Les femmes dans le monde du travail en Auvergne : réalités et perspectives

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1 Les femmes dans le monde du travail en Auvergne : réalités et perspectives Mars 2009

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3 SOMMAIRE LE RAPPORT INTRODUCTION... 1 PARTIE 1 : LE TRAVAIL DES FEMMES : ETAT DES LIEUX EN AUVERGNE... 3 Chapitre 1 : Photographie de la place des femmes en Auvergne... 5 A - Les femmes et la démographie... 5 B - Une meilleure scolarisation pour les jeunes filles... 7 C - Des professions féminisées : un choix de filières fondé sur des stéréotypes D - Les femmes et le marché du travail E - Les femmes dans les différents secteurs d activité F - Les femmes et la création d'entreprises Chapitre 2 : Des politiques en faveur de l'égalité et la mixité professionnelle A - La mise sur pied d un arsenal législatif et conventionnel B - Les dispositifs européens : un levier pour le développement de l égalité et de la mixité C - Rôle des Directions du Travail, de la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l Égalité, des partenaires sociaux Chapitre 3 : Les problématiques en Auvergne par secteurs d'activité A - Les femmes dans l agriculture B - Les femmes chefs d entreprise dans le secteur de l artisanat et des PME C - Les femmes dans les professions libérales D - Le cas particulier de la Fonction Publique PARTIE 2 : DES DISCRIMINATIONS À CORRIGER, DES POLITIQUES PUBLIQUES À RENFORCER Chapitre 1 : Malgré des avancées, des discriminations persistantes A - Les inégalités Femmes/Hommes dans l entreprise B - Gestion des Temps et Parentalité Chapitre 2 : Un bilan mitigé des politiques publiques en faveur du travail des femmes A - L importance des modes de garde B - Mise en place progressive d un système de prestations C - L action de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) en faveur des femmes dans le monde agricole en Auvergne D - Des politiques publiques pour favoriser la gestion des temps E - En Auvergne, des politiques publiques en faveur de l égalité et de la mixité CONCLUSION Glossaire Principaux sigles Composition de la commission spéciale Liste des personnes auditionnées L AVIS LES ANNEXES... I

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5 Le Rapport LE RAPPORT Rémi FAYE, Chargé d études.

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7 Le Rapport INTRODUCTION Dans un environnement difficile pour les entreprises, marqué par la mondialisation de l économie, l emploi est devenu, dans l Union Européenne, une préoccupation de premier rang, qui concerne les hommes et les femmes. La place de ces dernières dans le monde du travail est devenue une réalité incontournable. Depuis les années 1960, les valeurs traditionnelles du couple, de la famille et de l image de la femme ont été remises en question 2. De profonds changements sont intervenus. La vie active en France a connu une féminisation croissante. Des progrès dans l accès à l emploi, à des activités diversifiées, la percée au sein de métiers et de niveaux hiérarchiques longtemps occupés par les hommes ont été accomplis par les femmes. Pour la première fois de son histoire, la promotion 2006/2008 des auditeurs de 2e classe du Conseil d État est 100 % féminine. Quatre jeunes femmes ont intégré la plus haute instance administrative à l issue de leur scolarité. Le modèle français est devenu celui de la femme au travail et non plus celui de la femme au foyer. De nos jours, les deux modèles ne sont plus en opposition. Le taux d activité des femmes entre 25 et 49 ans est en augmentation constante et on observe une évolution dans les mentalités. Dorénavant, la plupart des femmes des jeunes générations aspirent à concilier, dans les meilleures conditions, ambition professionnelle, vie personnelle et familiale. Mais force est de constater, comme le souligne la sociologue Margaret MARUANI 3 «la féminisation du marché du travail ne rime ni avec mixité, ni avec égalité». En effet, malgré quelques avancées notables en matière de participation, d emploi féminin et de réussite scolaire des jeunes filles, les écarts de salaire persistent et l activité féminine est concentrée autour d un nombre restreint de métiers. De plus, le paysage économique et sociétal est marqué par la persistance de contrastes, de paradoxes et d inégalités dans le travail, dans l accès à l emploi, dans les parcours de carrière, dans l accès à la formation professionnelle continue, dans les rémunérations, avec un fort taux de précarité et de chômage. Mais il se caractérise aussi par des difficultés d application des dispositifs nationaux et européens plutôt favorables à l égalité et la mixité professionnelle et salariale. C est ce qui a conduit le Conseil Économique et Social régional (CESR) d Auvergne à s autosaisir sur la thématique «la place des femmes dans le monde du travail en région Auvergne». Cette question est un enjeu de société, de développement durable, d attractivité du territoire et de vitalité démographique. 2 - Cf. annexe : bref rappel histoire sur la place des femmes dans le monde du travail. 3 - Extrait de l ouvrage : «Travail et emploi des femmes», La Découverte, coll. Repères Margaret MARUANI est sociologue, Directrice de Recherche au CNRS, rattachée au CSU (Cultures et Sociétés Urbaines). Fondatrice en 1995, du groupement de recherche (CNRS) «Marché du Travail et Genre» (Mage), elle dirige la revue «Travail, Genre et Sociétés». 1

