Dossier techniques d enquête

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1 Hélène Lambert Alexandre Djirikian Sébastien Régnard Félix Vigné Dossier techniques d enquête Le Marais : un village? Année de licence Université Paris I Mme J. Cohen

2 TABLE DES MATIERES INTRODUCTION 3 I. LA PRÉENQUÊTE 3 A/ Réflexions préalables autour de la notion de village 3 a/ La définition subjective du «village» 3 b/ La délimitation du quartier du Marais 4 B/ La recherche des données statistiques 5 a/ la recherche des données sur le Marais : méthodes 5 b/ Les données et leur analyse 5 C/ Observations personnelles 10 a/ Observer le quartier du Marais : méthodes 10 b/ Les acquis de l observation personnelle 10 II. L ENQUÊTE 12 A/ Entretiens avec les autorités locales et les professionnels 12 a/ Entretien avec la responsable à la réglementation de l urbanisme à Paris 13 b/ Entretien avec un membre du cabinet du maire du 4 ème arrondissement de Paris 14 B/ Entretiens avec les associations 15 a/ Entretien avec l association «sauvegarde et mise en valeur du Paris historique» 17 b/ Entretien avec l association «St Claude Le Marais» 17 c/ Entretien avec l association de défense du quartier des Gravilliers 19 d/ Entretien avec l association des copropriétés et habitants du Marais 22 C/ Les questionnaires 23 a/ Le questionnaire pour les habitants 23 b/ Le questionnaire pour les commerçants 26 III. LES RESULTATS DE L ENQUÊTE 27 A/ Tableaux d exploitation des résultats d enquête 27 a/ Les habitants 27 b/ Les commerçants 29 B/ Analyse et interprétations finales des résultats d enquête 30 CONCLUSION 31 Annexes 32 Bibliographie 35 2

3 LE MARAIS : UN VILLAGE? Le quartier du Marais, à Paris, est réputé à la fois pour ses hôtels particuliers et ses bars branchés. Jadis aristocrate, il y a 50 ans populaire et à la mode aujourd hui, le Marais est sans doute le quartier de Paris qui a connu une histoire la plus mouvementée et la plus contrastée. On entend souvent parler du Marais comme un village un village urbain. Mais comment un quartier qui évolue si vite peut-il être apparenté à un village, en plein cœur de la capitale? D où vient cette idée de village et qui l emploie pour qualifier le Marais? Il nous est apparu intéressant d étudier cette notion, et d enquêter, pour comprendre ce qui relève de l identité même d un quartier. A mi-chemin entre une représentation commune, entre une réalité palpable et entre une perception intériorisée des gens qui vivent le Marais, le village est un objet géographique complexe dont il convient de décrypter les subtilités. Sans doute parce que le Marais est lui aussi un objet géographique complexe et difficile à cerner, les deux se sont naturellement rencontrer. Notre enquête aura donc pour objectif de savoir si cette notion de village est applicable au Marais. Nous partirons donc d une préenquête qui consistera à faire un premier travail de défrichage, de compréhension et d appréhension objective et personnelle. L enquête nous fera davantage entrer dans l intimité du Marais, de ses habitants, ses commerçants, ses associations Enfin les résultats seront interprétés et nous tenterons de répondre à la question qui est de savoir si le Marais est autant un village qu on veuille le dire. I. La préenquête : recherches préliminaires A/ Réflexions préalables autour de la notion de «village» et du Marais a/ La définition subjective du «village» Le quartier du Marais à Paris présente une image qui se rattache à l idée de «village». Pour bien comprendre ce phénomène, il faut dans un premier temps se référer à la définition même de village. Il y en a deux qui apparaissent immédiatement. La première présente le village comme étant «un groupement d habitations permanentes dont la majeure partie de la population est engagée dans le secteur agricole». Il s agit d une agglomération rurale. Cette définition ne correspond pas du tout à l image qui se dégage du Marais. La seconde s en rapproche puisqu elle définit un village comme étant «un quartier d une ville lorsqu il est considéré comme formant un tout homogène avec une vie propre, des habitudes, des relations étroites entre ses habitants». L Encyclopédie Larousse, d où sont tirées ces définitions donnent en exemple d un tel village le quartier de Batignolles et le Marais à Paris. D après la 3

4 seconde définition, un village se fonde autour d un cadre de vie, d un espace de rencontres. Ces idées se rapprochent de la notion de «villagisme» dont parle R. Brunet dans les Mots de la géographie. Il définit ce terme par un «désir exacerbé de retrouver en ville les valeurs du village dans une convivialité idéalisée». L utilisation de l expression «convivialité idéalisée» est très intéressante. Cela signifie que c est dans la perception des gens que la «convivialité» apparaît. Il y a cependant une vérité pour expliquer ce sentiment. L Encyclopédie Larousse définit un village comme «un quartier d une ville». Intéressonsnous alors à la définition de quartier. Dans cette même encyclopédie, si on excepte la définition comme division administrative, le quartier est une «partie d une ville ayant certaines caractéristiques ou une certaine unité». Cette définition est assez vague. Jean- Robert Pitte donne une autre explication au terme de quartier. Pour lui, «un quartier correspond à un patrimoine architectural, à un équipement commercial donné, à un ensemble de relations humaines et sociales particulières, car vécues dans un espace géographique donné et ressenties comme telles». Cette définition est fournie par l intermédiaire de Jean-Pierre Poussou dans les Cahiers du CREPIF (Centre de Recherche et d Etude de Paris et de l Ile-defrance) dans le numéro 3 de juin 1993 et dont l article est intitulé les «Quartiers de Paris aujourd hui.» La partie d où est sortie cette définition est appelée Comment la notion de quartier a-t-elle évoluée au cours des siècles? ce qui montre bien la difficulté de transcrire l idée de quartier, tout comme celle de village. Les deux termes semblent d ailleurs intimement liés. Une définition du quartier, trouvée dans un dictionnaire de géographie, avance plusieurs facteurs sur lesquels se base le quartier. Il y a : _ «la configuration des sites et de la topographie _ les fonctions exercées principalement _ la répartition des groupes sociaux ou économiques _ la séparation des groupes ethniques». Enfin, pour Henri Lefebvre, «le quartier ( ) est une forme d organisation de l espace et du temps de la ville ( ). Il serait la «moindre différence» entre les espaces sociaux multiples et diversifiés, ordonnés par les institutions et les centres actifs». En fait, que ce soit pour les termes de «village» ou de «quartier», il y a de nombreuses définitions. Cela pose donc problème. Cependant, il apparaît souvent les idées de sociabilité, de mixité sociale, de proximité ou encore d intensité des relations. b/ La délimitation du Marais L étude du Marais présente une grande difficulté. Il y a un problème de délimitation : jamais de limites claires. Cela vient probablement du fait qu il ne s agit pas d une entité administrative. L Encyclopédie Larousse définit le Marais comme étant le «quartier de Paris, formant une partie des 3 e et 4 e arrondissements. C est une ancienne zone de marais, sur un bras mort de la Seine». Une autre délimitation, plus précise, place les limites au niveau des rues de Turenne, du Temple, de Rivoli et des Francs-Bourgeois. Dans son livre Le Marais : organisation du cadre bâti, Juliette Faure indique que «le périmètre du Marais, enferme sept quartiers de Paris, parmi eux, un seul est compris dans sa totalité : c est le quartier Saint- Gervais». Les autres sont les Arts et Métiers, les Enfants Rouges, les Archives, Saint-Avoye, Saint-Merri, Arsenal. 1 Le fait que seule une de ces zones soit comprise dans son entier dans l espace appelé le Marais donne d énormes problèmes pour délimiter l aire d étude. 1 Voir le plan en annexe 2. 4

