|
|
|
- François St-Laurent
- il y a 10 ans
- Total affichages :
Transcription
1 Creative commons : Paternité - Pas d Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.0 France ()
2 UNIVERSITE CLAUDE-BERNARD LYON I INSTITUT DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE LA READAPTATION ================== Directeur de l Institut des Sciences et Techniques de la Réadaptation Professeur Yves MATILLON Du bébé bien porté à l enfant bien portant : Quelques réflexions sur les expériences de portage en psychomotricité. Mémoire présenté pour l obtention du Diplôme d Etat de Psychomotricien par Juin 2012 Directeur du Département Psychomotricité Jean Noël BESSON N 1139
3 Président Pr. GILLY François-Noël Vice-président CA M. BEN HADID Hamda Vice-président CEVU Vice-président CS M. LALLE Philippe M. GILLET Germain U.F.R. de Médecine Lyon Est Directeur Pr. ETIENNE Jérôme U.F.R de Médecine Lyon-Sud Charles Mérieux Directeur Pr. KIRKORIAN Gilbert Secrétaire Général des services M. HELLEU Alain Secteur Santé Comité de Coordination des Etudes Médicales (C.C.E.M.) Pr. GILLY François Noël U.F.R d Odontologie Directeur Pr. BOURGEOIS Denis Institut des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques Directrice Pr. VINCIGUERRA Christine Institut des Sciences et Techniques de Réadaptation Directeur Pr. MATILLON Yves Département de Formation et Centre de Recherche en Biologie Humaine Directeur Pr. FARGE Pierre
4 Secteur Sciences et Technologies U.F.R. Des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (S.T.A.P.S.) Directeur Pr. COLLIGNON Claude Institut des Sciences Financières et d Assurance (I.S.F.A.) Directeur Pr. MAUME-DESCHAMPS Véronique IUFM Directeur M. BERNARD Régis IUFR de Sciences et Technologies Directeur M. DE MARCHI Fabien Ecole Polytechnique Universitaire de Lyon (EPUL) et IUT LYON 1 Directeur Pr. FOURNIER Pascal Ecole Supérieure de Chimie Physique Electronique de Lyon (CPE) Directeur M. PIGNAULT Gérard Observatoire de Lyon Directeur M. GUIDERDONI Bruno IUT LYON 1 Directeur M. VITON Christophe
5 SOMMAIRE INTRODUCTION... 6 PARTIE 1 : ELEMENTS THEORIQUES... 7 A- Le portage Définition Les différents types de portage mère-enfant... 9 a- Le désir... 9 b- La grossesse : «tu portes la vie» c- La voix et le regard d- Les expériences de corps à corps e- Le holding, le handling, l objet presenting B- La sécurité interne Définition Lecture psychomotrice de la sécurité interne a- L Axe b- Narcissisme c- Attachement et séparation d- Tonus C- Les effets et les qualités du portage Un modèle de portage : la première relation mère - bébé a- Base d une relation affective b- Partage et communication émotionnelle c- L enroulement, la symétrie et les coordinations d- La contenance PARTIE 2 : ELEMENTS CLINIQUES A- Et s il y avait trop de portage pour Louis? Présentation Louis Louis et sa mère Analyse B- Troubles de l attachement et portage Cadre d intervention a- L institution b- Emilie Présentation L observation psychomotrice... 38
6 Projet de soin Le suivi a- Ma première rencontre avec Emilie b- Ses appuis et le sol c- Le poupon qu elle ne peut pas porter d- La confiance s installe, début d une régulation tonique e- Son rapport à l objet f- La difficulté à s installer g- L apparition du doudou, de la sucette : vers un nouvel attachement h- Difficulté accrue de la séparation i- Insécurité et fragilité des enveloppes sensorielles j- Intériorisation d un portage à vivre de façon moins traumatique Analyse et mise en lien C- Lorsque tout ne va pas de soi, les défaillances de portage : problème de sécurité et de relation Cadre d intervention : Jules en manque de portage? a- Présentation b- Cadre et déroulement de la prise en charge Le suivi a- Ma première rencontre avec Jules b- Le miroir ou comment se regarder? c- Une rencontre difficile d- Un défaut de communication e- «Il est insupportable» f- L éclatement g- Les rassemblements h- Les rencontres en corps à corps Analyse et mise en lien PARTIE 3 : LE PORTAGE EN PSYCHOMOTRICITE A- Les différentes formes de portage de l enfant La voix et le regard Le projet thérapeutique Le portage de la relation mère-enfant CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE REMERCIEMENTS
7 INTRODUCTION Au cours de mon stage en crèche, je me suis rendue compte que les enfants sont beaucoup manipulés. En effet les auxiliaires de puériculture sollicitent les enfants pour les changer, les nourrir, les endormir, les déplacer, les consoler C est alors que je me suis souvenue de mon voyage en Afrique noire au cours duquel j avais remarqué que les enfants étaient portés en permanence jusqu à leur deux ans. Cette pratique est également fréquente en France, il est courant de croiser dans la rue des enfants portés en écharpe par un de leurs parents. Mais, c est dans les maternités que le portage a le plus de succès. Surtout dans les unités pour enfants prématurés dans lesquelles la méthode kangourou 1 est fortement encouragée. Ce portage, cette relation mère-enfant me questionne. Que recherche la mère en portant son enfant si près d elle? Toutes les mères peuvent-elles porter leurs enfants ainsi? Quels sont les bénéfices que l enfant peut retirer de cette expérience? Le portage n existe-t-il que de cette façon-là? Par extension : n entendons-nous pas dans le langage courant, «Comment vous portez vous?» ou «Au revoir portez-vous bien!» ou bien «J ai peur que l on me laisse tomber.». Ces expressions sont les témoins d un portage antérieur ou actuel. Le portage n est pas que physique et ne se limite pas à l enfance. Ainsi, peut-être nous continuons tous à être porté et/ou nous même à porter quelqu un. Finalement, quels sont les bénéfices de ce portage? En quelques années, l enfant passe d un être vulnérable à une personne indépendante. Il acquiert des éléments dont il a besoin pour se construire. Je choisis ici de m intéresser à un de ces éléments acquis par l enfant afin de se différencier, de devenir autonome et indépendant : le sentiment de sécurité interne. Ainsi j essaierai au cours de cet écrit d expliquer comment les expériences de portage mère-enfant participent-elles à la construction du sentiment de sécurité interne de l enfant? Dans un premier temps, je définirai le portage et la sécurité interne. Puis j expliquerai les effets du portage dans la construction du sentiment de sécurité interne de l enfant nécessaire à l acquisition de son autonomie. Dans un second temps, je relierai ma problématique aux regards de ma clinique auprès d enfants en carences de portage. Enfin, je ferai part de mes expériences et réflexions concernant le portage en psychomotricité. 1 Méthode de portage en écharpe en peau à peau. 6
8 PARTIE 1 : ELEMENTS THEORIQUES 7
9 A- Le portage 1- Définition J entends portage au sens de porter quelqu un. Ici, je centre mon attention sur une mère (ou celle qui en tient lieu, c'est-à-dire la figure d attachement de l enfant qui peut être la mère biologique, la mère adoptive, le père ou la soignante référente. C est la personne avec qui l enfant a une relation privilégiée.) Dans mon écrit, je désigne ainsi la personne qui porte l enfant. Je définis «porter» au sens de procurer de l aide, amener du réconfort à l enfant et lui apporter un appui. Tout d abord, le portage nécessite deux personnes : le porteur et le porté. La relation entre ces deux acteurs impose une asymétrie. Cette asymétrie se traduit par la dépendance du porté vis-à-vis du porteur. Le porté est dépendant du porteur dans la découverte du monde, dans sa mobilité. En effet, le porteur peut aussi porter dans le sens de transporter, d amener à. La situation de portage est une sorte de servitude, ce qui peut faire vivre au sujet porté une perte de son identité. Il peut se sentir «objeifier». Par ailleurs le porteur ne peut entendre et répondre à tous les besoins du porté. Le portage comme un porté de corps à corps impose une relation dans l espace intime proche des deux protagonistes. E.T. Hall (1978) décrit qu à cette distance nous voyons l autre dans ses détails, nous avons une image quelque peu déformée. Le dialogue est établi en partie par des chuchotements. La communication est surtout réalisée avec le toucher, le regard, le tonus, la respiration. C est une expérience très fusionnelle. Le portage peut être également une contenance par la voix, par le regard ou un soutien au travers d une prise en charge par exemple. Quelque soit le portage (en corps à corps, par le regard, par la voix ) une interaction spécifique entre deux personnes est présente. Cette interaction met en jeu l attachement, l écoute, la tonicité, l attention des deux protagonistes l un envers l autre. Au travers du portage, les concepts de contenance, soutien, indifférenciation/individuation sont présents. La mère porte son enfant. Il y a ici une notion de charge également. Les enfants demandent que les parents fassent des efforts pour eux, qu ils donnent de leur temps et de leur énergie, qu ils engagent leurs responsabilités. 8
10 2- Les différents types de portage mère-enfant a- Le désir Dans le langage courant, le désir est «l action de désirer ; l envie». 2 «Désirer : souhaiter, avoir envie de.» 3 Ainsi le désir peut être définit par la volonté d obtenir quelque chose ou de faire quelque chose. Le désir se définit plus ou moins comme un souhait, une envie, un besoin spécifique à l Homme. " Dans la conception dynamique psychanalytique, un des pôles du conflit défensif : le désir inconscient tend à s accomplir en rétablissant, selon les lois du processus primaire, les signes liés aux premières expériences de satisfaction. " 4 Le désir est lié à des traces mnésiques et trouve son accomplissement dans la " reproduction hallucinatoire de perceptions devenues les signes de ces perceptions ". 5 Il s agit seulement de reproduction hallucinatoire car l épreuve de réalité montre que le désir n est jamais réellement satisfait. D un point de vue psychomoteur, le désir se manifeste comme une tension plus visible et palpable. Nous en voyons des manifestations au niveau de la posture, de l attitude, du comportement, mais aussi au niveau des mimiques faciales, du regard, de la voix et de la gestualité. Certaines manifestations sont moins visibles pour autrui, comme le rythme cardiaque, la pression artérielle, la température corporelle, la respiration, l activation de zones cérébrales spécifiques. Le projet d avoir un enfant se situe au carrefour des désirs du père et de la mère. Chacun d eux a en lui un enfant imaginaire, celui qu il a été. Ainsi, ils portent chacun leur enfant imaginaire. Ils souhaitent tous les deux inconsciemment que leur enfant ressemble à celui qu ils ont été pour qu il vienne réparer l enfant imaginaire en eux. Or, le désir d enfant constitue un projet commun des parents. Cela sous-entend de prendre en compte l altérité et le désir de l autre. Pour Bydlowski M., le désir d enfant «serait la traduction naturelle du désir sexuel dans sa fonction collective d'assurer la reproduction de l'espèce et dans sa fonction 2 Dictionnaire Larousse Larousse bordas. Paris 3 Dictionnaire Larousse Larousse bordas. Paris 4 J. LAPLANCHE et J-B PONTALIS vocabulaire de la psychanalyse. 2004, Presse Universitaires de France, Paris, P J. LAPLANCHE et J-B PONTALIS vocabulaire de la psychanalyse. 2004, Presse Universitaires de France, Paris, P121 9
11 individuelle de transmission de l'histoire personnelle et familiale» 6. Le désir d enfant est un mouvement naturel et universel. Le désir d enfant peut être motivé par le désir de perpétuer l espèce. C est une composante collective. Mais il peut également être motivé par le désir de transmettre son histoire, son nom C est une composante personnelle. Il peut venir pour réparer l enfance et les failles narcissiques des parents. Ici il s agit de l enfant idéal. Or l enfant qui né est l enfant réel et reste une épreuve de réalité qui dépasse toujours les choix que ses parents ont eus pour lui. D un point de vue psychanalytique, le complexe d'œdipe de la petite fille culmine dans le désir longtemps retenu de recevoir en cadeau du père, un enfant, de mettre au monde un enfant pour lui. Ainsi chez la femme, le désir d enfant fait intervenir la dimension œdipienne. Mais le désir est aussi présent sur le versant du même sexe, par identification à la mère préœdipienne. Ici il s agit du désir d enfant œdipien. Comment le désir d enfant pour les parents est-il une expérience de portage pour l enfant à venir? L enfant est conçu du désir d enfant de ses parents. Le désir est une forme de portage dans le sens où au moment de sa conception, les parents ont pu désirer la venue de cet enfant. Ils portent l enfant dans le sens où ils l inscrivent dans leur généalogie, dans leurs histoires. Ils décident de porter ensemble leur attention et leur désir sur cet être en devenir. Le désir d enfant fait porter une marque à l enfant, comme il porte leur nom. Il permet également aux parents de porter psychiquement un futur enfant, de le rêver. Il s agit de prémices de portage. Puis-je me risquer à dire que l enfant est aussi porteur? En effet, l enfant porte le désir de ses parents, de ce couple, leurs rêves et leurs amours. Le désir d enfant est quelque chose qu il doit porter mais qui est aussi à l origine de sa conception. Il est fait par le couple et pour le couple, comme renforcement narcissique. Le temps de la grossesse est nécessaire pour que l enfant se développe, pour que le couple naisse à la parentalité et qu il se sente prêt à porter physiquement cet enfant. C est aussi le temps de la rencontre entre le désir d enfant et l enfant porté, entre l enfant idéal, œdipien, imaginaire et l enfant réel. b- La grossesse : «tu portes la vie» Il est courant d entendre quelqu un dire à une femme enceinte «Tu portes la vie!». En effet une femme enceinte porte un être vivant en développement dans son utérus. C est un moment unique pour la femme mais également pour le couple. Au cours de la grossesse, un 6 BYDLOWSKI M. (1997), La dette de vie, Itinéraire psychanalytique de la maternité, Paris, puf. P143 10
12 ensemble de modifications physiques et psychiques influent sur la femme et le couple afin de les préparer à l arrivée de leur enfant. Ces modifications seront plus ou moins bien vécues selon les ressources physiques et psychiques de la femme enceinte et suivant les circonstances de la grossesse. Tous ces changements participent au processus de parentalité tout comme l ensemble des examens (prise de sang, échographie, amniosynthése, visite gynécologique ) du suivi de grossesse. La grossesse est un portage particulier puisque la mère porte l enfant en elle. En plus de le porter physiquement, elle lui apporte tout ce dont il a besoin pour se développer (nutriments, oxygène, sang ) Mais elle le porte aussi psychiquement ; en effet dès qu elle sent les premiers mouvements de son fœtus, elle y met du sens. Celui-ci est perçu comme vivant. Elle attribue une attention et une intention à son enfant. Pendant la grossesse, le père porte autant sa femme que son futur enfant. Il découvre sa femme en tant que future mère et se découvre lui-même en tant que futur père. Au cours du troisième trimestre de grossesse, les parents sont dans la perspective de la naissance. Il s agit souvent pour la mère d une phase de repli émotionnel et d attitudes régressives. Cette phase correspond à l émergence d un état interne très particulier que Winnicott a défini comme «préoccupation maternelle primaire». Cet état se développe dans la dernière partie de la grossesse pour perdurer ensuite dans les premiers mois de vie de l enfant. Il va permettre à la mère de pouvoir s identifier au bébé, et d être ainsi au plus juste dans l adaptation à ses besoins. La mère va devoir porter son enfant différemment, dans les bras, par le regard, la voix et le toucher, la tonicité. c- La voix et le regard L enfant est né. Il est très dépendant de son environnement. Sa mère doit tenir compte de ses besoins physiologiques : lui donner de la chaleur, à manger et à boire, respecter son sommeil, assurer sa sécurité. Elle devra également lui donner de la tendresse, lui permettre de découvrir le monde extérieur et ne pas trop le stimuler. La satisfaction des besoins psychologiques est également au premier plan: l enfant a besoin d être reconnu, compris dans ses pleurs et ses gazouillis, respecté, admiré dans ses performances, encouragé dans ses tentatives de découverte. Pendant que la mère assure tous ces besoins, et pour les assurer entièrement, elle parle et regarde son enfant. La voix et le regard de la mère apportent un portage à l enfant comme une contenance et un soutien. La voix et le regard sont des notions qui font intervenir l espace et la distance. Ils permettent également une communication et rassemblent autour d un unique point. 11
13 In-utéro, l enfant perçoit la voix de sa mère. A la naissance, il reconnait la et y est très sensible. Il s apaise rapidement à l écoute de la voix de sa mère et dirige son regard vers celleci. La voix est «l ensemble des sons produits par l air des poumons lorsqu ils font vibrer les cordes vocales» 7. Elle comporte une musicalité, une prosodie et est le support de la communication verbale et non-verbale. La contenance donnée par la voix de la mère participe à la construction de l enveloppe psychique. Elle permet de contenir le psychisme du bébé. «Contenir : - renfermer, avoir en soi, - empêcher quelque chose de s étendre ou d avancer au-delà des limites» 8. Grâce à la voix, la mère explique, rassure, encourage, reçoit et contient la vie émotionnelle et pulsionnelle de son enfant. Par sa voix, elle soutient le Moi de son enfant et maintient ainsi son sentiment de continuité d existence. La voix constitue une enveloppe sonore. L enveloppe peut être imagée comme une membrane qui peut «maintenir les parties du corps ensemble, au service d une cohésion, tout comme les affects, les représentations, les pensées» 9. L enveloppe résulte de l intériorisation de la fonction contenante de l objet (la voix de la mère). Nous parlons d intériorisation lorsque le processus d introjection repose sur des relations. D après Ciccone A., cette intériorisation nécessite une identification adhésive de l enfant à la voix de sa mère, c'est-à-dire une sorte d agrippement sensoriel. Ces éléments mis bout à bout formeront une première sensation de continuité. Puis l identification deviendra projective, elle consiste pour l enfant à projeter ses émotions incontenables dans l espace mental de sa mère pour ensuite pouvoir les reconnaitre comme siennes. Ces processus aboutissent à l intériorisation. Nous comprenons que par le biais de la fonction contenante de sa voix, de ses interprétations, la mère contient les éléments psychocorporels de son enfant et y donne un sens. Cela participe à la construction de l être au monde de son bébé. Le regard participe aussi à la contenance. En effet, un regard bienveillant apporte du réconfort. Il peut être enveloppant. Mais le regard a aussi un rôle verticalisateur, soutenant c'est-à-dire «action de soutenir, d apporter un appui.» 10. Dès les premiers jours de la vie, le regard a un rôle étayant, le bébé suit du regard. Puis, il va accrocher son regard à celui de sa mère. Cela va lui permettre de stabiliser son regard mais aussi sa tête et l ensemble de son corps. L accrochage par le regard contribue à la stabilité motrice ainsi qu à l ancrage postural. L enfant prend appui par le regard sur sa mère. Elle le soutient. 7 Dictionnaire Larousse Larousse bordas. Paris 8 Dictionnaire Larousse Larousse bordas. Paris 9 PEREZ Morgane. La fonction contenante dans le soin psychomoteur. Université Claude Bernard Lyon Dictionnaire Larousse Larousse bordas. Paris 12
14 G. Haag parle «d interpénétration des regards» 11. Le bébé et sa mère se regardent. Cela constitue une bonne expérience pour le bébé. G.Haag explique qu il s agit de jonctions psycho-toniques et psycho-motrices : le bébé est porté à la fois physiquement et psychiquement. Ces jonctions laissent une trace et contribuent à la construction du corps et du psychisme. G.Haag parle de Moi-Corporel. L enfant construit les limites de son corps grâce au contact dos. Par le biais du regard et des informations sensorielles (bouche-mamelon et contact dos) l enfant se construit un arrière-plan, un fond. Le corps se ferme et devient alors contenant. Cette expérience assure un premier sentiment d enveloppe, de continuité d existence et de sécurité. L intégration des limites corporelles permet à l enfant de construire son unité psychocorporelle. L étayage par le corps et la psyché de sa mère sont nécessaires à l acquisition de ses propres appuis physiques et psychiques indispensables à son bon développement. Le portage de l enfant est donc réalisé par cette contenance psychique et cet étayage permis par la voix et le regard. Le portage passe aussi par des expériences de corps à corps. d- Les expériences de corps à corps Les expériences de corps à corps comprennent toutes les situations dans lesquelles l enfant est proche de sa mère pour les soins, les moments de tendresse, les bercements, l alimentation Ces types d expériences peuvent s installer spontanément entre la mère et son enfant ou suivre des méthodes, telle que le portage en écharpe ou la méthode kangourou. A la naissance tous les repères sensoriels acquis pendant la grossesse disparaissent, il n a plus d enveloppe et le bébé est soumis à la pesanteur. Ce vécu peut être à l origine de grosses angoisses. Ainsi lorsque le nourrisson est porté contre le corps de sa mère, il retrouve des éléments qu il connaît. Son ouïe, son odorat, son système vestibulaire, son système sensoriel, son toucher sont stimulés et constituent une continuité avec sa vie intra-utérine. Pour Gauberti, cela permet à l enfant d éprouver ses limites corporelles et de construire sa première structuration spatiale. Il est en sécurité contenu par le corps de sa mère, sa voix, son regard et également son attention psychique. Toutes les stimulations tactiles, perceptives donnent à la peau une réalité perceptive qui étaye sa fonction de frontière entre le dedans et le dehors du corps. Ces expériences posent les fondations d un Moi corporel, prémices d un Moi-psychique. Dans cette situation de sécurité, l enfant semble moins agressé par l environnement et a donc une expérience positive de celui-ci. Les bébés portés acquièrent la sécurité nécessaire dans les bras de leur mère ce qui leur permet de s ouvrir plus facilement sur le monde 11 HAAG G., 1988, Réflexions sur quelques jonctions psycho-toniques et psycho-motrices dans la première année de la vie, Neuropsychiatrie de l Enfance, n 36, P2 13
15 extérieur. Les expériences en corps à corps, dans la symbiose mère-enfant mettent le bébé dans un constant bien être sans cesse renouvelé. Lors des expériences de corps à corps, la mère porte son enfant dans le respect de sa courbure naturelle du dos du bébé (en cyphose) ; elle soutient également sa tête jusqu à ce que son enfant puisse le faire seul. Souvent la mère porte son enfant de façon à lui permettre de rassembler ses bras dans l axe de son corps. Son dos s arrondi et sa tête se place naturellement dans l axe de sa colonne vertébrale. Cette position est proche de son enroulement naturel in utéro. Les expériences de corps à corps permettent des variations toniques harmonieuses, un dialogue tonique avec la mère. En effet le bébé communique avec son corps et la mère est au plus proche de celui-ci pour recevoir les messages de son enfant. D après Ajuriaguerra «Dès la naissance, l enfant s exprime par le cri, les réactions toniques axiales, tout le corps parle [ ] L enfant réagit aux actions extérieures par la prestation hypertonique ou par l apaisante relaxation. Les relations à autrui ne se font que sous l angle tension-détente.» 12 Au niveau relationnel, ce portage permet un échange riche sensoriellement et émotionnellement. Ce type de portage près du corps de la mère, l engage beaucoup de façon corporelle et sûrement psychique. «Ces expériences de corps à corps sont autant indispensable au nourrisson pour qu il vive qu à sa mère pour qu elle investisse sa fonction maternelle» 13. En étant plus proche psychiquement, elle peut ainsi filtrer les expériences de son bébé, lui assurer une sécurité physique et psychique afin qu il construise les bases de son Moi. En situation de portage, la rencontre est facilitée car la mère et le bébé sont proches l un de l autre. De plus cela permet à la mère de «prolonger illusoirement l état fusionnel, symbiotique des mois de grossesse [ ] Il faut que le corps de son enfant fasse trace, s inscrive sur la surface de sa peau, pour oublier le sentiment de complétude des mois où son enfant était en elle.» 14 Elle prolonge pour un temps le sentiment de ne faire qu un avec son enfant. Ce sentiment est tel que dans certaines ethnies le nom du porte bébé (de l écharpe de portage) est le même que celui du placenta. Les expériences de corps à corps sont riches pour l enfant et l apaise. Le bébé se sent bien et la mère se sent compétente et est valorisée narcissiquement dans son rôle de mère. 12 AJURIAGUERRA J., L organisation psychomotrice et ses troubles, in J. DE AJURIAGUERRA. Manuel de psychiatrie de l enfant. Paris. Masson P G AUBERTI M., (1993), Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, P6 14 GAUBERTI M., (1993)., Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, P6 14
