Le secteur des technologies de l information et de la communication

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1 LES ÉTUDES DE L EMPLOI CADRE N Février 2014 Partenariat de recherche entre l Apec et Roland Lardinois (Centre de Sciences humaines-cnrs UMIFRE 20, Delhi-Inde), avec la collaboration de P. Vignesh Illavarasam (IIT-Delhi). Le secteur des technologies de l information et de la communication en Inde Sociographie du monde de l informatique : formation, emploi

2 LES ÉTUDES DE L EMPLOI CADRE DE L APEC Observatoire du marché de l emploi cadre, l Apec analyse et anticipe les évolutions dans un programme annuel d études et de veille : grandes enquêtes annuelles (recrutements, salaires, métiers et mobilité professionnelle des cadres, insertion professionnelle des jeunes diplômés ) et études spécifiques sur des thématiques clés auprès des jeunes de l enseignement supérieur, des cadres et des entreprises. Le département Études et Recherche de l Apec et sa quarantaine de collaborateurs animent cet observatoire. Toutes les études de l Apec sont disponibles gratuitement sur le site > rubrique Marché de l emploi Apec, 2013 Cet ouvrage a été créé à l initiative de l Apec, Association Pour l Emploi des Cadres, régie par la loi du 1 er juillet 1901, et publié sous sa direction et en son nom. Il s agit d une œuvre collective, l Apec en a la qualité d auteur. L Apec a été créée en 1966 et est administrée par les partenaires sociaux (MEDEF, CGPME, UPA, CFDT Cadres, CFE-CGC, FO-Cadres, UGICA-CFTC, UGICT-CGT). Toute reproduction totale ou partielle par quelque procédé que ce soit, sans l autorisation expresse et conjointe de l Apec, est strictement interdite et constituerait une contrefaçon (article L122-4 et L335-2 du code de la Propriété intellectuelle).

3 SOMMAIRE 03 Présentation générale 06 Introduction 1 PETITE HISTOIRE DES TIC 12 Un développement en trois phases 15 Le rôle de l État 17 Les associations professionnelles 19 Les entrepreneurs transnationaux 2 ÉCONOMIE DES TIC 23 L essor de l économie des services 24 Définition du secteur des TIC et sources des données 26 La place des TIC dans l économie des services 3 LES ÉCOLES D INGÉNIEURS ET L OFFRE DISCIPLINAIRE 30 Un enseignement de masse aux mains du secteur privé 31 Géographie de l offre d écoles 32 Géographie de l offre de disciplines 34 L ouverture à l international 4 UN INGÉNIEUR, DES INGÉNIEURS 38 Les voies d accès aux écoles d ingénieurs 40 Les diplômes et les grades 41 Le nombre annuel d ingénieurs diplômés 43 La qualité de l enseignement professionnel 44 Les ingénieurs et les études de management 5 LES SOCIÉTÉS DE SERVICE EN INGÉNIERIE INFORMATIQUE 46 Trois sources de données : Prowess, Dataquest, Nasscom 50 L espace des sociétés de services informatiques 52 Essai de typologie 62 La faillite frauduleuse de la quatrième SSII de l Inde : Satyam 63 Le marché parascolaire des TIC. Le succès du National Institute of Information Technology 65 Les SSII françaises en Inde APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 1

4 SOMMAIRE 6 LE RECRUTEMENT DES NOUVEAUX DIPLÔMÉS 78 Tata Consultancy Services (TCS) et Infosys 81 Lason India Limited (Chennai) 81 SRA Engineering Solutions (Chennai) 82 Une startup (Delhi) 83 Réduire le fossé formation emploi : le campus Infosys à Mysore 7 LES EMPLOYÉS DU SECTEUR INFORMATIQUE. PORTRAIT DE GROUPE 88 Présentation de l enquête 90 Qu appelle-t-on un informaticien? 92 Portrait de groupe 96 Le secteur des TIC est-il un milieu professionnel fermé? 98 Essai de typologie 103 La question des diplômes 109 Les informaticiens comme nouvelle fraction des classes moyennes urbaines 8 RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT. LE POINT FAIBLE DES TIC 118 Structure des centres de R&D 120 Investissements étrangers des entreprises indiennes et potentiels de recherches 123 R&D et processus d innovation 9 CONCLUSION 135 Glossaire 139 Bibliographie 143 Abstract 2 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

5 PRÉSENTATION GÉNÉRALE LES PARTENARIATS DE RECHERCHE DE L APEC Depuis 2007, le Département études et recherche de l Apec engage chaque année un appel à des projets de recherche en partenariat auprès des chercheurs de la sphère publique. Cette démarche vise à renforcer des partenariats sur des thématiques intéressant l Apec, les partenaires sociaux et les clients de l Apec. Chaque recherche porte sur des sujets différents et l apport de l Apec varie selon les projets : co-construction de projet de recherche, apport financier pour optimiser des travaux en cours, appui technique pour des enquêtes sur Internet L objectif est de construire de véritables partenariats dans des logiques de complémentarité d expertises : les chercheurs apportent leurs expertises pointues et spécialisées pour approfondir les sujets et étudier des méthodologies spécifiques, le Département études et recherche de l Apec apporte, lui, une connaissance approfondie de l emploi cadre développée depuis plus de quarante ans. SOCIOGRAPHIE DU MONDE DE L INFORMATIQUE EN INDE La recherche dirigée par Roland Lardinois, sociologue au Centre de Sciences Humaines de Delhi (CNRS) est une sociographie, soit l étude descriptive de réalités et de faits sociaux dans un contexte particulier. Le contexte initial Lorsqu en 2009 l Apec a décidé d accompagner cette recherche, les «informaticiens indiens» faisaient couler beaucoup d encre en France depuis déjà quelque temps. Pour résumer, ils incarnaient alors à eux seuls le processus de délocalisation des emplois qualifiés. Ce processus était généralement attribué à une mondialisation qui ne pouvait que défavoriser des pays anciennement développés, que ce soit en termes d échanges commerciaux ou en ce qui concerne les marchés du travail. Peu de temps auparavant, un partenariat avec trois chercheurs du LISE (Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique du CNAM-Paris) avait permis d éclairer les déterminants et les logiques de la nouvelle division internationale du travail à l œuvre dans le secteur des services informatiques et de mieux en connaître les acteurs, les principes et les effets sur l organisation du travail en France 1. Le projet dirigé par Roland Lardinois est apparu d emblée dans toute son originalité et ses apports potentiels. Installé depuis de nombreuses années en Inde, et fin observateur des évolutions de sa société, il était particulièrement bien placé pour y investiguer les sources d information et le terrain des entreprises, ainsi que pour décrire et expliquer les logiques qui y sous-tendent l émergence et l installation à la fois du secteur et de ses spécialistes, catégorie nouvelle à la fois sur le plan professionnel et sur le plan social. Il semblait en effet important de dépasser les fantasmes et les caricatures au sujet de ces informaticiens indiens. Les enseignements de la recherche Une étude qui éclaire sur une société et une économie où les transformations sont profondes Le travail d investigation réalisé a utilisé toutes les méthodes classiques des études et des recherches : recherches et veilles documentaires, entretiens qualitatifs, enquête quantitative. Ceci a pour premier effet de faire de l Inde étudiée un monde plus proche, mais néanmoins spécifique, tant par rapport aux pays développés que par rapport aux autres pays émergents. Loin des fantasmes et des grandiloquences, et avec pourtant en permanence la toile de fonds de réalités démultipliées, toutes les données accumulées proposent une nouvelle lecture de la réalité indienne. Elles donnent à voir les conditions d émergence d une classe moyenne éduquée et urbaine dans un pays où la grande majorité des emplois relèvent du secteur primaire (agriculture) et dont la population vit massivement en milieu rural. Elles montrent aussi l impact des choix politiques, publics et privés, privilégiant le développement du secteur des services IT dans une 1. I. Berrebi-Hoffmann, M. Lallement et O. Piriou (Lise-CNRS-Cnam), «La division internationale du travail dans les services informatiques». Apec, coll. Apec, APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 3

