Déchets infos Actualités, enquêtes et reportages sur la gestion des déchets N 9 23 octobre 2012

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1 Dossier Papiers de bureau : à la recherche du gisement diffus Page 7 Déchets infos Actualités, enquêtes et reportages sur la gestion des déchets N 9 23 octobre Twitter Marseille/Fos : un coup de bluff à 387 M d Urbaser? Le constructeur de l usine de Fos-sur- Mer réclame 387 M pour des travaux supplémentaires et des surcoûts d exploitation. Il menace de fermer l usine s il n obtient pas gain de cause. La menace pourrait être bidon, la maison-mère espagnole ayant garanti le contrat. L affaire a été révélée le 17 octobre par notre confrère La Provence. Claude Saint-Joly, patron d Urbaser Environnement et d EveRé sa filiale chargée d exploiter l usine de traitement des déchets de Fos-sur-Mer, a écrit fin septembre dernier à tous les élus du conseil communautaire de Marseille Provence Métropole (MPM), propriétaire de l usine de Fos. Objectif : «alerter sur les conséquences graves qui pourraient découler de l absence de décisions nécessaires de la part de la CUMPM [la communauté urbaine MPM] dans le cadre de l exécution du contrat [de Fos-sur- Mer] au regard des difficultés extrêmes» rencontrées par EveRé. On savait depuis plusieurs mois qu Urbaser avait présenté à MPM une demande d avenant de 107,8 M pour des travaux supplémentaires qui auraient été demandés par MPM lors de la construction de l usine. Ce qui est nouveau, c est d abord que l entreprise a, cet été, sensiblement alourdi la facture. En juin dernier, elle a présenté au tribunal administratif de Marseille un nouveau «recours indemnitaire» (suite en page 2) Au sommaire Le Fonds chaleur renouvelable va être reconduit en à 20 incinérateurs pourraient bénéficier d aides à la valorisation de leur chaleur en > p. 3 Besançon : la redevance incitative sans peine, mais pas pour tous La pesée embarquée a été choisie pour ne pas changer un four d incinérateur. Ce cas n est pas reproductible partout. Le bénéfice économique et sanitaire de l opération est moins certain qu affiché. > p. 4 Saint-Maur, centre de sur-tri des papiers de bureau Reportage dans un centre du réseau Elise qui collecte et trie les papiers de bureau de l Est francilien. > p. 8 Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 1

2 Dans l actualité pour un montant de 42,7 M «correspondant pour partie aux frais financiers» liés aux travaux supplémentaires de la première demande. La note grimpe ainsi à 150,5 M, soit un peu plus de 50 % du montant du contrat initial. En outre, Urbaser a assorti son recours d une autre demande portant cette fois sur des «surcoûts d exploitation non imputables à la société EveRé» et qui s élèveraient à «11,85 M récurrents par an». Le contrat ayant une durée de 23 ans dont 20 ans d exploitation, cela fait un total de 237 M rien qu en surcoûts d exploitation. Si on y ajoute les 150,5 M précédents, on arrive à 387,5 M, qui seraient à payer en plus des 280 M du contrat initial. Supplications et menaces Outre le rappel de ces demandes, le courrier d Urbaser aux élus de MPM comporte ce qui en fait tout le sel quelques supplications et menaces. Qu on en juge. Selon Claude Saint-Joly, «la situation économique et financière» d EveRé est «mise en danger» par MPM. Le patron d Urbaser se plaint notamment que MPM n ait pas voulu payer la première demande d avenant de 107,8 M et ait préféré s en remettre à la justice pour établir les torts respectifs de chacun et fixer d éventuelles indemnités. Or selon Urbaser, «la position de MPM consistant à attendre les décisions judiciaires, qu elle contestera d ailleurs probablement, aggrave dangereusement la situation [d EveRé] mais entraîne aussi inévitablement des risques importants à terme pour la CUMPM». On en arrive donc aux menaces. Situation critique Claude Saint-Joly précise son propos : «[ ] Compte tenu de notre situation économique et financière particulièrement critique, il n est pas certain que nous soyons en mesure de pouvoir la supporter durablement, avec toutes les conséquences que cela peut poser [sic] en termes de sécurité, d