5 B/ La recherche de données statistiques a/ La recherche des données sur le Marais : méthode Comme l a signalé Juliette Faure, le Marais est constitué de sept «quartiers» dont un seul est intégralement inclus dans le Marais. De plus, le Marais n est pas une entité administrative ce qui rend la délimitation délicate. Tout cela impose des contraintes méthodologiques. Nous avons ainsi, par souci d accessibilité, pris les données statistiques relatives aux 3 e et 4 e arrondissements de Paris dans leur ensemble. Cela nous permet cependant d avoir une idée concernant l unité de ces deux arrondissements face au reste de Paris ainsi que l opposition éventuelle qui contredirait cette unité. b/ Les données et leur analyse L étude statistique nous permet donc d identifier : - l évolution globale de la population (population sans double compte aux différents RGP, INSEE) ; - la composition sociologique du Marais et son évolution (étude des CSP, INSEE) ; - le niveau des revenus (revenu par foyer fiscal, DGI) ; - l ancienneté du bâti (date de construction, pour avoir un aperçu de l architecture, INSEE) ; - l évolution et le type d activité commerciale (enquête sur le commerce de 1965 et 1990) - L évolution des effectifs Evolutions de populations depuis Effectifs (base 100 en 1946) années 3e 4e Paris 1er+2e source : RGP de 1946 à 1999 (sauf 1975), INSEE 5

6 L étude de ce graphique montre l originalité relative de la population des 3 e et 4 e arrondissements par rapport au reste de Paris. Le population est en baisse constante depuis la fin des années 50. Elle a même baissé de moitié. Cette chute, très rapide est surtout marquée dans les années 60 et 70. Et depuis le recensement de 1982, les effectifs diminuent beaucoup plus lentement. Cependant, ces deux arrondissements ne sont pas les seuls à accuser cette baisse, et le même rythme de baisse : sont concernés tous les arrondissements centraux (du 1 er au 4 e ). Le Marais n a donc pas une évolution originale de sa population. On peut aussi remarquer les évolutions très parallèles du 3 e et 4 e arrondissements, qui confirme des mouvements de populations et comportements démographiques assez semblables. Ce ralentissement de la baisse dans les années 80 est sans doute révélateur de changements dans la perception du centre parisien en général, du Marais en particulier. - La composition sociologique et son évolution. Evolution de la part de CSP pour les quartiers 10 à 15 entre 1954 et part (en %) plcs cm pic ouvriers Source : RGP INSEE. plcs : professions libérales et cadres supérieurs ; cm : cadres moyens ; pic : patrons de l industrie et du commerce. Pour repérer les quartier 10 à 15 : voir plan en annexe 2. Evolution de la part de CSP pour le 3e, 4e arrt et Paris entre 1982 et part (en %) cpis 3e cpis 4e cpis Paris ouvriers 3e ouvriers 4e ouvriers Paris Source : RGP 1982, 1990, INSEE. cpis : cadres et professions intellectuelles supérieures 6

7 L évolution de la part des cadres et professions intellectuelles supérieures et celle des ouvriers dans la population active sont significatives. Le changement de code CSP nous a contraint à faire deux graphiques, l un pour la période et l autre pour la période A travers ces deux graphiques, on peut affirmer que le Marais s embourgeoise, surtout depuis les années 70. Dans les années d après-guerre le Marais était clairement populaire, mais l arrivée d une population plus aisée a dans un premier temps obligé les plus modestes à partir, l hémorragie démographique est alors considérable. Mais dans les années 80, les ouvriers devenus largement minoritaires et les classes supérieures majoritaires, l hémorragie a été contenue, l image du quartier est de plus en plus positive. Si cet embourgeoisement est notable à Paris de manière globale, le 3 e et le 4 e arrondissement connaissent un embourgeoisement plus marqué, plus rapide. En 1982 les deux arrondissements divergeaient socialement (l un était en-dessous, l autre au-dessus de la moyenne parisienne, suivant la CSP). Dans les années 80 et 90 les caractéristiques des deux arrondissements se rapprochent : le 3 e, plus populaire auparavant que le 4 e, connaît une baisse plus rapide de ses ouvriers et une montée également plus rapide des catégories supérieures. On peut même penser que dans une dizaine d année les deux arrondissements auront vraisemblablement la même composition sociologique. Pour étudier plus en détail les disparités sociales au sein du Marais il aurait fallu accéder à des données plus détaillées, par quartier que nous n avons pu trouver. Le Marais a donc cette spécificité d un embourgeoisement rapide, mais les disparités sociales internes ne semblent pas aller dans le sens d une unité de la population, comme on aurait pu s y attendre pour un «village». La première disparité est l hétérogénéité sociale, malgré un embourgeoisement prononcé et qui tend à uniformiser le Marais. L uniformisation n est cependant que pour demain. - La répartition des foyers fiscaux selon leur revenu, en 2000, montre que le 3 e arrondissement est à la moyenne parisienne, alors que le 4 e arrondissement a une population légèrement plus aisée. Mais l originalité du Marais, ou du moins du niveau social de sa population, reste à démontrer : cet indicateur ne la met pas en évidence. Répartition des foyers fiscaux selon leur revenu en 2000 (en F) 100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% 3e 4e Paris + de , ,88 à , ,43 à , ,96 à , ,98 à ,80 - de 7 623,82 Source : DGI 7

8 - Epoque d achèvement des résidences principales (en % du nb total de résidences principales) : Avant er 94,2 1 2 e 96,4 1,5 3 e 92,1 1,5 4 e 89,6 4,9 Paris Source : RGP 1999, INSEE Ici encore, on constate l originalité du centre par rapport au reste de Paris, le Marais n est donc pas le seul à avoir un parc très ancien. Avec les rénovations des années 50 le 4 e arrondissement compte même 5% de logements construits entre 1949 et Si le Marais est effectivement caractérisé par une certaine homogénéité architecturale (encore faudrait-il remonter plus loin dans le temps pour étudier en détail les époques d achèvement) elle ne peut expliquer à elle toute seule la spécificité du Marais. Nous pouvons compléter ces données architecturales par une carte des rues : petites et étroites, un bâti très dense. Unité architecturale, oui, mais celle-ci n est pas exclusive au Marais, plutôt au centre de Paris. La réputation du Marais pour ses hôtels particuliers a sans doute plus joué qu un parc très majoritairement ancien (l image est plus forte). - Pour étudier l évolution du commerce nous avons utilisé deux sources différentes. D une part le livre de Juliette Faure, qui traite de ces évolutions et rapporte l enquête sur le commerce de 1965 et D autre part une publication de la Mairie de Paris-APUR- Chambre du Commerce et de l Industrie de Paris intitulée «Une image du commerce parisien en 2001» réalisée à partir de la Banque de données sur le commerce. Il nous a fallu comparer les chiffres entre 1965, 1990 et 2001, et contourner les difficultés de nomenclature des secteurs d activité qui divergent entre ces deux sources. Lorsque l adéquation n a pas été possible, nous avons simplement indiqué s il y avait une hausse ou une baisse. En rouge figurent les surreprésentations et en bleu les sous-représentations. Au vu de ce tableau (page suivante) nous pouvons dégager quelques conclusions. Tout d abord que les commerces de proximité (alimentaire notamment) tendent à se raréfier, au profit de commerces de loisirs, culture, mais aussi restaurants et bars. On peut noter la baisse du secteur de l horlogerie-bijouterie et des équipements de la personne en général qui étaient pourtant surreprésentés, au profit de galeries d art ou d antiquaires. Cette évolution du commerce est contradictoire avec les connotations du village. On s attendrait à voir des commerces de proximité, mais ceux-ci sont en fait en déclin depuis plusieurs décennies. Cependant il n y a pas de réelles oppositions entre les activités du 3 e et celles du 4 e arrondissement. Les surreprésentations ou sous-représentations sont la plupart du temps le fait des deux arrondissements ; mais on peut signaler le plus grand poids des galeries d art dans le 3 e arrondissement ou des antiquaires dans le 4 e. L art et la culture semblent en tout cas prendre une place prépondérante dans le Marais, au côté du loisirs. Sans doute cela participe à l identité du Marais. Bien sûr tous les critères du village ne sont pas analysés à travers ses statistiques. Mais l analyse sociologique, commerciale, et architecturale (autant que possible) montrent des contradictions pour caractériser l unité du Marais, ou du moins du 3 e et 4 e arrondissements. Ces chiffres mettent en valeur les changements radicaux du Marais depuis 50 ans, mais rien n isole clairement le Marais du reste de Paris et l hétérogénéité interne semble trop forte. 8

