La pratique institutionnelle «à plusieurs»

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1 L prtique institutionnelle «à plusieurs» mury Cullrd Février 2013 Nicols, inquiet: «Qund je suis seul vec quelqu un, il se psse des choses» Vlentin, à propos de l institution : «Ici, y beucoup de gens, hein? Ce que j ime bien c est qu ils me lissent trnquille! Ps comme illeurs.» Rq : Je tiens à préciser que je ne pourri témoigner dns ce texte que de mon expérience de l prtique «à plusieurs» u sein de L IMP Notre Dme de l gesse, plus connu, quoique ps tnt que cel, sous le nom de Courtil (www.courtil.be). Les vignettes cliniques qui vont illustrer mes propos sont issues de mon trvil u sein de cette institution spécifique. L institution et s prtique sont une réponse L institution et s prtique sont ou devrient être une réponse à un insupportble. C est l insupportble vécu pr un sujet qui est à l origine de l existence de l institution et de l définition d une orienttion de trvil. L institution n urit pour nous ucun sens sns cel. Elle prend le relis d une thérpie en cbinet ou de tout utre type d ccueil qui ne permet plus un pisement. L ccueil de cet insupportble, à fortiori dns le cs de sujets psychotiques, est d bord «une nécessité socile» (lfredo Zenoni), «un devoir d humnité» (Jcques-lin Miller). L question du tritement est ici secondire. L institution primordilement fonction d «sile» u sens de protection. L question qui devrit être à l bse de toute logique institutionnelle est de svoir quel ccueil puis quelle réponse, proposer à ce trop qui motive l venue en institution. Pour répondre, l enseignement de Lcn nous donne comme boussole de nous orienter à prtir du réel. L question première est donc, comme nous le montre lfredo Zenoni dns son livre «L utre prtique clinique», «Qui sont-ils?». insi, le projet institutionnel et s prtique s orgnisent-t-ils en fonction de l clinique différentielle des cs. L position doptée v insi vrier en fonction de l position subjective des sujets ccueillis, selon qu ils sont névrosés ou psychotiques. L prtique «à plusieurs» est une réponse institutionnelle fite u réel qui se déchine dns l psychose à prtir de l enseignement de Lcn. 1

2 Une prtique ni pluridisciplinire, ni Une L prtique «à plusieurs» n est tout d bord ps une prtique pluridisciplinire u sens où elle n est ps le regroupement de spécilistes divers qui ppliquerient ux difficultés, ux symptômes des sujets psychotiques un svoir universitire fin de le triter. Elle n est ps non plus l intégrtion dns une telle équipe d un psychnlyste ou bien encore l mise en plce d une consulttion dns une institution, sur le côté. Il est plutôt question ici de voir comment chcun des trvilleurs, peu importe s formtion, sns hiérrchie de diplôme, peut orienter ou dpter son trvil à prtir des questions que l ccueil du réel vécu pr les sujets psychotiques posent à l psychnlyse. L psychnlyse lcnienne nous pprend que le svoir qunt u «réel» en jeu, est à plcer du côté du sujet qu il soit névrosé et, à plus forte rison, s il est psychotique. L position doptée pr l institution et pr ses intervennts est bien plutôt celle d un «svoir ne ps svoir» (Virginio Bio), ccompgnée d une ttention foclisée sur ce qui se psse pour le sujet, l clinique. Nous nous enseignons de ce que le sujet met en vnt comme signifints, comme intérêts, de ce qui l pise, de ce qui le met ussi à ml, fisnt le pri qu il est déjà et continuellement u trvil d essyer de triter quelque chose du réel en trop pour lui. Cette position est nécessire à l émergence d un svoir non stndrdisé, nouveu, d une invention ussi bien chez le trvilleur que chez le sujet psychotique. L prtique «à plusieurs» n est ps non plus une prtique que l on pourrit dire Une, tout du moins dns s forme. Il y différentes risons à cel. Premièrement, elle été mise en plce dns diverses institutions (notmment celles pprtennt u RI3 Réseu Interntionl des Institutions Infntiles créé en 1992 pr Jcques-lin Miller) qui ont chcune leur histoire et leurs prticulrités, qui ont fit des choix différents (consulttion psy ou non u sein de l institution pr exemple). Deuxièmement, elle est prtiquée pr des trvilleurs ynt chcun leur style, même s ils doptent une même logique de trvil décidée lors des réunions d équipes hebdomdires. Enfin, les sujets psychotiques ccueillis modifient eux-mêmes notre prtique en fonction de l mnière dont le réel fit retour pour eux, leurs solutions inédites, leurs demndes. L prtique «à plusieurs» est vnt tout une clinique de l invention, elle n est donc ps figée dns s forme. Il existe pourtnt un socle commun qui fonde ces réponses u réel. Tronc commun, première réponse u réel : viser l pisement Prtons de deux vignettes ssez «clssiques» de l clinique institutionnelle vec des sujets psychotiques. Hervé Hervé, lors que nous prenons le goûter, me prle de son weekend. Il est llé vec ses prents voir s mrrine. Elle lui demndé s il voulit des bonbons. Il les tous mngés me dit-il. J cquiesce et joute que c est gentil de l prt de cette dme. près un silence, il me dit : «Tu sis, je voulis ps mnger les bonbons». Mon oreille se dresse. Je demnde pourquoi il les tous mngés s il n en voulit ps. Il me répond sns intontion prticulière: «Elle dit : «Tu veux des bonbons!» (j joute le point d exclmtion en 2