6 PRÉSENTATION GÉNÉRALE 2. L économie informelle ou «grise», «souterraine», «noire» est opposée à l économie «officielle». Cette économie et les emplois liés existent partout dans le monde, mais dans des proportions extrêmes. En 2009, un rapport de l Ocde estimait que l emploi informel (c est-à-dire mal rémunéré et sans protection sociale) représentait 60 % de l emploi total dans le monde et prévoyait qu il allait augmenter. Il est la forme d emploi dominante en Inde, à l instar des autres pays en développement, où sa proportion varie de 54 % (Amérique du Sud) à plus de 80 % en Afrique sub-saharienne et en Asie. économie très dépendante, d une part des infrastructures, et d autre part de la domination toujours plus importante de l économie et des emplois informels. 2 Le résultat doit modifier sensiblement le regard le plus souvent porté en France sur les conditions d émergence et les caractéristiques des informaticiens indiens. Ce regard est d ailleurs très différent de celui des pays anglo-saxons, et tout particulièrement des États-Unis, la principale destination de l émigration de la maind œuvre qualifiée indienne. Alors que la tendance dominante en France est de considérer ces informaticiens comme une main-d œuvre locale, très nombreuse et bon marché, mais peu apte à se substituer aux informaticiens français, les pays anglo-saxons en ont une tout autre expérience. Ainsi, les deux chercheurs soulignent le rôle majeur de ces émigrés dans l émergence du secteur des IT en Inde à leur retour, avec les biographies de plusieurs cas de notoriété mondiale, cas dotés d un double statut : celui d experts et celui de créateurs et dirigeants d entreprises. À ce titre, il n est pas inutile de rappeler que les «entrepreneurs» constituent historiquement une figure centrale dans la société indienne. Une recherche qui ouvre des pistes d études nouvelles Le travail qui a été réalisé a eu pour objectif de répondre à divers questionnements. Au fil de l avancement de la recherche, il est apparu que nombre des questions sur la situation indienne étaient rarement posées dans le cadre franco-français. Si bien que certains des éclairages qu elle apporte ne peuvent être comparés avec la situation en France même, ce qui suggère de s y intéresser. Les chercheurs ont travaillé ainsi sur la question des déterminants sociaux du choix du métier d informaticien et sur le rôle de l origine sociale dans le choix de «faire de l informatique» en Inde, où l on sait que le système des castes est très présent, sans forcément en connaître toutes les implications mais aussi toutes les évolutions. Les stratégies qui président à la création et au développement des formations en informatique et le rôle central des entreprises dans cette politique sont également traités. De fait, une des clés du lien entre formation et emploi en Inde est précisément la place des acteurs et financements privés dans la création et l organisation de pans entiers de l enseignement supérieur, en particulier dans les domaines de spécialités conduisant aux métiers de l informatique. Alors qu en France l implication des entreprises dans l organisation des formations de l enseignement supérieur est rarement directe, et difficilement assumée par la collectivité tout entière, en Inde, plus de 50 % de l enseignement supérieur est privé et plusieurs universités ou instituts portent le nom de leur fondateur, en l occurrence un chef d entreprise. Si l on devait étudier un exemple «exotique» dans le domaine des stratégies et des investissements éducatifs du secteur privé, le cas indien pourrait servir, y compris pour les débats que cela suscite aujourd hui dans la société indienne, qui aujourd hui fait le bilan polémique de cette forte implication. Les informaticiens : un monde professionnel mondial, toujours évolutif et complexe La démarche sociographique, a priori la plus pragmatique pour investiguer une réalité sociale contemporaine, ne va concrètement pas de soi. En cela, l Inde n est pas un «terrain» spécifique, et tout enquêteur en France peut reconnaître les difficultés que luimême rencontre. Revue des sources existantes, évaluation de leur fiabilité, accès aux données, disponibilité des acteurs, réalisation d un terrain quantitatif, traitement et exploitation des résultats : à chaque étape, des obstacles surgissent, et les réponses apportées se doivent d en tenir compte. En cela, les proximités entre l Inde et la France sont évidentes. En France, le nombre d informaticiens (cadres et non cadres) est toujours une estimation. Ceux qui travaillent dans le secteur public ne sont pas identifiés, tandis que l on se heurte à la définition des métiers dans le secteur privé, qui fait toujours débat. Ici comme en Inde, le rôle que jouent les différents acteurs est essentiel pour expliquer en partie cette impression de confusion : les pouvoirs publics, les instances productrices de statistiques nationales, les organisations professionnelles, les entreprises, produisent tous des chiffres et des nomenclatures de métiers et de secteurs, avec les mêmes zones d incertitude. Autre point commun, l absence relative d adéquation «formation/emploi». Le phénomène est particulièrement marqué pour les diplômés des écoles d ingénieurs : dûment formés pour occuper les emplois qualifiés du secteur, ces derniers ne s y font pas toujours recruter et/ou n y restent pas. Simultanément, 4 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

