Cours de mathématiques M22 Algèbre linéaire
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- Colette Bernier
- il y a 10 ans
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1 Cours de mathématiques M22 Algèbre linéaire λ u u + v u v u
2 Exo7 Sommaire Systèmes linéaires 3 Introduction aux systèmes d équations linéaires 3 2 Théorie des systèmes linéaires 7 3 Résolution par la méthode du pivot de Gauss 2 Matrices 6 Définition 6 2 Multiplication de matrices 9 3 Inverse d une matrice : définition 24 4 Inverse d une matrice : calcul 27 5 Inverse d une matrice : systèmes linéaires et matrices élémentaires 29 6 Matrices triangulaires, transposition, trace, matrices symétriques 36 3 L espace vectoriel R n 43 Vecteurs de R n 43 2 Exemples d applications linéaires 46 3 Propriétés des applications linéaires 52 4 Espaces vectoriels 58 Espace vectoriel (début 58 2 Espace vectoriel (fin 62 3 Sous-espace vectoriel (début 66 4 Sous-espace vectoriel (milieu 7 5 Sous-espace vectoriel (fin 73 6 Application linéaire (début 8 7 Application linéaire (milieu 82 8 Application linéaire (fin 85 5 Dimension finie 92 Famille libre 92 2 Famille génératrice 96 3 Base 99 4 Dimension d un espace vectoriel 5 5 Dimension des sous-espaces vectoriels 6 Matrices et applications linéaires 4 Rang d une famille de vecteurs 4 2 Applications linéaires en dimension finie 2 3 Matrice d une application linéaire 26 4 Changement de bases 33 7 Vector products 4 Licence Creative Commons BY-NC-SA 3 FR 2 exo7emathfr
3 Exo7 Systèmes linéaires Introduction aux systèmes d'équations linéaires 2 Théorie des systèmes linéaires 3 Résolution par la méthode du pivot de Gauss Vidéo partie Introduction aux systèmes d'équations linéaires Vidéo partie 2 Théorie des systèmes linéaires Vidéo partie 3 Résolution par la méthode du pivot de Gauss Introduction aux systèmes d équations linéaires L algèbre linéaire est un outil essentiel pour toutes les branches des mathématiques appliquées, en particulier lorsqu il s agit de modéliser puis résoudre numériquement des problèmes issus de divers domaines : des sciences physiques ou mécaniques, des sciences du vivant, de la chimie, de l économie, des sciences de l ingénieur, Les systèmes linéaires interviennent dans de nombreux contextes d applications car ils forment la base calculatoire de l algèbre linéaire Ils permettent également de traiter une bonne partie de la théorie de l algèbre linéaire en dimension finie C est pourquoi le présent cours commence avec une étude des équations linéaires et de leur résolution Ce chapitre a un but essentiellement pratique : résoudre des systèmes linéaires La partie théorique sera revue et prouvée dans le chapitre «Matrices» Exemple : deux droites dans le plan L équation d une droite dans le plan (Ox y s écrit ax + by = e où a, b et e sont des paramètres réels Cette équation s appelle équation linéaire linéaire (équation dans les variables (ou inconnues x et y Par exemple, 2x + 3y = 6 est une équation linéaire, alors que les équations suivantes ne sont pas des équations linéaires : 2x + y 2 = ou y = sin(x ou x = y Considérons maintenant deux droites D et D 2 et cherchons les points qui sont simultanément sur ces deux droites Un point (x, y est dans l intersection D D 2 s il est solution du système : { ax + by = e (S cx + d y = f Trois cas se présentent alors :
4 Systèmes linéaires 4 Les droites D et D 2 se coupent en un seul point Dans ce cas, illustré par la figure de gauche, le système (S a une seule solution 2 Les droites D et D 2 sont parallèles Alors le système (S n a pas de solution La figure du centre illustre cette situation 3 Les droites D et D 2 sont confondues et, dans ce cas, le système (S a une infinité de solutions y D y D y D 2 D 2 D = D 2 x x x Nous verrons plus loin que ces trois cas de figure (une seule solution, aucune solution, une infinité de solutions sont les seuls cas qui peuvent se présenter pour n importe quel système d équations linéaires 2 Résolution par substitution Pour savoir s il existe une ou plusieurs solutions à un système linéaire, et les calculer, une première méthode est la substitution Par exemple pour le système : { 3x + 2y = 2x 7y = 2 Nous réécrivons la première ligne 3x + 2y = sous la forme y = x Et nous remplaçons (nous substituons le y de la seconde équation, par l expression x Nous obtenons un système équivalent : { y = x 2x 7( x = 2 La seconde équation est maintenant une expression qui ne contient que des x, et on peut la résoudre : { y = x ( x = { y = x x = 3 25 Il ne reste plus qu à remplacer dans la première ligne la valeur de x obtenue : { y = 8 25 x = 3 25 Le système (S admet donc une solution unique ( 3 25, 8 25 L ensemble des solutions est donc {( 3 S = 25, 8 } 25 3 Exemple : deux plans dans l espace Dans l espace (x yz, une équation linéaire est l équation d un plan : ax + by + cz = d (S
5 Systèmes linéaires 5 L intersection de deux plans dans l espace correspond au système suivant à 2 équations et à 3 inconnues : { Trois cas se présentent alors : ax + by + cz = d a x + b y + c z = d les plans sont parallèles (et distincts et il n y a alors aucune solution au système, les plans sont confondus et il y a une infinité de solutions au système, les plans se coupent en une droite et il y a une infinité de solutions Exemple { 2x + 3y 4z = 7 Le système n a pas de solution En effet, en divisant par 2 4x + 6y 8z = { 2x + 3y 4z = 7 la seconde équation, on obtient le système équivalent : 2x + 3y 4z = Les 2 deux lignes sont clairement incompatibles : aucun (x, y, z ne peut vérifier à la fois 2x + 3y 4z = 7 et 2x + 3y 4z = 2 L ensemble des solutions est donc S = { 2x + 3y 4z = 7 2 Pour le système, les deux équations définissent le même plan! 4x + 6y 8z = 4 Le système est donc équivalent à une seule équation : 2x +3y 4z = 7 Si on récrit cette équation sous la forme z = 2 x y 7 4, alors on peut décrire l ensemble des solutions sous la forme : S = { (x, y, 2 x y 7 4 x, y R} { 7x + 2y 2z = 3 Soit le système Par substitution : 2x + 3y + 2z = { { { 7x + 2y 2z = 2x + 3y + 2z = z = 7 2 x + y 2 2x + 3y + 2 ( 7 2 x + y 2 = { { z = 7 2 x + y 2 z = 7 y = 9 5 x + 2 x 5 y = 9 5 x z = 7 2 x + y 2 9x + 5y = 2 Pour décrire l ensemble des solutions, on peut choisir x comme paramètre : {( S = x, 9 5 x + 2 5, 7 x } x R Géométriquement : nous avons trouvé une équation paramétrique de la droite définie par l intersection de deux plans Du point de vue du nombre de solutions, nous constatons qu il n y a que deux possibilités, à savoir aucune solution ou une infinité de solutions Mais les deux derniers cas ci-dessus sont néanmoins très différents géométriquement et il semblerait que dans le second cas (plans confondus, l infinité de solutions soit plus grande que dans le troisième cas Les chapitres suivants nous permettront de rendre rigoureuse cette impression Si on considère trois plans dans l espace, une autre possibilité apparaît : il se peut que les trois plans s intersectent en un seul point
6 Systèmes linéaires 6 4 Résolution par la méthode de Cramer On note a b = ad bc le déterminant On considère le cas d un système de 2 équations à 2 c d inconnues : { ax + by = e cx + d y = f Si ad bc, on trouve une unique solution dont les coordonnées (x, y sont : e b a e f d c f x = y = a b a b c d c d Notez que le dénominateur égale le déterminant pour les deux coordonnées et est donc non nul Pour le numérateur de la première coordonnée x, on remplace la première colonne par le second membre ; pour la seconde coordonnée y, on remplace la seconde colonne par le second membre Exemple 2 { tx 2y = Résolvons le système suivant la valeur du paramètre t R 3x + ty = Le déterminant associé au système est t 2 3 t = t et ne s annule jamais Il existe donc une unique solution (x, y et elle vérifie : 2 t t x = t = t + 2 t 2 + 6, y = 3 t = t 3 t {( Pour chaque t, l ensemble des solutions est S = t+2 t 2 +6, t 3 t 2 +6 } 5 Résolution par inversion de matrice Pour ceux qui connaissent les matrices, le système linéaire { ax + by = e est équivalent à AX = Y où A = cx + d y = f ( a c ( ( b x e, X =, Y = d y f Si le déterminant de la matrice A est non nul, c est-à-dire si ad bc, alors la matrice A est inversible et ( A d = ad bc c et l unique solution X = ( x y du système est donnée par X = A Y b a
7 Systèmes linéaires 7 Exemple 3 { x + y = Résolvons le système x + t 2 suivant la valeur du paramètre t R y = t Le déterminant du système est t = t 2 2 Premier cas t + et t Alors t 2 La matrice A = ( t est inversible d inverse 2 A = ( ( t 2 t 2 Et la solution X = xy est X = A Y = ( ( t 2 t 2 = ( ( t 2 t t t t 2 = t+ t t+ Pour chaque t ±, l ensemble des solutions est S = {( t t+, t+} { x + y = Deuxième cas t = + Le système s écrit alors : et les deux équations sont x + y = identiques Il y a une infinité de solutions : S = { (x, x x R } { x + y = Troisième cas t = Le système s écrit alors :, les deux équations sont x + y = clairement incompatibles et donc S = Mini-exercices { Tracer les droites et résoudre le système linéaire x 2y = x + 3y = 3 de trois façons différentes { : substitution, méthode de Cramer, inverse d une matrice Idem avec 2x y = 4 3x + 3y = 5 { 2 Résoudre suivant la valeur du paramètre t R : 4x 3y = t 2x y = t 2 3 Discuter et résoudre suivant la valeur du paramètre t R : { (t x + y = Idem avec 2x + ty = { tx y = x + (t 2y = 2 Théorie des systèmes linéaires 2 Définitions Définition On appelle équation linéaire dans les variables (ou inconnues x,, x p toute relation de la forme a x + + a p x p = b, ( où a,, a p et b sont des nombres réels donnés
8 Systèmes linéaires 8 Remarque Il importe d insister ici sur le fait que ces équations linéaires sont implicites, c est-à-dire qu elles décrivent des relations entre les variables, mais ne donnent pas directement les valeurs que peuvent prendre les variables Résoudre une équation signifie donc la rendre explicite, c est-à-dire rendre plus apparentes les valeurs que les variables peuvent prendre On peut aussi considérer des équations linéaires de nombres rationnels ou de nombres complexes Soit n un entier Définition 2 Un système de n équations linéaires à p inconnues est une liste de n équations linéaires On écrit usuellement de tels systèmes en n lignes placées les unes sous les autres Exemple 4 Le système suivant a 2 équations et 3 inconnues : { x 3x 2 + x 3 = 2x + 4x 2 3x 3 = 9 La forme générale d un système linéaire de n équations à p inconnues est la suivante : a x +a 2 x 2 +a 3 x 3 + +a p x p = b ( équation a 2 x +a 22 x 2 +a 23 x 3 + +a 2p x p = b 2 ( équation 2 = a i x +a i2 x 2 +a i3 x 3 + +a ip x p = b i ( équation i = a n x +a n2 x 2 +a n3 x 3 + +a np x p = b n ( équation n Les nombres a i j, i =,, n, j =,, p, sont les coefficients du système Ce sont des données Les nombres b i, i =,, n, constituent le second membre du système et sont également des données Il convient de bien observer comment on a rangé le système en lignes (une ligne par équation numérotées de à n par l indice i, et en colonnes : les termes correspondant à une même inconnue x j sont alignés verticalement les uns sous les autres L indice j varie de à p Il y a donc p colonnes à gauche des signes d égalité, plus une colonne supplémentaire à droite pour le second membre La notation avec double indice a i j correspond à ce rangement : le premier indice (ici i est le numéro de ligne et le second indice (ici j est le numéro de colonne Il est extrêmement important de toujours respecter cette convention Dans l exemple 4, on a n = 2 (nombre d équations = nombre de lignes, p = 3 (nombre d inconnues = nombre de colonnes à gauche du signe = et a =, a 2 = 3, a 3 =, a 2 = 2, a 22 = 4, a 23 = 3, b = et b 2 = 9
9 Systèmes linéaires 9 Définition 3 Une solution du système linéaire est une liste de p nombres réels (s, s 2,, s p (un p-uplet tels que si l on substitue s pour x, s 2 pour x 2, etc, dans le système linéaire, on obtient une égalité L ensemble des solutions du système est l ensemble de tous ces p-uplets Exemple 5 Le système { x 3x 2 + x 3 = 2x + 4x 2 3x 3 = 9 admet comme solution ( 8, 6,, c est-à-dire x = 8, x 2 = 6, x 3 = Par contre, (7,2, ne satisfait que la première équation Ce n est donc pas une solution du système En règle générale, on s attache à déterminer l ensemble des solutions d un système linéaire C est ce que l on appelle résoudre le système linéaire Ceci amène à poser la définition suivante Définition 4 On dit que deux systèmes linéaires sont équivalents s ils ont le même ensemble de solutions À partir de là, le jeu pour résoudre un système linéaire donné consistera à le transformer en un système équivalent dont la résolution sera plus simple que celle du système de départ Nous verrons plus loin comment procéder de façon systématique pour arriver à ce but 22 Différents types de systèmes Voici un résultat théorique important pour les systèmes linéaires Théorème Un système d équations linéaires n a soit aucune solution, soit une seule solution, soit une infinité de solutions En particulier, si vous trouvez 2 solutions différentes à un système linéaire, alors c est que vous pouvez en trouver une infinité! Un système linéaire qui n a aucune solution est dit incompatible La preuve de ce théorème sera vue dans un chapitre ultérieur («Matrices» 23 Systèmes homogènes Un cas particulier important est celui des systèmes homogènes, pour lesquels b = b 2 = = b n =, c est-à-dire dont le second membre est nul De tels systèmes sont toujours compatibles car ils admettent toujours la solution s = s 2 = = s p = Cette solution est appelée solution triviale Géométriquement, dans le cas 2 2, un système homogène correspond à deux droites qui passent par l origine, (, étant donc toujours solution
10 Systèmes linéaires Mini-exercices Écrire un système linéaire de 4 équations et 3 inconnues qui n a aucune solution Idem avec une infinité de solution Idem avec une solution unique 2 Résoudre le système à n équations et n inconnues dont les équations sont (L i : x i x i+ = pour i =,, n et (L n : x n = 3 Résoudre les systèmes suivants : x +2x 2 +3x 3 +4x 4 = x 2 +2x 3 +3x 4 = 9 x 3 +2x 4 = x +2x 2 +3x 3 = x +x 2 +x 3 = 2 x x 2 +x 3 = 3 x +x 2 = x 2 +x 3 = 2 x 3 +x 4 = 3 x +2x 2 +2x 3 +x 4 = 4 Montrer que si un système linéaire homogène a une solution (x,, x p (,,, alors il admet une infinité de solutions 3 Résolution par la méthode du pivot de Gauss 3 Systèmes échelonnés Définition 5 Un système est échelonné si : le nombre de coefficients nuls commençant une ligne croît strictement ligne après ligne Il est échelonné réduit si en plus : le premier coefficient non nul d une ligne vaut ; et c est le seul élément non nul de sa colonne Exemple 6 2x +3x 2 +2x 3 x 4 = 5 x 2 2x 3 = 4 est échelonné (mais pas réduit 3x 4 = 2x +3x 2 +2x 3 x 4 = 5 2x 3 = 4 n est pas échelonné (la dernière ligne commence x 3 +x 4 = avec la même variable que la ligne au-dessus Il se trouve que les systèmes linéaires sous une forme échelonnée réduite sont particulièrement simples à résoudre Exemple 7 Le système linéaire suivant à 3 équations et 4 inconnues est échelonné et réduit x +2x 3 = 25 x 2 2x 3 = 6 x 4 =
11 Systèmes linéaires Ce système se résout trivialement en x = 25 2x 3 x 2 = 6 + 2x 3 x 4 = En d autres termes, pour toute valeur de x 3 réelle, les valeurs de x, x 2 et x 4 calculées cidessus fournissent une solution du système, et on les a ainsi toutes obtenues On peut donc décrire entièrement l ensemble des solutions : S = { (25 2x 3,6 + 2x 3, x 3, x 3 R } 32 Opérations sur les équations d un système Nous allons utiliser trois opérations élémentaires sur les équations (c est-à-dire sur les lignes qui sont : L i λl i avec λ : on peut multiplier une équation par un réel non nul 2 L i L i + λl j avec λ R (et j i : on peut ajouter à l équation L i un multiple d une autre équation L j 3 L i L j : on peut échanger deux équations Ces trois opérations élémentaires ne changent pas les solutions d un système linéaire ; autrement dit ces opérations transforment un système linéaire en un système linéaire équivalent Exemple 8 Utilisons ces opérations élémentaires pour résoudre le système suivant x +y +7z = (L 2x y +5z = 5 (L 2 x 3y 9z = 5 (L 3 Commençons par l opération L 2 L 2 2L : on soustrait à la deuxième équation deux fois la première équation On obtient un système équivalent avec une nouvelle deuxième ligne (plus simple : x +y +7z = 3y 9z = 3 L 2 L 2 2L x 3y 9z = 5 Puis L 3 L 3 + L : x +y +7z = 3y 9z = 3 2y 2z = 6 L 3 L 3 +L On continue pour faire apparaître un coefficient en tête de la deuxième ligne ; pour cela on divise la ligne L 2 par 3 : x +y +7z = y +3z = L 2 3 L 2 2y 2z = 6
12 Systèmes linéaires 2 On continue ainsi x +y +7z = y +3z = 4z = 4 L 3 L 3 +2L 2 x +y +7z = y +3z = z = L 3 4 L 3 x +y +7z = y = 4 L 2 L 2 3L 3 z = x +y = 6 L L 7L 3 y = 4 z = On aboutit à un système réduit et échelonné : x = 2 L L L 2 y = 4 z = On obtient ainsi x = 2, y = 4 et z = et l unique solution du système est (2,4, La méthode utilisée pour cet exemple est reprise et généralisée dans le paragraphe suivant 33 Méthode du pivot de Gauss La méthode du pivot de Gauss permet de trouver les solutions de n importe quel système linéaire Nous allons décrire cet algorithme sur un exemple Il s agit d une description précise d une suite d opérations à effectuer, qui dépendent de la situation et d un ordre précis Ce processus aboutit toujours (et en plus assez rapidement à un système échelonné puis réduit, qui conduit immédiatement aux solutions du système Partie A Passage à une forme échelonnée Soit le système suivant à résoudre : x 2 +2x 3 +3x 4 = 5 x 2x 2 +3x 3 +7x 4 = 4 x +3x 2 3x 3 2x 4 = Pour appliquer la méthode du pivot de Gauss, il faut d abord que le premier coefficient de la première ligne soit non nul Comme ce n est pas le cas ici, on échange les deux premières lignes par l opération élémentaire L L 2 : x 2x 2 +3x 3 +7x 4 = 4 L L 2 x 2 +2x 3 +3x 4 = 5 x +3x 2 3x 3 2x 4 = Nous avons déjà un coefficient devant le x de la première ligne On dit que nous avons un pivot en position (, (première ligne, première colonne Ce pivot sert de base pour éliminer tous les autres termes sur la même colonne Il n y a pas de terme x sur le deuxième ligne Faisons disparaître le terme x de la troisième ligne ; pour cela on fait l opération élémentaire L 3 L 3 + L : x 2x 2 +3x 3 +7x 4 = 4 x 2 +2x 3 +3x 4 = 5 x 2 3x 4 = 3 L 3 L 3 +L
13 Systèmes linéaires 3 On change le signe de la seconde ligne (L 2 L 2 pour faire apparaître au coefficient du pivot (2, 2 (deuxième ligne, deuxième colonne : x 2x 2 +3x 3 +7x 4 = 4 x 2 2x 3 3x 4 = 5 L 2 L 2 x 2 3x 4 = 3 On fait disparaître le terme x 2 de la troisième ligne, puis on fait apparaître un coefficient pour le pivot de la position (3,3 : x 2x 2 +3x 3 +7x 4 = 4 x 2 2x 3 3x 4 = 5 2x 3 +x 4 = 8 L 3 L 3 L 2 Le système est maintenant sous forme échelonnée x 2x 2 +3x 3 +7x 4 = 4 x 2 2x 3 3x 4 = 5 x 3 +5x 4 = 4 L 3 2 L 3 Partie B Passage à une forme réduite Il reste à le mettre sous la forme échelonnée réduite Pour cela, on ajoute à une ligne des multiples adéquats des lignes situées au-dessous d elle, en allant du bas à droite vers le haut à gauche On fait apparaître des sur la troisième colonne en utilisant le pivot de la troisième ligne : x 2x 2 +3x 3 +7x 4 = 4 x 2 3x 4 = 3 L 2 L 2 +2L 3 x 3 +5x 4 = 4 x 2x 2 2x 4 = 8 L L 3L 3 x 2 3x 4 = 3 x 3 +5x 4 = 4 On fait apparaître des sur la deuxième colonne (en utilisant le pivot de la deuxième ligne : Le système est sous forme échelonnée réduite x 4x 4 = 2 L L +2L 2 x 2 3x 4 = 3 x 3 +5x 4 = 4 Partie C Solutions Le système est maintenant très simple à résoudre En choisissant x 4 comme variable libre, on peut exprimer x, x 2, x 3 en fonction de x 4 : x = 4x 4 2, x 2 = 3x 4 + 3, x 3 = 5x Ce qui permet d obtenir toutes les solutions du système : S = { (4x 4 2,3x 4 + 3, 5x 4 + 4, x 4 x 4 R } 34 Systèmes homogènes Le fait que l on puisse toujours se ramener à un système échelonné réduit implique le résultat suivant : Théorème 2 Tout système homogène d équations linéaires dont le nombre d inconnues est strictement plus grand que le nombre d équations a une infinité de solutions
14 Systèmes linéaires 4 Exemple 9 Considérons le système homogène 3x + 3x 2 2x 3 x 5 = x x 2 + x 3 + 3x 4 + x 5 = 2x + 2x 2 x 3 + 2x 4 + 2x 5 = x 3 + 8x 4 + 4x 5 = Sa forme échelonnée réduite est x + x 2 + 3x 5 = On pose comme variables libres x 2 et x 5 pour avoir et l ensemble des solutions : qui est bien infini x 3 + 2x 5 = x 4 2x 5 = x = x 2 3x 5, x 3 = 2x 5, x 4 = 2x 5, S = { ( x 2 3x 5, x 2, 2x 5,2x 5, x 5 x 2, x 5 R } Mini-exercices Écrire un système linéaire à 4 équations et 5 inconnues qui soit échelonné mais pas réduit Idem avec échelonné, non réduit, dont tous les coefficients sont ou + Idem avec échelonné et réduit 2x x 2 +x 4 = x 2 +x 3 2x 4 = 3 2 Résoudre les systèmes échelonnés suivants : 2x 3 +x 4 = 4 x 4 = 2 x +x 2 +x 4 = { x +2x 2 +x 4 = x 2 +x 3 = 2x 3 3x 4 = 2x 3 +x 4 = 3 Si l on passe d un système (S par une des trois opérations élémentaires à un système (S, alors quelle opération permet de passer de (S à (S? 4 Résoudre les systèmes linéaires suivants par la méthode du pivot de Gauss : 2x + y + z = 3 x y + 3z = 8 x + 2y z = 3 2x + 4x 2 6x 3 2x 4 = 2 3x + 6x 2 7x 3 + 4x 4 = 2 5x + x 2 x 3 + 6x 4 = 3 x +y z = a 5 Résoudre le système suivant, selon les valeurs de a, b R : x +2z = b 2y +2z = 4
15 Systèmes linéaires 5 Auteurs D après un cours de Eva Bayer-Fluckiger, Philippe Chabloz, Lara Thomas de l École Polytechnique Fédérale de Lausanne, et un cours de Sophie Chemla de l université Pierre et Marie Curie, reprenant des parties d un cours de H Ledret et d une équipe de l université de Bordeaux animée par J Queyrut, mixés et révisés par Arnaud Bodin, relu par Vianney Combet
16 Exo7 2 Matrices Dénition 2 Multiplication de matrices 3 Inverse d'une matrice : dénition 4 Inverse d'une matrice : calcul 5 Inverse d'une matrice : systèmes linéaires et matrices élémentaires 6 Matrices triangulaires, transposition, trace, matrices symétriques Vidéo partie Définition Vidéo partie 2 Multiplication de matrices Vidéo partie 3 Inverse d'une matrice : définition Vidéo partie 4 Inverse d'une matrice : calcul Vidéo partie 5 Inverse d'une matrice : systèmes linéaires et matrices élémentaires Vidéo partie 6 Matrices triangulaires, transposition, trace, matrices symétriques Les matrices sont des tableaux de nombres La résolution d un certain nombre de problèmes d algèbre linéaire se ramène à des manipulations sur les matrices Ceci est vrai en particulier pour la résolution des systèmes linéaires Dans ce chapitre, K désigne un corps On peut penser à Q, R ou C Définition Définition Définition 6 Une matricematrice A est un tableau rectangulaire d éléments de K Elle est dite de taille n p si le tableau possède n lignes et p colonnes Les nombres du tableau sont appelés les coefficients de A Le coefficient situé à la i-ème ligne et à la j-ème colonne est noté a i, j Un tel tableau est représenté de la manière suivante : a, a,2 a, j a,p a 2, a 2,2 a 2, j a 2,p A = ou A = ( a a i, a i,2 a i, j a i,p i, j i n j p a n, a n,2 a n, j a n,p ou ( ai, j
17 Matrices 7 Exemple ( 2 5 A = 3 7 est une matrice 2 3 avec, par exemple, a, = et a 2,3 = 7 Encore quelques définitions : Définition 7 Deux matrices sont égales lorsqu elles ont la même taille et que les coefficients correspondants sont égaux L ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients dans K est noté M n,p (K Les éléments de M n,p (R sont appelés matrices réelles 2 Matrices particulières Voici quelques types de matrices intéressantes : Si n = p (même nombre de lignes que de colonnes, la matrice est dite matrice carrée On note M n (K au lieu de M n,n (K a, a,2 a,n a 2, a 2,2 a 2,n a n, a n,2 a n,n Les éléments a,, a 2,2,, a n,n forment la diagonale principale de la matrice Une matrice qui n a qu une seule ligne (n = est appelée matrice ligne ou vecteur ligne On la note A = (a, a,2 a,p De même, une matrice qui n a qu une seule colonne (p = est appelée matrice colonne ou vecteur colonne On la note a, A = La matrice (de taille n p dont tous les coefficients sont des zéros est appelée la matrice a 2, a n, nulle et est notée n,p ou plus simplement Dans le calcul matriciel, la matrice nulle joue le rôle du nombre pour les réels 3 Addition de matrices
18 Matrices 8 Définition 8 Somme de deux matrices somme! de matrices Soient A et B deux matrices ayant la même taille n p Leur somme C = A + B est la matrice de taille n p définie par c i j = a i j + b i j En d autres termes, on somme coefficients par coefficients Remarque : on note indifféremment a i j où a i, j pour les coefficients de la matrice A Exemple ( 3 2 Si A = et B = 7 ( Par contre si B 2 = 8 ( 5 2 ( 3 3 alors A + B = 3 6 alors A + B n est pas définie Définition 9 Produit d une matrice par un scalaire Le produit d une matrice A = ( a i j de Mn,p (K par un scalaire α K est la matrice ( αa i j formée en multipliant chaque coefficient de A par α Elle est notée α A (ou simplement αa Exemple 2 ( 2 3 Si A = ( et α = 2 alors αa = 2 La matrice ( A est l opposée de A et est notée A La différence A B est définie par A +( B Exemple 3 ( 2 Si A = ( 4 2 et B = ( alors A B = 3 L addition et la multiplication par un scalaire se comportent sans surprises : Proposition Soient A, B et C trois matrices appartenant à M n,p (K Soient α K et β K deux scalaires A + B = B + A : la somme est commutative, 2 A + (B + C = (A + B + C : la somme est associative, 3 A + = A : la matrice nulle est l élément neutre de l addition, 4 (α + βa = αa + βa, 5 α(a + B = αa + αb
19 Matrices 9 Démonstration Prouvons par exemple le quatrième point Le terme général de (α+βa est égal à (α+βa i j D après les règles de calcul dans K, (α + βa i j est égal à αa i j + βa i j qui est le terme général de la matrice αa + βa Mini-exercices ( 7 2 ( 2 3 ( 2 6 ( Soient A =, B = 2 3, C = 3, D = ( , E = 3 Calculer toutes les 8 6 sommes possibles de deux de ces matrices Calculer 3A + 2C et 5B 4D Trouver α tel que A αc soit la matrice nulle 2 Montrer que si A + B = A, alors B est la matrice nulle 3 Que vaut A? et A? Justifier l affirmation : α(βa = (αβa Idem avec na = A + A + + A (n occurrences de A 2 Multiplication de matrices 2 Définition du produit Le produit AB de deux matrices A et B est défini si et seulement si le nombre de colonnes de A est égal au nombre de lignes de B Définition Produit de deux matrices produit!matriciel Soient A = (a i j une matrice n p et B = (b i j une matrice p q Alors le produit C = AB est une matrice n q dont les coefficients c i j sont définis par : p c i j = a ik b k j k= On peut écrire le coefficient de façon plus développée, à savoir : c i j = a i b j + a i2 b 2 j + + a ik b k j + + a ip b p j Il est commode de disposer les calculs de la façon suivante A c i j B AB Avec cette disposition, on considère d abord la ligne de la matrice A située à gauche du coefficient que l on veut calculer (ligne représentée par des dans A et aussi la colonne de la matrice B située au-dessus du coefficient que l on veut calculer (colonne représentée par des dans B On calcule
20 Matrices 2 le produit du premier coefficient de la ligne par le premier coefficient de la colonne (a i b j, que l on ajoute au produit du deuxième coefficient de la ligne par le deuxième coefficient de la colonne (a i2 b 2 j, que l on ajoute au produit du troisième 22 Exemples Exemple 4 ( A = B = On dispose d abord le produit correctement (à gauche : la matrice obtenue est de taille 2 2 Puis on calcule chacun des coefficients, en commençant par le premier coefficient c = + 2 ( + 3 = 2 (au milieu, puis les autres (à droite 2 ( ( 2 3 c c c 2 c 22 2 ( ( c c 2 c 22 2 ( ( Un exemple intéressant est le produit d un vecteur ligne par un vecteur colonne : u = (a a 2 a n b b 2 v = Alors u v est une matrice de taille dont l unique coefficient est a b + a 2 b a n b n Ce nombre s appelle le produit scalaire des vecteurs u et v Calculer le coefficient c i j dans le produit A B revient donc à calculer le produit scalaire des vecteurs formés par la i-ème ligne de A et la j-ème colonne de B 23 Pièges à éviter Premier piège Le produit de matrices n est pas commutatif en général En effet, il se peut que AB soit défini mais pas BA, ou que AB et BA soient tous deux définis mais pas de la même taille Mais même dans le cas où AB et BA sont définis et de la même taille, on a en général AB BA b n Exemple 5 ( ( ( = mais ( ( ( = Deuxième piège AB = n implique pas A = ou B = Il peut arriver que le produit de deux matrices non nulles soit nul En d autres termes, on peut avoir A et B mais AB =
21 Matrices 2 Exemple 6 ( A = 5 ( 2 3 B = ( et AB = Troisième piège AB = AC n implique pas B = C On peut avoir AB = AC et B C Exemple 7 ( A = 3 ( 4 B = 5 4 ( 2 5 C = 5 4 ( 5 4 et AB = AC = Propriétés du produit de matrices Malgré les difficultés soulevées au-dessus, le produit vérifie les propriétés suivantes : Proposition 2 A(BC = (ABC : associativité du produit, 2 A(B + C = AB + AC et (B + CA = BA + CA : distributivité du produit par rapport à la somme, 3 A = et A = Démonstration Posons A = (a i j M n,p (K, B = (b i j M p,q (K et C = (c i j M q,r (K Prouvons que A(BC = (ABC en montrant que les matrices A(BC et (ABC ont les mêmes coefficients p Le terme d indice (i, k de la matrice AB est x ik = a il b lk Le terme d indice (i, j de la matrice (ABC est donc ( q q p x ik c k j = a il b lk c k j k= k= l= q Le terme d indice (l, j de la matrice BC est y l j = b lk c k j Le terme d indice (i, j de la matrice A(BC est donc l= k= ( p q a il b lk c k j l= k= Comme dans K la multiplication est distributive et associative, les coefficients de (ABC et A(BC coïncident Les autres démonstrations se font comme celle de l associativité 25 La matrice identité Ide@I n, I - matrice identité matrice!identité La matrice carrée suivante s appelle la matrice identité : I n =
22 Matrices 22 Ses éléments diagonaux sont égaux à et tous ses autres éléments sont égaux à Elle se note I n ou simplement I Dans le calcul matriciel, la matrice identité joue un rôle analogue à celui du nombre pour les réels C est l élément neutre pour la multiplication En d autres termes : Proposition 3 Si A est une matrice n p, alors I n A = A et A I p = A Démonstration Nous allons détailler la preuve Soit A M n,p (K de terme général a i j La matrice unité d ordre p est telle que tous les éléments de la diagonale principale sont égaux à, les autres étant tous nuls On peut formaliser cela en introduisant le symbole de Kronecker Si i et j sont deux entiers, on appelle symbole de Kronecker, et on note δ i, j, le réel qui vaut si i est différent de j, et si i est égal à j Donc { si i j δ i, j = si i = j Alors le terme général de la matrice identité I p est δ i, j avec i et j entiers, compris entre et p La matrice produit AI p est une matrice appartenant à M n,p (K dont le terme général c i j est donné p par la formule c i j = a ik δ k j Dans cette somme, i et j sont fixés et k prend toutes les valeurs k= comprises entre et p Si k j alors δ k j =, et si k = j alors δ k j = Donc dans la somme qui définit c i j, tous les termes correspondant à des valeurs de k différentes de j sont nuls et il reste donc c i j = a i j δ j j = a i j = a i j Donc les matrices AI p et A ont le même terme général et sont donc égales L égalité I n A = A se démontre de la même façon 26 Puissance d une matrice Dans l ensemble M n (K des matrices carrées de taille n n à coefficients dans K, la multiplication des matrices est une opération interne : si A,B M n (K alors AB M n (K En particulier, on peut multiplier une matrice carrée par elle-même : on note A 2 = A A, A 3 = A A A On peut ainsi définir les puissances successives d une matrice : Définition Pour tout A M n (K, on définit les puissances successives de A par A = I n et A p+ = A p A pour tout p N Autrement dit, A p = } A A {{ A } p facteurs Exemple 8 On cherche à calculer A p avec A = On calcule A 2, A 3 et A 4 et on obtient : A 2 = A 3 = A 2 A = A 4 = A 3 A = 4 8 6