8 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne Vers l insertion sociale des personnes de tenues en Auvergne Cela explique aussi le succès du colloque «Femmes, inégalités et conciliation des temps» qui a été organisé par le CESR, le 23 octobre 2008, à Clermont-Ferrand dont les conclusions ont été intégrées dans cette autosaisine. Il s agit bien pour le CESR Auvergne d analyser la situation propre à l Auvergne et d établir un diagnostic le plus précis possible de la place des femmes dans les différents domaines de la vie économique, d évaluer l application des dispositifs existants favorables à l égalité et à la mixité, de faire un état des lieux des différentes politiques publiques pour soutenir le travail des femmes et pour trouver un juste équilibre entre les temps de vie, les temps sociaux et les temps professionnels et, enfin, de proposer aux acteurs locaux et décideurs des pistes pour agir. 2

9 Le Rapport PARTIE 1 : Le travail des femmes : état des lieux en Auvergne 3

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11 Le Rapport Chapitre 1 : Photographie de la place des femmes en Auvergne 4 Au 1 er janvier 2005, on dénombre habitants en Auvergne dont femmes. Ils représentent 2,2 % de la population de la France métropolitaine. Au 1 er janvier 2007, la population auvergnate est estimée à habitants. L Auvergne enregistre une progression de personnes environ entre 1999 et En 1999, elle en compte , soit entre 1999 et Cette progression, même limitée, ne doit pas faire oublier les faiblesses de la démographie régionale. A Les femmes et la démographie L Auvergne demeure une Région peu peuplée qui se singularise par une faible natalité et un net vieillissement de sa population. Répartition de la population selon le sexe et l âge en Audition au titre de l INSEE Auvergne le 13 mars 2008 d Hélène LANGIN, Chef de Service Étude Diffusion. 5

12 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne Vers l insertion sociale des personnes de tenues en Auvergne Depuis 2002, le taux de natalité, c'est-à-dire le rapport du nombre de naissances vivantes de l'année à la population totale moyenne de l'année, progresse légèrement avec des disparités entre les départements. Pour 2007, en Auvergne 5, plus d un enfant sur deux naît hors mariage (55,3 %). De plus, en 2004, l âge moyen des mères au 1 er enfant 6 pour l Auvergne atteint 28,5 ans contre 28,7 ans en France. En 2007, il s établit à 28,2 ans contre 28,4 ans en France. On assiste à un phénomène de diminution de la taille des ménages plus important que sur le plan national. Population des ménages de 15 ans et plus selon l'état matrimonial légal 5 - Cf. annexe : Compléments statistiques concernant la démographie, les mariages, les pactes civils de solidarité, les divorces et l espérance de vie sur la région Auvergne. 6 - Données fournies par l INSEE Auvergne le 17/02/

