il est lui-même massif, et en se couplant aux autres bosons et particules sensibles à l interaction électrofaible, il va leur donner une masse. Toutes les particules interagissant par interaction faible, le Higgs peut donner potentiellement une masse à toutes les particules de la matière. On a fait ainsi d une pierre deux coups : on explique l origine des masses tout en gardant une théorie renormalisable. La symétrie de jauge à l origine de l interaction électrofaible est U(1)xSU(2) où U(1) permet la conservation de l hypercharge faible y et SU(2) celle de l isospin faible t (à ne pas confondre avec la topitude notée t aussi). Il s ensuit que les 4 bosons de jauge de U(1)xSU(2) acquièrent une masse en se couplant à 3 bosons de Higgs, sauf le photon qui «refuse» : le boson de Higgs, détecté en 2012 au LHC. Les quatre bosons de jauge sont W +- et W 0 pour SU(2), et B 0 pour U(1). Ces deux derniers bosons neutres ne sont en fait pas produits directement et l on détecte deux bosons, le photon et le Z 0, qui en sont des superpositions. Le tableau ci-dessus présente les caractéristiques d interaction faible des particules élémentaires. On remarquera les doublets (t 3 =1/2) de SU(2) faible de chiralité gauche, et les singlets (t 3 =0) de SU(2) faible de chiralité droite. Notons que les neutrinos sont bien seulement de chiralité gauche. 16
38 Il s ensuit (théorie GSW) un certain nombre de relations dont la démonstration dépasse largement le cadre de ce cours. Notamment la masse nulle du photon impose : ainsi que la formule de Gell-Mann et Nishijima pour l hypercharge faible : où θ W est l angle de mélange électrofaible (angle de Weinberg) qui est déterminé empiriquement. Le photon et le Z 0 sont donc des superpositions des bosons B 0 et W 0 ; cet effet est décrit par la théorie GSW. g est la constante de couplage des bosons W aux porteurs d isospin faible. Les masses des bosons W et Z 0 peuvent donc être prédites car la valeur de θ W a été mesurée expérimentalement (sin 2 θ W = 0.232) et ils furent découverts aux masses prédites en 1982 au CERN. La figure montre une expérience ultérieure où une signature du Z 0 est obtenue par détection du µ + et du µ - en voie de sortie. 7. Etude expérimentale a. Lois de conservation A l aide du théorème de Noether nous pouvons déduire les lois de conservations pour une réaction du type Nous savons que l énergie totale, le moment cinétique total (noté I ci-dessous) et l impulsion totale doivent être conservés lors de la réaction. Par ailleurs la charge électrique et les nombres baryoniques (et leptoniques aux oscillations de neutrinos près) le sont aussi, quelle que soit l interaction responsable de la réaction. Cela s écrit : 17
39 où L i et L f sont les moment angulaires relatifs des particules respectivement en voie d entrée et de sortie. L interaction forte conserve de plus les saveurs et aussi la parité. Cela se traduit par : Pour l interaction électromagnétique, il en va de même à l exception de la conservation de T. b. Accélérateurs Les accélérateurs permettent donc de produire des réactions à différentes énergies, afin de recréer par exemple les conditions d énergie élevée qu il y avait lors des premiers instants de l Univers. L accélérateur le plus puissant, le LHC, mis en service à l automne 2009 permettra d atteindre une énergie d environ T= 10 TeV soit t=10-14 s après le Big-Bang. On distingue les accélérateurs linéaires et les accélérateurs circulaires. Le principe des accélérateurs linéaires est le suivant : un champ électrique accélère les particules chargées. Depuis le tube à vide de Crookes en 1875, les accélérateurs électrostatiques permettent d obtenir des différences de potentiel entre les électrodes de plusieurs millions de Volts. Dans les années 90, l utilisation de courants alternatifs de haute fréquence (>100 MHz) permettent d accélérer les particules jusqu'à plusieurs dizaines de GeV par une technique différente, qui va au-delà de ce cours : l accélération radiofréquence supraconductrice. Ainsi l International Linear Collider (ILC) prévu pour après 2015 pourra accélérer des électrons au-delà du TeV par cette technique. Le principe des accélérateurs circulaires est de «recycler» la particule en la faisant tourner avec un champ magnétique, afin de l accélérer à plusieurs reprises. Le principe fondamental de la dynamique s écrit : d où 18
40 Le produit du champ magnétique par le rayon de courbure est constant pour une particule d énergie fixée. La fréquence d oscillation f=qb/2πγm n est constante lors du processus d accélération que dans le cas non-relativiste : T=50 MeV au maximum pour des protons. Pour des particules relativistes, il faut ajuster la fréquence d oscillation du champ électrique, c est le synchrocyclotron. Mais pour des particules encore plus énergétiques (T>1GeV), la taille de l aimant impose une limitation. Le synchrotron permet de garder R constant lors de l accélération, tout en augmentant B : plus besoin d un aimant avec une grande surface. Mais pour des énergies très élevées (au-delà de 100 GeV pour des électrons), le Bremstrahlung (rayonnement de freinage) fait perdre trop d énergie à la particule, introduisant une nouvelle limitation. La figure ci-dessous (diagramme de Livingston) résume les progrès exponentiels obtenus dans la course aux énergies avec les années. Notons que les réactions symétriques (linéaire frontal, anneaux de collision) sont indispensables aux hautes énergies (T>100GeV) car le référentiel du laboratoire coïncide alors avec le référentiel du centre de masse : toute l énergie est disponible pour la réaction (voir annexe). Ainsi le LHC accélère deux faisceaux de protons à T=7 TeV chacun. On peut voir sur la figure ci-dessus, l énergie équivalente à laquelle il faudrait accélérer un proton sur cible fixe : de l ordre de 10 5 TeV (on peut la calculer en exercice). Cependant, les énergies des prochains accélérateurs sont faibles devant l énergie de GUT. La situation est donc différente de celle du LEP dont l énergie permettait d atteindre l unification électrofaible. Il faut donc exploiter des accélérateurs naturels, bien plus puissant que ceux sur Terre : 19
41 On voit sur cette figure, en vertu de la loi BR = constante, une droite en échelle log-log pour accélérer des protons de ev qui sont détectés sur Terre, et dont l origine est encore mystérieuse. C est le domaine des astroparticules. Pour finir, en annexe, un exemple de complexe d accélérateurs utilisé en physique subatomique est donné. 8. Conclusion : synoptique du modèle standard Certaines interactions sont invariantes sous des transformations internes, ce qui permet d assurer la conservation de nombres quantiques comme nous l avons vu. Le tableau cidessous résume les conservations que respectent les différentes interactions : Quantité conservée Forte Electro Faible par l interaction magnétique Energie/Impulsion o o o Q/e o o o B o o o L et L e, Lµ, Lτ o o o Moment cinétique total o o o T 3 o o n T o n n Saveur s, c, b, t o o n Parité (P) o o n Conjugaison de charge (C) o o n CP o o n CPT o o o 20
42 Dans le cas des nombres quantiques conservés par les symétries de jauges, il y a la couleur, l hypercharge et l isospin faibles et aussi la charge électrique. Voici une figure de synthèse en guise de conclusion : 21
43 9. Annexe : rappels de cinématique relativiste Nous aurons souvent à considérer 2 cas : le référentiel à cible fixe (CF, à gauche de la figure ci-dessous) et le référentiel du centre de masse (CdM, à droite de la figure). Selon les types d accélérateurs, le référentiel du laboratoire coïncide en général avec CF ou CdM. Ce dernier est défini par : en voie d entrée ou en voie de sortie. L invariant relativiste permet de relier les grandeurs de deux référentiels différents. Il se calcule soit en voie de sortie, soit en voie d entrée : La chaleur de réaction Q est définie comme : Si Q>0 la réaction est exothermique. Si Q<0 il faut fournir de l énergie en voie d entrée pour réaliser la réaction : c est l énergie seuil T S. Elle est définie comme l énergie nécessaire pour créer les particules en voie de sortie. On se place donc à la limite où elles ont une impulsion nulle. L invariant relativiste vaut alors : Dans le référentiel à cible fixe, l énergie seuil (énergie cinétique minimum que doit avoir la particule incidente) est : où la cible est la particule 2, et la somme se fait sur les particules initiales et finales. Dans le référentiel du centre de masse, l énergie totale à fournir (somme des énergies cinétiques minimum que doivent avoir les particules en voie d entrée) est 2T S =-Q. Dès que l on veut produire des particules lourdes en voie de sortie, il est donc avantageux de faire des collisions frontales symétriques, où chaque particule aura l énergie cinétique T S = Q/2. Le référentiel du laboratoire coïncide alors avec le CdM, et l énergie seuil est minimale. 22
44 23
45 Les questions essentielles Qu est ce que le théorème de Noether? Qu est ce que le théorème CPT? Quelle est l hélicité des neutrinos? Qu est ce que la formule de Gell-Mann et Nishijima? Quelles sont les lois de conservation associées à chacune des interactions fondamentales? Qu est ce qu une symétrie de jauge? Comment varie la constante de couplage de l interaction forte avec l énergie? Pouvez-vous expliquer la figure de conclusion? AU-DELA Démonstration du mécanisme de Higgs : Quarks et Leptons, Chap. 14 Théorie des groupes : Quarks et Leptons, sections 2.2 à 2.8 Particle Physics Booklet : Chap 9 et 10 24
46 Chapitre 2 : La synthèse des hadrons 1. Introduction Environ s après le Big Bang (kt ~1 TeV), les quarks et les gluons sont dans un état où ils interagissent peu par interaction forte. Les quarks peuvent être déconfinés : c est le plasma de quark et de gluons. Notons que cette température correspond par ailleurs au découplage des interactions électromagnétique et faible. Elle correspond de plus à l ordre de grandeur de l énergie maximum que peuvent atteindre les accélérateurs (LHC, ) s après le Big Bang (kt ~10 GeV), la température est assez basse pour que les quarks s assemblent durablement sous forme de triplet (baryon) ou de paire quark-antiquark (méson). C est le début de l ère hadronique dans laquelle le rayonnement crée en permanence des hadrons et des antihadrons. Cette ère s achève environ 10-4 s après le Big-Bang, car la température n est plus suffisante pour maintenir cet équilibre, le hadron le plus léger (le pion) ayant une masse de 140 MeV. Il ne subsiste alors que l excès de hadrons sur les antihadrons. Dans ce chapitre, nous allons étudier les divers états liés de quarks et d antiquarks que sont les hadrons (baryons et mésons). Nous verrons qu à l issue de l ère hadronique, il ne reste que des protons, neutrons, électrons et neutrinos car tous les autres hadrons se sont désintégrés (principalement par interaction faible) en particules plus stables comme le proton ou l électron. 2. Le plasma de quarks et de gluons Jusqu à une température de kt~1 TeV, la matière est donc dans un état déconfiné : la constante de couplage α s de l interaction forte a une petite intensité, et les quarks interagissent si peu entre eux et avec les gluons qu ils peuvent se présenter individuellement. On parle alors de plasma de quarks et de gluons ; son étude fait appel à la QCD et dépasse le cadre de ce cours. En dessous de cette température, la constante de couplage atteint une valeur telle que ce plasma ne peut plus exister : la matière s hadronise. Expérimentalement des collisions (à haute énergie et densité) avec des noyaux de Plomb sont réalisées dans les accélérateurs, afin d atteindre le plasma de quark et de gluons. A partir de la détection de hadrons résultants de cette réaction, on essaye de savoir si le plasma s est formé lors de la collision. Un signal discuté du plasma serait la baisse de production des mésons : lors de la formation de ce plasma à haute densité où le déconfinement apparaît, les états liés quarks-antiquarks sont plus difficiles à obtenir. 3. Le modèle des quarks Nous avons vu que le fait que les gluons étaient chargés de couleur entraîne une augmentation de la constante de couplage de l interaction forte vers les basses énergies. On peut intuitivement se représenter les quarks comme interagissant via des élastiques : la tension augmente avec la distance, et les quarks préfèrent rester confinés entre eux. Le vide est polarisé en ChromoDynamiqueQuantique (QCD), et un système de 3 quarks interagissant va l être à fortiori. Chaque quark est habillé par un nuage de quark et de gluons. Il est donc extrêmement difficile de le décrire à partir de la QCD, car elle est non perturbative : on ne 1
47 peut se contenter des premiers termes d un développement en α S puisque cette constante de couplage est grande. Dessine- moi un proton ( La méthode principale jusqu alors pour décrire de tels états était une solution numérique du système, en discrétisant les quarks et les gluons sur un réseau spatio-temporel (QCD sur réseau), et en utilisant la puissance informatique. Aujourd hui, QCD sur réseau ne peut encore modéliser précisément un nucléon, en raison de la complexité du système. Il est donc à priori difficile de prédire le comportement des systèmes composés de quarks (les hadrons) pour ces raisons. Décrire complètement le comportement des hadrons à partir des interactions fondamentales (QCD) semble pour l instant hors de notre portée mais de récents progrès de QCD sur réseau en font un domaine prometteur. Nous verrons au chapitre suivant un moyen de contourner cette difficulté. Néanmoins ce sont les quarks de valence qui définissent les hadrons. Il est donc possible du moins de répertorier leur existence et certaines (pas toutes) de leurs propriétés en considérant uniquement ces quarks (ce que nous ferons dans la suite de ce chapitre). Nous avons ainsi vu que l interaction forte (qui lie les hadrons) est invariante sous SU(2) d isospin, ce qui ne concerne que les quarks u et d. Les hadrons composés uniquement de ces quarks, comme le neutron et le proton, vont donc également posséder cette symétrie à leur échelle. On comprend qu historiquement ce soit par eux que la symétrie d isospin apparut d abord aux physiciens. Cette difficulté de modéliser les hadrons à partir des quarks conduira à supposer des symétries supplémentaires (à celles du chapitre 1) pour les hadrons. Ces symétries de saveur sont donc une approximation, comme nous le verrons. Il s agit d un moyen commode pour prédire le comportement des hadrons faute de mieux pour l instant. Les hadrons devant être de couleur blanche, les seules combinaisons possibles à priori sont une paire quark-antiquark (méson, q 1 q 2 ) et 3 quarks (baryon, q 1 q 2 q 3 ). Y a-t-il d autres possibilités? Il existe des prédictions de tétraquarks (composés de 2 quarks et 2 antiquarks) et même de mésons sans quarks, ne contenant que des gluons : les glueball. Tout ce ceci n a pas été confirmé par l expérience, et il convient d être prudent comme le montre la récente déconvenue des pentaquarks (par exemple uudds, où ds est une sorte d excitation particuletrou de la mer de quarks). Des signaux expérimentaux de leur existence dans les années 2000 n ont finalement pas été confirmés, mais de nouvelles données sur des systèmes à 4 quarks sont en discussion. 2