23 Matrices 23 L observation de ces premières puissances permet de penser que la formule est : A p = 2 p ( p Démontrons ce résultat par récurrence 2 p Il est vrai pour p = (on trouve l identité On le suppose vrai pour un entier p et on va le démontrer pour p + On a, d après la définition, 2 p 2 p+ A p+ = A p A = ( p = ( p+ 2 p 2 2 p+ Donc la propriété est démontrée 27 Formule du binôme Comme la multiplication n est pas commutative, les identités binomiales usuelles sont fausses En particulier, (A + B 2 ne vaut en général pas A 2 + 2AB + B 2, mais on sait seulement que (A + B 2 = A 2 + AB + BA + B 2 Proposition 4 Calcul de (A + B p lorsque AB = BA Soient A et B deux éléments de M n (K qui commutent, c est-à-dire tels que AB = BA Alors, pour tout entier p, on a la formule (A + B p = où ( p k désigne le coefficient du binôme ( p p A p k B k k k= La démonstration est similaire à celle de la formule du binôme pour (a + b p, avec a, b R Exemple 9 Soit A = 2 3 On pose N = A I = 2 3 La matrice N est nilpotente (c est- à-dire il existe k N tel que N k = comme le montrent les calculs suivants : N 2 = 6 N 3 = et N 4 = Comme on a A = I + N et les matrices N et I commutent (la matrice identité commute avec toutes les matrices, on peut appliquer la formule du binôme de Newton On utilise que I k = I pour tout k et surtout que N k = si k 4 On obtient ( ( p p 3 p A p = N k I p k = N k = I + pn + p(p k k 2! N 2 + p(p (p 2 3! N 3 k= k=
24 Matrices 24 D où p p 2 p(p 2 p + A p = 2p p(3p 2 3p Mini-exercices Soient A = ( ( , B = sont possibles? Les calculer! 2 Soient A = 3 Soient A = ( 2 ( et B = et B = BA Calculer (A + B p ( 2 ( 2 3, C = ( ( 52 (, D =, E = x y z Quels produits Calculer A 2, B 2, AB et BA Calculer A p et B p pour tout p Montrer que AB = 3 Inverse d une matrice : définition 3 Définition Définition 2 Matrice inverse matrice!inverse matrice!inversible Soit A une matrice carrée de taille n n S il existe une matrice carrée B de taille n n telle que AB = I et BA = I, on dit que A est inversible On appelle B l inverse de A et on la note A On verra plus tard qu il suffit en fait de vérifier une seule des conditions AB = I ou bien BA = I Plus généralement, quand A est inversible, pour tout p N, on note : A p = (A p = } A A {{ A } p facteurs L ensemble des matrices inversibles de M n (K est noté GL n (K 32 Exemples Exemple 2 Soit A = ( ( 2 3 Étudier si A est inversible, c est étudier l existence d une matrice B = a b c d à coefficients dans K, telle que AB = I et BA = I Or AB = I équivaut à : ( ( ( ( ( 2 a b a + 2c b + 2d AB = I = = 3 c d 3c 3d
25 Matrices 25 Cette égalité équivaut au système : a + 2c = b + 2d = 3c = 3d = Sa résolution est immédiate : a =, b = 2 3, c =, d = 3 Il n y a donc qu une seule matrice ( possible, à savoir B = 2 3 Pour prouver qu elle convient, il faut aussi montrer l égalité 3 ( BA = I, dont la vérification est laissée au lecteur La matrice A est donc inversible et A = Exemple 2 La matrice A = ( 3 (a b 5 n est pas inversible En effet, soit B = une matrice quelconque c d Alors le produit ( ( ( a b 3 3a + 5b BA = = c d 5 3c + 5d ne peut jamais être égal à la matrice identité Exemple 22 Soit I n la matrice carrée identité de taille n n C est une matrice inversible, et son inverse est elle-même par l égalité I n I n = I n La matrice nulle n de taille n n n est pas inversible En effet on sait que, pour toute matrice B de M n (K, on a B n = n, qui ne peut jamais être la matrice identité 33 Propriétés Unicité Proposition 5 Si A est inversible, alors son inverse est unique Démonstration La méthode classique pour mener à bien une telle démonstration est de supposer l existence de deux matrices B et B 2 satisfaisant aux conditions imposées et de démontrer que B = B 2 Soient donc B telle que AB = B A = I n et B 2 telle que AB 2 = B 2 A = I n Calculons B 2 (AB D une part, comme AB = I n, on a B 2 (AB = B 2 D autre part, comme le produit des matrices est associatif, on a B 2 (AB = (B 2 AB = I n B = B Donc B = B 2 Inverse de l inverse
26 Matrices 26 Proposition 6 Soit A une matrice inversible Alors A est aussi inversible et on a : (A = A Inverse d un produit Proposition 7 Soient A et B deux matrices inversibles de même taille Alors AB est inversible et (AB = B A Il faut bien faire attention à l inversion de l ordre! Démonstration Il suffit de montrer (B A (AB = I et (AB(B A = I Cela suit de (B A (AB = B (AA B = B IB = B B = I, et (AB(B A = A(BB A = AI A = AA = I De façon analogue, on montre que si A,, A m sont inversibles, alors (A A 2 A m = A m A m A Simplification par une matrice inversible Si C est une matrice quelconque de M n (K, nous avons vu que la relation AC = BC où A et B sont des éléments de M n (K n entraîne pas forcément l égalité A = B En revanche, si C est une matrice inversible, on a la proposition suivante : Proposition 8 Soient A et B deux matrices de M n (K et C une matrice inversible de M n (K Alors l égalité AC = BC implique l égalité A = B Démonstration Ce résultat est immédiat : si on multiplie à droite l égalité AC = BC par C, on obtient l égalité : (ACC = (BCC En utilisant l associativité du produit des matrices on a A(CC = B(CC, ce qui donne d après la définition de l inverse AI = BI, d où A = B Mini-exercices Soient A = ( ( et B = 2 2 Calculer l inverse de ( Calculer A, B, (AB, (BA, A 2
27 Matrices 27 3 Soit A = ( Calculer 2A A 2 Sans calculs, en déduire A 4 Inverse d une matrice : calcul Nous allons voir une méthode pour calculer l inverse d une matrice quelconque de manière efficace Cette méthode est une reformulation de la méthode du pivot de Gauss pour les systèmes linéaires Auparavant, nous commençons par une formule directe dans le cas simple des matrices Matrices 2 2 Considérons la matrice 2 2 : A = ( a c b d Proposition 9 Si ad bc, alors A est inversible et A = ad bc ( d c b a Démonstration On vérifie que si B = ad bc ( ( d b c a alors AB = Idem pour BA 42 Méthode de Gauss pour inverser les matrices La méthode pour inverser une matrice A consiste à faire des opérations élémentaires sur les lignes de la matrice A jusqu à la transformer en la matrice identité I On fait simultanément les mêmes opérations élémentaires en partant de la matrice I On aboutit alors à une matrice qui est A La preuve sera vue dans la section suivante En pratique, on fait les deux opérations en même temps en adoptant la disposition suivante : à côté de la matrice A que l on veut inverser, on rajoute la matrice identité pour former un tableau (A I Sur les lignes de cette matrice augmentée, on effectue des opérations élémentaires jusqu à obtenir le tableau (I B Et alors B = A Ces opérations élémentaires sur les lignes sont : L i λl i avec λ : on peut multiplier une ligne par un réel non nul (ou un élément de K \ {} 2 L i L i + λl j avec λ K (et j i : on peut ajouter à la ligne L i un multiple d une autre ligne L j 3 L i L j : on peut échanger deux lignes N oubliez pas : tout ce que vous faites sur la partie gauche de la matrice augmentée, vous devez aussi le faire sur la partie droite
28 Matrices Un exemple 2 Calculons l inverse de A = Voici la matrice augmentée, avec les lignes numérotées : 2 (A I = L L 2 L 3 On applique la méthode de Gauss pour faire apparaître des sur la première colonne, d abord sur la deuxième ligne par l opération élémentaire L 2 L 2 4L qui conduit à la matrice augmentée : L 2 L 2 4L Puis un sur la première colonne, à la troisième ligne, avec L 3 L 3 + L : On multiplie la ligne L 2 afin qu elle commence par : L 3 L 3 +L L 2 8 L 2 On continue afin de faire apparaître des partout sous la diagonale, et on multiplie la ligne L 3 Ce qui termine la première partie de la méthode de Gauss : L 3 L 3 4L 2 puis L 3 2L 3 Il ne reste plus qu à «remonter» pour faire apparaître des zéros au-dessus de la diagonale : L 2 L L 3 puis L L 2L 2 L 3 Ainsi l inverse de A est la matrice obtenue à droite et après avoir factorisé tous les coefficients par 4, on a obtenu : A = Pour se rassurer sur ses calculs, on n oublie pas de vérifier rapidement que A A = I
29 Matrices 29 Mini-exercices Si possible calculer l inverse des matrices : ( Soit A(θ = ( cosθ sinθ sinθ cosθ Calculer A(θ 3 Calculer l inverse des matrices : ( 3 2, 2 ( , ( , (, 2 ( 3, α+ 2 α ( , ( 2 2, ( Inverse d une matrice : systèmes linéaires et matrices élémentaires 5 Matrices et systèmes linéaires Le système linéaire peut s écrire sous forme matricielle : a a p a 2 a 2p a x + a 2 x a p x p = b a 2 x + a 22 x a 2p x p = b 2 a n x + a n2 x a np x p = b n } a n {{ a np } } x p {{ } } b n {{ } A X B On appelle A M n,p (K la matrice des coefficients du système B M n, (K est le vecteur du second membre Le vecteur X M p, (K est une solution du système si et seulement si Nous savons que : Théorème 3 x x 2 AX = B Un système d équations linéaires n a soit aucune solution, soit une seule solution, soit une infinité de solutions = b b 2 52 Matrices inversibles et systèmes linéaires Considérons le cas où le nombre d équations égale le nombre d inconnues : a a n a 2 a 2n x x 2 } a n {{ a nn } } {{ } } {{ } A X B x n = Alors A M n (K est une matrice carrée et B un vecteur de M n, (K Pour tout second membre, nous pouvons utiliser les matrices pour trouver la solution du système linéaire b b 2 b n
30 Matrices 3 Proposition Si la matrice A est inversible, alors la solution du système AX = B est unique et est : X = A B La preuve est juste de vérifier que si X = A B, alors AX = A ( A B = ( AA B = I B = B Réciproquement si AX = B, alors nécessairement X = A B Nous verrons bientôt que si la matrice n est pas inversible, alors soit il n y a pas de solution, soit une infinité 53 Les matrices élémentaires Pour calculer l inverse d une matrice A, et aussi pour résoudre des systèmes linéaires, nous avons utilisé trois opérations élémentaires sur les lignes qui sont : L i λl i avec λ : on peut multiplier une ligne par un réel non nul (ou un élément de K \ {} 2 L i L i + λl j avec λ K (et j i : on peut ajouter à la ligne L i un multiple d une autre ligne L j 3 L i L j : on peut échanger deux lignes Nous allons définir trois matrices élémentaires E L i λl i, E L i L i +λl j, E L i L j correspondant à ces opérations Plus précisément, le produit E A correspondra à l opération élémentaire sur A Voici les définitions accompagnées d exemples La matrice E L i λl i est la matrice obtenue en multipliant par λ la i-ème ligne de la matrice identité I n, où λ est un nombre réel non nul E L2 5L 2 = 5 2 La matrice E L i L i +λl j est la matrice obtenue en ajoutant λ fois la j-ème ligne de I n à la i-ème ligne de I n E L2 L 2 3L = 3 3 La matrice E L i L j est la matrice obtenue en permutant les i-ème et j-ème lignes de I n E L2 L 4 = E L4 L 2 = Les opérations élémentaires sur les lignes sont réversibles, ce qui entraîne l inversibilité des matrices élémentaires Le résultat de la multiplication d un matrice élémentaire E par A est la matrice obtenue en effectuant l opération élémentaire correspondante sur A Ainsi :
31 Matrices 3 La matrice E L i λl i A est la matrice obtenue en multipliant par λ la i-ème ligne de A 2 La matrice E L i L i +λl j A est la matrice obtenue en ajoutant λ fois la j-ème ligne de A à la i-ème ligne de A 3 La matrice E L i L j A est la matrice obtenue en permutant les i-ème et j-ème lignes de A Exemple x x 2 x 3 x x 2 x 3 E L2 3 L A = 2 3 y y 2 y 3 = 3 y 3 y 2 3 y 3 z z 2 z 3 z z 2 z 3 7 x x 2 x 3 x 7z x 2 7z 2 x 3 7z 3 E L L 7L 3 A = y y 2 y 3 = y y 2 y 3 z z 2 z 3 z z 2 z 3 x x 2 x 3 x x 2 x 3 E L2 L 3 A = y y 2 y 3 = z z 2 z 3 z z 2 z 3 y y 2 y 3 54 Équivalence à une matrice échelonnée Définition 3 matrices équivalentes par lignes Deux matrices A et B sont dites équivalentes par lignes si l une peut être obtenue à partir de l autre par une suite d opérations élémentaires sur les lignes On note A B Définition 4 Une matrice est échelonnée si : le nombre de zéros commençant une ligne croît strictement ligne par ligne jusqu à ce qu il ne reste plus que des zéros Elle est échelonnée réduite si en plus : le premier coefficient non nul d une ligne (non nulle vaut ; et c est le seul élément non nul de sa colonne Exemple d une matrice échelonnée (à gauche et échelonnée réduite (à droite ; les désignent des coefficients quelconques, les + des coefficients non nuls :
32 Matrices 32 Théorème 4 Étant donnée une matrice A M n,p (K, il existe une unique matrice échelonnée réduite U obtenue à partir de A par des opérations élémentaires sur les lignes Ce théorème permet donc de se ramener par des opérations élémentaires à des matrices dont la structure est beaucoup plus simple : les matrices échelonnées réduites Démonstration Nous admettons l unicité L existence se démontre grâce à l algorithme de Gauss L idée générale consiste à utiliser des substitutions de lignes pour placer des zéros là où il faut de façon à créer d abord une forme échelonnée, puis une forme échelonnée réduite Soit A une matrice n p quelconque Partie A Passage à une forme échelonnée Étape A Choix du pivot On commence par inspecter la première colonne Soit elle ne contient que des zéros, auquel cas on passe directement à l étape A3, soit elle contient au moins un terme non nul On choisit alors un tel terme, que l on appelle le pivot Si c est le terme a, on passe directement à l étape A2 ; si c est un terme a i avec i, on échange les lignes et i (L L i et on passe à l étape A2 Au terme de l étape A, soit la matrice A a sa première colonne nulle (à gauche ou bien on obtient une matrice équivalente dont le premier coefficient a est non nul (à droite : a 2 a j a p a a 2 a a j p a 22 a 2 j a 2p a i2 a i j a = A ou bien ip a n2 a n j a np a 2 a 22 a a 2 j 2p a a a a A i i2 i j ip a n a n2 a a n j np Étape A2 Élimination On ne touche plus à la ligne, et on se sert du pivot a pour éliminer tous les termes a i (avec i 2 situés sous le pivot Pour cela, il suffit de remplacer la ligne i par elle-même moins a i a la ligne, ceci pour i = 2,, n : L 2 L 2 a 2 a L, L 3 L 3 a 3 a L, Au terme de l étape A2, on a obtenu une matrice de la forme a a 2 a a j p a 22 a a 2 j 2p a a a A i2 i j ip a n2 a a n j np Étape A3 Boucle
33 Matrices 33 Au début de l étape A3, on a obtenu dans tous les cas de figure une matrice de la forme a a 2 a a j p a 22 a a 2 j 2p a a a A i2 i j ip a n2 a a n j np dont la première colonne est bien celle d une matrice échelonnée On va donc conserver cette première colonne Si a, on conserve aussi la première ligne, et l on repart avec l étape A en l appliquant cette fois à la sous-matrice (n (p (ci-dessous à gauche : on «oublie» la première ligne et la première colonne de A ; si a =, on repart avec l étape A en l appliquant à la sous-matrice n (p (à droite, on «oublie» la première colonne : a 22 a a 2 j 2p a a a i2 i j ip a n2 a a n j np a 2 a a j p a 22 a a 2 j 2p a a a i2 i j ip a n2 a a n j np Au terme de cette deuxième itération de la boucle, on aura obtenu une matrice de la forme a a 2 a a j p a 2 22 a 2 a 2 2 j 2p a 2 a 2 A, i j ip a 2 a 2 n j np et ainsi de suite Comme chaque itération de la boucle travaille sur une matrice qui a une colonne de moins que la précédente, alors au bout d au plus p itérations de la boucle, on aura obtenu une matrice échelonnée Partie B Passage à une forme échelonnée réduite Étape B Homothéties On repère le premier élément non nul de chaque ligne non nulle, et on multiplie cette ligne par l inverse de cet élément Exemple : si le premier élément non nul de la ligne i est α, alors on effectue L i α L i Ceci crée une matrice échelonnée avec des en position de pivots Étape B2 Élimination On élimine les termes situés au-dessus des positions de pivot comme précédemment, en procédant à partir du bas à droite de la matrice Ceci ne modifie pas la structure échelonnée de la matrice en raison de la disposition des zéros dont on part
34 Matrices 34 Exemple 24 Soit A Passage à une forme échelonnée A = Première itération de la boucle, étape A Le choix du pivot est tout fait, on garde a = Première itération de la boucle, étape A2 On ne fait rien sur la ligne 2 qui contient déjà un zéro en bonne position et on remplace la ligne 3 par L 3 L 3 + L On obtient A Deuxième itération de la boucle, étape A Le choix du pivot est tout fait, on garde a 2 22 = 2 Deuxième itération de la boucle, étape A2 On remplace la ligne 3 avec l opération L 3 L 3 L 2 On obtient Cette matrice est échelonnée A B Passage à une forme échelonnée réduite Étape B, homothéties On multiplie la ligne 2 par 2 et la ligne 3 par A 2 3 et l on obtient Étape B2, première itération On ne touche plus à la ligne 3 et on remplace la ligne 2 par L 2 L 2 3L 3 et L L 4L 3 On obtient 2 3 A 2 Étape B2, deuxième itération On ne touche plus à la ligne 2 et on remplace la ligne par L L 2L 2 On obtient A 2 qui est bien échelonnée et réduite 55 Matrices élémentaires et inverse d une matrice
35 Matrices 35 Théorème 5 Soit A M n (K La matrice A est inversible si et seulement si sa forme échelonnée réduite est la matrice identité I n Démonstration Notons U la forme échelonnée réduite de A Et notons E le produit de matrices élémentaires tel que EA = U = Si U = I n alors EA = I n Ainsi par définition, A est inversible et A = E = Nous allons montrer que si U I n, alors A n est pas inversible Supposons U I n Alors la dernière ligne de U est nulle (sinon il y aurait un pivot sur chaque ligne donc ce serait I n Cela entraîne que U n est pas inversible : en effet, pour tout matrice carrée V, la dernière ligne de UV est nulle ; on n aura donc jamais UV = I n Alors, A n est pas inversible non plus : en effet, si A était inversible, on aurait U = EA et U serait inversible comme produit de matrices inversibles (E est inversible car c est un produit de matrices élémentaires qui sont inversibles Remarque Justifions maintenant notre méthode pour calculer A Nous partons de (A I pour arriver par des opérations élémentaires sur les lignes à (I B Montrons que B = A Faire une opération élémentaire signifie multiplier à gauche par une des matrices élémentaires Notons E le produit de ces matrices élémentaires Dire que l on arrive à la fin du processus à I signifie EA = I Donc A = E Comme on fait les mêmes opérations sur la partie droite du tableau, alors on obtient EI = B Donc B = E Conséquence : B = A Corollaire Les assertions suivantes sont équivalentes : (i La matrice A est inversible ( ( (ii Le système linéaire AX = a une unique solution X = (iii Pour tout second membre B, le système linéaire AX = B a une unique solution X Démonstration Nous avons déjà vu (i = (ii et (i = (iii Nous allons seulement montrer (ii = (i Nous raisonnons par contraposée : nous allons montrer la proposition équivalente non(i = non(ii Si A n est pas inversible, alors sa forme échelonnée réduite U contient un premier zéro sur sa diagonale, disons à la place l Alors U à la forme suivante c c c l c l On note X =
36 Matrices 36 Alors X n est pas le vecteur nul, mais U X est le vecteur nul Comme A = E U, alors AX est le vecteur nul Nous avons donc trouvé un vecteur non nul X tel que AX = Mini-exercices Exprimer les systèmes linéaires suivants sous forme matricielle et les résoudre en { x + t = α 2x + 4y = 7 x + z = inversant la matrice : 2x + 3y = 4, x 2y = β 2y + 3z =, x + y + t = 2 x + z = y + t = 4 2 Écrire les matrices 4 4 correspondant aux opérations élémentaires : L 2 3 L 2, L 3 L 3 4 L 2, L L 4 Sans calculs, écrire leurs inverses Écrire la matrice 4 4 de l opération L L 2L 3 + 3L 4 3 Écrire les matrices suivantes sous forme échelonnée, puis échelonnée réduite :,, ( ( ( Matrices triangulaires, transposition, trace, matrices symétriques 6 Matrices triangulaires, matrices diagonales matrice!triangulaire Soit A une matrice de taille n n On dit que A est triangulaire inférieure si ses éléments au-dessus de la diagonale sont nuls, autrement dit : i < j = a i j = Une matrice triangulaire inférieure a la forme suivante : a a 2 a 22 a n a n2 a nn On dit que A est triangulaire supérieure si ses éléments en-dessous de la diagonale sont nuls, autrement dit : i > j = a i j = Une matrice triangulaire supérieure a la forme suivante : a a 2 a n a 22 a 2n a nn
37 Matrices 37 Exemple 25 Deux matrices triangulaires inférieures (à gauche, une matrice triangulaire supérieure (à droite : ( 5 2 matrice!diagonalediagonal(e!matrice Une matrice qui est triangulaire inférieure et triangulaire supérieure est dite diagonale Autrement dit : i j = a i j = Exemple 26 Exemples de matrices diagonales : 6 et ( 2 3 Exemple 27 Puissances d une matrice diagonale Si D est une matrice diagonale, il est très facile de calculer ses puissances D p (par récurrence sur p : α α p α 2 α p 2 D = = D p = α n α p n α n αn p Théorème 6 Une matrice A de taille n n, triangulaire, est inversible si et seulement si ses éléments diagonaux sont tous non nuls Démonstration Supposons que A soit triangulaire supérieure Si les éléments de la diagonale sont tous non nuls, alors la matrice A est déjà sous la forme échelonnée En multipliant chaque ligne i par l inverse de l élément diagonal a ii, on obtient des sur la diagonale De ce fait, la forme échelonnée réduite de A sera la matrice identité Le théorème 5 permet de conclure que A est inversible Inversement, supposons qu au moins l un des éléments diagonaux soit nul et notons a ll le premier élément nul de la diagonale En multipliant les lignes à l par l inverse de leur
38 Matrices 38 élément diagonal, on obtient une matrice de la forme Il est alors clair que la colonne numéro l de la forme échelonnée réduite ne contiendra pas de comme pivot La forme échelonnée réduite de A ne peut donc pas être I n et par le théorème 5, A n est pas inversible Dans le cas d une matrice triangulaire inférieure, on utilise la transposition (qui fait l objet de la section suivante et on obtient une matrice triangulaire supérieure On applique alors la démonstration ci-dessus 62 La transposition Soit A la matrice de taille n p A = a a 2 a p a 2 a 22 a 2p a n a n2 a np Définition 5 matrice!transposée On appelle matrice transposée de A la matrice A T de taille p n définie par : AT@A T - matrice transposée a a 2 a n A T a 2 a 22 a n2 = a p a 2p a np Autrement dit : le coefficient à la place (i, j de A T est a ji Ou encore la i-ème ligne de A devient la i-ème colonne de A T (et réciproquement la j-ème colonne de A T est la j-ème ligne de A Notation : La transposée de la matrice A se note aussi souvent t A Exemple T 4 7 = T ( = ( 2 5 T = 2 5 L opération de transposition obéit aux règles suivantes :
39 Matrices 39 Théorème 7 (A + B T = A T + B T 2 (αa T = αa T 3 (A T T = A 4 (AB T = B T A T 5 Si A est inversible, alors A T l est aussi et on a (A T = (A T Notez bien l inversion : (AB T = B T A T, comme pour (AB = B A 63 La trace Dans le cas d une matrice carrée de taille n n, les éléments a, a 22,, a nn sont appelés les éléments diagonaux diagonal(e!élément Sa diagonale principale est la diagonale (a, a 22,, a nn a a 2 a n a 2 a 22 a 2n a n a n2 a nn Définition 6 La trace de la matrice A est le nombre obtenu en additionnant les éléments diagonaux de A Autrement dit, tr A = a + a a nn Exemple 29 Si A = ( 2 5, alors tr A = = 7 Pour B =, trb = + 2 = 7 ( Théorème 8 Soient A et B deux matrices n n Alors : tr(a + B = tr A + trb, 2 tr(αa = α tr A pour tout α K, 3 tr(a T = tr A, 4 tr(ab = tr(ba
40 Matrices 4 Démonstration Pour tout i n, le coefficient (i, i de A + B est a ii + b ii Ainsi, on a bien tr(a + B = tr(a + tr(b 2 On a tr(αa = αa + + αa nn = α(a + + a nn = αtr A 3 Étant donné que la transposition ne change pas les éléments diagonaux, la trace de A est égale à la trace de A T 4 Notons c i j les coefficients de AB Alors par définition c ii = a i b i + a i2 b 2i + + a in b ni Ainsi, tr(ab = a b +a 2 b 2 + +a n b n +a 2 b 2 +a 22 b a 2n b n2 +a n b n +a n2 b 2n + +a nn b nn On peut réarranger les termes pour obtenir tr(ab = a b +a 2 b 2 + +a n b n +a 2 b 2 +a 22 b a n2 b 2n +a n b n +a 2n b n2 + +a nn b nn En utilisant la commutativité de la multiplication dans K, la première ligne devient b a + b 2 a b n a n qui vaut le coefficient (, de BA On note d i j les coefficients de BA En faisant de même avec les autres lignes, on voit finalement que tr(ab = d + + d nn = tr(ba 64 Matrices symétriques Définition 7 matrice!symétrique Une matrice A de taille n n est symétrique si elle est égale à sa transposée, c est-à-dire si A = A T, ou encore si a i j = a ji pour tout i, j =,, n Les coefficients sont donc symétriques par rapport à la diagonale Exemple 3 Les matrices suivantes sont symétriques : (
41 Matrices 4 Exemple 3 Pour une matrice B quelconque, les matrices B B T et B T B sont symétriques Preuve : (BB T T = (B T T B T = BB T Idem pour B T B 65 Matrices antisymétriques Définition 8 matrice!antisymétrique Une matrice A de taille n n est antisymétrique si A T = A, c est-à-dire si a i j = a ji pour tout i, j =,, n Exemple 32 ( Remarquons que les éléments diagonaux d une matrice antisymétrique sont toujours tous nuls Exemple 33 Toute matrice est la somme d une matrice symétrique et d une matrice antisymétrique Preuve : Soit A une matrice Définissons B = 2 (A + AT et C = 2 (A AT Alors d une part A = B + C ; d autre part B est symétrique, car B T = 2 (AT + (A T T = 2 (AT + A = B ; et enfin C est antisymétrique, car C T = 2 (AT (A T T = C Exemple : ( 2 Pour A = 8 3 alors A = ( } {{ } symétrique + ( } {{ } antisymétrique Mini-exercices Montrer que la somme de deux matrices triangulaires supérieures reste triangulaire supérieure Montrer que c est aussi valable pour le produit 2 Montrer que si A est triangulaire supérieure, alors A T est triangulaire inférieure Et si A est diagonale? 3 Soit A = x x 2 x n Calculer A T A, puis A A T 4 Soit A = ( a b c d Calculer tr(a A T 5 Soit A une matrice de taille 2 2 inversible Montrer que si A est symétrique, alors A aussi Et si A est antisymétrique? 6 Montrer que la décomposition d une matrice sous la forme «symétrique + antisymé-
42 Matrices 42 trique» est unique Auteurs D après un cours de Eva Bayer-Fluckiger, Philippe Chabloz, Lara Thomas de l École Polytechnique Fédérale de Lausanne, et un cours de Sophie Chemla de l université Pierre et Marie Curie, reprenant des parties de cours de H Ledret et d une équipe de l université de Bordeaux animée par J Queyrut, mixés et révisés par Arnaud Bodin, relu par Vianney Combet
43 Exo7 3 L espace vectoriel R n Vecteurs de R n 2 Exemples d'applications linéaires 3 Propriétés des applications linéaires Ce chapitre est consacré à l ensemble R n vu comme espace vectoriel Il peut être vu de plusieurs façons : un cours minimal sur les espaces vectoriels pour ceux qui n auraient besoin que de R n, une introduction avant d attaquer le cours détaillé sur les espaces vectoriels, une source d exemples à lire en parallèle du cours sur les espaces vectoriels Vecteurs de R n Opérations sur les vecteurs L ensemble des nombres réels R est souvent représenté par une droite C est un espace de dimension Le plan est formé des couples ( x x 2 de nombres réels Il est noté R 2 C est un espace à deux dimensions L espace de dimension 3 est constitué des triplets de nombres réels Le symbole ( x x 2 x 3 ( x x 2 Il est noté R 3 x 3 a deux interprétations géométriques : soit comme un point de l espace (figure de gauche, soit comme un vecteur (figure de droite : x x 2 x 3 x x 2 x 3 On généralise ces notions en considérant des espaces de dimension n pour tout entier positif n =, 2, 3, 4, Les éléments de l espace de dimension n sont les n-uples L espace de dimension n est noté R n Comme en dimensions 2 et 3, le n-uple bien un point qu un vecteur de l espace de dimension n Soient u = u u 2 u n et v = v v 2 v n deux vecteurs de R n x x 2 x n de nombres réels x x 2 x n dénote aussi
44 L espace vectoriel R n 44 Définition 9 u + v Somme de deux vecteurs Leur somme est par définition le vecteur u+v = u n + v n Produit d un vecteur par un scalaire Soit λ R (appelé un scalaire : λ u = λu λu n ( Le vecteur nul de R n est le vecteur = L opposé du vecteur u = ( u u n est le vecteur u = ( u u n Voici des vecteurs dans R 2 (ici λ = 2 : λ u u + v u v u Dans un premier temps, vous pouvez noter u, v, au lieu de u, v, Mais il faudra s habituer rapidement à la notation sans flèche De même, si λ est un scalaire et u un vecteur, on notera souvent λu au lieu de λ u Théorème 9 Soient u = ( u u n u + v = v + u, v = ( v v n 2 u + (v + w = (u + v + w 3 u + = + u = u 4 u + ( u = 5 u = u 6 λ (µ u = (λµ u 7 λ (u + v = λ u + λ v et w = ( w w n des vecteurs de R n et λ,µ R Alors :
45 L espace vectoriel R n 45 8 (λ + µ u = λ u + µ u v u u + v u v Chacune de ces propriétés découle directement de la définition de la somme et de la multiplication par un scalaire Ces huit propriétés font de R n un espace vectoriel Dans le cadre général, ce sont ces huit propriétés qui définissent ce qu est un espace vectoriel 2 Représentation des vecteurs de R n Soit u = ( u u n un vecteur de R n On l appelle vecteur colonne et on considère naturellement u comme une matrice de taille n Parfois, on rencontre aussi des vecteurs lignes : on peut voir le vecteur u comme une matrice n, de la forme (u,, u n En fait, le vecteur ligne correspondant à u est le transposé u T du vecteur colonne u Les opérations de somme et de produit par un scalaire définies ci-dessus pour les vecteurs coïncident parfaitement avec les opérations définies sur les matrices : u u + v = 3 Produit scalaire Soient u = ( u u n et v = ( v v n u n + v u + v u λu = et λu = λ = v n u n + v n u n λu n deux vecteurs de R n On définit leur produit scalaire par u v = u v + u 2 v u n v n C est un scalaire (un nombre réel Remarquons que cette définition généralise la notion de produit scalaire dans le plan R 2 et dans l espace R 3 Une autre écriture : u v = u T v 2 v = (u u 2 u n v v n Soient A = (a i j une matrice de taille n p, et B = (b i j une matrice de taille p q Nous savons que l on peut former le produit matriciel AB On obtient une matrice de taille n q L élément d indice i j de la matrice AB est a i b j + a i2 b 2 j + + a ip b p j
46 L espace vectoriel R n 46 Remarquons que ceci est aussi le produit matriciel : b j b 2 j (a i a i2 a ip Autrement dit, c est le produit scalaire du i-ème vecteur ligne de A avec le j-ème vecteur colonne de B Notons l,,l n les vecteurs lignes formant la matrice A, et c,, c q les vecteurs colonnes formant la matrice B On a alors l c l c 2 l c q l 2 c l 2 c 2 l 2 c q AB = l n c l n c 2 l n c q b p j Mini-exercices Faire un dessin pour chacune des 8 propriétés qui font de R 2 un espace vectoriel 2 Faire la même chose pour R 3 3 Montrer que le produit scalaire vérifie u v = v u, u + v w = u w + v w, λu v = λ u v pour tout u, v, w R n et λ R 4 Soit u R n Montrer que u u Montrer u u = si et seulement si u est le vecteur nul 2 Exemples d applications linéaires Soient f : R p R f 2 : R p R f n : R p R n fonctions de p variables réelles à valeurs réelles ; chaque f i est une fonction : f i : R p R, (x, x 2,, x p f i (x,, x p On construit une application f : R p R n définie par f (x,, x p = ( f (x,, x p,, f n (x,, x p 2 Applications linéaires Définition 2 Une application f : R p R n définie par f (x,, x p = (y,, y n est dite une application
47 L espace vectoriel R n 47 linéaire si y = a x + a 2 x a p x p y 2 = a 2 x + a 22 x a 2p x p y n = a n x + a n2 x a np x p En notation matricielle, on a ou encore, si on note X = x y a a 2 a p x x 2 f = y 2 = a 2 a 22 a 2p x 2, x x p x p y n a n a n2 a np et A M n,p(r la matrice (a i j, f (X = AX x p Autrement dit, une application linéaire R p R n peut s écrire X AX La matrice A M n,p (R est appelée la matrice de l application linéaire f Remarque On a toujours f (,, = (,, Si on note pour le vecteur nul dans R p et aussi dans R n, alors une application linéaire vérifie toujours f ( = Le nom complet de la matrice A est : la matrice de l application linéaire f de la base canonique de R p vers la base canonique de R n! Exemple 34 La fonction f : R 4 R 3 définie par y = 2x + 5x 2 + 2x 3 7x 4 y 2 = 4x + 2x 2 3x 3 + 3x 4 y 3 = 7x 3x 2 + 9x 3 s exprime sous forme matricielle comme suit : y y 2 y = x x 2 x 3 x 4 Exemple 35 Pour l application linéaire identité R n R n, (x,, x n (x,, x n, sa matrice associée est l identité I n (car I n X = X Pour l application linéaire nulle R p R n, (x,, x p (,,, sa matrice associée est la matrice nulle n,p (car n,p X =
