Pourvu qu il ne s agisse pas d une décennie perdue

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1 Trimestriel n 17 7 mai 213 Pourvu qu il ne s agisse pas d une décennie perdue Par crainte de reculer l Italie avance sous tutelle. Le gouvernement de «responsabilité nationale» poursuit un agenda de réformes politiques moins ambitieuses que requis par les oppositions, mais permettant une gouvernance économique conforme à la feuille de route dessinée par le gouvernement Monti sur un horizon de moyen terme. Ce pragmatisme rassure les marchés, mais n enlève pas la pression qui se traduit par une difficulté accrue de financement des agents et un attentisme qui tuent dès la naissance toute perspective de reprise. L environnement international L environnement économique ou politique mondial alimente en ce début d année un constat partagé entre déception et incertitude. La déception concerne la croissance, avec une Europe toujours en récession, des États-Unis à la peine pour combler le retard accumulé tout au long des dernières années et un monde émergent qui apprend un nouveau régime, plus lent que le précédent, car affecté par l affaiblissement du cycle manufacturier mondial. Notre scénario central table toujours sur un régime de croissance molle post-bulle, avec une reprise cyclique qui a bien du mal à se frayer un chemin face aux freins structurels liés à la nécessité du désendettement. Des facteurs de soutien existent néanmoins avec des politiques monétaires durablement accommodantes et des taux longs bas en tendance pour accompagner les ajustements bilanciels en cours. Par ailleurs, les deux boucliers OMT et MES ont permis une stabilisation des anticipations de marché, en éloignant le spectre de scénarios extrêmes (purge des excès de pessimisme). Les Etats-Unis sont engagés dans une trajectoire de croissance molle. Le désendettement des ménages se poursuit et l État ne peut plus se ré-endetter pour soutenir la croissance. L accord a minima entre républicains et démocrates pour éviter le mur budgétaire («fiscal cliff») éloigne le risque extrême. La Fed continue d agir comme seul soutien avec sa politique de taux bas pour longtemps (215) et de maintien des achats de titres du Trésor au moins jusque fin 213 (avec un probable ralentissement du rythme des achats dès septembre). Une reprise en pente douce en zone euro est toujours attendue au second semestre 213, avec une ponction budgétaire qui s allège un peu partout (sauf en France) et un environnement mondial légèrement plus porteur. L Italie et l Espagne conservent leur accès au marché avec, en cas de regain de volatilité (risque politique), des interventions en dernier ressort de la BCE (activation du programme OMT). L Irlande devrait être le premier pays sous plan à recouvrer un accès au marché. Le Portugal est susceptible de lui emboîter le pas. Dans le cas contraire, le pays devrait réussir à sécuriser un nouveau plan auprès de l UE avec la bénédiction du FMI. La zone euro connaîtra une nouvelle année de récession (-,4% en moyenne sur l année 213). La croissance est au point mort au premier semestre 213 et une reprise très laborieuse s installe ensuite avec un allègement progressif de la pression budgétaire. L écart persiste entre un Nord qui continue à croître, mais faiblement (,5% en Allemagne et,1% en France en 213), et un Sud toujours en cure d ajustement (-1,7% en Espagne, -1,7% en Italie, -2,4% au Portugal). Les taux obligataires des meilleures signatures souveraines qui restent bas en tendance pour faciliter le désendettement global (cible de 2,1% pour le Bund allemand à horizon fin 213, 2,4% pour l OAT), avec une normalisation très partielle des conditions de marché. Le dégonflement très graduel des primes de risque sur les souverains fragiles est en phase avec l amélioration des comptes publics et le retour timide de la croissance ( ). Les écarts de performance entre les États-Unis et la zone euro devraient trouver une traduction dans les changes, avec un reflux de la parité euro-dollar sur l horizon de prévision, avec toutefois des épisodes de volatilité. Sommaire Pourvu qu il ne s agisse pas d une décennie perdue... 1 Viticulture et vins italiens : un potentiel considérable en attente d une meilleure structuration... 6