9 Enquête 2001 Enquêtes TYPES COMMERCES (part % du total) EQUIPMT LOISIRS - CULTURE - SPORT PARIS 14,1 3e arrt 19,3 4e arrt 19,0 Evol tendce HAUSSE multispécialiste Culture, sport, loisirs 0,0 0,0 0,0 livres - journaux - papeterie 3,9 3,4 4,8 son et image 1,9 2,1 1,3 informatique 0,6 0,4 0,2 articles de sport 0,4 0,7 0,5 autre commerce de loisirs 3,7 3,6 6,8 vente et entretien d'animaux 0,4 0,2 0,0 équipement de sport et de jeux 0,2 0,5 0,3 galerie d'art 1,5 7,1 3,8 services liés aux loisirs, sport, culture 1,6 1,3 1,4 AUTO - MOTO 1,9 1,0 0,5 conces. et hall d'exposition auto-moto 0,8 0,7 0,0 entretien-vente petits équip. Auto-m 1,0 0,3 0,5 location auto 0,2 0,0 0,0 CAFES - RESTAURANTS 21,7 23,0 23,7 HAUSSE 18,5 20,6 débits de boissons 3,3 3,1 4,8 restauration traditionnelle 14,9 16,3 16,7 restauration rapide 3,4 3,4 2,1 restauration avec spectacle 0,1 0,1 0,2 SERVICES COMMERCIAUX 10,3 8,8 6,5 HAUSSE 1,1 4,2 services financiers 2,4 2,2 2,2 assurances 1,2 0,6 0,5 services immobiliers 2,8 2,6 2,1 agences de voyages-compagnies aérienne 1,7 1,5 1,1 auto-école 0,4 0,3 0,1 autres services commerciaux 1,8 1,6 0,5 GRANDS SECTEUR D'ACTIVITES 0,1 0,1 0,2 grands magasins 0,0 0,0 0,1 magasins populaires 0,1 0,1 0,1 hypermarchés 0,0 0,0 0,0 ALIMENTAIRE 11,9 7,9 9,9 BAISSE 20,3 13,5 grands généralistes alim (>=300m2) 0,6 0,2 0,2 alimentation générale (<300m2) 2,7 1,9 1,9 boulangerie / pâtisserie 2,8 2,2 2,1 alimentation spécialisée 5,6 3,5 5,6 services liés à l'alimentaire 0,2 0,0 0,1 antenne alimentaire de gds magasins 0,0 0,0 0,1 EQUIPEMENT DE LA PERSONNE 18,6 24,2 21,5 BAISSE commerce détail de l'habillement 10,3 13,9 13,2 commerce détail chaussure-maroquinerie 2,2 2,5 3,1 27,0 21,9 bijouterie - horlogerie 2,0 3,7 3,2 10,0 6,7 services liés à l'équipement de la personne 4,1 4,1 1,9 EQUIPMT SANTE - BEAUTE - HYGIENE 10,1 6,6 7,0 pharmacie et articles mécidaux 3,0 2,2 2,5 cosmétiques 1,0 0,7 0,7 soins du corps 5,9 3,5 3,7 sains aux défunts 0,2 0,1 0,1 EQUIPEMENT DE LA MAISON 11,3 9,0 11,8 mobilier et petit équipt du foyer 3,5 3,1 4,6 électroménager / radio-tv 0,8 0,4 0,4 biens d'occasion en magasin 0,3 0,3 0,5 antiquités 1,6 1,3 2,9 vente de matériel droguerie, brico-jardin 1,0 1,0 0,3 petit artisanat de la maison 3,7 2,8 3,0 services liés à l'équipmt de la maison 0,4 0,1 0,1 TOTAL 100,0 100,0 100,0 9

10 C/ L observation personnelle a/ Observer le quartier du Marais : méthodes Un premier contact avec le terrain nous permet d appréhender la réalité de ces données sur place, de visu. Différents éléments sont observés : - l architecture (petites rues, immeubles anciens, état des immeubles) ; - la fréquentation des rues (niveau social à travers la tenue vestimentaire et l allure des passants, mais aussi origine ethnique, la présence ou non de tourisme. Venir à différents moments : le matin, le midi, le soir, en semaine, le week-end) ; - les commerces (type d activité, clientèle ) ; - la sociabilité de rue (discussions entre habitants, à la sortie des écoles ). b/ Les acquis de l observation personnelle Les conclusions de notre observation personnelle révèlent : - Le problème de délimitation du Marais : l architecture ne change jamais radicalement. Seuls le boulevard Beaumarchais à l est et la Seine au sud sont des ruptures nettes dans le paysage. A l est : le boulevard Sébastopol est sans doute le plus commode, mais l architecture ne change pas tellement quand on poursuit sa route plus vers les Halles. Mais c est au nord que la délimitation est la plus difficile : rue de Turbigo? rue de Bretagne?... - Une hétérogénéité sociale très visible : le sud-est, vers la place des Vosges et entre la rue Saint-Antoine et la Seine est beaucoup plus cossu (hôtels particuliers, beaux immeubles anciens en bon état, antiquaires, plus de petits espaces verts ). Au centre du Marais c est intermédiaire (immeubles moins prestigieux, un peu moins anciens). Au nord, en particulier au Nord-ouest mais aussi vers la rue de Bretagne des immeubles moins bien entretenus, mais aussi rénovés, une population plus modeste, du commerce de gros, souvent tenu par des Asiatiques. - Trois communautés semblent vivre dans le Marais : au centre ouest (autour de la rue Sainte- Croix de la Bretonnerie) la communauté homosexuelle, avec ses bars et drapeaux arc-en-ciel, qui s étend sur une assez grande superficie. La communauté juive, au centre (population juive très présente notamment rue des Rosiers, commerces de bouche cachères en activité, nombreuses synagogues), et résiduellement au sud (boutiques à devantures plus poussiéreuses, isolées, dans petites rues sans passage, vendant des objets de tradition juive, beaucoup moins de synagogues, malgré un mémorial fraîchement construit). La communauté chinoise, à laquelle est associée le commerce de gros (boutiques-entrepôts de maroquinerie, chinois transportant des cartons dans la rue et autres livraisons de cartons avec caractères chinois. Egalement des petites boutiques d objets gadgets et autres bijoux fantaisies ) - Une fréquentation touristique qui se concentre essentiellement au centre du Marais, vers le Marais gay et ce qu il reste du Marais juif (vers la rue des Rosiers). C est là qu on trouve le plus de bars, avec quelques galeries d art un peu clairsemées. Le sud du Marais (au sud de l axe Rivoli-Saint-Antoine) a l air peu fréquenté par les touristes. Le nord du Marais est aussi à l écart de ces passages touristiques. Ce sont surtout des Chinois qui marchent dans la rue, sans doute des familles de commerçants. 10