48 L espace vectoriel R n Exemples d applications linéaires Réflexion par rapport à l axe (O y La fonction ( ( f : R 2 R 2 x x y y est la réflexion par rapport à l axe des ordonnées (O y, et sa matrice est ( ( ( ( x x car = y y ( x y y ( x y O x Réflexion par rapport à l axe (Ox La réflexion par rapport à l axe des abscisses (Ox est donnée par la matrice ( y ( x y O x ( x y Réflexion par rapport à la droite (y = x La réflexion par rapport à la droite (y = x est donnée par ( ( f : R 2 R 2 x y, y x et sa matrice est (
49 L espace vectoriel R n 49 y ( y x (y = x ( x y O x Homothéties L homothétie de rapport λ centrée à l origine est : f : R 2 R 2, ( ( x λx y λy On peut donc écrire f ( x y = ( λ λ( xy Alors la matrice de l homothétie est : ( λ λ y ( λx λy ( x y O x Remarque La translation de vecteur ( u v est l application f : R 2 R 2, ( ( ( x x + y y u v ( x + u = y + v Si c est une translation de vecteur non nul, c est-à-dire ( u v (, alors ce n est pas une application linéaire, car f ( ( Rotations Soit f : R 2 R 2 la rotation d angle θ, centrée à l origine
50 L espace vectoriel R n 5 y ( x y ( x y O θ α r x Si le vecteur ( x y fait un angle α avec l horizontale et que le point ( xy est à une distance r de l origine, alors { Si ( x x = r cosα y = r sinα y dénote l image de ( x y par la rotation d angle θ, on obtient : { { x = r cos(α + θ x = r cosαcosθ r sinαsinθ y donc = r sin(α + θ y = r cosαsinθ + r sinαcosθ (où l on a appliqué les formules de trigonométrie pour cos(α + θ et sin(α + θ On aboutit à { x = xcosθ ysinθ y = xsin θ + ycosθ donc Autrement dit, la rotation d angle θ est donnée par la matrice ( cosθ sinθ sinθ cosθ ( x y = ( cosθ sinθ ( sinθ x cosθ y Projections orthogonales y ( x y O ( x x L application ( ( f : R 2 R 2 x x, y est la projection orthogonale sur l axe (Ox C est une application linéaire donnée par la matrice (
51 L espace vectoriel R n 5 L application linéaire x x f : R 3 R 3, y y z est la projection orthogonale sur le plan (Oxy et sa matrice est z x y z O y x x y De même, la projection orthogonale sur le plan (Oxz est donnée par la matrice de gauche ; la projection orthogonale sur le plan (O yz par la matrice de droite : Réflexions dans l espace L application f : R 3 R 3, x x y y z z est la réflexion par rapport au plan (Oxy C est une application linéaire et sa matrice est De même, les réflexions par rapport aux plans (Oxz (à gauche et (O yz (à droite sont données par les matrices :
52 L espace vectoriel R n 52 Mini-exercices Soit A = ( 2 3 et soit f l application linéaire associée Calculer et dessiner l image par f de (, puis ( et plus généralement de ( xy Dessiner l image par f du carré de sommets ( ( ( ( Dessiner l image par f du cercle inscrit dans ce carré ( 2 2 Soit A = et soit f l application linéaire associée Calculer l image par f de ( 2 ( ( xy, et plus généralement de z 3 Écrire la matrice de la rotation du plan d angle π 4 centrée à l origine Idem dans l espace avec la rotation d angle π 4 d axe (Ox 4 Écrire la matrice de la réflexion du plan par rapport à la droite (y = x Idem dans l espace avec la réflexion par rapport au plan d équation (y = x 5 Écrire la matrice de la projection orthogonale de l espace sur l axe (O y (, 3 Propriétés des applications linéaires 3 Composition d applications linéaires et produit de matrices Soient f : R p R n et g : R q R p deux applications linéaires Considérons leur composition : R q g R p f R n f g : R q R n L application f g est une application linéaire Notons : A = Mat(f M n,p (R la matrice associée à f, B = Mat(g M p,q (R la matrice associée à g, C = Mat(f g M n,q (R la matrice associée à f g On a pour un vecteur X R q : Donc la matrice associée à f g est C = AB (f g(x = f ( g(x = f ( BX = A(BX = (ABX Autrement dit, la matrice associée à la composition de deux applications linéaires est égale au produit de leurs matrices : Mat(f g = Mat(f Mat(g En fait le produit de matrices, qui au premier abord peut sembler bizarre et artificiel, est défini exactement pour vérifier cette relation Exemple 36 Soit f : R 2 R 2 la réflexion par rapport à la droite (y = x et soit g : R 2 R 2 la rotation d angle θ = π 3 (centrée à l origine Les matrices sont ( ( cosθ A = Mat(f = et B = Mat(g = sinθ Voici pour X = ( les images f (X, g(x, f g(x, g f (X : ( sinθ = 2 cosθ
53 L espace vectoriel R n 53 y f (X g(x (y = x g f (X f g(x π 3 π 3 O X = ( x Alors ( ( C = Mat(f g = Mat(f Mat(g = 2 Notons que si l on considère la composition g f alors D = Mat(g f = Mat(g Mat(f = ( = ( = ( ( 3 Les matrices C = AB et D = BA sont distinctes, ce qui montre que la composition d applications linéaires, comme la multiplication des matrices, n est pas commutative en général Application linéaire bijective et matrice inversible Théorème Une application linéaire f : R n R n est bijective si et seulement si sa matrice associée A = Mat(f M n (R est inversible L application f est définie par f (X = AX Donc si f est bijective, alors d une part f (X = Y X = f (Y, mais d autre part AX = Y X = A Y Conséquence : la matrice de f est A Corollaire 2 Si f est bijective, alors Mat(f = ( Mat(f Exemple 37 Soit f : R 2 R 2 la rotation d angle θ Alors f : R 2 R 2 est la rotation d angle θ On a Mat(f = ( cos θ sin θ sinθ, cos θ
54 L espace vectoriel R n 54 Mat(f = ( Mat(f ( cos θ = sin θ ( sin θ cos( θ = cos θ sin( θ sin( θ cos( θ Exemple 38 Soit f : R 2 R 2 la projection sur l axe (Ox Alors f n est pas injective En effet, pour x fixé et tout y R, f ( x ( y = x L application f n est pas non plus surjective : ceci se vérifie aisément car aucun point en-dehors de l axe (Ox n est dans l image de f y ( x y O ( x x La matrice de f est ( ; elle n est pas inversible La preuve du théorème est une conséquence directe du théorème suivant, vu dans le chapitre sur les matrices : Théorème Les assertions suivantes sont équivalentes : (i La matrice A est inversible ( ( (ii Le système linéaire AX = a une unique solution X = (iii Pour tout second membre Y, le système linéaire AX = Y a une unique solution X Voici donc la preuve du théorème Démonstration Si A est inversible, alors pour tout vecteur Y le système AX = Y a une unique solution X, autrement dit pour tout Y, il existe un unique X tel que f (X = AX = Y f est donc bijective Si A n est pas inversible, alors il existe un vecteur X non nul tel que A X = En conséquence on a X mais f (X = f ( = f n est pas injective donc pas bijective 33 Caractérisation des applications linéaires
55 L espace vectoriel R n 55 Théorème 2 Une application f : R p R n est linéaire si et seulement si pour tous les vecteurs u, v de R p et pour tout scalaire λ R, on a (i f (u + v = f (u + f (v, (ii f (λu = λf (u Dans le cadre général des espaces vectoriels, ce sont ces deux propriétés (i et (ii qui définissent une application linéaire Définition 2 Les vecteurs e = e 2 = e p = sont appelés les vecteurs de la base canonique de R p La démonstration du théorème impliquera : Corollaire 3 Soit f : R p R n une application linéaire, et soient e,, e p les vecteurs de base canonique de R p Alors la matrice de f (dans les bases canoniques de R p vers R n est donnée par ( Mat(f = f (e f (e 2 f (e p ; autrement dit les vecteurs colonnes de Mat(f sont les images par f des vecteurs de la base canonique (e,, e p Exemple 39 Considérons l application linéaire f : R 3 R 4 définie par y = 2x +x 2 x 3 y 2 = x 4x 2 y 3 = 5x +x 2 +x 3 y 4 = 3x 2 +2x 3 Calculons les images des vecteurs de la base canonique 2 f = 5 f = 4 3 (, (, ( f = 2 :
56 L espace vectoriel R n 56 Donc la matrice de f est : 2 Mat(f = Exemple 4 Soit f : R 2 R 2 la réflexion par rapport à la droite (y = x et soit g la rotation du plan d angle π 6 centrée à l origine Calculons la matrice de l application f g La base canonique de R2 est formée des vecteurs ( et ( ( f g = f Donc la matrice de f g est : ( = ( Mat(f = ( 2 ( f g = f ( 2 3 = 2 ( Voici la preuve du théorème 2 Démonstration Supposons f : R p R n linéaire, et soit A sa matrice On a f (u+v = A(u+v = Au+ Av = f (u+ f (v et f (λu = A(λu = λau = λf (u Réciproquement, soit f : R p R n une application qui vérifie (i et (ii Nous devons construire une matrice A telle que f (u = Au Notons d abord que (i implique que f (v + v v r = f (v + f (v f (v r Notons (e,, e p les vecteurs de la base canonique de R p Soit A la matrice n p dont les colonnes sont et donc Pour X = x x 2 x p f (e, f (e 2,, f (e p Rp, alors X = x e + x 2 e x p e p AX = A(x e + x 2 e x p e p = Ax e + Ax 2 e Ax p e p = x Ae + x 2 Ae x p Ae p = x f (e + x 2 f (e x p f (e p = f (x e + f (x 2 e f (x p e p = f (x e + x 2 e x p e p = f (X On a alors f (X = AX, et f est bien une application linéaire (de matrice A
57 L espace vectoriel R n 57 Mini-exercices Soit f la réflexion du plan par rapport à l axe (Ox et soit g la rotation d angle 2π 3 centrée à l origine Calculer la matrice de f g de deux façons différentes (produit de matrices et image de la base canonique Cette matrice est-elle inversible? Si oui, calculer l inverse Interprétation géométrique Même question avec g f 2 Soit f la projection orthogonale de l espace sur le plan (Oxz et soit g la rotation d angle π 2 d axe (O y Calculer la matrice de f g de deux façons différentes (produit de matrices et image de la base canonique Cette matrice est-elle inversible? Si oui, calculer l inverse Interprétation géométrique Même question avec g f Auteurs D après un cours de Eva Bayer-Fluckiger, Philippe Chabloz, Lara Thomas de l École Polytechnique Fédérale de Lausanne, révisé et reformaté par Arnaud Bodin, relu par Vianney Combet
58 Exo7 4 Espaces vectoriels Espace vectoriel (début 2 Espace vectoriel (n 3 Sous-espace vectoriel (début 4 Sous-espace vectoriel (milieu 5 Sous-espace vectoriel (n 6 Application linéaire (début 7 Application linéaire (milieu 8 Application linéaire (n Vidéo partie Espace vectoriel (début Vidéo partie 2 Espace vectoriel (fin Vidéo partie 3 Sous-espace vectoriel (début Vidéo partie 4 Sous-espace vectoriel (milieu Vidéo partie 5 Sous-espace vectoriel (fin Vidéo partie 6 Application linéaire (début Vidéo partie 7 Application linéaire (milieu Vidéo partie 8 Application linéaire (fin La notion d espace vectoriel est une structure fondamentale des mathématiques modernes Il s agit de dégager les propriétés communes que partagent des ensembles pourtant très différents Par exemple, on peut additionner deux vecteurs du plan, et aussi multiplier un vecteur par un réel (pour l agrandir ou le rétrécir Mais on peut aussi additionner deux fonctions, ou multiplier une fonction par un réel Même chose avec les polynômes, les matrices, Le but est d obtenir des théorèmes généraux qui s appliqueront aussi bien aux vecteurs du plan, de l espace, aux espaces de fonctions, aux polynômes, aux matrices, La contrepartie de cette grande généralité de situations est que la notion d espace vectoriel est difficile à appréhender et vous demandera une quantité conséquente de travail! Il est bon d avoir d abord étudié le chapitre «L espace vectoriel R n» Espace vectoriel (début Dans ce chapitre, K désigne un corps Dans la plupart des exemples, ce sera le corps des réels R Définition d un espace vectoriel Un espace vectoriel est un ensemble formé de vecteurs, de sorte que l on puisse additionner (et soustraire deux vecteurs u, v pour en former un troisième u + v (ou u v et aussi afin que l on puisse multiplier chaque vecteur u d un facteur λ pour obtenir un vecteur λ u Voici la définition formelle :
59 Espaces vectoriels 59 Définition 22 Un K-espace vectoriel est un ensemble non vide E muni : d une loi de composition interne, c est-à-dire d une application de E E dans E : E E E (u, v u + v d une loi de composition externe, c est-à-dire d une application de K E dans E : K E E (λ, u λ u qui vérifient les propriétés suivantes : u + v = v + u (pour tous u, v E 2 u + (v + w = (u + v + w (pour tous u, v, w E 3 Il existe un élément neutre E E tel que u + E = u (pour tout u E 4 Tout u E admet un symétrique u tel que u + u = E Cet élément u est noté u 5 u = u (pour tout u E 6 λ (µ u = (λµ u (pour tous λ,µ K, u E 7 λ (u + v = λ u + λ v (pour tous λ K, u, v E 8 (λ + µ u = λ u + µ u (pour tous λ,µ K, u E Nous reviendrons en détail sur chacune de ces propriétés juste après des exemples 2 Premiers exemples Exemple 4 Le R-espace vectoriel R 2 Posons K = R et E = R 2 Un élément u E est donc un couple (x, y avec x élément de R et y élément de R Ceci s écrit R 2 = { (x, y x R, y R } Définition de la loi interne Si (x, y et (x, y sont deux éléments de R 2, alors : (x, y + (x, y = (x + x, y + y Définition de la loi externe Si λ est un réel et (x, y est un élément de R 2, alors : λ (x, y = (λx,λy L élément neutre de la loi interne est le vecteur nul (, Le symétrique de (x, y est ( x, y, que l on note aussi (x, y
60 Espaces vectoriels 6 λ u u + v u v u L exemple suivant généralise le précédent C est aussi le bon moment pour lire ou relire le chapitre «L espace vectoriel R n» Exemple 42 Le R-espace vectoriel R n Soit n un entier supérieur ou égal à Posons K = R et E = R n Un élément u E est donc un n-uplet (x, x 2,, x n avec x, x 2,, x n des éléments de R Définition de la loi interne Si (x,, x n et (x,, x n sont deux éléments de Rn, alors : (x,, x n + (x,, x n = (x + x,, x n + x n Définition de la loi externe Si λ est un réel et (x,, x n est un élément de R n, alors : λ (x,, x n = (λx,,λx n L élément neutre de la loi interne est le vecteur nul (,,, Le symétrique de (x,, x n est ( x,, x n, que l on note (x,, x n De manière analogue, on peut définir le C-espace vectoriel C n, et plus généralement le K- espace vectoriel K n Exemple 43 Tout plan passant par l origine dans R 3 est un espace vectoriel (par rapport aux opérations habituelles sur les vecteurs Soient K = R et E = P un plan passant par l origine Le plan admet une équation de la forme : ax + by + cz = où a, b et c sont des réels non tous nuls Un élément u E est donc un triplet (noté ici comme un vecteur colonne ( xy z tel que ax+ by+
61 Espaces vectoriels 6 cz = Soient Alors ( xy z et ( x y deux éléments de P Autrement dit, z ( x+x y+y est aussi dans P car on a bien : z+z ax + by + cz =, et ax + by + cz = a(x + x + b(y + y + c(z + z = ( Les autres propriétés sont aussi faciles à vérifier : par exemple l élément neutre est ; et ( xy si appartient à P, alors ax + by+ cz =, que l on peut réécrire a( x+ b( y+ c( z = et z xy ainsi ( appartient à P z Attention! Un plan ne contenant ( pas l origine n est pas un espace vectoriel, car justement il ne contient pas le vecteur nul 3 Terminologie et notations Rassemblons les définitions déjà vues On appelle les éléments de E des vecteurs Au lieu de K-espace vectoriel, on dit aussi espace vectoriel sur K Les éléments de K seront appelés des scalaires L élément neutre E s appelle aussi le vecteur nul Il ne doit pas être confondu avec l élément de K Lorsqu il n y aura pas de risque de confusion, E sera aussi noté Le symétrique u d un vecteur u E s appelle aussi l opposé La loi de composition interne sur E (notée usuellement + est appelée couramment l addition et u + u est appelée somme des vecteurs u et u La loi de composition externe sur E est appelée couramment multiplication par un scalaire La multiplication du vecteur u par le scalaire λ sera souvent notée simplement λu, au lieu de λ u Somme de n vecteurs Il est possible de définir, par récurrence, l addition de n vecteurs, n 2 La structure d espace vectoriel permet de définir l addition de deux vecteurs (et initialise le processus Si maintenant la somme de n vecteurs est définie, alors la somme de n vecteurs v, v 2,, v n est définie par v + v v n = (v + v v n + v n L associativité de la loi + nous permet de ne pas mettre de parenthèses dans la somme v + v v n On notera v + v v n = 4 Mini-exercices n v i i= Vérifier les 8 axiomes qui font de R 3 un R-espace vectoriel { 2 Idem pour une droite D de R 3 ax + by + cz = passant par l origine définie par a x + b y + c z = 3 Justifier que les ensembles suivants ne sont pas des espaces vectoriels : { (x, y R 2 xy = } ; { (x, y R 2 x = } ; { (x, y R 2 x et y } ; { (x, y R 2 x et y }
62 Espaces vectoriels 62 4 Montrer par récurrence que si les v i sont des éléments d un K-espace vectoriel E, alors pour tous λ i K : λ v + λ 2 v λ n v n E 2 Espace vectoriel (fin 2 Détail des axiomes de la définition Revenons en détail sur la définition d un espace vectoriel Soit donc E un K-espace vectoriel Les éléments de E seront appelés des vecteurs Les éléments de K seront appelés des scalaires Loi interne La loi de composition interne dans E, c est une application de E E dans E : E E E (u, v u + v C est-à-dire qu à partir de deux vecteurs u et v de E, on nous en fournit un troisième, qui sera noté u + v La loi de composition interne dans E et la somme dans K seront toutes les deux notées +, mais le contexte permettra de déterminer aisément de quelle loi il s agit Loi externe La loi de composition externe, c est une application de K E dans E : K E E (λ, u λ u C est-à-dire qu à partir d un scalaire λ K et d un vecteur u E, on nous fournit un autre vecteur, qui sera noté λ u Axiomes relatifs à la loi interne Commutativité Pour tous u, v E, u+v = v+u On peut donc additionner des vecteurs dans l ordre que l on souhaite 2 Associativité Pour tous u, v, w E, on a u + (v + w = (u + v + w Conséquence : on peut «oublier» les parenthèses et noter sans ambiguïté u + v + w 3 Il existe un élément neutre, c est-à-dire qu il existe un élément de E, noté E, vérifiant : pour tout u E, u + E = u (et on a aussi E + u = u par commutativité Cet élément E s appelle aussi le vecteur nul 4 Tout élément u de E admet un symétrique (ou opposé, c est-à-dire qu il existe un élément u de E tel que u + u = E (et on a aussi u + u = E par commutativité Cet élément u de E est noté u Proposition S il existe un élément neutre E vérifiant l axiome (3 ci-dessus, alors il est unique Soit u un élément de E S il existe un élément symétrique u de E vérifiant l axiome (4, alors il est unique
63 Espaces vectoriels 63 Démonstration Soient E et deux éléments vérifiant la définition de l élément neutre On a alors, pour E tout élément u de E : u + E = E + u = u et u + E = E + u = u Alors, la première propriété utilisée avec u = E donne E + E = E + E = E La deuxième propriété utilisée avec u = E donne E + E = E + E = E En comparant ces deux résultats, il vient E = E Supposons qu il existe deux symétriques de u notés u et u On a : u + u = u + u = E et u + u = u + u = E Calculons u + (u + u de deux façons différentes, en utilisant l associativité de la loi + et les relations précédentes u + (u + u = u + E = u u + (u + u = (u + u + u = E + u = u On en déduit u = u Remarque Les étudiants connaissant la théorie des groupes reconnaîtront, dans les quatre premiers axiomes ci-dessus, les axiomes caractérisant un groupe commutatif Axiomes relatifs à la loi externe 5 Soit l élément neutre de la multiplication de K Pour tout élément u de E, on a u = u 6 Pour tous éléments λ et µ de K et pour tout élément u de E, on a λ (µ u = (λ µ u Axiomes liant les deux lois 7 Distributivité par rapport à l addition des vecteurs Pour tout élément λ de K et pour tous éléments u et v de E, on a λ (u + v = λ u + λ v 8 Distributivité par rapport à l addition des scalaires Pour tous λ et µ de K et pour tout élément u de E, on a : (λ + µ u = λ u + µ u La loi interne et la loi externe doivent donc satisfaire ces huit axiomes pour que (E,+, soit un espace vectoriel sur K 22 Exemples Dans tous les exemples qui suivent, la vérification des axiomes se fait simplement et est laissée au soin des étudiants Seules seront indiquées, dans chaque cas, les valeurs de l élément neutre de la loi interne et du symétrique d un élément
64 Espaces vectoriels 64 Exemple 44 L espace vectoriel des fonctions de R dans R L ensemble des fonctions f : R R est noté F (R,R Nous le munissons d une structure de R-espace vectoriel de la manière suivante Loi interne Soient f et g deux éléments de F (R,R La fonction f + g est définie par : x R (f + g(x = f (x + g(x (où le signe + désigne la loi interne de F (R,R dans le membre de gauche et l addition dans R dans le membre de droite Loi externe Si λ est un nombre réel et f une fonction de F (R,R, la fonction λ f est définie par l image de tout réel x comme suit : x R (λ f (x = λ f (x (Nous désignons par la loi externe de F (R,R et par la multiplication dans R Avec l habitude on oubliera les signes de multiplication : (λf (x = λf (x Élément neutre L élément neutre pour l addition est la fonction nulle, définie par : x R f (x = On peut noter cette fonction F (R,R Symétrique Le symétrique de l élément f de F (R,R est l application g de R dans R définie par : x R g(x = f (x Le symétrique de f est noté f Exemple 45 Le R-espace vectoriel des suites réelles On note S l ensemble des suites réelles (u n n N Cet ensemble peut être vu comme l ensemble des applications de N dans R ; autrement dit S = F (N,R Loi interne Soient u = (u n n N et v = (v n n N deux suites appartenant à S La suite u + v est la suite w = (w n n N dont le terme général est défini par n N w n = u n + v n (où u n + v n désigne la somme de u n et de v n dans R Loi externe Si λ est un nombre réel et u = (u n n N un élément de S, λ u est la suite v = (v n n N définie par n N v n = λ u n où désigne la multiplication dans R Élément neutre L élément neutre de la loi interne est la suite dont tous les termes sont nuls Symétrique Le symétrique de la suite u = (u n n N est la suite u = (u n n N définie par : n N u n = u n Elle est notée u
65 Espaces vectoriels 65 Exemple 46 Les matrices L ensemble M n,p (R des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients dans R est muni d une structure de R-espace vectoriel La loi interne est l addition de deux matrices La loi externe est la multiplication d une matrice par un scalaire L élément neutre pour la loi interne est la matrice nulle (tous les coefficients sont nuls Le symétrique de la matrice A = (a i, j est la matrice ( a i, j De même, l ensemble M n,p (K des matrices à coefficients dans K est un K-espace vectoriel Autres exemples : L espace vectoriel R[X] des polynômes P(X = a n X n + + a 2 X 2 + a X + a L addition est l addition de deux polynômes P(X+Q(X, la multiplication par un scalaire λ R est λ P(X L élément neutre est le polynôme nul L opposé de P(X est P(X 2 L ensemble des fonctions continues de R dans R ; l ensemble des fonctions dérivables de R dans R, 3 C est un R-espace vectoriel : addition z + z de deux nombres complexes, multiplication λz par un scalaire λ R L élément neutre est le nombre complexe et le symétrique du nombre complexe z est z 23 Règles de calcul Proposition 2 Soit E un espace vectoriel sur un corps K Soient u E et λ K Alors on a : u = E 2 λ E = E 3 ( u = u 4 λ u = E λ = ou u = E L opération qui à (u, v associe u+( v s appelle la soustraction Le vecteur u+( v est noté u v Les propriétés suivantes sont satisfaites : λ(u v = λu λv et (λ µu = λu µu Démonstration Les démonstrations des propriétés sont des manipulations sur les axiomes définissant les espaces vectoriels Le point de départ de la démonstration est l égalité dans K : + = D où, pour tout vecteur de E, l égalité ( + u = u Donc, en utilisant la distributivité de la loi externe par rapport à la loi interne et la définition de l élément neutre, on obtient u + u = u On peut rajouter l élément neutre dans le terme de droite, pour obtenir : u + u = u + E En ajoutant ( u de chaque côté de l égalité, on obtient : u = E 2 La preuve est semblable en partant de l égalité E + E = E 3 Montrer ( u = u signifie exactement que ( u est le symétrique de u, c est-à-dire vérifie u + ( u = E En effet : u + ( u = u + ( u = ( + ( u = u = E 4 On sait déjà que si λ = ou u = E, alors les propriétés précédentes impliquent λ u = E
66 Espaces vectoriels 66 Pour la réciproque, soient λ K un scalaire et u E un vecteur tels que λ u = E Supposons λ différent de On doit alors montrer que u = E Comme λ, alors λ est inversible pour le produit dans le corps K Soit λ son inverse En multipliant par λ les deux membres de l égalité λ u = E, il vient : λ (λ u = λ E D où en utilisant les propriétés de la multiplication par un scalaire (λ λ u = E et donc u = E D où u = E 24 Mini-exercices Justifier si les objets suivants sont des espaces vectoriels (a L ensemble des fonctions réelles sur [, ], continues, positives ou nulles, pour l addition et le produit par un réel (b L ensemble des fonctions réelles sur R vérifiant lim x + f (x = pour les mêmes opérations (c L ensemble des fonctions sur R telles que f (3 = 7 (d L ensemble R + pour les opérations x y = xy et λ x = xλ (λ R (e L ensemble des points (x, y de R 2 vérifiant sin(x + y = (f L ensemble des vecteurs (x, y, z de R 3 orthogonaux au vecteur (,3, 2 (g L ensemble des fonctions de classe C 2 vérifiant f + f = (h L ensemble des fonctions continues sur [,] vérifiant (i L ensemble des matrices ( a b c d M2 (R vérifiant a + d = f (x sin x dx = 2 Prouver les propriétés de la soustraction : λ (u v = λ u λ v et (λ µ u = λ u µ u 3 Sous-espace vectoriel (début Il est vite fatiguant de vérifier les 8 axiomes qui font d un ensemble un espace vectoriel Heureusement, il existe une manière rapide et efficace de prouver qu un ensemble est un espace vectoriel : grâce à la notion de sous-espace vectoriel 3 Définition d un sous-espace vectoriel Définition 23 Soit E un K-espace vectoriel Une partie F de E est appelée un sous-espace vectoriel si : E F, u + v F pour tous u, v F, λ u F pour tout λ K et tout u F Remarque Expliquons chaque condition La première condition signifie que le vecteur nul de E doit aussi être dans F En fait il suffit même de prouver que F est non vide La deuxième condition, c est dire que F est stable pour l addition : la somme u + v de deux vecteurs u, v de F est bien sûr un vecteur de E (car E est un espace vectoriel, mais ici on exige que u + v soit un élément de F
67 Espaces vectoriels 67 La troisième condition, c est dire que F est stable pour la multiplication par un scalaire Exemple 47 Exemples immédiats L ensemble F = { (x, y R 2 x + y = } est un sous-espace vectoriel de R 2 En effet : (a (, F, (b si u = (x, y et v = (x 2, y 2 appartiennent à F, alors x + y = et x 2 + y 2 = donc (x + x 2 + (y + y 2 = et ainsi u + v = (x + x 2, y + y 2 appartient à F, (c si u = (x, y F et λ R, alors x + y = donc λx + λy =, d où λu F y x F 2 L ensemble des fonctions continues sur R est un sous-espace vectoriel de l espace vectoriel des fonctions de R dans R Preuve : la fonction nulle est continue ; la somme de deux fonctions continues est continue ; une constante fois une fonction continue est une fonction continue 3 L ensemble des suites réelles convergentes est un sous-espace vectoriel de l espace vectoriel des suites réelles Voici des sous-ensembles qui ne sont pas des sous-espaces vectoriels Exemple 48 L ensemble F = { (x, y R 2 x + y = 2 } n est pas un sous-espace vectoriel de R 2 En effet le vecteur nul (, n appartient pas à F 2 L ensemble F 2 = { (x, y R 2 x = ou y = } n est pas un sous-espace vectoriel de R 2 En effet les vecteurs u = (, et v = (, appartiennent à F 2, mais pas le vecteur u + v = (, 3 L ensemble F 3 = { (x, y R 2 x et y } n est pas un sous-espace vectoriel de R 2 En effet le vecteur u = (, appartient à F 3 mais, pour λ =, le vecteur u = (, n appartient pas à F 3 F 2 F 3 F
68 Espaces vectoriels Un sous-espace vectoriel est un espace vectoriel La notion de sous-espace vectoriel prend tout son intérêt avec le théorème suivant : un sous-espace vectoriel est lui-même un espace vectoriel C est ce théorème qui va nous fournir plein d exemples d espaces vectoriels Théorème 3 Soient E un K-espace vectoriel et F un sous-espace vectoriel de E Alors F est lui-même un K-espace vectoriel pour les lois induites par E Méthodologie Pour répondre à une question du type «L ensemble F est-il un espace vectoriel?», une façon efficace de procéder est de trouver un espace vectoriel E qui contient F, puis prouver que F est un sous-espace vectoriel de E Il y a seulement trois propriétés à vérifier au lieu de huit! Exemple 49 Est-ce que l ensemble des fonctions paires (puis des fonctions impaires forme un espace vectoriel (sur R avec les lois usuelles sur les fonctions? Notons P l ensemble des fonctions paires et I l ensemble des fonctions impaires Ce sont deux sous-ensembles de l espace vectoriel F (R, R des fonctions P = { f F (R,R x R, f ( x = f (x } I = { f F (R,R x R, f ( x = f (x } P et I sont des sous-espaces vectoriels de F (R,R C est très simple à vérifier, par exemple pour P : (a la fonction nulle est une fonction paire, (b si f, g P alors f + g P, (c si f P et si λ R alors λf P Par le théorème 3, P est un espace vectoriel (de même pour I 2 Est-ce que l ensemble S n des matrices symétriques de taille n est un espace vectoriel (sur R avec les lois usuelles sur les matrices? S n est un sous-ensemble de l espace vectoriel M n (R Et c est même un sous-espace vectoriel Il suffit en effet de vérifier que la matrice nulle est symétrique, que la somme de deux matrices symétriques est encore symétrique et finalement que le produit d une matrice symétrique par un scalaire est une matrice symétrique Par le théorème 3, S n est un espace vectoriel Démonstration Preuve du théorème 3 Soit F un sous-espace vectoriel d un espace vectoriel (E,+, La stabilité de F pour les deux lois permet de munir cet ensemble d une loi de composition interne et d une loi de composition externe, en restreignant à F les opérations définies dans E Les propriétés de commutativité et d associativité de l addition, ainsi que les quatre axiomes relatifs à la loi externe sont vérifiés, car ils sont satisfaits dans E donc en particulier dans F, qui est inclus dans E L existence d un élément neutre découle de la définition de sous-espace vectoriel Il reste seulement à justifier que si u F, alors son symétrique u appartient à F Fixons u F Comme on a aussi u E et que E est un espace vectoriel alors il existe un élément de
69 Espaces vectoriels 69 E, noté u, tel que u + ( u = E Comme u est élément de F, alors pour λ =, ( u F Et ainsi u appartient à F Un autre exemple d espace vectoriel est donné par l ensemble des solutions d un système linéaire homogène Soit AX = un système de n équations à p inconnues : On a alors Théorème 4 a a p a n a np x = Soit A M n,p (R Soit AX = un système d équations linéaires homogènes à p variables Alors l ensemble des vecteurs solutions est un sous-espace vectoriel de R p x p Démonstration Soit F l ensemble des vecteurs X R p solutions de l équation AX = Vérifions que F est un sous-espace vectoriel de R p Le vecteur est un élément de F F est stable par addition : si X et X sont des vecteurs solutions, alors AX = et AX =, donc A(X + X = AX + AX =, et ainsi X + X F F est stable par multiplication par un scalaire : si X est un vecteur solution, on a aussi A(λX = λ(ax = λ =, ceci pour tout λ R Donc λx F Exemple 5 Considérons le système x y z = L ensemble des solutions F R 3 de ce système est : F = { (x = 2s 3t, y = s, z = t s, t R } Par le théorème 4, F est un sous-espace vectoriel de R 3 Donc par le théorème 3, F est un espace vectoriel Une autre façon de voir les choses est d écrire que les éléments de F sont ceux qui vérifient l équation (x = 2y 3z Autrement dit, F est d équation (x 2y + 3z = L ensemble des solutions F est donc un plan passant par l origine Nous avons déjà vu que ceci est un espace vectoriel 33 Mini-exercices Parmi les ensembles suivants, reconnaître ceux qui sont des sous-espaces vectoriels : { (x, y, z R 3 x + y = } 2 { (x, y, z, t R 4 x = t et y = z } 3 { (x, y, z R 3 z = }