7 des personnes détenant des diplômes d autres spécialités et/ou de niveau relativement plus faible, occupent ces emplois qualifiés. Quant à la qualité des renseignements obtenus au cours des entretiens, nul n ignore la difficulté de distinguer entre le souhait d informer et celui d exprimer son point de vue, ce dernier n étant pas toujours le résultat d une investigation objective : il en est par exemple ainsi de la comparaison entre les débutants indiens et les débutants français nouvellement recrutés, les premiers étant supposés moins bien «préparés» que les seconds. Quand on sait les débats que suscite en France la «professionnalisation» des formations du supérieur, on peut en conclure que la différence n est peut-être pas aussi évidente que ceux qui recrutent en Inde le supposent. Ainsi, la collecte des données est aussi difficile en Inde qu en France, du fait d un côté de leur rareté ou de leur absence, mais aussi de l autre en raison de la diversité des auteurs et des producteurs, ainsi que des objectifs donnés à l information diffusée. Si la sociologie ne semble pas connaître en Inde la place, ou du moins la notoriété, qu elle a en France, les moyens et les outils en sont disponibles, avec des limites et des difficultés que la sociologie française des professions connaît bien aussi. Informaticiens en Inde, informaticiens en France : de nombreuses similitudes À partir des données disponibles, il se vérifie que la diversité des profils, la complexité des dispositifs de formation et la faible adéquation entre spécialités de formation et postes occupés ne sont pas des particularités françaises. Les informaticiens indiens et les informaticiens français présentent de nombreux traits communs : diversité des profils, mobilité élevée, position relativement élevée dans la hiérarchie sociale, population urbaine, taux de féminisation relativement faible mais non nul, vieillissement Et dans les deux pays, si l attractivité de ces métiers a été très forte pendant de nombreuses années, cela semble être moins le cas maintenant. On voit également que, comme ici, la «qualité» des enseignements fait débat : la revue de littérature sur ce point offre un éventail de points de vue très divers, pour ne pas dire divergents. On y trouve autant d analyses pour saluer la qualité des informaticiens indiens que pour dénigrer la faiblesse de leurs formations, «obligeant» les entreprises à les former, ce qui pourtant pourrait aller de soi. Ce qui est par contre très différent, c est leur environnement. Ainsi, la description de l appareil éducatif indien frappe moins par sa complexité, peu éloignée de celle du système français, que par les effectifs auxquels elle renvoie : le système d enseignement supérieur indien accueille environ 12 % d une classe d âge, soit environ 10 millions d étudiants ; on compte plus de écoles d ingénieurs et plus de Bachelors of Engineering sont délivrés chaque année. On retient également l importance de la sélection (beaucoup de candidats et peu d élus ; coût élevé des études) et, enfin et peut-être surtout, comme cela a déjà été signalé, la place occupée par les entreprises privées, ce qui ne signifie pas cependant que l Etat fédéral soit «absent». Au final, l exemple indien montre que les logiques d implantations à l international s éloignent en partie du modèle classique de la division internationale du travail, du moins dans le domaine des TIC. Si les stratégies d offshoring sont toujours mises en œuvre, la place prise par les marchés de consommation internes est devenue essentielle. De fait, la politique d investissements directs ou indirects en Inde a longtemps trouvé son explication dans la logique classique des exportations de services et de la division internationale du travail. Aujourd hui, elle est portée par le marché de consommation que représente l Inde, désormais au 3 e rang des pays d utilisateurs d Internet. Cette évolution a des conséquences radicales sur les objectifs liés aux politiques d implantation des entreprises dans le monde, qu elles soient françaises, ou indiennes. D un côté, le premier employeur français en Inde est Capgemini avec plus de salariés. Les entreprises françaises emploient au total plus de personnes, en majorité qualifiées. L essentiel de ces salariés est de nationalité indienne, le nombre d expatriés français étant marginal 3. Encore l estimation reste-t-elle délicate et conduit probablement à une sous-estimation 4. Mais, parallèlement, les entreprises indiennes ont elles aussi opté pour une installation durable dans des pays comme la France. C est le cas des sociétés Wipro, TCS ou Infosys Leur objectif est en fait le même que celui des entreprises qui s installent en Inde en optant pour la stratégie de l articulation étroite du «glocal» (global/local). Et pour cela, elles 3. Selon l Insee (Insee Première, mars 2013), en 2010, près de groupes français hors secteur bancaire contrôlent filiales hors de France, employant 4,7 millions de salariés à l étranger contre 4,2 millions de salariés en France. La première zone d implantation des groupes est l Union européenne, avec 43 % des effectifs à l étranger devant les États-Unis (11 %) et la Chine (9 %). À l étranger, ces groupes contrôlent davantage de filiales industrielles ou commerciales qu en France : les filiales étrangères concentrent 41 % de leurs effectifs dans l industrie, 22 % dans le commerce contre 27 % et près de 15 % dans les filiales françaises. 4. En effet, la législation indienne a été longtemps particulièrement contraignante pour les entreprises étrangères et les investissements français ont été partiellement transformés en investissements de Singapour, ou par des prises de participation peu visibles. APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 5

8 PRÉSENTATION GÉNÉRALE embauchent des cadres français, après avoir été ellesmêmes souvent créées par des informaticiens indiens recrutés aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Ces liens historiques forts avec les pays anglophones marquent indéniablement le monde indien des TIC. Outre la langue, les transferts sont à la fois nombreux, d origines diverses et disséminés : les nomenclatures de secteurs et de métiers, les niveaux de formation, les titres délivrés, avec, en outre, une culture de l entreprenariat qui voit converger les modèles de sociétés. C est cet ensemble d évolutions d origines diverses mais convergentes à l échelle mondiale qui conduit un cadre français travaillant en Inde à affirmer lors de son interview par Roland Lardinois réalisée début 2013 : «Dans le modèle one team, on a une seule équipe sur le projet, qu elle soit en Inde ou en France. On travaille avec les mêmes outils, les mêmes méthodes, les mêmes approches. Le client doit sentir qu il n a affaire qu à une seule équipe.» Les chercheurs Roland Lardinois est sociologue, Directeur de recherches émérite au CNRS (Centre d études de l Inde et de l Asie du Sud à l Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris). Spécialiste de l Inde, il a passé quatre ans ( ) au Centre de sciences humaines, à Delhi, où il a initié un projet de recherches franco-indien sur l histoire et la sociologie des ingénieurs indiens. Il a publié notamment L invention de l Inde. Entre ésotérisme et sciences sociales, Paris, CNRS Éditions, P. Vigneswara Ilavarasan (PhD, IIT-Kanpur) est professeur associé au département de management de l Indian Institut of Technology de Delhi. Ses recherches portent sur le secteur des technologies de l information et de la communication, et sur les usages sociaux de la téléphonie mobile en Inde. Il a reçu plusieurs distinctions, notamment le Outstanding Young Faculty Fellowship Award du IIT-Delhi ( ) et le Prof. M.N. Srinivas Memorial Prize délivré par la Indian Sociological Society (2009). Il est l auteur notamment de «Indian software workforce : A labour process view», dans C. Upadhya et A. R. Vasavi (dirs.) In an outpost of the Global Economy : Work and Workers in the India s Information Technology Industry, 2008, Routledge, New Delhi, p , et de «Center for Global or Local for Global? R&D Centers of ICT Multinationals in India» dans Howlett, R. J (dir.) Innovation through Knowledge Transfer 2010, Berlin, Springer, 2011, l INTRODUCTION Le secteur des technologies de l information et de la communication (TIC) est devenu, depuis une dizaine d années, l image de marque du développement économique de l Inde et le symbole de l entrée de ce pays dans l ère de la postmodernité, celle des réseaux du monde de l informatique, de l Internet et de la téléphonie mobile. Les milliers d Engineering Colleges, ces écoles d ingénieurs visibles partout en ville et dans les campagnes, le développement des quartiers d affaires et de services dans les grandes métropoles comme Bangalore, Chennai, Hyderabad, Mumbai, Pune ou Delhi avec leur foule d employés en col blanc, la présence de ces techniciens qualifiés dans les entreprises nord-américaines et européennes, la réussite d entrepreneurs indiens ou d origine indienne, notamment aux États-Unis, revenus pour certains investir en Inde dans les TIC, tout cela contribue encore à la renommée de ce succès économique et social. Aussi, les pays du sud observent avec intérêt ce qui est présenté comme un modèle de développement qui pourrait être reproduit dans d autres contextes nationaux. Quelques chiffres fournissent des clefs pour cette fascination. Pour l année fiscale 2011, selon les chiffres du syndicat professionnel de ce secteur (Nasscom, National Association of Software and Services Companies), l ensemble du secteur des TIC et des services associés (Business Process Outsourcing, BPO) aurait généré des revenus de l ordre de 88,1 milliards (billions) de dollars dont 76,1 milliards, soit 86 % du total, reviendraient au seul secteur des services informatiques. Le taux de croissance annuel du secteur des TIC serait passé de 1,2 % en 1998 à 6,4 % en Toujours 6 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