2 Focus macroéconomique Paola MONPERRUS-VERONI Le FMI dans son rapport sur la Stabilité Financière met en évidence plusieurs facteurs de risques à surveiller : la zone euro reste un sujet d inquiétude avec un cercle vicieux et des boucles auto-renforçantes entre le désendettement synchrone de tous les agents et la faiblesse de l activité. Les risques associés au maintien prolongé de politiques monétaires ultra-accommodantes sont également évoqués, avec un endettement de marché des entreprises en hausse soutenu par l appétit des investisseurs à la recherche de rendement (notamment fonds de pension et assureurs dont l exposition à ce risque augmente) et des flux de capitaux en direction des émergents avec une hausse du financement en devises et un risque de bulles de crédits et/ou de prix d actifs (sensibilité aux variations de change et au phénomène de «sudden stop»). Du difficile dosage entre responsabilité et changement La protection offerte par la BCE est une condition nécessaire mais pas suffisante à la restauration de conditions propices à la croissance. L Italie l a bien appris et se doit de continuer à fournir des gages quant à son attachement à la poursuite de la rigueur budgétaire, même si elle termine l année 212 dans le respect des critères du Pacte de stabilité et croissance avec un déficit à 3%. Alors que les conditions financières commençaient à se stabiliser, le résultat des élections est venu brouiller un horizon pas encore dégagé. L important recul du PIB en fin d année laisse un acquis de croissance négatif de 1%. Les indicateurs quantitatifs et qualitatifs en début d année montrent quelque signe de stabilisation, mais pas de reprise de l activité. Le risque est maintenant que ces déjà faibles perspectives se retournent sous l effet de l incertitude du cadre politique et que l Italie n arrive pas à accrocher la reprise de l activité qui pourrait se dessiner en deuxième partie de 213 en dehors de la zone euro. L investissement, qui aurait pu redémarrer dans certains secteurs exportateurs, ayant cumulé peu d excès de capacités, sera entravé par l absence de financement. Baisse du taux de marge et de l autofinancement, liquidité asséchée, stock énorme de crédits d impôt et de fourniture impayé par les APU ne pourront pas être compensés par une offre de crédit en recul par un secteur bancaire en grande difficulté de financement. Quant aux secteurs ayant des excès importants de capacités (automobile, construction), l ajustement continuera limitant les perspectives de reprise de l activité des secteurs en amont. Les destructions d emploi se poursuivront, le dispositif de chômage partiel ayant atteint ses limites temporelles, comme le montre la stabilisation des heures autorisées de Cassa Integrazione. Le taux de chômage continuera d augmenter à un moindre rythme sous l effet de l arrêt de la remontée de la population active, les effets de découragement primant sur le récent retour de la population féminine en quête d un salaire d appoint. Le ralentissement des salaires privés sera renforcé par le gel dans la fonction publique. Les ménages seront obligés de continuer de puiser dans leur épargne tout en réduisant leur consommation. Une capacité de financement négative depuis trois trimestres est une première dans l histoire récente du pays, notamment dans un contexte de baisse de l investissement résidentiel. Nul ne doute donc que la demande intérieure continuera de contribuer négativement à la croissance. L amélioration du solde des échanges permettra d afficher un équilibre de la balance courante sans pour autant être un relais suffisant à garantir une croissance positive. A ce scénario, qui voit s éloigner le point de retournement initialement signalé par les enquêtes et qui prolonge la récession à la fin 213 (-1,7% en moyenne annuelle), est associé un risque baissier. Entreprises : la crise d aiguë devient chronique Les premiers résultats en termes d ajustement des déséquilibres macroéconomiques commencent à paraître pour l Italie : déficit public dans les critères du Pacte de stabilité, excédent commercial et baisse des taux souverains. L Italie peut donc entrevoir la fin du tunnel? Malheureusement la phase de reprise qui se dessine dans les économies avancées non européennes semble