70 Espaces vectoriels 7 4 { (x, y R 2 x 2 + xy } 5 { (x, y R 2 x 2 + y 2 } 6 { f F (R,R f ( = } 7 { f F (R,R f ( = } 8 { f F (R,R f est croissante } 9 { (u n n N (u n tend vers } 4 Sous-espace vectoriel (milieu 4 Combinaisons linéaires Définition 24 Soit n un entier, soient v, v 2,, v n, n vecteurs d un espace vectoriel E Tout vecteur de la forme u = λ v + λ 2 v λ n v n (où λ,λ 2,,λ n sont des éléments de K est appelé combinaison linéaire des vecteurs v, v 2,, v n Les scalaires λ,λ 2,,λ n sont appelés coefficients de la combinaison linéaire Remarque : Si n =, alors u = λ v et on dit que u est colinéaire à v Exemple 5 Dans le R-espace vectoriel R 3, (3,3, est combinaison linéaire des vecteurs (,, et (,, car on a l égalité (3,3, = 2(,, + (,, 2 Dans le R-espace vectoriel R 2, le vecteur u = (2, n est pas colinéaire au vecteur v = (, car s il l était, il existerait un réel λ tel que u = λv, ce qui équivaudrait à l égalité (2, = (λ,λ 3 Soit E = F (R,R l espace vectoriel des fonctions réelles Soient f, f, f 2 et f 3 les fonctions définies par : x R f (x =, f (x = x, f 2 (x = x 2, f 3 (x = x 3 Alors la fonction f définie par x R f (x = x 3 2x 2 7x 4 est combinaison linéaire des fonctions f, f, f 2, f 3 puisque l on a l égalité f = f 3 2f 2 7f 4f ( 3 4 Dans M 2,3 (R, on considère A = On peut écrire A naturellement sous la 4 forme suivante d une combinaison linéaire de matrices élémentaires (des zéros partout, sauf un : ( ( ( ( ( A = Voici deux exemples plus compliqués
71 Espaces vectoriels 7 Exemple 52 ( 2 ( 64 ( Soient u = et v = deux vecteurs de R 3 92 Montrons que w = est combinaison linéaire 2 de u et v On cherche donc λ et µ tels que w = λu + µv : 9 6 λ 6µ λ + 6µ 2 = λ 2 + µ 4 = 2λ + 4µ = 2λ + 4µ 7 2 λ 2µ λ + 2µ On a donc 9 = λ + 6µ 2 = 2λ + 4µ 7 = λ + 2µ Une solution de ce système est (λ = 3,µ = 2, ce qui implique que w est combinaison linéaire de u et v On vérifie que l on a bien = Exemple 53 ( 2 ( 64 ( 4 Soient u = et v = Montrons que w = n est pas une combinaison linéaire de u et v L égalité 4 6 = λ 2 + µ équivaut au système 4 = λ + 6µ = 2λ + 4µ 8 = λ + 2µ Or ce système n a aucune solution Donc il n existe pas λ,µ R tels que w = λu + µv 42 Caractérisation d un sous-espace vectoriel Théorème 5 Caractérisation d un sous-espace par la notion de combinaison linéaire Soient E un K-espace vectoriel et F une partie non vide de E F est un sous-espace vectoriel de E si et seulement si λu + µv F pour tous u, v F et tous λ,µ K Autrement dit si et seulement si toute combinaison linéaire de deux éléments de F appartient à F Démonstration Supposons que F soit un sous-espace vectoriel Et soient u, v F, λ,µ K Alors par la définition de sous-espace vectoriel : λu F et µv F et ainsi λu + µv F Réciproquement, supposons que pour chaque u, v F, λ,µ K on a λu + µv F Comme F n est pas vide, soient u, v F Posons λ = µ = Alors λu + µv = E F Si u, v F, alors en posant λ = µ = on obtient u + v F
72 Espaces vectoriels 72 Si u F et λ K (et pour n importe quel v, en posant µ =, alors λu F 43 Intersection de deux sous-espaces vectoriels Proposition 3 Intersection de deux sous-espaces Soient F, G deux sous-espaces vectoriels d un K-espace vectoriel E L intersection F G est un sous-espace vectoriel de E On démontrerait de même que l intersection F F 2 F 3 F n d une famille quelconque de sous-espaces vectoriels de E est un sous-espace vectoriel de E Démonstration Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E E F, E G car F et G sont des sous-espaces vectoriels de E ; donc E F G Soient u et v deux vecteurs de F G Comme F est un sous-espace vectoriel, alors u, v F implique u + v F De même u, v G implique u + v G Donc u + v F G Soient u F G et λ K Comme F est un sous-espace vectoriel, alors u F implique λu F De même u G implique λu G Donc λu F G Conclusion : F G est un sous-espace vectoriel de E Exemple 54 Soit D le sous-ensemble de R 3 défini par : D = { (x, y, z R 3 x + 3y + z = et x y + 2z = } Est-ce que D est sous-espace vectoriel de R 3? L ensemble D est l intersection de F et G, les sous-ensembles de R 3 définis par : F = { (x, y, z R 3 x + 3y + z = } G = { (x, y, z R 3 x y + 2z = } F D G Ce sont deux plans passant par l origine, donc des sous-espaces vectoriels de R 3 Ainsi D = F G est un sous-espace vectoriel de R 3, c est une droite vectorielle
73 Espaces vectoriels 73 Remarque La réunion de deux sous-espaces vectoriels de E n est pas en général un sous-espace vectoriel de E Prenons par exemple E = R 2 Considérons les sous-espaces vectoriels F = { (x, y x = } et G = { (x, y y = } Alors F G n est pas un sous-espace vectoriel de R 2 Par exemple, (, + (, = (, est la somme d un élément de F et d un élément de G, mais n est pas dans F G F (, (, (, G 44 Mini-exercices Peut-on trouver t R tel que les vecteurs 2 Peut-on trouver t R tel que le vecteur 5 Sous-espace vectoriel (fin ( 2 2 t ( 3t t et 5 Somme de deux sous-espaces vectoriels ( 4 2 4t 2 soient colinéaires? 2 soit une combinaison linéaire de ( 3 2 et (? Comme la réunion de deux sous-espaces vectoriels F et G n est pas en général un sous-espace vectoriel, il est utile de connaître les sous-espaces vectoriels qui contiennent à la fois les deux sous-espaces vectoriels F et G, et en particulier le plus petit d entre eux (au sens de l inclusion Définition 25 Définition de la somme de deux sous-espaces Soient F et G deux sous-espaces vectoriels d un K-espace vectoriel E L ensemble de tous les éléments u + v, où u est un élément de F et v un élément de G, est appelé somme des sous-espaces vectoriels F et G Cette somme est notée F +G On a donc F +G = { u + v u F, v G } G F +G F
74 Espaces vectoriels 74 Proposition 4 Soient F et G deux sous-espaces vectoriels du K-espace vectoriel E F +G est un sous-espace vectoriel de E 2 F +G est le plus petit sous-espace vectoriel contenant à la fois F et G Démonstration Montrons que F + G est un sous-espace vectoriel E F, E G, donc E = E + E F +G Soient w et w des éléments de F + G Comme w est dans F + G, il existe u dans F et v dans G tels que w = u + v Comme w est dans F + G, il existe u dans F et v dans G tels que w = u + v Alors w + w = (u + v + (u + v = (u + u + (v + v F + G, car u + u F et v + v G Soit w un élément de F +G et λ K Il existe u dans F et v dans G tels que w = u + v Alors λw = λ(u + v = (λu + (λv F +G, car λu F et λv G 2 L ensemble F + G contient F et contient G : en effet tout élément u de F s écrit u = u + avec u appartenant à F et appartenant à G (puisque G est un sous-espace vectoriel, donc u appartient à F +G De même pour un élément de G Si H est un sous-espace vectoriel contenant F et G, alors montrons que F + G H C est clair : si u F alors en particulier u H (car F H, de même si v G alors v H Comme H est un sous-espace vectoriel, alors u + v H Exemple 55 Déterminons F +G dans le cas où F et G sont les sous-espaces vectoriels de R 3 suivants : F = { (x, y, z R 3 y = z = } et G = { (x, y, z R 3 x = z = } z G F F +G y x Un élément w de F +G s écrit w = u+v où u est un élément de F et v un élément de G Comme u F alors il existe x R tel que u = (x,,, et comme v G il existe y R tel que v = (, y, Donc w = (x, y, Réciproquement, un tel élément w = (x, y, est la somme de (x,, et de (, y, Donc F +G = { (x, y, z R 3 z = } On voit même que, pour cet exemple, tout élément de F +G s écrit de façon unique comme la somme d un élément de F et d un élément de G
75 Espaces vectoriels 75 Exemple 56 Soient F et G les deux sous-espaces vectoriels de R 3 suivants : F = { (x, y, z R 3 x = } et G = { (x, y, z R 3 y = } z G F y x Dans cet exemple, montrons que F +G = R 3 Par définition de F +G, tout élément de F +G est dans R 3 Mais réciproquement, si w = (x, y, z est un élément quelconque de R 3 : w = (x, y, z = (, y, z + (x,,, avec (, y, z F et (x,, G, donc w appartient à F +G Remarquons que, dans cet exemple, un élément de R 3 ne s écrit pas forcément de façon unique comme la somme d un élément de F et d un élément de G Par exemple (,2,3 = (,2,3 + (,, = (,2, + (,,3 52 Sous-espaces vectoriels supplémentaires Définition 26 Définition de la somme directe de deux sous-espaces Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E F et G sont en somme directe dans E si F G = { E }, F +G = E On note alors F G = E Si F et G sont en somme directe, on dit que F et G sont des sous-espaces vectoriels supplémentaires dans E Proposition 5 F et G sont supplémentaires dans E si et seulement si tout élément de E s écrit d une manière unique comme la somme d un élément de F et d un élément de G Remarque Dire qu un élément w de E s écrit d une manière unique comme la somme d un élément de F et d un élément de G signifie que si w = u + v avec u F, v G et w = u + v avec u F, v G alors u = u et v = v On dit aussi que F est un sous-espace supplémentaire de G (ou que G est un sousespace supplémentaire de F Il n y a pas unicité du supplémentaire d un sous-espace vectoriel donné (voir un exemple ci-dessous
76 Espaces vectoriels 76 L existence d un supplémentaire d un sous-espace vectoriel sera prouvée dans le cadre des espaces vectoriels de dimension finie Démonstration Supposons E = F G et montrons que tout élément u E se décompose de manière unique Soient donc u = v + w et u = v + w avec v, v F et w, w G On a alors v + w = v + w, donc v v = w w Comme F est un sous-espace vectoriel alors v v F, mais d autre part G est aussi un sous-espace vectoriel donc w w G Conclusion : v v = w w F G Mais par définition d espaces supplémentaires F G = { E }, donc v v = E et aussi w w = E On en déduit v = v et w = w, ce qu il fallait démontrer Supposons que tout u E se décompose de manière unique et montrons E = F G Montrons F G = { E } Si u F G, il peut s écrire des deux manières suivantes comme somme d un élément de F et d un élément de G : u = E + u et u = u + E Par l unicité de la décomposition, u = E Montrons F +G = E Il n y rien à prouver, car par hypothèse tout élément u se décompose en u = v + w, avec v F et w G Exemple 57 Soient F = { (x, R 2 x R } et G = { (, y R 2 y R } Montrons que F G = R 2 La première façon de le voir est que l on a clairement F G = {(,} et que, comme (x, y = (x,+(, y, alors F +G = R 2 Une autre façon de le voir est d utiliser la proposition 5, car la décomposition (x, y = (x, + (, y est unique G y G F x 2 Gardons F et notons G = { (x, x R 2 x R } Montrons que l on a aussi F G = R 2 : (a Montrons F G = {(,} Si (x, y F G alors d une part (x, y F donc y =, et aussi (x, y G donc x = y Ainsi (x, y = (, (b Montrons F +G = R 2 Soit u = (x, y R 2 Cherchons v F et w G tels que u = v + w Comme v = (x, y F alors y =, et comme w = (x 2, y 2 G alors x 2 = y 2 Il s agit donc de trouver x et x 2 tels que (x, y = (x, + (x 2, x 2 Donc (x, y = (x + x 2, x 2 Ainsi x = x + x 2 et y = x 2, d où x = x y et x 2 = y On trouve bien (x, y = (x y, + (y, y, qui prouve que tout élément de R 2 est somme d un élément de F et d un élément de G
77 Espaces vectoriels 77 3 De façon plus générale, deux droites distinctes du plan passant par l origine forment des sous-espaces supplémentaires Exemple 58 Est-ce que les sous-espaces vectoriels F et G de R 3 définis par F = { (x, y, z R 3 x y z = } et G = { (x, y, z R 3 y = z = } sont supplémentaires dans R 3? G F Il est facile de vérifier que F G = {} En effet si l élément u = (x, y, z appartient à l intersection de F et de G, alors les coordonnées de u vérifient : x y z = (car u appartient à F, et y = z = (car u appartient à G, donc u = (,, 2 Il reste à démontrer que F +G = R 3 Soit donc u = (x, y, z un élément quelconque de R 3 ; il faut déterminer des éléments v de F et w de G tels que u = v + w L élément v doit être de la forme v = (y + z, y, z et l élément w de la forme w = (x 2,, On a u = v + w si et seulement si y = y, z = z, x 2 = x y z On a donc (x, y, z = (y + z, y, z + (x y z,, avec v = (y + z, y, z dans F et w = (x y z,, dans G Conclusion : F G = R 3 Exemple 59 Dans le R-espace vectoriel F (R,R des fonctions de R dans R, on considère le sous-espace vectoriel des fonctions paires P et le sous-espace vectoriel des fonctions impaires I Montrons que P I = F (R,R Montrons P I = { F (R,R } Soit f P I, c est-à-dire que f est à la fois une fonction paire et impaire Il s agit de montrer que f est la fonction identiquement nulle Soit x R Comme f ( x = f (x (car f est paire et f ( x = f (x (car f est impaire, alors f (x = f (x, ce qui implique f (x = Ceci est vrai quel que soit x R ; donc f est la fonction nulle Ainsi P I = { F (R,R } 2 Montrons P + I = F (R,R Soit f F (R,R Il s agit de montrer que f peut s écrire comme la somme d une fonction paire et d une fonction impaire Analyse Si f = g+h, avec g P, h I, alors pour tout x, d une part, (a f (x = g(x+h(x, et d autre part, (b f ( x = g( x + h( x = g(x h(x Par somme et différence de (a et
78 Espaces vectoriels 78 (b, on tire que g(x = f (x + f ( x 2 et h(x = f (x f ( x 2 f (x+f ( x Synthèse Pour f F (R,R, on définit deux fonctions g, h par g(x = 2 et h(x = f (x f ( x 2 Alors d une part f (x = g(x + h(x et d autre part g P (vérifier g( x = g(x et h I (vérifier h( x = h(x Bilan : P + I = F (R,R En conclusion, P et I sont en somme directe dans F (R,R : P I = F (R,R Notez que, comme le prouvent nos calculs, les g et h obtenus sont uniques 53 Sous-espace engendré Théorème 6 Théorème de structure de l ensemble des combinaisons linéaires Soit {v,, v n } un ensemble fini de vecteurs d un K-espace vectoriel E Alors : L ensemble des combinaisons linéaires des vecteurs {v,, v n } est un sous-espace vectoriel de E C est le plus petit sous-espace vectoriel de E (au sens de l inclusion contenant les vecteurs v,, v n Notation Ce sous-espace vectoriel est appelé sous-espace engendré par v,, v n et est noté Vect(v,, v n On a donc u Vect(v,, v n il existe λ,,λ n K tels que u = λ v + + λ n v n Remarque Dire que Vect(v,, v n est le plus petit sous-espace vectoriel de E contenant les vecteurs v,, v n signifie que si F est un sous-espace vectoriel de E contenant aussi les vecteurs v,, v n alors Vect(v,, v n F Plus généralement, on peut définir le sous-espace vectoriel engendré par une partie V quelconque (non nécessairement finie d un espace vectoriel : Vect V est le plus petit sous-espace vectoriel contenant V Exemple 6 E étant un K-espace vectoriel, et u un élément quelconque de E, l ensemble Vect(u = {λu λ K} est le sous-espace vectoriel de E engendré par u Il est souvent noté Ku Si u n est pas le vecteur nul, on parle d une droite vectorielle K = Vect(u u
79 Espaces vectoriels 79 v u Vect(u, v 2 Si u et v sont deux vecteurs de E, alors Vect(u, v = { λu + µv λ,µ K } Si u et v ne sont pas colinéaires, alors Vect(u, v est un plan vectoriel ( ( 2 3 Soient u = et v = deux vecteurs de R 3 Déterminons P = Vect(u, v ( xy z 3 Vect(u, v ( xy = λu + µv pour certains λ,µ R ( z xy 2 = λ( + µ( z 3 x = λ + µ y = λ + 2µ z = λ + 3µ Nous obtenons bien une équation paramétrique du plan P passant par l origine et contenant les vecteurs u et v On sait en trouver une équation cartésienne : (x 2y+ z = Exemple 6 Soient E l espace vectoriel des applications de R dans R et f, f, f 2 les applications définies par : x R f (x =, f (x = x et f 2 (x = x 2 Le sous-espace vectoriel de E engendré par {f, f, f 2 } est l espace vectoriel des fonctions polynômes f de degré inférieur ou égal à 2, c est-à-dire de la forme f (x = ax 2 + bx + c Méthodologie On peut démontrer qu une partie F d un espace vectoriel E est un sous-espace vectoriel de E en montrant que F est égal à l ensemble des combinaisons linéaires d un nombre fini de vecteurs de E Exemple 62 Est-ce que F = { (x, y, z R 3 x y z = } est un sous-espace vectoriel de R 3? Un triplet de R 3 est élément de F si et seulement si x = y + z Donc u est élément de F si et seulement s il peut s écrire u = (y + z, y, z Or, on a l égalité (y + z, y, z = y(,, + z(,, Donc F est l ensemble des combinaisons linéaires de { (,,,(,, } C est le sous-espace vectoriel engendré par { (,,,(,, } : F = Vect { (,,,(,, } C est bien un plan vectoriel (un plan passant par l origine
80 Espaces vectoriels 8 Démonstration Preuve du théorème 6 On appelle F l ensemble des combinaisons linéaires des vecteurs {v,, v n } (a E F car F contient la combinaison linéaire particulière v + + v n (b Si u, v F alors il existe λ,,λ n K tels que u = λ v + +λ n v n et µ,,µ n K tels que v = µ v + + µ n v n On en déduit que u + v = (λ + µ v + + (λ n + µ n v n appartient bien à F (c De même, λ u = (λλ v + + (λλ n v n F Conclusion : F est un sous-espace vectoriel 2 Si G est un sous-espace vectoriel contenant {v,, v n }, alors il est stable par combinaison linéaire ; il contient donc toute combinaison linéaire des vecteurs {v,, v n } Par conséquent F est inclus dans G : F est le plus petit sous-espace (au sens de l inclusion contenant {v,, v n } 54 Mini-exercices Trouver des sous-espaces vectoriels distincts F et G de R 3 tels que (a F +G = R 3 et F G {} ; (b F +G R 3 et F G = {} ; (c F +G = R 3 et F G = {} ; (d F +G R 3 et F G {} 2 Soient F = { (x, y, z R 3 x + y + z = } et G = Vect { (,, } R 3 (a Montrer que F est un espace vectoriel Trouver deux vecteurs u, v tels que F = Vect(u, v (b Calculer F G et montrer que F +G = R 3 Que conclure? 3 Soient A = ( (, B = (, C = (, D = des matrices de M2 (R (a Quel est l espace vectoriel F engendré par A et B? Idem avec G engendré par C et D (b Calculer F G Montrer que F +G = M 2 (R Conclure 6 Application linéaire (début 6 Définition Nous avons déjà rencontré la notion d application linéaire dans le cas f : R p R n (voir le chapitre «L espace vectoriel R n» Cette notion se généralise à des espaces vectoriels quelconques Définition 27 Soient E et F deux K-espaces vectoriels Une application f de E dans F est une application linéaire si elle satisfait aux deux conditions suivantes : f (u + v = f (u + f (v, pour tous u, v E ; 2 f (λ u = λ f (u, pour tout u E et tout λ K Autrement dit : une application est linéaire si elle «respecte» les deux lois d un espace vectoriel Notation L ensemble des applications linéaires de E dans F est noté L (E, F
81 Espaces vectoriels 8 62 Premiers exemples Exemple 63 L application f définie par f : R 3 R 2 (x, y, z ( 2x, y + 3z est une application linéaire En effet, soient u = (x, y, z et v = (x, y, z deux éléments de R 3 et λ un réel f (u + v = f (x + x, y + y, z + z = ( 2(x + x, y + y + 3(z + z = ( 2x, y + 3z + ( 2x, y + 3z = f (u + f (v et f (λ u = f (λx,λy,λz = ( 2λx,λy + 3λz = λ ( 2x, y + 3z = λ f (u Toutes les applications ne sont pas des applications linéaires! Exemple 64 Soit f : R R l application définie par f (x = x 2 On a f ( = et f (2 = 4 Donc f (2 2 f ( Ce qui fait que l on n a pas l égalité f (λx = λf (x pour un certain choix de λ, x Donc f n est pas linéaire Notez que l on n a pas non plus f (x + x = f (x + f (x dès que xx Voici d autres exemples d applications linéaires : Pour une matrice fixée A M n,p (R, l application f : R p R n définie par f (X = AX est une application linéaire 2 L application nulle, notée L (E,F : f : E F f (u = F pour tout u E 3 L application identité, notée id E : f : E E f (u = u pour tout u E 63 Premières propriétés Proposition 6 Soient E et F deux K-espaces vectoriels Si f est une application linéaire de E dans F, alors : f ( E = F, f ( u = f (u, pour tout u E Démonstration Il suffit d appliquer la définition de la linéarité avec λ =, puis avec λ = Pour démontrer qu une application est linéaire, on peut aussi utiliser une propriété plus «concentrée», donnée par la caractérisation suivante :
82 Espaces vectoriels 82 Proposition 7 Caractérisation d une application linéaire Soient E et F deux K-espaces vectoriels et f une application de E dans F L application f est linéaire si et seulement si, pour tous vecteurs u et v de E et pour tous scalaires λ et µ de K, f (λu + µv = λf (u + µf (v Plus généralement, une application linéaire f préserve les combinaisons linéaires : pour tous λ,,λ n K et tous v,, v n E, on a f (λ v + + λ n v n = λ f (v + + λ n f (v n Démonstration Soit f une application linéaire de E dans F Soient u, v E, λ,µ K En utilisant les deux axiomes de la définition, on a f (λu + µv = f (λu + f (µv = λf (u + µf (v Montrons la réciproque Soit f : E F une application telle que f (λu + µv = λf (u + µf (v (pour tous u, v E, λ,µ K Alors, d une part f (u + v = f (u + f (v (en considérant le cas particulier où λ = µ =, et d autre part f (λu = λf (u (cas particulier où µ = Vocabulaire Soient E et F deux K-espaces vectoriels Une application linéaire de E dans F est aussi appelée morphisme ou homomorphisme d espaces vectoriels L ensemble des applications linéaires de E dans F est noté L (E, F Une application linéaire de E dans E est appelée endomorphisme de E L ensemble des endomorphismes de E est noté L (E 64 Mini-exercices Montrer que les applications suivantes f i : R 2 R 2 sont linéaires Caractériser géométriquement ces applications et faire un dessin f (x, y = ( x, y ; 2 f 2 (x, y = (3x,3y ; 3 f 3 (x, y = (x, y ; 4 f 4 (x, y = ( x, y ; 5 f 5 (x, y = ( 3 2 x 2 y, 2 x y 7 Application linéaire (milieu 7 Exemples géométriques Symétrie centrale Soient E un K-espace vectoriel On définit l application f par : f : E E u u f est linéaire et s appelle la symétrie centrale par rapport à l origine E
83 Espaces vectoriels 83 u f (u = u u f λ (u = λ u Homothétie Soient E un K-espace vectoriel et λ K On définit l application f λ par : f λ : E E u λu f λ est linéaire f λ est appelée homothétie de rapport λ Cas particuliers notables : λ =, f λ est l application identité ; λ =, f λ est l application nulle ; λ =, on retrouve la symétrie centrale Preuve que f λ est une application linéaire : f λ (αu + βv = λ(αu + βv = α(λu + β(λv = αf λ (u + βf λ (v Projection Soient E un K-espace vectoriel et F et G deux sous-espaces vectoriels supplémentaires dans E, c est-à-dire E = F G Tout vecteur u de E s écrit de façon unique u = v + w avec v F et w G La projection sur F parallèlement à G est l application p : E E définie par p(u = v G w u v = p(u F Une projection est une application linéaire En effet, soient u, u E, λ,µ K On décompose u et u en utilisant que E = F G : u = v+w, u = v + w avec v, v F, w, w G Commençons par écrire λu + µu = λ(v + w + µ(v + w = (λv + µv + (λw + µw Comme F et G sont des un sous-espaces vectoriels de E, alors λv + µv F et λw + µw G Ainsi : p(λu + µu = λv + µv = λp(u + µp(u
84 Espaces vectoriels 84 Une projection p vérifie l égalité p 2 = p Note : p 2 = p signifie p p = p, c est-à-dire pour tout u E : p ( p(u = p(u Il s agit juste de remarquer que si v F alors p(v = v (car v = v +, avec v F et G Maintenant, pour u E, on a u = v+w avec v F et w G Par définition p(u = v Mais alors p ( p(u = p(v = v Bilan : p p(u = v = p(u Donc p p = p Exemple 65 Nous avons vu que les sous-espaces vectoriels F et G de R 3 définis par F = { (x, y, z R 3 x y z = } et G = { (x, y, z R 3 y = z = } sont supplémentaires dans R 3 : R 3 = F G (exemple 58 Nous avions vu que la décomposition s écrivait : (x, y, z = (y + z, y, z + (x y z,, Si p est la projection sur F parallèlement à G, alors on a p(x, y, z = (y + z, y, z (x, y, z G F p(x, y, z Exemple 66 Nous avons vu dans l exemple 59 que l ensemble des fonctions paires P et l ensemble des fonctions impaires I sont des sous-espaces vectoriels supplémentaires dans F (R, R Notons p la projection sur P parallèlement à I Si f est un élément de F (R,R, on a p(f = g où g : R R x f (x + f ( x 2 72 Autres exemples La dérivation Soient E = C (R,R l espace vectoriel des fonctions f : R R dérivables avec f continue et F = C (R,R l espace vectoriel des fonctions continues Soit d : C (R,R C (R,R f f Alors d est une application linéaire, car (λf + µg = λf + µg et donc d(λf + µg = λd(f + µd(g 2 L intégration Soient E = C (R,R et F = C (R,R Soit I : C (R,R C (R,R f (x x f (t dt L application I est linéaire car x ( x λf (t + µg(t dt = λ f (t dt + µ x g(t dt pour toutes fonctions f et g et pour tous λ,µ R
85 Espaces vectoriels 85 3 Avec les polynômes Soit E = R n [X] l espace vectoriel des polynômes de degré n Soit F = R n+ [X] et soit f : E F P(X X P(X Autrement dit, si P(X = a n X n + + a X + a, alors f (P(X = a n X n+ + + a X 2 + a X C est une application linéaire : f (λp(x + µq(x = λx P(X + µxq(x = λf (P(X + µf (Q(X 4 La transposition Considérons l application T de M n (K dans M n (K donnée par la transposition : T : M n (K M n (K A A T T est linéaire, car on sait que pour toutes matrices A,B M n (K et tous scalaires λ,µ K : 5 La trace (λa + µb T = (λa T + (µb T = λa T + µb T tr : M n (K K A tr A est une application linéaire car tr(λa + µb = λtr A + µtrb 73 Mini-exercices Les applications suivantes sont-elles linéaires? (a R R, x 3x 2 (b R 4 R, (x, y, x, y x x + y y (c C (R,R R, f f ( (d C (R,R C (R,R, f f + f (e C ([,],R R, f f (t dt (f C ([,],R R, (g R 3 [X] R 3 [X], f max x [,] f (x P(X P(X + P( 2 Soient f, g : M n (R M n (R définies par A A+AT 2 et A A AT 2 Montrer que f et g sont des applications linéaires Montrer que f (A est une matrice symétrique, g(a une matrice antisymétrique et que A = f (A + g(a En déduire que les matrices symétriques et les matrices antisymétriques sont en somme directe dans M n (R Caractériser géométriquement f et g 8 Application linéaire (fin 8 Image d une application linéaire Commençons par des rappels Soient E et F deux ensembles et f une application de E dans F Soit A un sous-ensemble de E L ensemble des images par f des éléments de A, appelé image directe de A par f, est noté f (A C est un sous-ensemble de F On a par définition : f (A = { f (x x A }
86 Espaces vectoriels 86 Dans toute la suite, E et F désigneront des K-espaces vectoriels et f : E F sera une application linéaire f (E s appelle l image de l application linéaire f et est noté Im f Proposition 8 Structure de l image d un sous-espace vectoriel Si E est un sous-espace vectoriel de E, alors f (E est un sous-espace vectoriel de F 2 En particulier, Im f est un sous-espace vectoriel de F Remarque On a par définition de l image directe f (E : f est surjective si et seulement si Im f = F Démonstration Tout d abord, comme E E alors F = f ( E f (E Ensuite on montre que pour tout couple (y, y 2 d éléments de f (E et pour tous scalaires λ,µ, l élément λy + µy 2 appartient à f (E En effet : Comme f est linéaire, on a y f (E x E, f (x = y y 2 f (E x 2 E, f (x 2 = y 2 λy + µy 2 = λf (x + µf (x 2 = f (λx + µx 2 Or λx + µx 2 est un élément de E, car E est un sous-espace vectoriel de E, donc λy + µy 2 est bien un élément de f (E 82 Noyau d une application linéaire Définition 28 Définition du noyau Soient E et F deux K-espaces vectoriels et f une application linéaire de E dans F Le noyau de f, noté Ker(f, est l ensemble des éléments de E dont l image est F : Ker(f = { } x E f (x = F Autrement dit, le noyau est l image réciproque du vecteur nul de l espace d arrivée : Ker(f = f { F } Proposition 9 Soient E et F deux K-espaces vectoriels et f une application linéaire de E dans F Le noyau de f est un sous-espace vectoriel de E
87 Espaces vectoriels 87 Démonstration Ker(f est non vide car f ( E = F donc E Ker(f Soient x, x 2 Ker(f et λ,µ K Montrons que λx + µx 2 est un élément de Ker(f On a, en utilisant la linéarité de f et le fait que x et x 2 sont des éléments de Ker(f : f (λx + µx 2 = λf (x + µf (x 2 = λ F + µ F = F Exemple 67 Reprenons l exemple de l application linéaire f définie par Calculons le noyau Ker(f f : R 3 R 2 (x, y, z ( 2x, y + 3z (x, y, z Ker(f f (x, y, z = (, y + 3z = (, ( 2x, { 2x = y + 3z = (x, y, z = (, 3z, z, z R Donc Ker(f = { (, 3z, z z R } Autrement dit, Ker(f = Vect { (, 3, } : c est une droite vectorielle Calculons l image de f Fixons (x, y R 2 (x, y = f (x, y, z y + 3z = (x, y ( 2x, { 2x = x y + 3z = y On peut prendre par exemple x = x 2, y = y, z = Conclusion : pour n importe quel (x, y R 2, on a f ( x 2, y, = (x, y Donc Im(f = R 2, et f est surjective Exemple 68 Soit A M n,p (R Soit f : R p R n l application linéaire définie par f (X = AX Alors Ker(f = { X R p AX = } : c est donc l ensemble des X R p solutions du système linéaire homogène AX = On verra plus tard que Im(f est l espace engendré par les colonnes de la matrice A Le noyau fournit une nouvelle façon d obtenir des sous-espaces vectoriels Exemple 69 Un plan P passant par l origine, d équation (ax + by + cz =, est un sous-espace vectoriel de R 3 En effet, soit f : R 3 R l application définie par f (x, y, z = ax + by + cz Il est facile de vérifier que f est linéaire, de sorte que Ker f = { (x, y, z R 3 ax + by + cz = } = P est un sous-espace vectoriel
88 Espaces vectoriels 88 Exemple 7 Soient E un K-espace vectoriel, F et G deux sous-espaces vectoriels de E, supplémentaires : E = F G Soit p la projection sur F parallèlement à G Déterminons le noyau et l image de p G w u v = p(u F Un vecteur u de E s écrit d une manière unique u = v + w avec v F et w G et par définition p(u = v Ker(p = G : le noyau de p est l ensemble des vecteurs u de E tels que v =, c est donc G Im(p = F Il est immédiat que Im(p F Réciproquement, si u F alors p(u = u, donc F Im(p Conclusion : Ker(p = G et Im(p = F Théorème 7 Caractérisation des applications linéaires injectives Soient E et F deux K-espaces vectoriels et f une application linéaire de E dans F Alors : f injective Ker(f = { E } Autrement dit, f est injective si et seulement si son noyau ne contient que le vecteur nul En particulier, pour montrer que f est injective, il suffit de vérifier que : Démonstration si f (x = F alors x = E Supposons que f soit injective et montrons que Ker(f = { E } Soit x un élément de Ker(f On a f (x = F Or, comme f est linéaire, on a aussi f ( E = F De l égalité f (x = f ( E, on déduit x = E car f est injective Donc Ker(f = { E } Réciproquement, supposons maintenant que Ker(f = { E } Soient x et y deux éléments de E tels que f (x = f (y On a donc f (x f (y = F Comme f est linéaire, on en déduit f (x y = F, c est-à-dire x y est un élément de Ker(f Donc x y = E, soit x = y Exemple 7 Considérons, pour n, l application linéaire f : R n [X] R n+ [X] P(X X P(X Étudions d abord le noyau de f : soit P(X = a n X n + + a X + a R n [X] tel que X P(X =
89 Espaces vectoriels 89 Alors a n X n+ + + a X 2 + a X = Ainsi, a i = pour tout i {,, n} et donc P(X = Le noyau de f est donc nul : Ker(f = {} L espace Im(f est l ensemble des polynômes de R n+ [X] sans terme constant : Im(f = Vect { X, X 2,, X n+} Conclusion : f est injective, mais n est pas surjective 83 L espace vectoriel L (E, F Soient E et F deux K-espaces vectoriels Remarquons tout d abord que, similairement à l exemple 44, l ensemble des applications de E dans F, noté F (E, F, peut être muni d une loi de composition interne + et d une loi de composition externe, définies de la façon suivante : f, g étant deux éléments de F (E, F, et λ étant un élément de K, pour tout vecteur u de E, (f + g(u = f (u + g(u et (λ f (u = λf (u Proposition 2 L ensemble des applications linéaires entre deux K-espaces vectoriels E et F, noté L (E, F, muni des deux lois définies précédemment, est un K-espace vectoriel Démonstration L ensemble L (E, F est inclus dans le K-espace vectoriel F (E, F Pour montrer que L (E, F est un K-espace vectoriel, il suffit donc de montrer que L (E, F est un sous-espace vectoriel de F (E, F : Tout d abord, l application nulle appartient à L (E, F Soient f, g L (E, F, et montrons que f + g est linéaire Pour tous vecteurs u et v de E et pour tous scalaires α, β de K, (f + g(αu + βv = f (αu + βv + g(αu + βv (définition de f + g = αf (u + βf (v + αg(u + βg(v (linéarité de f et g = α(f (u + g(u + β(f (v + g(v (propriétés des lois de F = α(f + g(u + β(f + g(v (définition de f + g f + g est donc linéaire et L (E, F est stable pour l addition Soient f L (E, F, λ K, et montrons que λf est linéaire (λf (αu + βv = λf (αu + βv (définition de λf = λ ( αf (u + βf (v (linéarité de f = αλf (u + βλf (v (propriétés des lois de F = α(λf (u + β(λf (v (définition de λf λf est donc linéaire et L (E, F est stable pour la loi externe L (E, F est donc un sous-espace vectoriel de F (E, F En particulier, L (E est un sous-espace vectoriel de F (E, E 84 Composition et inverse d applications linéaires