11 Nous pouvons résumer l acquis de nos observations personnelles en cartographiant quelques éléments importants, ceux que nous avons eu du mal à percevoir dans l étude statistique, mais qui nous sont apparus évidents lors de l observation sur le terrain. Où est donc ce «village»? Faut-il le trouver uniquement dans les représentations des habitants? et de quels habitants? N y aurait-il pas alors une contradiction entre ces représentations, une conscience de quartier, et une réalité? Ou bien cette idée de village n estelle qu un discours politique auquel même les habitants n adhèrent pas? Seule l enquête pourra le dire. 11

12 II. L ENQUETE Il nous a semblé nécessaire de rentrer en contact avec les principaux acteurs susceptibles de nous rendre compte de la réalité du quartier du Marais (politiques, urbanistes, agents économiques, et habitants), réalité qui suite à nos recherches préliminaires nous apparaît multiple et contrastée. Nous avons préféré commencer par rencontrer au cours d entretiens semi-ouverts des personnes «compétentes» afin de mieux connaître la vie du quartier, les enjeux dont il est l objet actuellement, ainsi que de préciser si possible ses délimitations. Une fois ces premiers entretiens réalisés, nous nous sommes dirigés vers les associations afin de mesurer la pertinence de l idée de village tant à travers des questions relatives au fonctionnement et aux actions de ces dernières, que par leurs propres réflexions sur ce terme. Enfin, nous avons mis au point deux questionnaires, l un destiné aux habitants et l autre aux commerçants, dans le but d établir une sorte de paysage socio-économique du quartier tout en confrontant les représentations de ces derniers à leur expérience vécue. A. Entretiens avec les autorités locales et les professionnels. Comme nous l avons déjà expliquer en première partie, le quartier du Marais ne correspond pas à une entité administrative établie, mais chevauche au contraire deux arrondissements. Un premier problème se pose donc : existe-t-il un organe institutionnel approprié à la gestion du Marais? Si ce n est pas le cas, qui peut être susceptible au sein de la sphère politique et administrative de s occuper particulièrement de ce quartier? Au cours de nos différentes recherches, deux institutions nous ont paru recouvrir notre terrain : en premier lieu, la direction de l aménagement et de la construction de la ville de Paris, en charge d un plan de sauvegarde et de mise en valeur du Marais, et en second lieu, la mairie du 4 e arrondissement de Paris travaillant sur un projet de réaménagement du quartier du Marais depuis l été Après une meilleure prise de connaissance de ces différents projets, nous avons pu obtenir des rendez-vous avec les personnes chargées de la conduite de ces deux projets. Nous avons axé ces entretiens avant tout sur le rôle de ces institutions, le but et les moyens de leurs actions, ainsi que sur leur compréhension du quartier concernant à la fois son aménagement et sa réalité sociale. Cependant, ces deux personnes, étant davantage en postes de superviseurs que de chercheurs à proprement parls, nous avons regretté de ne pas pouvoir approfondir davantage certaines questions, ni de connaître leur approche et expérience du terrain. Toutefois, le plus intéressant pour nous, est de constater que ces politiques urbaines prennent en compte cette idée de village. Cette dernière est d ailleurs parfois au cœur de ces politiques. 1 1 Voir l extrait du Cahier d intention pour l amélioration du cadre de vie (Mairie du 4 e ) en annexe 3. 12

13 a/ Entretien avec la responsable à la réglementation de l urbanisme de Paris Remarques préalables : Nous avons eu quelques difficultés à faire comprendre exactement nos questionnements et les raisons de notre visite. Mme Gonpel semblait regretter «une erreur d aiguillage». De plus, la stagnation actuelle de ce plan expliquerait le manque d investissement de la personne entretenue, qui va remettre la réalisation de ce projet à un cabinet d architectes. Toutefois, cette rencontre conforte l idée d un manque d unité et de cohérence du quartier du Marais, dont l évolution actuelle échappe en partie aux autorités compétentes. Les délimitations choisies par les aménageurs 1 ont beau être strictes, Madame Gonpel avoue ne pas connaître les critères qui les ont déterminés, et doute même de la pertinence d un tel découpage. Un tel morcellement de l espace s oppose à l idée même de village. Le travail des équipes élaborant le PSMV consiste plus à une mise en valeur/sauvegarde architecturale qu à une action sociale ou économique. Compte rendu de l entretien avec Mme Gonpel, travaillant à la réglementation de l urbanisme de la ville de Paris. Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Marais Suite à la loi Malraux de 1962, instaurant la mise en place à l échelle nationale des espaces urbains à sauvegarder, deux secteurs sont institués à Paris : le Marais, et le quarter du faubourg St Germain. Est alors constitué un plan de sauvegarde et de mise en valeur du quartier du Marais 1 dont les objectifs principaux sont : - la diminution des activités industrielles qui mitent véritablement l ensemble du quartier. - faire l inventaire du patrimoine architecturale suite à un intérêt grandissant pour le Paris historique. - la mise en place d un plan de curetage visant à détruire les immeubles insalubres (nombreux à cette époque) afin d améliorer les conditions d habitation, mais aussi créer des voies de circulation plus larges, des espaces piétonniers, Mais ce PSMV dont on ne sait alors s il s agit d un ensemble de propositions ou d un document d urbanisme réglementaire, ne sera approuvé par l Etat seulement en Plusieurs raisons peuvent expliquer la longueur de la procédure : - le manque de moyens techniques à l époques facilitant le recensement et la cartographie des îlots à modifier. - la multiplicité des intervenants (Ministère de la culture, Ministère de l équipement, ville de Paris, architectes des Bâtiments de France ) dont les objectifs et intérêts divergent. - le coût financier et les problèmes de propriété du foncier. - l absence d une prise en compte de la réalité socio-économique du quartier par le PSMV. Les habitants craignent alors la disparition des services et commerces qui font vivre le quartier, d où un certain désintérêt et un manque d implication dans la mise en marche du projet. - une superposition des documents d urbanisme (mise en place progressive des PLU, PDU sous l égide de la municipalité et non de l Etat comme c est le cas pour le PSMV) dont la connaissance et le respect des principes établis devient vite impossible. Aujourd hui ce PSMV doit donc être réactualisé et réorienté afin de faciliter sa réalisation. Avant tout, les projets d urbanisme n y sont plus pensés au niveau de l îlot (opération globale) mais au niveau de la parcelle (chaque bâtiment), ce qui permettra une cohabitation des différents plans d urbanisme, accordés sur la réalisation d objectifs communs. De plus le contexte socio-économique, et même politique du quartier n est plus celui de la mise en place du PSMV : évolution des coûts fonciers, du type d activités économiques, des regards portés sur le patrimoine architectural, Le quartier du Marais, reconnu par les autorités compétentes depuis les années 1960 comme un espace à protéger, a pourtant profondément évolué en marge de tout plan d urbanisme. Les pressions diverses qui s y exercent aujourd hui remettent au goût du jour la formulation de plan d aménagement afin de conserver le pittoresque du quartier tant apprécié par ces nouveaux habitants. 1 Voir plan en annexe 2. 13