3 fonction de ce qui suit). Je demnde s il pouvit dire non. Hervé me dit qu il ne pouvit ps et m explique lors qu il ne peut ps dire non lorsque «quelqu un (lui) dit quelque chose». Ce bref échnge montre comment chez certins sujets, le lngge peut supporter l volonté de jouissnce de l utre. Qund Hervé m dit qu il ne peut ps dire non à ce qui lui est dit quelle que soit l personne, quelle que soit l demnde, j i été choqué. Combien de fois vit-il entendu mes questions comme des ordres et vit-il été contrint de s y plier de pr son rpport u lngge. «Tu veux un chocolt chud?» «Tu veux un chocolt chud!» QUETION ORDRE J i bien entendu trnsmis cette vignette en urgence à mes collègues lors de notre réunion clinique hebdomdire. Chcun lors pu trnsmettre son expérience vec Hervé, ses questionnements. Nous sommes convenus d insister à chque fois lourdement sur le fit qu Hervé n étit en ucun cs obligé de fire telle ou telle chose. Nous vons ussi décidé d éviter vec lui le mode ffirmtif ou interrogtif, préférnt prler à l cntonde, sns citer son nom - «Il y du chocolt chud.» - ttendnt simplement qu il vienne nous demnder quelque chose ou ne prlnt tout simplement ps. Cette strtégie de trvil, inspirée et vlidée pr notre responsble thérpeutique à prtir de nos observtions, cette invention d une mnière nouvelle de prler qui ne le contrigne ps, été très vite pisnte pour ce jeune. Notre responsble est ussi venue prler vec lui et les utres jeunes de son groupe de vie pour leur dire que l direction vient insisté en réunion uprès de tous les intervennts (nom donné ux professionnels du Courtil) sur le fit qu Hervé pouvit dire ce qu il voulit et surtout dire non à ce qu il ne voulit ps. Nous vons pu constter que cette nouvelle fçon de l border vit des effets pour Hervé. Il progressivement pu nous dresser des demndes inédites, nous vons découvert des intérêts chez lui qui nous étient inconnus et entendre les premiers refus ctégoriques de ce jeune grçon si pssif jusque-là. Pssif cr sous le joug de l injonction que comporte pour lui le lngge et qui vient de l utre. Nous vons donc, à plusieurs, fit un trvil importnt sur notre mode d expression et nous vons orgnisé grâce à l visite de notre responsble un réglge collectif de l équipe et des jeunes de ce groupe. Richrd Un soir, lors que je viens de sortir du groupe de vie dns lequel je trville, je me rends compte que j i oublié de prendre mon échrpe. Je fis demi-tour et pénètre dns l cuisine du groupe où les jeunes sont occupés à mnger pour l récupérer. ns que je prononce un mot ou que je croise un regrd, je vois fuser vers moi un couvert, à peine entré dns l pièce. L fourchette me loupe de peu. Richrd hurle : «Qu est-ce que tu fous là!». Richrd me lnce donc une fourchette. Qu est ce qui est en jeu? Richrd le dit en hurlnt, je suis là, lors que je devris être prti. Pourquoi, suis-je là? C est une énigme pour Richrd, mis une chose semble certine, il se défend vec violence de ce qui se présente comme irruption pour lui, ce qui tend à montrer qu elle le concerne. Quel est le problème ici? Est-ce 3