48 Pour connaître les nombres quantiques des hadrons, nous utiliserons les lois de conservation et de composition des nombres quantiques vues au chapitre précédent, sur un système quarkantiquark (mésons) ou 3 quarks (baryons). Gardons cependant en mémoire qu il n y a pas d approche exacte apte décrire les hadrons. Les mésons Commençons par considérer tous les mésons composés des quarks u et d et de leurs antiparticules (leur nombre baryonique est donc B=0). Cela fait 4 possibilités. Nous devons donc coupler deux doublets d isospin de SU(2). Or nous savons par l algèbre de moment cinétique (ou la théorie des groupes) que les valeurs d isospin total T du système qq sera : Nous avons ainsi un singlet et un triplet. A l intérieur de chacun de ces multiplets, l interaction forte agira de la même manière (invariance par rotation dans l isoespace) : pour une valeur de T fixé, le système ne dépend pas de T 3 (i.e. l hamiltonien d interaction forte ne dépend pas de T 3 ). Mais entre le singlet et le triplet, les systèmes ne sont pas équivalents en termes d isospin T, ils pourront donc avoir des propriétés différentes par rapport à l interaction forte. Le triplet T=1 constitue les pions (π -,π 0,π + ) qui correspondent aux valeurs de T 3 =-1,0,1, respectivement. Du point de vue de l interaction forte, ces 3 particules ont donc les mêmes propriétés. Seule les interactions électromagnétique et faible feront la différence. Mais comme l interaction faible est négligeable pour décrire la structure des hadrons (seules les canaux de désintégration se manifestent par interaction faible en général), il reste l effet de l interaction électromagnetique, que l on peut presque traiter comme une perturbation, d après ce que nous avons vu sur les magnitudes des interactions au chapitre précédent. Ainsi les 3 pions ont une masse proche de 140 MeV, mais légèrement différente (de quelques MeV) en raison de l interaction électromagnetique, comme nous le verrons. Quant au singlet T=0, il s agit du méson η. Il n a pas les mêmes propriétés que les pions. Par exemple sa masse est de 550 MeV. Le couplage de moment cinétique (ici d isospin) détermine complètement les fonctions d ondes des mésons en fonction de celles des quarks de valence, en utilisant les règles d addition (coefficients de Clebsch-Gordan). Ainsi nous savons que le couplage de deux systèmes 1 et 2, de moments angulaires respectifs $t 1 t 31 > et $t 2 t 32 > (où t est le moment angulaire (1/2 ici) et t 3 sa projection sur l axe N 3) donne, dans la base de moment cinétique total $T T 3 >, en fonction de la base $t 1 t 2 t 31 t 32 >: La première ligne correspond à l état triplet T=1 et la seconde à l état singulet T=0. En appliquant ces règles à l isospin total calculé à partir de celui d un quark et d un antiquark (le doublet d antiparticule qui se transforme comme (u d) est ( d u )), on obtient : 3
49 Nous verrons par la suite que la fonction d onde du méson η doit être complétée par une composante ss. Tout le modèle des quarks repose sur ce principe. Il est donc essentiel de l avoir bien assimilé. La question suivante est : quels sont les mésons qui peuvent être générés à partir des 3 quarks u,d,s et de leur antiquarks? Il y a 9 combinaisons. On généralise ainsi la démarche précédente en passant de la composition des 2 doublets de SU(2) à celle des deux triplets de SU(3) (ces sont les vecteurs de base des groupes SU(n) c est-à-dire la représentation fondamentale à partir de laquelle tous les autres multiplets peuvent être construits, ou encore vecteurs propres des générateurs diagonaux). On passe donc de 4 à 9 mésons, et le groupe considéré ici est SU(3) de saveur (comprenant l isospin T et l étrangeté S). Rappelons que SU(2) d isospin est la seule symétrie exacte par interaction forte. Il y a donc une approximation ici, qui consiste à passer de SU(2) T xu(1) S (exactement vérifiée par l interaction forte) à SU(3) T,S (dite SU(3) de saveur) qui n est pas une symétrie fondamentale de QCD, notamment en raison des différences de masses entre le quark s et les quarks u et d. Nous nous plaçons donc dans un espace abstrait, où l on considère la dimension d étrangeté en plus de l isoespace : c est l hyperisoespace. Les systèmes invariants par les transformations de SU(3) dans cet hyperisoespace, nous permettront de considérer des supermultiplets. Mais comme seul l isospin est une symétrie exacte, seuls les mésons appartenants à un même multiplet d isospin d un supermultiplet donné, auront les mêmes propriétés du point de vue de l interaction forte. A contrario tous les membres d un même supermultiplet n ont pas tous les mêmes propriétés. Considérons les triplets de base de SU(3) dans l hyperisoespace représenté ici par les deux axes T 3 et S. En pratique on prend T 3 et Y avec Y=B+S l hypercharge, ce qui revient au même physiquement (c est juste pour centrer les multiplets sur l origine de l hyperisoespace). Notons que les multiplets d isospin (intéressants pour repérer l invariance de l interaction forte) sont parallèles à l axe des abscisses. 4
50 Les règles de couplage de moment angulaire dans SU(3) suivent des règles analogues à SU(2) mais nécessitent une technique plus générale : il faut décomposer en représentations irréductibles la représentation de dimension 9 de SU(3), ce qui va au-delà de ce cours (technique des tableaux de Young). Ainsi sous SU(2) les doublets se couplaient pour donner un singlet et un triplet : Sous SU(3) le couplage devient : On obtient ainsi deux supermultiplets : un singlet et un octet. En utilisant les règles de composition et de conservation de T, T 3 et Q/e, nous verrons en TD comment trouver les mésons correspondants. Sur la figure ci-dessous on constate la symétrie de l octet (relié à l invariance -approximée - par rotation dans l hyperisoespace), et on identifie les multiplets d isospins : deux doublets d étrangeté respectives S=1 et -1, en plus du triplet et du singulet précédemment discutés à S=0. Notons (cf tableau ci-dessous) que les mésons (T 3,Y) =(0,0) sont des superpositions linéaires des états uu, dd et ss, qui peuvent comme précédemment se déterminer par les règles d addition des moments angulaires. Intuitivement, le méson η (singlet) doit contenir chaque saveur en même proportion. Le π 0 se détermine en tant que membre du triplet d isospin comme précédemment. Le η se détermine par orthogonalité aux deux états précédents. 5
51 Dans ce modèle des quarks, il reste à tenir compte des deux nombres quantiques restants : le spin I et la parité π. A chaque I π correspond donc un octet et un singulet, sachant que pour les valeurs croissantes de I, cela correspond soit à des nouveaux mésons plus lourds, soit à des états excités de mésons de I plus faible. En effet, intuitivement, augmenter I revient à augmenter le moment orbital entre le quark et l antiquark, donc à augmenter l énergie de rotation. Au delà d une certaine valeur de I, l état excité n est plus lié. Dans le cas le plus simple, le moment orbital vaut L=0 entre le quark et l antiquark. La parité est alors -1, car il s agit d un système fermion anti-fermion : le quark et l antiquark ont une parité opposée, tous les quarks ayant la même parité. Il existe donc des mésons avec I π = 0 - (dits pseudo-scalaires) ou I π = 1 - (dits vectoriels). Les mésons présentés ci-dessous correspondent à I π = 0 - (les chiffres correspondent aux masses en MeV) : 6
52 Dans le cas I π = 1 - on obtient : On constate sur cette dernière figure des états excités des K, ou des nouveaux mésons. La démarche peut ainsi se poursuivre pour considérer tous les mésons construits à partir des quarks u,d,s,c et de leur antiquarks. Il s agit alors du groupe SU(4) de saveur, où l hyperisoepsace gagne une dimension supplémentaire, celle du charme. Rappelons que postuler l invariance de l interaction forte sous ce groupe est une approximation, d autant plus que la masse du quark c est très différente des autres quarks (1000 fois celle du quark u ou d). La symétrie SU(4) est donc en fait fortement brisée. La représentation du multiplet de base dans cet nouvel hyperisoespace donne : C On en déduit ainsi les 16 mésons pseudo-scalaires et vecteurs, regroupés chacun dans un hexadecimet (ou 16-plet). 7
53 T 3 La masse élevée du quark c fait qu il n y a pas de mélange entre les états cc d une part et les états uu, dd, ss d autre part. Ainsi à l origine de l hyperisoespace charmé, les mésons η c et J/Ψ sont des états cc purs, et les autres (que nous avons déjà vu) ne contiennent pas de charme. Les mésons se désintègrent souvent en pion car celui-ci est le méson de masse la plus faible : l interaction faible qui ne respecte pas la conservation des saveurs permettent d aboutir au pion, partant de mésons plus lourds. Les mésons peuvent aussi se désintégrer en leptons (principalement par interaction faible et parfois par interaction électromagnétique) car leur nombre baryonique B=0 permet de telles réactions. Par exemple le pion négatif se désintègre par Cette réaction est favorisée par la proximité de la masse du muon avec celle du pion. Lors de leur synthèse thermique dans l Univers primordial, les mésons produits ne subsistent qu environ une picoseconde : il n en reste que des muons, qui eux-mêmes se désintègrent en électrons : 8
54 On voit ici le rôle crucial joué par l interaction faible, qui ouvre les canaux de désintégration possible. Pas si faible que cela! Les baryons Les baryons sont composés de 3 quarks (B=1). Considérons d abord tous les baryons pouvant être formés par les quarks u et d, c est-à-dire en ne considérant que l isospin (symétrie exacte de l interaction forte). Il y a 8 possibilités. Nous devons donc coupler trois doublets de SU(2), dont nous connaissons les règles de composition (analogue au couplage de 3 spins ½) : On obtient ainsi deux doublets et un quadruplet. Le premier doublet est (n p). A l interaction électromagnétique près, le neutron et le proton sont donc identiques. On entrevoit les conséquences pour les noyaux, composés de neutrons et de protons. Le deuxième doublet T=1/2 est composé des baryons N + et N 0. Enfin le quadruplet T=3/2 est formé par les baryons (Δ,Δ 0,Δ +,Δ ++ ). Les différences entre membres d un même multiplet d isospin provient des différentes valeurs que T 3 peut prendre. Cela correspond à une différence de charge électrique Q/e, en vertu de la formule de Gell-Mann et Nishijima, puisque l hypercharge est fixée. En pratique il n est pas possible de trouver une valeur de spin parité I π où tous les baryons existent à la fois. Certains sont des résonances comme les Δ. Passons donc aux 27 baryons pouvant être formés à partir des quark u,d,s, c est à dire en supposant la symétrie approximée SU(3) de saveur. Les règles de couplages dans SU(3) (et pas SU(2)) qui vont au-delà de ce cours - donnent : En ce qui concerne les spin et parité, le couplage de 3 quarks I π = 1/2 +, dans le cas simple d un moment angulaire orbital nul donne I π = 1/2 + ou I π = 3/2 +. Bien sûr d autres multipolarités et parités peuvent exister dans le cas d un moment angulaire orbital différent de zéro. Les figures ci-dessous montrent l octet pour I π = 1/2 + et le décuplet pour I π = 3/2 + : 9
55 Les droites Q/e s obtiennent grâce à la formule de Gell-Mann et Nishijima. Les masses croissantes sont dues aux nombres de quarks de valences de saveur étrange, qui sont environ 100 fois plus massifs que les quarks u et d. Si l on considère les baryons pouvant être formés par les quarks u,d,s,c (SU(4) de saveur) on obtient : T 3 10
56 où l on reconnaît l octet et le décuplet précédents comme des sous-structures de ces 20-plets. Le modèle des quarks permet ainsi de résumer les caractéristiques de quelques hadrons constitués des quarks u,d,s et de leurs antiquarks. Dans le tableau ci-dessous, les nombres quantiques des hadrons (système constitué par interaction forte) se déterminent en utilisant les règles d addition des nombres quantiques des quarks de valence, qui sont celles vues au chapitre précédent : simplement additif pour q,t 3,S,c,b,t règle d addition des moments cinétiques pour T règle d addition des moments cinétiques pour le moment cinétique total I, en tenant compte du moment angulaire orbital L la parité totale est le produit des parités des quarks avec le facteur (-1) L Ces règles peuvent se vérifier sur le tableau ci-dessous. Des exemples seront abordés en TD. 11
