Analyse I : suites, limites et continuité
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- Jérémie Charbonneau
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1 Analyse I : suites, limites et continuité Maxime Legrand ENS - 7 décembre 2013 http ://matholympia.blogspot.fr/ 1 Petits rappels sur les quantificateurs Définition 1. On introduit (ou rappelle) les quantificateurs suivants : signifiant "il existe" signifiant "pour tout" Remarque. Généralement, l introduction d un élément x par sera suivi de ":" signifiant "tel que", afin de donner des conditions sur cet élément. Ainsi, x R : 0 < x < 1 signifie "Il existe un élément x de R tel que x soit strictement compris entre 0 et 1". Cette proposition est évidemment vraie (par exemple pour x = 1 π ). Les quantificateurs sont extrêmement importants en logique mathématiques, et il est primordial de savoir parfaitement les manipuler. Une opération importante sur une proposition logique Q est le passage à la négation Q de Q, qu il faut savoir manipuler. On remarque alors que les quantificateurs et sont inter-changés, et les affirmations triviales remplacées par leur contraire. Ainsi, si l on pose Q : x R : (y, z) R 2, y < x et x < z, on aura Q : x R, (y, z) R 2, x y ou x z. Bien entendu, seule Q est vraie. Exercice d application. Comment formuler à l aide de quantificateurs que deux éléments de R sont soit égaux, soit comparables au sens strict? Et le contraire? 2 Suites réelles, limite de suites 2.1 Suites réelles Définition 2. Une suite réelle est une fonction u : N R. On note généralement u n = u(n) l image d un élément n N, et la suite s écrit alors (u n ) n N R N. On dit qu une suite est constante si n N, u n = u n+1 majorée si M R : n N, u n M minorée si m R : n N, u n m bornée si elle est minorée et majorée croissante si n N, u n u n+1 décroissante si n N, u n u n+1 monotone si elle est croissante et décroissante Remarque. Une suite u est bornée si et seulement si u = ( u n ) n N est majorée. Remarque. Une suite peut être définie de façon exhaustive, comme u n = 2 n, ou par récurrence, par exemple : v 0 = 1 v n+1 = 2v n. Ici, les deux définitions nous permettent d obtenir la même suite : (u n ) n N = (v n ) n N. 1
2 2.2 Limite de suites Définition 3. On dit qu une suite converge vers 0 si : ɛ > 0, n 0 N : n N, n n 0 = u n ɛ. On dit qu une suite converge vers l R si u l = (u n l) n N converge vers 0. l est alors appelée limite de la suite u. Définition 4. On dit qu une suite : diverge vers + si A R, n 0 N : n N, n n 0 = u n A diverge vers si A R, n 0 N : n N, n n 0 = u n A Remarque. On dit qu une suite u est convergente si elle converge vers un certain l R, et divergente si u diverge vers +. On montre facilement qu une suite convergente est bornée. Lemme 1 (Inégalité triangulaire). Soit (a, b) R, alors a + b a + b. Théorème 2 (Unicité de la limite). Soit u une suite convergente ou divergeant vers + ou. Alors u admet une unique limite l R {+, }, notée lim u n, ou plus simplement lim u. Théorème 3 (Opérations sur les suites). Soit u et v deux suites convergeant respectivement vers l u et l v. Alors u + v = (u n + v n ) n N converge vers l u + l v u v = (u n v n ) n N converge vers l u l v u.v = (u n v n ) n N converge vers l u l v si n N, v n 0 et l v 0, 1 v = ( 1 v n ) n N est bien définie et converge vers 1 l v si n N, v n 0 et l v 0, u v = ( un v n ) n N est définie et converge vers lu l v Proposition 4 (Stabilité des inégalités larges par passage à la limite). Soit u et v deux suites convergeant respectivement vers l u et l v, et telles que n N, u n v n. Alors l u l v. Remarque. Attention, si on remplace les par des <, la proposition devient fausse. On pourra par exemple prendre u n = 2 n et v n = 2 n. Proposition 5. Soit u une suite convergeant vers l > 0. Alors u n > 0 à partir d un certain rang. Corollaire 6. Soit a R et u une suite convergeant vers l > a. Alors n 0 N : n N, n n 0 = u n > a. Remarque. La propriété ci-dessus est équivalente au même énoncé en remplaçant u n > a par u n a. (Penser à remplacer a par a+l 2 ) Exercice d application. Soit u une suite réelle telle que n N, u n+1 = 4u n u 2 n. Si u converge vers une limite l, que peut-on dire sur l? Montrer que u converge si et seulement si elle stationnaire (c est à dire constante à partir d un certain rang). 2