90 Espaces vectoriels 9 Proposition 2 Composée de deux applications linéaires Soient E, F,G trois K-espaces vectoriels, f une application linéaire de E dans F et g une application linéaire de F dans G Alors g f est une application linéaire de E dans G Remarque En particulier, le composé de deux endomorphismes de E est un endomorphisme de E Autrement dit, est une loi de composition interne sur L (E Démonstration Soient u et v deux vecteurs de E, et α et β deux éléments de K Alors : (g f (αu + βv = g ( f (αu + βv (définition de g f = g ( αf (u + βf (v (linéarité de f = αg (f (u + βg (f (v (linéarité de g = α(g f (u + β(g f (v (définition de g f La composition des applications linéaires se comporte bien : g (f + f 2 = g f + g f 2 (g + g 2 f = g f + g 2 f (λg f = g (λf = λ(g f Vocabulaire Soient E et F deux K-espaces vectoriels Une application linéaire bijective de E sur F est appelée isomorphisme d espaces vectoriels Les deux espaces vectoriels E et F sont alors dits isomorphes Un endomorphisme bijectif de E (c est-à-dire une application linéaire bijective de E dans E est appelé automorphisme de E L ensemble des automorphismes de E est noté GL(E Proposition 22 Linéarité de l application réciproque d un isomorphisme Soient E et F deux K-espaces vectoriels Si f est un isomorphisme de E sur F, alors f est un isomorphisme de F sur E Démonstration Comme f est une application bijective de E sur F, alors f est une application bijective de F sur E Il reste donc à prouver que f est bien linéaire Soient u et v deux vecteurs de F et soient α et β deux éléments de K On pose f (u = u et f (v = v, et on a alors f (u = u et f (v = v Comme f est linéaire, on a f (αu + βv = f ( αf (u + βf (v = f ( f (αu + βv = αu + βv car f f = id E (où id E désigne l application identité de E dans E Ainsi et f est donc linéaire f (αu + βv = αf (u + βf (v,
91 Espaces vectoriels 9 Exemple 72 Soit f : R 2 R 2 définie par f (x, y = (2x + 3y, x + y Il est facile de prouver que f est linéaire Pour prouver que f est bijective, on pourrait calculer son noyau et son image Mais ici nous allons calculer directement son inverse : on cherche à résoudre f (x, y = (x, y Cela correspond à l équation (2x + 3y, x + y = (x, y qui est un système linéaire à deux équations et deux inconnues On trouve (x, y = ( x + 3y, x 2y On pose donc f (x, y = ( x + 3y, x 2y On vérifie aisément que f est l inverse de f, et on remarque que f est une application linéaire Exemple 73 Plus généralement, soit f : R n R n l application linéaire définie par f (X = AX (où A est une matrice de M n (R Si la matrice A est inversible, alors f est une application linéaire bijective et est définie par f (X = A X Dans l exemple précédent, ( x X = y ( 2 3 A = A = ( Mini-exercices Soit f : R 3 R 3 définie par f (x, y, z = ( x, y + z,2z Montrer que f est une application linéaire Calculer Ker(f et Im(f f admet-elle un inverse? Même question avec f (x, y, z = (x y, x + y, y 2 Soient E un espace vectoriel, et F,G deux sous-espaces tels que E = F G Chaque u E se décompose de manière unique u = v + w avec v F, w G La symétrie par rapport à F parallèlement à G est l application s : E E définie par s(u = v w Faire un dessin Montrer que s est une application linéaire Montrer que s 2 = id E Calculer Ker(s et Im(s s admet-elle un inverse? 3 Soit f : R n [X] R n [X] définie par P(X P (X (où P désigne la dérivée seconde Montrer que f est une application linéaire Calculer Ker(f et Im(f f admet-elle un inverse? Auteurs D après un cours de Sophie Chemla de l université Pierre et Marie Curie, reprenant des parties d un cours de H Ledret et d une équipe de l université de Bordeaux animée par J Queyrut, et un cours de Eva Bayer-Fluckiger, Philippe Chabloz, Lara Thomas de l École Polytechnique Fédérale de Lausanne, mixés et révisés par Arnaud Bodin, relu par Vianney Combet
92 Exo7 5 Dimension finie Famille libre 2 Famille génératrice 3 Base 4 Dimension d'un espace vectoriel 5 Dimension des sous-espaces vectoriels Les espaces vectoriels qui sont engendrés par un nombre fini de vecteurs sont appelés espaces vectoriels de dimension finie Pour ces espaces, nous allons voir comment calculer une base, c està-dire une famille minimale de vecteurs qui engendrent tout l espace Le nombre de vecteurs dans une base s appelle la dimension et nous verrons comment calculer la dimension des espaces et des sous-espaces Famille libre Combinaison linéaire (rappel Soit E un K-espace vectoriel Définition 29 Soient v, v 2,, v p, p vecteurs d un espace vectoriel E Tout vecteur de la forme u = λ v + λ 2 v λ p v p (où λ,λ 2,,λ p sont des éléments de K est appelé combinaison linéaire des vecteurs v, v 2,, v p Les scalaires λ,λ 2,,λ p sont appelés coefficients de la combinaison linéaire 2 Définitions Définition 3 Une famille {v, v 2,, v p } de E est une famille libre ou linéairement indépendante si toute combinaison linéaire nulle λ v + λ 2 v λ p v p = est telle que tous ses coefficients sont nuls, c est-à-dire λ = λ 2 = = λ p = Dans le cas contraire, c est-à-dire s il existe une combinaison linéaire nulle à coefficients non tous nuls, on dit que la famille est liée ou linéairement dépendante Une telle combinaison linéaire s appelle alors une relation de dépendance linéaire entre les v j
93 Dimension finie 93 3 Premiers exemples Pour des vecteurs de R n, décider si une famille {v,, v p } est libre ou liée revient à résoudre un système linéaire Exemple 74 Dans le R-espace vectoriel R 3, considérons la famille 4 2 2, 5, 3 6 On souhaite déterminer si elle est libre ou liée On cherche des scalaires (λ,λ 2,λ 3 tels que ( 23 ( 456 ( 2 ( λ + λ 2 + λ 3 = ce qui équivaut au système : λ + 4λ 2 + 2λ 3 = 2λ + 5λ 2 + λ 3 = 3λ + 6λ 2 = On calcule (voir un peu plus bas que ce système est équivalent à : { λ 2λ 3 = λ 2 + λ 3 = Ce système a une infinité de solutions et en prenant par exemple λ 3 = on obtient λ = 2 et λ 2 =, ce qui fait que La famille est donc une famille liée = , 5, 3 6 Voici les calculs de la réduction de Gauss sur la matrice associée au système : Exemple 75 ( ( 2 ( 2 Soient v =, v 2 =, v 3 = Est-ce que la famille {v, v 2, v 3 } est libre ou liée? Résolvons le système linéaire correspondant à l équation λ v + λ 2 v 2 + λ 3 v 3 = : λ + 2λ 2 + 2λ 3 = λ λ 2 + λ 3 = λ + λ 3 =
94 Dimension finie 94 On résout ce système et on trouve comme seule solution λ =, λ 2 =, λ 3 = La famille {v, v 2, v 3 } est donc une famille libre Exemple 76 Soient v = ( 2 3, v 2 = ( 2 5 ( 7 et v 3 = 5 8 Alors {v, v 2, v 3 } forme une famille liée, car 3v + v 2 v 3 = 4 Autres exemples Exemple 77 Les polynômes P (X = X, P 2 (X = 5+3X 2X 2 et P 3 (X = +3X X 2 forment une famille liée dans l espace vectoriel R[X], car 3P (X P 2 (X + 2P 3 (X = Exemple 78 Dans le R-espace vectoriel F (R,R des fonctions de R dans R, on considère la famille {cos,sin} Montrons que c est une famille libre Supposons que l on ait λcos+µsin = Cela équivaut à x R λcos(x + µsin(x = En particulier, pour x =, cette égalité donne λ = Et pour x = π 2, elle donne µ = Donc la famille {cos,sin} est libre En revanche la famille {cos 2,sin 2,} est liée car on a la relation de dépendance linéaire cos 2 +sin 2 = Les coefficients de dépendance linéaire sont λ =,λ 2 =,λ 3 = 5 Famille liée Soit E un K-espace vectoriel Si v, la famille à un seul vecteur {v} est libre (et liée si v = Considérons le cas particulier d une famille de deux vecteurs Proposition 23 La famille {v, v 2 } est liée si et seulement si v est un multiple de v 2 ou v 2 est un multiple de v Ce qui se reformule ainsi par contraposition : «La famille {v, v 2 } est libre si et seulement si v n est pas un multiple de v 2 et v 2 n est pas un multiple de v» Démonstration Supposons la famille {v, v 2 } liée, alors il existe λ,λ 2 non tous les deux nuls tels que λ v + λ 2 v 2 = Si c est λ qui n est pas nul, on peut diviser par λ, ce qui donne v = λ 2 λ v 2 et v est un multiple de v 2 Si c est λ 2 qui n est pas nul, alors de même v 2 est un multiple de v Réciproquement, si v est un multiple de v 2, alors il existe un scalaire µ tel que v = µv 2, soit v + ( µv 2 =, ce qui est une relation de dépendance linéaire entre v et v 2 puisque : la famille {v, v 2 } est alors liée Même conclusion si c est v 2 qui est un multiple de v
95 Dimension finie 95 Généralisons tout de suite cette proposition à une famille d un nombre quelconque de vecteurs Théorème 8 Soit E un K-espace vectoriel Une famille F = {v, v 2,, v p } de p 2 vecteurs de E est une famille liée si et seulement si au moins un des vecteurs de F est combinaison linéaire des autres vecteurs de F Démonstration C est essentiellement la même démonstration que ci-dessus Supposons d abord F liée Il existe donc une relation de dépendance linéaire λ v + λ 2 v λ p v p =, avec λ k pour au moins un indice k Passons tous les autres termes à droite du signe égal Il vient λ k v k = λ v λ 2 v 2 λ p v p, où v k ne figure pas au second membre Comme λ k, on peut diviser cette égalité par λ k et l on obtient v k = λ v λ 2 v 2 λ p v p, λ k λ k λ k c est-à-dire que v k est combinaison linéaire des autres vecteurs de F, ce qui peut encore s écrire v k Vect ( F \ {v k } (avec la notation ensembliste A \ B pour l ensemble des éléments de A qui n appartiennent pas à B Réciproquement, supposons que pour un certain k, on ait v k Vect ( F \ {v k } Ceci signifie que l on peut écrire v k = µ v + µ 2 v µ p v p, où v k ne figure pas au second membre Passant v k au second membre, il vient = µ v + µ 2 v 2 + v k + + µ p v p, ce qui est une relation de dépendance linéaire pour F (puisque et ainsi la famille F est liée 6 Interprétation géométrique de la dépendance linéaire Dans R 2 ou R 3, deux vecteurs sont linéairement dépendants si et seulement s ils sont colinéaires Ils sont donc sur une même droite vectorielle Dans R 3, trois vecteurs sont linéairement dépendants si et seulement s ils sont coplanaires Ils sont donc dans un même plan vectoriel Proposition 24 Soit F = {v, v 2,, v p } une famille de vecteurs de R n Si F contient plus de n éléments (c est-à-dire p > n, alors F est une famille liée
96 Dimension finie 96 Démonstration Supposons que v = v v 2 v n v 2 = v 2 v 22 v n2 v p = v p v 2p v np L équation x v + x 2 v x p v p = donne alors le système suivant v x + v 2 x v p x p = v 2 x + v 22 x v 2p x p = v n x + v n2 x v np x p = C est un système homogène de n équations à p inconnues Lorsque p > n, ce système a des solutions non triviales (voir le chapitre «Systèmes linéaires», dernier théorème ce qui montre que la famille F est une famille liée Mini-exercices Pour quelles valeurs de t R, {( ( t, t 2 t} est une famille libre de R 2? Même question {( t ( ( t2 t } avec la famille de R 3 t 2 2 Montrer que toute famille contenant une famille liée est liée 3 Montrer que toute famille inclue dans une famille libre est libre 4 Montrer que si f : E F est une application linéaire et que {v,, v p } est une famille liée de E, alors {f (v,, f (v p } est une famille liée de F 5 Montrer que si f : E F est une application linéaire injective et que {v,, v p } est une famille libre de E, alors {f (v,, f (v p } est une famille libre de F 2 Famille génératrice Soit E un espace vectoriel sur un corps K 2 Définition Définition 3 Soient v,, v p des vecteurs de E La famille {v,, v p } est une famille génératrice de l espace vectoriel E si tout vecteur de E est une combinaison linéaire des vecteurs v,, v p Ce qui peut s écrire aussi : v E λ,,λ p K v = λ v + + λ p v p On dit aussi que la famille {v,, v p } engendre l espace vectoriel E
97 Dimension finie 97 Cette notion est bien sûr liée à la notion de sous-espace vectoriel engendré : les vecteurs {v,, v p } forment une famille génératrice de E si et seulement si E = Vect(v,, v p 22 Exemples Exemple 79 ( ( ( Considérons par exemple les vecteurs v =, v 2 = et v 3 = de E = R 3 La famille ( xy {v, v 2, v 3 } est génératrice car tout vecteur v = de R 3 peut s écrire Les coefficients sont ici λ = x, λ 2 = y, λ 3 = z ( xy z z ( = x( + y( + z Exemple 8 ( ( 2 Soient maintenant les vecteurs v =, v 2 = de E = R 3 Les vecteurs {v, v 2 } ne forment 3 ( pas une famille génératrice de R 3 Par exemple, le vecteur v = n est pas dans Vect(v, v 2 En effet, ( si c était le cas, alors il existerait λ,λ 2 R tels que v = λ v + λ 2 v 2 Ce qui s écrirait ( ( 23 aussi = λ + λ 2, d où le système linéaire : λ + λ 2 = λ + 2λ 2 = λ + 3λ 2 = Ce système n a pas de solution (La première et la dernière ligne impliquent λ =,λ 2 =, ce qui est incompatible avec la deuxième Exemple 8 Soit E = R 2 Soient v = ( et v2 = ( La famille {v, v 2 } est génératrice de R 2 car tout vecteur de R 2 se décompose comme ( x y = x ( + y ( Soient maintenant v = ( 2 et v 2 = ( Alors {v, v 2 } est aussi une famille génératrice En effet, soit v = ( x y un élément quelconque de R 2 Montrer que v est combinaison linéaire de v et v 2 revient à démontrer l existence de deux réels λ et µ tels que u = λv + µv 2 Il s agit donc d étudier l existence de solutions au système : { 2λ + µ = x λ + µ = y Il a pour solution λ = x y et µ = x + 2y, et ceci, quels que soient les réels x et y Ceci prouve qu il peut exister plusieurs familles finies différentes, non incluses les unes dans les autres, engendrant le même espace vectoriel
98 Dimension finie 98 Exemple 82 Soit R n [X] l espace vectoriel des polynômes de degré n Alors les polynômes {, X,, X n } forment une famille génératrice Par contre, l espace vectoriel R[X] de tous les polynômes ne possède pas de famille finie génératrice 23 Liens entre familles génératrices La proposition suivante est souvent utile : Proposition 25 Soit F = { } { } v, v 2,, v p une famille génératrice de E Alors F = v, v 2,, v q est aussi une famille génératrice de E si et seulement si tout vecteur de F est une combinaison linéaire de vecteurs de F Démonstration C est une conséquence immédiate de la définition de VectF et de VectF Nous chercherons bientôt à avoir un nombre minimal de générateurs Voici une proposition sur la réduction d une famille génératrice Proposition 26 Si la famille de vecteurs {v,, v p } engendre E et si l un des vecteurs, par exemple v p, est combinaison linéaire des autres, alors la famille {v,, v p } \ {v p } = {v,, v p } est encore une famille génératrice de E Démonstration En effet, comme les vecteurs v,, v p engendrent E, alors pour tout élément x de E, il existe des scalaires λ,,λ p tels que x = λ v + + λ p v p Or l hypothèse v p est combinaison linéaire des vecteurs v,, v p se traduit par l existence de scalaires α,,α p tels que v p = α v + + α p v p Alors, le vecteur x s écrit : x = λ v + + λ p v p + λ p ( α v + + α p v p Donc x = ( λ + λ p α v + + ( λ p + λ p α p vp, ce qui prouve que x est combinaison linéaire des vecteurs v,, v p Ceci achève la démonstration Il est clair que si l on remplace v p par n importe lequel des vecteurs v i, la démonstration est la même
99 Dimension finie 99 Mini-exercices À quelle condition sur t R la famille {( ( t, t ( } t 2 t t t est une famille génératrice de R 2? {( ( t ( } 2 Même question avec la famille t 2 de R 3 t t 2 3 Montrer qu une famille de vecteurs contenant une famille génératrice est encore une famille génératrice de E 4 Montrer que si f : E F est une application linéaire surjective et que {v,, v p } est une famille génératrice de E, alors { f (v,, f (v p } est une famille génératrice de F 3 Base La notion de base généralise la notion de repère Dans R 2, un repère est donné par un couple de vecteurs non colinéaires Dans R 3, un repère est donné par un triplet de vecteurs non coplanaires Dans un repère, un vecteur se décompose suivant les vecteurs d une base Il en sera de même pour une base d un espace vectoriel v = λ v + λ 2 v 2 λ 2 v 2 v 2 λ v v 3 Définition Définition 32 Base d un espace vectoriel Soit E un K-espace vectoriel Une famille B = (v, v 2,, v n de vecteurs de E est une base de E si B est une famille libre et génératrice Théorème 9 Soit B = (v, v 2,, v n une base de l espace vectoriel E Tout vecteur v E s exprime de façon unique comme combinaison linéaire d éléments de B Autrement dit, il existe des scalaires λ,,λ n K uniques tels que : v = λ v + λ 2 v λ n v n
100 Dimension finie Remarque (λ,,λ n s appellent les coordonnées du vecteur v dans la base B 2 Il faut observer que pour une base B = (v, v 2,, v n on introduit un ordre sur les vecteurs Bien sûr, si on permutait les vecteurs on obtiendrait toujours une base, mais il faudrait aussi permuter les coordonnées 3 Notez que l application φ : K n E (λ,λ 2,,λ n λ v + λ 2 v λ n v n est un isomorphisme de l espace vectoriel K n vers l espace vectoriel E Démonstration Preuve du théorème 9 Par définition, B est une famille génératrice de E, donc pour tout v E il existe λ,,λ n K tels que v = λ v + λ 2 v λ n v n Cela prouve la partie existence Il reste à montrer l unicité des λ,λ 2,,λ n Soient µ,µ 2,,µ n K d autres scalaires tels que v = µ v +µ 2 v 2 + +µ n v n Alors, par différence on a : (λ µ v +(λ 2 µ 2 v 2 + +(λ n µ n v n = Comme B = {v,, v n } est une famille libre, ceci implique λ µ =, λ 2 µ 2 =,, λ n µ n = et donc λ = µ, λ 2 = µ 2,,λ n = µ n 32 Exemples Exemple 83 Soient les vecteurs e = ( et e2 = ( Alors (e, e 2 est une base de R 2, appelée base canonique de R 2 2 Soient les vecteurs v = ( 2 et v2 = ( Alors (v, v 2 forment aussi une base de R 2 e 3 v 2 e 2 v e 2 e ( 3 De même dans R 3 ( (, si e =, e 2 =, e 3 =, alors (e, e 2, e 3 forment la base canonique de R 3 e Exemple 84 Soient v = R 3 ( 2, v 2 = ( 29 et v 3 = ( 33 4 Montrons que la famille B = (v, v 2, v 3 est une base de Dans les deux premiers points, nous ramenons le problème à l étude d un système linéaire ( Montrons d abord que B est une famille génératrice de R 3 a Soit v = a 2 un vecteur a 3
101 Dimension finie quelconque de R 3 On cherche λ,λ 2,λ 3 R tels que v = λ v + λ 2 v 2 + λ 3 v 3 Ceci se reformule comme suit : a 2 3 λ + 2λ 2 + 3λ 3 a 2 = λ 2 + λ λ 3 3 = 2λ + 9λ 2 + 3λ 3 4 λ + 4λ 3 a 3 Ceci conduit au système suivant : λ + 2λ 2 + 3λ 3 = a 2λ + 9λ 2 + 3λ 3 = a 2 λ + 4λ 3 = a 3 (S Il nous restera à montrer que ce système a une solution λ,λ 2,λ 3 2 Pour montrer que B est une famille libre, il faut montrer que l unique solution de λ v + λ 2 v 2 + λ 3 v 3 = est λ = λ 2 = λ 3 = Ceci équivaut à montrer que le système λ + 2λ 2 + 3λ 3 = 2λ + 9λ 2 + 3λ 3 = λ + 4λ 3 = (S a une unique solution λ = λ 2 = λ 3 = 3 Nous pouvons maintenant répondre à la question sans explicitement résoudre les systèmes Remarquons que les deux systèmes ont la même matrice de coefficients On peut donc montrer simultanément que B est une famille génératrice et une famille libre de R 3 en montrant que la matrice des coefficients est inversible En effet, si la matrice des coefficients est inversible, alors (S admet une solution (λ,λ 2,λ 3 quel que soit (a, a 2, a 3 et d autre part (S admet la seule solution (,, Cette matrice est 2 3 A = Pour montrer qu elle est inversible, on peut calculer son inverse ou seulement son déterminant qui vaut det A = (le déterminant étant non nul la matrice est inversible Conclusion : B est une famille libre et génératrice ; c est une base de R 3
102 Dimension finie 2 Exemple 85 Les vecteurs de K n : e = e 2 = e n = forment une base de K n, appelée la base canonique de K n Remarque L exemple 84 se généralise de la façon suivante Pour montrer que n vecteurs de R n forment une base de R n, il suffit de montrer la chose suivante : la matrice A constituée des composantes de ces vecteurs (chaque vecteur formant une colonne de A est inversible Application : montrer que les vecteurs forment aussi une base de R n 2 v = v 2 = v n = 3 n 2 Voici quelques autres exemples : Exemple 86 La base canonique de R n [X] est B = (, X, X 2,, X n Attention, il y a n + vecteurs! 2 Voici une autre base de R n [X] : (, + X, + X + X 2,, + X + X X n 3 L espace vectoriel M 2 (R des matrices 2 2 admet une base formée des vecteurs : ( ( ( ( M = M 2 = M 3 = M 4 = En effet, n importe quelle matrice M = en ( a c b de M 2 (R se décompose de manière unique d M = am + bm 2 + cm 3 + dm 4 4 C est un bon exercice de prouver que les quatre matrices suivantes forment aussi une base de M 2 (R : ( M = ( M 2 = ( M 3 = ( M 4 = Existence d une base Voyons maintenant un théorème d existence d une base finie Dans la suite, les espaces vectoriels sont supposés non réduits à {}
103 Dimension finie 3 Théorème 2 Théorème d existence d une base Tout espace vectoriel admettant une famille finie de générateurs admet une base 34 Théorème de la base incomplète Une version importante et plus générale de ce qui précède est le théorème suivant : Théorème 2 Théorème de la base incomplète Soit E un K-espace vectoriel admettant une famille génératrice Toute famille libre L peut être complétée en une base C est-à-dire qu il existe une famille F telle que L F soit une famille libre et génératrice de E 2 De toute famille génératrice G on peut extraire une base de E C est-à-dire qu il existe une famille B G telle que B soit une famille libre et génératrice de E 35 Preuves Les deux théorèmes précédents sont la conséquence d un résultat encore plus général : Théorème 22 Soit G une partie génératrice finie de E et L une partie libre de E Alors il existe une partie F de G telle que L F soit une base de E Le théorème 2 de la base incomplète se déduit du théorème 22 ainsi : On sait qu il existe une famille génératrice de E : notons-la G On applique le théorème 22 avec ce L et ce G 2 On applique le théorème 22 avec L = et la famille G de l énoncé En particulier, le théorème 2 d existence d une base se démontre comme le point (2 ci-dessus avec L = et G une famille génératrice de E 36 Preuves (suite Nous avons : Théorème 22 = Théorème 2 = Théorème 2 Il nous reste donc à prouver le théorème 22 La démonstration que nous en donnons est un algorithme Démonstration Étape Si L est une famille génératrice de E, on pose F = et c est fini puisque L est une famille génératrice et libre, donc une base Sinon on passe à l étape suivante Étape Comme L n est pas une famille génératrice, alors il existe au moins un élément g de G qui n est pas combinaison linéaire des éléments de L (En effet, par l absurde, si tous les éléments de G sont dans VectL, alors L serait aussi une famille génératrice On pose L = L {g } Alors la famille L vérifie les propriétés suivantes : (i L L E : la famille L est strictement plus grande que L (ii L est une famille libre (En effet, si L n était pas une famille libre, alors une combinaison linéaire nulle impliquerait que g VectL On recommence le même raisonnement à partir de L : si L est une famille génératrice de
104 Dimension finie 4 E, alors on pose F = {g } et on s arrête Sinon on passe à l étape suivante Étape 2 Il existe au moins un élément g 2 de G qui n est pas combinaison linéaire des éléments de L Alors la partie L 2 = L {g 2 } = L {g, g 2 } est strictement plus grande que L et est encore une famille libre Si L 2 est une famille génératrice, on pose F = {g, g 2 } et c est fini Sinon on passe à l étape d après L algorithme consiste donc à construire une suite, strictement croissante pour l inclusion, de parties libres, où, si L k n engendre pas E, alors L k est construite partir de L k en lui ajoutant un vecteur g k de G, de sorte que L k = L k {g k } reste une famille libre L algorithme se termine Comme la partie G est finie, le processus s arrête en moins d étapes qu il y a d éléments dans G Notez que, comme G est une famille génératrice, dans le pire des cas on peut être amené à prendre F = G L algorithme est correct Lorsque l algorithme s arrête, disons à l étape s : on a L s = L F où F = {g,, g s } Par construction, L s est une famille finie, libre et aussi génératrice (car c est la condition d arrêt Donc L F est une base de E Exemple 87 Soit R[X] le R-espace vectoriel des polynômes réels et E le sous-espace de R[X] engendré par la famille G = {P, P 2, P 3, P 4, P 5 } définie par : P (X = P 2 (X = X P 3 (X = X + P 4 (X = + X 3 P 5 (X = X X 3 Partons de L = et cherchons F G telle que F soit une base de E Étape Comme L n est pas génératrice (vu que L =, on passe à l étape suivante Étape On pose L = L {P } = {P } Comme P est non nul, L est une famille libre Étape 2 Considérons P 2 Comme les éléments P et P 2 sont linéairement indépendants, L 2 = {P, P 2 } est une famille libre Étape 3 Considérons P 3 : ce vecteur est combinaison linéaire des vecteurs P et P 2 car P 3 (X = X + = P (X+P 2 (X donc {P, P 2, P 3 } est une famille liée Considérons alors P 4 Un calcul rapide prouve que les vecteurs P, P 2 et P 4 sont linéairement indépendants Alors L 3 = {P, P 2, P 4 } est une famille libre Il ne reste que le vecteur P 5 à considérer Il s agit, pour pouvoir conclure, d étudier l indépendance linéaire des vecteurs P, P 2, P 4, P 5 Or un calcul rapide montre l égalité P + P 2 P 4 P 5 =, ce qui prouve que la famille {P, P 2, P 4, P 5 } est liée Donc avec les notations de l algorithme, s = 3 et L 3 = {P, P 2, P 4 } est une base de E Mini-exercices Trouver toutes les façons d obtenir une base de R 2 avec les vecteurs suivants : v = ( 3, v 2 = ( 3 3, v3 = (, v4 = ( 2, v5 = ( 2 6 ( 2 ( 23 ( 2 Montrer que la famille {v, v 2, v 3, v 4 } des vecteurs v =, v 2 =, v 3 = 2, v 4 = ( 3 4 est une famille génératrice du sous-espace vectoriel d équation 2x y + z = de R 3 En extraire une base 3 Déterminer une base du sous-espace vectoriel E de R 3 d équation x+3y 2z = Complé-
105 Dimension finie 5 ter cette base en une base de R 3 Idem avec E 2 vérifiant les deux équations x+3y 2z = et y = z 4 Donner une base de l espace vectoriel des matrices 3 3 ayant une diagonale nulle Idem avec l espace vectoriel des polynômes P R n [X] vérifiant P( =, P ( = 4 Dimension d un espace vectoriel 4 Définition Définition 33 Un K-espace vectoriel E admettant une base ayant un nombre fini d éléments est dit de dimension finie Par le théorème 2 d existence d une base, c est équivalent à l existence d une famille finie génératrice On va pouvoir parler de la dimension d un espace vectoriel grâce au théorème suivant : Théorème 23 Théorème de la dimension Toutes les bases d un espace vectoriel E de dimension finie ont le même nombre d éléments Nous détaillerons la preuve un peu plus loin Définition 34 La dimension d un espace vectoriel de dimension finie E, notée dim E, est par définition le nombre d éléments d une base de E Méthodologie Pour déterminer la dimension d un espace vectoriel, il suffit de trouver une base de E (une partie à la fois libre et génératrice : le cardinal (nombre d éléments de cette partie donne la dimension de E Le théorème 23 de la dimension prouve que même si on choisissait une base différente alors ces deux bases auraient le même nombre d éléments Convention On convient d attribuer à l espace vectoriel {} la dimension 42 Exemples Exemple 88 La base canonique de R 2 est (( (, La dimension de R 2 est donc 2 2 Les vecteurs (( ( 2, forment aussi une base de R 2, et illustrent qu une autre base contient le même nombre d éléments 3 Plus généralement, K n est de dimension n, car par exemple sa base canonique (e, e 2,, e n contient n éléments 4 dimr n [X] = n+ car une base de R n [X] est (, X, X 2,, X n, qui contient n+ éléments
106 Dimension finie 6 Exemple 89 Les espaces vectoriels suivants ne sont pas de dimension finie : R[X] : l espace vectoriel de tous les polynômes, F (R,R : l espace vectoriel des fonctions de R dans R, S = F (N,R : l espace vectoriel des suites réelles Exemple 9 Nous avons vu que l ensemble des solutions d un système d équations linéaires homogène est un espace vectoriel On considère par exemple le système 2x + 2x 2 x 3 + x 5 = x x 2 + 2x 3 3x 4 + x 5 = x + x 2 2x 3 x 5 = On vérifie que la solution générale de ce système est x 3 + x 4 + x 5 = x = s t x 2 = s x 3 = t x 4 = x 5 = t Donc les vecteurs solutions s écrivent sous la forme ( x x 2 x 3 x 4 x 5 Ceci montre que les vecteurs = ( s t s t t v = = ( s s ( + ( t t t = s et v 2 = ( + t engendrent l espace des solutions du système D autre part, on vérifie que v et v 2 sont linéairement indépendants Donc (v, v 2 est une base de l espace des solutions du système Ceci montre que cet espace vectoriel est de dimension 2 ( ( 43 Compléments Lorsqu un espace vectoriel est de dimension finie, le fait de connaître sa dimension est une information très riche ; les propriétés suivantes montrent comment exploiter cette information Le schéma de preuve sera : Lemme = Proposition 27 = Théorème 23 Lemme Soit E un espace vectoriel Soit L une famille libre et soit G une famille génératrice finie de E Alors CardL CardG Ce lemme implique le résultat important :
107 Dimension finie 7 Proposition 27 Soit E un K-espace vectoriel admettant une base ayant n éléments Alors : Toute partie libre de E a au plus n éléments 2 Toute partie génératrice de E a au moins n éléments En effet, soit B une base de E telle que CardB = n On applique le lemme à la famille B considérée génératrice ; alors une famille libre L vérifie CardL CardB = n 2 On applique le lemme à la famille B considérée maintenant comme une famille libre, alors une famille génératrice G vérifie n = CardB CardG Cette proposition impliquera bien le théorème 23 de la dimension : Corollaire 4 Si E est un espace vectoriel admettant une base ayant n éléments, alors toute base de E possède n éléments La preuve du corollaire (et donc du théorème 23 de la dimension est la suivante : par la proposition 27, si B est une base quelconque de E, alors B est à la fois une famille libre et génératrice, donc possède à la fois au plus n éléments et au moins n éléments, donc exactement n éléments Il reste à énoncer un résultat important et très utile : Théorème 24 Soient E un K-espace vectoriel de dimension n, et F = (v,, v n une famille de n vecteurs de E Il y a équivalence entre : (i F est une base de E, (ii F est une famille libre de E, (iii F est une famille génératrice de E La preuve sera une conséquence du théorème 23 de la dimension et du théorème 2 de la base incomplète Autrement dit, lorsque le nombre de vecteurs considéré est exactement égal à la dimension de l espace vectoriel, l une des deux conditions être libre ou bien génératrice suffit pour que ces vecteurs déterminent une base de E Démonstration Les implications (i = (ii et (i = (iii découlent de la définition d une base Voici la preuve de (ii = (i Si F est une famille libre ayant n éléments, alors par le théorème de la base incomplète (théorème 2 il existe une famille F telle que F F soit une base de E D une part F F est une base de E qui est de dimension n, donc par le théorème 23, Card ( F F = n Mais d autre part Card ( F F = CardF + CardF (par l algorithme du théorème 2 et par hypothèse CardF = n Donc CardF =, ce qui implique que F = et donc que F est déjà une base de E Voici la preuve de (iii = (i Par hypothèse, F est cette fois une famille génératrice Toujours par le théorème 2, on peut extraire de cette famille une base B F Puis par le théorème 23, CardB = n, donc
108 Dimension finie 8 n = CardB CardF = n Donc B = F et F est bien une base Exemple 9 Pour quelles valeurs de t R les vecteurs (v, v 2, v 3 suivants forment une base de R 3? v = v 2 = 3 v 3 = 4 t t Nous avons une famille de 3 vecteurs dans l espace R 3 de dimension 3 Donc pour montrer que la famille (v, v 2, v 3 est une base, par le théorème 24, il suffit de montrer que la famille est libre ou bien de montrer qu elle est génératrice Dans la pratique, il est souvent plus facile de vérifier qu une famille est libre À quelle condition la famille {v, v 2, v 3 } est libre? Soient λ,λ 2,λ 3 R tels que λ v + λ 2 v 2 + λ 3 v 3 = Cela implique le système λ + λ 2 + λ 3 = λ + 3λ 2 + λ 3 = 4λ + tλ 2 + tλ 3 = Ce système est équivalent à : λ + λ 2 + λ 3 = 2λ 2 = (t 4λ 2 + (t 4λ 3 = λ + λ 3 = λ 2 = (t 4λ 3 = Il est clair que si t 4, alors la seule solution est (λ,λ 2,λ 3 = (,, et donc {v, v 2, v 3 } est une famille libre Si t = 4, alors par exemple (λ,λ 2,λ 3 = (,, est une solution non nulle, donc la famille n est pas libre Conclusion : si t 4 la famille est libre, donc par le théorème 24 la famille (v, v 2, v 3 est en plus génératrice, donc c est une base de R 3 Si t = 4, la famille n est pas libre et n est donc pas une base 44 Preuve Il nous reste la preuve du lemme La démonstration est délicate et hors-programme Démonstration La preuve de ce lemme se fait en raisonnant par récurrence On démontre par récurrence que, pour tout n, la propriété suivante est vraie : «Dans un espace vectoriel engendré par n vecteurs, toute famille ayant n + éléments est liée» Initialisation On vérifie que la propriété est vraie pour n = Soit E un espace vectoriel engendré par un vecteur noté g, et soit {v, v 2 } une partie de E ayant deux éléments Les vecteurs v et v 2 peuvent s écrire comme combinaisons linéaires du vecteur g ; autrement dit, il existe des scalaires α, α 2 tels que v = α g et v 2 = α 2 g, ce qui donne la relation : α 2 v α v 2 = E En supposant v 2 non nul (sinon il est évident que {v, v 2 } est liée, le scalaire α 2 est donc non nul On a trouvé une combinaison linéaire nulle des vecteurs v, v 2, avec des coefficients non tous nuls Donc la famille {v, v 2 } est liée Hérédité On démontre maintenant que si la propriété est vraie au rang n (n 2, alors elle vraie au rang n Soit E un espace vectoriel engendré par n vecteurs notés g, g 2,, g n, et soit
