PSYCHOLOGIE CLINIQUE
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- Thibault Lesage
- il y a 10 ans
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1 PSYCHOLOGIE CLINIQUE ENSEIGNEMENT DE PHILIPPE SCIALOM POLYCOPIÉ DE DEUXIÉME ANNÉE Á l usage exclusif des étudiants de l ISRP (Dernière révision septembre 2006) 1
2 PLAN DU COURS DE 2 ème ANNÉE Chapitre 1 : L ÉCONOMIE PSYCHIQUE I LES MÉCANISMES DE DÉFENSE II NORMAL ET PATHOLOGIQUE III NOTION DE STRUCTURE IV NOTION DE CARACTÈRE V NOTION DE DÉCOMPENSATION VI CINQ DOMAINES DE L ÉCONOMIE PSYCHIQUE POUR DÉFINIR LE CONCEPT DE STRUCTURE Chapitre 2 : L'ÉXAMEN PSYCHOLOGIQUE I L'ÉXAMEN PSYCHOLOGIQUE II L'ENTRETIEN CLINIQUE III LE QUOTIENT INTELLECTUEL IV LES TESTS PROJECTIFS ou de PERSONNALITE Chapitre 3 : LES INFLUENCES PRECOCES : LES EFFETS A LONG TERME DE LA PREMIERE ENFANCE I INTRODUCTION II LA PERSONNALITE : UN CARREFOUR A CINQ VOIES PRINCIPALES III CONCLUSION Chapitre 4 : L ADOLESCENCE I INTRODUCTION : APPROCHE DE L ADOLESCENCE NORMALE II LE POINT DE VUE PSYCHANALYTIQUE III RISQUES SPÉCIFIQUES DE L ADOLESCENCE IV CONCLUSION V. ANNEXES ÉPIDÉMIOLOGIQUES ET RECOMMANDATIONS Chapitre 5 : PSYCHOLOGIE SOCIALE 1. INTRODUCTION 2. LES INFLUENCES SOCIALES 3. LES FORMES DE L'INFLUENCE SOCIALE 4. LES THEORIES DE LA CROYANCE SOCIALE 5. LES MODALITES DE LA PERCEPTION SOCIALE : PREJUGES ET STEREOTYPES 6. UN PROCESSUS DE COMMUNICATION SOCIALE : LA RUMEUR 7 LE GROUPE ET L INCONSCIENT SOCIODRAME ET PSYCHODRAME 8 RESUMÉ SUR L INFLUENCE SOCIALE
3 Chapitre 1 L ÉCONOMIE PSYCHIQUE I Les mécanismes de défense II Normal et pathologique III Notion de structure IV Notion de caractère V Notion de décompensation VI Cinq domaines de l économie psychique pour définir le concept de structure I LES MÉCANISMES DE DEFENSE 1 Introduction 1.1 Définitions Freud en parle dès 1893 et ce concept se retrouve dans «Métapsychologie» (1917). Le mécanisme de défense est un processus psychologique inconscient qui vient en aide au Moi dans sa lutte contre le déplaisir, la souffrance ou l angoisse, contre des affects et des représentations pénibles ou insupportables. (Ionescu) Ce concept est utilisé dans la psychologie normale, la psychopathologie et dans les tests projectifs. Les mécanismes de défense agissent sous forme de processus défensifs, et sont des opérations qui visent à préserver le Moi, pour le construire, l organiser, et aussi le délivrer des pulsions trop agressives du Ça ou des interventions trop répressives du Surmoi. Nous pouvons aussi les définir autrement comme une mise en jeu pour éviter les agressions des pulsions (sexuelles) internes dont la satisfaction s avère conflictuelle et pour neutraliser l angoisse qui en découle. La finalité est donc de réduire un conflit intrapsychique. 1.2 Notions de défense et leur rapport à l angoisse Problème des défenses par J. BERGERET Anna Freud présente la défense comme une activité du Moi destinée à protéger le sujet contre une trop grande exigence pulsionnelle. Bien sûr, les défenses habituellement décrites apparaissent sous forme de comportements psychopathologiques quand il existe un conflit aigu entre les différentes instances de la personnalité psychique (Ça, Moi, Idéal du Moi, Surmoi) ou entre certaines de ces instances et la réalité. Mais nombre de défenses courantes sont utilisées aussi de façon permanente et banale en donnant naissance aux «traits de caractères» des personnalités non morbides. Les «mécanismes de défense du Moi» ne bénéficient pas, en général, d'une bonne réputation. On les considère trop vite sous leur seul aspect conflictuel, voire pathologique alors que tout le côté adaptatif de leurs fonctions se trouve passé sous silence. Un sujet n'est jamais malade «parce qu'il a des défenses» mais parce que les défenses qu'il utilise habituellement s'avèrent comme soit inefficaces, soit trop rigides, soit mal adaptées aux réalités internes et externes, soit trop exclusivement d'un même type et que le fonctionnement mental se voit ainsi entravé dans sa souplesse, son harmonie, son adaptation. D'autre part on confond souvent les défenses du Moi (utilisées pathologiquement ou non) avec les «résistances», notions qui ne concernent que les défenses employées dans le transfert (et 3
4 dans la cure psychanalytique en particulier) par un sujet qui se défend spécifiquement contre le contact thérapeutique et les prises de conscience des différents aspects de ce contact, en particulier dans le jeu des associations d'idées qui se trouve ainsi entravé de manière à diminuer l'angoisse relationnelle. E. Bibring et D. Lagache distinguent d'un côté les mécanismes de défense, automatiques, inconscients, sous la dépendance des processus primaires et dont le but demeure la réduction de la tension pulsionnelle et de l'angoisse qui en résulte, et d'un autre côté les mécanismes de dégagement régis par les processus secondaires (principe de réalité) visant aux aménagements des conditions internes du sujet en fonction d'une adaptation souple aux conditions externes et ne nécessitant pas un évitement quelconque de cette situation :par exemple le travail du deuil ou la familiarisation avec la situation anxiogène, autrement dit son intégration et son contrôle. Il serait par ailleurs sans doute fâcheux de réduire le rôle des mécanismes de défense aux seules dimensions du classique «conflit névrotique» : quand il s'agit en effet d'organisations de mode névrotique, génital et œdipien, le conflit se situe évidemment entre les pulsions sexuelles et leurs interdictions (introjectées dans le Surmoi). L'angoisse est alors l'angoisse de castration et les défenses tendent à diminuer cette angoisse, soit en facilitant la régression à l'égard de la libido, soit en aménageant des exutoires régressifs, par exemple auto-, ou alloagressifs. Par contre dans les organisations psychotiques toute une partie prédominante du conflit profond se joue avec la réalité. L'angoisse est une angoisse de morcellement soit par crainte d'un impact trop violent de la part de la réalité, soit par crainte au contraire de la perte du contact avec cette même réalité. Les défenses contre une telle angoisse demeurent tant qu'il est possible du mode névrotique; mais ceci ne suffit souvent pas et apparaissent alors les défenses propres au système psychotique : autisme (essai de reconstitution du narcissisme primitif avec son circuit fermé) déni de la réalité (en tout ou partie) nécessitant parfois la reconstruction d'une néoréalité, l'ensemble de ces démarches conduisant à la classique position délirante. Dans tout le groupe des états limites enfin, le conflit se situe entre la pression des pulsions prégénitales sadiques orales et anales dirigées contre l'objet frustrant et l'immense besoin idéal que l'objet répare cette blessure narcissique par une action extérieure gratifiante permettant enfin d'aborder l'œdipe dans de bien meilleures conditions d'équipement affectif. L'angoisse qui en découle est l'angoisse de perte d'objet, c'est-à-dire l'angoisse de dépression. Les défenses seront donc essentiellement centrées sur les moyens d'éviter cette perte et conduisent à un double manichéisme : clivage interne entre ce qui est bon (Idéal du Moi) et mauvais (immédiatement projeté vers l'extérieur) et clivage externe (entre gentils et méchants). A ceci s'ajoute une habile tartufferie pulsionnelle inversée : défense contre le prégénital gênant par des éléments pseudo-génitaux de couverture et de façade. On assiste à un essai de pansement de la blessure narcissique archaïque par un narcissisme secondaire en circuit ouvert, avide, mais impuissant à colmater le manque narcissique fondamental... Ce rapide tour d'horizon doit nous permettre de mieux comprendre le rôle réel et relatif des défenses dites «névrotiques», les plus évidentes et les mieux décrites, mais qui ne signent pas pour autant dans tout contexte structurel un mode d'organisation authentiquement névrotique, génital et œdipien. Il est classique de considérer que le refoulement entre en jeu de façon spectaculaire dans les névroses en général et l'hystérie en particulier : la régression anale, les formations réactionnelles et l'isolation dans la névrose obsessionnelle, la projection dans la paranoïa, l'introjection dans la mélancolie; dans la schizophrénie la régression tend vers l'état fusionnel initial; chez les états limites (et nombre de phobiques qui s'y attachent) le clivage des imagos permet autant les évitements que les surinvestissements compensateurs et idéalisés. 4
5 L'ordre dans lequel sont présentées les opérations défensives que nous décrirons ici tiendra compte avant tout des ressemblances de terminologie pouvant entraîner des confusions (comme les «faux amis» dans le vocabulaire anglais). Ceci nous permettra de mieux préciser en quoi ces processus diffèrent sur le plan économique et profond alors que certains aspects extérieurs semblent les rapprocher. 2 Les différentes défenses Les mécanismes de défense ont différentes fonctions : Ils servent : - tout d abord au développement du moi dans la petite enfance - puis le moi du sujet va les utiliser inconsciemment afin de concilier ses exigences internes (pulsionnelles) et les exigences externes (sociales) en vue de son adaptation. Elles sont donc en jeu de manière dynamique et normale chez tout individu. Certaines défenses seront utilisées de façon privilégiée selon la structure de chacun s exprimant dans ses traits de caractères. Les mécanismes de défense sont mobilisés différemment selon les variation de l état du Moi, du normal au pathologique : - En cas de décompensation, les défenses habituelles sont alors débordées, insuffisamment efficaces, et le moi va mobiliser particulièrement parmi les défenses dont il dispose, celles qui seront les plus efficaces à contenir l angoisse liée aux affects déplaisants. L utilisation de défenses plus archaïques peut être nécessaire et s accompagne alors d une régression psychique aux stades antérieurs correspondants. - Les défenses peuvent donc passer d un état normal à pathologique, selon leur efficacité et la manière dont elles sont mobilisées. Plus les défenses sont riches variées souples et efficaces, plus elles sont au service d un Moi normal. Plus elles seront univoques pauvres inefficaces, plus elles seront spécifiques d une pathologie. Les défenses agissent dans un ensemble d opérations défensives, il est donc parfois artificiel de les distinguer. - En simplifiant on peu presque dire que les mécanismes de défenses contre les névroses sont présentes dans les psychoses, mais inefficaces, et les mécanismes de défenses contre les psychoses sont présentes dans les névroses, mais inutiles. - Certains mécanismes ont une place à part comme la sublimation qui ne sera pas pathologique, ou l introjection et la projection qui ont plusieurs niveaux différents du normal au pathologique, ou même la régression qui peut être considérée comme un mécanisme de défense. - La liste qui suit bien qu assez complète n est pas exhaustive, d autres mécanismes de défenses peuvent être rencontrés, proches de ceux-ci. Ils sont cependant nuancés et rattachés aux théories des différents auteurs. Certaines attributions aux structures peuvent aussi un peu varier selon les auteurs. A Principaux mécanismes de défenses plus caractéristiques des névroses : a) Plus utilisés dans l hystérie : Le refoulement qui est le prototype des mécanismes de défense et le plus typique des névroses. Ses satellites sont l isolation, le déplacement, la condensation, l évitement, la dénégation. L identification La formation substitutive (le contre-investissement) b) Plus utilisés dans la névrose obsessionnelle : La formation réactionnelle (le contre-investissement) 5
6 La rationalisation et l intellectualisation L isolation L annulation (rétroactive) (dans les N. O. graves, proches plutôt défensives contre une psychose) c) Plus utilisé dans les névroses phobiques : Le déplacement (le contre-investissement dans l objet contra phobique) L évitement B Les Etats limites utiliseront plus les mécanismes : De retournement sur soi (le renversement dans le contraire) De clivage de l objet De déni (perversions) D idéalisation D identification projective (voir aussi psychose) C Les mécanismes de défense les plus utilisés dans les psychoses : La projection (paranoïa) L identification à l agresseur L introjection (P.M.D., deuil et mélancolie) Le dédoublement du moi L identification adhésive (Autisme) L annulation Le déni La forclusion Le contrôle omnipotent de l objet Le démantèlement L identification projective 3 En conclusion, pour procéder à une rapide revue des principaux mécanismes de défense sans se limiter à une simple énumération de processus épars, on peut considérer de façon économique et génétique qu'il existe à la fois une constante articulation de nombreuses défenses entre elles et à la fois aussi une hiérarchisation à différents degrés des principales défenses : le refoulement constitue incontestablement la défense principale d'une part parce que c'est la plus élaborée génitalement, d'autre part parce qu'elle revêt dans l'économie des différentes organisations une place quantitative primordiale, même dans les états non névrotiques. Le refoulement possède un réseau de défenses accessoires et satellites comme l'isolement, le déplacement, la condensation, l'évitement. Un autre groupe de mécanismes de défense correspond à des mesures plus radicales, plus archaïques que le refoulement et sortent nettement de l'orbite névrotique et essentiellement génitale; ce sont principalement le dédoublement du Moi et le dédoublement des imagos avec leurs satellites d'annulation, de dénégation, de déni, de forclusion, d'identification projective, d'identification à l'agresseur. La projection et l'introjection conservent une place à part en raison de leur relation avec la dialectique identificatoire du Moi et du non-moi. Enfin la sublimation ne peut être classée que de façon isolée étant donné ses caractères tout à fait particuliers. Tout ceci nous montre l'aspect vivant, la richesse et la variété des défenses possibles chez un même sujet. Ce sujet ne pourra en définitive être considéré comme «malade» à cause de la 6
7 seule présence de tel ou tel mécanisme à réputation sévère si d'autres mécanismes jouent plus librement à côté. La pathologie demeure essentiellement le fait du manque de diversité, de souplesse, de subtilité et d'efficacité des différents mécanismes habituels de défense d'un individu. Le sujet «normal» est celui qui possède de «bonnes» défenses, c'est-à-dire assez diversifiées et assez souples pour permettre un jeu pulsionnel suffisant n'opprimant pas le Ça et tenant compte de la réalité sans inquiéter le Surmoi tout en permettant au Moi de s'enrichir constamment dans une relation aux autres suffisamment mature pour autoriser les échanges et les satisfactions à un niveau d'élaboration authentiquement génital. Bien sûr cet être «normal» ne peut être idéalisé sans failles : tout mouvement régressif, obligatoire et bien banal dans ce qui reste «humain», doit automatiquement être corrigé par une mise en action momentanée plus précise de telle ou telle défense, si possible pas trop coûteuse mais assez efficace pour revenir au plus tôt à l'état d'équilibre et de réalisme décrit plus haut qui ne saurait être considéré comme statique de façon utopique ou inquiétante mais correspondre à un axe moyen autour duquel le Moi normal ne peut cesser d'osciller pour s'enrichir mais aller au-devant, du même coup aussi, de nombre d'incidents plus ou moins sérieux de parcours qui demeurent les risques de son destin. 7
8 II NOTION DE NORMAL ET DE PATHOLOGIQUE 1 Définition de la normalité Dans le domaine de la santé mentale, on peut envisager cette notion en dehors de données idéologiques, éthiques et culturelles. De plus elle renvoie à d autres concepts complexes comme la santé et la maladie. Ionescu fait l inventaire des différentes conceptions du normal. -Le normal comme concept statistique. -Le normal comme norme sociale, où plus une société est conformiste plus la moyenne est un idéal. -La normalité comme idéal suppose qu il existe une continuité entre normal et pathologique : I I I I ( _) Psychose sévère psychoses légères névroses personnes adaptées normalité idéale Mais le relativisme culturel fait qu un individu considéré comme anormal dans une culture sera tout à fait normal dans une autre (comme le fait de manger des verres de terre des grillons ou des insectes par ex.) -La normalité comme absence de maladie oppose santé et pathologie. Or, ce qui est anormal n est pas forcément pathologique et vice versa : En psychopathologie de l enfant, il y a des manifestations pathologiques normales (les phobies de la petite enfance), chez l adolescent aussi. Leur absence est alors inquiétante. Certains enfants peuvent être pathologiquement normaux (certaines hyper maturités ou les névroses des enfants «sages»). 2 Définition du pathologique (selon Ionescu) -C est ce qui concerne, manifeste, constitue un état de maladie, avec une connotation de déchéance. -Le terme de maladie renvoie au modèle médical et suppose une cause et une origine. L étiologie étant souvent inconnue en psychopathologie, le terme de trouble mental est de plus en plus utilisé. -Les critères pour définir la pathologie : a) La notion de déviance sociale. Elle renvoie à la manière dont autrui perçoit la personne présentant les troubles. Ce critère est à rapprocher du critère de bizarrerie ainsi que du mauvais contact avec la réalité souvent évoqué par l entourage. b) La souffrance : c est l élément subjectif d inconfort évoqué par la personne concernée. c) L inefficacité : intellectuelle, sociale, conséquence des troubles du sujet, constitue un handicap psychologique. d) Le comportement inadapté : L évitement des conflits et des problèmes plutôt que leur confrontation pour les résoudre, maintien dans la frustration, la souffrance et le stress. e) Le comportement destructeur : Il ne peut y avoir de définition univoque du normal et du pathologique : Pour Winnicott, la santé n est pas l absence de maladie. Certains individus ont potentiellement une mauvaise santé mais s en sortent. La santé inclut la maladie chez ceux qui peuvent y remédier et trouver des solutions (voir le faux self). 3 Notion de normalité par J. BERGERET 8
9 En médecine somatique, il a souvent été débattu du «normal» et du «pathologique», G. Canguilhem a consacré une étude à la recherche des variations de l'homogénéité et de la continuité au niveau de ces deux notions; il a conclu dans la maladie à la réduction de la marge de tolérance au milieu; pour lui l'homme «normal» est celui qui reste adapté à son milieu. Cette conception semble pouvoir être reprise en psychopathologie. Avant les travaux de S. Freud, les psychiatres considéraient d'une part les gens dits «normaux», et d'autre part les «malades mentaux» qui groupaient globalement, malgré toutes les distinctions admises, les névrotiques et les psychotiques au milieu d'autres entités moins nettement définies. Les publications de S. Freud et de son école ont porté essentiellement sur le complexe d'œdipe et les névroses et ont démontré qu'il n'existait aucun fossé fondamental entre l'individu réputé normal et le névrosé quant aux grandes lignes de la structure profonde. On a donc eu tendance par la suite à ranger d'un même côté les gens «sains» et les névrosés (c'est-à-dire les sujets chez lesquels la personnalité s'organise autour du complexe d'œdipe et sous le primat du génital) et d'un autre côté ceux pour lesquels le complexe d'œdipe ne se trouve pas en position d'organisateur et pour lesquels l'économie génitale n'est pas l'essentiel. Mais les recherches contemporaines ont étendu peu à peu le champ d'application des découvertes freudiennes au domaine des psychoses et il est devenu de plus en plus évident qu'il existait tout autant de termes de passage entre psychose et une certaine forme de «normalité» qu'entre névrose et une autre forme de «normalité». Il est amplement démontré par l'observation quotidienne qu'une personnalité réputée «normale» peut entrer à tout moment de l'existence dans la pathologie mentale, y compris la psychose, et qu'inversement un malade mental, même psychotique, bien et précocément traité, conserve toutes ses chances de revenir à une situation de «normalité». Si bien qu'on n'ose plus guère opposer maintenant de façon trop simpliste les gens «normaux» aux «malades mentaux» quand on considère leur structure profonde, au lieu de s'arrêter à des manifestations extérieures qui correspondent à l'état (momentané ou prolongé) dans lequel se trouve leur structure et non pas un changement de cette structure elle-même. Les psychopathologues se montrent plus prudents et plus nuancés dans leurs distinctions et tendent à définir une conception de la «normalité» indépendante de la notion de structure. Ils se rapprochent ainsi de l'opinion fort sage de l'homme de la rue qui estime que n'importe quel humain se trouve dans un «état normal», quels que soient ses problèmes profonds, quand il arrive à s'arranger avec ceux-là et s'adapter à lui-même comme aux autres, sans se paralyser intérieurement dans ses conflits obligatoires, ni se faire rejeter (hôpital, asile, prison, etc.) par les autres, malgré les inévitables divergences encourues dans les relations avec eux. Le bien-portant ainsi défini ne serait surtout pas un malade qui s'ignore mais un sujet portant en lui suffisamment de fixations conflictuelles pour être aussi malade que bien des gens, mais qui n'aurait pas rencontré sur sa route des difficultés internes et externes supérieures à son équipement affectif héréditaire et acquis, à ses facultés personnelles défensives et adaptatives et qui se permettrait un jeu assez souple de ses besoins pulsionnels, de ses processus primaire et secondaire, sur les plans tout aussi personnels que sociaux, en tenant un juste compte de la réalité. Cependant pour ne pas demeurer sur un plan trop théorique sinon idyllique, il y aurait lieu de distinguer les personnalités «normales» des personnalités «pseudo-normales». Les premières correspondent à des structures profondes, névrotiques ou même psychotiques, non décompensées (et qui ne le seront peut-être jamais), structures stables et définitives en soi qui se défendent contre la décompensation par une adaptation à leur originalité, ce qui colore d'ailleurs de «traits de caractère» leurs différents comportements relationnels. 9
10 Les «personnalités pseudo-normales» au contraire, ne correspondent justement pas à une structure profonde stable et définitive, de mode névrotique ou psychotique par exemple. Elles ne sont pas tellement structurées dans un sens ou dans l'autre et sont constituées, de façon parfois durable mais toujours précaire, par des aménagements divers, pas tellement originaux, qui les contraignent, afin de ne pas se décompenser dans la dépression, «à jouer aux gens normaux»; souvent même davantage à «l'hypernormal» qu'à l'original. C'est en quelque sorte un besoin protecteur d'hypomanie permanente. Nous en reparlerons à propos des états limites et des névroses de caractère en particulier. Mais le bon sens détecte facilement, dans des circonstances sociologiques diverses, ces «leaders exceptionnels» (auxquels tant d'autres déçus narcissiques s'agrippent) qui luttent simplement avec fougue contre leur immaturité structurelle et leurs frustrations, voulant éviter à tout prix une dépression dont le danger n'est pas écarté pour autant à tout jamais ni à tout coup. Et combien de «petits génies» se comportent de la même façon dans leur famille, leur quartier, leur milieu de vie ou de travail. Nous risquons d'arriver ainsi à une conception doublement ambiguë de la notion de normalité. Aussi nous paraît-il plus raisonnable de prendre un recul supplémentaire par rapport à ce concept et de nous limiter à considérer le résultat fonctionnel global pour nous référer à l'appellation de «bien portant» quelle que soit la forme de bonne adaptation à une «normalité» ou à une «pseudo-normalité», telles que nous avons cherché à les préciser et à les définir. BIBLIOGRAPHIE Bergeret (J.). - Personnalité normale et pathologique. 1974, Dunod, Paris. Cahcumeem (G.). - Le normal et le pathologique. 1966, P.U.F., Paris, 226 p. DIATKINE (R.). - Du normal et du pathologique dans l'évolution mentale de l'enfant. In Psychiatr. Enfant. 1967, n 1, pp Minkowski (E.). - A la recherche de la norme en psychopathologie. In Evol. Psychiatr., 1938, n 1. 10
11 III NOTION DE STRUCTURE PAR J. BERGERET On ne peut raisonnablement définir un tableau clinique particulier sans se référer à une conception claire et précise de l'organisation économique profonde du patient sur le plan psychique et sans se référer aussi à des repères structuraux connus pour leur stabilité. C'est ainsi seulement qu'il devient possible de se faire une idée de la façon selon laquelle le psychisme du malade est organisé et doit, en conséquence, se trouver à la fois compris et traité. Une certaine confusion n'a cessé de régner au cours des dernières décennies sur les sens donnés aux qualificatifs de «névrotique» ou de «psychotique» : On parle trop souvent de symptôme «psychotique» en pensant au délire ou à l'hallucination ou de symptôme «névrotique» en pensant à la conversion hystérique, au rituel obsessionnel ou au comportement phobique. Il y a là d'abord un risque d'erreur de diagnostic : un épisode délirant peut se rencontrer en dehors de toute structure psychotique; une phobie n'est pas toujours (et même assez rarement) d'étiologie névrotique, etc. Ensuite, et surtout le symptôme présenté ne doit être considéré que selon sa valeur relative, relationnelle et économique, dans le jeu des défenses par exemple. Il paraît prudent, tant qu'on ne se trouve pas certain d'un diagnostic structurel profond, de se contenter, dans un premier temps, d'employer des formules d'attente assez souples comme, par exemple, symptôme «d'allure névrotique» ou symptôme «d'allure psychotique» de manière à bien manifester notre réserve et notre souci de recherche, avec davantage d'exigences, du mode d'organisation économique profonde envisagé. Ceci n'a rien à voir avec un stérile besoin de classification rassurante mais commande au contraire une meilleure compréhension des processus psychiques déterminant l'attitude réelle du malade à son propre égard et à l'égard des autres, et du même coup sa relation au thérapeute telle que nous devrons la concevoir, la subir et l'utiliser. La même confusion semble jouer au niveau des défenses. Il n'est pas rare en effet de rencontrer des défenses de type dit «névrotique» (y compris des symptômes) dans le système de protection des structures psychotiques vraies contre la menace d'éclatement; ou inversement de reconnaître des défenses de type «psychotique» (y compris des symptômes) dans le camouflage de l'origine œdipienne des conflits au sein d'une véritable structure névrotique, ou tout simplement à l'occasion de la «déstructuration» aiguë et passagère (traumatique ou même thérapeutique) de n'importe quelle organisation. Il semble préférable de parler dans tous ces cas de défenses «de mode névrotique» ou «de mode psychotique» de manière à ne pas anticiper fâcheusement et faussement sur le diagnostic structurel authentique. Une autre confusion touche à la chronologie, à l'étiologie, au moment de l'histoire du patient où nous allons employer les termes de «névrotique» ou de «psychotique», en fonction de la signification historique et économique de l'épisode présenté. Ce qu'on connaît du contexte habituel à certains mécanismes de défense, ou bien ce qu'on sait du sens courant donné à un certain niveau régressif du Moi ou de la libido nous conduit parfois à parler trop vite de «structure névrotique» ou de «structure psychotique», ou plus simplement de «névrose» ou «psychose», dès qu'on rencontre un épisode au cours duquel émergent de tels mécanismes ou de telles régressions. On anticipe de la sorte dangereusement sur la notion de structure en qualifiant déjà de «névrotique» ou de «psychotique» un état momentané de l'évolution (ou de la révolution) d'une personnalité, état encore bien inconsistant et bien incertain, au cours duquel le Moi n'a 11
12 pas encore entièrement achevé sa maturation, établi solidement sa complétude et ses limites, ni fait un choix non plus de façon définitive parmi les mécanismes de défense auxquels on aura recours par prédilection pour commander sa relation d'objet intérieure. A l'extrême, l'erreur et surtout la précipitation que nous dénonçons conduit à désigner en terme de «structures» une indifférenciation somato-psychique plus ou moins partielle et encore mal dépassée. Un tel emploi de termes se référant à un mode d'organisation ultérieur et non atteint, plus élaboré et beaucoup plus fixé, constitue pour le moins une anticipation (et souvent une erreur de pronostic) susceptible de créer un certain nombre de confusions relationnelles, sociales et thérapeutiques. Quand une étiquette, parfois redoutable, a été placée à la tête de tel lit, il est par la suite difficile au patient d'échapper au rôle que tout le système médical, social ou éducatif lui a proposé. S'il s'y oppose, par son comportement ou une évolution non conforme aux prévisions, on risque de prendre sa légitime protestation pour une agressivité qu'on supporte mal narcissiquement et qu'on se sent conduit à réprimer. Ce cas est courant chez les enfants ou les adolescents présentant des signes extérieurs pouvant évoquer la lignée psychotique. C'est aussi le cas, chez l'adulte, de certains états passagers avec des identifications mouvantes, ou même un relatif flottement du sens de l'identité, par exemple dans la période qui suit un accouchement, un traumatisme, une intervention chirurgicale (à cœur ouvert en particulier). Tout ceci peut amener quelques modifications du schéma corporel et mobiliser aussi des décharges pulsionnelles importantes sans qu'il soit possible de parler de fond structurel psychotique. Il ne s'agit que d'un simple épisode, souvent sans suite, n'engageant pas la structure. Même les termes de «prépsychose» ou de Moi organisé de façon «prépsychotique» ou «prénévrotique» ne peuvent convenir. Ces appellations doivent être rigoureusement réservées déjà à des lignées structurelles dont on est déjà certain qu'elles ont toutes les chances de demeurer définitivement fixées à l'un ou l'autre mode d'organisation et d'évolution tels que nous les définirons plus loin. Les deux termes de «névrotique» ou «psychotique» (ou plus simplement névrose ou psychose) s'emploient également de façon habituelle pour désigner une maladie, c'est-à-dire l'état de décompensation visible auquel est arrivée une structure par la suite d'une inadaptation de l'organisation profonde et fixe du sujet à des circonstances nouvelles, intérieures ou extérieures, devenues plus puissantes que les moyens de défense dont il dispose. Si le diagnostic est posé correctement quant aux données économiques profondes, et non seulement sur des signes extérieurs de surface, l'emploi des termes «névrotique» ou «psychotique» se trouve ici légitime dans la mesure où il se réfère justement à la structure authentique du patient. Mais en dehors du problème des malades en évolution ou en traitement, il existe de nombreuses façons d'utiliser à bon escient les qualificatifs de «névrotique» ou de «psychotique», en se référant justement à la notion de structure dont la maladie n'est qu'un des aléas évolutifs, mais non le seul. S. Freud, dans ses Nouvelles Conférences, nous dit que si nous laissons tomber à terre un bloc de minéral sous forme cristallisée, il se brise, mais pas d'une façon quelconque; les cassures s'opéreront selon des lignes de clivage dont les limites et les directions, bien qu'invisibles extérieurement jusque-là, se trouvaient déjà déterminées de façon originale et immuable par le mode de structure préalable du dit cristal. Il en serait de même pour la structure psychique. Peu à peu, à partir de la naissance (et sans doute avant), en fonction de l'hérédité pour certains facteurs, mais surtout du mode de relation aux parents dès les tout premiers moments de la vie, des frustrations, des traumatismes et des conflits rencontrés, en fonction aussi des défenses organisées par le Moi pour résister aux 12