9 pour cette même année fiscale, le nombre total d employés qualifiés était estimé à 2,5 millions de personnes et les emplois indirects induits par le secteur seraient de l ordre de 8,3 millions : dans la majorité des cas, il s agit d emplois dans des activités annexes (sécurité, entretien, restauration, transports) qui absorbent une main d œuvre peu qualifiée. Autre motif de fascination, le secteur des TIC a vu émerger de nouvelles catégories d entrepreneurs privés. Leur principale caractéristique est de ne pas être issus des groupes marchands traditionnels du monde indien. À leurs côtés, quelques familles de riches commerçants hindous ou musulmans ont su profiter de l essor de ce nouveau marché pour diversifier leurs activités et même parfois réaliser de véritables reconversions. Les revenus tirés du secteur des TIC ont également induit l essor d autres secteurs économiques, comme ceux de l immobilier et du commerce, pour répondre aux demandes de consommation de ces nouvelles catégories d employés qualifiés. Si le nombre d employés du secteur des TIC paraît modeste au regard de la majorité rurale et paysanne de la population indienne qui regroupe environ 69 % de la population totale, ces employés hautement qualifiés engagés dans un secteur d activités technologiques de pointe ont un rôle central de producteurs de normes, de valeurs, de références sociales pour l ensemble de la population. Ce rapport présente une vue d ensemble du secteur indien des TIC. Il commence par une présentation synthétique des politiques scientifiques qui ont préparé l essor du secteur des TIC (Chapitre 1). Y est rappelé le rôle des trois acteurs principaux que sont, d une part, la puissance publique, qu il s agisse de l Union indienne ou des états fédérés, d autre part, les associations professionnelles et, enfin, les acteurs transnationaux. Ces derniers acteurs sont les hommes d affaires indiens, presque tous des ingénieurs, qui ont fait fortune à l étranger, aux États-Unis surtout, avant de revenir investir dans ce secteur de pointe en Inde. L économie des TIC (Chapitre 2) est ensuite située au sein de l économie des services qui est au centre de la croissance de l Inde depuis deux décennies. Il est d abord souligné que les données disponibles pour apprécier l ensemble de ce secteur sont hétérogènes et difficiles à mobiliser de manière cohérente. L essor des TIC résulte en premier lieu de la disponibilité d une main-d œuvre d ingénieurs et de techniciens qualifiés que l Inde produit en masse dans des milliers d écoles d ingénieurs (Engineering Colleges) dont les campus couvrent les villes et les campagnes (Chapitre 3). Quelles sont ces écoles, quels principes différencient les écoles d élite comme les Indian Institutes of Technology de la masse des petites écoles qui s apparentent plus à des IUT français ou même à des centres d apprentissage? Quelles sont les principales voies d accès qui permettent d entrer dans ces écoles? Quels sont les certificats, les diplômes et les grades qu elles délivrent? Y a-t-il un titre d ingénieur en Inde (Chapitre 4)? L espace social des SSII indiennes fait l objet d une étude quantitative inédite menée sur les deux cents premières entreprises de ce secteur (Chapitre 5). L objectif de ce travail est de comprendre comment se présente ce milieu entrepreneurial très diversifié mais largement dominé par quelques dizaines de grands groupes. Plusieurs encarts présentent des portraits d entreprises qui font la réputation de l Inde (TCS, Infosys, Wipro, HCL, etc.) et les ingénieurs entrepreneurs qui les ont bâties. Ensuite, les procédures de recrutement du secteur des TIC, qui varient selon la taille et les moyens financiers de ces entreprises, sont analysées. Elles sont orientées depuis peu vers un mode industrialisé de sélection et complétées par des mesures de formation en interne du personnel recruté en vue de pallier les manques du secteur éducatif (Chapitre 6). L étude de la population des ingénieurs informaticiens (Chapitre 7) est fondée sur une enquête menée auprès de 500 employés localisés dans les grandes métropoles. Cette étude privilégie les employés qualifiés, les ingénieurs software et les cadres et managers et étudient leurs formations, qualifications professionnelles et parcours en termes d emplois. Une dernière section de ce chapitre esquisse le portrait socio-économique de ces catégories d employés qui représentent les nouvelles fractions émergentes des classes moyennes urbaines. Enfin, il faut souligner que le secteur des TIC est confronté à une difficulté majeure qui peut compromettre l évolution future de ces activités technologiques : la faiblesse de la part consacrée par les SSII indiennes à la recherche et au développement (Chapitre 8). En conclusion, la place de l Inde sur le marché mondial des TIC est discutée, à partir des résultats d une enquête internationale menée par un observatoire de ce secteur d activité. La montée en puissance de la Chine doit faire réfléchir les responsables indiens, hommes politiques et acteurs entrepreneurials, sur les gains de productivité à trouver dans les sociétés indiennes, afin de soutenir un taux de croissance qui s est ralenti ces dernières années. l APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 7

10 INTRODUCTION ENCADRÉ 1 : INDE, PRÉSENTATION L Union Indienne est une république fédérale constituée de vingt-huit états et de sept territoires de l Union. Le régime politique est une démocratie parlementaire structurée par une chambre basse (Lokh Sabha, ou Chambre du peuple) dont les députés sont élus au suffrage universel direct, et d une chambre haute (Rajya Sabha, ou Conseil des États), composée de membres nommés et élus au suffrage indirect. Les politiques publiques relèvent de trois échelles de décision qui sont parfois concurrentes : le niveau central de l Union, le niveau fédéral des États et des Territoires de l Union, enfin le niveau local dont les structures de gouvernance varient selon le statut des municipalités. La population de l Inde est estimée à 1210 millions d habitants selon les résultats du recensement de Le taux de croissance annuel de la population est de 1,6 % par an ( ), ce taux diminuant régulièrement depuis les années Avec 17,5 % de la population mondiale, l Inde est le second pays le plus peuplé au monde, après la Chine. Les deux langues officielles utilisées par le gouvernement de l Union indienne sont l anglais et le hindi (cette dernière langue étant parlée majoritairement dans le nord de l Inde). Cependant, la constitution reconnaît vingt-deux langues officielles, chaque état de l Union ayant sa propre langue administrative. Dans ce pays multiconfessionnel, les hindous représenteraient 80,5 % de la population totale, les musulmans 13,4 %, les chrétiens 2,3 %, les sikhs 1,9 %, les bouddhistes 0,8 %, les jains 0,4 % et les divers 0,7 % ; par ailleurs, la population tribale est de l ordre de 8 %, mais les catégories de classement ne sont pas univoques et cette population est souvent répartie parmi d autres groupes confessionnels (ces chiffres sont extraits du Census 2001). La société hindoue proprement dite est organisée en quatre ordres (varna) qui tirent leur origine des textes classiques anciens de l hindouisme. Il s agit des prêtres (brahmanes), des rois (kshatriya), des commerçants (vaishya), et des gens ordinaires (shudra). Ces ordres se subdivisent en groupes endogames, souvent associés à une occupation, et ordonnés selon leur degré de pureté rituelle. Ce sont les «jâti», ou castes proprement dites (selon le mot portugais casta) qui organisent toujours une part de la vie ordinaire des hindous, en particulier pour les mariages. Les groupes considérés comme «impurs» et dits «Intouchables», improprement appelés «hors castes», sont désignés maintenant comme «Dalits» (opprimés) ; ils n appartiennent pas aux quatre ordres précédents des «varna», mais ils sont intégrés au système des castes (jâti), par le bas. Par ailleurs, l État central a défini juridiquement d autres grands groupes de castes, Scheduled Castes, Scheduled Tribes, Other Backward Castes/ Classes, qui sont au principe des politiques de «discrimination positive» selon un système complexe de quotas, mises en place dans l enseignement public supérieur et dans la fonction publique. 8 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