16 Dans cette situation, la mère entend mieux les besoins de son enfant et peut y répondre facilement. Or le portage peut être compliqué, ce n est pas si aisé que cela peut paraitre de porter un enfant si près de son corps. Certaines mères sont en difficulté, cela dépend de leur histoire, de leur culture, du rapport qu elles ont à leur corps et de l image qu elles ont de cet enfant. Le portage est également présent dans la situation alimentaire. Lors de l allaitement, il y a une part utilitaire et une part non utilitaire. L allaitement comprend l activité de succion par laquelle l enfant se nourrit, mais il favorise également les contacts peau à peau entre le bébé et sa mère. La part non utilitaire du contact de la mère procure à l enfant un environnement émotionnel d amour et de sécurité, dans lequel tout son être peut s épanouir. N oublions pas que c est l attitude de la mère, la façon dont elle le nourrit pendant l allaitement qui importe, plus que le mode de nourrissage. La faim, comme les autres besoins de l enfant, demande la «présence maternelle marquée par le désir et le plaisir». 15 Pendant la situation d allaitement, la mère oppose la chaleur de son corps et de sa présence au froid et à la solitude, le plein de ses seins au vide, le bercement de ses bras et de sa voix à l immobilité et au silence, l intention de son regard à l absence de celui-ci. Cette situation offre à l enfant un portage, une enveloppe très riche d un point de vue corporel mais aussi psychique. Cette expérience ne sera bénéfique à l enfant que si elle s inscrit dans une régularité. C est ce que Winnicott appelle le «holding». e- Le holding, le handling, l objet presenting Pour Winnicott il faut un environnement capable de subvenir aux besoins de l enfant qu il définit par le holding, le handling et l objet présenting. Un environnement en capacité d assurer ces fonctions est défini comme «suffisamment bon». Une mère qui procure ces soins à son enfant est dite «mère suffisamment bonne». Elle peut assurer les fonctions vitales de son enfant, être contenante et lui permettre d intégrer ses expériences. Les capacités maternelles sont à l origine de la création du sentiment d omnipotence de l enfant. L enfant a le sentiment de créer sa mère. La régularité des soins maternels participent à la construction du «sentiment d une continuité d existence.» La mère anticipe les besoins de son enfant et y répond de façon adapté. La régularité des soins maternels participent à la construction du «sentiment d une continuité d existence». «L existence psycho-somatique est un accomplissement et même si elle est fondée sur une tendance innée à grandir, elle ne peut être effective sans la présence humaine qui participe 15 GAUBERTI M.,(1993), Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, P7 15
17 activement au holding et au handling» 16. Ainsi Winnicott explique que c est par le biais des fonctions maternelles que la mère participe au développement physique et psychique de son bébé. La première fonction est le Holding définit comme «l ensemble des soins de la mère donné à l enfant pour répondre à ses besoins physiologiques spécifiés selon ses propres sensibilités tactiles, auditives, visuelles, sa sensitivité à la chute et qui s adaptent aux changements physiques et psychologiques de l enfant. L aspect essentiel du maintien est le fait de tenir physiquement l enfant. Le centre de gravité du nourrisson ne se situe pas dans son propre corps, mais entre lui et sa mère.» 17 C est un environnement capable de porter physiquement et psychiquement l enfant. Le holding se met notamment en place grâce à la présence chaleureuse et affective de la mère tant physiquement que psychiquement. Le holding participe à la continuité du sentiment d existence du bébé en préservant au maximum les soins dans la continuité du développement intra-utérin. Le holding a une fonction de maintien et de soutien. En effet, la mère soutient son enfant dans le respect des courbures du dos du nouveauné et de son hypotonie, elle l aide à lutter contre la gravité et par la même elle lui épargne les angoisses de chutes déstructurantes. Par le biais du portage et des portés, la mère prodigue aussi un maintien psychique, elle soutient le Moi de l enfant et participe à la construction de son Self. Le bébé peut intégrer ces différentes expériences car sa mère le porte sans arrêt. Il y a toujours une partie d elle psychiquement avec l enfant. Elle s adapte à son enfant. Winnicott précise que «La cohésion des différents éléments sensori-moteurs provient du fait que la mère porte son nourrisson, quelques fois physiquement et au sens figuré, sans cesse.» 18 Winnicott nous dit ainsi qu elle peut porter son enfant psychiquement même quand il n est pas dans ses bras. Elle contient ses angoisses, elle met des mots sur ses émotions. Elle lui parle, elle le regarde et fait ainsi exister son Moi. Le Moi du bébé s affermit vers un état dans lequel les instincts seront ressentis comme faisant partie du self et non de l environnement. Le Ca devient alors un facteur de renforcement du Moi ou vrai self. La mère suffisamment bonne rend possible l accomplissement de des expériences d omnipotence du bébé, un vrai self commence à prendre vie. Les réponses de la mère sont adaptées à l enfant. La seconde fonction importante dans le développement de l enfant est le Handling. Le handling signifie le maniement. C est la manière dont l enfant est traité, soigné, caressé, 16 WINNICOTT D.W, (1996), La mère suffisamment bonne, Paris, éditions Payot et Rivages, WINNICOTT D.W, (1996), La mère suffisamment bonne, Paris, éditions Payot et Rivages, WINNICOTT D.W, (1996), La mère suffisamment bonne, (2006), éditions Payot et Rivages, Paris P104 16
18 habillé, lavé, nourri et manipulé par sa mère. Les conditions et effets du handling participent au développement du fonctionnement mental ainsi qu à la reconnaissance de l interaction et de la relation soma-psyché. Grâce au handling l enfant apprend à différencier ce qu il lui appartient et ce qui appartient à l environnement. Il intériorise ses limites corporelles. Il construit son schéma corporel. La troisième et dernière fonction est l objet presenting. Il s agit de la présentation de l objet c est à dire la façon dont la réalité est présentée à l enfant via sa mère. C est la phase des premières relations objectales permettant à l enfant, par leurs qualités, de s approprier et d utiliser les objets. C est la capacité de la mère de présenter l objet à son bébé au bon moment. Elle conforte son enfant dans son sentiment d omnipotence. Nous pouvons comprendre que «L enfant hérite d un processus de maturation, ainsi il va aller de l avant dans la mesure où il existe un environnement facilitateur c'est-à-dire qui évolue d un Handling à un holding plus la présentation de l objet.» 19. Cet environnement est porteur pour l enfant, il lui permet de se développer dans sa globalité. Winnicott insiste sur le maintien physique lors du portage et ajoute que porter un enfant est un savoir-faire à la fois psychique et corporel mais qu il est avant tout un savoir être. Il explique que le but du holding est d aider l enfant à acquérir sa capacité d exister seul sur ses propres appuis corporels et psychiques sans être débordé par l angoisse et sans se désorganiser. B- La sécurité interne 1- Définition Le mot "sécurité" vient du préfixe privatif "se-" et de la racine latine "cur", qui signifie "souci". Autrement dit le terme "sécurité" signifie l absence de souci. Le dictionnaire Larousse nous donne la définition suivante : «confiance, absence d inquiétude, sureté.» 20. Le sentiment de sécurité interne est une construction théorique pour définir la possibilité d un enfant d exister séparé de sa mère. Comment un jeune enfant devient autonome et sécure? Cela passe par la création d une relation sécurisante. Cette relation se construit d après Pinelli par «les soins d abord, le corps à corps, la parole et l écoute ensuite la mère donnera à son bébé l assurance qu il existe, qu il est quelqu un à part entière et qu elle va l aider à grandir» 21. Grâce aux soins du corps suffisamment bons, l enfant s est construit une bonne connaissance de son corps, de ses 19 WINNICOTT D.W, (1996), La mère suffisamment bonne, (2006), éditions Payot et Rivages, Paris P Dictionnaire Larousse Larousse bordas. Paris 21 PINELLI A. (2010) Porter le bébé vers son autonomie.. Toulouse. Erés. Coll 1001 BB, P 34 17
19 capacités il peut donc expérimenter sans se mettre en danger. Le sentiment de sécurité interne de l enfant repose donc en partie sur la connaissance qu il a de lui-même. Il a construit cela grâce aux soins primaires maternels. Nous comprenons qu à travers les soins et leur relation, la mère aide son enfant à devenir sujet. D après D. Robin, la sécurité interne se construit d abord par le portage comme lutte contre la chute. Pour lui, l important dans le portage est de maintenir une continuité, une permanence de la présence, de l humeur, de la façon de s occuper de l enfant au risque de voir apparaitre chez l enfant un trouble de l attachement. En effet, Bowlby montre l existence d un lien proche entre l attachement et la sécurité interne. Il parle de l importance de la relation avec la mère pour que le bébé trouve une base de sécurité. La recherche de la proximité avec la figure d attachement, personne qui sécurise et répond aux besoins de l enfant, est nécessaire dans les premiers mois de vie. A travers la recherche de proximité, l enfant trouve une base de sécurité dans l autre et intériorise une sécurité de base. Mais il cherche aussi la séparation, la découverte du monde. Un bon processus d attachement produit de la séparation (de la prise de risque). Le sentiment de sécurité interne se rapproche de ce que Winnicott appelle la continuité d existence. Vulnérables et dépendants, les enfants nécessitent une attention de tous les instants et des soins particuliers. Afin de survivre, ils sont soumis à la présence de quelqu un qui puisse réunir pour eux des conditions de survie. Il s agit de la mère qui maintient son attention sur son bébé. Elle entraîne ainsi par moment un fusionnement, l illusion de ne faire qu un. Winnicott décrit cela comme «L expérience la plus simple est aussi la plus fondamentale, à savoir le contact non actif entre la mère et son enfant, tous deux ont le sentiment de ne faire qu un alors qu en fait ils sont deux. Cette expérience permet au bébé d être, ce qui lui donnera par la suite la possibilité d agir, de faire et de subir. C'est-à-dire l expérience du Soi.» 22 Cela est possible dans la mesure où la mère a offert la possibilité à son enfant de ne faire qu un avec elle. Ensuite elle aide son enfant à s individualiser. Au début, la mère répond aux besoins corporels de son enfant puis au fil du temps elle répond de plus en plus aux besoins du Moi. Au fur et à mesure du développement de l enfant, la mère va pouvoir être «suffisamment défaillante». Elle permet ainsi à l enfant de créer, de penser, d anticiper et ainsi de se construire psychiquement. La mise en route de la pensée est un processus. L enfant se rend compte du besoin qu il a de sa mère. Plus tard, il pourra aller vers l indépendance, se détacher de sa mère car il aura bien intériorisé les qualités maternelles : sa contenance et sa sécurité. Les attitudes de la mère entretiennent alors le Self de son enfant. 22 WINNICOTT D.W, (1996), La mère suffisamment bonne, (2006), éditions Payot et Rivages, Paris P59 18
20 La mère est présente pour décrypter, symboliser l environnement à son enfant et ainsi assurer la «continuité de son sentiment d existence». Elle donne du sens aux stimuli environnementaux ou internes non symbolisés afin de maintenir la sécurité interne de son enfant. Les carences maternelles entraînent des ruptures de ce sentiment d existence qui se traduisent par des angoisses que Winnicott appelle «menaces d annihilation». Coeman élargit un peu ce concept. Pour lui, «la sécurité de base» est «Une disposition interne fondamentale pour une expression sereine, posée et efficace de la vie ; se met en place et se développe tout au long de l existence, de la fécondation jusqu à la mort.» 23. Pour lui cette acquisition ne dépend pas que du rapport à la mère et à l entourage mais aussi de «l histoire généalogique», de l enjeu de la fécondation, de la vie utérine et de la naissance. Il dit que la sécurité de base est composée d un «état de sécurité» et d une «dynamique de sécurité». L état de sécurité est le noyau de la sécurité de base construit dans la dynamique relationnelle de la mère et l enfant, permettant à celui-ci d exister. La dynamique de sécurité s exprime au travers du désir de l enfant «de découvrir, de se confronter, de s exprimer dans son sexe, de pouvoir se passer de l approbation systématique d autrui, de pouvoir vivre les différences sans se sentir annihilé.» 24 Nous voyons ici l importance de la sécurité interne de l enfant pour qu il puisse exister et s affirmer dans la rencontre de l autre. Pour S. Robert Ouvray, ce sentiment se rapproche de ce qu elle appelle «sentiment de continuité d être et de vivre». Il se construit par la liaison de quatre grands niveaux d organisations : tonique, sensoriel, affectif et représentatif. Ces quatre systèmes d organisations s articulent les uns aux autres dans le même espace-temps psycho corporel. De plus elle ajoute qu ils s étayent les uns aux autres dans une continuité temporelle. Ainsi chaque stimulation constitue une unité événementielle pour l enfant et un épisode cohérent d une expérience. L enfant se développe ainsi à travers des unités expérientielles qui s articulent, s accordent entre elles et fondent le sentiment de continuité de vivre. Nous voyons ici l importance d un lien entre des stimulations entre elles et avec la représentation. Mais également de l importance de l inscription temporelle pour construire le sentiment de sécurité interne. 23 COEMAN A. et Raulier H de Frahan M. De la naissance à la marche. ASBL Etoile de l herbe. Millau. (2004) P35 24 COEMAN A. et Raulier H de Frahan M. De la naissance à la marche. ASBL Etoile de l herbe. Millau. (2004) P40 19
21 Le sentiment de sécurité interne influe sur le comportement et la manière d être de l enfant. Il conditionne sa façon de se séparer de sa figure d attachement et d entrer en relation avec les autres. Le sentiment de sécurité interne se construit grâce à la constitution d une enveloppe psychocorporelle. Anzieu parle de Moi-peau. La peau devient une membrane contenante et protectrice qui délimite le Moi et le non-moi. L'enfant ressent alors qu il possède un dedans, un dehors, et un volume. Nous voyons progressivement se dessiner l unité psychocorporelle qui donne naissance au sentiment de continuité d'existence mais également au schéma corporel et à l image du corps. Le Moi-peau de l enfant est là pour maintenir sa vie psychique mais également pour faire pare-excitation aux stimulations intérieures et extérieures qui pourraient le déborder et le désorganiser. Le Moi-peau s étaye sur les expériences corporelles, les expériences de portage. «L appui externe sur le corps maternel conduit le bébé à acquérir l appui interne sur sa colonne vertébrale, comme arête solide permettant de se redresser.» 25 Cet appui interne pourrait maintenir ensemble les différentes parties du psychisme et donnerait à l enfant un sentiment de cohésion de son Moi. J appellerai cet appui interne l axe. 2- Lecture psychomotrice de la sécurité interne a- L Axe Lorsque nous parlons de l axe nous faisons référence à une ligne droite imaginaire, orientée verticalement qui passe par le centre de gravité et autour de laquelle s effectuent les mouvements de rotation. L axe corporel est au centre du corps et du maintien de la posture et de l équilibre. Il constitue le repère fondamental de l orientation spatiale et de la localisation des différentes parties du corps. L existence de cet axe nous offre une assise, un soutien, pour s ouvrir aux autres et à la relation. C est à partir de cet axe que vont se développer les schèmes moteurs, les coordinations, la découverte de l environnement. Pour F. Leplat, l axe serait le lieu de la mise en place de la fonction temporelle, dans sa dimension corporelle : «l axe critère de départ tonique, lieu où pulsent les grands rythmes biologiques et où l origine vient s ancrer dans le premiers aléas de la vie émotionnelle à la source de la posture» 26. Nous comprenons alors que l axe n est pas la colonne vertébrale. En effet d après Coeman, cet axe passe par le trou occipital, le centre de la vertèbre L3, les articulations coxo- 25 ANZIEU D. (1985).Le moi-peau. Paris. Dunod P Conférence : Mme Leplat. La fonction de la maturation et de la régulation tonico posturale comme support à une motricité d action et de relation structurante
22 fémorales, le centre du genou et le centre des malléoles. Par le biais des mouvements d enroulement / redressement et torsion se met en place la force tonique dans la musculature profonde. Cela permet les mouvements des membres pour la découverte de l environnement et des autres. Cette force tonique participe à la constitution psycho-dynamique de l axe. «Elle va qualifier l axe comme repère, comme point d appui, comme déterminant de la structure individuelle.» 27 L axe corporel s appuie sur la colonne vertébrale mais nous voyons aussi qu il dépend des facteurs relationnels. Nous voyons ici apparaître en filigrane la notion de sécurité interne. L axe est solide et stable, il offre à l enfant un appui interne qui lui permet de rencontrer l extérieur. L enfant se sent tenu en lui, il peut donc s ouvrir aux autres. Les divers expériences et mouvements vont se répartir par rapport à cet axe et vont alors créer la subjectivité de l enfant. Pour G.Haag, l axe se construit au cours de la deuxième étape de la construction de l image du corps, la première étant la constitution de la première enveloppe. Cette deuxième étape passe par la construction de la partie haute du corps, de la tête à la ceinture. Il s agit de la formation de l axe, du sentiment de verticalité. Ce processus se met en place grâce à un phénomène relationnel vécu dans le corps c'est-à-dire l assimilation d un côté du corps aux fonctions maternelles. Au cours de cette étape, l enfant relie la partie du corps qu il assimile aux fonctions maternelles (le côté maman) et la partie du corps qu il assimile à lui-même (le côté bébé). Pendant cette étape, l enfant joue à rejoindre ses deux mains. Il joue la jonction, l articulation entre les deux parties de son corps au niveau de l axe. Cela «formerait en quelque sorte la soudure, le squelette interne, le lien profond qui attache» 28. Ainsi, nous voyons que l axe participe au sentiment de sécurité interne comme appui interne, mais également en tant que partie non négligeable de l image du corps dans l articulation des deux hémicorps et des premières coordinations. L observation de l axialité d une personne nous donne des indications sur la constitution de son image du corps et de ses appuis internes : base de sa sécurité interne. b- Narcissisme En référence au mythe de Narcisse, le narcissisme est l amour porté à l image de soimême. Freud, dans Pour introduire le narcissisme 29, lui accorde une place dans le développement sexuel normal du sujet. C est l unification des pulsions sexuelles sur un objet total, le Moi. Selon Freud, le narcissisme secondaire correspond au fait que«le sujet 27 COEMAN A. et Raulier H de Frahan M. De la naissance à la marche. ASBL Etoile de l herbe. Millau. (2004) P32 28 HAAG G. La mère et le bébé dans les deux moitiés du corps, in Neuropsychiatrie de l Enfance, n 33, DESSUANT P. (1983). Le Narcissisme. Paris. Presses Universitaire de France. 21
23 commence par se prendre lui-même, son propre corps, comme objet d amour. 30» Le sujet prend son corps comme objet d amour tel qu il a été aimé par ses parents. Il intériorise cette relation. S. Robert-Ouvray parle de «trois mouvements d enroulement, d axialité et de symétrie pour globaliser et unifier l unité psychocorporelle du bébé assurant ainsi sa base narcissique psychomotrice» 31. L hypotonie axiale du bébé l entraîne à s enrouler sur lui-même, à se regarder le nombril. Cet enroulement est indispensable à la vie psychique. L enfant reçoit des stimuli internes et externes qu il analyse petit à petit. Il se construit alors son centre corporel et son noyau psychique. L enfant se construit peu à peu son Moi qui lui permettra plus tard d après S. Robert-Ouvray de «se replier sur lui-même». Le regard de la mère participe aussi au soutien de la base narcissique de son enfant. En effet, le bébé se voit dans le regard maternel. Il se crée ainsi une image de lui-même à travers le regard chaleureux de la mère. De plus, cette image s articule avec des sensations provenant du dos ; cela permet à l enfant d intégrer progressivement l axe. La construction narcissique se termine par la coordination psycho-corporel, c'est-à-dire l assemblage et la mise en sens des sensations que l enfant a reçu pendant ses premiers mois. La coordination permet aussi la liaison des différentes parties du corps entre elles. Ces coordinations psychiques et motrices favorisent l émergence et l ancrage du «sentiment de continuité d être et de vivre» 32. L enfant sent petit à petit qu il forme un tout unique et solide. Ce sentiment est indispensable pour sa survie physique et psychique, tout comme le besoin d attachement. 30 J. LAPLANCHE et J-B PONTALIS. (2004), Vocabulaire de la psychanalyse., Presse Universitaires de France, Paris 31 ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer P78 32 ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer 22
24 c- Attachement et séparation Les ethnologues montrent l existence d un besoin absolu et inné de l enfant, le besoin d attachement. C est un besoin de contact social considéré comme inné et propre à l espèce. Bowlby montre qu entre l enfant et la mère, les comportements d exploration du milieu et les comportements d attachement sont étroitement liés. Il décrit cinq systèmes comportementaux : «sucer s accrocher suivre pleurer sourire» qui définissent la conduite d attachement. Cette conduite a donc pour but de maintenir la mère à proximité du bébé et le bébé à proximité de la mère. Il y a en effet des conduites d attache et des conduites d appel. L attachement a pour but de maintenir la mère à distance accessible : ni trop près, ni trop loin. Dès le début de sa vie, le bébé utilise ses compétences pour répondre aux sources de stimulations et il recherche la proximité. Au fur et à mesure de son développement, il devient plus sélectif dans sa recherche de personnes. Bowlby dit que «l enfant se construit progressivement une représentation interne de ses figures d attachement ce qui va lui permettre de mieux tolérer leur absence et d anticiper leur retour» 33. Bowlby considère que la figure d attachement est la personne qui occupe une place privilégiée dans la vie de l enfant. Il s agit souvent de la mère, mais l enfant peut multiplier les figures d attachement (père, frères et sœurs) cela ne mettra pas en péril son attachement pour la figure principale. La figure d attachement assure une continuité, une cohérence et une certaine prévisibilité dans les soins et la relation. S. Robert-Ouvray dit que «L attachement se fait principalement par le toucher, la tendresse, le portage, le serrer dans les bras et dans la satisfaction des besoins. Il passe essentiellement par le canal de la tonicité.» 34 Ici S. Robert-Ouvray, nous rappelle que l attachement passe par le Holding, le Handling et le dialogue tonico-émotionnel. Ce processus d attachement commence dès la grossesse. Ce n est pas un processus simple, il engage notamment le détachement. C est en intégrant ces deux processus (l attachement et le détachement) que l enfant crée son autonomie.. S. Robert-Ouvray dit que c est par l intégration des deux pôles opposés attachement/séparation que l enfant accède à son autonomie. Pour elle, «Est autonome une 33 BOWLBY J., 1978, Prototypes de chagrin chez l homme, in J. BOWLBY. Attachement et perte. Tome 2 : La séparation, angoisse et colère. Paris. Presse Universitaire de France P ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer P193 23