13 Le Rapport De plus en plus de familles sont monoparentales : celles-ci ont doublé entre 1975 et 1999 et depuis 1999, elles ont augmenté de 13 %. En Auvergne, elles sont au nombre de Pour la grande majorité, il s agit de familles monoparentales ayant un enfant dont le chef de famille est une femme. Si, avant 1999, l explication principale était le décès du conjoint, depuis 1999, cela est dû notamment à l augmentation des séparations des quinquagénaires. Des inégalités sont observées : - vis à vis de l espérance de vie : si les femmes vivent plus longtemps que les hommes, l écart a tendance, ces dernières années, à se réduire, avec l augmentation de l espérance de vie des hommes. En 1990, l écart entre homme et femme était de 9 ans, aujourd hui il n est plus que d environ 8 ans. L espérance de vie des femmes en Auvergne est de 83,6 ans pour 83,7 en France Métropolitaine. Celle des hommes est de 75,8 ans en Auvergne pour 76,8 en France Métropolitaine. - vis à vis de l avancée en âge : On observe un nombre considérable de femmes seules aux âges avancés et selon une étude de la Direction de la Recherche, des Études, de l'évaluation et des Statistiques (DREES), les femmes sont les principales occupantes des établissements d accueil des personnes âgées. Trois résidents sur quatre sont des femmes dans ces établissements. En effet, au-delà de 80 ans, la part des femmes dépendantes est beaucoup plus importante. - vis à vis de la dépendance : 7,3 % des femmes de 60 ans ou plus en Auvergne sont concernées par celle-ci alors qu elles ne sont que 6,7 % pour la France Métropole. Le département du Puy-de- Dôme tend à se rapprocher du niveau national (6,8 %). L INSEE a établi une prospective en 2030 et estimé à le nombre d habitants en Auvergne dont 51 % de femmes avec un vieillissement de la population de plus en plus marqué. B - Une meilleure scolarisation pour les jeunes filles 7 Depuis les années 1960, les femmes travaillent de plus en plus et sont de plus en plus diplômées. En 2005, elles représentent, selon une source de l INSEE, 47,5 % des 28,2 millions d actifs et 51 % ont un diplôme supérieur au bac. En terme de durée moyenne des études, de niveau moyen de diplômes, de taux de réussite aux examens, les filles réussissent mieux que les garçons sur le plan scolaire. De plus, les filles passent plus de temps sur les bancs de l école (19 ans) que les garçons (18,5 ans). 7 - Audition au titre du Rectorat le 09 octobre 2008 de Gérard POUX, Délégué régional ONISEP, Chef du Service Académique d Information et d Orientation (SAIO) de Clermont-Ferrand ; de Cécile PASTIAUX, Chargée de Mission Égalité - Mixité au SAIO et de Jean-François MESSEIX, Chef de Division Études, Statistiques et Infocentre (DECI). 7

14 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne 1 - Les principales caractéristiques nationales a) Une baisse des redoublements En 1997, au niveau national, 85 % des filles accèdent en 6 ème sans redoublement contre 80 % des garçons. Les garçons sont donc davantage touchés par les retards scolaires. Mais depuis ces dernières années, les garçons ont pu bénéficier de la volonté de baisser les redoublements. Même si les filles redoublent moins que les garçons, l écart garçon / fille se resserre. Le redoublement en seconde générale est de 20 % alors qu il n est que de 5 % en 6 ème et 5 ème. En fin de 3 ème, un peu plus de garçons que de filles sont en retard. Les filles ont en général de meilleures notes au brevet des collèges (+ 0,7 point). b) Des filles peu présentes dans les filières les plus prestigieuses et les plus porteuses d emplois Après la 3 ème, on observe des orientations différenciées entre filles et garçons. Les résultats sont contrastés par série : 70,00 60,00 50,00 40,00 30,00 20,00 10,00 0,00 A l'issue de la 3 ème générale Filles Garçons 2GT BEP/CA P Rdt 8

15 Le Rapport 9

16 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne En fin de seconde, 41 % des garçons se dirigent vers une série S, seulement 28 % des filles. Parmi elles, 60 % des filles de la filière S souhaitent se diriger vers médecine et les carrières paramédicales et sociales et seulement 24 % en écoles d ingénieurs. Les filles s orientent plus particulièrement au niveau de l enseignement supérieur, dans les filières littéraires, économiques et sociales, les filières professionnelles des services, les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) et les écoles paramédicales et sociales. 2 - État des lieux sur la répartition des filles dans l Académie de Clermont-Ferrand Le pourcentage initial de filles à l école (49 %) est similaire au taux de naissance des filles (49 %) dans l académie et en France. En Auvergne : Les filles redoublent un peu moins que les garçons ; Les filles sont plus nombreuses en lycées d enseignement général et technologique (56 %), en BTS (52 %) et à l université (55 %), un peu moins nombreuses en lycée professionnel (46 %) et en classes préparatoires aux grandes écoles (38 %) et beaucoup moins nombreuses en CFA (25 %) dont les domaines de production (9 %). Les filles ont des taux d admission à tous les examens supérieurs à ceux des garçons sauf en BTS. Elles ont des notes qui dépassent légèrement celles des garçons au brevet des collèges. En Formation Professionnelle, 60 % des femmes se retrouvent dans les services ; 30 % de jeunes filles s engagent dans l apprentissage. Elles se cantonnent dans des filières peu porteuses d emploi ; 25 % dans les écoles d ingénieurs. Cette situation confirme les caractéristiques nationales. Une bonne marche de progrès reste à accomplir. 3 - Les résultats aux examens Il faut remarquer que l Académie de Clermont-Ferrand affiche d excellents résultats, quels que soient les départements, les séries. Globalement, le taux de réussite est supérieur pour les filles. 10