13 poussées internes et externes et des pulsions du Ça et de la réalité, peu à peu le psychisme individuel s'organise, se «cristallise» tout comme un corps chimique complexe, tout comme un cristal minéral, avec des lignes de clivage originales et ne pouvant plus varier par la suite. On aboutirait ainsi à une véritable structure stable dont les deux modèles spécifiques sont représentés par la structure névrotique et la structure psychotique. Tant qu'un sujet répondant à l'une ou l'autre structure n'est pas soumis à de trop fortes épreuves intérieures ou extérieures, à des traumatismes affectifs, à des frustrations ou à des conflits trop intenses, il ne sera pas «malade» pour autant. Le «cristal» tiendra bon. Mais si, à la suite d'un événement quelconque, le «cristal» vient à se briser, cela ne pourra s'effectuer, que selon les lignes de force (et de rupture) préétablies dans le jeune âge. Le sujet de structure névrotique ne pourra développer qu'une névrose et le sujet de structure psychotique qu'une psychose. De la même façon, inversement, pris en traitement à temps et correctement soigné, le premier sujet ne pourra se retrouver en bonne santé qu'en tant que structure névrotique à nouveau bien compensée, et le second qu'en tant que structure psychotique à nouveau bien compensée. Cette façon de voir les choses ne doit conduire à aucun jugement pessimiste; il s'agit d'une simple prise de conscience des réalités psychologiques universelles et quotidiennes. La stabilité des structures vraies implique également du même coup une impossibilité foncière de passer de la structure névrotique à la structure psychotique (ou inversement) à partir du moment où un Moi spécifique est organisé dans un sens ou dans l'autre. La plus «névrotique» des psychoses et la plus «psychotique» des névroses n'arriveront jamais à se rencontrer sur une lignée commune d'organisation du Moi. Dans la structure névrotique, l'élément immuable demeure l'organisation du Moi autour du génital et de l'œdipe; le conflit se situe entre le Moi et les pulsions, le refoulement des représentations pulsionnelles domine les autres défenses; la libido objectale se trouve en cause et le processus secondaire conserve un rôle efficace respectant la notion de réalité. Dans la structure psychotique au contraire, un déni (et non un refoulement) porte sur toute une partie de la réalité, c'est la libido narcissique qui domine, le processus primaire qui l'emporte avec son caractère impérieux, immédiat, automatique; l'objet est fortement désinvesti et il apparaît, selon les formes cliniques, tout un éventail de défenses archaïques coûteuses pour le Moi. Bien sûr, en psychopathologie, il n'existe pas que les deux seules lignées psychotiques et névrotiques. D'autres organisations seront décrites plus loin comme occupant une position intermédiaire entre la structure névrotique stable et la structure psychotique stable : il s'agit de toute la vaste catégorie des états limites avec leurs aspects dépressifs ou phobiques et leurs aménagements dérivés sous forme de perversions ou de maladies du caractère. Mais «position intermédiaire» veut dire ici situation nosologique proche de l'une ou de l'autre des deux grandes structures tout en demeurant entité spécifique et en ne pouvant nullement constituer un terme de passage de l'une à l'autre des structures étudiées plus haut. Par contre, cette lignée intermédiaire se présente comme une organisation plus fragile que les deux autres structures et non comme une «structure» authentique, fixe et irréversible. Si l'expérience clinique confirme que ni la structure psychotique ni la structure névrotique ne peuvent évoluer vers d'autres lignées structurelles, cette même expérience clinique montre que la lignée intermédiaire, organisation plus ou moins confortable et non réellement structurée au sens figé du terme peut par contre, à tout moment, se cristalliser définitivement dans l'un des cadres voisins et plus solides constitués par la lignée névrotique ou la lignée psychotique. 13
14 BIBLIOGRAPHIE : BERGERET (J.). - Les états limites. In Encycl. Méd.-Chir, Psychiatrie, tome III, A 10, 1970, Paris, pp BERGERET (J.). -Personnalité normale et pathologique, 1974, Dunod, Paris. DIATKIN(R.). - Du normal et du pathologique dans l'évolution mentale de l'enfant. In Psychiatr. Enfant, 1967, n 1, pp FREUD(S.). -Nouvelles conférences sur la psychanalyse.,1932, Gallimard, Paris, 248 p. GREEN (A.). - Pour une nosographie psychanalytique freudienne. Conf. lnst. Psychanal., Paris, IV NOTION DE CARACTERE selon J. Bergeret J. BERGERET définit le caractère comme l émanation de la structure profonde dans la vie relationnelle : «Le caractère constitue le témoignage visible de la structure de base de la personnalité, le véritable signe extérieur de richesse ou de pauvreté structurelle». La structure étant l organisation psychique profonde, stable et définitive du sujet mature. Le caractère sera à comprendre comme l abord relationnel traduisant des modes de fonctionnement du Moi sur le plan défensif et adaptatif, la façon dont sont traités les besoins pulsionnels, la nature du choix objectal, le niveau des conflits, le statut des représentations oniriques et fantasmatiques». Le caractère s observe donc à travers la manière d être au monde et la manière de gérer ses conflits. C est l aspect externe de la personnalité, ses modes affectif, comportemental et relationnel. Il est important de distinguer caractère névrotique ou psychotique qui désigne la structure névrotique ou psychotique, et névrose ou psychose de caractère qui désigne un aménagement précaire, évoquant le fonctionnement névrotique ou psychotique mais appartenant au champ des états limites. V NOTION DE DECOMPENSATION Si le caractère est l aspect visible et normal de la structure de personnalité bien compensée, «la décompensation est l orage survenant dans un ciel serein». Un mécanisme d intégration psychique jusqu alors efficace, maintenait dans la latence des facteurs de nature psychique ou non et potentiellement pathogènes. Ce mécanisme se trouve débordé en raison d un traumatisme. L édifice vacille et le sujet sombre alors dans la psychose, la dépression ou une maladie somatique. Son Moi n a pu endiguer par ses mécanismes de défense débordés le conflit psychique lié à la rencontre de la structure et des circonstances traumatiques. L équilibre entre les facteurs internes et externes du conflit est rompu du fait de l inefficacité des mécanismes de défense et d adaptation. La décompensation illustre le passage de la structure à la maladie même, et en signal l émergence. 14
15 VI CINQ DOMAINES DE L ECONOMIE PSYCHIQUE POUR DEFINIR LE CONCEPT DE STRUCTURE (J. Bergeret). Structure névrotique Organisation limite Instance dominante Surmoi Ça Idéal du Moi Nature du conflit Surmoi avec le ça Ça avec la réalité Entre Idéal du Moi, et Ça et la réalité Nature de l angoisse Défenses principales Relation d objet Symptômes correspond ants De castration Refoulement Génitale Signes obsessionnels hystériques De morcellement De perte d objet Déni de la réalité, dédoublement du Moi Clivage des objets, forclusion Fusionnel -le Anaclitique Structure psychotique Dépersonnalisation délire dépression L idéal du Moi est un terme employé par Freud dans le cadre de sa seconde théorie de l appareil psychique : c est une instance de la personnalité résultant de la convergence du narcissisme (idéalisation du Moi) et des identifications aux parents, à leurs substituts et aux idéaux collectifs. En tant qu instance différenciée, l Idéal du Moi constitue un modèle auquel le sujet cherche à se conformer. Parfois ce terme est à rapprocher du Surmoi en tant qu attente de l autorité. Freud ne différencie pas ce concept de celui de Moi idéal, bien qu il introduise ce dernier dans «Pour introduire le narcissisme». Le Moi idéal serait pour certains auteurs une partie de l Idéal du Moi, de toute puissance narcissique et forgée sur le modèle du narcissisme infantile. 15
16 Chapitre 2 L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE I L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE I.1 DEFINIR L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE: Son objet Son but Ses méthodes I.2 LES PRINCIPAUX TEMPS DE L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE: I.3 LA DEMANDE D'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE: I.4 LA DIMENSION RELATIONNELLE EXAMINÉ-EXAMINATEUR: I.5 L'INTERPRÉTATION DES RESULTATS ET LA REDACTION D'UN RAPPORT: II L'ENTRETIEN CLINIQUE II.1 LES DIFFERENTS TYPES D ENTRETIEN: II.2 LES PREMIERS ENTRETIENS AVEC LES ADULTES ET LES ENFANTS: II.2.1 Le transfert et le contre-transfert: II.2.2 L'attitude en cours d'entretien. II.2.3 Le but des premiers entretiens: II.3 LES ENTRETIENS PSYCHOTHERAPEUTIQUES AVEC LES ADULTES ET LES ENFANTS: II.3.1 L'Œuvre de Carl R. Rogers II.3.2 Fondements et règles dans la cure psychanalytique: III LE QUOTIENT INTELLECTUEL III.1 DEFINITIONS ET RAPPELS III.1.1 La normalité statistique III.1.2 Les approches factorielles III.1.3 Historique et notions de QI III.2 ETUDE DU WISC-R: IV LES TESTS PROJECTIFS ou de PERSONNALITE: IV.1 INTRODUCTION IV.1.1Rappels: la personnalité, la notion de normal et de pathologique et d'adaptabilité IV.1.2 Définition IV.1.3 Notion de projection IV.1.4 Les différents types de projection IV.2 LES PRINCIPAUX TESTS PROJECTIFS IV.2.1 Le test de JUNG et quelques autres IV.2.2 LE T.A.T. ET LE RORSCHACH IV.3 NOTION D'IMAGE DU CORPS DANS LES TESTS PROJECTIFS IV.4 LE POINT DE VUE PSYCHO-LINGUISTIQUE IV.5 REGRESSION PSYCHIQUE ET COMPLEMENTARITE DU T.A.T. ET DU RORSCHACH ANNEXES: COMPTES RENDUS, FEUILLES DE NOTATIONS. 16
17 L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE 1 BIBLIOGRAPHIE Didier ANZIEU, 1973, Les méthodes projectives, PUF. Colette CHILAND,1983, L'entretien clinique, Paris, PUF. Sigmund FREUD, La technique psychanalytique, Paris, PUF. Jacques GRéGOIRE, 1995, Evaluer l'intelligence de l'enfant, Liège, Mardaga. LAPLANCHE ET PONTALIS, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF. Max PAGèS, 1970, L'orientation non-directive en psychothérapie et en psychologie sociale, Paris, Dunod. Pierre PICHOT, 1954, Les tests mentaux, Que sais-je? n 626, PUF. Nina RAUCH, 1973, La pratique du Rorschach, PUF. Dictionnaire fondamental de la psychologie, Larousse. RAPPELS La psychologie clinique utilise trois méthodes : observation, entretien et tests. Elles seront utilisées exclusivement par le psychologue clinicien lors de l'examen clinique afin de rendre compte à un tiers d'un avis. L'attitude clinique fait appel aux postulats fondamentaux de la psychologie clinique: dynamique (d'un point de vue diachronique) et interactionniste (d'un point de vue synchronique). I L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE I.1 DEFINIR L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE Définition : L'examen psychologique est une situation de rencontre concrète dans un temps précis et intense. C'est une relation duelle, en face à face, avec un observateur et un observé. La clinique dite "armée" qui consiste à utiliser des tests n'est pas toujours une finalité en soi mais la plupart du temps un support à l'observation. Il s'agit d'un mode d'approche concret de la personnalité. C. Chiland propose de le définir comme un examen du fonctionnement mental mais insiste sur la différence avec l'examen psychiatrique auquel cette définition pourrait aussi convenir. L'examen psychologique tente d'appréhender le fonctionnement intellectuel et psychique d'un sujet dans une approche clinique synthétique. Son objet est le fonctionnement intellectuel et psychique d'un sujet dans son ensemble. Son but est la contribution au diagnostic, pronostic, et traitement. Parfois il est aussi d'amener une demande à se formuler et une psychothérapie à se mettre en place. Ses méthodes d'investigation sont l'entretien, l'observation et les tests. Le psychologue doit donc: -Installer un cadre et une relation au cours d'un entretien préliminaire. -Utiliser des instruments de mesure fiables. 1 Ce polycopié n'est pas un cours approfondi mais un repérage et un résumé des notions abordées en cours. Il doit être complété à minima par les lectures jointes des comptes rendus d'examens psychologiques et les textes de C. Chiland. La plupart des définitions sont extraites des ouvrages cités dans la bibliographie. 17
18 -Observer le sujet pendant l'examen. -Interpréter toutes les informations recueillies. Il existe des variantes de l'examen psychologique en fonction de différents paramètres: le cadre de l'exercice, l'origine et la motivation de la demande, s'il s'agit d'un enfant ou d'un adulte. I.2 LES PRINCIPAUX TEMPS DE L'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE L'examen psychologique parcourt le chemin qui va de l'évaluation de la demande au projet thérapeutique, à la direction de la cure. Le premier temps de l'examen est constitué d'un ou plusieurs entretiens préliminaires, à la suite duquel se décide l'éventualité des tests nécessaires, et même la nécessité d'examens ou d'avis complémentaires. Le but est d'arriver au dernier temps, celui de conclure, avec suffisamment d'informations pour que le psychologue puisse étayer un avis de traitement ou de projet thérapeutique en fonction du diagnostic et du pronostic, mais aussi de la manière dont il comprend le sujet et son histoire. I.3 LA DEMANDE D'EXAMEN PSYCHOLOGIQUE Au début de l'entretien préliminaire il s'agit de situer la demande. Qui a fait la demande, dans quel but, est-ce recevable? L'objet concerne-t-il le fonctionnement intellectuel, orientant par exemple une demande de diagnostic différentiel entre un trouble névrotique ou des atteintes organiques cérébrales, ou bien une demande d'orientation professionnelle ou scolaire? La demande concerne-t-elle le fonctionnement psychique? Une demande d'aide ou d'éclairage est toujours présente. La passation de tests dépend donc du type de questions qui se posent. Il en est de même pour établir le choix des tests de personnalité, d'intelligence, de connaissance, ou d'évaluation de certaines dimensions cliniques (comme la mémoire, la perception...). I.4 LA DIMENSION RELATIONNELLE EXAMINÉ-EXAMINATEUR Toutes les demandes ont en commun une chose: la souffrance, ou la détresse. Le plus souvent c'est le sujet qui souffre, mais il en est plus ou moins conscient. La qualité d'écoute de cette souffrance est peut-être l'enjeu le plus important de ces examens psychologiques. La prise de conscience du sujet en dépend, et sa motivation pour la suite également. L'attitude du psychologue et la conduite de l'entretien seront essentielles pour mettre en confiance et avoir la coopération du sujet. L'expérience, la formation et la personnalité du psychologue sont importantes et conditionnent l'examen qui sera avec chaque sujet une nouvelle rencontre différente où tout sera à réinventer dans la manière de conduire cette relation. Les relations transférentielle et contre transférentielle sont donc très importantes et à prendre en compte, l'atmosphère de neutralité bienveillante étant obligatoire. I.5 L'INTERPRETATION DES RESULTATS ET LA REDACTION D'UN RAPPORT Même pour un clinicien chevronné, capable d'apprécier de nombreuses caractéristiques sans les tests, les épreuves standardisées apportent des précisions et parfois des surprises. Les tests 18
19 ont l'avantage d'être un médiateur objectif qui peut être confronté au rôle de l'intuition dans l'analyse clinique. Le recueil des différents types d'informations permet de limiter le risque d'erreur. Ces informations doivent être replacées dans leur contexte clinique, thérapeutique (influence des traitements médicamenteux éventuels, psychothérapie en cours...) et socioculturel. Un compte rendu doit observer les règles de la déontologie médicale et psychologique, concernant le secret professionnel, le respect de la personnalité d'autrui, et l'intérêt du sujet. Le bilan doit s'inscrire dans une perspective de changement et d'ouverture. La rédaction des conclusions doit être compréhensible par le destinataire. Le rapport sera différent selon qu'il s'adresse à un employeur, à un juge, à l'intéressé, à ses parents, à un médecin, etc. Une conclusion sera toujours donnée verbalement au sujet qui s'est tant investi dans cet examen psychologique. Le diagnostic de l'état actuel de la personnalité et le pronostic de son évolution amènent souvent à poser une proposition de prise en charge et constituent l'aboutissement de l'interprétation. Celle-ci ne doit pas être une accumulation de signes pathognomoniques et de structures exprimés dans un jargon psychologique, mais doit être dynamique et vivante. La rencontre qui a lieu lors d'un examen psychologique est intense en mobilisation à tout point de vue. Elle peut donc être un appui pour le sujet et l'occasion d'un remaniement psychique ou d'ouverture nouvelle. Cela peut-être le moyen de se reconstituer narcissiquement, notamment quand il y a des épreuves projectives et que l'examen psychologique est présenté comme un moyen d'expression et un lieu d'écoute. 19
20 II L'ENTRETIEN CLINIQUE II.1 LES DIFFERENTS TYPES D ENTRETIENS Il existe plusieurs manières de mener un entretien, du questionnaire directif, à l'entretien non directif de type rogérien ou psychanalytique, en passant par l'entretien semi-directif (revoir les notions déjà abordées en première année sur la cure psychanalytique et la théorie de C. R. Rogers et les différentes approches de la personnalité). Le choix s'impose surtout en fonction de tous les paramètres en jeu. Généralement, les premiers entretiens sont souvent semidirectifs, car il est nécessaire de recueillir des éléments d'anamnèse surtout avec les parents dans les consultations d'enfant. II.2 LES PREMIERS ENTRETIENS AVEC LES ADULTES ET LES ENFANTS II.2.1 Le transfert et le contre-transfert: ils sont présents dès le moment où le patient est adressé par un tiers. L'origine de la consultation ou le moment de la prise de contact au téléphone sont souvent importants car ils induisent déjà l'orientation des premiers entretiens. Voir plus bas ces notions en psychanalyse. II.2.2 L'attitude en cours d'entretien. Même si à l'intérieur d'un même cadre de consultation l'expérience apprend certaines techniques applicables dans tel ou tel cas, rien n'est typique ni surtout prévisible. Les premiers entretiens sont des rencontres nouvelles où tout est à découvrir. Le tact, l'expérience, la technique du psychologue doivent se conjuguer avec l'inventivité et l'adaptation à la situation. Un premier entretien "réussi" a quelque chose de magique, c'est-à-dire d'imprévu, d'authentique, avec des effets de surprise ou de découverte. Les entretiens préliminaires d'un examen psychologiques se différencient des premiers entretiens d'une demande de psychothérapie. En effet, la demande est moins mûre dans le premier cas, de plus le recueil d'informations se doit d'être plus actif. II.2.3 Le but des premiers entretiens est donc: -Une évaluation de la demande -Une évaluation du transfert et de l'investissement tout en les canalisant. -Une évaluation des capacités de compréhension et d'introspection. -Poser une hypothèse de diagnostic. -Comprendre dans l'histoire du sujet, sa souffrance, sa dynamique et ses conflits psychiques. -Arriver à penser une restitution au sujet de ce qu'il a livré de lui même, afin que cette expérience particulière lui permette de s'être senti écouté et compris consciemment et inconsciemment. Le sujet doit percevoir un soulagement et la possibilité de s'en sortir. -Proposer un cadre thérapeutique ou une prospection plus complète par la poursuite de l'examen psychologique. II.3 LES ENTRETIENS PSYCHOTHERAPEUTIQUES AVEC LES ADULTES ET LES ENFANTS II.3.1 L'Œuvre de Carl R. Rogers ( ) psychologue américain, il synthétise la théorie humaniste et existentielle, il se démarque et se réclame à la fois de la psychanalyse. Sa théorie est fondée sur le vécu de la relation. 20
21 Introduction Chef de file de la psychologie humaniste, Rogers a voulu se différencier de la psychanalyse (axée sur l inconscience de l homme) et de la psychologie comportementale (axée sur les comportements observables). Il a cherché à jeter un pont entre la philosophie et la psychologie. Ainsi, Rogers n apporte pas seulement une approche psychologique mais aussi une philosophie de la vie et une vision fondamentalement positive de l humain. C est un peu tout cela qui traduit la notion de non-directivité. En tant que psychothérapeute, il travaille sur le rôle de l aidant au sein de la thérapie et sur le groupe comme instrument de changement. En tant que professeur, il met en place de nouvelles techniques pédagogiques. En tant que chercheur, il s investit dans de nombreuses études avec toujours un souci d objectivité et de vérifiabilité. Rogers est implicitement phénoménologue dans la mesure où, pour lui, la source de toute connaissance authentique réside dans une expérience immédiate de soi et d autrui. La non-directivité désigne le fait de s abstenir de toute pression sur le sujet (individuel ou collectif) pour lui conseiller ou lui suggérer une direction, pour se substituer à lui dans ses perceptions, ses évaluations ou ses choix. Elle implique la confiance dans les capacités d auto-développement et d auto-direction du sujet, dans ses capacités d autonomie et de responsabilité. La vie de Rogers Carl Ranson Rogers est né le 08 Janvier Il caractérise le climat de son enfance de deux façons : d une part, il note l étroitesse des liens entre les membres d une famille, mais d autre part, une extrême rigidité associée à une croyance protestante et à un certain puritanisme. A l âge universitaire, Rogers s engage successivement dans trois voies : son premier choix est l agronomie, dont le goût lui vient d une enfance passée dans la ferme de ses parents et d un intérêt précoce pour la science et la technologie. Au cours de ses deux premières années de licence, Rogers évolue beaucoup et change d orientation professionnelle. Il se tourne alors vers le ministère protestant et commence à s y préparer. De plus, au cours de son voyage en chine, il découvre la diversité des croyances humaines et se sépare des croyances religieuses de ses parents. La relation avec ses parents en souffre, il devient indépendant. Enfin il se marie avec l approbation réticente de ses parents. Lorsqu il entre au séminaire, Rogers choisit le séminaire le plus libéral où il obtient l autorisation d organiser un cours sans professeur, dont le programme est constitué par leurs «propres questions». Cela était la première expérience pédagogique non-directive pour Rogers. Mais il quitte le séminaire, convaincu qu il ne pourrait jamais s engager dans une voie qui l obligerait à professer des croyances déterminées. En effet, il lui parait essentiel de préserver sa qualité de changer et notamment de changer de croyance. Ainsi, il se destine vers la profession de psychologue et commence ses études de psychologie. Deux pôles de la vie intellectuelle de Rogers sont révélés : l intérêt pour la science et la technique d une part, et d autre part l intérêt pour la morale et la religion. En même temps, la psychologie constitue le troisième terme d une synthèse qu il recherchera entre ses interdits contradictoires. De plus, l évolution personnelle de Rogers préfigure sa pensée future et les futurs termes rogériens comme : - la révolte contre des parents aimants mais directifs - la conquête de l indépendance - le développement ou la maturation personnelle 21
22 - l objectif spontané de l individu, qu il est essentiel à préserver - enfin le terme le plus profond de Rogers: la solidarité fraternelle entre les hommes. Il paraît ici évident que les expériences personnelles de Rogers ont orienté, inconsciemment, ses hypothèses qu il fit plus tard en tant que psychologue quand il eut à aider des personnes en face de problèmes semblables. Durant ses études académiques poursuivies au Teachers college de Colombia, il subît les influences contradictoires de psychologues d orientation psychométrique et statistique et d autres de tendance clinique formés à l école psychanalytique. Un fait important est à noter dans sa carrière : il alla dans la pratique de l enseignement et de la recherche. Ainsi, pendant douze ans, de 1928 à 1940, il fut psychologue dans le cadre d un service d aide social et psychologique aux enfants : le «child study departement» à Rochester. Puis il devient professeur de 1940 à 1945, à l Ohio State University et ensuite 12 ans à l université de Chicago, où il fonde et dirige un centre de consultation psychologique ouvert aux étudiants et au public. Puis de 1957 à 1963, il est professeur à l université du Wisconsin, où il enseigne conjointement pour les départements de médecine et de psychologie. Enfin, il quitte l université pour se consacrer à la recherche et entre dans un institut de recherche privé en Californie. Finalement, sa vie en université s est divisée en 3 parts égales faisant parties d un même travail : le travail clinique et la pratique de psychothérapeute l enseignement les recherches expérimentales Son œuvre C est vers la fin de ses années à Rochester que Rogers commence à formuler sa pensée de façon systématique. Son premier livre, Le traitement clinique de l enfant-problème date de En 1942 apparaît Consultation de psychothérapie, où Rogers emploie pour la première fois le terme «d orientation non-directive» pour caractériser sa méthode. En 1951, La thérapie centrée sur le client est un ouvrage monumental dans lequel Rogers développe, articule et précise ses vues, et où ses recherches expérimentales tiennent une large place. En 1954, son ouvrage Psychothérapie et changement de la personnalité est uniquement consacré à ses recherches qui expliquent les effets de la psychothérapie sur le client. Enfin l ouvrage le plus récent, Le développement de la personne de 1961, regroupe les articles et conférences des dernières années. Dans ce livre, la pensée de Rogers évolue, s approfondit et de nouveaux termes apparaissent comme l expérience immédiate et la fraternité. Il y semble même que la pensée de Rogers se critique elle-même. Il faut de plus ajouter à ses livres de nombreux articles, conférences, ainsi que des travaux influencés par Rogers. Le groupe, un instrument thérapeutique On retrouve dans ce domaine la même attitude non-directive. Dans les groupes de rencontre, il écrit : «je n ai habituellement pas de buts spécifiques pour un groupe particulier et je désire sincèrement que le groupe définisse lui-même ses orientations». Rogers se sent certes «responsable devant les participants mais pas responsable devant eux». la compréhension empathique, l acceptation et la congruence y sont également importantes. Autrement dit, même si son attitude dans un groupe est souvent assez différente de celle qu il adopte 22
23 habituellement dans une relation de face à face, les mêmes orientations transparaissent ; la façon d entrer en relation avec autrui reste semblable. Enseigner, Apprendre et Chercher Thérapeute, professeur ou chercheur, Rogers a toujours mis en relation ce qu il découvrait dans un domaine pour l appliquer ou le vérifier dans un autre. Il utilise ses propres relations à autrui pour mieux comprendre ce que peut être une interaction, enrichir et faire évoluer sa façon de penser, d aider et d enseigner. En tant que professeur, il pense qu on ne peut enseigner quelque chose de significatif à autrui. Les connaissances qui influencent une personne sont celles qu elle a découverte elle-même à travers l expérience. il parle d apprentissage authentique, autrement dit apprendre par soi même plutôt que d accumuler les connaissances. En tant que chercheur, il s est beaucoup penché sur l évaluation des psychothérapies : il s est efforcé de mettre en évidence les attitudes les plus efficaces pour le thérapeute ou de mesurer l impact de la relation thérapeutique sur certaines catégories de troubles (comme la schizophrénie). Ainsi, Rogers a exercé une influence profonde dans tous les domaines qu il a abordé : La relation d aide individuelle et en groupe La conduite des entretiens La pédagogie et la recherche. Son influence est souvent méconnue car il n a jamais voulu transformer sa pensée, proche de l expérience, en théorie figée et en dogme. Il n existe pas de véritable école rogérienne mais associations et groupes prolongent son œuvre. En conclusion, Rogers s est battu tout au long de sa vie pour que chacun recherche sa propre vérité et retrouve sa propre voie. Il a préféré des théorisations partielles au plus près de l expérience vécue, même si, en tant que chercheur, il s efforçait ensuite de vérifier et de valider ses intuitions. Il a toujours pensé que la science pouvait contribuer à étendre l autonomie, la singularité et la responsabilité de la personne. Carl Rogers est donc l un des pères fondateurs de la psychologie humaniste. Son nom est resté attaché à la notion de non-directivité, appliquée dans de nombreux secteurs, comme la conduite des entretiens, la relation d aide et la psychothérapie, la pédagogie, les groupes de développement personnel... Les concepts cliniques de Rogers La thérapie, processus de changement, ne fait que faciliter un processus de changement spontané propre au "client". L'apparition du Moi conscient va de pair avec l'apparition d'un besoin d'attention positive de la part d'autrui, qui génèrera un besoin d'attention positive de la part de soi-même, facilitant ou inhibant la réalisation du sujet selon l'état de congruence entre son Moi et son expérience. Un individu peut, pour préserver son attention positive d'autrui, falsifier certaines des valeurs de son expérience et la percevoir seulement à travers la valeur que leur attribue autrui. Cette théorie tient compte de l'inconscient ou des conflits psychiques comme la théorie Freudienne, mais reste au niveau du "self", et de la valorisation du vrai self par rapport au faux self. Ce qui intéresse cette théorie qui est basée sur le potentiel de développement et de changement qui se guide lui-même, c'est la construction d'une relation positive avec soi-même. Une des conditions thérapeutique est l'empathie que le thérapeute doit éprouver à l'égard du cadre de référence interne du client. 23
24 Congruence et Empathie Rogers parle d empathie à l égard d autrui et de congruence avec soi-même. "L'état d'empathie, ou le fait d'être empathique, consiste à percevoir le cadre de référence interne d'une autre personne avec exactitude et avec les composantes émotionnelles et les significations qui s'y attachent, comme si l'on était l'autre personne, mais sans jamais perdre la condition "comme si...". (ce serait alors de l'identification)". La notion de congruence désigne la coïncidence entre le vécu interne de la personne, la conscience qu il en a et sa manière de l exprimer à autrui. D après Rogers, la meilleure façon de redonner au sujet cette capacité d authenticité, c est que le psychothérapeute soit lui-même congruent. Cela peut l amener à exprimer au client ses propres sentiments et émotions. La notion d empathie désigne le fait que le thérapeute cherche à se mettre à la place du client, à entrer dans son univers et dans ses sentiments pour voir les choses de la même façon que lui. Il y a enfin l attention positive inconditionnelle qui permet d instaurer un climat de confiance, exempt de tout jugement afin de favoriser l expression libre du client. Il développe les techniques de reformulation des paroles du client. Le postulat que tout sujet est capable de connaître son problème s'il est placé dans des conditions de confiance et de non agression suffisante, implique aussi la capacité pour tout sujet d'interpréter lui même et de descendre dans ses profondeurs. Le thérapeute étant là comme témoin, fait confiance à la capacité d'auto-évaluation du client. Une approche centrée sur la personne L entretien non-directif implique que le thérapeute ne cherche pas à diriger le processus. Rogers affirme que «le client a le droit de choisir ses propres buts vitaux». C est donc lui qui garde l initiative complète dans sa représentation du problème. Il doit avant tout apprendre à s écouter, à se connaître, s accepter pour parvenir à son plein développement. Le thérapeute adopte des attitudes d empathie, d acceptation, de non-jugement. Il intervient surtout par des reformulations des pensées et des sentiments du client, par des efforts d élucidations qui recourent aussi peu que possible à l interprétation. La "centration sur le client" qui qualifie l'entretien non directif, est menée par des reformulations, des reprises, des récapitulations ou des relances sur ce qu'a dit le client, mais dites avec les propres mots du thérapeute, ou avec une simple répétition des derniers mots du client. "Si je vous ai bien compris...". Il faut d'abord "s'abstenir de toute intervention directive qui introduise dans le champ d'expériences du client une structure (manière de percevoir, valeur, but); n'intervenir que pour augmenter l'information du client sur sa propre activité mentale". Il faut également "s'abstenir de diriger le processus d'information du client sur lui-même; partir de l'hypothèse que le client lui-même s'efforce de communiquer avec lui-même et tâcher de faciliter cette communication du client avec lui-même dans le sens où lui-même la dirige". Le thérapeute entre donc dans une relation profonde et noue une relation vivante, authentique et chaleureuse avec le client. Il s écarte ainsi de la neutralité du psychanalyste. Par ailleurs, la théorie rogérienne attache une attention particulière à la dimension affective de la personne, à son expérience émotionnelle, autant qu à la compréhension intellectuelle. Ainsi l utilisation de l interprétation par le thérapeute est rare et l entretien est d avantage centré sur les conflits affectifs actuels du client plutôt que sur son vécu. Rogers a découvert des étapes communes d ordre et de durée variables : Le client se définit d abord par la négative. Il critique ses défauts et se défend de ressentir agressivité ou jalousie. 24