14 b/ Entretien avec un membre du cabinet du maire du 4 ème arrondissement Remarques préalables : notre deuxième entretien se révéla plus prometteur. Le projet sur lequel travaille Mr Bogey étant en cours, celui-ci sembla davantage concerné par les questions d aménagement du quartier, et mieux informé sur la réalité socio-économique du Marais. Il s avéra particulièrement attaché à l idée de village, concept sur lequel repose le plan d amélioration du cadre de vie 1. Cette insistance à «redéployer le village» met pourtant en doute l existence réel d un esprit village. Si celui-ci a existé, il serait aujourd hui dans la nécessité d être sauvegardé. Il nous a semblé que d une certaine façon que Mr Bogey tentait de promouvoir son quartier en nous en faisant une description fictive, rêvée, plus que de le dépeindre fidèlement son visage actuel. Enfin, les conclusions que nous pouvons tirer de cet entretien concerne uniquement le 4 ème arrondissement. Or, nous n avons pas eu connaissance de projets semblables à celui-ci dans la municipalité du 3 e arrondissement, ni pu rencontrer les conseillers. Nous nous devons donc de minimiser nos observations, qui, a priori, ne peuvent être confirmées pour la globalité du Marais. Rapport de l entretien avec Mr Bogey Mr Bogey travaille au sein du cabinet du maire du 4 e arrondissement de Paris (Mme Bertinotti). Il est en charge spécifiquement de tous les dossier de démocratie locale et d urbanisme. Dans le cadre de ses fonctions, il a supervisé une enquête effectuée auprès des habitants du quartier du Marais, ces derniers ayant été interrogés sur leur cadre de vie. L enquête avait donc pour but de déterminer les opérations d aménagement nécessaire à la valorisation du cadre de vie, afin d éviter comme le craint Mr Bogey une véritable muséification du quartier où ne subsisteraient que commerces et services administratifs. Si le besoin d agir se fait sentir, c est que la population du quartier a diminué de moitié en 40 ans. Dans les faits, c est toute une équipe de sociologues (Laboratoire de Sociologie Urbaine Intergénérative) et d urbanistes (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) qui ont travaillé sur le terrain. Elle a été accompagnée par tous les sevrices techniques de l ensemble des directions de la ville de Paris (voirie, équipement, parcs et jardins, ). Pour cela, ils ont délimité le quartier du Marais par quatre axes majeurs : la rue de Turenne, la ru des Francs Bourgeois, la rue de Rivoli et la rue du Temple (Attention, cette délimitation ne prend en compte que le 4éme arrondissement!). Mr Bogey reconnaît à ce sujet que ce n est qu une délimitation parmi tant d autre, mais que c est la plus courante. Il ajoute qu elle correspond à un secteur où des conflits pour l aménagement avait déjà été décelés. A l intérieur de ce périmètre, trois sites ont été désignés comme prioritaires : la rue des Rosiers, la rue des Trésors, et le terre-plein St Paul. Mr Bogey se défend contre l idée d un micro-amènagement, et explique qu au contraire qu il s agit d une démarche collective et global. Mais le coût qui en résulte, ainsi que les nuisances que tout travaux occasionne nécessite d opérer par étapes. Les trois sites sélectionnés ont tout de même vocation d exemple. Cette enquête a donc été lancée durant l été 2001 pour s achever en partie en avril Aujourd hui, seule la rue du Trésor (où les plaintes étaient les plus nombreuses) va bientôt être mise en travaux. Les deux autres sites n en sont encore au stade de détermination des projets d urbanisme. Aux vu du succès de cette opération, ce sera bientôt au tour de la rue des Francs Bourgeois de connaître «le même sort». La population fut donc largement mise à contribution pour l établissement des différents projets, et ce aux cours de diverses étapes. Dans un premier temps, un repérage sur le terrain a été effectué en présence des chercheurs, de membres de la mairie, des services techniques, et des habitants qui le souhaitaient. Cette étape a permis de dégager les éléments essentiels à changer tout en élaborant des projets d amélioration. Ainsi quatre éléments ont été mis en évidence : le problème de la circulation (étroitesse des rues, bruit ), des commerces et des nuisances qu ils occasionnent, des recoins (problème de propreté), et de la présence de la nature. Mr Bogey ajoute que pour redonner vie aux quartiers, la question de l aménagement de places publiques a été aussi à l ordre du jour. Une réunion publique a alors été organisée pour établir les premiers résultats de l enquête. Quatre cent personnes ont été présentes, ce qui est très rare. L intérêt que portent les habitants à ce projet n est donc pas à 1 Voir l extrait du Cahier d intention pour l amélioration du cadre de vie (Mairie du 4 e ), annexe 3. 14