17 Le Rapport a) Le BEP/CAP 11

18 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne 12

19 Le Rapport b) Les baccalauréats 13

20 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne Meilleurs résultats scolaires, meilleur taux de réussite aux baccalauréats, toutefois en Auvergne, ce constat est à nuancer. En 2005, l écart du taux de réussite au baccalauréat technologique en Auvergne était de six points en faveur des filles, il n était seulement que de trois points pour le plan national. Par contre, pour le baccalauréat professionnel, les résultats de l Auvergne sont moins bons : l écart du taux de réussite au baccalauréat professionnel en Auvergne n est que d un point en faveur des filles, alors qu il est de cinq pour le national. Les filles s orientent autant que les garçons vers des baccalauréats généraux ou technologiques. Néanmoins, le choix des filières se révèle bien différent comme le montre les tableaux suivants : 14

21 Le Rapport 4 - Après le baccalauréat : des difficultés à orienter les jeunes filles vers les filières scientifiques L orientation est sexuée : il y a plus de filles dans les formations littéraires en lycée (78 %) ou à l université (lettres sciences humaines : 80 %). De manière complémentaire, la répartition des filles / garçons dans les filières scientifiques est la suivante : 15

22 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne On peut faire le même constat sur le niveau des BTS. On constate une dégradation vers la fin de la seconde, ceci notamment en raison des options dites de «détermination». Dans les séries technologiques, les filles vont en Sciences Médico-sociales et en spécialité de Gestion, alors que les garçons s orientent plus dans la spécialité Technologie Industrielle. Par conséquent, un travail est à mener en matière d orientation scolaire. Pour les flux vers l enseignement supérieur, des différences apparaissent à l intérieur des filières, où le choix des options et des spécialités ne sont pas les mêmes pour les filles et pour les garçons. Tous les métiers de contacts, de relationnels semblent prédestinés aux filles, de même, pour les secteurs du tertiaire et de gestion à forte dominante féminine. En revanche, la comptabilité semble l apanage des garçons. Comment dès lors expliquer par exemple que certains métiers soient encore de nos jours uniquement occupés par des hommes? Ainsi, l examen des situations scolaires et des orientations en Auvergne ne sont pas fondamentalement différentes du constat national. Mais en Auvergne, comme ailleurs, un lien est bien démontré entre les caractéristiques scolaires, les démarches d orientation et les choix professionnels que font les jeunes filles vers des métiers encore plus spécifiquement féminins. 16

23 Le Rapport C - Des professions féminisées : un choix de filières fondé sur des stéréotypes L activité des femmes s est développée. Elle a notamment fortement progressé dans la tranche d âge 25 à 49 ans. Entre 1975 et 2006, le taux d activité des femmes est passé de 60 à 82 %, alors que celui des hommes régressait de 97 à 95 %. La part des femmes dans l emploi salarié auvergnat se situe en dessous (- 0,5 point) de la moyenne nationale. Toutefois, sur dix ans, l emploi féminin en Auvergne a progressé à un rythme (+ 20,8 %) un peu supérieur au reste de la France (+ 20,1 %). Dans notre région, les domaines d activité des hommes et des femmes demeurent sexués : les femmes représentent plus des deux tiers des effectifs dans trois secteurs : Éducation, santé, action sociale (78 %) ; administrations parapubliques et associations (75 %) ; activités immobilières (69,2 %). Alors que les filles réussissent toujours mieux que les garçons à l école, les femmes restent confinées dans peu d emplois et des filières professionnelles précises. Rappel des données concernant l emploi salarié : La population active Six catégories socioprofessionnelles regroupent plus de 60 % des femmes : (employées au nettoyage ; aide à domicile ; employées de commerce ; secrétaires d entreprise ; infirmières et professeurs des écoles ). 17