11 Carte 1 États et villes principales de l Inde AFGHANISTAN PAKISTAN Gujarat Rajasthan Jammu-et- Cachemire Himachal Pradesh Punjab Harayana Dadra et Nagar Haveli Maharashtra Mumbai (Bombay) Chandigarh Uttarkand Dehli Madhya Pradesh NEPAL Uttar Pradesh Chattisgarh Bihar Jharkhand Orissa CHINA SIKKIM Bengale Occ. Kolkata (Calcutta) BHUTAN Meghalaya BANGLADESH Tripura Arunachal Pradesh Assam Mizoram Nagaland Manipur BIRMANIE Hyderabad Goa Andhra Pradesh Karnataka Chennai Kerala Tamil Nadu Pondichéry SRI LANKA APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 9

12 10 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

13 BRÈVE HISTOIRE DES TIC EN INDE 1 12 Un développement en trois phases 15 Le rôle de l État 17 Les associations professionnelles 19 Les entrepreneurs transnationaux APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 11

14 1 BRÈVE HISTOIRE DES TIC EN INDE Le développement des technologies de l information et de la communication (TIC) s inscrit dans l histoire des politiques scientifiques et technologiques mises en place par l État dès l indépendance de l Inde en 1948 (encadré 2). Cependant, l essor de ce secteur est plus récent. Il date du milieu des années 1980 et surtout des années 1990 lorsque furent introduites des réformes structurelles qui ont mis partiellement fin à une économie étatique laissant peu de place aux entreprises privées et aux forces du marché. Après avoir présenté les trois grandes périodes de l histoire des TIC, le rôle structurant de l État dans le développement de ce secteur est rappelé, alors qu il est pourtant dominé par les entreprises privées. 1.1 UN DÉVELOPPEMENT EN TROIS PHASES La première phase s étend des années 1950 jusqu au milieu des années Pendant cette période, la politique de l État en matière d informatique s inscrit dans le modèle socialiste de développement que défend le premier ministre Jawaharlal Nehru. Il s agit de doter le pays des infrastructures industrielles de base en matière de routes, de chemins de fer, de grands barrages, d électricité. L ensemble du secteur industriel est sous le contrôle de l État ; il n y a pas de grandes différences stratégiques entre les secteurs hardware et software, et le gouvernement ne fait preuve d aucune prospective commerciale. Ce sont les grands instituts publics de recherche et d enseignement qui initient l introduction de l informatique, notamment le Indian Statistical Institute à Kolkata, le Tata Institute of Fundamental Research à Mumbai et l Indian Institute of Technology à Kanpur. Cette première phase est marquée par l entrée d IBM sur le marché indien en 1961 et par son éviction en 1978, en réponse au refus de la société américaine d ouvrir son capital aux investisseurs indiens et de partager ses droits de propriétés intellectuels. Son départ permet aux entreprises indiennes et aux premiers informaticiens, dont beaucoup avaient été formés par IBM, d assurer la continuité de la maintenance du matériel laissé par IBM et d occuper ainsi le marché national. La seconde phase, plus courte, va du milieu des années 1980 au début des années Elle est associée à la politique technologique initiée par le premier ministre Rajiv Gandhi, à la tête du gouvernement de l Union après l assassinat d Indira Gandhi en Si celui-ci impulse une politique innovante en matière des TIC, son action s inscrit dans le droit fil des mesures précédemment mises en place par le gouvernement d Indira Gandhi. L État reconnaît alors le potentiel économique que représente le développement du secteur des services informatiques (software). Les restrictions douanières à l importation sont progressivement levées, mais le gouvernement central manque encore d une vision à long terme pour définir une politique viable. Cependant, les entreprises multinationales sont progressivement autorisées à s installer en Inde, et malgré les difficultés administratives et technologiques encore fortes, Texas Instrument ouvre un bureau à Bangalore et démontre, pour les partenaires indiens et américains, la viabilité de la délocalisation des services informatiques en Inde. La création à Mumbai de la National Association of Software and Service Companies (Nasscom), dont le siège est aujourd hui établi à Delhi, témoigne des changements qui s opèrent alors dans le milieu entrepreneurial des TIC. Toutefois, troisième phase, ce n est qu à partir du début des années 1990 que le secteur des TIC prend réellement son essor sous l effet des politiques libérales menées tant par le gouvernement central de l Union que par celui de quelques états fédérés comme ceux de l Andhra Pradesh, du Karnataka et du Tamil Nadu dans le sud de l Inde. Confronté à un fort déséquilibre de sa balance des paiements, en 1991, le gouvernement Indien, soutenu par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, s engage dans la privatisation de l économie, assouplit les règles du contrôle des changes et favorise les investissements étrangers directs (Foreign Direct Investment) dans l économie nationale. La convertibilité partielle de la roupie en devises étrangères, en 1993, favorise le développement du secteur privé et permet l essor d une économie de biens et de services dont les TIC ont été l un des grands bénéficiaires. Le secteur du matériel hardware, malgré son fort potentiel sur le marché intérieur, est délaissé au profit d un modèle de services software orienté vers les seules exportations à destination des pays développés (États-Unis, Europe). L Inde passe alors rapidement d un système de services peu qualifiés sur site (on-site) à l étranger à un système de production délocalisée (offshore) en Inde. 12 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

15 ENCADRÉ 2 : CHRONOLOGIE DE LA POLITIQUE DES TIC 1951 IBM ouvre un bureau commercial à Calcutta 1953 Premier calculateur analogique indien développé à l Indian Statistical Institute (ISI) à Kolkata 1958 ISI importe un ordinateur soviétique URAL 1961 IBM introduit son ordinateur modèle 1401 en Inde et ouvre un centre de formation à Delhi 1962 Premier ordinateur digital indien (TIFRAC) installé au Tata Institute of Fundamental Research à Mumbai 1963 Committee on Electronics, sous la présidence de Homi J. Bhaba (président de la Commission pour l énergie atomique) 1966 Azim Premji reprend l entreprise familiale Wipro spécialisée dans les oléagineux 1967 Electronics Corporation of India Lt (production d ordinateurs en concurrence avec IBM) 1968 Création de Tata Consultancy Services (TCS) à Mumbai 1970 Department of Electronics 1971 Electronics Commission (remplace le Electronics Committee) ; la politique en matière électronique passe du contrôle du ministère de la Défense aux mains des scientifiques 1973 Santa Cruz Electronics Export Processing Zone (SEEPZ), Mumbai Microcomputer Panel Report 1974 TCS signe le premier contrat d importation pour le secteur privé d un ordinateur Burroughs B1728 pour développer des softwares installés sur site aux États-Unis 1975 Azim Premji, directeur général de Wipro, crée la première division informatique au sein du groupe 1976 Programme pour inciter les Indiens non-résidents (NRI) à investir en Inde ; baisse des taxes à l importation de matériel hardware destiné au développement de software Création de Hindustan Computer Limited (HCL) 1977 Partenariat entre TCS et la société américaine Burroughs pour faire de l import-export de hardware et de software 1978 IBM refuse d ouvrir sa société aux capitaux indiens ; le gouvernement central dirigé par la coalition du Janata, de centre gauche, contraint IBM à quitter l Inde en laissant le marché aux entreprises indiennes qui vont assurer la maintenance du matériel qu IBM laisse dans le pays Partenariat TCS-Burroughs (Tata Burroughs Limited) pour vendre et entretenir du matériel Burroughs en Inde Microcomputer Policy 1979 TCS est autorisé à ouvrir un bureau aux États-Unis 1981 Création de la société Infosys 1983 Premières mesures pour autoriser l importation sans taxe des ordinateurs ou de leurs composants, qui sont assemblés en Inde ; autorisation d investissements aux capitaux étrangers ; création du Center of Development of Telematics (C-DOT) pour mettre en place les systèmes de télécommunications indiens 1985 Début de l informatisation de quelques banques et bureaux de réservation des chemins de fer indiens ; diffusion de l informatique en dehors des milieux de la recherche scientifique Ouverture à Mumbai du premier supermarché informatique Texas Instrument s installe à Bangalore malgré de nombreuses difficultés administratives, ce qui marque le début du processus d outsourcing 1986 Computer Software Export Development and Training Policy (Software classé dans la catégorie Open General License) 1987 Entrée des entreprises multinationales sur le marché indien par l intermédiaire des sociétés filiales 1988 Electronics and Software Export Promotion Council (Ministry of Commerce) National Association of Software and Service Companies (Nasscom) Software exempté de tout droit de douane 1990 Importation du premier super computer CRAY X-MP-14 iflex est fondée à Mumbai : entreprise fournissant des services informatiques pour le secteur bancaire, aujourd hui leader du marché indien 1991 Software Technological Parks of India (sous la responsabilité du Department of Electronics) Saha Computers & Communications, première entreprise indienne fabriquant des ordinateurs portables APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 13