109 Dimension finie 9 {v, v 2,, v n, v n+ } une famille de E ayant n+ éléments Tout vecteur v j, pour j =,2,, n+, est combinaison linéaire de g, g 2,, g n, donc il existe des scalaires α j,αj 2,,αj n tels que : v j = α j g + α j 2 g α j n g n Remarque On est contraint d utiliser ici deux indices i, j pour les scalaires (attention! j n est pas un exposant car deux informations sont nécessaires : l indice j indique qu il s agit de la décomposition du vecteur v j, et i indique à quel vecteur de la partie génératrice est associé ce coefficient En particulier, pour j = n +, le vecteur v n+ s écrit : v n+ = α n+ g + α n+ 2 g α n+ n g n Si v n+ est nul, c est terminé, la partie est liée ; sinon, v n+ est non nul, et au moins un des coefficients α n+ est non nul On suppose, pour alléger l écriture, que α n+ j n est non nul (sinon il suffit de changer l ordre des vecteurs On construit une nouvelle famille de n vecteurs de E de telle sorte que ces vecteurs soient combinaisons linéaires de g, g 2,, g n, c est-à-dire appartiennent au sous-espace engendré par {g, g 2,, g n } Pour j =,2,, n, on définit w j par : n w j = α n+ n v j αnv j n+ = (αn n+ α j k α nα j n+ k= k g k Le coefficient de g n est nul Donc w j est bien combinaison linéaire de g, g 2,, g n On a n vecteurs qui appartiennent à un espace vectoriel engendré par n vecteurs ; on peut appliquer l hypothèse de récurrence : la famille {w, w 2,, w n } est liée Par conséquent, il existe des scalaires non tous nuls λ, λ 2,, λ n tels que λ w + λ 2 w λ n w n = En remplaçant les w j par leur expression en fonction des vecteurs v i, on obtient : α n+ n λ v + α n+ n λ 2 v αn n+ λ n v n (λ α n + + λ nα n n v n+ = E Le coefficient α n+ n a été supposé non nul et au moins un des scalaires λ,λ 2,,λ n est non nul ; on a donc une combinaison linéaire nulle des vecteurs v, v 2,, v n, v n+ avec des coefficients qui ne sont pas tous nuls, ce qui prouve que ces vecteurs forment une famille liée Conclusion La démonstration par récurrence est ainsi achevée Mini-exercices Dire si les assertions suivantes sont vraies ou fausses Justifier votre réponse par un résultat du cours ou un contre-exemple : Une famille de p n vecteurs dans un espace vectoriel de dimension n est génératrice 2 Une famille de p > n vecteurs dans un espace vectoriel de dimension n est liée 3 Une famille de p < n vecteurs dans un espace vectoriel de dimension n est libre 4 Une famille génératrice de p n vecteurs dans un espace vectoriel de dimension n est libre 5 Une famille de p n vecteurs dans un espace vectoriel de dimension n n est pas une base
110 Dimension finie 6 Toute famille libre à p éléments d un espace vectoriel de dimension n se complète par une famille ayant exactement n p éléments en une base de E 5 Dimension des sous-espaces vectoriels Tout sous-espace vectoriel F d un K-espace vectoriel E étant lui même un K-espace vectoriel, la question est de savoir s il est de dimension finie ou s il ne l est pas Prenons l exemple de l espace vectoriel E = F (R,R des fonctions de R dans R : il contient le sous-espace vectoriel F = R n [X] des (fonctions polynômes de degré n, qui est de dimension finie ; et aussi le sous-espace vectoriel F 2 = R[X] de l ensemble des (fonctions polynômes, qui lui est de dimension infinie 5 Dimension d un sous-espace vectoriel Nous allons voir par contre que lorsque E est de dimension finie alors F aussi Théorème 25 Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie Alors tout sous-espace vectoriel F de E est de dimension finie ; 2 dim F dim E ; 3 F = E dim F = dim E Démonstration Soit E un espace vectoriel de dimension n et soit F un sous-espace vectoriel de E Si F = {} il n y a rien à montrer On suppose donc F {} et soit v un élément non nul de F La famille {v} est une famille libre de F, donc F contient des familles libres Toute famille libre d éléments de F étant une famille libre d éléments de E (voir la définition des familles libres, alors comme E est de dimension n, toutes les familles libres de F ont au plus n éléments On considère l ensemble K des entiers k tels qu il existe une famille libre de F ayant k éléments : { } K = k N {v, v 2,, v k } F et {v, v 2,, v k } est une famille libre de F Cet ensemble K est non vide (car K ; K est un sous-ensemble borné de N (puisque tout élément de K est compris entre et n donc K admet un maximum Notons p ce maximum et soit {v, v 2,, v p } une famille libre de F ayant p éléments Montrons que {v, v 2,, v p } est aussi génératrice de F Par l absurde, s il existe w un élément de F qui n est pas dans Vect(v,, v p, alors la famille {v,, v p, w} ne peut pas être libre (sinon p ne serait pas le maximum de K La famille {v,, v p, w} est donc liée, mais alors la relation de dépendance linéaire implique que w Vect(v,, v p, ce qui est une contradiction Conclusion : (v,, v p est une famille libre et génératrice, donc est une base de F On a ainsi démontré simultanément que : F est de dimension finie (puisque (v, v 2,, v p est une base de F Ainsi dim F = p, donc dim F dim E (puisque toute famille libre de F a au plus n éléments De plus, lorsque p = n, le p-uplet (v, v 2,, v p, qui est une base de F, est aussi une base de E (car {v, v 2,, v p } est alors une famille libre de E ayant exactement n éléments, donc est une base de E Tout élément de E s écrit comme une combinaison linéaire de v, v 2,, v p, d où E = F
111 Dimension finie 52 Exemples Exemple 92 Si E est un K-espace vectoriel de dimension 2, les sous-espaces vectoriels de E sont : soit de dimension : c est alors le sous-espace {} ; soit de dimension : ce sont les droites vectorielles, c est-à-dire les sous-espaces Ku = Vect{u} engendrés par les vecteurs non nuls u de E ; soit de dimension 2 : c est alors l espace E tout entier Vocabulaire Plus généralement, dans un K-espace vectoriel E de dimension n (n 2, tout sous-espace vectoriel de E de dimension est appelé droite vectorielle de E et tout sous-espace vectoriel de E de dimension 2 est appelé plan vectoriel de E Tout sous-espace vectoriel de E de dimension n est appelé hyperplan de E Pour n = 3, un hyperplan est un plan vectoriel ; pour n = 2, un hyperplan est une droite vectorielle Le théorème 25 précédent permet de déduire le corollaire suivant : Corollaire 5 Soit E un K-espace vectoriel Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E On suppose que F est de dimension finie et que G F Alors : F = G dim F = dimg Autrement dit, sachant qu un sous-espace est inclus dans un autre, alors pour montrer qu ils sont égaux il suffit de montrer l égalité des dimensions Exemple 93 Deux droites vectorielles F et G sont soit égales, soit d intersection réduite au vecteur nul Exemple 94 Soient les sous-espaces vectoriels de R 3 suivants : F = { ( x,y,z R 3 2x 3y + z = } ( ( 2 et G = Vect(u, v où u = et v = Est-ce que F = G? On remarque que les vecteurs u et v ne sont pas colinéaires, donc G est de dimension 2, et de plus ils appartiennent à F, donc G est contenu dans F 2 Pour trouver la dimension de F, on pourrait déterminer une base de F et on montrerait alors que la dimension de F est 2 Mais il est plus judicieux ( ici de remarquer que F est contenu strictement dans R 3 (par exemple le vecteur de R 3 n est pas dans F, donc dim F < dimr 3 = 3 ; mais puisque F contient G alors dim F dimg = 2, donc la dimension de F ne peut être que 2 3 On a donc démontré que G F et que dimg = dim F, ce qui entraîne G = F 53 Théorème des quatre dimensions
112 Dimension finie 2 Théorème 26 Théorème des quatre dimensions Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F,G des sous-espaces vectoriels de E Alors : dim(f +G = dim F + dimg dim(f G Corollaire 6 Si E = F G, alors dim E = dim F + dimg Exemple 95 Dans un espace vectoriel E de dimension 6, on considère deux sous-espaces F et G avec dim F = 3 et dimg = 4 Que peut-on dire de F G? de F +G? Peut-on avoir F G = E? F G est un sous-espace vectoriel inclus dans F, donc dim(f G dim F = 3 Donc les dimensions possibles pour F G sont pour l instant,,2,3 F + G est un sous-espace vectoriel contenant G et inclus dans E, donc 4 = dimg dim(f +G dim E = 6 Donc les dimensions possibles pour F +G sont 4,5,6 Le théorème 26 des quatre dimensions nous donne la relation : dim(f G = dim F + dimg dim(f +G = 3+4 dim(f +G = 7 dim(f +G Comme F +G est de dimension 4, 5 ou 6, alors la dimension de F G est 3, 2 ou Conclusion : les dimensions possibles pour F +G sont 4, 5 ou 6 ; les dimensions correspondantes pour F G sont alors 3, 2 ou Dans tous les cas, F G {} et en particulier F et G ne sont jamais en somme directe dans E La méthode de la preuve du théorème 26 des quatre dimensions implique aussi : Corollaire 7 Tout sous-espace vectoriel F d un espace vectoriel E de dimension finie admet un supplémentaire Démonstration Preuve du théorème 26 Notez l analogie de la formule avec la formule pour les ensembles finis : Card(A B = Card A + CardB Card(A B Nous allons partir d une base B F G = {u,, u p } de F G On commence par compléter B F G en une base B F = {u,, u p, v p+,, v q } de F On complète ensuite B F G en une base B G = {u,, u p, w p+,, w r } de G Nous allons maintenant montrer que la famille {u,, u p, v p+,, v q, w p+,, w r } est une base de F +G Il est tout d abord clair que c est une famille génératrice de F +G (car B F est une famille génératrice de F et B G est une famille génératrice de G Montrons que cette famille est libre Soit une combinaison linéaire nulle : p α i u i + i= q j=p+ β j v j + r k=p+ γ k w k = (5 On pose u = p i= α iu i, v = q j=p+ β jv j, w = r k=p+ γ kw k Alors d une part u + v F (car B F est une base de F mais comme l équation (5 équivaut à u + v + w =, alors u + v = w G
113 Dimension finie 3 (car w G Maintenant u + v F G et aussi bien sûr u F G, donc v = q j=p+ β jv j F G Cela implique β j = pour tout j (car les {v j } complètent la base de F G La combinaison linéaire nulle (5 devient p i= α iu i + r k=p+ γ kw k = Or B G est une base de G, donc α i = et γ k = pour tout i, k Ainsi B F+G = {u,, u p, v p+,, v q, w p+,, w r } est une base de F +G Il ne reste plus qu à compter le nombre de vecteurs de chaque base : dim F G = CardB F G = p, dim F = CardB F = q, dimg = CardB G = r, dim(f + G = CardB F+G = q + r p Ce qui prouve bien dim(f +G = dim F + dimg dim(f G Mini-exercices 2 3 Soient F = Vect((,( 3 2 et G = Vect 2 Dans R 3 t, on considère F = Vect(( F,G, F G, F +G en fonction de t R (( 7 7,( t 65,( Montrer que F = G, G = Vect( Calculer les dimensions de 3 Dans un espace vectoriel de dimension 7, on considère des sous-espaces F et G vérifiant dim F = 3 et dimg 2 Que peut-on dire pour dim(f G? Et pour dim(f +G? 4 Dans un espace vectoriel E de dimension finie, montrer l équivalence entre : (i F G = E ; (ii F +G = E et dim F + dimg = dim E ; (iii F G = { E } et dim F + dimg = dim E 5 Soit H un hyperplan dans un espace vectoriel de dimension finie E Soit v E \ H Montrer que H et Vect(v sont des sous-espaces supplémentaires dans E Auteurs D après un cours de Sophie Chemla de l université Pierre et Marie Curie, reprenant des parties d un cours de H Ledret et d une équipe de l université de Bordeaux animée par J Queyrut, et un cours de Eva Bayer-Fluckiger, Philippe Chabloz, Lara Thomas de l École Polytechnique Fédérale de Lausanne, mixé, révisé et complété par Arnaud Bodin Relu par Vianney Combet
114 Exo7 6 Matrices et applications linéaires Rang d'une famille de vecteurs 2 Applications linéaires en dimension nie 3 Matrice d'une application linéaire 4 Changement de bases Ce chapitre est l aboutissement de toutes les notions d algèbre linéaire vues jusqu ici : espaces vectoriels, dimension, applications linéaires, matrices Nous allons voir que dans le cas des espaces vectoriels de dimension finie, l étude des applications linéaires se ramène à l étude des matrices, ce qui facilite les calculs Rang d une famille de vecteurs Le rang d une famille de vecteurs est la dimension du plus petit sous-espace vectoriel contenant tous ces vecteurs Définition Soient E un K-espace vectoriel et {v,, v p } une famille finie de vecteurs de E Le sous-espace vectoriel Vect(v,, v p engendré par {v,, v p } étant de dimension finie, on peut donc donner la définition suivante : Définition 35 Rang d une famille finie de vecteurs Soit E un K-espace vectoriel et soit {v,, v p } une famille finie de vecteurs de E Le rang de la famille {v,, v p } est la dimension du sous-espace vectoriel Vect(v,, v p engendré par les vecteurs v,, v p Autrement dit : rg(v,, v p = dimvect(v,, v p Calculer le rang d une famille de vecteurs n est pas toujours évident, cependant il y a des inégalités qui découlent directement de la définition Proposition 28 Soient E un K-espace vectoriel et {v,, v p } une famille de p vecteurs de E Alors : rg(v,, v p p : le rang est inférieur ou égal au nombre d éléments dans la famille 2 Si E est de dimension finie alors rg(v,, v p dim E : le rang est inférieur ou égal à la dimension de l espace ambiant E
115 Matrices et applications linéaires 5 Remarque Le rang d une famille vaut si et seulement si tous les vecteurs sont nuls Le rang d une famille {v,, v p } vaut p si et seulement si la famille {v,, v p } est libre Exemple 96 Quel est le rang de la famille {v, v 2, v 3 } suivante dans l espace vectoriel R 4? v = v 2 = v 3 = Ce sont des vecteurs de R 4 donc rg(v, v 2, v 3 4 Mais comme il n y a que 3 vecteurs alors rg(v, v 2, v 3 3 Le vecteur v est non nul donc rg(v, v 2, v 3 Il est clair que v et v 2 sont linéairement indépendants donc rg(v, v 2, v 3 rg(v, v 2 = 2 Il reste donc à déterminer si le rang vaut 2 ou 3 On cherche si la famille {v, v 2, v 3 } est libre ou liée en résolvant le système linéaire λ v +λ 2 v 2 +λ 3 v 3 = On trouve v v 2 +v 3 = La famille est donc liée Ainsi Vect(v, v 2, v 3 = Vect(v, v 2, donc rg(v, v 2, v 3 = dimvect(v, v 2, v 3 = 2 2 Rang d une matrice Une matrice peut être vue comme une juxtaposition de vecteurs colonnes Définition 36 On définit le rang d une matrice comme étant le rang de ses vecteurs colonnes Exemple 97 Le rang de la matrice ( 2 A = 2 M 2,4 2 4 { est par définition le rang de la famille de vecteurs de K 2 : v = ( 2, v2 = ( ( 2 4, v3 = 2, v 4 = ( } Tous ces vecteurs sont colinéaires à v, donc le rang de la famille {v, v 2, v 3, v 4 } est et ainsi rg A = Réciproquement, on se donne une famille de p vecteurs {v,, v p } d un espace vectoriel E de dimension n Fixons une base B = {e,, e n } de E Chaque vecteur v j se décompose dans la base B : v j = a j e + + a i j e i + + a n j e n, ce que l on note v j = a i j a j a n j B En juxtaposant ces vecteurs colonnes, on obtient une matrice A M n,p (K Le rang de la famille {v,, v p } est égal au rang de la matrice A
116 Matrices et applications linéaires 6 Définition 37 On dit qu une matrice est échelonnée par rapport aux colonnes si le nombre de zéros commençant une colonne croît strictement colonne après colonne, jusqu à ce qu il ne reste plus que des zéros Autrement dit, la matrice transposée est échelonnée par rapport aux lignes Voici un exemple d une matrice échelonnée par colonnes ; les désignent des coefficients quelconques, les + des coefficients non nuls : Le rang d une matrice échelonnée est très simple à calculer Proposition 29 Le rang d une matrice échelonnée par colonnes est égal au nombre de colonnes non nulles Par exemple, dans la matrice échelonnée donnée en exemple ci-dessus, 4 colonnes sur 6 sont non nulles, donc le rang de cette matrice est 4 La preuve de cette proposition consiste à remarquer que les vecteurs colonnes non nuls sont linéairement indépendants, ce qui au vu de la forme échelonnée de la matrice est facile 3 Opérations conservant le rang Proposition 3 Le rang d une matrice ayant les colonnes C,C 2,,C p n est pas modifié par les trois opérations élémentaires suivantes sur les vecteurs : C i λc i avec λ : on peut multiplier une colonne par un scalaire non nul 2 C i C i + λc j avec λ K (et j i : on peut ajouter à la colonne C i un multiple d une autre colonne C j 3 C i C j : on peut échanger deux colonnes Plus généralement, l opération C i C i + λ C + λ 2 C λ p C p conserve le rang de la matrice On a même un résultat plus fort, comme vous le verrez dans la preuve : l espace vectoriel engendré par les vecteurs colonnes est conservé par ces opérations Démonstration Le premier et troisième point de la proposition sont faciles Pour simplifier l écriture de la démonstration du deuxième point, montrons que l opération C C +λc 2 ne change pas le rang Notons v i le vecteur correspondant à la colonne C i d une matrice A L opération sur les colonnes C C +λc 2 change la matrice A en une matrice A dont les vecteurs colonnes sont : v + λv 2, v 2, v 3,, v p Il s agit de montrer que les sous-espaces F = Vect(v, v 2,, v p et G = Vect(v +λv 2, v 2, v 3,, v p ont la même dimension Nous allons montrer qu ils sont égaux! Tout générateur de G est une combinaison linéaire des v i, donc G F
117 Matrices et applications linéaires 7 Pour montrer que F G, il suffit de montrer v est combinaison linéaire des générateurs de G, ce qui s écrit : v = (v + λv 2 λv 2 Conclusion : F = G et donc dim F = dimg Méthodologie Comment calculer le rang d une matrice ou d un système de vecteurs? Il s agit d appliquer la méthode de Gauss sur les colonnes de la matrice A (considérée comme une juxtaposition de vecteurs colonnes Le principe de la méthode de Gauss affirme que par les opérations élémentaires C i λc i, C i C i + λc j, C i C j, on transforme la matrice A en une matrice échelonnée par rapport aux colonnes Le rang de la matrice est alors le nombre de colonnes non nulles Remarque : la méthode de Gauss classique concerne les opérations sur les lignes et aboutit à une matrice échelonnée par rapport aux lignes Les opérations sur les colonnes de A correspondent aux opérations sur les lignes de la matrice transposée A T 4 Exemples Exemple 98 Quel est le rang de la famille des 5 vecteurs suivants de R 4? 3 3 v = v 2 = 2 v 3 = 2 v 4 = v 5 = 8 On est ramené à calculer le rang de la matrice : En faisant les opérations C 2 C 2 + C, C 3 C 3 3C, C 4 C 4 3C, C 5 C 5 3C, on obtient des zéros sur la première ligne à droite du premier pivot : On échange C 2 et C 3 par l opération C 2 C 3 pour avoir le coefficient en position de pivot et ainsi éviter d introduire des fractions En faisant les opérations C 3 C 3 +3C 2, C 4 C 4 +2C 2 et C 5 C 5 +5C 2, on obtient des zéros
118 Matrices et applications linéaires 8 à droite de ce deuxième pivot : Enfin, en faisant les opérations C 4 C 4 C 3 et C 5 C 5 2C 3, on obtient une matrice échelonnée par colonnes : Il y a 3 colonnes non nulles : on en déduit que le rang de la famille de vecteurs {v, v 2, v 3, v 4, v 5 } est 3 En fait, nous avons même démontré que Vect(v, v 2, v 3, v 4, v 5 = Vect((,( 4 6,( 6 Exemple 99 Considérons les trois vecteurs suivants dans R 5 : v = (,2,,2,, v 2 = (,,,4,4 et v 3 = (,,,, Montrons que la famille {v, v 2, v 3 } est libre dans R 5 Pour cela, calculons le rang de cette famille de vecteurs ou, ce qui revient au même, celui de la matrice suivante : Par des opérations élémentaires sur les colonnes, on obtient : Comme la dernière matrice est échelonnée par colonnes et que ses 3 colonnes sont non nulles, on en déduit que la famille {v, v 2, v 3 } constituée de 3 vecteurs est de rang 3, et donc qu elle est libre dans R 5
119 Matrices et applications linéaires 9 Exemple Considérons les quatre vecteurs suivants dans R 3 : v = (,2,3, v 2 = (2,,6, v 3 = (3,2, et v 4 = (,2,2 Montrons que la famille {v, v 2, v 3, v 4 } engendre R 3 Pour cela, calculons le rang de cette famille de vecteurs ou, ce qui revient au même, celui de la matrice suivante : Par des opérations élémentaires sur les colonnes, on obtient : La famille {v, v 2, v 3, v 4 } est donc de rang 3 Cela signifie que Vect(v, v 2, v 3, v 4 est un sousespace vectoriel de dimension 3 de R 3 On a donc Vect(v, v 2, v 3, v 4 = R 3 Autrement dit, la famille {v, v 2, v 3, v 4 } engendre R 3 5 Rang et matrice inversible Nous anticipons sur la suite, pour énoncer un résultat important : Théorème 27 Matrice inversible et rang Une matrice carrée de taille n est inversible si et seulement si elle est de rang n La preuve repose sur plusieurs résultats qui seront vus au fil de ce chapitre Démonstration Soit A une matrice carrée d ordre n Soit f l endomorphisme de K n dont la matrice dans la base canonique est A On a les équivalences suivantes : A de rang n f de rang n f surjective f bijective A inversible Nous avons utilisé le fait qu un endomorphisme d un espace vectoriel de dimension finie est bijectif si et seulement s il est surjectif et le théorème sur la caractérisation de la matrice d un isomorphisme 6 Rang engendré par les vecteurs lignes On a considéré jusqu ici une matrice A M n,p comme une juxtaposition de vecteurs colonnes (v,, v p et défini rg A = dimvect(v,, v p Considérons maintenant que A est aussi une superposition de vecteurs lignes (w,, w n
120 Matrices et applications linéaires 2 Proposition 3 rg A = dimvect(w,, w n Nous admettrons ce résultat Autrement dit : l espace vectoriel engendré par les vecteurs colonnes et l espace vectoriel engendré par les vecteurs lignes sont de même dimension Une formulation plus théorique est que le rang d une matrice égale le rang de sa transposée : rg A = rg A T Attention! Les dimensions dimvect(v,, v p et dimvect(w,, w n sont égales, mais les espaces vectoriels Vect(v,, v p et Vect(w,, w n ne sont pas les mêmes Mini-exercices (( Quel est le rang de la famille de vecteurs,(,(,(? (( 2 t t Même question pour,(,( en fonction du paramètre t R t t Mettre sous forme échelonnée par rapport aux colonnes la matrice Calculer son rang Idem avec Calculer le rang de 3 2 en fonction de a et b a 2 b 4 Calculer les rangs précédents en utilisant les vecteurs lignes 5 Soit f : E F une application linéaire Quelle inégalité relie rg(f (v,, f (v p et rg(v,, v p? Que se passe-t-il si f est injective? 2 Applications linéaires en dimension finie Lorsque f : E F est une application linéaire et que E est de dimension finie, la théorie de la dimension fournit de nouvelles propriétés très riches pour l application linéaire f 2 Construction et caractérisation Une application linéaire f : E F, d un espace vectoriel de dimension finie dans un espace vectoriel quelconque, est entièrement déterminée par les images des vecteurs d une base de l espace vectoriel E de départ C est ce qu affirme le théorème suivant :
121 Matrices et applications linéaires 2 Théorème 28 Construction d une application linéaire Soient E et F deux espaces vectoriels sur un même corps K On suppose que l espace vectoriel E est de dimension finie n et que (e,, e n est une base de E Alors pour tout choix (v,, v n de n vecteurs de F, il existe une et une seule application linéaire f : E F telle que, pour tout i =,, n : f (e i = v i Le théorème ne fait aucune hypothèse sur la dimension de l espace vectoriel d arrivée F Exemple Il existe une unique application linéaire f : R n R[X] telle que f (e i = (X + i pour i =,, n (où (e,, e n est la base canonique de R n Pour un vecteur x = (x,, x n, on a n f (x,, x n = f (x e + + x n e n = x f (e + + x n f (e n = x i (X + i i= Démonstration Unicité Supposons qu il existe une application linéaire f : E F telle que f (e i = v i, pour tout i =,, n Pour x E, il existe des scalaires x, x 2,, x n uniques tels que x = n i= x i e i Comme f est linéaire, on a ( n n n f (x = f x i e i = x i f (e i = x i v i i= i= i= ( Donc, si elle existe, f est unique Existence Nous venons de voir que s il existe une solution c est nécessairement l application définie par l équation ( Montrons qu une application définie par l équation ( est linéaire et vérifie f (e i = v i Si (x,, x n (resp y = (y,, y n sont les coordonnées de x (resp y dans la base (e,, e n, alors ( n n n n f (λx+µy = f (λx i + µy i e i = (λx i +µy i f (e i = λ x i f (e i +µ y i f (e i = λf (x+µf (y i= i= Enfin les coordonnées de e i sont (,,,,,, (avec un en i-ème position, donc f (e i = v i = v i Ce qui termine la preuve du théorème i= i= 22 Rang d une application linéaire Soient E et F deux K-espaces vectoriels et soit f : E F une application linéaire On rappelle que l on note f (E par Im f, c est-à-dire Im f = { f (x x E } Im f est un sous-espace vectoriel de F
122 Matrices et applications linéaires 22 Proposition 32 Si E est de dimension finie, alors : Im f = f (E est un espace vectoriel de dimension finie Si (e,, e n est une base de E, alors Im f = Vect ( f (e,, f (e n La dimension de cet espace vectoriel Im f est appelée rang de f : rg(f = dimim f = dimvect ( f (e,, f (e n Démonstration Il suffit de démontrer que tout élément de Im f est combinaison linéaire des vecteurs f (e,, f (e n Soit y un élément quelconque de Im f Il existe donc un élément x de E tel que y = f (x Comme n (e,, e n est une base de E, il existe des scalaires (x,, x n tels que x = x i e i En utilisant la linéarité de f, on en déduit que y = f (x = i= n x i f (e i, ce qui achève la démonstration i= Le rang est plus petit que la dimension de E et aussi plus petit que la dimension de F, si F est de dimension finie : Proposition 33 Soient E et F deux K-espaces vectoriels de dimension finie et f : E F une application linéaire On a rg(f min(dim E,dim F Exemple 2 Soit f : R 3 R 2 l application linéaire définie par f (x, y, z = (3x 4y + 2z,2x 3y z Quel est le rang de f? ( ( ( Si on note e =, e 2 = et e 3 =, alors (e, e 2, e 3 est la base canonique de R 3 Il s agit de trouver le rang de la famille {v, v 2, v 3 } : ( v = f (e = f = ( ( 3 2 v 2 = f (e 2 = f = ( 4 3 ou, ce qui revient au même, trouver le rang de la matrice ( A = 2 3 Commençons par estimer le rang sans faire de calculs Nous avons une famille de 3 vecteurs donc rg f 3 v 3 = f (e 3 = f ( = ( 2 Mais en fait les vecteurs v, v 2, v 3 vivent dans un espace de dimension 2 donc rg f 2 f n est pas l application linéaire nulle (autrement dit v, v 2, v 3 ne sont pas tous nuls donc rg f Donc le rang de f vaut ou 2 Il est facile de voir que v et v 2 sont linéairement indépendants, donc le rang est 2 : rg f = rg ( f (e, f (e 2, f (e 3 = dimvect(v, v 2, v 3 = 2
123 Matrices et applications linéaires 23 Remarque : il est encore plus facile de voir que le rang de la matrice A est 2 en remarquant que ses deux seules lignes ne sont pas colinéaires 23 Théorème du rang Le théorème du rang est un résultat fondamental dans la théorie des applications linéaires en dimension finie On se place toujours dans la même situation : f : E F est une application linéaire entre deux K-espaces vectoriels, E est un espace vectoriel de dimension finie, le noyau de f est Ker f = { } x E f (x = F ; c est un sous-espace vectoriel de E, donc Ker f est de dimension finie, l image de f est Im f = f (E = { f (x x E } ; c est un sous-espace vectoriel de F et est de dimension finie Le théorème du rang donne une relation entre la dimension du noyau et la dimension de l image de f Théorème 29 Théorème du rang Soit f : E F une application linéaire entre deux K-espaces vectoriels, E étant de dimension finie Alors dim E = dimker f + dimim f Autrement dit : dim E = dimker f + rg f Dans la pratique, cette formule sert à déterminer la dimension du noyau connaissant le rang, ou bien le rang connaissant la dimension du noyau Exemple 3 Soit l application linéaire f : R 4 R 3 (x, x 2, x 3, x 4 (x x 2 + x 3,2x + 2x 2 + 6x 3 + 4x 4, x 2x 3 x 4 Calculons le rang de f et la dimension du noyau de f Première méthode On calcule d abord le noyau : x x 2 + x 3 = (x, x 2, x 3, x 4 Ker f f (x, x 2, x 3, x 4 = (,, 2x + 2x 2 + 6x 3 + 4x 4 = x 2x 3 x 4 = On résout ce système et on trouve qu il est équivalent à { x x 2 + x 3 = x 2 + x 3 + x 4 = On choisit x 3 et x 4 comme paramètres et on trouve : { } Ker f = ( 2x 3 x 4, x 3 x 4, x 3, x 4 x 3, x 4 R = ( 2 ( {x 3 + x 4 } x 3, x 4 R = Vect (( 2, (
124 Matrices et applications linéaires 24 Les deux vecteurs définissant le noyau sont linéairement indépendants, donc dim Ker f = 2 On applique maintenant le théorème du rang pour en déduire sans calculs la dimension de l image : dimim f = dimr 4 dimker f = 4 2 = 2 Donc le rang de f est 2 Deuxième méthode On calcule d abord l image On note (e, e 2, e 3, e 4 la base canonique de R 4 Calculons v i = f (e i : v = f (e = f v 3 = f (e 3 = f ( ( ( 2 = ( 6 = 2 v 2 = f (e 2 = f v 4 = f (e 4 = f ( ( = ( 2 ( 4 = On réduit la matrice A, formée des vecteurs colonnes, sous une forme échelonnée : A = Donc le rang de A est 2, ainsi rg f = dimim f = dimvect ( f (e, f (e 2, f (e 3, f (e 4 = 2 Maintenant, par le théorème du rang, dimker f = dimr 4 rg f = 4 2 = 2 On trouve bien sûr le même résultat par les deux méthodes Exemple 4 Soit l application linéaire f : R n [X] R n [X] P(X P (X où P (X est la dérivée seconde de P(X Quel est le rang et la dimension du noyau de f? Première méthode On calcule d abord le noyau : P(X Ker f f ( P(X = P (X = P (X = a P(X = ax + b où a, b R sont des constantes Cela prouve que Ker f est engendré par les deux polynômes : (le polynôme constant et X Ainsi Ker f = Vect(, X Donc dimker f = 2 Par le théorème du rang, rg f = dimim f = dimr n [X] dimker f = (n + 2 = n Deuxième méthode On calcule d abord l image : (, X, X 2,, X n est une base de l espace de départ R n [X], donc rg f = dimim f = dimvect ( f (, f (X,, f (X n Tout d abord, f ( = et f (X = Pour k 2, f (X k = k(k X k 2 Comme les degrés sont échelonnés, il est clair que { f (X 2, f (X 3,, f (X n } = { 2,6X,2X 2,, n(n X n 2} engendre un espace de dimension n, donc rg f = n Par le théorème du rang, dimker f = dimr n [X] rg f = (n + (n = 2 Démonstration Preuve du théorème du rang Premier cas : f est injective En désignant par (e,, e n une base de E, nous avons vu que la famille à n éléments ( f (e,, f (e n est une famille libre de F (car f est injective, donc une famille libre de Im f De plus, { f (e,, f (e n } est une partie génératrice de Im f Donc (f (e,, f (e n est une base de Im f Ainsi dimim f = n, et comme f est injective, dimker f =, et ainsi le théorème du rang est vrai Deuxième cas : f n est pas injective
125 Matrices et applications linéaires 25 Dans ce cas le noyau de f est un sous-espace de E de dimension p avec p n Soit (ε,,ε p une base de Ker f D après le théorème de la base incomplète, il existe n p vecteurs ε p+,,ε n de E tels que (ε,ε 2,,ε n soit une base de E Alors Im f est engendrée par les vecteurs f (ε, f (ε 2,, f (ε n Mais, comme pour tout i vérifiant i p on a f (ε i =, Im f est engendrée par les vecteurs f (ε p+,, f (ε n Montrons que ces vecteurs forment une famille libre Soient α p+,,α n des scalaires tels que α p+ f (ε p+ + + α n f (ε n = Puisque f est linéaire, cette égalité équivaut à l égalité f ( α p+ ε p+ + + α n ε n =, qui prouve que le vecteur α p+ ε p+ + + α n ε n appartient au noyau de f Il existe donc des scalaires λ,,λ p tels que α p+ ε p+ + + α n ε n = λ ε + + λ p ε p Comme (ε,ε 2,,ε n est une base de E, les vecteurs ε,ε 2,,ε n sont linéairement indépendants et par conséquent pour tout i =,, p, λ i =, et pour tout i = p +,, n, α i = Les vecteurs f (ε p+,, f (ε n définissent donc bien une base de Im f Ainsi le sous-espace vectoriel Im f est de dimension n p, ce qui achève la démonstration On remarquera le rôle essentiel joué par le théorème de la base incomplète dans cette démonstration 24 Application linéaire entre deux espaces de même dimension Rappelons qu un isomorphisme est une application linéaire bijective Un isomorphisme implique que les espaces vectoriels de départ et d arrivée ont la même dimension Proposition 34 Soit f : E F un isomorphisme d espaces vectoriels Si E (respectivement F est de dimension finie, alors F (respectivement E est aussi de dimension finie et on a dim E = dim F Démonstration Si E est de dimension finie, alors comme f est surjective, F = Im f, donc F est engendré par l image d une base de E On a donc F de dimension finie et dim F dim E De même f : F E est un isomorphisme, donc f (F = E, ce qui prouve cette fois dim E dim F Si c est F qui est de dimension finie, on fait le même raisonnement avec f Nous allons démontrer une sorte de réciproque, qui est extrêmement utile Théorème 3 Soit f : E F une application linéaire avec E et F de dimension finie Supposons dim E = dim F Alors les assertions suivantes sont équivalentes : (i f est bijective (ii f est injective (iii f est surjective Autrement dit, dans le cas d une application linéaire entre deux espaces de même dimension, pour démontrer qu elle est bijective, il suffit de démontrer l une des deux propriétés : injectivité ou surjectivité