24 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne Une étude récente du CARIF OREF 8 pour la Région Auvergne révèle que les femmes représentent près de 80 % des effectifs des entreprises de services avec un taux d emploi pour le temps partiel proche des 80 %. Les emplois de services ont la particularité d être généralement mal payés, assurés majoritairement par des femmes, le plus souvent à temps partiel. Elles sont largement majoritaires dans les secteurs d activité suivants : employées de commerce, d administration et de la fonction publique ; services aux particuliers ; femmes de ménage et professions intermédiaires. Les emplois féminins connaissent une très grande concentration : moins de 8 % des métiers regroupent 45 % des femmes avec une féminisation supérieure à 65 % elles sont moins de 10 % dans 65 % des métiers. Les métiers les plus féminisés en Auvergne se rencontrent dans les domaines de la santé (infirmières, aides-soignantes), dans le secteur paramédical, de l aide à la personne, des commerces ou encore chez les assistantes maternelles. Au nom des compétences supposées «naturelles» des femmes (soin, éducation, minutie, don de soi ), ces métiers ne sont pas toujours bien reconnus en terme de qualification et de rémunération. 8 - CARIF OREF : Centre d'animation et de Ressources pour l'information sur la Formation, Observatoire Régional Emploi Formation. Financé par l'etat et la Région et cofinancé par l'union européenne, il a pour but d'assurer en Auvergne et au plan interrégional des missions d'intérêt général pour l'etat, l'union Européenne, les collectivités territoriales et les partenaires sociaux, veillant particulièrement à favoriser la prise en compte de l'égalité des chances entre les personnes et entre les territoires. 18

25 Le Rapport Ainsi, l histoire de la profession d infirmière est révélatrice des batailles qui ont été menées pour faire reconnaître ce métier. Marqué par un héritage religieux, caritatif, de «la bonne sœur» à l auxiliaire, il faudra la longue grève de 1988 pour qu évolue leur profession et la reconnaissance de leur technicité avec équivalence universitaire à Bac+2. Pour 2012, une reconnaissance à Bac+3 est envisagée. Bien que la place des jeunes filles dans les formations progresse, leur intégration dans des métiers dits «masculins» s avère difficile, malgré l évolution des technologies et la modernisation de l outillage. Pourtant, on observe de plus en plus l orientation de jeunes filles vers des métiers qu elles «désertaient» auparavant, comme ceux de la mécanique, par exemple, celle-ci ne présentant plus les mêmes difficultés physiques qu auparavant. Désormais, de plus en plus de femmes dirigent ces entreprises. Les femmes sont prêtes à assumer des postes que les hommes ont abandonnés. La pénibilité de certains métiers exigeant des aptitudes physiques particulières ne semble plus forcément être un obstacle pour les femmes qui cherchent un travail 9. D ailleurs, selon l INSEE, dans le secteur de l automobile, dont le taux de féminisation s élève à 29 %, l Auvergne connaît une féminisation supérieure de 11 points au niveau national. En fait, la formation et la technologie de ces métiers ont beaucoup évolué. On recherche dorénavant un recrutement de qualité et la nécessité de féminiser les métiers paraît de plus en plus positive 10. Si le chiffre de 2 % d apprentis féminines dans les métiers du bâtiment est infime, la récente propension des jeunes filles à s inscrire dans les Centres de Formation des Apprentis en Auvergne laisse à penser un nouvel engouement. 9 - Audition au titre de l Union Professionnelle Artisanale (UPA) le 14 mai 2008 d Henri MAZAL, Président de l UPA Auvergne Audition au titre de la Chambre Régionale de Commerce et d Industrie (CRCI) le 15 avril 2008 de Marie-Luce BOZOM, Présidente de la Commission «Création, transmission et reprise d entreprises» de la CCI de Clermont- Ferrand/Issoire et de Brigitte FARGEVIEILLE, Directrice Générale de la CRCI. 19