16 1 BRÈVE HISTOIRE DES TIC EN INDE Joint venture entre Hindustan Computer Limited (HCL) et Hewlett Packard (HP) pour développer le multiprocesseur UNIX pour HP ; marque le début du secteur Recherche et Développement 1991 Crise de la balance des paiements ; New Industry Policy : premier assouplissement des règles de convertibilité de la roupie indienne ; les investissements étrangers directs (FDI) ont autorisés 1992 IBM revient en Inde pour la vente de hardware et l exportation de services software 1993 Convertibilité de la roupie pour les comptes courants Introduction du visa de type H1-B par les États-Unis pour les informaticiens indiens qui entrent massivement sur le marché américain dans le cadre de la phase préparatoire au passage à l année 2000 (dite en anglais Y2K) 1994 National Telecom Policy ; diminution du coût des infrastructures des télécommunications et augmentation des services offerts Infosys ouvre une filiale aux États-Unis et Wipro une unité Recherche et Développement HCL-HP produisent le premier ordinateur indien avec un processeur Pentium 1995 Premier cyber-café à Mumbai Informatisation complète du système de réservations en ligne des chemins de fer indiens, premier grand succès public du secteur des TIC VSNL (Videsh Sanchar Nigam Limited), premier pourvoyeur public de services Internet 1996 Rediff. com, premier portail indien 1998 National IT Task Force mise en place par le gouvernement pour étendre l informatisation du secteur public Mise en place d unités de recherches dans les grands instituts scientifiques indiens par les entreprises multinationales Centre for Development of Advanced Computing (C- DAC) développe le premier supra ordinateur indien, PARAM Infosys, première SSII indienne introduite au NASDAQ National Telecom Policy 100 % Foreign Direct Investment recommandé par le gouvernement dans le secteur des TIC 2001 Ministère des Technologies de l information et des communications 11 septembre, attentats de New York ; 13 décembre, attaque du parlement indien à New Delhi, en conséquence forte décroissance du secteur des TIC 2002 Début en Inde de la Centrino Mobile Technology utilisée pour les Notebooks TCS coté au NASDAQ 2004 Deux gouvernements fédérés réputés pour avoir favorisé le développement des TIC dans leur état perdent les élections en Andhra Pradesh et au Karnataka Plusieurs SSII annoncent des chiffres d affaire supérieurs à la barre symbolique du billion (un milliard) de dollars Annonce du lancement de la connexion haut débit à 2.4GHz 2009 Faillite retentissante de la société Satyam Computer Services établie à Hyderabad (Andhra Pradesh) Rachat de Satyam par Tech Mahindra 2012 Trente chefs d entreprises de pointe du secteur software s organisent en think tank sous le nom de ispirt (Indian Software Product Industry Round Table) au sein de la Nasscom. Trois types d acteurs sont présents dans le secteur des TIC et il faut les prendre chacun en compte pour comprendre les débats qui traversent ce milieu. Il s agit, d abord, des agences publiques de l État cen- tral et des états fédérés, ensuite, des organisations professionnelles et, enfin, de la communauté indienne transnationale. l 14 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

17 1.2 LE RÔLE DE L ÉTAT L interprétation du rôle de l État dans le développement du secteur des TIC est controversée par les acteurs eux-mêmes. Nombre d entrepreneurs soutiennent que l État a été, sinon une entrave, au mieux un acteur indifférent à l essor du secteur informatique. Ils considèrent que ce secteur illustre le succès de l esprit d entreprise du capitalisme indien une fois libéré des entraves bureaucratiques de l économie étatique. À l encontre de cette vue sommaire et fondamentalement fausse, Kiran Karnik, qui fut président de la Nasscom de 2000 à 2008, rappelle que le secteur des TIC n aurait pas pu se développer sans l intervention de l État. Aujourd hui, ce dernier continue d encourager, d encadrer et de favoriser la politique d exportation des services informatiques. Le développement du secteur informatique a d abord été permis par l existence d ingénieurs formés dans le réseau des écoles d élites publiques, les Indian Institutes of Technology (IIT) et les National Institutes of Technology (NIT), mis en place par l État lors de l indépendance de l Inde et, depuis une vingtaine d années, les Indian Institute of Information Technology (IIIT, dit «triple IT»). On note cependant que presque tous les grands entrepreneurs du secteur des TIC ont complété leur formation d ingénieur à l étranger, principalement aux États-Unis, et cela dès les années L État a toujours joué un rôle primordial, mais ce sont les états fédérés, en particulier l état du Maharashtra et ceux du sud de l Inde (Andhra Pradesh, Tamil Nadu) qui ont initié le développement de grande ampleur des écoles d ingénieurs, en privatisant largement ce secteur éducatif souvent aidé par les pouvoirs publics, au moins au début et c est l existence d une main d œuvre anglophone sortie de ces écoles qui a permis l essor du secteur des TIC. Dans les années 1970 et 1980, le gouvernement a d abord favorisé le développement d une activité industrielle orientée vers la production de matériel informatique (hardware). Mais devant la nécessité d importer une partie de ce matériel qui était ensuite assemblé en Inde, le gouvernement central a encouragé les entrepreneurs à faire entrer des devises étrangères pour équilibrer la balance des paiements. C est ainsi que la politique d exportation des services informatiques a été favorisée par l État. Les sociétés comme Wipro ou Hindustan Computer Limited (HCL) étaient d abord engagées dans la production d ordinateurs individuels avant de se spécialiser dans les services de software pour l exportation. Le marché intérieur du software était alors encore inexistant et non rentable. Avant de fonder Infosys en 1981, Narayana Murty avait créé une petite société de services software et tenta de se développer sur le marché intérieur, mais ce fut un échec. En revanche, l Inde bénéficiant du décalage horaire favorable avec les États-Unis, les entreprises pouvaient livrer au matin des services commandités dans les vingtquatre heures précédentes, ce que Tata Consultancy Services comprit dès ses premiers contrats. Pour assumer ses fonctions d encadrement des politiques informatiques, l État s est doté de deux agences publiques, d une part, le Software Technological Park of India, dit STPI (encadré 3) et, d autre part, le Electronics and Computer Software Export Promotion Council, dit ESC (encadré 4). ENCADRÉ 3 : SOFTWARE TECHNOLOGICAL PARKS OF INDIA (STPI) Le Software Technological Parks of India (STPI) est une structure administrative mise en place en 1991 sous l égide de ce qui était alors le Department of Electronics et qui est devenu aujourd hui le Department of Information Technology au sein du Ministry of Communication and Information Technology. Ce programme concerne un seul type de service orienté vers l exportation, il s agit des activités associées au développement et à la maintencance de software. Il est destiné en premier lieu à faciliter l organisation matérielle des entreprises dans des zones géographiques où les infrastructures sont prises en charge par l État (notamment le câblage en fibre optique). Le programme distingue trois types de structures qui sont implantées dans les grandes métropoles sur l ensemble du territoire : d abord, des unités vouées à 100 % à l exportation, ensuite des zones privilégiées d exportation et, enfin, des unités plus vastes que sont les parcs scientifiques ou technologiques. En , le STPI recense unités opérationnelles dont travaillant pour l exportation. Les entreprises qui font le choix d opérer dans le cadre du STPI bénéficient également d une assistance bureaucratique centralisée pour les procédures d exportation et, surtout, elles jouissent d avantages fiscaux importants : droit de change sur la totalité des transactions, exonération de taxes à l exportation, possibilité de vendre sur le marché intérieur 50 % de la valeur des exportations, et exonération fiscale (au moins pour les dix premières années du programme, jusqu en 2011). L administration du STPI tente également d améliorer et d harmoniser les standards de production et aussi de vendre le secteur des TIC à l étranger en organisant des tables rondes, des ateliers et des séminaires, notamment au sein des parcs technologiques. (Source : Software Technology Parks of India, Annual Report et ). APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 15