25 Constatant que le thérapeute ne le juge pas, il reconnaît des sentiments jusqu alors réprimés et s accepte tel qu il est : c est la base de la compréhension de soi (ou insight) L étape finale est la volonté du client à gérer et à assumer son autonomie et sa confiance en lui, seul, sans relation thérapeutique. La conséquence principale de cette expérience est une liberté intérieure et une créativité accrue et donc une plus grande richesse. "Si la technique de l'entretien et l'attitude du thérapeute sont intéressantes, ne risquent-t-elles pas dans une conception angélique de l'homme de sombrer dans une dénégation du conflit psychique et de l'échange avec l'autre?" II.3.2 Fondements et règles dans la cure psychanalytique : rappels -Les deux règles fondamentales La règle fondamentale structure la situation analytique: l'analysé est invité à dire ce qu'il pense et ressent sans rien choisir et sans rien omettre de ce qui lui vient à l'esprit même si cela lui paraît désagréable à communiquer, ridicule, dénué d'intérêt ou hors de propos. La règle d'abstinence: la cure doit être menée de telle façon que le patient trouve le moins possible de satisfactions substitutives à ses symptômes. Il implique pour l'analyse le précepte de se refuser à satisfaire les demandes du patient et à remplir effectivement les rôles que celuici tend à lui imposer. La règle d'abstinence peut dans certains cas et en certains moments de la cure, se spécifier dans les consignes concernant des comportements répétitifs du sujet qui entravent le travail de remémoration et d'élaboration. (principe économique, où l'énergie libidinale ne peut être déchargée autrement que par l'expression verbale; interdit de "l'actingout" et utilisation de la frustration comme moteur de la cure). -Attitude du psychanalyste -Le pendant de la libre association pour l'analyste serait la troisième oreille de Théodor REIK, ou plus précisément l'attention flottante, qui serait une écoute d'inconscient à inconscient, qui suppose l'analyse didactique pour éviter tout refoulement sélectif. L'analyste ne doit privilégier à priori aucun élément du discours de l'analysé, ce qui implique qu'il laisse fonctionner le plus librement possible sa propre activité inconsciente et suspend les motivations qui dirigent habituellement l'attention. -La neutralité bienveillante: neutre quant aux valeurs morales sociales religieuses, sans projections, directives, conseils ou orgueil de la part de l'analyste. Position à moduler selon la structure et l'âge. -L interprétation: a) Dégagement par l'investigation analytique du sens latent dans le dire et les conduites d'un sujet. L'interprétation met à jour les modalités du conflit défensif et vise en dernier ressort le désir qui se formule dans toute production de l'inconscient. b) Dans la cure, communication faite au sujet et visant à le faire accéder à ce sens latent selon des règles commandées par la direction et l'évolution de la cure. -La psychanalyse d'enfants : voir Victor Smirnoff, Françoise Dolto, Anna Freud, Mélanie Klein, D.W. Winnicott... -L espace, le temps et l'argent dans la cure 25
26 -Le transfert et le contre-transfert: "on dit" que le patient revit des situations vécues dans son enfance, ou parfois qu'il tombe amoureux de son analyste: il s'agit plutôt du transfert, qui est le processus par lequel les désirs inconscients s'actualisent sur certains objets dans le cadre de la relation analytique. Il s'agit là d'une répétition de prototypes infantiles vécue avec un sentiment d'actualité marqué. C'est le plus souvent le transfert dans la cure que les psychanalystes nomment transfert, sans autre qualificatif. Le transfert est classiquement reconnu comme le terrain où se joue la problématique d'une cure psychanalytique, son installation, ses modalités, son interprétation et sa résolution caractérisant celle-ci. Voir aussi la notion de liquidation du transfert et de fin de cure Cf. Analyse finie analyse infinie (Freud,1937): -Le contre-transfert est l'ensemble des réactions inconscientes de l'analyste à la personne de l'analysé et plus particulièrement au transfert de celui-ci. Aucun analyste ne va plus loin que ses propres complexes et résistances internes ne lui permettent, ce qui a pour corollaire la nécessité de se soumettre à une analyse personnelle. C'est probablement avec les enfants et les psychotiques que les réactions inconscientes de l'analyste peuvent se trouver le plus sollicitées. Techniquement il y a trois orientations: a) l'analyse personnelle doit permettre de réduire le plus possible les manifestations contre transférentielles par l'analyse personnelle de façon à ce que la situation analytique soit, à la limite structurée comme une surface projective par le seul transfert du patient; b) Utiliser tout en les contrôlant les manifestations contre transférentielles dans le travail analytique, en poursuivant l'indication de Freud selon laquelle: "... chacun possède en son propre inconscient un instrument avec lequel il peut interpréter les expressions de l'inconscient chez les autres" (attention flottante). c) Se guider, pour l'interprétation même sur ses propres réactions contre transférentielles, souvent assimilées, dans cette perspective, aux émotions ressenties. Une telle attitude postule que la résonance d'inconscient à inconscient constitue la seule communication authentiquement psychanalytique. -Les entretiens en groupe voir Didier Anzieu, Selvini... les psychothérapies psychanalytiques de groupe et familiales et les cours de psychosociologie. 26
27 III LE QUOTIENT INTELLECTUEL III.1 DEFINITIONS ET RAPPELS III.1.1 La normalité statistique: Tous les tests sont étalonnés sur une population bien choisie pour être valide. La distribution d'un caractère quantitatif dans une population peut être décrite par une loi de densité de probabilité. Toutefois, pour de nombreux problèmes, il suffit de connaître un résumé de la distribution en deux indices: un indice de position, la MOYENNE et un indice de variabilité autour de cette valeur moyenne, L'ECART-TYPE, sigma (ou son carré, la VARIANCE). Une loi particulière, d'une grande importance en statistique et en biologie, est la loi de GAUSS. Cette loi dépend de deux paramètres: sa moyenne (mu) et son écart type (sigma). Cette distribution de loi normale est une courbe en cloche symétrique. Les valeurs de x ne sont pas limitées mais leur probabilité décroît très vite dès que l'on sort du voisinage de la moyenne. La donnée de la fonction Y(X), c à d de mu et sigma qui la déterminent entièrement, permet de répondre aux questions telles que: probabilité pour que x soit compris dans un intervalle de deux valeurs Xa, Xb. La "normalité" statistique n'existe pas puisque tous les sujets composent l'ensemble de la population normale. Il s'agit donc de situer chaque individu en fonction de l'ensemble de sa population. D'où l'importance pour lire des statistiques de bien analyser les données. La moyenne de durée de vie est différente en Inde et en Europe. L'expression d'un délire en Afrique ne correspond pas à la même structure psychopathologique qu'un délire en Europe. III.1.2. Les approches factorielles Thurstone, Spearman, Guilford, Bacher, sont des chercheurs qui ont développé l'analyse factorielle. L'analyse factorielle permet de définir ou de vérifier des systèmes de variables hypothétiques (facteurs), dont les effets pourraient rendre compte des relations constatées entre variables observées. Si l'on étudie des aptitudes différentes chez un sujet, y a t il des corrélations entre elles? peuton à la fois déterminer des facteurs spécifiques et en plus des facteurs communs? Le chercheur définit une variance qui est une variable indépendante non connue au début, qui agirait sur les résultats du test d'une aptitude, (la variable dépendante de l'individu). On recueille un nuage de résultats, un type de répartition que l'on peut croiser avec la répartition obtenue pour la mesure d'une autre aptitude. L'analyse des correspondances, peut montrer un fort rapprochement, auquel cas il existerait une forte corrélation entre les deux aptitudes, ou au contraire les deux aptitudes seraient alors indépendantes, n'auraient donc pas un facteur commun. Une variable ainsi observée peut être plus ou moins saturée selon le degré de corrélation entre un facteur et elle. Il y a donc des facteurs uniques et des facteurs communs. Spearman pose le problème des aptitudes et propose une technique mathématique d'analyse factorielle: c'est une méthode uni factorielle car il a défini un seul facteur g commun à toutes les épreuves, variable d'un individu à l'autre mais dont la valeur est constante pour un sujet dans toutes les épreuves. Dans chaque épreuve le facteur g intervient en même temps qu'un facteur spécifique s. Le rapport entre les deux facteurs est variable selon l'épreuve. Ainsi pour 27
28 l'aptitude à suivre des études classiques le rapport de g à s est de 15 à 1, pour le talent musical il est de 1 à 4. A côté des facteurs g et s il définit des facteurs de groupe: le facteur c qui a trait à l'inertie mentale, le facteur w qui a trait avec la motivation le self contrôle, et une facteur lié à la fatigue. Spearman a ensuite dégagé des facteurs de groupe: un facteur logique qui intervient dans les tests de raisonnement et de généralisation un facteur mécanique qui existe chez les garçons, un facteur musical et un arithmétique. Dans le vaste champ de la mémoire il y aurait trois facteurs de groupe: mémoire verbale, sensorielle et symbolique. Le facteur g, il l'appelle énergie mentale. III.1.3. HISTORIQUE ET NOTIONS DE QI (Biblio : Jacques Grégoire : «évaluer l intelligence de l enfant», Mardaga, Liège, A LES NOTIONS D'INTELLIGENCE VERBALE ET NON VERBALE La division par Wechsler de l'échelle globale en deux sous-échelles, une verbale et une de performance, est d'abord pragmatique. Jeune psychologue, celui-ci a en effet eu l'occasion de tester plusieurs centaines de sujets au moyen des Army tests et cette expérience semble avoir eu une profonde influence sur ses conceptions concernant l'évaluation intellectuelle (Matarazzo, 1981, p. 1542). Rappelons que les Army tests, ont été créés en 1917 par Yerkes et ses collaborateurs pour permettre le recrutement du contingent qui allait être envoyé se battre en Europe. Environ hommes furent alors testés et donnèrent matière à une importante monographie, publiée par Yerkes en 1921, sur les aptitudes intellectuelles des américains (Jay Gould 1983, pp. 238 et sv.). Les Army tests étaient composés de deux parties : l'army Alpha, qui était présenté aux recrues sachant lire et écrire, et l'army Beta, qui était présenté aux analphabètes et aux sujets ayant échoué à l'army Alpha. Nous trouvons déjà ici la première ébauche des échelles Verbale et de Performance. Wechsler va indubitablement s'en inspirer puisque, dans la première version de son test, la Wechsler-Bellevue Intelligence Scale, quatre des six épreuves verbales proviennent de l'army Alpha, et que deux des cinq épreuves de performance proviennent de l'army Beta. Bien entendu, c'est le principe des épreuves qui est repris et non les items eux-mêmes. De plus, alors que les Army tests avaient été construits pour la passation collective, les épreuves du test de Wechsler sont conçues pour être passées individuellement. Ce n'est que beaucoup plus tard que Wechsler trouvera, dans les travaux de W.P. Alexander, un fondement théorique et expérimental aux échelles Verbale et de Performance. Alexander semble avoir été le premier à appliquer aux aptitudes la méthode d'analyse multifactorielle créée par Thurstone. Grâce à celle-ci, il a pu démontrer que, contrairement à ce que pensait Spearman, le modèle bi-factoriel ne rend pas correctement compte de tous les phénomènes cognitifs. A côté du facteur g et des facteurs spécifiques, il existe en effet d'autres facteurs qui interviennent dans différents sous-groupes d'aptitudes. Ces facteurs, dit Alexander, forment de véritables unités fonctionnelles. Il en met en évidence deux principaux : le facteur v, qui intervient dans les tests verbaux, et le facteur f, qui intervient dans les tests de performance les plus complexes. Ces deux facteurs de groupe constituent deux dimensions fondamentales du fonctionnement cognitif qui ont été retrouvées, par la suite, dans de nombreuses analyses factorielles. Vernon 28
29 (1952) a intégré ces deux facteurs dans un célèbre modèle hiérarchique des aptitudes humaines. Au sommet de celui-ci se trouve le facteur g. Au niveau immédiatement inférieur apparaissent les deux facteurs de groupe majeurs que Vernon appelle v:ed (verbale-numérique-scolaire) et k:m (spatial-mécanique-pratique). A un troisième niveau, se trouvent les facteurs de groupe mineurs. Et enfin, à un quatrième et dernier niveau, apparaissent les facteurs spécifiques. Bien que créé au début des années 50, ce modèle est toujours d'actualité. A l'origine, il s'opposait à la théorie des aptitudes issue des recherches de Thurstone; selon laquelle l'intelligence peut être décomposée en un certain nombre de facteurs indépendants les uns des autres et possédant chacun un poids identique. Les recherches récentes sur le fonctionnement cognitif tendent à rejeter ce dernier modèle au profit d'un modèle hiérarchique, confirmant ainsi les vues de Vernon. Pour l'instant, soulignons que les recherches d'alexander, et plus encore le modèle hiérarchique de Vernon, donnent un légitimité certaine à la division, d'abord pragmatique, de l'échelle de Wechsler en deux sous échelles, l'une verbale et l'autre de performance. Plusieurs analyses factorielles des échelles de Wechsler, ont clairement montré qu'elles étaient parfaitement cohérentes au regard du modèle hiérarchique. Des résultats très satisfaisants ont ainsi été obtenus avec ces tests d'intelligence: le WPPSI le WAIS le WISC le WISC-R - qui confirment totalement l'organisation hiérarchique de l' échelle telle que l'a voulue Wechsler. B LE QUOTIENT INTELLECTUEL «STANDARD» 1 Le rejet de la notion d'âge mental Comme psychologue dans l'armée américaine puis, à partir de 1932, à l'hôpital psychiatrique new-yorkais «Belle-Vue», Wechsler se rend rapidement compte de l'inadéquation des échelles de développement, telle Standford-Binet, pour évaluer l'intelligence des adultes. Tout d'abord, ces échelles ont été créées pour mesurer l'intelligence des enfants. Par conséquent, leur contenu n'est en général pas adapté pour les adultes. Comme le fait remarquer Wechsler : «Demander à une ménagère ordinaire de vous composer une rime avec les mots "jour", "chat" et "moulin", ou à un ancien sergent de vous faire une phrase avec les mots "garçon", "rivière" et "balle", n'est pas un bon moyen pour provoquer ni leur intérêt, ni leur respect». Ensuite, et surtout, l'utilisation, dans les échelles de développement, de la notion d'âge mental, entraîne des problèmes insurmontables lorsque l'on veut évaluer des adultes. 2 L'âge mental : représente le niveau de développement intellectuel atteint par un sujet. Cette notion a été empiriquement étalonnée par Binet et Simon en 1905 dans l échelle métrique d intelligence, pour mettre en évidence les différents niveaux de développement intellectuels entre les enfants (il s agissait de sélectionner les enfants «anormaux» de Paris). Il est égal au niveau d'âge correspondant aux items réussis par ce dernier dans un test étalonné. Par exemple, si le sujet réussit les épreuves réussies, en moyenne, par les enfants de 9 ans, et échoue aux épreuves des âges supérieurs, nous dirons que son âge mental est de 9 ans. 3 Le quotient intellectuel : Depuis Stern ( 1912), cet âge mental est comparé avec l'âge chronologique et le quotient ainsi obtenu est multiplié par 100. QI = (âge mental/ âge réel)x100 C'est le fameux quotient intellectuel. Le but de ce calcul est de relativiser les différences entre l'âge mental et l'âge chronologique. Un retard de développement intellectuel d'un an n'a en effet pas la même valeur si le sujet a 5 ans d'âge chronologique ou si il en a 12. Le rapport 29
30 entre l'âge mental et l'âge chronologique, et par conséquent le Q.I., est sensé être stable au cours de la vie des individus. L'utilisation de l'âge mental ne pose guère de problèmes aussi longtemps que la réalité que nous mesurons est en développement. Il est alors possible de discriminer les différents âges au moyen d'items bien choisis. Mais, dès le moment où l'intelligence ne se développe plus ou n'évolue plus que légèrement d' âge en âge, le calcul d'un âge mental devient impossible. La solution raisonnable face à ce problème serait d' admettre qu'une échelle de développement est inadaptée pour mesurer l'intelligence lorsqu'elle n'est plus en développement. Ce n'est pas ce qu'ont choisi de faire la plupart des psychologues avant Wechsler. Pour Wechsler, la seule façon correcte de solutionner ce problème est d'abandonner la notion d'âge mental. En effet, l'hypothèse d'un âge mental constant tout au long de la vie est fausse. Il n'y donc pas lieu de discuter quel est l'âge mental le plus approprié pour le calcul du Q.I. des adultes. Wechsler argumente son point de vue par les résultats de différentes recherches sur l'évolution des aptitudes à l'âge adulte. Il montre en particulier que les performances à son test décroissent plus ou moins régulièrement avec l'âge. Quelle que soit la méthode utilisée, on s'aperçoit que le niveau des performances n'est pas stable à l' âge adulte. Le rejet de la notion d' âge mental lorsque l'on évalue un adulte est, par conséquent, justifié. 4 Une échelle par point («Point scale») : Comment évaluer l'intelligence si on abandonne l'âge mental qui est la composante indispensable du Q.I.? C'est à nouveau auprès de Yerkes que Wechsler va trouver la solution. En I915, Yerkes publie en effet la première échelle par point («Point Scale»). Dans les échelles de développement, la réussite d'un ensemble d'items équivaut à un certain niveau d'âge. La réussite d'un item particulier vaut par conséquent une fraction d'année. Dans une échelle par point, l'équivalence des items avec des niveaux d'âge disparaît. Ici, ce sont des points qui sont attribués à chaque réussite. Le nombre de points peut éventuellement être modulé selon la qualité et la vitesse de la réponse. Les notes brutes obtenues à chaque sous-test sont ensuite transformées en notes standard. Enfin, la somme de ces notes standard donne le résultat global. Dans une échelle par point, les items sont sélectionnés d'une toute autre manière que dans une échelle de développement. Nous avons vu plus haut que, dans ce dernier type d'échelle, 1es items sont choisis selon leur sensibilité génétique, c'est-à-dire leur capacité à discriminer des niveaux de développement. Dans une échelle par point, les items sont sélectionnés pour évaluer certains comportements selon différents niveaux de difficulté. Alors que dans une échelle de développement les items sont rangés par niveau d'âge, dans une échelle par point, ils sont rangés par épreuve et, dans chacune de celles-ci, par ordre de difficulté. Pour construire son test, Wechsler suit très précisément les principes créés par Yerkes. Ainsi, dans le Wechsler-Bellevue de 1939, les sujets sont évalués au moyen de 11 épreuves distinctes. Pour chacune d'elles il reçoit une note brute qui est ensuite transformée en note standard. La somme des notes standard permet alors de calculer une note globale. Cette note globale, Wechsler a choisi de continuer à l'appeler Q.I., bien qu'à proprement parler aucun quotient ne soit plus calculé. L'usage de ce terme lui paraissait en effet déjà bien installé dans la communauté des psychologues. C'est pour la même raison qu'il a également décidé de maintenir la valeur moyenne du Q.I. à 100 alors que la méthode de construction du test ne l'y obligeait nullement. Le principe de transformation des notes brutes, en notes standard puis en Q.I., a été repris pour toutes les échelles créées par Wechsler ultérieurement. 30
31 5 Le WISC-III : Nous allons illustrer cette suite de transformations avec la version française du WISC-III. Trois quotients sont calculés : un Q.I. Verbal à partir de la somme des notes standard des cinq tests verbaux, un Q.I. de Performance à partir de la somme des notes standard des cinq tests de performance et un Q.I. Total à partir de la somme des notes standard des dix tests de l'échelle. Les moyennes et les écart-types de ces trois sommes étant très proches dans tous les groupes d'âge, la transformation en Q.I. a été réalisée sur l'ensemble de l'échantillon (et non plus âge par âge comme pour la transformation en notes standard). Wechsler a choisi de donner à chaque échelle de Q.I. une même moyenne de 100 et un même écart type de 15. La méthode choisie par Wechsler a plusieurs avantages. Le premier est de permettre des comparaisons aisées entre les différents sous-tests ainsi qu'entre les trois Q.I.. Cette facilité de comparaison découle du fait qu'au niveau des épreuves et des Q.I., les moyennes et les écartstypes sont identiques pour tous les résultats. Le second avantage est que le Q.I. définit ici simplement la position relative du sujet par rapport à son groupe d' âge. La stabilité du Q.I. découle dès lors du maintien de cette position relative au cours du temps. Le principe d'une stabilité du Q.I. peut ainsi être défendu sans devoir recourir, comme on le faisait pour les échelles de développement, à l'hypothèse très discutable d'une relation linéaire entre l'âge mental et l'âge chronologique. C CONCLUSION Nous avons constaté combien Wechsler est pragmatique. Et cette qualité déplaît à beaucoup de psychologues qui considèrent ses échelles comme peu fondées du point de vue théorique. En réalité, Wechsler n'est pas ignorant des théories de son époque. Il a d'ailleurs eu l'occasion d'étudier en Angleterre où il a suivi l'enseignement de Spearman et de Pearson puis, durant deux ans, à Paris où il a pu suivre les cours d'henri Piéron. Par la suite, les éditions successives de The measurement of adult intelligence en témoignent, il s'est toujours tenu au courant de l'évolution des théories de l'intelligence. Pourtant, après 1939, les principes de base de son test n'ont plus changé. Toutes ses échelles, jusqu'à la dernière révision de la WAIS (1981), ont été construites pour évaluer l'intelligence générale au moyen d'un Q.I. «de déviation». Toutes permettent d' apprécier les deux dimensions fondamentales de l'intelligence générale que sont l'intelligence verbale et l'intelligence de performance. Toutes, enfin, font appel quasi au même échantillon de conduites intellectuelles au travers d'une douzaine d'épreuves distinctes. Pourquoi cette fidélité à ces grands principes? Tout simplement parce que Wechsler ne leur a jamais trouvé d'alternative valable. Il a en effet toujours considéré que son test permettait d'atteindre valablement son objectif essentiel : évaluer la capacité globale d' un individu de se comporter avec intelligence. Pour quelle raison, dès lors, le modifier si ce n'est pas pour améliorer la qualité du résultat? Le peu d'appétence de Wechsler pour le changement s'explique également par sa compréhension de l'intelligence comme un concept abstrait et non comme une réalité matérielle. Selon lui, la question de la véritable nature de l'intelligence est insoluble. Nous devons donc nous contenter d'un définition conventionnelle à son propos. Par conséquent, l'ambition des tests intellectuels n'est pas de mesurer l'intelligence en elle-même, mais uniquement ses effets qui nous sont seuls connus. Les tests ne nous permettent que de nous faire une idée de l'intelligence par l'intermédiaire d'un échantillon de ses manifestations. Nous comprenons ainsi pourquoi les multiples définitions de l'intelligence proposées depuis 1939 n ont jamais conduit Wechsler à transformer son test. Aucune ne pouvait remettre en cause sa conception de la mesure de l intelligence. 31
32 III. 2 ETUDE DU WISC-III Wechsler applique à l'évaluation de l'intelligence ces méthodes, en la définissant non pas comme un trait unique mais comme une entité globale. Elle nécessite donc d'être mesurée selon le plus grand nombre de façons différentes. La conduite intelligente peut faire appel à un ou plusieurs facteurs qui se rapportent davantage aux traits de personnalité et aux aspects conatifs, qu'aux aptitudes intellectuelles. COURBE NORMALE AJUSTEE: Distribution du Q.I. Ecart-type = 15 Moyenne = 1OO Soit 50% de la population a entre 90 et 110 de Q.I. Soit presque tous les sujets ont un Q.I. compris entre 55 et 145; 0,1% de la population (un pour mille) a un Q.I. inférieur à 55 et 0,1% supérieur à % 2% 14% 34% 34% 14% 2% Q.I.: rang centile: O, ,9 (dessiner la courbe de Gauss) Le Q.I. d'un sujet est la probabilité que le sujet se situe ainsi dans une population comparable de sa classe d'âge. Le WISC-R, et son contenu 2 : les différents sub-tests: Quotient intellectuel global = Quotient verbal = Quotient performance = Notes Brute - Standard standard 3 information complément d'images similitudes arrangement d'images arithmétique cubes vocabulaire assemblages d'objets compréhension code Notes Brute - Standard 2 Le matériel est présenté et décrit en cours, ainsi que le mode de passation. Il en est de même pour les tests projectifs les plus importants. 3 La note standard classe le résultat de chaque test dans le barème du groupe d'âge correspondant. La moyenne est de 10. Chaque score donne, pour les diverses logiques évaluées, un indice statistique; leur comparaison permet d'indiquer les éventuels décalages de maturation. 32
33 Les tests complémentaires: mémoire immédiate des chiffres et labyrinthes. ANNEXES: comptes rendus de W.I.S.C.-R et feuille de notation. 33
34 IV LES TESTS PROJECTIFS ou de PERSONNALITE: IV.1 INTRODUCTION IV.1.1 Rappels: -La personnalité: La question fondamentale qui se pose au psychologue est la suivante: comment une individualité est-elle possible? En convenant d'utiliser le concept de "personnalité" pour désigner cette individualité psychologique, la question en implique une foule d'autres: comment expliquer et comprendre telle personnalité? Quels déterminismes président à sa formation, sa structuration, son évolution? La personnalité est la configuration unique que prend au cours de l'histoire d'un individu l'ensemble des systèmes responsables de sa conduite. C'est l'organisation dynamique dans l'individu des systèmes psychophysiques qui déterminent ses ajustements singuliers à son environnement. C'est l'organisation intégrée, dynamique et relativement stable de toutes les particularités cognitives, affectives et physiques qui distingue un individu des autres. La personnalité représenterait une unité biologique, psychologique et sociale qui constitue un être singulier qui ne ressemble à aucun autre, que l'on doit aborder dans sa totalité, sans négliger aucun aspect, et qui sera compris dans la relation qui l'unit à son milieu humain et physique. Nous comprenons que cet être singulier que désigne la personnalité est une unité structurée: il faut donc comprendre que dans certaines circonstances il existe un mouvement inverse à la structuration: la destructuration de la personnalité, sa désintégration et sa régression caractérisent la maladie mentale. -Notion de normal et de pathologique: (biblio A. Freud) La notion "d'adaptabilité" rejoint le critère de normalité. Il s'agit de l'adaptabilité au milieu extérieur par des comportements et au milieu intérieur par la vie imaginaire, les émotions et les attitudes. Le but de la réaction est un rétablissement de l'équilibre interne ou externe. L'homme normal est celui qui reste adapté à son milieu. L'homme normal, arrive à s'arranger avec ses problèmes quelle que soit leur profondeur, et à s'adapter à lui-même et aux autres sans être paralysé par ses conflits ni se faire rejeter par la société, malgré les inévitables difficultés dans les relations. Se maintenir dans la normalité revient à rechercher constamment dans un processus dynamique, un compromis entre ses besoins personnels et sociaux et la réalité dont il faut tenir compte. Pour Freud, il n'existe pas de fossé fondamental entre l'individu normal et le névrosé. C'est une question de degré, d'intensité et pas de différence. Ceci peut être nuancé avec l'utilisation des notions de structure: névrotique, psychotique et perverse. -Les tests de personnalité peuvent déterminer ces nuances entre des variations de la normale, et des structures franchement pathologiques. L'étude des mécanismes de défense nous éclairera mieux sur la fonction d'adaptabilité de la personnalité. La personnalité est décrite en termes de traits plus souvent que par référence à des types. L'analyse factorielle de questionnaires de personnalité a distingué certains de ces traits de façon stable et convergente chez des auteurs différents comme H.J. Eysenck et R.B. Cattell. Il en est ainsi pour l'introversion-extraversion et pour le névrotisme. Thurstone a utilisé une méthode d'analyse multifactorielle en faisant ressortir sept facteurs indépendants (qui a été critiquée). R.B. Cattell a élaboré le 16 PF (Sixteen Personality Factor 34
35 Questionnaire), un questionnaire largement utilisé qui cernerait en 16 facteurs tous les aspects de la personnalité: les facteurs d'ordre supérieur sont l'introversion-l'extraversion, l'anxiété, la sensibilité et l'indépendance. Applicable à partir de ans, il existe aussi des versions enfants (12-17 ans, HSPQ, High School Personality, et 8-12 ans, CPQ Children's Personality Questionnaire). Le MMPI (Minnesota Multiphasic Personality Inventory = Inventaire multiphasique de personnalité du Minnesota), fournit des notes correspondant à des dimensions de la nosologie psychiatrique (hypocondrie, dépression, hystérie, etc. Cette épreuve a donné naissance à plusieurs autres échelles s'adressant chacune à un trait de personnalité particulier. IV.1.2 Définition: Un test projectif est un test dont l'objectif principal est l'établissement d'un diagnostic différentiel d'organisation de la personnalité tant normale que pathologique. La théorie du test a été résumée ainsi par Bleuler, dans sa Préface à la publication de Jung; "Dans l'activité associative se reflète tout le psychisme, son passé et son présent, ses expériences et ses tendances. Elle est, par la suite, un index de tous les processus psychiques que nous n'avons qu'à déchiffrer, pour connaître l'homme entier." Les stimulus utilisés doivent être faiblement structurés pour donner lieu à un nombre de réponses très large. La différence de la projection "normale" avec la projection pathologique se situe dans le retour de la projection sous forme de reproche dans la paranoïa, de fuite dans la phobie ou de manifestations violentes dans la jalousie. IV.1.3 Notion de projection: Freud a parlé de projection à deux moments distincts. -La première se situe en 1896 lors de sa quête des mécanismes de défense. Il écrit: "Dans la paranoïa, le reproche envers soi-même est refoulé d'une manière qu'on peut décrire comme étant une projection: en suscitant un symptôme de défense consistant en méfiance envers autrui". ce passage contient le premier emploi clinique du terme de projection. En 1911, à propos de l'autobiographie du président Schreber, un cas de paranoïa, il définit ainsi la projection: "Une perception interne est réprimée et, en ses lieu et place, son contenu, après avoir subi une certaine déformation, parvient à la conscience sous forme de perception venant de l'extérieur." La paranoïa s'explique par un désir homosexuel refoulé et projeté. La genèse du délire de persécution s'effectue en trois temps, selon Freud: a) "Moi (un homme), je l'aime (lui, un homme)." Mais son caractère homosexuel rend cet amour intolérable à la conscience; b) Le sentiment d'amour est alors retourné en son contraire: "Je ne l'aime pas, je le hais." Mais la conscience du sujet ne tolère pas davantage d'éprouver un sentiment hostile; c) "Je le hais" devient "Il me hait (ou me persécute), ce qui justifie la haine que je lui porte". La projection est ici l'expulsion d'un désir intolérable et son rejet au-dehors de la personne; il y a projection de ce qu'on ne veut pas être. - A un second stade, Freud procède à un élargissement qui contient en germe les techniques projectives. (voir le dernier chapitre de la psychopathologie de la vie quotidienne, 1901, intitulé Croyance au hasard et superstition. Il développe l'idée de l'existence d'un déterminisme psychique tout comme les associations de mots ne se font pas au hasard. Il évoque aussi l'idée que, "pour une bonne part, la conception mythologique du monde... n'est autre chose qu'une psychologie projetée dans le monde extérieur..." le lien entre 35