25 personne qui, dans un acte de vie et dans une expérience relationnelle parcourt tous ses niveaux d organisation dans une unité psychocorporelle.» 35. Pour qu il y ait séparation, il faut que l enfant intériorise les fonctions maternelles. Ainsi il a en lui de quoi survivre un moment séparé de sa mère, c est une base de sécurité. Les capacités d un enfant à se séparer de sa mère et à la retrouver sont les signes d une sécurité qu il a intériorisée. d- Tonus Le tonus se définit comme «l état de tension permanent des muscles» 36. Il assure une unité corporelle. À la naissance, ce tonus n est pas réparti de façon égale dans l ensemble du corps. Nous retrouvons une dualité tonique : hypotonie du tronc et hypertonie des membres. Au cours du développement et de la maturation neurologique, le tonus devient sensiblement le même dans tous les muscles du corps. Afin d éviter que l enfant ne s engage dans une motricité anormale, la mère lorsqu elle porte son enfant, doit respecter le rythme de progression et d intégration tonique de son enfant. Cela est d autant plus important que la motricité n a pas seulement valeur de mouvement mais aussi d après Ajuriaguerra valeur de communication. Pour lui la fonction motrice est la première fonction de relation et le corps est l instrument de relation. Il s agit de la fonction de communication essentielle pour le jeune enfant, fonction d échange par laquelle il donne et reçoit. L enfant adopte des conduites et des postures afin d interpeller autrui. D après Bullinger, les conduites tonico-posturales du bébé s appuient sur les aspects moteurs mais aussi sur des aspects sensoriels (les flux sensoriels). L organisme est équipé de capteurs pouvant recevoir des flux et des signaux indiquant les mouvements du capteur : la sensibilité profonde. Celle-ci est sensible à la tension des muscles, à la position angulaire et à la vitesse de déplacement des articulations. Cette sensibilité varie suivant les flux (gravitaires, tactiles ). La fonction proprioceptive est la coordination de la réception des flux sensoriels et de la sensibilité profonde. Les systèmes sensoriels sont sensibles aux flux très tôt dans le développement de l enfant. «Dès la naissance, le retentissement de ces flux sur l organisme se manifeste par des réactions dites émotionnelles.» 37 Le recrutement tonique du bébé est assuré par le niveau de vigilance et les stimulations des flux sensoriels. La perception des flux par l organisme entraîne une chaîne de réactions composées de plusieurs phases : «alerte, orientation, traitement de la distance et 35 ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer P Dictionnaire Larousse Larousse bordas. Paris 37 BULINGER A., 2010, La régulation tonico-posturale chez les bébés, in A. BULLINGER Le développement sensori-tonique de l enfant et ses avartars. Toulouse. Eres
26 consommation». Pour Bullinger, «Habiter l organisme, en faire son corps, suppose que l on maîtrise les sensations qui arrivent aux frontières de l organisme.» 38 Le système de régulation de la tension dû aux stimulations est la rigidification posturale et la décharge motrice qui en suit. Cela est notamment visible dans le reflexe de Moro. L enfant après un bruit fort ou la sensation de tomber (flux auditif ou gravitaire), se rigidifie et écarte les bras en abduction puis a une adduction des bras et une décharge motrice qui se traduit par des pleurs. Cet état de l organisme peut prendre une valeur émotionnelle à travers le dialogue tonique mais aussi à travers les interprétations de la mère. D après Ajuriaguerra, le dialogue tonique constitue une première forme de régulation tonico-posturale. Le bébé puise ainsi dans son milieu les moyens de sa régulation. À travers ses manifestations corporelles, il interpelle son entourage pour l aider dans sa régulation tonique. Il peut obtenir le portage de sa mère, qui à travers sa propre tonicité et ses mots apaise son enfant, régule son tonus et le sécurise. Cela permet à l enfant d être compris et reconnu dans sa singularité. Il survit à la stimulation et l intègre grâce à la mise en mots de sa mère. La mère et l enfant ont à se rencontrer et à s accorder. Le mode de portage que l adulte va adopter et l assurance dont il va témoigner sont à la base du sentiment de sécurité de l enfant porté et manipulé. Ce portage et cette assurance sont le reflet du portage psychique et sécuritaire du porteur, mais également de sa capacité à pouvoir offrir ce portage régulièrement. Or, il y a des cas où la régulation n est pas optimale. L enfant éprouve des difficultés à réguler son tonus. Nous pouvons noter un déficit tonique de l axe, la respiration bloquée permettant une rigidification de l axe : c est «le tonus pneumatique». Ces problèmes de régulation tonique entrainent des problèmes de coordination des postures asymétriques. Cellesci se traduisent par des difficultés de redressement, d ouverture, de coordinations visuomanuelles, de posture, de rotation et de torsion, de coopération bimanuelle, de locomotion et de coordination entre les deux espaces corporels (gauche et droite). Nous voyons ici que le tonus par son aspect corporel et émotionnel est, comme le souligne, S. Robert-Ouvray : «Un élément limite entre l espace corporel et l espace psychique de l être humain.» 39 Le tonus est comme un filtre entre les deux espaces. Il entre dans la constitution de la connaissance que l enfant a de son corps. Il est un élément fondamental dans la construction de l axe et par la même de l enroulement (lié au narcissisme). Nous comprenons que le tonus joue un rôle dans la conscience d être et d exister du bébé. 38 BULINGER A., 2010, La régulation tonico-posturale chez les bébés, in A. BULLINGER Le développement sensori-tonique de l enfant et ses avartars. Toulouse. Eres P ROBERT-OUVRAY Suzanne(2004). Intégration motrice et développement psychique. Desclée de Brouwer. Paris. P43 25
27 Le tonus a une importance fondamentale dans l organisation émotionnelle de l enfant et dans les étapes de son développement. En effet suivant sa régulation tonique, l enfant a accès à certains mouvements ce qui influe sa découverte du monde et de son corps. Ainsi l état tonique du sujet est un élément primordial de son identité construit en partie par les expériences de portage qu il a reçu. La capacité du sujet à varier son tonus de façon adéquate signe sa possibilité de s adapter à l environnement sans risque de désorganisation. En psychomotricité, nous observons entre autres l axialité du sujet, son tonus, sa construction narcissique et ses capacités d attachement et de séparation. Ces éléments mis à la lumière de l histoire du sujet, de ses capacités relationnelles nous indique la qualité de sa sécurité interne. C- Les effets et les qualités du portage 1- Un modèle de portage : la première relation mère - bébé L allaitement peut être considéré comme une relation de portage idéal. L expérience de contenance est présente par le biais du corps à corps, de la voix, du regard. Le soutien est visible par les appuis, l ajustement tonique et la voix. Il y a une enveloppe du corps mais aussi du psychisme de la part de la mère. Cette expérience offre la possibilité de passage d un état de tension à un état d apaisement en relation avec la mère. Cette première expérience de portage est une expérience riche, qui offre un sentiment de sécurité, d omnipotence à l enfant. Il est dans un bien-être poly-sensoriel porté par la mère. Il pourra retrouver cet état à chaque tétée, ainsi la régularité participe aussi à la construction de son sentiment de sécurité interne. Ensuite, seulement la voix ou le regard de sa mère puis d un autre, lui permettront de retrouver cet état. Cet état fait trace dans le corps et le psychisme. Le bébé dans les bras de sa mère retrouve un environnement sécurisant. G.Haag décrit les éléments qui constituent ce modèle. Il y a le contact dos quand elle le porte, la double interpénétration des regards et le bouche-mamelon : le bébé tète et regarde sa mère qui le regarde aussi et l enveloppe sonore : la mère parle à son bébé. L émotion qu elle ressent se traduit à la fois dans son regard, dans sa façon de lui parler et de le porter. Ajuriaguerra va plus loin et dit «La façon dont est tenu le nouveau-né dans les bras de sa mère exprime toute l attitude consciente et inconsciente de celle-ci [ ] Cette tenue de l enfant sera un des éléments importants de la construction du tonus axial.» AJURIAGUERRA J., L organisation psychomotrice et ses troubles, in J. DE AJURIAGUERRA. Manuel de psychiatrie de l enfant. Paris. Masson P237 26
28 L allaitement en tant que situation de portage idéal offre à l enfant des appuis, de la contenance, une proximité physique, psychique et affective, de la sécurité, un sentiment de plénitude et un partage émotionnelle. Cet ensemble constitue une bonne expérience que l enfant intériorise peu à peu afin de construire sa sécurité interne. Mais toutes les mères offrent-elles cela à leurs enfants? Est-ce toujours la figure d attachement qui offre ce portage? Ne faut-il pas déjà un premier accordage de base entre la mère et l'enfant, une disponibilité maternelle préalable pour que ce portage soit possible? a- Base d une relation affective La proximité corporelle d une mère avec son bébé est induite par la grande dépendance du bébé pour les actes de la vie quotidienne : la toilette, les déplacements, l alimentation, la sécurité Ces gestes s installent de façon rituelle entre la mère et son enfant. Cette proximité corporelle est favorable à l émergence d une proximité affective et réciproquement. Pour S.Robert-Ouvray «L attachement se fait principalement par le toucher, la tendresse, le portage, le serrer dans les bras et dans la satisfaction des besoins. Il passe essentiellement par le canal de la tonicité.» 41 Le portage par le biais de la proximité corporelle favorise l émergence d une relation affective. Anzieu dit que la «proximité physique entraîne la contiguïté psychique» 42 En effet cette proximité corporelle est déjà présente pendant la grossesse et entraine généralement l émergence d un état particulier chez la mère (la préoccupation maternelle primaire), qui permet une identification massive à son bébé. Par le biais du corps et de la répétition s instaurent les bases d une relation affective entre la mère et son bébé. «Le rituel sert à installer un climat de sécurité.» 43 En effet il permet à l enfant d anticiper et de s ajuster toniquement. S. Robert-Ouvray parle «d un accordage pratiquement inconscient entre les signaux moteurs et émotionnels du bébé et ceux de la mère chargés d affects, liés à son histoire». 44 Cet accordage a valeur de dialogue entre la mère et son enfant. b- Partage et communication émotionnelle Pour Wallon, le corps devient psychique à partir de l émotion, de la motricité et de la relation. Lors de la prime enfance, la mère a donc un rôle prépondérant dans cette «psychisation» du corps au travers de la motricité et de la relation qu elle entretient avec son enfant. Pour Wallon, l émotion est ce qui permet la communication avec autrui et il en voit l origine dans la symbiose entre le nourrisson et sa mère. Le bébé est habité entièrement par 41 ROBERT-OUVRAY Suzanne(2004). Intégration motrice et développement psychique. Paris. Desclée de Brouwer P ANZIEU D. (2004).Le moi-peau. Paris. Dunod. p83 43 ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer P ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer P
29 l émotion qui se diffuse dans le corps par le tonus. Dans la symbiose, c est le mouvement en tant qu action cinétique et en tant que fonction tonique qui permet la transmission du message. D après Ajuriaguerra c est sur cette base que va se dérouler le dialogue tonique : «Le rôle et le sens des émotions peuvent être compris comme régulateurs de l activité motrice et de l interaction sociale précoce». Nous pouvons donc comprendre que les émotions influent sur le tonus lui-même. Le tonus est perçu comme la toile de fond du mouvement qui contribue à la relation précoce mère-enfant. S. Robert-Ouvray définit deux types de tonus, le «tonus musculaire» qui désigne la tension des fibres musculaires et le «tonus végétatif» qui indique la tonicité des organes internes et des fascias. Ces deux types de tonus agissent sur nos sensations, nos sentiments et même sur nos états affectifs. Elle ajoute également que «La tonicité nous donne aussi des renseignements sur les autres.» 45 Dans notre quotidien, il peut nous arriver de serrer une main molle, qui échappe à notre propre tonicité, cela peut nous faire ressentir un rejet, une fuite de la part de cette personne. Il en est de même lorsque nous portons un enfant, si nous sommes trop hypotoniques, l enfant que nous portons ne va pas trouver de sécurité dans ce portage. Ici le porté ressent que le porteur n est pas disponible et suffisamment solide pour l accueillir. Nous rencontrons donc la tonicité d autrui par le toucher. Mais nous pouvons également la percevoir par la vue. En effet quelqu un de très droit, tendu nous renvoie une image d une personne peu disponible, stressée La communication tonique est infra-verbale, elle est sentie et ressentie. Cette communication concerne particulièrement la mère et son enfant car celui-ci n a pas accès au langage. Ils vont donc communiquer ensemble par le dialogue tonico-émotionnel notamment dans leurs expériences de corps à corps. Le dialogue tonico-émotionnel émerge de l interprétation que fait la mère de la motricité primaire de son bébé. D après S. Robert-Ouvray «Les variations de la tonicité du bébé sont l un des premiers éléments qui nous entrainent vers la compréhension de sa vie psychique». 46 L interaction mère-bébé par l intermédiaire du corps permet une communication. Ainsi grâce au portage, la mère et l enfant sont dans une situation privilégiée pour communiquer, dans la mesure où les deux protagonistes sont disponibles, c'est-à-dire attentifs et participatifs, mais également si leur tonicité varie et ne reste pas fixée à des positions extrêmes d hypertonicité (de tout dur) ou d hypotonicité (de tout mou). Ces variations toniques permettent la communication et les mouvements. Elles naissent dans l enroulement, la symétrie et les coordinations. 45 ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer P46 46 ROBERT-OUVRAY Suzanne (2007). L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer P46 28
30 c- L enroulement, la symétrie et les coordinations Lors des soins et du portage du bébé, la mère doit soutenir son enfant, lui assurer une sécurité corporelle notamment en respectant l enroulement, la symétrie et les coordinations qui font référence à l axe vu précédemment. Soutenir un enfant c est aussi l envelopper de mots et d affection. La flexion de la colonne vertébrale permet le regroupement de toutes les parties du corps vers le centre de celui-ci : c est l enroulement. Ce mouvement est dû à la répartition du tonus. Il fait écho à la position de l enfant pendant la grossesse contre la paroi utérine. L enroulement est aussi présent au niveau des membres. Le processus d enroulementdéroulement permet à l enfant d expérimenter des rapprochements-éloignements des différentes parties de son corps entre elles. L enroulement participe ainsi à la construction de son schéma corporel. Lors du portage et des autres soins prodigués à l enfant, la mère doit être vigilante au respect de cet enroulement afin d éviter des schèmes pathologiques d hyperextension qui engendrent un mal être chez son enfant. Ainsi elle veille au maintien de la tête et du bassin de son enfant dans l enroulement physiologique. L enfant et la mère s ajustent à ce portage et communiquent. L axe corporel donne une première symétrie gauche-droite et une différenciation entre le haut et le bas du corps. Un axe s installe dans le corps de l enfant et ordonne l espace. Il permet de déterminer le haut du bas, la droite de la gauche, le devant du derrière. Le schéma corporel se met en place suivant cette axialité. La symétrie est aussi au niveau psychique, c est la construction de l identité. La réciprocité du regard avec la mère permet à l enfant de s ériger dans l espace mais aussi face à l autre. L enfant construit son Moi. Les coordinations correspondent à l agencement adéquat des différentes parties du corps en vue d un mouvement. D après S. Robert-Ouvray, lorsque la motricité du bébé devient volontaire et avec une relation maternelle satisfaisante, les schèmes de base se coordonnent entre eux et se rassemblent en une unité. En s unifiant, les éléments se globalisent et prennent un sens. Les parties du Moi se rassemblent également et forment une première enveloppe psychique. L unité corporelle ainsi perçue assure au psychisme un sentiment de continuité de vivre. Quand l enfant tète, les sensations du lait dans sa bouche, les bruits environnants, les bras, la peau, la tonicité, le regard, la voix, les battements de cœur et l odeur de sa mère se coordonnent pour donner un sens à cette situation agréable, source d apaisement. La coordination est une mise en lien d éléments corporels et une mise en sens psychique. 29
31 S. Robert-Ouvray parle de «holding psychomoteur» 47 quand le portage de l enfant respecte les «trois facteurs de développement phylogénétique humain» qui sont l enroulement, la symétrie et la coordination. Lors du portage, la mère devra trouver des appuis et des postures adaptés, de façon à pouvoir porter l enfant dans le respect de ces trois facteurs afin qu il n ait pas de tensions musculaires ou psychiques. Elle explique que la position de l enfant enroulé sur lui-même correspond à sa préoccupation narcissique, il élabore son Moi. L enfant peut être ainsi considéré dans une globalité psychomotrice dans laquelle sa motricité et son tonus participent à sa construction psychique gage d un sentiment de sécurité. Cette globalité peut s inscrire car il a introjecté la contenance de sa mère. d- La contenance Un des besoins primaires du bébé est d après Ciccone «d être contenu dans sa vie mentale» 48. Il s agit de contenir l enfant pour diminuer les angoisses qui menacent son état d intégration. Pour Ciccone l état mental d un bébé est proche d un état chaotique, désorganisé, dispersé, dissocié auquel se mélangent des moments de calme, de rassemblement. Le bébé vit en permanence une alternance de ces deux états. Sachant que sa capacité à maintenir seul un état de rassemblement est faible, il a besoin de sa mère pour être contenu. Les premières expériences de contenance sont «la voix, le regard, le toucher, le portage, le bouche mamelon, l enveloppement et la plénitude interne.» 49 Ces expériences de contenance peuvent se retrouver dans le holding de Winnicott. Mais c est la régularité, la répétition et la prévisibilité qui vont permettre à l enfant d intégrer et d intérioriser ses expériences en lui et de les retrouver en cas de besoin. Ciccone donne l exemple suivant «Lorsque le bébé aura faim, son éprouvé sera toujours celui d un anéantissement, il ne pourra qu évacuer cet éprouvé par la motricité (s agiter, pleurer ) Si la mère comprend le malaise du bébé et le prend dans ses bras, le console, lui parle, le bébé se calmera. Pourtant il aura toujours faim. Mais cette mauvaise sensation sera détoxiquée des angoisses catastrophiques. Elle sera transformée en sentiment supportable et pourra même peu à peu laisser place à une possibilité pour le bébé de se représenter l objet absent : le sentiment de plénitude à venir. C est le début de la pensée.» 50.La mère contient les angoisses de son bébé, les interprète et met des mots sur 47 ROBERT-OUVRAY Suzanne(2004). Intégration motrice et développement psychique. Paris. Desclée de Brouwer P CICCONE A., GAUTHIER Y., GOLSE B., STERN D., (2008), Naissance et développement de la vie psychique, Ramonville-St-Agne, Eres Coll. «1001 BB».P16 49 CICCONE A., GAUTHIER Y., GOLSE B., STERN D., (2008), Naissance et développement de la vie psychique, Ramonville-St-Agne, Eres Coll. «1001 BB».P CICCONE A., GAUTHIER Y., GOLSE B., STERN D., (2008), Naissance et développement de la vie psychique, Ramonville-St-Agne, Eres Coll. «1001 BB».p20 30
32 les ressentis de son enfant. Et surtout, elle ne répond pas immédiatement aux besoins primaires de son enfant, elle l apaise d abord, lui indiquant par là qu elle peut partager cet éprouvé avec lui, sans être détruite ou anéantie : la mère contient les éprouvés de son enfant. Pour conclure, Ciccone affirme que «le développement psychique de l enfant suppose une rencontre avec l altérité et est tributaire d une possible intégration de cette altérité.» 51 L enfant a besoin de trouver quelque chose de pareil mais aussi de différent dans sa mère et de l intégrer. Celle-ci doit être capable d accueillir l altérité de son bébé et accepter qu il ne soit pas tout comme elle, qu il ne soit pas elle. La contenance fait référence à une enveloppe, une membrane. L enveloppe corporelle se réfère au corps, et particulièrement à la peau qui le recouvre sur toute sa surface. Les expériences de contact peau à peau ou corps à corps avec un autre permettent d acquérir une notion de limite entre le dedans et le dehors. L enveloppe psychique sépare le monde psychique interne du monde extérieur ainsi que du monde psychique d autrui. Le «Moi» est ainsi un concept se référant à la structure limitante et contenante du psychisme. Il permet de contenir les objets internes afin d éviter leur dispersion et de se lier entre eux dans un ensemble. Pour Anzieu, le Moi se constitue à partir des expériences corporelles, et trouve son étayage sur les diverses fonctions de la peau. Ainsi, le «Moi-peau» envelopperait l appareil psychique comme la peau enveloppe le corps. Du côté maternel, il s agit d un travail de transformation psychique, de mise en mots et en sens, de ce que la mère perçoit chez son nourrisson en termes de sensations, d excitation, de vécu corporel ou émotionnel. Le portage offre une proximité mère-enfant, un bain sensoriel, une communication affective et émotionnelle. Cet ensemble crée un tout qui permet à la mère de contenir son enfant dans sa motricité, sa vie psychique et émotionnel. Le portage définit une situation dans laquelle, la mère et son enfant sont en interaction ; en contact, dans une proximité et une disponibilité importante l un de l autre. Le désir, le corps à corps, le regard, la voix, le holding et le handling sont des expériences de portage indispensables au développement de l enfant. Elles assurent son 51 CICCONE A., GAUTHIER Y., GOLSE B., STERN D., (2008), Naissance et développement de la vie psychique, Ramonville-St-Agne, Eres Coll. «1001 BB».P21 31
33 sentiment de sécurité interne nécessaire à sa survie psychique et à son ouverture sur le monde. Ces expériences de portage induisent une proximité entre la mère et son enfant. Elles privilégient l attachement, le partage et la communication émotionnelle au travers de divers canaux sensoriels tel que le tonus. Les expériences de portage s adaptent aux besoins de l enfant. Le portage aide un enfant à se construire, pour ensuite se porter seul et investir son corps et la relation de manière harmonieuse. Lors du portage, grâce à la relation avec sa mère, l enfant construit ses bases corporelles et psychiques gage de son sentiment de sécurité interne. Cette sécurité lui permettra de se séparer, d être autonome, d entrer en relation et de découvrir le monde. Nous comprenons alors le chemin du bébé bien porté à l enfant bien portant. Cependant ce chemin est semé d embuches. Certaines dyades mère-enfant ont des difficultés à surmonter les obstacles dues à une proximité physique trop envahissante, à un dialogue tonique pauvre ou à un problème de différenciation. Nous pouvons alors nous questionner sur le développement de l enfant lors des carences de portage. C est ce que j essaierai d illustrer au travers de ma clinique. 32
34 PARTIE 2 : ELEMENTS CLINIQUES Afin de préserver l anonymat des enfants, les prénoms de ceux-ci ont été changés. 33