57 Les baryons se désintègrent en baryon de masse plus faible, jusqu au plus léger, le proton qui est le seul hadron stable. Le neutron a une vie moyenne de 15 minutes environ, ce qui est très long à l échelle des interactions fondamentales. Mais en raison des effets Coulombiens c est le proton qui a la masse la plus faible. Comme B=1 dans le cas d un baryon et que le nombre baryonique doit être conservé (même par l interaction faible) il n y a pas de décroissance du proton possible dans le cadre du modèle standard. Ainsi toute la production primordiale de mésons et de baryons donne finalement des neutrinos, des électrons et des protons. Des neutrons sont également présents, par la recombinaison des protons avec les électrons, en raison la durée de vie importante du neutron. Telle est la matière primordiale à l issue de l hadrogenèse, 0,1 ms après le Big Bang. 4. Propriétés des hadrons La masse Nous avons vu que tous les membres d un même multiplet d isospin ont la même masse, à quelques MeV près, car l interaction forte est invariante sous les transformations SU(2) d isospin. Cette symétrie est brisée par l interaction électromagnétique ; nous étudierons cet effet au prochain chapitre. Qu en est-il de la symétrie de saveur (u,d,s) de SU(3)? Nous savons qu elle est en fait explicitement brisée par l interaction forte, car SU(3) de saveur n est pas une symétrie exacte de l interaction forte. Cependant cette brisure de symétrie n est que légère et il est possible de la quantifier en décomposant l Hamiltonien d interaction forte H F : H F = H 0F + h F où H 0F est la partie de H F qui respecte SU(3) de saveur (invariant par rotation dans l hyperisoespace) et h F est la partie de H F qui brise légèrement cette symétrie. h F lève donc la dégénérescence en masse entre les différents membres du supermultiplet. Sa valeur moyenne est différente selon les valeurs de T et Y de l état considéré. Cette décomposition conduit à la formule de masse de Gell-Mann et Okubo, qui correspond à une sorte de développement perturbatif en hypercharge Y et isospin T. Ainsi, les masses des membres d un supermutiplet est donné par : où M 0, a et b sont des constantes à l intérieur d un même supermultiplet. Par exemple cette relation donne, dans le cas du décuplet de baryon I π = 3/2 + : M Σ Μ Δ = M Ξ Μ Σ = M Ω Μ Ξ C est ainsi que fut prédite en 1961 la masse du Ω - : 1679 MeV. Il fut découvert en 1964 à une masse d environ 1680 MeV, avec les nombres quantiques attendus. L expérience correspondante est décrite à la fin de ce chapitre. Au chapitre suivant nous verrons qu une démarche similaire permet de prédire les variations de masse dues à l interaction électromagnetique dans les membres d un même multiplet d isospin (par exemple entre le proton et le neutron). 12
58 La fonction d onde et la couleur Considérons une fois encore le baryon Ω -. Ayant une étrangeté S=-3 il est donc composé de 3 quarks s. De plus, son moment cinétique est 3/2, qui ne peut s obtenir que si les trois quarks ont une projection de leur spin sur l axe Oz j Z =1/2. Ces trois fermions sont donc dans le même état, ce qui est impossible en vertu du principe de Pauli. Cela montre qu il existe bien un nombre quantique supplémentaire, la couleur, qui permet de pallier à ce problème : chaque quark s possède une couleur différente (R,G,B) ; le principe de Pauli est sauf. C est ainsi que les physiciens, confrontés à ce paradoxe lors de la découverte de tels baryons (comme aussi le Δ - et le Δ ++ ) ont historiquement introduit le nombre quantique de couleur. Rôle de la mer Nous avons vu le rôle important que joue la mer des quarks et de gluons dans le nucléon. Il suffit pour s en convaincre de comparer la masse d un nucléon à la somme des masses de ses quarks de valence : 99% de la masse d un nucléon provient de la mer. Par ailleurs les contributions relatives des quarks et des gluons au spin total du nucléon est encore à l étude : les quarks ne pourraient contribuer que de 20 à 60 % au spin, le reste venant des gluons et des moments angulaires orbitaux. Nous verrons au chapitre suivant que la compréhension en profondeur de la structure d un nucléon reste un défi majeur de la physique subatomique et que de récents progrès ont été accomplis. 5. Preuves expérimentales L hypothèse que les hadrons (comme le proton) soient constitués de quarks colorés interagissant par des gluons chargés de couleur a été vérifiée expérimentalement. En effet l élégance d un modèle ne doit pas le soustraire au verdict de la confrontation expérimentale. Les partons et les quarks Le plus simple pour sonder la structure en quarks est de considérer le hadron le plus abondant dans la nature, et facile à manipuler, en raison de sa charge électrique : le proton. Pour le sonder, on utilise un objet ponctuel, l électron. L interaction dominante sera donc ici l interaction Coulombienne puisque l électron est un lepton chargé. Contrairement à QCD l interaction électromagnétique (QED) est exactement calculable (car α ELM est petit), ce qui en fait une sonde de précision. L idée générale est que la particule incidente (l électron) sera diffusée en fonction de la distribution de la cible (le proton). La probabilité d être diffusé sera différente si la cible est ponctuelle ou bien si elle possède une structure interne. Nous reviendrons quantitativement sur cet aspect au chapitre sur les sections efficaces, pour sonder par exemple la structure interne des noyaux. C est le même principe, à une autre échelle. Nous avons vu (graphes de Feynman) que la section efficace de diffusion par interaction électromagnétique sur des objets ponctuels est donnée par : 13
59 Cette formule est appelée section efficace de Rutherford. q est le moment du photon virtuel, c est donc le moment transféré de la cible au projectile lors de la diffusion. Si la cible n est pas ponctuelle, on peut montrer qu il faut adjoindre un facteur de forme F(q), qui en première approximation est la transformée de Fourier de la densité de l objet (analogie avec l optique ondulatoire où la figure de diffraction la probabilité de diffusion - est la transformée de Fourier de la forme de l objet diffractant) : Ainsi diffuser des électrons sur un objet permet de voir s il est composite par la mesure de la section efficace différentielle en fonction du moment transféré q : tout écart à la section efficace de Rutherford indique que la cible possède une structure interne. En pratique les diffusions d électrons de 20 GeV sur des protons ont été réalisées à SLAC (USA), un accélérateur linéaire de 3 km de long, pour étudier les diffusions élastiques, inélastiques et profondément inélastiques. En effet on distingue : les diffusion élastiques, où la cible reste dans l état fondamental les diffusions inélastiques, où la cible atteint un état excité ou une résonance, les diffusions profondément inélastiques où la cible est désintégrée lors de la réaction en produisant d autres particules. Schéma d une diffusion profondément inélastique Considérons d abord la diffusion élastique. L étude de la structure de la cible (de taille R) est reliée à la valeur de la longueur d onde λ du photon : si λ >> R la cible peut être considérée comme ponctuelle. Si λ est de l ordre de R, on sonde la structure interne éventuelle de l objet. Si λ <<R le photon diffuse directement sur les composants internes éventuels de la cible. 14
60 La figure ci-dessous montre le facteur de forme du proton obtenu par diffusion élastique. Pour les grands moments transférés, le facteur de forme est inférieur à 1 : on s écarte de la distribution de charge ponctuelle, comme si la charge du proton diminuait, car on n en sonde qu une partie. Cet type de réaction permet de sonder la taille des protagonistes, en utilisant la relation de De Broglie pour le photon : E=hc/λ. Ainsi un proton a une taille de l ordre de 1 fm (correspondant à Q 2 de l ordre de 1GeV 2 au maximum). Exercice : A quelle longueur d onde du photon correspondent Q 2 =1 GeV 2 et Q 2 =5 GeV 2? De manière plus générale, la figure ci-dessous montre les sections efficaces différentielles des diffusions élastique et inélastiques qui permettent d atteindre les états excités (résonances) du proton. Les grands moments transférés se situent à gauche de la figure. 15
61 Dans le cas des diffusions profondément inélastiques (figure ci-dessous), le facteur de forme sonde directement la «ponctualité» des constituants du proton. En effet, à haute énergie, la liberté asymptotique de l interaction forte rend les constituants indépendants les uns des autres : le photon virtuel interagit avec un constituant sans interférence avec les autres. Le facteur de forme dépend faiblement de Q 2, ce qui suggère que les constituants du proton sont ponctuels. Ces constituants du protons identifiés expérimentalement sont appelés partons. Les sections efficaces permettent aussi de déterminer le spin des partons, que l on trouve égal à ½. Il est dès lors tentant d identifier les partons aux quarks. Ce fut chose faite avec des expériences complémentaires de diffusion de neutrinos et anti-neutrinos sur des protons. Les facteurs de forme obtenus sont compatibles avec une charge 2/3 et -1/3, en supposant que la réaction ait lieu sur les quarks u et d respectivement. La couleur et les gluons Une manière directe d obtenir des informations sur le nombre de couleurs est d utiliser des collisions e+e-. En effet, cette réaction peut produire, via un photon virtuel, des paires qq ou bien des paires µ µ (bien sûr les quarks et antiquarks donneront un hadron-antihadron par + exemple, après la réaction initiale). Les réactions avec les quarks d une part, et les muons d autre part sont très similaires : il s agit de particules ponctuelles, de spin ½, et la réaction se fait par interaction électromagnetique. La section efficace de la réaction produisant les muons se calcule donc facilement et nous savons qu elle sera (pour une énergie centre de masse fixée) proportionnelle à α 2 (section 16
62 efficace de Rutherford), donc proportionnelle à e 4 : cela correspond aux charges des 4 protagonistes avant et après la réaction. Dans le cas d une diffusion, les charges des quarks sont fractionnaires et la section efficace est donc proportionnelle à e 2 qα 2 où e q est la fraction de charge du quark (et de l antiquark) produit par la réaction. C est la seule différence entre les deux sections efficaces. On obtient ainsi : qq Le facteur 3 provient des 3 couleurs possibles pour le quark. C est justement cette hypothèse que l expérience va nous permettre de vérifier. Plus généralement, avec l énergie disponible lors de cette expérience (quelques dizaines de GeV), il est possible de produire des quarks de saveurs u,d,s,c,b, mais pas le quark top car il est trop massif. En effet on considère les réactions produisant des hadrons, c est-à-dire passant par tous les canaux de quark possibles. Les sections efficaces étant indépendantes, elles s additionnent. Le rapport R de la section efficace totale de production de paires qq à celle de la production de la paire µ µ vaut donc : + On voit sur la figure ci-dessous que le rapport R déterminé expérimentalement est en très bon accord avec les prédictions théoriques (R est en fait un peu supérieur à 11/3 car il y a des correction de QCD due à la transformation des quarks en hadrons). Ceci confirme donc qu il y a bien 3 couleurs et 5 saveurs pour une énergie inférieure ou égale à celle disponible dans la réaction 17
63 Notons qu une mesure précise du rapport R permet de mieux contraindre QCD via ses corrections pertubatives. L hadronisation, qui est la production de hadrons en jets suite à la production du quark et de l antiquark, implique que le nombre de gluons augmente avec la distance entre les particules en voie de sortie (confinement) : En effet la section efficace s écrit de manière perturbative (QCD hautes énergies) : Le premier terme correctif (en qq g) correspond à l émission d un gluon (réel) par le quark ou l antiquark. Expérimentalement, cela génère une structure en 3 jets de hadrons, correspondants à «l habillement» hadronique du quark, de l antiquark et du gluon. Ceci est une preuve expérimentale d existence des gluons. 6. Phénoménologie des hadrons Dans cette section il sera utile de se référer aux caractéristiques des principaux hadrons formés à partir des quarks u,d,s et de leur antiquarks donnés dans le tableau de la section 3 Le pion Les pions ont été prédits par Yukawa en 1935 et découverts dans les rayonnements cosmiques en 1947 par leur réaction de désintégration en muon, lui-même se désintégrant en électron. Cela fut un choc à l époque car on ne connaissait alors que le proton, le neutron l électron (le muon fut découvert en 1936 ce qui généra une certaine confusion car on le prit pour le pion). La boîte de Pandore s ouvrit à la découverte de nombreux nouveaux hadrons que le modèle des quarks allait permettre de classer. 18
64 La figure ci-dessous montre les réactions de désintégration du pion dans des émulsions nucléaires exposées aux rayonnements cosmiques. 19
65 Les réactions de désintégration les plus fréquentes des pions sont : Le π 0, en raison de sa charge nulle, peut se désintégrer en deux photons par interaction électromagnétique. Son temps de vie est donc beaucoup plus court que celui des pions chargés, qui se désintègrent par interaction faible. Nous avons vu que les pions font partie d un triplet T=1 d isospin. Ainsi dans la représentation T T 3 > on a : π + = 1 1> ; π 0 = 1 0> ; π - = 1-1> ; Leurs masses sont donc voisines, aux effets électromagnétiques près. Le tableau donné à la section 3 résume les caractéristiques des pions. Les pions peuvent être produits par les réactions : Ces réactions de production (par interaction forte) permettent de déterminer le spin et la parité du pion par lois de conservation : I π =0 -. Ces réactions de production expliquent également l apparition des pions dans les gerbes atmosphériques : un rayon cosmique (fréquemment un proton) interagit par interaction forte avec un nucléon d un atome de l atmosphère, menant à la production d un pion par les réactions ci-dessus. Les sections efficaces des réactions ci-dessus sont reliées entre elles, en vertu de l indépendance de charge de l interaction forte (similitude des protons et de neutrons). Cette indépendance de charge n est rien d autre que l invariance de l interaction forte au sein d un multiplet d isospin : elle est indépendante de T 3 pour T fixé. Nous verrons des applications en TD. Les résonances baryoniques et mésoniques Considérons une particule de masse m, de vie moyenne τ. Cette particule peut se désintégrer vers un système non-lié de manière probabiliste, en un temps centré autour de τ, mais avec des fluctuations. Si le système final est non-lié, ses états sont continus en énergie (en physique quantique, ce sont les conditions aux limites de type boîte qui quantifient l énergie). La particule peut donc, à la limite, se désintégrer vers des états de toutes énergies. On peut montrer que la désintégration la plus probable est centrée sur une énergie égale à la masse de la particule initiale avec une largeur caractéristique Γ. Cette largeur est inversement proportionnelle au temps de vie de la particule : plus son temps de vie est bref, et plus sa probabilité d être dans un état d énergie finale éloignée de m est grande, car elle est fortement couplée au continuum d états : 20