36 "projection" et "déplacement" est ainsi amené: "La projection conserve le contenu du sentiment inconscient en déplaçant l'objet de ce sentiment. Le fondement dernier de la projection se trouve dans la tendance à l'anthropomorphisme, naturelle à l'être humain, et dans une caractéristique propre à l'inconscient de s'exprimer au dehors sur les êtres humains et sur les choses. Dans Totem et Tabou (1912), Freud développe de manière étendue ces idées, à l'animisme, la pensée magique et la toute-puissance des idées qu'on observe chez le primitif, l'enfant et le névrosé. Ces phénomènes résultent de la projection des processus psychiques primaires sur le monde extérieur. De là découle également l'intuition de Freud selon laquelle la création artistique est une projection de l'artiste dans son œuvre. IV.1.4 Les différents types de projection: -Les projections cathartiques: le sujet attribue à l'image d'autrui non plus les caractéristiques qui sont siennes ou qu'il souhaiterait être siennes, mais les caractéristiques qu'il prétend à tord ne pas avoir, qu'il refuse de considérer comme siennes et dont il se délivre (catharsis) en les déplaçant sur autrui. C'est le mécanisme du délire paranoïaque. - La projection spéculaire: le sujet retrouve, dans l'image d'autrui, les caractéristiques qu'il prétend être siennes. Cette projection tire son origine du stade du miroir, de l'indistinction primitive de l'image de soi et de l'image de l'autre, en un mot du narcissisme. -La projection complémentaire: le sujet attribue aux autres des sentiments ou des attitudes qui justifient les siens propres. IV.2 LES PRINCIPAUX TESTS PROJECTIFS IV.2.1 Le test de Jung: Le matériel comporte 4 listes de 100 mots inducteurs qui sont prononcés au sujet. L'interprétation portera sur les réponses des mots "induits" qui viennent immédiatement à l'esprit du sujet. On note les temps de réaction et à la fin du test on procède à la contreépreuve de l'enquête. Jung déduit deux grands types caractérologiques: l'extraverti plutôt de type concret qui réagit surtout à la signification objective du mot inducteur; l'introverti, sensible à la résonance subjective du mot inducteur, de type égocentrique. Chaque type est subdivisé en quatre, selon la prédominance de la Pensée, du Sentiment, de la Sensation ou de l'intuition (c.-à-d. de l'imagination). Le test d'associations de mots est un excellent détecteur des "complexes". Supposons un sujet pour qui le contrôle des impulsions agressives pose un problème; lorsque le mot inducteur sera naturellement associé à un mot induit participant du complexe agressif (par ex; "cou" évoquant "tordre") ou qu'il possédera lui-même une charge affective mettant en branle le même complexe (Par ex "insolence") le sujet cherchera à éviter le mot induit qui serait trop crûment révélateur, mais il sera envahi par l'émotion agressive et aucun mot ordinaire ne lui viendra à l'esprit. Il se trouvera bloqué (Rorschach décrira plus tard une réaction analogue au test des taches d'encre: le "choc"). Les perturbations dans le rythme et le type des réponses sont donc précieuses à relever. Les deux principaux révélateurs de "complexes" sont l'allongement du temps de réaction et l'oubli du mot à l'épreuve de reproduction, ou au moins des difficultés dans son évocation. Jung donne des indicateurs supplémentaires: réponse par plus d'un mot; répétition du mot inducteur; mot inducteur incompris; absence de mot induit; traduction du mot induit en langue étrangère; réponse par un mot rare ou étrange; référence personnelle; persévération. La nature du complexe peut être inférée à partir des mots inducteurs et des réponses perturbées du sujet. 36
37 Ce test n'est ni étalonné ni validé, de nombreuses variantes en sont issues et orientées pour révéler un complexe précis. Ce test est utilisé en complément du Rorschach, notamment dans l'examen de sélection de cadres industriels. La liste qui va suivre est loin d'être exhaustive puisqu'elle est basée sur les tests actuellement disponibles à l'e.c.p.a. Family Apperception Test (1999) test projectif basé sur 21planches, et fondé sur la théorie systémique. Le fonctionnement familial est appréhendé dans ses aspects structuraux, dynamiques et interactionnels; et mettant ainsi en exergue les aspects individuels et groupaux au niveau des conflits, des limites du cadre familial... tant chez un sujet enfant qu'adolescent voire adulte. Test d'aperception pour personnes âgées (1992) Il répond aux besoins de plus en plus présents d'évaluer chez la personne âgée les troubles psychiques liés au vieillissement. L'exploration de la personnalité dans ses aspects dynamiques se fait au travers de thèmes de la vie quotidienne: solitude, inutilité, relations avec les petits enfants...en permettant au sujet de s'exprimer sur des situations émotionnelles souvent déniées. Hand test (1989) est un test de dépistage pour adultes et adolescents, dans le but d'apporter une aide au diagnostic différentiel. Dix dessins de mains viennent éclairer le testeur sur les tendances à l'action du sujet. Test de frustration de Rosenzweig : le sujet doit inscrire dans les bulles de dessins aux allures d'une bande dessinée, présentant des situations frustrantes. Test du monde (1959) : c est un test de mises en scène concrètes, grâce à des objets miniaturisés, qui aide au diagnostic auprès d'enfants et d'adolescents. Egalement il peut être utilisée à but thérapeutique. En effet, il peut aider à l'éveil de l'imagination sans recours au langage du fait de son matériel stimulant la spontanéité. Il peut aussi servir à établir une relation dans un contexte d'opposition systématique par exemple, mais aussi à suivre l'évolution d'un traitement. Scéno-test (1973) est un moyen d'investigation de l'inconscient en y ajoutant une dimension psychomotrice, du fait du matériel là encore de jeu, qui favorise cette expression des conflits et des défenses, notamment chez des enfants où l'expression verbale est difficile. Ces tests, exclusivement réservés aux psychothérapeutes, peuvent trouver des applications quasi-équivalentes en psychomotricité afin d'aider le psychomotricien à cerner la personnalité du sujet. Par exemple, l'e.c.p.a. diffuse à l'usage des psychomotriciens (et des psychothérapeutes) un livre La famille enchantée où à partir de la fable, l'enfant dessine une famille métamorphosée en animaux. Ceci faisant l'objet d'une cotation et d'une interprétation. IV.2.2 Le T.A.T et Le Rorschach Le matériel, les consignes, les protocoles de passation et de correction sont présentés en cours. Le T.A.T. ou "Thematic Apperception Test" de Murray a aussi une forme dérivée, créée par Léopold et Sorel Bellak elle est destinée aux enfants de trois à dix ans pour qui les planches du T.A.T. sont faiblement évocatrices: il s'agit du C.A.T., "Children Apperception Test". 37
38 Passation du T.A.T.: 1 Administration 2 Enquête 3 Interprétation: -selon cotation. (Voir liste des "besoins", avec les facteurs internes et les traits généraux). -Selon une analyse et lecture psychanalytique du discours. Passation du Rorschach : Le psychogramme : -Localisation des réponses. -Déterminants (F, C, K, E). -Contenus (H, Hd, (H), A, Anat., Objets,...). -Facteurs additionnels: (Ban, original., Chocs, refus,...) Enquête. Interprétation du Rorschach : a) Avec le psychogramme : -Indications intellectuelles -indications neuro-pathologiques (syndromes organiques, traumatiques, épileptiques...) -Indications sur l'adaptabilité du sujet et ses points névralgiques. b) Interprétation temporelle ou dynamique, inter planches. Ce type d'interprétation est faite dans une perspective psychanalytique. Il s'agit aussi des angoisses suscitées par chaque planche selon Mireille Monod: Angoisses de la perte de l'objet, devant la scène primitive, devant la situation Œdipienne, devant le Sur-Moi paternel, devant l'imago de la mère phallique, devant la bisexualité, de séparation de la mère, devant les étrangers à la famille, devant la pulsion de mort, de morcellement. c) Diagnostic: L'aboutissement de l'ensemble permet de poser un diagnostic psychopathologique précis. De plus il indique comment le sujet se situe du point de vue de son humeur, de son angoisse et avec quels mécanismes il s'en dégage ou non. IV.3 NOTION D'IMAGE DU CORPS DANS LES TESTS PROJECTIFS: L'image du corps appartient au registre imaginaire, elle est inconsciente et a sa base est affective. Elle est à distinguer du schéma corporel qui relève du registre sensori-moteur et intellectuel, préconscient, dont la base est neurologique. Les tests du type Rorschach, dessin, village, renvoient à la phase préverbale de l'enfance; ils offrent au testé non plus un temps mais un espace vide, que le sujet ne peut habiter qu'en y projetant sa propre image du corps. Le Moi se forme chez l'enfant au cours d'expériences qui mettent en jeu son corps et les fonctions naissantes de celui-ci dans la relation vécue à sa mère, puis aux personnes et aux objets de l'entourage. Les premières représentations partielles que l'enfant se fait ainsi de son corps entraînent la formation de ce que les psychanalystes appellent le pré-moi corporel. Celui-ci semble d'abord constitué par des fantasmes de corps morcelé, avant de trouver son unité narcissique, lors du stade du miroir, avec la reconnaissance par l'enfant de son image spéculaire comme sienne, ce qui coïncide avec la première phase d'acquisition des mots. Les désirs qui émergent chez l'enfant sont localisés par lui (c'est-à-dire "projetés") dans les régions du corps, qui deviennent ainsi des régions de plaisir, des zones érogènes. L'espace du rêve, celui de l'hallucination ou du délire sont 38
39 d'ailleurs des représentations du corps déréalisé, c'est-à-dire des formes archaïques de l'image du corps, antérieures à la maîtrise du langage syntaxique. Dans les tests de ce type, la régression est profonde; elle ramène le testé aux problèmes de la différenciation de l'intérieur et de l'extérieur, de la mère et de l'enfant, de l'objet et du sujet; ainsi, les taches d'encre du Rorschach évoquent au testé soit des objets extérieurs, soit l'intérieur du corps. La notion d'image du corps a été élaborée par le psychanalyste américain d'origine germanique, Paul Schilder (1968 trad. française). En 1969, Gisèle Pankow fait des travaux intéressants sur cette notion dans la psychose, ainsi que Sami-Ali sur le corps propre comme schéma de tous les schémas, (De la projection, 1970). En 1958 et 1970, aux Etats-Unis, les recherches de Fisher et Cleveland mettent en évidence au test de Rorschach deux variables essentielles du point de vue de l'image du corps: la "pénétration" et la "barrière", c'est-à-dire la capacité de la surface du corps, telle que la ressent le sujet, de retenir ce qu'elle contient à l'intérieur et de résister aux intrusions venues de l'extérieur. IV.4 LE POINT DE VUE PSYCHO-LINGUISTIQUE La relation entre un mot induit et le mot inducteur peut être de deux ordres: L'ordre syntagmatique; la relation est narrative, en contiguïté sémantique (ex. "chien" induit "aboie"). Pour le linguiste Jakobson, il s'agit de métonymie. Il peut donc y avoir des déplacements. Les tests thématiques comme le TAT mettent fortement en jeu cet axe. Dans les structures névrotiques, il y a une altération principalement de la fonction syntagmatique. L'ordre paradigmatique; il y a équivalence entre les deux mots, similarité sémantique (ce qui inclut la tautologie, la dissimilarité, la synonymie, l'antonymie : Ex. "chien" induit "chat"). Pour le linguiste Jakobson, il s'agit de métaphore. Il peut donc y avoir des condensations. Les tests structuralistes comme le Rorschach mettent en jeu cet axe. Dans la psychose, il y a altération principalement de la fonction paradigmatique. IV.5 LES EFFETS DE REGRESSION PSYCHIQUES: COMPLEMENTARITE DU T.A.T. ET DU RORSCHACH. -Situation du test projectif, effets de régression psychique: La situation de test projectif peut être définie d'après ses ressemblances et ses différences avec la situation psychanalytique. Ainsi la durée, le nombre de séances et le matériel viennent poser un cadre différent à la libre association tout en conservant les règles fondamentales et la neutralité bienveillante. La structuration inconsciente du matériel, la liberté des réponses et du temps, le flou relatif des consignes font de la situation projective une situation relativement "vide", vide que le sujet a à combler en faisant appel non pas tant à ses aptitudes et à son intelligence qu'aux ressources profondes de sa personnalité. Cette situation de vide a pour effet chez le sujet testé d'aviver les conflits psychologiques, de déclencher l'angoisse et la régression. L'angoisse est associée à des représentations fantasmatiques inconscientes, qui transparaissent alors dans le contenu des réponses du sujet, tandis que les mécanismes de défense du Moi contre l'angoisse et contre les fantasmes se manifestent plutôt dans les caractéristiques formelles des réponses. D'où deux grandes catégories de réponses: les réponses intégrées, où la sensation, l'affect, l'image, l'humeur restent contrôlés par le Moi, c'est-à-dire où la forme prédomine; et les réponses désintégrées, où, l'impulsion, l'émotion, la représentation fantasmatique sont libérées, c'est-à-dire où prédominent des déterminants autres que la forme. D'une manière générale, la situation projective, comme la situation psychanalytique, provoque la régression, dans l'appareil psychique, des processus secondaires, fondés sur l'identité des 39
40 pensées et sur le principe de réalité, aux processus primaires, fondés sur l'identité des perceptions et sur le principe du plaisir-déplaisir. La projection est un processus psychique "primaire", au même titre que la réalisation hallucinatoire du désir dans le rêve ou que le transfert psychanalytique. La psychanalyse distingue trois aspects dans la régression psychique: -un aspect formel: il y a régression de la pensée rationnelle et conceptuelle à la pensée par image, à la représentation figurative; -un aspect chronologique: il y a régression de l'état adulte à la petite enfance, ou, si le sujet est un enfant, il y a régression à des stades antérieurs du développement pulsionnel; -un aspect topique: il y a régression du Moi au Ça; lorsque le Moi détient le contrôle de l'appareil psychique, la pulsion trouve son issue dans la décharge motrice; si le Moi est courtcircuité, la décharge motrice se trouve barrée; la quantité d'affect reflue du pôle moteur vers le pôle perceptif et la pulsion trouve sa décharge sur le mode hallucinatoire (hallucination, rêve, rêverie, fantasme). Selon le type de test projectif il semble que le niveau de régression soit plus ou moins poussé: -Les tests du type TAT, ainsi que les tests d'improvisation dramatique, requièrent du sujet le recours au langage verbal syntaxique; ils lui présentent un temps vide que le sujet va organiser à partir des éléments clefs de son histoire personnelle. Il s'agit dans ce cas d'une régression limitée, puisque la situation suppose la possession de la syntaxe et d'une histoire vécue: elle renvoie donc à la seconde enfance. Les productions d'un sujet au T.A.T. s'apparentent aux rêveries et aux fantaisies diurnes, ou encore au roman familial, qui, comme le rêve nocturne, se présentent généralement sous forme d'une mise en scène. En effet au fur et à mesure que l'enfant s'approprie le langage, notamment la syntaxe, entre deux et cinq ans, son activité psychique se trouve remaniée et sa vie imaginaire s'organise sous forme de scénarios intérieurs, c'est-à-dire que l'organisation des images s'effectue sur un mode analogue à celui des mots dans la phrase. Le fantasme en représente le prototype. C'est alors que se constitue le drame personnel de l'individu, qui est la mise en images de son conflit défensif. Les personnages qui jouent un rôle dans ces scènes concrétisent les diverses identifications du sujet. Les tests du type Rorschach, dessin, village, renvoient à la phase préverbale de l'enfance, au pré-moi corporel, à l'image du corps (voir plus haut). 40
41 Chapitre 3 INFLUENCES PRECOCES : LES EFFETS A LONG TERME DE LA PREMIERE ENFANCE I INTRODUCTION I INTRODUCTION II LA PERSONNALITE : UN CARREFOUR A CINQ VOIES PRINCIPALES III CONCLUSION 1) On dit que tout se joue avant cinq ans. Une question inquiète depuis longtemps psychologues et parents : dans quelle mesure les expériences de la première enfance et plus particulièrement la carence d expériences normalement vécues au cours de cette période, constituent-elles des facteurs déterminants pur le développement ultérieur de la personnalité et de l intelligence? Bien que les effets à long terme des expériences de la première enfance semblent jusqu à un certain point réversibles en ce qui concerne la personnalité, dans l ensemble, les fondations jetées au cours de cette période de la vie semblent demeurer passablement stables. En ce qui concerne le développement cognitif, les structures installées pendant la première enfance ne paraissent pas réversibles. La raison de cette différence tient au fait que la privation totale de certaines expériences cruciales est possible s agissant du développement cognitif, mais ne l est pas pour le développement de la personnalité. Les soins maternels de qualité au cours de la première enfance, garantissent le développement de conduites de communication profonde et intime, semblent produire des effets bénéfiques irréversibles sur l enfant qui se développe. La carence de ce type de soins produit des effets négatifs, effets qui sont réversibles même si c est à grand peine. La difficulté qu il y a annuler les effets négatifs, comme la résistance des effets bénéfiques, incite à affirmer que la première enfance est vraiment le segment le plus important de la vie pour le développement des capacités interpersonnelles que nous appelons la personnalité. UN BEBE HEUREUX A LE PLUS DE CHANCES DE DEVENIR UN ADULTE HEUREUX. (T.G. BOWER) 2) Le rapport sécurité-risque : un acquis pour la vie C est un rapport en constante évolution et équilibre qui influence le développement d une personnalité. La personnalité résulte de la conjugaison unique pour chaque individu de la dynamique de ce rapport sécurité risque. Les effets se retrouveront tout au long de la vie. II LA PERSONNALITE : UN CARREFOUR A CINQ VOIES PRINCIPALES Ce rapport se construit sur cinq principales voies qui seront autant de rencontres particulières participant à l être exceptionnel qu est chaque individu. 1)La composante génétique, innée : Elle provient : -de notre espèce humaine. 41
42 -de quelques mutations spontanées qui s opèrent sur nos chromosomes porteurs de tout le matériel génétique. -des deux parents qui donnent ce matériel génétique avec leurs particularités propres - c est à dire des quatre grands parents, des huit arrières grands parents, des seize arrières-arrières grands parents des plus de un million d aïeuls à peine une quinzaine de générations plus tôt! 2) L histoire L histoire de la conception, l imaginaire des parents, dans quel contexte psychique, l histoire des parents avec leurs propres parents, prédéterminent déjà avant la naissance des éléments qui ne seront pas neutres sur l existence de l enfant. La manière dont la communication s est établie entre le père et son propre père, la mère et sa propre mère, comment la grand-mère maternelle a elle-même transmis la fonction maternelle idem pour la transmission d une fonction paternelle, autant pour le père que la mère. Un certain nombre de signes spécifiques se transmettent ainsi par tradition, par passage de génération en génération (c est ce que l on développera sous le terme de transmission transgénérationnelle), par la parole et aussi par le langage non verbal. 3) La combinatoire du couple parental Il s agit là d une entité en création : le couple de parents. Un couple est aussi une association et une rencontre unique. Les fantasmes, les désirs, les projections, les histoires, les intelligences, les sensibilités, se complètent, se combinent, se développent, se différencient, coexistent, se dominent ou s atténuent. La richesse de cette création tiendra lieu de cadre psychique intellectuel éducatif à la fois limitant et développant pour l enfant à venir ou en devenir. Le couple permet alors les nuances, les différenciations, les complémentarités, de ce que serait chacun individuellement ; 4) Le contexte socio-économique et culturel L environnement, les moyens financiers et leurs conséquences éducatives et affectives, influencent fortement la disponibilité des parents, les stimulations et les interactions. La culture et les origines religieuses, morales, professionnelles, familiales, vont également fortement participer à orienter les autres facteurs constituant la personnalité. 5) Le hasard Même si beaucoup d événement n arrivent pas par hasard et sont prédéterminés, beaucoup d autres ne sont pas maîtrisables, ni prévisibles et sont statistiquement possibles comme un jet de dès (le mot dès en arabe se dit hasard). La liste des évènements est infinie, mais il va de soi qu un accident de santé ou de la route, un chômage, un décès, une naissance, un divorce, une promotion, un déménagement etc., vont jouer un rôle en modifiant la manière d être au monde de chacun. III CONCLUSION Le sujet traversera, comme nous tous, des moments difficiles dans sa vie d enfant, d adolescent et d adulte. Il réagira de manière particulière en fonction de l accumulation des points de sécurité et de risques emmagasinés dans ce carrefour au trafic complexe. 42
43 -Pour certains, un contexte ou des événements provoqueront des moments de souffrance. Leur potentiel sécurité - risque leur permettra de franchir ces passages difficiles, et n engendreront pas de psychopathologie. -Pour d autres, l évolution psychopathologique sera inévitable. -La cause ne pourra donc pas être incombée à un trauma réel unique initial et déclencheur. -La cause est donc multifactorielle : il s agit d un tissage très complexe qui se fait avec ce trafic à cinq voies. Cela se tricote génération après génération, et jour après jour entre les parents et leur enfant. -L aspect dramatique et la gravité de la souffrance du sujet ne sont pas forcément proportionnels à la gravité de la psychopathologie du sujet. -Rien n est jamais fixé définitivement durant la petite enfance. Les facteurs constituants la «sécurité» et ceux constituants le «risque», constitueront un ensemble dynamique ayant une potentialité variant selon leurs mode d acquisition. Plus les évènements constituants les deux facteurs seront précoces, s accumuleront, se répéteront, et seront succédés de «rappels», plus le potentiel développé sera opérant vers la sécurité ou vers le risque. L évaluation de ce tissage permet une évaluation pronostique (toujours avec un risque statistique d erreur). 43
44 BIBLIOGRAPHIE Chapitre 4 L ADOLESCENCE ( Latin : adolescere : grandir) ---- Plan du cours I INTRODUCTION : APPROCHE DE L ADOLESCENCE NORMALE II LE POINT DE VUE PSYCHANALYTIQUE III RISQUES SPÉCIFIQUES DE L ADOLESCENCE IV CONCLUSION V ANNEXES ÉPIDÉMIOLOGIQUES ET RECOMMANDATIONS ---- DELAROCHE P., L Adolescence. Enjeux cliniques et thérapeutique, Nathan, DELAROCHE P., Adolescents à problèmes, Albin Michel, coll. Questions de Parents, DESPINOY M., Psychopathologie de l enfant et de l adolescent, Armand Colin, DOLTO F., La Cause des adolescents, Robert Laffont, DOLTO F., DOLTO C., PERCHEMINIER, Colette, Paroles pour adolescents. Le complexe du homard, Hatier, DOLTO F., Psychanalyse et pédiatrie, Seuil, DOLTO F., 1984, L image inconsciente du corps, Paris : Seuil. EXPERTISE COLLECTIVE, 2002, Troubles mentaux. Dépistage et prévention chez l enfant et l adolescent : Les Éditions de l Inserm.. FREUD A., 1968, (1965), Le normal et le pathologique chez l'enfant: évaluation du développement normal durant l'enfance, évaluation du pathologique, Paris : Gallimard. GOLSE B., 1989, Le développement affectif et intellectuel de l enfant, Paris : Masson. JEAMMET P., (dir.), Adolescences. Repères pour les parents et les professionnels, La Découverte, LE BRETON D. (dir.), L Adolescence à risque, Autrement, MALE P., Psychothérapies de l adolescent, PUF, coll. Quadrige, MARCELLI D., BRACONNIER A., Adolescence et psychopathologie, Masson, coll. Abrégés de médecine, SCIALOM P., 2005, Psycho Ados : Lâchez-moi mais ne me laissez pas tomber: Paris, L Archipel. WINNICOTT D.W., 1969, (1956), De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris : Payot. WINNICOTT D.W., 1975, (1971), Jeu et réalité. L'espace potentiel, (titre original : Playing and réality,), Paris : Gallimard
45 I INTRODUCTION : APPROCHE DE L ADOLESCENCE NORMALE 1/ Définitions et généralités L adolescence est une manifestation de santé (Winnicott), mais une santé qui s accompagne d une perte et fragilise ainsi l adolescent. Cette perte concerne tous les repères habituels qui ont accompagné l enfance. L adolescent va se retrouver dans une grande solitude face d abord à ses incertitudes sexuelles, affectives et aussi sur son avenir professionnel. L ado va devoir apprendre à exister par lui-même, sur ses propres repères et non plus sur ceux de ses parents. Cette solitude se retrouve aussi du côté des parents par symétrie. La manière dont va se dérouler l adolescence dépendra de la façon dont s est déroulée l enfance. Les séparations dont DOLTO parle dans l image inconsciente du corps, comme la coupure du cordon ombilical, le sevrage, l apprentissage de la propreté, l Œdipe, seront réactivées à l adolescence. La façon dont ces castrations symboligènes se sont résolues pendant l enfance a induit un mode spécifique de défenses et de relation au monde. Toutes les étapes précédentes ne seront plus soutenues par les parents mais continueront à servir de repères. 2/ L adolescent normal Il doit résoudre 3 paradoxes qui sont des conflits psychiques. Grandir, sera de les résoudre en trouvant une solution de compromis. Ces conflits génèrent des angoisses tout en poussant à la créativité, puisqu ils tendent à la recherche de solutions. Ces paradoxes sont : - Etre indépendant, autonome / et en même temps devoir supporter la dépendance familiale. - Concilier un grand appétit de découvertes, créer des nouveaux repères concernant le corps, la vie amoureuse, la vie sociale, les projets professionnels / et en même temps abandonner les anciens repères. - Subir toutes les poussées corporelles, sexuelles / et en même temps ne pas pouvoir les assumer dans l immédiat ni les réaliser dans l instant. Devoir attendre! C est une nouvelle occasion pour se retrouver confronté au principe de réalité, à l intégration des lois sociales avec le premier interdit, celui de l inceste. L adolescent doit effectuer une double différenciation pour grandir : celle des générations et celle des sexes. Il le fera en s opposant. Cela peut aller jusqu à la délinquance, à une prise de risque extrême, à des gestes désespérés. 3/ Les parents d adolescent Le problème que les parents doivent surmonter c est d accepter leur impuissance et leurs limites. Accepter d avoir peur parce que cela ne dépend plus d eux. Quand les parents permettent ce transfert de responsabilité, c'est en même temps pour eux, une perte de l'image de l'enfant qu'ils ont porté. Un deuil est à faire, mais sous l impulsion de leur enfant. Un grand vide est ainsi à réinvestir d une manière différente, dans la vie familiale et de couple. Les parents se trouvent aussi pris entre l adolescent d une part et les grands-parents d autre part. Les parents sont renvoyés à leur propre adolescence, à leur relation avec leurs propres parents et à la manière dont ils se sont séparés d eux. Les adolescents subissent ainsi une réaction trans-générationnelle qui peut parasiter leur propre mode de séparation. Toutes les relations entre les parents et l adolescent se trouvent prises dans ce paradoxe de dépendance et d autonomie. 45
46 Conclusion : L adolescence c est d abord un grand moment de bonheur, à partir du moment où l adolescent vit dans un climat de confiance et où il a pu mettre en place un certain nombre de défenses pendant l enfance. Dans ces bonnes conditions, les parents peuvent laisser partir l adolescent sans que les liens d amour soient cassés bien qu ils se modifient. Le risque pathologique de l adolescence, quand il existe, était déjà là avant parce que les défenses se sont édifiées avec fragilité. II LE POINT DE VUE PSYCHANALYTIQUE 1 Du complexe du homard au Pot au noir Dolto parle de l adolescence en utilisant la métaphore du complexe du homard. Elle évoque le homard qui change de carapace et devient plus fragile pendant cette période de mue. Winnicott approche l adolescence par le terme doldrum ou pot au noir,(art. de 1962, in «de la pédiatrie à la psychanalyse») ; Doldrum est un terme marin décrivant le moment où les bateaux se retrouvent en pleine mer sans savoir d où vient le vent, ils ne savent plus comment choisir leur route. «Ceux qui explorent ce domaine de la psychologie doivent d abord savoir que l adolescent, garçon ou fille ne désire pas être compris, il faut que les adultes gardent pour eux ce qu ils parviennent à comprendre de l adolescence, il serait absurde d écrire un livre sur l adolescence à l attention des adolescents car cette période de la vie qui est essentiellement celle de la découverte personnelle doit être vécue. Chaque individu est engagé dans une expérience, celle de vivre. Dans un problème, celui d exister» Dans le même article, Winnicott intitule un paragraphe «Remède à l adolescence» où il nous donne sa recette : Il n existe qu un remède à l adolescence et un seul, il ne peut intéresser le garçon ou la fille dans l angoisse, le remède c est le temps qui passe, les processus de maturation graduelle qui aboutissent finalement à l apparition de la personne adulte. 2 Particularité de l adolescence C est une période de réactivation de la problématique oedipienne. La question qui se pose du point de vue psychique s est donc déjà présentée entre 4 et 6 ans. Cette fois-ci, c est différent car le corps porte en lui une sexualité génitalisée. L identité sexuelle est remise en jeu. «Où ça était, je doit advenir» Freud. Du monde pulsionnel, la personnalité doit surgir. L individu grandit ainsi. La difficulté à l adolescence, c est de canaliser un corps en excitation, en croissance, en désir, en plaisir. L adolescent va revivre une nouvelle fois, simultanément, toutes les étapes de ses premières années, préoedipiennes et en particulier la phase oedipienne. La question de l identité sexuelle se rejoue aussi, y compris celle de l homosexualité, réactivée en acte ou en fantasme. «Etre un homme et une femme en même temps, tel est le fantasme le plus courant des adolescentes hystériques» (Dominique Gaubert, en 1993 pendant le premier congrès des psychanalystes d enfants). La question féminine c est d avoir le phallus du point de vue psychanalytique, des seins, le potentiel maternel... Du côté des garçons, la fantasmatique homosexuelle est réactivée parce que le garçon doit conquérir l amour de son père à un moment donné et que cette démarche est ambivalente jusqu au moment où il pourra s identifier à son père en tant futur homme et pas seulement pour prendre sa place auprès de sa mère. L identité sexuelle doit être socialisée. Objet perdu et altérité. L adolescent est confronté à l autre, différent de lui sexuellement. C est reconnaître que l autre sexe, il ne l a pas! Cette reconnaissance mène à l altérité par le besoin de complémentarité. Le travail de l adolescence vers l autonomie et la découverte de l altérité vise donc, par l intégration des pulsions partielles orales, anales et 46