35 A- Et s il y avait trop de portage pour Louis? 1- Présentation J interviens dans une micro-crèche de façon hebdomadaire pour co-animer un groupe de prévention et d éveil psychomoteur. La crèche accueille dix enfants âgés de trois à vingt mois. Deux auxiliaires de puériculture et une éducatrice de jeunes enfants travaillent à plein temps. L équipe remarque chez Louis, des pleurs, une demande constante d être dans les bras d un adulte, une hypertonicité, peu de retournement ou de jeux seul. L équipe me demande alors de le rencontrer. D après les informations du dossier, Louis est né en Juin Il a six mois lorsque je le rencontre. Il a deux demi-frères plus âgés que lui. Sa mère raconte que son accouchement a été difficile. Elle allaite toujours Louis et le porte très souvent en écharpe contre elle. Mme P est décrite par le personnel comme très angoissée et quelque peu envahissante. 2- Louis J interagis avec Louis après qu il ait bu son biberon. Il est installé dans un transat. Il s agite et cris dès le départ de l auxiliaire. Il fait plusieurs mouvements d extension en arrière. Il pousse fort sur ses pieds et sur sa tête, il se tortille. Je prends Louis dans mes bras. Il est très tendu, même arc-bouté en arrière. Il éprouve des difficultés à se poser contre moi. J essaye de croiser son regard, cela est possible mais bref. Il oriente son regard vers les autres enfants. J essaye de poser son dos contre mes jambes demi-fléchies mais il appuie sur sa tête pour se relever. A ce moment-là il n a pas d appuis plantaires et cette position semble lui déplaire. Je ne me sens pas à l aise avec ce bébé, nous avons du mal à nous accorder. Il peut se relâcher légèrement lorsque je le porte ventre contre ventre. Mais dans cette position, nous n avons pas de contact oculaire. Louis est en permanence porté de cette façon par sa mère. Comment Mme P porte-t-elle son fils psychiquement? L observation de Louis au sol me montre qu il pleure et qu il s agite beaucoup. Je l aide à s apaiser. Je n ai pas observé de jeu avec ses mains. Lorsque son état émotionnel le lui permet il suce son pouce. Louis a des difficultés à rester quelque instant seul. Il demande à être porté. Dans ce cas, je constate qu il éprouve des difficultés à adapter son tonus au porteur. 34
36 3- Louis et sa mère Je rencontre Louis et sa mère, à la demande de Mme P qui s inquiète un peu du développement de son fils. Je lui sers la main et je constate qu elle est très hypotonique, j ai l impression qu elle coule à travers ma main. Mme P me dit qu elle est anxieuse et s exprime sur la difficulté à élever un enfant. Elle me dit qu elle est très fusionnelle avec Louis et que son entourage commence à le lui reprocher, et plus particulièrement son mari. Louis est alors âgé de sept mois. Il ne se retourne pas seul du ventre sur le dos, ne joue pas avec ses pieds et joue peu avec ses mains. Il tient assis seul lorsqu on le met dans cette position. Louis est très rigide sur son dos et ne parvient presque pas à bouger ses bras. Le déséquilibre l effraie. Il est comme bloqué en position assise, alors sa mère dispose pour lui des objets à ses côtés. Au bout de peu de temps, Louis crie et sa mère le change de position. A plat ventre, il relève immédiatement la tête et se maintient en position de sphinx. Il est très tonique et il ne relâche pas sa position. Il se déplace en se tirant avec différents supports (le pied de la table basse, le pantalon de sa mère ). Il tire le haut de son corps et ne se sert pas de ses jambes. Il n adapte pas son corps à de nouvelles positions. Il n explore pas les postures intermédiaires et les déséquilibres. Il est alors «coincé» et pleure. Louis montre peu de ressources pour se déplacer seul. 4- Analyse Louis est un petit garçon qui a été beaucoup porté et allaité au sein. Cependant je me questionne sur la qualité de ce portage et du lien à sa mère. Aujourd hui Louis est encore en fusion avec sa mère. Il reste dans une certaine indifférenciation avec celle-ci. Il ne se tient seul que par son hypertonie. Je me questionne alors sur ce qu il a intériorisé de son portage, du tonus de sa mère, du soutien qu elle a pu ou non lui apporter. Ici je suppose que Mme P a centré son attention sur le portage au sens de procurer de l aide et amener du réconfort. Mme P a construit un cocon pour son fils ; je me représente un cocon tout mou sans distinction particulière, sans caractéristique et surtout sans évolution. Mme P porte Louis comme un nouveau-né, elle ne s est pas adaptée à son évolution. Nous voyons par-là que la qualité de son holding est défaillante dans la mesure où elle ne répond pas de façon adaptée aux besoins de son fils. Au sol, Louis est entravé dans son corps, il ne peut pas seul changer de position et a des difficultés à faire varier son tonus. Il n accepte pas d être seul un moment. Nous pouvons dire que Louis a un développement psychomoteur un peu lent. Il a du mal à se séparer de sa mère parce qu il n a pas intériorisé suffisamment d éléments maternels pour construire son monde 35
37 interne et sa sécurité. Dans ce portage, la relation a peu évolué et n a donc pas permis à Louis de se différencier. Ce collage, cette fusion existe aussi pour Mme P, en effet elle reste très proche de lui, elle a du mal à l accompagner de façon adaptée dans sa découverte du monde. Et d ailleurs Mme a du mal à reprendre sa place de femme au sein du couple et à reprendre le travail (culpabilité?). Le portage en écharpe suppose une relation de corps à corps qui est bénéfique pour la régulation physiologique du tout petit. Pour le bébé plus grand le portage en écharpe lui permet d être dans le giron maternel et de retrouver sa sécurité. Mais ce type de portage ne permet pas la mise à distance nécessaire au bon développement de l enfant. La communication par le corps à corps utilise des canaux spécifiques tel que la respiration, le dialogue tonicoémotionnel, le toucher et le chuchotement. J ai ainsi pu remarquer que lorsque Louis pleure, le personnel de la crèche le porte près du corps. Contrairement à d autres enfants qui ont besoin du regard ou de la voix, Louis a besoin d un contact très proche. Il est très sensible aux messages infra-verbaux ce qui est normal en vu de son âge mais qui est aussi spécifique à sa relation à sa mère. J ai pu voir que Mme P accorde beaucoup d importance au portage en corps à corps de son fils. Par le biais de notre conversation, j ai pu pressentir un peu son portage psychique. Elle considère Louis comme un tout petit et elle a besoin de le sentir près d elle. Sans quoi, à ses yeux, il cesserait d exister, il tomberait. Pour Mme P les expériences de portage se limitent peut-être à des expériences de corps à corps. Comment porte-t-elle son enfant psychiquement? Elle me dit qu elle a besoin de son fils contre d elle, elle écoute ses propres désirs ; mais quelle place laisse-t-elle à ceux de Louis? Ces quelques éléments m interrogent sur la qualité du holding que Mme P offre à Louis. Après plusieurs remarques de son mari et du personnel de la crèche, Mme P se rend compte petit à petit que Louis a besoin d un espace pour lui. Elle commence à mettre en place des balises et des espaces pour la vie psychique de son fils. Elle parle des émotions, des désirs de son fils et de ce qu il apprécie davantage. Il commence à avoir une place dans la famille et prochainement il aura une place dans la maison (sa chambre). Au vu de cette observation et de l âge de Louis, des éléments peuvent nous questionner sur le développement de cet enfant sans adaptation de la relation à sa mère. Cette vignette clinique me permet de toucher du doigt les conséquences «d un trop de portage» ou «d une défaillance de celui-ci». 36
38 B- Troubles de l attachement et portage 1- Cadre d intervention a- L institution Mon stage se déroule dans un Centre Médico-Psychologique rattaché à un hôpital public qui reçoit majoritairement une population d enfants âgés de 2 à 6 ans. Ces enfants présentent des troubles du comportement ou encore des troubles du développement et de la relation. L équipe est composée d une psychologue, d une orthophoniste, d un psychothérapeute, d une éducatrice de jeunes enfants, d une psychomotricienne, d une assistante sociale et d une pédopsychiatre. Les enfants et leurs familles sont accueillis par la pédopsychiatre lors d un entretien, qui reçoit la demande et oriente la prise en charge vers les différents professionnels. Généralement c est la Protection Maternelle Infantile qui envoie les familles au CMP. Le CMP réalise un travail de coopération avec les familles et les écoles mais également un travail d orientation. Ce type d accompagnement est extrêmement proche des familles, il leur donne une contenance et un étayage nécessaire. En effet les mères arrivent souvent seules, elles sont quelques peu démunies face à leurs enfants. La psychomotricité au sein d une équipe pluridisciplinaire: La psychomotricité amène un regard global sur l enfant et sur son mode de relation notamment grâce à la lecture de la communication non-verbale. La psychomotricienne reçoit les enfants sur prescription médicale. Elle reçoit la famille et recueille des informations sur l anamnèse de l enfant, la situation familiale Elle propose ensuite de rester seule avec l enfant, si cela est possible elle enchaîne par quelques épreuves de bilans suivant les capacités attentionnelles, la compréhension de l enfant et ses compétences psychomotrices. Elle réalise son bilan au cours de trois séances. Elle transmet ses observations et son projet de prise en charge à la pédopsychiatre et à la famille au cours de la consultation. Ma place de stagiaire : Au CMP, j accompagne la psychomotricienne dans les prises en charge. Mon positionnement en séances a été progressif : avec l accord de ma maître de stage, au début de mon stage en tant qu observatrice, afin de favoriser l adaptation des enfants au nouveau cadre, j ai rejoins progressivement la psychomotricienne lorsque l enfant m invitait ou lorsque je sentais que c était possible pour l enfant. 37
39 Depuis, je travaille en collaboration avec la psychomotricienne auprès des enfants ; la créativité de chacune soutient les suivis psychomoteurs, et nous réfléchissons ensemble au contenu des séances. b- Emilie Présentation Je tire ces éléments d'un entretien avec Mme B : famille d accueil d Emilie. Emilie a, née en janvier 2010, elle a 22 mois lorsque je la rencontre. C'est la troisième d'une fratrie de quatre enfants. À trois semaines de vie elle est hospitalisée et à la suite de cela, elle est retirée de sa famille pour des raisons de maltraitance. Une de ses sœurs aînées est décédée à deux mois de vie pour ces mêmes raisons. Sa grande sœur est placée en famille d'accueil, et son petit frère est toujours à l'idef (Institut Départemental de l'enfance et de la Famille). À son arrivée dans sa famille d'accueil, elle a alors dix mois. Emilie présente des difficultés d'alimentation, et est décrite comme une enfant très nerveuse, qui n'a pas de «doudou» ni de tétine. Pour l'anniversaire de ses un an, Emilie a une visite médiatisée avec sa maman. Depuis elle la rencontre toutes les trois semaines, il en est de même pour le papa. Emilie est arrivée dans l'institution à 11 mois. Elle est suivie par la pédopsychiatre depuis un an. Les motifs de sa rencontre avec la pédopsychiatre sont : grosses angoisses et grosses colères le soir au moment de l'endormissement, des difficultés au niveau de l'alimentation. Au cours du suivi, la pédopsychiatre constate l absence de marche à 14 mois. La pédopsychiatre prescrit un bilan psychomoteur car à 22 mois Emilie marche, mais présente de nombreuses chutes, elle a des difficultés de séparation. Le bilan psychomoteur a eu lieu en novembre L observation psychomotrice Au cours des observations, Emilie présente une vigilance accrue, qui se traduit par un tonus élevé, un regard vif, des mouvements permanents, une impossibilité d'aller au sol et une difficulté à s'engager corporellement. Elle explore les jeux accroupie. Sa motricité fine est bonne, elle présente une bonne coordination oculo-manuelle. Elle comprend très bien et joue à faire semblant. Elle peut fixer son attention un long moment lorsque son état émotionnel le lui permet. La séparation est très difficile, Emilie pleure beaucoup, montre la porte du doigt. Elle accepte les bras de ma maître de stage pour se consoler. Au cours de ces séances, j'observe beaucoup de déséquilibres dans la marche, quelques chutes, mais une bonne capacité à se relever. Emilie est constamment debout. Lors de la 38
40 dernière séance d'observation, Émilie peut lâcher prise, jouer au sol à plat ventre et ne plus pleurer. Au cours du bilan, elle recherche mon regard lors de ses réussites. Lors de ses manipulations, elle jargonne mais elle n est pas encore tout à fait compréhensible. Projet de soin Je fais l hypothèse que cette petite fille maintient un état de vigilance important due à son histoire. Elle se sent peut-être menacée dans la séance, dans la relation. Le lien est fragile, peut-être craint-elle d'être abandonnée à nouveau...comme dans une pathologie de l'attachement. Face aux violences qu elle a subies (violences physiques et séparations) Emilie réagit avec ses systèmes de défense plus ou moins bien adaptés. Les angoisses associées aux formes d agression subies sont en lien avec des angoisses d invasion liées à la frustration des besoins de sécurité et de respect. J observe que cette petite fille varie entre un état tonique très haut et un autre plus bas lorsqu elle est fatiguée ou dans les bras de sa nourrice. J orienterai le travail vers une variation tonique dans le corps à corps, le portage et un travail de séparation. Son angoisse de séparation serait à l origine d un déficit du sentiment de sécurité en absence de la figure d attachement. 2- Le suivi a- Ma première rencontre avec Emilie Je rencontre Emilie dans la salle de psychomotricité, elle est accompagnée par Mme B. C est une petite fille au teint mate avec des cheveux bruns frisés. Elle a de grands yeux marrons avec lesquels elle scrute toute la salle, ma maître de stage et moi-même. Ses yeux sont pétillants et lui donnent une allure avenante. Cependant elle est plutôt timide. Elle se tient immobile, debout et oscille d un pied sur l autre. Elle présente une grande rigidité. Sa démarche est peu fluide et se traduit par de fréquents déséquilibres. Pendant les premières séances, je reste en observation. Emilie est consciente de ma présence et recherche mon regard lorsqu elle réussit ses explorations. Elle est tendue et s engage peu dans l exploration des jeux. Elle recherche en permanence le regard de ma maître de stage ou de moi-même. b- Ses appuis et le sol Pendant les séances, la psychomotricienne et moi sommes assises au sol. Emilie est debout ou accroupie. Elle est sans arrêt en mouvement. Lorsqu elle chute, elle se relève immédiatement. Elle se risque peu à des déséquilibres, à des engagements corporels pour enjamber, passer par-dessus le banc. Elle a besoin du port de ses chaussures et que ses deux 39
41 pieds soient au sol. Au début des séances, ma maître de stage propose généralement aux enfants de retirer celles-ci. Nous-mêmes retirons les nôtres et réalisons la séance en chaussettes. Pour Emilie, le fait d enlever ses chaussures semble compliqué : en effet elle ne peut plus se déplacer et pleure lorsqu elle ne les a pas. Les séances se déroulent donc en chaussures. L appui au sol est important pour Emilie ; lorsqu elle est installée au petit bureau et que ses pieds ne touchent pas le sol, elle manifeste son malaise et a besoin que l on soit tout près d elle. c- Le poupon qu elle ne peut pas porter A chaque séance, Emilie réclame le poupon qu il y a dans le placard. Elle l appelle le «bébé». Dès son entrée dans la salle de psychomotricité, elle montre le placard et nous fait comprendre qu elle désire le bébé. Nous lui donnons la caisse avec les accessoires du poupon. Elle prend le poupon et le pose sur le tapis. Nous commençons d installer un petit coin cuisine. Je lui dis que le bébé doit avoir faim. Je lui donne le poupon, elle le touche peu et fait semblant de lui donner le biberon puis elle le dépose loin d elle. Elle ne peut le garder dans les bras lorsque je lui dis qu il pleure. Je feins de consoler le bébé, je lui parle et donne le bébé à Emilie qui le garde au bout des bras sans pouvoir vraiment le toucher. Ma maître de stage propose de chanter une berceuse. Emilie nous regarde alternativement, elle est immobile et semble embarrassée. Emilie réclame le poupon mais elle ne peut pas vraiment s en occuper, le porter, lui parler. (Tout comme sa propre mère qui ne peut pas l élever). Elle nous donne le bébé pour que nous nous en occupions. Emilie peut seulement le nourrir. d- La confiance s installe, début d une régulation tonique Au fil du suivi, Emilie nous surprend en s asseyant. Son dos est contre le mur et elle est face à nous. Emilie va au sol. Le fait d aller au sol lui a demandé une diminution tonique. La station assise exige une certaine tonicité qu elle ne peut maintenir d où son besoin d appui dos. Lorsqu elle est debout, elle se tient grâce à son hypertonicité. Cette hypertonicité bloque la fluidité de ses mouvements et explique donc ses chutes fréquentes. Lors d une diminution tonique, elle a besoin d un soutien, qu elle trouve dans son environnement. Elle peut trouver également cet appui contre la psychomotricienne. Après une séparation difficile, elle trouve du réconfort dans les bras de ma maître de stage. Et elle s installe sur les genoux de celle-ci pour jouer avec moi. La psychomotricienne lui offre un soutien, une contenance par son corps et sa respiration. Je suis en face d elle, je lui parle et je la regarde. Nous créons ensemble une enveloppe, une contenance sur laquelle elle peut s appuyer et ainsi être disponible aux jeux. 40
42 Au fil des séances, après un temps d observations et de répétitions de jeux connus, Emilie s aventure à passer de part et d autre du banc. Elle abaisse son seuil de vigilance et coordonne prudemment les différentes parties de son corps. Elle réitère cette expérience. Elle s engage au niveau corporel et se risque même à des déséquilibres. Emilie s apaise et devient plus disponible à son corps et à la relation. Lors de la lecture de l histoire en fin de séance, Emile s autorise à s agenouiller pour tourner les pages du livre. C est aussi à la fin d une séance qu elle pourra se risquer à aller au sol à plat ventre afin de rechercher un objet sous le trampoline. e- Son rapport à l objet Emilie touche les objets avec beaucoup de distance, avec le bout des doigts. Elle touche peu la pâte à modeler et utilise plutôt les ustensiles. Elle explore beaucoup du regard, elle est sur le qui-vive. Emilie a besoin que l on soit en permanence dans son champ visuel. Elle est inquiète lorsque ma maître de stage ou moi-même sommes cachées. Le jeu du cache-cache l inquiète et l intrigue. En effet elle commence à jouer à cacher les objets et à s amuser à les retrouver. Elle joue à perdre du regard et à retrouver dans une tentative de maîtrise de la situation. Emilie manipule les objets mais ne les gardent pas dans ses mains. Elle ouvre la caisse à legos et en sort quelques-uns indifféremment. Il n y a pas de construction. Avec la caisse du poupon, elle a un comportement similaire. Lorsqu elle joue avec les instruments de musique, elle n utilise qu une maracas à la fois. Elle ne peut se servir de ses deux mains en même temps. f- La difficulté à s installer Au cours des séances, Emilie passe d un jeu à l autre sans vraiment s installer, sans vraiment explorer l objet. Elle ouvre la caisse du poupon, puis se dirige vers les instruments de musique. Elle part ensuite vers le banc puis devant le miroir. Elle s approche de la caisse de légos, son tonus est très haut et elle reste debout près de la caisse. Elle est presque dans une agitation qui semble la tenir. L arrêt de cette agitation semble menaçant. Je n observe pas de lien entre ses explorations. Si ce n est de vérifier que les objets explorés la semaine précédente sont toujours présents au même endroit. g- L apparition du doudou, de la sucette : vers un nouvel attachement Depuis les vacances de février, Émilie vient en séance avec son doudou et sa sucette. La psychomotricienne lui propose de déposer ses affaires sur son bureau. Emilie peut le faire, cependant lorsqu elle pose son regard sur son doudou, elle est envahie par une profonde 41
43 tristesse. Lorsqu elle regarde son doudou, cela ravive-t-il ses angoisses? Prend-t-elle alors conscience de la distance qui la sépare de son doudou et par la même sa figure d attachement? Comment peut-elle se rassurer? Cet investissement sur un objet d attachement a pu avoir lieu. Emilie est présente chez Mme B depuis un an, elle commence à s installer et se sécuriser. Cela est notamment visible car Emilie commence à nommer Mme B «tata» alors qu auparavant cette dame n était pas nommée comme si elle n avait rien de spécifique. Mme B nous dit que depuis quelques temps, Emilie entretient avec elle une relation très fusionnelle, même «étonnante de la part d Emilie». Emilie recherche l exclusivité pour tous ses soins (repas, toilette, endormissement). La qualité du lien et de l attachement d Emilie envers Mme B a évolué vers une relation exclusive. h- Difficulté accrue de la séparation Depuis l évolution de la relation entre Mme B et Emilie, nous remarquons que cette dernière manifeste des difficultés à se séparer de Mme B. Elle reste sur ses genoux dans la salle d attente, s enfouit le visage, ne nous regarde pas. Elle pleure, refuse de venir seule en séance ou se met en colère lorsqu elle arrive dans la salle. Une fois dans la salle, Emilie a besoin d un temps de réconfort. Ma maître de stage la porte dans ses bras, la console, lui parle. Après ce temps nécessaire, elle peut ensuite s engager dans un jeu. Son attention est limitée, elle montre rapidement la porte et réclame sa «tata». Nous avons ainsi proposé à Mme B de venir en séance. Emilie est sur les genoux de sa «tata». Elle nous regarde et nous écoute cependant la séparation physique avec Mme B est difficile. Au cours des séances avec Mme B, Emilie a besoin que l on soit toutes les trois dans son champ visuel. Elle a besoin de garder cette maîtrise sur son environnement. i- Insécurité et fragilité des enveloppes sensorielles Ma maître de stage propose un nouveau jeu, il s agit d une carriole avec une corde. Elle propose de promener le poupon dans la carriole en tirant la corde. Emilie est amusée par la nouveauté, elle sourit et saute sur place. Elle met le poupon sur la carriole et tente de tirer sur la corde, elle échoue. La psychomotricienne lui montre, la corde se détache de la carriole avec un léger bruit. Emilie est effrayée, se tend et éclate en sanglot. Le bruit l a surprise, il est venu faire effraction dans son environnement. De plus il y a eu une rupture du lien! Au cours d une autre séance Emilie joue avec nous, quand tout à coup elle s interrompt pour tendre l oreille afin d être plus attentive aux bruits de pas du couloir. Emilie 42
44 s inquiète de la provenance de ces bruits. Le bruit vient faire intrusion dans la séance et dans l enveloppe d Emilie. j- Intériorisation d un portage à vivre de façon moins traumatique Au cours des séances, ma maître de stage porte souvent Emile pour la rassurer et pour l accompagner de la salle d attente à la salle de psychomotricité. Emilie peut trouver du réconfort et de la solidité auprès de la psychomotricienne. Elle nous montre également que Mme B a ce rôle-là. Elle s apaise dans ses bras. Emilie est en train d intérioriser un portage «suffisamment bon». Ce portage est d abord nourricier avec Mme B et Emilie le vit de façon non traumatique et amorce ainsi la construction du sentiment de sécurité interne. Cependant va-telle pouvoir revivre les expériences de portage de façon moins violente que ce que relate son histoire? Pendant les séances cette sécurité commence à s installer par le biais de la régularité, du portage, de la voix et du regard. Elle vit en séance des expériences de portage non traumatiques qui permettent d installer un sentiment de sécurité interne. Elle baisse son tonus, et lâche peu à peu prise. Elle se laisse progressivement porter par nos voix et notre regard. 3- Analyse et mise en lien Emilie se présente comme une petite fille hypertonique. De cette façon, elle se tient à elle-même. Il semble que ce soit une façon de compenser la défaillance de son axe comme appui corporel et psychique. Elle a donc besoin d un appui sur le mobilier ou sur nous lorsqu elle s autorise à baisser son tonus pour s asseoir par exemple. Les supports offerts à Emilie sont à la fois concrets, physiques, mais aussi psychiques, affectifs et identificatoires. Pour son développement, l enfant a besoin d un appui sur le corps, la psyché et le regard de sa mère. Emilie scrute du regard toute la salle, nos moindres faits et gestes. Par le biais de sa tonicité et de son regard, elle se tient à elle-même et à l environnement. Le fait d avoir ses chaussures la rassure, lui contient les pieds et la «garde» au sol. Elle traduit de la sorte son hypervigilance et sa crainte. Mais de quelle crainte s agit-il? Celle d être abandonnée, lâchée, maltraitée? En effet malgré son jeune âge, Emilie a vécu plusieurs séparations et a été maltraitée. Face à une situation inconnue, Emilie manifeste des problèmes de séparation avec Mme B. Elle manifeste également une difficulté à s engager dans la relation avec nous, à s engager corporellement et à se poser sur une activité, un jeu. Emilie est en difficulté pour s installer en séance. Elle présente une certaine agitation. Elle manipule les objets du bout des 43