insuffisante à garantir une phase de reprise de l économie. La demande intérieure dévisse dans une spirale à la baisse qui pourra difficilement être cassée par le seul remorquage de la demande étrangère. La récession qui a frappé l économie italienne a eu un impact très lourd sur le tissu productif. Après la forte chute de la valeur ajoutée en 28 et 29, l Italie est le seul des trois grands pays de la zone euro à ne pas avoir retrouvé le rythme de croissance précédent et à faire l expérience d un nouveau recul de l activité en 212. L emploi après le fort ajustement durant la crise a continué de se replier sans cesse, alors qu entretemps des créations d emploi ont eu lieu en France et en Allemagne. C est dans la construction et dans le commerce que le repli de l activité a été plus marqué, et bien plus fort que dans les deux autres pays, alors que la baisse de l activité industrielle a été similaire en France. % 2, 1,, -1, -2, -3, -4, -5, Taux de croissance de la valeur ajoutée moyenne ,6-4,6 -,6,3,8 1,1,5-2, -2,3 Italie Allemagne France Industrie Bâtiment Services marchands Sources : Insee, Destatis, Istat, Crédit Agricole S.A. Mais l ajustement de l emploi industriel a été plus violent en Italie et cela malgré une utilisation plus importante du chômage partiel, qui au T1-213 concerne 27 travailleurs en équivalent temps-plein (soit 1% des actifs). n 17 - mai 213 2

3 Focus macroéconomique Paola MONPERRUS-VERONI % Taux de croissance de l'emploi moyenne ,5 1,,5, -,5-1, -1,5-2, -2,5-3, -3,5-2,9-2,6 -,1,2,8 1,1,3-2,, Italie Allemagne France Industrie Bâtiment Services marchands Sources : Insee, Destatis, Istat, Crédit Agricole S.A. La situation financière des entreprises italiennes est dégradée, avec un taux de marge qui après son redressement en 211 est revenu au niveau connu lors de la crise de 29. Malgré une faible progression du salaire par tête depuis la crise, c est le rythme négatif de la productivité qui fait remonter les coûts salariaux unitaires et qui contribue à la compression des marges. L augmentation du nombre d entreprises en crise et les fermetures de sites de production ont touché un nouveau record en 212. Bien qu ayant légèrement ralenti au T4-212 (1,7 % par rapport au T4-211), la progression du nombre de défaillances était en hausse de 2,1 % en 212 avec 12 défaillances recensées 1. Ainsi, depuis 29, le nombre de défaillances a atteint 45 et, en 212, la hausse cumulée depuis 28 est de 64%. Les secteurs les plus touchés en 212 sont les activités immobilières, le secteur de l information et de la communication et l agriculture (respectivement + 21,9%, 12% et 14,9% en 212). Les moins impactés sont l industrie et les services financiers (- 6,3% et -12,5% en 212) Défaillances cumulées entre 29 et 212 par secteur 48,2% Sources : Cerved, Crédit Agricole S.A. 23,1% 2,2% 9,1% La moitié des défaillances enregistrées depuis la crise concerne des entreprises de services, mais c est dans le secteur manufacturier que l impact de la crise a été le plus important avec 5,2% d entreprises ayant fait faillite contre 4,6% dans le bâtiment et 2,2% dans les services. La recrudescence des défaillances a lieu parmi les sociétés de capital avec 9 1 défaillances en 212 (+5,1% par rapport à 211) alors que les sociétés de personnes n ont compté que 1 5 défaillances (-3,7% par rapport à 211). Les procédures négociées de restructuration d entreprises en crise (hors défaillances) ont enregistré aussi une remontée rapide en 212 (+4,1%), notamment en ce qui concerne les procédures de restructuration de la dette (+1,3%). C est surtout le secteur de la construction qui présente une nette accélération des procédures de restructuration d entreprises (+24% en 212 contre +17% en 211) Procédures de restructuration d'entreprises en crise (hors défaillances) restructuration dette autres Sources : Cerved, Crédit Agricole S.A. Le taux de cessation d activité a donc beaucoup augmenté depuis la crise (+48%), notamment dans le bâtiment, mais aussi dans les services marchands (commerce) et parmi les branches manufacturières dans le textile et habillement et, dans la chimie. Les liquidations volontaires ont encore augmenté de 2,2% avec un total de 9 entreprises ayant fermé en 212. Bien qu en baisse, le taux de création nette d