47 le jeu de l introjection et la projection, à retrouver à l extérieur un objet correspondant à la représentation de l objet primitivement satisfaisant et perdu. L image du corps (F.Dolto). La dysmorphophobie de l adolescence, c est la phobie d être difforme, d avoir des anomalies du corps. C est à la fois le schéma corporel et l image du corps qui sont en jeu. A la sortie de l Œdipe, il n y a plus de transformation extraordinaire jusqu à la nouvelle perte des dents à 12 ans. L adaptation à un nouveau corps n a pas le temps de se faire tellement le corps se modifie vite. C est ce qui génère de l angoisse. Anna Freud, dans ses lignes de développement, décrit ce mouvement qui va de la dépendance vers l autonomie pour chaque fonction psychique ou corporelle. C est encore plus vrai à l adolescence. Le lien de dépendance qu il faut abandonner renvoie au lien d attachement (Bowlby, Spitz, Zazzo) où la mère même absente peut être représentée par une image et où l objet atteint une certaine permanence, c est en lien avec la période du 8ème mois. Tout mouvement qui tend à passer de la dépendance à l autonomie s appuie sur ce qui s est produit pendant cette période du deuxième semestre où ce lien fondamental d attachement à l autre s est mis en place. Pour Bernard Golse «l adolescent va lutter contre les liens qui l attachent aux objets de son enfance en les niant, en s opposant à eux, en s en détachant et en les abandonnant» (Cf le devenir de l objet transitionnel) L adolescent se défend contre la pré-génitalité en établissant la primauté du génital, en mettant à distance la pré-génitalité c est à dire les pulsions partielles. L investissement libidinal se voit transféré sur des objets de sexe opposé. En dehors de la famille. Car sinon, comme le disent les adolescents : c est trop! ils me gavent! Ou comme nous allons le voir, c est trop plein pour l anorexique ou trop vide pour les boulimiques. III RISQUES SPÉCIFIQUES DE L ADOLESCENCE 1 L anorexie AAA = anorexie, aménorrhée, amaigrissement. La jeune fille anorexique est poussée vers l hyperactivité, l intellectualisation, la performance. D un point de vue psychodynamique, la nature de la relation à l objet est oral. Les anorexiques peuvent être de 2 structures différentes : névrotique, psychotique, ou d organisation limite avec des pronostics différents. La question de l anorexique, quelque soit sa structure, se rapporte au conflit oral prégénital, de la pulsion partielle orale. La confusion entre nourriture et amour est liée au même conflit indépendance-perte d objet d amour, que l on retrouve chez les sujets états limites. L anorexique dit : «Je veux rien». Rien c est un espace, lieu libre, vide, disponible entre moi et ma mère. Elle est prise dans une confusion avec l autre, la relation est fusionnelle avec l autre. Le seul moyen de ré-exister, de s individualiser, c est de refuser la nourriture. Ce faisant, elle veut changer le type de lien avec sa mère parce que tous les liens entre sa mère et elle sont des liens d attachement qui sont restés confondus avec le lien de nourrissage où domine le besoin d être nourri (Freud : étayage de la pulsion partielle. Origine de la pulsion orale dans la pulsion d auto conservation = besoin du corps). Note : Pour Lacan le besoin c est du réel, de la vie, de la pulsion d auto conservation, du corporel, dans le réel du corps où s éprouve le besoin de se nourrir, vital à l enfant. En parallèle à ce réel, se développera aussi le besoin d attachement à la mère, l enfant va désirer rentrer en contact avec sa mère (capacité d attachement). C est ce qui permet à la pulsion d auto conservation de devenir pulsion orale, pulsion partielle. On passe alors du besoin au désir, de manger pour vivre à manger pour communiquer, ce qui répond au besoin d amour. Le désir permet de construire l imaginaire en fonction de la loi symbolique de l interdit de 47
48 l inceste. L anorexie, est le signe du ratage du passage du besoin au désir, du réel à l imaginaire. Avec l imaginaire, on peut se représenter des choses psychiquement, on pourra désirer ces choses absentes. C est le début le l accès au symbolique, donc des prémices du langage. L anorexique ne peut ni désirer ni avoir faim parce qu elle n a jamais connu de frustration qui permet de ressentir cette faim. Elle veut donc créer elle-même du «manque». Elle veut créer cet objet absent pour se le représenter puis ensuite le désirer. Elle n a pas de demande. L appétit ne peut venir car elle est gavée avant même d avoir ressenti la faim. Si le dégoût peut s éprouver, c est déjà mieux que rien. Toute petite sa relation avec la nourriture a fonctionné selon ce modèle. A l adolescence, les points de fragilité des étapes précédentes émergent et renvoient à l identification précoce, narcissique, à la mère (narcissisme primaire). Les lignes du cristal se rompent, la question du désir va rencontrer un espace gavé où il n y a plus de place pour le désir. Il n y a pas de possibilité d exister en tant que jeune fille sexuée sinon au risque de perdre l amour de la mère ou de la détruire. Comme si grandir était destructeur. La défense de l anorexique sera alors le déni du besoin de nourriture. Elle veut recréer le lien entre le besoin et le désir. Le paradoxe dans l anorexie c est que la jeune fille essaie par son anorexie d exister par elle même, de se dégager de sa mère et de leurs relations infantiles. Son symptôme est une réaction saine mais elle risque d en mourir de faim. Le traitement doit donc passer par l hospitalisation qui déjoue le paradoxe en détachant la nourriture de la question de l amour. L injonction médicale opère une séparation qui n avait pas eu lieu ( Cf. L assiette et le miroir de B. Brusset). L anorexie nous mène au tréfonds de la sphère psychosomatique, à l échec partiel de ce temps où le corps et le psychisme se différencient. L anorexique se croit toute puissante du fait de son déni de dépendance et du désir. L anorexique use de 2 principaux mécanismes de défense : le déni et la toute puissance narcissique. Le déni se retrouve à plusieurs niveaux : - Le déni de la différence des sexes : aménorrhées, perte des formes féminines - Le déni de la différence des générations : souvent elles se mettent à préparer les repas, elles nourrissent les parents D un point de vue diagnostique, il est difficile de cataloguer l anorexie qui peut être une manière de ne pas décompenser sur un mode psychotique, le rapport à la réalité est perturbé. Elles ont une perception de leur corps qui est déformée, donc quasi délirante, mais dans les cas plus névrotiques, c est le conflit oedipien qui n arrive pas à être franchi et constitue le trait dominant. Selon leur structure et le contexte, certaines anorexies ont un bon pronostic et se résoudront d elles-mêmes, d autres nécessiteront une hospitalisation, d autres encore mènent à la mort. Les anorexies graves laisseront des séquelles corporelles et psychiques. Il est souvent recommandé aux parents de suivre une psychothérapie en même temps que l analyse individuelle de l enfant anorexique. Une thérapie familiale peut parfois être indiquée. Il y a aussi en très faibles proportions des garçons anorexiques. Cela ressemble plus à une dysmorphophobie. La vraie question des problèmes carentiels du 2ème semestre se traduira plus souvent par une dépression anaclitique une fois l adolescent atteint l âge adulte, à la moindre nouvelle rupture de lien. 2 la boulimie C est à la fois l envers du comportement et presque l identique de la question de l anorexique. La boulimique mange de manière compulsive, répétitive à des moments précis et se fait vomir après. Mécanisme : à la base, il y a une pulsion, c est un besoin de manger, la personne mange, ce qui engendre un apaisement de la tension, puis se fait vomir, pour tout rejeter, ne rien garder 48
49 dans un climat de perte, tristesse et culpabilité. La personne boulimique crée son gavage ellemême. Puis elle crée tout de suite après son vide elle-même, son espace de manque, de rien, pour recréer le sentiment de perte en vue de désirer. C'est la source d une grande angoisse. La personne boulimique n est pas dans la toute puissance car elle n est pas dans le déni comme l anorexique. Il s agit d un ratage du sevrage, vécu comme une perte définitive de la mère. Très souvent la boulimie succède à l anorexie. Il y a une alternance des phases. Ce qui est en jeu, c est la crainte de la perte du lien d amour. C est une très bonne indication de psychanalyse. Chez les hommes, l équivalent des conduites pathologiques d alimentation des femmes, sont les conduites anti-sociales et les conduites addictives (alcoolisme ). 3 Les conduites anti-sociales Le garçon en difficulté pour franchir l Œdipe a du mal à contenir sa vie pulsionnelle et passera à l acte en signant des faux chèques, en volant, fuguant Lors de ces passages à l acte, l adolescent n arrive pas à contenir ses poussées pulsionnelles et agressives. Quand il tombe dans l excès et que ces conduites deviennent un mode de vie, elles deviennent pathologiques. La difficulté réside dans le fait qu elles sont aussi le signe d une angoisse chez l adolescent, l angoisse de perdre son objet d amour. A l âge adulte, ils peuvent devenir psychopathes, ce sont des personnes dépressives au sens anaclitique du terme. Ces dépressions «essentielles» surviennent souvent au moment d une rupture, amoureuse ou autre. 4 Les conduites addictives Ce sont des conduites de relation de dépendance avec un «objet» qui peut être l alcool, la drogue, les médicaments, les jeux (vidéo, Internet, loterie nationale ), le travail, ou un individu. Les conduites anti-sociales, comme les conduites addictives, reflètent une dépression profonde et une dépendance à l autre. Ce sont des sujets qui établissent des liens d amour fusionnels, de grande dépendance. 5 Les suicides chez l adolescent Voir le texte joint / ANAES La question du suicide relève comme pour les anorexiques, les boulimiques et les psychopathes de la question du désir. F.Dolto demandait toujours à un patient qui avait fait une TS s il avait envie de vivre. Ainsi, elle le replaçait dans une position de demande et non pas l inverse, c est à dire que l autre ou la société soient en position de demandeur vis à vis du patient. Il serait en effet paradoxal de désirer à sa place qu il vive. (Cette attitude de F. Dolto ne veut pas non plus dire qu il faut laisser tomber ces sujets en grande détresse! ) IV CONCLUSION Si une désorganisation psychique de l adolescent devient inquiétante, pour les thérapeutes c est aussi une possibilité d entrevoir une fenêtre thérapeutique. Les modifications corporelles de l adolescence redonnent une plasticité au psychisme qui, rappelons-le, s est construit par étayage sur le corps. C est donc une occasion d aider l adolescent à remanier l articulation entre sa psyché et son soma et de développer ses défenses. C est pourquoi, à la suite de R. Spitz, certains parlent de l adolescence comme d un 4ème organisateur après le sourire, l angoisse du 8ème mois et le Non. Car dans cette période ré- 49
50 émergent les mêmes problématiques que durant la petite enfance. Chacun de ces organisateurs peut être considéré comme un développement du lien et de l attachement à l autre. Toutes les angoisses archaïques, sont réactivées (l angoisse de morcellement, de perte de l objet d amour et de castration, même chez un adolescent en bonne santé. Elles remettent en jeu la différenciation entre soi et l autre, la différence des sexes et des générations. Lorsque des risques à l âge adulte ou à l adolescence surgissent, c est parce qu en amont une fragilité structurelle existait déjà. Pour évaluer ces risques, on doit prendre en compte toute la combinatoire de l histoire du sujet, des interactions à l intérieur du couple parental, de leurs comportements, du contexte socio-économique et enfin, du hasard. Tous ces éléments viendront se greffer sur le capital génétique de l enfant à venir pour lui donner des points risque et des points sécurité dont résultera un équilibre propre à chaque individu. Toutes les souffrances ne sont pas forcément pathologiques, elles signent parfois simplement une étape à franchir. La gravité de la pathologie n est pas nécessairement proportionnelle à la douleur ressentie. Certains souffriront avec un sentiment d avoir pourtant eu une enfance heureuse, d autres se porteront bien en ayant traversé des épisodes douloureux. La précocité, les répétitions et la fréquence des attaques psychiques et leur rôle de réactivation, vont constituer un ensemble déterminant sur les risques de pathologies et leur pronostic à long terme. V. ANNEXES ÉPIDÉMIOLOGIQUES ET RECOMMANDATIONS 4 1. Usage de substances psycho actives Constat : Alcool : C est le produit le plus précocement expérimenté par les jeunes, en moyenne à 13,6 ans chez les filles et 13,1 ans chez les garçons. En 1998, les trois quarts des jeunes (76,4 %) déclarent avoir déjà consommé de l alcool au cours de leur vie, les garçons plus que les filles, et le pourcentage de consommateurs augmente de façon linéaire avec l âge. L augmentation de la consommation d alcool chez les jeunes se traduit essentiellement par un bond de la consommation occasionnelle sensible sur tous les produits et une augmentation très importante de la consommation des alcools forts qui touche toutes les classes d âge. Un jeune sur quatre en consomme au moins une fois par semaine et deux jeunes sur mille tous les jours. Parmi les lycéens de 14 à 19 ans, environ 60 % déclarent boire occasionnellement et 10 % plus d une fois par semaine. La bière est la boisson la plus régulièrement choisie par les jeunes de 12 à 19 ans. Quinze pour cent des jeunes de cet âge en consomment au moins une fois par semaine. L expérience de l ivresse reste très différenciée selon l âge et le sexe : si à 14 ans 26 % des garçons et 20 % des filles ont déjà été ivres en buvant de l alcool, à 18 ans, cela concerne 71 % des garçons et 55 % des filles. Ce comportement progresse fortement avec l âge et la différence selon les sexes s accentue avec les années. Environ 50 % des ans ont déjà connu l ivresse (40 % en 1993) 4 Le Ministère de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées offre sur site officiel un portail qui fédère des agences sanitaires sous tutelle du Ministère, est piloté par la Direction Générale de la Santé. Il a pour but de valoriser les informations de santé publique des sites de ces agences. Il traite à la fois de sécurité sanitaire et d informations pédagogiques et documentaires en santé. C est dans ce cadre que Xavier Pommereau, op. cit., a rédigé son Rapport sur la santé des jeunes (Avril 2002) dont nous publions quelques données épidémiologiques. 50
51 L âge moyen de la première ivresse est de 15 ans et demi. On note une tendance à la hausse pour les consommations répétées, notamment chez les jeunes sortis du système scolaire. Tabac : L expérimentation du tabac concerne plus de trois quart des adolescents, en particulier les filles. Le premier usage de cette substance a lieu en moyenne à 14 ans. Ce constat est d autant plus préoccupant que la consommation de tabac peut, au même titre que celle de l alcool, être l une des portes d entrée dans la poly-consommation de produits psycho actifs. La consommation de tabac augmente sensiblement avec l âge. L usage répété concerne quatre adolescents sur dix à l âge de 17 ans. Chez les lycéens (14-19 ans), on dénombre environ 50 % de fumeurs (15 % d occasionnels et 35 % de réguliers). L usage quotidien de tabac est plus fréquent chez les filles à tout âge. Drogues illicites : Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée : plus d un tiers des ans en ont déjà consommé au cours de la vie. L expérimentation du cannabis augmente nettement avec l âge et se révèle, à tout âge, plus fréquente chez les garçons, bien que la différence entre les sexes soit très inférieure à celle observée pour les autres substances illicites. De 14 à 18 ans, sa prévalence passe de 14 % à 59 % chez les garçons et de 8 % à 43 % pour les filles. L usage répété passe de 2 % à 14 ans à 29 % à 18 ans chez les garçons en 1999 et de 1 % à 14 % chez les filles. L âge moyen d entrée dans la consommation de cannabis se situe juste avant 16 ans. La consommation fréquente de cannabis (dix fois ou plus dans l année) concerne 14 % des jeunes, ce qui représente plus de la moitié des usagers de cannabis. La proportion de consommateurs de cannabis augmente significativement avec l âge (27 % à 15 ans contre 61 % à 19 ans). Les consommateurs de cannabis sont plus nombreux dans les lycées parisiens qu en province. Les consommations des populations que l on peut considérer " à risque " ne sont pas significativement supérieures à celles de l ensemble des jeunes ou des lycéens. L augmentation de consommation de cannabis entre 1993 et 1999 est très nette : en 1999, à 18 ans, 59 % des garçons et 43 % des filles déclarent avoir déjà pris du cannabis, contre respectivement 34 % et 17 % en L usage répété de cannabis est en nette augmentation à tout âge et pour les deux sexes entre 1993 et Il passe de 11 % à 29 % chez les garçons de 18 ans et de 3 % à 14 % chez les filles. Les expérimentations d autres drogues restent assez faibles et essentiellement masculines. Parmi les garçons, à 19 ans, 8,7 % ont expérimenté les champignons hallucinogènes, 8,3 % les " poppers " (nitrite d amyle), 6,7 % l ecstasy et 6,3 % les produits à inhaler. La consommation des drogues de synthèse, et en particulier de l ecstasy, est une caractéristique des populations jeunes. Au lycée, elle concerne environ 3 % des jeunes. Les hallucinogènes (tels que les champignons ou les acides), les amphétamines, la cocaïne et l héroïne sont consommés par un petit nombre des ans (moins de 2 %). Le LSD et la cocaïne intéressent plus nettement la génération des ans (2 % d usagers). Parmi les ans, environ 5 % ont déjà pris un produit à inhaler. L expérimentation de l ecstasy est quasi nulle au delà de 35 ans. Selon le 2 ème rapport TREND, dans l espace festif " techno ", la consommation d héroïne est en hausse, consommée à la fois comme régulateur des stimulants et des hallucinogènes, eux aussi largement consommés dans ce milieu (accompagner la " descente ") et pour ses effets propres. Alors même que son expérimentation chez l ensemble des jeunes est assez rare (environ 1 %, davantage chez les garçons que chez les filles), l héroïne trouve depuis peu de nouveaux consommateurs chez les jeunes " ravers " et les participants à des manifestations techno qui ne sont pas des héroïnomanes classiques. Les sulfates de morphine connaissent le 51
52 même type d usage dans ce milieu. De même, la diffusion de la cocaïne et du crack est en hausse dans le milieu techno. Médicaments psychotropes : Leur usage est trois fois plus fréquent chez les filles (29 % des filles et 10,6 % des garçons à l âge de 17 ans). La connaissance des consommations de médicaments psychotropes chez les jeunes, qu ils soient régulièrement prescrits ou pris abusivement en automédication, mérite d être approfondie, d autant que selon le dernier rapport de l OFDT, cette consommation est en augmentation. Concernant la population scolaire (élèves de 16 ans), la France se place, par rapport à ses voisins européens, parmi les pays de tête (12 % pour une moyenne européenne de 10 %). Poly-consommation : La consommation simultanée de plusieurs produits à visée psychotrope (licites ou non) est en augmentation. L usage du tabac et de l alcool est souvent associé à celui du cannabis. Les trois quarts des expérimentateurs de cannabis déclarent fumer du tabac, dont 55 % régulièrement. Plus de la moitié des usagers de cannabis déclarent consommer régulièrement de l alcool. En 1999, 2 % des garçons de 14 ans utilisent de façon répétée au moins deux produits, contre 28 % à 18 ans. Pour les filles ces pourcentages passent de 2 % à 15 %. La combinaison tabac + cannabis passe de 1 % à 14 ans à 10 % à 18 ans. Les variations observées suivant l âge et le sexe sont très prononcées. A 17 ans, la poly-consommation répétée est deux fois plus fréquente chez les garçons (23,4 % contre 12,4 % chez les filles). Pour les deux sexes, elle concerne surtout tabac et cannabis. La poly-consommation répétée croît entre 17 et 19 ans, correspondant surtout à l association tabac + alcool + cannabis. Points à souligner : Drogues et ruptures : La recherche de sensations et la fuite caractérisent les jeunes qui vont le plus mal ; ceux-ci se signalent très tôt par une consommation régulière et importante de substances psycho actives. Ils recherchent davantage la " coupure " (ne plus penser, oublier leurs angoisses, ne plus souffrir) que le plaisir, et davantage l appartenance identitaire au groupe des pairs que la convivialité. La précocité et le cumul des consommations constituent des indicateurs de vulnérabilité. La fréquence et la durabilité des consommations sont d importants facteurs de risque, tant au plan de la santé que de l évolution vers la rupture sociale. Lorsque les jeunes bénéficient de soins, le risque de mésusage et d abus de médicaments psychotropes (tranquillisants, antidépresseurs) doit être évalué et pris en compte par le médecin prescripteur pour ne pas aggraver les ruptures. Age et sexe : Compte tenu de la précocité croissante des expérimentations de substances psycho actives, les actions de prévention à entreprendre doivent être renforcées chez les ans. Elles doivent également tenir compte des différences de consommation observées en fonction du sexe. Considérations et questionnements à prendre en compte : En matière d usage de substances psycho actives, les actions d éducation pour la santé se heurtent à des problèmes complexes liés à différents paramètres : - L évolution des mentalités et des modes de vie est celle d une société de consommation et de loisir qui valorise notamment l individualisme, l obtention de plaisirs immédiats, la multiplication commerciale des occasions festives, l oubli plutôt que le deuil, réduisant la tolérance aux frustrations et la valeur morale des interdits ; parallèlement, les jeunes connaissent des situations de dépendance (affective et matérielle) durables, allant de pair avec de fortes exigences de " rendement scolaire " et une restriction prononcée du temps libre autogéré. La résultante de ces différents facteurs conduit un nombre croissant de 52
53 jeunes à " se lâcher " les soirs de week-end au moyen de divers expédients, et les plus en difficulté à consommer des substances pour " oublier " leur détresse. - La notion moderne de " droit au plaisir " tend à faire interpréter les principes de modération et de limite en termes de contraintes insupportables et de privation de liberté. - Certaines consommations sont culturellement inscrites et valorisées dans la vie en société, ce qui diminue considérablement la valeur et la portée des incitations préventives, d autant que les effets délétères et toxiques de certaines substances ne s observent que plusieurs années après le début de leur usage excessif et chronique. - Notre société tend à privilégier le couplage " possible/impossible " sur celui du conflit entre l autorisé et le prohibé, ce qui a notamment pour effet, chez les jeunes, de réduire l efficacité préventive de l interdit fondé sur le seul argument de l autorité, et de valoriser éventuellement les pratiques illégales. - Si la pénalisation de l usage personnel de drogues (et non de ses éventuelles conséquences sur la santé d autrui) est, en pratique, inapplicable et donc caduque ipso facto, il est difficilement concevable que ces produits dangereux soient en libre accès. - Faute de cohérence entre pénalisation et légalisation de l usage des drogues, les adultes prêtent le flanc à diverses critiques de la part des jeunes à propos des effets comparés de l alcool et du cannabis. Cette position paradoxale expose les adultes à la disqualification de leurs recommandations préventives. - La récente expertise collective de l Inserm (novembre 2001) indique que, sur le plan des effets immédiats, le cannabis ne provoque pas d accidents graves, mais ne lève pas les incertitudes épidémiologiques quant aux effets sur le fœtus, aux conséquences sur la conduite automobile, aux rapports avec les troubles mentaux et au " syndrome amotivationnel " susceptible d apparaître chez les consommateurs réguliers. - Des résultats préliminaires communiqués par certains urgentistes impliqués dans la recherche de toxiques chez les auteurs d accidents mortels de la circulation, semblent indiquer que, dans 20 % des cas, la présence de cannabinol est positive. - Sachant que le cannabis se consomme essentiellement par inhalation avec du tabac et que le fait de fumer régulièrement expose à un risque cancérigène accru (notamment cancer des bronches et/ou ORL), il est difficile d estimer le rôle néfaste éventuel du cannabis à long terme. Toutefois, l hypothèse que cette substance soit elle-même cancérigène et/ou que son association avec le tabac en augmente le risque, impose des études approfondies. - Dans une société de consommation et de libre-échange, il est particulièrement difficile de traiter efficacement les problèmes de la vente, du trafic, de l usage public, du prosélytisme, de l apologie des drogues y compris actuellement légales. - Tandis que la modernité se traduit par une " crise des limites " (dans tous les sens du terme), il est non moins difficile pour les pouvoirs publics de concilier dans des proportions acceptables prévention, répression et prise en charge médico-socio-éducative. - Compte tenu de la complexité des problèmes posés, il est illusoire de penser que le seul principe de la réglementation puisse tout régler. 2. Prévention des conduites sexuelles à risque Constat : Chez les jeunes filles, le recours à la pilule croît avec l âge. Moins d un tiers des adolescentes la prennent lors des premiers rapports sexuels. Elles sont 57 % à 19 ans 5. Chez les ans, 5 Les jeunes - Contours et caractères, Insee, 2000 :
54 six jeunes femmes sur dix utilisent la pilule. Dans la même tranche d âge, 58 % des femmes et 83 % des hommes disent avoir déjà utilisé le préservatif au cours de leur vie. Son emploi est d autant plus fréquent que les sujets sont jeunes : en , 87 % des ans ont eu recours au préservatif lors du premier rapport sexuel 6 ; ils sont 90 % à le déclarer en 2000 et utilisent plus souvent que les autres classes d âge le préservatif comme moyen contraceptif (près d une jeune fille sur quatre et quatre jeunes hommes sur dix), selon le dernier Baromètre santé 7. L enquête 97/98 indique cependant qu ils sont moins nombreux à utiliser un préservatif lors du dernier rapport sexuel avant d avoir été interrogés. Environ un jeune sur dix n a utilisé ni le préservatif, ni la pilule lors des premiers et derniers rapports sexuels. 13,9 % des femmes de moins de 25 ans déclarent avoir eu recours à la pilule du lendemain (Baromètre santé 2000). Selon la même source, dans la même tranche d âge, 7,6 % des femmes interrogées disent avoir déjà eu recours à l interruption volontaire de grossesse (IVG), chiffre considéré par les enquêteurs comme probablement sous-estimé. Près de la moitié des IVG concernent des femmes de 20 à 29 ans et 11 % des IVG, des adolescentes de moins de 20 ans. Entre 1985 et 1996, le nombre total d IVG est resté quasiment stable, tandis que chez les mineures le nombre de conceptions a diminué de 13 % en dix ans, en raison d un recours plus fréquent à l IVG (sept grossesses de mineures sur dix conduisent à l IVG) 8. Actuellement, la majorité des adolescents infectés par le VIH l a été en période périnatale à partir d une mère séropositive. Pour les adolescents, le risque de contamination active lors d une expérience de toxicomanie ou lors de pratiques sexuelles reste statistiquement rare mais effectif. Réalisées en France en 1992, 1994, 1998 et 2001, les enquêtes KABP 9 permettent de suivre l évolution des connaissances, attitudes, croyances et comportements face au sida. L enquête indique un relâchement des comportements de protection et montre notamment que, par rapport à leurs aînés, les jeunes apparaissent moins sensibilisés au VIH/sida, adhèrent moins au principe du dépistage obligatoire, craignent certes le risque de contamination par le VIH mais de façon beaucoup plus diffuse et moins précise. Enfin, les jeunes de 18 à 24 ans déclarent moins souvent en 2001 qu en 1998 avoir utilisé un préservatif dans l année et avoir eu recours au test de dépistage durant leur vie. La nécessité de se protéger vis-à-vis du VIH/sida paraît moins intégrée chez les ans qui ont, en grande majorité, commencé leur vie sexuelle après 1996, date de l arrivée des multi thérapies. Ces jeunes ont moins bénéficié de la forte médiatisation du sida des années 80 et du début des années 90. Il semble en résulter une moindre sensibilisation à l égard de l infection par le VIH/sida et le début d un désengagement face aux comportements de prévention. Notons également que l enquête presse gay fait état, entre 1997 et 2000, d une augmentation des prises de risque vis-à-vis du VIH avec les partenaires occasionnels chez les jeunes hommes homosexuels. Parmi les autres infections sexuellement transmissibles (IST), les chlamydioses 12 sont fréquentes chez les sujets jeunes et très jeunes (risque multiplié par 6 chez les femmes de 6 Baromètre santé jeunes cf. Marie Choquet et Virginie Granboulan, Les Jeunes Suicidants à l hôpital, 97/98. 7 Baromètre santé Les jeunes - Contours et caractères, Insee, 2000 : Knowledge, Attitudes, Beliefs and Practices. 10 Les connaissances, attitudes, croyances et comportements face au VIH/sida en France en 2001, Observatoire régional de santé d'ile-de-france, Recrudescence des prises de risque et des MST parmi les gays (Ph. Adam, E. Hauet, C. Caron), ANRS, mai
55 moins de 20 ans). L infection génitale basse initiale passe souvent inaperçue et peut n être diagnostiquée qu au stade de salpingite (femme), d épididymite (homme), voire d infertilité. Chlamydia trachomatis reste la première cause d infertilité tubaire. Le coût social et médical de la prise en charge de l infection et de ses séquelles est très important 13. La transmission se fait exclusivement par voie sexuelle. Le dépistage biologique de l infection est pourtant simple (test urinaire) et peu onéreux (environ 25 euros). Points à souligner : Si la sexualité non protégée chez les adolescents peut être due à l ignorance, il n en reste pas moins que l influence de croyances et d attitudes caractéristiques de cet âge doit être prise en compte : sentiments de toute-puissance et d invulnérabilité, idéalisation du principe de confiance tacite, difficultés d affirmation de soi, crainte du jugement et/ou du regard de l autre, difficultés de la verbalisation trop allusive, opposition active au discours préventif des adultes, tentation de la prise de risques délibérée, pratiques sexuelles maladroites ou mal contrôlées, mauvaise anticipation des effets désinhibiteurs des substances psycho actives sur les conduites, etc. Pour de nombreux cliniciens en charge d adolescentes, la sexualité non protégée est, dans certains cas, moins accidentelle que délibérément risquée, voire suicidaire. Ce constat, s il n est pas encore scientifiquement validé, demande à être davantage pris en considération. Il n est d ailleurs pas contradictoire avec les données du Baromètre santé 2000 indiquant que, parmi les ans, les plus jeunes, d une part, et celles qui ont eu une IVG, d autre part, ont plus souvent répondu qu elles n avaient pas, ou pas systématiquement, un moyen contraceptif 14. Les jeunes filles connaissant l IVG à répétition sont plus souvent des adolescentes en rupture espérant secrètement qu un " changement d état " pourrait changer quelque chose à leurs difficultés existentielles. Les difficultés ou les problèmes de sexualité à l adolescence ne doivent pas être envisagés que sous l angle exclusif des pratiques sexuelles. Chez certains jeunes, les questionnements à propos de l orientation sexuelle, les craintes de rejet de la part d autrui et les sentiments de culpabilité peuvent être responsables d états de souffrance psychique ayant des conséquences comportementales néfastes (prises de risque, isolement, tentatives de suicide). Concernant les chlamydioses, on ne dispose pas actuellement d une estimation fiable de leur prévalence chez les ans, sachant que les cas de jeunes filles asymptomatiques ou de celles dont les symptômes ne sont pas diagnostiqués par détection biologique, échappent à l analyse des données de laboratoire réalisée par le réseau national (RENACHLA). Or, les pays scandinaves ont largement démontré que le dépistage et le traitement systématiques des chlamydioses chez les jeunes permet de diminuer très fortement l incidence des salpingites, des grossesses extra-utérines et des cas de stérilité 15. Dorénavant obligatoire en milieu scolaire, l éducation à la sexualité ne se limite pas à la description de la procréation et des méthodes contraceptives ou de protection. Ses objectifs sont de prévenir les comportements à risques et, surtout, de faire évoluer les attitudes de fond qui sont à l origine de ces comportements et de contribuer à l épanouissement personnel de 12 Chlamydia trachomatis - Recommandations du CSHRF, section maladies transmissibles (P. Judlin, B. de Barbeyrac, P. Nottin), novembre Il est estimé pour 1990 à 4.2 millions de dollars aux USA. 14 Baromètre santé 2000 : Chlamydia trachomatis - Recommandations (P. Judlin, B. de Barbeyrac, P. Nottin), op. cit. 55