4 le fit que Richrd me lnce une fourchette? Je ne le pense ps, même si cel est un cte très dngereux. Non, le trop est bien de mon côté et il le dit. M présence fit effrction pour Richrd. Il n ttque ps. Il se défend. Qu est-ce que je lui veux? C est l question qui se pose à Richrd, m présence est peut être énigmtique, mis un point semble certin pour lui : celle-ci le vise et de mnière insupportble. L riposte est proportionnelle à l mence ressentie. J incrne lors pour ce jeune psychotique ce que l on nomme une figure de l utre méchnt, un utre qui lui veut du ml. suivre cette logique, l chose à triter, l chose qui est venue en trop et à lquelle l équipe doit répondre n est donc ps le lncer de fourchette, mis m présence. Voici comment nous vons opéré vec mon collègue : l étonnement pssé, inquiet de voir Richrd dns cet étt, je me tourne vers un intervennt qui est ssis à tble. Je lui dis que je suis désolé de dérnger tout le monde, mis que j i oublié mon échrpe dns l cuisine. Mon collègue, fisnt semblnt d être très en colère, se lève et commence à me disputer. L chose est entendue, j i oublié mon échrpe, mis cel n excuse ps que j entre dns le groupe lors que je n y trville plus, que je dois respecter mon horire, que cel dérnge u plus hut point les jeunes qui sont trnquillement en trin de mnger que je vienne insi. Il joute qu il en prler lors de l prochine réunion d équipe, qu ucun intervennt ne peut fire ce genre de chose. Rentrnt dns le jeu, je m excuse pltement et file vec mon échrpe. u cours de cette «engueulde» sur les règles et dns les règles, Richrd s ssied, écoute mon collègue vec ttention et s pise. J entends en prtnt l petite voix redevenue clme de Richrd jouter un «Et toc!» mrqunt que tout v bien à nouveu pour lui et qui provoqu chez moi un fou rire dès l porte d entrée pssée. J ppris bien entendu que mon collègue vit orienté l discussion durnt le reps sur ce point, rppelnt ce réglge de l présence des intervennts pr les horires, expliqunt ux jeunes qu ils peuvent venir se plindre ux utres intervennts si l un ou l utre ne suit ps cette règle, que cel serit lors rpporté à l réunion et u directeur qui prendrit des snctions. Richrd lors jouté de lui-même vec un grnd rire que si je recommençis, ce n est ps une fourchette qu il m enverrit mis un directeur, ce qui serit bien plus drôle. Qu est ce qui été pisnt ici? M présence irruptive, cpricieuse pour Richrd, qui le vise été «réglée» pr l intervention de mon collègue. Tout d bord, j explique m présence, mis cel n urit sns doute ps été suffisnt cr Richrd est encore debout à me fixer jusqu à ce que mon collègue et moi commencions notre petit jeu. Il se clme progressivement pr le rppel de l règle qui orgnise notre présence à nous trvilleurs, les horires, règle qui pèse sur chcun d entre nous et surtout sur celui qui l énonce. Il dit ussi que des figures hiérrchiques supérieures à nous grntissent son ppliction : réunion d équipe, direction. Mon collègue vient s interposer entre Richrd et moi qui prit cpricieux, fisnt exister une protection. Ce positionnement n est possible que prce que l règle qu il énonce est d bord vlble pour lui-même. Cette opértion est ce que l on ppelle un réglge de l utre. Elle eu un grnd effet pisnt pour Richrd et permis de remettre en plce un lien socil pisé. Cel indique sns doute que le monde de Richrd est un monde qui peut très rpidement devenir sns règle. Conséquence directe de l position occupée pr mon collègue, ce jeune pu se sisir des proles de ses proles concernnt une solution différente pour supporter une telle intrusion à l venir et même l prévenir, opérnt un déclge de lui-même en pssnt de l fourchette u directeur. Ce pssge de l cte u signifint est une petite solution très précieuse! L 4