entreprise demeure légèrement positif fin 212. Au total, l indice de la production industrielle a perdu 25% par rapport au niveau d avant la crise. Certes, le processus sévère de sélection du tissu productif a contribué à améliorer la compétitivité des produits italiens, mais cet aspect ne sera peut-être pas suffisant pour tirer profit des nouvelles opportunités créées par une demande extérieure dynamique. En effet, le tissu productif est affaibli par le retard de l investissement et par l obsolescence des équipements. L investissement productif a reculé de 23% depuis son pic de 28 et le taux d investissement a retrouvé au T4-212 son creux de la fin 29 (2,5%). Le stock de capital productif est donc stable depuis 29, l investissement étant le juste nécessaire afin de remplacer l obsolescence physique. 1 Le nombre de défaillances n'est pas comparable avec le chiffre français, car le législateur italien exclut de la procédure de faillite les entreprises agricoles et celles avec un chiffre d'affaires inférieur à 2 euros. n 17 - mai 213 3

4 janv.-1 avr.-1 juil.-1 oct.-1 janv.-11 avr.-11 juil.-11 oct.-11 janv.-12 avr.-12 juil.-12 oct.-12 janv.-13 avr.-13 janv.-1 avr.-1 juil.-1 oct.-1 janv.-11 avr.-11 juil.-11 oct.-11 janv.-12 avr.-12 juil.-12 oct.-12 janv.-13 avr T1 29 T2 29 T3 29 T4 21 T1 21 T2 21 T3 21 T4 211 T1 211 T2 211 T3 211 T4 212 T1 212 T2 212 T3 212 T4 Focus macroéconomique milions Stock de capital productif (volume) Sources : Istat, Crédit Agricole S.A. Paola MONPERRUS-VERONI conditions favorables de financement. Afin d exploiter la reprise de la demande adressée par l étranger, les entreprises italiennes doivent pouvoir dépasser le problème majeur des difficultés de trésorerie. Leur niveau de liquidité est en effet encore aussi faible au mois de mars 213 que dans l après Lehman. Et l enquête de la Banque d Italie ne signale pas d amélioration avec 27,2% des entreprises reportant une liquidité insuffisante au T2-213 (29% des PME). Et les difficultés de paiement, dues soit à un problème plus structurel de rentabilité soit à des problèmes de trésorerie, augmentent. Le nombre d entreprises ayant connu un incident de paiement en 212 (47 entreprises) a beaucoup crû (+8,8%) et il est de 45% supérieur à l année précédent la crise, mais aussi à l année 29. Mais, lorsqu on le compare à l activité, il a encore augmenté en 212 témoignant de capacités encore en excès. % Stock de capital productif /PIB % Part des entreprises avec plus de 2 mois de retard de paiement 7,5 7 7,27,2 7, 7,1 6,5 6 6,6 6,6 6,7 6,4 6,2 6,2 6, 6,1 5,95,7 5,5 5 5,6 5, Sources : Istat, Crédit Agricole S.A. Le retrait de l industrie italienne paraît irréversible si l on considère l effritement de plusieurs secteurs industriels et paraît reléguer le secteur productif italien à des positions de niche dans une redéfinition de la hiérarchie de l industrie mondiale dans laquelle l Italie ne sera plus un acteur majeur Manufacture : enquête sur la liquidité des entreprises solde d'opinions Sources : Cerved, Crédit Agricole S.A. La part des entreprises ayant connu une contestation de créance s élève à 3,4% dans le bâtiment, à 1,8% dans l industrie et à 1,7% dans les services. Les délais de règlement des factures s allongent et le nombre d entreprises qui accusent un fort retard (> 2 mois) est en hausse. Les entreprises témoignent encore d un accès au crédit extrêmement difficile avec un nombre de demandes de crédit non satisfaites en hausse (14,8% des entreprises manufacturières en mars) et des critères d octroi plus stricts (pour 23% des entreprises en mars) Manufacture : enquête sur les conditions d'accès au crédit solde d'opinions fréquence de 8 réponse Niveau de liquidité Sources : Istat, Crédit Agricole S.A. Perspectives de liquidité La possibilité de reprise est principalement liée à un retour de la confiance et au rétablissement de Facilité d'accès Crédit réfusé Sources : Istat, Crédit Agricole S.A. Crédit obtenu n 17 - mai 213 4