environnement et d emploi pour les cent soixante salariés permanents travaillant actuellement» sur le site de Fos. Et pour ceux qui n auraient pas compris, il ajoute qu il est nécessaire de trouver rapidement un accord, sans attendre les décisions de justice. «Il en va bien sûr de l intérêt de la société EveRé qui doit pouvoir atteindre l équilibre économique du contrat de DSP, mais également de la CUMPM, qui ne peut être qu attentive à la continuité du service public.» En clair, si MPM ne se montre pas conciliante, EveRé pourrait déposer son bilan, licencier Urbaser très sûr de lui Dans son courrier, le constructeur espagnol ne se contente pas de menacer MPM de mettre la clé sous la porte : Il se montre aussi très sûr de lui quant à l issue des procédures judiciaires en cours : ses salariés et laisser MPM se débrouiller seule pour le traitement de ses ordures. Le plus surprenant de l affaire est qu il est fort probable que cette menace soit bidon. En effet, selon La Provence, MPM a obtenu il y a quelques années qu Urbaser SA, la maisonmère espagnole d Urbaser Environnement, garantisse le bon fonctionnement de l usine de Fos. Le contrat de DSP prévoirait également qu Urbaser Environnement, filiale d Urbaser SA et maison-mère d EveRé, soit garante de la bonne exécution du contrat clause courante dans ce type de dossier. Or on imagine mal l ensemble du groupe Urbaser, qui détient des dizaines de contrats en Europe, fermer boutique au motif qu il serait en difficulté à Fos. Confirmées Si ces informations sont confirmées, le chantage d Urbaser sur le thème «payez ou on arrête l usine» serait donc en fait un gros coup de bluff. Pour autant, ça ne le rendrait pas plus compréhensible puisque MPM est forcément au courant des garanties apportées au contrat, et par conséquent du caractère bidon de la menace. Il reste donc à savoir ce qui a bien pu conduire Claude Saint-Joly à faire un tel courrier, alors qu Urbaser a enregistré trois résiliations de contrat en quelques mois (voir Déchets Infos n 3, 6 et 7), dont deux pour faute en Guadeloupe et en Ardèche-Drôme. Urbaser n ayant pas répondu à nos questions (tout comme MPM), nous n en saurons pas plus pour l instant. Télécharger le fac-simile du courrier d Urbaser : dechets-infos.com/?p=724 Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 2

3 Dans l actualité Le Fonds chaleur renouvelable renouvelé Le Fonds chaleur renouvelable de l Ademe va être prolongé en L information était noyée dans les 24 pages de la «feuille de route pour une transition écologique» présentée par le gouvernement à l occasion de la Conférence environnementale. Elle nous a été confirmée par l Ademe. L enveloppe pour 2013 devrait être de 280 M, identique à celle des années précédentes. Créé en 2009 suite au Grenelle de l environnement, le Fonds chaleur a pour objet d aider à la production et à la consommation de chaleur d origine renouvelable. Il est abondé par la TGAP sur les déchets et fonctionne sous forme de subventions à l investissement, au mètre de tuyau de réseau de chaleur nouvellement posé. Le taux de subvention tourne généralement autour de 40 à 45 %, mais il dépend de l équilibre économique des opérations. Sur la période , 31 réseaux de chaleur reliés à un incinérateur ont été concernés par des aides du Fonds chaleur. Les opérations réalisées (extension de réseaux existants, et plus rarement création de nouveaux réseaux) ont permis la récupération de tonnes d équivalent pétrole (Tep) par an. Cette énergie était jusquelà perdue. Le contenu énergétique des déchets municipaux étant considéré comme renouvelable à 50 %, les opérations subventionnées ont permis d éviter les émissions d environ t d équivalent CO 2 par an. 15 à 20 opérations nouvelles sur des réseaux de chaleur reliés à un incinérateur devraient être aidées par le Fonds chaleur sur la période A terme, ce sera donc un tiers du parc français d incinérateurs qui aura vu l énergie qu il produit mieux valorisée. 23 & 24 OCTOBRE 2012, Paris Filières & RECYCLAGE 2012 le colloque des professionnels sur les produits hors d usage Textiles usagés Centres de tri ménagers Déchets d ameublement DDS, DASRI, bouteilles de gaz Innovation & recyclage des plastiques Économie circulaire A4 éditions e Assises nationales du réemploi, de la réutilisation et de la réparation PROGRAMME DÉTAILLÉ ADEME - Evelyne Perréon-Delamette Tél. : Fax : Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 3