26 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne Entre 2005 et 2008, le nombre des apprentis a augmenté de 14,35 %. Durant cette période, le nombre de femmes a progressé de 18,50 % alors que celui des hommes n a évolué que de 12,7 %. En moyenne, les femmes représentent 25 % des apprentis. Ce sont dans les niveaux 1 et 2 que la proportion des femmes est la plus élevée (respectivement 44 % et 39 %). Afin de favoriser l intégration des femmes dans des métiers dits «masculins», l école mène actuellement des actions pour promouvoir une palette des métiers en tâchant de ne pas établir cette distinction métiers d hommes métiers de femmes. Il faut également tenir compte du rôle des parents dans le choix d orientation des jeunes filles. Ainsi, il ne faut pas sous-estimer le poids de l histoire et d une culture dès le plus jeune âge reposant sur les représentations bien ancrées, de type sociétales et familiales, amenant les parents et les jeunes filles à intérioriser certains schémas. Ainsi, les livres scolaires sont à tous les niveaux très instructifs sur les représentations sexuées. De ce point de vue, nous renvoyons à l étude présentée en 2004 par Annette WIEVIORKA 11. Si les femmes ont gagné des métiers, des combats, cela reste quasi inexistant dans les livres d histoire. Dans les conseils de classe, pour le même niveau et les mêmes notes, des professeurs expliquent que les bons résultats obtenus par les jeunes filles s expliquent par le fait qu elles sont sérieuses et travailleuses, alors que pour les garçons, les bons résultats sont dus au fait qu ils soient avant tout brillants. Ils développent eux-mêmes sans en avoir bien conscience des stéréotypes, que l on retrouve lorsqu ils décrivent des jeunes filles exerçant le métier de carreleur, comme des «pionnières, des héroïnes». C est pourquoi la formation initiale des enseignants doit intégrer cela afin de remédier à cette situation Étude du Conseil Économique, Social et Environnemental d Annette WIEVORKA : «Quelle place pour l histoire dans l histoire enseignée?»

27 Le Rapport Lors du séminaire «Égalité et mixité dans le système éducatif» du 14 octobre 2008 organisé par l Académie de Clermont-Ferrand, Isabelle COLLET 12 rappelle que l école n est ni plus ni moins que le reflet du monde du travail, où des pans entiers de l économie ne sont pas mixtes. En résumé, l éducation a une très lourde responsabilité pour faire changer les mentalités. Selon Gérard BESSON, Recteur de l Académie de Clermont- Ferrand, l École a un rôle essentiel pour structurer et faire évoluer les pratiques. Quelques avancées sont à souligner : dans la vie scolaire, une sensibilisation à la mixité, au «vivre ensemble» est organisée. Il y a davantage de filles déléguées de la classe ; dans les enseignements, on commence à prendre conscience de l importance de valoriser les femmes dans les disciplines : par exemple, citer les femmes parmi les «grands hommes», parler de leur rôle dans le progrès de l humanité (exemple : Marie Curie). dans les processus d orientation, un éventail de métiers est de plus en plus présenté aux filles. L Académie de Clermont-Ferrand se mobilise sur le terrain, dans les écoles, et organise par exemple des journées de découverte des métiers. D - Les femmes et le marché du travail Contexte général Au recensement de 2004, le taux d emploi féminin (proportion des personnes ayant en emploi parmi celles en âge de travailler) de la région Auvergne (36 %) est quasi similaire au taux national (35,7 %). Mais, selon l INSEE, on observe un écart entre le taux d activité des femmes et celui des hommes plus élevé en Auvergne pour les moins de 25 ans que pour la France entière, ce qui signifie des difficultés d emploi pour les jeunes femmes. De plus, parmi les femmes actives, on compte 89,2 % de femmes salariées contre 82,7 % en France 14. Dans un contexte de début de ralentissement de l activité économique, la croissance de l emploi accuse un repli tant au niveau régional que national. À la baisse régulière des effectifs de l industrie, s ajoute un recul récent de l emploi dans certaines activités de service, comme le transport et le commerce qui connaissent un retournement de tendance défavorable Isabelle Collet est actuellement docteure en sciences de l éducation, chercheuse associée à l Université Paris X Nanterre. Elle poursuit ses recherches sur le genre et les techniques dans le cadre d un post-doctorat à Télécom-INT et INT-Management d Evry. Elle fait également partie de l association «femmes & mathématiques» Source URSSAF Auvergne : «L observatoire économique des URSSAF d Auvergne» n 6 Octobre Enquête emploi 2007 INSEE Auvergne. 21