15 prouver. Ces derniers se sentant directement concernés n hésitent pas à s investir, et à participer à des groupes de travail mis en place pour chaque secteur réunissant résidants et commerçants. Mr Bogey remarque que plus le projet avance, plus les procès d attention disparaissent pour laisser place à des critiques plus constructives. Les différents groupes de travail sont encadrés par des chercheurs, mais aucun membre du conseil municipal ne doit y être présent. Dans le cadre de ces travaux, tous les scénarios sont envisagés, et toutes les idées sont écoutées. Au final, le projet choisis est le fruit d un consensus habitants, commerçants, et conseillers municipaux. Cette importante participation des différents acteurs de la vie du quartier semble indiquer l existence d un fort intérêt pour la vie du quartier. En ce qui concerne la notion de village, Mr Bogey semble ne pas hésiter une seconde. Pour lui, cette image n est pas une représentation fantasmée, mais une réalité quotidienne. Il en veut la preuve qu historiquement ce quartier a toujours été un peu à part, et que la qualité de partage, et la vie sociale y ont toujours été développées. Pourtant la suite de ces propos semble aller dans le sens inverse. En effet, Mr Bogey avoue que cette réalité est moins forte à l heure actuelle : on ne trouve presque plus de commerce de proximité qui hier animaient le quartier. Ceux-ci ont été remplacés par des commerces de luxe, des antiquaires, et des galeries d art( ne nous rapprocherions nous pas davantage de l idée de quartier musée?). On y trouve moins d espaces de rencontre (passages fermés ). Il constate aussi que la population est en mutation. En effet, l élévation du coût foncier et les nuisances divers de ce quartier sont peu favorables à l installation de familles. Les couples, à l arrivée de leurs premiers enfants sont très vite contraint de déménager. Certaines classes sont ici obligées de fermer! Quant aux personnes âgées, présentes de longue date, celles-ci sont, par la force des choses de moins en moins nombreuses A cela s ajoute une vie associative quasiment au point mort. Mr Bogey reconnaît qu à l exception des conseils de quartier, il n existe pas d association aux objectifs suffisamment larges. Il conclut «l aspect branché du Marais a profondément modifié ce que le quartier était hier». On est donc finalement très éloigné du constat de départ. Si village il y a eu, il en est aujourd hui de traces que dans son architecture, et l étroitesse de ses rues. Aujourd hui, les comportements urbains (individualisme, ) sont ancrés dans la manière de vivre des habitants du quartier. Ce que regrette Mr Bogey, qui espère à travers cette valorisation du cadre de vie, limiter les départs, et maintenir un équilibre entre fonction résidentielle, et fonction commerciale. Lourd pari! B/ Entretiens avec les associations En nous rendant à la mairie nous avons pu prendre connaissance de l ensemble des associations affiliées au quartier du Marais (cf détail des associations ci-après). Conformément à ce que nous avait annoncé Mr Bogey, il existe peu d associations dans ce quartier. Cette dimension est d ailleurs un premier élément à confronter à l idée de village, puisque le cadre associatif est généralement considéré comme étant un lieu majeur de sociabilité, et donc de vie, qui aurait pu expliquer l esprit village. Or c est l inverse qui semble se produire Nous avons effectué une première sélection en excluant de notre cadre de recherche toutes les associations sportives ou culturelles, pour nous concentrer essentiellement sur des «associations de quartier». Encore une fois, nous sommes surpris par la faiblesse du réseau associatif puisque la majeure partie de ces associations a pour seul objectif la protection du cadre de vie, et ce sur un secteur bien délimité (une rue, et parfois les rues avoisinantes). Il semble ne pas exister d association attachée au Marais dans sa globalité. De plus, ces associations semblent servir avant tout d intermédiaire entre les requêtes singulières des habitants et la Mairie, et non d espace de rencontre entre les habitants. Malgré tout, il nous a été impossible de rencontrer en contact avec l ensemble des associations. Ne possédant ni numéros de téléphone, ni adresses internet, nous avons du pour beaucoup procéder par courrier, et le plus souvent n avons jamais reçu de réponses. 15

16 Nous ne disposons donc pas de la totalité des informations nécessaires à l expression d un constat définitif et certain. Nos propos seront donc fortement influencés par les seules associations que nous avons pu rencontrer, et qui ne sont sûrement pas totalement représentatives. Celles-ci sont au nombre de quatre, et se concentrent pour la majorité sur des questions de défense d espaces très limités au sein du Marais. Pour chacune d elle, nous nous sommes attachés d abord à connaître l association (création? Fonctionnement? Objectifs? Profil de ses membres?), puis de connaître leur position vis à vis de l idée de village, ainsi que leurs propres pratiques dans leur quartier. Associations du Marais Association Saint-Claude le Marais 7, rue Saint-Claude (4 e ) Association Sauvegarde et Mise en Valeur du Paris Historique 44-46, rue François Miron (4 e ) Association de sauvegarde du quartier des Gravilliers 29, rue des Gravilliers (3 e ) Association Copropriétés et habitants du Marais 39 ou 40, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie (4 e ) Association des Haudriettes 6, rue des Haudriettes (3 e ) Association Sauvegarde Saint-Martin Saint-Merri 11, rue Saint-Martin (4 e ) rencontrée rencontrée rencontrée entretien téléphonique n arrive pas à joindre au tel n arrive pas à joindre au tel Association de défense du Marais-Sud (Petit-Musc/Lions-St-Paul/Beautreillis) 4, rue Jules Cousin (4 e ) pas de réponse au courrier Association le Pavé du Marais 3, rue Edmond Gondinet (13 e ) Association le Marais associatif 3, rue du Bourg Tibourg (4 e ) Association des commerçants de la rue Ferdinand Duval 5, rue Ferdinand Duval (4 e ) Association/Ecole des Francs Bourgeois 21, rue Saint-Antoine (4 e ) Association Paris-Marais Trois-Quatre 2, rue de la Verrerie (4 e ) Association le 4 e en action 39, rue Saint-Paul (4 e ) pas de réponse au courrier pas de réponse au courrier pas de réponse au courrier pas de réponse au mail pas de réponse au courrier pas de réponse au mail 16

17 a/ Entretien avec l association «Sauvegarde et mise en valeur du Paris Historique» Remarques préalables : Cette association se consacre essentiellement aux aspects historiques du quartier ainsi qu à la protection de son patrimoine. De ce fait, elle ne répond pas directement à notre problématique. De plus, elle possède un terrain d action dépassant largement le seul quartier du Marais, puisqu il s étend à l ensemble de la capitale. 1 Cependant, nous avons décidé de nous y rendre, d une part parce qu elle est la seule association qui considère le Marais dans sa globalité, et d autre part parce que le patrimoine du quartier nous paraît être un élément fondamental dans la construction de l idée de village. Rapport d entretien avec l association Sauvegarde et mise en valeur du Paris historique. Discussion avec une des (anciennes) membres de l association - L association L association a été crée en 1963 pour s opposer à la destruction d îlots insalubres suite à la loi Malraux de Elle se concentre au début sur le Marais, et a fini par s intéresser à d autres quartiers historiques de Paris. Elle compte environ 2000 membres, habitants du Marais et plus encore de Paris, de toute la France et même de l étranger. Elle est en collaboration avec l association Remparts. - L interviewée et le Marais La dame que nous interviewons habite rue Saint-Paul, dans le 4 e arrt. Elle aime retrouver toutes ses copines au Monoprix et cela l incite à avoir une impression d être dans un village. Elle remarque que tout le Marais s est clairement embourgeoisé. Des étrangers achètent d ailleurs dans le quartier (vers la rue Saint-Paul notamment, des Italiens.) Elle reconnaît que le Marais va jusque dans le 3 e arrt, mais quand on lui demande une limite nord, elle répond rue Rambuteau (précisément la limite 3 e -4 e arrts). De toute façon elle ne connaît pas au nord de cette rue (donc le 3 e arrt). Pour elle, le cœur du Marais se trouve à l hôtel Saint-Paul, vers la rue des Lions-St-Paul ou la rue de la Cerisaie (coin sud-est du 4 e arrt). - Conclusions Visiblement, l interviewée a une mauvaise connaissance du Marais dans son ensemble, une impression de village mais sans justification valable, donne une délimitation du Marais très approximative. Pour elle, le Marais est avant tout le voisinage (quartier) autour duquel elle habite. Reconnaissance d un embourgeoisement clair et que le quartier était bien plus populaire auparavant. b/ Entretien avec l association Saint-Claude Le Marais. Remarques préalables : cette deuxième rencontre fut particulièrement intéressante, car le président de l association Saint-Claude Le Marais habite le quartier depuis très longtemps, et s est fait un plaisir de nous en compter la vie passée, ainsi que de nous promener un peu dans son quartier. De plus, cet entretien est aussi très révélateur d un phénomène récurrent, à savoir la référence constante au passé du quartier dés que l on fait appel à la notion de village, supposant que cette idée de village est bien plus un héritage qu un fait actuel. 1 Voir site internet : 17