4 Reportage Besançon : la redevance incitative sans peine, mais pas pour tous Le Grand Besançon a choisi la redevance incitative pour ne pas avoir à changer un four d incinérateur. Son cas, souvent présenté comme un exemple, n est pas reproductible partout. Le bénéfice économique et sanitaire de l opération est, à l analyse, moins certain qu affiché. Après des mois de préparation, le Grand Besançon applique depuis le 1 er septembre dernier la redevance d enlèvement des ordures ménagères (REOM) dite «incitative». Il devient ainsi la première collectivité de plus de habitants à s être lancée dans l aventure, et pour l instant la seule. Le tarif appliqué est basé à la fois sur : le volume des bacs, qui constitue la part «fixe» et doit représenter 50 % des recettes ; le nombre de levées des bacs, censé représenter 10 % des recettes ; le poids des déchets collectés, qui doit constituer les 40 % restant. La part dite «fixe» est donc relativement variable puisqu il est possible de choisir un volume de bac plus ou moins important. Selon le Grand Besançon, cette part couvre les coûts de collecte, de tri, de gestion des déchetteries et les bacs. Les deux parts variables, au poids et à la levée, sont, elles, censées couvrir les coûts de traitement. La décision de passer à la redevance incitative (RI) pour toute l agglomération a été prise en A l époque, le Grand Besançon s interrogeait sur le traitement de ses déchets résiduels. L agglomération possède un incinérateur d une capacité administrative de t/an et comptant deux fours : l un, récent, d environ t/an, et l autre, proche de la fin de vie, d environ t/an. La question était donc de savoir s il fallait ou non remplacer le four en fin de vie et, s il n était pas remplacé, de savoir que faire des déchets résiduels qui y sont Dans sa communication, le Grand Besançon a pris soin de parler de «budget maîtrisé» et pas de baisse générale des factures des usagers. incinérés. Les élus ont alors décidé de ne pas remplacer le four, ce choix étant jugé risqué sur le plan politique, notamment en raison de la mauvaise image véhiculée par l incinération (risque sanitaire, en particulier). La question du coût de remplacement du four (environ 30 M ) est aussi entrée en ligne de compte. Incertitudes Les élus ont également refusé de construire une usine de tri mécano-biologique (TMB) en raison des incertitudes existant, selon eux, sur les débouchés du compost qui en serait issu (risque de sévérisation des normes). Ils ont écarté la solution de la collecte sélective des biodéchets, jugée trop coûteuse. Et ils ont donc fait le choix de la redevance incitative, estimant que celleci permettrait, par un meilleur Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 4

5 Reportage tri et le développement de la prévention des déchets, de réduire de 30 % les tonnages de déchets résiduels. Géolocalisation En pratique, un marché a été passé, après appel d offres, avec Plastic Omnium, qui a fourni : les bacs et les puces RFID dont ils sont équipés, les systèmes de pesée embarquée des bennes à ordures ménagères ainsi que leur informatique embarquée (terminal de contrôle de l identification et des pesées, système de géolocalisation des bennes par GPS, terminal de «reportage» des incidents de collecte, systèmes de transmission des données par GPRS), l informatique permettant de gérer les fichiers des redevables, et enfin l enquête de conteneurisation (pour savoir quel volume de bacs attribuer à quel usager). Le dispositif a été opérationnel à partir du 1 er janvier 2012, mais sans facturation, les habitants étant simplement informés de ce qu ils auraient dû payer si le système avait été en fonction. La facturation est effective depuis le 1 er septembre dernier. «Nomadisme» La baisse des quantités de déchets résiduels collectés a commencé avant la mise