56 chacun. La loi du 4 juillet 2001 relative à l IVG et à la contraception préconise la généralisation sur l ensemble du cursus scolaire d au moins trois séances annuelles d information et d éducation à la sexualité dans les écoles, collèges et lycées. Pour autant, cela ne doit pas faire l économie d autres actions de prévention dans et hors de l école, conformément aux souhaits des jeunes exprimés lors des états généraux de la santé, sous la forme de forum et débats sur des thèmes plus élargis (l amour, les relations sentimentales, la confiance, etc.) permettant aux adolescents de donner leur point de vue et de se confronter à l opinion des adultes. 3. Suicide Constat : Deuxième cause de mortalité chez les jeunes, les suicides représentent 17,4% du total des décès de jeunes hommes et 15,1 % des décès de jeunes filles 16. Trois suicides sur quatre sont masculins (usage d une arme à feu ou pendaison, sept fois sur dix 17 ), tandis que les tentatives de suicide (TS) estimées cinquante fois plus nombreuses que les suicides aboutis chez les jeunes 18 sont surtout féminines (intoxications médicamenteuses volontaires, scarifications et phlébotomies). Sept pour cent des jeunes scolarisés (11-19 ans) déclarent avoir fait une TS (5 % une seule, 2 % plusieurs). Ce taux est multiplié par deux parmi les jeunes, garçons comme filles, qui ont quitté précocement le système scolaire 19. Un suicidant sur trois récidive dans l année. Le rapport idées de suicide/ts se situe autour de quatre. La chronicité des idées suicidaires est un facteur de risque de passage à l acte. Si seulement 8 % des garçons et 13 % des filles pensent souvent au suicide, 41 % parmi eux ont fait une TS, alors qu ils ne sont que 1 % parmi ceux qui n ont jamais eu de telles idées 20. Parmi les indicateurs de risque, on note la survenue avant l âge de 15 ans et le cumul de diverses conduites de rupture 21 (violences agies, fugues, usage régulier de substances psycho actives, troubles alimentaires, prises de risque répétées à type de conduites motorisées dangereuses, sexualité non protégée, etc.). Les antécédents suicidaires familiaux, les violences sexuelles subies, l instabilité familiale, les biographies émaillées de secrets de famille ou de filiation, les troubles de l humeur et de la personnalité, les difficultés d affirmation de l orientation sexuelle et les questionnements identitaires majeurs, constituent des facteurs de risque souvent masqués par les événements déclenchants (rupture sentimentale, échec scolaire, conflits familiaux, etc.). Points à souligner : Chez les jeunes, la prévention du suicide réclame à la fois une plus grande sensibilisation des adultes en charge d adolescents (idées reçues à dénoncer, prise en considération des idées de suicide exprimées), un meilleur dépistage des sujets à risque (c est-à-dire de ceux qui 16 Les jeunes - Contours et caractères, Insee, 2000 : Inserm SC 8, données Environ TS chez les moins de 25 ans, sur un total tous âges estimé à TS annuelles (Drees, 2001). 18 Environ TS chez les moins de 25 ans, sur un total tous âges estimé à TS annuelles (Drees, 2001). 19 M. Choquet, Suicide et adolescence : acquis épidémiologiques, in La crise suicidaire. Reconnaître et prendre en charge, John Libbey Eurotext & Fédération Française de Psychiatrie, 2001 : M. Choquet, 2001, op. cit 21 M. Choquet, X. Pommereau, C. Lagadic, Les élèves à l'infirmerie scolaire : identification et orientation des jeunes à haut risque suicidaire. Enquête réalisée auprès de 21 établissements scolaires du département de la Gironde, à la demande de la Direction Générale de la Santé, Paris : Inserm,
57 multiplient les conduites de rupture, quelle qu en soit la forme), une limitation stricte de l accès à certains moyens de suicide pouvant être employés impulsivement et une prise en charge plus soutenue des auteurs de TS. Depuis quelques années, on assiste à une augmentation des hospitalisations pour TS en services d urgence de mineurs de moins de 15 ans. Il est actuellement impossible de déterminer si cette augmentation correspond à un taux de prévalence en hausse ou si elle reflète un recours hospitalier plus systématique. Cette dernière hypothèse n est cependant pas étayée par les résultats de l enquête Prémutam 22 indiquant que plus le sujet suicidant est jeune, moins le recours à l hospitalisation après une TS est retenu par le médecin généraliste amené à intervenir, ce qui peut traduire une moindre gravité somatique ou une appréciation, différente selon l âge, de la gravité du geste. 22 Prémutam (CNAMTS, Mutualité française), Bilans régionaux. Prévention des suicides et tentatives de suicide, Etat des lieux , Paris, 1998 :
58 Chapitre 5 PSYCHOLOGIE SOCIALE Bibliographie -Didier ANZIEU: Le groupe et l'inconscient, l'imaginaire groupal, Dunod, Paris Didier ANZIEU, J.-Y. MARTIN: La dynamique des groupes restreints, PUF, Paris Sigmund FREUD: psychologie des foules et analyse du moi, 1921, in essais de psychanalyse, p.b.p. -Jean MAISONNEUVE: Introduction à la psychosociologie, PUF, Paris Edmond MARC et Dominique PICARD: L'interaction sociale, PUF, Paris Le cours est principalement extrait des deux références suivantes : -Willem Doise, Jean-Claude Deschamps, Gabriel Mugny, Psychologie sociale expérimentale, A. Colin, Paris Gustave-Nicolas FISCHER: Les concepts fondamentaux de la psychologie sociale, Dunod, Paris PLAN 1. INTRODUCTION 1.1. DEFINITION ET BUT 1.2. OBJET ET SPECIFICITE 1.3. HISTORIQUEMENT 1.4. CONCEPTIONS THEORIQUES 1.5 CONCEPT D IDENTITE SOCIALE DEFINITIONS 2. LES INFLUENCES SOCIALES 2.1 INFLUENCE SOCIALE ET DISSONANCE COGNITIVE, INTRODUCTION 2.2. DISSONANCE ET CHANGEMENT D ATTITUDES 2.3. INFLUENCES SOCIALES ET NORMES 2.4. L'EFFET AUTOCINETIOUE : L'EXPERIENCE DE SHERIF 3. LES FORMES DE L'INFLUENCE SOCIALE 3.1. LA CONFORMITE LES PREMIERES RECHERCHES SUR LA CONFORMITE L INTERPRETATION DE LA CONFORMITE 3.2. L OBEISSANCE L'EXPERIENCE DE MILGRAM LE MODELE EXPLICATIF 4. LES THEORIES DE LA CROYANCE SOCIALE 58
59 4.1. INTRODUCTION : 4.2. L'EXPERIENCE DE ASCH 4.3. LES ELEMENTS DE FORMATION DES IMPRESSIONS 5. LES MODALITES DE LA PERCEPTION SOCIALE : PREJUGES ET STEREOTYPES 5.1. EXEMPLE DE L'EFFET PYGMALION 5.2. JUSTIFICATION SOCIALE : «LA TAVERNE DES VOLEURS» 5.3. LA REPRESENTATION SOCIALE 6. UN PROCESSUS DE COMMUNICATION SOCIAL : LA RUMEUR : 6.1. INTRODUCTION 6.2. LES ETUDES EXPERIMENTALES 6.3. LES RECHERCHES SUR LE TERRAIN 6.4. LE MODELE EXPLICATIF 7 LE GROUPE ET L INCONSCIENT SOCIODRAME ET PSYCHODRAME 7.1 LE SOCIODRAME 7.2 THEORIE GENERALE DE LA CIRCULATION FANTASMATIQUE EN GROUPE SELON D. ANZIEU 7.3 PRINCIPAUX PROCESSUS CLES DU GROUPE, DANS LA PERSPECTIVE PSYCHANALYTIQUE 7.31 L illusion groupale et les fantasmes de casse 7.32 L espace imaginaire du groupe 7.33 Cinq organisateurs psychiques inconscients du groupe 8 RESUME SUR L INFLUENCE SOCIALE 1. INTRODUCTION 1.1. Définition et but -Interaction des personnes et des groupes dans le cadre de la vie quotidienne; Jean Maisonneuve définit ainsi le domaine propre de la psychologie sociale: -interaction des processus sociaux et psychologiques au niveau des conduites concrètes. La psychologie sociale se définit par le concept d'interaction où l'ensemble des relations interpersonnelles est le produit d'un processus de socialisation. -jonction aussi entre l'approche objective et celle du sens vécu, au niveau du ou des agents en situation Objet et spécificité L'objet de la psychologie sociale varie selon le niveau d'analyse et de recherche entre l'étude du lien social et celle de l'interaction. La psychologie sociale est la science des liens entre, d'une part, les organisations individuelles des comportements, sentiments, cognitions et perceptions et, d'autre part, leurs multiples régulations sociales. La psychologie sociale se différencie aussi bien de la psychologie qui étudierait exclusivement les organisations individuelles que de la sociologie qui privilégie l'étude des rapports entre 59
60 individus et groupes pour autant qu'ils s'insèrent dans les dynamiques caractéristiques d'une société. Le but de la psychologie sociale est précisément d'expliquer comment les systèmes d'organisation individuelle s'intègrent dans un ensemble social et, réciproquement, comment un ensemble social structure et oriente les organisations individuelles Historique Retenons quelques noms : Tarde qui a nommé la psychologie sociale en 1903 ; Le Bon en 1897 qui parlait de l'âme collective et de la modification de l'individu dans la foule; Durkheim en 1897, connu pour une étude sur le suicide ; Allport, en 1924 qui mit l'accent sur le contexte et la valeur de la représentation sociale dans les relations interpersonnelles Conceptions théoriques Les conceptions théoriques mises en présences sont le behaviorisme, le cognitivisme, la phénoménologie et les théories symboliques développées par M. Mead ou Lévi-Strauss (traditions, normes, valeurs, dynamique des systèmes culturels...). Les psychologues sociaux utilisent des principes explicatifs différents selon le niveau d'observation. Nous pouvons discerner schématiquement : les processus intra-individuels, les processus interindividuels et situationnels, les différences de positions, les systèmes de croyances, de représentations, d'évaluations et de normes sociales. Ces niveaux d'observation et d'étude sont artificiellement séparés et font appel les uns aux autres. L'individuel et le social ne sont pas à opposer mais à conjuguer tout comme l'inné et l'acquis concourent à la maturation d'un sujet. Ce sont la méthode expérimentale et l'objet d'étude qui vont différer. La psychologie sociale fait appel à une grande variété de méthodologies qui permettent d'effectuer des comparaisons interprétables entre individus ou groupes d'individus: il s'agit principalement de l'analyse de données secondaires, l'observation de comportements, l'enquête, l'entretien et l'expérimentation. La situation de la psychologie sociale est donc à l'intersection de différentes problématiques thématiques, de différents niveaux d'analyse et de différentes approches méthodologiques. La grande diversité des approches est le reflet de la variété et de la complexité même de la réalité sociale où des situations particulières sont toujours imbriquées dans un tissus de déterminismes multiples. Aucune théorie générale n'en rend compte d'une manière exhaustive; seule une intégration éclectique de plusieurs grilles explicatives pertinentes permet de comprendre à la fois les caractéristiques de généralité et de spécificité des interactions sociales, y compris de celles qui sont produites expérimentalement. La psychologie sociale appliquée est une discipline issue de la psychologie sociale, qui visera à favoriser le changement social. Kurt LEWIN (1947) a mis en évidence les implications (en termes de "résistance au changement" et de "dynamique des groupes") de l'équilibre quasi stationnaire qui maintient les normes sociales affectant le fonctionnement d'un petit groupe (stratégies de changement d'habitudes alimentaires avec trois phases: décristallisation, déplacement et cristallisation. La première réduit les résistances à travers l'évocation commune de la part des sujets de leurs réticences, la deuxième provoque un changement au moyen de prise de décision collective, et la troisième renforce le nouvel état d'équilibre en facilitant de nouveaux comportements). Des disciplines se sont constituées en fonction de leur démarche: programmes de formation, de politique organisationnelle, démarche de compréhension de phénomènes sociaux (agression et violence, Berkowitz, 1993) conflits inter-groupes, minorités actives 60
61 (Moscovici,1979) etc. Ainsi se sont détachées les psychologies de l'environnement, de l'éducation et de la formation, du travail et des organisations, de la communication, la psychologie du témoignage oculaire, etc. Nous supposerons acquises certaines notions de la relation sociale comme la formation du lien social (l'attachement et la socialisation, la relation et la communication). 1.5 Concept d identité sociale - définitions -La «personnalité de base» est un concept forgé en 1945 par Abraham Kardiner, psychanalyste américain (culturaliste): cet ensemble des traits de personnalité typiques d un groupe, est le produit de l introjection dans l enfance des normes et des valeurs du groupe. Ce concept intègre la dimension culturelle, il est issu des critiques d ethnologues comme B. Malinowski ou M. Mead concernant l universalité des processus intra-psychiques de développement suggérés par Freud. M. Mead affirmait la primauté du sociologique et le rôle de l éducation qui favorisait, selon elle, la fixation, voire la régression à tel stade libidinal, oral ou anal. Définition : La personnalité de base désigne ce qu il y a de commun entre les membres d une certaine culture, une sorte de style propre à leur conditions collectives d existence, transmis par l éducation et s exprimant à la fois dans des conduites, des sentiments, des systèmes de pensée et de valeurs. -L identité sociale est la partie de la représentation que l individu se fait de lui (identité personnelle) qui est liée aux rôles et aux statuts sociaux des groupes ou catégories auxquels il appartient. -Le statut est la position ou caractéristique sociale susceptibles de préciser la condition ou le rang d un individu par rapport aux autres dans un groupe ou une société donnée. -Le rôle est l ensemble des comportements associés à une place et/ou à un statut et attendus réciproquement par les acteurs sociaux. 2. LES INFLUENCES SOCIALES 2.1. Influence sociale et dissonance cognitive, introduction : L'influence sociale a également été étudiée comme facteur de changement des individus et de leurs attitudes. Les individus agissent à partir de ce qu'ils croient et de ce qu'ils éprouvent, visà-vis des autres, vis-à-vis d'eux-mêmes. En étudiant la manière dont ils pensent leur action et celle des autres, nous observons une motivation fondamentale qui est la recherche de cohérence entre les différents éléments : pensée, croyance et sentiments par rapport au monde environnant. Ce besoin de cohérence explique notre tendance à organiser, de la façon la plus optimale pour nous, à la fois nos opinions et notre manière de comprendre le monde, et de nous comporter en conséquence. L'influence sociale sera abordée ici à partir du besoin de cohérence cognitive et de la façon dont celui-ci joue comme facteur d'influence vers le changement des attitudes. Festinger (1957) a tenté de rendre compte de ce phénomène à partir de sa théorie de la dissonance cognitive. Selon lui, les notions essentielles de cette théorie sont extrêmement simples : «L'existence simultanée d'éléments de connaissance qui, d'une manière ou d'une autre, ne s'accordent pas (dissonance), entraîne de la part de l'individu un effort pour les faire, d'une façon ou d'une autre, mieux s'accorder (réduction de la dissonance).» 61
62 Autrement dit, la dissonance cognitive, c'est un état de tension intérieure résultant d'une coexistence discordante entre des idées ou des opinions acquises antérieurement et un ou des faits nouveaux. Festinger a étudié plusieurs cas : la dissonance comme conséquence de décisions prises; celle introduite par un fait accompli; la dissonance résultant de l'effort; celle émanant de la tentation. Dans ce dernier cas, la théorie de la dissonance permet de prédire qu'un individu, après avoir accompli un acte immoral, aura vis-à-vis de cet acte une attitude plus indulgence qu'auparavant. La théorie de la dissonance a surtout l'intérêt de montrer comme les individus sont portés à réduire l'état perturbateur ainsi engendré. La réduction de la dissonance est un mécanisme qui diminue la tension intérieure créée par l'existence simultanée d'éléments de connaissance discordants. En effet, il existe des variations dans l'intensité de cette dissonance, et l'on peut établir une corrélation entre la grandeur de la dissonance et l'importance des cognitions à son sujet ; d'où il résulte que plus la dissonance est élevée, plus la motivation à la réduire est grande. Les individus peuvent réduire cet état perturbateur de plusieurs manières. D abord en modifiant la cognition proprement dite, c'est-à-dire en changeant d'idée à propos de la situation nouvelle. Par exemple j'affiche des idées non racistes, et je réprouve la décision de ma fille qui sort avec un ami noir. -La dissonance peut ensuite être réduite par un système d'évitement. Ce mécanisme a pour fonction de réaliser l'intégration des éléments extérieurs, mais sur la base d'un système protecteur qui préserve le Moi. Par exemple, dans une campagne d'information, nous trouvons des personnes qui, se sentant exposées et contraintes de recevoir des informations «désagréables», déplaisantes et peu en accord avec leurs opinions préalables, les interprètent en fonction de leurs attitudes antérieures. Enfin, en sélectionnant les informations qui leur conviennent, les individus peuvent réduire la dissonance par un changement de comportement face à la nouvelle situation. Dans ce cas, on perçoit le lien existant entre la recherche d'une consonance cognitive et le changement des attitudes : la réduction de la différence est alors équivalente à un changement d'attitudes, qui s'effectuera par l'intégration de nouvelles données de la manière la plus économique possible. Ce changement est à concevoir comme une réorganisation d'ensemble, c'est-à-dire une redistribution des valeurs qui amène l'individu à un nouveau stade de consonance Dissonance et changement d attitude. Deux études permettent de mettre en lumière ce rapport entre réduction de la dissonance et changement d'attitude. Dans le cadre d'une expérience, Culbenson (1957) a proposé à des Blancs qui avaient des préjugés contre les Noirs, soit de jouer le rôle d'un Noir déménageant dans un quartier entièrement blanc, soit de regarder les autres jouer ce rôle. Les résultats ont montré que ceux qui avaient accepté de jouer le rôle d'un noir, avaient davantage réduit leurs préjugés que ceux qui n'avaient été que spectateurs. Des investigations complémentaires ont permis de révéler que les changements sont d'autant plus importants que l'implication dans le jeu de rôles a été grande. Les implications ont été interprétées de la façon suivante : le fait de se mettre dans la peau de quelqu'un que l'on a tendance à déconsidérer, crée plus de dissonance que celui de faire une simple déclaration en faveur des Noirs. Donc, plus la dissonance est grande et plus le changement d'attitude est grand lui aussi. Une autre étude a été réalisée dans le même sens par Zimbardo et Ebbeson (1969). On a demandé à des individus de faire un exposé sur un sujet en désaccord avec leur opinion personnelle. Ils pouvaient suivre simultanément leur discours, qui leur était retransmis dans des écouteurs; leurs voix étaient décalées d'une fraction de seconde pour rendre la tâche parti- 62
63 culièrement difficile. Un autre groupe d'individus avait à accomplir la même tâche, mais sans être soumis à la rétroaction auditive différée de leur discours. Les résultats ont fait apparaître que les individus du deuxième groupe, ayant présenté un thème en désaccord avec leurs opinions, mais sans être perturbés dans leur présentation, ont manifesté peu de conviction par rapport aux propos énoncés. A l'inverse, ceux du premier groupe, soumis à une écoute quasi instantanée de leurs propos, ont été beaucoup plus perturbés et se sont, en conséquence, montrés deux fois plus convaincus par la présentation qu'ils ont faite. A partir de ces expériences, on peut conclure que le sentiment de dissonance entraîne un changement des attitudes personnelles, lorsque les individus adoptent publiquement un rôle en contradiction avec elles. La théorie de Festinger suggère que lorsqu'un individu se trouve pris entre deux ou plusieurs éléments discordants, il va essayer de réduire cet inconfort en modifiant son attitude personnelle en direction du comportement généralement admis. Au contraire, dans le cas où les gens sont obligés d'adopter une attitude contraire à leurs expériences antérieures, plus il y a de pressions, moins il y a production de dissonance. Festinger et Carlsmith (1959) ont examiné le cas où des personnes étaient sollicitées pour s'engager dans une action désagréable parce qu'elles étaient récompensées. Ils ont émis l'hypothèse que, suffisamment payées pour dire un mensonge, elles n'éprouveraient pas de dissonance, car elles estimeraient avoir été obligées d'accepter une supercherie en raison de l'importance de la récompense. Ils ont formulé, par ailleurs, une autre hypothèse selon laquelle les individus considèreraient qu ils ne pourraient pas justifier leur comportement, si on ne leur remettait qu une faible somme pour le même mensonge : dans ce cas, ils pourraient plus facilement faire face à la dissonance, en acceptant plus facilement le mensonge. A partir de ces hypothèses, l'expérience a été menée de la manière suivante. On donna à un groupe d'étudiants vingt dollars, afin qu ils informent leurs camarades de classe du très grand intérêt d'une de leurs activités, qui était en fait très peu motivante. Un autre groupe d'étudiants ne reçut qu un dollar, pour donner la même information mensongère. Les résultats ont prouvé que les étudiants moins bien payés étaient davantage convaincus par le fait que la tâche pouvait être intéressante, alors que les étudiants mieux payés l'étaient deux fois moins. Ces diverses expériences permettent de saisir la dissonance cognitive comme un processus producteur d'un changement d'attitudes. Dans cette perspective, la réduction de la dissonance opère comme un système d'influence cognitive Influences sociales et normes : De quelle façon et dans quelles conditions l'interaction avec autrui peut-elle conduire a transformer la perception qu'un sujet a de l'environnement? Telle est la question que nous étudierons maintenant, et qui relève du domaine de l'influence. Le processus d'influence peut se manifester selon trois modalités : -La conformité à laquelle l'influence sociale a souvent été assimilée ; la conformité se caractérise par l'existence d'une norme dominante et par le fait que les individus acceptent le système de comportement qu'elle privilégie. Généralement une catégorie sociale incarne la norme et une autre s'y soumet. -L innovation : réciproquement, l'influence peut être le fait d'une minorité, au départ dénuée de tout pouvoir, mais qui a un style de comportement «ferme et résolu»(consistant). Cette minorité peut changer, par sa conduite, le système de comportement de la majorité pour le remplacer par un autre modèle. -La normalisation renvoie à des situations dans lesquelles il n'y a pas de norme établie et où les sujets, étant incertains de leurs réponses, exercent une influence réciproque les uns sur les 63
64 autres et convergent vers une norme commune. C'est cette dernière modalité de l'influence qui sera développée dans ce chapitre L'effet autocinétique : l expérience de SHERIF Le problème de l'élaboration d'une norme collective est au centre des célèbres travaux de Sherif (1935, 1965) sur l'influence du groupe dans la formation des normes et attitudes. Cet auteur définit une norme sociale comme «... une échelle évaluative (par exemple le mètre étalon) indiquant une latitude acceptable et une latitude inacceptable pour le comportement, l'activité, les événements, les croyances ou tout autre sujet concernant les membres d'une unité sociale (Sherif, 1969). Dans un autre ouvrage consacré aux normes sociales, où il s'intéresse surtout à l'émergence des normes comme produit de l'interaction des membres de groupes restreints, Sherif (1936) souligne le fait que «... tout groupe faisant preuve d'une certaine continuité possède un système d'attitudes, de valeurs, de lois et de normes qui régissent les relations entre les individus». Les questions conduisant Sherif à élaborer une expérience qu'il considère comme le prototype du processus psychologique de la formation d'une norme dans un groupe» (1965) sont alors les suivantes : que fera un individu placé dans une situation ambiguë, objectivement indéfinie et dans laquelle le cadre externe de référence est absent? Établira-t-il un point de référence qui lui est propre ou, en d'autres termes, produira-t-il une norme individuelle? Cette première interrogation peut sembler éloignée de la problématique de la formation d'une norme collective. Cependant ce n'est qu'en connaissant les réactions d'individus isolés face à des stimuli ambigus que l'on aura des points de comparaison permettant de cerner le processus de la production collective de normes. Que se passe-t-il maintenant lorsqu'on aborde un niveau plus social, lorsqu'un groupe de personnes est placé dans la même situation ambiguë? Est-ce que les différents membres du groupe élaborent un cadre de référence commun? Si chaque individu établit une norme, est-ce une norme subjective individuelle ou est-ce une norme commune, spécifique au groupe et dépendant de 1'influence mutuelle des sujets les uns sur les autres? En d'autres termes, y aura-t-il une norme interindividuelle? De plus, s'il y a élaboration d'une norme collective, sera-t-elle plus forte que la norme individuelle? Le dispositif expérimental impliquait donc l'emploi de situations objectivement ambiguës, pouvant être structurées de multiples façons (les différentes structures possibles étant équiprobables). C'est ce qui a amené Sherif à mettre au point le dispositif autocinétique à partir d'un effet qui avait été observé et étudié antérieurement par les astronomes. L'effet autocinétique apparaît lorsqu'un stimulus visuel n'a pas de cadre de référence ; c'est le cas dans l'observation des astres : une étoile située dans un ciel noir paraît en mouvement lorsque l'astronome n'a aucun point de référence. Cet effet autocinétique s'obtient très facilement : il suffit de placer, dans l'obscurité totale, une petite source lumineuse ; celle-ci semble se mouvoir de façon plus ou moins chaotique dans différentes directions. Même lorsqu'on sait que cette lumière est immobile, cet effet se manifeste encore. La procédure expérimentale utilisée par Sherif (1935) est la suivante :quarante sujets ont participé à cette expérience en constituant huit groupes de deux sujets et huit groupes de trois sujets. -Quatre groupes de deux sujets et quatre groupes de trois sujets ont commencé l'expérience par une situation où le sujet est seul avec l'expérimentateur: chaque individu faisait une série de 100 estimations participait dans un deuxième temps, les jours suivants, à la même expérience mais en groupe. -Les autres groupes de deux et de trois sujets débutèrent l'expérience par des situations de groupe : pendant les trois premières séries d évaluations (échelonnées sur trois jours) tous les sujets de chaque groupe étaient présents ; les groupes étaient ensuite dissous et chaque sujet 64
65 faisait, le jour suivant, une quatrième série d évaluations, mais en situation individuelle. Les résultats indiquent qu au départ les réponses sont assez différentes les unes des autres, puis que, progressivement cette variabilité diminue: le sujet tend à situer ses estimations à l intérieur d une «fourchette». Lorsqu un sujet perçoit des mouvements sans aucune base de comparaison, il établit un écart de variation et, à l intérieur de cet écart un point de référence qui lui est propre. Ce point et cet écart peuvent différer de ceux déterminés par d autres individus. En revanche, dans le cas d un groupe de deux ou trois personnes, on constate que, rapidement, les estimations convergent vers une norme commune. LES EXPLICATIONS DE SHERIF Pour Sherif, s'il y a convergence des évaluations en situation collective, cette convergence ne se fait pas forcément vers une valeur centrale ou modératrice. Ses résultats le montrent bien. Précisons la position de cet auteur. Pour lui, s'il est vrai que «... des qualités nouvelles et supra individuelles surgissent dans les situations de groupe» (1965), il n'en reste pas moins que «...le principe psychologique sous-jacent aux situations individuelles et aux situations de groupe est le même : dans les deux cas, on tend vers une valeur standard» (1954, 1969). Seulement, cette valeur standard n'intègre pas les mêmes facteurs selon que la situation est une situation individuelle ou collective. Dans le cas de la normalisation individuelle, cette valeur standard est la résultante de la situation faiblement structurée, des états psychiques et des caractéristiques inhérentes au sujet considéré ; dans le cas d'une situation collective, la norme résulte de ces facteurs combinés dans une situation d'interaction particulière. Si le principe psychologique est le même, les normes collectives résultent néanmoins du processus d'interaction. Pour Sherif, «la norme qui apparaît dans une situation de groupe n'est pas la moyenne des normes individuelles. C'est une résultante qu'on ne peut simplement inférer à partir de situations individuelles ; il faut aussi introduire les caractéristiques propres au processus d'interaction particulier qui se déroule» (1969). 3. Les formes de l influence sociale 23 Deux formes essentielles d'influence sociale seront abordées ici : la conformité et l'obéissance. Il s'agit de situations dans lesquelles intervient une modification du comportement qui résulte de pressions spécifiques. C'est la nature de ces pressions qu il convient d'examiner dans les deux cas La conformité La conformité peut être définie comme la modification d'un comportement par laquelle l'individu répond aux pressions d'un groupe, en cherchant à se mettre en accord par l'adoption des normes qui lui sont proposées ou imposées. Dans la conformité, nous trouvons trois éléments distincts : - l'existence de tensions entre les positions antérieures d'un individu et les pressions auxquelles il est plus ou moins fortement soumis; - l'adhésion qui s'opère chez l'individu à ce qui lui est proposé; - enfin, le résultat de cette modification, qui comporte à la fois une part de négation de certains aspects du comportement antérieur et une part d'affirmation de soi par l'adoption de comportements nouveaux. 23 Texte extrait de : Gustave-Nicolas FISCHER: Les concepts fondamentaux de la psychologie sociale, Dunod, Paris