18 1 BRÈVE HISTOIRE DES TIC EN INDE Le STPI désigne à la fois l agence publique chargée d encadrer et de faciliter l exportation de services software et les unités physiques de productions où sont installées les sociétés productrices de services ; il peut s agir simplement de quelques pièces dans un immeuble, qui bénéficient du statut de STPI ou d espaces plus vastes, software clusters, constituant des petits parcs d activités de services insérés dans le tissu urbain. Le Electronics and Computer Software Export Council-ESC (encadré 4) est une agence publique chargée uniquement de promouvoir le secteur des TIC à l étranger. En dehors de ces deux agences centrales, les états fédérés se sont dotés de services administratifs en charge d encadrer les politiques dans le secteur des TIC. Les aides des états se traduisent essentiellement par la création de zones spéciales d activités économiques (Special Economic Zones, SEZ) en milieu ur- ENCADRÉ 4 : ELECTRONICS AND COMPUTER SOFTWARE EXPORT PROMOTION COUNCIL (ESC) Le Electonics and Computer Software Export Promotion Council (ESC), créé en 1989 par le gouvernement de l Union indienne, est un bureau central chargé d encadrer et de faciliter les exportations de tous produits hardware et software développés par les entreprises du secteur des TIC. À cette fin les entreprises indiennes doivent s enregistrer auprès du ESC qui leur attribue un «Registration-cum-Membership Certificate». En contrepartie, le ESC fournit toutes les informations économiques, politiques et institutionnelles nécessaires aux entreprises pour accéder aux marchés d exportations ; l agence tient des stands dans les foires et expositions internationales et elle organise des rencontres avec des délégations étrangères, notamment des Buyer-Seller- Meets (BSM) avec les entreprises étrangères. L évènement annuel le plus important, que réalise le ESC depuis huit ans, est appelé India Soft, foire commerciale orientée plutôt vers les petites et moyennes entreprises et visant les marchés des pays de l Afrique, de l Amérique latine ainsi que les Émirats arabes. Le ESC a des antennes dans presque tous les software clusters. Mais ses bureaux sont modestes en moyens financiers et humains. Les employés sont souvent sous-payés, de l ordre de roupies, soit moitié moins que les salaires d entrée dans les centres d appel, qui sont eux-mêmes dans les tranches inférieures des salaires du secteur des TIC. Quoi qu il en soit, les rapports annuels publiés par le ESC sont une des sources d informations gouvernementales et permettent d avoir une vue d ensemble sur les exportations des différents segments du secteur des TIC. bain ou péri-urbain. L état se charge de fournir les terrains des SEZ et de les viabiliser au moins pour les infrastructures de base, eau, électricité, routes, transports. En outre, les entreprises bénéficient d exonérations fiscales importantes, très incitatives. Les états fédérés interviennent également pour apporter du capital (venture capital) aux petites entreprises innovantes. À noter cependant que ces SEZ ne sont pas spécifiquement destinées au secteur des TIC. L État demeure donc un acteur très présent au sein du secteur des TIC, leur essor étant devenu vital pour l ensemble de l économie de l Inde. Récemment encore, le gouvernement de l Union a décidé d ouvrir de nouveaux instituts de technologie spécialisés dans les TIC (voir infra) afin de répondre aux besoins en main d œuvre diplômée. Autre marque de son intervention, l exemption de taxes des STPI, d abord prévue pour une période de dix ans et qui devait prendre fin en 1991, se poursuit toujours en Par ailleurs, l État central est lui-même un important consommateur des TIC pour ses propres services. Le gouvernement a initié un système d identification biométrique individuelle de la population. À cette fin, il a créé une agence, Unique Identification Authority of India (UIDA), placée sous la présidence de Nandan Nilekani, l un des fondateurs de la société Infosys, qui a rang de ministre. L UIDA est chargée de développer une carte d identité à puce électronique appelée Aadhaar (en hindi aadhaar signifie «support», «fondation») dont chaque Indien, à terme, devra être porteur. Cette carte vise d abord à rationaliser le système de distribution des aides (revenu minimum, allocation de santé, subside engrais, pension, bourse) afin d accroitre le rendement des subsides versés par l Union. C est aussi une carte bancaire permettant de recevoir ces aides publiques directement sur un compte bancaire que les plus démunis se voient donc contraint d obtenir et de retirer de l argent dans les distributeurs automatiques de billets dont tous les villages s équipent. À terme, ce projet doit constituer, à l échelle des états fédérés, un vaste système d informations individuelles très variées, parfois confidentielles (sur la santé par exemple). Aussi, des défenseurs des libertés individuelles se sont élevés contre les objectifs de ce projet qu ils contestent sur le fonds et sur la forme. l 16 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