en œuvre de la RI, avec moins 10 % sur la période Elle est probablement due à l effet conjugué : de la crise économique (toutes les collectivités constatent des baisses des tonnages depuis quelques années, avec ou sans RI) ; de la communication faite, à Besançon, sur la RI et la prévention de la production de déchets, avec en particulier le développement du compostage domestique. La baisse des tonnages s est accentuée début 2012 avec Un suivi étroit des collectes et des collecteurs Le système informatique déployé par Plastic Omnium à Besançon ne permet pas seulement la facturation au nombre de levées et au poids. Les habitants peuvent aussi savoir, via un site Internet, si leur bac a été collecté et pour quel poids de déchets, et évaluer ainsi le montant de leur future facture. Le dispositif permet également au Grand Besançon de suivre les bennes en temps réel, de savoir quels bacs ont été collectés ou non, les quantités collectées pour chaque bac, le tonnage total collecté, les incidents de collecte (bac cassé, bac refusé, bac déplacé ), les portions de collecte pendant lesquelles les ripeurs étaient ou non sur les marchepieds, etc. Indépendamment de la redevance incitative, de plus en plus de collectivités adoptent des systèmes similaires pour mieux suivre, gérer et contrôler leur collecte, qu elle soit effectuée en régie ou par un prestataire privé. Ce qui n est pas toujours du goût des personnels, qui y voient parfois un moyen de «flicage» moins 6 % sur la période janvier-juin Le maire de Besançon reconnaît qu il existe un «nomadisme» des déchets, notamment des villes vers la périphérie. Selon lui, cela avait commencé avant que ne soit mise en œuvre la pesée des bacs. Des mesures répressives sont prévues. Il pronostique que cela durera «pendant 6 mois ou 1 an, mais après, ça sera fini.» «Ça se passe plutôt bien. Je pensais que ça serait plus difficile que cela», ajoute-t-il.» Michel Kempinski, président de Plastic Omnium, qui a équipé pour la redevance incitative des collectivités totalisant 1,2 million d habitants, reconnaît aussi que la RI «n est pas facile à mettre en place». Mais, ajoute un cadre de Plastic Omnium, «il faut bien trouver un moyen d éduquer les gens». Comme si l argent était le seul moyen d y parvenir Les élus précisent que le passage à la RI a été facilité par le fait que Besançon et les communes environnantes appliquaient déjà, depuis 2006, la redevance en fonction du volume du bac. Ce qui veut dire que les fichiers des redevables étaient déjà opérationnels. Sans cela, l opération aurait été plus complexe. Chiffres à relativiser Sur le plan économique, le Grand Besançon a évalué que le changement du four de l incinérateur lui aurait coûté environ 30 M, soit une dépense de 6 par habitant et par an pendant 30 ans. Tandis que la mise en place de la RI a coûté, selon les chiffres communiqués, 4 / habitant/an en 2010 et 2011 et qu elle devrait coûter en fonctionnement (gestion du fichier, des incidents, de la facturation ) 1,4 /habitant/an à Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 5

6 Reportage partir de Autrement dit, les habitants ont fait une bonne opération grâce au choix des élus. Une analyse des chiffres amène cependant à relativiser, voire à contester cette affirmation. En premier lieu, un four de t/an la capacité de celui que Besançon aurait dû remplacer est très loin de l optimum technico-économique, situé au minimum à t/an (pour un four du type Cyclergie) voire plutôt à t/an. Ainsi, le coût de l incinérateur est, dans le cas présent, surévalué en raison des caractéristiques de l installation. La comparaison que fait le Grand Besançon entre le coût du remplacement d un four et celui de la RI n est donc pas généralisable. Forte subvention Par ailleurs, selon les chiffres communiqués par le Grand Besançon, la mise en place de la RI (équipement des bennes, acquisition des bacs pucés, enquête, etc.) a coûté en investissement près de 5 M, dont 2,6 M de subventions de l Ademe, soit un coût net d un peu plus de 13 par habitant, et à peu près autant de subventions. Un connaisseur du dossier confie qu un tel taux de subvention, lié