5 211 T1 211 T2 211 T3 211 T4 212 T1 212 T2 212 T3 212 T4 213 T1 213 T2 211 T1 211 T2 211 T3 211 T4 212 T1 212 T2 212 T3 212 T4 213 T1 213 T2 211 T1 211 T2 211 T3 211 T4 212 T1 212 T2 212 T3 212 T4 213 T1 213 T2 Focus macroéconomique Paola MONPERRUS-VERONI Bien que ralentissant, le crédit aux entreprises a continué de baisser en février (-3.9% en g.a.). Il s agit certes d un phénomène de demande, le contexte récessif pesant sur les projets d investissement des entreprises et l incertitude politique n aidant pas à la décision Déterminants de la demande de solde crédit par les entreprises d'opinions Investissement Fonds de roulement Restructuration dette Sources : Banque d'italie (BLS), Crédit Agricole S.A. Mais les contraintes du côté de l offre sont toujours présentes. Si la stabilisation des conditions financières internationales joue en faveur d une réduction de la réticence des banques à prêter, la situation de la demande intérieure se présente de plus en plus comme un obstacle Déterminants des critères d'octroi du crédit aux entreprises solde d'opinions La dégradation de la qualité des actifs, l impact de la conjoncture sur les résultats et les conditions futures de collecte conduisent à une sélectivité accrue et à une réduction de l offre. Selon l enquête trimestrielle de la Banque d Italie au premier trimestre 213, les conditions d accès au crédit montreraient une moindre dégradation. Et effectivement le coût moyen du crédit aux entreprises était en légère baisse à 3,5% en février, mais néanmoins supérieur de 33 pb à l Euribor à 3 mois, signe que la baisse du taux interbancaire n a pas été répercutée sur les taux prêteurs. De plus, le taux sur les prêts de moins de 25 euros, principalement octroyé aux PME, s élevait à 4,9% soit 2 pb supérieur à celui pratiqué sur les prêts de montants supérieurs à 1 million, destinés aux grandes entreprises. De ce point de vue, les ressorts de la politique économique sont limités aux mesures de déblocage des crédits des entreprises envers les administrations qui pourront endiguer la crise de liquidité dans l attente d une stabilisation du secteur bancaire et d une reprise du crédit. Le gouvernement italien a légiféré sur le déblocage du paiement de 4 des 91 milliards d euros d arriérés de paiement de l administration publique à ses fournisseurs, principalement des PME. Le paiement se fera en deux tranches de 2 mds en 213 et de 2 mds en 214 (soit 45% du total). La capacité de ces paiements à activer la demande est limitée, car il s agit principalement de dettes relatives à des dépenses courantes des administrations qui ont déjà été effectuées. Les biens et les services ont donc déjà été produits. Seulement pour les 8 milliards de dépenses d investissement, le déblocage de certains chantiers en attente de ces fonds pourrait soutenir la dynamique de l accumulation. Mais dans tous les cas, ces flux permettront de fournir un soutien aux entreprises en crise de liquidité, en évitant des faillites, et à payer des arriérés de salaires. Pour la partie des crédits déjà cédés aux banques, on pourrait attendre des effets positifs sur l offre de crédit. Italie Situation patrimoniale Accès aux marchés Liquidité Sources : Banque d'italie (BLS), Crédit Agricole S.A Déterminants des critères d'octroi du crédit aux entreprises solde d'opinions PIB -2,4-1,7,7 Consommation privée -4,4-3,1 -,1 Investissement -8, -3,2 1,5 FBCF équipement -9,7-3, 4,5 FBCF construction -6,4-3,5-1,3 Variation des stocks (a) -,6 -,5,1 Exportations nettes (a) 2,8 1,4,4 Taux de chômage 1,6 11,7 11,8 Inflation (a/a, %) 3,3 2,1 1,8 Solde public (% PIB) -3, -3,1-2,1 (a) contribution à la croissance du PIB (en %) Perspectives économie Perspectives secteur Risque sur collateral Sources : Banque d'italie (BLS), Crédit Agricole S.A. n 17 - mai 213 5

6 Focus sectoriel Benoît BOUSQUET Viticulture et vins italiens : un potentiel considérable en attente d une meilleure structuration La contribution de la viticulture au chiffre d affaires de l agroalimentaire italien ne la place qu en troisième position après la biscuiterie-confiserie et les produits laitiers. Cependant, la notoriété de l Italie dans l univers du vin est comparable à celle de la France, entretenue tant par les volumes produits que par le chiffre d affaires réalisé à l exportation (aujourd hui près de 36 % du chiffre d affaires total «vin»). Entre les viticultures italiennes et françaises, les parentés sont multiples, ce qui n'est pas surprenant puisque si la vigne a été introduite en Gaule à l initiative des colonies grecques sur la