18 Compte rendu de l entretien avec le président de l association Saint-Claude le Marais L association existe depuis les années 80, et elle a pour objectif d améliorer l environnement du quartier (déjections canines, motos garées sur trottoir, pigeons, etc.). Elle signale les problèmes (par courrier) à la mairie du 3 e arrondissement qui les prend le plus souvent en compte et s applique à les résoudre. Le président note un progrès notable de l environnement du quartier. L association compte une vingtaine de membres, tous habitant du quartier (du Marais, 3 e arrt, mais voisinage de la rue Saint-Claude). Les membres de l association discutent beaucoup avec les habitants du quartier pour connaître les problèmes et servent d interlocuteur entre ces-derniers et les pouvoirs politiques capables de résoudre les problèmes. Les actions de l association restent cantonnées au voisinage de la rue Saint-Claude (quelques rues alentours), mais le président de l association affirme que les questions d environnement ou de propreté sont communes à l ensemble du Marais. L association est en contact avec d autres associations du Marais, mais ne semble pas agir en collaboration avec elles. Il existe tous les ans une réunion des associations du Marais, au Carreau du Temple, la journée des associations. Trois groupes oeuvrent à la Mairie, comme des sous-quartiers du Marais (Temple, Rambuteau,?) qui organisent des rassemblements de quartier. Le président de l association, M. Kelberger, habite au 7 rue Saint-Claude (3 e arrt) depuis Ses parents habitaient le quartier. Il a trouvé un travail de maroquinier rue des Filles du Calvaire, et a trouvé «un peu par hasard» cet appartement qui lui convenait aussi parce que non loin de son lieu de travail. Du Marais, il aime l architecture, le «côté village», l accessibilité par les transports en commun (bus surtout). Mais quand on lui demande ce qu il entend par village, il ne sait répondre que «petits squares paisibles» et admet, sur nos propositions, que c est un sentiment très intérieur, et que le village sous-entendrait des relations de quartier importantes. Il ne trouve pas que le Marais est un village-musée, et ne veut pas qu il le devienne. Pour lui, le quartier n est pas surfréquenté : les touristes et l accès à la circulation automobile sont essentiels pour l économie du quartier (pour faire vivre les commerçants notamment et le patrimoine du quartier). Il trouve même qu il n y a pas assez de touristes. Il s oppose à la fermeture de rues à la circulation automobile ou à la suppression de places de stationnement. Il remarque que le quartier du Marais a évolué depuis son arrivée : le Marais était bien plus populaire avant. Les habitants sont désormais des «bobos». Il remarque aussi, sans le dire explicitement, l apparition de la vie gay, mais ne la trouve pas plus gênante que ça, sauf certains gays habillés de manière excentrique ou s embrassant publiquement qui sont un peu embarrassants. Mais il n a rien contre ces personnes. Parmi les commerces, il y a plus de galeries d art. L environnement du quartier s est amélioré depuis son arrivée. Il n a pas tendance à faire ses courses dans le Marais, les commerçant y sont trop chers (surtout sur la rue de Bretagne, ou au marché des Enfants Rouges). Il se rend tout de même à Saint-Paul, mais surtout boulevard Richard Lenoir (11 e ). Selon lui, le Marais correspond aux 4 premiers arrondissements, mais dans le détail (et aussi dans son discours) il avoue qu il correspond, plus précisément, aux 3 e, 4 e, à une partie du 1 er (Beaubourg, tour St Jacques), et à une petite partie du 2 e (St Denis surtout). Il acquiesce le fait qu il existe différents sous-quartiers dans le Marais : le quartier gay, les bobos vers la place des Vosges, un quartier plus ouvrier vers la rue de Bretagne. Il reconnaît aussi la présence de la communauté juive sur la rue des Rosiers notamment. Donc un Marais pluriel, sans homogénéité sociologique, mais avec quand même une vie de quartier, un esprit de quartier (sans vraiment expliquer pourquoi précisément) et une certaine unité architecturale et un patrimoine commun très riche. Commentaires sur l entretien. Somme toute, un quartier, qui se colle peut-être une étiquette de village qui fait chic, attrayant, pittoresque, mais qui revêt de nombreuses disparités internes sans se le dire vraiment. M. Kelberger, qui habite depuis plus de 50 ans dans le Marais, (à l extrémité est du Marais) ne sait pas bien délimiter le Marais, et il s imagine un Marais beaucoup plus grand que la réalité. Mais le quartier dont il parle, est avant tout le voisinage de sa rue Saint-Claude, et finit par avoir un point de vue presque extérieur ou en tout cas reculé quand il parle du 4 e arrondissement ou du Marais-Ouest (dont il n en connaît pas plus que nous les limites, et peut-être même moins que nous qui fréquentons plus souvent le quartier des Halles - St Denis que lui). Comme si le reste du Marais était plus flou, moins connu, plus supposé : un touriste qui connaît bien Paris ou quelqu un qui n y habite pas mais qui le fréquente régulièrement auraient peut-être une meilleure connaissance du Marais dans son ensemble. Certes M. Kelberger connaît bien la rue de Bretagne, le marché des Enfants Rouges, Saint-Paul, la partie nord de la rue du Temple : il n y va sans doute que lorsqu il se ballade car il n a rien d autre à y faire. Mais le quartier où la vie gay bat son plein, où même la rue des Rosier, ou encore le Nord- Ouest du Marais (entre rue du Temple et rue de Beaubourg) : il n en parle que comme s il s agissait d autres quartiers un peu plus lointains. Il ne se Sent pas appartenir à ces sous-quartiers ; son quartier n est pas le Marais, mais le voisinage de la rue Saint-Claude, allant du N au S, du métro Filles du Calvaire/rue du Petit Thouars, jusqu à la place des Vosges et d est en ouest du bd Richard-Lenoir (peut-être au-delà même) dans le 11 e à la rue du Temple. Au-delà ce n est plus le quartier de M. Kelberger. 18