45 doigts. En la voyant ainsi en séance, j ai l impression d avoir emprisonné un animal sauvage. L agitation, l hypertonie et la maîtrise visuelle sont les mécanismes qu elle utilise pour lutter contre ses angoisses en séances. L agitation permet peut-être à Emilie de vérifier la constance et la permanence des jeux, de leurs emplacements, de leurs propriétés... Elle s assure que la salle est immuable, qu elle ne change pas d une semaine sur l autre. Ce caractère immuable, constant de la salle la rend prévisible et ainsi potentiellement moins inquiétante. Au fil de nos rencontres, elle apprend à nous connaître et nous sommes de moins en moins menaçantes. C est ainsi qu à la fin des séances, Emilie s aventure au sol, s engage corporellement ou fixe son attention. Il faut toutefois que nous soyons vigilantes à être dans son champ visuel et que nous fassions attention à la vitesse de nos déplacements dans la salle. Au fur et à mesure de la prise en charge et de la mise en place d un dispositif contenant et porteur, ses angoisses ont diminué et la qualité de la présence d Emilie s est améliorée. Sa crainte de ne jamais pouvoir repartir a été apaisée. La régularité des séances et l immuabilité du cadre créent une sécurité sur laquelle Emilie peut s étayer. Emilie s appuie aussi sur mon corps ou celui de la psychomotricienne. Elle s appuie sur notre regard et notre voix. Elle vient chercher notre contact, souvent après une séparation. Dans cette situation de portage, Emilie cherche en nous la solidité d un axe et une sécurité qu elle n a pas encore intériorisé. En effet Emilie n a pas encore pu faire l expérience d un portage contenant, maternant et régulier, portage qui permet un échange émotionnel. En effet de part son histoire, Emilie n a pas pu rencontrer de personnes pouvant la porter de façon régulière dans sa globalité, c'est-à-dire aussi avec son histoire. Le jeu du poupon permettrait à Emilie de commencer le processus d intériorisation du portage de Mme B et de celui que nous lui offrons en séance. Elle peut tenir le poupon sur ses genoux, afin de le nourrir. La satisfaction du besoin alimentaire est un élément parmi tant d autres qui permet l attachement. Grâce au nourrissage de son poupon, Emilie joue cette satisfaction alimentaire. Nous voyons que par son jeu avec le poupon, Emilie joue ce qu elle vit avec Mme B. Dans l espace sécurisé de la séance, Emilie joue. Elle s exprime entre son monde intérieur et le monde extérieur pour pouvoir enrichir sa personnalité, son sentiment d exister et son autonomie. Le jeu en psychomotricité est un outil thérapeutique indispensable. Il semble qu Emilie s en serve pour découvrir le monde qui l entoure et peut-être maîtriser ses angoisses liées à son histoire traumatique. Son portage va-t-il pouvoir s enrichir? A chaque séance, Emilie expérimente la séparation et les retrouvailles avec Mme B. Au début de la prise en charge, elle ne manifestait pas de réaction particulière à la séparation mais ne s engageait pas dans les séances. Elle montrait un «schème d attachement angoissé- 44
46 ambivalent» 53. Dans ces cas-là, l enfant n est pas sûr que sa figure d attachement sera disponible lorsqu il fera appel à elle. Du fait de cette incertitude, il est toujours sujet à l angoisse de séparation. «Il tend à s accrocher et se montre angoissé pour explorer le monde.» 54 Nous comprenons alors pourquoi Emilie est hypertonique : elle se tient à ellemême, faute d avoir quelqu un à tenir. Ce schème d attachement peut évoluer suivant l environnement affectif et relationnel d Emilie. Il semblerait qu il y ait une évolution. Au fil du suivi, Emilie est de plus en plus adhésive avec Mme B. Est-ce sa façon de commencer d intérioriser la contenance et la sécurité de Mme B? Nous sommes donc ici face à la première étape de l intériorisation, c'est-à-dire l identification adhésive. Celle-ci peut être pathologique mais contient aussi un aspect normal. Elle se poursuit par l identification projective et l intériorisation. En séance Emilie joue à perdre les jeux du regard et à les retrouver, signifiant par là qu elle a intériorisé quelque chose de l objet, qu elle se constitue un objet interne. Nous voyons qu elle évolue et nous montre son attachement avec Mme B au travers de son lien avec son «doudou» et sa sucette apparus récemment en séance. Emilie a investi cet /ces objet(s) au sens de Winnicott comme «objet transitionnel». En effet cet objet de réassurance porte symboliquement une partie partielle de sa figure d attachement et permet d apporter du réconfort. En observant Emilie et ses jeux nous voyons qu elle commence à intérioriser un portage, à construire un monde interne sécurisé. Les constructions d Emilie restent fragiles. Il est donc important de maintenir sa prise en charge de façon régulière pour qu Emilie puisse anticiper les séances et accéder à un sentiment de sécurité. Pour le moment, le contenu des séances reste plus ou moins identique. Ensuite il serait souhaitable d introduire de la nouveauté, de la surprise pour qu Emilie maintienne son investissement des séances et qu elle progresse dans la construction de son sentiment de sécurité interne. C- Lorsque tout ne va pas de soi, les défaillances de portage : problème de sécurité et de relation 53 MAZET P., Développement affectif et relationnel, in P. MAZET, Psychopathologie du nourrisson et du jeune enfant. Paris, Masson, P MAZET P., Développement affectif et relationnel, in P. MAZET, Psychopathologie du nourrisson et du jeune enfant. Paris, Masson, P 87 45
47 1- Cadre d intervention : Jules en manque de portage? a- Présentation Je rencontre Jules au CMP dans lors de mon stage de troisième année. Le cadre est similaire à celui de ma rencontre avec Emilie. Description physique et comportementale de Jules : C est un petit garçon de 3 ans né en novembre Il a des cheveux châtains clairs et de grands yeux marrons. Il est légèrement petit pour son âge. Il présente une très discrète hémiplégie gauche. Cette hémiplégie se voit un petit peu au niveau de son poing gauche, quelques fois fermé. Au niveau de son comportement en séance, Jules a tendance à regarder du coin de l œil. Il s exprime en jargonnant et commence à répéter certains mots. Il se déplace beaucoup en courant et en sautant dans la salle de psychomotricité. Depuis les vacances de noël, il présente une certaine agitation. En présence de sa mère, j ai pu observer que Jules utilise des objets de façon répétitive et bruyante. Il ferme et ouvre la porte, il tape sur la table avec un jouet, il pousse et tire les chaises. Ces bruits sont désagréables pour les personnes autour. Sa mère nous informe qu à la maison Jules a le même comportement. Dans ces moments-là, il semble difficilement accessible. Sa mère dit qu «il est dans sa bulle». Mme J décrit son petit garçon, comme un enfant capricieux, qui ne comprend pas ce que l on dit. Données d anamnèse : J ai trouvé ces éléments dans le dossier de Jules. Il s agit des comptes rendus de la pédopsychiatre et de ma maître de stage. Jules est né en Ses parents divorcent un an après sa naissance. Sa mère vit chez ses parents avec Jules. Elle a déménagé récemment à côté de chez ses parents (novembre 2011) où elle habite seule. Son père a sa garde un week-end sur deux. Jules présente une légère déficience de type hémiplégique à gauche avec les résultats d un IRM (Imagerie à Résonance Magnétique) vierges. Au niveau de son développement psychomoteur, la station assise est acquise à 18 mois et la marche à l âge 23 mois. Sa mère l'a allaité mais elle a du mal à le porter dans ses bras en lien avec à une difficulté de proximité corporelle et un mauvais ajustement tonique. De plus, elle a du arrêter l allaitement car elle se plaignait que son enfant la mordait. C était un comportement massif chez Jules avec tous à cette époque-là. Jules s endort en présence de sa mère, c est tout du moins ce que j ai pu comprendre lors de l entretien avec celle-ci. Il n a pas de doudou, ni d objet qu il semble apprécier davantage. Depuis les vacances de noël, Jules manifeste de la tristesse et de la colère lorsqu il doit être séparé de sa mère.ces manifestations sont également observées lors des séparations 46
48 pour les temps scolaires ainsi que pour les temps de garde chez son père. Cette évolution dans le comportement de son fils semble préoccuper sa mère. Jules n a pas acquis la propreté diurne et nocturne. Au niveau alimentaire, il réclame toujours la même chose et commence à manger seul. La mère est décrite par la pédopsychiatre comme très esseulée, démunie, peu stimulante et ayant peu confiance en elle. Elle s appuie beaucoup sur la PMI (Protection Maternelle et Infantile), les visites à domicile, le CMP. La demande de prise en charge repose sur un retard du développement psychomoteur ainsi que des troubles du comportement. Jules s automutile face à la frustration. Description psychomotrice : Jules est décrit comme un petit garçon avec un rire paroxystique. Jules longe les murs, les lignes de la pièce en courant. Il se fait des sensations visuelles. Il a peu de mots mais des cris. Jules est plutôt à l'aise dans son corps. Son équilibre reste encore un peu fragile lors de la marche, il lui arrive encore de chuter. Il peut se relever sans difficulté. De plus il a une bonne réaction de parachute. Jules se déplace le plus souvent en courant et sautillant. Il rit beaucoup mais cette manifestation ne me semble pas toujours en adéquation avec ses émotions du moment. Lors de la manipulation d objet, Jules a une bonne coordination oculo-manuelle. Sa pince fine est correcte et précise. Au niveau sensoriel, il peut parfois utiliser son regard de biais. La majorité du temps, Jules évite notre regard. Il utilise peu le toucher. Il occupe bien l espace, il a bien investi la salle de psychomotricité et le CMP. Lors des jeux, Jules est en difficulté pour être en relation à trois. Il peut imiter et jouer à faire semblant. Il est très sensible aux comptines et aux livres. Il montre ainsi ses capacités d attention conjointe. Jules commence à être autonome pour retirer ses chaussures et son manteau avec une stimulation verbale. Projet de soin : Jules est un petit garçon agité. Il manipule principalement les meubles (ouverture et fermeture). Il a besoin d être beaucoup accompagné (guidé, imité..) pour jouer. Il semble présenter une difficulté à rencontrer sa mère. Avant les vacances de noël, Jules ne manifestait pas de réaction à la séparation. Depuis cela est difficile pour lui. Jules est désormais sensible à la séparation, il s agite, crie et tape. Il est hypertendu, a le visage crispé, une forte émotion l envahit. Il semble éprouver la séparation comme s il perdait quelque chose de lui-même. Peut-être éprouve-t-il le manque, le vide? 47
49 Nous proposons des expériences de portage à ce petit garçon. Le contact physique par le biais du portage est un des premiers moyens de rencontre entre la mère et son enfant. En effet la mère offre une protection physique à son enfant. Nous proposons le portage à Jules pour construire avec lui l entre deux au niveau du tonus mais aussi au niveau de la relation. Il pourrait ainsi prendre conscience que son corps est un outil de communication. Le portage, par la voix et le regard, est également intéressant pour permettre à Jules de construire ses enveloppes physique et psychique. b- Cadre et déroulement de la prise en charge Jules vient en psychomotricité depuis Aout 2011, cela va faire un an. Le dispositif de soin était orienté dans un premier temps sur une prise en charge mère-enfant puis au fil du temps ma maître de stage a décidé d orienter la prise en charge avec Jules seulement. Généralement ma maître de stage oriente sa séance suivant la demande de Jules. Nous participons avec l enfant, enrichissons et varions ses propositions. Lorsque Jules parait se lasser du jeu, la psychomotricienne l invite à ranger pour passer à un autre jeu. La fin de la séance est souvent un temps pendant lequel ma maître de stage propose des livres, et peut lire des histoires. Ensuite elle lui donne un papier sur lequel est noté son prochain rendez-vous. 2- Le suivi a- Ma première rencontre avec Jules Je rencontre ce petit garçon dans la salle d attente, il poussait et tirait bruyamment une chaise malgré les remarques de sa mère, en regardant la porte du coin de l œil et en riant. Lorsque ma maître de stage lui dit bonjour, il la regarde, s arrête et se dirige vers la salle. En entrant il tente de retirer ses chaussures. Il redresse la tête. Je remarque que son visage a changé, son comportement aussi. Il est plus détendu corporellement. Je crois que je dis que son visage a changé car arrivé dans la salle, je peux croiser furtivement son regard, et voir ses yeux pétiller. Jules ne manifeste pas de réaction particulière à mon égard. Il a repéré ma présence mais ne semble pas en tenir compte. Dans un premier temps je considère cela comme la preuve de son adaptabilité. Jules présente deux comportements très différents avec sa mère et avec ma maître de stage. Avec sa mère, il a un comportement de retrait important alors qu en séance il peut quelques instants être en relation à deux ou même à trois depuis mon arrivée. 48
50 Depuis notre rencontre en novembre, Jules a beaucoup changé, tout comme le regard de sa mère à son égard. Désormais, il manifeste de la tristesse lors de la séparation. Je note qu il présente une meilleure harmonie psychocorporelle dans l expression de ses émotions. b- Le miroir ou comment se regarder? Nous allons chercher Jules dans la salle d attente. Il ne nous regarde pas et continue à jouer. Nous le saluons en insistant pour qu il nous regarde. La psychomotricienne le prend par la main pour le guider jusqu à la salle. Il s assoie sur le banc et retire ses chaussures avec mon aide. Il ne regarde pas ce qu il fait. Son regard n est pas fixé, ni orienté. En séance, nous croisons peu son regard. Il peut s appuyer sur le miroir pour nous repérer derrière lui, il nous cherche du regard alternativement. Je trouve cela très malin ainsi il détourne sa difficulté de nous regarder en face. Il a conscience de son reflet et peut l utiliser pour se repérer dans l espace. Il nous maintient ainsi dans son champ visuel. Le miroir de la salle est grand, Jules aime beaucoup se regarder surtout lorsqu il est fier de ce qu il fait. Jules apprécie beaucoup un livre sur les bébés à la fin duquel il y a un miroir. Il se regarde et sourit à son image plusieurs fois de suite. Lors de cette activité, Jules est contenu par la chaise et la table mais également par notre regard, notre présence et nos verbalisations. Son regard et son attention sont fixés sur le livre. c- Une rencontre difficile Lors de la deuxième séance, ma maître de stage est en retard ; je vais informer Jules et sa mère dans la salle d attente. Dans un premier temps, Jules va vérifier dans la salle si la psychomotricienne est présente. A ce moment là, Jules est envahi par une forte émotion, qui se traduit par des pleurs, des cris. Puis il mord, tape et arrache les lunettes de sa mère alors qu'elle souhaite le prendre dans ses bras. Jules est très rigide et très tonique. Sa mère le pose dans la salle d attente. Jules commence alors à tirer et pousser une chaise. J ai l impression que Jules est inaccessible dans le comportement de va et vient qu il met en place. Il y a tellement de bruit que je n entends plus Mme J. Je suis à la hauteur de Jules. J ai l impression de «rentrer dans sa bulle» pour ne pas avoir à entendre le discours dépréciatif de Madame J sur son fils. Je constate que cette mère est en difficulté pour apaiser son fils. Ils ont des difficultés à se rencontrer et à se parler. La mère a du mal à contenir Jules ainsi que ses émotions pour l aider à se représenter l absence et la gérer. Le couple mère-enfant n arrive pas à se rencontrer ni à se comprendre dans cette situation. Ils vont donc se séparer ; Jules se sépare physiquement et «s enferme» dans un environnement sonore et kinesthésique. Ses sensations lui permettent- 49
51 elles de vérifier qu il est encore vivant? Madame J en profite pour me décrire son fils qu elle ne comprend pas et qui est le signe de l échec de son union. Elle m explique qu elle ne lui parle pas car «il ne comprend pas» et qu elle «en assez d être seule à la maison sans personne avec qui parler». Je l entends ainsi parler à son fils, quelque fois elle s adresse à lui, à la troisième personne sans le regarder. Elle tente de le porter sur son ventre, mais il glisse jusqu'au sol, et cela plusieurs fois. Je me sens démunie face à la souffrance de Jules et de sa mère. d- Un défaut de communication Jules s enferme dans ses mouvements bruyants. Ma maître de stage intervient donc: il s'énerve, crie et rit. Elle lui explique que lorsque l on est en colère ou triste, on ne rit pas. Petit à petit il se calme et trouve finalement du réconfort dans les bras de celle-ci. Lors de l excitation motrice, de la séparation avec sa mère ou en réaction à la frustration, Jules rit. Son rire ne traduit pas une émotion de joie et il n est pas en adéquation avec son émotion du moment. Ce rire semble traduire un débordement émotionnel. Dans ces situations, Jules est très tonique et rigide. Sa tonicité lui permet de se tenir rassemblé, cependant cela bloque toutes les informations sensorielles. Jules se coupe de la relation, du dialogue tonico-émotionnel, d une possibilité de régulation. Paradoxalement sa mère est très hypotonique et bouge très peu. e- «Il est insupportable» Lors des rencontres avec la pédopsychiatre ou dans la salle d attente, Madame J verbalise ses difficultés. Elle nous dit que son fils crie beaucoup, qu il ne joue pas avec ses jouets, qu il aime faire du bruit. Elle nous demande des solutions car elle dit ne plus pouvoir supporter son fils. Elle ne peut plus le soutenir physiquement et psychiquement. Est-ce que cela veut dire qu elle a lâché son fils? Ainsi Jules met en place des comportements défensifs pour lutter contre ses angoisses. Ses comportements défensifs ressemblent à des autostimulations. Jules se tient à ces stimulations sensorielles (bruits, tonicité ) pour ne pas tomber. Est-ce par là une sorte d agrippement? f- L éclatement Jules arrive en séance assez agité corporellement et verbalement. Il court de partout, ne nous regarde pas et prend beaucoup de plaisir à sauter. Il accompagne tous ses mouvements d un rire qui ne me semble pas traduire un plaisir. En effet je crois que ce rire est le signe d un déversement. Il met des choses à l extérieur de lui et cela semble le désorganiser, j ai 50
52 l impression qu il éclate. Il grimpe de partout, il se met en danger. Il ne nous entend pas. Jules se coupe de la relation. Cette agitation motrice peut être le signe d un débordement émotionnel non contenu. Nous mettons des mots afin que Jules amorce une représentation. Nous mettons également des limites physiques afin de l aider à canaliser cet état qui le submerge. Jules est en difficulté pour canaliser sa motricité et ses émotions. Lorsqu il joue au ballon, il échange avec nous, puis peu à peu l excitation le submerge, il se désorganise et n est plus disponible, il n est plus en relation. En séance, par le biais de notre présence, des règles et des interdits nous mettons certaines limites pour aider Jules à se canaliser et ainsi construire ses propres repères. g- Les rassemblements Au cours de plusieurs séances, nous avons proposé des expériences de portage avec un drap. Au départ, Jules semble très surpris de la proposition, il accepte de s asseoir sur le drap. Nous soulevons le drap chacune de notre côté afin de porter et d envelopper Jules. Celui-ci semble surpris et a besoin de regarder hors du drap. Nous verbalisons ce temps de portage, l absence d appuis au sol, les bercements Cela permet une expérience de portage au dessus du sol. Ses pieds ne sont plus au sol, il est contenu par le drap autour de lui. Il est enroulé sur lui-même. Au travers de cette expérience assez surprenante pour lui, j ai pu noter que Jules s est beaucoup engagé, il a accepté de s asseoir, de se laisser porter. Nous accompagnons cela d une chanson. Jules met un certain temps à se laisser aller et finalement accepte que nous l aidions à s installer le plus confortablement possible dans le drap. Il finit même par lâcher prise un certain temps et semble alors apaisé. Il nous regarde, moins agité. Il semble un peu perdu. Nous échangeons nos places pour que Jules n ai pas la même personne en face de lui. Je trouve ce moment très riche, Jules peut commencer à nous regarder dans les yeux. De plus il semble prendre du plaisir. Quelles ont été les qualités de notre portage à ce moment là? Jules regarde hors du drap et ne cherche pas notre regard à cet instant, mais pour ma part, mon regard était sur lui, sur ses mimiques faciales, sa posture afin de pouvoir m adapter. Ma maître de stage avait également son regard posé sur Jules. Le portage physique était réalisé par l intermédiaire du drap. Il n y avait pas de contact de corps à corps. Il y avait tout de même un début de dialogue tonique. En effet, par l intermédiaire du drap nous pouvions ressentir la tension. Si Jules était trop tendu nous aurions éprouvé beaucoup de difficultés à maintenir une certaine tension et souplesse sur le drap et le portage n aurait pas été agréable ni pour lui ni pour nous. Quels souvenirs Jules a-t-il de ces portages? Comment Jules a-t-il vécu cette expérience? 51
53 Après ces échanges, Jules est très disponible, il ne rit plus de façon étrange et ne s éparpille plus dans la pièce. Jules construit peu à peu des objets internes sécures grâce aux expériences de portage. Cela commence à faire écho en lui. Par le biais du portage, Jules a pu se calmer, se rassembler sans utiliser ses mouvements répétitifs et bruyants. Après plusieurs séances, Jules a pu modifier son comportement dans la relation. Par le biais de la relation et du portage il s apaise, et trouve en lui un état corporel moins désorganisateur. Dans le cadre de l évolution, nous avons aussi pu noter qu il se posait plus facilement et qu il se hasardait à explorer le livre seul. h- Les rencontres en corps à corps Depuis le mois de janvier, Jules arrive doucement dans la salle, il jette un rapide coup d œil puis semble submergé par une forte émotion. Il crie, il secoue énergiquement la chaise. Ma maître de stage lui dit qu il peut pleurer et crier pour montrer qu il n est pas content, qu il est peut-être triste d avoir du se séparer de sa mère. Il pleure et il crie. Ma maître de stage le prend dans les bras, il se calme, il pose sa tête contre son épaule et pleure doucement en regardant autour de lui. Elle lui parle calmement, en le berçant. Il montre qu il souhaite encore rester un petit moment dans ses bras. Puis elle s assoie avec Jules sur ses genoux. Il est lové contre elle. Il semble bien. Son tonus me parait adapté à celui de la psychomotricienne. A ce moment là je pense que Jules profite de cet échange. Il peut grâce à ma maître de stage se calmer, se rassembler et retrouver un certain sentiment de sécurité. Dans ses bras, il fait l expérience d une contenance, d un corps à corps et d un accueil de sa souffrance du moment. Après ce temps de rencontre, d apaisement et de réassurance, Jules n est plus envahi par ses émotions et peut donc jouer autour de la table. Il est contenu par la chaise et la table et notre présence de chaque coté de lui. Il joue avec les contenants, les limites, les emboîtements sans vraiment porter attention à ce qu il manipule Rejoue t-il quelque chose de la contenance qu il commence à éprouver avec sa mère, avec nous en séance? Ma maître de stage installe un matelas sur la table cela fait comme un toboggan. Je me trouve en bas du matelas. Lorsque Jules descend il arrive à mon niveau et se jette dans mes bras. Il se met contre moi son visage enfoui dans mon cou. Je suis surprise et je mets mes bras autour de lui. Je le porte tout contre moi. Je le sens plutôt détendu. Sa respiration est lente et régulière. La psychomotricienne verbalise la scène. Puis il décide de quitter mes bras en me regardant. Il me montre le banc sur lequel il monte avec mon aide, puis seul. Il fait des allersretours sur le banc en se regardant dans le miroir avec une certaine fierté. 52