66 A la limite où son temps de vie est infini (état initial lié), on ne peut la trouver qu à la masse m de la particule initiale (état discret). On peut montrer que la probabilité que la particule se désintègre vers un état du continuum d énergie E est : C est la distribution de Breit-Wigner (ou de Lorentz). Elle présente un «étalement» plus large que la distribution Gaussienne. mc 2 -Γ/2 mc 2 mc 2 +Γ/2 E Notons que la particule instable a une durée de vie très petite devant le temps de détection, et se sera donc désintégrée lors de la mesure. Les résonances sont omniprésentes en physique et concernent aussi bien le boson Z 0 que les résonances hadroniques, comme nous allons le voir. En effet, lors de diffusions de pions sur des neutrons ou des protons : apparaissent des résonances (notées X ci-dessus) dans la section efficace (figure ci-dessous), qui correspondent à des diffusions inélastiques sur des protons. Les résonances les plus importantes se trouvent pour T π =195 MeV, ont une largeur Γ =120 MeV : ce sont les baryons Δ que nous avons étudiés à la section 3. 21
67 Les caractéristiques du Δ se déduisent par ses réactions de production : sa masse vaut 1236 MeV, et son temps de vie est τ= /Γ = s. Ce temps extrêmement court est caractéristique de l interaction forte, comme nous l avons vu. Les spins, parité et isospin des Δ sont déduits des lois de conservation lors de leur production par interaction forte. Par exemple la réaction : permet d aboutir à T=3/2 ; T 3 =3/2, et d obtenir également des informations sur le spin et la parité. Il existe de même des résonances de mésons dans ce type de réaction où ici 1 pion supplémentaire est émis : En fait une résonance ρ 0 a été produite lors de cette réaction, puis s est désintégrée en 2 pions. Le ρ 0 est un méson, par conservation du nombre baryonique B. Nous verrons au chapitre suivant que certaines d entre elles jouent un rôle important en structure nucléaire. Le tableau ci-dessous résume leurs caractéristiques principales Etrangetés A la fin des années 40, de nouvelles particules, les mésons K, sont découverts, ainsi que les hypérons Λ (baryons). Elles sont aussi produites par interaction forte dans les réactions du type diffusion de pion sur nucléon comme En raison de la conservation de l étrangeté, ces particules étaient produites par paire, et ce comportement inexpliqué leur donna le qualificatif d «étrange». Comme nous l avons vu, les mésons étranges se désintègrent en mésons plus légers par interaction faible. Par exemple : La figure ci-dessous montre un exemple de réaction impliquant ces particules : le méson étrange K - réagit sur un proton de l hydrogène liquide dans une chambre à bulles : 22
68 + Les réactions correspondantes sont : Terminons par la découverte du Ω-, postérieure à sa prédiction par le modèle des quarks, comme nous l avons vu. La masse mesurée du Ω - est 1686 ±12 MeV lors de cette expérience, ce qui fut une confirmation de la formule de Gell-Mann et Okubo. Le dispositif expérimental est similaire à celui ci-dessus. La chaîne de réactions est : suivit de trois désintégrations par interaction faible : 23
69 Les quarkonia Parmi les mésons, il en est des spécifiques du type quark-antiquark de même saveur : il s agit d un état lié composé de matière-antimatière. Ces états sont appelés quarkonium par analogie avec le positronium, composé d un électron et d un positron. Le charmonium est composé des quarks cc. Nous avons vu que pour les saveurs plus légères u,d,s, les états quark-antiquark de même saveur sont mélangés en raison de la relative proximité des masses des quarks u,d,s. Il n y a donc pas de quarkonium correspondant. L analogie entre le quarkonium et le positronium peut être approfondie : il s agit de deux fermions de spin ½ qui interagissent soit par l échange d un photon virtuel (positronium) soit un gluon virtuel (charmonium). Le spectre du positronium étant similaire à celui de l atome d hydrogène, le spectre des quarkonia l est aussi : Dans ce spectre apparaissent les différents mésons cc (pour le charmonium) qui peuvent être considérés comme les états excités les uns des autres. La notation employée est spectroscopique : 2S+1 L J où S est le spin total du système quark-antiquark (0 ou 1), L leur moment orbital, et J le moment cinétique total : J = L + S. On reconnaît ainsi la séquence des états, analogue à celle de l atome d hydrogène: 1S, puis 2S, puis P,... L analogie a bien sûr ses limites. Notons que la structure fine du spectre du charmonium est bien décrit à condition d introduire le nombre quantique de couleur, ce qui en est une autre confirmation expérimentale. Le charmonium a été découvert en 1974, lors de la «révolution de Novembre» comme l a baptisé la communauté : deux expériences distinctes ont mis quasi-simultanément en évidence le quark c pour la première fois. La première eut lieu à SLAC : et la deuxième à Brookhaven : La figure ci-dessous montre la résonance qui correspond au charmonium, obtenue à SLAC. 24
70 Ce méson fut donc nommé J/Ψ car les deux expériences lui avaient donné un nom différent. Le tableau ci-dessous résume les caractéristiques des mésons qui sont différents états du charmonium : On constate que le temps de vie des mésons légers comme le J/Ψ ou le Ψ sont très élevés, de l ordre de 100 à 1000 fois plus grands que pour les mésons plus lourds. C est un écart important par rapport au temps de propagation de l interaction forte. En fait la désintégration naturelle qui conserve la saveur par interaction forte serait 25
71 mais les mésons D en voie de sortie sont trop lourds pour être produits par le J/Ψ. Seul des état du charmonium plus lourds, comme le Ψ du graphe ci-dessus, se désintègrent par ce canal. La désintégration du J/Ψ passe donc par un autre canal, où ce sont les gluons qui produisent les quarks en voie de sortie : Ce type de graphe est dit déconnecté car il n y a pas de ligne de quarks entre l état initial et l état final. En TQC leur probabilité est fortement réduite (c est la règle de Zweig), ce qui explique le temps de vie plus long du J/Ψ. Interaction faible des quarks Les quarks interagissent aussi par interaction faible. En effet c est par ce type d interaction que le quark c avait été prédit théoriquement en 1970, 4 ans avant la découverte du charmonium. L existence du quark c permettait de restaurer le fait qu il n y ait pas de couplage neutre au Z 0 qui change l étrangeté, et que les seuls changements d étrangeté en courant neutre se font par échange de deux W, avec une probabilité très faible (mécanisme GIM). Dans le cas d une réaction par interaction faible impliquant les bosons chargés W +-, la conservation de la charge électrique implique un changement de saveur (on peut le vérifier avec le tableau des caractéristiques des quarks du chapitre 1). Un quark changeant de saveur, signifie un hadron différent en voie de sortie. Ainsi la réaction qui couple un boson W à un quark d du neutron le transforme en proton : C est la désintégration β -, qui est spontanée car la masse du neutron est plus grande que celle du proton (effet non-trivial de la soupe de quarks et de gluons dans les nucléons). Remarquons que c est un antineutrino qui doit être émis pour conserver le nombre leptonique. De même la désintégration du Λ0 se modélise par: 26
72 7. Conclusion Ainsi, pour établir le modèle des quarks, deux approximations sont nécessaires : d abord supposer que l on peut réduire un hadron à ses quarks de valence, ce qui n est pas exact puisque QCD n est pas perturbative à basse énergie. L autre approximation consiste à supposer que l interaction forte possède les symétries SU(3), SU(4) de saveur. La conséquence est qu il n y a pas vraiment invariance des propriétés hadrons au sein d un même supermultiplet. Par exemple il faut utiliser la formule de masse de Gell Mann et Okubo pour corriger cela. Seule la symétrie SU(2) d isospin reste exacte. Le modèle des quarks est donc pertinent, pourvu que l on soit conscient de son domaine d application. A la fin de l hadrogénèse il ne reste donc que électrons, neutrinos, protons et neutrons car l interaction faible permet aux hadrons plus lourds de se désintégrer en ces particules. Comment en faire des noyaux? 27
73 8. Annexe : récapitulatif des principales symétries en physique subatomique 28
74 Les questions essentielles Sur quelles approximations repose le modèle des quarks? Quel est le méson le plus léger? Qu est ce que l hyperisoespace? Quel est le rôle de la couleur? AU-DELA Particle Physics Booklet : Chap 14 Structure des hadrons : Quarks et Leptons, Chap. 8 29
75 Chapitre 3 : L interaction nucléonique 1. Introduction 10-4 s (kt~100 MeV) après le Big Bang, l Univers entre dans l ère leptonique : seuls les letpons, comme l électron, peuvent être produits par le rayonnement. Cette ère s achève environ quelques secondes après le Big Bang (kt ~1 MeV) lorsque le bain thermique de photons ne permet plus de produire des leptons et antileptons. Débute alors l ère radiative où les photons ne produisent plus de particules, mais interagissent avec la matière. C est pendant les ères leptoniques et radiatives que les premiers noyaux se sont formés, lors du premier quart d heure après le Big-Bang. Notons que l ère radiative dure environ 1 million d années, jusqu à ce que les protons se combinent avec les électrons pour former les atomes d hydrogène. Le rayonnement n interagit pratiquement plus avec la matière (découplage). L Univers entre dans l ère stellaire qui continue de nos jours, et que nous aborderons au prochain chapitre. A kt ~ 10 MeV l Univers est donc principalement composé de photons, neutrons, protons, électrons, positrons, neutrinos et antineutrinos. Notons que les photons sont très majoritaires : il y a environ un milliard de photons pour un nucléon. Les protons sont les hadrons les plus stables. Les neutrons sont en équilibre avec les protons par réactions de capture d électrons, de positrons et de neutrinos. Pour décrire la nucléosynthèse, il est essentiel de comprendre les propriétés de l interaction entre les nucléons. Nous avons vu que le problème est non-trivial en raison de la charge de couleur des gluons qui rend QCD non-perturbative aux énergies nucléaires. 2. Nucléosynthèse primordiale Lors du refroidissement, neutrons et protons sont en équilibre en proportions similaires car la température et la densité de leptons sont assez élevées pour entretenir en permanence les réactions : Lorsque la première seconde après le Big Bang vient de s écouler, vers kt~ 1 MeV, les électrons et positrons n interagissent plus suffisamment avec les protons et neutrons car la densité de leptons devient trop faible pour enclencher les réactions ci-dessus. Le rapport du nombre de neutrons et de protons est alors fixé par la distribution de Boltzmann : (1) Ce rapport vaut environ 15% et est «gelé». La décroissance du neutron ne modifie pas ce taux car sa vie moyenne de 15 min est encore très grande par rapport à l âge de l Univers. Notons que les 4 interactions fondamentales sont impliquées dans la détermination de ce taux : les interactions fortes et électromagnétiques déterminent la différence de masse entre le 1
76 neutron et le proton. Les interactions faible et gravitationnelle déterminent la température T au-dessous de laquelle neutrons et protons ne sont plus en équilibre par les réactions (1). S enclenche alors, pendant un quart d heure, les premières réactions de synthèse des noyaux. La température est suffisante pour permettre aux noyaux chargés électriquement de surmonter la répulsion coulombienne et de fusionner. L une des premières réactions est la fusion des protons et neutrons pour donner du deutérium (d ou 2 H) : Le deutérium est stable mais son énergie de liaison est très faible (B=2,3 MeV) : il se «casse» facilement comme nous le verrons. Son abondance est donc très sensible à l environnement astrophysique (température, densité) ; la mesure de cette abondance constitue ainsi un test précis pour la cosmologie. La figure ci-dessous montre les principales réactions qui synthétisent les éléments légers lors de la nucléosynthèse primordiale. Au bout d un quart d heure quand la température atteint kt~500 kev, les réactions nucléaires cessent car la densité n est plus suffisante pour les poursuivre. En raison de l inexistence de noyaux stable pour A=5 et A=8, la nucléosynthèse primordiale ne produit presque pas de noyaux plus lourds : les taux de réactions sont négligeables. Pourquoi n y a-t-il pas de tels noyaux stables pour A=5 et A=8? Cherchons la réponse dans l interaction entre les nucléons qui les cimente pour en faire un noyau. Nous allons aborder cette interaction par la symétrie d isospin, avant de l étudier plus en détail. 2