5 mnière de fire de mon collègue été très fine, elle permis de clmer les choses tout en reprennt indirectement et, sns viser Richrd trop directement, l question de ce lncer de fourchette. Pendnt longtemps, Richrd, u moment de mon déprt, venit me trouver pour me demnder si je n vis ps oublié mon échrpe, en joutnt un sourire ux lèvres, que dns le cs contrire je devris ttendre de trviller à nouveu pour l récupérer. Je rentris bien sûr dns le jeu et il me sluit près cel d un «ttention u directeur!» qui provoquit mon effroi et son hilrité. Cette mnière de me sluer montre que cette solution étit efficce pour Richrd, mis étit ussi le signe que m présence restit potentiellement mençnte pour lui. Nous vons pu nous rendre compte en réunion d équipe qu il utilisit ce petit «svoir y fire» vec notre présence pour régler bon nombre des intervennts. Ce réglge de l utre que trvilleurs ou résidnts peuvent toujours venir incrner, est toujours à refire et ne doit ps être seulement utilisé en sitution de crise. Il est un des piliers de l prtique «à plusieurs», il est l première réponse que nous pportons à ce simple constt uquel l clinique et les deux vignettes ici présentées nous poussent : l utre du sujet psychotique est toujours trop présent et lui veut toujours du ml. Comment comprendre cel? Logique du trnsfert psychotique Le trnsfert psychotique peut être compris comme un trnsfert inversé. u contrire du sujet névrosé qui plce son mnque dns l utre, le sujet psychotique est toujours en risque d être l objet de l utre uquel il est confronté, le désir de l utre se foclise sur lui. Ce phénomène est lié à l non extrction de l objet dns l psychose. Comme Lcn l dit, l objet (), le sujet psychotique l dns s poche et cel des conséquences. Trnsfert névrotique ujet brré utre brré Objet ens du trnsfert 5

6 Trnsfert psychotique ujet non brré utre Objet ens du trnsfert Cette volonté de jouissnce de l utre, qui vise le sujet psychotique est ce contre quoi le sujet lutte vec les rmes à s disposition. Prfois vec un certin succès, prfois non. Le recours à l institution indique, que ce trvil individuel du sujet psychotique, ne le met ps ssez à l bri de ce réel qui lui tombe dessus, qui est du côté du trop. Dès lors, comment fire en sorte que l institution et ses membres ne soient ps l une des figures de l utre méchnt, de cet utre tout puissnt? Vous vez pu comprendre à trvers les deux vignettes que je viens de vous exposer que notre réponse, celle de l prtique «à plusieurs» est, dns un premier temps, d occuper l plce d un «utre utre» (lfredo Zenoni). Un utre dont le désir, le trnsfert serit bsent, non invsif pour le sujet puisque sous le coup de l règle et de l loi. Cette opértion de réglge de l utre institutionnel deux conséquences : - n étnt plus, ou moins, en risque d être rvlé à l plce d objet de jouissnce de l utre u sein de l institution, le sujet s y trouve quelque peu pisé. - n occupnt plus cette plce d utre jouisseur, nous pouvons lors nous positionner comme prtenires de trvil, si le sujet nous convoque à cette plce. J i prlé du réglge de l utre institutionnel comme du premier temps, temps logique, de l réponse que constitue l prtique «à plusieurs», cr cette opértion n est que l condition indispensble à l possibilité d un trvil et non le trvil en lui-même. Ce n est qu une fois dns cette position d utre réglé que nous pouvons espérer prendre prt à l lutte contre le réel que le sujet mène. Le sujet peut lors, comme le jeune Richrd, se sisir d un svoirfire ou d un signifint du prtenire pour créer une petite solution: «ttention u directeur!», jeter un directeur plutôt qu une fourchette. 6

7 : 1 er Temps logique, réglge du trnsfert de l utre. : 2 ème Temps logique, le sujet peut se sisir de signifints et des «svoir-fire» du prtenire. ujet non brré utre Objet ens du trnsfert Trnsfert u prtenire ignifint(s)/svoir-fire comme «directeur» dns le cs de Richrd. Il est importnt de noter que cette possibilité de l invention n est ps toujours possible, que tous les sujets psychotiques n rrivent ps à de telles crétions, pour des risons diverses et mjoritirement contingentes (bonnes ou muvises rencontres) ou liées à un réel ps ssez entmé pr leur trvil ou le nôtre. L invention, l solution psychotique ne vient que de surcroît, si je puis dire. C est pourquoi l pisement, comme Jcques-lin Miller nous l dit, lors de l une de ses visites u Courtil, est l essence de notre trvil en institution. Produire cinq minutes, un qurt d heure, une heure, une journée de quiétude pour et vec le sujet est déjà une victoire. 7