19 1.3 LES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES À côté de l État, il existe trois types d associations professionnelles qui structurent le secteur des TIC, respectivement à l échelle centrale, à l échelle des régions ou des états fédérés et enfin à l échelle internationale. Toutes ces associations servent de représentants des entrepreneurs auprès des autorités administratives avec lesquelles elles négocient les avantages fiscaux et mobilisent les réseaux politiques d état pour accéder aux marchés étrangers. Elles sont aussi productrices d informations diverses sous formes de rapports réguliers et d enquêtes ponctuelles. Souvent critiquées pour le lobbying dont elles font preuve, en particulier en faveur des plus grandes sociétés de service informatiques, ces associations jouent un rôle important auprès des pouvoirs publics dont elles ont été longtemps les premières sources d information. La Nasscom (encadré 5) est l association professionnelle centrale la plus active depuis une vingtaine d années et aussi la plus connue. Il n est pas indifférent que son office central soit localisé à New Delhi, dans la capitale politique, qui n est devenue que ENCADRÉ 5 : LA NASSCOM La National Association of Software and Services Companies (Nasscom) est née d un conflit d intérêts entre les producteurs de matériel (hardware) et les producteurs de logiciels et de services (software) au sein de la Manufacturers Association of Information Technology (MAIT) qui avait été fondée en Cette dernière association était contrôlée par les entrepreneurs de hardware qui s opposaient à l arrivée en Inde d entreprises étrangères concurrentes, et ceux-ci freinaient le développement d un secteur software indépendant des producteurs de hardware. En 1987, une cinquantaine d entreprises de software quittèrent la MAIT pour fonder la Nasscom, malgré l hostilité du gouvernement d alors qui voyait dans cette division un risque d affaiblissement du secteur émergent des TIC. «Les entreprises de software avaient le sentiment d être traitées comme les cousins pauvres du secteur hardware, tant par les industriels que par le gouvernement. Mais aujourd hui la situation s est inversée et ce sont les industriels du hardware qui se plaignent d être mal traités», rapporte Kiran Karnik, l un des anciens présidents de la Nasscom (Karnik 2012). La Nasscom fonctionne comme une «coalition de concurrents», selon l expression de Karnick, capable de mettre en commun leurs ressources, d échanger des informations, d organiser des colloques, de mobiliser l opinion publique et de faire du lobbying auprès du gouvernement pour définir les axes d une nouvelle politique des services informatiques. Dans les années 1980, les dirigeants de ces entreprises soutenaient l installation en Inde de filiales des géants de l informatique comme IBM, Texas Instrument, Hewlett Packard ou Microsoft, pensant que les entreprises indiennes y gagneraient à la fois du point de vue technologique et du point de vue économique pour pénétrer le marché américain. La Nasscom organise ses activités de lobbying tant aux États-Unis qu auprès de l Union européenne pour défendre les vertus de la pratique de l offshore et contrer les tendances protectionnistes toujours vives dans ces pays. Un des atouts de la Nasscom est d appuyer son activité de promotion des TIC par de puissants rapports commandés notamment au cabinet McKinsey, et largement repris dans les médias. Malgré le coût financier d accès à ces rapports et le caractère opaque de leurs données (statistiques non référencées présentées dans un jargon économico-managérial adapté au milieu professionnel visé), ceux-ci restent la première source d informations, en l absence d études équivalentes qui seraient produites par le ministère des Communications et des technologies de l information, créé tardivement en De 700 membres environ au début des années 2000, la Nasscom revendique près de1300 membres institutionnels en L association se veut le porte-parole de l ensemble du secteur IT dont elle reconnaît pourtant qu il rassemblerait environ entreprises (lorsque l agence du STPI avance le chiffre de unités sous son programme). Beaucoup de ces unités sont de petites ou très petites entreprises dont les cycles de vie peuvent être très courts et dont les intérêts sont mal représentés par l association qui, depuis sa création, défend surtout les intérêts des plus puissantes sociétés de services informatiques en termes de chiffres d affaires et de personnel employé. APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE 17

20 1 BRÈVE HISTOIRE DES TIC EN INDE tardivement un des lieux de concentration des sociétés informatiques. La Nasscom a des bureaux régionaux à Mumbai, Hyderabad, Bangalore et Chennai mais leurs représentants n ont pas la notoriété du président de l association, et c est dans les bureaux à Delhi que les décisions importantes sont prises. Elle a mis en place des comités spécialisés (Special Interest Groups, SIG) en charge des petites et moyennes entreprises et distribue des prix, notamment en matière d innovation technologique, célébrés dans des manifestations publiques relayées par les medias. Il existe deux associations régionales, d une part, la Software Exporters Association of Pune (SEAP), au Maharashtra et, d autre part, la Hyderabad Software Exporters Association, basée dans la capitale de l état de l Andhra Pradesh. Ces deux associations, de taille plus modeste que la Nasscom, représentent essentiellement les entreprises de leur état respectif et n ont pas d ambition nationale à l échelle de l Inde. Le troisième type d association est constitué des chambres de commerce liant l Inde avec des pays étrangers, comme la Indo-German Chamber of Commerce, la Indo-US Chamber of Commerce ou la Indo- French Chamber of Commerce and industry (IFCCI). Ces chambres de commerce sont généralistes et le secteur des TIC n est qu un de leurs champs d activités. Elles ont un bureau central, à Mumbai par exemple pour la IFCCI, et des bureaux régionaux comme à Chennai, toujours pour la IFCCI. Elles organisent des tables rondes pour mettre en contact tous les acteurs du monde industriel des deux pays concernés et facilitent l installation des entreprises étrangères en Inde. Il existe enfin une association qui vise les petites et moyennes entreprises du secteur des technologiques de pointe : basée à Bangalore, Interactive Technology, Software and Media Association (ITSMA) qui est plutôt orientée vers le milieu des medias, propose des services à destination des pays européens, mais sa taille reste assez modeste comparée aux autres acteurs professionnels. Les associations précédentes sont réservées aux entreprises et non aux individus qui travaillent dans le secteur des TIC. Pour ces derniers il existe de nombreuses associations professionnelles ouvertes aux ingénieurs informaticiens, par exemple la Computer Society of India (CSI), The Indus Entrepreneurs (TiE), Software Process Improvement Network (SPIN), et le Information Technology Professional Forum (ITPF). Toutes ces associations ont des branches dans les grandes métropoles indiennes mais ne sont pas toutes très actives. La CSI, créée en 1965, est l une des plus anciennes sociétés professionnelles du secteur des TIC. Son bureau est tenu par des informaticiens qui travaillent dans le service public, mais elle est ouverte au secteur privé. Elle a pour objectif la diffusion des connaissances technologiques parmi ses membres. L association The Indus Entrepreneurs (TiE) a été créée en 1992 par des informaticiens indiens travaillant dans la Silicon Valley aux États-Unis. Elle dispose de plusieurs bureaux régionaux en Inde et compte onze branches dans différents pays. C est l association la plus connue grâce à ses membres qui ont fondé leurs entreprises en Inde. Elle est également très active pour trouver des partenaires privés (venture capitalists) prêts à risquer leurs capitaux dans les technologies de pointe. Enfin, le ITPF est lié au Software Engineering Institute de l université Carnegie Mellon aux États- Unis : ses activités sont axées sur les aspects technologiques des métiers de l informatique. L association a ouvert une branche à Bangalore en Une étude menée sur le fonctionnement de ces associations atteste que les entreprises s adressent en priorité à la Nasscom lorsqu elles recherchent des informations ou des aides pour développer leurs marchés à l étranger. Les petites et moyennes entreprises, alors mêmes qu elles sont nombreuses à adhérer à ce groupement professionnel, sont plus critiques à son égard car elles estiment que ses actions sont guidées principalement par les intérêts des grandes entreprises. l 18 APEC LE SECTEUR DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION EN INDE

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