77 3. La persistance de la symétrie d isospin L interaction forte respectant la symétrie d isospin, nous savons que celle-ci persiste dans le cas des hadrons : ceux appartenants à même multiplet T d isospin ont les mêmes propriétés par interaction forte. Ils seront caractérisés par les différentes valeurs de T 3 au sein du multiplet. Nous allons ici préciser le cas du doublet de baryon T=1/2 du proton et du neutron. Par la suite nous utiliserons les minuscules pour repérer les nombres quantiques d un nucléon, et les majuscules pour ceux du système de plusieurs nucléons. Ainsi t n a rien à voir avec l isospin faible (ou bien la topitude) du chapitre 1 mais dénote maintenant l isospin (fort) d un nucléon. La fonction d onde d un nucléon (de spin s=1/2 et d isospin t=1/2) peut s écrire comme le produit d une fonction d onde spatiale, d une fonction d onde de spin (dit spineur à 2 composantes) et d une d isospin (à 2 composante aussi) : La formule de Gell-Mann et Nishijima d isospin fort appliqué à ces baryons donne : On obtient donc t 3 =1/2 pour le proton et t 3 =-1/2 pour le neutron. Cette formule implique aussi que dans le cas particulier des nucléons (baryons sans saveur s,c,b,t) la conservation de t 3 est équivalente à celle de la charge électrique. Considérons un système de 2 nucléons. Ce système est particulièrement intéressant : d abord il constitue le noyau le plus simple, le deuterium. De plus il permet de caractériser l interaction nucléon-nucléon, nécessaire pour décrire les noyaux, qui peuvent avoir jusqu'à quelques centaines de nucléons. Il faut donc coupler deux isospins t=1/2. Le formalisme est analogue au couplage d un quark et d un antiquark dans le méson, que nous avons vu au chapitre précédent. Ici le couplage de deux nucléons d isospin t=1/2 donne un isospin total T=0 ou 1. Le singlet correspond à un état pn alors que le triplet comporte un état nn, un état pn et un état pp. Par invariance de l interaction forte sous les transformations SU(2) d isospin, nous en déduisons que les 3 états du triplet T=1 sont identiques du point de vue de l interaction forte. Le système nn est donc identique au système pp. Quant au système np, il a une composante T=1 qui est identique aux précédentes, mais aussi une composante T=0 qui en diffère : Nous voyons que l état triplet du système est symétrique par échange de particule, alors que l état singlet et antisymétrique. Or la fonction d onde totale d un système de fermion doit être 3
78 antisymétrique sous l échange de deux fermions. En ignorant l isospin, le principe de Pauli implique que L+S doit être pair : la symétrie sous échange de la fonction d onde spatiale est en (-1) L, et celle du spin est symétrique si S=1 et antisymétrique si S=0. Pour que la fonction d onde totale soit antisymétrique il faut donc L+S pair. En tenant compte de l isospin, qui comme le spin est antisymétrique pour T=0 et symétrique pour T=1, il faut donc que L+S+T soit impair. C est le principe de Pauli généralisé. Par exemple il n est pas possible que 2 nucléons identiques soient dans le même état de spin (S=1, T=1) avec une fonction d onde spatiale paire. Par ailleurs, l interaction nucléon-nucléon maintient lié un système de deux nucléons s ils ont leur spin aligné et un moment angulaire nul : L=0 et S=1. En effet nous verrons à la section suivante que cette interaction dépend du spin des nucléons. On en déduit que seul le système np est lié : c est le deuton. En effet le principe de Pauli généralisé implique T=0. Notons que l interaction nucléon-nucléon ne lie cependant pas très intensément le neutron et le proton : dans le deuton, l énergie de liaison par nucléon est de 1,1 MeV et nous verrons au chapitre 5 que c est 7 fois moins que celle dans les noyaux. Le formalisme d isospin est identique à celui du spin. Pour un système invariant par rotation dans l isoespace (dont les axes sont notés 1,2,3),l isospin du système est conservé par interaction forte : Ce que l on traduit en pratique par «l étiquetage» des fonctions d ondes des états stationnaires par les bons nombres quantiques, valeurs propres de T 2 (l opérateur de Casimir) et T 3. La fonction d onde d isospin T,T 3 > vérifie donc : Rappelons que dans le cas d un nucléon (t=1/2) l isospin peut être représenté par les matrices de Pauli (générateurs de SU(2)) : avec Les matrices de Pauli vérifient les relations de commutation : Les opérateurs de création et d annihilation d isospin sont représentés par : 4
79 Ils permettent d augmenter ou de diminuer la valeur de t 3 : 4. De QCD à l interaction nucléon-nucléon a. Nouvelle échelle : nucléons et pions Nous avons vu au chapitre précédent qu il n est pas possible de modéliser un hadron à partir de QCD en raison du caractère non-perturbatif de celle ci, qui génère une «soupe» de quarks et de gluons chargés de couleur. Il est donc par essence inadéquat de décrire l interaction entre 2 baryons (ici les nucléons) à partir de l interaction fondamentale QCD. Cela serait équivalent à tenter de décrire l interaction entre deux molécules, chacune composées de plusieurs dizaines d électrons et de protons, à partir de l électrodynamique quantique (QED). Cela serait très (trop) lourd. On préfère ainsi changer d échelle et considérer les molécules comme objets élémentaires, tout en tenant compte des effets de leur structure interne de manière effective. Ainsi la force de Van der Waals n est rien d autre qu une interaction effective dont les paramètres sont ajustés sur l expérience. Mais la forme de cette interaction est, quant à elle, dictée par des impératifs physiques. Qui aurait l idée de vouloir décrire un gaz de molécules à partir de QED? Il en va de même pour les nucléons, leur soupe de quarks et de gluons et QCD. Un noyau sera ainsi décrit comme des nucléons interagissant par une interaction effective, dont les paramètres sont déterminés par l expérience, mais dont la forme résulte du cadre théorique des théories des champs effectives, qui sort du cadre de ce cours. Notons que depuis les années 2000 des progrès importants ont été obtenus dans ce domaine. Il a fallu en effet attendre les années 90 pour qu une personnalité comme Weinberg lance l idée des théories effectives pour les nucléons. b. Le potentiel d interaction nucléon-nucléon Il est donc adéquat de changer d échelle : le constituant de base est le nucléon. Comment modéliser l interaction entre les nucléons? Cette approche est dite effective car il ne s agit pas d une interaction fondamentale de la nature : c est de la théorie quantique des champs appliquée à l échelle du nucléon et du noyau. Néanmoins cette interaction se déduit des propriétés de QCD, plus précisément des effets de QCD à basse énergie. Le prix à payer est d ajuster des constantes sur l expérience (comme les réactions de diffusion nucléon-nucléon) mais la forme des termes est donnée par l approche effective (analogie avec la force de Van der Waals). Quel est donc le (les?) boson médiateur de notre interaction effective nucléon-nucléon? Un moyen élégant de l introduire est de remarquer qu expérimentalement les nucléons ont tous une parité positive. Il y a donc une brisure de la symétrie chirale à l échelle des nucléons, alors qu à l échelle des quarks, QCD respecte la symétrie chirale (il y a autant de quarks de chiralité droite que gauche). L origine de la brisure de symétrie chirale est a rechercher dans la soupe complexe qu est le nucléon. 5
80 Or le Lagrangien effectif doit respecter les mêmes symétries que QCD. Nous sommes donc confrontés à une situation où le Lagrangien effectif à l échelle des nucléons respecte la symétrie chirale, mais pas ses solutions (solutions des équations d Euler-Lagrange). La brisure spontanée de symétrie permet encore une fois de réconcilier ces deux aspects : la symétrie chirale est donc spontanément brisée. La conséquence est l apparition de bosons médiateurs de masse nulle (bosons de Goldstone) : on peut montrer que ce sont les pions. Mais comme la symétrie chirale n est pas une symétrie de jauge locale, on ne peut pas invoquer le mécanisme de Higgs pour donner une masse aux pions. Cependant on peut introduire des termes explicites de masse dans le Lagrangien, qui donnent leurs masses aux pions et nucléons. Ces masses proviennent de celles des quarks qui les constituent, ellesmêmes générées par la brisure spontanée de symétrie électrofaible que nous avons vu au chapitre 1. Il viendrait peut-être au lecteur imaginatif l idée de générer les bosons médiateurs de l interaction nucléon-nucléon en imposant une invariance de jauge locale d isospin, à l instar des interactions fondamentales. Il serait tentant en effet de passer de la symétrie SU(2) d isospin des nucléons (symétrie de jauge globale) à une symétrie de jauge locale en rendant la phase locale. Cela fut tenté en 1954 par Yang et Mills. Le problème est que dans ce formalisme, les 4 2-1=3 bosons doivent impérativement être de masse nulle et de spin 1, à l instar des gluons ou du photon. En effet, le formalisme d invariance de jauge locale s écroule si on ajoute à la main un terme de masse qui brise explicitement par construction cette symétrie (non-renormalisabilité). Les pions sont de spin nul (voir chapitre 2). Les mésons ρ (spin 1) pourraient correspondre, mais leur masse est bien loin d être nulle. Cette tentative fut donc abandonnée, mais inspira le mécanisme de génération des bosons de jauge des interactions fondamentales. Considérant que l interaction nucléon-nucléon est donc véhiculée par le pion, il est possible d en faire une première approche analytique, en généralisant le potentiel d interaction au cas d un médiateur de masse quelconque. En effet, dans le cas d un médiateur de masse nulle (le photon), le potentiel Coulombien est en 1/r. Il est de portée infinie car véhiculé par une particule de masse nulle. Dans le vide, le photon se propage comme un potentiel Φ qui suit les lois de l électromagnétisme (équations de Maxwell), avec On vérifiera que dans le cas limite d un phénomène statique, la solution de cette équation donne bien un potentiel d interaction en 1/r ; quantiquement, il s agit du photon. En physique quantique, cette équation se retrouve en écrivant la relation énergie/impulsion du photon (E 2 =p 2 c 2 ), et en affectant les correspondances suivantes aux opérateurs : On retrouve alors l équation de propagation du photon dans le vide, puisque : Remarquons que le potentiel d interaction est donné par la solution de l équation du mouvement (ici l équation de Maxwell) car c est le médiateur de l interaction. 6
81 Généralisons au cas d une particule de masse m. La relation énergie/impulsion s écrit : E 2 =p 2 c 2 +m 2 c 4 En utilisant les correspondances ci-dessus pour les opérateurs, on aboutit à l équation dite de Klein-Gordon, qui régit la propagation d une particule libre et de spin nul dans le vide : avec L équation de Klein-Gordon, pour un système stationnaire et à symétrie sphérique, donne : Et la solution s écrit : C est le potentiel de Yukawa. Le médiateur massique génère ainsi un potentiel de portée finie (ici pour le cas attractif g<0) : Cette expression générale redonne bien le potentiel Coulombien dans le cas où la masse tend vers 0. La porté spatiale typique de ce potentiel est donné par (on retrouve la relation masse-portée) : Comme les pions sont médiateurs, mc 2 ~140 MeV, donc µ -1 ~1,5 fm. C est la portée caractéristique de l interaction forte entre deux nucléons. Notons que c est par le raisonnement inverse que Yukawa put prédire la masse du pion en 1935, qui fut détecté en 1947 (voir chapitre 2). On a ainsi bâti une interaction effective avec le pion comme médiateur. L interaction entre les nucléons doit être attractive pour expliquer l existence des noyaux. Mais d autre part, elle est très répulsive à courte portée (l origine de cette répulsion, liée à QCD, est encore en discussion) : c est le cœur dur. Il faut donc utiliser plusieurs bosons médiateurs, un affecté à chaque domaine d espace, suivant la relation masse-portée. L interaction nucléon-nucléon se décompose ainsi schématiquement en trois régions de l espace. A grande portée (~ 2 fm) elle est modélisée par l échange d un pion (pseudoscalaire-isovecteur : J=0, T=1, masse de 140 MeV). A moyenne portée (~ 1 fm) elle peut être décrite par l échange de 2 pions. Cette partie 7
82 du potentiel est en fait décrite à l aide du méson σ, de masse de l ordre de 550 MeV. Ce méson est de type pseudoscalaire-isoscalaire (J=0,T=0) et est difficile à étudier expérimentalement en raison de son importante largeur. A plus courte-portée (~ 0.2 fm) il faut inclure des mésons plus lourds (~ 800 MeV) : l isoscalaire ω, et l isovecteur ρ. V (MeV) ρ,ω σ π r (fm) Potentiel nucléon-nucléon S=1, T=0 (en bleu) et S=0,T=1 (en rouge). Les régions d applications des mésons sont indiquées. Au début des années 90, Weinberg suggéra alors l utilisation de théories des champs effectives non-perturbatives pour décrire l interaction nucléon-nucléon. Elles donnent donc une justification plus profonde, en lien avec QCD à la forme de l interaction nucléon-nucléon. La figure montre la hiérarchie des termes obtenus par cette approche : il s agit de diagrammes de Feynman où les lignes continues représentent les nucléons, et les lignes en pointillés les pions. Les coefficients des termes du développement sont ajustés sur les données expérimentales (réactions de diffusion nucléon-nucléon). De nombreux travaux sont encore en cours dans ce domaine. 8
83 Hiérarchie des forces nucléaires obtenues avec la théorie effective non-perturbative (tiré de ArXiv:nuclth/ ) Les sections efficaces de réaction se calculent donc avec les diagrammes de Feynman de notre théorie effective. Par exemple, lors de la diffusion nucléon-nucléon, plusieurs cas peuvent se présenter, selon le pion médiateur échangé : tiré de L. Valentin, physique subatomique 9