126 Matrices et applications linéaires 26 Démonstration C est immédiat à partir du théorème du rang En effet, la propriété f injective équivaut à Ker f = {}, donc d après le théorème du rang, f est injective si et seulement si dimim f = dim E D après l hypothèse sur l égalité des dimensions de E et de F, ceci équivaut à dimim f = dim F Cela équivaut donc à Im f = F, c est-à-dire f est surjective Exemple 5 Soit f : R 2 R 2 définie par f (x, y = (x y, x+ y Une façon simple de montrer que l application linéaire f est bijective est de remarquer que l espace de départ et l espace d arrivée ont même dimension Ensuite on calcule le noyau : { x + y = (x, y Ker f f (x, y = (x y, x + y = (, (x, y = (, x y = Ainsi Ker f = { (, } est réduit au vecteur nul, ce qui prouve que f est injective et donc, par le théorème 3, que f est un isomorphisme Mini-exercices Soit (e, e 2, e 3 la base canonique de R 3 Donner l expression de f (x, y, z où f : R 3 R 3 est l application linéaire qui envoie e sur son opposé, qui envoie e 2 sur le vecteur nul et qui envoie e 3 sur la somme des trois vecteurs e, e 2, e 3 2 Soit f : R 3 R 2 définie par f (x, y, z = (x 2y 3z,2y + 3z Calculer une base du noyau de f, une base de l image de f et vérifier le théorème du rang 3 Même question avec f : R 3 R 3 définie par f (x, y, z = ( y + z, x + z, x + y 4 Même question avec l application linéaire f : R n [X] R n [X] qui à X k associe X k pour k n et qui à associe 5 Lorsque c est possible, calculer la dimension du noyau, le rang et dire si f peut être injective, surjective, bijective : Une application linéaire surjective f : R 7 R 4 Une application linéaire injective f : R 5 R 8 Une application linéaire surjective f : R 4 R 4 Une application linéaire injective f : R 6 R 6 3 Matrice d une application linéaire Nous allons voir qu il existe un lien étroit entre les matrices et les applications linéaires À une matrice on associe naturellement une application linéaire Et réciproquement, étant donné une application linéaire, et des bases pour les espaces vectoriels de départ et d arrivée, on associe une matrice Dans cette section, tous les espaces vectoriels sont de dimension finie
127 Matrices et applications linéaires 27 3 Matrice associée à une application linéaire Soient E et F deux K-espaces vectoriels de dimension finie Soient p la dimension de E et B = (e,, e p une base de E Soient n la dimension de F et B = (f,, f n une base de F Soit enfin f : E F une application linéaire Les propriétés des applications linéaires entre deux espaces de dimension finie permettent d affirmer que : l application linéaire f est déterminée de façon unique par l image d une base de E, donc par les vecteurs f (e, f (e 2,, f (e p Pour j {,, p}, f (e j est un vecteur de F et s écrit de manière unique comme combinaison linéaire des vecteurs de la base B = (f, f 2,, f n de F Il existe donc n scalaires uniques a, j, a 2, j,, a n, j (parfois aussi notés a j, a 2 j,, a n j tels que f (e j = a, j f + a 2, j f a n, j f n = Ainsi, l application linéaire f est entièrement déterminée par les coefficients (a i, j (i, j {,,n} {,,p} Il est donc naturel d introduire la définition suivante : Définition 38 La matrice de l application linéaire f par rapport aux bases B et B est la matrice (a i, j M n,p (K dont la j-ème colonne est constituée par les coordonnées du vecteur f (e j dans la base B = (f, f 2,, f n : f (e f (e j f (e p f a a j a p f 2 a 2 a 2 j a 2p f n a n a n j a np a, j a 2, j a n, j B En termes plus simples : c est la matrice dont les vecteurs colonnes sont l image par f des vecteurs de la base de départ B, exprimée dans la base d arrivée B On note cette matrice Mat B,B (f Remarque La taille de la matrice Mat B,B (f dépend uniquement de la dimension de E et de celle de F Par contre, les coefficients de la matrice dépendent du choix de la base B de E et de la base B de F Exemple 6 Soit f l application linéaire de R 3 dans R 2 définie par f : R 3 R 2 (x, x 2, x 3 (x + x 2 x 3, x 2x 2 + 3x 3 Il est utile d identifier ( vecteurs lignes et vecteurs colonnes ; ainsi f peut être vue comme x l application f : x 2 ( x +x 2 x 3 x 3 x 2x 2 +3x 3
128 Matrices et applications linéaires 28 Soient B = (e, e 2, e 3 la base canonique de R 3 et B = (f, f 2 la base canonique de R 2 C est-àdire : ( e = e 2 = e 3 = f = Quelle est la matrice de f dans les bases B et B? ( f 2 = On a f (e = f (,, = (, = f + f 2 La première colonne de la matrice Mat B,B (f est donc ( De même f (e 2 = f (,, = (, 2 = f 2f 2 La deuxième colonne de la matrice Mat B,B (f est donc ( 2 Enfin f (e 3 = f (,, = (,3 = f + 3f 2 La troisième colonne de la matrice Mat B,B (f est donc ( 3 Ainsi : ( Mat B,B (f = On va maintenant changer la base de l espace de départ et conserver celle de l espace d arrivée Soient les vecteurs de R 3 ε = ε 2 = ε 3 = On montre facilement que B = (ε,ε 2,ε 3 est une base de R 3 Quelle est la matrice de f dans les bases B et B? f (ε = f (,, = (2, = 2f f 2, f (ε 2 = f (,, = (,4 = 4f 2, f (ε 3 = f (,, = (, = f 2, donc ( Mat B,B (f = 2 4 Cet exemple illustre bien le fait que la matrice dépend du choix des bases 32 Opérations sur les applications linéaires et les matrices Proposition 35 Soient f, g : E F deux applications linéaires et soient B une base de E et B une base de F Alors : Mat B,B (f + g = Mat B,B (f + Mat B,B (g Mat B,B (λf = λmat B,B (f Autrement dit, si on note : A = Mat B,B (f B = Mat B,B (g C = Mat B,B (f + g D = Mat B,B (λf Alors : C = A + B D = λa Autrement dit : la matrice associée à la somme de deux applications linéaires est la somme des matrices (à condition de considérer la même base sur l espace de départ pour les deux applications et la même base sur l espace d arrivée Idem avec le produit par un scalaire
129 Matrices et applications linéaires 29 Ce qui est le plus important va être la composition des applications linéaires Proposition 36 Soient f : E F et g : F G deux applications linéaires et soient B une base de E, B une base de F et B une base de G Alors : Mat B,B (g f = Mat B,B (g Mat B,B (f Autrement dit, si on note : A = Mat B,B (f B = Mat B,B (g C = Mat B,B (g f Alors C = B A Autrement dit, à condition de bien choisir les bases, la matrice associée à la composition de deux applications linéaires est le produit des matrices associées à chacune d elles, dans le même ordre En fait, le produit de matrices, qui semble compliqué au premier abord, est défini afin de correspondre à la composition des applications linéaires Démonstration Posons p = dim(e et B = (e,, e p une base de E ; n = dim F et B = (f,, f n une base de F ; q = dimg et B = (g,, g q une base de G Écrivons A = Mat B,B (f = (a i j M n,p la matrice de f, B = Mat B,B (g = (b i j M q,n la matrice de g, C = Mat B,B (g f = (c i j M q,p la matrice de g f On a (g f (e = g ( f (e = g(a f + + a n f n = a g(f + + a n g(f n ( ( = a b g + + b q g q + + a n b n g + + b qn g q Ainsi, la première colonne de C = Mat B,B (g f est a b + + a n b n a b a n b 2n a b q + + a n b qn Mais ceci est aussi la première colonne de la matrice BA En faisant la même chose avec les autres colonnes, on remarque que C = Mat B,B (g f et BA sont deux matrices ayant leurs colonnes égales On a donc bien l égalité cherchée Exemple 7 On considère deux applications linéaires : f : R 2 R 3 et g : R 3 R 2 On pose E = R 2, F = R 3, G = R 2 avec f : E F, g : F G On se donne des bases : B = (e, e 2 une base de E, B = (f, f 2, f 3 une base de F, et B = (g, g 2 une base de G On suppose connues les matrices de f et g : ( A = Mat B,B (f = M 3,2 B = Mat B,B (g = 2 M 2,
130 Matrices et applications linéaires 3 Calculons la matrice associée à g f : E G, C = Mat B,B (g f, de deux façons différentes Première méthode Revenons à la définition de la matrice de l application linéaire g f Il s agit d exprimer l image des vecteurs de la base de départ B dans la base d arrivée B C est-à-dire qu il faut exprimer g f (e j dans la base (g, g 2 Calcul des f (e j On sait par définition de la matrice A que f (e correspond au ( premier vecteur colonne : plus précisément, f (e = = f B + f 2 + f 3 = f + f 2 ( De même, f (e 2 = = f 2 B + f 2 + 2f 3 = f 2 + 2f 3 Calcul des g(f j Par définition, g(f j correspond à la j-ème colonne de la matrice B : ( ( ( 2 g(f = = 2g + 3g 2 g(f 2 = = g + g 2 g(f 3 = = 2g B B B Calcul des g f (e j Pour cela on combine les deux séries de calculs précédents : g f (e = g(f + f 2 = g(f + g(f 2 = (2g + 3g 2 + ( g + g 2 = g + 4g 2 g f (e 2 = g(f 2 + 2f 3 = g(f 2 + 2g(f 3 = ( g + g 2 + 2(2g 2 = g + 5g 2 Calcul de la matrice C = Mat B,B (g f : cette matrice est composée des vecteurs g f (e j exprimés dans la base B Comme ( ( ( g f (e = g + 4g 2 = g f (e 2 = g + 5g 2 = alors C = B B On trouve bien une matrice de taille 2 2 (car l espace de départ et d arrivée de g f est R 2 2 Deuxième méthode Utilisons le produit de matrices : on sait que C = BA Donc ( ( 2 Mat B,B (g f = C = B A = = Cet exemple met bien en évidence le gain, en termes de quantité de calculs, réalisé en passant par l intermédiaire des matrices 33 Matrice d un endomorphisme Dans cette section, on étudie la cas où l espace de départ et l espace d arrivée sont identiques : f : E E est un endomorphisme Si dim E = n, alors chaque matrice associée à f est une matrice carrée de taille n n Deux situations : Si on choisit la même base B au départ et à l arrivée, alors on note simplement Mat B (f la matrice associée à f Mais on peut aussi choisir deux bases distinctes pour le même espace vectoriel E ; on note alors comme précédemment Mat B,B (f
131 Matrices et applications linéaires 3 Exemple 8 Cas de l identité : id : E E est définie par id(x = x Alors quelle que soit la base B de E, la matrice associée est la matrice identité : Mat B (f = I n (Attention! Ce n est plus vrai si la base d arrivée est différente de la base de départ Cas d une homothétie h λ : E E, h λ (x = λ x (où λ K est le rapport de l homothétie : Mat B (h λ = λi n Cas d une symétrie centrale s : E E, s(x = x : Mat B (s = I n Cas de r θ : R 2 R 2 la rotation d angle θ, centrée à l origine, dans l espace vectoriel R 2 muni de la base canonique B Alors r θ (x, y = (xcosθ ysinθ, xsin θ + ycosθ On a ( cosθ sinθ Mat B (r θ = sinθ cosθ Dans le cas particulier de la puissance d un endomorphisme de E, nous obtenons : Corollaire 8 Soient E un espace vectoriel de dimension finie et B une base de E Soit f : E E une application linéaire Alors, quel que soit p N : Mat B (f p = ( Mat B (f p Autrement dit, si A est la matrice associée à f, alors la matrice associée à f p = f f f est } {{ } p occurrences A p = } A A {{ A } La démonstration est une récurrence sur p en utilisant la proposition 36 p facteurs Exemple 9 Soit r θ la matrice de la rotation d angle θ dans R 2 La matrice de r p θ est : Mat B (r p θ = ( Mat B (r θ ( p cosθ = sinθ sinθ cosθ p Un calcul par récurrence montre ensuite que ( Mat B (r p θ = cos(pθ sin( pθ sin(pθ, cos( pθ ce qui est bien la matrice de la rotation d angle pθ : composer p fois la rotation d angle θ revient à effectuer une rotation d angle pθ 34 Matrice d un isomorphisme Passons maintenant aux isomorphismes Rappelons qu un isomorphisme f : E F est une application linéaire bijective Nous avons vu que cela entraîne dim E = dim F
132 Matrices et applications linéaires 32 Théorème 3 Caractérisation de la matrice d un isomorphisme Soient E et F deux K-espaces vectoriels de même dimension finie Soit f : E F une application linéaire Soient B une base de E, B une base de F et A = Mat B,B (f f est bijective si et seulement si la matrice A est inversible Autrement dit, f est un isomorphisme si et seulement si sa matrice associée Mat B,B (f est inversible 2 De plus, si f : E F est bijective, alors la matrice de l application linéaire f : F E ( est la matrice A Autrement dit, Mat B,B(f = Mat B,B (f Voici le cas particulier très important d un endomorphisme f : E E où E est muni de la même base B au départ et à l arrivée et A = Mat B (f Corollaire 9 f est bijective si et seulement si A est inversible Si f est bijective, alors la matrice associée à f dans la base B est A Exemple Soient r : R 2 R 2 la rotation d angle π 6 (centrée à l origine et s la réflexion par rapport à l axe (y = x Quelle est la matrice associée à (s r dans la ( base canonique B (? Pour θ = π 6, on trouve la matrice A = Mat cosθ sinθ 3 B(r = = 2 2 sinθ cosθ 3 ( 2 2 La matrice associée à la réflexion est B = La matrice de s r est B A = ( La matrice de (s r est (BA = ( 2 calculer ainsi : (BA = A B = = ( On aurait aussi pu On note que (BA = BA ce qui, en termes d applications linéaires, signifie que (s r = s r Autrement dit, s r est son propre inverse Démonstration Preuve du théorème 3 On note A = Mat B,B (f Si f est bijective, notons B = Mat B,B(f Alors par la proposition 36 on sait que BA = Mat B,B(f Mat B,B (f = Mat B,B (f f = Mat B,B (id E = I De même AB = I Ainsi A = Mat B,B (f est inversible et son inverse est B = Mat B,B(f Réciproquement, si A = Mat B,B (f est une matrice inversible, notons B = A Soit g : F E l application linéaire telle que B = Mat B,B(g Alors, toujours par la proposition 36 : Mat B,B (g f = Mat B,B(g Mat B,B (f = BA = I Donc la matrice de g f est l identité, ce qui implique g f = id E De même f g = id F Ainsi f est bijective (et sa bijection réciproque est g
133 Matrices et applications linéaires 33 Mini-exercices Calculer la matrice associée aux applications linéaires f i : R 2 R 2 : (a f la symétrie par rapport à l axe (O y, (b f 2 la symétrie par rapport à l axe (y = x, (c f 3 le projection orthogonale sur l axe (O y, (d f 4 la rotation d angle π 4 Calculer quelques matrices associées à f i f j et, lorsque c est possible, à f i 2 Même travail pour f i : R 3 R 3 : (a f l homothétie de rapport λ, (b f 2 la réflexion orthogonale par rapport au plan (Oxz, (c f 3 la rotation d axe (Oz d angle π 2, (d f 4 la projection orthogonale sur le plan (O yz 4 Changement de bases 4 Application linéaire, matrice, vecteur Soit E un espace vectoriel de dimension finie et soit B = (e, e 2,, e p une base de E Pour chaque x E, il existe un p-uplet unique d éléments de K (x, x 2,, x p tel que x = x e + x 2 e x p e p La matrice des coordonnées de x est un vecteur colonne, noté Mat B (v ou encore Dans R p, si B est la base canonique, alors on note simplement la base x x 2 x p x x 2 x p B en omettant de mentionner Soient E et F deux K-espaces vectoriels de dimension finie et f : E F une application linéaire Le but de ce paragraphe est de traduire l égalité vectorielle y = f (x par une égalité matricielle Soient B une base de E et B une base de F Proposition 37 Soit A = Mat B,B (f x x 2 Pour x E, notons X = Mat B (x = x p B Pour y F, notons Y = Mat B (y = Alors, si y = f (x, on a y y 2 B y n Y = AX Autrement dit :
134 Matrices et applications linéaires 34 ( Mat B f (x = MatB,B (f Mat B (x Démonstration x x 2 On pose B = (e,, e p, B = (f, f 2,, f n, A = (a i, j = Mat B,B (f et X = Mat B (x = x p On a ( ( p p p n f (x = f x j e j = x j f (e j = x j a i, j f i j= j= j= i= En utilisant la commutativité de K, on a ( ( p p f (x = a, j x j f + + a n, j x j f n j= j= La matrice colonne des coordonnées de y = f (x dans la base (f, f 2,, f n est ( Ainsi la matrice Y = Mat B f (x = p j= a, j x j p j= a 2, j x j p j= a n, j x j x x 2 n est autre que A x p p j= a, j x j p j= a 2, j x j p j= a n, j x j Exemple Soient E un K-espace vectoriel de dimension 3 et B = (e, e 2, e 3 une base de E Soit f l endomorphisme de E dont la matrice dans la base B est égale à 2 A = Mat B (f = 2 3 On se propose de déterminer le noyau de f et l image de f Les éléments x de E sont des combinaisons linéaires de e, e 2 et e 3 : x = x e + x 2 e 2 + x 3 e 3 On a ( x Ker f f (x = E Mat B f (x = x AX = A x 2 = x 3 x + 2x 2 + x 3 = 2x + 3x 2 + x 3 = x + x 2 = On résout ce système par la méthode du pivot de Gauss On trouve Ker f = { x e + x 2 e 2 + x 3 e 3 E x +2x 2 + x 3 = et x 2 + x 3 = } = { (t, t, t t K } = Vect(( Le noyau est donc de dimension Par le théorème du rang, l image Im f est de dimension 2 Les deux premiers vecteurs de la matrice A étant linéairement indépendants, ils engendrent B
135 Matrices et applications linéaires 35 2 ( Im f : Im f = Vect(( B, 23 B 42 Matrice de passage d une base à une autre Soit E un espace vectoriel de dimension finie n On sait que toutes les bases de E ont n éléments Définition 39 Soit B une base de E Soit B une autre base de E On appelle matrice de passage de la base B vers la base B, et on note PB,B, la matrice carrée de taille n n dont la j-ème colonne est formée des coordonnées du j-ème vecteur de la base B, par rapport à la base B On résume en : La matrice de passage PB,B contient - en colonnes - les coordonnées des vecteurs de la nouvelle base B exprimés dans l ancienne base B C est pourquoi on note parfois aussi PB,B par Mat B(B Exemple 2 Soit l espace vectoriel réel R 2 On considère ( ( e = e 2 = ( ε = 2 ( 5 ε 2 = 4 On considère la base B = (e, e 2 et la base B = (ε,ε 2 Quelle est la matrice de passage de la base B vers la base B? Il faut exprimer ε et ε 2 en fonction de (e, e 2 On calcule que : ( ( ε = e + 2e 2 = ε 2 = e + 4e 2 = 2 4 B B La matrice de passage est donc : ( PB,B = 2 4 On va interpréter une matrice de passage comme la matrice associée à l application identique de E par rapport à des bases bien choisies Proposition 38 La matrice de passage PB,B de la base B vers la base B est la matrice associée à l identité id E : (E,B (E,B où E est l espace de départ muni de la base B, et E est aussi l espace d arrivée, mais muni de la base B : PB,B = Mat B,B(id E Faites bien attention à l inversion de l ordre des bases! Cette interprétation est un outil fondamental pour ce qui suit Elle permet d obtenir les résultats de façon très élégante et avec un minimum de calculs
136 Matrices et applications linéaires 36 Démonstration On pose B = (e, e 2,, e n et B = (e, e 2,, e n On considère id E : (E,B (E,B x id E (x = x On a id E (e j = e j = n i= a i, j e i et Mat B,B(id E est la matrice dont la j-ème colonne est formée des a, j a 2, j coordonnées de e par rapport à B, soit j Cette colonne est la j-ème colonne de P B,B a n, j Proposition 39 La matrice de passage d une base B vers une base B est inversible et son inverse est égale à la matrice de passage de la base B vers la base B : PB,B = ( PB,B 2 Si B, B et B sont trois bases, alors PB,B = PB,B PB,B Démonstration ( On a P B,B = Mat B,B ide Donc, d après le théorème 3 caractérisant la matrice d un isomorphisme, P B,B = ( ( ( Mat B,B ide = MatB,B id E Or id E = id E, donc P ( B,B = Mat B,B ide = PB,B 2 id E : (E,B (E,B se factorise de la façon suivante : (E,B id E (E,B id E (E,B Autrement dit, on écrit id E = id E id E Cette factorisation permet d écrire l égalité suivante : ( ( ( Mat B,B ide = MatB,B ide MatB,B ide, soit PB,B = P B,B P B,B Exemple 3 Soit E = R 3 muni de sa base canonique B Définissons 3 B =,, 2 et B 2 =,, Quelle est la matrice de passage de B vers B 2? On a d abord PB,B = 3 2 et PB,B 2 = La proposition 39 implique que PB,B 2 = PB,B PB,B 2 Donc PB,B 2 = P B,B PB,B 2 En appliquant la méthode de Gauss pour calculer P B,B, on trouve alors : PB,B 2 = = = 2
137 Matrices et applications linéaires 37 Nous allons maintenant étudier l effet d un changement de bases sur les coordonnées d un vecteur Soient B = (e, e 2,, e n et B = (e, e 2,, e n deux bases d un même K-espace vectoriel E Soit PB,B la matrice de passage de la base B vers la base B Pour x E, il se décompose en x = n i= x i e i dans la base B et on note X = Mat B (x = Ce même x E se décompose en x = n i= x i e i dans la base B et on note X = Mat B (x = x x 2 x n B Proposition 4 X = PB,B X x x 2 x n B Notez bien l ordre! Démonstration P B,B est la matrice de id E : (E,B (E,B On utilise que x = id E (x et la proposition 37 On a : ( X = Mat B (x = Mat B ide (x = Mat B,B(id E Mat B (x = P B,B X 43 Formule de changement de base Soient E et F deux K-espaces vectoriels de dimension finie Soit f : E F une application linéaire Soient B E, B deux bases de E E Soient B F, B deux bases de F F Soit P = P BE,B la matrice de passage de B E à B E E Soit Q = P BF,B la matrice de passage de B F à B F F Soit A = Mat BE,B F (f la matrice de l application linéaire f de la base B E vers la base B F Soit B = Mat B E (f la matrice de l application linéaire f de la base,b B F E vers la base B F Théorème 32 Formule de changement de base B = Q AP Démonstration L application f : (E,B E (F,B se factorise de la façon suivante : F c est-à-dire que f = id F f id E f (E,B E id E (E,B E (F,B F id F (F,B F,
138 Matrices et applications linéaires 38 On a donc l égalité de matrices suivante : B = Mat B E,B F (f = Mat BF,B F (id F Mat BE,B F (f Mat B E,B E (id E = P B F,B F Mat B E,B F (f P BE,B E = Q AP Dans le cas particulier d un endomorphisme, nous obtenons une formule plus simple : Soit f : E E une application linéaire Soient B, B deux bases de E Soit P = PB,B la matrice de passage de B à B Soit A = Mat B (f la matrice de l application linéaire f dans la base B Soit B = Mat B (f la matrice de l application linéaire f dans la base B Le théorème 32 devient alors : Corollaire B = P AP Exemple 4 Reprenons les deux bases de R 3 de l exemple 3 : 3 B =,, 2 et B 2 =,, Soit f : R 3 R 3 l application linéaire dont la matrice dans la base B est : 6 A = Mat B (f = Que vaut la matrice de f dans la base B 2, B = Mat B2 (f? Nous avions calculé que la matrice de passage de B vers B 2 était 3 P = PB,B 2 = On calcule aussi P = On applique la formule du changement de base du corollaire : B = P AP = = C est souvent l intérêt des changements de base, se ramener à une matrice plus simple Par exemple ici, il est facile de calculer les puissances B k, pour en déduire les A k
139 Matrices et applications linéaires Matrices semblables Les matrices considérées dans ce paragraphe sont des matrices carrées, éléments de M n (K Définition 4 Soient A et B deux matrices de M n (K On dit que la matrice B est semblable à la matrice A s il existe une matrice inversible P M n (K telle que B = P AP C est un bon exercice de montrer que la relation «être semblable» est une relation d équivalence dans l ensemble M n (K : Proposition 4 La relation est réflexive : une matrice A est semblable à elle-même La relation est symétrique : si A est semblable à B, alors B est semblable à A La relation est transitive : si A est semblable à B, et B est semblable à C, alors A est semblable à C Vocabulaire : Compte tenu de ces propriétés, on peut dire indifféremment que la matrice A est semblable à la matrice B ou que les matrices A et B sont semblables Le corollaire se reformule ainsi : Corollaire Deux matrices semblables représentent le même endomorphisme, mais exprimé dans des bases différentes Mini-exercices Soit f : R 2 R 2 définie par f (x, y = (2x + y,3x 2y, Soit v = ( 3 4 R 2 avec ses coordonnées dans la base canonique B de R 2 Soit B = (( 3 2, ( 22 une autre base de R 2 Calculer la matrice de f dans la base canonique 2 Calculer les coordonnées de f (v dans la base canonique 3 Calculer la matrice de passage de B à B 4 En déduire les coordonnées de v dans la base B, et de f (v dans la base B 5 Calculer la matrice de f dans la base B Même exercice dans R 3 avec f : R 3 R 3, f (x, y, z = (x 2y, y 2z, z 2x, v = (( B = 2,( 2,( 2 ( 3 2 R 3 et
140 Matrices et applications linéaires 4 Auteurs D après un cours de Sophie Chemla de l université Pierre et Marie Curie, reprenant des parties d un cours de H Ledret et d une équipe de l université de Bordeaux animée par J Queyrut, réécrit et complété par Arnaud Bodin Relu par Vianney Combet
141 Exo7 7 Vector products This chapter is extracted from the book by Kenneth Kuttler Elementary linear algebra This book can be downloaded from author s web page : link to the full text of the book This book is published under the Creative Commons Attribution BY 3
142 Vector Products 3 The Dot Product There are two ways of multiplying vectors which are of great importance in applications The first of these is called the dot product, also called the scalar product and sometimes the inner product Definition 3 Let a, b be two vectors in R n define a b as a b n a k b k The dot product a b is sometimes denoted as (a, b of a, b where a comma replaces k= With this definition, there are several important properties satisfied by the dot product In the statement of these properties, α and β will denote scalars and a, b, c will denote vectors Proposition 32 The dot product satisfies the following properties a b = b a (3 a a and equals zero if and only if a = (32 (αa + βb c =α (a c + β (b c (33 c (αa + βb = α (c a + β (c b (34 a 2 = a a (35 You should verify these properties Also be sure you understand that 34 follows from the first three and is therefore redundant It is listed here for the sake of convenience Example 33 Find (, 2,, (,, 2, 3 This equals = Example 34 Find the magnitude of a = (2,, 4, 2 That is, find a This is (2,, 4, 2 (2,, 4, 2 = 5 The dot product satisfies a fundamental inequality known as the Cauchy Schwarz inequality Theorem 35 The dot product satisfies the inequality a b a b (36 Furthermore equality is obtained if and only if one of a or b is a scalar multiple of the other 27
143 28 VECTOR PRODUCTS Proof: First note that if b = both sides of 36 equal zero and so the inequality holds in this case Therefore, it will be assumed in what follows that b = Define a function of t R f (t = (a + tb (a + tb Then by 32, f (t for all t R Also from 33,34,3, and 35 f (t = a (a + tb + tb (a + tb = a a + t (a b + tb a + t 2 b b = a 2 + 2t (a b + b 2 t 2 Now this means the graph, y = f (t is a polynomial which opens up and either its vertex touches the t axis or else the entire graph is above the x axis In the first case, there exists some t where f (t = and this requires a + tb = so one vector is a multiple of the other Then clearly equality holds in 36 In the case where b is not a multiple of a, it follows f (t > for all t which says f (t has no real zeros and so from the quadratic formula, (2 (a b 2 4 a 2 b 2 < which is equivalent to (a b < a b You should note that the entire argument was based only on the properties of the dot product listed in 3-35 This means that whenever something satisfies these properties, the Cauchy Schwarz inequality holds There are many other instances of these properties besides vectors in R n The Cauchy Schwarz inequality allows a proof of the triangle inequality for distances in R n in much the same way as the triangle inequality for the absolute value Theorem 36 (Triangle inequality For a, b R n a + b a + b (37 and equality holds if and only if one of the vectors is a nonnegative scalar multiple of the other Also a b a b (38 Proof: By properties of the dot product and the Cauchy Schwarz inequality, a + b 2 = (a + b (a + b = (a a + (a b + (b a + (b b = a (a b + b 2 a a b + b 2 a a b + b 2 = ( a + b 2 Taking square roots of both sides you obtain 37 It remains to consider when equality occurs If either vector equals zero, then that vector equals zero times the other vector and the claim about when equality occurs is verified Therefore, it can be assumed both vectors are nonzero To get equality in the second inequality above, Theorem 35 implies one of the vectors must be a multiple of the other Say b = αa If α < then equality cannot occur in the first inequality because in this case (a b = α a 2 < < α a 2 = a b Therefore, α To get the other form of the triangle inequality, a = a b + b
144 32 THE GEOMETRIC SIGNIFICANCE OF THE DOT PRODUCT 29 so Therefore, Similarly, a = a b + b a b + b a b a b (39 b a b a = a b (3 It follows from 39 and 3 that 38 holds This is because a b equals the left side of either 39 or 3 and either way, a b a b 32 The Geometric Significance Of The Dot Product 32 The Angle Between Two Vectors Given two vectors, a and b, the included angle is the angle between these two vectors which is less than or equal to 8 degrees The dot product can be used to determine the included angle between two vectors To see how to do this, consider the following picture b θ a b a By the law of cosines, Also from the properties of the dot product, and so comparing the above two formulas, a b 2 = a 2 + b 2 2 a b cos θ a b 2 = (a b (a b = a 2 + b 2 2a b a b = a b cos θ (3 In words, the dot product of two vectors equals the product of the magnitude of the two vectors multiplied by the cosine of the included angle Note this gives a geometric description of the dot product which does not depend explicitly on the coordinates of the vectors Example 32 Find the angle between the vectors 2i + j k and 3i + 4j + k The dot product of these two vectors equals = 9 and the norms are = 6 and = 26 Therefore, from 3 the cosine of the included angle equals cos θ = = Now the cosine is known, the angle can be determines by solving the equation, cos θ = This will involve using a calculator or a table of trigonometric functions The answer is θ = radians or in terms of degrees, θ = π = Recall how this last computation is done x Set up a proportion, 7666 = 36 2π because 36 corresponds to 2π radians However, in calculus, you should get used to thinking in terms of radians and not degrees This is because all the important calculus formulas are defined in terms of radians
145 3 VECTOR PRODUCTS Example 322 Let u, v be two vectors whose magnitudes are equal to 3 and 4 respectively and such that if they are placed in standard position with their tails at the origin, the angle between u and the positive x axis equals 3 and the angle between v and the positive x axis is 3 Find u v From the geometric description of the dot product in 3 u v = 3 4 cos (6 = 3 4 /2 = 6 Observation 323 Two vectors are said to be perpendicular if the included angle is π/2 radians (9 You can tell if two nonzero vectors are perpendicular by simply taking their dot product If the answer is zero, this means they are perpendicular because cos θ = Example 324 Determine whether the two vectors, 2i + j k and i + 3j + 5k are perpendicular When you take this dot product you get = and so these two are indeed perpendicular Definition 325 When two lines intersect, the angle between the two lines is the smaller of the two angles determined Example 326 Find the angle between the two lines, (, 2, +t (, 2, 3 and (, 4, 3+t (, 2, 3 These two lines intersect, when t = in the first and t = in the second It is only a matter of finding the angle between the direction vectors One angle determined is given by cos θ = 6 4 = 3 7 (32 We don t want this angle because it is obtuse The angle desired is the acute angle given by cos θ = 3 7 It is obtained by replacing one of the direction vectors with times it 322 Work And Projections Our first application will be to the concept of work The physical concept of work does not in any way correspond to the notion of work employed in ordinary conversation For example, if you were to slide a 5 pound weight off a table which is three feet high and shuffle along the floor for 5 yards, sweating profusely and exerting all your strength to keep the weight from falling on your feet, keeping the height always three feet and then deposit this weight on another three foot high table, the physical concept of work would indicate that the force exerted by your arms did no work during this project even though the muscles in your hands and arms would likely be very tired The reason for such an unusual definition is that even though your arms exerted considerable force on the weight, enough to keep it from falling, the direction of motion was at right angles to the force they exerted The only part of a force which does work in the sense of physics is the component of the force in the direction of motion (This is made more precise below The work is defined to be the magnitude of the component of this force times the distance over which it acts in the case where this component of force points in the direction of motion and ( times the magnitude of this component times the distance in case the force tends to impede the motion Thus the work done by a force on an object as the object moves from one point to another is a measure of the extent to which the force contributes to the motion This is illustrated in the following picture in the case where the given force contributes to the motion F p 2 F θ p F