Méditerranée, c'est la conquête romaine qui en a largement étendu les surfaces. Outre l ancienneté de l'enracinement, les deux pays ont en commun une multiplicité des appellations sur un territoire qui reste vaste. Mais elles rencontrent aussi les mêmes difficultés de renouvellement, de resserrement et d'adaptation de l'offre face à une demande qui se contracte sur le marché domestique, émerge ailleurs, en même temps que se multiplient les productions issues de nouveaux territoires. L autre pays du vin : l Italie ou plutôt la France? Toutes les régions de l Italie se prêtent à la culture de la vigne, ce qui en fait le vrai pays du vin, plus encore que la France. Aujourd hui cependant, les surfaces consacrées à la vigne sont légèrement moins importantes qu en France (chiffres 21 : 798 ha en Italie pour 825 ha en France). Une baisse continue de la production Comme pour les vignobles du Languedoc français, mais à l échelle du pays tout entier, la politique européenne favorisant l arrachage des vignes de qualité médiocre a contribué à la réduction de la production année après année au cours de la dernière décennie. Si d une manière générale c est le Sud de la péninsule qui a été le plus concerné, cette stratégie n a épargné aucune région. Pour autant (cf. carte), certaines régions du Nord ont quand même vu progresser la sole consacrée à la culture de la vigne, une évolution à mettre en relation avec trois phénomènes concomitants : l amélioration parfois spectaculaire de la qualité, la restructuration des exploitations, plus grandes, plus professionnelles, plus commerciales, enfin le développement de la notoriété hors frontières et des exportations. Le vignoble italien par région : importance et évolution 2-21 (évolution moyenne nationale : -7%) A côté des vins rouges, et blancs secs auxquels il convient d ajouter une centaine d appellations de mousseux il faut aussi souligner la place importante occupée en Italie par les vins doux naturels, nettement plus qu en France où le climat les cantonne à l extrêmesud, comme à Rivesaltes ou Banyuls. Un rendement moyen plus élevé à l hectare plaçait généralement l Italie en première position mondiale par le volume produit même si les années 21 et, surtout, 211 infirment cette règle : en 211, un déficit hydrique important dû à une forte sécheresse a réduit de 1 % en un an une production italienne qui n a pas dépassé 42 millions d hectolitres, après plusieurs années entre 44 et 54 millions d hl. Au même moment, la France livrait une production record de 5,9 millions d hl, un chiffre qui rappelait les années exceptionnelles que furent 24, 25 et 26. Vers une restructuration forte des exploitations Le secteur viticole italien recensait encore 376 exploitations en 21, soit presque 4,5 fois l effectif équivalent en France. Il en découle une surface moyenne inférieure à 2 hectares, un chiffre peu significatif dans la mesure où en Italie comme en France il existe de grands domaines viticoles regroupant plusieurs dizaines d hectares. En réalité, dans toutes les régions viticoles italiennes continuent de coexister des petites structures familiales à la viabilité incertaine, souvent exploitées en complément d autres activités et vouées pour la plupart à disparaître avec les générations qu elles concernent. Source : Office international de la Vigne et du Vin, Crédit Agricole S.A. En 212, malgré une chute brutale de la production française due à une conjoncture climatique particulièrement heurtée (-2% à 4,7 millions d hl, soit la plus basse récolte depuis 2 ans) et quoiqu elle soit moins touchée sur ce plan, l Italie a elle-même vu chuter sa production aux alentours de 4 millions d hl. Déjà, fin 212, les surfaces ont très fortement chuté puisqu elles ne couvrent plus désormais qu environ 65 ha. Les spécialistes s accordent cependant à estimer que ce N 17 - mai 213 6