54 Pendant cette séance, Jules est venu chercher le contact corporel avec moi. A-t-il besoin de ce contact en corps à corps pour nous re connaitre? A t-il besoin de vérifier que je suis toujours la même? 3- Analyse et mise en lien Jules présente un retard psychomoteur et un retard de langage important. De plus Jules a des troubles du comportement et de la communication. D après son histoire et mes observations psychomotrices, je fais l hypothèse d une carence narcissique chez Jules dû à un défaut de portage. La construction narcissique commence dans les premiers temps de la vie. Lorsque la mère apporte de la satisfaction, des soins dans une certaine continuité et avec un certain plaisir à son enfant, celui-ci intériorise qu il est digne d intérêt. La mère et l enfant vivent des expériences de satisfaction. La réciprocité des interactions constitue les fondements de la construction de l estime de soi. Le regard est important pour cette construction. Nous observons plusieurs fois que Jules se regarde dans le miroir. Ainsi nous pouvons penser qu il trouve une revalorisation narcissique dans le reflet du miroir, il ne peut pas encore trouver cette fonction dans notre regard. Sa mère ne peut lui offrir ce regard là, car elle est face à un enfant qu elle ne comprend pas et qu elle ne reconnaît pas. Nous pouvons faire l hypothèse qu en l absence du regard de sa mère, Jules doit trouver des éléments seul pour se construire une bonne image de lui-même. Lorsque la mère est préoccupée, indisponible, son enfant est seul face à son angoisse. La mère de Jules a dit plusieurs fois qu elle ne savait pas comment faire avec à son fils. Nous comprenons que cette mère est démunie face aux angoisses de son enfant. Celui-ci n intériorise pas une bonne image de lui-même. Il comprend si «je suis négligé c est que je suis négligeable.» 55. La carence de communication et la discontinuité des soins conduisent à des carences narcissiques. Jules grandit avec un sentiment de lâchage. Il vit un abandon dans la relation avec sa mère. Cela pourrait expliquer son agitation et son éclatement en séance. Cet éclatement moteur est le signe d une défaillance de son enveloppe corporelle. D après la théorie du Moi-peau, nous pouvons penser que Jules a une défaillance de la fonction de maintenance du psychisme, qu il n a pas intériorisé le Holding maternel ou/et que celui-ci a été 55 CANALI M., FAVARD A-M., Maltraitance et bientraitance : Entre carence et blessure narcissique, Empan, 2004/2 no54, p
55 défaillant. La même question se pose pour le Handling maternel : quelle est la qualité de celuici? Quelles sont les capacités de Jules à l intérioriser? En effet nous pouvons constater que Jules est en difficulté pour contenir ses pulsions, il y a émergence d une excitation diffuse, non localisable, non limitée, non identifiable. Si Jules n est pas porté, n est pas contenu, il éclate. Il n y pas plus de liaison entre sa motricité et son psychisme, entre son activité et sa pensée, entre son rire et son émotion ressentie. Notre rôle est alors d aider Jules à se rassembler, à former un tout cohérent. Nous avons un rôle de contenant que Jules devra intérioriser peu à peu. A travers nos expériences de portage, nous offrons un portage physique et un portage psychique. Nous sommes dans le «faire» et «dans le porter» mais pas seulement nous sommes aussi dans «l être avec». C est ce que Winnicott appelle le holding : c'est-à-dire porter un enfant pour qu il puisse tolérer et intégrer les stimulations externes et internes qu il reçoit, pour se développer. La mère de Jules est en difficulté pour porter son enfant. En effet, elle dit qu «il est insupportable», elle montre ainsi qu elle lâche une partie de ce qu elle tenait de son fils. Heureusement d autres personnes portent Jules (son père, ses grands-parents ) La prise en charge participe également au portage de Jules. Le projet de soin orienté sur les expériences de portage et le renforcement des assises narcissiques contribue au portage de la relation mèreenfant mais également au portage de Jules. De part la régularité des séances, Jules acquiert petit à petit un sentiment de sécurité. En effet tout comme pour Emilie, le cadre des séances immuable devient un élément sécure dans lequel il peut expérimenter, déposer ses angoisses. Mais notre portage ne se limite pas aux séances. Nous portons Jules en équipe, nous faisons des points sur son évolution et envisageons l avenir. De façon trimestrielle, nous expliquons cela à Jules et à sa mère. Ils sont sensibles à ce portage et cela aide beaucoup Mme J. Notre attention à l égard de Jules et notre lecture du langage infra-verbale, nous permettent de communiquer avec Jules et d accueillir ses émotions. Par l intermédiaire des portages avec le drap, des expériences de corps à corps et de notre observation, nous communiquons avec Jules. Il prend ainsi conscience que son corps est un outil de communication et de relation avec autrui ; ce qu il n avait peut-être pas intégré auparavant en lien avec une difficulté d accordage et de communication avec sa mère. La rencontre entre une mère et son enfant est essentiellement infra-verbale (Regard, toucher, dialogue tonicoémotionnel ). Or ce canal de communication est bien pauvre chez cette dyade mère-enfant. Ils ont du mal à exister l un pour l autre, à se (re)connaître. 54
56 En observant le déroulement des séances, Jules est présent à nous et à lui-même après nous avoir rencontrés physiquement l une ou l autre. Après le contact, le portage, Jules est présent dans la relation, il ne manipule plus les objets de la même façon. Il ne les utilise plus pour s agripper à des stimulations sensorielles. Nous-mêmes lorsque nous nous rencontrons nous nous serrons la main ou nous nous embrassons. Ce contact physique vient-il dire je te rencontre et je te reconnais nous pouvons donc partager un moment ensemble? Jules entrerait-il donc dans un processus de reconnaissance des personnes qui l entoure? Mais nous pouvons également penser que Jules vient rechercher la sécurité que nous lui avons offerte lors des portages précédents. Jules fait l expérience de la distance corporelle très proche ou éloignée. La répétition des expériences de corps à corps semble indiquer que les premiers besoins de portage ne sont pas satisfaits ou pas intériorisés et qu il a besoin de les répéter. Cela explique qu il ne peut pas encore utiliser des supports comme le regard et la communication dans la relation. En séance, Jules expérimente la nécessité d une adéquation entre ses émotions ressenties et celles exprimées. Nous sommes attentives à la naissance de son langage, aux bribes de mots qui émergent, nous l encourageons dans cette démarche. Ainsi nous le considérons comme sujet désirant. Lors de ma rencontre avec Jules, il présentait des troubles de la relation et des troubles du comportement. Il utilisait certains objets de façon bruyante et répétitive. Il ouvrait et fermait les portes, les tiroirs et tirait sur les chaises. Ce type de comportement était visible en présence de sa mère dans la salle d attente et quelques fois dans la salle de psychomotricité. Je me suis questionnée sur le rôle de ce comportement pour Jules. D une part, je pense que c est un moyen pour lui de se couper de la relation, lorsque celle-ci est trop intrusive ou trop angoissante. C est une façon pour lui de survivre à l angoisse qu il traverse. D autre part, le bruit permet à Jules de se sentir exister, c est une sorte d auto-agrippement sensoriel (auditif et kinesthésique). Or depuis le mois de mars, Jules a eu une opération des oreilles avec pose de diabolos. Depuis je ne l ai pas vu reprendre ces comportements. Il ne fait plus de mouvements bruyants et répétitifs. De plus pendant l opération, ses parents se sont rencontrés. Ils ont passé du temps ensemble. A l heure actuelle leurs rapports sont moins conflictuels et la garde alternée se passe mieux. Les parents préparent ensemble l avenir scolaire de Jules. L ambiance parentale semble moins tendue. Je suppose que la qualité de leurs portages s est améliorée. En effet ils ne sont plus absorbés par leur divorce et sont plus disponibles pour Jules, celui-ci semble apaisé. 55
57 L atténuation du conflit parental et la prise en charge offrent des expériences de portage à Jules. Il est considéré comme sujet, ses angoisses, ses douleurs et ses désirs sont entendus et pris en compte. Il est valorisé dans ses compétences. Sa mère est apaisée et son regard sur son fils a changé. Jules semble davantage en relation avec elle, il est plus souvent proche d elle corporellement. Celle-ci est étonnée et accepte sa présence près d elle. Je conclue en faisant l hypothèse que Jules est sensible à son langage corporel et commence à l utiliser. Il entre peu à peu dans la communication, la prochaine étape envisagée étant le langage. 56
58 PARTIE 3 : LE PORTAGE EN PSYCHOMOTRICITE 57
59 A- Les différentes formes de portage de l enfant En psychomotricité le portage est omniprésent. Permet-il au thérapeute d accompagner son patient vers le sentiment de sécurité interne? Dans les prises en charge, la psychomotricité offre un appui. Le thérapeute contient, il s adapte, il se projette dans l avenir. Il ouvre un espace pour le partage émotionnelle, il prend soin de son patient en vue de la construction de son sentiment de sécurité interne. Pour porter son patient, le psychomotricien peut utiliser son corps, sa voix et son regard. Il peut également se servir du projet thérapeutique. Enfin le portage en psychomotricité ne se limite pas aux séances et à un seul patient, il peut s ouvrir sur la dyade mère-enfant. 1- La voix et le regard La voix et le regard sont deux moyens permettant des expériences de portage. Ils permettent également de retrouver en soi un portage intériorisé. Le psychomotricien les utilise beaucoup dans la relation avec son patient. «La spécificité de l approche en psychomotricité va se caractériser par l implication active, corporelle et motrice du psychomotricien. Partenaire d échanges ludiques, son corps devient un soutien, un contenant, un étayage, un miroir pour le sujet en devenir.» 56 La rencontre du psychomotricien avec son patient est particulière. Elle fait intervenir «le regard, les tonalités de la voix, la musicalité des paroles, le toucher, les odeurs, les couleurs, les gestes et les mouvements, le tonus, la bienveillance, la réceptivité de l un ou de l autre.» 57 La relation et la rencontre entre les deux protagonistes est de l ordre de l intime, une intimité que nous pouvons retrouver dans la relation entre une mère et son bébé. Cette relation est spécifique du fait de la grande dépendance du bébé et de la proximité corporelle qu ils entretiennent. La mère porte son enfant, lui offre des appuis, un soutien et un «adossement sensoriel 58» dans le regard et la voix. Elle assure pour lui tous ses besoins et l accompagne vers l indépendance, pour qu il puisse avoir en lui un sentiment de sécurité suffisamment solide pour s ouvrir au monde. C est au sein de cette relation singulière que la voix comme le regard ont une fonction de «lien affectif». Ils participent à la création du lien du bébé avec sa mère et avec son entourage. Déjà in-utéro, le bébé est sensible à la voix de sa mère. A la naissance, il tourne la 56 LIOTARD D, 2000, Réflexions actuelles sur la spécificité du soin psychomoteur, in C. POTEL, Psychomotricité entre théorie et pratique. Paris, Editions in press, P56 57 LIOTARD D, 2000, Réflexions actuelles sur la spécificité du soin psychomoteur, in C. POTEL, Psychomotricité entre théorie et pratique. Paris, Editions in press, 2008 P57 58 POTEL C, Le portage, in C. POTEL Etre psychomotricien, Toulouse, Eres, 2010, P115 58
60 tête de son côté et l interpelle par son regard, ses mimiques et sa motricité. La voix maternelle «constitue un support aux mécanismes de reconnaissance et de relation» 59. Lors de l allaitement, le bébé est plongé dans un bain sensoriel. La voix et le regard de la mère apaisent l enfant, l enveloppent, lui offre un sentiment de sécurité. Le toucher, l odorat, le goût, la vue et l ouïe sont stimulés. Ces stimulations sont associées à la satisfaction du besoin alimentaire. Cette situation se répète. Le nourrisson se construit une représentation globale du corps maternel. Le regard participe à l unification de la représentation du corps maternel et «à la cohésion sensorielle, bases premières de la construction des sentiments de sécurité et de familiarité» 60. L enfant commence à intérioriser «les fonctions contenante» de sa mère. Le regard et la voix participent à l intériorisation de la «fonction de contenance». Lorsque l enfant a intériorisé cette fonction, il peut en partie «survivre» seul à ses angoisses. C est une base importante pour son sentiment de sécurité. L enfant intériorise cette fonction, c est ce qui lui permet d'accepter la séparation physique avec sa mère. C est en entendant la voix de sa mère ou en la voyant, qu il se rappelle des bonnes choses qu il a vécues avec elle, il peut ainsi s apaiser, penser à sa mère et anticiper sa venue. Grâce à la voix et aux regards, l enfant trouve en lui les traces d un portage qu il a intériorisé ; et cela dans les cas où les «bonnes expériences» de portage étaient associées à un regard intentionnel de la mère et à sa voix qui comble de plaisir les oreilles de son bébé. Louis ne peut se calmer qu en étant dans les bras d un adulte. La voix ne le conduit pas à retrouver en lui les traces du portage de sa mère. En séance c est notre regard et notre voix qui permettent à l enfant de retrouver en lui ses expériences de portage et le sentiment de sécurité interne associé. Or souvent Emilie et Jules ont besoin en plus d un corps à corps. Nous voyons ainsi que ces jeunes enfants sont en difficulté pour intérioriser le portage de leur mère et ainsi peuvent difficilement le retrouver en eux. Nous avons vu que le portage doit être régulier, respecter le développement de l enfant, être contenant, permettre un partage émotionnel et s adapter aux besoins de l enfant. Pour Louis le portage que sa mère lui offre ne s adapte pas à ses besoins. Il n a pas la possibilité de créer son espace à lui, de se différencier de sa mère. Il ne peut se servir du regard et de la voix de celle-ci pour trouver en lui un objet contenant. Louis est insécurisé lorsqu il n est pas proche de sa mère. L espace relationnel de Louis et de Madame P est fermé. Pour M. Gauberti, l enfant est alors entravé dans sa découverte du plaisir sensori-moteur, dans l élaboration de son image du corps et dans l investissement de la relation. C est pourquoi Louis a du mal à se détacher et à se sentir en sécurité séparé de sa mère. 59 GAUBERTI M., Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, 1993 P8 60 GAUBERTI M., Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, 1993 P8 59
61 Jules, Louis et Emilie ont un tonus fixé qui ne leur permet pas toujours de s accorder à leur porteur, de communiquer avec lui par le dialogue tonico-émotionnel. Leur hypertonie bloque leur équilibre sensori-tonique, ils ne peuvent pas avoir une représentation unifiée de leur environnement. Ainsi pour avoir une représentation unifiée de nous, ils doivent nous retrouver en entier par le corps à corps, afin de pouvoir retrouver notre voix, notre regard, notre odeur, notre toucher. Les enfants vérifient que notre regard, notre voix, notre corps forment un tout identique à celui de notre dernière rencontre. Par ces rencontres de corps à corps, ils vérifient peut-être que nous ne sommes toujours pas menaçantes. Ces enfants ont une difficulté à percevoir notre globalité car ils ne se sentent peut-être pas eux même unifiés. C est le regard de la mère qui permet que son enfant se sente unifié. C est en se sentant existé, unifié et soutenu par ce regard que l enfant peut nous regarder en séance pour trouver ce soutien dans notre regard. Or Jules ne semble pas avoir intériorisé ce soutien du regard, alors il se tient avec ses agrippements sensoriels et sa tonicité. Notre rôle de psychomotricien va être d aider Jules à trouver ce soutien dans notre regard et de lui apporter un sentiment d unité. Dans ce cas-là, la fonction contenante est en jeu. Cette fonction est apportée par l enveloppe sonore et l interpénétration des regards, comme le souligne G. Haag. En effet, la voix du thérapeute, parlée ou chantée, accompagnée du regard, renforce le «sentiment d enveloppe.» Le contact-dos offert par le drap à Jules, ainsi que les échanges de regards, les bercements et la chanson l ont aidé à s apaiser et à se détendre ce qui coïncide avec la construction de la première contenance. De même pour Emilie qui s apaise assise contre ma maître de stage en me regardant. Emilie et Jules sont très sensibles aux comptines. Les chansons mettent en jeu plusieurs qualités de la voix (son timbre, ses modulations, ses silences ). Nous formons une enveloppe sonore pour les enfants. Les comptines suscitent également le jeu, la créativité et la mise en corps. Le plaisir présent pendant ces moments-là conduit à l intériorisation de notre voix et de notre regard. Les «fonctions de contenance» de la mère s unissent pour participer à la création du Moi unifié de l enfant. L enfant se constitue un Moi différencié, base de sa sécurité interne. Le Moi est constitué par des introjections que l enfant fait de son environnement extérieur. L interaction entre l enfant et sa mère, l allaitement, la satisfaction oral, le bain sensoriel et le portage offre une contenance. Tout d abord l enfant capte et intériorise les données sensorielles de cette expérience puis, il intériorisera les éléments tactiles et psychiques du nourrissage. En effet, dans tous les temps de portage, l enfant emmagasine des expériences tactiles importantes qui lui font, par là même, ressentir un sentiment d enveloppement tout d abord corporel, avant d être plus tard psychique. Les enfants cités ici semblent être en carence de contenance. Notre voix et notre regard pendant les séances soutiennent cette défaillance. Cette 60
62 capacité de contenance fait tout autant appel à notre corps qu à notre appareil psychique. Emilie et Jules apprécient beaucoup que nous leurs lisions une histoire quand ils sont sur nos genoux. Cette expérience permet une enveloppe sonore et corporelle. Au cours de leur évolution, ils montrent qu ils intériorisent notre «fonction contenante» car ils ont moins besoin du contact corporel. Nous pouvons continuer à les porter par notre regard, notre voix et nos pensées. J ai également remarqué que notre regard et notre voix ont un rôle d encouragement et de renforcement narcissique. Emilie cherche notre regard lorsqu elle franchit le banc seule. Par là, nous venons lui dire «c est bien j ai vu que tu es capable de le faire seule, que tu as des capacités en toi», «Je suis fière que tu l ais fait, tu es digne d intérêt». Notre voix et notre regard renforcent le sentiment de sécurité interne des enfants, ce qui leur permet de s ouvrir à de nouvelles expériences. Notre voix suffit pour que Jules lâche notre main et qu il marche seul sur le banc. Sa démarche incertaine devient sûre, il se redresse lorsque nous le regardons. Le regard a ici un rôle verticalisateur que nous retrouvons chez la mère qui encourage son jeune enfant à se redresser et à marcher. Le regard et la voix du psychomotricien offrent une forme de portage à l enfant. Par le jeu, le plaisir, l écoute de son corps, le psychomotricien accompagne son patient, il le soutient dans sa souffrance, lui offre un étayage et le contient dans ses émotions. Suivant le développement du patient, cet accompagnement se distance peu à peu du corps à corps car le patient l intériorise. Il construit un monde interne sur lequel il peut s appuyer, s étayer, être contenu, c'est-à-dire trouver de la sécurité en lui. 2- Le projet thérapeutique La pratique du psychomotricien comme celle de tout thérapeute, s inscrit dans un cadre de soin. Le cadre se définit comme «l enveloppe d une organisation», 61 constituée d un dedans et d un dehors. Il est composé «de règles partagées qui vont border, limiter, contenir, maintenir un climat de sécurité.» 62 Ce climat de sécurité contient et rassure le psychomotricien et son patient. Il balise ainsi le terrain d une rencontre et d une exploration. «De par notre pratique, nous sommes particulièrement convoqués dans ce registre du cadre, de la contenance, des limites, justement parce que nous nous soucions du corps et que c est dans et par le corps que l ancrage au monde se construit.» 63 Par cette phrase, C. Potel, 61 BALLOUARD C, une identité, une carrière, in C. BALLOUARD, L aide-mémoire de Psychomotricité, Paris, Dunod, 2008, P POTEL C., (2010), Être psychomotricien. Un métier du présent, un métier, Toulouse, Érès, POTEL C., (2010), Être psychomotricien. Un métier du présent, un métier, Toulouse, Érès,
63 psychomotricienne définit la place spécifique du corps dans la pratique psychomotrice et la nécessité du cadre. Le projet thérapeutique fait parti du cadre et définit une ébauche de plan de soin que le soignant va utiliser pour le suivi de son patient. C est un ensemble d aménagements et de conditions nécessaires à l établissement du processus thérapeutique. En psychomotricité, le projet thérapeutique est construit par le psychomotricien à la suite de son observation du patient. Il est spécifique à la subjectivité, à la psychomotricité et à la problématique du patient. Dans la mesure du possible, il tient compte de ses désirs. Ici le psychomotricien considère le patient dans sa globalité, avec sa souffrance. Cette considération est une forme de portage dans le sens de prendre soin de, d apporter un appui à. Après l observation ou le bilan, le psychomotricien cerne le lieu d expression de la souffrance. Il construit un projet de soin qui «permet d accueillir ce qui doit advenir et non d attendre quelque chose de prévu.» 64. Le projet thérapeutique permet la mise en place d un espace dans lequel l enfant «peut exprimer, ce qui dans son monde interne l envahit trop». 65 Le psychomotricien aide le patient à construire en lui, un espace pouvant accueillir ses angoisses, gage de son sentiment de sécurité. Le projet thérapeutique offre du portage car il contient les expressions du corps et il s accorde au patient. Il s adapte à lui suivant son évolution, sa présence et sa participation. Pour construire le projet thérapeutique, le psychomotricien s étaie sur son cadre interne. Le cadre interne définit l ensemble des connaissances théoriques, des expériences cliniques que le professionnel a assimilées et métabolisées pour les faire siennes. Il comprend aussi les compétences du psychomotricien à être en relation et à envisager le soin. Il fait appel aux connaissances que le psychomotricien a de lui-même (ses capacités psychomotrices comme ses limites). Les thérapies psychomotrices demandent une implication importante du corps du thérapeute, dans l expression de ses émotions, dans le jeu mais aussi dans le portage. Le cadre interne du psychomotricien doit pouvoir s adapter au patient, à sa souffrance mais il doit également contenir des limites, pour préserver le cadre du soin et assurer de la sécurité au professionnel. Le cadre interne du psychomotricien le porte dans son travail et assure ainsi son sentiment de sécurité. Le cadre institutionnel participe aussi au portage de ce professionnel. En effet, le cadre institutionnel est garant de la sécurité du psychomotricien et l étaie dans ses réflexions. Le cadre institutionnel est composé au CMP d une équipe 64 BALLOUARD C, une identité, une carrière, in C. BALLOUARD, L aide-mémoire de Psychomotricité, Paris, Dunod, 2008, P
64 pluridisciplinaire. Elle élabore un projet de soin pour chaque patient et soutient le travail de chaque professionnel. Le cadre institutionnel donne une contenance aux soignants. Les réunions d équipe accueillent et contiennent les doutes, les souffrances, les questionnements de chacun et permettent de penser le soin du patient. Le cadre institutionnel permet la mise en place du projet thérapeutique. Le projet thérapeutique comporte le cadre interne du psychomotricien mais également le cadre externe. Celui-ci définit les conditions de la mise en place du soin. Il s agit dans un premier temps du dispositif, c'est-à-dire du cadre spatio-temporel de la prise en charge. Il s agit du lieu, de la rythmicité, de la durée et de l organisation des séances. Pour Emilie, nous avons tout d abord pensé à une prise en charge individuelle puis compte tenu de son évolution, afin d accueillir ses émotions, nous faisons désormais certaines séances avec Mme B. Le deuxième élément du cadre externe : la régularité. Cela permet de constituer une continuité temporelle rassurante, «une sorte de sentiment de continuité d existence.» La durée, la fréquence et la rythmicité des séances créent un sentiment de confiance et de sécurité de base sur lequel peut s appuyer l enfant comme il s appuyait sur la régularité des soins maternels. D une semaine à l autre, nous maintenons la séance, le même jour de la semaine, à la même heure. Or Mme J a beaucoup de difficultés à maintenir la régularité des présences de son fils en séance. Jules et sa mère arrivent souvent en retard ou ne viennent pas. La psychomotricienne et moi-même avons du mal à assurer la continuité d une séance à l autre. Nous avons besoin de relire nos notes de la dernière séance. Jules a des difficultés à nous retrouver et à trouver ses repères dans la salle. Ainsi lors de nos retrouvailles, la psychomotricienne et moi-même accordons beaucoup de temps à notre rencontre. Nous faisons le lien avec la séance précédente, nous verbalisons son absence, notre questionnement à ce sujet et notre attente. Ma maître de stage et moi-même montrons à Jules que «nous le portons dans notre tête» malgré son absence. Par ce biais, nous lui indiquons qu il continue à exister pour nous même lorsque nous ne sommes pas ensemble. De façon matérielle il est difficile d assurer toutes les séances. Cependant il est indispensable de parler à l enfant et à sa famille du changement. Ainsi l enfant peut anticiper, se faire une représentation de l absence et peut-être vivre celle-ci sans angoisse, pour ensuite retrouver le dispositif habituel. Après les vacances ou une absence, Jules et Emilie ont du mal à retrouver leurs repères en séance. Jules ne veut pas venir, Emilie s agite, court et touche à tous les objets dans la salle. Moi-même j ai besoin d un temps pour reprendre mes marques. Mes notes, ma mémoire et ce que j ai intériorisé de la relation m aident dans ce processus. Mais 63