84 c. Au-delà du terme central En plus du potentiel central décrit ci-dessus, d autres termes apparaissent. Les symétries permettent une fois encore de dessiner l interaction : la formulation la plus générale du potentiel d interaction nucléon-nucléon s obtient en considérant les symétries qu il doit respecter : Invariance par rapport aux translations dans l espace (conservation de l impulsion) Invariance par rapport aux rotations (conservation du moment angulaire) Invariance par rapport à la réflexion d espace (conservation de la parité) Invariance par rapport aux rotations dans l isoespace (conservation de l isospin) Par construction tout potentiel central vérifie les 3 lois d invariance d espace-temps ci-dessus, quelle que soit son expression, ce qui valide le potentiel de Yukawa déterminé précédemment. Nous avons vu qu il est de plus nécessaire d introduire une dépendance en fonction des spins des deux nucléons. Un terme scalaire vérifie les lois d invariance ci-dessus. Le produit scalaire, qui permet de générer un tel terme à partir de spins qui sont des vecteurs : est donc adapté (attention ici les indices 1 et 2 repèrent les 2 nucléons. Les composantes spatiales des matrices sont dénotées par l indice x,y,z, par exemple σ 1x ) En effet, rappelons que le spin d une particule est représenté par les matrices de Pauli : Ces matrices ont exactement le même formalisme que celles d isospin détaillées précédemment. L expression plus générale du potentiel d interaction nucléon-nucléon est donc Vérifions que ce potentiel dépend de S, le spin total du système (et donc du spin de chacun des deux nucléons). Le spin total s écrit : d où l on déduit Par conséquent si le système de deux nucléons est dans un état (S, M S ), la valeur propre associée au terme du potentiel dépendant du spin est : qui vaut 1 si le système est dans l état triplet (S=1) et -3 s il est dans l état singulet (S=0). 10
85 On en déduit donc que le terme en dépend bien du spin des deux nucléons. Les effets sont opposés selon l état triplet ou singulet du spin total : si ce potentiel est par exemple attractif s ils sont alignés, alors il sera répulsif s ils sont anitalignés. D autres termes dépendants du spin interviennent : le scalaire L. S vérifie les lois de symétrie ci dessus : c est le terme de spin orbite, analogue à celui de l électron dans l atome d hydrogène. La différence avec la physique atomique vient de sa magnitude importante, qui n est pas une simple perturbation dans le cas de l interaction nucléon-nucléon. Nous en verrons les conséquences importantes au prochain chapitre. Notons que le terme de spinorbite apparaît naturellement dans l équation de Dirac et représente un terme dépendant des vitesses. Intuitivement, une particule qui se déplace dans un champ électrostatique généré par une autre particule chargée, produit, en relativité restreinte, un champ magnétique proportionnel à son moment orbital. L énergie d interaction avec ce champ sera donc en L.S, puisque le spin est proportionnel au moment magnétique intrinsèque de la particule. On peut former un autre terme qui respecte les symétries ci-dessus : le terme tenseur. On pourra vérifier que les produits scalaires (opération de parité). Cependant le terme ne sont pas invariants par réflexion d espace l est bien. Pour avoir un opérateur homogène à un produit scalaire de spins, on divise par r 2, ce qui permet de définir le terme tenseur S 12 : Ce terme est parfois négligé mais il peut jouer un rôle important, comme dans le cas du deuton. L invariance par rotation dans l isoespace introduit des scalaires d isospin, par analogie avec le spin. On a donc de plus un terme de la forme Notons qu on ne peut bien sûr pas avoir de terme isospin-orbite ou tenseur d isospin puisqu on ne peut faire de produit scalaire ou vectoriel entre vecteurs de deux espaces différents (espace-temps et isoespace). Mentionnons finalement un dernier terme, qui provient de la structure composite des nucléons. Une interaction entre deux objets élémentaires est dite à deux corps. Lorsque ces objets sont composites, on observe dans de nombreux cas l apparition d une force à 3 corps, qui ne se manifeste qu en présence explicite de trois corps. Cette force provient des polarisations réciproques du contenu interne des objets entre eux : la polarisation est modifiée lorsqu un troisième corps interfère avec 2 autres. Pour comprendre cet effet, l analogie avec les molécules est utile : lorsque 3 molécules se rapprochent, leurs polarisations mutuelles sont différentes de la polarisation de deux molécules isolées. Sur la figure ci-dessus des forces nucléaires, l interaction à trois corps apparaît naturellement dans la hiérarchie des diagrammes de Feynman. 11
86 d après ArXiv:nucl-th/ Dans le cas de l interaction entre les nucléons, le terme à trois corps est essentiel pour décrire correctement les données : son rôle n est pas négligeable. La figure ci-dessus montre la section efficace différentielle de diffusion de neutrons sur des deutons à une énergie de 65 MeV. Les données ne sont bien reproduites qu avec l ajout d un terme à trois corps. Notons que ce n est que depuis quelques années que les théories effectives ont réussi à décrire ce terme à partir de QCD. Le potentiel d interaction nucléon-nucléon s écrit donc finalement : Dans le cas de protons, il faut ajouter l interaction Coulombienne à l interaction nucléaire, qui va donc légèrement (et explicitement) briser la symétrie d isospin, induisant des observables un peu différentes, comme l atteste la différence de masse de 0,1 % entre le neutron et le proton. Une fois donnée l interaction entre les nucléons, le problème nucléaire est en principe posé. Il ne reste plus qu à résoudre l équation de Schrödinger correspondante. Le deuton est le système qui peut se calculer le plus facilement une fois donnée l interaction nucléon-nucléon. Des solutions typiques de fonctions d ondes pour le deuton sont montrées sur la figure cidessous, en utilisant l équation de Schrödinger et le potentiel décrit dans cette section. Densité du deuton dans le référentiel du laboratoire pour les projections M J =1 (à gauche) et M J =0 (à droite) de l état fondamental de moment angulaire total J=1 (d après 12
87 5. La superfluidité nucléaire L interaction entre deux nucléons leur permet de plus de s apparier. La superfluidité naît lorsqu une interaction suffisamment attractive, et de courte portée agit entre des fermions (mécanisme de Cooper). On observe alors la formation de paires relativement indépendantes de fermions (paires de Cooper). Ces paires se comportent comme des bosons puisqu elles ont un spin entier. Cet effet est analogue à la supraconductivité dans les métaux. Les noyaux sont superfluides en raison de l appariement des nucléons. L interaction d appariement, attractive et de courte portée est intense pour un état de moment orbital total L=0. Elle peut donc jouer dans deux canaux en fonction de l isospin et du spin totaux des 2 nucléons : (T=1, S=0) et (T=0, S=1), en raison du principe de Pauli. Le premier canal représente l appariement entre deux nucléons de même isospin (2 protons ou 2 neutrons). Dans ce cas, le principe de Pauli impose une projection sur l axe Oz du spin opposé pour les deux nucléons. En présence d un moment angulaire orbital, deux nucléons du même type auront donc une projection m de moment angulaire total j opposée. Le cas T=1 concerne l appariement nn, np et pp pour les valeurs propres respectives -1,0 et 1 de T Z, la 3 eme composante de l isospin T. Le canal T=0 ne peut concerner que les paires np. En vertu de l indépendance d isospin de l interaction forte, l interaction nucléon-nucléon dans le canal T=1 est semblable pour les configurations nn, np et pn. On en a donc une connaissance assez précise grâce à de nombreuses études expérimentales, qui concernent l appariement nn ou pp. Par contre l appariement dans le canal T=0 n existe que pour les paires np, et demeure encore mal connu à ce jour. Son effet est pourtant bel et bien concret, comme l atteste la simple existence du deuton ; l absence d états liés nn ou pp nous montre que l interaction (T=0,S=1) est plus attractive que dans le canal (T=1,S=0), et ce grâce à l appariement Paire de nucléons pour le canal T=1, S=0 (haut) et T=0, S=1 (bas). Les configurations correspondent aux valeurs de SZ (haut) et TZ (bas) possibles. Les flèches représentes les spins et les boules blanche et noire les proton et neutrons, respectivement (d après H. Flocard Ecole Joliot-Curie 2002). 13
88 6. Conclusion Il n y a donc pas de noyau stable A=5 et A=8, principalement à cause de la particule α. Cette particule est très liée car elle contient deux neutrons et deux protons qui peuvent «s apparier». Par ailleurs nous verrons au chapitre suivant que c est le noyau doublement magique le plus léger. Les noyaux A=5 ont donc un nucléon célibataire de plus, ce qui favorise la désintégration en particule α plus un nucléon. De même le noyau A=8 se désintègre facilement en 2 particules α. La particule alpha joue ainsi un rôle de puits de potentiel vers lequel les noyaux légers se désintègrent. Il suffit pour s en convaincre de comparer, sur la première figure de ce chapitre, le nombre de flèches qui pointent vers cette particule, avec le petit nombre qui en part. La particule α est indirectement responsable du fiasco de la nucléosynthèse primordiale, incapable de synthétiser les noyaux au-delà de A=8. Il faut attendre plusieurs millions d années, avec l apparition des étoiles pour remédier à ce petit contretemps : la température et la densité au cœur de celles-ci vont rendre à nouveau possible les réaction nucléaires, que le rayonnement thermique du Big Bang ne permet plus d atteindre depuis longtemps. Les questions essentielles Qu est ce que la brisure de la symétrie chirale? Quelle est la forme du potentiel d interaction entre deux nucléons? Quels sont les principaux termes au-delà du terme central? Quelles sont les propriétés de la symétrie d isospin entre protons et neutrons? AU-DELA Symétrie chirale et QCD : CURIE% pdf par J. Dobaczewski Théorie effective : par P. Lepage Superfluidité : Superconductiviy of Metals and Alloys de PG de Gennes 14
Atelier : L énergie nucléaire en Astrophysique
Atelier : L énergie nucléaire en Astrophysique Elisabeth Vangioni Institut d Astrophysique de Paris Fleurance, 8 Août 2005 Une calculatrice, une règle et du papier quadrillé sont nécessaires au bon fonctionnement
a. Fusion et énergie de liaison des noyaux b. La barrière Coulombienne c. Effet tunnel & pic de Gamov
V. Les réactions r thermonucléaires 1. Principes a. Fusion et énergie de liaison des noyaux b. La barrière Coulombienne c. Effet tunnel & pic de Gamov 2. Taux de réactions r thermonucléaires a. Les sections
Équivalence masse-énergie
CHPITRE 5 NOYUX, MSSE ET ÉNERGIE Équivalence masse-énergie. Équivalence masse-énergie Einstein a montré que la masse constitue une forme d énergie appelée énergie de masse. La relation entre la masse (en
Chapitre n 6 MASSE ET ÉNERGIE DES NOYAUX
Chapitre n 6 MASSE ET ÉNERGIE DES NOYAUX T ale S Introduction : Une réaction nucléaire est Une réaction nucléaire provoquée est L'unité de masse atomique est une unité permettant de manipuler aisément
Lycée Galilée Gennevilliers. chap. 6. JALLU Laurent. I. Introduction... 2 La source d énergie nucléaire... 2
Lycée Galilée Gennevilliers L'énergie nucléaire : fusion et fission chap. 6 JALLU Laurent I. Introduction... 2 La source d énergie nucléaire... 2 II. Équivalence masse-énergie... 3 Bilan de masse de la
La physique nucléaire et ses applications
La physique nucléaire et ses applications I. Rappels et compléments sur les noyaux. Sa constitution La représentation symbolique d'un noyau est, dans laquelle : o X est le symbole du noyau et par extension
TD 9 Problème à deux corps
PH1ME2-C Université Paris 7 - Denis Diderot 2012-2013 TD 9 Problème à deux corps 1. Systèmes de deux particules : centre de masse et particule relative. Application à l étude des étoiles doubles Une étoile
Chapitre 11: Réactions nucléaires, radioactivité et fission
1re B et C 11 Réactions nucléaires, radioactivité et fission 129 Chapitre 11: Réactions nucléaires, radioactivité et fission 1. Définitions a) Nucléides (= noyaux atomiques) Les nucléides renferment les
Lycée français La Pérouse TS. L énergie nucléaire CH P6. Exos BAC
SVOIR Lycée français La Pérouse TS CH P6 L énergie nucléaire Exos BC - Définir et calculer un défaut de masse et une énergie de liaison. - Définir et calculer l'énergie de liaison par nucléon. - Savoir
Chapitre 5 : Noyaux, masse et énergie
Chapitre 5 : Noyaux, masse et énergie Connaissances et savoir-faire exigibles : () () (3) () (5) (6) (7) (8) Définir et calculer un défaut de masse et une énergie de liaison. Définir et calculer l énergie
8/10/10. Les réactions nucléaires
Les réactions nucléaires En 1900, à Montréal, Rutherford observa un effet curieux, lors de mesures de l'intensité du rayonnement d'une source de thorium [...]. L'intensité n'était pas la même selon que
Chapitre 6. Réactions nucléaires. 6.1 Généralités. 6.1.1 Définitions. 6.1.2 Lois de conservation
Chapitre 6 Réactions nucléaires 6.1 Généralités 6.1.1 Définitions Un atome est constitué d électrons et d un noyau, lui-même constitué de nucléons (protons et neutrons). Le nombre de masse, noté, est le
PHYSIQUE QUANTIQUE ET STATISTIQUE PHYS-H-200
UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES Faculté des sciences appliquées Bachelier en sciences de l ingénieur, orientation ingénieur civil Deuxième année PHYSIQUE QUANTIQUE ET STATISTIQUE PHYS-H-200 Daniel Baye revu
A retenir : A Z m n. m noyau MASSE ET ÉNERGIE RÉACTIONS NUCLÉAIRES I) EQUIVALENCE MASSE-ÉNERGIE
CP7 MASSE ET ÉNERGIE RÉACTIONS NUCLÉAIRES I) EQUIVALENCE MASSE-ÉNERGIE 1 ) Relation d'équivalence entre la masse et l'énergie -énergie de liaison 2 ) Une unité d énergie mieux adaptée 3 ) application 4
Panorama de l astronomie
Panorama de l astronomie 7. Les étoiles : évolution et constitution des éléments chimiques Karl-Ludwig Klein, Observatoire de Paris Gaël Cessateur & Gilles Theureau, Lab Phys. & Chimie de l Environnement
Où est passée l antimatière?