8 Le mintien du réglge individuel et collectif de l utre institutionnel psse ussi pr l nécessité de l mise en plce de relis. Comme l exprime très bien Nicols - «Qund je suis seul vec quelqu un, il se psse des choses» - il est difficilement possible de mintenir un réglge et une distnce lorsque le trvil ne s effectue ps u sens propre à plusieurs, ce qui peut entrîner des effets dévstteurs ou u minimum ngoissnts pour certins sujets. L prtique «à plusieurs» est donc une prtique du relis, du réseu. Elle est plurielle pr nécessité, fin de diffrcter le trnsfert mssif que peut engendrer un trvil en tête à tête vec un sujet psychotique. Elle est une prtique du «un pr un» mis ps du «un pour un». Ces relis entre les intervennts peuvent être prévus à l vnce comme pr exemple lors du pssge d un telier à l utre, moments de creux souvent complexes, mis ussi, dns l pluprt des cs, nécessités pr des phénomènes imginires et/ou interpréttifs pouvnt mettre en difficulté un sujet. L exemple de Richrd est ici très prlnt. Ces relis sont souvent très efficces prce qu ils méditisent les rpports, le second intervennt vennt lors en position de tiers, pouvnt lors opérer un déclge et/ou un réglge. L utre utre institutionnel convoqué à se fire outil multi-usge : seconde réponse Une fois ce premier temps de réglge et de mise en plce de relis opéré, nous pouvons voir que l utre utre qui en résulte est utilisé pr les sujets psychotiques à de multi-usges uxquels ils nous convoquent. Prtenrit de trvil Le premier usge que j i évoqué est de devenir prtenire du trvil du sujet. Nous nous bsons lors sur les signifints et les intérêts de chcun pour l ccompgner s il nous le demnde ou se déclre intéressé pr tel ou tel telier, ctivité. L proposition est toujours une intervention délicte, elle suppose en effet, pour beucoup de sujets, une volonté de l utre qui pourrit toujours venir les viser. Le mode de proposition est lors à dpter ux difficultés de chcun. Il est de toute fçon nécessire de se lisser guider pr le sujet qui ssurément un svoir sur le réel que nous ne possédons ps. L difficulté est lors souvent que ce qui pose problème, ce qui déborde le sujet, qui s impose à lui est l bse de ce qui ser ou peut être l solution du sujet. C est souvent dns cette impsse, très complexe à gérer et qui peut durer, que le prtenire peut être mené à introduire un signifint ou un svoir-fire qui v permettre u sujet d inventer une protection. Julien nous montre bien cel. Ce jeune grçon ne peut s rrêter de prler d un jeu vidéo très précis, des divers mondes à visiter, des personnges, des commndes, sns fin. Que fire? Refuser d entendre? Essyer de couper cel? Impossible sns le mettre en très grnde 8

9 difficulté. Il fllu entendre que cette dresse étit déjà une demnde et fire vec cel. Là où le sujet est comme en pnne, nous pouvons l ccompgner et proposer une idée, une voie de tritement nouvelle. Julien s est sisi de m proposition de se rendre en telier «construction en crton» fin d y construire l un des objets de ce jeu. Il est très ttentif et il ide les intervennts à construire le msque de son personnge préféré qu il choisi de créer. Durnt l construction, le flot de proles se clme peu à peu et dérive vers le comment fire telle ou telle prtie de l objet. Une fois terminé, il joue un peu vec ce msque, mis bien vite, à notre grnde surprise, il nous rejoint pour prler de tout utre chose, toujours à prtir du point de déprt de ce jeu, comme déggé de ce qui s imposit à lui uprvnt. Julien nous rconte pour l première fois son weekend en prtnt des proles de son père lorsqu il joue à ce jeu vec lui. Ce qui se présente comme problème étit en quelque sorte l solution, l première morce d un trvil toujours en cours. Tritement des utres figures de l utre fou L utre usge mjeur de l utre utre institutionnel uquel nous convoquent les sujets est celui de triter les utres figures de l utre et leurs demndes qui les visent. L utre prentl, l utre socil et leurs demndes d utonomistion et de normlistion, l utre de l loi ussi prfois, l utre de l école Voyons cel à prtir d un exemple clinique. Mthieu et l utre prentl, socil Mthieu, 10 ns, est ccueilli depuis peu chez nous. Lors de l entretien d dmission, les prents et les services sociux ont une demnde très importnte : Mthieu fit pipi dns son pntlon très souvent, cel doit cesser. Mthieu bien d utres problèmes, dont on nous prlé, mis ce point est ce qui ressort comme demnde bsolue de l utre prentl et socil. Mthieu qui est présent tremble comme une feuille à l énoncé de cette volonté. Nous entendons cette demnde, mis choisissons de répondre que tout cel v ller, que nous fisons confince à Mthieu, dédrmtisnt l chose. Il m dresse lors très discrètement un sourire. Depuis qu il est chez nous en internt, l énurésie est toujours présente, mis nous l bnlisons, nommnt cel des «ccidents». Mthieu s est sisi d une petite formule toute fite que nous lui vons proposée «Les ccidents, ç rrive». Cette phrse qu il reprend à chque fois clme son ngoisse que l utre lui tombe dessus «comme à l mison». vnt les entretiens téléphoniques hebdomdires vec s mère, Mthieu est ngoissé, il m explique qu il ne peut ps ne ps dire à s mère qu il fit pipi. Elle lui pose en effet toujours cette question dès le début de l entretien. Elle nous ussi dit vérifier les vêtements de son fils lorsqu il rentre le weekend fin de svoir s il y eu pipi ou non. i oui, Mthieu est puni et ne peut jouer vec ses Lego. 9