au fait que le Grand Besançon est une un pionnier, n est plus de mise aujourd hui. Pour ce qui est du fonctionnement, Plastic Omnium indique un coût de 300 à 500 k par an pour une collectivité de habitants, pour une option dite «full service» (gestion du fichier, établissement des factures, remplacement des bacs ), hors affranchissement des factures. Pour une collectivité de la taille du Grand Besançon ( habitants), cela ferait 540 à 900 k, soit 3 à 5 /habitant/an, sensiblement plus que le chiffre indiqué par les élus (1,4 /habitant/an). Ecart proche de zéro Le Grand Besançon bénéficie d un coût moindre parce ses communes adhérentes appliquaient déjà la redevance avant qu elle ne devienne incitative, et parce qu une partie des prestations (gestion des bacs, établissement des factures ) est assurée par son personnel. Ce qui n est pas pris en compte dans les chiffres communiqués à la presse Si Besançon était partie de zéro et avait dû tout mettre en place, l écart de coût entre la RI et le remplacement du four aurait probablement été moins important qu affiché, voire proche de zéro. Si l on veut être complet, il Trier plus pour payer autant Le maire de Besançon le reconnaît : contrairement à ce qu affirment de nombreux zélateurs de la redevance incitative (et un certain nombre de médias ), la mise en place du nouveau système de facturation avec pesée des bacs n a pas abouti, pour les habitants, à une baisse globale de la facture. «Les gens nous disent : On trie mais on ne paye pas moins», rapporte-t-il. Prudemment, la communication du Grand Besançon ne met pas en avant la baisse du montant des factures mais parle plutôt de «budget maîtrisé». faut ajouter que l incinérateur de Besançon étant relié à un réseau de chauffage urbain, le choix de ne pas remplacer un des fours oblige à trouver d autres sources de chaleur. Le coût de cette chaleur n est pas intégré à la comparaison. Enfin, il faut noter que le réseau de chaleur est maintenant partiellement alimenté par une chaufferie au bois. Or ce type d installations est soumis à une réglementation sur les émissions qui est beaucoup moins stricte que celle des incinérateurs. Elles peuvent donc émettre divers polluants (HAP, poussières, dioxines ) en quantités sensiblement plus importantes. Si bien que l argument politique mis en avant pour justifier le non-remplacement du four (ne pas prendre de risque pour la santé des habitants) pourrait, dans le fond, n être qu un leurre Pédagogie Reste l aspect sensibilisation au tri et à la prévention des déchets. La RI, en envoyant aux usagers un «signal prix», permet d atteindre dans ce domaine des résultats intéressants probablement plus en matière de tri que de prévention, cette dernière étant surtout dépendante du pouvoir d achat des ménages et de leur consommation. Mais à l instar de l OFEFP (équivalent suisse de l Ademe) dans une étude sur la taxe au sac (une forme de redevance incitative), on peut se demander si on ne serait pas arrivé aux mêmes résultats en consacrant les mêmes moyens à la communication et à la pédagogie donc en faisant appel à l intelligence des citoyens plutôt qu aux équipements et systèmes nécessaires au «signal prix» Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 6

7 Dossier Papiers de bureau : à la recherche du gisement diffus La collecte des «petits» volumes de papiers de bureau issus essentiellement des PME se structure. Recy Go (La Poste) élargit son service à tout le territoire. Et Elise s allie à Veolia avec pour objectif de multiplier sa collecte par 5. La collecte des papiers de bureau était jusqu à présent partagée en deux segments relativement disjoints : les gros volumes, issus des grosses entreprises et collectés par de gros opérateurs (Veolia, Sita, Paprec, Coved ), et les «petits» volumes, issus des PME et collectés via des structures de taille modeste, relevant souvent de l économie sociale et solidaire (ESS). Ce dernier segment avait commencé à se structurer en 2008 avec la création du Réseau Alliance Papier, qui regroupe des entités comme la Feuille d Erable, Nouvelle Attitude, les Ateliers du Bocage, Récup Aire, Green