Où est passée l antimatière? CNRS-IN2P3 et CEA-DSM-DAPNIA - T1 Lors du big-bang, à partir de l énergie disponible, il se crée autant de matière que d antimatière. Alors, où est passée l antimatière? Existe-t-il
Compétence 3-1 S EXPRIMER A L ECRIT Fiche professeur
Compétence 3-1 S EXPRIMER A L ECRIT Fiche professeur Nature de l activité : Réaliser 3 types de productions écrites (réécriture de notes, production d une synthèse de documents, production d une argumentation)
C4: Réactions nucléaires, radioactivité et fission
1re B et C C4 Réactions nucléaires, radioactivité et fission 30 C4: Réactions nucléaires, radioactivité et fission 1. Définitions a) Nucléides (= noyaux atomiques) Les nucléides renferment les nucléons:
Chap 2 : Noyaux, masse, énergie.
Physique. Partie 2 : Transformations nucléaires. Dans le chapitre précédent, nous avons étudié les réactions nucléaires spontanées (radioactivité). Dans ce nouveau chapitre, après avoir abordé le problème
Professeur Eva PEBAY-PEYROULA
3-1 : Physique Chapitre 8 : Le noyau et les réactions nucléaires Professeur Eva PEBAY-PEYROULA Année universitaire 2010/2011 Université Joseph Fourier de Grenoble - Tous droits réservés. Finalité du chapitre
Transformations nucléaires
Transformations nucléaires Stabilité et instabilité des noyaux : Le noyau d un atome associé à un élément est représenté par le symbole A : nombre de masse = nombre de nucléons (protons + neutrons) Z :
Fig. 1 Le détecteur de LHCb. En bas à gauche : schématiquement ; En bas à droite: «Event Display» développé au LAL.
LHCb est l'une des expériences installées sur le LHC. Elle recherche la physique au-delà du Modèle standard en étudiant les mésons Beaux et Charmés. L accent est mis entre autres sur l étude de la violation
Energie Nucléaire. Principes, Applications & Enjeux. 6 ème - 2014/2015
Energie Nucléaire Principes, Applications & Enjeux 6 ème - 2014/2015 Quelques constats Le belge consomme 3 fois plus d énergie que le terrien moyen; (0,56% de la consommation mondiale pour 0,17% de la
Energie nucléaire. Quelques éléments de physique
Energie nucléaire Quelques éléments de physique Comment produire 1 GW électrique Nucléaire (rendement 33%) Thermique (38%) Hydraulique (85%) Solaire (10%) Vent : 27t d uranium par an : 170 t de fuel par
SYSTEME DE PARTICULES. DYNAMIQUE DU SOLIDE (suite) Table des matières
Physique Générale SYSTEME DE PARTICULES DYNAMIQUE DU SOLIDE (suite) TRAN Minh Tâm Table des matières Applications de la loi de Newton pour la rotation 93 Le gyroscope........................ 93 L orbite
Contribution à l analyse des premières données de l expérience CMS au LHC.
Faculté des Sciences appliquées MA2 - Physique Contribution à l analyse des premières données de l expérience CMS au LHC. Promoteurs : Sparenberg Jean-Marc et Vanlaer Pascal Alaluf David Mémoire de fin
La vie des étoiles. La vie des étoiles. Mardi 7 août
La vie des étoiles La vie des étoiles Mardi 7 août A l échelle d une ou plusieurs vies humaines, les étoiles, que l on retrouve toujours à la même place dans le ciel, au fil des saisons ; nous paraissent
Chapitre 10 : Radioactivité et réactions nucléaires (chapitre 11 du livre)
Chapitre 10 : Radioactivité et réactions nucléaires (chapitre 11 du livre) 1. A la découverte de la radioactivité. Un noyau père radioactif est un noyau INSTABLE. Il se transforme en un noyau fils STABLE
PHY113 : Cours de Radioactivité 2009-2010
Cours de Radioactivité Le but de ce cours est de permettre aux étudiants qui seront amenés à utiliser des sources radioactives d acquérir les bases de la radioactivité. Aussi bien au niveau du vocabulaire
Transformations nucléaires
I Introduction Activité p286 du livre Transformations nucléaires II Les transformations nucléaires II.a Définition La désintégration radioactive d un noyau est une transformation nucléaire particulière
Un miroir brisé qui fait le bonheur des physiciens
La mesure du très subtil La violation de parité dans les interactions faibles Un miroir brisé qui fait le bonheur des physiciens La mesure de la violation de parité dans les interactions faibles, phénomène
DM 10 : La fusion nucléaire, l énergie de l avenir? CORRECTION
Physique Chapitre 4 Masse, énergie, et transformations nucléaires DM 10 : La fusion nucléaire, l énergie de l avenir? CORRECTION Date :. Le 28 juin 2005, le site de Cadarache (dans les bouches du Rhône)
FUSION PAR CONFINEMENT MAGNÉTIQUE
FUSION PAR CONFINEMENT MAGNÉTIQUE Séminaire de Xavier GARBET pour le FIP 06/01/2009 Anthony Perret Michel Woné «La production d'énergie par fusion thermonucléaire contrôlée est un des grands défis scientifiques
Stabilité et Réactivité Nucléaire
Chapitre 1 Stabilité et Réactivité Nucléaire Les expériences, maintes fois répétées, montraient chaque fois que les déflexions subies par les particules chargées en interaction avec les noyaux ne correspondaient
Introduction à la physique nucléaire et aux réacteurs nucléaires
Introduction à la physique nucléaire et aux réacteurs nucléaires Nassiba Tabti A.E.S.S. Physique (A.E.S.S. Physique) 5 mai 2010 1 / 47 Plan de l exposé 1 La Radioactivité Découverte de la radioactivité
Quelques liens entre. l'infiniment petit et l'infiniment grand
Quelques liens entre l'infiniment petit et l'infiniment grand Séminaire sur «les 2» au CNPE (Centre Nucléaire de Production d'électricité) de Golfech Sophie Kerhoas-Cavata - Irfu, CEA Saclay, 91191 Gif
LE COSMODETECTEUR : UN EXEMPLE DE CHAÎNE DE MESURE
LE COSMODETECTEUR : UN EXEMPLE DE CHAÎNE DE MESURE Enseignement : 1 ère STL Mesures et instrumentation Thème : Instrumentation : Instruments de mesure, chaîne de mesure numérique Notions et contenus :
Comprendre l Univers grâce aux messages de la lumière
Seconde / P4 Comprendre l Univers grâce aux messages de la lumière 1/ EXPLORATION DE L UNIVERS Dans notre environnement quotidien, les dimensions, les distances sont à l échelle humaine : quelques mètres,
La physique quantique couvre plus de 60 ordres de grandeur!
La physique quantique couvre plus de 60 ordres de grandeur! 10-35 Mètre Super cordes (constituants élémentaires hypothétiques de l univers) 10 +26 Mètre Carte des fluctuations du rayonnement thermique
LE VIDE ABSOLU EXISTE-T-IL?
Document professeur Niveau : Seconde LE VIDE ABSOLU EXISTE-T-IL? Compétences mises en œuvre : S approprier : extraire l information utile. Communiquer. Principe de l activité : La question posée à la classe
Sur une possible fusion nucléaire quasi-catalytique à basse température
Annales de la Fondation Louis de Broglie, Volume 37, 2012 187 Sur une possible fusion nucléaire quasi-catalytique à basse température Georges Lochak Fondation Louis de Broglie 23, rue Marsoulan 75012 Paris
THEME 2. LE SPORT CHAP 1. MESURER LA MATIERE: LA MOLE
THEME 2. LE SPORT CHAP 1. MESURER LA MATIERE: LA MOLE 1. RAPPEL: L ATOME CONSTITUANT DE LA MATIERE Toute la matière de l univers, toute substance, vivante ou inerte, est constituée à partir de particules
5 >L énergie nucléaire: fusion et fission
LA COLLECTION > 1 > L atome 2 > La radioactivité 3 > L homme et les rayonnements 4 > L énergie 6 > Le fonctionnement d un réacteur nucléaire 7 > Le cycle du combustible nucléaire 8 > La microélectronique
Les rayons cosmiques primaires chargés
Les rayons cosmiques primaires chargés Historique de leur découverte Spectre en énergie Composition: abondance Electrons/positons Muons Antiprotons Processus d accélération Expériences Ballons (BESS) Satellites
Interactions des rayonnements avec la matière
UE3-1 : Biophysique Chapitre 2 : Interactions des rayonnements avec la matière Professeur Jean-Philippe VUILLEZ Année universitaire 2011/2012 Université Joseph Fourier de Grenoble - Tous droits réservés.
FICHE 1 Fiche à destination des enseignants 1S 16 Y a-t-il quelqu un pour sauver le principe de conservation de l énergie?
FICHE 1 Fiche à destination des enseignants 1S 16 Y a-t-il quelqu un pour sauver le principe de conservation de l énergie? Type d'activité Activité avec démarche d investigation, étude documentaire (synthèse
U-31 CHIMIE-PHYSIQUE INDUSTRIELLES
Session 200 BREVET de TECHNICIEN SUPÉRIEUR CONTRÔLE INDUSTRIEL et RÉGULATION AUTOMATIQUE E-3 SCIENCES PHYSIQUES U-3 CHIMIE-PHYSIQUE INDUSTRIELLES Durée : 2 heures Coefficient : 2,5 Durée conseillée Chimie
P17- REACTIONS NUCLEAIRES
PC A DOMICILE - 779165576 P17- REACTIONS NUCLEAIRES TRAVAUX DIRIGES TERMINALE S 1 Questions de cours 1) Définir le phénomène de la radioactivité. 2) Quelles sont les différentes catégories de particules
A) Les réactions de fusion nucléaire dans les étoiles comme le Soleil.
INTRODUCTION : Un enfant qui naît aujourd hui verra s éteindre une part importante de nos ressources énergétiques naturelles. Aujourd hui 87% de notre énergie provient de ressources non renouvelables (Charbon,
A. Énergie nucléaire 1. Fission nucléaire 2. Fusion nucléaire 3. La centrale nucléaire
Énergie Table des A. Énergie 1. 2. 3. La centrale Énergie Table des Pour ce chapitre du cours il vous faut à peu près 90 minutes. A la fin de ce chapitre, vous pouvez : -distinguer entre fission et fusion.
Chapitre 02. La lumière des étoiles. Exercices :
Chapitre 02 La lumière des étoiles. I- Lumière monochromatique et lumière polychromatique. )- Expérience de Newton (642 727). 2)- Expérience avec la lumière émise par un Laser. 3)- Radiation et longueur
Qu est-ce qu un ordinateur quantique et à quoi pourrait-il servir?
exposé UE SCI, Valence Qu est-ce qu un ordinateur quantique et à quoi pourrait-il servir? Dominique Spehner Institut Fourier et Laboratoire de Physique et Modélisation des Milieux Condensés Université
nucléaire 11 > L astrophysique w Science des étoiles et du cosmos
LA COLLECTION w 1 w L atome 2 w La radioactivité 3 w L homme et les rayonnements 4 w L énergie 5 w L énergie nucléaire : fusion et fission 6 w Le fonctionnement d un réacteur nucléaire 7 w Le cycle du
Résonance Magnétique Nucléaire : RMN
21 Résonance Magnétique Nucléaire : RMN Salle de TP de Génie Analytique Ce document résume les principaux aspects de la RMN nécessaires à la réalisation des TP de Génie Analytique de 2ème année d IUT de
Chapitre 6 : les groupements d'étoiles et l'espace interstellaire
Chapitre 6 : les groupements d'étoiles et l'espace interstellaire - Notre Galaxie - Amas stellaires - Milieu interstellaire - Où sommes-nous? - Types de galaxies - Interactions entre galaxies Notre Galaxie
Chapitre 2 RÉACTIONS NUCLÉAIRES
Chapitre 2 RÉACTIONS NUCLÉAIRES 2.1 Généralités 2.1.1 Loi de décroissance exponentielle Rutherford et Soddy (1902). Un atome excité retourne à son état fondamental en émettant un photon. Dans le domaine
Fonctions de plusieurs variables
Module : Analyse 03 Chapitre 00 : Fonctions de plusieurs variables Généralités et Rappels des notions topologiques dans : Qu est- ce que?: Mathématiquement, n étant un entier non nul, on définit comme
Renouvellement à 50000MW étalé sur 20 ans (2020-2040) rythme de construction nucléaire: 2500MW/an
L uranium dans le monde 1 Demande et production d Uranium en Occident U naturel extrait / année 40.000 tonnes Consommation mondiale : 65.000 tonnes La différence est prise sur les stocks constitués dans
Étude et modélisation des étoiles
Étude et modélisation des étoiles Étoile Pistol Betelgeuse Sirius A & B Pourquoi s intéresser aux étoiles? Conditions physiques très exotiques! très différentes de celles rencontrées naturellement sur
w L atome w De l infiniment grand à l infiniment petit
w 1 w L atome AU CŒUR DE LA MATIÈRE : LES ATOMES PROPRIÉTÉS PHYSICO-CHIMIQUES DE LA MATIÈRE LE NOYAU ATOMIQUE, UN AUTRE MONDE, UNE AUTRE PHYSIQUE 2 w SOMMAIRE L atome AU CŒUR DE LA MATIÈRE : LES ATOMES
I. Introduction: L énergie consommée par les appareils de nos foyers est sous forme d énergie électrique, facilement transportable.