146 32 THE GEOMETRIC SIGNIFICANCE OF THE DOT PRODUCT 3 In this picture the force, F is applied to an object which moves on the straight line from p to p 2 There are two vectors shown, F and F and the picture is intended to indicate that when you add these two vectors you get F while F acts in the direction of motion and F acts perpendicular to the direction of motion Only F contributes to the work done by F on the object as it moves from p to p 2 F is called the component of the force in the direction of motion From trigonometry, you see the magnitude of F should equal F cos θ Thus, since F points in the direction of the vector from p to p 2, the total work done should equal F p p 2 cos θ = F p2 p cos θ If the included angle had been obtuse, then the work done by the force, F on the object would have been negative because in this case, the force tends to impede the motion from p to p 2 but in this case, cos θ would also be negative and so it is still the case that the work done would be given by the above formula Thus from the geometric description of the dot product given above, the work equals F p 2 p cos θ = F (p 2 p This explains the following definition Definition 327 Let F be a force acting on an object which moves from the point p to the point p 2 Then the work done on the object by the given force equals F (p 2 p The concept of writing a given vector F in terms of two vectors, one which is parallel to a given vector D and the other which is perpendicular can also be explained with no reliance on trigonometry, completely in terms of the algebraic properties of the dot product As before, this is mathematically more significant than any approach involving geometry or trigonometry because it extends to more interesting situations This is done next Theorem 328 Let F and D be nonzero vectors Then there exist unique vectors F and F such that F = F + F (33 where F is a scalar multiple of D, also referred to as proj D (F, and F D = The vector proj D (F is called the projection of F onto D Proof: Suppose 33 and F = αd Taking the dot product of both sides with D and using F D =, this yields F D = α D 2 which requires α = F D/ D 2 Thus there can be no more than one vector F It follows F must equal F F This verifies there can be no more than one choice for both F and F Now let F F D D 2 D and let F = F F = F F D D 2 D Then F = α D where α = F D D 2 It only remains to verify F D = But F D = F D F D D 2 D D = F D F D =
147 32 VECTOR PRODUCTS Example 329 Let F = 2i+7j 3k Newtons Find the work done by this force in moving from the point (, 2, 3 to the point ( 9, 3, 4 along the straight line segment joining these points where distances are measured in meters According to the definition, this work is (2i+7j 3k ( i 5j + k = 2 + ( 35 + ( 3 = 58 Newton meters Note that if the force had been given in pounds and the distance had been given in feet, the units on the work would have been foot pounds In general, work has units equal to units of a force times units of a length Instead of writing Newton meter, people write joule because a joule is by definition a Newton meter That word is pronounced jewel and it is the unit of work in the metric system of units Also be sure you observe that the work done by the force can be negative as in the above example In fact, work can be either positive, negative, or zero You just have to do the computations to find out Example 32 Find proj u (v if u = 2i + 3j 4k and v = i 2j + k From the above discussion in Theorem 328, this is just (i 2j + k (2i + 3j 4k (2i + 3j 4k = 8 (2i + 3j 4k = i j k Example 32 Suppose a, and b are vectors and b = b proj a (b What is the magnitude of b in terms of the included angle? b 2 = (b proj a (b (b proj a (b = b b a a 2 a b b a a 2 a 2 = b 2 (b a2 b a 2 a 2 + a 2 a 2 = b 2 (b a2 a 2 b 2 = b 2 cos 2 θ = b 2 sin 2 (θ where θ is the included angle between a and b which is less than π radians Therefore, taking square roots, b = b sin θ 323 The Inner Product And Distance In C n It is necessary to give a generalization of the dot product for vectors in C n This is often called the inner product It reduces to the definition of the dot product in the case the components of the vector are real Definition 322 Let x, y C n Thus x = (x,, x n where each x k C and a similar formula holding for y Then the inner product of these two vectors is defined to be x y j x j y j x y + + x n y n The inner product is often denoted as (x, y or x, y
148 32 THE GEOMETRIC SIGNIFICANCE OF THE DOT PRODUCT 33 Notice how you put the conjugate on the entries of the vector y It makes no difference if the vectors happen to be real vectors but with complex vectors you must do it this way The reason for this is that when you take the inner product of a vector with itself, you want to get the square of the length of the vector, a positive number Placing the conjugate on the components of y in the above definition assures this will take place Thus x x = j x j x j = j x j 2 If you didn t place a conjugate as in the above definition, things wouldn t work out correctly For example, ( + i = 4 + 2i and this is not a positive number The following properties of the inner product follow immediately from the definition and you should verify each of them u v = v u Properties of the inner product: 2 If a, b are numbers and u, v, z are vectors then (au + bv z = a (u z + b (v z 3 u u and it equals if and only if u = Note this implies (x αy = α (x y because The norm is defined in the usual way Definition 323 For x C n, (x αy = (αy x = α (y x = α (x y n /2 x x k 2 = (x x /2 k= Here is a fundamental inequality called the Cauchy Schwarz inequality which is stated here in C n First here is a simple lemma Lemma 324 If z C there exists θ C such that θz = z and θ = Proof: Let θ = if z = and otherwise, let θ = z Recall that for z = x + iy, z = x iy and z zz = z 2 I will give a proof of this important inequality which depends only on the above list of properties of the inner product It will be slightly different than the earlier proof Theorem 325 (Cauchy SchwarzThe following inequality holds for x and y C n (x y (x x /2 (y y /2 (34 Equality holds in this inequality if and only if one vector is a multiple of the other Proof: Let θ C such that θ = and θ (x y = (x y
149 34 VECTOR PRODUCTS Consider p (t x + θty, x + tθy where t R Then from the above list of properties of the dot product, p (t = (x x + tθ (x y + tθ (y x + t 2 (y y = (x x + tθ (x y + tθ(x y + t 2 (y y = (x x + 2t Re (θ (x y + t 2 (y y = (x x + 2t (x y + t 2 (y y (35 and this must hold for all t R Therefore, if (y y = it must be the case that (x y = also since otherwise the above inequality would be violated Therefore, in this case, (x y (x x /2 (y y /2 On the other hand, if (y y =, then p (t for all t means the graph of y = p (t is a parabola which opens up and it either has exactly one real zero in the case its vertex touches the t axis or it has no real zeros From the quadratic formula this happens exactly when t 4 (x y 2 4 (x x (y y which is equivalent to 34 It is clear from a computation that if one vector is a scalar multiple of the other that equality holds in 34 Conversely, suppose equality does hold Then this is equivalent to saying 4 (x y 2 4 (x x (y y = and so from the quadratic formula, there exists one real zero to p (t = Call it t Then p (t x + θt y x + t θy = x + θty 2 = and so x = θt y Note that I only used part of the above properties of the inner product It was not necessary to use the one which says that if (x x = then x = By analogy to the case of R n, length or magnitude of vectors in C n can be defined Definition 326 Let z C n Then z (z z /2 The conclusions of the following theorem are also called the axioms for a norm Theorem 327 For length defined in Definition 326, the following hold Proof: The first two claims are left as exercises argument which was used in R n t z and z = if and only if z = (36 If α is a scalar, αz = α z (37 z + w 2 = (z + w, z + w z + w z + w (38 = z z + w w + w z + z w = z 2 + w Re w z z 2 + w w z To establish the third, you use the same z 2 + w w z = ( z + w 2 Occasionally, I may refer to the inner product in C n as the dot product They are the same thing for R n However, it is convenient to draw a distinction when discussing matrix multiplication a little later
150 33 EXERCISES Exercises Use formula 3 to verify the Cauchy Schwarz inequality and to show that equality occurs if and only if one of the vectors is a scalar multiple of the other 2 For u, v vectors in R 3, define the product, u v u v + 2u 2 v 2 + 3u 3 v 3 Show the axioms for a dot product all hold for this funny product Prove u v (u u /2 (v v /2 Hint: Do not try to do this with methods from trigonometry 3 Find the angle between the vectors 3i j k and i + 4j + 2k 4 Find the angle between the vectors i 2j + k and i + 2j 7k 5 Find proj u (v where v = (,, 2 and u = (, 2, 3 6 Find proj u (v where v = (, 2, 2 and u = (,, 3 7 Find proj u (v where v = (, 2, 2, and u = (, 2, 3, 8 Does it make sense to speak of proj (v? 9 If F is a force and D is a vector, show proj D (F = ( F cos θ u where u is the unit vector in the direction of D, u = D/ D and θ is the included angle between the two vectors, F and D F cos θ is sometimes called the component of the force, F in the direction, D Prove the Cauchy Schwarz inequality in R n as follows For u, v vectors, consider (u proj v u (u proj v u Now simplify using the axioms of the dot product and then put in the formula for the projection Of course this expression equals and you get equality in the Cauchy Schwarz inequality if and only if u = proj v u What is the geometric meaning of u = proj v u? A boy drags a sled for feet along the ground by pulling on a rope which is 2 degrees from the horizontal with a force of 4 pounds How much work does this force do? 2 A girl drags a sled for 2 feet along the ground by pulling on a rope which is 3 degrees from the horizontal with a force of 2 pounds How much work does this force do? 3 A large dog drags a sled for 3 feet along the ground by pulling on a rope which is 45 degrees from the horizontal with a force of 2 pounds How much work does this force do? 4 How much work in Newton meters does it take to slide a crate 2 meters along a loading dock by pulling on it with a 2 Newton force at an angle of 3 from the horizontal? 5 An object moves meters in the direction of j There are two forces acting on this object, F = i + j + 2k, and F 2 = 5i + 2j 6k Find the total work done on the object by the two forces Hint: You can take the work done by the resultant of the two forces or you can add the work done by each force Why? 6 An object moves meters in the direction of j + i There are two forces acting on this object, F = i + 2j + 2k, and F 2 = 5i + 2j 6k Find the total work done on the object by the two forces Hint: You can take the work done by the resultant of the two forces or you can add the work done by each force Why? 7 An object moves 2 meters in the direction of k + j There are two forces acting on this object, F = i + j + 2k, and F 2 = i + 2j 6k Find the total work done on the object by the two forces Hint: You can take the work done by the resultant of the two forces or you can add the work done by each force
151 36 VECTOR PRODUCTS 8 If a, b, c are vectors Show that (b + c = b + c where b = b proj a (b 9 Find (, 2, 3, 4 (2,,, 3 2 Show that (a b = 4 a + b 2 a b 2 2 Prove from the axioms of the dot product the parallelogram identity, a + b 2 + a b 2 = 2 a b 2 22 Recall that the open ball having center at a and radius r is given by B (a,r {x : x a < r} Show that if y B (a, r, then there exists a positive number δ such that B (y, δ B (a, r (The symbol means that every point in B (y, δ is also in B (a, r In words, it states that B (y, δ is contained in B (a, r The statement y B (a, r says that y is one of the points of B (a, r When you have done this, you will have shown that an open ball is open This is a fantastically important observation although its major implications will not be explored very much in this book 34 The Cross Product The cross product is the other way of multiplying two vectors in R 3 It is very different from the dot product in many ways First the geometric meaning is discussed and then a description in terms of coordinates is given Both descriptions of the cross product are important The geometric description is essential in order to understand the applications to physics and geometry while the coordinate description is the only way to practically compute the cross product Definition 34 Three vectors, a, b, c form a right handed system if when you extend the fingers of your right hand along the vector a and close them in the direction of b, the thumb points roughly in the direction of c For an example of a right handed system of vectors, see the following picture c 2 a b In this picture the vector c points upwards from the plane determined by the other two vectors You should consider how a right hand system would differ from a left hand system Try using your left hand and you will see that the vector c would need to point in the opposite direction as it would for a right hand system From now on, the vectors, i, j, k will always form a right handed system To repeat, if you extend the fingers of your right hand along i and close them in the direction j, the thumb points in the direction of k
152 34 THE CROSS PRODUCT 37 k j i The following is the geometric description of the cross product It gives both the direction and the magnitude and therefore specifies the vector Definition 342 Let a and b be two vectors in R 3 Then a b is defined by the following two rules a b = a b sin θ where θ is the included angle 2 a b a =, a b b =, and a, b, a b forms a right hand system Note that a b is the area of the parallelogram determined by a and b b b sin(θ θ a The cross product satisfies the following properties For α a scalar, For a, b, and c vectors, one obtains the distributive laws, a b = (b a, a a =, (39 (αa b = α (a b = a (αb, (32 a (b + c = a b + a c, (32 (b + c a = b a + c a (322 Formula 39 follows immediately from the definition The vectors a b and b a have the same magnitude, a b sin θ, and an application of the right hand rule shows they have opposite direction Formula 32 is also fairly clear If α is a nonnegative scalar, the direction of (αa b is the same as the direction of a b,α (a b and a (αb while the magnitude is just α times the magnitude of a b which is the same as the magnitude of α (a b and a (αb Using this yields equality in 32 In the case where α <, everything works the same way except the vectors are all pointing in the opposite direction and you must multiply by α when comparing their magnitudes The distributive laws are much harder to establish but the second follows from the first quite easily Thus, assuming the first, and using 39, (b + c a = a (b + c = (a b + a c = b a + c a A proof of the distributive law is given in a later section for those who are interested Now from the definition of the cross product, i j = k k i = j j k = i j i = k i k = j k j = i With this information, the following gives the coordinate description of the cross product
153 38 VECTOR PRODUCTS Proposition 343 Let a = a i + a 2 j + a 3 k and b = b i + b 2 j + b 3 k be two vectors Then a b = (a 2 b 3 a 3 b 2 i+ (a 3 b a b 3 j+ + (a b 2 a 2 b k (323 Proof: From the above table and the properties of the cross product listed, (a i + a 2 j + a 3 k (b i + b 2 j + b 3 k = a b 2 i j + a b 3 i k + a 2 b j i + a 2 b 3 j k+ +a 3 b k i + a 3 b 2 k j = a b 2 k a b 3 j a 2 b k + a 2 b 3 i + a 3 b j a 3 b 2 i = (a 2 b 3 a 3 b 2 i+ (a 3 b a b 3 j+ (a b 2 a 2 b k (324 It is probably impossible for most people to remember 323 Fortunately, there is a somewhat easier way to remember it Define the determinant of a 2 2 matrix as follows a b c d ad bc Then a b = i j k a a 2 a 3 b b 2 b 3 where you expand the determinant along the top row This yields i ( + a 2 a 3 b 2 b 3 + j a a 3 ( 2+ b b 3 + k a a 2 ( 3+ b b 2 = i a 2 a 3 b 2 b 3 j a a 3 b b 3 + k a a 2 b b 2 (325 Note that to get the scalar which multiplies i you take the determinant of what is left after deleting the first row and the first column and multiply by ( + because i is in the first row and the first column Then you do the same thing for the j and k In the case of the j there is a minus sign because j is in the first row and the second column and so( +2 = while the k is multiplied by ( 3+ = The above equals (a 2 b 3 a 3 b 2 i (a b 3 a 3 b j+ (a b 2 a 2 b k (326 which is the same as 324 There will be much more presented on determinants later For now, consider this an introduction if you have not seen this topic Example 344 Find (i j + 2k (3i 2j + k Use 325 to compute this i j k = 2 2 i 2 3 j+ 3 2 k = 3i + 5j + k Example 345 Find the area of the parallelogram determined by the vectors, (i j + 2k, (3i 2j + k These are the same two vectors in Example 344
154 34 THE CROSS PRODUCT 39 From Example 344 and the geometric description of the cross product, the area is just the norm of the vector obtained in Example 344 Thus the area is = 35 Example 346 Find the area of the triangle determined by (, 2, 3, (, 2, 5, (5,, 2 This triangle is obtained by connecting the three points with lines Picking (, 2, 3 as a starting point, there are two displacement vectors, (,, 2 and (4,, such that the given vector added to these displacement vectors gives the other two vectors The area of the triangle is half the area of the parallelogram determined by (,, 2 and (4,, Thus (,, 2 (4,, = (2, 7, and so the area of the triangle is = Observation 347 In general, if you have three points (vectors in R 3, P, Q, R the area of the triangle is given by (Q P (R P 2 Q P R 34 The Distributive Law For The Cross Product This section gives a proof for 32, a fairly difficult topic It is included here for the interested student If you are satisfied with taking the distributive law on faith, it is not necessary to read this section The proof given here is quite clever and follows the one given in [3] Another approach, based on volumes of parallelepipeds is found in [5] and is discussed a little later Lemma 348 Let b and c be two vectors Then b c = b c where c + c = c and c b = Proof: Consider the following picture c c θ b Now c = c c b b b b and so c is in the plane determined by c and b Therefore, from the geometric definition of the cross product, b c and b c have the same direction Now, referring to the picture, b c = b c = b c sin θ = b c Therefore, b c and b c also have the same magnitude and so they are the same vector With this, the proof of the distributive law is in the following theorem Theorem 349 Let a, b, and c be vectors in R 3 Then a (b + c = a b + a c (327 Proof: Suppose first that a b = a c = Now imagine a is a vector coming out of the page and let b, c and b + c be as shown in the following picture a (b + c a b a c c b b + c
155 4 VECTOR PRODUCTS Then a b, a (b + c, and a c are each vectors in the same plane, perpendicular to a as shown Thus a c c =, a (b + c (b + c =, and a b b = This implies that to get a b you move counterclockwise through an angle of π/2 radians from the vector b Similar relationships exist between the vectors a (b + c and b + c and the vectors a c and c Thus the angle between a b and a (b + c is the same as the angle between b + c and b and the angle between a c and a (b + c is the same as the angle between c and b + c In addition to this, since a is perpendicular to these vectors, Therefore, and so a b = a b, a (b + c = a b + c, and a (b + c b + c a (b + c a c = a c = a c = a c c = a b b = a b + c a (b + c b + c, = c a b b showing the triangles making up the parallelogram on the right and the four sided figure on the left in the above picture are similar It follows the four sided figure on the left is in fact a parallelogram and this implies the diagonal is the vector sum of the vectors on the sides, yielding 327 Now suppose it is not necessarily the case that a b = a c = Then write b = b + b where b a = Similarly c = c + c By the above lemma and what was just shown, a (b + c = a (b + c = a (b + c = a b + a c = a b + a c The result of Problem 8 of the exercises 33 is used to go from the first to the second line 342 The Box Product Definition 34 A parallelepiped determined by the three vectors, a, b, and c consists of {ra+sb + tc : r, s, t [, ]} That is, if you pick three numbers, r, s, and t each in [, ] and form ra+sb + tc, then the collection of all such points is what is meant by the parallelepiped determined by these three vectors The following is a picture of such a thing a b c θ b a You notice the area of the base of the parallelepiped, the parallelogram determined by the vectors, a and b has area equal to a b while the altitude of the parallelepiped is c cos θ where θ is the angle shown in the picture between c and a b Therefore, the volume of this parallelepiped is the area of the base times the altitude which is just a b c cos θ = a b c This expression is known as the box product and is sometimes written as [a, b, c] You should consider what happens if you interchange the b with the c or the a with the c You can see geometrically
156 34 THE CROSS PRODUCT 4 from drawing pictures that this merely introduces a minus sign In any case the box product of three vectors always equals either the volume of the parallelepiped determined by the three vectors or else minus this volume Example 34 Find the volume of the parallelepiped determined by the vectors, i + 2j 5k, i + 3j 6k,3i + 2j + 3k According to the above discussion, pick any two of these, take the cross product and then take the dot product of this with the third of these vectors The result will be either the desired volume or minus the desired volume (i + 2j 5k (i + 3j 6k = i j k Now take the dot product of this vector with the third which yields = 3i + j + k (3i + j + k (3i + 2j + 3k = = 4 This shows the volume of this parallelepiped is 4 cubic units There is a fundamental observation which comes directly from the geometric definitions of the cross product and the dot product Lemma 342 Let a, b, and c be vectors Then (a b c = a (b c Proof: This follows from observing that either (a b c and a (b c both give the volume of the parallelepiped or they both give times the volume Notation 343 The box product a b c = a b c is denoted more compactly as [a, b, c] 343 A Proof Of The Distributive Law Here is another proof of the distributive law for the cross product Let x be a vector From the above observation, Therefore, x a (b + c = (x a (b + c = (x a b+ (x a c = x a b + x a c = x (a b + a c x [a (b + c (a b + a c] = for all x In particular, this holds for x = a (b + c (a b + a c showing that a (b + c = a b + a c and this proves the distributive law for the cross product another way Observation 344 Suppose you have three vectors, u = (a, b, c, v = (d, e, f, and w = (g, h, i Then u v w is given by the following i j k u v w = (a, b, c d e f g h i = a e f h i b d f g i + c d e g h det a b c d e f g h i The message is that to take the box product, you can simply take the determinant of the matrix which results by letting the rows be the rectangular components of the given vectors in the order in which they occur in the box product More will be presented on determinants later
157 42 VECTOR PRODUCTS 35 The Vector Identity Machine In practice, you often have to deal with combinations of several cross products mixed in with dot products It is extremely useful to have a technique which will allow you to discover vector identities and simplify expressions involving cross and dot products in three dimensions This involves two special symbols, δ ij and ε ijk which are very useful in dealing with vector identities To begin with, here is the definition of these symbols Definition 35 The symbol δ ij, called the Kronecker delta symbol is defined as follows δ ij if i = j if i = j With the Kronecker symbol i and j can equal any integer in {, 2,, n} for any n N Definition 352 For i, j, and k integers in the set, {, 2, 3}, ε ijk is defined as follows if (i, j, k = (, 2, 3, (2, 3,, or (3,, 2 ε ijk if (i, j, k = (2,, 3, (, 3, 2, or (3, 2, if there are any repeated integers The subscripts ijk and ij in the above are called indices A single one is called an index This symbol ε ijk is also called the permutation symbol The way to think of ε ijk is that ε 23 = and if you switch any two of the numbers in the list i, j, k, it changes the sign Thus ε ijk = ε jik and ε ijk = ε kji etc You should check that this rule reduces to the above definition For example, it immediately implies that if there is a repeated index, the answer is zero This follows because ε iij = ε iij and so ε iij = It is useful to use the Einstein summation convention when dealing with these symbols Simply stated, the convention is that you sum over the repeated index Thus a i b i means i a ib i Also, δ ij x j means j δ ijx j = x i Thus δ ij x j = x i, δ ii = 3, δ ij x jkl = x ikl When you use this convention, there is one very important thing to never forget It is this: Never have an index be repeated more than once Thus a i b i is all right but a ii b i is not The reason for this is that you end up getting confused about what is meant If you want to write i a ib i c i it is best to simply use the summation notation There is a very important reduction identity connecting these two symbols Lemma 353 The following holds ε ijk ε irs = (δ jr δ ks δ kr δ js Proof: If {j, k} = {r, s} then every term in the sum on the left must have either ε ijk or ε irs contains a repeated index Therefore, the left side equals zero The right side also equals zero in this case To see this, note that if the two sets are not equal, then there is one of the indices in one of the sets which is not in the other set For example, it could be that j is not equal to either r or s Then the right side equals zero Therefore, it can be assumed {j, k} = {r, s} If i = r and j = s for s = r, then there is exactly one term in the sum on the left and it equals The right also reduces to in this case If i = s and j = r, there is exactly one term in the sum on the left which is nonzero and it must equal The right side also reduces to in this case If there is a repeated index in {j, k}, then every term in the sum on the left equals zero The right also reduces to zero in this case because then j = k = r = s and so the right side becomes ( ( ( ( = Proposition 354 Let u, v be vectors in R n where the Cartesian coordinates of u are (u,, u n and the Cartesian coordinates of v are (v,, v n Then u v = u i v i If u, v are vectors in R 3, then (u v i = ε ijk u j v k Also, δ ik a k = a i
158 36 EXERCISES 43 Proof: The first claim is obvious from the definition of the dot product The second is verified by simply checking that it works For example, i j k u v u u 2 u 3 v v 2 v 3 and so From the above formula in the proposition, (u v = (u 2 v 3 u 3 v 2 ε jk u j v k u 2 v 3 u 3 v 2, the same thing The cases for (u v 2 and (u v 3 are verified similarly The last claim follows directly from the definition With this notation, you can easily discover vector identities and simplify expressions which involve the cross product Example 355 Discover a formula which simplifies (u v (z w, u, v R 3 From the above description of the cross product and dot product, along with the reduction identity, (u v (z w = Example 356 Simplify u (u v Hence The i th component is ε ijk u j v k ε irs z r w s = (δ jr δ ks δ js δ kr u j v k z r w s = u j v k z j w k u j v k z k w j = (u z (v w (u w (v z ε ijk u j (u v k = ε ijk u j ε krs u r v s = ε kij ε krs u j u r v s = (δ ir δ js δ jr δ is u j u r v s = u j u i v j u j u j v i = (u v u i u 2 v i u (u v = (u v u u 2 v because the i th components of the two sides are equal for any i 36 Exercises Show that if a u = for all unit vectors, u, then a = 2 Find the area of the triangle determined by the three points, (, 2, 3, (4, 2, and ( 3, 2, 3 Find the area of the triangle determined by the three points, (,, 3, (4,, and ( 3,, 4 Find the area of the triangle determined by the three points, (, 2, 3, (2, 3, 4 and (3, 4, 5 Did something interesting happen here? What does it mean geometrically? 5 Find the area of the parallelogram determined by the vectors, (, 2, 3, (3, 2, 6 Find the area of the parallelogram determined by the vectors, (,, 3, (4, 2,
159 44 VECTOR PRODUCTS 7 Find the volume of the parallelepiped determined by the vectors, i 7j 5k, i 2j 6k,3i+2j+3k 8 Suppose a, b, and c are three vectors whose components are all integers Can you conclude the volume of the parallelepiped determined from these three vectors will always be an integer? 9 What does it mean geometrically if the box product of three vectors gives zero? Using Problem 9, find an equation of a plane containing the two position vectors, a and b and the point Hint: If (x, y, z is a point on this plane the volume of the parallelepiped determined by (x, y, z and the vectors a, b equals Using the notion of the box product yielding either plus or minus the volume of the parallelepiped determined by the given three vectors, show that (a b c = a (b c In other words, the dot and the cross can be switched as long as the order of the vectors remains the same Hint: There are two ways to do this, by the coordinate description of the dot and cross product and by geometric reasoning It is better if you use geometric reasoning 2 Is a (b c = (a b c? What is the meaning of a b c? Explain Hint: Try (i j j 3 Discover a vector identity for (u v w and one for u (v w 4 Discover a vector identity for (u v (z w 5 Simplify (u v (v w (w z 6 Simplify u v 2 + (u v 2 u 2 v 2 7 For u, v, w functions of t, u (t is defined as the limit of the difference quotient as in calculus, (lim h w (h i lim h w i (h Show the following (u v = u v + u v, (u v = u v + u v 8 If u is a function of t, and the magnitude u (t is a constant, show from the above problem that the velocity u is perpendicular to u 9 When you have a rotating rigid body with angular velocity vector Ω, then the velocity vector v u is given by v = Ω u where u is a position vector The acceleration is the derivative of the velocity Show that if Ω is a constant vector, then the acceleration vector a = v is given by the formula a = Ω (Ω u Now simplify the expression It turns out this is centripetal acceleration 2 Verify directly that the coordinate description of the cross product, a b has the property that it is perpendicular to both a and b Then show by direct computation that this coordinate description satisfies a b 2 = a 2 b 2 (a b 2 = a 2 b 2 cos 2 (θ where θ is the angle included between the two vectors Explain why a b has the correct magnitude All that is missing is the material about the right hand rule Verify directly from the coordinate description of the cross product that the right thing happens with regards to the vectors i, j, k Next verify that the distributive law holds for the coordinate description of the cross product This gives another way to approach the cross product First define it in terms of coordinates and then get the geometric properties from this However, this approach does not yield the right hand rule property very easily
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