65 cela semble plus compliqué pour Emilie et Jules, car ils ont peu d éléments pour se représenter l absence et faire le lien d une séance à l autre. Le cadre institutionnel porte le psychomotricien et sa pratique. Le psychomotricien est également porté par son cadre interne et le cadre externe. Cela lui donne des appuis pour porter son patient grâce au projet thérapeutique mais aussi au niveau corporel et psychique en séance. Le projet thérapeutique est un élément essentiel qui participe au portage du patient. 3- Le portage de la relation mère-enfant Chez le jeune enfant, l intervention psychomotrice nécessite de prendre en compte le couple mère-enfant. En effet, l enfant est dépendant de sa mère. La problématique de l enfant est souvent en lien avec la relation qu il entretient avec sa mère. De plus la participation de l enfant en séance est dépendante de l adhésion de sa mère au soin et de la relation de confiance qu elle a avec le thérapeute. Ainsi le problème psychomoteur de l enfant est à comprendre dans la dynamique de la relation à la mère. «Le travail du psychomotricien est de relier les deux domaines d analyse, la psychomotricité du bébé et la relation corporelle. 66» Le psychomotricien avec sa sensibilité, sa disponibilité et le contrôle de ses expressions corporelles offre un nouvel espace d expression et de portage à l enfant. Dans ces conditions, nous voyons qu il est important de porter l enfant en séance mais il ne faut pas oublier l importance de la relation qu il a avec sa mère. Le portage de la relation mère-enfant peut se faire par le biais d une prise en charge conjointe mais aussi à travers les prises en charge individuelles, comme nous avons pu le voir avec Jules. Au travers de sa prise en charge, la psychomotricienne et moi-même offrons un portage à Jules. C est un espace qui lui est réservé, il peut intérioriser des éléments tout comme il peut déposer ses angoisses. La séance lui permet également d expérimenter, de jouer et de construire son monde interne. Dans cette situation, le portage du couple mère-enfant est réalisé par l équipe lors des réunions. Nous faisons le point sur l évolution de Jules et sa mère et nous adaptons le projet de soin à leur évolution et à leurs besoins. Dans cette mesure, l équipe assure le holding du couple mèreenfant. Ce type de prise en charge mère-enfant rassure, contient et étaye la mère. Ma maître de stage a fait le choix d un soin individuel. En effet dans les rares cas où celui-ci avait été conjoint, Mme J. lui demandait un holding qu elle ne pouvait pas lui offrir au risque «d oublier» Jules. Mme J. était dans «Une position d attente de maternage à son égard pour 66 GAUBERTI M., Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, 1993, P73 64
66 pouvoir apprendre à materner» 67, à porter Jules. Ma maître de stage a fait le choix de garder Jules en prise en charge individuelle et d orienter Mme J afin qu elle construise un espace pour elle. Ainsi dans ce cas, Mme J est portée de son côté. Elle construit son espace à elle et consolide son espace interne. Et d un autre côté son fils construit son sentiment de sécurité en séance avec nous. Le portage de la relation mère-enfant par l équipe, aide cette dyade à s accorder. Les prises en charge conjointes sont intéressantes surtout pour le bébé et/ou lorsque la pathologie du lien est centrale. Ce qui est en partie le cas avec Emilie et Mme B. L intervention psychomotrice auprès de la dyade mère-enfant débute par une rencontre des trois protagonistes. Le psychomotricien va veiller à utiliser les mêmes modalités de communication que la dyade, à savoir : le dialogue tonique, la relation corporelle et la communication gestuelle. Il va également veiller à ne pas placer la mère dans une position anxiogène de jugement ou de rivalité. Pour cela le psychomotricien va veiller à avoir auprès de la mère «un rôle de revalorisation de sa fonction dans l évolution de son enfant [ ] un accompagnement vers l investissement des échanges ludiques [ ] et un investissement de la communication à distance.» 68 La mère se sent en sécurité et sécurise son enfant dans cette nouvelle situation. Après un temps d observation de la psychomotricité de l enfant dans la relation avec sa mère et des qualités d interactions des deux protagonistes, le psychomotricien observe la qualité du portage de la mère c'est-à-dire la sécurité assurée au bébé dans les bras, la conjonction et la cohérence entre les canaux sensoriels (regard, toucher, voix) et affectifs. Le psychomotricien va relier les éléments observés. Il va donner du sens, diminuer l incompréhension et faire émerger une cohérence interne à l interaction mère-bébé. Pour cela, il va mettre des mots sur ce qu il voit, ce qu il ressent de cette interaction. Il met en place «des situations enrichies tant sur le plan relationnel en exprimant des émotions et en favorisant leurs expressions, que sur le plan matériel pour impulser la dynamique de découverte, de créativité d élaboration de représentations.» 69. Lorsqu Emilie ne peut venir seule en séance nous invitons Mme B. Emilie pleure et crie, elle est triste. Ma maître de stage accompagne cette émotion, la verbalise et émet des hypothèses. Nous exprimons également nos ressentis face à l état émotionnel d Emilie. Mme B est comme figée par l expression émotionnelle d Emilie. Elle tente de la consoler, elle la prend sur ses genoux et lui donne sa sucette «comme 67 LEPLAT F., 2007, Cris et pleurs en cliniques psychomotrices, Thérapie psychomotrices et recherche. Le portage. N 151. P36 68 GAUBERTI M., Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, 1993, P91 69 GAUBERTI M., Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, 1993, P91 65
67 un bouchon pour contenir les cris» 70. Mme B veut stopper ces cris mais ils ont une valeur de communication et de relation. C est pourquoi ma maître de stage invite aussi Mme B à verbaliser ce qu elle ressent, à accueillir Emilie avec son état émotionnelle du moment et à partager cela avec Emilie sans être détruite ni anéantie. Nous contenons ainsi les émotions d Emilie et l accompagnons dans ses ressenties. La disponibilité corporelle et psychique diffuse du psychomotricien permet des expériences de portage. Cela permet également de percevoir les demandes, les blocages, les souffrances de la dyade. Lors d une séance où Mme B était présente, Emilie monte sur l espalier. Mme B a peur et verbalise sa peur qu Emilie ne tombe. Elle se précipite vers elle pour la porter. Ma maître de stage interrompt Mme B et l aide à porter Emilie, à la soutenir à distance dans son expérience. Par son attention diffuse ma maître de stage voit cette situation. Elle porte Mme B pour qu elle-même puisse porter Emilie. L observation a pour but de détecter les signes d une perturbation, de définir par quelles fonctions psychomotrices s expriment cette perturbation, d analyser les impacts pathogènes de la perturbation dans la relation. Après cette situation, Mme B. nous dit qu elle a beaucoup de difficulté à laisser Emilie explorer dans la maison et est sans cesse vigilante à ce que fait Emilie. Elle traduit par là sa peur qu Emilie ne soit pas assez solide pour s ouvrir sur le monde. La prise en charge conjointe permet également de sensibiliser la mère à la qualité de sa présence corporelle avec son enfant et ainsi peut-être de la réintroduire dans la relation avec son enfant. «Ce type de prises en charge constitue un capital de plaisir et de possibles rencontres dont l enfant et la mère ou les parents peuvent retrouver les traces, peut-être bien plus tard» 71 Mme B a pris conscience que sa vigilance accrue envers Emilie induisait peutêtre chez elle une sorte d agitation. Pendant les séances Mme B a vu qu Emilie avait des ressources, peut-être pourront-elles ainsi diminuer leurs vigilances? Nous pouvons ainsi voir que le portage mère-enfant peut être réalisé par un soin individuel ou conjoint. Il permet de contenir et transformer les angoisses de l enfant et celles de sa mère (notamment celle d être une mauvaise mère). Le portage de la relation mère-enfant a un rôle d étayage et de revalorisation. Par ce biais, le couple acquière un sentiment de solidité et de sécurité en eux. Cela est nécessaire au développement de l enfant et favorise son ouverture sur le monde. 70 LEPLAT F., 2007, Cris et pleurs en cliniques psychomotrices, Thérapie psychomotrices et recherche. Le portage. N 151. P36 71 GAUBERTI M., Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, 1993, P96 66
68 CONCLUSION Ce mémoire m a permis de relater une partie de mon expérience acquise au cours de cette année de stage auprès de jeunes enfants. Ceux-ci par divers comportements (problèmes de séparation, agitation, troubles du comportement, hypertonie) expriment une souffrance. J ai tenté de comprendre ce langage du corps chez ces jeunes enfants et j ai cherché pourquoi ils avaient à ce point besoin de se tenir à l environnement ou à nous en tant que professionnelles. Ce langage infra-verbale a pu mettre en lumière un défaut de leur sentiment de sécurité interne. Ces enfants n avaient pas en eux d objets internes sur lesquels s appuyer. Dès la naissance, et même auparavant, l enfant est un être vulnérable, dépendant de son environnement. C est l environnement maternel qui assure sa sécurité, par les soins qu elle lui procure, par ses attentions, ses intentions : par son portage. La mère offre à son enfant plusieurs expériences de portage. Par l intermédiaire de celui-ci, l enfant intériorise des éléments nécessaires à la construction de son sentiment interne. L enfant a besoin d être porté pour pouvoir se porter seul plus tard. Les expériences de portage constituent un véritable langage entre le porteur et le porté. La relation lors du portage permet la construction de l identité du sujet par l intégration des interactions motrices et psychiques. Le portage se situe donc au cœur de la psychomotricité. Le psychomotricien est sensible au langage du corps, à ce que le patient exprime avec son corps dans la relation et à la qualité de sa sécurité interne. Le professionnel est amené à porter toute son attention sur la qualité du portage que l environnement maternel offre à son enfant et sur ce que l enfant a intériorisé de celui-ci. Il est également vigilant au niveau de ses propres capacités de portage. Comme nous l avons vu, une difficulté à être seul peut être le signe d un portage en corps à corps prolongé et non adapté. Une agitation, un trouble du comportement et une difficulté à se regarder peuvent signer une défaillance précoce des échanges infra-verbaux lors des expériences de portage. Des difficultés de séparation et une hypertonie peuvent venir mettre en évidence un problème d attachement. Pour chaque situation, les manifestations corporelles de l enfant misent à la lumière de son histoire et de sa relation avec son environnement maternel peuvent nous raconter une partie de l histoire des expériences de portage qu il a vécu au cours de ses premières années de vie. Cependant la subjectivité de chaque individu, le conduit à exprimer de façon personnelle les défaillances de portage qu il a vécu. 67
69 Le portage est un élément important de la relation mère-enfant. Cependant l enfant n est pas seulement porté par sa mère. Plusieurs personnes gravitent autour de lui, notamment le père qui a un rôle crucial dans le développement de son enfant. En effet la façon dont il porte son enfant joue un grand rôle dans l ouverture sur le monde et dans sa rencontre de l altérité. De plus, le père a également une place importante dans le soutien qu il procure à la mère. La façon dont la mère est portée par son conjoint va influencer la qualité de son portage. De ce fait, le développement de l enfant ne se limite pas à la qualité du portage de la mère, mais tient compte de la place fondamentale du père. 68
70 BIBLIOGRAPHIE LIVRE : AJURIAGUERRA de J., MARCELLI D., (1989), Psychopathologie de l enfant, Paris, Masson. ANZIEU D., (1985) Le moi-peau. Paris. Dunod COEMAN A., RAULIER H de Frahan M., (2004), De la naissance à la marche, Millau, ASBL Etoile de l herbe. CICCONE A., GAUTHIER Y., GOLSE B., STERN D., (2008), Naissance et développement de la vie psychique, Ramonville-St-Agne, Eres Coll. «1001 BB». DESSUANT P., (1983), Le Narcissisme, Paris, Presses Universitaire de France. FONTANEL B, HARCOURT C., (2009), Bébés du monde, Paris, Edition de la Martinière. GAUBERTI M., (1993), Mère et enfant : A corps et à vie. Paris, Masson, HALL. E.T., (1978), La dimension cachée, Seuil, Paris POTEL C., (2010), Être psychomotricien. Un métier du présent, un métier, Toulouse, Érès, PINELLI A., (2010), Porter le bébé vers son autonomie, Toulouse, Eres Coll. 1001BB. ROBERT-OUVRAY S., (2007), L enfant tonique et sa mère. Paris. Desclée de Brouwer. ROBERT-OUVRAY S., (2004). Intégration motrice et développement psychique. Paris. Desclée de Brouwer. TOURETTE C., GUIDETTI M., (1998), Introduction à la psychologie du développement. Paris. Armant Colin. WINNICOTT D.W, (1996), La mère suffisamment bonne, Paris, éditions Payot et Rivages, CHAPITRES DE LIVRE DE AJURIAGUERRA J., La peau comme première relation : Du toucher aux caresses, in J. DE AJURIAGUERRA, Et la naissance de la psychomotricité. Entre inné et acquis : le bébé et le développement précoce. Volume 3. Paris. Editions du papyrus P
71 AJURIAGUERRA J., Le corps comme relation, in J. DE AJURIAGUERRA. 2009, Et la naissance de la psychomotricité. Corps, tonus et psychomotricité. Volume 1. Paris. Noisiel. Editions du papyrus P 163 AJURIAGUERRA J., L organisation psychomotrice et ses troubles, in J. DE AJURIAGUERRA. Manuel de psychiatrie de l enfant. Paris. Masson P 237 BALLOUARD C, Une identité, une carrière, in C. BALLOUARD, L aide-mémoire de Psychomotricité, Paris, Dunod, 2008, P 183 BOWLBY J., 1978, Prototypes de chagrin chez l homme, in J. BOWLBY. Attachement et perte. Tome 2 : La séparation, angoisse et colère. Paris. Presse Universitaire de France P 19 BULINGER A., 2010, La régulation tonico-posturale chez les bébés, in A. BULLINGER Le développement sensori-tonique de l enfant et ses avartars. Toulouse. Eres P76 BYDLOWSKI M. 1997, Données psychopathologiques sur l infertilité, in M. BYDLOWSKI. La dette de vie : Itinéraire psychanalytique de la maternité. Paris, PUF P 121 CICCONE A., L introjection, son rapport à la construction de l appareil psychique, in A. CICCONE, Naissance à la vie psychique, Paris, Dunod, P 17 CORRAZE J., Le dialogue tonico-émotionnel à la lumière des connaissances actuelles, in J. CORRAZE, La psychomotricité : un itinéraire, Marseille, Solal P183 LIOTARD D, 2000, Réflexions actuelles sur la spécificité du soin psychomoteur, in C. POTEL, Psychomotricité entre théorie et pratique. Paris, Editions in press, 2008, P51 MAZET P., Développement affectif et relationnel, in P. MAZET, Psychopathologie du nourrisson et du jeune enfant. Paris, Masson, P 69 ARTICLES : BASUYAU-ROUQUETTE B, 2008, Le «portage» thérapeutique de la dyade mèrebébé en psychomotricité, Spirale, N 46. P 71 à 79. CANALI M., FAVARD A-M., Maltraitance et bientraitance: Entre carence et blessure narcissique, Empan, 2004/2 no54, p HAAG G, Constitution du Moi corporel et des toutes premières étapes du développement du Moi qui sont d ordre corporel in La spécificité de la prise en charge médicale des personnes polyhandicapées en institution, CESAP Formation, p.29,
72 HAAG G., 1988, Réflexions sur quelques jonctions psycho-toniques et psychomotrices dans la première année de la vie, Neuropsychiatrie de l Enfance, n 36, P2. HAAG G., 1985, La mère et le bébé dans les deux moitiés du corps, Neuropsychiatrie de l Enfance, n 33, GAUCHER-HAMOUDI O., 2007, Le portage au travers des pérégrinations d une psychomotricienne, Thérapie psychomotrices et recherches, Le Portage. N 151. P4 LEPLAT F., 2007, Cris et pleurs en cliniques psychomotrices, Thérapie psychomotrices et recherche. Le portage. N 151. P36 MATHET-JOLLY F. et VAN DEN PEEREBOOM I., 2008, Se former au portage et à sa transmission pour mieux prendre en compte les besoins des enfants et de leur entourage, Spirale, n 46, P111 à 120 PETIT L., 2004, Désir d enfant, Spirale, N 32, P19 à 26 ROBERT-OUVRAY. S., Le corps maltraité de l enfant, Thérapie psychomotrice et recherches. Les souffrances du corps. N 154. MEMOIRES : GINOT Mathilde. Les «désaxés» Travail autour de l axe corporel chez des adultes atteints de schizophrénie. Université Claude Bernard Lyon PEREZ Morgane. La fonction contenante dans le soin psychomoteur. Université Claude Bernard Lyon LOUCHE Anais. La voix entre-deux en psychomotricité. Université Claude Bernard Lyon DICTIONNAIRES : Dictionnaire Larousse. Larousse bordas. Paris J. LAPLANCHE et J-B PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse. Presse Universitaires de France, Paris SITES INTERNET : Conférence Didier Robin 71
73 Albert Ciccone «Enveloppe psychique et fonction contenante : modèles et pratiques», Cahiers de psychologie clinique 2/2001 (n o 17), p CONFERENCES : «La fonction de la maturation et de la régulation tonico posturale comme support à une motricité d action et de relation structurante» Mme Leplat. Association des psychomotriciens de la Loire :
74 REMERCIEMENTS Je remercie Mme Dufour, maître de mémoire, de m avoir aidé à porter ce projet à terme. Je remercie mes maîtres de stages : Mme Devidal, Mme Bertrant, Mme Petio et Mme Durand- Massacrier sur lesquelles j ai pu m appuyer pour découvrir ce métier. Je remercie les enseignants de la faculté qui m ont apporté leur savoir. Je souhaite remercier toutes les personnes qui m ont soutenu dans la rédaction de ce mémoire. Je remercie ma famille et Pierre-Marie de m avoir suffisamment bien porté pendant tout ce parcours et de m avoir sup porté pendant toutes ces années animées de stress, de doutes, d incertitudes et de belles découvertes. 73
75 Vu par le maître de mémoire, DUFOUR Joséphine, A Lyon, Le 3 mai
76 Du bébé bien porté à l enfant bien portant : Quelques réflexions sur les expériences de portage en psychomotricité. RESUME A la naissance, l enfant est dépendant de son environnement maternel. Sa mère est présente auprès de son enfant et assure tous ses besoins. Pour cela, elle porte souvent son enfant physiquement et, psychiquement sans cesse. La mère s adapte à son enfant et lui offre différentes expériences de portage. L enfant s étaie sur le corps et sur la psyché de sa mère pour se développer et se construire son monde interne. Grâce à la répétition et à la régularité des expériences de portage satisfaisante, l enfant intériorise peu à peu les bénéfices du portage. Il acquière son sentiment de sécurité interne indispensable à son autonomie. Cependant il est possible que la relation mère-enfant soit perturbée, car ces expériences de portage demandent une disponibilité importante et un engagement corporel notable de la part de l enfant et de sa mère. De par son métier, le psychomotricien travaille au cœur de cette dynamique physicopsychique ; ainsi les expériences de portage sont des outils adaptés pour conduire le patient vers la construction de son sentiment de sécurité interne. Mots clés : Portage - dyade mère-enfant - sentiment de sécurité interne psychomotricité -contenance attachement dialogue tonique corps holding - handling. 75
Les aspects psychologiques de la paralysie cérébrale : répercussions et enjeux dans le parcours de vie.
Les aspects psychologiques de la paralysie cérébrale : répercussions et enjeux dans le parcours de vie. Sarah CAILLOT, Psychologue Réseau Breizh IMC- Pôle MPR St-Hélier (Rennes)- Journée Inter-régionale
«La capacité à être seul», WINNICOTT
«La capacité à être seul», WINNICOTT La capacité d être seul est un signe des plus importants de la maturité du développement affectif. On repère chez le sujet ce qu il éprouve dans des situations de solitude,
L ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LE TOUT PETIT EN VIE COLLECTIVE INSTITUTIONNELLE
N 220 - ROUFIDOU Irini L ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LE TOUT PETIT EN VIE COLLECTIVE INSTITUTIONNELLE Pendant notre recherche du D.E.A., nous avons étudié l acquisition du langage chez le tout petit en
Compétences du bébé, compétences des parents, le point de vue du pédopsychiatre Dr Julie MARCOU Hôpital St Joseph Plan: Introduction 1- Compétences du bébé -compétences des parents 2- Canaux de communication
Fiche de synthèse sur la PNL (Programmation Neurolinguistique)
1 Fiche de synthèse sur la PNL (Programmation Neurolinguistique) La programmation neurolinguistique (PNL) fournit des outils de développement personnel et d amélioration de l efficacité relationnelle dans
LES CHAÎNES PHYSIOLOGIQUES BÉBÉ
Photo 1. MÉTHODE BUSQUET LES CHAÎNES PHYSIOLOGIQUES BÉBÉ Il peut être intéressant de pratiquer un traitement des chaînes physiologiques dès le plus jeune âge, pour libérer le nourrisson de ses tensions
CONTRAT D ACCUEIL. Parents Assistant(e)s Maternel(le)s. Proposé par les Relais Assistantes Maternelles du Haut-Rhin
CONTRAT D ACCUEIL Parents Assistant(e)s Maternel(le)s Proposé par les Relais Assistantes Maternelles du Haut-Rhin Parents, assistant(e) maternel(le), L enfant est au cœur de vos préoccupations, la qualité
PLAN DE LA CONFERENCE
«LA PLACE DE CHACUN DANS LA FAMILLE» PLAN DE LA CONFERENCE Introduction : Relativité des modèles familiaux en fonction des époques et des lieux, nous nous centrerons sur l ici et maintenant. Evolutions
Annie Claude Sortant-Delanoë. L angoisse, nécessité logique entre jouissance et désir
Annie Claude Sortant-Delanoë L angoisse, nécessité logique entre jouissance et désir À sa naissance, l enfant est un organisme dont le cri exprime un besoin. Ce cri n a aucune intention de signification.
La supervision en soins infirmiers
La supervision en soins infirmiers (article en deux parties : version jumelée) La pratique de la supervision en soins infirmiers étant peu courante en France et les écrits la concernant de même, bien que
Affirmation de soi, confiance en soi, estime de soi
Affirmation de soi, confiance en soi, estime de soi Estime de soi MOI Affirmation de soi AUTRES Confiance en soi ACTION Contexte Règles fondamentales de la communication 1) On ne peut pas décider, par
QU EST-CE QUI VOUS MÈNE: LA TÊTE OU LE COEUR?
QU EST-CE QUI VOUS MÈNE: LA TÊTE OU LE COEUR? Source: DUMONT, Nicole. Femmes d aujourd hui, Vol. 1 No. 8., janvier 1996. On dit de certaines personnes qu elles n ont pas de tête ou qu elles n ont pas de
LES PRINCIPES DU PORTAGE PHYSIOLOGIQUE
LES PRINCIPES DU PORTAGE PHYSIOLOGIQUE Avez-vous déjà entendu parler de portage physiologique, de portebébés physiologiques C est un terme qui revient souvent lorsqu on aborde la thématique du portage
Comprendre les différentes formes de communication
Chapitre 2 Communiquer de façon professionnelle 2. Lisez la mise en situation ci-dessous. Ensuite, nommez les attitudes favorisant la communication qui n ont pas été mises en pratique et expliquez votre
COMMUNIQUÉ DE PRESSE. Exposition temporaire «Très toucher»
COMMUNIQUÉ DE PRESSE Exposition temporaire «Très toucher» Du 7 juillet au 7 décembre 2012 à L Arche des Métiers L ARCHE DES MÉTIERS - CCSTI de l Ardèche Place des Tanneurs BP 55-07160 LE CHEYLARD Tél.
Votre bébé a besoin de soins spéciaux
Votre bébé a besoin de soins spéciaux Ce guide se veut un document de référence afin de favoriser une meilleure compréhension de tous les aspects entourant la venue d un enfant prématuré ou malade. Il
Comment la proposer et la réaliser?