7 Focus sectoriel Benoît BOUSQUET resserrement des surfaces et des volumes livrés trouve aujourd hui ses limites, surtout si les exploitations continuent de s agrandir et de se professionnaliser. Une multitude de terroirs Plus qu en France, encore, le terroir viticole italien est riche et multiple, avec 38 AOC ET AOCG («garantie») contre 357 répertoriées en France, ainsi que 119 IGT 2, qui correspondent aux appellations «Vins de Pays» (75 en France). L ensemble des vins labellisés représente plus de la moitié, presque les deux tiers de la production viticole italienne, soit entre 27 et 3 millions d hectolitres selon les années. Parmi ces vins à la qualité certifiée, deux appellations représentent des volumes importants, à corréler avec une notoriété internationale : le Chianti, fleuron de la Toscane (1 million d hectolitres produits chaque année) et l Asti Spumante issu des provinces piémontaises (6 hl par an). A contrario, nombre d autres appellations ne concernent que quelques dizaines d hectares et leur notoriété reste très faible. Si un relais n est pas assuré en termes de commercialisation, l avenir de ces vins est incertain. Trois facteurs semblent déterminants pour que la valorisation d une appellation reste acquise : d abord un terroir suffisamment vaste pour assurer une production à la mesure d une offre en développement ; ensuite une identification du vin facilitée par des techniques de vinification maîtrisées ; enfin un rôle significatif des opérateurs commerciaux, privés ou de structure coopérative, vinificateurs achetant le raisin de cuve et assurant la commercialisation du vin sous leur marque, qu il s agisse de vin d appellation ou non. Un rôle moteur des industriels de la vinification Depuis dix ans, on observe une corrélation de plus en plus forte entre la pratique des viticulteurs de livrer le raisin à des structures dédiées à la vinification et l évolution du vignoble, des volumes vendus et exportés. Cette pratique est particulièrement répandue dans les quatre régions septentrionales 3 qui ont vu la surface de leur vignoble s accroître, tandis que la pratique consistant à vendre le vin en direct au consommateur est plus répandue dans les régions en perte de volumes et de surface comme la Calabre, le Basilicate ou la Campanie. Par ailleurs, il faut noter qu à une exception près encore est-ce en Toscane, le siège social des principales entreprises de vinification se situe dans le Nord de l Italie, là où la production progresse depuis dix ans. Pourtant le secteur est encore peu concentré : les dix premières entreprises de vinification ne font que 15 % du chiffre d affaires total du secteur (1,7 milliard d euros sur environ 11 milliards d euros, dont 4 milliards réalisés à l exportation). La concentration s effectue lentement puisque le top 1 représentait déjà 13 % voici 4 ans. Parallèlement à la structuration des exploitations, il faut donc s attendre à la poursuite de la concentration des entreprises de mise en marché, sans doute les mieux armées pour continuer à développer l export. Soulignons 2 Indicazione geografica tipica. 3 Lombardie, Vénétie, Trentin Haut-Adige et Frioul-Vénétie-Julienne. que les entreprises coopératives figurent en bonne place parmi ces vinificateurs, particulièrement en Emilie- Romagne et dans le Trentin. Chute de la consommation domestique, progression des exportations La demande de vin italien représente aujourd hui une équation difficile : d une part, le marché est encore très national : les Italiens boivent peu de vins étrangers et la consommation domestique a longtemps été, et de très loin, le premier débouché de la production de chaque région. Mais cette situation se modifie très vite : les Italiens boivent de moins en moins de vin et se tournent de plus en plus vers les plus prestigieuses des appellations de leur pays Graphique 1 - Evolution de la consommation de vin en Italie 5 consommation totale de vin en Italie (millions hl), éch. g. consommation moyenne (en litre/hab.), éch. droite Source : Office international de la Vigne et du Vin (OIV), Crédit Agricole SA Graphique 2 Evolution du commerce extérieur de vin italien millions d'euros importations Source : données ISTAT retraitées, Crédit Agricole S.A. exportations Non seulement les vins étrangers ne percent guère mais ils font la part belle aux nouveaux pays exportateurs comme les États-Unis, l Australie, l Afrique du Sud : les vins européens de tradition ancienne, à commencer par les vins français, ne bénéficient d aucune préférence. L une des raisons tient aux prix pratiqués : habitué à payer son vin domestique un prix moyen autour de 7 la bouteille le consommateur italien n est guère enclin à dépenser pour accéder à des produits plus prestigieux et donc plus chers N 17 - mai 213 7