66 LES PREMIÈRES RECHERCHES SUR LA CONFORMITÉ Le processus de la conformité a été connu notamment par les travaux de Asch (1951). A partir d'une expérience sur la perception visuelle, il a cherché à étudier l'indépendance du jugement de l'individu face aux pressions sociales. L'expérience consistait à présenter au sujet une feuille sur laquelle se trouvait une ligne noire d'une longueur donnée et il lui demander de comparer cette ligne à trois autres, dessinées sur une autre feuille. Les estimations étaient faciles puisque normalement plus de 90 % des sujets repéraient, sur la deuxième feuille, la ligne de la même longueur. En réalité, dans cette expérience, Asch avait créé une situation de pression sociale par la présence de compères : tous les sujets du groupe, à l'exception d'un seul, étaient de connivence avec l'expérimentateur et avaient secrètement pour consigne de choisir, à certaines étapes de l'expérience et jusqu'à un certain pourcentage, une réponse fausse. La question était de savoir ce que ferait le sujet naïf : suivrait-il sa perception ou rejoindrait-il la réponse du groupe? Le sujet naïf véritable objet de l'expérience, était placé de façon à pouvoir entendre les réponses des autres membres du groupe avant de donner la sienne. II était pris entre deux forces contraires : sa propre perception d'un phénomène sans ambiguïté et l'unanimité de la réponse des autres. Il ressort des résultats que le quart seulement des sujets réussit à résister aux pressions. Un tiers se range à l'avis du groupe, plutôt que d'exprimer son jugement personnel, à partir de sa propre perception. L'effet, pour être significatif n'en est pas pour autant absolu, puisque 68 % des réponses restent correctes, en dépit de la pression du groupe. Enfin, il est à observer qu'à la fin de l'expérience, lorsque l'on expliqua aux sujets naïfs leur comportement, ils sousestimèrent pour une large part l'influence exercée par le groupe sur celui-ci, considérant que la pression sociale était un facteur secondaire pour eux. Selon Zajonc (1966), qui a commenté ces résultats, cette expérience constitue une source de stupéfaction et peut-être d'inquiétude, puisque nombre d'adultes dont la vue est correcte affirment qu'une ligne de trois pouces, en mesure dix, simplement parce que huit autres l'ont dit auparavant. Asch procéda ultérieurement à diverses variantes de cette expérience; elles permirent de conclure que la conformité est produite par la situation d'isolement du sujet. Si l'on rompt cet isolement. on produit une baisse du taux de conformité L INTERPRÉTATION DE LA CONFORMITÉ Quelles sont les explications apportées au processus de conformité? Pourquoi les gens se conforment-ils? Pourquoi cèdent-ils à la pression du groupe? On trouve plusieurs types de réponses. La première, la plus largement répandue, concerne l'hypothèse des normes de groupe: comme la plupart des groupes ont des buts précis, ils demandent à leurs membres une soumission à leurs règles pour les accomplir. Ainsi, on voit souvent un groupe réagir face à la moindre déviance. Asch (1955) remarqua que la plus petite déviance pouvait avoir un effet négatif quant à la cohésion du groupe, puisque cet effet de non-conformité a tendance à se propager. Mais s'il existe des prises de position en faveur du déviant celui-ci aura moins peur d'être rejeté. Ainsi la tendance à la conformité résulterait du besoin de trouver des points de comparaison et de vérification, afin d'obtenir un accord entre nous mêmes et les autres. La conformité est donc le résultat d'un besoin de repérage chez l'individu, car il s'efforce d'être en harmonie avec les autres comportements et croyances auxquels il est confronté. On peut en conclure que moins une personne a confiance en elle plus elle est susceptible de subir les pressions en direction de la conformité. De manière plus générale, on peut expliquer la conformité par l'idée de dépendance. Lorsqu'un groupe est confronté à l'évaluation d'une situation il élabore un système de réponses qui assure non seulement la réduction de l'anxiété, mais aussi sa propre cohésion. Ce système s'impose 66
67 par conséquent comme la réponse la plus adaptée et devient une norme : si l'on prend le risque de s'y opposer, on peut être rejeté du groupe. L'éventualité d'un désaccord pose à l'individu un problème de choix : rester dans le groupe ou préserver son système de réponse personnel. S'il obtient un accord et une approbation, alors la tension est résolue par la soumission à la norme : rester dans le groupe est plus important pour lui que préserver son autonomie. Dès lors, il existe dans le groupe une règle : la soumission à la norme produit l'approbation sociale. C'est précisément ce mécanisme qui crée une dépendance de l'individu à l'égard de la norme majoritaire. Il est d'autant plus efficace que, d'une part, la perte de l'autonomie ne s'accompagne pas de perte matérielle, mais d'un gain affectif et que, d'autre part, le système de réponse personnel est imprécis, puisque 1a situation est objectivement ambiguë. Les interprétations de la conformité par l'idée de dépendance ont l'inconvénient de tenir le sujet pour un être relativement passif, ce qu il n est pas totalement. Moscovici (1972) fait, à cet égard, intervenir un comportement plus actif dans l'explication de la conformité par le phénomène de la négociation. II part de l'idée que le sujet naïf n'est pas à considérer comme un être simplement soumis à la pression de la majorité, mais comme ayant à sa disposition un système de réponse qui lui est propre. La conformité serait alors le résultat de la confrontation entre deux systèmes opposés : celui du sujet et celui de la majorité. Dans ce sens, la situation de négociation qui s'instaure permet d'analyser la conformité, en termes de conflits non pas intra-personnels, mais interpersonnels. Dans cette situation, la consistance interindividuelle apparaît comme un facteur essentiel dans l'adaptation de la réponse. La négociation définit alors la conformité comme un compromis. Par rapport à ces diverses interprétations, Personnaz (1976) s'est demandé si, dans une situation de conformité, le consensus correspondait effectivement à l'acceptation de la norme majoritaire. Les analyses sur la conformité affirment sous un angle particulier le caractère social de l'être humain : il ne peut pas vivre et se développer en dehors de situations, de contextes qui lui imposent plus ou moins les orientations de son comportement. Les analyses de la psychologie des profondeurs vont dans le même sens: il existe, dans tout contact avec le réel et l'environnement social, une part d'angoisse qui pousse le sujet, plus ou moins consciemment, plus ou moins fortement, à devenir dépendant d'autrui. La conformité semble, pour une part, s'inscrire dans cette perspective. Il existe en même temps un mouvement inverse par lequel l'individu éprouve le besoin de se différencier des autres; la question se pose alors de savoir comment coexistent ces deux tendances. A travers la conformité, nous constatons la part importante de soumission aux pressions d'un groupe : cela implique l'existence d'un conflit entre la façon dont l'individu aimerait se comporter et la façon dont le groupe lui impose un ou des types de conduites. La conformité est donc une résolution partielle de ce conflit, dans la mesure où elle permet au groupe d'exister et de se réaliser. Mais la conformité résout également une part de ce conflit en permettant à l'individu de se singulariser. Selon Codol (1976), cela est possible grâce aux comportements de conformité supérieure de soi, encore dénommés phénomènes P.I.P. (Primus Inter Pares). On désigne par ce terme un phénomène maintes fois observé, selon lequel lorsqu'une personne se compare à autrui, elle a tendance à se présenter personnellement comme plus conforme aux normes de la situation sociale dans laquelle elle est impliquée que ne le sont les autres membres d'un groupe. Si, par exemple, la norme d'un groupe est l'altruisme, alors la plupart des membres auront tendance à se décrire comme plus altruistes que les autres, si on les interroge. Dans une étude portant sur des adolescents, l'auteur a montré que les sujets présentent d'autant plus un comportement de conformité supérieure de soi, qu'ils veulent davantage se différencier des autres, tout en recherchant des contacts sociaux. Si la conformité 67
68 a pour effet de réduire le conflit en éliminant la déviance, elle produit par ailleurs une différenciation des comportements à l'intérieur de ce processus. Elle implique alors un processus d'influences réciproques L obéissance Avec la conformité, l'obéissance représente une deuxième forme essentielle de l'influence sociale. Elle peut être définie globalement comme la modification du comportement, à travers laquelle un individu répond par la soumission à un ordre qui lui vient d'une autorité légitime. Sommairement, on peut donc définir l'obéissance comme la soumission à une autorité. Pour traiter cette question, nous allons essentiellement présenter les travaux de Milgram (1965, 1974), et cela pour deux raisons : d'une part, son expérience aboutit à un résultat spectaculaire et inattendu, qui contraste avec la banalité et l'évidence de beaucoup de résultats d'expériences; d'autre part, elle illustre parfaitement le principe méthodologique de la psychologie sociale, qui est de construire des situations explicatives L'EXPÉRIENCE DE MILGRAM Le principe de l'expérience est le suivant : Dans le cadre d'une étude menée par le laboratoire de psychologie à l'université de Yale, des individus sont recrutés par petites annonces, pour participer à une expérience dont le but, leur dit-on, est de tester l'effet d'un choc électrique sur la mémoire. Le sujet et un autre volontaire (le compère) doivent tirer au sort pour déterminer le rôle de chacun, à savoir : d'un côté, la place de l'élève et, de l'autre, celle du moniteur. Bien entendu le tirage au sort est truqué : le sujet devient le moniteur et le compère, l'élève. Celui-ci est attaché sur un fauteuil, et des électrodes sont fixées à son bras, on lui applique même une pommade spéciale pour éviter les brûlures. L'expérimentateur conduit ensuite le moniteur dans une autre pièce, séparée de la première par une cloison vitrée. Il l'installe devant un tableau de commandes équipé de trente boutons gradués de 15 à 450 volts. En face de ces boutons, figurent les mentions «choc léger», «choc modéré», «choc fort», «choc très fort», «choc intense», «choc extrêmement intense», «attention choc dangereux», et, finalement, trois «X». Le moniteur a devant lui une liste de trente mots associés à des adjectifs. Sa tâche consiste à lire tout d'abord les trente couples de mots (exemple : bleu / ciel), puis à présenter à l'élève l'un de ces mots, pour qu il retrouve l'autre (exemple : bleu... ciel). L'expérimentateur explique qu'à chaque erreur commise par l'élève, le moniteur doit lui administrer un choc électrique; il précise que les décharges devront être d'autant plus intenses que les erreurs sont nombreuses. Le dispositif est également conçu de telle sorte que le moniteur reçoive un feed-back de la part de l'élève, chaque fois qu il administre une décharge électrique et en fonction de l'intensité : à 75 volts, l'élève gémit; à 120 volts, il crie que les chocs sont douloureux; à 150 volts il refuse de continuer; à 270 volts, c'est un cri d'agonie; et, à partir de 300 volts, il râle et ne répond plus aux questions. A chaque fois qu'un moniteur hésite, l'expérimentateur lui enjoint de continuer et si, après la quatrième incitation, le sujet refuse d'obéir, l'expérience s'arrête. L'objet de l'expérience ne porte pas en réalité sur les effets de la punition sur l'apprentissage : ce qui est recherché, c'est la capacité d'obéissance du moniteur, sa soumission à l'autorité. Pour le sujet qui participe à l'expérience, l'autorité, ici, c'est l'expérimentateur qui lui impose d'infliger un code de punitions à quelqu'un qui ne lui a rien fait : jusqu'où va-t-il obéir à cet ordre qu'on vient de lui donner? Parallèlement, Milgram a procédé à des enquêtes auprès de trois catégories de personnes : des psychiatres, des étudiants et des adultes de la classe moyenne. Il leur a demandé ce qu'elles feraient si elles participaient à une telle expérience, et ce que feraient les autres. Elles indiquèrent le refus d'obéissance quasi unanime des sujets, à l'exception de quelques cas 68
69 pathologiques (1 à 2 %) qui continueraient à infliger des décharges électriques jusqu'à la dernière manette, c'est-à-dire jusqu'au choc le plus élevé. Selon les psychiatres, la plupart des sujets n iraient pas au-delà du dixième niveau (150 volts), 4 % iraient jusqu'au vingtième niveau (300 volts) et 1 ou 2 % iraient jusqu'au bout. Les prévisions ainsi établies s'appuyaient, d'une part, sur l'idée que les gens sont relativement bons et nullement enclins à faire souffrir un innocent et, d'autre part, sur l'idée qu'en l'absence de sanction possible, un individu est le maître absolu de sa conduite, c'est-à-dire qu il agit uniquement de telle ou telle façon, parce qu'il a décidé de le faire. Ces considérations valorisaient le caractère autonome de l'individu, sans tenir compte de la situation dans laquelle il se trouve. Or ici, les sujets ont précisément été conduits à se comporter et à adopter des comportements opposés à leurs convictions. Comment ont-ils réagi au cours de l'expérience? Il faut souligner tout d'abord qu aucun candidat n a refusé de participer à cette recherche. Pourtant, l'obéissance dont ils ont fait preuve, n'allait pas sans problème pour eux. La situation n'était pas vécue comme un jeu, mais comme une tension importante. Par exemple, beaucoup évitaient de regarder l'élève, une fois qu'ils lui avaient administré des décharges électriques; quand on le leur fit remarquer, ils dirent qu il leur était pénible de le voir souffrir; néanmoins, ils ont continué à lui administrer des décharges, s'il commettait des erreurs. -Chez certains, on pouvait observer un autre type de tension lié à leur effort psychologique pour accepter la situation; ce qui a été rendu possible par la dévalorisation de la victime. Pour se tirer d'une situation insoutenable pour lui, le sujet devait donc rompre avec l'autorité, c està-dire refuser de continuer à obéir. Les résultats de cette expérience révèlent que 62 % de sujets étaient obéissants jusqu'au bout, c'est-à-dire qu ils ont continué à administrer les chocs, jusqu'à ce qu'on leur dise qu ils pouvaient arrêter. Ils se sont donc totalement soumis à ce qu on leur commandait de faire. Milgram a réalisé dix-huit variantes de son paradigme expérimental mais, dans tous les cas, l'expérience illustre avec force le poids de la soumission à l'autorité. Cela signifie que, dans la grande majorité des cas, les individus n'ont pas tendance à résister aux exigences de l'autorité, même lorsqu'ils croient qu'elle a tort : ils sont capables d'exécuter n importe quel ordre émanant d'elle. Ce comportement ne peut donc se comprendre en termes de psychologie individuelle, comme l'agressivité ou le sadisme; le moteur de ce phénomène réside dans l'obéissance. Cette expérience montre comment des gens normaux peuvent être amenés à abdiquer toute conscience, toute morale personnelle, au profit d'une obéissance aveugle aux ordres provenant d'une autorité supérieure. Comment comprendre ce mécanisme? LE MODÈLE EXPLlCATIF Milgram essaie d'expliquer l'obéissance par plusieurs facteurs : les conditions de la socialisation; les facteurs de changement de l'obéissance; la faiblesse de la résistance humaine. Les conditions de la socialisation : chacun entre dans la vie sociale en apprenant à obéir, dans sa famille, à l'école, au travail. L'intériorisation de la soumission : les vingt premières années de la vie se passent dans l'état de subordonné, état qui est d'ailleurs valorisé comme moral et bon, puisque l'obéissance est consacrée comme une vertu, et donc récompensée. Il se produit alors l'intériorisation de l'ordre social, c'est-à-dire de la norme d'obéissance aux supérieurs. Pour que ce mécanisme puisse fonctionner, il faut d'abord que l'autorité soit clairement identifiable. Souvent, le sujet vient avec l'idée que quelqu un dirige les situations dans lesquelles il est placé, et il essaie de repérer où se situe l'autorité. De son côté, l'autorité se signale par des marques caractéristiques que les individus repèrent. Par ailleurs, le sujet se sent engagé et moralement obligé, dans le cas de l'expérience notamment, à assumer son rôle jusqu'au bout. Enfin, il existe une 69
70 cohérence entre l'ordre et la fonction de l'autorité : cela veut dire qu'un individu sera réceptif à tout ce qui viendra d'elle; il acceptera la situation telle qu'elle la lui définit. L'état agentique : l'intégration dans la hiérarchie amène une perte de l'état d'autonomie pour un nouvel état, appelé par Milgram, l'état «agentique». Le sujet ne se sent plus responsable de ses actes, il ne se considère plus que comme l'instrument de la volonté d'autrui, il obéit aux ordres. Donc, en obéissant, nous nous démettons de notre capacité d'évaluation personnelle; nous considérons que nous n avons plus à juger si nos actes sont bons ou mauvais; nous estimons, du moment qu'un ordre nous est donné, que l'autorité supérieure est là pour le juger: nous faisons simplement ce qu'on nous demande de faire. De plus, pour Milgram, lorsqu une autorité est identifiée, se produit un phénomène appelé «la syntonisation» : le sujet est réceptif à tout ce qui vient de l'autorité et très peu à ce qui vient d'ailleurs. Son attention se trouve focalisée par tout ce que l'autorité est susceptible de demander. L'individu accepte les situations qui lui sont présentées, à travers la définition qu'en fait l'autorité; donc bien qu'étant obligé d'effectuer ce que celle-ci lui demande, il la laisse seul juge de la signification de ses actes. Ces mécanismes ont pour conséquence une modification du sens de la responsabilité : l'individu estime être engagé vis-à-vis de l'autorité qui lui donne tel ou tel ordre, mais ne se sent pas personnellement responsable des actes prescrits par elle. L autorité devient source de reconnaissance et juge moral du sujet : c est en elle qu'il va chercher la bonne image de soi; c'est elle qui peut confirmer cette image mais, pour cela, il faut obéir. En fin de compte, la condition de l'état agentique résulte de la soumission aux ordres provenant de l'autorité. Les facteurs de changement de l'obéissance : Milgram et d'autres psychologues sociaux ont cherché à définir, à l'intérieur du processus de la soumission, les facteurs qui, s'ils étaient modifiés, pourraient réduire la tendance à obéir aveuglément. Plusieurs éléments ont été retenus. La légitimité de l'autorité : considérant que le degré élevé d'obéissance, dans son expérience, était essentiellement lié au poids de la légitimité reconnue des demandes de l'expérimentateur, qui incarnait le prestige de l'université de Yale, Milgram a voulu explorer d'autres possibilités. Il a installé un autre laboratoire dans un immeuble délabré et a présenté le promoteur de l'étude comme une firme privée, les autres éléments de l'expérience étant identiques. Les résultats ont montré que le changement de procédure a réduit l'obéissance à 48 %. La proximité de la victime : dans l'expérience que nous venons de présenter, la victime était dans une pièce voisine. Les travaux ultérieurs de Milgram ont montré que l'obéissance diminuait considérablement, lorsque le sujet était dans la même pièce que la victime. Plus la victime était proche, moins il y avait de soumission. La faiblesse de la résistance humaine : les expériences de Milgram qui ont été l'objet d'une controverse importante, ont eu le mérite de mettre en lumière ce fait troublant que la majorité des gens suivent aveuglément les ordres qu'ils reçoivent. Ces résultats montrent la faiblesse de la résistance des individus face à une autorité, l'importance de leur démission et de l'abdication de leurs responsabilités, mais ils révèlent aussi qu'une telle obéissance ne va pas sans problèmes : le vécu de ces situations a été souvent dramatique, tant le conflit intérieur a été intense; presque jamais, il n y a eu d'adhésion aveugle à la tâche. Même si la majorité obéit assez largement, souvent jusqu'au bout, on voit aussi une minorité qui ne se soumet pas totalement. En outre, lorsque la situation le permet, on a vu apparaître des tentatives de résistance. La fragilisation des positions autonomes ou de responsabilité est tributaire d'une hiérarchisation des valeurs, introduite par la relation d'ordre : vis-à-vis de celui auquel on doit obéir, on essaie de donner une bonne image de soi. II y a donc hiérarchisation, parce qu'il y a redisposition des valeurs en fonction de l'attente de l'autorité et, en cas de conflit, ce sont les 70
71 valeurs édictées par elle qui seront reprises à leur compte par les individus : chacun a été amené à produire un comportement contraire à ses convictions; au moins, jusqu à un certain seuil. C'est en méconnaissant la force de ces facteurs, que les personnes interrogées lors des enquêtes, y compris les psychiatres, se sont trompées dans la prévision des résultats. Dans les deux formes d'influence sociale que nous venons de voir, les individus sont placés dans des situations où ils modifient leurs comportements et se soumettent à des ordres. Dans la conformité, c'est la pression du groupe qui s'exerce; dans l'obéissance, c'est l'ordre d'une autorité. 4. LES THÉORIES DE LA CROYANCE SOCIALE 4.1. INTRODUCTION Comment construisons-nous le réel? Quelle image nous faisons nous d'autrui? Comment pensons-nous les situations dans lesquelles nous sommes impliqués ou que nous observons de l'extérieur? La psychologie sociale s est intéressée aux mécanismes cognitifs par lesquels nous pensons et percevons le social. Ceux-ci seront abordés ici selon certaines modalités parmi d autres. Les théories implicites de personnalité : Nous organisons notre perception d'autrui en simplifiant les informations qui sont à notre disposition. Nous connaissons la réalité sociale par schématisation, c'est-à-dire par un processus d'évaluation grâce auquel, au moindre prix, nous savons ce que sont autrui et son mode de fonctionnement. Nous cherchons à placer les autres dans des catégories sommaires pour nous en faire une idée cohérente : c'est ce que traduit le concept de «théories implicites de personnalité» (Bruner et Taguiri, 1954; Schneider, 1973). Ce concept décrit une représentation mentale sommaire dont la fonction est de maîtriser la réalité par une réduction de sa complexité et des différences qui la composent. Ce mécanisme fournit des repères capables d'organiser et d'orienter notre action dans un sens, qui rend possible la prévision de certaines réactions et, donc, leur contrôle. Les théories implicites de personnalité définissent ainsi toutes les formes de catégorisation qui nous permettent d'appréhender les caractéristiques d'autrui, de saisir notre réaction sans trop de risques et de déterminer nos conduites à venir en fonction des idées préconçues qui se seront formées entre-temps. Ces théories implicites de personnalité fonctionnent comme des formations apprises; elles dépendent de plusieurs facteurs : l expérience, la motivation et le contexte social. La formation des impressions est le processus qui consiste à caractériser une personne donnée en un ensemble organisé, à partir de traits particuliers L'EXPÉRIENCE DE ASCH C'est Asch qui, l'un des premiers (1946), a développé les recherches sur la formation des impressions. Ses travaux, marqués par la psychologie de la forme, insistaient sur le fait que l individu organise les traits de sa perception en un tout, par des processus intérieurs. D'après Asch, l'impression globale que l'on a de quelqu un n'équivaut pas à la somme des impressions obtenues pour chaque trait particulier. Selon lui, l'individu cherche à organiser sa perception à l'intérieur d'un ensemble cohérent qui lui confère sa signification. Dans une expérience classique, Asch (1946) a présenté à deux groupes d'étudiants une liste de traits caractéristiques censés décrire une personne donnée : intelligent, adroit, travailleur, chaleureux, froid, déterminé, pratique, prudent. Dans l'un des groupes, «chaleureux» était remplacé par «froid» : Asch considérait les termes «chaleureux» et «froid» comme des traits 71
72 extrêmement importants, à partir desquels 1es individus pouvaient élaborer des descriptions complexes de la personnalité d autrui. Après avoir pris connaissance de cette série d'adjectifs, les étudiants devaient faire part de leurs impressions concernant cet individu hypothétique et, ensuite, le juger à partir d'autres caractéristiques de leur choix. Trois éléments se sont dégagés de cette expérience. D'abord, les étudiants ont organisé les différents traits en un tout cohérent. Ensuite, on a constaté dans la description de la personne une différence marquée, selon que les listes comparaient le terme chaleureux» ou le terme «froid». Enfin, il est apparu que les termes «chaleureux» et «froid» avaient une influence particulière sur la perception d'ensemble. Asch en a déduit que certains traits jouent le rôle d'organisateurs centraux, alors que d autres n ont qu'un poids secondaire. Ainsi, selon lui, il existe des traits stimuli et des traits insérés. Ce sont les premiers qui déterminent une impression globale et qui produiraient des inférences relatives à d'autres traits : par exemple, 91% des sujets ont perçu la personne chaleureuse comme généreuse, alors que la personne froide n a été vue ainsi que par 8 % d'entre eux. Certains traits sont donc considérés comme des organisateurs dans la mesure où ils induisent d'autres traits auxquels on les rattache, soit positivement, négativement. Les résultats de l'expérience de Asch ont déclenché de nombreuses recherches qui ont modifié l'approche gestaltiste de départ LES ÉLÉMENTS DE FORMATION DES IMPRESSIONS Après avoir situé l'apport des travaux de Asch, il est possible de dégager quelques facteurs qui interviennent dans la formation d impressions. a) Le fait que nos impressions s'organisent essentiellement en un tout s'appuie sur un principe de cohérence, qui les structure et peut avoir comme effet de nous rendre insensibles à un certain nombre d'événements. Si cette cohérence peut être d'ordre logique (Gollin, 1954), elle est également émotionnelle (Abderson, 1978) : les impressions que chacun a d'autrui reposent sur des éléments d'informations qui lui permettent de dégager une préférence globale quant aux sentiments qu il éprouve. Anderson (1978) a cherché à comprendre comment les individus parviennent à cette préférence globale. Deux modèles ont été dégagés : le premier considère qu'elle est atteinte par addition, c'est-à-dire il suffirait simplement de faire la somme des préférences relatives à une situation donnée. Le second est un modèle par moyenne, dans lequel les individus utilisent la valeur moyenne des éléments d'informations qui déterminent leur préférence globale. b) Un autre facteur concerne la persistance de nos premières impressions. Au cours de ses premiers travaux, Asch (1946) a introduit une variante dans l'expérience décrite plus haut. Il a demandé à des sujets de donner leurs impressions globales d'une personne à partir des traits suivants: intelligente, travailleuse, impulsive, critique, entêtée, envieuse. La liste des traits a été présentée à deux groupes d'étudiants, mais en ordre inverse. Dans le premier groupe, elle débute par des traits positifs, dans le deuxième par des traits négatifs. Les résultats ont montré que la formation des impressions s'effectuait selon l'ordre de présentation: si les traits positifs étaient mentionnés les premiers, les sujets avaient une impression globale positive. Il ressort de cette étude que les individus sont marqués par une impression première, même si une information ultérieure offre d'autres indications. Les appréciations initiales semblent donc s'imposer, ce qui permet de comprendre pourquoi nous continuons à percevoir certaines personnes comme agressives ou amicales, malgré de nouvelles informations contraires. Cette persistance paraît liée au fait que les individus sont 72
73 peu réceptifs à de nouvelles informations qui viennent modifier leurs premières impressions (Greenwald, 1980). 5. LES MODALITES DE LA PERCEPTION SOCIALE : PREJUGES ET STEREOTYPES 5.1. EXEMPLE DE L'EFFET PYGMALION L'effet Pygmalion est un processus qui consiste à créer chez autrui des attentes qui sont, en fait, le résultat d'une perception plus ou moins claire que nous avons à son sujet. Rappelons que le terme de «Pygmalion» vient de la légende d'un sculpteur grec qui s'est épris de la statue qu il avait lui-même créée; il la trouva d'une si grande beauté qu'il en tomba amoureux et qu'elle devint vivante. L'expérience qui définit l'effet Pygmalion a été réalisée par Rosenthal et Jacobson (1968) dans une classe d'école primaire. La première phase se déroula à la rentrée scolaire et consistait à faire passer un test d'épanouissement intellectuel aux élèves. Les instituteurs furent informés qu'il permettrait de dégager une probabilité sur les possibilités de développement intellectuel d'un enfant dans un avenir rapproché. Les tests furent corrigés et les instituteurs avertis des résultats concernant certains écoliers qui devraient connaître un développement particulièrement positif sur le plan intellectuel au cours de l'année scolaire. En réalité, les écoliers que l'on présentait comme ayant ce potentiel intellectuel important et des chances de le voir se développer, avaient été sélectionnés au hasard et représentaient 20% de chaque classe. Par ces informations, l'équipe de chercheurs a créé, chez les instituteurs, une attente positive à l'égard d'une partie des écoliers de chaque classe, tout en n'en formulant aucune à l'égard des autres. Le but de la démarche était de vérifier l'hypothèse selon laquelle les attentes arbitrairement créées induiraient des attitudes discriminatoires, tendant en l'occurrence à soutenir la performance intellectuelle de ces écoliers. Pour mesurer l'effet de ces attentes discriminatoires, les chercheurs ont fait passer d'autres tests de quotient intellectuel, à intervalles réguliers au cours de l'année scolaire, soit quatre, huit et vingt mois après le début de l'expérience, et cela sur la base des résultats scolaires et des évaluations faites par les instituteurs pour chaque enfant. Le premier test (quatre mois après le début de l'expérience) laissait clairement apparaître un quotient intellectuel plus élevé chez les enfants qui faisaient l'objet d'une attente positive de la part des instituteurs. Cela fut confirmé dans les tests suivants, qui indiquaient une différence de dix à quinze points dans le niveau de quotient intellectuel de ces enfants par rapport à ceux du groupe témoin. Malgré les controverses soulevées par cette expérience, les résultats ont d'abord confirmé le fait que les attitudes positives des instituteurs à l égard de certains écoliers entraînaient de leur part des évaluations et des notes élevées. A l'inverse, les enfants envers lesquelles n'existait pas d'attente positive étaient évalués comme beaucoup moins performants et, donc, n ayant que des chances de réussite beaucoup plus faibles. Par ailleurs, la croyance des instituteurs, dans les performances de certains élèves se traduisait de fait chez ceux-ci par une augmentation du quotient intellectuel. Autrement dit, les performances intellectuelles «objectivement» plus élevées, à la fin de l'année, que celles des élèves du groupe témoin, étaient déterminées non pas par une plus grande intelligence, mais par le fait que les instituteurs s'attendaient à ce que ces enfants réussissent mieux que les autres. En outre, cette recherche a permis de retenir plusieurs facteurs explicatifs de l'effet Pygmalion. - Tout d'abord, l'existence d'un système de relations préférentielles entre les instituteurs et certains élèves, qui s'est traduit par des comportements spécifiques de la part des instituteurs: ils sourient, montrent une attitude positive, fixent plus longtemps certains élèves que d'autres. 73
74 - Ensuite, la distribution inégale de l'information à l'intérieur de la classe : les instituteurs orientent les élèves qu ils préfèrent vers des matières plus difficiles; on constate également un soutien plus sélectif à l'apprentissage; les instituteurs sont plus patients avec leurs élèves favoris et leur donnent plus souvent l'occasion de s exprimer. - Enfin, une modulation dans les corrigés des devoirs; les instituteurs apprécient de manière plus constante et plus précise les travaux de leurs élèves favoris. L effet Pygmalion permet ainsi de saisir un autre processus de différenciation, en montrant l'importance du pouvoir des représentations sociales pour changer le comportement. Cet effet ne se produit pas uniquement en milieu scolaire; il intervient dans toutes les situations sociales dans lesquelles nous évaluons «objectivement» les qualités ou les performances d'autrui, en fonction d attentes elles-mêmes déterminées et orientées positivement ou négativement à leur égard JUSTlFICATION SOCIALE : «la taverne des voleurs» La justification sociale est une autre fonction assurée par les préjugés et les stéréotypes. Elle est illustrée par un ensemble de travaux effectués par Sherif (1953, 1955,1961), qui ont porté sur la compétition inter-groupes dans des camps de vacances pour garçons. Ces recherches avaient pour but de déterminer le rôle des conflits inter-groupes dans la formation des préjugés. L'une d'elles a été menée dans un camp connu sous le nom de «la taverne des voleurs». IL était composé de deux groupes distincts de garçons, qui ne se connaissaient pas entre eux avant d'y venir. Ces groupes ont eu, d'abord, des activités différentes au cours desquelles ils ont défini leur propre fonctionnement interne. Ensuite, les chercheurs proposèrent d'organiser, entre eux, des jeux de compétitions. On observa alors que les deux groupes établirent des distinctions nettes entre eux et les autres; pour chacun, le groupe auquel il appartenait était considéré comme le meilleur, et les deux équipes commencèrent rapidement à se détester. On put remarquer que les enfants s'étaient forgés des stéréotypes dont on repérait la fonction sociale de justification et, même, d'anticipation des conflits. A partir des observations fournies, plusieurs conclusions s'imposèrent. - Tout d'abord, les préjugés fonctionnent comme des normes de groupe, qui créent un ensemble d'attitudes défavorables à l'égard de l'extérieur. Cela a pour effet de sanctionner tout membre qui manifesterait une attitude positive à l'égard d'un membre de l'autre groupe. -Ensuite, le développement de préjugés s'accompagne d'un sentiment de supériorité et de valorisation de soi-même. Ce renforcement du sentiment de sa propre valeur peut se traduire de plusieurs façons: plus grande confiance en soi, sentiments de cohésion et de puissance qui permettent à chaque membre de s'attribuer les qualités qu il découvre chez le groupe dans son ensemble. - Enfin, le système de gratification que les membres du groupe déploient entre eux peut être interprété par des groupes extérieurs comme un sentiment ethnocentrique, c'est-à-dire un sentiment de supériorité exagéré, à travers lequel ils s'affichent comme les meilleurs dans tous les domaines. Dans ces conditions, l'expression de formes de solidarité et de camaraderie est déchiffrée par l'extérieur comme une mise à l'écart des autres, qui consiste en particulier à mettre à distance et à exclure tous ceux qui ne sont pas reconnus comme faisant partie du groupe. Cette recherche a le mérite de faire apparaître que les préjugés et les stéréotypes permettent au groupe de s'affirmer en créant les éléments qui le différencient des autres et, par là, produisent sa cohésion : en se vivant comme un groupe à part, il peut dès lors justifier ses propres croyances en la valeur des sentiments qu il développe quant à lui-même. 74