19 Sans se l avouer, il parle de la vie de quartier ou de village à propos de son quartier à lui, mais en ce qui concerne le Marais dans son ensemble, il n en sait pas plus que nous. Il suppose et extrapole les caractéristiques de son quartier (relations avec habitants, avec d autres associations du Marais sans doute, problèmes d environnement ) à l ensemble du Marais qu il connaît vaguement. Il sait qu il habite dans une partie du Marais, que le quartier Saint-Claude (son quartier) est dans le Marais, et c est pourquoi il se permet de rapprocher ses caractéristiques au reste du Marais, sans nier pour autant les différences avec les autres coins du Marais. Et la contradiction est là : il se dit appartenir au Marais, à un espace-paysage plus ou moins bien délimité avec des caractéristiques précises (ce qu il aime ou n aime pas du Marais) et reconnaît en même temps des différences internes, entre sous-quartiers, sans pour autant remettre en cause le terme de village ou même de quartier du Marais. Mais ceci n est-il pas normal? Habiter une partie d un quartier sans le connaître totalement et extrapoler l espace que l on connaît à tout le quartier sous prétexte d y habiter? N est-ce pas précisément cela, le quartier (le village?) : une construction mentale et sentimentale individuelle qui nous rapproche des autres malgré des différences connues, quitte à ce que ce rapprochement soit illusoire? Mais le quartier n est-il que cet imaginaire collectif? Y a-t-il des traces concrètes de ce quartier, des chiffres, qui attestent scientifiquement que ce quartier existe? Il semblerait qu il faille concilier les deux : approche scientifique, palpable et approche subjective et mentale. c/ Entretien avec l association de défense du quartier des Gravilliers Remarques préalables : cette dernière rencontre se différencie beaucoup des précédentes, puisque pour la première fois le concept de village est décrié. Il est possible que la qualité de sociologue de la présidente ait particulièrement joué. Son sentiment à l égard de cette image de village rejoint ainsi nos premières conclusions. Particulièrement enthousiasmée par notre thème de recherche, Mme Burgos nous proposa de faire passer aux membres de l association via internet quelques uns de nos questionnements et premiers bilans (rapport de ces consultations ci après) Compte rendu de l entretien avec la présidente de l association de défense du quartier des Gravilliers Historique du quartier des Gravilliers 1, résumé : Avant les années 80 le quartier des Gravilliers était plutôt populaire (brassage ethnique et culturel important, forte sociabilité de rue, nombreux commerces de proximité et relations intenses ). Dans les années 80 : jeunes aisés et dynamiques s installent, chassant les classes plus modestes. De même des familles chinoises, qui vont travailler dans des ateliers de maroquinerie, notamment dans la rue au Maire, où il y avait avant une forte présence de population d origine maghrébine. Avec ces arrivées, des lieux de sociabilité disparaissent progressivement, le commerce de gros (ce qu ils appellent «import/export») remplace les commerces de proximité et de sociabilité, et l embourgeoisement du quartier chasse les plus pauvres. Pourtant les conditions de vie se dégradent (pollution sonore, et autres des ateliers, pb de propreté, de dégradation du bâti, etc), et le problème s étend à la rue Chapon, de Montmorency, du Temple, et même récemment rue de Beaubourg. Les habitants sont de plus en plus mécontents, réclament l instauration de zone piétonne, s oppose à la prolifération du commerce de gros (monoactivité) et souhaite le retour du commerce de proximité. Le quartier des Gravilliers est sans doute un quartier qui fait un peu carrefour : influence du Marais bourgeois venant du Sud, celle des communautarismes (chinois) et de leur commerce (grossistes) venant du Nord. Mais les deux ne se sont pas si bien rencontrés, mêlés que cela. Il existe une opposition entre le rez-de-chaussée où les commerçants chinois s activent et les habitants des étages, bourgeois parisiens. Ceci crée un problème de cohabitation de deux cultures, de deux modes de vie très différents. Les bourgeois (plutôt bobo) s installant dans le quartier il y a une dizaine d année a cru profiter d une sociabilité, d un aspect vivant et sympathique du quartier, d un côté village aussi, mais la désillusion ne sait pas fait attendre. On peut aussi évoquer le rôle social important dans le quartier 1 Voir site internet : 19

20 des écoles, assez nombreuses, qui ont favorisé pendant un temps cette mixité sociale. Le quartier est aujourd hui en ZEP. L association existe depuis Elle concerne le quartier autour de la rue des Gravilliers (N-S de Réaumur à Michel le Comte, E-O de rue du temple à rue st martin), soit le secteur NO du Marais. Elle compte environ 300 personnes, dont 90% habitent le quartier [des gravilliers], mais aussi élus et personnes d autres associations. Elle est en contact intense avec d autres associations du Marais, et fait parfois des actions communes avec certaines d entre elles. Elle défend les populations les plus exposées aux nuisances (surtout les plus pauvres), et a l air d être très active : mène des enquêtes sur les souhaits de la population résidente, organise des réunions avec les autres associations, forte sollicitation de la mairie du 3 e arrt La présidente, Martine Burgos, habite depuis 33 ans dans la rue. Elle est née en 1947 et est professeur en sociologie (de la littérature). Elle s est installée dans le Marais parce qu il n est pas très loin de là où elle a vécu son enfance (école rue Dussouds, dans le 2 e ) et aussi parce que son mari a acheté dans la rue (avant leur rencontre), au temps où l immobilier dans le quartier était très raisonnable. Elle fait ses courses dans le quartier, et sort dans le quartier mais pas seulement, loin de là. Elle connaît des termes techniques d urbanisme et le PSMV du Marais (a déjà eu affaire à l APUR ou aux architectes de France). Quand elle parle du quartier, elle ne pense pas au quartier du Marais, mais à celui des Gravilliers. Elle connaît bien le Marais dans son ensemble. Si elle reconnaît qu il a des limites floues, elle le délimiterait au nord par la rue Turbigo/rue Réaumur (même au-delà avec la rue du Vertbois, déjà de l autre côté du métro Arts et Métiers, au NO), au sud par la Seine et bd Henri IV [sans doute bd Beaumarchais à l est], à l ouest par la rue Saint-Martin. Ses critères sont l architecture et le cadastre. Elle regrette que la habitants du Marais du 4 e arrondissement limitent le Marais au 4 e arrondissement et que les habitants du 3 e le limitent au 3 e et 4 e arrondissement (opposition de la perception due à l opposition sociale nord-sud du Marais : les plus aisés du sud excluent de leur représentation les plus modestes du nord, alors que les plus modestes incorporent à leur quartier du Marais les plus aisés). La présidente et l idée de village. Martine Burgos ne croit absolument pas à cette idée de village. Cette notion peut sans doute faire référence à un passé populaire de la ville (dans son ensemble), où les campagnes se retrouvaient dans la capitale (immigration de ruraux) et reprenaient leurs modes de vie villageois. La ville était à la fois ce lieu de l anonymat et de la proximité. Mais cet équilibre est rompu aujourd hui, on travaille sur la notion de quartier, dont la perception est très mobile, individualisée. L idée de village a été (re-?)prise par les politiques (notamment lorsque Chirac était maire de Paris : «Paris-village» ou «Paris aux cent villages») et cette idée fait penser à une fermeture, un espace clos ; elle légitime les communautarismes et en cela Mme Burgos trouve cette idée de village dangereuse, le bénéfice de la grande ville est perdu. Mme Burgos note effectivement que le quartier des Gravilliers fait bien partie du Marais, mais il y a là une différence d échelle. Le quartier des Gravilliers est une entité de vie, de combat, de relations, un espace de réflexion et de débat. Ce que le Marais n est pas. Ce dernier est un argument tactique (immobilier sans doute), avec son côté élitiste ; il a une définition historique, architectural, patrimonial, mais tellement hétérogène socialement. Elle est contre l idée d un Marais-musée. Il y a comme une cristallisation autour de l image de village. Contacts avec des membres de l association. Zoom sur le quartier des Gravilliers : fait-il partie du Marais? Le mail : «Le Marais : un village? Nous sommes étudiants en licence de géographie à l université Paris I et nous nous m intéressons au quartier du Marais, et cherchons à savoir si ses habitants (et commerçants) ont le sentiment d être dans un village, comme on le dit si souvent. Par l intermédiaire de Martine Burgos que nous avons rencontrée, il y a une semaine, nous vous transmettons ce thème de réflexion. Vous pouvez lui faire parvenir vos idées et vos interrogations par mail. Cette réflexion nous permettra de connaître votre opinion personnelle sur la question, savoir comment vous, habitant du Marais, vous représentez, comment vous vous imaginez le quartier du Marais. Quelle est en fait votre conscience de quartier? Cette réflexion ne relève pas à notre avis d un savoir, mais d un point de vue. La réflexion tourne autour de ces questions : - Le quartier des Gravilliers fait-il selon vous partie intégrante du Marais? 20

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