3 2.3 Suites extraites Définition 5. On appelle extraction une fonction strictement croissante de N dans N. Remarque. Quelques extractions simples : les fonctions qui, à n N associent n, 2n, 2n + 1, n 2, 2 n,... Définition 6. Soit u une suite réelle. La suite v est dite extraite de u si il existe une extraction φ telle que : n N, v n = u φ(n). Définition 7. Soit u une suite réelle et l R. On dit que l est une valeur d adhérence de u s il existe une suite v extraite de u telle que lim = l. Définition 8. Deux suites réelles u et v sont dites adjacentes si : u est croissante et v est décroissante lim v n u n = 0. Définition 9. Soit A un ensemble non vide et borné de R. Alors on admet que A admet un plus petit majorant sup A appelé borne supérieure de A, ainsi qu un plus grand minorant inf A appelé borne inférieure de A. Lemme 7. Une suite croissante et majorée est convergente, de même qu une suite décroissante et minorée. Remarque. Une suite monotone admet donc toujours une limite, qui est éventuellement infinie (dans le cas où elle n est pas bornée). Théorème 8 (Suites adjacentes). Soit u et v deux suites adjacentes (telles que u soit la suite croissante). Alors : n N, u n v n u et v convergent vers une même limite l. Remarque. La paire de suites u n = 2 n et v n = 2 n est un exemple-type de suites adjacentes. Leur limite commune étant évidemment 0. Exercice d application. Soit (a, b) R 2 : 0 < a < b. On pose : u telle que u 0 = a et u n+1 = u n v n v telle que v 0 = b et u n+1 = un+vn 2. Montrer que u et v sont monotones. Dans quel sens? Montrer que u et v convergent. Montrer qu elles ont la même limite, appelée moyenne arithmético-géométrique de u et v. Lemme 9. Soit E = A B une réunion d ensembles tel que card(e) = +. Alors card(a) = + ou card(b) = +. Théorème 10 (Bolzano-Weierstrass). Tout suite bornée admet au moins une valeur d adhérence. Remarque. Mais il peut y en avoir bien plus qu une! Par exemple, on peut montrer que tout élément de [ 1; 1] est valeur d adhérence de la suite (cos(n) n N. Exercice d application. Si une suite bornée n a qu une valeur d adhérence l R, elle converge vers l. 3
4 Complément : suites de Cauchy Définition 10. Une suite est dite de Cauchy si : ɛ > 0, n 0 N : p, q N, p n 0 et q n 0 = u p u q ɛ. Théorème 11 (Complétude de R). Tout suite réelle est convergente si et seulement si elle est de Cauchy : on dit que R est complet. Démonstration. Exercice. Indications : Une suite convergente est évidemment de Cauchy, si pour un certain ɛ > 0, on applique la définition de la convergence pour ɛ 2 et l inégalité triangulaire. Pour montrer qu une suite de Cauchy est convergente, on pourra commencer par montrer qu elle admet une valeur d adhérence (Bolzano-Weierstrass), puis que celle-ci est unique (définition et inégalité triangulaire) avant de conclure. 3 Fonctions réelles, continuité de fonctions 3.1 Limite de fonctions réelles Définition 11. Soit f : D f R une fonction réelle (D f R) et a R. On dit que f est définie au voisinage de a si h > 0 : D f [a h; a + h]\{a} = [a h; a[ ("définie à gauche de a") ou ]a; a + h] ("définie à droite de a") ou [a h; a + h]\{a} ("définie autour de a"). On dit que f est définie au voisinage de + si : A R : [A; + [ D f. On dit que f est définie au voisinage de si : A R : ] ; A] D f. Définition 12. Soit f une fonction réelle, et a R. On dit que f tend vers 0 en a si f est définie au voisinage de a et que : ɛ > 0, η > 0 : x D f, x a η = f(x) ɛ On dit que f tend vers l R en a si f l : x f(x) l