10 «Mis qu est-ce que je peux fire?!» me lnce Mthieu, quelques minutes vnt son coup de fil de l semine. Je lui propose une «recette mison», signifint qui ttire son ttention, comme je l vis noté en cuisinnt vec lui. J explique à s demnde que nous pourrions fire une bonne blgue à s mmn, que je pourris lui prler vnt lui et dire qu il n y ps eu d ccident, comme cel, il pourrit lui prler des chouettes choses qu il fites durnt l semine. «Et si elle me demnde à moi?», réplique-t-il. «Eh bien, tu peux lui dire que je ne suis ps zinzin et que j i déjà répondu à l question!» en joutnt de grnds gestes qui le font rire. Nous ppliquons notre pln qui se psse «sns ccro». L mère est insi soulgée et surtout Mthieu. chque ppel, il vient me trouver en rint : «C est prti pour l blgue!». Ces converstions téléphoniques ne sont plus ngoissntes pour ce jeune et lorsqu une question de s mère est trop intrusive, Mthieu me psse le téléphone vec un clin d œil en disnt à s mère de me l poser à moi. Cette solution ussi pporté un chngement dns les rpports entre Mthieu et s mère. Pouvoir prler d utre chose, des centres d intérêts de Mthieu, eu des effets pisnts pour cette mmn qui se montre très surprise : «Je découvre mon fils!». Un questionnement utre s ouvre pour cette femme : «i Mthieu ime tnt construire des objets, pourrit-il en fire un métier?». Nous ne répondons ps à cel, lissnt Mthieu dire ce qu il voudrit fire plus trd : «Moi je veux fire de l horticulture à l école!». Libéré de cette demnde ngoissnte, Mthieu pu progressivement inventer de petites solutions vec nous fin de fire de moins en moins pipi dns son pntlon, chose qui rrive en fit lorsqu il est tellement pris pr une ctivité qu il ne sent plus rien. Nous vons ussi convenu à s demnde que nous llions nettoyer ses vêtements sles chque vendredi vec son ide fin que s mmn ne sche rien de ses ccidents. Mthieu nous convoque à insérer un coin, une distnce possible vec s mère, utre vécu comme trop intrusif. Il constitue de plus en plus vec notre ide un espce d intimité inexistnt uprvnt. Certes, il ne peut ps ne ps dire, mis il peut ujourd hui éviter l question. Nous nous positionnons à l demnde du sujet entre lui et l utre fou uquel il doit fire fce seul et souvent démuni. Il ne s git ps, vec des sujets psychotiques, de se mettre fce à eux, mis bien à leurs côtés. Tout cel est conditionné, je le répète, pr le trvil de réglge prélble de l utre institutionnel à tous ses niveux. - utre intrusif - utre-utre (réglé) sujet non brré 10

11 Opértion de réglge de l utre institutionnel Trnsfert de u prtenire - Coupure relis pris pr - mettnt à distnce et En conclusion de ce texte, je citeri une nouvelle fois le jeune Vlentin : «Ici, y beucoup de gens, hein? Ce que j ime bien c est qu ils me lissent trnquille! Ps comme illeurs.» Il me semble que cette simple phrse résume bien mieux l orienttion de trvil dont l psychose besoin que ces quelques pges que vous venez de lire. Il est bien sûr nécessire d écouter ces sujets pour s en rendre compte. Ce sont les proles des personnes que nous ccueillons qui doivent être notre bse de trvil. L conséquence mjeure de cette logique est que les notions que j vnce ici ne sont qu une réponse vlnt jusqu à l preuve clinique du contrire, toujours sujette à l remise en question, devnt s dpter u réel uquel l psychose confronte le sujet. 11

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