28 Le Rapport Conseil E conomique et Social de la Re gion d Auvergne En Auvergne, un salarié sur cinq travaille dans une entreprise de moins de dix personnes. Cette proportion est proche de la moyenne nationale (19 %) mais est très variable suivant les arrondissements. Elle atteint ainsi le tiers des effectifs dans les arrondissements de Mauriac et de Saint-Flour, localités dont les tissus économiques sont très dépendants des petites structures. Évolution de l emploi salarié du secteur privé entre juin 2007 et juin 2008 B-Normandie +1,5% Bretagne +1,3% PDL +1,7% DOM +1,3% NPC +0,7% H-Normandie +0,8% Picardie +0,2% Centre +1,4% IDF +1,5% Poitou-C +0,8% Limousin +0,5% Aquitaine +1,5% Midi-P +1,8% Champagne -A +0,1% Loraine -0,3% Franche-C Bourgogne -0,4% +1,0% Languedoc-R +2,1% Rhône- Alpes +1,5% Alsace +0,6% PACA +1,3% Corse +3,0% Evolution nationale des effectifs salariés +1,2% Evolution régionale des effectifs salariés +0,4% Montluçon -0,1% Mauriac +0,8% Aurillac +2,2% Moulins +0,0% Vichy +0,5% Riom Thiers +0,2% +1,9% Clermont-Ferrand +0,5% Ambert Issoire +0,5% -1,8% Brioude Yssingeaux St Flour -2,5% +0,1% +0,6% Le Puy +0,9% Evolution de l'emploi au deuxième trimestre 2008 par rapport au deuxième trimestre 2007 Supérieure à 1,7% De 1% à 1,7% De 0,4% à 1% Moins de 0,4% Source : Urssaf - Acoss En parallèle, certaines zones se caractérisent par une très forte concentration de l emploi autour de quelques gros employeurs. Ainsi, les cinq plus gros établissements ambertois emploient 22 % des salariés de l arrondissement. Cette proportion dépasse également les 20 % dans celui de Riom du fait de l implantation d importants établissements spécialisés dans la chimie, la métallurgie et l agroalimentaire. 22

29 Le Rapport Part des salariés travaillant dans une entreprise de moins de 10 personnes X : Part des salariés travaillant dans une entreprise de moins de 10 personnes X% : Part des 5 plus gros établissements dans l effectif total de l arrondissement Montluçon 19% 13% Moulins 18% 10% Riom 23% 21% Clermont-Ferrand 16% 13% Mauriac 33% 18% Aurillac 22% 11% Issoire 19% 13% St Flour 34% 7% Vichy 24% 7% Thiers 23% 15% Ambert 30% 22% Brioude 21% 18% Part des salariés travaillant dans une entreprise de moins de 10 personnes Supérieure à 30% De 24% à 30% De 22% à 24% Moins de 22% Yssingeaux 23% 9% Le Puy 24% 10% Les effectifs salariés reculent dans plusieurs secteurs d activité. Ainsi, l emploi continue de se dégrader dans l industrie avec une baisse de 1,6 % entre juin 2007 et juin Le commerce connaît également un retournement de tendance défavorable. Il perd, en un an, plus de 600 emplois, essentiellement dans le commerce de détail, emplois tenus principalement par des femmes. 2 - Une forte augmentation du chômage en octobre L augmentation du chômage en Auvergne ( personnes en un mois) confirme en l amplifiant la tendance nationale (+ 2,4 %). Elle s inscrit dans une détérioration très forte de l activité économique qui s étend. Les bassins industriels traditionnels (Montluçon, Vichy, Riom, Thiers, Issoire, Yssingeaux et Brioude) sont les plus fragiles. Dans ce contexte, d octobre 2007 à octobre 2008, demandeurs d emploi supplémentaires en catégorie 1 sont venus s inscrire à l ANPE. Cette augmentation de 9,6 % sur un an est beaucoup plus significative que celle enregistrée sur la France entière (+ 4,4 %). Le décrochage entre l Auvergne et la France perdure donc. Cette dégradation du marché du travail touche en priorité les jeunes (+ 11,5 %) puis les seniors (+ 10,1 %) et enfin les ans (+ 8,9 %) Source : DRTEFP, Premières données Auvergne octobre

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