Bureau, etc. Coup sur coup, deux annonces récentes témoignent d une accentuation de cette structuration. A la mi-septembre, Elise, fondée en 1997 à Lille et qui compte aujourd hui une dizaine de sites en France totalisant 140 emplois, a signé un partenariat exclusif avec Veolia Propreté. Elise s engage à vendre à Veolia Propreté France Recycling (la filiale de négoce des matériaux recyclés de Veolia) les papiers qu elle collecte et qu elle trie. En retour, Veolia Propreté met à disposition d Elise une partie de ses infrastructures (locaux, équipements ) et oriente vers Elise les clients ayant un volume limité de papiers et qui jusqu à présent ne correspondaient pas à sa cible. Ainsi, l opérateur élargit son offre aux PME, tandis qu Elise trouve un appui pour son développement. Le partenariat est conclu pour 5 ans. Il ambitionne de permettre à Elise la collecte supplémentaire de t/an, soit quatre fois plus que ce qu elle collecte actuellement (environ t/an pour 2012). Logistique retour La Poste a annoncé pour sa part début octobre qu elle généralisait à tout le territoire son offre baptisée Recy Go. Le principe est simple, basé sur la logistique retour (ou «reverse logistic») : les postiers qui apportent le courrier repartent avec les papiers à recycler, rassemblés dans les mêmes caisses en plastique que celles du courrier. Chaque caisse contient jusqu à 10 kg (suite en page 9) A chaque offre ses contenants de collecte. Ci-dessus, ceux d Elise. A droite, l «Ecobelle» de Recy Go. Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 7

8 Dossier Saint-Maur, centre logistique et de sur-tri Une quinzaine de salariés, majoritairement handicapés, collectent et trient les papiers de bureau de l Est de l Ile-de-France. Le centre Elise de Saint-Maur (Val-de-Marne), qui a ouvert en avril 2012, est un des deux sites d Elise en région parisienne, avec celui d Argenteuil (1). C est là que sont basés les trois camionnettes et les deux camions dotés de hayons qui collectent dans l Est de l Ile-de-France. Les chauffeurs et aides-collecteurs embauchent à partir de 5 heures du matin pour éviter les bouchons. Les véhicules sont équipés d un système de géolocalisation qui permet, si besoin, d adapter les tournées en cours de route. La collecte s effectue généralement au moyen de bacs roulants du même type que ceux destinés aux déchets municipaux, de 120 à 770 litres, dans lesquels les personnes chargées du ménage vident les boîtes de pré-collecte installées dans les bureaux. Le poids d un bac plein varie Le centre de Saint-Maur est équipé d une fosse de réception et de deux convoyeurs. bien sûr en fonction de son volume et de son taux de remplissage, mais aussi de ce dont il est rempli. Ainsi, à volume égal, les cartons ondulés sont les plus légers et les brochures les plus lourdes. «En moyenne, les bacs pleins font une centaine de kilos», explique Cyrille Karas, directeur d exploitation du site. «Mais ça peut aller de 30 kg jusqu à 400 kg dans certains cas. A partir d un certain poids, ça devient difficile pour nos collecteurs. Nous communiquons donc en direction des clients pour qu ils nous préviennent en cas d apports importants.» Réseau extranet Dans certaines entreprises, et en particulier dans les centres-villes, il n est pas toujours possible de déposer des bacs dédiés aux papiers, faute de place. La collecte s effectue alors dans de grands sacs poubelle. De retour à Saint- Maur, les bacs et les sacs sont pesés. Les résultats des pesées sont enregistrés dans le système informatique de gestion des flux, ce qui permet d envoyer périodiquement aux clients un rapport sur les tonnages collectés chez eux. A terme, ces données seront accessibles par un réseau extranet. Après pesée, les bacs sont basculés dans une fosse alimentant un convoyeur. Le tri s effectue à la main. Les trieurs enlèvent d abord les indésirables (gobelets, papiers souillés, plastiques ). «Le taux d indésirables est généralement de 1 à 2 %. Le maximum contractuel est de 3 %», précise Cyrille Karas. Matière qui manque Puis les papiers sont séparés en quatre sortes : blanc (papier dit «ramette»), couleur (papiers