tend vers 0 en a. Théorème 12 (Caractérisation séquentielle de la limite). Soit a R et f un fonction réelle définie au voisinage de a. Alors les deux assertions suivantes sont équivalentes : f tend vers l en a (u n ) n N I N : lim n >+ u n = a, lim f(u n) = l. n >+ Définition 13. On dit que f est continue en a D f si f tend vers f(a) en a. Si D f = I est un intervalle de R, on dit que f est continue si f est continue en tout point de I. On note C(I) l ensemble des fonctions continues sur I. On ne s intéressera dans la suite qu à des fonctions définies sur un intervalle I de R. Proposition 13 (Quelques propriétés sur l ensemble C(I)). Soit f, g deux fonctions de C(I). Alors : a R, a.f : x a.f(x) est une fonction de C(I) f + g : x f(x) + f(y) est une fonction de C(I) f.g C(I) si x I, g(x) 0, f g C(I) f C(I) 4
5 Exercice d application. Soit f et g deux fonctions continues sur I. Montrer que inf(f, g) : x inf(f(x), g(x)) et sup(f, g) : x sup(f(x), g(x)) sont continues sur I. Lemme 14. Soit f C(I) et a, b I : a b. Alors si f(a).f(b) 0, c [a; b] : f(c) = 0. Théorème 15 (Théorème des valeurs intermédiaires). Soit f C(I) et a, b I : a b. Alors toute valeur d [f(a); f(b)] est atteinte par la fonction f sur [a; b]. Exercice d application. On dit que f est injective si x, y, f(x) = f(y) = x = y. Soit f C(I) injective. Montrer que f est monotone. Complément : fonctions uniformément continues Définition 14. Soit f une fonction réelle définie sur un intervalle I. On dit que f est uniformément continue sur I si : ɛ > 0, η > 0 : (x, y) I 2, x y η = f(x) f(y) ɛ. Remarque. Une fonction uniformément continue est en particulier continue. Théorème 16 (Heine). Toute fonction continue sur un segment I = [a; b] est uniformément continue sur I. Exercice d application. Montrer qu une fonction continue sur R + admettant une limite finie l en + est uniformément continue. Exercices Exercice 1 : Moyenne de Cesàro Soit u une suite réelle, et v la suite définie par v n = u 0+u 1 +u u n n+1. a) On suppose dans un premier temps que u tend vers 0. Soit ɛ > 0, montrer que : n 0 N : n N, n n 0 = un 0 +u n u n n ɛ 2. b) Montrer que : n 1 N : n N, n n 1 = u 1+u u n0 1 n ɛ 2. c) Montrer que v tend vers 0. d) Montrer que, si u tends vers l R, alors v est convergente, et tend vers le même réel l. e) Qu en est-il de la réciproque? Exercice 2 : Fonction continue sur un segment Soit f une fonction continue sur un intervalle I. a) Montrer que l image J = f(i) de f est un intervalle. b) Si I est un segment [a; b], montrer que f admet un minimum m et un maximum M sur I. Autrement dit, (c, d) [a; b] 2 : x [a; b], m = f(c) f(x) f(d) = M. c) En déduire que, dans ce cas, f([a; b]) = [m; M]. 5
6 Exercice 3 : Une démonstration alternative du théorème de Bolzano-Weierstrass Soit u = (u n ) n N R N une suite bornée. On note limsup(u) = lim inf{u k k n}. lim sup{u k k n} et liminf(u) = a) Soit v n = sup{u k k n}. Montrer que (v n ) n N est décroissante. De même, (v n = inf{u k k n}) n N est croissante. En déduire la cohérence des définitions de limsup et de liminf b) Soit A un ensemble non vide et borné de R. Montrer que sup A = inf( A) où ( A) = { x x A}. En déduire que limsup( u) = liminf(u). c) Montrer que limsup(u) est une valeur d adhérence de u. En déduire le théorème de Bolzano-Weierstrass. d) De même qu en c), liminf(u) est une valeur d adhérence de u. Montrer que si l est une valeur d adhérence de u, liminf(u) l limsup(u). Exercice 4 : Définition pas à pas d une fonction continue 1) Montrer que Q est dense dans R, c est à dire que Q R et que tout élément de R est limite d une suite d éléments de R. 2) Soit f C(R) telle que : (x, y) R 2, f(x + y) = f(x) + f(y). a) En vous aidant d un raisonnement par récurrence, déterminer f sur Z en fonction de f(1). b) Après avoir exprimé f( 1 q ), q N, déterminer f sur Q. c) Déterminer f sur R. 6
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