RECOMMANDATIONS Éducation thérapeutique du patient Comment la proposer et la réaliser? Juin 2007 OBJECTIF Ces recommandations visent à aider les professionnels de santé dans la mise en œuvre d un programme
Attirez-vous les Manipulateurs? 5 Indices
Attirez-vous les Manipulateurs? Claire Parent 1 Attirez-vous les Manipulateurs? Claire Parent Mini livre gratuit Sherpa Consult Bruxelles, Mai 2012 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction
PREPARATION A LA PARENTALITE RYTHMES ET BESOINS DU NOUVEAU-NE. «Un bébé a besoin de tendresse, de chaleur, de contact et de lait»
Version 1- Nov. 2012 OBSTETRIQUE Fiche d information N 3 Page 1/8 Validation PREPARATION A LA PARENTALITE RYTHMES ET BESOINS DU NOUVEAU-NE Document 3-3 Condition «Un bébé a besoin de tendresse, de chaleur,
Les 6 sous-stades. La période sensori-motrice. Le stade réflexe. Coordination main/bouche. Du réflexe au schème: exemple du réflexe de succion
Les 6 sous-stades La période sensori-motrice La construction de l intelligence à partir des sens, de l action et des déplacements I. Stade réflexe du premier mois II. Stade des réactions circulaires primaires
L enfant sensible. Un enfant trop sensible vit des sentiments d impuissance et. d échec. La pire attitude que son parent peut adopter avec lui est
L enfant sensible Qu est-ce que la sensibilité? Un enfant trop sensible vit des sentiments d impuissance et d échec. La pire attitude que son parent peut adopter avec lui est de le surprotéger car il se
La notion de besoin peut décrire : La notion de besoin peut décrire :
La notion de besoin peut décrire : une expérience vécue dont la personne est parfaitement consciente : Exemple : «J ai besoin de me divertir»; La notion de besoin peut décrire : 2. «une exigence née de
POLITIQUE SUR LE SOMMEIL ET LA SIESTE
POLITIQUE SUR LE SOMMEIL ET LA SIESTE Table des matières INTRODUCTION... 2 POURQUOI UNE POLITIQUE SUR LE SOMMEIL ET LA SIESTE... 3 L'IMPORTANCE DE LA SIESTE ET DU RESPECT DES RYTHMES BIOLOGIQUES... 3 À
5 postures pour mobiliser le don
Confiance Sollicitude Réciprocité d engagement Tirer partie de son Relance expérience relationnelle constructive 5 postures pour mobiliser le don Attention à soi Alliance : Lier sans défier Donner Recevoir
ANNEXE I REFERENTIEL PROFESSIONNEL AUXILIAIRE DE VIE SOCIALE CONTEXTE DE L INTERVENTION
ANNEXE I REFERENTIEL PROFESSIONNEL AUXILIAIRE DE VIE SOCIALE CONTEXTE DE L INTERVENTION L auxiliaire de vie sociale réalise une intervention sociale visant à compenser un état de fragilité, de dépendance
ANNEXE I REFERENTIEL PROFESSIONNEL AUXILIAIRE DE VIE SOCIALE CONTEXTE DE L INTERVENTION
ANNEXE I REFERENTIEL PROFESSIONNEL AUXILIAIRE DE VIE SOCIALE CONTEXTE DE L INTERVENTION L auxiliaire de vie sociale réalise une intervention sociale visant à compenser un état de fragilité, de dépendance
Comment se constitue la personnalité? Un bébé heureux a-t-il le plus de chances de devenir un adulte heureux?
Philippe Scialom 1 Un bébé heureux a-t-il le plus de chances de devenir un adulte heureux? La petite enfance est une période beaucoup plus déterminante qu on ne pourrait le penser : tout ce que va vivre
Pistes d intervention pour les enfants présentant un retard global de développement
Pistes d intervention pour les enfants présentant un retard global de développement Pistes d intervention pour les enfants présentant un retard global de développement, MELS, novembre 2011 Page 1 Document
Ma vie Mon plan. Cette brochure appartient à :
Ma vie Mon plan Cette brochure est pour les adolescents(es). Elle t aidera à penser à la façon dont tes décisions actuelles peuvent t aider à mener une vie saine et heureuse, aujourd hui et demain. Cette
Fonction éducative, fonctions psychologiques, deux réalités d une intervention. Jérôme THONON 1
Fonction éducative, fonctions psychologiques, deux réalités d une intervention. Jérôme THONON 1 Dans la prise en charge d adolescents en grande difficulté, de nombreuses personnes sont mobilisées autour
COUPLE ET PROBLÈMES SEXUELS
COUPLE ET PROBLÈMES SEXUELS Introduction Christine Reynaert et Pierre Collart ont tous deux activement participé à l ouverture de centres spécialisés dans le traitement de troubles sexuels (voir analyse
L'aidant familial face à Alzheimer: la tablette un outil simple et pratique
L'aidant familial face à Alzheimer: la tablette un outil simple et pratique Vous trouverez ici notre guide d utilisation et d accompagnement pour l'aidant familial utilisant la tablette et nos jeux de
Troubles psychiques de la grossesse et du post-partum Q19. Psychiatrie adulte Module D Pr Jean Louis Senon Année universitaire 2002-2003
Troubles psychiques de la grossesse et du post-partum Q19 Psychiatrie adulte Module D Pr Jean Louis Senon Année universitaire 2002-2003 Plans et objectifs Pendant la grossesse Troubles mineurs, dépressions
Comment remplir une demande d AVS Remplir les dossiers administratifs quand on a un enfant autiste et TED (3) : demander une AVS
Comment remplir une demande d AVS Remplir les dossiers administratifs quand on a un enfant autiste et TED (3) : demander une AVS Intégration était le maître mot de la loi de 75, scolarisation est ce lui
SAVOIR SE RECENTRER : UN ATOUT AU QUOTIDIEN
SAVOIR SE RECENTRER : UN ATOUT AU QUOTIDIEN QUE SIGNIFIE "ÊTRE CENTRÉ"? Etre centré signifie être aligné entre Ciel et Terre. C'est-à-dire connecté à l'énergie du Ciel et ancré dans l énergie de la Terre;
La contribution des pères au développement de leur enfant
Activité 1 La contribution des pères au développement de leur enfant Le père: Un rôle en évolution Théorie de l évolution Question de survie! Homme Animaux Christine Gervais, Ph. D., Professeur au département
La construction du temps et de. Construction du temps et de l'espace au cycle 2, F. Pollard, CPC Bièvre-Valloire
La construction du temps et de l espace au cycle 2 Rappel de la conférence de Pierre Hess -Démarche de recherche: importance de se poser des questions, de chercher, -Envisager la démarche mentale qui permet
PROGRAMME VI-SA-VI VIvre SAns VIolence. Justice alternative Lac-Saint-Jean
PROGRAMME VI-SA-VI VIvre SAns VIolence Justice alternative Lac-Saint-Jean Printemps 2013 OBJECTIFS Démystifier la problématique violence. Promouvoir les solutions pacifiques en matière de résolution de
Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences
Annexe II Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences Les référentiels d activités et de compétences du métier d infirmier diplômé d Etat ne se substituent pas au cadre réglementaire. En effet,
LES BASES DE LA MÉTAPSYCHOLOGIE
Chapitre 1 LES BASES DE LA MÉTAPSYCHOLOGIE I. RAPPEL THÉORIQUE Le terme Métapsychologie désigne le cadre théorique que Freud a élaboré et enrichi tout au long de sa vie. La métapsychologie constitue la
L E C O U T E P r i n c i p e s, t e c h n i q u e s e t a t t i t u d e s
L E C O U T E P r i n c i p e s, t e c h n i q u e s e t a t t i t u d e s L E C O U T E P r i n c i p e s, t e c h n i q u e s e t a t t i t u d e s Stéphane Safin Psychologue - Ergonome Lucid Group -
L'ENFANT ET SA FAMILLE.
L'ENFANT ET SA FAMILLE. D. W. Winnicott LES FONCTIONS DE L'ENVIRONNEMENT : Le potentiel inné d'un enfant ne peut devenir un enfant que si il est couplé à des soins maternels. Les mères ne sont pourtant
COURTINAT Elisabeth. La préoccupation maternelle primaire 1956 Donald Wood WINNICOTT
COURTINAT Elisabeth La préoccupation maternelle primaire 1956 Donald Wood WINNICOTT PLAN PLAN...2 INTRODUCTION...3 1. L auteur...3 2. L élaboration des théories de Winnicott et leur contexte...4 L originalité
Guide à l intention des familles AU COEUR. du trouble de personnalité limite
Guide à l intention des familles AU COEUR du trouble de personnalité limite À propos du trouble de personnalité limite Ce document a été élaboré en 2001 par madame France Boucher, infirmière bachelière,
POURQUOI RESSENTONS-NOUS DES ÉMOTIONS?
POURQUOI RESSENTONS-NOUS DES ÉMOTIONS? Pourquoi vivons-nous des émotions? Voilà une excellente question! Avez-vous pensé: «Les émotions nous rendent humains» ou : «Elles nous permettent de sentir ce qui
Organisation de dispositifs pour tous les apprenants : la question de l'évaluation inclusive
Organisation de dispositifs pour tous les apprenants : la question de l'évaluation inclusive Transcription et traduction de la communication de Verity DONNELLY colloque Éducation inclusive, la question
LE DÉVELOPPEMENT PSYCHOMOTEUR DU NOURRISSON ET JEUNE ENFANT 0-6 ANS
LE DÉVELOPPEMENT PSYCHOMOTEUR DU NOURRISSON ET JEUNE ENFANT 0-6 ANS DE QUELS MOYENS DISPOSE-T-ON? EXAMEN CLINIQUE + QUESTIONS des grandes étapes du développement de l'enfant dans les domaines de : Acquisition
Aspects pratiques de la pédagogie Pikler
Paola Biancardi Aspects pratiques de la pédagogie Pikler Le CVE de Grattapaille dans lequel je travaille comme directrice, se trouve dans les hauts de Lausanne et regroupe deux sites : la Nurserie Sous-Bois
le livret de Bébé nageur avec la complicité de bébé.
L association plaisirs de l eau vous présente le livret de Bébé nageur avec la complicité de bébé. http://plaisir-de-leau.wifeo.com 27/09/14 Plaisirs de l eau livret bébé nageur 1 BIENVENUE à l association
Définition, finalités et organisation
RECOMMANDATIONS Éducation thérapeutique du patient Définition, finalités et organisation Juin 2007 OBJECTIF Ces recommandations visent à présenter à l ensemble des professionnels de santé, aux patients
Le Modèle Conceptuel de Virginia Henderson. P. Bordieu (2007)
Le Modèle Conceptuel de Virginia Henderson P. Bordieu (2007) Postulats qui l étayent (= fondements) Valeurs qui le justifient Éléments qui le composent: - But poursuivi - Cible - Rôle de l infirmière -
LA SOUFFRANCE DU MALADE EN FIN DE VIE. LES COMPORTEMENTS FACE A LA PERTE : vécu de la mort
LA SOUFFRANCE DU MALADE EN FIN DE VIE LES COMPORTEMENTS FACE A LA PERTE : vécu de la mort relation SRLF Paris, 11-12-13 mai C.LE BRIS BENAHIM Psychothérapeute - Formatrice Quimper CHIC Comment le vécu
JOURNÉE TEAM BUILDING:
JOURNÉE TEAM BUILDING: PROPOSITION - 1/ TEAM BUILDING À CHEVAL PROPOSITION - 2/ TEAM BUILDING THEATRE 1 DEUXIEME PARTIE DE LA JOURNEE, APRES LE DEJEUNER PROPOSITION 1: TEAM BUILDING A CHEVAL Team Building
001_004_VIVRE.qxd 21/07/2008 15:35 Page 1 Vivre avec soi
Vivre avec soi Du même auteur aux Éditions J ai lu Papa, maman, écoutez-moi vraiment, J ai lu 7112 Apprivoiser la tendresse, J ai lu 7134 JACQUES SALOMÉ Vivre avec soi Chaque jour... la vie Les Éditions
REPONDRE AU BESOIN DE BOUGER CHEZ LE JEUNE ENFANT
REPONDRE AU BESOIN DE BOUGER CHEZ LE JEUNE ENFANT L enfant de deux, trois ans, a besoin de bouger pour développer ses capacités motrices. Aménagement des lieux dans l école et dans la classe La cour de
Contenu de la formation PSE1et PSE2 (Horaires à titre indicatif)
Contenu de la formation PSE1et PSE2 (Horaires à titre indicatif) Contenu de la formation PSE1 LE SECOURISTE : 1 h 30 Indiquer le rôle et les responsabilités d un secouriste. Indiquer les connaissances
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR UNE PSYCHANALYSE POSSIBLE DES BÉBÉS
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR UNE PSYCHANALYSE POSSIBLE DES BÉBÉS Annie Anzieu P.U.F. La psychiatrie de l'enfant 2007/2 - Vol. 50 pages 417 à 422 ISSN 0079-726X Article disponible en ligne à l'adresse: http://www.cairn.info/revue-la-psychiatrie-de-l-enfant-2007-2-page-417.htm
Origines possibles et solutions
Ne plus avoir peur de vieillir «Prends soin de ton corps comme si tu allais vivre éternellement, Prends soin de ton âme comme si tu allais mourir demain.» Introduction Ce petit document est la résultante
FORMATION : POSTURE COACH, LES METIERS D ACCOMPAGNEMENT
FORMATION : POSTURE COACH, LES METIERS D ACCOMPAGNEMENT Que vous soyez parent, enseignant, formateur, pédagogue, coach, manager Que votre activité professionnelle ou simplement la quête de vous-même vous
Petite Enfance. Livret accueil
1 Petite Enfance Livret accueil Les préinscriptions Les préinscriptions à la crèche des rives, à la crèche des Ferrayonnes et à la crèche familiale se font tout au long de l année. Les femmes enceintes
DIU Soins Palliatifs et d Accompagnement.
DIU Soins Palliatifs et d Accompagnement. Centre - Pays de Loire CHRU Tours COMMUNICATION «Conflits internes et Cohérence personnelle» SOMMAIRE Introduction page 3 Communication Page 4 Les paramètres d
FORCE DE VENTE : une approche commerciale efficace
Les formations standardisées voulant mettre le commercial dans un «moule» et formater une personne en appliquant des techniques à la lettre sont bien différentes de ce que nous vous proposons chez Semaphorus.
RECO. Définition des bonnes pratiques de prévention dans les centres d appels téléphoniques R.470
RECO DU COMITE TECHNIQUE NATIONAL DES ACTIVITES DE SERVICES 1 Définition des bonnes pratiques de prévention dans les centres d appels téléphoniques Yves Cousson - INRS Pour vous aider à : réduire le bruit
Le référentiel professionnel du Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique
A R D E Q A F Le référentiel professionnel du Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique 1.1 Définition de la profession et du contexte de l intervention p. 2 1.2 Le référentiel d activités du Diplôme
Conseil général du Lot. Le Conseil général, plus proche de vous, plus solidaire.
Conseil général du Lot é t e r p o La pr chez l enfant s n a 6 à 0 de Le Conseil général, plus proche de vous, plus solidaire. La propreté, cela ne s apprend pas! Maman, je vais certainement te surprendre,
Trait et ligne. La ligne avance, Elle indique une direction, Elle déroule une histoire, Le haut ou le bas, la gauche et la droite Une évolution.
Trait et ligne I La ligne me fascine. Le trait qui relie ou qui sépare Qui déchire le néant et marque une trace Qui me fait entrer dans l univers des signes. La ligne avance, Elle indique une direction,
ACCOMPAGNEMENT INDIVIDUEL
ACCOMPAGNEMENT INDIVIDUEL DES MANAGERS ET DES DIRIGEANTS des démarches de croissance, d adaptation continue et de créativité dans des environnements et des marchés en mutation DIRIGEANTS ET MANAGERS EN
Les enfants malentendants ont besoin d aide très tôt
13 CHAPITRE 2 Les enfants malentendants ont besoin d aide très tôt Pendant les premières années de leur vie, tous les enfants, y compris les enfants malentendants, apprennent rapidement et facilement les
Cours de Leadership G.Zara «LEADERSHIP»
«LEADERSHIP» Est-il possible de DÉVELOPPER LES COMPÉTENCES DE LEADERSHIP? PROGRAMME DU COURS 1. Introduction 2. Les fondamentaux du Leadership 3. Valeurs, attitudes et comportements 4. Les 10 devoirs du
Rentrée 2015. Charte du restaurant scolaire
Rentrée 2015 Charte du restaurant scolaire Délibération du conseil municipal du 22 mai 2014 Mairie de Marcy L étoile Préambule Merci de bien vouloir prendre connaissance en famille, avec vos enfants, du
Quand le corps devient objet de l autre
Quand le corps devient objet de l autre (Hypersexualisation, pornographie, prostitution à l heure des technologies de l information et de la communication) Robert Courtois Clinique Psychiatrique Universitaire
DOMAINE 7 RELATIONS ET RÔLES
DOMAINE 7 RELATIONS ET RÔLES 327 Allaitement maternel inefficace (00104) 327 Allaitement maternel interrompu (00105) 328 Motivation à améliorer l allaitement maternel (00106) 329 Tension dans l exercice
Richard Abibon. «Le sujet reçoit de l Autre son propre message sous une forme inversée»
Richard Abibon «Le sujet reçoit de l Autre son propre message sous une forme inversée» Cette formule, on la trouve presque telle quelle dans l «Ouverture de ce recueil» qui introduit les «Ecrits» de Lacan.
Parent avant tout Parent malgré tout. Comment aider votre enfant si vous avez un problème d alcool dans votre famille.
Parent avant tout Parent malgré tout Comment aider votre enfant si vous avez un problème d alcool dans votre famille. Edition: Addiction Suisse, Lausanne 2012 Que vous soyez directement concerné-e ou que
Le développement de la temporalité chez les. enfants
Conférence à la Société Romande d Audiologie, de Phoniatrie et de Logopédie Le développement de la temporalité chez les Vincent Quartier Plan de la présentation Le temps Temps et hyperactivités Questionnaire
La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant
G U I D E - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant Vivre avec un trouble dépressif Septembre 2010 Pourquoi ce guide? Votre médecin
LE DON : UN MODELE DE MANAGEMENT AU SERVICE DE LA COOPERATION
LE DON : UN MODELE DE MANAGEMENT AU SERVICE DE LA COOPERATION Face à une rationalisation croissante du secteur social et médico-social, accentuée par les effets de crise, comment un directeur de structure
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES Faculté des Sciences Psychologiques et de l Education Evaluation par la mère de la qualité de l accompagnement de son enfant visitant son père en prison Quitterie MANO Mémoire
Organiser l espace dans une classe de maternelle : Quelques idées. I - Les textes officiels : II - Les coins jeux : III - L enfant et le jeu :
Organiser l espace dans une classe de maternelle : I - Les textes officiels : Quelques idées «L aménagement des salles de classe doit offrir de multiples occasions d expériences sensorielles et motrices.
Bienvenue à la formation
Bienvenue à la formation Environnement Alimentation Heure Ecriture Lecture Vie quotidienne Emotions Argent Informatique Poids et mesures Communication Orientation spatiale et temporelle Programme des cours
Le stage choisi est celui d un club de jeunes cadres en formation «recherche d emploi».
Témoignages d Anne-Laure Mausner, Sophrologue Thème : Préparation pour un entretien d embauche (Les prénoms ont été modifiés pour respecter l anonymat) Le stage choisi est celui d un club de jeunes cadres
La paralysie cérébrale. 4 - La motricité et les déplacements. livret informatif destiné aux familles du programme Enfants et adolescents
La paralysie cérébrale 4 - La motricité et les déplacements livret informatif destiné aux familles du programme Enfants et adolescents Centre de réadaptation Estrie, 2008 En général Les enfants bougent
Un écrivain dans la classe : pour quoi faire?
Un écrivain dans la classe : pour quoi faire? Entretien avec Philippe Meirieu réalisé pour l ARALD - Quel est votre sentiment sur la présence des écrivains dans les classes? Il me semble que ce n est pas
ETES-VOUS PRET.ES A ALLER MIEUX?
ETES-VOUS PRET.ES A ALLER MIEUX? Projet formulé à partir de ma pratique de terrain: Constats Public défavorisé Plus le niveau d instruction est bas plus plus le risque est grand de développer des troubles
«Toi et moi, on est différent!» Estime de soi au préscolaire
Service d animation spirituelle et d engagement communautaire au primaire «Toi et moi, on est différent!» Estime de soi au préscolaire Séquence de 5 rencontres en classe Estime de soi au préscolaire 1
Syllabus du cours de musique. Maternelle. enseigné par Joël Chiasson
Syllabus du cours de musique Maternelle enseigné par Joël Chiasson DESCRIPTION DU COURS Le programme de musique permet aux élèves d explorer leurs idées, leurs expériences et leurs émotions et de développer
De la détresse émotionnelle à l actualisation du potentiel des membres de l entourage. La vision familiale. Série 1, numéro 1
De la détresse émotionnelle à l actualisation du potentiel des membres de l entourage La vision familiale Série 1, numéro 1 En l espace de 25 ans, le profil de la famille québécoise s est transformé de
Dép. 75 «Enfant présent»
Dép. 75 «Enfant présent» PRESENTATION DE L ACTION Intitulé, ancienneté et lieu d implantation Créée en 1987, l association Enfant Présent, dispositif multi-accueil à caractère préventif, dispose de plusieurs
Management Interculturel
Management Interculturel La mondialisation et l ouverture des marchés ont permis l interconnexion des mondes. Ces phénomènes ont en même temps accéléré la mutation des modes de pensée et de consommation.
Délivrance de l information à la personne sur son état de santé
Délivrance de l information à la personne sur son état de santé Mai 2012 Préambule Le contenu et les qualités de l information Les modalités de la délivrance de l information L information du mineur, du
C EST QUOI L ESPACE?
C EST QUOI L ESPACE? c est quoi un espace Un espace est un lieu plus ou moins bien délimité dans lequel on peut se situer. On peut distinguer l intérieur de l extérieur d un espace, son dedans de son dehors.
CAHIER DES CHARGES INFIRMIER-ÈRE DIPLÔMÉ-E
Madame/Monsieur 1. DÉFINITION DE LA FONCTION Au service du projet institutionnel, la titulaire du poste : Exerce dans un cadre législatif et un contexte sanitaire connus (loi sur l exercice professionnel,
OUTILS DE GESTION ET D EVALUATION AU POSTE : Collecte/réparation/vente d électroménager. Assistant(e) secrétaire commercial(e)
OUTILS DE GESTION ET D EVALUATION AU POSTE : Collecte/réparation/vente d électroménager Assistant(e) secrétaire commercial(e) Référentiel d activités+analyse d activités Référentiel de compétences Référentiel
M2S. Formation Management. formation. Animer son équipe Le management de proximité. Manager ses équipes à distance Nouveau manager
Formation Management M2S formation Animer son équipe Le management de proximité Manager ses équipes à distance Nouveau manager Coacher ses équipes pour mieux manager Déléguer et Organiser le temps de travail
Techniques d accueil clients
Techniques d accueil clients L accueil est une des phases capitales lors d un entretien de vente. On se rend tout à fait compte qu un mauvais accueil du client va automatiquement engendrer un état d esprit
Les 100 plus belles façons. François Gagol
Les 100 plus belles façons d'aimer François Gagol Les 100 plus belles façons d Aimer François Gagol François Gagol, 2003. Toute reproduction ou publication, même partielle, de cet ouvrage est interdite
L utilisation de l approche systémique dans la prévention et le traitement du jeu compulsif
L utilisation de l approche systémique dans la prévention et le traitement du jeu compulsif Isabelle Cyr, B.sc. Psychologie. B.sc. Service social. T.s. Thérapeute Josée Dostie, B.A. Psychologie. Thérapeute
Adapté avec la permission du Ministère de l Éducation, Nouveau Brunswick
Adapté avec la permission du Ministère de l Éducation, Nouveau Brunswick SONDAGE SUR L ATTITUDE DES PARENTS ENVERS L ÉDUCATION EN MATIÈRE DE SANTÉ SEXUELLE Nota : Vous pouvez transmettre ce sondage de
DÉFINITIONS. Motricité. Robert Rigal ÉDUCATION MOTRICE DE L ENFANT DE 4 À 11 ANS
ÉDUCATION MOTRICE DE L ENFANT DE 4 À 11 ANS Robert Rigal DÉFINITIONS Motricité Ensemble des fonctions qui assurent les mouvements autogénérés d un organisme; Étude des mouvements humains et de leurs caractéristiques
Guide Confiance en soi
Guide Confiance en soi Phase Être en relation avec soi Guide.Confiance-juillet 2014.doc 27-07-14 Ce document, créé par ÉCOUTE TON CORPS, est destiné pour votre usage personnel seulement. Seuls nos diplômés