colorés dans la masse), cartonné (chemises, dossiers ) et journaux, revues et magazines. Les cartons bruns (ondulés) sont également extraits et placés dans un caisson compacteur pour limiter leur volume. Après tri, les papiers sont déposés dans des bennes que Veolia vient relever environ une fois par semaine. Ils seront mis en balle par l opérateur avant d être commercialisés, majoritairement en France et en Europe. En effet, pour la production de certaines sortes à partir de papiers recyclés, les papetiers français manquent de capacité. Pour les papiers dits bureautiques, en revanche, les capacités sont là mais c est plutôt la matière (les papiers collectés) qui manque. 1. En Ile-de-France, la structure juridique qui met en œuvre l offre Elise est dénommée Cedre. Mais c est bien le même réseau, avec le même nom commercial. Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 8

9 Dossier La collecte des gisements diffus, au-delà des papiers? (suite de la page 7) Elise profite de sa collecte des papiers pour collecter d autres déchets diffus. La Poste y réfléchit également pour son offre Recy Go. En développant son activité de collecte des papiers de bureau, Elise s est vite aperçue qu il existait, dans les PME, une demande pour la collecte d autres gisements diffus : les déchets d équipements électriques et électroniques (DEEE), les lampes, les piles et accumulateurs, les cartouches d imprimantes ou de photocopieurs, voire les emballages de boisson (canettes en acier ou aluminium et bouteilles en plastique). Elle a donc commencé à proposer un service de collecte de ces déchets, complémentaire de celui des papiers. Les déchets ainsi récupérés sont envoyés dans les filières ad hoc. Les éco-organismes concernés (Récylum pour les lampes, Screlec pour les piles et accumulateurs) y trouvent leur compte puisque cela leur permet d améliorer leur taux de collecte. Et en termes économiques et de logistique, c est pertinent puisque ce sont les mêmes camions qui ramassent tout, optimisant les transports. Avec son offre Recy Go, La Poste entend quant à elle pour l instant s en tenir à la seule collecte des papiers. de papiers. Intérêt : pas de tournée en plus, donc pratiquement aucun coût pour ce qui est de la collecte ellemême (il y a des coûts liés à la communication, la pré-collecte, la gestion des flux ). Après collecte, les papiers sont rassemblés jusqu aux plates-formes industrielles du courrier («PIC» en jargon postier), sortes de supercentres de tri régionaux, où ils sont pris en charge pour être sur-triés. Recy Go et Elise s adressent toutes les deux à des entités (PME, administrations ) de 10 employés ou plus. Elles visent donc le gisement diffus qu on pourrait qualifier d «intermédiaire», entre les papiers dits «assimilés» (ceux des entités de moins Mais elle n exclut pas d étendre son offre à d autres déchets. «A trois conditions, explique Sophie-Noëlle Némo, pilote de Recy Go à La Poste. Qu il y ait un besoin, que les postiers soient d accord et que ce soit rentable.» Pour La Poste et les postiers, il pourrait s agir, à plus ou moins long terme, d une question de maintien des emplois, voire de survie. Car avec le développement d Internet et de la correspondance numérique, le volume de courrier distribué baisse de 5 % par an. En développant de nouveaux services basés sur la logistique du porte-à-porte qu elle maîtrise depuis des décennies, La Poste pourrait se donner une nouvelle légitimité. de 10 salariés), généralement collectés par les collectivités locales dans le cadre du service public, et ceux des grosses structures (plus de 200 employés), qui peuvent déposer des bennes chez elles. (1) Les prix des deux offres sont assez proches, si l on en croit les chiffres qui nous ont été communiqués : autour Elise dispose de ses propres véhicules de collecte (ci-dessus). Recy Go utilise la logistique retour de La Poste (à droite). Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 9