8 Focus sectoriel Benoît BOUSQUET Dans ces conditions, le développement des ventes à l exportation est crucial pour l avenir de la viticulture italienne. Là aussi on observe une évolution dans les destinations depuis le début du siècle : trois destinations se répartissaient plus de 6 % des exportations de vin italien : deux pays européens, le Royaume-Uni et l Allemagne, traditionnellement gros importateurs de vins en général, et les États-Unis, bénéficiaires d un courant déjà ancien lié en partie à l importance de la diaspora italienne. Dix ans après (21-211), les ventes ont progressé en valeur de plus des deux tiers, et les trois destinations privilégiées représentent désormais 54 % des ventes. D autres destinations se détachent : Canada, Russie et Chine. Le détail des régions les plus dynamiques à l exportation confirme les informations recueillies précédemment (cf. graphique 3). Au nord, le développement des exportations semble mieux établi : vins plus connus (Chianti de Toscane, Valpolicella et Bardolino de Vénétie, Lambrusco d Emilie-Romagne, Barolo et Asti du Piémont), structures de vinification plus importantes et peut-être une familiarité plus ancienne avec les marchés extérieurs. Une exception, cependant, la région des Abruzzes, appuyée sur le Montepulciano. Au sud, deux régions, la Sicile et les Pouilles se distinguent car leur fort attrait touristique contribue à faire connaître leur production. Mais ces progressions concernent une faible part de la valeur des exportations (cf. graphique 4) Graphique 3 Evolution des exportations italiennes de vin pour les principales régions exportatrices (indice base 1 en 2) Graphique : répartition en valeur des exportations de vin par région Source : Nomisma données estimées d'après données AIDA, CA S.A. Quelles perspectives pour le secteur vitivinicole italien? Les structures traditionnelles de la filière vitivinicole en Italie semblent mal armées pour faire face à la fois au renouvellement rapide de la demande domestique par celle qui grandit au-delà des frontières, et à la compétition croissante sur ce marché. Il faut donc s attendre à la poursuite, voire l accélération de la restructuration des exploitations, à un regroupement parallèle des acteurs de la vinification et de la mise en marché, mais aussi sans doute à une compétition entre appellations qui ne pourra profiter à tous les terroirs. Aujourd hui, le trop grand nombre de ceux-ci rend illusoire toute espérance de rendre lisible leur promotion en l état, pour des consommateurs aux multiples visages, même s ils sont désireux de connaître le meilleur du vin italien Source : Nomisma données estimées d'après données AIDA, CA S.A. Achevé de rédiger le 3 mai 213 Crédit Agricole S.A. Direction des Études Économiques 12 place des Etats Unis Montrouge Cedex Directeur de la Publication : Isabelle Job-Bazille Secrétariat de rédaction : Véronique Champion-Faure Contact: Consultez les Etudes Economiques et abonnez-vous gratuitement à nos publications sur : Internet : ipad : l application Etudes ECO disponible sur l App store Cette publication reflète l opinion de Crédit Agricole S.A. à la date de sa publication, sauf mention contraire (contributeurs extérieurs). Cette opinion est susceptible d être modifiée à tout moment sans notification. Elle est réalisée à titre purement informatif. Ni l information contenue, ni les analyses qui y sont exprimées ne constituent en aucune façon une offre de vente ou une sollicitation commerciale et ne sauraient engager la responsabilité du Crédit Agricole S.A. ou de l une de ses filiales ou d une Caisse Régionale. Crédit Agricole S.A. ne garantit ni l exactitude, ni l exhaustivité de ces opinions comme des sources d informations à partir desquelles elles ont été obtenues, bien que ces sources d informations soient réputées fiables. Ni Crédit Agricole S.A., ni une de ses filiales ou une Caisse Régionale, ne sauraient donc engager sa responsabilité au titre de la divulgation ou de l utilisation des informations contenues dans cette publication. N 17 - mai 213 8

9 Focus sectoriel Benoît BOUSQUET N 17 - mai 213 9

10 n 17 - mai 213 1

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