75 La fonction des préjugés et des stéréotypes correspond à la réduction du coût psychologique d'une représentation. Pour les tenants de la psychanalyse, les préjugés sont considérés comme des systèmes de défense qui visent surtout à réduire l angoisse ; pour les anthropologues, ce sont des résidus produits par l apprentissage social. Pour la psychologie sociale, ce sont des processus mentaux ; permettant de vivre socialement à un moindre coût psychologique, ils constituent donc un système de régulation sociale, dans la mesure où les schématisations opérées aident les individus à se faire une idée des choses et à réaliser des choix sans trop de risques. Importance et valeur : La question maintes fois soulevée à propos des stéréotypes est celle de savoir s'ils ont un fondement objectif. Selon Allport (1954), la plupart des stéréotypes contiennent ce qu'il a appelé un «noyau de vérité». En fait, le fond d'exactitude objective des préjugés résulte d'une construction sociale. Le noyau de vérité est donc le produit d'une schématisation; les préjugés créent et entretiennent de la sorte la réalité sociale. Ils ne visent pas une objectivité scientifique mais, pour reprendre un concept utilisé par Lévi-Strauss (1958) dans un autre contexte, une «efficacité symbolique». Dans ce sens, ils représentent une justification de «notre» vérité, c est-à-dire de nos idées et de notre vision des choses, par un système d'explications qui fonde intellectuellement nos croyances. Une deuxième valeur importante des préjugés réside dans leur nature relationnelle. A partir des travaux de Hamilton et Bishop (1976), on peut constater que les préjugés font apparaître très nettement la surestimation de traits inhabituels dans un groupe minoritaire et la sousestimation de ces mêmes caractéristiques dans un groupe majoritaire. En tant que système relationnel, les préjugés constituent «une illusion de corrélation», dans la mesure où nous n établissons pas forcément de relations entre les caractéristiques objectives en présence. La nature relationnelle des préjugés a également une autre valeur, du fait qu ils forment un élément de l'interaction sociale : dans ce sens, ils permettent une vie sociale établie sur des perceptions partagées mais partiellement inexactes et, sous cet angle, ils rendent possible une cohabitation sociale, dans la mesure où ils sont fondés sur une croyance générale que les gens ne sont pas toujours aussi mauvais qu'on le dit. A cet égard, ils jouent également comme nous l'avons vu, un rôle de facilitateur, comme réducteur partiel des conflits. Ils ont de ce fait une utilité sociale qui résulte de la distorsion qu'ils imposent à nos croyances, en les fondant sur des vérités partielles et donc partiales. C'est donc la distorsion qu'ils imposent à la réalité qui fait des préjugés l'expression de la vérité commune; ils instaurent ainsi la cohérence dans le monde social, en étant les garants de «l'ordre des choses» LA REPRÉSENTATION SOCIALE La représentation peut être considérée, au sens large, comme une façon d'organiser notre connaissance de la réalité, elle-même construite socialement. Une telle connaissance s'élabore à partir de nos propres codes d'interprétation, culturellement marqués, et elle constitue en ce sens un phénomène social en soi. De ce point de vue, le processus de représentation introduit un caractère de différenciation dans les logiques sociales et les traits individuels. Il donne lieu à une construction ou reconstruction de la réalité en intégrant de manière spécifique la dimension psychologique et la dimension sociale. Nous présenterons d'abord quelques éléments de définition; nous développerons ensuite certaines caractéristiques de la représentation; nous décrirons enfin quelques aspects de son fonctionnement. Le terme de représentation désigne, dans un sens large, une activité mentale à travers laquelle on rend présent à l'esprit, au moyen d une image, un objet ou un événement absent. La représentation a été l'objet de définitions diverses dont nous retiendrons la suivante : la 75
76 représentation sociale est un processus d'élaboration perceptive et mentale de la réalité qui transforme les objets sociaux (personnes, contextes, situations) en catégories symboliques (valeurs, croyances, idéologies) et leur confère un statut cognitif permettant d'appréhender les aspects de la vie ordinaire par un recadrage de nos propres conduites à l'intérieur des interactions sociales. AU NlVEAU DU CONTENU a) Les caractéristiques de la représentation sont également liées à son contenu. Le contenu de la représentation est tout d'abord cognitif : il s agit d'un ensemble d'informations, relatives à un objet social, qui peuvent être plus ou moins variées, plus ou moins stéréotypées, plus ou moins riches. Ainsi, dans la représentation sociale de la psychanalyse, Moscovici avait observé que les ouvriers interrogés ne possédaient qu une faible information sur ce qu elle était, alors que les classes moyennes et les professions libérales disposaient d informations plus nombreuses et plus précises. b) Ensuite, le contenu de la représentation est marqué par son caractère signifiant: elle est, selon Moscovici, définie par un rapport figure/sens qui exprime une correspondance entre ces deux pôles. Ainsi, les significations passent par des images et ces images produisent des significations. Dans une représentation, le caractère significatif n'est donc jamais indépendant de son caractère figuratif (Moscovici, 1969). c) Enfin, la représentation a un contenu symbolique directement lié à l'aspect précédent. Le symbole constitue un élément de la représentation, dans la mesure où, d'une part, l'objet présent désigne ce qui est absent de nos perceptions immédiates et, d'autre part, ce qui est absent prend signification en s'appuyant sur lui et en lui conférant des qualités qui l'investissent de sens. De ce point de vue, le contenu symbolique des représentations se réfère à la structure imaginaire des individus et constitue un de ses modes d'expression où la réalité, selon l'interprétation psychanalytique, est construite par les désirs, les attentes et les sentiments que nous projetons sur elle. 6. UN PROCESSUS DE COMMUNICATION SOCIALE : LA RUMEUR 6.1. INTRODUCTION Les rumeurs constituent un mode de communication spécifique dans la vie quotidienne et dans les organisations sociales. Si, depuis longtemps, une sorte de théorie commune des rumeurs s'est constituée, à partir de leur importance et de leur ambiguïté, les études expérimentales et certaines recherches sur le terrain ont permis de préciser leurs aspects formels, en montrant notamment les processus d'altération des messages et l allure de leur diffusion. La rumeur peut être définie comme une «affirmation générale que l on présente comme vraie, sans qu'il y ait de données concrètes permettant de vérifier son exactitude» (Allport, 1965). L étude des rumeurs sera d'abord présentée à partir de certaines recherches; nous développerons ensuite les processus essentiels qui interviennent dans la transformation des messages, à l'intérieur de ce mode de communication LES ÉTUDES EXPÉRIMENTALES Les expériences d'allport et de Postman (1965) constituent une des références classiques pour la compréhension de l'altération des messages dans une communication. Elles partent de l'hypothèse que les rumeurs sont mises en circulation parce qu'elles ont la double fonction d expliquer et de soulager des tensions émotionnelles ; le fait de dire, par exemple du mal 76
77 d'une personne a pour effet d'atténuer provisoirement la haine qu on lui porte. Allport et Postman ont cherché à définir les processus de transmission en expliquant les exagérations caractéristiques des rumeurs. Leur méthode expérimentale consiste à projeter sur un écran une image comportant beaucoup de détails, dont certains pouvaient être ambigus, contradictoires ou erronés. Les sujets, au nombre de six ou sept sont isolés au début de l'expérience, sauf les deux premiers. L'un de ceux-ci décrit l'image à l'autre, qui ne la voit pas. On fait ensuite entrer le troisième sujet à qui le deuxième décrit l image qu il a vue. Chacun des six ou sept sujets écoute le récit de celui qui précède et le transmet à celui qui le suit. De transmission en transmission les chercheurs peuvent donc suivre les altérations du message au cours de la communication. Les travaux de Dodd (1953) ont présenté le phénomène de la rumeur à travers une expérience intitulée «transmission d'un message à C-ville». L'objet de cette étude portait sur la forme de la courbe de la diffusion d'une rumeur, en fonction de l'espace et du temps dans une localité appelée C-ville, de un millier d'habitants. Une ménagère sur cinq reçoit un jour de juillet, un visiteur qui lui apprend un slogan de six mots, lancé par une soi-disant nouvelle marque de café. Il ajoute que toutes les personnes qui pourront répéter ce slogan à d'autres, recevront gratuitement une livre de café. Le lendemain, un avion répand trente mille tracts annonçant qu'une ménagère sur cinq connaît un slogan qui vaudra, le lendemain, une livre de café gratuit à toute personne capable de le répéter. Ce fut effectivement ce qui se passa et les enquêteurs relevèrent en même temps la personne se trouvant à 1'origine de la transmission, le lieu le moment où elle s'était produite, ainsi que la distance séparant les domiciles des deux ménagères en interaction. Cette expérience a permis de dégager le concept de l'allure de la diffusion dans la propagation des rumeurs. La diffusion D étant comme la proportion des individus atteints par le message, on observe qu'elle est proportionnelle au logarithme du nombre P de la population où la rumeur a été diffusée : D = a log P. En exprimant la diffusion par le nombre I des interactions produites au cours de la transmission, Dodd a trouvé que la diffusion est une fonction harmonique de la distance L entre la source des rumeurs et le lieu de la réception. Il a par ailleurs dégagé la notion de potentiel de la diffusion, qui se définit comme le nombre de personnes à qui un individu, ayant reçu le message, le transmet dans l unité de temps : en d'autres termes, c'est le nombre T de transmissions par réception R, par unités de temps. Cette notion exprime donc le taux de croissance de la diffusion, c est-à-dire l'accroissement de la proportion des informés par un accroissement du temps égal à l'unité LES RECHERCHES SUR LE TERRAIN Le phénomène de la rumeur a été analysé dans le cadre de recherches empiriques dont une des plus classiques est connue sous le nom de rumeur d'orléans (Morin, 1969). Au mois de mai, naît et se répand dans cette ville, le bruit qu un, puis deux, puis six magasins d'habillement du centre ville organisaient la traite des blanches. On dit que des jeunes filles étaient droguées par piqûres dans les salons d'essayage, puis déposées dans les caves d'où elles étaient évacuées la nuit vers des lieux de prostitution exotiques. Les magasins incriminés sont tenus par des commerçants juifs. Pendant que circulaient ces bruits, on a pu vérifier qu il n y avait aucune disparition dans la ville et que la presse locale n en a jamais parlé. Il s agissait d'une rumeur. Comment a-t-elle pu naître et se développer? Pour Morin, la première incubation de la rumeur s'est effectuée dans les classes de jeunes filles de collège religieux doublement propices à la transmission et à la prolifération de ce type d informations, d une part, parce que ces milieux clos constituent de véritables caisses de 77
78 résonance et, d'autre part, parce que cette population adolescente est entourée de forte protection et vit dans l inexpérience du monde social. La description du phénomène a permis de remarquer que la rumeur se propageait à partir des «salons d'essayage»; une telle constatation explique son origine, son déroulement et ses conséquences. Tout d'abord, le salon d'essayage comporte des fonctions fantasmatiques et une structure mythologique par rapport à la toilette féminine. C'est là que se rassemblent et se déploient les puissances érotiques diffuses et latentes du vêtement féminin : la robe, la jupe, les dessus et les dessous. Or, c'est dans ce type de lieu que se fixe la rumeur de la traite des blanches. Il s'agit, d'autre part, d'un lieu un peu tabou. Il est mal clos, fermé le plus souvent par un rideau, et c'est dans ce contexte que s'effectue le déshabillage, qui se charge d'un sens érotique mi-latent, mi-manifeste, de narcissisme et d'exhibitionnisme, où la jeune fille se transforme en source de séduction et où la nudité du corps fait naître la tentation érotique et le fantasme. L'analyse de ce phénomène permet de rendre compte de certains processus en œuvre dans la propagation des rumeurs. Si le salon d'essayage a été au centre de la structure des rumeurs, c'est parce qu'il s agit d'un lieu fondamentalement ambivalent : lieu fonctionnel pour l essayage d'une robe, mais aussi lieu érotique qui crée un univers fantasmatique, où l'acte de s'habiller s'accompagne de celui de se rendre désirable. Selon Morin, le salon d essayage devient le centre d'un mythe, dont la fonction est de mettre en liaison deux éléments de la vie qui fonctionnent habituellement sur un mode séparé : d'une part, 1a vie quotidienne de la jeune fille honnête et, d'autre part, les désirs érotiques latents qui peuvent se manifester au moment du déshabillage. Cette structure mythique, facilitée par le fait de se dévêtir permet de mettre en communication ce qui est disjoint par le Sur-Moi social et individuel: l'innocence et le péché. De ce fait, 1a rumeur «traite des blanches» trouve un support à un phénomène social que la société appréhende sur un mode séparé et canalise par nombre d'interdits. Dans cette analyse, la rumeur est assimilée à une circulation de messages imaginaires, organisés selon une logique psychoaffective associant, sur le mode fantasmatique, des lieux réels et un trafic réel, mais l'un et l'autre étant arrachés de leur propre ancrage sociologique, ce qui leur confère une valeur proprement mythologique. A la suite des travaux de Morin, des ouvrages plus récents (Gritti, 1978, Kapferer, 1987) ont repris l'étude des rumeurs en partant de ses caractéristiques dans le monde contemporain. Kapferer met notamment l'accent sur le fait que l'étude des rumeurs a trop été gouvernée, jusqu ici, par une conception négative : les bruits qui courent seraient nécessairement faux, fantaisistes ou irrationnels. Or pour lui, la rumeur n est pas toujours fausse : elle est non officielle et c'est ce qui lui donne une valeur. Etudiant le processus de formation et de transmission des rumeurs dans les domaines les plus variés : enquêtes criminelles, Bourse, marketing, politique, Kapferer dégage une explication qui rejoint le modèle d'allport et de Postman (1965) que nous allons présenter, à savoir que dans la transmission des rumeurs, c'est l'adhésion qui est l'élément moteur ; elle va donner à la rumeur son caractère de crédibilité en faisant subir à l'information un certain nombre d altérations LE MODÈLE EXPLlCATIF Les travaux d'allport et Postman (1965) ont dégagé trois lois de l altération du message, pour expliquer la transmission des rumeurs. a) La première loi est une loi d'appauvrissement ou de nivellement : à mesure qu une rumeur circule, elle tend à devenir plus courte, plus concise, plus facile à comprendre et à raconter. Sur onze expériences effectuées en laboratoire, on constate qu environ 70 % des détails sont éliminés au cours des cinq ou six transmissions. Mais il apparaît que cet appauvrissement 78
79 progressif se stabilise dans la partie finale de la propagation : plus un récit est court et concis, et plus il a des chances d'être reproduit fidèlement. On peut donc conclure que chaque fois qu'un message verbal circule sous forme de rumeur; les distorsions qu'il subit tendent toujours à le rendre plus bref et plus concis. Pourtant, ce nivellement n est pas un phénomène qui se produit par hasard ; ce sont les individus eux-mêmes qui sélectionnent les détails qui confirment leurs attentes et les aident à structurer leur récit. b) La seconde loi qui se dégage est la loi d'accentuation : elle se définit comme la perception, la rétention et la reproduction sélective d'un nombre limité de détails provenant d'un contexte plus large. Autrement dit, l'accentuation est un processus de renforcement de certains détails, qui prennent une place centrale dans la signification des rumeur, et cela en fonction de plusieurs facteurs. Tout d'abord, l'accentuation peut s'effectuer par la rétention de mots bizarres ou qui frappent l'imagination; elle intervient par ailleurs lorsque le récit comporte la notion de mouvement; elle est également déterminée par la dimension relative des objets. Un autre facteur, appelé «effet d'antériorité», peut jouer un rôle de focalisation sur un détail au début d'une série de récits, et il sera par conséquent retenu dans ceux qui suivent. L'accentuation est ainsi un processus important de la déformation de la rumeur. c) La troisième loi est la loi d'assimilation : il s'agit d'un processus de conservation et de réorganisation des informations autour de certains motifs centraux. Ce processus résulte de la force d attraction exercée sur une rumeur par les habitudes, les intérêts et les sentiments de ceux à qui elle s'adresse. Plusieurs formes d'assimilation ont été dégagées par Allport et Postman. L assimilation au thème central consiste à réduire ou accentuer des détails de manière à les faire correspondre à l idée dominante, afin d'accroître sa cohérence, sa vraisemblance et sa logique. L'assimilation par condensation consiste à faire fusionner deux détails, plutôt que de les retenir séparément. L assimilation par anticipation concerne certains détails qui prennent une forme correspondant à la forme de pensée de celui qui les transmet; il retient les choses telles qu'elles se présentent habituellement pour lui. L assimilation à des stéréotypes verbaux consiste à arranger le message, afin de le placer dans la catégorie conventionnelle dans laquelle il doit s'insérer. Ainsi, dans une étude expérimentale d'allport, on a pu observer que dans plus de la moitié des expériences, un rasoir passe, dans le récit, de la main d'un Blanc à celle d'un Noir, car on s'attend à ce que les Noirs soient armés d'un rasoir et non les Blancs. Il existe ainsi un stéréotype culturel inconscient du Noir, violent, prêt à se servir d un rasoir. Même en laboratoire, l'assimilation se fait dans le sens des prédispositions émotionnelles profondes. Les rumeurs tendent donc à confirmer et à s ajuster aux intérêts individuels, à l apparence raciale ou sociale, ou encore aux préjugés personnels de celui qui les transmet. Les processus de transformation des rumeurs ainsi dégagés agissent simultanément et reflètent l'appropriation subjective, qui rend compte, pour une part, des déformations caractérisant les rumeurs. Ce triple processus de transformation, défini par Allport comme un «processus de consolidation», a l'intérêt de montrer que tous les individus au cours de la propagation des rumeurs, se heurtent à la difficulté de saisir et de retenir dans leur objectivité les éléments du monde extérieur. Afin de pouvoir les utiliser, ils doivent les restructurer et les ajuster à leur propre mode de compréhension et à leur propres intérêts. Si les travaux d Allport et Postman se sont surtout centrés sur l altération des messages, des auteurs récents (Kapferer, 1987) ont cherché après Morin, pourquoi nous transmettons les rumeurs. Ils ont établi que la rumeur s'appuie sur trois conditions essentielles: 79
80 Il faut que l'information apparaisse crédible, vraisemblable et souhaitable. Elle repose en outre sur un besoin des individus d'adhérer à un ensemble de croyances à travers lesquelles ils attribuent à certaines catégories des traits particuliers. Cela tend à prouver que le processus de transmission d une rumeur est un mécanisme de projection. Il peut être interprété comme un besoin d introduire une cohérence rationnelle et affective dans un matériel ambigu, et il se manifeste comme une recherche de signification devant une réalité peu claire et peu sûre. Les processus de propagation des rumeurs montrent que bon nombre d'informations forment en ce sens «les médias du non-dit». Ils constituent une explication à l'anxiété; à la peur du changement, au traitement social de la différence, en permettant d effectuer un transfert d'agressivité à l'encontre de catégories particulières d'individus qui deviennent de ce fait les boucs émissaires de la rumeur : accuser les Juifs, les Noirs, les immigrés d'être sales et paresseux est une façon de décharger sur eux des sentiments d'hostilité où le problème du bien-fondé ou de la source est moins important que celui de l'adhésion et de la mobilisation autour de ces sentiments. Les rumeurs indiquent ainsi que les bruits qui courent dans les institutions et la société sont les révélateurs d'un système d'interprétation agissant pour canaliser 1a peur et l incertitude devant des situations ambiguës. 7 LE GROUPE ET L INCONSCIENT, SOCIODRAME ET PSYCHODRAME LE SOCIODRAME Le sociodrame est un mode de jeu dramatique inventé par J.L. Moreno pour une recherche active et une intervention sur les relations intergroupes et les idéologies. Au lieu d être comme le psychodrame, centré sur l individu, la démarche sociodramatique concerne des problèmes collectifs. C est le public qui devient le patient ; les acteurs qui incarnent les rôles se dépouillent de leurs caractères singuliers pour devenir des types, des symboles : ils sont «le» mari et «la»femme, l autochtone et l immigré, le gouvernant et le gouverné, etc. Il s agit de dégager, grâce aux réactions spontanées devant le jeu, la nature et l intensité des conflits socio-affectifs et leur vecteur d évolution potentielle à travers une sorte de «catharsis sociale». -Le psychodrame sera développé dans le cours sur les différentes psychothérapies THEORIE GENERALE DE LA CIRCULATION FANTASMATIQUE EN GROUPE SELON D. ANZIEU Didier Anzieu étudie les petits groupes classiques de 8 à 12 personnes, mais aussi le groupe large de 25 à 60 personnes. Critiques des théories psychosociologiques. D une part il semble que la dynamique des groupes formulée par K. Lewin n a guerre progressé depuis 1930 tant sur le plan théorique que descriptif. D autre part, les psychosociologues qui se réclament de Lewin, Rogers ou de Moreno, auraient selon Anzieu, plutôt tendance à manipuler le transfert au lieu de l interpréter : les résultats satisfaisants qu il leur arrive d obtenir proviennent de l identification des membres au moniteur quand celui-ci se propose inconsciemment à eux comme Idéal du Moi (processus décrit par Freud dès 1921 dans Psychologie collective et analyse du Moi). Ce processus d idéalisation est un processus défensif, mais il n est généralement pas analysé comme tel. Foulkes en 1971, a justement mis en garde contre la «conformisation» des participants aux idées du moniteur. 80
81 Le groupe est ainsi envisagé qu en se plaçant au point de vue du système du Moi. Le fait que les processus de groupe mobilisent la totalité de l appareil psychique chez les participants, y compris le système du Ça et le système du Surmoi, est méconnu. La cohésion du groupe est attribuée à l implication des membres dans l établissement des buts et des normes communs, à l établissement d un réseau de relations interindividuelles, spécialement de sympathies, alors que ces phénomènes conscients sont la conséquence d un processus inconscient fondamental, à savoir qu un nombre suffisant de fantasmes individuels des membres sont entrés en résonance les uns avec les autres ou que le groupe s est cristallisé autour d une imago commune. Les disciples de Rogers, comme Max Pagès, admettent l existence d un affect de groupe. Ils assignent même comme but aux méthodes de groupe de faire vivre aux participants une intense expérience de communion affective qui leur permette de retrouver le «lien originel» entre les êtres humains, et ceci grâce au fait que chacun renvoie au groupe son vécu émotionnel de la situation. Ce lien originel supposé par Max Pagès est en fait une dépendance archaïque, il correspond à ce que nous avons appelé l illusion groupale : les participants cherchent à retrouver dans le groupe le bon sein, après avoir vécu inconsciemment lors des premières réunions l angoisse persécutrice véhiculée par le fantasme inconscient d un danger de destruction par le groupe en tant que mauvaise mère : comme l a montré Scaglia (1974), la position paranoïde-schizoïde est dominante dans la période initiale d un groupe. Les travaux les plus féconds sur le groupe sont ceux qui prolongent les apports de Freud et Mélanie Klein. Ce sont la pratique et la théorie psychanalytiques qui nous ont éclairé sur les insuffisances de l approche psychosociologique des groupes. Ce sont elles qui, jusqu à nouvel ordre, rendent le mieux compte des processus observables. 7.3 PRINCIPAUX PROCESSUS CLES DU GROUPE, DANS LA PERSPECTIVE PSYCHANALYTIQUE L illusion groupale et les fantasmes de casse. «Nous sommes un bon groupe», «nous sommes bien ensemble», révèlent le sentiment d euphorie éprouvé dans les groupes de formation principalement. Cela suppose que le groupe, érigé en objet libidinal, fonctionne comme Moi idéal dans le psychisme des participants : c est l imago de toute-puissance narcissique du groupe qui est investie (identification au sein, source de plaisir et de fécondité). Ce processus complète l identification au chef en tant qu Idéal du Moi commun, découvert par Freud en C est l imago du père tout-puissant et bienveillant qui se trouve investie. L illusion groupale, où l objet-groupe est massivement investi par les pulsions libidinales, a pour contre-partie les fantasmes de casse, où cet objet-groupe est investi par les pulsions de mort sous leurs différentes formes. Le groupe fabrique donc de l illusion, et il fonctionne selon deux principes, celui d indifférenciation de l individu et du groupe, et celui d auto-suffisance par rapport à la réalité physique et sociale. Tout comme le rêve, et avec les mêmes mécanismes, il remplit une fonction d accomplissement imaginaire des désirs inaccomplis, et notamment interdits (mythes et idéologies seraient selon René Kaës des formations de compromis spécifiques aux situations groupales ou sociales). Ainsi, tout groupe non contrôlé par le corps social représente un danger de débauches perverses ou de conspirations homicides. Le groupe fonctionne donc dans les représentations collectives comme un lieu d accomplissement imaginaire des menaces du Surmoi et comme un lieu d accomplissement réel des menaces de la société globale. 81
82 7.3.2 L espace imaginaire du groupe Cet espace imaginaire met en jeu : -Le groupe large est vécu comme intérieur du corps de la mère. Les participants sont donc pris entre deux objectifs mettant en jeu l intérieur et l extérieur du corps de la mère, et leur autonomie et identité. -L appropriation du corps de la mère et la sublimation de sa perte. -La rivalité des enfants (enfants pénis ou excréments) dans le ventre de la mère, rivalité destructrice, soit pour eux, soit pour elle. -Les fantasmes de parents combinés et de scène primitive, projetés sur le groupe des moniteurs. La menace d une intégrité du Moi mobilise des angoisses archaïques : - L angoisse d annihilation ou de vide, l angoisse schizoïde de morcellement, l angoisse persécutrice, l angoisse dépressive, qui sont toutes en rapport avec l imago maternelle. - Les processus défensifs contre ces angoisses : clivage de l objet en bon et mauvais, identification projective, fragmentation et restauration réparatrice du lien Cinq organisateurs psychiques inconscients du groupe -Le fantasme individuel qui représente une action impliquant plusieurs protagonistes personnifiant des pulsions et des mécanismes de défense : il rentre en résonance avec celui des autres participants du groupe. -L imago. -Les fantasmes originaires qui se rapportent aux origines de l individu (fantasmes de vie intrautérine et de scène primitive), aux origines de la différence des sexes (fantasmes de castration, l enfant n imaginant qu un seul sexe, le pénis), et aux origines de la sexualité (fantasmes de séduction). -Le complexe d Œdipe. -L image du corps propre et l enveloppe psychique de l appareil groupal. 82
83 8 RESUMÉ SUR L INFLUENCE SOCIALE 1. Le groupe influence l individu en créant des normes et des règles. 2. L individu se soumet à l influence sociale en se conformant aux normes ou en obéissant à l autorité. 3. L approbation sociale résulte de la dépendance réciproque entre l individu, qui réduit son anxiété, et le groupe social qui accroît sa cohésion. 4. La dissonance cognitive est à l interface des références individuelles et des références du groupe. 5. Le jeu de la tension liée aux dissonances cognitives modifie les perceptions et les représentations de l individu, en les organisant selon une subjectivité économique au groupe et à l individu. 6. Les constructions sociales peuvent dans certains cas mettre l individu dans de véritables distorsions de la représentation de la réalité en prenant différentes formes et en modifiant le comportement individuel selon l influence des croyances sociales du groupe d appartenance. Ainsi nous avons vu : 1) les modifications des normes de références et d évaluation 2) les comportement d obéissance et l état «agentique» - 3) les modifications des représentations et des perceptions dans la formation des impressions, des préjugés, des stéréotypes et les altérations des messages dans la communication avec la rumeur. 7. Les psychanalystes qui s intéressent aux groupes se différencient des psychosociologues en privilégiant les processus inconscients propres aux groupes, plutôt que les interactions et l aspect phénoménologique. Les psychanalystes et les psychosociologues considèrent que chaque individu fonctionne bien de deux façons différentes individuellement et en groupe. Ces deux aspects ne s annulent pas mais coexistent. Si le lien entre ces deux phénomènes liés à la personnalité humaine n est pas encore bien compris, l interdisciplinarité permet de se faire une certaine idée de cette division propre à l humain, parfois si déroutante. Pour conclure j émettrais l hypothèse que le lien entre ces deux niveaux logiques de l humain est un ciment contre les retours de la barbarie des autres temps archaïques. Post Scriptum : si vous savez tout ce qui se trouve au dessus de cette ligne, vous rendez votre professeur heureux, vous n êtes plus loin du moi de juin, il fait donc beau et la psychologie vous aidera à passer en 3ème année, mais surtout je l espère cet enseignement vous donnera des appuis lors de votre vie professionnelle : je vous souhaite donc un très bon été!!! Philippe Scialom. 83
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