10 Dossier Les papiers «assimilés» dans le viseur d EcoFolio Selon EcoFolio, les deux tiers du gisement de papiers de bureau sont collectés par les collectivités locales, dans le cadre du service public. Il s agit pour partie de papiers issus des ménages (papier des imprimantes domestiques, par exemple), mais aussi surtout? de papiers des TPE, des professions libérales ou des salariés à domicile, assimilés à des déchets ménagers. Pour eux, des offres telles que celles d Elise ou de Recy Go sont inadaptées. EcoFolio, dont l agrément porte aussi sur les papiers assimilés, envisage de développer une communication spécifique pour cette cible. On peut toutefois se demander si les collectivités locales accepteront de relayer le message, alors que les soutiens qu elles perçoivent d EcoFolio pour la collecte sélective et le tri des papiers couvrent moins de 20 % des coûts Actualités, enquêtes et reportages sur la gestion des déchets Parution quinzomadaire (23 numéros par an) Diffusion par courriel 13, avenue du Dr Antoine Lacroix Le Kremlin-Bicêtre Directeur de la publication et rédacteur en chef : Olivier Guichardaz Olivier Guichardaz est membre du réseau Ad Missions (société de portage salarial, Siret n ). de 800 /an tout compris, pour une structure de 20 à 30 employés, par exemple. Pour Elise, ils peuvent varier en fonction de la zone géographique. Ils incluent la collecte ellemême et les prestations qui l accompagnent : distribution des contenants adaptés, communication en direction des usagers et le cas échéant de l entreprise chargée du ménage dans les locaux, sur-tri. Recy Go profite de la logistique retour de La Poste, ce qui abaisse ses coûts. Elise, pour sa part, emploie au moins 80 % de travailleurs handicapés (en particulier des sourdsmuets et des malentendants), ce qui en fait une entreprise dite «adaptée» et permet à ses clients de bénéficier d une réduction sur la contribution qu ils doivent verser à l Agefiph si eux-mêmes n emploient pas 6 % d handicapés. Sur le plan marketing, les deux offres jouent chacune sur l aspect responsabilité sociale des entreprises (RSE), en mettant en avant le développement de l emploi pour des handicapés (Elise) ou pour des personnes en insertion (Recy Go et dans une moindre mesure Elise). Recy Go s appuie en particulier sur Nouvelle Attitude, dont La Poste détient maintenant 70 % du capital. Mais elle pourrait aussi, à terme, recourir à d autres structures du Réseau Alliance Papier. Il restera à voir si ces offres et les autres permettront d augmenter de manière significative le taux de recyclage des papiers de bureau. En février dernier, le ministère de l Ecologie a signé avec les différentes parties prenantes (collecteurs, papetiers, Association des maires de France, entreprises de propreté ) une convention fixant un objectif de collecte de t/an supplémentaires d ici 2015, pour faire passer le taux de collecte de 45 à 67 %. La collecte du gisement des PME devrait permettre d y concourir. 1. Précisons qu Elise est également présente sur le marché des grandes entreprises (banques, sièges sociaux, etc.). Par ailleurs, son partenariat avec Veolia porte sur toute la France sauf l Ile-de-France. La reproduction de tout ou partie du contenu de Déchets Infos est rigoureusement interdite, sauf accord exprès de l éditeur. La liberté de la presse ne s use que si l on ne s en sert pas. Elle peut aussi, parfois, pâtir d un manque de ressource. Si les articles publiés dans Déchets Infos vous semblent pertinents, le meilleur moyen de le faire savoir est de vous abonner. C est aussi le meilleur moyen de continuer à nous lire. Si vous effectuez régulièrement des copies de numéros ou d articles de Déchets Infos (par exemple pour une revue de presse), merci d en informer le Centre français d exploitation du droit de la copie (CFC ; Abonnement (TVA : 19,6 %) : 1an, 23 numéros : 195 HT (233,22 TTC), 1 an, tarif réduit (ONG, chômeurs ; sur justificatif) : 145 HT (173,42 TTC) 3 mois, 6 numéros, non renouvelable : 45 HT (53,82 TTC). Abonnements groupés : le premier à plein tarif, les suivants à demi-tarif. Vente au numéro : 15 HT (17,94 TTC) Pour s abonner : Déchets Infos Tous droits réservés ISSN : en cours Dépôt légal à parution Déchets Infos n 9 23 octobre 2012 page 10

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