DE3: I. Introduction: L énergie consommée par les appareils de nos foyers est sous forme d énergie électrique, facilement transportable. Aujourd hui, nous obtenons cette énergie électrique en grande partie
TS1 TS2 02/02/2010 Enseignement obligatoire. DST N 4 - Durée 3h30 - Calculatrice autorisée
TS1 TS2 02/02/2010 Enseignement obligatoire DST N 4 - Durée 3h30 - Calculatrice autorisée EXERCICE I : PRINCIPE D UNE MINUTERIE (5,5 points) A. ÉTUDE THÉORIQUE D'UN DIPÔLE RC SOUMIS À UN ÉCHELON DE TENSION.
Application à l astrophysique ACTIVITE
Application à l astrophysique Seconde ACTIVITE I ) But : Le but de l activité est de donner quelques exemples d'utilisations pratiques de l analyse spectrale permettant de connaître un peu mieux les étoiles.
Historique. Les radiations nucléaires 1
Les radiations nucléaires Dans notre vie de tous les jours, nous sommes continuellement bombardés de radiations de toutes sortes. Certaines sont naturelles et d autres, artificielles. Les premières proviennent
Enseignement secondaire
Enseignement secondaire Classe de IIIe Chimie 3e classique F - Musique Nombre de leçons: 1.5 Nombre minimal de devoirs: 4 devoirs par an Langue véhiculaire: Français I. Objectifs généraux Le cours de chimie
I - Quelques propriétés des étoiles à neutrons
Formation Interuniversitaire de Physique Option de L3 Ecole Normale Supérieure de Paris Astrophysique Patrick Hennebelle François Levrier Sixième TD 14 avril 2015 Les étoiles dont la masse initiale est
À propos d ITER. 1- Principe de la fusion thermonucléaire
À propos d ITER Le projet ITER est un projet international destiné à montrer la faisabilité scientifique et technique de la fusion thermonucléaire contrôlée. Le 8 juin 005, les pays engagés dans le projet
ASTROPHYSIQUE. Aurélien Barrau et Gaëlle Boudoul sont chercheurs à l Institut des sciences nucléaires de Grenoble (CNRS/université Joseph-Fourier).
ASTROPHYSIQUE EN DEUX MOTS Des trous noirs aussi petits que le noyau d un atome, mais aussi lourds qu une montagne pourraient avoir été créés dans les premières phases de l Univers. Dans les années soixantedix,
C3. Produire de l électricité
C3. Produire de l électricité a. Electricité : définition et génération i. Définition La matière est constituée d. Au centre de l atome, se trouve un noyau constitué de charges positives (.) et neutres
Stage : "Développer les compétences de la 5ème à la Terminale"
Stage : "Développer les compétences de la 5ème à la Terminale" Session 2014-2015 Documents produits pendant le stage, les 06 et 07 novembre 2014 à FLERS Adapté par Christian AYMA et Vanessa YEQUEL d après
POLY-PREPAS Centre de Préparation aux Concours Paramédicaux. - Section Orthoptiste / stage i-prépa intensif -
POLY-PREPAS Centre de Préparation aux Concours Paramédicaux - Section Orthoptiste / stage i-prépa intensif - 1 Suite énoncé des exos du Chapitre 14 : Noyaux-masse-énergie I. Fission nucléaire induite (provoquée)
EXERCICES SUPPLÉMENTAIRES
Questionnaire EXERCICES SUPPLÉMENTAIRES SCP 4010-2 LE NUCLÉAIRE, DE L'ÉNERGIE DANS LA MATIÈRE /263 FORME C Version corrigée: Équipe sciences LeMoyne d'iberville, septembre 2006. QUESTION 1 (5 pts) 1. La
LE PHYSICIEN FRANCAIS SERGE HAROCHE RECOIT CONJOINTEMENT LE PRIX NOBEL DE PHYSIQUE 2012 AVEC LE PHYSICIEN AMERCAIN DAVID WINELAND
LE PHYSICIEN FRANCAIS SERGE HAROCHE RECOIT CONJOINTEMENT LE PRIX NOBEL DE PHYSIQUE 0 AVEC LE PHYSICIEN AMERCAIN DAVID WINELAND SERGE HAROCHE DAVID WINELAND Le physicien français Serge Haroche, professeur
ANALYSE SPECTRALE. monochromateur
ht ANALYSE SPECTRALE Une espèce chimique est susceptible d interagir avec un rayonnement électromagnétique. L étude de l intensité du rayonnement (absorbé ou réémis) en fonction des longueurs d ode s appelle
Photons, expériences de pensée et chat de Schrödinger: une promenade quantique
Photons, expériences de pensée et chat de Schrödinger: une promenade quantique J.M. Raimond Université Pierre et Marie Curie Institut Universitaire de France Laboratoire Kastler Brossel Département de
Plan du chapitre «Milieux diélectriques»
Plan du chapitre «Milieux diélectriques» 1. Sources microscopiques de la polarisation en régime statique 2. Etude macroscopique de la polarisation en régime statique 3. Susceptibilité diélectrique 4. Polarisation
SUIVI CINETIQUE PAR SPECTROPHOTOMETRIE (CORRECTION)
Terminale S CHIMIE TP n 2b (correction) 1 SUIVI CINETIQUE PAR SPECTROPHOTOMETRIE (CORRECTION) Objectifs : Déterminer l évolution de la vitesse de réaction par une méthode physique. Relier l absorbance
Chapitre 2 Le problème de l unicité des solutions
Université Joseph Fourier UE MAT 127 Mathématiques année 2011-2012 Chapitre 2 Le problème de l unicité des solutions Ce que nous verrons dans ce chapitre : un exemple d équation différentielle y = f(y)
Principe et fonctionnement des bombes atomiques
Principe et fonctionnement des bombes atomiques Ouvrage collectif Aurélien Croc Fabien Salicis Loïc Bleibel http ://www.groupe-apc.fr.fm/sciences/bombe_atomique/ Avril 2001 Table des matières Introduction
a. La masse de Jeans b. Le support des nuages moléculaires -Séquence Principale (PMS)
VI. L évolution stellaire (un aperçu) 1. Les polytropes 2. L initialisation de la formation stellaire a. La masse de Jeans b. Le support des nuages moléculaires 3. La contraction pré-s -Séquence Principale
Molécules et Liaison chimique
Molécules et liaison chimique Molécules et Liaison chimique La liaison dans La liaison dans Le point de vue classique: l approche l de deux atomes d hydrogd hydrogènes R -0,9-1 0 0,5 1 1,5,5 3 3,5 4 R
Chapitre I- Le champ électrostatique. I.1.1- Phénomènes électrostatiques : notion de charge électrique
Chapitre I- Le champ électrostatique I.- Notions générales I..- Phénomènes électrostatiques : notion de charge électrique Quiconque a déjà vécu l expérience désagréable d une «décharge électrique» lors
FORMATION ET FONCTIONNEMENT D'UNE ETOILE
Comment une étoile évolue-t-elle? Comment observe-t-on l'évolution des étoiles? Quelques chiffres (âges approximatifs) : Soleil : 5 milliards d'années Les Pléiades : environ 100 millions d'années FORMATION
Texte Agrégation limitée par diffusion interne
Page n 1. Texte Agrégation limitée par diffusion interne 1 Le phénomène observé Un fût de déchets radioactifs est enterré secrètement dans le Cantal. Au bout de quelques années, il devient poreux et laisse
PHYSIQUE Discipline fondamentale
Examen suisse de maturité Directives 2003-2006 DS.11 Physique DF PHYSIQUE Discipline fondamentale Par l'étude de la physique en discipline fondamentale, le candidat comprend des phénomènes naturels et
CHAPITRE 2 : Structure électronique des molécules
CHAPITRE 2 : Structure électronique des molécules I. La liaison covalente 1) Formation d une liaison covalente Les molécules sont des assemblages d atomes liés par des liaisons chimiques résultant d interactions
DYNAMIQUE DE FORMATION DES ÉTOILES
A 99 PHYS. II ÉCOLE NATIONALE DES PONTS ET CHAUSSÉES, ÉCOLES NATIONALES SUPÉRIEURES DE L'AÉRONAUTIQUE ET DE L'ESPACE, DE TECHNIQUES AVANCÉES, DES TÉLÉCOMMUNICATIONS, DES MINES DE PARIS, DES MINES DE SAINT-ÉTIENNE,
Travailler ensemble : Coopération, Collaboration, Coordination
Travailler ensemble : Coopération, Collaboration, Coordination Emmeric DUPONT Comment travailler dans un environnement de plus en plus irrationnel complexe et contraint? 20 ans de la SCM, Paris, 11-12
L équation ultime. pour la physique 35 ÉNIGMES. Existe-t-elle cette «théorie du Tout» qui expliquerait simplement l ensemble des phénomènes
EN DEUX MOTS Depuis près d un siècle, les physiciens cherchent une théorie capable d unifier la mécanique quantique et la relativité, et révéler ainsi la nature unique s quatre forces fondamentales. La
PROBLÈMES DE RELATIVITÉ RESTREINTE (L2-L3) Christian Carimalo
PROBLÈMES DE RELATIVITÉ RESTREINTE (L2-L3) Christian Carimalo I - La transformation de Lorentz Dans tout ce qui suit, R(O, x, y, z, t) et R (O, x, y, z, t ) sont deux référentiels galiléens dont les axes
Sujet proposé par Yves M. LEROY. Cet examen se compose d un exercice et de deux problèmes. Ces trois parties sont indépendantes.
Promotion X 004 COURS D ANALYSE DES STRUCTURES MÉCANIQUES PAR LA MÉTHODE DES ELEMENTS FINIS (MEC 568) contrôle non classant (7 mars 007, heures) Documents autorisés : polycopié ; documents et notes de
Sujets de mémoires Master Physique Institut de Physique Nucléaire (FYNU/CP3) Année Académique 2008-2009
Sujets de mémoires Master Physique Institut de Physique Nucléaire (FYNU/CP3) Année Académique 2008-2009 FYNU/CP3 expérimental : Physique des interactions fondamentales et des particules élémentaires Le
BAC BLANC SCIENCES PHYSIQUES. Durée : 3 heures 30
Terminales S1, S2, S3 2010 Vendredi 29 janvier BAC BLANC SCIENCES PHYSIQUES Durée : 3 heures 30 Toutes les réponses doivent être correctement rédigées et justifiées. Chaque exercice sera traité sur une
10 leçon 2. Leçon n 2 : Contact entre deux solides. Frottement de glissement. Exemples. (PC ou 1 er CU)
0 leçon 2 Leçon n 2 : Contact entre deu solides Frottement de glissement Eemples (PC ou er CU) Introduction Contact entre deu solides Liaisons de contact 2 Contact ponctuel 2 Frottement de glissement 2
NOYAU, MASSE ET ENERGIE
NOYAU, MASSE ET ENERGIE I - Composition et cohésion du noyau atomique Le noyau atomique est composé de nucléons (protons+neutrons). Le proton a une charge positive comparativement au neutron qui n'a pas
Objectifs du cours d aujourd hui. Informatique II : Cours d introduction à l informatique et à la programmation objet. Complexité d un problème (2)
Objectifs du cours d aujourd hui Informatique II : Cours d introduction à l informatique et à la programmation objet Complexité des problèmes Introduire la notion de complexité d un problème Présenter
La fusion nucléaire. Le confinement magnétique GYMNASE AUGUSTE PICCARD. Baillod Antoine 3M7 29/10/2012. Sous la direction de Laurent Locatelli
GYMNASE AUGUSTE PICCARD La fusion nucléaire Le confinement magnétique Tokamak JET (http://www.isgtw.org/feature/small-sun-earth) Baillod Antoine 3M7 29/10/2012 Sous la direction de Laurent Locatelli RÉSUMÉ
Physique Chimie. Utiliser les langages scientifiques à l écrit et à l oral pour interpréter les formules chimiques
C est Niveau la représentation 4 ème 2. Document du professeur 1/6 Physique Chimie LES ATOMES POUR COMPRENDRE LA TRANSFORMATION CHIMIQUE Programme Cette séance expérimentale illustre la partie de programme
Le second nuage : questions autour de la lumière
Le second nuage : questions autour de la lumière Quelle vitesse? infinie ou pas? cf débats autour de la réfraction (Newton : la lumière va + vite dans l eau) mesures astronomiques (Rœmer, Bradley) : grande
La Fusion Nucléaire (Tokamak) Nicolas Carrard Jonathan Carrier Guillomet 12 novembre 2009
La Fusion Nucléaire (Tokamak) Nicolas Carrard Jonathan Carrier Guillomet 12 novembre 2009 La matière L atome Les isotopes Le plasma Plan de l exposé Réactions nucléaires La fission La fusion Le Tokamak
